CUB'A 2mil22

Carnet de voyage dans un pays qui ne ressemble à aucun autre !
Du 12 juillet au 5 août 2022
25 jours
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Cette île connue pour ses plages de sable blanc et ses eaux cristallines est désormais désertée !!!

Trop chère pour ses habitants qui vivent une crise des plus graves…mais aussi pour les touristes, qui fuient cette destination emblématique.

Fortement touchée par la pandémie, elle est désormais victime de la guerre en Ukraine, qui empêche la reprise du moteur économique de l'île. De ce fait, Cuba manque de tout, des denrées de base à l'essence… La plus grave crise depuis 30 ans !

Les prix flambent, les produits de première nécessité sont impossibles à acquérir, et les habitants de plus en plus désespérés…

Le voyage doit nous conduire à l’extrémité orientale, dans la ville de Baracoa (un des secrets les mieux gardés, à 1150 km de la Havane) puis vers l’Ouest jusqu’à Viñales et ses superbes montagnes. Bus, taxis, vélos, tracteurs…et marches pour découvrir ce pays atypique…

Pour mieux comprendre le quotidien des Cubains, leurs problèmes…et progresser en espagnol, l'hébergement dans les "Casas particulares" (maisons particulières) s'impose...

Le trajet des 22 jours

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Un jour avant le départ : hier soir, minuit, petit message pour solliciter les amis et demander quelques médicaments en trop, style boîtes d'antalgique, antiseptiques, pansements etc. à distribuer sur place, dans la rue, les communautés, etc ! C'est ce qui s'appelle "anticiper les choses" !

C’est sympa les copains, réponses immédiates… Une vraie solidarité ! C’est bien de savoir qu'il existe encore des gens sur qui on peut compter…

Aujourd'hui, petit tour pour récupérer le précieux chargement. Un vrai casse-tête : un premier tri sur place, accompagné par apéros sympas, repas pour fêter ce bel été… mais comment tout rentrer ?

Une amie, Marie 

Devinette ci-dessous :

Photo de la valise… et chargement à insérer. On attend la solution.. avant mardi matin 5h30. Mettez en œuvre vos méninges, sûrement ramollies par cette chaleur estivale !

A Cuba, 10 kg de médicaments sont autorisés par personne 

Merci à tous, cela devrait faire quelques heureux...Bises

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Mardi 12 juillet

Départ de Bouilhonnac, 5h25. Merci à André, notre voisin qui assure le transport Bouilhonnac-Carcassonne. Nous en profitons pour boire un café…avant de passer sous peu au rhum.

Train destination Toulouse, métro, tramway, décollage à 9h20 de Blagnac, changement d'avion à Madrid et vol vers CUBA. Mince…pas de trottinette électrique prévue !

A Madrid, nous retrouvons notre amie Valérie, avec qui nous avons voyagé en Ouzbékistan et en Argentine, avant la pandémie. Valérie vit en Moselle, et a pris un vol Paris – Madrid.

12h d’avion nous permettent de passer des terres audoises aux terres cubaines.

Arrivée à 17h à la Havane, capitale du pays, plus grande ville des Caraïbes avec ses 3,7 millions d’habitants. Passage obligatoire par le guichet immigration avec contrôle des bagages de cabine, puis attente au tapis des bagages de soute. Ouf, pas de problème, nous récupérons nos valises.

Yuni, notre chauffeur attend pour nous transporter jusqu’à la première casa.

Il vit à Marianao, un des quartiers de la Havane. Il a obtenu son permis de conduire à 16 ans, et depuis est chauffeur professionnel.

La moitié du séjour se fera avec Yuni et sa Dodge Coronet de 1956 dont il prend le plus grand soin. Mise en pratique immédiate des cours d’espagnol que nous suivons depuis 2 ans et demi…. Rien de mieux que des échanges avec les locaux ! L’autre partie, vers la pointe Est est prévue en bus…avec voyage de nuit.Cette année, le choix de la voiture avec chauffeur est aussi intéressante que la location d'une voiture (sur une base de 3 personnes). Pour la réservation, ne pas hésiter à contacter Mélanie de l'agence "jeparsacuba.com" qui connaît bien le pays.

Avec la crise actuelle, tout se paie en euros (logements, repas, taxis, visites, etc.). Obligation de porter du cash, le retrait avec les cartes bancaires n'étant plus possible cette année ! Les cubains vivent une période difficile et essaient de survivre, en partie grâce au tourisme.

Le change dollars/pesos cubains est majoré de 15 %, on comprend facilement pourquoi…. Mieux vaut venir avec des euros !

Arrivée à notre première casa, gérée par Yadilis et Yoel, sous un vrai déluge, . Elle est située en bord de mer, face au détroit de Floride.

Les chambres sont confortables, et bien équipées (climatisation, frigo, coffre-fort, …) Une terrasse ombragée permet de profiter du petit déjeuner, fort copieux.

Yadilis et Yoel sont des hôtes aux petits soins des voyageurs et adorables. Yadilis étudie l’histoire à l’Université cubaine et nous donne quelques conseils.

Coucher de soleil sur la Havane…et mojito pour ce premier soir…

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Mercredi 13 juillet

Trajet La Havane-Cienfuegos.

Cienfuegos est située au centre de l’île. En 1494, Christophe Colomb avait amarré dans cette baie.

Nous observons sur la route, d’immenses queues de voitures pour faire le plein. Le carburant vient principalement du Venezuela et est livré au compte goutte. Yuni, notre chauffeur, a dû passer 3 nuits devant une station d’essence….pour obtenir 60 litres de gazoil…

Le moteur de sa voiture consomme 1 litre de carburant tous les 8 km soit 12,5 litres pour faire 100 km. 250 km séparent Cienfuegos de la Havane. Il a modifié son réservoir et peut stocker 125 l d'essence... Il a droit à 500 litres par mois, en tant que chauffeur professionnel. Après discussion, nous comprenons que ceci lui permet de faire face à la pénurie...s'il trouve la bonne station. Le gasoil est facturé 0,25 € le litre, 4 à 5 fois plus au marché noir !

La route, toute droite est déserte…Seuls passent quelques rares taxis et charrettes tirées par des chevaux. Tout est compliqué à Cuba (4 monnaies, longues files d’attente dans les magasins, corruption permanente,..).

Yuni 
et sa Dodge Coronet 

Deux comportements apparaissent à Cuba :

- Ceux qui travaillent

- Ceux qui ne travaillent pas et qui font les queues pour se procurer quelques denrées qu’ils revendent au marché noir à ceux qui ont une activité.

En effet, difficile de concilier un travail et une attente d’une journée pour acheter de la nourriture. Évidemment, ce serait trop simple si on trouvait tout au même endroit… Il n’est pas rare de voir des femmes vendre quelques paquets de cigarettes, 2 cigares, 2 paquets de chips et 3 sachets de soupe. Ici, il faut être débrouillard et patient pour se procurer le minimum vital.

Par exemple, un cubain peut faire des heures de queue dans un magasin pour acheter 1 litre d’huile d’olive (70 pesos), ou le payer 500 pesos auprès d’un particulier (au marché noir) et l’obtenir de suite ! C'est l'offre et la demande....à la cubaine !

Les cubains gardent le sourire, même noyés dans un océan de problèmes. Leur désir principal : migrer aux États-Unis…et envoyer un peu d'argent à la famille, restée sur l'île...

Pas de photo, la connexion internet ne le permettant pas !

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Jeudi 14 juillet.

Désolé pour les ratés dans la publication du blog, mais nous rencontrons quelques difficultés techniques. Il serait facile de mettre cela sur le compte du décalage horaire…mais en fait, nous ne disposons que de quelques minutes par jour sur le Wifi.

A Cuba, celui-ci est payant partout (politique gouvernementale…)

Impossible d'acheter une SIM cubaine, nous demandons parfois un partage de connexion d’un téléphone portable. Merci Yuni….Pour info aux futurs voyageurs, une SIM avec 2,3 Go de datas coûte une dizaine d'euros. La recharge de 3 Go environ 2,5 €. La connexion 4G est disponible dans la plupart des villes.

Ce matin, visite de Cienfuegos, ...et dégustation de Piña Colada (cocktail à base de rhum, jus d'ananas et crème de noix de coco).

2h de route, pour aller visiter le parc national El Nicho, près de Cienfuegos.

La voiture de Yuni, équipée d’une boîte automatique peine à monter, la route est de plus abîmée et escarpée… Nous croisons une population qui vit dans la pauvreté, se contentant de peu ! Le bord de la route est jalonné de petits marchands, proposant des avocats, mangues, bananes, vendus quelques centimes d’euros. La plupart des habitants n'ayant pas les moyens d'acheter une voiture, se déplacent en charrettes tirées par des chevaux.

D'après Yuni, ces gens ont une vie plus difficile que ceux qui vivent en ville. La plupart du temps, les enfants vont à l’école à pied, ou parfois en charrette.

Arrivée à El Nicho et petite randonnée sympa, bordée de cascades et de bassins. Une fois de plus, peu de touristes, ce qui nous convient parfaitement.

En fin d’après-midi, direction Trinidad, considérée comme la plus belle ville du pays.

En fin d'après-midi, rencontre fortuite avec José Manuel Rodriguez, un autodidacte du travail du bois. Cela tombe bien !!! Nous visitons son minuscule atelier, où tout est réalisé manuellement dans du cèdre. Pas d'éclairage, aucune norme de sécurité, très peu de machines. Nous avons droit à une démo de fabrication d'éventail, à partir d'une perceuse sans fil et d'une scie sauteuse !

Certaines pièces ont demandé des centaines d'heures de travail...

Ce prodige du bois a énormément de mal à trouver les outils de base. Ce sont les touristes, conquis par ses chefs d’œuvres qui les lui ramènent lors de leurs passages. Nous sommes bien à Cuba !!!

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Vendredi 15 juillet

Une dure journée nous attend ! Après une nuit de sommeil bercée par la Salsa, petit déjeuner sympa

Premier plongeon dans la mer des Caraïbes. Pas de chance, la température de l’eau avoisine les 30 degrés…Bon plan : plage déserte le matin

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Yuni nous explique que le gouvernement vient de couper l’accès à Internet dans tout le pays. Les Cubains se sont révoltés entre le 11 et le 13 juillet lors d’émeutes de la faim. Des milliers de manifestant sont descendus dans la rue pour protester, principalement à la Havane.

D’autres émeutes avaient eu lieu à la même date, l’an passé.

A quand un futur meilleur ?

https://www.lesoir.be/453395/article/2022-07-10/cuba-un-apres-les-emeutes-du-11-juillet-lheure-est-toujours-la-repression 

Après-midi : piña colada, suivie d'une descente en tyrolienne dans la vallée de los Ingenerios. L'inverse semble plus judicieux...Baignade dans une mer à 32 degrés sur des plages uniquement fréquentées par les autochtones et discussion avec un "pescador cubano"

Quelques échanges sympas en espagnol. Maîtriser un peu la langue du pays permet de mieux comprendre la vie des habitants… Certains ont un niveau de vie correct, grâce à leur travail avec les touristes (hébergements).

En fin d’après-midi, direction la Boca, un petit village de pêcheurs. Yuni connaît le patron du restaurant, qui pêche et cuisine la langouste pour les locaux. Il fait travailler 7 employés et tire son épingle du jeu.

Bien souvent, les langoustes sont congelées, décongelées, recongelées… avec les innombrables coupures de courant, etc.

Ce n'était pas le cas ce soir...

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Aujourd’hui, expérience nouvelle !

Après avoir testé mojitos, piña coladas et langoustes, les chevaux cubains, Caramelo, Tomeguin et Blanquita nous tendaient les pattes... Prise de contact rapide avec nos montures, et nous voici brinquebalant dans la vallée de Los Ingenios.

Cahin caha, nous cheminons à travers les plantations de manguiers, de bananiers, de canne à sucre et caféiers.

Lors d'une pause, Serge sert d’esclave pour extraire le jus de canne à sucre que nous nous empressons de déguster. Un peu plus loin, café digne des plus grandes places parisiennes.

En route, Roberto, le guide nous explique qu’à Cuba, seuls les enfants et les anciens peuvent consommer du lait et du bœuf grâce aux cartes de rationnement que l’Etat leur remet… Il nous précise également qu’ici la retraite se prend à 65 ans pour les hommes et …60 pour les femmes !

5h de randonnée au total. Au retour, nous ressemblons à des crabes...à 2 pattes....

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Dimanche 17 juillet

Ce matin, lors du petit déjeuner, premier cours d'informatique en espagnol. Notre hôte est rhumatologue et possède un stock de médicaments laissés par les touristes du monde entier. Mais elle ne connait pas leur usage...et n'a pas toujours boites et notices.

Nous installons sur son téléphone portable, un logiciel VPN, qui permet de contourner la censure Internet du pays. Puis installation de Google Lens, application gratuite. Impossible d’utiliser cette aplication, sans passer par le VPN. Le logiciel utilise une intelligence artificielle, qui scanne la photo prise et renvoie sur des informations en ligne. Elle peut ainsi prendre en photo les plaquettes de médicaments, et obtenir en espagnol les informations sur l'utilisation. Elle était ravie !!!

Nous lui montrons ensuite l'efficacité de notre paille filtrante....

Depuis le "réalignement monétaire" en 2021, le gouvernement a instauré une monnaie unique, le peso cubain. Avant la réforme, pesos cubains et pesos touristes cohabitaient, avec des prix à 2 niveaux.

Depuis janvier 202, il existe deux devises en circulation à Cuba :

- le peso (monnaie nationale)

- le peso convertible (monnaie digitale ou MLC).

Actuellement, les banques échangent l’argent au taux de 25 pesos pour 1 euro. Le passeport est exigé !

La monnaie digitale, les MLC (Monnaies Librement Convertibles) sont uniquement utilisables au moyen de cartes de paiement préalablement chargées (cash ou virement) de dollars ou d'euros. Ces cartes se pré-chargent à la banque. Elles permettent aux cubains d'acheter de nombreuses catégories de produits, de l'électro ménager jusqu'aux denrées de base. Quelques cubains achètent les produits en monnaie MLC et les revendent à prix d’or en pesos au marché noir.

Les magasins MLC sont gérés par l’Etat et présents dans tout le pays. Ce système permet donc à l'État de récupérer des devises étrangères…

Mais un marché parallèle existe : dans les Casas particulares, dans la rue… les locaux vous proposent d’échanger 100 à 115 pesos pour 1 euro au lieu de 25 pour 1 officiellement (juillet 2022).

Ce marché officieux, interdit par l’État, reste très actif et intéressant pour l’acheteur et le vendeur. L’acheteur peut ainsi accéder aux magasins MLC, pour se procurer ce dont il a besoin. Le vendeur (le touriste) bénéficie d’un taux 4 à 5 fois plus élevé...

Bienvenue à CUBA....

https://eltoque.com/tasas-de-cambio-de-moneda-en-cuba-hoy

marché officieux

ATTENTION : changement du taux officiel début août

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Lundi 18 juillet

Séjour durant 2 jours à la Picadora (comunidad de Mayajigua en Yaguajay), une communauté de 85 familles de paysans pour une exploitation de 800 hectares.

Le nom « Picadora » provient de l’exploitation d’une roche calcaire qui permet d’obtenir de la chaux. Ici, les gens pratiquent une agriculture raisonnée et durable, servant de modèle dans le pays.

Des étudiants de différents pays viennent étudier ce système d'agroécologie.

La communauté se situe dans la partie nord, au centre de l’île.

Les gens peuvent choisir :

- Avoir leur propre exploitation,

- Se mettre en coopérative,

- Travailler pour l’État.

Ils peuvent changer à tout moment. Les familles s’entraident, ou échangent des services. Par exemple, un paysan peut labourer le champ d’un voisin, qui en échange va lui donner du manioc. Les cultures sont principalement le manioc, le riz, les pommes de terre, le café, le maïs, le sorgo, et différents fruits tropicaux….

Chaque famille possède et travaille entre 10 et 30 hectares. La devise est : la terre appartient à celui qui la travaille.

Si une personne n’exploite plus la terre, le doyen de la communauté peut l’attribuer à une autre personne.

Les familles vivent en quasi autarcie. Cela va de la fabrique des briques à partir de l’argile ramassée sur place, à la construction des maisons, la fabrication de meubles, l’élevage et …bien entendu la production agricole.

La famille qui nous accueille n’achète aucun aliment. Elle échange avec d’autres familles, possède une réserve de riz, de farine, de maïs, … pour une année. Les poules, vaches, cochons…fournissent viande, œufs, lait au quotidien.

Durant la pandémie, les gens de la communauté n’ont pas été affectés par le manque d'alimentation. Dans les villes, l’État fournissait le minimum pour manger.

Côté éducation, les enfants n’ont pas eu classe en présentiel pendant 2 ans !!!

Ce matin, Titi, notre hôte, nous mène à l’épicerie de la communauté. Chaque famille reçoit pour l’année , des tickets de rationnement. Ce système sera développé ultérieurement.

La visite continue par le dispensaire où exerce une infirmière, une doctoresse et une aide soignante pour les soins de première urgence.. L’accent est mis sur la prévention. Une polyclinique prend le relais pour les problèmes plus graves. Les soins sont gratuits et les médicaments peu coûteux…mais très rares. Il est fréquent qu’on nous demande dans la rue du paracétamol ! Depuis la pandémie, la pénurie de médicaments affecte toute la population.

Nous nous dirigeons ensuite vers le four à chaux. Il sert à toute la communauté. Le calcaire, extrait d’une carrière, est transporté puis concassé ici. Une pyramide de roches concassées est érigée. En dessous de ce monticule, un feu est allumé pendant trois jours et trois nuits. La chaux est ensuite récupérée pour enduire les murs, désinfecter les enclos et fertiliser les champs. La cendre sert de potasse principalement pour les bananiers.

La matinée se termine par la visite d’un élevage de abeilles reines (250 ruches) et un échange avec les plus proches voisins.

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Mardi 19 juillet

Visite prévue ce matin du parc naturel de Caguanes. Petit problème, 1 heure de transport en tracteur pour se rendre à l’entrée du parc, mais….. pas de gasoil. Visite annulée !

Nous visitons un autre parc ,El Rancho Guerete, dans la municipalité de Yaguajay.

Transport avec un taxi « Guaripola » fabriqué maison, équipé d'un moteur thermique de pompe à eau, et prévu pour 6 personnes. Trajet « tape-cul » tout en évitant les nids de poule…ouf nous arrivons tout de même à bon port.

Un guide nous explique le rôle de ce parc, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il fait partie d'une zone protégée dans laquelle il existe une grande variété d'espèces endémiques. Flore et faune cubaines se côtoient. Plusieurs itinéraires entre forêt tropicale, pierres calcaires et cascades permettent de découvrir cette réserve de la biosphère.

Le guide nous explique que les locaux utilisent 25 plantes médicinales pour fabriquer leurs propres médicaments.

À Cuba, les plantes médicinales sont une tradition populaire. Elles sont utilisées pour le traitement d’affections courantes. La rareté des médicaments chimiques, accentuée par la pandémie de Covid-19, a laissé place de plus en plus à ce type de médecine. Une petite leçon de vie…pour nous !

Pique-nique très sympa dans la réserve ...

Pour notre part, on fait plutôt une cure d’anti oxydants avec tous les fruits tropicaux que nous dévorons !

Retour en « Guaripola »

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Mercredi 18 juillet

Depuis l’embargo américain en 1963, tous les foyers disposent d’un carnet d’approvisionnement, «la libreta». Il a été mis en place par Fidel Castro en 1963 et permet d'obtenir des produits de premières nécessités, à des prix bas, dans les magasins d'État. Ce quota minimal de denrées de première nécessité, fortement subventionnées (riz, haricots, sucre, café, savon, dentifrice...) est géré par l’État et permet aux cubains de survivre en cas de crise grave.

L’État cubain dépense chaque année un milliard de dollars pour fournir le minimum vital à ses habitants.

Par exemple, chaque habitant a droit en juillet 2022 à 7 livres de riz par mois, soit environ 3 kg. Les achats sont inscrits sur le carnet, chaque personne en possède un. L’État garde une trace…

En cas de première perte, la personne peut en obtenir un nouveau, payant par la suite (achat d’un timbre fiscalisé). Si la personne quitte le pays, elle doit confier son carnet à l’État, et le récupère à son retour.

Tous les citoyens reçoivent encore aujourd'hui des rations subventionnées. Les personnes ayant des revenus élevés ont les mêmes livrets de rationnement. Certains pensent qu'il serait préférable de viser en priorité les plus nécessiteux...

Ces produits alimentaires de première nécessité sont vendus environ 10 fois moins chers que sur le marché noir. Quelques cubains revendent ces produits pour acheter cigares…et rhum !

Pour une majorité de cubains, ce carnet est une bonne mesure car tous les gens ont la garantie de pouvoir manger le strict minimum et survivre….


La famille qui nous héberge précise que les produits d’hygiène et les médicaments sont leur manque principal…

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Mercredi 20 juillet

Cuba, comme la France possède un système de santé public, universel et gratuit. Depuis 60 ans, Cuba a fait de la santé sa priorité nationale. L’investissement annuel attribué par l’État cubain représentait la part la plus importante du budget national. C’était une des grandes réussites du système socialiste cubain…

Mais cette année, avec la pandémie, ce système d'approvisionnement en médicaments est en déficit. La pénurie est tellement importante, que les cubains nous demandent très souvent des médicaments, notamment du paracétamol. Dans la rue, nous refusons, car souvent revendus au marché noir !

Face à cette pénurie de médicament, le peuple cubain se sent abandonné par l’État et le vit comme une injustice ! Nous comprenons mieux pourquoi les remèdes à base de plantes et les traitements alternatifs deviennent la norme...


Hébergement ce soir dans une « Casas » à Sagua la Grande, gérée par un dentiste. Ce dernier nous explique qu’il ne gagne que 50 euros par mois (un litre et demi d’eau minérale se vend entre 1 et 2 euros). Il ne peut soigner ses patients, faute de médicaments. Ici pour arracher une dent, pas d’anesthésiant. Le patient doit être très courageux ! Pas de résine pour soigner les caries, pas de couronne, pas d’implant,…

Le phénomène est identique à l’hôpital…Les difficultés financières de l’État cubain ne leur permettent pas d’importer des médicaments, ni de les fabriquer.

Il vaut mieux être en bonne santé à Cuba…ou picoler du rhum pour anesthésier son cerveau !

Trêve de plaisanterie, la crise est grave et profonde.

Repas en soirée dans un petit village de pêcheurs, inconnu des touristes. L’accès en voiture n’est pas facile (route très abîmée par manque de goudron pour la restaurer).

Puis baladette dans le centre de Sagua la Grande, pour boire un cocktail cubain…style mojito, piña colada, daikiri...

Le premier bar où se rendent les artistes locaux pour échanger est totalement désert ! Bizarre ! Nous partons à la recherche du bar le plus proche…puis du suivant…et encore du suivant…et du suivant du suivant du suivant ! Bienvenue à Sagua la Grande : tous les bars sont ouverts…mais en pénurie de boissons !!!

Ayant très chaud, obligation de d’hydrater en buvant de l’eau. On vous le dit : impossible d’acheter une bouteille d’eau minérale dans cette ville ! Et l’eau du robinet n’est pas potable, pour nous, Français morts de soif. La paille de filtration nous permet de survivre cette nuit. Nous verrons bien demain.

Buenas noches !

Photo bonus : un ancien pont vient de s’écouler quelques heures avant notre passage…

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Jeudi 21 juillet

Départ de Sagua la Grande, direction Santa Clara. 1h30 de route, agrémentée de nids de poule pour mieux observer les locaux qui circulent en charrette et cheval. En périphérie de la ville, camions et bus sont parqués, faute de carburant. De nombreuses entreprises fonctionnent au ralenti...

Bus de nuit réservé depuis la France, pour se diriger vers l’Est, jusqu’à Santiago de Cuba…. Le voyage pourra-t-il se poursuivre vers l’Est, région peu touristique et pauvre ?

Visite de Santa Clara, capitale de la province de Villa Clara, située au centre de l’île. Cette ville est connue pour ses monuments emblématiques de la révolution. Elle a pris part dans les conflits pour l’indépendance de Cuba durant la Révolution cubaine. Le commandant Ernesto Che Guevara a livré une bataille célèbre en décembre 1958 en attaquant un train blindé chargé de munitions. Le Che, accompagné d'un groupe de 18 jeunes révolutionnaires, a fait dérailler un train blindé avec un bulldozer et des cocktails Molotov de fabrication artisanale. Il reste encore l'idole locale !

Visite du mausolée de Che Guevara. Sensation étrange, sans visiteur…dans le lieu le plus touristique de la ville.

Découverte du centre ville, où règne une certaine effervescence. La pénurie de café ne nous permet pas de profiter de cette ressource locale…dans un pays pourtant producteur !

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22 de julio

No mucho que contar... Ayer, comida hacia las cuatro y media de la tarde

Pas grand-chose à dire... hier, repas vers 16h30

Puis destination le terminal de bus national, où il est nécessaire d’arriver à l’avance pour s’enregistrer. Pour info, un voyageur arrivant moins d’1 heure avant le départ, peut perdre sa place pré-payée, qui sera revendue au dernier moment si l'occasion se présente.

14 h de bus, pendant la nuit. Celui-ci s’est arrêté 7 fois pour déposer ou récupérer des voyageurs, et permettre le passage au toilettes. Isa et Valérie sont ravies : les portes mesurent 1,60 m environ, ne ferment pas, les gens peuvent voir par dessus... et les toilettes ne sont vraiment pas propres. Ni eau ni savon à la sortie. Mais le hall d’accueil des voyageurs est nettoyé en permanence. Une cubaine y est attitrée...cela compense !!!

Dans le bus, les téléphones cubains s'affolent : 20 alertes WhatsApp, textos cubains par minute avec en bonus une sonnerie téléphonique toutes les 5 min !!! De quoi alimenter une rubrique "statistiques" dans ce blog. De plus, on ne comprend pas grand-chose lorsque les Cubains parlent entre-eux. Des mitraillettes à paroles ! La langue espagnole a été enrichie par la langue indienne des Taïnos qui ont habité l'archipel avant l'arrivée des Espagnols.

Bref, arrivée le lendemain à Santiago de Cuba vers 10h du matin, où nous sommes frais comme des harengs séchés !

En sortant du bus, recherche d’un bar pour déjeuner ! Résultats des courses : café cubain pas terrible…et impossible de trouver la moindre nourriture à se mettre sous la dent ! Mais boire un cocktail était possible... Les bons plans donnés dans les guides 2022 ne sont plus d’actualité ! Mais vraiment plus du tout !

Visite du centre historique. Santiago de Cuba est la deuxième plus grande ville de l'île. Elle a été témoin d’événements notables depuis la colonisation espagnole et possède un héritage historique et architectural important.

Demain commence le carnaval de Santiago de Cuba. C'est l'un des festivals les plus importants, les plus célèbres et les plus populaires de tout Cuba. Lors de ces célébrations, musique, danse et ambiance de joie envahissent les rues. Cette ville reste normalement très animée tout au long de l’année, avec musique dans les rues.

Viva la fiesta pero nosotros vamos a Baracoa...

La queue devant les magasins MLC
Ambiance dans la rue
Cathédrale de Nuestra Señora de la Asunción
Des centaines de petits vendeurs
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Samedi 23 juillet

A l'extrémité orientale de l'île de Cuba, dans la province de Guantánamo (connue pour sa prison) se trouve la ville de Baracoa. Pas de visite possible de cette célèbre prison, accolée à la ville de Guantanamo, …ce qui ne pose aucun problème, ayant trouvé mieux comme « Casas particulares». Pour la petite anecdote du jour, la base militaire de Guantanamo abrite le seul restaurant McDo de Cuba..., il n'est accessible qu'aux employés de la prison ! Ah ces américains, qui privilégient le hamburger... à la langouste cubaine !

Fin 2016, Baracoa a fortement souffert de l’ouragan Matthew, qui l'a laissée pratiquement en ruines, avec des vents à plus de 240 km/h. 300 000 personnes ont été affectées, mais la ville a su se remettre rapidement de ses blessures.

https://www.bbc.com/mundo/noticias-america-latina-37569108.amp

Avant la pandémie, cette région était délaissée par les touristes en raison de son éloignement de la capitale et des difficultés pour y accéder. Plusieurs possibilités :

- Prendre un vol La Havane – Santiago de Cuba (maintenance douteuse des avions, retards fréquents) puis un taxi ou bus pendant 5 h,

- Prendre un bus (20 h en 2 jours). Solution économique mais fatigante…que nous avons retenue. Retour prévu sur la Havane dans 5 jours...si l'on ne reste pas sur place pour gérer une paillote !

Différents arguments, lus sur les guides touristiques et blogs de voyageurs, nous ont motivés à entreprendre ce long voyage :

- Région plus authentique, peu fréquentée mais aussi bien plus pauvre,

- De beaux parcs nationaux, préservés du tourisme de masse,

- plages aux eaux cristallines accolées aux montagnes,

- Région agricole riche (café, cacao, ananas, …)

Todo lo que nos gusta !

Une heure avant l'arrivée à Baracoa, le chauffeur stoppe le bus au milieu de nulle part. Plusieurs cubains se précipitent dehors...et remontent avec des poches remplies de mangues. Nos cerveaux ramollis ont mis un certain temps à comprendre...elles nous sont passées sous le nez ! Dommage, elles sont soi disant fameuses ! Notre voisine de bus a eu pitié et nous en offre deux. A la pause suivante, on ne se fait pas avoir sur le coup des ananas !

Un mystère subsiste : sur la fin du trajet, les gens montent et descendent au gré des besoins...en dehors de tout arrêt officiel.

Arrivée à Baracoa...et reconversion en taxi local ! Le chauffeur cubain est ravi...le conducteur un peu moins, vu sa petite efficacité !

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Ce matin, visite de la région avec un guide local José Angel Delfino Perez (une des meilleures rencontres pendant ce voyage - tel +53 5 4255819)

Pendant le trajet en voiture, nous lui demandons de quoi vivent les gens dans cette région éloignée des grandes villes. Problème qui nous intrigue, la région ne recevant que peu de touristes, étant pauvre, et n'ayant pas d’industrie. Il nous explique que 80 000 personnes vivent dans cette région, et que seulement 13 000 travaillent dans la production agricole (noix de coco, cacao et café).

Depuis la pandémie, faute de touristes, les jeunes, sans travail, quittent la ville. Ils immigrent vers les États-Unis, en passant par le Nicaragua. La personne doit payer 15 000 dollars à son arrivée, soit 500 fois le salaire d’un fonctionnaire. Pour réunir cette somme, ils vendent leur maison. Le trajet vers les États-Unis n’est pas sans risque : violence, racket, corruption, etc. Si les 15 000 dollars ne sont pas payés, la personne est assassinée.

Ces jeunes immigrent car la situation économique actuelle est pire que celle des décennies précédentes. Cette année, avec la crise, la pénurie, l’inflation, Cuba est paralysé. Ils savent que le pays ne leur offre pas d'avenir ! L’immigration est croissante, notamment pour les jeunes ayant un diplôme universitaire. 4 000 visas sont accordés chaque année par les autorités américaines, au lieu des 20 000 prévus. Cette année, 230 000 migrants ont été accueillis aux États-Unis. Une fois installés, les migrants envoient jusqu'à 1000 dollars par mois, à la famille restée à Cuba. De ce fait, les faux passeports sont monnaie courante !

Une situation difficile pour ces jeunes cubains !

José nous emmène visiter la Boca de Yumuri, pendant 8h.

Ce nom est utilisé pour désigner l'embouchure de la rivière Yumurí. Selon une légende, pour échapper à l'esclavage, les indiens se jetaient d'une falaise en criant " yu muri" soit "je meurs".

Taxi local
École cubaine
Hameau de pêcheurs
Échange avec les locaux

Une toute petite exploitation de cacao nous accueille. La famille vit principalement de la vente de cacao, de chocolat noir, de beurre de cacao et de café. Elle fait partie d’une communauté, où chacun travaille pour une coopérative.

José nous explique la symbiose entre forêt primaire, secondaire et production écologique. Ici aucun produit phyto-sanitaire n'est utilisé pour la culture. Un vrai cours de botanique en espagnol, pendant plusieurs heures. Heureusement, le guide parle lentement, ce qui nous permet de suivre cet exposé des plus intéressants.

Fleur et cabosse
Cuisine maison !
Poudre de cacao

La visite continue par un hameau de pêcheurs et un canyon. Repas sur place constitué de poulpes pêchés le matin et cuisines au lait de coco local. En fin d’après-midi, baignade à la plage de Barigua.

Zéro touriste !!!

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Dimanche 24 juillet

Aujourd’hui, ascension prévue du mont El Yunke, une montagne en forme d’enclume renversée, située entre 2 rivières : la Tao et la Duaba. Le sommet culmine à 575 m au dessus du niveau de la baie de Baracoa. Il fait partie de la réserve de la biosphère de Cuchillas del Toa.

Le mont Yunke est visible depuis Baracoa, et possède une faune et flore variées avec des espèces endémiques. Christophe Colomb l’avait décrit en 1492 comme point remarquable.

Nous partons de bonne heure, avec notre guide José pour éviter la chaleur suffocante et les averses fréquentes dans cette région. José nous conseille de mettre des chaussures de marche…et d’emmener beaucoup d’eau.

L’approche se fait avec un vieux 4 x 4 de 1 952. La route est détrempée, les locaux circulent à pied ou en charrette tirée par des chevaux. Plusieurs familles vivent en quasi autarcie. Une minuscule école accueille 15 élèves et 3 enseignants.

Le sentier traverse des plantations de bananiers, de café et autres fruitiers.

L’air est très humide, 68 à 72% . José, le guide nous montre la limite entre forêt primaire (sur le haut du Yunke) et forêt secondaire, cultivée par les paysans. Dans la forêt primaire, les feuilles des arbres sont bien plus petites que celles de la forêt secondaire où elles doivent se démener pour trouver de la lumière afin de réaliser la photosynthèse.

Rapidement, une première difficulté se présente : beaucoup de pluie cette nuit, le niveau de la rivière que nous devons traverser a monté.

2 options se présentent :

- traverser à pied, avec de l’eau jusqu’à la taille,

- attendre qu’un paysan se présente avec son radeau de bambous.

Devinez quelle option chacun a pris… A ce stade, pas de pertes humaines !

Le groupe continue ensuite l’ascension dans la forêt secondaire, les chaussures n’appréciant pas vraiment la boue collante ! La végétation est exubérante mais il reste des traces de l’ouragan Matthew… Sur le sentier, des barrages de bois naturels ou artificiels ralentissent l’érosion.

A mi-chemin, la cabane d’un paysan permet de faire une pause.

Voici la réponse...

La montée dans la forêt primaire devient raide et difficile, le sentier étant extrêmement glissant. C’est le paradis des insectes, lézards, couleuvres et autres animaux. José, notre encyclopédie vivante, nous indique les noms et applications des différentes plantes. A ce jour, Cuba dispose de 1082 plantes recensées, ayant des vertus thérapeutiques et médicinales.

Arrivée au sommet, la vapeur d’eau est présente et gâche quelque peu la visibilité.


Descente très délicate, qui restera gravée dans les mémoires. Glissades, cris, bouillasse, …et fatigue !

José nous dit être monté 2046 fois en 26 ans, sans accident. On se demande comment feraient les secours…

Un coup de chance au retour : pas de radeau disponible. Traversée dans la rivière obligatoire pour tous…ce qui permet de laver les chaussures et tout le reste !

Pas de radeau taxi au retour...

L’aventure se termine dans un petit restaurant, géré par un paysan.

Un buen dia !!!

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Lundi 25 juillet

Cuba est confronté depuis des mois à des difficultés d'approvisionnement électrique. Des coupures de courant ont lieu chaque jour. Elles durent généralement 6h, et sont réparties par zone.

Par exemple, une ville subira la coupure de 10h à 16h, une autre de 20h à 2h du matin. Parfois les gens sont prévenus via les réseaux sociaux, mais pas toujours…

https://noticiascuba.net/calendario-de-apagones-programados-en-cuba/

Nous sommes dans les mois les plus chauds de l’année, la consommation est donc élevée en raison de l'utilisation des climatiseurs dans les habitations. Le manque de combustible (pénurie de pétrole) et les pannes incessantes des centrales thermiques entraînent ces délestages quotidiens.

D’après notre guide, le besoin en énergie est de 3000 Mégawatts, et l'entreprise publique Unión Eléctrica ne peut produire que 2400 Mégawatts au maximum.

Un autre problème vient se greffer : Cuba importe plus de 50 % de son carburant, principalement du Venezuela. De plus, les centrales brûlent majoritairement un brut local lourd et corrosif, ce qui les détériore rapidement, entraînant des pannes fréquentes. Seulement 5 % de l’électricité provient de sources alternatives. Les maisons cubaines ne disposent ni de panneaux photovoltaïques, ni de groupes électrogènes !

Cette pénurie s'ajoute à celle de nourriture, médicaments et carburant. Cela contribue à la frustration de la jeunesse et la pousse à un exode massif vers les États-Unis…

Le 20 Juillet, Cuba, à court d’argent, a annoncé aux habitants la mauvaise nouvelle : pas d’amélioration en vue dans les prochains mois.Bien au contraire, les coupures quotidiennes risquent de passer de 6 à 8h, voire par endroit jusqu'à 13h !

Un avant goût de ce qui pourrait arriver en France...

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Mardi 26 juillet

Après le stage d’immersion en forêt tropicale, une journée farniente s’impose...

Au programme :

-Rechercher un taxi avec carburant,

-Dénicher une plage de sable blanc avec mer chaude,

-Débusquer un petit restaurant en bord de plage,

-Éviter l’exercice physique,

- ..et le plus important, se réhydrater en vitamine R*

* La vitamine R est produite à partir de la canne à sucre. Il faut en extraire le jus (Vesoul). S’ensuit une fermentation de 2 à 3 jours avec des levures naturelles, qui permet d’obtenir le moût. Puis distiller jusqu’à obtenir un breuvage à 40 degrés. Cette vitamine doit être consommée avec modération…

Les Cubains la consomment régulièrement. Pour améliorer son usage, il est fortement conseillé d'écouter simultanément la musique locale !

4 x 4 américain avec moteur Mercedes
Plage de Maguana
La mer... accessible à tous ...
Mangue française.....sur branche cubaine
Vitamine R
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Mercredi 27 juillet

5ème et dernier jour à Baracoa. Cette ville colorée, au milieu d'une nature omniprésente, est différente. Une ambiance paisible, plus authentique y règne, mais ternie par le manque de touristes. Une période difficile…pour ses habitants. Durant les 4 excursions, nous n’avons croisé aucun voyageur.

Avant la pandémie et la guerre en Ukraine, les activités touristiques fonctionnaient à plein régime.

Ici tout est compliqué : faire la queue la matinée pour acheter de la viande hachée, dénicher des pièces détachées, changer les chaussures portées depuis 7 ans, trouver des médicaments, subir les coupures de courant, …

Malgré cette crise, les cubains restent accueillants, de bonne humeur, toujours prêts à discuter…ou à racoler ce maigre échantillon de touristes que nous sommes...

Dans la matinée, nous partons à pied, du centre ville pour effectuer une petite randonnée, dans un parc national. Recherche de l’itinéraire sur Wikiloc. Ce site permet de récupérer les parcours GPS sur toute la planète.

Impossible de télécharger une carte numérique style IGN sur le téléphone. En général, dans tous les pays, le téléchargement de cartes de haute qualité d’OpenStreetMap se fait en amont. Mais à Cuba, la mauvaise définition ne permet pas son utilisation. Comme cela est étrange !

Par défaut, utilisation de Google Maps, version photo satellitaire, pour se diriger.

Nous croisons notre guide au centre ville, désœuvré… faute de touristes !

Baladette sympa en bord de mer avant le départ vers l’intérieur des terres, et bus pour Santiago de Cuba en fin d’après midi.

Au fond à droite, El Yunque
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Jeudi 28 juillet

Retour à Santiago de Cuba en bus.

Visite matinale du Castillo de San Pedro de la Roca, forteresse militaire déclarée site du patrimoine mondial par l’UNESCO.

Le taxi, une "PeugeoP" diesel, de 1974, fabriquée en Argentine, nous transporte sur le lieu, situé à 10 km du centre-ville de Santiago. Chauffeur efficace, qui joue du klaxon en permanence…sans utiliser la pédale de frein… Sa fille, aide-soignante, travaille à l’hôpital de Cahors, il doit venir en France l'an prochain.

Taxi local

Le fort fut construit en 1638 pour protéger la baie de Santiago, et constitue la forteresse la plus complète et la mieux conservée de l'architecture militaire du XVIIe siècle. Le château servait de protection contre les pirates anglais, français, …

Devinez qui fut le pire des pirates : un flibustier français, François l’Olonnais…pas l'oloronais, considéré comme l'un des pirates des caraïbes les plus cruels et sanguinaires de tous les temps.

Un chemin étroit permet d’accéder à une belle plage. Sensations garanties lors de la traversée du pont… complètement rouillé !

Retour au centre-ville, très animé…pour boire un café liqueur. Ça réveille les mandibules ! Ça tombe bien, 15h de bus vers la Havane nous attendent !

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Retour sur la Havane - 28 juillet
Voyageuses ayant consommé de la vitamine R....Spécial dédicace à Sophie !

Vendredi 29 juillet

Lors des déplacements, nous observons de longues files d’attente dans les stations d’essence. Les gens doivent parfois attendre plusieurs heures à plusieurs jours pour obtenir du carburant (souvent limité à 20 litres).

Certains prévoient eau et nourriture, mais repartent parfois avec le réservoir ou leur bidon vide… Tous les secteurs sont affectés, des particuliers aux conducteurs de bus, de camions,… A l’entrée des villes, des dizaines de bus d’État sont à l’arrêt, faute de carburant. Près de 50% des autobus sont hors service par manque de pneus ou de batteries et l'embargo empêchant l’achat des pièces. Sur la capitale cubaine, 310 arrêts bus subsistent sur les 3000 prévus. Les chauffeurs sont renvoyés chez eux…

L’approvisionnement en pétrole brut du Venezuela est divisé de moitié, celui de Russie inexistant. La priorité des autorités étant la production de courant électrique, une grande partie des importations est attribuée aux centrales thermiques. Les récentes pannes des centrales augmentent le recours aux groupes électrogènes, grands consommateurs de gasoil !

Autobus cubain !!!
Rempli à ras bord...

Face à cette situation, les triporteurs, les charrettes tirées par des chevaux, les nombreuses mobylettes électriques, qui peuvent transporter passagers et marchandises, sont devenus une alternative intéressante.

Quant au vélo, d’après notre guide, il coûte cher à l’achat. Les anciens sont difficilement réparables en raison de la pénurie de pièces détachées, et le prix des vélos neufs extrêmement élevé (loi de l’offre et de la demande).

Les vélos neufs ne sont vendus que dans les magasins MLC, monnaie réservée à ceux qui possèdent des euros ou des dollars.

Transport le plus utilisé sur l'île...
De nombreuses mobylettes électriques sur l'île

La crise du transport maritime a également un impact sur l'économie cubaine. La pénurie de carburant dans la livraison des marchandises entraîne une hausse de l'inflation, qui à son tour entraîne une hausse des prix des matières premières et des composants pour le consommateur.

Transport de pétrole

Un problème d’ampleur pour les cubains…

A la recherche de carburant https://diariodecuba.com/cuba/1648118064_38324.html

Une bonne nouvelle pour les touristes : pas de pénurie de gâteaux, une part achetée, une part offerte.

Reste à savoir comment les manger...

Toujours aussi doué ! 
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Samedi 30 juillet

900 km de bus pour passer de la partie Est à la capitale.

Une averse diluvienne vient fêter notre arrivée. Que faire dans ces cas-là ? Se réfugier dans l’abri le plus proche…et attendre tranquillement !

Dans les années 1920, La Havane devint une destination de prédilection pour les Américains fortunés. Les casinos et discothèques y faisaient légions.

En 1930, d’innombrables constructions émergèrent à La Havane, avec l’apparition de somptueux hôtels de luxe, de casinos flamboyants et de clubs nocturnes plus rutilants les uns que les autres (tous contrôlés par la mafia américaine). Après la révolution de 1959, la ville connait un important déclin, auquel l’embargo américain a largement contribué ! Laissée à l’abandon pendant de longues années, la Habana Vieja est inscrite depuis 1990 au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco.

Certains quartiers sont restaurés face au délabrement d’autres, le luxe fait face à la misère, la modernité face à la débrouille…

Quelques clichés du matin...

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Dimanche 31 juillet

Visite tôt le matin d'El Callejón de Hamel, une rue de la Havane qui présente différentes œuvres réalisées avec des matériaux recyclés (baignoires, WC, planches à repasser, ....)

En 1990, un artiste plasticien décide de réparer toutes les façades des maisons en mauvais état, à la demande d'un voisin de la ruelle, sous forme de peintures murales avec motifs et représentations culturelles et religieuses afro-cubaines.

Nos encanta este lugar, pero no podemos quedar mucho tiempo...

Puis direction vers l'ouest, avec la visite de Las Terrazas, localité située dans la Sierra del Rosario. Cet écovillage occupe un territoire détruit au 19ème siècle, par la culture intensive du café , très répandue sur l’île. Au fil des années, ce lieu une fois déboisé, est devenu l’objet d'une action de récupération et de conservation de l'environnement. C'est ainsi qu’est né Las Terrazas , un modèle de développement et de tourisme. Village coquet, qui sert de vitrine..et d'attrape-touristes.

C'est un choc : après avoir croisé moins de 30 touristes en 2 semaines, arrivée de 3 bus. Mais une majorité était des touristes...cubains !

Le trajet nous conduit sur Soroa. Baptisé « El arcoiris de Cuba » (l’arc-en-ciel). Cette petite oasis est située en bordure de la chaîne montagneuse Sierra del Rosario. Ce milieu naturel est déclaré réserve de la biosphère par l’UNESCO grâce à sa biodiversité.

Visite d'un jardin d'orchidées, où quelques rares espèces sont présentes...

Nous avons déniché quelques plantes en voie de disparition...

Isabellus Janus
Cruz Valeriae
Sergius Bavorium
Cascade de Soroa,, la plus grande du pays...du haut de ses 21 m

Arrivée en fin d'après-midi à Vinales...

Les mogotes, d'énormes buttes montagneuses émergeant d'une terre rouge, habillées d'une végétation verdoyante
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Lundi 1er août - Terre et mer

La vallée de Vinales est une région propice à la culture du tabac.

Ce matin, visite des plantations de tabac, ainsi que des maisons de séchage et d’égrappage…au pas de course !

90% de la production appartient à l’Etat, les paysans conservent le reste et la vendent pour leur propre compte. La culture est réalisée en extérieur ou en intérieur (plus d’humidité et parfums) différents. Pas de tracteur pour labourer la terre, mais utilisation des bœufs qui évitent de la compacter.

Les Mogotes
Tracteur... inconnu
Séchoir à tabac
Fermentation
Séchage

Les feuilles fraîchement récoltées sont posées sur des barres en bois. Chaque plante est divisée en parties inférieures, médianes et supérieures. Elles donnent une saveur et une texture différentes au cigare final. Elle contribue à la bonne combustion. Elles sont soumises à une fermentation, puis au séchage, un processus qui dure environ 50 jours. Une personne peut réaliser 120 à 140 cigares par jour.

La 2ème feuille se roule en diagonale
Découpe de la feuille supérieure
Crapautage

10h - Direction playa Cayo Jutias

Trajet pendant 2 h, sur une route détériorée, sans fin, à travers de beaux paysages. Quelques rares maisons, pas de réseau téléphonique, d'électricité, de commerces...

Arrivée à playa Cayo Jutias, la plage de sable, la plus retirée de la province de Pinard del Rio, et de ce fait peu fréquentée.

Une plage de sable blanc, bordée de mangroves...sur plusieurs kilomètres. Bref, un petit coin de paradis...


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Mardi 2 août

Petit défi aujourd’hui : partir à pied de la Casa, seuls, pour aller jusqu’à la cueva de Palmarito, dans la vallée de Vinales.

Trouver le point de départ ne pose guère de problème, étant localisé près de l’église du village. S’ensuivent ensuite chemins de terre, petits sentiers pour le passage des bœufs, traversées de ruisseaux, de grottes, etc.. Un vrai parcours d’orientation possible grâce à la trace GPS trouvée sur Wikiloc.

https://fr.wikiloc.com/itineraires/outdoor/cuba/pinar-del-rio/vinales

Cette longue randonnée permet de découvrir la vie des paysans locaux, des plantations de tabac, de café, de riz. Ici tout se fait à la main…dans des conditions difficiles (labourer la terre, défricher, récolter), et de plus avec des outils rudimentaires. Une partie des paysans vit en quasi autarcie dans des cabanes, se contentant de peu.

Mais personne ne se plaint !

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Mercredi 3 août

Petit cours de cuisine cubaine en soirée. Obel, ancien chef cuisinier dans un restaurant local, nous fait découvrir les origines de la cuisine cubaine. Celle-ci, tout comme son peuple, est « una mezcla » (un mélange) de cultures, de savoirs faire et d’ingrédients indigènes, africains, français et caribéens.

Par chance, pas de coupure de courant ce soir. Nous apprenons que des manifestations ont eu lieu dans tout le pays… pour protester contre les coupures quotidiennes.

La région de Vinales (partie ouest) que nous visitons, produit 92% du café cubain.

La culture du café commence à la fin du 18ème siècle quand des planteurs de café français arrivent vers Santiago, fuyant Haïti et la révolte des esclaves. Ils introduisent alors de meilleures méthodes de production.

Au milieu des années 1950, Cuba exporte plus de 20 000 tonnes vers l'Europe, vendues à des prix supérieurs à ceux des marchés mondiaux. Il occupe alors la première place comme exportateur mondial.

En 1962, les États-Unis imposent un embargo sur toutes les marchandises, y compris le café cubain. De ce fait, la production décline rapidement.

Le problème est amplifié avec l'effondrement de l'Union Soviétique ! L’utilisation d'engrais chimiques venus de l’ex-URSS n’étant plus possible, les agriculteurs ont été les précurseurs dans la permaculture et l’agriculture biologique.

Cuba devient le berceau de l’Agroécologie et voit naître une multitude de petites exploitations. L'île est de nos jours à la pointe dans le secteur du café bio. La récolte de café s'étend de septembre à janvier. Cuba produit du café arabica et robusta, la majeure partie de la production provenant de petites exploitations familiales. Depuis 2003, Cuba exporte du café biologique vers l’Europe.

Torréfaction
Café Arabica

Retour sur la Havane dans la journée....

Visite d'une école dans le centre historique de la Havane. Les élèves étant en vacances jusqu'en septembre, le gardien de l'école accepte de nous amener dans une classe...

Les 2 maîtresses en activité... 
Matériel sommaire 
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Jeudi 4 août – Retour en Europe

Visiter Cuba peut se faire à travers plusieurs approches :

- une purement touristique, avec ses belles plages, ses eaux cristallines, ses plats de langoustes et cocktails exceptionnels…

- une immersion dans la vie cubaine, même si celle-ci reste très superficielle.

C’est ce second choix que nous avons tenté de suivre, sans perdre de vue que nous étions des touristes européens privilégiés.

Comme vous l’avez compris en lisant ce modeste blog, Cuba traverse sa pire crise, qui n’en finit pas de continuer… Les problèmes rencontrés par les cubains sont quotidiens, complexes et inimaginables en France.

Ils sont confrontés depuis plus de deux ans à une pénurie de nourriture et de médicaments. 2 fromages de 3 Kg au marché noir coûtent plus que le salaire mensuel d'un médecin, d'un juge ou d'un universitaire... La plupart de ces professionnels louent plusieurs "Casas particulares", leur permettant d'améliorer leurs maigres revenus. Une "casas" est facturée généralement de 10 à 40 euros par nuit, selon le confort. Les touristes sont les bienvenus...et indispensables pour survivre ! Cette année, 73 % de touristes en moins qu'avant la pandémie !

En 2021, Le taux d'inflation à dépassé les 71%...Les cubains subissent de longues files d'attente pour acheter nourriture et produits, des problèmes de transport, des pénuries de carburant. Les pannes quotidiennes d'électricité n'ont fait que s'ajouter à leur frustration...

Valérie a été surprise : plus de musique dans tous les coins de rue ni de danseurs de salsa. En 2014, les cubains avaient l’espoir d'un changement. Illusions perdues ?

Ses habitants et principalement les jeunes, aspirent à des libertés plus importantes, à un niveau de vie plus décent en s’exilant vers les États-Unis ou l’Europe.

Les gens sont résignés, ont-ils le choix…eux-mêmes disent que non !

Ils n’en demeurent pas moins que les cubains ont un caractère sociable, sont accueillants, hospitaliers, attachants, toujours de bonne humeur, souriants et prêts à rendre service. Ils se comportent avec les touristes comme avec des amis de longue date, notamment dans les « Casas particulares ».

Tout au long du voyage, que ce soit en ville où dans des coins reculés, nous avons toujours pris grand plaisir à échanger avec eux.

Avant de vous quitter, un grand merci à tous ceux qui ont donné des médicaments…dans la précipitation du départ : ils ont fait des heureux.

Gracias a todos los cubanos que nos han recibido con tanta amabilidad...y a YUNI !

Hasta la vista…

Salud !