Du 1 au 8 janvier 2005
8 jours
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Paris, 27° et je suis en train de prendre l’avion pour le Spitzberg où je m’attends à une température au maximum à 0°. Faut vraiment être un peu con… Objectif : Trek en ski de fond dans la glace en tirant une pulka. C’est vrai, j’aurai pu trouver plus simple du style transat-paréo. Mais là-bas, ils connaissent pas trop les transats et encore moins les paréos.

Au fait, j’ai oublié de préciser : 2 jours avant de partir je me suis fait mal en haut de l’épaule gauche et ce matin en prenant mon sac je me suis coincé le bas du dos. Ça va être folklo le trek !!!

Quelques mots sur le Spitzberg, c’est l’île principale de l’archipel Svalbard géré par la Norvège au niveau du cercle polaire à 78° Nord.

Mon billet d’avion sous les yeux, je m’envole pour Oslo puis d’Oslo envol pour la grande ville du Spitzberg : Longyearbyen, soit 1500 habitants. Au fait, j’ai 6 heures d’attente à l’aéroport d’Oslo, top.

Me voilà à l’aéroport d’Oslo sans argent norvégien et surtout sans connaître le cours de change avec l’euro. Je me pointe à un distributeur, et le minimum à retirer est de 500 couronnes. Bon, ok je retire 2000 couronnes histoire d’avoir du cash, et en fait ça fait 55 euros. C’est comme ça qu’on s’aperçoit que le niveau de vie en Norvège est extrêmement élevé car au minimum on tire 55 euros…

Avec 3 autres personnes, on décide de prendre un train pour aller sur Oslo plutôt que de poireauter à l’aéroport : Pour 10 minutes de trajet aller-retour, je vous demande un prix, n’ayez pas peur, lancez vous : 35 euros mais il faut reconnaître que ça n’a aucun rapport avec nos RER car ils sont propres, clean et le contrôleur nous donne même un plan de la ville.

Oslo est une jolie ville avec rue piétonne et un joli port avec des vieux gréements. Sur le port, il y a une petite fête foraine et à un des stands on gagne des ballons en forme de préservatif… pourquoi pas !

Comme il se fait un peu faim, on décide de manger un truc vite fait et on va au MacDo (et oui….). Résultat 12 euros pour un hamburger poulet et quelques frites.

Finalement on reprend le train pour l’aéroport et nous voilà arrivés à l’aéroport de Longyearbyen à 2h du matin.

Rappel : ici, il fait toujours jour (j’ai pas dit soleil) car à partir du début avril, le soleil ne se couche plus. Ça fait bizarre d’aller se coucher à 3 heures du matin en plein jour…

PS : Comme dans tous mes blogs, il faut les prendre au second degrés en particulier quand je me moque gentiment (oui, c'est du second degrés) de ceux que je rencontre.

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J’ai bien dû dormir 5 heures… Tu te réveilles le matin, il fait soleil dans la chambre, tu penses qu’il faut te lever à cause du jour, tu regardes ta montre, et non il est 5 heures du matin.

Le matin est prévu pour la préparation du matériel, j’ai amené tout ce que j’avais de plus chaud et on m’a même prêté des fringues. Prenons l’exemple des gants, c’est pas la peine de venir avec des gants de ski, ici ça c’est bon pour l’été ; il faut 3 couches de gants : sous gants en soie, gant en laine et sur gants en gore tex. Donc le guide check nos affaires. C’est l’occasion de parler de mes compagnons de route : Odile, prof de judo, 1m50, autour de 45 ans qui passe son temps à parler d’elle, de son chien-chien, de ses parents, de son travail, gentille mais un peu soûlante… Serge et Nicole, un couple de la campagne à 2 doigts de la retraite qui passent leur temps à faire du ski de fond dans le Jura. Le point positif je suis avec des sportifs donc en principe pas de boulet en perspective mais on ne va pas beaucoup rigoler.

La mère Odile a toujours froid, elle est venu avec plein d’affaires mais le guide lui dit que ces vêtements ne sont pas adaptés : Aucun intérêt à amener des damarts, c’est pas respirant

Serge et Nicole sont venus avec du matos high tech et me concernant, selon le guide, j’ai le matos limite mais si on se prend une tempête, je vais souffrir, bah. Enfin, il faut se méfier de ce que nous dit le guide car lui n’a jamais froid, c’est tout juste s’il va pas se balader en maillot de bain sur la banquise. Le problème est qu’il donne à chacun un petit sac et toutes les affaires qu’on veut emporter doivent tenir dans ce petit sac où être sur nous. Au fait, il n’est pas prévu qu’on se lave pendant les 5 jours de treks, trop froid.

Il nous prête quelques vêtements supplémentaires et des chaussures canadiennes Sorel, type moon boots qui sont prévues pour taper les -50°.

Puis on va essayer les skis, de style ski de fond mais on porte nos Sorel comme chaussure, donc aucune tenue au niveau de la cheville et quasiment aucun quart ; Petite ballade pour essayer les skis et voir notre niveau : Et le plus lamentable, c’est bibi, impossible de faire une descente style niveau piste blanche. Sur 30 mètres de descente, je me vautre au moins 3 fois, pas foutu de faire du chasse neige avec ces skis de daube. Je sens que je vais être le boulet. En plus j’ai la pression car demain c’est un peu particulier, on va s’accrocher à une corde et ce sont des chiens qui vont nous tirer, donc j’appréhende les gamelles.

Après-midi, balade dans la ville, c’est plein de petites maisons en bois de couleur vive, une petite rue piétonne, un supermarché (je vous parle pas des prix) et quelques magasins pour touriste et magasins de sport. Au fait, ici dés que l’on sort de la ville, c’est obligatoire de se balader avec un …fusil. Motif, il arrive qu’un ours blanc vienne dans le coin histoire de chercher un peu de bouffe. Je suis au supermarché, je vois une petite minette de 20 ans qui paye ses achats à la caisse puis ouvre un caisson et sort un énorme fusil pour rentrer chez elle. Ça surprend sur le coup. C’est courant dans la rue de voir des femmes avec un landau et un fusil. Le truc marrant, c’est à l’entrée de la banque : Il y a un panneau qui interdit les armes à feu…

Au fait, repas du soir : Boite de Couscous Garbit, sacré dépaysement !

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Ça y’est c’est le grand départ, aujourd’hui en va faire une sorte de tire fesse particulier : 2 équipages de chiens de traîneau vont nous tirer pour nous amener à notre premier camp. On porte des harnais et on s’accroche à une corde qui traîne derrière le traîneau. Seul petit hic, au départ les chiens sont très en forme et vont très vite et on risque de se faire envoyer valdinguer. Donc, on part 2 heures avant les chiens, histoire que quand ils arrivent à notre niveau, ils soient un peu essoufflés. Bon, je suis le premier à me prendre une gamelle mais tous les autres se sont vautrés et plus souvent que moi. Je suis un peu rassuré. J’ai pas précisé : Les chiens vont nous tirer pendant 5 heures et quand on arrive, on est plus fatigué qu’eux.

A l’arrivée, le guide nous a dit que dans certains cas, il faisait monter les touristes sur les traîneaux s’ils étaient trop fatigués mais il ne nous l’a pas proposé cet enfoiré. Soi-disant, on a la condition physique.

Un autre point c’est le temps, on a eu beau temps en ville mais maintenant c’est du vent, du froid et pas de visibilité. On s’y fait…l’habitude

Nous voilà arrivés, on monte le camp sur la neige : La tente mess et nos tentes, je partage ma tente avec Odile, c’est la première fois qu’elle dort sous une tente.

On est installé dans un fjord : Templefjord à l’entrée de la banquise.

Question toilette : Un grand trou dans la neige, rien qu’à voir ça, tu as envie d’être constipé…

Toute la bouffe est dans des sacs qui sont mis à l’écart du camp au cas où un ours viendrait nous faire un petit bonjour.

Repas du midi : Barre de céréale et cacahouètes

Repas du soir : Purée lyophilisée et saucisson (un vrai). On passe notre temps à faire fondre de la glace pour préparer les 8 thermos que l’on trimballe. Pour se réchauffer, un petit pastaga en apéro et notre ami Serge a amené de la prune 15 ans d’âge, fait maison…

On va voir les mushers (ceux qui ont conduit les équipages des chiens) et on va faire une caresse à chaque chien pour ne pas faire de jaloux. Ils sont vraiment tous impatients d’avoir leur caresse et Odile est dans son élément.

Demain matin, ils repartent, nous n’en gardons que 2 : Mechepeche (apparemment ça veut dire biscuit en polonais, c’est le nom générique à tous les chiens qui ont moins de 2 ans) et Sun qui est un gros fainéant. Ils vont tirer une pulka et nous allons tirer les autres.

Les 2 chiens sont installés de chaque coté du camp pour qu’ils nous préviennent au cas de la venue de notre ami l’ours.

Alors, il est 9 heure du soir, crevé et difficile de dormir en plein jour. On a des tentes grand froid (mouais, ça veut surtout dire qu’il fait grand froid dans la tente !!!) où une ouverture fait circuler de l’air dans la tente pour éviter une trop grande différence de température et donc du givre. Finalement j’ai bien dû me réveiller 4-5 fois dans la nuit (le terme n’est pas vraiment adapté mais bon).

Lendemain matin, on va voir les mushers préparer leurs chiens. Les chiens sont très motivés pour repartir, ils font des bonds, ils aboient, c’est la fête, ils tirent sur leur harnais mais pour les retenir, le musher plante une ancre dans la neige, ouais comme pour les bateaux. Juste pour essayer, j’essaye de déplacer le traîneau en bois (sans l’ancre), impossible de le bouger d’1 cm. Il faut 4 chiens pour déplacer le traîneau à vide.

Temps pourri, mais on va faire une ballade. Le guide prend son fusil et c’est parti. Il doit faire -8° mais si on rajoute le vent, on tape les -20°. Alors en terme d’équipement c’est masque pour les yeux, plus masque facial néoprène, 3 paires de gants, bonnet, capuche. Objectif : Pas un cm de chair visible. Le guide se paume et on fait une balade de 6 heures autour du camp. Retour au camp, nos 2 chiens sont contents de nous revoir, pas d’ours qui est venu se taper l’incruste.

Au fait, comme il fait toujours lumineux, on se couche quand on veut, on se lève quand on veut, pas de pression pour arriver avant la nuit…

Repas du soir : Soupe Roico, saucisson, soupe chinoise et cappeleti. En regardant les emballages des produits, je m’aperçois qu’on nous refile des produits périmés : Biscuits périmés en octobre 2004, barres de céréales et sachets lyophilisés périmés en janvier 2004. Je fais la remarque au guide qui me dit que ce n’est pas important, avec ce froid tout ce garde…mouais.

Un moment difficile pour chacun de nous : Le passage obligatoire aux toilettes. C’est pas compliqué, avec une pelle, on fait un trou dans la glace, on essaye de faire un petit muret et puis on n’a pas le choix, on espère qu’il ne fait pas trop froid et c’est parti… Faut reconnaître, psychologiquement t’es constipé mais bon t’as pas le choix, à un moment il faut se lancer.

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Lever 6 h du matin, ça parait tôt mais non, on s’est couché à 21h00. De toute manière, il fait toujours la même luminosité. On remballe les tentes et tous le matos sur les pulkas. Objectif : 6 heures de ski pour rejoindre l’autre coté du fjord en traversant la banquise.

Il y a 4 petites pulkas (petites mais pas légères) et une grosse pulka qui va être tirée par les chiens. La mère Odile (professionnelle reconnue mondialement en chien de traîneau) décide de s’occuper des chiens qui vont tirer la grosse pulka, le guide la laisse faire car on sent qu’il n’a aucune expérience des chiens… (A se demander où on l’a encore trouvé celui-là !!!). On met nos harnais et on accroche les pulkas. Sauf Odile qui elle s’accroche à la pulka tirée par les chiens. Sauf que quand on ne maîtrise pas les chiens, ils partent dans tous les sens. C’est pas avec les skis sans quart que tu vas retenir les chiens, et la voilà qui se vautre et se fait traîner par les chiens. Je le dis au guide qu’il devrait s’occuper des chiens mais il fait celui qui n’entend pas. Au bout de 5 gamelles d’Odile, j’en ai marre de poireauter au froid en attendant qu’Odile tienne debout et je commence à tirer ma pulka sur la banquise. Le guide me rattrape en m’indiquant qu’il ne faut pas que je m’écarte, qu’il faut qu’on reste ensemble car il peut y avoir des ours et qu’il ne peut garantir ma sécurité. Ok je comprends, il a raison, mais 1 heure après, ce con marchait 200m devant nous. Je t’en foutrai de la sécurité !!! Finalement Odile a enlevé les skis et marche à coté de la pulka des chiens, c’est plus facile pour les retenir mais au début, elle a été obligée de courir au même niveau des chiens.

Alors, la banquise, c’est blanc, c’est froid, ça glisse avec ses skis de m… on est au milieu de nulle part.

Coup de chance, le temps commence à se découvrir et vers la fin de la journée, on aura un beau soleil.

Au milieu de la banquise, on s’arrête pour déjeuner : Fruits secs, biscuits et barres de céréales périmés, cacahouètes. Ça c’est un repas équilibré !!!

Finalement, on quitte la banquise pour rejoindre l’entrée d’une vallée.

Mes amis Odile, Serge et Nicole sont entamés, les chiens aussi. A peine on les installe dans la neige, qu’ils se mettent en boule et font un roupillon (je parle des chiens…).

Notre guide est un spécialiste du choix de l’emplacement des tentes : prés de la piste où passent les scooters des neiges. No comment

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Nous voilà déjà sur le retour, 2 jours de skis pour retourner au bercail. Le guide qui voulait qu’on reste groupé, a maintenant récupéré la pulka avec les chiens et se laisse traîner par les chiens 500 mètres devant nous. Cool la vie. De plus, à moins qu’il soit champion de tir, je ne vois pas comment, il pourrait dégommer un ours. C’est pas grave, on est en sécurité, on a un sifflet pour prévenir (mais je ne crois pas que ça fera fuir l’ours) et des pétards.

Le truc nul est qu’on suit une autoroute : C’est le chemin par lequel passent les scooters. Top. Plutôt que de suivre un chemin tranquille, on est sur une route (en fait, des traces de scooters) de 10 mètres de large. De temps en temps, des scooters passent avec une bonne odeur d’essence.

Par contre super soleil, pas de vent, il doit faire 0°, je skie en t-shirt, sans bonnet, sans gant alors que les autres sont en polaire, parka et bonnet. Comprends pas !! Je suis impressionné par mes facultés d’adaptation… même si en principe je suis plutôt habitué au temps de merde.

Comme on avance très rapidement, en plus du temps de ski (au fait quand je dis du ski, je vous parle pas du ski où vous êtes en descente, ici on pousse sur les bâtons et on tire plus de 30 kg !!), on va faire des balades à pied de 2-3 heures

Repas du soir : Attention grande cuisine ce soir : Crumble et tartiflette, oui vous avez bien lu !! Je précise, au départ c’est lyophilisé, tu rajoutes de l’eau chaude, tu poireautes 10 minutes et tu manges. Autant dans un resto, tu trouverais ça très moyen, autant après 6-8h de ski, sous une tente, tu trouves ces plats délicieux. Le plus dur c’est le petit coup de prune en dijo qui t’arrache la tronche.

En termes de bestiole, on n’a pas vu d’ours mais on a vu des rennes blancs pas très farouches, des lagopèdes (des sortes de perdrix blanches) et quelques phoques sur la banquise et qui, même si je ne supporte pas les chasseurs, auraient faits un bon complément à nos produits périmés.

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Avant de repartir, j‘ai demandé au guide où ça bougeait le soir en ville. Alors, avant d’aller guincher, on est allé dans un resto histoire d’essayer un plat un peu différent : On trouve de la baleine (importée car pas de pêche dans le coin), alors en ragoût ça a le goût de… bof, de foie de veau. Très particulier. Les vieux sont allés se coucher et on a commencé à faire la tournée des bars. Il faut savoir qu’en Norvège l’alcool coûte très cher, sauf au Spitzberg car détaxé, donc ils se mettent tous deker. Quand je dis que l’alcool coûte moins cher ici, il faut relativiser, c’est quand même 6-8 euros la bière. C’est comme en France, en fonction de l’heure, il faut être dans un bar, après il faut changer. T’arrives devant le bâtiment où est la boite mais il y a aucune voiture. Tu te dis, il va y avoir personne. Mais non, car le Norvégien ne conduit jamais quand il boit, donc ils viennent tous en taxi. Et pour 1500 habitants, il y a plusieurs taxis !! Dressing code pour rentrer en boite : aucun !! Cool !!

Concernant les norvégiennes, à part une ou deux très jolies, tu vois qu’elles descendent des vikings. Assez carré des épaules et pas particulièrement mince. Ça aurait été en plein hiver, je me serais dis que c’est pour faire des réserves, mais à la fin de l’hiver, en principe, on a vécu sur ses réserves et on devrait être mince. Ça doit être la bière. Le mythe de la norvégienne en prend un sacré coup. Par contre c’est vrai qu’elles ne se la pètent pas contrairement à nos françaises et ce sont même elles qui vont discuter avec les mecs.