Mais que de blanc...
Du 26 décembre 2019 au 19 janvier 2020
25 jours
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Yo,

Finalement, coup de chance, t'as une place qui s'est libérée sur le voilier Selma pour partir 24 jours en Antarctique.

A la base, tu devais plutôt passé 3 semaines à te réchauffer en Jamaïque et Cuba avant de rentrer en France. On oublie le maillot de bain et on ressort le bonnet et les gants.

T'as qu'une dizaine de voiliers qui proposent ce genre de 'croisière' . Le Selma est un voilier de 20m qui appartient à des polonais.

http://www.selmaexpeditions.com/en/selma.php

Les polonais des grands marins ? Va savoir... Mais apparemment Piotr, le capitaine et co-proprio du bateau, est un des skippers le plus expérimenté dans l'Antarctique. Ça fait plus de 15 ans qu'il y traîne, parfois sur des expés de plus de 3 mois en mer de Ross.

On est 11. Le seul hic est que que tu es le seul non polonais. Ça t'a un peu fait hésiter à y aller. Pas facile de s'intégrer avec un groupe d'une même nationalité où tu pipes pas un mot de leur langue. Mais c'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de partir en voilier dans l'Antarctique...

En plus, ils se connaissent déjà entre eux. Y a même un jeune de 17 qui est venu sans ses parents. Ils lui font sécher l'école pour aller en Antarctique comme cadeau d'anniversaire. Bon, ils connaissent quand même le capitaine.

La plupart sont des marins confirmés et y a un seul bizuth qui n'a jamais navigué plus de 3 jours, ta pomme !

Tu pensais que la Zubrowka allait couler à flots. Que neni, on va pas naviguer sur le lac Leman, on part sur des mers potentiellement dangereuses, donc pas d'alcool à bord (ou alors bien caché...). Un vrai sevrage..

Une dernière bière avant le départ...

Solidarnosc Ricardo

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On est parti le 26 à minuit. T'as le droit à une minuscule couchette dans une minuscule cabine que tu partages (la cabine, pas la couchette) avec Magda la béat (vous comprendrez plus tard). Toute la nuit on remonte au moteur le canal de Beagle. C'est cool tu seras le premier à entendre s'il y a une panne moteur...

Le lendemain t'es de corvée bouffe et rangement. T'es en duo et ça tourne chaque jour. Et les jours où t'es pas de corvée, t'as des quarts de 4h. Et ouais, c'est pas exactement des vacances.

A peine sorti du canal de Beagle, la mer est beaucoup moins sympathique. Résultat, t'as passé ta journée couché dans ta couchette, nauséeux au possible. L'avantage d'être mourrant est que t'as pas eu la bouffe ni la plonge à faire.

Quasiment pas dormi de la nuit, c'est pas la forme. Impossible d'avaler qqchose. Tu comprends mieux maintenant pour quoi l'alcool n'est pas indispensable...

Yorek, le mécano, porte un patch derrière l'oreille, soit disant pour ne pas avoir le mal de mer. Ça marche vachement bien, il est resté couché 1.5 jour. Une autre n'est pas sortie de sa couchette pendant 3 jours.


28 décembre - En attente des derniers sacrements

Ca va pas beaucoup mieux... Vautré sur ta couchette, tu te demandes ce que t'es encore venu faire ici. En plus t'avais cru que la traversée du passage de Drake prenait 4 jours mais non ça va jusqu'à 5,5 jours. Coma dans la couchette....

Lors de tes quarts, tu es sensé tenir la barre. Ahah la bonne blague, t'es là, à moitié mourant, assis sur le pont à regarder planer les albatros. Ils sont impressionnants ces plumatifs, des vraies fusées. Ils ne font que planer à toute vitesse à moins d'un mètre des vagues. Apparemment ils ont 2 cerveaux et pendant que l'un dort l'autre bosse donc ils ne se posent quasiment jamais en mer même pour soir. Merci Beaudelaire.

La mer s'est levée, les vagues sont énormes, le capitaine a repris la main sur la barre. Toi t'es secoué dans tous les sens dans ta couchette.


29 décembre - Que d'eau, que d'eau

Tu commences à reprendre vie et à manger. La mer est toujours aussi forte. T'avais un quart de 2 à 6h du matin, on t'a dit que c'était pas la peine de te pointer, tu serviras à rien..... Ça tombe bien, t'étais pas super motivé !!

Pour ceux qui s'y connaissent, le bateau fait du 11 nœuds.

Ah oui, côté paysage ? De l'eau, de l'eau....


30 décembre - la naissance d'un futur amiral

La mer s'est calmée et tu te sens enfin beaucoup mieux. Et donc tu te retrouves à la barre du bateau. Pour des raisons de sécurité, tout le monde, dès qu'il barre, doit porter un harnais attaché au mat.. Le capitaine veut pas perdre un matelot surtout son bizut... On t'explique comment tenir le cap et ensuite démerdes toi. Le co-skipper est resté avec toi pendant ton 1h de pilotage. Barré un bateau de 20m dans le passage de Drake, appelez moi captain Ricardo ! Bon, on faisait du 5-6 nœuds, y a pas non plus de quoi se la péter...

Les paysages? Ben ouais toujours de l'eau ?

Les polonais ? Entre ceux qui sont mourants et ceux qui dorment car ils ont tenu la barre une grande partie de la nuit, il reste peu de monde mais ils sont très sympas. Le plus chiant, c'est quand au repas il y a du monde, ça cause surtout polonais même s'ils font des efforts pour parler anglais par moment.

Alors, forcément passer de 10h allongé mourant dans ta couchette à se retrouver debout l'air marin dans la tronche, ça fait du bien.

L'après-midi t'es à nouveau de quart et on t'annonce que le capitaine a décidé que t'avait plus besoin de qqun à côté de toi. Waouh, qu'elle progression fulgurante. C'est pas capitaine mais amiral Ricardo ! Mouais, ils ont laissé le jeune de 17 ans barré sur une mer bien plus dégueulasse.

Enfin le 31 à midi - Terre

On est en Antarctique. Et dire qu'il faudra se taper le retour...

Des rivages montagneux enneigés apparaissent par moments à travers la brume. Nous arrivons dans la baie de Dallman..

Ricardo, marin d'eau douce mais futur amiral...

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31 décembre - Affaire à saisir, aspirateur polonais Isa.

Voila, t'es en Antarctique sur un voilier.

On se pose entre les îles Melchior, dans une baie à l'abri. Enfin une mer plate et pas le moindre bruit de moteur. On est entouré de montagnes de collines de neige. A peine arrivée, ils préparent le dinghy. Toi t'es à nouveau corvée d'épluchage comme tous les 5 jours... En plus on est le 31 décembre donc pression sur la bouffe. Tu l'as joué fine, tu leurs as dit que t'étais le champion des plats au four, ah c'est con, le four du bateau ne fonctionne pas. Vraiment dommage sinon ils auraient vu ce qu'est un chef français 3 étoiles...

Le capitaine du voilier est aussi un montagnard confirmé. A peine le dinghy opérationnel, nous voilà déposés sur le rivage près d'une bande de phoques qui se prélassent sur la glace. On sort les piolets, les cordes et on part faire nos traces dans la neige fraîche. 2 groupes de 5, personne d'autre à l'horizon. Imagines prendre l'option bateau de croisière où tu descends par groupe de 50 ou 100... C'est vrai, avec cette option, t'as pas à maîtriser un économiseur pour éplucher pendant une heure...

Une petite ballade en dinghy pour voir d'autres baies et tu tombes sur un superbe 3 mats tout droit sorti d'un film de pirates. Ça doit être du très grand luxe, ce type de croisière.

20h, il est temps de retourner au voilier. A cette latitude il fait jour tout le temps.

Vous connaissez la marque d'aspirateur polonais Isa ? Ça a la carrure d'un viking et te débarrasse de tout ce qui traîne et peut se bouffer en moins de 10 secondes. Isa, son côté sportif consiste à reprendre 3 fois du plat donc crapahuter encordée où tu t'enfonces de 30 cm dans la neige, très peu pour elle. Elle est restée sur le voilier et a préparé le repas du soir. Va savoir comment elle a fait, elle nous a sorti la version polonaise du bœuf bourguignon, on aurait dit du beurre tellement la viande était fondante.

Un conseil si vous invitez 4 polonais à dîner, prévoyez comme s'ils étaient 10. Oui, ça mange beaucoup, le polonais. Et prévoyez des cacahuètes pour après le café, ouais bizarre.

Le champagne argentin ? Un petit goût de chewing-gum. Ils ont donc quand même apporté quelques bouteilles pour fêter la nouvelle année.

Bonne année à tous !


1er janvier - Chechou

C'est pas tous les jours qu'on se réveille un premier jour de l'année dans une baie en Antarctique. T'es pas de corvée, t'es tranquillement assis les pieds sous la table. L'année ne pouvait pas mieux commencer.

On remonte le dinghy et nous voilà répartis. Les nuages sont très bas et d'immenses icebergs sortent de la brume. Ça encore plus de gueule que quand il y a du soleil. Enfin, tu dis ça mais t'as pas encore eu vraiment du soleil. Le capitaine n'hésite pas à s'approcher à quelques mètres de mètres des géants glacés.

On s'arrête à une station polaire Argentine de secours. Personne n'y habite mais elle contient des provisions de secours, un dortoir et même un banc d'haltérophilie...

Alors, t'en croises de la bestiole qui bullent dans le coin, du manchot qui dérive sur son mini iceberg, de la baleine, du dauphin mais ils ont en tous rien à foutre de ta pomme.

Au fait Chapichapo, même pour un amateur qui voudrait tâter du goujon, il te faudra un permis de pêche dans l'Antarctique...n'oublies pas quand tu te pointeras ici à ta retraite.

Direction le canal de Schollaert, entouré de montagnes et falaises enneigées.

Il fait quand même super froid. Bon, c'est vrai, t'es en Antarctique sans les vêtements adéquates... C'est l'occasion de parler de la femme d'un des 2 co-propriétaires du voilier. A se demander combien elle a apporté de tenues de marin. Et que du haut de gamme. Ça se la pète côté fringue mais t'as pas encore vu sa tenue pour éplucher les patates. Elle arrête pas d'appeler son mari 'chechou' et c'est chechou qui lui fait ses corvées, ah la belle vie.

On est dans un coin touristique, beaucoup de gros bateaux de croisière. Il y a environ 30 bateaux de croisières qui sillonnent le coin, et seulement 6 il y a 10 ans.

Le vent s'est levé. La traversée du canal se fait à la voile en longeant des icebergs. Seuls les pros sont à la barre et tournent toutes les 30 minutes. On se pose face à un glacier à port Lockroy avec une vue sur le mont français, 2ème sommet de la péninsule à plus de 2800m d'altitude.. Ceux qui sont de quart doivent s'assurer qu'un énorme morceau de glace ne se décroche pas du glacier et dérive vers le bateau. T'as une grande perche pour les repousser. Qui a dit que ce sont des vacances ?

2 janvier - Shopping polaire

Oula mais c'est l'embouteillage ici. Dans la 'nuit' deux bateaux de croisière ont débarqué. Cette baie est un des endroits les plus touristiques de l'Antarctique. Une ancienne base polaire anglaise à été transformée en musée, magasin et bureau de poste (ouais, tu peux envoyer des cartes postales de l'Antarctique. Elles partent par bateau aux îles Falkland puis par avion en UK ensuite partout dans le monde). En comparaison des masses qui débarquent quasiment quotidiennement de ces paquebots, 10 polonais et une grenouille ne sont pas prioritaires pour aller faire du shopping. On nous a gracieusement donné un créneau de 30 minutes pour aller y faire un tour. Ouais, le magasin en Antarctique casse un peu l'image du continent perdu. Le musée? Ils ont reconstitué l'environnement des anciens pêcheurs de baleine. Côté boutique, t'as acheté 2-3 conneries, 200 euros....la vache.

T'as 4 volontaires qui voient passer sans fin du pingouin rouge en caisse. Et le temps est quasi chronométré. Si quelqu'un veut venir faire caissière en Antarctique, c'est 4 mois sur place...

Hop dans le dinghy, direction une colonie de manchots gentoo. En fait, t'as plein de règles pour les approcher. Pour chaque endroit où les bateaux de croisière peuvent faire débarquer les pingouins rouges (oui, wiki Franki, j'ai le droit d'utiliser dans 3 cas le mot pingouin car ils viennent du nord !!) sont régis par des règles, où tu peux marcher, les distances à respecter, comment désinfecter tes pompes afin de pas contaminer les colonies... Et si t'es sur un bateau de plus de 500 personnes, tu ne peux jamais débarquer à terre. On évite d'être sur un site en même temps que ceux des gros bateaux car eux doivent marcher dans un cadre très limité alors que nous, en respectant les zones vraiment interdites, on marche où on veut. Ça pourrait énerver les pingouins rouges. Quand t'es en voilier, tu dois suivre les mêmes règles mais tu t'arrêtes aussi à des endroits où ces gros bateaux ne vont pas.

Tu descends à terre, 4 gros phoques font la sieste. C'est à peine si ils te jettent un œil. Nous, on est les manchots à capuche fluo...

C'est l'époque de la ponte et des petits donc faut rester à l'écart des nids. Ils font leur nid les uns à côté des autres et si un manchot s'approche trop près du nid d'un autre, il est bon pour un coup de bec. On déconne pas avec le respect de la propriété foncière chez les manchots. Et si un manchot essaye de chourer un caillou d'un nid d'un autre, ça dégénère. Il y a toujours un des parents sur le nid car certains types de piafs essayent de voler les œufs voir de bouffer les oisillons. Les lieux de ponte de certains oiseaux sont totalement interdits d'accès et en plus, ces plumeaux sur pattes peuvent t'attaquer.

Histoire de surveiller l'état des colonies, des caméras solaires filment en continu certaines zones.

Les bestioles ont dû en voir du pimpims depuis leur naissance donc t'es un peu comme un meuble qui bouge. Tu te balades entre les zones de nids, tu laisses la priorité aux manchots qui vaquent à leurs occupations.

T'es en train d'écrire tranquillement cette partie de mail sur le pont du voilier quand tu vois une dizaine de dinghys rempli de pingouins rouges s'approcher. Ils ont du avoir eux aussi leur créneau pour les emplettes made in China et maintenant c'est le créneau pour s'approcher du glacier.



3 janvier - le gus qui courre sur un voilier une perche à la main.

Lever à 3h45 pour ton quart... te voilà avec ta perche à repousser les gros glaçons qui semblent attirer par la coque du bateau. Ces enfoirés se sont ligués pour t'empêcher d'avoir un quart tranquille. Un à la proue, l'autre à la poupe en même temps. Et 3 manchots viennent faire coucou. Le capitaine qui roupille que d'un œil te voyant courir dans tous les sens sur le pont a du se dire que le marin d'eau douce allait réveiller tout le monde à 5h du matin avec ses conneries. Il t'a dit c’était pas la peine de t'agiter. Il y a pas de vents, les glaçons risquent pas d'abîmer la coque... putain... T'es reparti épuisé te coucher après ton quart.

Un point ultra important. La veille du départ d’Ushuaïa, ils ont eu une panne de chauffage qui n'a pas pu être réparée. En principe, il fait entre 10 et 15 degrés dans le bateau et tu te balades en t-shirt. Comme il y a pas un poil de chauffage et pas de soleil, l'humidité imprègne tout l'intérieur du bateau. Il fait moins de 5 degrés continuellement Le capitaine est pieds nus dans ses crocs. Les polonais connaissent le froid. Toi, t'as continuellement 3 couches de fringues les plus chaud, des énormes pompes et t'arrives pas à te réchauffer. Ton meilleur ami ? Ton bonnet. C'est la partie vraiment la plus difficile pour l'instant.

Nous voilà reparti dans le canal Peltier puis le canal Le maire. Oui, beaucoup de noms sont français car Charcot a été un des premiers à venir traîner ses santiags dans le coin et a donné des noms français aux endroits où il est passé. Tu te la pètes sur les noms mais c'est le cap'tain qui te les file. Y a 5 jours t'en connaissais pas un.

Là, on slalom vraiment entre les icebergs pour rejoindre la baie de Charcot. Le canal est bordé de grandes falaises abruptes couvertes de neige, d'immenses glaciers partout. On comparaison le Pépito Moreno, c'est un échantillon. Ouais ça a de la gueule !

Nouvel arrêt manchots. Ils ont installé leurs nids à différents spots et parfois assez loin de la mer. Toi, bêtement tu pensais que si t'es un manchot riche, t'as un nid en bord de mer et le pauvre lui se tape 20 minutes de marche en montée pour retrouver bobonne à plumes. Que neni ! Les meilleurs nids sont ceux où il y a le plus de soleil. Ça permet de faire fondre la neige plus rapidement et construire ainsi plus rapidement le nid. Apparemment plus il est construit tôt dans la saison et plus les chances de survie des rejetons sont grandes. Voilà, c'était la minute 'Nos amis les bêtes'. Le manchot est très curieux. S'il y a une bande qui traîne dans l'eau, elle va suivre le dinghy jusqu'au rivage et attendre de nous voir marcher sur le rivage. Le manchot qui se balade va parfois faire un détour pour se rapprocher. Il s'arrête, te regarde mais jamais en face, puis retourne à ses affaires. C'est super marrant de les voir se dandiner les nageoires écartées, glisser sur la neige. Certains, ils ont du faire une grosse connerie, rapportent fièrement au nid un petit cailloux plat. Ouais, compliqué pour le manchot de ramener un bouquet de fleurs... Comme ils suivent tous le même chemin pour rejoindre les zones de nidification, t'as comme des sortes d'autoroute où il faut éviter de marcher. Vu ton poids, une trace de tes pas dans la neige va leur sembler comme un fossé à traverser.

On est monté jusqu'à un monticule de pierres qui date de l'époque où l'explorateur Charcot est arrivé pour la première fois en Antarctique. La vue sur les différentes baies est superbe même sans le moindre rayon de soleil. Les nuages bas créent une ambiance particulières, faut voir le côté positif du manque de soleil.

Dans une des baies, débarque un bateau de croisière. Il est temps de repartir car dans 2h, la ronde des dinghy avec pingouins rouges va démarrer.

1h de navigation pour rejoindre l'île de Pléneau et sa colonie de pingouins. Ouais, tu vas en voir du pingouin pendant ses 2 semaines... Et si t'aimes pas les environnements minérales et glacés, faut vraiment pas venir ici. Côté couleur, t'as du blanc...du bleu/gris de la mer, du gris des nuages et du marron foncé des montagnes... Tu viens ici avec un pantalon orange, on peut pas te rater, hein?

Le capitaine fait une petite sieste donc on attend 22h pour repartir. 1h de navigation entre d'énormes morceaux de glace, t'as pas trop le temps de profiter du paysage car t'es à l'avant du voilier avec une perche en métal qui pèse une tonne à essayer de repousser les petits glaçons. 23h30 on est dans une crique avec 2 autres voiliers (oui, cette partie de la péninsule est la plus facile d'accès du continent donc y a un peu de monde. Mais quand même loin d'un jour de grève de métro à Paris...). Minuit, tu vas enfin dans ta couchette et dire que demain t'es de corvée de bouffe avec un gars qui cuisine aussi bien que toi... Je le répète, qui a dit que c'était des vacances?


Petites différences culinaires polonaises :

- ils mangent des cacahuètes en dessert avec le café

- ils sont capable de faire une tartine d’humus avec du pâté et en rajoutant une petite couche de mayonnaise

- t'as jamais de bouteille d'eau sur la table

- ils lavent les bananes avant de les ouvrir


Ricardo congelado

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Un petit aparté au milieu de tous ces gros glaçons.

Lors d'une sortie sur la terre ferme tu t'es dis que t'allais demandé l'avis des manchots (et pas des pingouins, hein wiki Franky...) sur notre célèbre ambassadrice des pôles, Ségolène. Toi, bêtement, tu pensais que le boss Macron lui avait filé un hochet bien payé pour qu'elle lui foute la paix en France. Allons nous renseigner auprès des principaux intéressés. T'as tapé le bout de gras avec eux autour d'un assiette de sushis d'harengs (wiki Franky, tu valides les harengs en antarctique ? Faut faire gaffe à ce que t'écris, à la moindre erreur, tu prends un scud. Un puits de connaissance sans fin ce wiki Franky, mais c'est vrai qu'il a du temps à son boulot. Pour info, ils mangent surtout du krill, des calamars... )

Une petite retranscription de la discussion :

- Ricardo : bonjour les pingouins , j'aurais des questions à vous poser....

- Wiki Franky : bah, bah, bah, encore un baltringue qui sait même pas qui on est ! On est des manchots, bordel ! Bon, il me fatigue, je retourne à mon ménage....

- Ricardo : euh, désolé, bonour mes amis manchots. Pourriez vous me dire ce que vous pensez de l'excellentissime Ségolène Royal?

- Guy : ce qu'on pense de Sego ? Euh, c'est qui ?

- Laure : t'as autant de mémoire qu'un poisson rouge. Tu sais bien, la grande gigue qui passe nous voir tous les 15 jours.

- Sylvain : oui, celle qui nous apporte à chaque fois des jolis cadeaux..

- Bruno : des jolis cadeaux, pffff. Faut pas l'écouter, il est amoureux d'une pingouine américaine et depuis il nage sur un nuage...

- Guy : ah oui, je vois maintenant. C'est pas celle qui a essayé de nous faire devenir végan sous prétexte qu'il y a de moins en moins de poissons ?

- Vincent : ouais, c'est elle ! Encore une sacrée bonne idée ! Des manchots végans... Nous on mange des protéines, pas de la verdure.

- Laure : hé, soyez gentils, à chaque fois elle nous apporte des cadeaux.

- Sylvain : moi, j'ai toujours sa casquette avec le ventilateur intégré dans la visière !

- Bruno, en gobant un sushi : soit disant pour qu'on supporte plus facilement le réchauffement, pfff.

- Gabriel : en tout cas moi je suis content du réchauffement, j'en ai marre de me peler dans mon nid

- Kinnary : Pff, froid dans notre nid. Ne l’écoutez pas. Il suffit de porter ses plumes d'hiver et il fait juste un peu frisquet. 2 degrés, c'est pas froid, c'est frisquet

- Sylvain : moi en tout cas sa casquette m'a fait plaisir...

- Bruno : mouais... et la dernière fois elle a apporté des palmes pour qu'on nage plus vite. Encore une idée de génie.

- Gabriel : moi je dis elle nous aurait apporté des pantoufles à la place, on aurait pas froid dans le nid!

- Kinnary : froid dans le nid...il me fatigue...il me fatigue...

- Christiane : si vous cherchez un nid douillet, j'en ai un à louer avec vue sur mer.

- Laure : y a un jacuzzi ?

- Gabriel : il est chauffé ?

- Kinnary : il me fatigue..

- Ricardo : et si on revenait au sujet, Ségoléne...

- Jean-Philippe : moi j'aurais plutôt pensé à des peignes comme cadeau pour nous lisser le plumage, ça aurait plus utile !

Bruno : mais t'en as pas marre de vouloir tout le temps de lisser les plumes à tout le monde ? T'aurais pas été un merlan dans une autre vie ?

- Guy : faut pas lui en vouloir à la pov'dame. Y a encore 6 mois elle savait même pas écrire le mot Antarctique.

- Pascal (qui arrive en se dandinant un hareng dans le bec) : vous faites quoi ?

- Laure : c'est à cette heure que tu arrives ? T'étais où encore ?

- Pascal (penaud) : je viens de livrer une cargaison de harengs à la colonie dans la mer de Weddell. Alors vous parlez de quoi ?

- Laure : mouais, au lieu de vadrouiller à droite et à gauche, tu ferais mieux de rapporter des cailloux pour terminer le jacuzzi du nid. On parle de ta copine, Ségolène.

- Pascal : ah oui, celle qu'on a surnommée 'mamie polaire'. Elle manque quand même de plumes.

- Sylvain, un grand sourire aux lèvres : en parlant de plumes, ça me rappelle le jour où elle est venue avec un stock de coussins pour poser nos œufs dessus. C'était gentil.

Bruno : irrécupérable, celui là.

- Guy : si je peux permettre, j'ai une idée de cadeau plus utile...en tout ça pour moi. Des gants en plastique adaptés aux nageoires pour faire la vaisselle.

Le journaliste de l'extrême, Ricardo, intervenant désespérément pour recadrer la conversation qui part dans tous les sens : elle cherche un poste de présidente de quelque chose. Vous la verriez présidente des pôles ?

- Sylvain, les yeux rêveurs et battant des nageoires : oh ouiiiiiiiii

- Vincent : le pôle nord ? Connais pas ! On mange quoi là-bas ? Pas de la verdure ? Sinon ils sont pas prêts de m'y voir.

- Bruno, engloutissant un sushi : mouais... - Pascal : moi je dis, elle manque de plumes ! - Chapichapo, sautant d'un bond hors de l'eau le plumage très énervé : c'est quoi ce bordel !? On m'a interdit de pêcher car j'ai pas de permis. Si elle veut qu'on vote pour elle la mamie polaire, elle a intérêt à nous laisser pêcher comme on veut !

- Vincent : mouais, du moment qu'elle nous force pas à manger des trucs verts.

- Adnana, qui arrive avec ses 2 oisillons sous la nageoire : la Ségo, elle sait faire le couscous de calamars ? Sinon elle va pas être très utile. Et le tajine de krill, hein, elle sait le faire la future présidente, hein? Si elle sait même pas faire le tajine, où va t'on...

- Laure : ah, mais si on aborde le sujet bouffe, je tiens à dire qu'il est de plus en plus difficile de trouver de la farine de krill pour faire cuire ma baguette quotidienne

- Pascal : calme toi ma petite bannette, mamie polaire va certainement nous promettre quelque chose. Ils sont très forts pour les promesses...

- Chapichapo : en parlant de bouffe, ça me fait penser que j'ai ce soir un concours du meilleur plat de pâtes au calamar. Faut que j'y aille. Rappelez lui à la mamie polaire qu'elle me laisse pêcher si elle veut mon vote !

- Guy : il est pas prêt de gagner le concours, il confond aldente et pas cuit...

- Adnana : voyant un de ces oisillons gigoter dans tous les sens : Lina, arrête de faire l'otarie sinon je t'envoie chez Jean-Philippe te faire lisser les plumes !

- Jean-Philippe : ah! Vous voyez que...

A cet instant des tracts tombent du ciel sur la colonie. La conquête du poste de présidente est lancée. Et Ricardo est fatigué par tout ce verbiage de volatiles.

Voilà tout est dit ! Que de méchantes rumeurs, bien françaises, sans fondement sur l'implication de notre royale Ségolène pour sauver les pôles.

Bien évident, pour des raisons de confidentialité, l'auteur a changé le vrai prénom des intervenants et n'est en aucun cas responsable de leur propos.


Ricardo, reporter de l'Antarctique

Ps : quelques photos du quotidien de nos amis pingouins euh manchots

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4 janvier - La combine Ricardo

Et vas y que t'en coupes des fruits pour en faire une salade pour 11 polonais affamés. La salade de fruits ? Juste une minuscule partie de leur pantagruelesque petit dej.

Aaaah ! On a de la chance, selon le capitaine ça arrive très rarement, waouh, on a pas des nuages... mais du brouillard, du vrai. Super, waouh, une triple hola ! Et avoir juste une journée de soleil, il faut payer un supplément de combien ?

Avec les instruments de bord, tu peux savoir où sont les autres bateaux. On a du pot car il y a maintenant 3 bateaux de croisière qui sont dans la baie de Charcot où on était la veille.

Bon, t'as payé le supplément soleil. Une grande partie du brouillard est partie enmerder d'autres touristes et on a pu partir en raquette en haut d'une petite colline.

C'est chechou qui ouvre la marche. Chechou ? Rappelez vous, c'est le petit nom du copropriétaire du bateau. Sa femme n'arrête pas de sa voix nasillarde du chechou par ci, chechou par là. On marche depuis 5 minutes et quelque chose ne va pas. Elle ne marche pas directement derrière chichou, la pauvre. On réorganise l'ordre de marche et madame chechou retrouve le sourire. La technique chechou pour monter en haut d'une colline ? Partir dans le sens opposé. Bon, t'as trop rien dit, t'es pas une pointure en Antarctique... A 1/3 du sommet (c'est une colline, pas l'Everest non plus...) chechou à du mal et on fait plus de pauses que de marche... Ça t'a démangé de chanter 'allez chechou, on va aller jusqu'au bout' mais pas sûr qu'il le prenne bien et certainement pas Mme chechou. Du sommet, t'as une superbe vue sur le canal Lemaire, la baie de Charcot, au loin d'immenses montagnes, le tout avec des nuages qui donnent toujours cette ambiance particulière. Le soleil ? Ca fait longtemps qu'il s'est barré. Honnêtement, au début t'étais pas trop convaincu par les paysages mais depuis 2 jours, t'en prends plein la gueule.

19h.Toc toc toc. Qui tape à la porte ? Ah c'est Mr glacial et Miss humidité. En quelques minutes, on a du perdre 5 degrés et t'es glacé. Pas grave, on va se réchauffer près des radiateurs. Ah ben non, c'est vrai ils fonctionnent pas...

2 polonaises ont bien compris que si elles voulaient bien manger ce soir, elles devaient pas trop compter sur le frenchy. Et voilà comment avoir 2 aides cuisinières...

L'avantage d'être de corvée de cuisine ? T'es au chaud devant les plaques de cuisson. Le seul moment difficile, c'est quand tu fais la vaisselle avec l'eau glacial de l'océan.

22h30. Le capitaine a décidé qu'on repartait. On dort quand ici ? T'as bien fait de pas aller te coucher, on est passé entre d'énormes icebergs plus hauts que le voilier, à moins de 10m de chaque côté. 1h de navigation pour se trouver une crique tranquille à l'abri des icebergs dérivants. Ça va permettre d'éviter les tours de garde nocturne cette nuit. Tu t'en fou...t'étais pas de quart avant 8h demain matin.

Quitte à se répéter, t'es assez surpris par le nombre de voiliers. On a rarement passé une nuit sans qu'il y ai au moins un voilier pas très loin. Cette nuit on s'est même attaché le long d'un autre voilier. Le gars, un brésilien, avec son simple voilier d'une vingtaine de mètres, est juste multi millionnaires...


5 janvier - Dérapage chez les manchots catholiques

Vous savez à quoi qu'on reconnaît qu'il fait de plus en plus froid dans le bateau ? La buée quand on respire ? Ahha, la buée fait déjà longtemps. Quand il faut chauffer la bouteille d'huile d'olive au bain Marie pour la dégeler ? Pareil, c'est déjà le cas depuis plusieurs jours. C'est quand ton dentifrice glacé commence à sortir difficilement du tube. Là, ça craint. Et quand le capitaine met des chausses dans ses crocs c'est que tu vas pleurer des glaçons.

Comme tous les jours, temps gris de chez gris. Tout le monde pense à un bateau qui revenait quand on partait d'ushuhaia. Ils ont eu 14 jours de soleil, les chanceux. Nous, pour l'instant deux fois 2 heures. C'est l'occasion de vous parlez de Magda, ta coloc de cabine. Elle a dû être otarie dans une autre vie. Elle ne voyage que dans des régions polaires ou du moins très froid. Pas prêt de la croiser sur une plage en Thaïlande la Magda. Et on déconne pas côté fringues, le bonnet des îles Georgia, le pull du Spitzberg... Mais chuuutttt, faut pas lui dire que c'est pas fabriqué où elle les a achetés... Depuis qu'on a traversé le canal de Drake, elle a un sourire béat, elle dort à peine pour ne rien rater. C'est la seule qui s'extasie encore sur ce genre de paysage

Oui, ça se comprend pour quelqu'un qui a toujours vécu en plein amazonie mais pas pour une ancienne otarie. Au fait, son rêve, voir des orques, orgasme garantie...

Le capitaine vient juste de te mettre le moral à zéro. Ça fait 15 ans qu'il vient chaque année plusieurs mois en Antarctique. C'est la première fois de sa vie qu'il a ce temps en janvier qui est censé être le meilleur mois de l'année avec quasiment que du soleil. Et le coup qui t'achète...les prévisions météos sont pas meilleures.

Le vent s'est levé. Toi, bêtement, tu penses que c'est plutôt bien pour un voilier. Que neni, espèce de gros marin d'eau douce. Dixit le capitaine, quand on passe à moins de 10m d'un iceberg, le vent ou une mer agitée ne sont pas une très bonne chose. C'est vrai qu'à une seule exception dans un endroit dégagé où on a mis les voiles, on navigue au moteur. Pareil pour les autres voiliers.

T'as fait passer un message au capitaine en lui laissant entendre que t'aimerais bien faire une connerie, s'approcher d'un iceberg en dinghy et monter dessus...

Prochaine étape, l'île de Petermann. Il y a un endroit abrité dans une baie accessible par un chenal très étroit. Il y a quelques années, le vent a poussé un iceberg qui a bloqué le canal. Ils ont dû attendre 3 jours que le vent cesse pour arriver à repousser l'iceberg et sortir. Une fois, en hiver un couple de français est resté coincé beaucoup plus longtemps. La mer a commencé à geler, la bouffe à manquer. Voilier coincé, ils sont partis à pieds sur la glace avec leurs gamins pour rejoindre la base ukrainienne Vernandsky qui est à 10 bornes.

A l'ancrage, en plus de l'ancre, il faut installer des cordes fixées sur les rochers pour immobiliser le bateau. Et là c'est le dérapage... Une nageoire de la Magda glisse sur un rocher et elle se retrouve dans l'eau glacé. C'est la seule qui aura pris un bain du voyage...

En surplomb du voilier, plusieurs nids de manchots. Vue et odeur imprenable.

L'après midi sous la pluie, petite balade histoire de discuter avec les manchots. On est dimanche, ils sont tous en pèlerinage à une croix. T'essayes de faire des photos avec ton téléphone, le froid à bloqué l'écran. Tu prends ton appareil photo. En arrière plan des montagnes dans les nuages, superbe. Une fois rentré au voilier tu réalises que ton objectif était couverte de gouttelettes, aucune photo correcte.....

6 janvier - Tête à tête avec un manchot

T'y es retourné le lendemain pour refaire des photos, c'est lundi, pas de messe, quasi plus un manchot à la croix et tout est dans le gris des nuages.

En contre partie, t'as le droit à une baleine à moins de 10m du bateau..

Direction l'île de Yalour. C'est là où on peut, sur un malentendu, tomber sur une orque qui cherche un casse dal à base de manchots. La navigation est très lente car l'océan est couvert de gros glaçons. Encore la veille, on naviguait près de gros icebergs, maintenant, l’océan est vraiment couvert de milliers de morceaux de glace.

Sur l'île Yalour, visite des colonies de manchots Adelie (du prénom de la femme de Durmont d'Urville).

Autant les manchots gentoo sont curieux, autant eux ont en rien à foutre. Ils sont différents, la tête toute noire et au lieu de se dandiner sur la neige, ils préfèrent ramper et glisser en s'aidant de leurs nageoires.

Au retour, la bouffe n'est pas prête, on peut vraiment pas compter sur les polonais !! En attendant le capitaine t'enmene en dinghy sur un petit iceberg. Il est plutôt plat, il devrait pas se retourner... Te voilà dessus à faire le con quand un curieux à plumes débarque. Un manchot gentoo à jailli hors de l'eau pour sauter sur l'iceberg et voir qu'elle est cette étrange bestiole. Il te regarde. Tu le regardes. Tu t'agenouilles pour paraître moins grande perche. Il doit être à moins de 2 mètre de toi. Tu grattes la neige, histoire de l'attirer. Il se rapproche d'un mètre. Il te regarde puis une fois qu'il s'est dit que ce grand machin bizarre n'avait rien d'intéressant, il a replongé sans même laisser son contact whatsapp.

On retourne au voilier qui est entouré d'icebergs plats. Entre temps quelques manchots se sont pointés sur un des proches icebergs pour nous regarder. Par contre les 5 phoques qui roupillent nous ont à peine jeter un œil...

1h30 de perche à l'avant du voilier à repousser les glaçons, ça réchauffe. Direction la base polaire ukrainienne de Vernadsky. C'est les rosbeefs qui leur ont refilé la base il y a quelques décennies. On y est le jour de l'épiphanie, le Noël orthodoxe. 2 autres voiliers, des ukrainiens. Ce sont des comiques les ukrainiens, ils ont peint des palmiers sur un de leurs bâtiments. Bien sûr, t'as la chapelle mais aussi le terrain de foot.

La base est au milieu d'une colonie de manchots gentoo. Ceux là sont vraiment habitués à l'homme car ils ont construit leur nid en plein milieu de certains accès où tu marches à moins d'1 mètre d'eux.

On a pu passer la soirée dans leur base...en t-shirt, sans bonnet, le paradis. Des radiateurs qui fonctionnent, une cuvette de toilette non glaciale, une petite salle de sport, une salle cosy avec un billard, un vrai bar...le paradis. Oui, tu te répètes, le paradis. T'imaginais pas ce confort dans une base polaire. En hiver, ils restent coincés 7 mois sans que personne ne puisse venir (sauf les piétons qui ont leur bateau coincé dans la glace...).

Il y a en moyenne une vingtaine de personnes dans la station, des météorologistes, biologistes.

Histoire de s'occuper...les mecs font leur propre alcool en distillant du sucre mélangé avec de la levure. Bien sûr, on a eu le droit à plusieurs tours de dégustation. Du 40° pour les invités. Tu leurs as dit que c'était pour les petites filles. Ils ont sorti celui qu'ils gardent pour eux à 45°. Mouais...ils en ont pas pour les grands garçons?

Alors pourquoi shadock des glaces. Voilà comment ça se passe quand tu vas aux toilettes. Tu fais à ce que tu as à faire. Attention, très important, c'est la première chose qu'on t'a expliqué lorsque t'es monté à bord, tu dois être assis sur la cuvette glacée même pour la petite commission. Ensuite c'est shadock time. Tu pompes manuellement pour renouveler l'eau dans la cuvette. Ensuite tu repompes à nouveau pour enlever l'eau de la cuvette. Puis tu veux te laver les mains.

Pour économiser sur l'eau douce, le robinet fonctionne sur le principe de pompe que tu actives avec le pied. Pareil pour la cuisine, les 2 robinets eau douce et eau de mer fonctionnent avec des pompes au pied.

Ricardo congelado

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7 janvier - un voilier qui a mal aux cheveux

2h du matin, retour au bateau. Magda l'otarie a du mal à marcher droit. T'es parti te coucher alors que les autres ont continué à picoler sur le bateau jusqu'à 6h. Donc, l'alcool sur le bateau y en a pas sauf quand il y en a et quand il y en a, y en a beaucoup... Même le voilier a mal au crâne. Pas de déplacement aujourd'hui d'où cette abondance d'alcool..Retour à la station ukrainienne où ils t'ont laissé gentiment prendre une douche, une vraie, brûlante sans ces foutus lingettes. Les polonais, eux, ont fait un sauna et baignade dans l'eau glacé. Ah oui, depuis le début, impossible de connaître la température. A la base, t'as pu voir qu'à l'extérieur il fait près de 0 degrés. Certainement entre 5 et 8 dans ce foutu voilier congélateur. L'avantage, on sent moins l'odeur de fennec. Adnana, elle arrive quand ma commande de parfum 'Anti chaman' ? Car le jeune sent la transpi à 30m et y a pas 30m sur le bateau.


Direction en dinghy la première maison qui fut construite ici dans les années 50, Wordie house. Tout a été conservé intacte, même la pièce la plus importante...Assez loin de l'agitation touristique...un malheureux manchot empereur est coincé sur le rivage. Alors, va savoir ce qui s'est passé, mais il est en train de changer de plumes et duvet et doit attendre 3 semaines avant de pouvoir retourner dans l'océan. 3 semaines sans bouffer, on est resté à distance pour pas lui faire brûler des calories pour rien. Soirée fléchette au chaud à la base ukrainienne où les gens sont toujours aussi accueillants.


8 janvier - La magie du Noël orthodoxe

Et dire qu'on croit pas au père Noël... Va savoir ce qui a pris au cap'tain. Il a décidé de s'attaquer à la chaudière du bateau. Peut être qu'il en avait marre de porter des chaussettes dans ses crocs. Résultat après 12 jours de glacitude, une légère vague de chaleur commence à imprégner le voilier. Alors très légère la vague, faudrait pas qu'il y ai une trop grosse différence avec l'extérieur. Le seul inconvénient avec cette chaleur bienvenue est que les odeurs de fennec vont être beaucoup plus forte. Adnana, elle en est où cette livraison ?

Il est temps de repartir et remonter vers le nord. Tu n'iras pas plus au sud. En sortant de la baie où se trouve la station polaire, on tombe sur 2 bateaux. Le premier un 'petit' bateau de croisière, pas le genre à prendre du tout venant à raison de 200 pimpims par cargaison. Plutôt du genre sélectif avec une trentaine de pontes à bord. Et le deuxième bateau, qui les accompagne, a une piste d'hélicoptère avec 2 hélicos. ''Oui, très chers amis, vous ne pensez tout de même pas que l'on va en Antarctique sans faire un petit survol quotidien en hélico, espèce de manants ! Pourquoi 2 hélicos ? Mais quelle stupide question, voyons ! Et qu'allons nous faire de nos journées si le seul hélico tombe en panne ? Je dois vous laisser, il est l'heure de mon brunch caviar.... ''

On part pleine mer pour éviter les canaux remplis d'icebergs. Tu pensais avoir un peu le pied marin mais le retour des grosses vagues t'as prouvé le contraire. Après 3h de quart où tu sers strictement à rien, tu te retrouves à 23h à quatre pattes sur le pont extérieur à repeindre la coque du navire d'une couleur risotto de ce midi.


9 janvier - Le duo infernal

Nuit très agitée et compliquée et en plus t'es de corvée de popote pour la journée. On a retrouvé une mer beaucoup plus calme sinon jamais t'aurais pu faire la tambouille. On est censé faire un trek une fois le voilier à l'abri dans une crique à l'abri. Gros coup de chance mais vraiment LE gros coup de CHANCE : Le brouillard est de retour et au dessus une belle couche de nuages. Visibilité sur négative donc la ballade...

Côté ambiance avec les polaks, ça se tend un poil. T'es jamais trop au courant de ce qui se passe, ce qu'on va faire. Tu vois les autres s'équiper mais on te dit pas pourquoi et on s'attend à ce que tu fasses de même. Le côté mouton obéissant sans comprendre commence à atteindre ses limites...

Point positif, t'as plus besoin d'avoir d'avoir 3 couches de vêtements dans le bateau. Et pas de quart cette nuit, on est ancré dans la grisaille à Paradise Bay. Cherchez pas les cocotiers et le sable fin...

10 janvier - Ça y est, l'otarie plane.

5h du matin, tu en vois certains en train de s'équiper. On te dit rien, comme d'hab. Finalement l'otarie qui partage ta cabine te dit qu'on va à terre et si tu veux venir ? Ben non, tu vais rester enfermé dans ta couchette jusqu'à la St glinglin. Direction l'île de Cuverville avec bien évidemment sa colonie de...manchots gentoo. Le manchot, on s'en lasse pas.

Puis un nouveau stop pour voir un autre type de manchots, les chinstraps. Ceux là ont le bec noir et comme une sorte de jugulaire autour du cou qui leur donne l'impression qu'ils portent un casque'. Ils sont pas très actifs mais par contre ils jacassent entre eux.

Vous en avez marre des photos de manchots ? Vous plaignez pas, j'en ai dix fois plus en stock.

Le duo brouillard/nuages fonctionne tellement bien que parfois on voit pas à 10m au dessus de la mer. C'est de pire en pire. Certaines baies sont tellement remplies d'icebergs qu'on fait demi tour. Toutes les balades sont logiquement annulées. Seule petite distraction occasionnelle, des baleines Humpack passent nous faire signe de la queue de temps en temps. Certaines ont décidé de regarder de plus près ces drôles de pingouins sur ce bateau. Ça commence par tout un paquet de bulles qui remonte à la surface. Puis la couleur de la mer s'éclaircit. La baleine remonte à la surface lentement à 2m du bateau, parfois se penche sur le côté pour mieux nous regarder où passe sous le bateau. Ouais, on s'occupe comme on peut... car côté paysage, rien que dal, aucune visibilité. (ah ça doit énerver de lire ''on s'occupe comme un peu'' en parlant de baleines à 2m de soit... C'est plutôt une expression à utiliser lorsqu'on attend le train/métro un jour de grève, non ? )

Un peu plus tard, encore des baleines. L'une se met sur le côté et abat très fort sa nageoire sur la surface de la mer. Une autre remonte à la verticale la gueule grande ouverte. Ça doit être l'heure de leur pause dej. Sans déconner, dans ce coin, on peu plus faire 100m sans croiser une baleine. Je te fouterai bien un baleinier dans le coin histoire de dégager la route...

1h plus tard, le pilote de quart crie un mot magique 'soleil'. Non, c'est une blague, il parle pas français.. Il crie 'orqui' qui en en français veut dire 'orque'. C'est la ruée sur le pont. L'otarie Magda jappe de plaisir... On voit de grands ailerons venir droit sur nous. Ils nous croisent à tout de vitesse, t'as à peine le temps de voir des gros poiscailles noirs et blancs. Le bateau fait demi tour pour essayer de les retrouver. Tu proposes qu'on saigne le plus jeune d'entre nous et qu'on le foutte à la baille. Ça va peut-être les attirer. Pas super convaincu, les polonais... T'aurais dit, on jette le français peut-être qu'ils auraient acquiesés. Finalement on les retrouve. On voit 5-6 gros ailerons sortirent de l'eau quasi en même temps. A cet instant, t'as vraiment pas envie de barboter dans l'eau. On tourne le remake du film 'Orca'. Ca reste impressionnant.

Ils font les curieux quelques secondes en nageant pas trop loin du bateau mais après cassos. Ouais, pas très selfi, l'orque. Soudain, un gémissement puis un cri. Qu'est-ce qui se passe ? Ça y est, la Magda est allongée, les moustaches frémissante, les nageoires érigées, elle a atteint le 7ème ciel.

A propos de bruit, sur quasiment toutes les vidéos, vous avez un fond sonore polonais. C'est Mme Chechou qui en plus de rien foutre, pourri les vidéos des autres. Incapable de la fermer 30 secondes, elle s'en fout car Chechou fait uniquement des photos.

Histoire de passer la nuit tranquille sans quart, on s'arrime à une épave de 1915, le Governor. A l'époque le bateau accompagnait les baleinières et s'occupait de dépecer les baleines et de brûler les parties inutiles. L'immense four a foutu le feu au bateau, un répit pour les baleines. C'était la minute 'histoire et vérité'

Ricardo enfin au chaud

7

Le reporter de l'extrême Ricardo est à nouveau sur le terrain. Cette fois, son objectif, chercher le futur représentant de Ségolène pour les pôles. Fini les manchots et leur digression sur la nourriture. Maintenant Ricardo s'attaque a du gros, le phoque.

Une dizaine de phoques bulle sur une plaque de neige, notre reporter s'approche prudemment.

- Ricardo : euhh, bonjour monsieur, auriez vous quelques minutes pour répondre à des questions

- Véro, ouvrant un œil : hein ? C'est quoi ? Qu'est ce qui se passe ? Oh putain, encore un touriste à la con.

- Ricardo, se faisant tout petit : non monsieur, c'est....

- Véro : déjà c'est pas monsieur, c'est mademoiselle!

- Ricardo : désolé...mademoiselle, c'est à cause des moustaches et...

- Véro : des moustaches ? Espèce d'idiot ! Chez nous c'est un signe de féminité, tu vois pas que ça me rend plus gracieuse ! Espèce de... M'enfin! Allez, va voir ailleurs.

Ricardo, après ce premier échec, s'approche d'un autre phoque.

- Ricardo : bonjour msieur/dame. Vous auriez quelques minutes.

- Julien : tu vois pas que je travaille !

- Ricardo : euhhh, désolé, j'avais plutôt l'impression que vous faisiez la sieste. Vous faites quoi comme travail ?

- Julien : la sieste, le travail, c'est la même chose dans mon business. T'as vu le temps pourri qu'on a ? Je travaille dans le Cloud pour les amerloques. Payé à pas foutre grand chose, je suis.

- Ricardo : ah oui, très intéressant.... Avez vous en entendu parlé de la future présidente des pôles, Ségolène Royal?

- Julien : celle que les pingouins appellent mamie polaire. Ouais, suis au courant !

- Ricardo, fier de ses connaissances : selon wiki Franky on dit manchot et pas pingouin.

- Julien : wiki qui? Connais pas! C'est quoi ? un cachalot qui la ramène ? Bon, et elle me veut quoi ta mamie polaire ?

- Ricardo : la grandissime Ségolène cherche un représentant des pôles qui soit aussi un acteur.

- Julien : un acteur ? T'attends quoi, que je jongle avec une balle rouge. J'ai pas que ça foutre, j'ai un vrai boulot moi (dit il en refermant les yeux) ! Au fait, si tu cherches une ancienne majorette pour ton spectacle, demande Pascal. Sinon va demander plus haut, y a un baltringue que ça va intéresser.

Après deux cuisants échecs l'impétueux reporter ne lâche pas l'affaire et se dirige vers le dernier phoque.

- Ricardo : bonjour msieur/dame. C'est votre ami plus bas qui m'a dit de venir vous voir. Je cherche un phoque qui puisse faire l'actrice pour accompagner l'exceptionnelle Ségolène dans son incroyable ascension vers le poste de présidente des pôles

- Guy : acteur, mon rêve ! C'est bien payé ?

- Ricardo : un max. Elle sait même pas comment dépenser tout son budget ! Le but est de l'accompagner.....

- Guy : au fait, j'ai reçu son dernier cadeau. Une peluche pingouin avec un 'voter Ségolène'. Faudra lui dire que les pingouins ici ça pullule donc pas la peine de nous envoyer des made in China.

- Ricardo (en pensant on dit manchot, pas pingouin) : oui, oui, vous lui direz quand vous la rencontrerez. Comme je vous disais, le but est de savoir si pouvez simuler des sentiments. Et j'ai quelques situations où j'aimerais voir votre réaction. Ça vous intéresse?

- Guy : sûr! Au fait, je sais pas si ça peut servir, mais j'ai gagné un concours de pâtes au calamar face à un pingouin. Le charlot, il a oublié de les faire cuir....

- Ricardo (putain, manchot pas pingouin) : oui, je le note. Vous êtes prêt ? Dans tous les simulations que vous allez jouer, vous êtes avec Ségolène et un journaliste lui pose une question. OK ? Première question, vous devez simuler l'inquiétude : madame Royal, des climatologues annoncent que malgré toutes vos incroyables actions mondialement connues pour protéger les pôles, celui du Nord risque de disparaître bientôt. Action !

- Guy : alors j'étais comment ?

- Ricardo : euh, pas mal. Mais n'oubliez pas qu'on est en politique, faut pas hésiter à surjouer.

- Guy : OK, OK! et au fait votre histoire de pôle, c'est vrai ?

- Ricardo : bien sûr que non... Juste des climatologues amateurs de sensations fortes. On va pas retourner à l'âge de pierre à cause de 3 charlots accrochés à leur cocotier. On pataugera peut-être un peu dans la flotte mais c'est pas grave. Prêt pour la deuxième simulation. Vous devez jouer la condescendance agressive. Prêt? On dit dans les médias que vous mélangeriez le budget des pôles et le budget pour votre ascension politique. Un commentaire madame Royale ?

- Guy : alors?

- Ricardo : pas mal du tout. On progresse ! Troisième simulation, un mélange de surprise et d'incompréhension. Prêt ? On dit dans les médias que vous mélangeriez le budget des pôles et le budget pour votre ascension politique. Un commentaire madame Royale ?

- Guy : comprends pas ! Vous avez posé la même question qu'avant.

- Normal. C'est une question qui risque de venir régulièrement et on teste les différentes réactions possibles. En tout cas, vous êtes pas mal du tout. Dernière simulation, la confusion : Mme Royal, des médias disent que vous achetez le vote des manchots par des cadeaux comme des casquettes, des coussins, est vrai ?

- Guy : ah ça c'est vrai !

- Ricardo : mais non. On vous demande surtout pas de commenter. Simulez la confusion.

- Ricardo : mouais, celle là, il faudra la rebosser.

- Guy : alors, je suis engagé ?

- Ricardo : bien sûr ! Promesse de politicien !

Juste avant de repartir, un phoque rattrape Ricardo.

- Pascal : hé dites, un numéro de majorette, ça vous intéressait pas pour votre spectacle?

Ricardo, la tête basse : mais qu'est ce que je suis venu foutre ici....

6 mois plus tard Guy attend toujours son contrat...

Afin de rétablir la vérité, la bipède Véro n'a pas de moustaches et le bipède Julien bosse durement...!

Ricardo, caster de phoques

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11 janvier - fini le mytho

Dans la 'nuit' un voilier s'est amarré au notre. 8 français en goguette.

Temps couvert, histoire de s'occuper, on part en dinghy sur 2-3 îlots. Promis plus de photos de manchots (ou presque) ! Sur la neige, ronfle une dizaine d'otaries. En théorie, on doit garder 5 m de distance mais ça va pas être possible pour madame Chechou. Elle veut poser à côté pour la photo bien sûr. La bestiole la regarde en se demandant c'est quoi cette fausse blonde qui va me ridiculiser sur Instagram. T'es encore assez loin quand elle te fait signe de t'accroupir pour paraître moins grand. Ouais, c'est vrai. Toi, tu fais pas 1m40.....puis une fois ses photos faites, elle se lève genre plus rien à foutre de la bestiole.

Chacun s'est choisi son otarie. Tu t'approches lentement, puis tu t'accroupis. T'attends que la bestiole t'ai regardée et considérée que t'es pas un prédateur mais juste un foutu paparazzi. Puis tu t'approches un peu plus sans jamais l'inquiéter. C'est pour dire, sur les vidéos, tu les entends quasiment ronfler, ça sent pas trop la bestiole inquiète. Et ce coup-ci t'es loin de ma mère Chechou donc pas de fond sonore à la con. La seule otarie qui aura bougé est celle que la Chechou a approché. Étonnant...

Retour au voilier et là un phénomène que t'avais pas vu depuis une semaine, un peu de soleil. T'as le droit à ton quota de 2h tous les 5 jours. Les nuages laissent un peu apercevoir les montagnes, ça a toujours autant de gueule.

Depuis le début, tu te la pètes Antarctique mais en fait, t'y as pas encore mis les pieds. A chaque descente à terre, c'est sur un île, jamais sur le continent. Direction Polar point. Un des points d'accès au continent dans ce coin. La plupart du temps le rivage est inaccessible car c'est du glacier ou des falaises abruptes. Manque de pot, une grosse bétaillère est déjà sur le site et on du attendre 4h qu'il ai fait toutes les rotations pour faire descendre tous ses passagers.

19h30, on est enfin sur le rivage. Une tête au regard pas sympathique sort de l'eau et nous regarde quelques secondes avant de disparaître. C'était un léopard des mers. En hauteur sur le rivage, un manchot esseulé. Le gus a bien compris que s'il voulait revoir bobonne ce soir, il valait mieux qu'il attende avant de foutre ses plumes à la flotte. Sinon, il risque d'être le prochain dîner du mec qui l'attend dans l'eau. Le manchot s'approche de toi et te glisses à l'oreille qu'il votera pour Ségolène si elle rend les léopards des mers végétariens. Ségolène, un vote supplémentaire en échange d'une promesse politicienne ?

Du rivage, t'as un autoroute sur la neige qui monte en direction d'une très petite colline. C'est le chemin que les pimpims du paquebot ont pris aujourd'hui.

On est 8 pour la ballade. Ils ont décidé de faire 2 groupes de 4 et de s'encorder. Principal objectif, ne pas être dans le groupe de Mme Chechou qui s'est déjà collé derrière Chechou. Et puis, sans déconner, on va s'encorder pour marcher sur une autoroute ? Fais chier !

Il n'y a pas assez de raquettes donc 2 personnes, les plus légères n'ont en pas. Et devinez qui en a pas ? Elle fait 1m50 et doit peser 45 kg. Tu jubiles d'avance... L'autoroute doit faire 500m de long. Ça veut dire quand t'es sur ce type de gros bateau et que tu vas faire une excursion, tu marches 500m. Mais tu bénis le ciel d'avoir choisi l'option voilier. Arrivé au bout de l'autoroute, bonne surprise, on part pleine poudreuse en direction d'autres collines plus hautes permettant d'avoir une vue sur la baie. Avec cette 'chaleur' la neige s'est transformée et il faut faire gaffe aux crevasses. Tu comprends mieux maintenant la cordée. Arrivé en haut d'une autre colline, la vue sur la baie avec un fond de coucher de soleil est superbe. Plusieurs ont en marre dont la leader... Mme Chechou bien sûr. Il est 22h30. T'as hésité, quoi, un millième de seconde à lui proposer tes raquettes et puis finalement...euh, non. Le capitaine s'est dévoué.

Minuit, on est de retour au rivage. Quatre manchots attendent sagement.

12 janvier - en short sur un glacier en Antarctique ?

Les Chechou sont de corvée aujourd'hui. Au petit dej, tiens, Mme Chechou n'est pas encore levée. C'est Chechou qui s'occupe de tout. Elle a vraiment trouvé une bonne pâte... 2h plus tard la voilà assise tranquillement à jacasser pendant que le pauvre Chechou trime à la vaisselle. Histoire de ne pas avoir tes oreilles martyrisées, t'es monté sur le pont voir le paysage. Bon, t'as plus que 5 jours à attendre pour ton nouveau quota de ciel bleu/soleil.

Après 3h de navigation, on s'embarque dans une grande crique, Chriguano, de l'île Brabant. Les rivages ne sont quasiment que des murs de glace.

Médisant que tu es, tu as le droit à un peu de soleil, waouh deux jours de suite. Le cap'tain a prévu une balade. Celle de la veille a laissé des traces, on est que 4 à y aller dont la plaie Mme Chechou qu'on a du attendre car elle était pas prête. Chechou a vérifié que tout était OK car lui restait sur le bateau, une forme de vacances pour lui. T'es tellement emballé par les rayons de soleil que t'as embarqué ton short dans ton sac à dos. Pour info, t'as quand même des grosses chaussures Sorel, des raquettes de neige, un t-shirt, une mini doudoune et une gore TeX sur le dos.

Et nous voilà sur le rivage, le capitaine, Mme Chechou, l'otarie et ta pomme. 2 vraies otaries regardent un instant leur compatriote avant de retourner à un bruyant roupillon.

T'as tellement peu d'endroit où le rivage n'est pas juste un mur de glace que forcément il y a du monde qui bulle. Une est en train de perdre son poil d'hiver, c'est un signe, t'as bien fait d'enmener ton short ! T'as hésité à poser la question à notre otarie Magda si c'était pareil pour elle côté poils...pas sûr qu'elle apprécie. On commence par une montée super pentue. Faut reconnaître que Mme Chechou marche bien. Et l'avantage quand on marche encordé où on doit garder 10m entre chacun, c'est qu'elle ne parle pas. T'es le dernier, t'as hérité de la pelle et du talkie-walkie en cas où le capitaine disparaîtrait dans une crevasse. Oui, la balade est un peu plus sportive que la veille. Il y a d'immenses crevasses qu'il va falloir eviter. Ça fait 1h qu'on marche en raquette. On est en train de traverser une crevasse quand dring-dring...un appel talki. C'est Chechou qui nous suit aux jumelles du bateau et qui nous dit qu'on arrive à une crevasse. Ouf, il nous a sauvé.

2h de quasi montée pour arriver au dessus d'un immense congélateur qui produit de gros icebergs. Ça rend pas trop en photo car c'est à ce moment que les nuages se sont pointés.

Au fait, vous vous posez forcément la question sur le short. Ahaha, bien sûr qu'il est resté au fond du sac.

13 janvier - le dilemme

T'es de quart de 4h à 6h du matin à surveiller qu'il y ai pas un iceberg qui vienne pourrir la coque du voilier. Et vla t'y pas un énorme iceberg, un machin qui fait 100m de long, qui se déplace lentement et se dirige vers la sortie de la crique. Tu surveilles du coin de l'œil ce qu'il manigances. Bon, on a à bouffer facilement pour 1 mois mais ça serait un peu ballot de rester coincé si l'autre glaçon se mettait en travers. Grand dilemme, réveiller ou pas le capitaine. Finalement t'as réveillé le cap'tain qui a jeté un œil et a déclaré rien à foutre... Problème réglé.

Un peu de pluie pour cette dernière journée. C'est le moment de tout ranger avant de franchir à nouveau le Drake. T'as ceux qui galèrent à démonter les dinghys, nettoyer toutes les affaires et puis t'as celle qui, assise, compte tranquillement les boîtes de médocs. Ouais, overdose de la Chechou.

C'est l'otarie à la barre et qu'est ce qu'elle voit ? Des orques au loin. Imaginez la fierté. Les orques, on en aura vu que les ailerons. Ces bougres ne nous ont jamais laissé les rattraper. Mais le principal est que l'otarie à la banane.

Ricardo, MmeChechouphobe

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Le passage du Drake du 14 au 18 janvier

L'océan est plutôt calme. T'es de cuisine le premier jour. Voilà comment ça se passe : la veille t'étais de quart de 20h à minuit. Le matin levé à 7h pour préparer le petit dej. 9h tu pars te recoucher. 12h, préparation du dej. Une fois tout nettoyé, il est 15h30, tu vas te recoucher...19h, ah il est temps de se lever pour préparer le repas du soir. 21h, ta journée est terminée. Il est temps d'aller...se coucher. Et en plus tu payes pour ça...

Pétole de chez pétole. On se traîne. Tout est au moteur depuis 2 jours.

Le 16 au soir, enfin un peu de vent. Ils sortent les voiles et arrêtent enfin le moteur. Vu qu'on remonte au nord, la nuit réapparaît. Ça tombe bien, t'es de quart de minuit à 4h du matin. L'amiral Ricardo tient la barre dans la nuit noire dans le canal de Drake. Y a quoi comme grade au dessus d'amiral?

Tiens, petite minute linguistique. Savez vous d'où vient le mot 'amiral'? De l'arabe 'emir al bahr' à l'orthographe prêt...et qui veut dire le prince de la mer.

On est toujours 2 de quart (un baltringue et un qui maîtrise). Un qui barre et l'autre dans la cabine qui attend son tour. C'est Chechou qui est dans la cabine.

Ton harnais est attaché au mat pour plus de sécurité. T'es limite grand écart pour te stabiliser. Et t'essayes de suivre ce foutu cap de 290° sur cette boussole mal éclairée. Pour les vrais marins, c'est certainement de la rigolade. Compliqué à tenir ce cap avec ces grosses vagues qui secouent le voilier dans tous les sens et ce vent irrégulier.

On t'avait expliqué que si le cap changeait, il fallait tourner la barre un petit peu et attendre que le bateau réagisse. Ouais ça marche sur temps calme, pas quand ça tabasse. En une seconde tu te retrouves au cap 270 puis 260. T'as beau avoir tourné la barre un peu en sens inverse, rien ne se passe. 250°, Chechou débarque à toute vitesse pour donner des grands coups de barre pour redresser le cap. Si suite au mauvais cap, la voile tourne d'un coup (ouais, il doit y avoir des termes marins mais t'y connais walouh), il peut y avoir beaucoup de casse. Pour rétablir le cap, il a trop tourné la barre et maintenant on est au 330 puis 340. Et recoup de barre en sens inverse. Le tout dans le noir en s'accrochant à la barre pour ne pas tomber. Finalement on est revenu au 290. T'as compris qui fallait passer en mode énergique. Une heure à faire tourner la roue de la fortune et ne pas lâcher la boussole des yeux pour essayer de tenir ce foutu cap. Un éléphant rose en tenue de ballerine serait passé à côté du bateau, tu l'aurais pas vu. 4h du matin, t'as enfin fini ton quart. C'est Mme Chechou qui est sensée être en duo avec Chechou. Personne dans la cabine, elle dort tranquillement. Bah, c'est pas ton problème. Amiral Ricardo? Euh, on va dire plutôt matelot Ricardo. (voir même mousse).

12h plus tard le vent est tombé, on est repassé au moteur.

Tu meurs lentement dans ta couchette à attendre que le temps passe...

Le lendemain le vent s'est levé à nouveau et pas qu'un peu. Du vent, des vagues, la total. Malgré la mer démontée, ils ont décidé de te faire barrer. Madré de dios. T'as pas une mais deux fixations qui rattachent ton un gilet de sécurité au bateau. Le bateau est souvent proche des 45 degrés donc une attache t'empêche de trop glisser. Certains restent assis, t'as essayé 10 secondes mais pas une bonne idée car t'as la soupe du midi qui veut repeindre le bateau. Donc t'es debout à essayer désespérément de tenir le cap qui varie de 30° selon le choc des vagues. Ils sont malades de t'avoir envoyé barrer. Au bout de 15 minutes, tu vois le capitaine et un autre s'équiper. Tu t'es dis, t'es trop mauvais, ils vont te remplacer, alléluia ! Que neni, le capitaine pense que le vent est de plus en plus fort et il veut descendre la voile principale. Tu laisses la barre à un pro et tu vas aider à l'avant aider le jeune qui n'arrive pas à descendre la foutu voile. Des malades... Une fois la voile descendu, t'as fini ton quart à la barre. Pas dix secondes de répit. En fonction comment tu prends la vague, le bateau réagi différemment.

Filmé lors d'une accalmie 

Et le pire, t'as une capuche imperméable qui n'est pas assez serrée. A chaque fois que t'as un coup de vent plus fort, ça t'enlève la capuche et en même temps tu te prends une vague sur la gueule, un régale !!

Ton premier quart est terminé, t'es à la fois trempé par les vagues et en sueur. 1h de répit dans la cabine où t'as l'impression que les vagues sont de plus en grosses.

Allez, faut y retourner, mama mia... Et les gars, vous avez vu le temps dehors ? Vous voulez pas envoyer plutôt une pointure? Et il est où le capitaine, hein il est ou ? Il est pas dans la cabine!, il est parti pisser ou quoi ? Putain, il mange tranquillement au mess en bas. Il a oublié que c'est pied tendre qu'est à la barre ?

Mais pourquoi t'es pas sur un bateau de croisière...

Côté paysage ? Benh, peux pas trop décrire, trop concentré a essayé de tenir ce foutu cap mais il doit y avoir de l'eau quelque part car ça mouille et pas qu'un peu.

Ça souffle, ça souffle, t'es monté à plus de 10 nœuds, l'amiral Ricardo est de retour !!

Selon les vrais pieds marins du bord on a du 7 sur l'échelle de Beaufort. Adressez-vous à wiki Franky pour les explications.

1h plus tard, t'es trempé malgré tes vêtements de protection et crevé. 18h, tu vas faire une petite sieste car ton prochain quart est à 4h du matin. Putain, c'est sans fin....

20h, impossible de dormir tellement on est secoué. T'es remonté dans la cabine où étonnement il y a foule. A bâbord au loin, on voit se dessiner une montagne, le fameux cap Horn. Bon, on n'ira pas le titiller...

Beaucoup trop de vent, le capitaine a décidé de descendre la voile arrière. Cette fois uniquement les pros y vont.... Ah c'est dommage..

3h30 le réveil, c'est con tu venais juste de t'endormir après avoir toute la nuit sur ta couchette qui sent le rat mort...

4h du matin, on longe la côte de l'île Nueva. Peu de vague mais beaucoup de vent de face. On est au moteur au ralenti sans voile. Et en fait, c'est aussi difficile de barrer. Car comme t'es face au vent, si tu vires un poil, le vent fait tourner rapidement la proue et comme t'as que le moteur (en tout cas c'est ton impression) pour te donner un peu de puissance, c'est assez galère pour reprendre le bon cap.

8h, t'as terminé ton quart avec du soleil. Cet enfoiré qui réapparaît une fois qu'on a quitté l'Antarctique !

Quelques dauphins viennent quelques instants dans le sillage du bateau. Les albatros font des figures dans les airs, enfin on revient dans une mer plus calme.

Dring dring...un appel des gardes côtes chiliens. On vient de rentrer dans leurs eaux territoriales donc soit on vient montrer patte blanche soit on monte plus au nord côté argentin. Ouais, le chilien est comme le manchot, il fait très attention aux limites de son nid.

Tiens, 9h20, vla la Chechou qui finalement monte sur le pont. Elle aurait dû remplacer Chechou à 8h... Oups, pardon, elle est sur le pont mais elle reste assise tranquillement. Oula, faut pas déconner, elle a encore 10 minutes pour n'avoir qu'1h30 pile de retard !

Au moment où elle est prête, elle réalise qu'elle a pas mis son gilet de sauvetage...

Ah mais non, elle prend pas la barre, elle va juste s'asseoir à côté de son Chechou.

10h, finalement elle prend la barre....

19 janvier, la remontée fantastique du canal de Beagle

On passe la nuit dans une petite crique et le lendemain il ne reste plus qu'à remonter tranquillement le canal de Beagle...en théorie. A l'aller, ça avait été le calme plat.

Et putain, pour le dernier jour t'es de corvée de tambouille, ras le bol. Bon, tu vas arrêter de râler car finalement le plan pourri c'est transformé en plan pépère. Le vent s'est levé, la mer s'est déchaînée. Le bateau plongeait sous les vagues, parfois penché à près de 40°. Faut juste imaginer l'état des cabines où tout n'était pas complètement fermé. Impossible de remonter le canal sans tirer une trentaine de bords pendant près de 12h pour faire 35 miles. Pas un voilier à l'horizon par ce temps pourri à part la bande de polonais en goguette...

Tous ceux qui étaient dehors, équipés au max pour la flotte ont pris très très cher. Faut voir les vagues qui, par moment, leur tombaient dessus. Toi, tranquillement en short dans la cabine, tu leurs proposais du thé pour se réchauffer, des biscuits... Ah ben ouais, t'es de corvée de popote, quelle malchance.

Une des pointures, en sortant de la cabine pour prendre la barre, à fait le signe de croix. Putain, il l'avait jamais fait avant, ça promet...

Et, au joie, la Chechou a du donc faire de la présence sur le point. Étonnement, elle a pas sorti un mot (ça fait du bien...) pendant toute la partie difficile. En fait, à part pour les virements de bord, ça parlait pas trop vu les conditions difficiles. Si le jeune n'avait pas un avion à prendre tôt le lendemain, le cap'tain se serait certainement mis à l'abri pour attendre une amélioration de la météo.

C'est l'otarie qui a skippée la première partie, elle voulait plus lâcher la barre. On l'aurait cru dans une soirée entourée d'orques en petite tenue tellement elle était excitée. Ça du être le grand moment de sa vie!!

Tu vois les lumières d'Ushuaïa mais t'as pas l'impression qu'on s'approche. On est finalement arrivé au port à Ushuaïa vers minuit, soit 12h pour ces 35 foutu miles.

Certains crevés et d'autres moins.... On déconne, on déconne mais grand respect pour ceux qu'on tapé les 12h dehors !

On arrive enfin au port. Après plusieurs semaines à la lingette, tout le le monde s'imagine sous une douche chaude dans les 10 prochaines minutes. Et non, pas de place sur le quai et trop tard pour s'amarrer à un des voiliers. On a ancré au milieu du port à moins de 100m des douches...

Voilà, c'était quelques jours chez les pingouins, ah merde, les manchots


Ricardo, mi matelot mi amiral mais 100% marin d'eau douce