Carnet de voyage

AFRICA

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Cap sur Cape town et pérégrinations sud-africaines:-)
Du 1er juin au 23 août 2022
12 semaines
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Publié le 6 juin 2022

Samedi 4 juin 2022. 3 jours déjà que nous sommes arrivés par la "Luft" au Cap. Que dire de cette ville si pleine de contrastes, bigarrée à l'extrême et si surprenante qu'elle en est inqualifiable? Cape town du bout du monde, du bord du monde, est insaisissable. Vivante, grouillante, chaotique, son cœur, semble-t-il, ne cesse de battre la chamade.

Notre premier hôte en terre africaine nous apparaît déjà familière; c'est la deuxième ville d'Afrique du sud et sa capitale législative. Elle s'étend plus loin que ne porte le regard et accueille une population métissée pour moitié et noire à 35%. Les "Blancs sud-africains" sont minoritaires.

Il fait bon et beau en ce début d'hiver austral depuis que nous avons atterri et que Wana, notre taximan, nous a conduits jusqu'à Observatory, un district sur le flanc de Table Mountain, l'incroyable mont en forme de table - comme l'indique son nom - qui surplombe Le Cap. Nous avons élu domicile pour un mois dans une résidence universitaire à l'orée des quartiers populaires et arpentons tout à pied. Les petits trajets, c'est en "combi"! Ces minibus filent par centaines comme des flèches à travers les rues, avec à leur bord un rabatteur qui crie à tue-tête par la fenêtre ouverte, le nom de la destination et tente d'harponner les clients en sifflant, tandis que l'audacieux chauffeur klaxonne gaiement; il faut prêter l'oreille, héler le véhicule qui s'arrête aussi sec, le temps d'un freinage parfois spectaculaire; on court pour s'installer parmi une population souvent nombreuse et hétéroclite. La radio crache des standards de RNB ou de soul et on peut s'en donner à cœur joie. C'est un bonheur sur roues, un système pratique qui fonctionne à merveille, une curiosité locale dans cette ville où la voiture est reine. Nous découvrons aussi Uber que nous utilisons pour la première fois! Petite anecdote à ce sujet: 4 millions d'habitants résident dans cette mégalopole tentaculaire et nous retrouvons deux fois le même chauffeur en deux jours, notre ami Abdigani, qui adore nous parler des vins de sa région et finit par nous donner son numéro personnel.

Cape town est à deux vitesses, déstabilisante, dérangeante, "interpellante". L'opulence copine avec la plus grande des pauvretés. Changer de rue, c'est changer de monde. Dans un même petit périmètre, villas cossues hautement sécurisées côtoient des mini-ghettos: on voit pousser ça et là des petits carrés de taule qui font office de maisons, au beau milieu d'une place ou d'un terrain vague. Parfois bien entretenus, ils sont plus souvent d'une grande insalubrité. A côté d'une galerie d'art, des mendiant hagards demandent l'aumône. Au bas d'une tour du quartier des affaires, un homme est couché sur la chaussée au pied d'un feu rouge. La misère est prégnante. On la touche du doigt tout le temps quand on traverse Le Cap hors des quartiers chics réservés aux blancs. Les townships, bidonvilles à part entière, s'étendent plus loin à l'est de la ville et peuvent se visiter avec un guide.

Même s'il nous faut perpétuellement être sur nos gardes et regagnons notre appartement à 17H30 au coucher du soleil, nous nous sentons bien ici. Cette immersion nous la dégustons chaque jour. Nous sommes heureux d'être là, dans cette immense cité, immensité, chantante, dansante, joyeusement bruyante, qui nous a déjà vus nous trémousser au marché bon-marché, sur scène, en pleine rue, encouragés par des "Yes mama" et autres "You're doing well, honey!". Ca swingue à Cape town! Et qu'est-ce qu'on y mange bien 😀!


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Publié le 9 juin 2022

Nous avons découvert dimanche une partie de la ville, au nord-ouest, qui diffère en tous points de celle où nous avons le plaisir de vivre. Au bord de l'océan Atlantique et au pied de Table Mountain, s'étalent les pelouses verdoyantes de Green Point et se dresse le joli phare rouge et blanc de Mouille Point. Un front de mer résidentiel aseptisé, lisse, cossu. On dirait Sydney. On dirait Vancouver. Une vitrine qui dissimule l'arrière-boutique. On est loin du cœur des choses. L'endroit est beau, mais trop aménagé. Trop "comme il faut". Depuis là on chemine par la plage, ou le front de mer, arpenté par d'insouciants adeptes de jogging, vélo et roller, vers le Waterfront. Ce pôle commercial et culturel, fierté de la ville où les otaries très dodues aiment se prélasser au soleil, ressemble au port de San Francisco qui abrite Alcatraz.

C'est là que se situe l'embarcadère pour Robben Island, qui accueillit dans sa prison à elle, dès les débuts de la colonisation et jusqu'en 1996, année de sa fermeture définitive, les bannis de la société, prisonniers de guerre et autres opposants politiques. Y séjournèrent les figures anti-apartheid les plus tristement célèbres, dont je n'ai nul besoin de citer la figure de proue, qu'on appelle affectueusement Madiba ici.

"L'île aux phoques", ainsi baptisée par les premiers colons hollandais, se trouve à une dizaine de kilomètres du Cap; on y accède donc par bateau en une petite demi-heure. Puis la visite se fait en deux parties: la première en bus, dont le guide nous conte l'histoire de l'île, la seconde dans les murs du pénitencier, aux côtés d'un ancien détenu que l'on suit dans les dédales du lieu. C'est presque un pèlerinage, et devant la cellule de Nelson Mandela, le silence se fait naturellement; on est brutalement envahi par l'émotion et c'est, devant la porte close de cette pièce minuscule à l'équipement rudimentaire, un instant de recueillement. Au sol, un tapis en toile de jute, deux couvertures et une petite table. Il paraît que le froid y était infernal.

Très émus, nous quittons deux heures plus tard les sévères bâtiments et empruntons la route qui mène au port, celle-là même que prenaient les résidents remis en liberté.

Le week-end est terminé, nous allons commencer une semaine studieuse "d'école à la maison" hors de la maison: à nous les petits cafés d'"Obz'"!

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Semaine africano-scolaire, immergés dans notre quartier d'Observatory, communément appelé "Obz", faubourg bariolé où s'alignent jolies petites maisons, cafés tous plus séduisants les uns que les autres et friperies où l'on s'arrache pêle-mêle vêtements vintage, vinyles rétro et autres objets hétéroclites qui seraient du plus bel effet à la Maison verte... mais nos 4 uniques sacs-à-dos nous obligent à être très sélectifs!

Au verdoyant café Cocoa, nous nous installons presque chaque jour pour travailler; à la nuit tombante vers 17 heures, nous nous dirigeons en sortant vers un irrésistible stand de fruits exotiques et les jours de gourmandise inavouable, nous terminons par un passage au resto thaï de la Lower main road, qui propose les sushis les plus succulents et sophistiqués de la planète pour une bouchée de pain.

Highlights de la semaine: les filles ont tressé leurs cheveux et Jacky a fait la "plus belle sortie vélo de sa vie" depuis Le Cap vers celui de Bonne Espérance - découvert ce week-end et à lire au prochain épisode - avec Vuyo, cycliste professionnel et guide chez Cycling Friends, qui propose en ville à peu près tout ce qui tourne autour du deux roues.

Quand les photos se passent de mots...

 CHAPMAN'S PEAK ROAD
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Publié le 14 juin 2022
WYNBERG  et panorama depuis le RHODES MEMORIAL

Nous avons une petite Polo depuis vendredi ! Louée pour quelques jours, nous partons dare-dare découvrir le sud de la ville, vers un gigantesque parc où se situe un pompeux mémorial dont l'unique avantage est d'offrir depuis ses marches une vue imprenable sur les suburbs de la ville.

L'escapade continue. En maîtrisant tant bien que mal la conduite du côté gauche de la chaussée, nous gagnons Wynberg, propriété agricole des premiers colons hollandais, devenue garnison britannique au XIXème siècle, où s'érigent à la fois des bâtisses de style anglais "Cape Georgian" et hollandais "Cape Dutch". Elles semblent anachroniques, ces maisons aux murs chaulés, toits de chaume et jardinets très verts et très fleuris; elles sont presque indécentes, ces boutiques luxueuse de décoration, adossées aux vitrines d'antiquaires qui ont pignon sur rue ici, à deux blocs d'un quartier où les gens dorment dehors.

Nous quittons ce troublant district pour gagner Victoria Road, une route panoramique à flanc de montagne qui borde l'Atlantique, d'où nous assistons à un joli coucher de soleil sur l'Atlantique. Un spectacle mille fois observé dont on ne se lasse décidément jamais et qui clos la journée de belle manière. Tout cela est de bon augure pour le week-end !

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Publié le 17 juin 2022

Aller au Cap de Bonne Espérance, c'est prendre une belle route qui longe toute la péninsule et s'arrêter quand cela nous chante et nous semble beau. Tôt le matin, première halte à Muizenberg, une station balnéaire à l'est de cette langue de terre, jadis prisée par des écrivains comme Agatha Christie ou Rudyard Kipling. Les photogéniques petite cabines de plages colorées rappellent d'ailleurs cette époque. Plusieurs charmant ports de pêches se succèdent ensuite. La luminosité est vraiment belle et nous savourons notre virée qui nous mène à Boulder's beach où vit une colonie de pingouins, les manchots du Cap. Ils sont plus de 2000 aujourd'hui, grâce aux mesures qui ont été prises pour les protéger.

Cap vers le sud toujours par cette route qui nous offre décidément des vues splendides, avant d'entrer dans la réserve à proprement parler du Cape of Good Hope. Ce sont alors des hectares de réserve naturelle où se promènent nonchalamment des autruches en liberté et il faut parcourir plusieurs kilomètres pour atteindre cet endroit où symboliquement se rejoignent l'océan Atlantique et l'océan Indien, ce qui n'est pas tout à fait le cas en réalité. Ce qui est certain en revanche, c'est que c'est un lieu où bon nombre de navires ont vu leur croisière s'y arrêter. Il y fait grand vent d'ailleurs ce samedi-là et l'on voit albatros et cormorans voler avec difficulté, tandis que se prélassent sur des rochers battus par les vagues, des phoques. Ce sont des falaises vertigineuses et les couleurs de l'Afrique du sud qui explosent. Bleu intense du ciel et de la mer, verdoyance saturée de la végétation, orange feu de la terre qui se mélangent. Et au loin des silhouettes gris clair de la terre australe. Ces paysages sont d'une beauté inouïe...

Au retour par la côte ouest, nous sinuons paisiblement quand nous tombons sur une famille de babouins dont les attitudes cocasses et la proximité soudaine nous font les observer à loisir. Notre présence ne les perturbe aucunement et c'est un bon moment que nous évoquons en serpentant sur la spectaculaire route côtière de Chapman's Peak Drive, accrochée aux falaises escarpées et qui nous ramène "à la maison".

Notre escapade se termine par une tentative de baignade dans les eaux fraîches de la rock pool de Camp's bay, banlieue chic du Cap. Il fait frisquet, mais Jacky tente quelques longueurs et les filles pas farouches se jettent à l'eau aussi. Je suis plus frileuse que ma tribu pour le coup et m'assois sur les rochers à rêver en scrutant l'horizon et à écouter les vagues se fracasser contre ces grands cailloux polis.

C'est ainsi que s'achève notre samedi, que nous nous empressons de compléter par un dimanche où nous découvrons tout d'abord l'ancien quartier malais de la ville appelé Bo-Kaap, littéralement "Au-dessus du Cap". C'est assez dépaysant, ces maisons style XVIIIème qui jouxtent des mosquées. Ici vivent les Cape-Malay, descendants des esclaves musulmans des anciennes Indes orientales. Pour la petite histoire qui alimente la grande, cette communauté a décidé de lutter contre l'apartheid en repeignant de façon symbolique ses maisons avec des couleurs très vives. C'est joli.

En début d'après-midi, nous nous décidons pour un restaurant qui sert de fameux fish and chips sur le port de Hout bay, petite station balnéaire et portuaire proche de Cape town. Ce boui-boui est une institution et en effet, le déjeuner est un régal, tout comme l'Africano, café fort et délicieusement terreux, que nous prenons au marché d'à-côté, où les amateurs de street food et d'art africain seront comblés.

Plus tard, la famille Goetz-Zehner se promène sur les plages de sable blanc bordées de hauts palmiers, avant de rejoindre la piscine municipale dont l'eau de mer n'est qu'à 16 petits degrés. Qu'importe! Cette fois je me lance. Un bain revigorant qui nous décide à revenir, mais un peu mieux équipés!

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Publié le 19 juin 2022
Vues sur Le Cap depuis la banlieue nord 

Le week-end s'achève après une semaine synonyme de déménagement au bord de l'océan, de natation à la piscine municipale munis désormais de combinaisons protectrices, de footings revigorants au bon goût de sel, de nouvelle sortie époustouflante à vélo pour Jacky et de promenade au nord du Cap, un soir, qui nous en donne un nouvel aperçu tout à fait splendide.

Quelques couchers de soleils et averses diluviennes ont ponctué nos journées, une fraîcheur presque hivernale s'est installée la nuit, pour des températures n'excédant plus les 16 degrés l'après-midi. Douceur de l'air et lumière toujours aussi incroyablement belle! Cette ville ne nous est déjà plus étrangère et il en faudrait peu pour que nous nous y sentions déjà chez nous.

... feel-good week!

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Publié le 22 juin 2022

Samedi matin nous partons en expédition vers les Winelands, qui, comme l'indique son nom anglais, est un territoire de vignobles bucoliques et tranquilles dont les viticulteurs, les winemakers, ont pour renommée de créer des vins aux bouquets incomparables. C'est une journée d'averses diluviennes et de grêle dans les montagnes de la Drakenstein valley, à tel point que nous nous voyons forcés d'arrêter la voiture au sommet d'un col pour attendre l'éclaircie. Les températures là-haut ne dépassent pas les 7 degrés.

Franschhoek, littéralement " Le coin des français", est notre première étape. Confortablement installée dans son doux cirque de vertes collines et de vignes, c'est une calme bourgade de carte postale, proprette aux entournures, dont les villas se nomment pompeusement "Chamonix", "La Provence" etc. Galeries d'art et restaurants où l'on propose de déguster les meilleurs cépages de la région, se dament le pion sur la rue principale. Les Huguenots se sont établis dès 1688 dans cette commune, digne héritière de la culture française, où se perpétuent le savoir-faire viticole et la passion de l'art culinaire. Pour célébrer ses origines, elle fête même chaque année le 14 juillet en grande pompe, bien que l'enseignement du français n'y soit plus d'actualité depuis la fin du XVIIIème siècle.

 FRANSCHHOEK

Avant notre halte dans cette ville-musée, c'est au Drakenstein Lion Park que nous décidons de faire un stop pour rendre visite à des lions en captivité ne pouvant être réintroduits dans leur milieu naturel. C'est la première fois que nous voyons de près de tels fauves. Notre coup de cœur est pour Stuart, le premier que nous observons nous observer, bâiller à s'en décrocher sa féline mâchoire, se lever et faire quelques pas pour aller se recoucher nonchalamment sous le soleil exactement, à l'instar de ses congénères. Il ne nous en faut pas plus pour nous attendrir et nous impressionner. Cet animal est une pure merveille de la nature. Il a été, comme ses acolytes, au choix sauvé d'un zoo sudaméricain, d'un cirque européen, d'un appartement au Liban ou de conditions de détention innommables en Roumanie, pour couler ici des jours heureux.

Deux cygnes noirs et hautains, cela est exotique dans la mesure où nous n'en n'avons jamais rencontrés, nous jettent un regard dédaigneux lorsque nous quittons les lieux.

Un petit tour à Stellenbosch avant de regagner nos pénates. Ce bourg vivant et chaleureux aux allures européennes nous accueille dans une atmosphère crépusculaire orangée. Capitale nationale des vignobles logiquement située sur la route des vins - où se succèdent des dizaines de chais prestigieux -, c'est aussi la seconde ville la plus ancienne du pays; elle abrite l'Université afrikaans et est célèbre pour les entraînements des Springboks, équipe nationale adulée de rugby, qui s'y tiennent. Ses rues se parent de chênes centenaires et d'élégants édifices Cape-Dutch d'une blancheur grecque, de boutiques, cafés et restaurants sympathiques et pris d'assaut à cette heure de la journée. Nous faisons un tour à l'écomusée, où des guides en costume d'époque content la vie d'antan de la bourgade et déambulent avec vous dans quatre maisons élevées entre 1709 et 1929, merveilleusement restaurées. Sans être époustouflante, cette visite du Village Museum est pour le moins intéressante.

STELLENBOSCH 

Retour par les suburbs ouest du Cap. Nous apercevons d'assez près d'immenses bidonvilles. Les routes étant congestionnées, nous longeons ces townships au ralenti. Une partie de foot s'organise sur un immense terrain vague. Un feu s'improvise derrière les sommaires agrégats de matériaux qui font office de maisons. Des enfants partout. Des kilomètres de terre battue où paissent parmi les ordures porcs, veaux et chevaux en liberté. La foule en nippes est dans les rues de ces villages de fortune, à son affaire, à discuter, à préparer le braai, barbecue local dont s'échappent de multiples fumerolles blanchâtres à la nuit tombante. Des chiens errants affluent jusque sur la route. Des mendiants guettent les autos à l'arrêt. Une pagaille ingérable semble régner dans une saleté difficilement supportable à première vue, mais c'est aussi une gaieté, une vitalité, une chaleur qui se dégagent de cet apparent chaos.

Le soleil se couche et c'est un spectacle de désolation qui s'offre à nous, à mesure que nous avalons lentement les kilomètres. Il nous laisse bouche bée. Comme lorsque le rideau tombe ou que dans la salle obscure s'est égrenée la dernière note du générique et qu'il n'y a rien à dire. Mais qu'en comprenons nous, au fond? Cet erratique paysage est-il pour autant synonyme de malheur absolu? Un retour silencieux chez nous en forme de point d'interrogation.

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Publié le 24 juin 2022
VUES SUR LION'S HEAD et THE 12 APOSTLES 

Table Mountain est l'emblème de Cape Town. Vaste plateau de grès de 3 kilomètres de longueur à plus de 1000 mètres d'altitude, c'est un bloc de pierre monumental que l'on distingue d'absolument partout en ville et de n'importe quel point de la péninsule. Ce sommet se mérite, que l'on choisisse de s'attaquer à son âpre ascension ou que l'on emprunte pour 4 minutes le vertigineux téléphérique dont le sol pivotant permet d'avoir une vue panoramique exceptionnelle sans se déplacer dans la cabine. A l'arrivée, c'est une étendue plate si vaste, que vous prend l'irrépressible envie de la fouler sans plus attendre. On se sent pousser des ailes. Pour couronner cette grisante prise de hauteur, cet endroit offre des points de vue à couper le souffle aux quatre points cardinaux et on y jouit de vues plongeantes sur Lion's head, Signal Hill, the Twelve Apostles - les trois massifs qui culminent ici - the Cape of Good Hope, les terres de l'est et les côtes qui s'élancent vers la Namibie. Le vent souffle fort. L'impression d'être plus près du ciel. Un sentiment de liberté étourdissant.

Nous gardons cependant les pieds sur terre et empruntons l'un des nombreux sentiers qui permettent d'arpenter le lieu pour revenir à notre point de départ.

Cette descente s'avère compliquée par endroits. Ce sont 600 mètres de dénivelé dans la rocaille, d'une raideur qui vous maintient vigilants jusqu'au virage en angle aigu annonçant un retour sur une surface plane qui prendra, presque jusqu'au bout, la forme d'un très beau défilé à flanc de roche.

 VUE SUR LION'S HEAD et SIGNAL HILL

Les panoramas sont invraisemblables de beauté, la végétation - cactus, plantes grasses de toutes sortes, orchidées sauvages et fleurs à dominante rose-violet et jaune-orangé qui résistent encore à l'hiver - est très particulière. Des colibris butinent. Des cascades jaillissent de la montagne. Il n'y a plus personne et c'est un long moment de contemplation et de plénitude.

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Marquée par un nouveau déménagement - à Camps bay, quartier balnéaire chic de la ville avec ses superbes plages de sable blanc, ses majestueux palmiers, villas et restaurants banchés -, cette semaine, bien moins studieuse que les précédentes, s'est donné des airs d'été en plein hiver.

C'est un choix que de nous installer dans cette partie du Cap, aux antipodes de nos premiers lieux de résidence; cependant, nous n'apprécions pas particulièrement l'atmosphère de Côte d'azur tropézienne qui y flotte et contraste outrageusement avec le criant dénuement qui sévit de l'autre côté de la montagne. Mais il est indéniable qu'il y fait bon vivre.

Nous habitons au premier étage d'une maison qui a tout d'un charmant cottage anglais, et pour cause: nos hôtes, Angela et Peter, sont des retraités d'origine britannique. Ils sont très chaleureux, tout comme leur gouvernante, Esi.

La vue depuis notre terrasse ensoleillée sur Table Mountain ne gâche rien et nous restons en admiration devant Lion's Head qui s'érige littéralement devant la porte-fenêtre du séjour.

Cet imposant bloc rocheux, emblème de la ville visible depuis tous les points de la péninsule, nous courtise depuis notre arrivée. Lorsqu'on l'observe dans son ensemble, c'est bien une grosse bête tapie que l'on imagine, plus débonnaire que menaçante, qui semble veiller, et régner, sur Cape Town d'où on ne la perd jamais vraiment de vue. Sur son extrémité sud, Signal hill, qui figure la croupe du fauve, se hissaient jadis des drapeaux pour communiquer avec les navires, une batterie d'artillerie sonnant l'alarme en cas de danger.

Ce mont, c'est un pont entre la ville et l'océan. Elle marque presque une frontière. Entre noirs et blancs. Entre la misère et les millions.

"La colline du signal" offre des vues imprenables sur Le Cap qui s'enroule autour d'elle comme un fer à cheval. Quant à la "Dent du lion" - pourquoi cette traduction inexacte? -, elle permet un panorama complet de la "Montagne de la Table" et ouvre depuis son sommet une belle perspective sur "Les 12 Apôtres", massif constitué en réalité de 18 contreforts magistraux bien distincts, qui s'élancent en enfilade vers le sud et qui furent d'ailleurs notre terrain de jeu dominical.

 TABLE MOUNTAIN vue de LION'S HEAD
SIGNAL HILL vue depuis LION'S HEAD 
 LION'S HEAD
THE 12 APOSTLES vus depuis LION'S HEAD 

Nos balades crépusculaires lundi et mardi soirs sur les flancs du félin, au départ d'une jolie petite mosquée esseulée, furent l'occasion aussi d'admirer le soleil se coucher.

Et quand l'astre endormi s'éteint, c'est Cape Town, immense, qui scintille.

Cette semaine de juin finalement, sous un soleil apparemment inhabituel et avec son lot d'activités telles que le mini-golf (j'ai craqué sous l'incessante pression de ma très persuasive Juliette), des dégustations de crèmes glacées, nos habituels footings et baignades dans la rock pool de Camp's Bay où réside désormais une mignonne famille de canards, et une nouvelle sortie vélo pour Jacky qui continue de travailler assidument, s'est plus apparentée à des grandes vacances qu'au voyage tel que nous l'envisageons. Mais ce fut pour notre plus grand plaisir.

Samedi pour finir, nous avons visité le très renommé ZEITZ-MOCAA, musée d'art contemporain africain qui a ouvert ses portes en 2017 dans un ancien silo à grain du port. Le bâtiment lui-même est une œuvre d'art grandiose, quoiqu'un peu froide à mon goût.

De plus, n'ayant pu, pour cause de travaux de réhabilitation, visiter l'intégralité des collections permanentes et déçus par l'une des expositions temporaires, nous avons malheureusement quitté l'endroit en restant un peu sur notre faim. Quelques œuvres néanmoins ont accroché nos regards et suscité d'intéressantes réflexions.

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Publié le 8 juillet 2022

Notre dernière semaine à Cape Town s'écoula tranquillement à Camps Bay. Voici quelques clichés de nos bons moments.

Vendredi 1er juillet nous quittons Le Cap pour entamer un road trip de 8000 kilomètres à travers de nombreuses provinces sudafricaines. Mais c'est une autre belle histoire 😀

Avant cette réjouissante aventure dans l'aventure, nous décidons de découvrir une partie du centre ville dont le Guide Vert, ma Bible actuelle, encourage à la visite. Il s'agit du Central Business District, qui parle autant d'Affaires que d'Histoire, et où se concentrent entre autres les musées, le Parlement et l'Hôtel de Ville où Nelson Mandela prononça son discours d'homme libre. A Greenmarket square, agréable petite place qui s'affirme entre les nombreux gratte-ciel, un marché typiquement africain prend place chaque jour.

Le choix des filles se porte sur le captivant South African Museum dédié à l'histoire naturelle et à l'ethnographie. La collection d'animaux naturalisés est impressionnante et les salles consacrées aux populations autochtones, qui témoignent de l'histoire du pays avant la colonisation, sont très intéressantes. Une petite partie est dédiée à Nelson Mandela.

Nous visiterons également dans l'après-midi la Cathedral Church of St George The Martyr, une bâtisse semblant frêle et timide au pied des immeubles qui s'élancent vers les cieux. Cette "cathédrale du peuple", la plus ancienne d'Afrique australe, érigée par les premiers colons anglicans au XIXème siècle, fut un foyer de résistance contre l'apartheid au milieu des années 80, avec Desmond Tutu à sa chaire. Les vitraux sont magnifiques et la Madonne africaine est saisissante de force et de beauté.

Le musée est installé, tout comme la Librairie Nationale, au cœur du Company's garden, dont les vergers et potagers fournissaient les navires en produits frais du temps de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Les visiteurs peuvent y admirer une variété importante de plantes endémiques et une population oiselière impressionnante, dont les chants et sifflements agrémentent la très agréable promenade que nous y faisons.

Nous nous attardons en ce lieu et la dame Afrikaner qui y tient un charmant salon de thé, évoque avec nous la guerre Anglo-Boer et l'interdiction formelle par son grand-père de converser en anglais à la maison. L'Histoire du pays est complexe, mais il faut en retenir que les oppositions entre la population autochtone, les Afrikaners et les Britanniques ont de tout temps été très fortes et souvent meurtrières.

Ce dernier jour exhale un doux parfum de nostalgie mais aussi d'euphorie, à l'idée de la phase itinérante de notre voyage. Retour au Cap le 15 août!

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Objectif Kalahari.

Nous quittons Le Cap pour longer la côte est du Western Cape jusqu'à un petit village du nom de Paternoster, dont la longue plage de sable blanc est réputée pour être l'une des plus belles du pays. Nous pouvons désormais le confirmer. Dommage que les flots océaniques soient trop frais pour oser les braver.

Ce village ne ressemble en rien à l'Afrique du sud que nous connaissions jusqu'alors et que nous avons découverte depuis. Si on n'y regarde pas de trop près, on pourrait se croire dans les Cyclades. Maisons blanc immaculé, fleurs éclatantes, du bleu et du rouge aux volets. C'est dans un cabanon en bord de plage que nous déjeunons. Au menu, la pêche du jour. Escale pour le moins charmante et inédite.

La route sera longue ensuite jusqu'à Clanwilliam, petit bourg au pied des montagnes du Cederberg, très animé à l'heure de la sortie du travail et des classes. Il y a une foule incroyable dans la rue principale; des familles, des écoliers et des ouvriers de la Rooibos Tea Factory qui emploie ici un très grand nombre de personnes. C'est une région agricole marquée par la culture afrikaner, dont les pionniers ont fait surgir du désert vignes et agrumes. Ce sont en effet des orangeraies, des mandariniers et des citronniers à perte de vue. D'immenses infrastructures aux mains des fermiers blancs, tournées vers l'exportation, voisinent avec des exploitations de "subsistance", noires et métisses.

Nous passons doucement notre chemin pour emprunter ce qui sera notre première "piste". Dix kilomètres de route sablonneuse d'un orange intense à l'heure du crépuscule, vers un lodge logé en pleine nature. Il fait presque nuit lorsque nous arrivons. Des enfants qui jouent nous saluent joyeusement. Notre hôte a laissé sur une chaise en rotin, devant le sommaire bureau qui sert de réception, un gentil petit mot d'accueil: "Quelques mètres encore sur votre gauche, puis traversez un petit pont surplombant la rivière où chantent les grenouilles, c'est ici!"

Une cabane améliorée baptisée Nenna, rustique mais d'un confort inespéré, sera notre logis pour la nuit. Le moderne s'allie à l'authentique. La glace de la salle de bain par exemple, est une écuelle de fer blanc dont le miroir tapisse le fond. La formule fait mouche.

Nous quittons les lieux le lendemain après avoir fait connaissance avec nos deux colocataires. Je vous ferai grâce de la photo de ces araignées gigantesques et écœurantes qui arpentent le séjour. Leur envergure, déployées, atteint environ 15 centimètres. L'effroi me paralyse, je passe le reste du petit-déjeuner à l'extérieur, une seule question me taraudant: comment diable ranger nos affaires et nettoyer la maison avec ces deux monstres hideux sur les murs? C'est pourtant ce que nous faisons, et lorsque nous en parlons lors de la remise des clés, notre hôte, souriante, le plus tranquillement et naturellement du monde: "Yo yo! They are everywhere! But harmless!".

Il paraît que les peintures rupestres de la civilisation Bushmen sont nombreuses dans le secteur, mais nous ne pouvons pas nous attarder. La route est longue jusqu'à Pella.

Nous traversons le Namakwaland, dans la province du Northern Cape, sans quasiment rencontrer âme qui vive sur des centaines de kilomètres. Les autruches, nombreuses elles, sont quasiment les seuls êtres que nous croisons. C'est une région peu touristique malgré sa grande beauté. De vastes paysages tantôt lunaires, tantôt martiens, s'offrent à nous jusqu'à ce tout petit village qui marque définitivement l'entrée dans le désert du Kalahari lorsque l'on vient du sud. C'est une espèce de township de campagne aux nombreuses propriétés ceintes de grillage, qui prennent la forme de petits carrés de sable dont on dirait qu'ils sont balayés, au milieu desquels trône une maison de fortune en brique, ciment ou tôle, parfois tous les matériaux à la fois; le linge coloré sèche, les habitants sont assis à discuter, à préparer le "braai", à vaquer à différentes occupations; des vieux reviennent d'on ne sait où chargés de bois. Bien sûr leur activité s'arrête le temps de nous regarder passer, certains demandent l'aumône, les enfants nous dévisagent avec curiosité, sourient, nous saluent gaiement. Une épicerie minuscule et improbable en ces lieux reculés. Une cathédrale jaune et blanche au beau milieu d'une esplanade sablonneuse. 2000 palmiers. Des rues caillouteuses. Des déchets partout jetés insouciamment dans un environnement splendide. Le fleuve Orange asséché dont la légende raconte qu'il est tapissé de diamants.

Pella est à l'origine une mission catholique transformée peu à peu en bourg du désert par quelques curés français venus là à dos d'âne.

Le lundi 4 juillet, nous visitons notre premier parc national dont le pays regorge. Au Augrabies falls National Park nous faisons une courte mais très belle randonnée sur les hauteurs d'un canyon long de 18 kilomètres, transformé en lit de rivière. Une cascade impressionnante en est à l'origine. La faune est assez riche et nous croisons une multitude de petits singes, un serpent réputé pour être dangereux, le black mamba surnommé le "serpent-minute" en raison de la puissance et de la fulgurance de son venin, traversant devant nous le chemin que nous empruntons, de grands et magnifiques lézards multicolores glissent sur les pierres chaudes. Le clou du spectacle cependant, qui nous jette dans une émotion toute particulière de première fois, ce sont deux girafes graciles, gracieuses, indifférentes, que nous surprenons à l'heure du repas. Nous sommes si proches que nous voyons leur corps dans les moindres détails, leur robe si parfaitement dessinée, leur museau souple qui attrape les feuilles des arbres vers lesquels elles tendent le cou, leur langue bleue qui happe les broussailles sèches, leurs magnifiques cils noirs et si longs que nous pouvons les apercevoir. Un moment de grâce.

Ashkam devait être l'occasion d'une rapide pause. Elle se révèle être un aimant qui nous fait nous y arrêter plus longuement que prévu. Ce tout petit village, c'est une rue unique étrangement sereine au regard de l'atmosphère qui règne généralement dans les bourgades traversées jusque-là. La population semble habituée aux blancs "safarisants" qui viennent y faire le plein. Un groupe d'homme cuisine à même le sol dans une vieille marmite en fonte et une casserole de cuivre. Juste à côté, une file s'organise devant le bureau de Poste. En face, des femmes préparent un "braai" dont le fumet vient taquiner nos narines. C'est du bœuf qui cuit, dont elles voudraient nous offrir quelques pièces, mais à l'heure du café nous refusons en nous excusant. Pour nous, cette odeur est devenue celle de l'Afrique du sud.

Le "braai", c'est une institution ici. Vous verrez en n'importe quel endroit du pays et à toute heure, les gens dans la rue, à la plage, dans leur jardin ou au parc, cuire une viande odorante sur de petits barbecues. A vendre ou à partager.

Nous repartons le baume au cœur, escortés par des sourires et des mains qui se lèvent pour nous saluer. Une belle énergie qui fait du bien!

Dreghorn, un vaste domaine de 30 hectares tenu par Dirk, doux colosse d'origine polonaise, fermier. Il élève avec sa patronne tout un tas de cervidés, organise des séjours de chasse ludique, des chevauchées à dos de dromadaire, des escapades nocturnes pour tenter d'aller voir les girafes.

On peut séjourner dans des lodges tout équipés au beau milieu du désert, autant dire au beau milieu de nulle part. Depuis notre bungalow, nous apercevons des chevaux sauvages, un ciel bleu moutonné, des dunes et chemins de terre orangés qui serpentent entre de hautes herbes sèches. Le silence est total. C'est beau.

Nous y passerons deux jours délicieusement dépaysants.

Domaine de Dreghorn 

Kalahari Transfrontier National Park s'est adjoint à un parc national du Botswana, l'un des pays voisins de l'Afrique du sud, en 1999. Cette première réserve naturelle transfrontalière est l'aboutissement d'un grand projet initié par Nelson Mandela, les "Parcs de la Paix".

Ce furent 5 heures de route sur 200 kilomètres environ, où nous ne vîmes souvent rien, mais souvent aussi des springboks - une sorte de petite gazelle très répandue dont la petite taille lui permet de se déplacer en bondissant -, des oryx - une antilope de grande taille à la longue corne droite et dont la belle robe beige s'agrémente de jolies tâches au niveau des pattes, du ventre et de la tête -, des gnous - d'une noirceur de geai, dont la crinière, l'aspect trapu et les cornes font penser à un ovin alors qu'il s'agit également d'une antilope -, des chacals à dos noir, des élans du Cap et autres steenboks, tous à brouter ou couchés pour mieux supporter le poids du soleil.

Peu avant de partir, un attroupement de véhicules au sommet d'une butte. Nous approchons. Tapie dans les herbes hautes, une lionne. Nous distinguons juste sa magnifique gueule. Immobile. Elle nous fait l'honneur de sa présence quelques courts instants avant de se lever nonchalamment pour quitter son refuge, agacée sans doute par les visiteurs en quête de rois de la jungle. Elle est rejointe par une acolyte sur une crête de dune et nous pouvons les suivre du regard jusqu'à ce qu'elles disparaissent. Majestueuse nonchalance.

Springboks
Oryx

Lichtenburg, dernière petite halte avant de changer de province. Nous nous installons chez Charmaine qui tient avec son époux une charmante affaire de "self-catering chalets", une formule que nous privilégions: tout est fourni et il y a la possibilité de cuisiner.

Jacky a beaucoup aimé cette étape où les gens ont rythmé son footing à coups de "Chap chap!!!" enjoués.

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Publié le 19 juillet 2022

8 juillet. Nous voici arrivés dans la région du Nord-Ouest, plus précisément dans la province du Maropeng, non loin de Johannesburg et Pretoria, qui elles sont situées dans celle du Gauteng.

Le paysage change du tout au tout. Très vallonné, l'endroit dissimule environ trois-cents grottes ayant livré une foule de vestiges depuis 1936, l'année où fut découvert le crâne entier d'un hominidé vieux de deux millions d'années, Mrs PLES. Cette trouvaille, ainsi que toutes les autres depuis sur ce site, sont venues soutenir l'hypothèse de l'origine africaine de l'Homme qui lui ont valu un classement au Patrimoine Mondial de l'Humanité. Nous prenons conscience de l'importance historique de l'endroit grâce à notre très bon guide qui nous fait descendre dans la Sterkfontein Cave, cette grotte ayant abrité le fameux australoptithecus africanus. On peut en outre observer de fantastiques stalactites et stalagmites se reflétant dans un lac souterrain d'une éclatante noirceur. Nous sommes soixante mètres sous terre. La fraîcheur pénétrante, l'intense silence et cette masse d'eau mystérieuse dont on ne connaît ni la profondeur ni l'étendue et qui s'enfuit dans les tréfonds de la grotte, confèrent à notre fin de visite un caractère tout à la fois effrayant et fascinant.

C'est également un peu cet effet que nous fera le lendemain la visite à Johannesburg de l'Apartheid Museum qu'il nous tarde de découvrir. A l'arrivée de ce fantastique musée, deux tickets, l'un "whites" et l'autre "non-whites", séparent dans un premier temps les visiteurs. Puis on longe une rampe où se profilent les portraits en miroir des citoyens contemporains de la "Nation arc-en-ciel", la Rainbow Nation, concept symbolique de la nouvelle Afrique du sud, désignant la pluralité des communautés et l'unité du pays, et figurant un pont entre le passé et le futur. Puis l'on plonge rapidement, après cette première note optimiste, dans la violence crue et très perfectionnée de l'apartheid mis en place au XIXème siècle. Le long des couloirs grillagés, de nombreux films - fictions, interviews et documentaires -, des cellules aveugles et un angoissant corridor de nœuds coulants mettent à nu de manière percutante mais toujours sobre, ce système criminel, tout en relatant la lutte courageuse de ses opposants. Cette collection permanente très riche, très dense et très intéressante, est complétée en ce moment par deux expositions temporaires d'une qualité similaire sur Nelson Mandela et Desmond Tutu.

Un musée parfaitement incontournable.

Mandela dans son premier cabinet d'avocat - Lettre écrite à ses filles lors de sa détention - Son père, chef de la tribu Tembu. 
Photo 2: des juristes épient la rencontre d'un couple mixte, relation interdite à l'époque.
Une nounou noire s'occupe d'un enfant blanc - Scène de vie dans un township - Des servantes mangent les mêmes restes que ceux qui ...
 Les noirs au service des blancs: il en est toujours ainsi aujourd'hui.
1956, Union Buildings, siège du Parlement à Pretoria, Marche des Femmes contre la loi sur les laissez-passer en zone urbaine. 
Nelson Mandela remporte les élections présidentielles en 1994. 
1993, Desmond Tutu se réjouit du décernement conjoint du Prix Nobel de la Paix à Nelson Mandela et Frederik de Klerk.  

Le dimanche, visite de Pretoria après une séance de natation dans une eau à 13 degrés, sans combinaison cette fois. Mon mari aime les défis!

Rebaptisée Tschwane en 2005, qui signifie "petit singe", à un moment où la tendance était de donner des noms africains à certaines villes, la capitale administrative de l'Afrique du sud fait presque figure de bourgade provinciale avec seulement deux millions d'habitants, pour dix millions à Johannesburg - que nous avons renoncé à visiter - et quatre millions à Cape Town. L'atmosphère y est paisible, le mélange architectural surprenant, et les nombreux parcs et jardins lui donnent un aspect bucolique très appréciable.

Pretoria fut le foyer des premiers mouvements anti-apartheid au sein de son Université, et c'est aux Union Buildings, l'imposant Palais du Gouvernement sud-africain, que Nelson Mandela, devenu Président de la République, prêta serment.

Les Union Buildings 
Church Square, place principale et centrale de Tschwane.

Le lendemain, ce sera le 12 juillet. Nous nous réjouissons de reprendre la route vers le Parc Kruger, dans la province du Mpumalanga, un "must do" absolu qui restera l'une des grandes sensations de notre voyage.

On the road again!

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Publié le 22 juillet 2022

C'est la plus grande et la plus ancienne réserve naturelle du pays. Frontalière du Zimbabwe et du Mozambique, cet espace gigantesque constitué de vastes plaines, de savane et de bush, les animaux en sont les rois.

Morceaux choisis:

- Debouts à l'aube pour une ouverture des portes à 6H30. Nous nous garons au-dessus d'une grande mare grise dont s'échappent quelques nuages de vapeur. Il fait frais. Toutes fenêtres ouvertes, nous scrutons le point d'eau à la jumelle et dressons l'oreille. Quelques minutes passent. Soudain, un bruissement dans les fourrés, une agitation dans les eaux troubles, puis un grognement qui vient briser le silence. De grosses bosses lisses et marron apparaissent à la surface, d'autres plus crénelées: ce paisible petit lac est en réalité infesté de crocodiles et des familles entières d'hippopotames s'y ébrouent. Quoi que très peu distinguées, leurs ablutions sont un enchantement.

- Hippopotame toujours: le deuxième jour, nous décidons de nous lever à nouveau aux aurores pour observer un point d'eau similaire à deux pas de notre lodge. Nous nous installons sur un banc en hauteur. Nature inerte. Le jour se lève sur la savane. Ciel d'Afrique rose. Patience... Puis rebelote. Un mouvement dans l'eau, de petites oreilles qui dépassent, un soupir grossier... Un hippopotame c'est sûr. Et de fait, il opère un demi-tour, nage vers la rive et sort en courant en un geste étonnement leste et rapide pour une bête de son envergure. Il grimpe et disparaît derrière un talus. Puis plus rien. C'est un animal drôle. Un drôle d'animal. Dégaine presque touchante. Air placide. Difficile d'imaginer qu'il est le plus dangereux d'entre tous pour l'homme.

- Nous roulons lentement sur la piste. Au détour d'un virage, droit devant nous au milieu de la route, un éléphant. Immobile. Stoïque. Enorme. Majestueux. Lourd. Impressionnant. Très beau. Un fantasme se matérialise. Nous sommes émus. Muets, nous l'observons longuement. Jusqu'à ce qu'il décide de passer son chemin et de s'enfoncer tranquillement dans le bush.

- Eléphantesque encore: une maman suivie de son petit nous charge sans hésiter en un barrissement audible et très explicite. Démarrage en trombe! Frayeur familiale! Ouste, nous décampons sans demander notre reste!

- Zèbreries: ils apparaissent toujours en troupeau, parfaits, paisibles, broutant. On ne s'en lasse pas.

- Une scène de crime: une rivière, un arbre. Dans la rivière un léopard. Dans l'arbre, un phacochère mort mis à l'abri des charognards. Au pied de l'arbre, une hyène, patiente.

- Une rareté ici: le rhinocéros; mon animal définitivement favori: le phacochère - impassible, détendu, attachant par son côté ridicule, sa course est une farce -; il se fait discret: le lion; une frustration: le guépard.

  • Quand la lenteur croise l'élégance, on obtient la plus belle des créatures:

La densité animale est incroyable à Kruger Parc. Des heures et des heures d'observation aux parfums de plénitude. Le coeur se serre un peu après deux jours d'aventure et nous quittons la réserve un fabuleux bestiaire en tête.

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Publié le 31 juillet 2022

Nous sommes environ à la moitié de notre voyage lorsque notre safari se termine, la suite du road trip consistant à redescendre vers le sud par la côte et regagner Le Cap fin juillet. Mais nous n'en sommes pas là.

Un passage par le Royaume du Swaziland, rebaptisé Eswatini en 2018, s'impose pour atteindre rapidement Sainte-Lucie, notre première escale au bord de l'océan indien. Si l'on se documente un peu, l'on apprend que le niveau de vie dans cette monarchie absolue est supérieur à celui de l'Afrique du sud et que le taux d'alphabétisation y atteint quasiment 90%. Notre hôte cependant, nous confiera que le problème majeur du pays reste l'accès très limité à l'éducation.

Un coup de cœur pour toute la famille que ce petit territoire indépendant, qui, n'ayant pas connu l'apartheid, n'en porte pas les stigmates. Et ça se sent. L'atmosphère y est différente. Noirs et blancs se mélangent, les communautés semblent cohabiter tout naturellement dans un respect mutuel palpable.

Nous allons séjourner dans la vallée d'Ezulwini où nous attendent collines, sapins et moyenne montagne. Il fait beau et bon malgré l'hiver, la contrée asséchée n'en n'est pas moins belle. Les superficies calcinées sont importantes dans cette partie de l'Afrique et il ne se passe pas une journée sans qu'en route ne défilent des portions de terre soumises artificiellement aux flammes. Cette technique massivement utilisée pour prévenir les incendies génère d'innombrables volutes blanches conjuguées à une agréable odeur presque permanente d'herbe brûlée.

Pas un touriste à l'horizon hormis ce couple de jeunes suisses croisé à la douane, où le passage fut une succession de sympathiques péripéties. Ambiance souriante et détendue inhabituelle pour les français que nous sommes, mais organisation décousue. Nous parvenons enfin à pénétrer en Royaume Swazi. La vallée que nous traversons égrène ses maisons dispersées, de temps à autre une épicerie à la devanture très vive, qui semble de fortune, s'agglomère à plusieurs bâtisses pour former un semblant de village. Une seule route souvent le traverse, les gens nous saluent amicalement; un enfant pousse un pneu, un autre sort des roseaux, une poule morte pantelante à la main, son petit frère sur ses basques jouant avec un bâton; une mère porte un enfant sur le dos et une lourde charge sur sa tête, semblant défier toutes les lois de l'équilibre.

Cette zone "ruralissime" est très habitée et lorsque nous avançons au bord d'une piste sans trottoir bordée de part et d'autre d'étals, c'est une foule incroyable qui ne se préoccupe aucunement des véhicules; pas de règle mais cela fonctionne, s'organise dans un joyeux bazar et la plus chaleureuse des bonnes humeurs. On crie, on s'interpelle, on hèle, c'est un brouhaha vivace et contagieux. Nous nous arrêtons pour acheter de quoi dîner. Des hommes et des femmes préparent sur place de délicieux plats qu'ils vendent pour une bouchée de pain. Nous nous décidons pour un florilège de mets traditionnels, passons d'un stand à l'autre, par l'odeur alléchés, curieux. Va pour une savoureuse viande de poulet cuite sur le braai, du poisson frit, des épis de maïs grillé et du samp, un genre de gâteau compact tiède à base de maïs pilé, auquel on rajoute du lait, des œufs et quelques épices. Présenté dans la feuille de cette céréale, on le mange à la main.

Il est très fréquent de voir l'arrière des pick-up rempli de voyageurs 

Puis nous gagnons notre logis à quelques kilomètres de là, une petite hutte ronde au toit de chaume, appelée rondavel. A l'origine, le sol de ces habitations était fait de "cowshit", comme c'est encore le cas de nos jours dans certaines zones encore plus reculées, nous explique Siswe, le jeune homme qui nous accueille et qui les a construites de ses mains.

Nous nous lions assez fortement à lui en très peu de temps. Il travaille pour le compte d'un britannique ayant immigré dans cette partie du monde, dont il parle comme de son père spirituel, de la reconnaissance dans la voix, de l'affection plein les yeux. Il est ému lorsqu'il évoque le fait que le vieil homme l'a embauché quelques temps auparavant pour mener à bien son projet communautaire consistant à construire une dizaine de ces petites demeures et un restaurant. Au menu, une cuisine typique préparée par les femmes du village. Une partie des gains seront reversés au habitants. Malheureusement, les travaux ont dû être reportés pour des raisons financières. Deux huttes ont vu le jour jusqu'ici.

Siswe s'occupe d'absolument tout: des hôtes, du linge, de la vaisselle, du jardinage, des vaches et chèvres qui mangent les fleurs qu'il plante, du ménage, de la plomberie etc. C'est le seul employé. Il a appris à tout faire. Sur le tas. Il est curieux. Regarde des vidéos sur internet et s'en inspire pour les tâches qui nécessitent une certaine technicité. Son sourire est communicatif. Ses réflexions sont pertinentes. Il nous raconte qu'il n'a pas été au lycée. On sent une pointe de regret. Il nous parle du Covid auxquels les gens ne croyaient pas ici. Lui a été le premier à porter un masque. Il est vacciné. Il dit que ses compatriotes vivent pour la plupart dans l'ignorance, les croyances prenant le pas sur la connaissance. Il nous offre des fruits à notre arrivée. Des buns à base d'œufs, de lait et de farine de maïs au petit-déjeuner, frais, préparés par sa voisine. Il est amical. Attachant. Humble. A 25 ans il dit qu'il est en retard pour le mariage mais qu'il veut construire sa vie avant de fonder une famille. Le fait que je ne mange pas de viande l'interpelle énormément. Son humour est extraordinaire. Il partagera un thé avec nous le matin de notre départ.

Quelque chose s'est passé. Petit pincement au cœur au moment des adieux. Il ne le sait pas encore, mais nous allons lui proposer de soutenir leur projet. Il nous écrit presque tous les jours. Nous parlons de lui au moins aussi souvent.

Petit retour sur une halte à Barberton, entre Kruger Park et le Swaziland. Une maison d'hôtes - de grands voyageurs - dont chacune des chambres porte le nom et est décoré à la manière des villes qu'ils ont visitées. Un esprit auberge de jeunesse règne, les espaces communs sont gigantesques et extraordinairement conviviaux. Tout ici invite à la rencontre et inspire le bien-être.

Je me souviendrai surtout d'une discussion dans la cuisine avec Kathy, leur employée. Elle prend son café avant de prendre son service. Elle a quitté le Mozambique pour fuir une existence de misère. Faire des études dans son pays d'origine ne rime à rien me dit-elle, car il n'y a pas de travail à la clé. Elle est partie très jeune, envers et contre tout, notamment les fortes pressions familiales. Elle ne voulait pas du même destin que sa mère et ne reviendra jamais, parce qu'elle veut assurer un avenir meilleur à ses petits qu'elle élève seule. Les larmes aux yeux, elle confie que sa vie est un combat, mais qu'elle tiendra bon. Que cet emploi chez ce couple d'Afrikaners est pour elle une chance. Même si chaque jour elle doit laisser les enfants se débrouiller tout seuls. Comme ce matin-là.

Le Swaziland, nous le quittons en regrettant de ne pas y être restés plus longuement. Nous traversons cahin-caha 50 kilomètres d'une effroyable piste avant de regagner la frontière. Un trajet marqué par quelques tranches de vie volées par l'appareil photo.

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Publié le 2 août 2022

Le Maputaland: 200 kilomètres de côtes depuis Sainte-Lucie jusqu'aux frontières du Mozambique, des lacs où vivent de nombreuses espèces d'oiseaux aquatiques et des marais où batifolent crocodiles et hippopotames. Cette partie est du pays zoulou se nomme l'iSimangaliso Wetland Park, une zone humide protégée classée par l'UNESCO en 1999. A l'intérieur de la province, des réserves qui n'auraient rien à envier au Kruger Park puisque l'on peut également y apercevoir les "Big Five" - éléphant, rhinocéros, lion, léopard et buffle -, mais que nous laissons de côté, conquis par notre safari.

D'un point de vue culturel, les croyances ancestrales y sont encore très présentes, entre médecine traditionnelle et invocation des ancêtres. Les Zoulous, le "peuple du ciel", ont eux aussi toujours leur roi. Pour la petite histoire, chaque année en septembre, des milliers de vierges - parmi lesquelles il pourra choisir une nouvelle épouse - dansent pour lui.

En route nous apercevons des "Umuzis", villages de rondavels, dont vous n'ignorez plus rien. Les innombrables auto-stoppeurs ici comme ailleurs, hèlent les automobilistes en exécutant de la main le mouvement d'une vague. Peut-être parce que l'océan indien approche? Autre part c'est un index levé ou abaissé, ou alors l'on vous tendra un billet.

La forêt apparaît et se densifie aux abords de Santa-Lucia et sur le bas-côté se succèdent des sculptures de bois à vendre qui jonchent le sol jusqu'à destination. Les artistes sont à l'arrière à l'entrée du bois, au travail.

Lors de ce court séjour, nous sillonnerons l'iSimangaliso, une langue végétale entre l'estuaire de Sainte- Lucie d'un côté et l'océan de l'autre. La végétation tropicale très dense et verdoyante abrite zèbres et hippopotames que nous apercevons au loin. Les uns broutent, les autres prennent leur sempiternel bain. La routine. Quelques fleurs annoncent la fin de l'hiver. Temps beau, humide et chaud.

Nous découvrons Cape Vidal, une nouvelle plage de sable blanc et de dunes réputée pour être l'une des plus belles du pays. C'est vrai qu'elle est magnifique cette plage, et peu fréquentée en cette période. L'eau est transparente, les rochers semblent plus beaux qu'ailleurs, à marée basse on peut aisément y accéder pour observer dans des trous d'eaux de jolis poissons et des anémones pourpre, vert pomme, violine. Les flots ne sont pas tumultueux mais percutent tout de même les rochers où s'installent quelques tranquilles pêcheurs, créant une belle écume. Nous pouvons apercevoir le mouvement des baleines au loin, une queue immense se dresse tout à coup et c'est l'émoi. Il se trouve que ces mammifères mettent bas en ces eaux l'hiver, puis nourrissent leur progéniture jusqu'en décembre avant de s'en retourner en Antarctique.

Une petite croisière sur le fleuve, entre roseaux et mangroves au soleil couchant, nous permettra non pas de voir les crocodiles restés discrets, mais à loisir des familles entières d'hippopotames. Quelques informations retenues à leur sujet: ils vivent en groupes, toujours constitués d'un mâle, de plusieurs femelles et de leurs petits. Lorsque les jeunes messieurs atteignent l'âge adulte, une lutte s'engage pour déterminer qui sera le dominant et le vaincu devra changer de territoire. Ils restent dans l'eau à la journée longue car leur peau fragile dessèche au soleil. Les petits passent leur temps immergés sur le dos de leur mère. Ils peuvent croquer d'un seul coup de dents un crocodile trop curieux ou agressif en deux. Ce sont des animaux territoriaux. Ils allaitent sous l'eau. Ne savent pas nager. Doivent reprendre leur souffle toutes les 6 minutes. Ils représentent la cause la plus fréquente de mort par l'animal chez l'homme en Afrique. Pèsent en moyenne 5 tonnes. Herbivores, ils ont besoin d'une quarantaine de kilos de végétaux par jour. Ils quittent leur point d'eau quand la nuit tombe et il n'est pas rare, semble-t-il à Sainte-Lucie, qu'ils aillent jusque dans les rues du village où il est recommandé de ne pas s'aventurer dans l'obscurité. Effectivement, le lendemain, lors de mon footing dans une petite forêt de lianes, des empreintes reconnaissables sur le sentier.

Quelques moments de flânerie, d'oisiveté, de bon temps et de sport plus tard dans cette agréable station balnéaire peuplée de singes farfelus et effrontés qui en voulaient à notre braai du dernier soir, nous reprenons la route.

Ballito et sa piscine naturelle repérée avant notre départ en Afrique pour satisfaire les besoins en natation de Jacky. Nous y sommes et profiterons le temps d'un après-midi dans cette autre station balnéaire un peu trop chic pour nous, d'un(e) café-promenade le long de l'océan, de ladite rock-pool, d'un déjeuner "empoissonné" avec vue sur l'océan. Le soir nous ferons face à une coupure d'eau - elles sont apparemment habituelles dans ce secteur - et viennent compléter celles d'électricité, une mesure prise en dernier recours lorsque les besoins en consommation excèdent les ressources énergétiques. Ce sont tous les jours, par période, deux à trois coupures planifiées qui durent plusieurs heures. Nous avons expérimenté ces "load sheddings" tout au long du mois de juillet.

Sur le même thème: ici l'électricité s'achète au supermarché. Cela m'a fait un drôle d'effet lorsque pour la première fois, au Cap, je me suis rendue à la caisse du Pick'NPay avec mes Rands pour payer mes quelques watts.

Pas d'eau = un plongeon dans la piscine après une séance de fitness pour y pallier? Nous n'avons pas osé... Un camion-citerne fut mis à disposition pour les résidents et Jacky et Juliette sont allés remplir quelques bouteilles pour nos douches du soir.

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Publié le 9 août 2022

Nous sommes heureux de séjourner trois jours dans le Drakensberg.

"Les montagnes du dragon" pour les Afrikaners , "La barrière des flèches" pour les zoulous, se situe(nt) dans la province du Kwazulu-Natal dont Durban est la capitale. Nous pénétrons assez loin dans les terres pour découvrir ce massif qui s'étire sur 200 kilomètres du nord au sud et dont certains sommets atteignent plus de 3000 mètres d'altitude.

Au programme du premier jour, la promenade des Tugela Falls qui promet, en guise de conclusion et comme l'indique son nom, une cascade. Des chutes qu'il nous faudra imaginer, car nous ne les verrons finalement pas. Voici pourquoi.

Nous sillonnons un long moment la vallée, entre belles ouvertures, gorges et charmants bosquets humides, avec pour point de mire le symbole de cette chaîne montagneuse, l'"Amphithéâtre". Il nous semble en effet avancer dans une arène, en voyant progressivement s'approcher cette impressionnante barrière rocheuse qui doit nous apparaitre avec sa cataracte en fin de balade. A condition de traverser un tunnel naturel pour atteindre l'endroit d'où l'on peut jouir de cet exceptionnel panorama.

Mais il se trouve que ce très beau passage abrite de limpides piscines infranchissables, car ces eaux claires sont aussi glacées. Jacky tente de soulever quelques gros cailloux pour créer un chemin dans la première cavité, ce qui nous permet de la traverser en ne mouillant que nos pieds. Mais le second trou d'eau est bien plus profond et vaste. Après maintes hésitations en compagnie d'autres randonneurs qu'arrête aussi cet obstacle, Jacky plonge finalement pour aller "voir ce qu'il y a derrière".

Derrière, la promenade continue, mais nous ignorons ce qu'elle nous réserve encore à une heure déjà tardive de l'après-midi. Sous-équipés et les filles n'étant pas partantes pour un bain à moins de 10 degrés, nous rebroussons finalement chemin à regret et à l'instar de nos nouveaux compagnons, aussi courageux mais peu téméraires que nous.

Le lendemain de notre aventure inachevée, chacun vaquera à ses occupations. Une randonnée à cheval inoubliable pour Lili et Juliette dans un paysage très cinématographique. Départ depuis un ranch magnifique perdu dans ces contrées dignes des plus belles vastitudes américaines. Steppes et prairies. Dominante orange, teintée de vert par le biais d'arbustes hirsutes qui se dressent par endroits. Guidées par deux rangers zoulous, elle traverseront quatre heures durant la région, en alternant la promenade et le grand galop, graviront et redescendront presque à la verticales de raides pentes, dans un style équin tout à fait inconventionnel pour elles, mais visiblement très grisant! Elle rentreront les yeux écarquillés de cette épopée équestre dont elles se "souviendront toute leur vie".


Jacky s'adonnera quant à lui à une séance de VTT, quand je rejoindrai ma petite famille en footing après une matinée solitaire dans notre chalet douillet, en compagnie du chat et de George le chien, très affectueux, pour ne pas dire collants. J'aime les bêtes et elles me le rendent bien😉

Le soir, nous nous offrons à la ferme la meilleure pizza du monde, que nous savourons bien emmitouflés, dans un hangar chaleureux mais frais, toutes portes ouvertes.

Les filles me disent de ne pas omettre un détail d'importance: le trampoline bien sûr! Gigantesque, bien tendu et avec vue: apparemment un plaisir absolu pour jeunes et moins jeunes ados!

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Nous laissons le Drakensberg derrière nous 

Le vendredi 22 juillet, nous projetons la visite des Main Caves dans la réserve naturelle de Giant's Castle. Cette série de grottes abrite certaines des plus belles peintures rupestres de Bushmen ("Sans-troupeaux"), des chasseurs-cueilleurs déjà présents en Afrique australe il y a 60 000 ans. Confinés dans ces montagnes avec l'arrivée des fermiers blancs, leur seul moyen de subsistance était alors le vol de bétail, ce qui a mené à leur extermination massive. Les survivants de ce peuple vivent désormais dans le Lesotho voisin.

En approchant de la réserve, nous sommes arrêtés sur la route à quelques mètres d'un arbre incandescent couché en travers. Impossible de poursuivre. Des hommes sont assis là tranquillement. Les passagers des voitures et taxis-combis quittent les véhicules pour rejoindre leur logis. Derrière nous, la file s'agrandit. C'est le statu quo pendant de longues minutes. Nous demandons finalement à une passante qui revient de la rivière avec sa lessive, ce qu'il se passe. Cela fait deux jours que les hommes du village protestent ainsi pour un problème d'eau. Elle nous conseille de faire demi-tour car la veille, cette protestation silencieuse a duré jusque tard dans la nuit. Nos grottes s'évaporent instantanément, car c'est l'unique itinéraire qui y conduit.

Nous roulons donc vers notre étape du jour qui se trouve être à la ferme: c'est la Wild Berries Guest House, tenue par un vieux couple. Il est allemand d'origine et taiseux. Elle est britannique et volubile. Ils sont retraités depuis bien longtemps et louent une bicoque aux quelques touristes qui traversent la région. Les Midlands Meander, bordés à l'ouest par le Drakensberg et à l'est par la savane du pays zoulou, forment un paysage champêtre de douces collines où les habitants de Durban viennent passer leurs week-end. Réputée pour ses bonnes tables et ses hébergements de charme, on jouit dans cette contrée un peu hors du temps, d'une atmosphère "country britannique" qui nous plaît beaucoup.

Le mobilier du gîte est rustique, sa décoration typiquement anglaise, la vaisselle de porcelaine. C'est l'été indien dans le jardin. Le soleil d'hiver chauffe notre terrasse. Nous y passons l'après-midi à lire et discuter. Un véritable siamois nous tient compagnie, ainsi que le chien, hors d'âge. Une petite promenade crépusculaire achève cette journée et c'est à la lumière de la bougie que nous passons notre soirée jeux.

Le lendemain, Hettie nous prépare un savoureux petit-déjeuner anglais. Au menu, backed red beans, scrambled (brouillés), sunny side up (au plat) ou poached eggs, toasts avec marmelade, bacon&sausages, muffins et pancakes . Il ne manquait que les hashbrowns. Quelle régalade!

Après cette halte terrienne et authentique qui ne sonne cependant pas du tout africaine, nous continuons notre route vers la côte, que nous ne quitterons plus jusqu'au Cap. A perte de vue, des champs de canne à sucre d'un vert presque fluorescent. Des imposants camions et remorques dépassent des tonnes de canne que chapardent les enfants aux feux rouges, avant de briser le bâton pour en sucer la substance sécrétée. "Un goût de paradis", si l'on se fie à leur mine réjouie. La Sapphire coast, en dehors de cela, est un passage anecdotique, tout comme l'escale d'un soir à Port Edward où nous nous dégourdirons simplement les jambes à la plage en arrivant. Le temps maussade rend le paysage sévère, c'est beau.

23 juillet. Port St.Johns. La forêt est luxuriante, les hautes collines bordées de gorges à l'embouchure de l'Umzimvubu River. Le village est chaleureux, accueillant, animé. Un air de Swaziland. Il paraît que c'est un repère de babas-cools où l'on rencontre les seuls rastas blancs du pays. Ici, les gens pêchent. Nous, nous faisons une balade vers le phare dont nous rencontrons le gardien auquel je demande sans le vouloir si je peux vivre avec lui - "Can I stay with you?" 😉 En effet, la vue sur l'embouchure et l'océan depuis là-haut est magnifique. J'y resterais bien pour la vie.

Au village, un match de foot; un centre très animé autour des commerces; une gare routière assaillie de dizaines de taxis-combis en attente et en partance; des voix qui s'élèvent; tout le monde s'interpelle. Les rues adjacentes, plus calmes, nous donnent l'occasion de nous rendre compte de la beauté des couleurs automnales, notre café à emporter à la main.


Un peu plus tard, avant de traverser la rivière pour rejoindre notre gîte, nous croisons une multitude de vendeuses au bord des routes, qui attendent patiemment le chaland. Au choix, de gros avocats bien mûrs vendus à l'unité dont les noyaux énormes réduisent la chair du fruit, ou des sachets de 6 petits, mais durs comme des cailloux. Incapable de me décider, je choisis finalement de faire plaisir aux deux marchandes que j'aborde, et c'est chargés d'avocats que nous gagnons notre cabane de pêcheurs, qui me donne l'impression d'entrer dans la maison du vieil homme d'Hemingway. Il y a même des lampes à huile!

Et voici les photos un peu magiques que Jacky rapportera de son footing de fin de journée.

Le lendemain matin. Un petit café avec vue, pour la route...