99 India

Par
Février 2013
99 jours
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Lorsque j'ai obtenu mon diplôme de graphisme aux Beaux-Arts, Thomas et moi avions pour projet de partir nous installer au Canada -ce que nous avons fait par la suite-. Mais il restait une année d'études à Thomas, alors, j'avais une année à tuer en l'attendant. Je suis donc repartie faire une année d'études supplémentaire en graphisme, en Licence pro, cursus qui me permettrait de faire un long stage, et à l'étranger. Car j'avais déjà un studio de graphisme à Delhi en tête.

J'ai fait ma demande de stage au studio, et une fois qu'elle a été acceptée, je me suis inscrite en licence. Bref. En février, je m'envolais pour New Delhi.

J'avais créé un site web à ce moment là, il s'appelait "99 India", mais je l'ai récemment retiré d'internet, car je n'avais plus envie de payer mon hébergement web. Aussi, je n'ai plus rien pour parler de ce voyage, alors j'ai eu envie de reparler de mon voyage ici.

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Lajpat Nagar

Mon arrivée à Delhi, toute seule, était un peu effrayante. Il était 6h du matin, et j'ai réussi à m'engouffrer dans un taxi prépayé avec une touriste habituée. Elle m'a rassurée, et une fois descendue, je me suis mise à discuter avec le chauffeur qui ne savait pas trop bien où se rendre. Il m'a enfermée dans son taxi une fois arrivés dans mon nouveau quartier de Lajpat Nagar pour aller demander son chemin à des hommes qui dormaient dans la rue.

Je ne connaissais rien d'autre que l'occident, il faisait nuit et j'étais vraiment apeurée, bêtement. Une fois déposée à bon port, et recueillie par Elise (dans la colloc que je partagerai plus tard avec ma cousine Louise, Marie, et Luisa), j'ai fait un petit somme avant de sortir lorsque le quartier commençait à s'animer.

Je suis allée à la rencontre de ce quartier, qui me manque tant aujourd'hui. Lajpat Nagar, I block. Je me souviens de chaque personne, chaque détail, chaque odeur, chaque recoin.

Ce quartier formidable, où nous avions nos habitudes, nous a accueillies comme si nous en étions. Je rêve souvent de revenir juste pour y retrouver les habitants. De la dame du salon de beauté Cinderella qui me donnait des coups de poing dans le dos en guise de massage ; à Maddhu qui nous prenait sous son aile, ainsi que sa soeur et son neveu ; aux monsieurs afghans aux yeux magnifiques du pain, qui se moquaient de nous chaque jour, car on se brûlait les doigts en ne voulant pas attendre que le pain ne refroidisse pour le grignotter ; au monsieur Sikh qui nous vendait les cartes de téléphone, et qui m'a demandé de "repasser demain" pour faire un portrait de lui, car il voulait que sa barbe soit impeccable ; au petit garçon et son papa qui nous vendaient les fruits et les légumes devant les toilettes publiques ; bref, toutes ces personnes avec qui nous vivions en harmonie, et qui nous ont adoptées, comme de vraies résidentes.


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J'ai adoré chaque matin aller négocier mon Richshaw, ou mon cycle. La négociation, c'est un peu difficile, car on ne se sent pas toujours légitime de tirer les prix quand, lorsque l'on fait la conversion, il ne s'agit que dizaines de centimes d'euros. Mais ça fait partie du quotidien, c'est comme ça. Il faut avouer que les hommes qui conduisent les rickshaws, et surtout les cycle, ont vraiment la vie dure. Il a fait jusqu'à 48 degrés à Delhi, oui, 48 ! Et les hommes tiraient quand même leurs vélos. J'avais vraiment du mal à les faire travailler, mais en même temps, je préférais payer ces hommes qui trimaient plutôt que les autres.

J'ai aimé chaque instant de mon stage, auprès de Pushkar Thakur, et de Shruti, ma co-stagiaire. J'étais en roue libre, et à vrai dire, mon stage m'a plus servi à découvrir la culture indienne du point de vue de quelqu'un qui connaissait la mienne, car Pushkar et Shruti avaient beaucoup voyagé en occident.

Aussi, Pushkar traitait admirablement bien Shyam Singh, son employé, qui nous préparait chaque jour les meilleurs mets que j'ai dégusté en Inde. Je l'aimais beaucoup, c'était un homme simple, humble et timide.

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Bref, voilà pour cette intro. Dans ce carnet, je ne vais pas raconter le détail de ces 99 jours, mais plutôt évoquer des moments, des lieux, ou des événements, à la manière de cette petite partie sur mon quartier de Lajpat Nagar.

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J'aimerais vous parler un peu de Delhi, car beaucoup de gens ne l'aiment pas.

Oui, c'est vrai, parfois, elle sent mauvais, elle est misérable, agressive, chaude, sale, sèche, dangereuse, polluée, folle. Pourtant c'est une ville fantastique, qui regorge de merveilles à découvrir. 

C'est aussi une ville qui reflète plutôt bien l'Inde, son système social, ses populations, son histoire, ses religions, sa modernité... Il y a tant de choses à découvrir à Delhi.

Je vous emmène donc d'abord faire un petit tour des quartiers et monuments, tous plus magnifiques les uns que les autres.

Old Delhi

D'abord, il y a Old Delhi. Un peu l'équivalent d'une medina au Maghreb. C'est là qu'est le cœur de l'ancienne ville. On y trouve toutes sortes de choses, des marchés aux épices, aux temples, aux mosquées.

C'est un peu un grand bazar, sur fond de bidons villes. J'y ai vu mes premières processions funéraires aussi.

En sortant un peu des ruelles, on peut aller admirer la grande mosquée Jama Masjid. J'avais pu la visiter au début de mon voyage mais n'ai pu monter dans le minaret que lorsque Thomas est venu me rejoindre :



A Old Delhi, il y a également le Red Fort. Je pense que c'est l'un des premiers endroits que j'ai visités à Delhi. Impressionnant dans son genre également.

Bref, Old Delhi a mille et une facettes, de superbes endroits où déjeuner, des monuments majestueux à visiter, des emplettes à y faire... De quoi satisfaire tous vos sens en un seul endroit.

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Il existe un monument moins connu que le Taj Mahal, mais qui pourrait presque le détrôner :

Humayun's Tomb

L'endroit est absolument sublime, et paisible. Il n'y a pas beaucoup de monde bizarrement, c'est plutôt tranquille, et ça fait du bien quand on vit en Inde ! Le parc est agréable et on y trouve de l'ombre au bord de petites fontaines pour se rafraîchir.

Le Lotus Temple

Le Lotus Temple, est un lieu de prière moderne et architecturalement unique (le "temple mère"). Il a été construit pour la foi des baha'is, qui est une religion monothéiste acceptant toutes les manifestations de Dieu dans les diverses religions : Moïse, Jésus, Muḥammad, Krishna, Zoroastre et Bouddha... Cette religion est basée sur l'unité de Dieu, l'unité de la religion et l'unité de l'humanité. C'est pourquoi dans ce temple viennent prier en harmonie chrétiens, juifs, musulmans, hindous, bouddhistes...etc.

C'est un endroit spirituel et religieux très fort, au delà de l'architecture même.

Lodhi Garden

Un parc bien connu des delhiites, Lodhi Garden. Un poumon vert dans l'enfer de pollution qu'est Delhi.

Safdarjung's Tomb

Dans le même esprit qu'Humayun, Safdarjung est placée en numéro 3 de mes temples favoris. Il est beaucoup moins bien entretenu qu'Humayun, ce qui lui donne encore plus de charme.

Tibetan Village

A la manière de Chinatown, Little Italy et autres quartiers de NYC, Delhi a également ses quartiers dédiés à certaines communautés. L'un d'eux est le quartier tibétain Manju-Ka-Tilla.

Il est assez chouette à visiter, car on peut y manger de superbes momos, y trouver des bijoux (des pierres, des bijoux en argent etc...), flâner dans les ruelles étroites et colorées, et aller à la rencontre d'une communauté bouddhiste. La cuisine là-bas est sérieusement délicieuse, et rien que pour elle, ça vaut 100 fois le détour.

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Il y a des centaines d'autres monuments, parcs, et quartiers qui valent la peine d'être visités à Delhi, mais ceux-là sont mes préférés.

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Shivaratri

Un soir, j'étais tranquillement avec les filles à l'appartement, quand j'ai entendu du bruit venant des rues voisines et senti toutes sortes de nourritures. Je suis descendue avec mon appareil photo sous le coude, quand tout à coup, au coin de la rue, je suis tombée nez à nez avec mon premier éléphant, au milieu de milliers de personnes distribuant de la nourriture, dansant et faisant de la musique pour un festival en l'honneur de Shiva.

Il était immense, imposant, et calme. Je plaignais la pauvre bête, arrivée là au milieu du bruit.

Mais cette cacophonie était joyeuse. C'était une surprise à laquelle je ne m'attendais pas le moins du monde.

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Holi

Ahhhh Holi... C'est un peu "je sens que ce matin va être une pure soirée". On a décidé de faire Holi à l'université JNU où Louise et d'autres copains étudiaient. Lorsqu'on a pris le rickshaw pour s'y rendre, à 8h30 du matin, les rues étaient étonnamment désertes. Seules quelques pigments de couleurs avaient explosé sur la route à certains endroits. Il flottait dans l'air comme un parfum de grosse guerre bon enfant. C'était grisant.

Et puis nous sommes arrivées à l'université, où ce jour là, du bhang lassi, sorte de milkshake à la weed, était distribuée (légalement, à la cantoche, genre !). Moi j'avais pas trop trop envie, j'ai entendu plein d'histoires sur le bhang lassi (et j'ai pu les voir en vrai quelques heures après), donc j'avais emmené mon propre breuvage.

Nous étions prêtes, nos pistolets à eau armés et nos pigments dans la poche.

C'est assez fou de se dire "bon, ok, il est 10h, tout le monde est totalement arraché, c'est normal".

Bon, j'explique un peu le principe : Holi, c'est la fête pour célébrer l'arrivée du printemps. Toutes les castes se mélangent, tout le monde fait la fête ensemble (sauf que certaines fêtes "privées" sont organisées dans d'immenses villas), et se jette des pigments de couleur. Chaque pigment signifie quelque chose (le vert pour l'harmonie, l'orange pour l'optimisme, le bleu pour la vitalité et le rouge pour la joie et l'amour). Le personnel de l'université, leurs familles, et les étudiants se mélangeaient.

Dans les faits, il s'agit surtout d'en écraser le plus possible sur le visage de son voisin.

Donc en fait, nous avons vécu une expérience où nous étions tous loin, trèèèès loin. Une bataille d'eau géante, la meilleure boum de ma vie ! Au bout de quelques temps, les regards se faisaient plus flous, les arbres se paraient des tshirts que les hommes s'arrachaient, et certaines personnes se mettaient même à marcher très lentement, scotchées par le Bhang.

Puis à 14h, vers la fin de ce gros n'importe quoi, et après une sieste méritée, nous sommes rentrées, c'était la fin de la "soirée" (que nous avons continuées jusqu'au bout de la night avec des potes chez nous). Il nous a fallu pas mal de temps pour nous débarrasser des pigments sur notre peau !

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Les occasions de porter un saree sont plutôt rares, aussi, on était super excitées d'avoir été invitées au mariage de la sœur de Varun. Varun et Aman nous ont emmenées à Sarojini Market essayer et acheter des sarees.

Le jour J, que nous attendions avec impatience, nous avons demandé de l'aide à la Didi, qui résidait dans l'immeuble et l'entretenait avec son mari, de venir nous aider à draper nos sarees, car c'est vraiment tout une technique.

Sur la route de Gurgaon, c'était clairement la saison des mariages. Nous étions totalement prises dans les embouteillages. Nous sommes arrivées un peu en retard à la fête, dans une zone totalement dédiée à plein de mariages.

Puis nous sommes entrées sur le lieu de la célébration. C'était vraiment étrange. Beaucoup de gens venaient pour manger, sans même avoir fait l'effort de s'habiller (parfois même en jean), car il y a des centaines et des centaines d'invités, et tout le monde n'est pas forcément intéressé par le couple de jeunes mariés.

Les différentes cérémonies se sont enchaînées, et je dois avouer que je ne saurais dire si le couple était vraiment enchanté...peut-être était-il juste concentré ?

Nous avons en tout cas profité de la fête et nous sommes prêtées au jeu des photos.

Nous nous sommes même incrustées au mariage d'à côté...durant lequel nous sommes carrément passés sur l'écran géant (mais il y a tellement tout le temps plein d'invités que ça n'a choqué personne que personne ne nous connaisse)

Bref, un mariage indien, c'est une expérience unique, et surtout l'occasion de se pavaner un peu en saree.

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Extrait de mon carnet de voyage

02.06.13

Aéroport de Bahreïn.

Mon dieu que j'ai pleuré. L'hôtesse en face de moi a du croire que j'avais peur de l'avion. Honnêtement, j'ai eu le sentiment d'avoir été arrachée à l'Inde, et aussi à Lajpat Nagar.

Ici le chaï n'est pas bon, les gens ne parlent pas hindi, et l'Inde me manque déjà terriblement. Ma seule motivation est que je vais repartir en quête de découvertes vers Novembre.

Un mois de voyage c'était bien, mais j'aurais bien aimé encore un peu de temps à Delhi. Je ne réalise vraiment pas que demain je serai à Mc Do, avec mes potes, à Rennes. Non, dans ma tête, j'irai m'acheter des bananes et du Dahit à Krishna Market, après une petite grasse matinée sous la clim, ensuite je regarderai un épisode de Game of Thrones avec Louise C. avant d'aller marcher avec Shruti dans son quartier. Puis Loulou et moi, on regarderait un film à l'eau de rose, et j'irai boire un thé avec Marie, très tard, à l'heure où Luisa rentre de son deuxième travail et nous le raconte.

Je vais déprimer un peu j'en suis sure. Mais aussi, je vais avoir envie de faire plein de choses que je ne faisais pas/plus avant. J'aurais appris aussi l'indépendance, et autre chose que la vie de couple. Non pas que cette vie de couple me bride, mais je me suis sentie libre, même en ayant le coeur pris ; je l'ai juste un peu mis entre parenthèses. (...)

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Découvrez les lieux que j'ai visité en cliquant ICI !

Amritsar & le Punjab

Agra & le Taj Mahal

Week-end en Himalaya

Le Rajasthan

Darjeeling & le Sikkim

Le Kerala & Goa

Bonne découverte !