15 étapes
3 commentaires
La nouvelle enquête corse spéciale charcuterie
Du 6 au 21 août 2021
16 jours
Partager ce carnet de voyage
1

Yo les pinzutus,

En ce moment c'est un peu compliqué de voyager, un jour tu peux voyager, le lendemain ça coince. Histoire de pas rester coincer dans un trou du cul du monde t'as décidé de la jouer petit bras (ouais, comme l'été dernier...). Résultat, tu pars en...Corse faire le GR20.

Il parait que si à 40 ans t'as pas fait le GR20 et manger du saucisson d'âne 100% corse, t'as raté ta vie... Coté 40 balais, t'as plus que largement dépassé mais t'es impatient de manger du saucisson fait par des ânes corses. Ouais, le saucisson d'âne corse, c'est celui fabriqué à base de porc venant de Roumanie vendu par des ânes corses à destination des pinzutus. Bon, on s'égare un peu...

Ils sont en train de monter un orchestre sur le GR20 et ils t'ont contacté pour faire 1ére trompette (voir le post "Le palmarès des trompettes du Cotopaxi " https://www.myatlas.com/surledep/un-bout-d-amerique-du-sud/t/581329 ). T'es confiant, tu devrais y arriver facile !

Et puis, faut jamais refuser une invitation par un corse, on sait jamais comment il va réagir. Même sur une blague téléphonique, il peut partir en vrille.

Histoire de faire prospérer le local, t'as réservé via une agence de trek corse. Trop forte l'agence ! A une semaine du départ, elle te dit qu'elle a du mal à trouver des guides sur le mois d'aout. Euh, ça fait 2 mois que le circuit est déjà confirmé et c'est à une semaine du départ qu'elle s'active? Résultat, on aura une guide les 3 premiers jours et un autre gus pour le reste du trek. Mais dixit l'agence, pas juste des simples guides, des véritables pointures !!!! Ca sent plutôt le pinzutu qui s'est retrouvé nommé guide local et qui va découvrir le chemin avec le groupe...

Coté circuit, t'as décidé de faire l'intégrale nord-sud en 14 jours, c'est censé être le sens le plus difficile. (14 jours de faux plats, que ca soit dans un sens ou dans l'autre, ca doit pas casser 3 pattes à canard!!!) Certains jours on n'aura que notre sac à la journée, et d'autres, on devra être autonome sur 2-3 jours. Y avait une autre option, le même circuit en version trail de 8 jours. Tentant, voir même très tentant, mais avec cette option t'es plus une trompette mais un trombone à coulisse. Au bout de 2h, le reste du groupe va te jetter des pierres pour te faire courir.

Alors, histoire de ne pas trop passer pour un pinzutu, vendredi, au moment où tu poseras le pied en corse, tu t'appelleras Ange et t'es de Bonifacio. Et depuis 1 semaine, tu revois le film "L'enquête corse" pour essayer de chopper leur accent trainant.

Ricardo ex pinzutu


PS : Comme dans tous mes blogs, il faut les prendre au second degrés en particulier quand je me moque gentiment (oui, c'est du second degrés) de ceux que je rencontre.

2

Incroyable! Sur le vol air corsica pour arriver à Calvi, les annonces de bienvenue sont d'abord faites en Corse avant le français. Euh, quand tu prends un vol pour aller à Rennes, on te cause aussi en breton dans l'avion ?

Bon, on va dire que c'est pour le folklore, histoire de préparer le pinzutu à son arrivée en terre inconnue.

Du coup, t'as regardé sur Google translator, s'il y avait la version patois corse. Au pire si t'arrives pas à été faire comprendre sur place, tu dessineras. Vous pensez qu'un dessin d'une saucisse et d'un bonnet d'âne sera suffisant pour ramener de la charcuterie locale ?

Aéroport de Calvi. Des bus pour aller en ville, que neni, juste des taxis. Le taximetre ? Ahaha, ils ont jamais passé la méditerranée.. Du tape le bout de gras avec le chauffeur qui apparemment connaît bien les montagnes. Certainement un corse depuis 20 générations. Que dal un pizutu et en plus un parisien.

Alors la grande plage à Calvi. A se demander pourquoi les touristes viennent sur les plages de Menton. Ici du sable, les gens sont pas les uns sur les autres (ouais, ici les retraités viennent pas à 8h du matin poser leur chaise pour revenir dans l'après midi), les paillotes tout en bois sont intégrées dans la nature, pas de route au bord de la plage, une petite pinède. Même le train quand il passe il fait pas de bruit. Sans déconner y a pas photo avec Menton. Alors, c'est vrai y a pas le campanin et les fameux citrons...

Côté bière, t'as le choix entre la bière corse Pietra et la bière corse Pietra. Idem pour le rosé, c'est du corse ou rien. Il faut boire local.... Sinon c'est mal vu. Du coup, t'as même pas osé acheter des bouteilles de cristalline au supermarché. Orezza vous connaissez ? La meilleure eau du monde, forcément, elle est corse.

Au supermarché, le fameux rayon charcuterie.... De gros doutes sur la provenance du porc.....

Petite matinée à Calvi sur une paillote.

15h, tu retrouves le groupe direction le village de Calenzana. C'est demain que ça commence vraiment.

On est 12 pinzutu. Va savoir qui sera le boulet du groupe même si ça semble très sportif.

Y a un jeune de 22 ans, Hugo, il voulait faire le GR20 en solo, sa mère a pas voulu. Tu m'étonnes, il se perd dans une rue droite alors en montagne. La guide, une pitchounette de 25 ans. On sent la sportive.

En théorie on peut pas partir sur le début du GR20 car ils ont fermé le massif à cause des risques d'incendie. Mais bon, on est en Corse, y a la loi et puis la version Corse.

Dîner dans un resto du village où on te sert une assiette de charcuterie corse...

Afin de mener ton enquête (la raison secrète de ta venue en Corse), t'as demandé à la guide qui travaille aussi pour une association de producteurs corses. La charcuterie, elle est faite en décembre et avant juillet tout est vendu donc t'as compris ce que t'as dans ton assiette.

20h, on a fini de dîner... Demain, c'est grasse mat, on ne se lève qu'à 5h30.

Ricardo, charcutier amateur

3

J1 : direction le refuge refuge Ortu di u piobbu

Ça y est, lever à 5h30 pour un départ à 6h30. On doit se partager des paquets de biscuits à porter pour les 3 prochains jours. Le Regis ne veut pas en porter car il a un petit sac à dos et il peut rien prendre de plus. Mon gars, tôt ou tard tu le payeras.

T'as le jeune Hugo qui comprend pas pourquoi le dos de son sac à dos est trempé et qu'il aspire de l'air de son camel bag. Ben mon gars, tu l'as mis à l'envers dans ton sac, donc ça coule et ton tuyau qui est en haut du camel bag ne peut qu'aspirer de l'air. Maman a bien fait de refuser que fiston parte en solo. 13 jours de marche, il est venu avec 13 t-shirts, caleçons et paires de chaussettes et même pas de savon...

T'as la belge Vanessa qui a installé un panneau solaire sur son sac à dos. Mais elle a rien branché dessus. Va savoir comment elle espère recharger son téléphone? La magie Corse ?

Ca sent la fine équipe...

Elle peut pas manger de lentilles et d'œufs et à chaque repas y a un truc qui va pas. La guide l'a dans le collimateur. Ça pue pour elle.

Juste au démarrage, on croise 2 gars sur les genoux, ils viennent de faire l'aller retour du GR20 en 10 jours. Nous c'est 13 jours en aller simple. No comment

Que de la montée en direction du col Bocca a satu à 1250m d'altitude. La guide impose un bon rythme et étonnamment tout le monde suit...pour l'instant. Côté paysage, ça ressemble à l'arrière pays niçois. Ça a cramé par endroit. Très rocailleux. Est ce que c'est ça le maquis ?

Et puis d'un coup ça merde. T'as le Eric qui va pas bien et qui commence à vomir tout ce qui peut. En plus il s'assoit sur un tronc rempli de sève collante. Il sera bon pour acheter un nouveau short. Il a eu de la fièvre la nuit. Première question de la guide ? C'est le Covid ? Il a rien mangé ce matin et refuse de manger. Ça va pas être simple pour qu'il avance.

Comme ça va pas mieux, on se partage ses affaires pour qu'il ne porte rien et encore faut insister car il refuse, le bougre. Pendant ce temps, le reste du groupe est parti vers le col. On repart et 100 plus loin qui est arrêté ? La star Regis. Comprends pas. Une star pareil qui n'arrête pas de raconter tous ses footings et ses trails de 27 km même de nuit. Problème de souffle. Ah c'est balot. Puis, quand il arrive enfin au col, il a des crampes le Régis.

On est parti pour 3 jours sans possibilité de rejoindre une route. C'est pas le moment que les trompettes se mettent à jouer.

Éric, s'arrête tous les 100m. Ça va vraiment pas bien. Il refuse de s'alimenter et jette le sandwich que lui donne la guide. Ambiance.

Malgré des arrêts toutes les 10 minutes, on arrive enfin aux passages dit ''techniques''. Passages techniques, ça signifie qu'il faut utiliser ses mains. Waouh, super technique. Parfois t'as même une chaîne pour te tenir.

Bon, pour l'instant, sur cette première journée, tu vois pas où est la difficulté physique du GR20 par rapport aux balades dans l'arrière pays niçois.

La guide en a déjà un peu marre. On est qu'à la première demi journée. Elle pense que le Éric fait beaucoup de cinéma. Le mec vomit et tremble. Si c'est de l'actor studio, l'année prochaine il a son Oscar !

Mais du coup, ca arrange le Régis car on voit pas que lui aussi est à la ramasse. Apparemment il réalise qu'il manque de cardio. Lui? Le mec au top, qui fait du badminton en compétition. Incompréhensible. ET en plus le mec fait des courses de nuit. Y a que les grosses pointures qui courent la nuit. Re-incompréhensible.

Côté fanfare 2 grands gagnants faciles: Éric trompette d'or et Regis trompette d'argent. Mais le Éric va se battre pour être 1ere trompette, il a le potentiel.

Arrivée difficile pour certains au refuge Ortu di u piobbu (à 1520m) ou ce qu'il en reste (ouais il a brûlé). 3 algecos qui font buvette et cuisine et des tentes partout. On doit bien être 150. Ils nous ont installé dans le quartier HLM où toutes les tentes sont à côté les unes des autres sur un terrain en pente et surtout à 10m du groupe électrogène. Point positif, la buvette est à 20m. C'est con, il y a tout un coin avec une superbe vue. Tu y vas, t'es à plus 200m des HLM et t'entends encore au loin le Regis pavoiser. Bizarre dans la montée, on l'entendait pas. Surtout qu'on s'est tapé 1400m de dénivelé pour juste 12 km de marche, pas de quoi la ramener.

Dîner à 18h00. Ouais, ils te préparent pour quand tu seras en ehpad.... 18h20 le repas est plié.

Et ils nous filent la bouffe pour le repas du lendemain midi. 4 cuillères de taboulé, un biscuit et une barre de céréale. Sans déconner ! Ils veulent qu'on ait un accident ? C'est pas avec ça qu'on va avoir l'énergie pour crapahuter. Un client furieux a du leur brûler l'ancien refuge.

A 20h les gardiens de la buvette s'installent pour dîner, musique, Pastis. Comme t'as ta tente à 20m t'as compris que c'est pas la peine d'aller se coucher tant que les autochtones n'auront pas fini leur repas. Et vue la pente dans ta tente, t'es pas pressé d'y aller.

Ricardo, chef de fanfare

4

J2 : direction le refuge de Carrozu

Petit déj à 5h30. Ceux qui sont arrivés en retard et particulièrement la Vanessa se sont faits démonter la tête par la guide. Elle est toute petite mais quand elle claque les gens, ça rigole pas. On n'aura pas entendu la Vanessa de la journée. La guide parle comme une corse mais elle est ardéchoise de base. Elle a décidé de nous faire sortir du GR20 pour passer par les crêtes.

Éric qui la veille était trompette d'or va beaucoup mieux. Par contre Régis la trompette d'argent nous fait un solo dès les premières minutes. Le rythme va être cauchemardesque.

Effectivement la balade via les crêtes est sympa avec des superbes vues surtout il y a personne, pas un charlot avec un sac à dos et des bâtons, juste nous, ça change. Au loin des mouflons mais vraiment au loin. On aperçoit le cap Corse au loin. Commence une petite descente dans les pierriers. T'espères que le champion de badminton va être bon. Oh madres de Dios, ça s'améliore pas

T'as négocié avec la guide (ouais avec elle c'est en douceur sinon tu prends une mandale dans la tronche) de passer devant elle dans la descente pour courir à ton rythme.

Comme on est revenu sur le GR20, c'est embouteillé. En particulier à cause de nous. Tous les individuels doivent nous détester.

Changement d'avis par rapport à la première journée. Le sentier est beaucoup plus difficile. Beaucoup de passages dans les rochers où il faut vraiment pas déconner car c'est un coup à finir déchirer sur les rochers. L'environnement devient très minéral.

Des bouchons se forment derrière nous sur les passages compliqués.

13h. On est plus très loin du refuge. Régis a du mal.

14h, arrivée au refuge. T'avais l'impression d'être dans un HLM au refuge précédent, ici c'est pire. En plus, on est installé juste en face des toilettes. L'odeur est épouvantable. En fait, ces refuges sont pas prévus par rapport au nombre de randonneurs, en particulier cette année qui a explosé. 3 douches pour 150 personnes, c'est compliqué.

On a le droit à un petit briefing. Régis nous annonce qu'il arrête dès aujourd'hui. Et comme il est venu avec un pote, lui aussi va arrêter. En fait, pendant la pause déj, la guide est venu lui parler et lui a dit cash : c'est terminé pour toi. Il a refusé mais c'est niet.. T'es le maillon faible, tu dégages. Putain, ça rigole pas avec elle. Et en plus son pote avait des chaussures en toiles, ça lui convenait pas non plus, donc c'était mieux qu'il arrête aussi. Allez, prenez ça dans la tronche. Donc, elle est repartie 2h par un chemin facile pour les raccompagner à une auberge où l'agence va s'occuper d'eux. Ambiance.

On est à table à discuter avec le gardien (un vrai corse 100%. Une caricature serait en dessous de la vérité) des tentes (vu la propreté des tentes, il a jamais du regarder dedans) quand un gars vient s'installer et lui parle en Corse. On discute tranquillement avec le gardien quand l'autre gars nous demande comment ça se passe. 10 minutes après on s'aperçoit que ce mec est Simon, en fait le remplaçant de notre guide. Il s'est même pas présenté, fuit nos réponses, parle en Corse pour pas qu'on le comprenne. Il donne pas confiance. Le soir, on est tous à table, il passe devant nous sans même nous saluer où se présenter. Tout le monde est emballé par notre futur guide...

Après le dîner, tu retournes à ta tente, tes bâtons de marche ont disparu. Putain, demain grosse montée et grosse descente. Sans les bâtons, t'es sur d'être le prochain maillon faible... Donc imaginez la nuit dans une tente posée sur des cailloux pointus en face des chiottes en pensant que demain t'es dans la merde.

Ricardo en attente d'être viré

5

J3 : Direction haut Asco (une station de ski)

Tu t'es levé à 3h du matin pour discuter avec des gars qui avaient les mêmes bâtons que toi mais non, pas les tiens.

On sort de la forêt de bouleau pour passer sur les dalles de Spasimata. Quand c'est sec on passe facile, si c'est mouillé, c'est une patinoire à y laisser un col du fémur. On enquille toute la montée de la vallée de Figarella. Près de 1000m de dénivelé positive. On a mis 3h (au lieu de 3h30 prévu) pour arriver au col à 2000m. Depuis que le maillon faible à été viré manu militari, on est les nouvelles pointures du GR20. Quasi plus personne nous dépasse. Pour toi, sans bâton, c'est un peu compliqué. Coup de pot, en chemin, tu trouves 2 branches. Le but, surtout ne pas être le maillon faible du jour. C'est un coup à retrouver la trompette Regis à Calvi dès demain. Lors d'une pause, une marcheuse indépendante se retrouve au milieu du groupe. Notre calamity James l'interpelle d'un ton sec pour lui dire que soit elle marche devant notre groupe, soit derrière mais pas au milieu... Une terreur notre échantillon de guide.

Arrivé au col à 2000m plus que de la descente avec quelques passages un peu sportif. Malheureusement beaucoup de brume chaleur. Alors, la station de ski, c'est un gîte, un hôtel, un restaurant et une remontée mécanique.

Et gros coup de chance pour toi, dans le resto un petit magasin vend, entre autre, des bâtons de marche. À 100 euros la paire faut espérer que tu vas survoler le chemin.

La sergent chef nous quitte sans grandes effusions.

C'est au tour du Simon de faire notre premier briefing. Il commence par 'quand je vous explique une chose, je ne répète pas'. Super ! Ça va être long les 10 jours restants. Comment on dit en corse '' j'ai un putain de melon''?

Il nous dit qu'il fait aussi de la rétention d' informations... Il nous dit que demain on aura 3h30 de montée. Quelqu'un lui demande et combien de temps de descente. Réponse : je connais pas votre niveau de marche. Alors, tu connais pas notre niveau de marche mais tu dis 3h30 pour la montée et tu veux pas répondre pour la descente. Putain, ils vont être longs les 10 prochaines jours. Oui, tu radotes.

Ricardo radoteur corse

6

J4 : Direction le refuge de Tighjettu

La veille, le Simon nous a dit que le petit déj était à 5h30 pour un départ à 6h pétante. Ils ont tellement la trouille de pas être à l'heure qu'ils se sont réveillés à 4h30. Sans déconner, 1h pour ranger un sac de couchage. Et comme on était dans un dortoir, toi aussi t'es debout à pas d'heure. Résultat, les couillons sont arrivés 10 minutes en avance devant la porte fermée du restaurant. On est 2 à résister et arriver juste à l'heure pétante.

Grosse journée de marche aujourd'hui environ 120m de dénivelé positive et négative.

Au col, on est à 2607m près du mont Cinto, le plus haut sommet de Corse (2706 m).

On se demande comment va se comporter le Simon, surtout qu'il a dit qu'il allait nous regarder et nous apprendre à marcher. C'est plus un melon mais une pastèque.

Étonnement, il marche plus lentement que la précédente guide. Au bout d'une heure, Anne, rencontrée sur le trek en Mauritanie est totalement à la ramasse. Simon lui demande de marcher juste derrière elle. Oula, on sait que quand ça commence par cette demande, la prochaine phase est 'tu es le maillon faible et tu dégages'. Elle est au bout de sa vie et on n'a pas fait la moitié de la montée. Lors d'une pause, il faut que t'insistes fortement pour récupérer une très grosse partie de son matos. Tu vas devenir la mule du groupe. Putain, elle trimballe une trousse de toilette d'un kilo, faut pas déconner. Simon te remercie mais à aucun moment il a proposé de lui prendre une partie du matos. La montée continue avec plein de passages difficiles où il faut vraiment pas se rater. Il veut en plus qu'on reste groupir. Euh pas simple avec la Anne qui s'accroche comme elle peut. 4h pour arriver au col à 2607m d'altitude. Extrêmement minérale, avec parfois des rochers légèrement rosé et beaucoup de lichen jaune, parfois des dalles, des pierres coupantes et la dernière partie s'appelle la pointe des éboulis.

Arrivé au refuge de Tighjettu, on comprend pourquoi peu de gens y restent et préfèrent descendre 30 minutes plus bas à une bergerie pour y dormir. Des chiottes à la turc. Oui ça existe encore. C'est pas trop gênant, on est quasi tous constipé. Par contre le patron de refuge te fait des pâtes bolognaises aldente que même un italien pure souche ne pourrait pas ne pas aimer.

Finalement le Simon est beaucoup plus sympa que sur la première impression et on est très loin du caporal chef précédent. C'est la bonne surprise de ce premier jour.

Un mot sur les randonneurs : c'est un peu l'autoroute. Beaucoup de monde, beaucoup de jeunes voir très jeunes. Et quasiment que des individuels. Les groupes comme nous sont rarissimes. Pas mal de trailers. On les reconnaît, pas un pet de gras, très petit sac à dos et généralement ils mesurent 1m60.

Ricardo agréablement surpris

7

J6 - Direction le col de Vergio

La future trompettiste Anne semble proche d'être sur le podium. Le début, une descente plutôt facile. On se ballade dans une pinède. Petit arrêt pour acheter un fromage. C'est toi qui le trimballe. Y a intérêt à le manger rapidement car il fouette grave le bougre.

Autant sur la charcuterie, t'as bien compris que t'allais mangé du porc polonais autant sur le fromage, t'es plus confiant. Puis commence la montée. Louisette Armstrong qui a refusé de manger a forcément du mal. Et même s'il n'y a que 600m de dénivelé, la montée est réputée pour faire mal. C'est pas compliqué si Anne est trop à la dérive, elle risque d'être le prochain maillon faible et dégager demain. Même si Simon est beaucoup plus cool que la précédente guide et ralenti fortement le rythme pour l'aider. Une fois le col passé, Simon décide de ne pas passer par les crêtes. Oui, depuis quelques jours, le temps est brumeux est gâche la vue. Apparemment, ça serait des particules fines provenant du sirocco.

OK, on ne fait pas les crêtes mais en contre partie, on s'arrête au bord d'une vasque d'eau rafraîchissante. Un pingouin y trouverait son bonheur.

On passe la nuit dans un gîte où Éric, celui qui a failli être trompette d'or, a payé tournée sur tournée en terminant par la myrte, l'alcool local. Le lendemain va être dur.

On a décidé avec 3 autres gars de prendre chacun 1 bouteille d'eau d'Anne pour qu'elle porte moins. Tu lui as fait la misère pour qu'elle enlève de son sac ses crèmes et produits pas indispensables. Ouais, elle trimballe 2 serviettes de toilette. On est boulet ou pas. On part pour 3 jours et le 2ème sera un des pires. Donc, si elle vient faut qu'elle mange et qu'elle vire des merdes de son sac.

Alors côté dream team, y a un noyau fort, le Fabien avec son harem, genre Charlie et ses drôles de dames. C'est bien, il a l'impression d'être une star avec ses vêtements high tech moulants. Et puis y a les autres qui essayent de supporter les rires forts de la poissonnière Géraldine, une des drôles de dames.

Sinon, côté Corse, tous le même discours. Il y a trop de monde (pas des corses, des pinzutus bien sûr), tout coûte trop cher, ils sont payés moins cher.. Blablabla. Bizarrement, ils sont contents de voir le pognon des touristes...

Ricardo

8

J7 - Direction Manganu

C'est reparti pour 3 jours.

On a le droit à un stop devant l'arbre le plus photographié du GR20.

Passage par le lac de Nino où paissent vaches et chevaux.

A cet endroit, le GR à changé. On marche maintenant sur l'autre rive du lac. Pourquoi ? Pour que les marcheurs s'arrêtent à la bergerie et consomment. En tant que marcheur consommateur, on y est allé. Simon connaît très bien le berger. Il a restauré le bâtiment traditionnel où se faisait le fromage (qui est une vraie tuerie). On tape la discute. Il est bientôt midi. Oula, ça va être son heure (ou plusieurs) de sieste. Il est mort de rire en sachant que les consommateurs vont venir taper désespérément à sa porte pour dépenser leurs sous. Rien à foutre, la sieste est sacrée.

Histoire de se détendre, on s'arrête dans des vasques pour se baigner mais seule la boulette ne se baigne pas. Elle aurait les jambes blanches et donc marche en pantalon.... Oui, y a un cas. C'est con car l'eau froide fait un grand bien aux jambes.

C'est une journée tranquille, environ 600m de dénivelé positif et négatif, une sorte de préparation pour demain

La minute charcutière :

Toujours à la recherche d'une information exacte sur la fabrication du saucisson corse, t'as décidé de prendre le risque de brancher le Simon sur ce sujet. Déjà quand tu lui as balancé que 90% de la viande de porc corse n'était pas local il l'a mal pris. Puis il a vu qu'il avait affaire à un pinzutu qu'avait potassé le sujet. T'avais eu aussi une info off de première main. Une info qui se transmet de génération en génération, t'hésites même à vous la transmettre : si la ficelle du saucisson est blanche, c'est pas local, si elle est rouge et blanche, c'est du vrai ! Dans un refuge, la ficelle était verte. Kezako ? Saucisson végétarien? Revenons au Simon. En fait, le plus important, ce sont les 3 derniers mois avant l'abattage. Il faut nourrir la bête avec un certain type de glands et toute une préparation pour avoir LA fameuse charcuterie. Et concernant cette couleur de ficelle, c'est du pipeau. Ben ouais, trop simple.

Ricardo, inspecteur en charcuterie

9

J8 - Direction l'Onda

C'est une journée difficile car on double l'étape, soit 1100m de positif et 1300m de négatif pour 11h de marche.

Lever 5h pour un départ à la frontale.

Toujours des passages un peu techniques. Un des gars est parti en arrière sur un rocher, le Hugo l'a rattrapé de peu. La futur trompette s'accroche même si elle glisse et passe à 2 doigts du retour en hélico. Faut espérer qu'elle a récupéré sinon ça va être dur pour elle et...nous. Un passage difficile en descente où on a besoin des mains. T'es devant elle, tu lui proposes de le lui prendre ses bâtons. Que neni, elle commence à descendre et comme c'est chaud, elle préfère laisser tomber ses bâtons dans la pente. Résultat une des pointes vient taper dans ta cheville. Ah mais si on maintenant le droit de blesser un autre pour le faire éliminer, faut le dire.

Sublimes paysages

On fait un stop au refuge de Pietra. Incroyable, une baraque à frites. Y a que la belge du groupe qui n'en mange pas. Bizarre...

On passe les détails mais longue descente pour rejoindre le refuge de l'Onda. Juste un petit stop dans une vasque pour se rafraîchir, vla t-y pas que le Hugo glisse lentement et fini avec ses pompes de marche dans la flotte. Faut pas qu'il quitte sa mère...

Le refuge a une particularité, c'est son enclos. Les chevaux sont dehors et ne peuvent y rentrer et ce sont les touristes qui sont parqués à l'intérieur. Tu rajoutes 2 douches pour 200 personnes avec au minimum une heure d'attente.

Le soir ,une énorme part de lasagne au brocchio, le fromage corse par excellence. Une tuerie !

Première nuit à la belle étoile. Manque de pot, un gus qui a planté sa tente juste à côté garde la lumière allumée jusqu'à pas d'heure. C'est dommage, c'est l'époque des étoiles filantes.

Ricardo sur les genoux

10

J9 - Direction Vizzavona

C'est un peu une journée de recup après la longue journée de la veille. Dernière étape de la partie nord du GR. On a eu le droit à la grasse mat, petit dej à 7h, incroyable.

Faut savoir que parfois on capte le réseau sur le trek. Et t'as Charlie et ses dames qui ont désespérément besoin de se connecter ne serait ce que pour publier tous les centaines de selfies qu'ils font. Le Charlie (bientôt 50 balais) fait tout pour trouver des endroits pour poser. Et il attend qu'elles le prennent en photo pour simuler la surprise. Une star, son insta 'RegarderCommeJeSuisBeau'

Toi, t'actives ton téléphone et ça déclenche plein de bips liés à l'arrivée de mail.

Et la poissonnière Géraldine (désolé pour les poissonnières) balance la remarque '' y a le mode silencieux pour les téléphones''.

Déjà on se parlait pas et t'avais du mal à supporter sa grande gueule mais là c'est pas passé. Donc t'as balancé' 'oui, ça serait bien qu'il y ai le mode silencieux pour certaines personnes''. Elle a pas moufflé. Résultat, arrivé au col, on est convoqué séparément par le professeur Simon. Direction le coin avec un bonnet d'âne... A juste titre, il aimerait qu'il y ai une bonne entente dans le groupe. Ouais, elle a qu'à arrêter de la ramener. Un vrai tambour, beaucoup de bruit mais vide à l'intérieur. On a du écrire 100 fois 'Je dois être gentil avec mes compagnons de voyage'.

Du coup, maintenant on s'ignore complètement. Mais elle n'arrête pas de dire des saloperies derrière ton dos.

Côté paysage, toujours aussi sympathique et tout le monde attend la pause piscine. Même Anne qui apparemment a décidé d'arrêter la trompette s'est mis à la trempette (ouais, un peu facile).

Concernant la population sur le GR20, c'est assez impressionnant de voir la moyenne d'âge. Très jeune et souvent des filles. Ça doit leur faire bizarre de dîner à 18h30.

Si t'es breton, ici, tu peux t'exprimer. Un peu comme des frères d'armes avec les corses. Dans beaucoup de refuges, tu as le drapeau breton et même souvent des charlots mettent le drapeau sur leur sac à dos. Independancia !!

Les gardiens de refuge ont la lourde responsabilité de s'occuper des tentes. Attention, pas de les nettoyer, faut pas déconner. Juste dire à ceux qui ont réservés de se démerder pour trouver leur tente et faire payer l'emplacement à ceux qui viennent. En gros, un énorme boulot de 14h à 20h... Et les mecs 'bossent' 3 jours par semaine et ont 6 jours de recup. Normal, vue cette pression incroyable. Mais, ils se plaignent, trop de boulot....

L'enquête charcutière ? Ben pour l'instant, l'inspecteur Clouseau tourne en rond

Ricardo plus très fan de poissons

11

J10 - Direction le col de Verde

Encore une grosse étape, environ 11h de marche. Simon a décidé de remplacer le chemin du GR20 qui passe tranquillement dans la forêt par un chemin qui passe par les crêtes. On se prend 1300m de dénivellé positif. Si t'as pas du sang de chèvre dans les veines, tu vas avoir du mal à passer.

Des superbes paysages et particulièrement un gorille.

Les pozzines, vous connaissez?

Côté gambettes, les dégâts commencent vraiment. Joffrey est venu avec des chaussures trop grandes. Y a 4 jours, il a pu racheter une paire mais des semelles trop fines. Elles sont déjà mortes. Maintenant il boîte et s'est fait straper la cheville. Tous ont un peu mal quelque part. Toi, ton genou gauche est en arrêt maladie et veut porter plainte pour non assistance à genou en danger.

Anne qui a démarré comme végétarienne mange maintenant du saucisson (corse ?) et même des côtelettes de porc au barbecue. Y a plus qu'à organiser le GR20 pour les végans et autres mangeurs de poireau pour les retourner. Faut reconnaître qu'on mange super bien dans les refuges à une ou deux exceptions.

L'enquête charcutière piétine...

Ricardo, détourneur de végans

12

J11 - Direction Usciolu

De la crête, de la crête. Rien que de la crête, on s'en lasse pas

Simon nous a prévenu, y a une montée où on en chie. On a dû bien marcher en montée pendant 1h quand il nous annonce que la montée commence. Hein, et ce qu'on a fait avant, ça compte pas? Mais facile, maintenant y a plus que des pointures. Bon, on se traine un peu à cause de la Anne mais elle a passé le cap difficile.

Généralement t'arrives à te démerder pour ne faire que 15 minutes de queue à la douche. Mais là mauvais timing, t'en as pris pour 1h d'attente. Et en plus t'es arrivé avant certains groupes. C'est l'occupation principale dans les refuges, attendre à la douche et laver ses fringues. Le jeune Hugo a trouvé la solution, il a amené un t-shirt, caleçon et paire de chaussettes par jour pour ne pas laver. Bon, de toute façon, il a pas de savon... Non, tu ne partages pas sa tente.

La vue du refuge ? Euh, du brouillard sauf au coucher du soleil.

La minute charcutière

Un pote à Simon, Antoine, nous a rejoint. C'est avec lui que tu vas enfin avoir une vraie discussion saucisson. Oui, ton enquête charcutière est loin d'être terminée.

Alors, le vrai cochon corse, le porc nustrale, il y en a très peu. Ils grossissent lentement et sont pas rentables. D'où l'élevage d'autres types de cochons (le duroc et le white large) qui grossissent à vue d'œil. Après ils rajoutent des épices et poivres 'typiquement' Corse.

Ricardo, perdu en pleine charcuterie.

13

J12 - Direction Croci.

Fini les grosses difficultés. On se tape encore un peu de crêtes mais l'objectif est le plateau de Cuscionu. Des forêts de hêtres, des paysages moins minérales que les jours précédents. Côté poissonnière, on change pas une équipe qui gagne.

On voit qu'on a rejoint la civilisation en arrivant au refuge de Crochi, on est passé au Pastis à 2 euros.

On devait dormir dans le gîte mais on a tous préféré dormir en tente. Sauf que les groupies ne s'en sont pas occupées et résultat plus de tente pour elles. Elles ont fait tout un plat et ont pleuré auprès des mecs pour essayer de récupérer leur tente. Bizarrement, elles ont pas essayé avec toi.

La minute charcutière

Ben euh, t'achètes des Saucissons au hasard à 40 euros le kilo...

Ricardo

14

J13 - Direction Bavella

Depuis qu'on est en Corse du Sud, la météo s'est dégradée, du nuage.

On commence par un chemin forestier utilisé par le passé par les porteurs de chaux. Le GR20 ? On l'oublie, on prend l'option grimpette par les aiguilles de Bavella. Bon, on les verra pas vraiment, c'est brouillard à volonté.

On croise beaucoup de monde qui vient à la journée.

Anne a définitivement oublié son côté végétarienne, elle s'attaque de bon cœur au rôti de porc.

La minute charcutière

Antoine, à ramené du saucisson. Il t'a fait goûter. Une tuerie. T'as la photo de l'étiquette. T'as plus qu'à commander.

Ricardo alléluia porcin

15

J14 - Direction Conca

Nuit chargé en alcool de myrte, surtout quand le patron offre sa tournée...

La marche est plutôt sympa au milieu des pins endémiques (les Lariccio) et les pins maritimes. Va comprendre ce qui s'est passé, une des Charlie angels se vautre sur du plat. Genou en sang, tête qui tourne. C'est sûr qu'en marchant en regardant son téléphone, c'est le bon moyen pour se prendre une gamelle.

Le massif a un côté orangé et rappelle le massif de l'Esterel dans le Var. (ca se voit pas trop sur les photos)

Côté dream team, tout le monde marche bien, ça serait con de trompetter sur la dernière étape.

Côté trompette on aura eu quand même une belle partition en début de GR.

Meilleur score de Simon sur le GR : 12 partants, 5 à l'arrivée. Finalement on a été bon !

Finalement le GR20 : la partie nord est plus minérale, plus cassante que le Sud. Le plus sympa doit être de le faire sans agence mais avec sa tente et mangeant dans les refuges (mais ça douille).

La minute charcutière

C'est fait, la commande est passée. L'enquête se termine ici.

Ricardo, nouveau charcutier