Carnet de voyage

Six mois à Taiwan

Dernière étape postée il y a 752 jours
Quatre ans sont passés depuis ce premier séjour à Taiwan ! Au-delà de raconter notre périple, ce carnet a surtout pour vocation de fournir des informations sur des lieux méconnus de cette belle île.
Du 29 septembre 2015 au 21 mars 2016
25 semaines
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Publié le 17 novembre 2019

Préambule

Beaucoup d'années s'étant écoulées depuis ce voyage, les dates données dans ce carnet sont assez approximatives. Nous espérons réussir à relater ici ce que nous avons vécu pendant six mois dans ce beau pays qu'est Taïwan. Cela nous permettra d'en garder une trace ailleurs que dans notre mémoire et de faire découvrir aux autres ce pays plutôt méconnu.

Avis aux voyageurs

Vous trouverez peu d'information pratiques précises dans ce carnet de voyage (prix, logements, transports, etc.) car nous étions logés chez la grand-mère de Julie pendant les trois premiers mois, puis chez des amis pendant les trois mois suivants. De plus, nous avions toujours un scooter ou une voiture à disposition ce qui nous a permis de faire du camping sauvage. Vous trouverez néanmoins diverses informations utiles à la fin de chaque article.

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Le 29 septembre 2015

Ça y est, nous sommes arrivés à Taipei ! Vers 10h du matin, au lieu de 13h30. Oui oui, vous avez bien lu : notre avion est arrivé en avance, à cause d'un typhon ! Quoi, nous aurions dû avoir du retard ? Et bien non ! La raison de cette avance fut assez obscure pour nous... Visiblement, lors de notre correspondance à Guangzhou, la compagnie China Southern nous a recasés dans un avion qui partait plus tôt que celui que nous devions prendre.

Première impression pour Geoffrey en sortant de l'avion : mais c'est un four Taïwan ! Il faut dire que nous sommes arrivés juste à la fin de la saison tropicale... Heureusement, nous avons vite regagné l'intérieur de l'aéroport qui bénéficie de la technologie la plus importante à Taïwan : l'air conditionné, qui est fâcheusement toujours réglé sur la position « Pôle Nord ».

Rapidement, nous avons été confronté à la plus grande inquiétude des Taïwanais : « ni che le ma ? ». En bon français : « est-ce que vous avez déjà mangé ? ». Dans ce pays, lorsque l'on rencontre quelqu'un, au lieu de lui demander s'il va bien, on lui demande plutôt s'il a déjà mangé. Et surtout, on lui propose quelque chose à grignoter peu importe sa réponse ! La première personne qui nous a posé cette question est la marraine de Julie venue nous accueillir à la sortie de l'aéroport. Nous avons donc mangé en arrivant chez elle, puis fait la sieste, puis mangé dans un petit restaurant, puis dormi une nuit, pour mieux remanger le lendemain matin... Il y a pire comme programme !

En réalité, nous avons rajouté un élément dans ce programme. Après le dîner, nous sommes allés récupérer à la gare centrale de Taipei une amie de Julie, Camille, partie de France avant nous et arrivée à Taïwan après nous. Tout ça grâce... au même typhon ! Sauf que Camille n'a pas eu notre chance : pas de correspondance avancée, et du retard à l'atterrissage à Taipei...

La marraine et le parrain de Julie 
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Publié le 17 novembre 2019

Le 30 septembre 2015

Le lendemain de notre arrivée, alors que Camille s'envole vers le Japon, nous prenons un bus direction Pingtung, la ville natale de la grand-mère de Julie. Nous avons passé la journée à traverser l'île du nord au sud (5h30 de trajet quand même) par une forte chaleur, mais paradoxalement congelés sous l'air climatisé du bus... Alors que nous voulions regarder le paysage pendant le trajet, nous avons malheureusement passé notre temps à somnoler à cause de la fatigue et du décalage horaire.

Comme partout, le bus coûte moins cher que le train. Taïwan ne fait pas exception. Le réseau de bus taïwanais fonctionne très bien. Si vous avez du temps, cela vaut le coup de l'emprunter plutôt que d'utiliser le TGV local qui coûte assez cher.

La grande-mère de Julie, dite Ama

Du haut de ces soixante-dix ans bien tassés mais élégamment portés, elle est généralement vêtue d'un haut rose ou rougeoyant, en accord avec son rouge à lèvre. Toute fière, elle apprécie d'être photographiée. Elle se met alors sur son trente-et-un et arbore son habituel air de « Je fais semblant de ne pas savoir que tu me prends en photo ». C'est que la grand-mère de Julie possède un caractère bien trempé.

Il faut la voir filer sur son scooter électrique, plusieurs fois par jour, au gré de ses envies : les marchés, l'église, la tombola... Il n'y a qu'au supermarché qu'elle va plus rarement. Comprenez-bien, elle ne peut pas entrer dans le supermarché avec son scooter chéri. De fait, ses territoires favoris sont plutôt les marchés de Pingtung. Après y avoir vendu des fruits pendant de nombreuses années, elle se fait aujourd'hui un plaisir d'y retrouver ses copines et de dégotter ceux au meilleur prix. Elle revient généralement de ses escapades avec suffisamment de nourriture pour nourrir un régiment !

Parmi ses sujets de discussion favoris (et quotidiens) : son exaspération à propos de la situation matrimoniale de sa petite-fille préférée, Julie. Elle s'est trouvée un amoureux, alors pourquoi ne se marie-t-elle donc pas ? Et surtout, pourquoi n'a-t-elle toujours pas d'enfant ? C'est qu'à Taïwan, on est vieille fille à 25 ans. Pour bien se faire comprendre, la grand-mère de Julie distille au quotidien des petites remarques à sa petite fille comme : « Tu te rappelles Mademoiselle Untelle ? Elle a deux ans de moins que toi et elle a déjà trois enfants ! » Ou bien plus subtilement : « C'est une bonne soupe que tu m'as faite là. C'est une bonne soupe pour un bébé ! ».

Oui, la grand-mère de Julie aime bien les répétitions quand elle parle. Elle aime bien les adjectifs aussi. En fait, elle aurait plutôt dit : « C'est une bonne soupe bien bonne pour un bébé ! ». Parmi ses expressions favorites figurent « ceci », « cela » ou encore « cette chose ». Ce qui donne des phrases comme : « Passe-moi ce truc... Non, pas celui-là, l'autre, à côté de ça, derrière le machin ! »

Les choses à passer, en l'occurrence, sont souvent de la nourriture. Car manger, c'est important pour elle. Elle apprécie particulièrement la cuisine française que nous lui préparons, et encore plus son petit verre de vin rouge au dîner. Encore plus que le sien, elle se préoccupe de l'estomac des personnes gravitant autour d'elle afin qu'il ne soit jamais vide, ou plutôt toujours plein... « Reprends du riz ! » « Encore ? » « Tu veux des fruits ? » Cette remarque concerne Geoffrey particulièrement, car elle aimerait bien le voir doubler de volume, au moins.

Si tous ces dialogues sont des traductions du chinois, il lui arrive encore de prononcer quelques mots en français. Le fameux « Encoooorrre », mais aussi son « Merci » et « Manger, manger ! ». C'est assez incroyable de la voir prononcer ces mots avec aussi peu d'accent. Lorsqu'elle est venue habiter à Paris il y a plus de dix ans de ça, armée de ses impeccables « Ah bah dis donc ! », « C'est très bien ! » et « Oh là là ! », elle tenait bien la conversation pendant une demi-heure avec quelques voisins. Lesquels venaient ensuite féliciter les parents de Julie pour leur enseignement si rapide du français à la grand-mère, alors qu'elle n'avait rien compris à ce qu'ils avaient dit...

La grand-mère de Julie, c'est ça : quelques mots, des mimiques et surtout des rires aux éclats !