Carnet de voyage

La Nouvelle-Zélande, de moa à tui

Dernière étape postée il y a 1532 jours
Deux mois inattendus en terre kiwi. D'hier à aujourd'hui, des plages aux montagnes, de l'île du Sud à l'île du Nord.
Janvier 2020
6 semaines
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Publié le 4 mars 2020

Top départ de mon séjour inattendu en terre kiwi. Les locaux la trouve trop fréquentée. Quant à moi, la belle Queenstown m'enchante dès les premiers pas. De la terrasse de mon hôte Nick, DJ kiwi, jusqu'à l'imprenable vue depuis les hauteurs de Queenstown hill, en passant par Bob's cove. Terre de saut en parachute, rando et vélo l'été, la belle intrépide revêt doucement son manteau neigeux et se prépare pour la saison de ski. Petit paradis des amateurs de sensations fortes.

Queenstown hill 
Coucher de soleil sur Queenstown & Bobs cove 
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Publié le 4 mars 2020

La petite soeur de Queenstown, écrin de nature qui fait rimer à merveille lacs, montagnes, ciel bleu et nuages. On y trouve des incontournables, le très instagramable Wanaka Tree, un saule un brin tordu qui a élu domicile dans le lac. Son profil particulièrement photogénique lui vaut même son petit hashtag à lui #ThatWanakaTree, et une foule de photographe en herbe qui prennent racine sur la plage. Tout aussi fréquentée, la marche jusqu'aux hauteurs du Roy's Peak tient toutes ses promesses. Le chemin serpente sans arrêt. Interminables lacets. Mais une fois là-haut, le fier sourire qui se dessine sur les lèvres de chaque marcheur est intact, le plaisir complet. Un panorama à 360° se déploie sous nos yeux. On en oublierait presque l'interminable file indienne de bipèdes qui se pressent aux trois-quarts du chemin pour tirer son profil. Pour ne rien ôter à la magie du moment, j'ai préféré me soustraire à cette attente et capturer la silhouette particulièrement photogénique d'une inconnue plus patiente que moi...

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Publié le 4 mars 2020

Un matin venteux fin janvier, je me décide à quitter Wanaka. Après une semaine en famille, je rechausse ma maison sur le dos. Femme escargot, au bord de la route, je tends le pouce. Un monospace argenté s'arrête. Très vite, l'anglais balbutiant laisse place au français, une jeune châtain aux yeux bleus me fait de la place sur le siège passager. Elise, Vosgienne de 26 ans me prend en stop au niveau du lac Hawea. Le début d'un mois d'aventure. A peine embarquée, elle décide de me suivre dans ma rando. Sur la route de Haast, on s'arrête pour une rapide trempette dans les eaux cristallines des Blue Pools.

C'est un peu plus loin que le chemin de randonnée du Brewster Track prend sa source. On traverse la rivière glacée, bravant les sandflies. Escalade de racines et nous voilà bientôt enfoncées dans une forêt profonde et sonore. Nos pieds cherchent leurs marques dans ce dédale de racines. On se verrait bien croiser Gollum dans ce décor qui rappelle fort Tolkien. ça grimpe costaud, 800m de dénivelé plus loin, on sort de la pénombre boisée comme deux papillons de leur cocon de verdure. On suit une ligne de crête. Trois créatures irréelles sont là pour nous montrer le chemin et nous souhaiter la bienvenue. Des kéas, ces perroquets des montagnes tournoient fièrement au dessus de nous, offrant la beauté de leur plumage à notre vue. Dégradé du bleu au vert sur l'envers de l'aile, il se décline en rouge sur l'endroit. Hypnotisée, j'aperçois derrière eux la petite cabane rouge carmin perchée sur son plateau au pied de la montagne. Nous sommes arrivées.

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Publié le 3 mai 2020

La Nouvelle-Zélande compte pas moins de 10 Great Walks. Derrière cette appellation se cachent les 10 marches les plus emblématiques du pays. Elles attirent les accros de la randos. Tant et si bien que les campings et refuges sont souvent plein à craquer en haute saison. C'est rapé pour Milford Sound, la plus célèbre rando qui traverse les fjords au sud ouest de l'île Sud, tout est booké, je me lance donc pour Routeburn. Le premier jour s'annonce corsé, 30km à engloutir depuis le parking the Divide jusqu'au camping. Après une ascension au pas de course dans la forêt embrumée, la vue se dégage, la cascade Earland arrose la montagne. Le lac Mackenzie, qui tire sur le vert à mesure qu'on s'éloigne de ses rives pour prendre un peu de hauteur. Les nuages jouent à cache-cache avec les montagne, comme une moustache laiteuse sur leurs lèvres boisées. Le nuancier s'enrichit, après le bleu canard, la montagne s'écarte et dévoile le bleu nuit du lac d'altitude. Un petit habitant ailé m'observe de haut en bas. Sa petite taille n'a d'égal que ses grands airs. Ma présence est tout juste tolérée. J'arrive enfin au pied des montagnes, je plante ma tente rose bonbon. Parfaite combinaison camouflage dans ces se 50 nuances de bleu vert. La nuit tombe, Morphée m'engloutit. Comme pour le diner de la veille les sand flies sont fidèles au poste pour le petit déjeuner. Dès que je mange, elle me mange. Une sorte de chaine alimentaire vertueuse qui coupe l'appétit et gratte sévère. Les 6 derniers kilomètres passent tranquillement avec une pause baignade dans une eau aussi transparente que glaciale. Je me laisse hypnotiser par ce bleu irréel, qui m'attire comme le chant d'une sirène, et mon sang se glace délicieusement.

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Publié le 3 mai 2020

On nous avait parlé du temps capricieux sur la Westcoast néozélandaises et on ne nous avait pas menti. Quand la pluie s'abat ici elle ne s’arrête plus. Toute cette campagne unicolore n’aurait pas revêtu son habit de verdure si le temps était toujours au sec comme en Australie. Pendant plusieurs jours un nuage épais vient faire de l’ombre au ciel. Aux environs de Franz Josef Glacier alors qu’on s’apprêtait à prendre nos quartiers dans un chaleureux café, la dame du comptoir nous invite à reprendre la route. La rivière est sur le point de déborder. Si l’on ne veut pas rester coincer il ne faut pas perdre de temps. Adieu la douce chaleur des effluves de café et le couinement réconfortant de nos fesses sur le cuir d’un canapé tanné par des années de postérieurs ragaillardis par des muffins aux cassis.On quitte donc à contre cœur cet îlot sec pour s’engouffrer à nouveau dans les trombes d’eau. Les essui-glaces dansent sans relâche à l’avant d’Auto. C’est le petit nom de la voiture d'Élise, ma travelmate. Plus Auto bat des cils plus nos visages s’approchent du pare-brise. Sur l’appli Campermate - la meilleure amie de tous les nomades d’Australie et de Nouvelle-zélande - on repère un camping pas trop cher. Le GPS nous indique l’itinéraire jusqu’à Blackball. La route longe une ligne de chemin de fer, des gorges et des collines qu’on imagine verdoyante par temps clément.Élise coupe le moteur, il semblerait qu’on soit arrivé au Community Center. Une bâtisse en bois à l'américaine, devanture blanche, toit en tuile, une fenêtre à l'étage qui semble nous observer. Sur la droite un bâtiment attenant tout en longueur qui pourrait être une grange. La petite maison sans la prairie et sous la pluie. Devant la baraque un brin défraîchie par les années, a élu domicile une petite caravane blanche tout en rondeur. C'est de là que sort une maigre silhouette. Un cow-boy pas très fringant qu’on croirait tout droit sorti du saloon, toujours armé de sa bière et de sa clop au bec. Un chapeau en cuir noir vissé sur un visage rougeaud buriné par les années, l'alcool et la cigarette. Seuls ses yeux bleus rieurs tranchent avec l'empreinte du temps sur ce corps tortueux. Deux boutons de nacre, oasis bleutées dérobées à l'enfance, surmontés de deux sourcils broussailleux. Duo de nuages blancs qui rappellent le passage du temps.Sa canette de bière arrimée à la main Laze nous fait visiter. Ici les toilettes et douches, et dans cette longue pièce attenante la cuisine et un vieux gymnase.La pièce retient notre attention. Un parquet en bois des bancs de chaque côté qui ont dû accueillir les cœurs échauffés par l'effort. Au fond de la salle sur l'estrade trônent de vieux appareils de fitness. Au mur l'ombre noire d'un boxeur déroulant un uppercut. Sous la scène sont rangés en rang d’oignon des punching ball à la retraite, comme autant de corps éreintés par le combat. Un transistor traîne encore là, lui aussi a pris congé après avoir trôné sur nombre d'épaules en sueur, brandit comme un poids plume par des biceps bandés. Autrefois il pulsait le rythme de la tension des corps, c’est maintenant le silence qui résonne.

La pluie tonne sans discontinuer. Alors que nos esprits vagabondent sur les duels de gueules cassés qu'ont pu accueillir ces murs, Laze nous explique que la mystérieuse bâtisse attenante est hantée. Un ange passe, le tonnerre gronde. Le décor est posé. Pour laisser toutes ces chances au hasard d'une histoire, on décide de faire de ce théâtre de légendes notre dortoir. La route de Phil l'américain géologue, et Tilie l'australienne délurée avait finie par croiser la nôtre au hasard des trajectoires dans cette mythique Blackball dont nous ignorions encore l'histoire. Premiers réfugiés climatiques ayant élus domicile dans cette mystérieuse cité nous nous serrons les uns contre les autres comme des chenilles tortillant dans nos duvets. Le rêve de cette nuit là avait matière à s'égarer.

Au petit matin, la pluie s'éclipse enfin à la faveur de quelques éclaircies. Tilie a vu une vieille femme chercheuse d'or agiter un tamis à la recherche de précieuses pépites. La légende disait donc vrai, ou bien est-ce le rêve qui a parlé. Historiquement c'est cohérent, le précieux métal est l’un des attraits principaux qui a attiré les premiers colons à partir de la deuxième moitié du 19e siècle. Mais Blackball est plutôt réputée pour ses mines de charbon. Il y a même un petit musée qui retrace la glorieuse histoire de cette cité rebelle.

Alors qu'en France la grève contre la réforme des retraites s'essouffle face à un gouvernement inflexible, on découvre avec curiosité le passé militant de ce village de 291 habitants pas si insignifiant.

C'est à Blackball qu'est né le Labour Party de Nouvelle Zélande, rien que ça. Le musée de la ville retrace la chronologie des grèves qui ont enflammé le pays au début du 20e siècle. Tout a commencé ici dans les mines de Blackball après 10 semaines de grèves en 1908, c'est ici que les premiers travailleurs se sont mobilisés contre les conditions de travail très difficiles des mineurs. "Ils ont financé un musée sur la mine on a fait un musée sur la grève" s'amuse Mary la gérante du bar Blackball's Inn and 08. Sur le comptoir, le journal local vante les mérites du salami de Blackball, seule industrie locale depuis que la mine a fermé ses portes en 1964. En bas à gauche de la une, un encart coquin au titre rose évoque une bruyante partie de jambe en l'air au Milton, l'hôtel restaurant, institution du village, ouvert en 1910 à 100 mètres de là. On ne s'ennuie pas à Blackball. Une partie de billard et une pinte plus tard, la black ball finit dans son black hole et il est temps pour nous de regagner nos pénates au Community center. Sur le stade de rugby les moutons forment une mêlée. Les all white frisés de Blackball font plus honneur à leur réputation moutonnière qu’à la nation du ballon ovale, se déplaçant d'un seul bloc apeuré. Pour le haka on repassera.

Laze nous accueille avec une dernière surprise, il tourne le bouton de la radio, le son grésille. Radio Blackball, on imagine déjà le discours claironnant d'une radio pirate. Mais l'eau a visiblement coulé sous les ponts et le vin dans le verre de l'animateur. Dans un flot de parole plus qu’interrompu. La voix d'un homme. Perdu. Ah voilà, il était là ce papier. Annonce lente et embrumé du speed dating de la Saint-Valentin qui se tiendra au Blackball's Inn. 290 chances de rencontrer l’âme-sœur. Et puis plus rien. Ah si super promo sur le steak frite au Milton. Deux infos qu'on avait déjà glanées aux détours de l'unique rue commerçante de Blackball. Les petits yeux rieurs de Laze montre la fenêtre du haut du manoir hanté. C'est ici que le bonhomme continue de meubler le silence honorant courageusement son devoir d'information. Dernier résistant, maintenant le cap de ce reliquat témoignage du passé transgressif de la sulfureuse cité. Notre animateur pirate s’endort doucement. La nuit tombe sur Blackball.

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Alors que le temps se faisait plus clément nous décidions de quitter la légendaire Blackball pour rejoindre la côte. Sous nos yeux le bord de mer déroulait enfin l'étendue de ses plages au sable foncé. Sur lesquels venait s'écraser de longs rouleaux mousseux. Parfait pour accueillir des surfeurs débutants. Les plages que nous parcourons sont pourtant désertes pour le plus grand plaisir des yeux.

Nous garons l'auto. À voir la foule - 20 voitures à tout casser - qui s'amoncellent ici ce doit être joli « les pancakes rocks ». Un empilement de roches qui rappellerait la pile de ronde saveur bretonne qu'on s'enfilait chez ma grand-mère. Dans une version costaude. L'épaisseur tient en effet plus du pancake canadien venant assouvir la faim d'un bûcheron d'Acadie que de la dentelle bigoudène de la crêpe bretonne. Lorsque les vagues s'écrasent sur les cavités qu'elles ont façonnées avec l'ouvrage du temps, un fumet blanc iodé jailli soudain. C'est ce qu'on appelle un geyser maritime. Sorte de réplique marine du signal papal annonçant la marée montante. La petite mer qui monte, qui monte, qui monte.Si les géologues explique bien l'apparition de cette formation rocheuse par une stratification de la roche calcaire travaillée par l'érosion, la finesse de ces couches stratifiées sur lesquelles on coulerait bien quelques gouttes de sirop d'érable relève de l'exception et du mystère.

Une recette secrète bien gardée de la Terre mère, qui s'est ici improvisée crêpière. En maori, celle qu'on appelle maman s'appelle Papa, Papatūānuku. D'après la légende maori, Papa, la terre-mère et Rangi, le père ciel, restent enlacés dans une étroite étreinte. Leurs enfants vivent dans l'obscurité de leur bras jusqu'au jour où ils s'associent pour les séparer. Ensemble Tūmatauenga, dieu de la guerre et de la chasse, Rongo dieu de l'agriculture et les autres poussent leurs parents à la séparation. Seul Tāwhirimātea refuse cette intervention, et déchaîne vents et tempêtes contre ses frères. Face à leur impuissance Tūmatauenga décide d'engloutir ses frères alliés. Tāwhirimātea est le seul de la fratrie à ne pas se laisser soumettre. Il continue jusqu'aujourd'hui à frapper l'humanité de ses tempêtes et ouragans.Tant que Tāwhirimātea nous épargne ses foudres nous nous remettons en route pour le Cap Foulwind. L'eau accueille le soleil de ses bras, alors que les bébés phoques de la baie de Tauranga batifolent en contrebas tel des têtards dodelinant de la tête et de la queue. Sous la protection attentive du patriarche phare du cap Foulwind qui balaye fièrement les alentours du regard. Papa et Rangi veillent conjointement sur leurs rejetons. Vivants ou éléments, terre ou mer, homo sapiens ou limace de mer. On a vraiment cette impression de faire partie d'un tout. Alors qu'on s'apprête à rejoindre l’obscurité des bras de Rangi et Papa, le soleil se décide à rejoindre ceux de Morphée. On ne sait plus bien qui tourne autour de qui.