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Itinérance en Colombie à vélo pendant l’hiver 2022, un voyage de Rémi Thivel
Du 6 décembre 2021 au 5 mars 2022
90 jours
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Pendant l'hiver 2019-2020, j'ai voyagé en vélo pendant trois mois et demi entre Los Angeles aux USA et le Panama. On en trouve une trace sur ce blog :

https://ameriquecentraleenvelo.blogspot.com/?m=1

J'avais eu la chance de prévoir mon vol retour le 12 mars, pile au début du premier confinement. L'expérience m'avait beaucoup plu, enivré même, et il me tardait de repartir quelque part avec ma fidèle bicyclette, tout en ayant fait une croix sur les voyages lointains au vu du grand bordel en cours depuis. Voilà que cet automne, Maud une petite cousine m'appelle pour avoir des infos sur ces pays d'Amérique Centrale et me dit qu'elle compte partir pour un bon moment en Colombie et pourquoi pas d'autres pays ensuite et qu'il n'y a rien de compliqué au niveau des formalités pour y entrer. La conversation me galvanise et après 30 secondes de profonde et mûre réflexion, je décide que mon hiver se passera les fesses sur une selle au cœur des montagnes de Colombie, suite logique de mon voyage précédent et pays qui nourrit mon imaginaire depuis toujours.

Bon, là à vrai dire, la situation a l'air de se tendre un peu avec cette affaire de virus qui serait prêt à tous nous décimer d'ici Noël, du coup j'ai un peu l'impression de fuir au plus vite cette dystopie (j'ai même avancé mon départ) tout en sachant qu'elle me rattrapera. Je verrai bien à quelle sauce je serai mangé pour rentrer ou même sur place. Retour début mars en principe. Quoiqu'il arrive ça me fera toujours un petit bonus de "pura vida" à regarder défiler les paysages au rythme qui me portera, dans la simplicité, loin de la campagne électorale odieuse et des "passions tristes" qui nous divisent et nous détruisent.

L'idée est de faire une boucle en privilégiant les petites routes et pistes de montagne, sans pour autant tenir le rythme de Nairo Quintana mais en espérant bien rencontrer foultitude de ses acolytes dans ce pays où le cyclisme est un sport national. Je verrai bien au fur et à mesure où les envies et rencontres me guident mais j'aimerais visiter les trois sierras parallèles qui traversent le pays du nord au sud, avec une incursion à la Mer des Caraïbes dont j'avais apprécié la douceur et la farniente en passant au Costa Rica et au Panama. En faisant une trace pour me faire une idée des reliefs et des distances, ça donne la carte ci-dessous mais je ne ferai pas tout ça, à moins de pédaler 24h/24h. Je partirai de Bogota et dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

Concernant mon vélo et l'équipement, je reprends mon Gravel adoré de la marque Trek, acheté pour le voyage de 2019-2020 et de nouveau bichonné avant le départ par mon non-moins adoré marchand de cycles Laurent Tillous avec son employé Gilles à Arette. J'avais fait une note sur l'équipement de ce vélo dans mon blog consacré au premier voyage, que l'on peut trouver en cliquant ici.

Pour ce voyage, j'ai fait les modifications suivantes par rapport à la note en lien ci-dessus :

  • je garde le principe de deux sacoches à l'avant et une sacoche de selle, mais j'ai rajouté une sacoche de guidon Ortleib Handlerbar Pack 9 L dans laquelle rentrent mon duvet et un tapis de sol. Ceci me permettra de gagner un peu de place ailleurs afin d'embarquer plus d'autonomie en nourriture et eau car je compte passer du temps sur les pistes isolées des différentes sierras.
  • je repars avec les indestructibles pneus Schwalbe Marathon, valeurs sûre des voyageurs au long cours, mais cette fois le modèle Plus Tour en 700 X 40C, plus large et mieux cranté, toujours dans l'idée de pouvoir faire autant que possible de la piste ou du sentier confort, tout en gardant un rendement correct sur la route
  • j'ai troqué mon cintre de Gravel évasé en bas (un point dont je ne vois pas trop l'intérêt), pour un cintre classique de route plus étroit, moins encombrant (46 cm au lieu de 50)
  • avec un nouveau téléphone "plein écran", il a fallu trouver une solution pour le fixer au cintre (je m'oriente avec iPhiGéNie et les cartes Open Topo Map), sans avoir des élastiques qui passent sur l'écran car le tactile est nécessaire sur toute la surface pour passer d'une application à l'autre. J'ai opté pour les solutions proposées par Quad Lock avec leurs coques dédiées au système Out Front Mount Pro, très cher mais d'apparence solide et sérieuse...
  • côté vestimentaire, je n'ai pas pris de vêtements particulièrement chauds (une petite doudoune pour les soirées en montagne devrait suffire) mais j'ai rajouté par rapport au voyage précédent, où il ne pleuvait jamais, un K-way, des couvre-chaussures étanches Specialized Comp Rain Deflect et la housse de protection dédiée pour ma selle en cuir Brooks B17 Standard, en cas de bivouacs humides
Ready to ride

Après avoir passé une bonne partie de l'automne à réfléchir à ce voyage, peser le pour et le contre de chaque équipement, puis ces derniers jours à fignoler tout ça (les choix les plus cornéliens consistant à décider de ce qu'on met dans la pharmacie et la trousse de réparation), je crois être prêt et je ne vous épargnerai pas de la photo traditionnelle de l'ensemble étalé dans le salon.


Trousse de réparation 

À présent tout est dans le carton, prêt à voler mardi pour Bogota depuis Madrid. Au total, vélo et tout le reste compris, j’en suis à 27 kg.

Vous trouverez en tête du blog une carte sur laquelle je mettrai ma trace au fur et à mesure des étapes, un moyen aussi pour la famille de garder un oeil sur où je me trouve. Comme lors du voyage précédent, j'écrirai selon l'inspiration un petit article de temps en temps et je mettrai régulièrement des photos car je crois que dans ce domaine, je devrai me régaler en Colombie.

Prochaine nouvelles à Bogota donc, (j'y serai ce mardi 7 décembre au soir), ou un peu plus loin en Colombie, sobre el camino...

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Publié le 9 décembre 2021

Je vous le promets, je ne vais pas vous parler de mon vélo tous les jours comme dans la vidéo ci-dessous :

C’est étonnant la relation qui s’installe avec cette merveilleuse invention, surtout en voyage quand tout ou presque dépend de lui. Beaucoup lui donne un nom d’ailleurs. Moi j’ai pas encore trouvé en deux ans, faudrait peut-être que je consulte, il doit y avoir des causes profondes ; la peur de trop m’attacher, qui sait ?! Et puis pour lui trouver un prénom, faudrait déjà le genrer, vu qu’un vélo c’est aussi une bicyclette et qu’entre les deux mon cœur balance. Bref, je suis pas sorti d’affaire.

Avant je me moquais des cyclistes qui faisaient que parler matos pour savoir qui avait la plus grosse. Maintenant je suis le pire psychopathe du moindre détail technique et j’avoue aimer montrer que je ne suis pas en reste en ce qui concerne… Désolé pour ces disgressions.

Par rapport au casque dont je parle dans la vidéo, un copain colombien m’avait dit que c’était obligatoire mais en fait non, j’ai pas vu grand monde ici le porter et un gars dans la rue m’a confirmé que ça ne l’était pas. En vrai je comptais le prendre quand même, comme je vais normalement faire beaucoup de vélo “escarpé”.

Donner les premiers tours de roue d’un voyage, c’est vraiment une sensation particulière. J’avais déjà senti ça à Los Angeles il y a deux ans. Ça me fait drôle d’écrire deux ans seulement car j’ai l’impression que c’était au siècle dernier. Serait-ce cet horrible modèle de société qui se met en place avec la gestion du sanitaire qui me fait trouver le temps long ?

En tout cas ce démarrage vers l’inconnu procure toujours un délicieux sentiment d’affranchissement et de liberté :

À Bogotá contrairement aux autres pays plus au nord que j’avais traversé, il y a plein de gens qui se déplacent en vélo et de nombreuses pistes cyclables. Les dimanches et jours fériés, comme hier, certains boulevards sont fermés aux voitures :

Je cherchais du gaz pour mon réchaud mais comme les petits magazins de montagne étaient fermés cause jour férié, je me suis rabattu sur un Décathlon dans un énorme centre commercial (où je n’en ai pas trouvé d’ailleurs). Juste pour dire par contre que j’ai été impressionné par le parking souterrain pour les vélos : des murs de racks de suspension et à l’entrée principale, on prend un ticket comme pour les voitures dans une file dédiée (mais c’est gratuit à la sortie) puis pour pénétrer dans l’espace vélo, une employée prend le numéro de votre document d’identité puis une photo de votre visage puis votre empreinte ADN (non je déconne pour ce dernier point) et il faut montrer patte blanche pour ressortir.

En fin d’aprem je suis arrivé dans le quartier de la Candelaria où j’ai un petit hostal :

Beaucoup d’animation en soirée dans la rue principale de ce quartier où on peut manger pour quelques pesos auprès d’échoppes ambulantes, des épis de maïs cuits sur la braise dans du beurre, des brochettes, des empanadas, des chips faits au feu de bois sur place et de délicieux jus de mangue coupée en très fines lamelles et arrosée de citron.

 La Plaza de Bolivar où se trouve notamment le Congrès de la République 
À deux pas du Congrès, les murs aussi ont la parole  

À bientôt

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Publié le 10 décembre 2021

Je pensais commencer à rouler un peu mais j’ai enduré une crise de flemmardise et de toutes façons je ne voulais pas partir sans avoir trouvé du gaz pour mon réchaud, ce qui finalement m’a pris la journée. Du Mexique au Panama, je trouvais dans les quincailleries des cartouches faites pour des chalumeaux (je crois) mais qui s’adaptaient sur les brûleurs type Markill, Primus, etc. Ici, j’ai beau eu passer la matinée dans le quartier des ferreterías et me régaler par l’occasion du bouillonnememt humain de ces rues, personne n’avait quoi que ce soit qui ressemble.

Finalement, dans l’après-midi, au troisième magasin de montagne, les deux premiers étant fermés, j’ai fini par mettre la main sur deux cartouches qu’il leur restait (marque Pinguin Travel Gas, équivalente des Primus, Coleman, etc, si cette précision peut servir à d’autres). Trouver du gaz en voyage, faut toujours batailler un peu, c’est une constante ! Je sais qu’il y a la solution plus universelle du réchaud à essence, mais je les trouve trop encombrants et on passe quand même pas mal de temps à les nettoyer, souvent au moment où on préférerait avoir les doigts pleins de confiture que de carburant.

L’avantage, c’est que tout ça m’a permis de faire du vélo dans Bogota, flâner, faire des photos et profiter des pistes cyclables que beaucoup de monde utilise.

Je suis repassé devant le Congrès de la République. Des gens avaient posé sur des rangées de chaises blanches les portraits des députés « vago » (fainéants) qui ne siègent jamais une fois élus…

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Publié le 11 décembre 2021

J’ai quitté Bogota hier matin par une belle route raide montant directement sur 800 m de dénivelé. On se retrouve ainsi rapidement à 3400 m (ça essouffle comme départ !) dans des paysages de montagne sauvages et peu habités, juste au-dessus d’une mégapole de 7 millions d’habitants. Cette route qui m’a mené dans un premier temps à Choachí était très belle et roulante, avec des indications partout comme quoi la priorité devait y être donnée aux cyclistes. Une sollicitation globalement très bien respectée, sauf par les professionnels de la route que sont les taxis et les minibus, ainsi que par les grosses voitures les plus ostentatoires. Je crois que c’est une constante, c’était déjà le cas dans les pays plus au nord que j’avais traversé il y a deux ans.

A partir de Choachí où une courte pause m’a permis de discuter avec Jimmy, un américain qui s’est installé ici, j’ai commencé à faire connaissance avec les pistes, raides et caillouteuses, sur les 45 km qui m’ont permis de rejoindre juste avant la nuit la bourgade de la Calera. Avec l’altitude et des coups de cul sévères où j’ai parfois poussé le vélo, j’ai pris ma rouste et me suis rendu compte qu’il allait peut-être falloir que je me trouve un mono-plateau avec deux dents de moins pour survivre au relief colombien. J’ai adoré les paysages, très verts, dans ces reliefs tourmentés habités de-ci, de-là par des petits exploitants agricoles. Aujourd’hui je pense me diriger vers Gachetá et le lac del Guavio.

Caractéristiques étape Bogotá - Choachí - La Calera : 83 km / 6h25 / D+ 2320 m

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Publié le 12 décembre 2021

Quelques ajustements nécessaires suite à ma première journée de vélo en montagne et … retour à Bogota hier. Un peu l’impression de tout reprendre à zéro ! Explications en vidéo :

J’ai passé l’automne à réfléchir à l’équipement de ce velo mais à aucun moment je n’ai pensé que le développement que j’avais pour des pays plats ou presque toujours plats comme du Mexique au Panama n’allait pas convenir pour un pays montagneux comme la Colombie. Le diable se cache bien dans les détails et j’ai du sur-estimé la taille de mes cuisses.

Changer mon plateau avant pour avoir plus de marge en montagne aurait pris deux minutes chez Laurent Tillous mais ici, bien qu’il y ait foultitude de cyclistes tous équipés de vélos plus rutilants les uns que les autres et des magasins entiers bourrés de matos, j’ai passé l’après-midi à essayer de trouver un mono-plateau Sram, en vain. Bon à savoir, c’est Shimano qui domine largement le marché ici et quand on trouve du Sram (il y en a aussi quand même beaucoup), c’est pour des transmissions double-plateaux. D’ailleurs tous les Gravel que j’ai vu hier sur la route où en magasin étaient équipés en double.

Dans tous les cas ça m’a fait passer un super moment dans la Calle 68, le cœur du réacteur du cyclisme à Bogota, rue entièrement dédiée aux équipements de vélo. On a bien essayé avec deux magazins différents qui y mettaient toute la volonté possible, de changer le pédalier en entier, boîtier compris, il y avait toujours un truc qui allait pas.

Avec Julieta et William qui ont passé une bonne partie de l’aprem à batailler sur mon pédalier. Gracias ! 
Retour de nuit à mon hostal 

Je pourrais attendre une semaine qu’un magasin me fasse venir un plateau, mais je vais continuer comme ça. Par contre, plus le choix, j’ai sérieusement allégé mon vélo et mon équipement, en laissant ici le matériel de camping pour circuler light afin que le cyclisme de montagne en Colombie, ce que je suis venu découvrir, reste du pur plaisir. J’étais resté une journée ici exprès pour trouver du gaz, et bien hier je l’ai ramené au magasin !

Allez cette fois je devrais quitter Bogotá pour de vrai…

Caractéristiques étape La Calera - Salitre - Bogotá : 54 km / 3h / D+ 450 m

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Publié le 13 décembre 2021

Un résumé en vidéo de la journée. Je crois vraiment que je vais adorer être en Colombie avec mon p’tit vélo dans les montagnes

Ci-dessus un melting pot, Bogotá et ses cyclistes, une rue tranquille de Bogotá ce matin, mon nouveau chargement avec ce que je laisse dans le sac posé devant et enfin Enrique du premier magasin que j’avais fait hier, à qui je suis passé dire au revoir et qui n’a pas pu s’empêcher de mettre mon vélo un petit coup à l’atelier pour vérifier que tout allait bien.

Caractéristiques étape Bogotá - Guasca - Alto de la Cuchilla - Gachetá : 94 km / 4h45 / D+ 1600 m

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Publié le 14 décembre 2021

Une journée de montagnes russes autour de cet énorme lac, du cyclisme pour le moins tranquille avec de longues sections sans circulation, pas mal de pistes ou de routes défoncées et de belles rencontres, notamment Gilberto de Gachalá et sa famille qui m’ont invité à manger à midi… Demain direction le nord-est, vers Chivor, par des coins bien largués je crois.

Caractéristiques étape Campoalegre - Gachetá - Gama - Gachalá - Ubalá : 79 km / 6h10 / D+ 2300 m

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Publié le 14 décembre 2021

Une journée exclusivement sur les pistes, tous types de pistes, y compris celles marquées avec le trait le plus fin sur les cartes. Au moins j’ai vu à quoi je pouvais m’en tenir… ça passe, mais il faut un peu marcher parfois (pour moi en tout cas), tant ça peut être raide et chaotique. Des coins magnifiques, surtout avec les lumières d’orages et quelques rencontres rapides, notamment le ferrailleur du coin en tournée et une dame très gentille, qui fait du maïs et un peu de lait de vache sur son petit lopin loin de tout, qui m’a mis à l’abris sous son préau le temps que l’averse passe. Je ne suis pas arrivé rincé à Chivor au sens propre mais au sens figuré… avec les derniers lacets sans concession. La particularité de Chivor c’est qu’il y a une mine d’émeraudes dans le coin, comme ailleurs dans la région. Hier à Gachalá, Gilberto me disait très fièrement que c’est là qu’on avait trouvé la plus grosse du monde (de la taille d’une balle de tennis apparement). Quelques images de la journée…

Et des photos…

Caractéristiques de l’étape Ubalá - Santa Rosa - Chivor : 54 km / 5h30 / D+ 1700 m

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Publié le 15 décembre 2021

C’était pas la grande forme ce matin, quelques soucis d’intestins hier soir en arrivant et cette nuit (j’ai été un peu optimiste je crois sur la qualité de l’eau des montagnes, forcément toujours bonne !) mais j’ai quand même démarré tranquille. Une descente raide et pas très fun sur le lac de Chivor, un des principaux barrages de Colombie, produisant une grande partie de l’électricité du pays. Puis finalement la forme et le moral sont revenus en montant tranquillement le début de la magnifique et plus roulante vallée de Tenza, jusqu’à Chinavita, petit village d’apparence un peu glauque mais finalement bien vivant en son centre, avec des gens très accueillants.

Se méfier quand même en filmant, en roulant 

Caractéristiques de l’étape Chivor - Chinavita : 55 km / 4h05 / D+ 1470 m

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Publié le 17 décembre 2021

Je ne pensais pas mettre en ligne quelque chose quotidiennement sur ce blog de voyage. La dernière fois entre Los Angeles et Panamá, je faisais un article tous les 10 jours environ au bénéfice des journées de repos. Finalement je me prends au jeu, encouragé par des gens qui trouvent ça chouette et notamment des cyclistes en herbe, salut la famille Coup et vive la Petite Reine.

Alors que dire pour résumer cette journée dans le magnifique département de Boyacá, très cultivé, bourré de fruitiers, notamment de tomates de árboles (qui ressemblent à de tomates, version fruit, c’est délicieux) ? Un départ un peu tardif car j’ai, depuis hier soir, re-bataillé sur ce mono-plateau (quand j’ai décidé de pas lâcher l’affaire…) qu’il me faudrait plus petit pour partir détendu vers les montagnes escarpées de Cocuy et son Alto el Martino à 4000 m.

Une solution se dessine… J’ai réussi à avoir le contact du représentant SRAM en Colombie, qui a été très réactif et m’a dit pouvoir m’en faire envoyer un, qui devrait arriver lundi dans un magazin à Bogotá. Je le sentais bien que j’allais y revenir par là-bas oui ! Donc en attendant cette échéance, plutôt que de continuer vers le nord, je me dirige vers l’ouest pour ne pas trop m’éloigner de Bogotá (j’irai chercher le plateau en bus) et aussi essayer de gravir le mythique col de Bocademonte, un must de Colombie de ce que j’ai compris, qui commence à 450 m dans les bananiers pour finir dans “la niebla” à 2900 m.

Ce soir je suis à Samacá, une bourgade qui m’a semblée assez tendue en arrivant (faut dire qu’en sortant des calmes campagnes profondes, l’agitation surprend vite), mais finalement c’est génial, avec du son dans la rue ce soir, comme le montre le film. Ça fait du bien de voir ce bouillonnement social !

L’anecdote du jour, c’est qu’en arrivant à l’hôtel supposé être le moins cher du coin, la dame m’a clairement et gentiment signifié que l’établissement ne recevait pas pour une nuit entière, mais plutôt en journée pour une heure ou deux… Puis elle m’a envoyé vers un autre hôtel, aussi peu cher et très bien, où il est possible de juste passer une nuit entière avec son vélo à côté du lit.

Caractéristiques de l’étape Chinavita - Jenesano - Tierra Negra - Samacá : 74 km / 4h55 / D+ 1800 m

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Lala cette journée ! J’ai l’impression d’avoir traversé le pays en quelques heures. Là je ne vais goûter que furtivement aux forêts tropicales et à la vie qui s’y déroule mais il me tarde d’y revenir pour y passer du temps. Ce soir il y a beaucoup d’animations dans ce petit village aussi. Les fêtes de Noël, ça rigole pas en Colombie. C’est étonnant, absolument personne ne porte un masque dans ce village où je suis arrivé ce soir alors que dans l’ensemble les gens l’avaient partout dans les coins où je suis passé jusqu’à maintenant. Il fait aussi très chaud et humide et il n’y a pas de moustiques. Il se passe un truc à San Pablo de Borbur… Le reste, c’est dans le film. À longue journée de vélo, long film, j’essaierai d’être plus bref, promis. Et bon petit déjeuner aux followers.

Caractéristiques étape Samacá - Chiquinquirá - Bocademonte - Pauna - San Pablo de Borbur : 140 km / 6h30 / D+ 1650 m

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Je n’ai pas passé la meilleure nuit de ma vie à San Pablo de Borbur ; difficile, voire impossible de trouver le sommeil. Peut-être l’excès de pression atmosphérique du fait d’être descendu à 450 m, peut-être la pluie tropicale qui laissait présager d’un départ pas très agréable, peut-être un article de Mediapart que j’aurais pas du lire avant de me coucher.

Bref, cette « remontada » de 2400 m d’un coup, finalement c’était top, la pluie s’est arrêtée en partant, la pente est jamais très raide et une fois qu’on a trouvé le rythme, il suffit de laisser défiler le paysage et raconter des conneries…

Dans la nuit, avec toute l’eau qui s’est déversée, la montagne avait bougé un peu, ce qui n’a rien d’exceptionnel ici je crois et parfois c’est bien plus gros que sur ma vidéo, comme le montre cette photo de la route entre Aguazules et Sogamoso (que je comptais un peu prendre à la base et qui est fermée depuis novembre et au moins pour un an).


Revenu à Chiquinquirá où j’avais laissé des affaires hier, j’ai pris le bus pour Bogotá (c’était hyper compliqué comme prévu, deux minutes au moins d’attente et le bus a démarré).

Bogotá où m’attendait le fameux plateau à deux dents de moins et qui va me simplifier la vie dans les montagnes. Il était en fait arrivé au premier magasin qui, la semaine dernière, avait pris le temps de regarder mon vélo pour de vrai et essayé de trouver une solution. En vain alors, mais ils étaient content de me revoir, m’attendaient de pied ferme et ont été hyper serviables, avec une révision en entier de la bête (j’avais aussi quelques soucis de réglages d’étriers de freins).

Ils ont trouvé un problème au boîtier de pédalier suite au démontage - remontage la semaine dernière dans un autre magasin mais ils pensent que ça marchera comme ça. Décidément, le vélo n’attaque pas ce voyage en grande pompe mais au moins ça me permet d’explorer le cœur de la rue 68, antre du cyclisme colombien.

En montant le Bocademonte

Caractéristiques de l´étape San Pablo de Borbur - Bocademonte - Chiquinquirá : 81 km / 6h / 2400 m

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Publié le 20 décembre 2021

Allez, j’ai re-re quitté Bogotá ce matin, avec un peu de vélo pour commencer puisque le terminal de bus se trouve à 10 km d’où j’ai dormi.

À peine sorti de l’hostal, j’ai rencontré un jeune qui rentrait chez lui en vélo après une nuit de fête. On a discuté tout le trajet, des manifestations notamment, lors desquelles la police s’est mise à tirer à balles réelles, au hasard dans la foule. En conséquence, les manifestions ont cessé. À un moment, il y avait un beau graff sur une façade, qu’il n’avait encore jamais vu et il m’a dit que j’avais beaucoup de chance car on découvrait une nouvelle œuvre du meilleur graffeur de Bogotá, peut-être faîte dans la nuit. Dommage, on était à un nœud routier et j’ai pas pris le temps de faire des photos ni de vraiment regarder en détail car il fallait se concentrer un peu.

Au terminal de bus, énorme d’ailleurs, une véritable fourmilière, le gars qui s’occupait de mettre les bagages dans le bus m’a entrepris sur mon vélo, mon voyage, et m’a dit qu’il était de San Pablo de Borbur où j’ai dormi avant-hier au pied du Bocademonte. Il m’a laissé son numéro, veut absolument que je revienne dans sa vallée pour y passer du temps et être reçu par sa famille qui me fera visiter tous les trésors de la nature tropicale. Puis il m’a fait cadeau du ticket pour le vélo dans le bus. Gracias Juan, nos veremos allí en febrero o tal.

Là, j’ai commencé à me dire que les gens n’étaient vraiment pas aimables dans ce pays de sauvages.

À peine assis dans le bus, une dame est venue se mettre à côté de moi (parce qu’il y avait trop de soleil de son côté) et nous avons passé 3 heures à discuter de la marche du monde. Elle est infirmière dans un des hôpitaux de Bogotá. Je suis tombé de mon siège quand elle m’a dit qu’elle n’irait pour rien au monde travailler dans une clinique (elle avait déjà expérimenté) tant les conditions de travail étaient bonnes dans la santé publique en Colombie et son métier reconnu et valorisé. Elle reprochait beaucoup de choses à son gouvernement, notamment la corruption autour des ressources minières du pays, vendues à l’étranger sans que le peuple ne bénéficie de l’argent généré. Par contre, elle disait que pour la santé, l’état dépensait sans compter et soignait tout le monde sans poser de question.

Son petit secret à elle, qui se plaint de passer 2h30 par jour dans les transports pour aller travailler, c’est que, bien que son papa ait passer sa vie à descendre tous les jours de leur village de montagne à 4 heures du matin pour aller travailler au chemin de fer avec « su enorme bicicleta »… et bien elle, n’a jamais appris à faire du vélo et ne sait toujours pas en faire à 45 ans.

C’était Blanca, qui était toute rouge en me disant ça.

Le dernière rencontre de la journée était une non-rencontre. En roulant tranquille, fatigué, sans paysages exaltants aujourd’hui et avec un peu de circulation à surveiller, je voyais dans le rétro un cycliste me rattraper. Tenue impeccable, musculature de rêve, mollets bien rasés, tout bien comme il faut. Il me double, je le salue, content de voir un collègue. Il ne tourne ni la tête, ni ne me répond. Comme il y avait pas mal de vent de face et que la testostérone est loin de m’être encore retombée à mon âge, voire elle augmente, je me suis dis tiens, toi mon coco, je vais me coller à ta roue pour me mettre à l’abris et surtout te taquiner un peu, t’avais qu’à dire bonjour. J’ai pu contempler un petit moment ses fesses nues, bien visibles car il avait un short de cycliste avec des parties assez importantes en résille. Ce faisant, je notais chez lui quelques signes d’agacement et pour qu’il ne prenne ombrage de faire tout le boulot devant, je l’ai doublé pour prendre le relais, et surtout lui montrer que moi aussi, j’en avais une, bla-bla-bla et bla-bla-bla, en faisant mine bien sûr de ne pas être essoufflé pendant les quelques secondes nécessaires pour le dépasser. Une attitude normale, quoi, fairplay ! Là, plutôt que de prendre ma roue et ainsi se protéger du vent à son tour, il a commencé à grommeler tout seul, puis à se retourner régulièrement pour faire comme s’il attendait quelqu’un, qui n’existait pas, puis a lâché l’affaire avec un grand balancement de bras, de dépit ou de colère. C’était bizarre !

Bonne journée à vous, la bise. J’ai pas fait d’images aujourd’hui, sauf d’une nouvelle sombre histoire d’optimisation du rangement, domaine dans lequel j’en connais un rayon.


Un dimanche soir sur terre 

Caractéristiques de l’étape Chiquinquirá - Barbosa - Moniquirá : 71 km / 3h05 / 440 m

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Publié le 21 décembre 2021

C’est dingue comme un truc de cette taille peut vous pourrir la vie :

Tout est à peu près raconté dans le film. La mécanique et moi, ça fait deux. Je suis de retour à Bogotá, donc. Same player shoot again, again and again. Pour expliquer la fin (j’espère) de l’histoire : lors d’un premier démontage - remontage du boîtier de pédalier dans un autre atelier, une rondelle qui n’avait rien à faire là avait été laissée, ce qui empêchait le serrage au couple réglementaire du pédalier lui-même. Cette fois, ça devrait être bon… En revenant à mon hostal, où ils me voient rappliquer tous les deux jours alors qu’à chaque fois en partant, je leur lance, sur un ton seigneurial « nos vemos dentro de 3 meses, que te le vaya bien », je suis tombé sur un bal de Radio Policia National 92.4 FM, qui se déroulait au pied des marches de l’entrée d’un musée. C’était un peu à l’image de la journée : anachronique.

Caractéristiques de l’étape Moniquirá - Tunja : 84 km / 5h10 / D+ 1350 m

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Publié le 22 décembre 2021

J’ai eu le flemme de reprendre le bus dans l’autre sens ce matin pour repartir d’où j’étais et me suis dit que ce serait bien de tester la réparation du pédalier ici, tant que j’avais mes amis du magasin de cycle Shaddaï à côté. Superbe montée avec le vélo version light au Cerro de Guadalupe au-dessus de la ville, petites affaires courantes, grosse sieste, balade au cœur du réacteur, une journée qui a fait du bien.

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Publié le 23 décembre 2021
On m’a trouvé un nom colombien

Je suis arrivé hier, par des petites routes sympas, puis des pistes demandant de l’attention à la descente, accompagné de très beaux ciels variables, dans le coin où j’avais prévu d’aller directement si je n’avais pas fait ces digressions vers l’ouest en attendant mon plateau.

Quelques extraits de la journée en images, avec une magnifique prise de tête au début dans le bus, pour une histoire de billet qui aurait été faux, je crois. Ça s’est fini avec médiation de la police, ça a pris du temps et j’ai pas compris qui avait raison et qui avait tort. Dans tous les cas j’ai noté qu’on s’engueulait ici en se disant « mi amor » tous les deux mots. On se dit beaucoup « mi amor » que ce soit au marché juste en achetant un truc ou pour se marier avec la femme ou l’homme de sa vie. Je me souviens que c’était pareil à partir du Salvador lors de mon précédent voyage. Enfin, moi je le dis pas, de peur que ce soit mal interprété et de me prendre une baffe.

Aujourd’hui je vais passer à Sogamoso, une grande ville avec des bikeshops, pour faire… de la mécanique.


Caractéristiques de l’étape Tunja - Toca - Pesca - Tota : 82 km / 5h50 / D+ 1730 m

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Publié le 24 décembre 2021

« El caminante », le marcheur, dans le sens « celui qui passe et qui va ». Voilà comment va s’appeler mon vélo. Il en aura fallu du temps pour lui trouver un petit nom depuis 2019. C’est à l’hospedaje de ce soir à Paz de Río que m’est venue l’idée. Il y a toujours un registre à remplir dans les hébergements avec une colonne « profession ». Comme chaque soir, j’ai eu un petit temps d’hésitation car je trouve toujours bizarre qu’on demande leur profession aux gens. Quel rapport avec notre identité ? Lors d’un contrôle de police en France par exemple, de quel droit demande t’on aux gens ce qu’ils font dans la vie ? C’est déjà leur coller une étiquette, un à priori, les ranger là où là. Je dirais même que c’est le début de l’arbitraire.

Bref, devant ma brève hésitation, la dame m’a dit en rigolant de marquer « caminante ». Je trouve que ça ira très bien à mon vélo en ce jour particulier, car après un passage chez les gens géniaux du magazin Rego Sport à Sogamoso, je le sens fin prêt et aussi motivé que moi pour se lancer vraiment dans l’aventure. Il a retrouvé toute son énergie le type, je le sens, je le sens, son recalage d’origine de la roue lui a rendu toute sa vigueur et sa nervosité.

Surtout, depuis le début, j’avais un problème de freinage à l’arrière. À chaque réglage en atelier, ça se remettait à couiner très fort au bout de deux descentes, malgré le calage de l’étrier, le nettoyage du disque et même le changement au bout de 500 kilomètres des plaquettes, métalliques, qui s’usaient d’une façon étrange. Par rapport à ce qu’on voit dans la vidéo, ça s’est fini par le changement du disque, puis des plaquettes, qui sont devenues en céramiques. À présent, quel plaisir de freiner dans le silence. Ça parait idiot mais ça met en confiance.

Avec El Caminante, nous allons donc passer Noël là où j’en avais envie, sur les reliefs tourmentés et petits villages à l’approche des Nevados del Cocuy. Je souhaite à tout le monde un bon réveillon, embrassez-vous, aimez-vous. Le bonheur et les rires, ça peut pas faire de mal pour l’immunité naturelle. Muy chevere todo eso !


Caractéristiques de l’étape Tota - Aquitania - Sogamoso - Paz de Rio : 106 km / 5h / D+ 1770 m

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Publié le 25 décembre 2021

Une bonne petite étape aujourd’hui sur des reliefs coupés au couteau et des pistes parfois fort raides et toujours ces lumières inspirantes de l’après-midi. Je suis arrivé dans un état digne, on va dire, mais il n’en fallait pas beaucoup plus.

J’espère que le réveillon a été bon pour tout le monde. Ici, il est plutôt communautaire et festif, bien arrosé pour beaucoup (depuis que je suis en Colombie, j’ai remarqué que si un jour la bière venait à manquer dans ce pays, cela poserait une véritable problème !). Un groupe vénézuélien envoit du son et je pense qu’il ne manque pas un seul habitant pour assister au concert. On m’a quand même abordé deux ou trois fois ce soir pour me demander ce qu’un occidental pouvait bien faire ici un soir de Noël, tout seul à bailler aux corneilles les mains dans les poches.

Caractéristiques de l’étape Paz de Río - Socha - Socotá - Jericó - Chita : 89 km / 7h50 / D+ 3050 m

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Publié le 26 décembre 2021

Aujourd’hui, la piste commençait au milieu des champs verdoyants, encore parcourue de quelques motos se déplaçant entre un habitat de plus en plus clairsemé. Puis le silence s’est fait, le paysage a changé, les parcelles cultivées ont laissé place à de grands pâturages battus par le vent. À partir de 3700 m environ j’ai commencé à apercevoir les premiers « frailejones », plantes caractéristiques du Paramo, ce biotope particulier aux Andes. Une journée de solitude dans l'immensité, accompagné de lourds nuages pour passer un col à plus de 4100 m avant d’entamer une descente très ludique sur le village endormi d’El Cocuy. Je n’en demandais pas tant comme cadeau de Noël.


 Comme par hasard en ce jour férié il n’y a que cet hôtel ouvert …

Caractéristiques de l’étape Chita - El Cocuy 47 km / 4h / D+ 1380 m

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Publié le 27 décembre 2021

La matinée s’est déroulée sur une magnifique petite piste bien roulante pour atteindre 3850 m d’altitude et découvrir subitement au détour d’une crête toute la chaîne de la Sierra Nevada del Cocuy et son point culminant, le Ritacuba Blanco à 5410 m. On imagine ce qu’ont du être ces glaciers jadis et à quel point le réchauffement les a impacté. Ils demeurent cependant de belles meringues intimidantes, désormais interdites de toute ascension, suite à des accords avec les indiens et la création d’un parc. Un détour à 4000 m m’a permis d’aller voir d’un peu plus près ces montagnes avant de fermer la boucle en passant par Güican et sa descente très caillouteuse, épuisante car demandant beaucoup d’attention (je suis pas le roi de la descente…). Encore une journée à en prendre plein les mirettes. Ce que je vois de la nature colombienne jusqu’à présent est un spectacle ininterrompu, merci la vie.


Caractéristiques de l’étape El Cocuy - Cabañas Guaicani - Cabañas Kanwara - Güicán - El Cocuy : 65 km / 5h35 / D+ 1970 m

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Publié le 27 décembre 2021

L’étape d’aujourd’hui s’est déroulée sans risque :

Un petit déjeuner qui traîne à discuter avec un gars venu de la République Dominicaine, un ciel qui s’assombrit sérieusement pendant ce temps, une petite flemme qui s’installe tranquillement et ce sera repos. Bien m’en a pris car il a rapidement plu, jusqu’au soir. J’en ai profité pour faire un peu de renforcement de sacoche chez le cordonnier et une cure de fruits et légumes, dont je manque un peu en mangeant dans les petits restos locaux où on sert surtout des empanadas, des arepas et des pasteles, délicieuses mais tout à base de féculent, viande et fromage.

Quand je serai grand, je ferai marchand de cadenas à El Cocuy !


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Publié le 29 décembre 2021

Un départ matinal avec, pour commmencer, une longue descente de 50 km, par de la piste assez peu roulante où mes chaussettes, bien qu’aussi courtes que possible, ont réussi à descendre. Le sentiment d’avancer comme une tortue. C’est quelque chose que je découvre : je ne maitrise sûrement pas la technique mais avec un vélo de Gravel, donc sans amortisseur, j’ai du mal à trouver de la fluidité sur ces pistes à la surface tourmentée. Une fois revenu sur le goudron, une magnifique et régulière montée de 2000 m m’a donné ce sentiment exquis, qui arrive parfois, de pouvoir pédaler à l’infini, ce que j’ai fait jusqu’à quasiment la tombée nuit.

Caractéristiques de l’étape El Cocuy - Capitanejo - Málaga - San Andrés : 140 km / 8h25 / D+ 2800 m

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J’ai passé une grande partie de la journée sur une impressionnante piste taillée à flanc de montagne le long de versants très raides où l’on se dit qu’il faut quand même être bien attentif à où est-ce qu’on met les roues, sans quoi on pourrait se voir irrémédiablement englouti par la végétation, sans que personne ne nous retrouve jamais, en dérangeant au pire pendant sa chute deux ou trois serpents flemmardant par là. J’ai aussi un peu revu aujourd’hui ma notion toute européenne de vie enclavée et d’agriculture de montagne… Pour finir la journée, j’ai fait du “ça c’est fait”.

Caractéristiques de l’étape San Andrés - Guaca - Los Curos - Los Santos : 115 km / 7h35 / D+ 2680 m

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Publié le 31 décembre 2021

Voilà voilà, je commence à me demander si El Caminante avait vraiment envie de faire ce voyage…

C’est un peu expliqué dans le film mais voilà le soucis : la veille de partir, Laurent, qui a voulu bien faire évidement, a changé mon étrier de frein à disque arrière (mécanique) pour quelque chose de “mieux”, d’occasion, bien que ce que j’avais, du Shimano de base, allait très bien. J’ai été l’essayer de suite autour du magasin et j’ai constaté que le freinage était mauvais, la roue ne se bloquant jamais vraiment. Gilles a été l’essayer et m’a dit que c’était parce les plaquettes étaient neuves et que tout irait bien après rodage. Dès Bogota, j’ai constaté que les plaquettes faisaient du bruit au freinage, on les a changé une première puis une deuxième fois car elles s’usaient de manières très inégales, puis finalement on a changé le disque aussi et ça a fonctionné à peu près correctement depuis, mais toujours avec un mauvais freinage. Hier, je me suis aperçu que je ne pouvais plus tourner le piston qui permet d’ajuster la plaquette au disque au fur et à mesure de son usure. Le pas de vis de celui-ci est endommagé (peut être que ça a trop chauffer dans les descentes raides d’ici) et il est bloqué dans une position définitive... s’il ne finit pas par sauter. Je pensais pouvoir le changer facilement mais ici tous les vélos de route ou de Gravel sont montés avec des freins hydrauliques. Il existe bien des étriers mécaniques mais uniquement pour les VTT, sur lesquels les inserts ne sont pas au même endroit. Je peux donc continuer en n’ajustant que du côté extérieur au fur et à mesure de l’usure, ce qui implique de défaire souvent la vis qui relie l’étrier au câble, l’endommageant à chaque fois, mais au moins ici on trouve facilement ces câbles comme ceux que j’ai, c’est moindre mal. En fait j’ai la désagréable sensation que ce truc va me claquer dans les doigts au milieu de nulle part et que je vais me retrouver sans frein arrière du jour au lendemain. Je désespère pas d’en trouver un en contactant des magasins à Medellín qui pourraient essayer de le commander d’ici mon arrivée là-bas (mais comme il y a en plus rupture de stock chez Shimano, c’est pas gagné).

Ça me fait un peu drôle de commencer à réfléchir aussi à un itinéraire qui sollicite le moins possible les freins, donc en contournant les montagnes. Des fois, ça tient pas à grand chose que ce soit simple ou que ça devienne pénible…

Au moins les gars des ateliers d’ici ont tout essayé, j’ai fait quatre magasins où l’étrier a été démonté à chaque fois (ce qui a fini par me coûter un bras en main d’œuvre !). Un coup j’ai eu de l’espoir avec un d’eux qui était sûr d’en avoir un quelque part dans l’atelier mais qui ne l’a jamais retrouvé malgré moultes efforts et coups de fil. Je commence à me dire que pour le voyage, des bons vieux freins à patin, c’est peut être pas plus mal…

Pour rajouter un peu des soucis même s’il n’y a rien de grave, mon téléphone a été bloqué car il fallait l’enregistrer auprès de mon opérateur local. J’avais bien essayé plusieurs fois de le faire mais il était impossible de rentrer un numéro de passeport étranger et pour trouver quelqu’un localement qui veuille bien “prêter” le numéro de sa carte d’identité pour l’associer à un téléphone c’est pas facile et c’est normal.J’ai été me renseigner chez l’opérateur, ils m’ont dit que même si je changeais d’opérateur, le téléphone était enregistré nationalement comme bloqué puisqu’en essayant de faire la procédure, le numéro de série a été récupéré. Il va falloir que j’arrive à prouver que c’est bien le mien et que je puisse l’associer à mon passeport, c’est pas gagné. En attendant je vais me débrouiller avec le wifi des endroits où je passe.

Demain, aujourd’hui pour vous, je pars… je ne sais pas par où. Je comptais aller vers Cúcuta pour profiter au maximum encore de cette sierra magnifique mais je sens qu’il serait plus raisonnable d’économiser 5 ou 6 jours de montagne à mon étrier défectueux. Voilà un noeud décisionnel, on va dire que la nuit porte conseille.

L’anecdote du jour c’est qu’à midi j’ai laissé par mégarde la partie adaptateur de mon chargeur de téléphone branché à la prise d’un resto de l’autre côté de la ville. J’y suis revenu ce soir en retrouvant l’endroit je sais pas trop comment, et bien l’adaptateur était toujours là où je l’avais laissé. Ce soir je dois dormir dans le quartier le plus glauque de la ville… forcément à 3.90 € la nuit ; c’est assez bruyant sous les fenêtres et ça se hurle pas mal dessus ! Cette ville de Bucaramanga me fait l’effet d’une cocotte-minute.

Caractéristiques de l’étape Los Santos - Bucaramanga: 65 km / 3h / D+ 930 m

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Publié le 1er janvier 2022

Ce dernier jour de l’année et la soirée qui a suivi dans ce petit village, où je suis arrivé un peu par hasard en roulant jusqu’à la tombée de la nuit, parce que j’ai vu sur la carte qu’il y avait environ deux rues, donc sûrement de quoi se loger… ont été terribles !


Tant de chaleur humaine et de simplicité dans ce village de montagne m’ont véritablement ému aux larmes.

Je suis donc en direction de Cúcuta, ville frontalière avec le Venezuela où j’arriverai demain ou après-demain. En attendant c’est jus de goyave et repos à Musticua la tranquille.

Et bonne année à tout le monde !

Caractéristiques de l’étape Bucaramanga - Musticua : 105 km / 6h30 / D+ 3200 m

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Publié le 2 janvier 2022

Ce village de Mutiscua a vraiment quelque chose de particulier. La sérénité et les bonnes énergies qu’on y ressent sont peut-être dues à une nature abondante et généreuse. Les flancs de montagne sont propice à l’agriculture, essentiellement toutes sortes de choux, de l’oignon, des poireaux, des salades. Une rivière à la fois discrète et abondante en contrebas du village permet l’élevage de truites, dont la qualité est paraît-il célèbre. Le soir on m’a dit qu’il y avait 3000 petites exploitations agricoles installées sur les versants montagneux de la proche région. C’est un tout petit village mais on y trouve une école, un collège et une Maison de la Culture toute neuve. On sent qu’ici le vivre ensemble n’est pas qu’un vague argument de campagne électorale.

J’ai eu très faim hier car absolument tout était fermé, impossible de glaner une empanada par là. Par contre, la fête continuait bien dans beaucoup de maisons, avec la musique à fond, de bonnes réserves de caisses de bières empilées devant les portes et pas mal de gens qui titubaient encore dans la rue en soirée. Ici, j’avais déjà un peu remarqué ça et on me l’a confirmé, quand on picole, c’est un peu jusqu’à ce que mort s’en suive pour pas mal de monde.

Je suis toujours surpris, quand je passe une soirée dans ces petits villages comme ici où apparement la dernière personne occidentale qu’ils ont vu était une belge travaillant sur des projets de micro-entreprises l’an passé, que presque personne ne viennent jamais m’aborder pour me demander ce qu’un gringo peut bien faire dans le coin.

Hier, une famille qui rentrait d’un après-midi bien arrosé dans une ferme plus haut m’a invité à boire un verre chez eux et j’y ai passé une délicieuse soirée, avec des discussions politiques, culturelles et historiques vraiment intéressantes pour que chacun en apprenne sur le pays de l’autre. Hensy est directeur d’un institut de soin du cancer à Bucaramanga. Sa fierté est d’avoir désobéis lors du premier confinement en continuant à faire venir les malades pour qu’ils puissent continuer à suivre leur traitement chimio. Sa femme est infirmière et son frère chirurgien, tous installés à Bucaramanga. Ils m’ont confirmé la qualité exceptionnelle du système de santé ici, dont une autre infirmière rencontrée dans un bus m’avait déjà parlé. C’est le meilleur du monde selon eux, on soigne toutes et tous avec des cotisations santé dérisoires pour le peuple. On a beaucoup parlé de la gestion du Covid, de la dangerosité réelle de ce virus, des privations de liberté que nous supportons, du pouvoir accru des GAFAM qui deviennent plus riches que certains états en aspirant toutes les données privées des peuples, notamment aujourd’hui celles de santé, des règles absurdes qui changent du jour au lendemain, désorientant complètement notre esprit critique. Ça m’a fait du bien d’entendre des gens érudits et de la partie avoir ces opinions, je me suis senti moins idiot.

Ils m’ont posé beaucoup de questions sur ce voyage, se demandant vraiment quelle mouche pouvait piquer quelqu’un pour faire ça. Ils creusaient, ils creusaient, mais je n’avais pas trop d’autre raison à leur invoquer que celle d’être juste heureux sur une bicyclette à voir les paysages défiler et sentir mon corps en vie. Ça m’a fait rire, et nous sommes restés un long moment sur le sujet, car pour tous les trois, le plus incroyable était que je puisse vivre sans sexe pendant tout ce temps. Vraiment ce point les dépassaient complètement !

La soirée s’est conclue avec le passage d’un ami à eux, chef d’orchestre du cœur de l’armée à Bucaramanga, qui a sorti son violon pour me jouer des classiques colombiens magnifiques.


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Publié le 4 janvier 2022

Une matinée sur le vélo vite passée vu que ça descend surtout entre Mutiscua où je suis resté hier encore pour me reposer au frais et la ville de Cúcuta où je suis ce soir. Frontalière avec le Vénézuela, cette zone est « formellement déconseillée » par le ministère français des affaires étrangères. Pourtant dès mon entrée dans la ville, agrémentée de deux ou trois arrêts dans des quincailleries pour trouver du scotch américain, j’ai surtout vu des sourires et des gens se décarcasser pour essayer de me dégoter ça. C’est pas toujours le cas, en Colombie comme au Mexique où ça m’avait marqué : on peut parfois sentir qu’un commerçant n’a pas trop envie de comprendre ce que vous cherchez exactement et aura vite fait de vous envoyer à la prochaine « esquina » (coin de rue) en vous disant que là-bas vous trouverez à coup sûr, quite à ce que vous vous retrouviez devant un magazin de frigidaires alors que vous cherchiez des chaussettes.

Ensuite j’ai été dans un magazin de cycle qu’on m’avait conseillé lors de mon passage à Bucaramanga. Ce que je cherchais pour mon freinage n’y était pas mais j’ai changé mes pédales qui commençaient à partir en sucette et la patronne s’est sentie obligée de me les proposer à moitié prix sans que je demande rien. Puis un employé de l’atelier a tenu à regarder mon vélo et m’a changé les plaquettes, qui m’ont été offertes. Enfin, un autre employé m’a invité à manger à midi, et il m’a été impossible de payer le repas. Là je me suis dit : ici ça craint vraiment, ils ont l’air de m’en vouloir.

Ensuite j’ai continué à brasser sur mon histoire de téléphone bloqué. En cherchant la boutique de l’opérateur Tigo qui n’était pas placée au bon endroit sur Google Map, je me suis arrêté pour demander où c’était dans un café-bar qui avait l’air tranquille et sympa. Comme la boutique était finalement plus loin dans un grand centre commercial où je sentais qu’il allait être un peu chaud de laisser le vélo dans la rue le temps de gérer ce bazard, j’ai demandé si je pouvais le laisser au bar pour y aller à pied. La réponse de Lys l’employée a été : ici c’est ta maison.

Finalement pour le téléphone, en gros il a été bloqué car je n’ai jamais pu l’enregistrer avec un numéro de passeport étranger, c’est impossible à faire vu que les champs de remplissage disponibles ne correspondent pas au nombre de chiffres d’une carte d’identité colombienne. Vendredi à Bucaramanga chez Claro lors de mon passage à l’agence, on m’avait dit après une heure à essayer plein de trucs avec l’employé que c’était débloqué de leur côté mais qu’il fallait que je fasse la même chose chez Tigo, comme j’avais précédemment utilisé une carte SIM de chaque opérateur. En arrivant aujourd’hui chez ces derniers, ils m’ont dit que c’était impossible d’enregistrer un téléphone pour un étranger, que je devais trouver de la famille ou un ami ici qui accepte de le faire avec son numéro d’identité colombien.

Me voilà donc revenu bredouille au bar où j’avais laissé le vélo. Au détour d’un café et de la conversation je leur explique le plan et voilà que Jesus le patron me propose d’aller ensemble chez Tigo pour qu’il enregistre mon téléphone à son nom. Imaginez un français prenant le responsabilité de mettre à son nom le téléphone d’un colombien qu’il connaît depuis deux minutes, téléphone avec lequel il est possible d’acheter de la drogue, des armes, des faux, de circuler sur des sites de pédopornographie, etc.

Nous voilà donc partis chez Tigo, qui nous dit après presque une heure d’attente, que le téléphone est maintenant débloqué mais que ce sera effectif que le lendemain et à conditions de faire la même procédure chez Claro, situé à plus d’un kilomètre à pied par 38 degrés. Claro chez qui il y a encore plus de monde et qui nous dit après avoir aussi mis mon téléphone au nom de Jesus que c’est ok mais qu’il faut attendre que Tigo me débloque pour que eux aussi puissent le faire. Bref ça sent un peu l’enfumage et le renvoi d’ascenseur entre les deux compagnies et je me dis que si ça continue comme ça, dans une semaine j’y suis encore à faire la tournée de Claro et de Tigo dans une grande ville, en plus sans la carte d’identité de Jesus. Finalement, j’ai acheté le téléphone le moins cher qui était disponible, (un Kodak, celui-là il va être collector !), que nous avons enregistré au nom de Jesus et je ferais ainsi du partage de connexion avec le mien quand j’aurai besoin d’Internet sur la route pour la carto, trouver un hébergement, appeler en cas de soucis, etc.

Jesus, qui ne me connaissait pas à midi a donc passé l’aprem à faire le tour des opérateurs téléphoniques avec moi pour me dépatouiller l’histoire. Bien-sûr la soirée s’est terminée tard à boire des bières à son bar tous les trois avec Lys. L’occasion d’apprendre que le Paramo de Santurbán, situé plus de 3000 m au-dessus, joyaux de la nature avec plein de lacs et surtout réserve naturelle d’eau pour la ville, est menacé par un projet de mine d’or, que le gouvernement colombien est prêt à vendre à une multinationale des Émirats Arabes. L’opposition locale est ferme mais ils ne se font pas beaucoup d’illusions, accusant une corruption endémique de la classe politique colombienne. Corruption qu’ils traitent avec humour d’ailleurs, comme un français pourrait se moquer de son béret et de sa baguette.

Plus terre à terre, un magazin de vélo de Bucaramanga m’a à priori trouvé un étrier mécanique de frein d’une marque locale. Je risque donc bien de faire un crochet pour repasser à cette ville dans les prochains jours. Finalement c’est la mécanique qui décide en priorité de mon itinéraire depuis le début : pourquoi pas après tout, ça réduit les choix et les questionnements !

Étape Mutiscua - Cúcuta : 112 km / 4h20 / D+ 700 m

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Publié le 5 janvier 2022

Gros dodo…

Caractéristiques de l’étape Cúcuta - Ábrego : 174 km / 9h35 / D+ 4020 m

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Publié le 6 janvier 2022

J’ai quitté aujourd’hui la Sierra Orientale qui depuis un mois m’a fait vivre ce que j’étais venu chercher : des rencontres et le plaisir de rouler toute la journée parmi des paysages inconnus sur ces impressionnantes pistes et routes aux 1000 lacets. Un air de liberté aussi, même si finalement on se sent très, très, dépendant de son moyen de locomotion quand celui-ci fait des siennes.

Ce que j’ai le plus aimé, c’est l’incroyable diversité des forêts et biotopes selon les altitudes où l’on se trouve, avec la possibilité de passer dans la journée d’une jungle étouffante et humide aux paramos secs et froids souvent menacés par de lourds nuages.

J’ai atteint le point le plus au nord du voyage car j’ai abandonné l’idée de monter sur la côte Caraïbes, une option qui me prendrait du temps au détriment des montagnes plus au sud, celles de la Sierra Centrale. Ce qui me plaît ici c’est d’aller de petits villages en petits villages au cœur des reliefs. Je sais aussi que je m’ennuie assez vite à la plage quand j’y suis seul et que deux jours m’y suffiraient. Expérience du précédent voyage.

Je suis arrivé en milieu d’après-midi à San Alberto où ma route part maintenant vers le sud-ouest en direction de Medellín. Ce soir, j’ai pris un bus pour Bucaramanga où un des multiples magazins chez qui j’étais passé la semaine dernière et avec qui je suis resté en contact m’a normalement trouvé un étrier de frein à disque qui conviendrait… On devrait changer ça demain matin puis je reprendrai la route là où je l’ai laissé en remontant en bus à San Alberto.

Comme le montre la vidéo, j’ai croisé un iguane aujourd’hui !

Petite anecdote pour finir : je suis étonné car il est assez fréquent que des gens me demandent leur chemin. Ils se disent sûrement que pour être là en vélo, le mec doit être du coin. Dans ces cas, je leur fais croire que je suis mexicain, en leur disant que c’est à droite tout en regardant à gauche et en faisant un geste qui embrasse à peu près 180 degrés, conclu au dernier moment par un balancement de poignet dans une direction hasardeuse. Je précise toujours que c’est “muy cerquita”, très proche, même s’il faut encore 4h pour s’y rendre. Je plaisante. Ça me faisait juste plaisir de me remémorer ce détail du Mexique ! Mais pour les gens qui me demandent leur chemin, c’est vrai…

Étape Abrego - Ocaña - San Alberto : 153 km / 6h30 / D+ 1050 m

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Publié le 7 janvier 2022

En fin de journée, j’ai continué à descendre la vallée à fond parfaitement plat du Rio Magdalena, qui parcourt le pays du Sud au nord sur plus de 1500 km. Elle sépare la Sierra Orientale, que j’ai remonté depuis Bogotá, de la Sierra Centrale vers laquelle je me dirige. Large de plus de 100 km par endroits c’est une vaste zone humide où je vois beaucoup de bétail, surtout des bovins. J’y vois aussi une monoculture extensive de palmiers à huile. La Colombie est le 4ème producteur mondial d’huile de palme et le premier du continent sud-américain. Je n’ai rien trouvé de particulier sur la région où je me trouve mais en fouillant internet, on lit que dans les régions proches de l’Amazonie (Mapiripán), l’état, avec l’aide de groupes para-militaires n’a pas hésité à massacrer des communautés pour implanter la multinationale italo-espagnole Poligrow, piétinant des lois nationales qui interdisent l’accumulation de terres.

Ce soir je suis à la ville de Sabana de Torres, étonnante bourgade très animée, un peu perdue au milieu de nulle part, que l’on aurait imaginé plus petite et discrète vue sa situation géographique. Je pense que l’économie de l’huile de palme n’est pas étrangère à ce dynamisme.

Sinon, je n’aurais pas fait l’aller-retour à Bucaramanga en bus pour rien, car j’ai désormais un nouvel étrier de frein à disque qui remplace le défectueux. J’ai bien fait de prendre un peu par hasard le chemin de Cúcuta la semaine dernière car, outre les moments humains exceptionnels que j’ai vécu en faisant cette boucle, je ne me suis pas trop éloigné de Bucaramanga contrairement à si j’étais parti vers la côte. Pendant ce temps, un jeune d’un des magazins que j’avais fait, s’est souvenu qu’ils avaient un client qui devait avoir ça chez lui. C’est ce que j’ai racheté et installé, une marque colombiennne, fonctionnant avec des plaquettes qu’on trouve partout. Le freinage fait l’affaire sans être excellent, mais je ne vais pas commencer à être trop difficile. J’ai tout de même gardé, on sait jamais, le défectueux, car il pourrait encore faire un bout de chemin si j’avais un soucis sur le nouveau. Comme le gars vendait les 2 étriers ou rien, j’ai embarqué aussi celui de devant au cas où l’enchaînement d’ennuis mécaniques se poursuivrait ! Allez roulez jeunesse.

Étape San Alberto - Sabane de Torres : 63 km / 2h40 / D+ 100 m

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Publié le 8 janvier 2022

Ça c’est fait… dans le sens où les journées comme aujourd’hui sur des routes à gros traffic font assez peur. Disons qu’il faut gérer avec une attention de chaque instant et avoir un peu de chance pour ne pas se faire ramasser par un mec qui conduit en tapotant sur son téléphone. La suite depuis Puerto Berrío où je suis ce soir devrait être bien plus calme.

C’était bien quand même, car il y avait beaucoup de plaisir à être sur El Caminante, avec un agréable sentiment de déplacement “en ligne”. Bien aussi parce que j’ai enjambé le Rio Magdalena, passage symboliquement et géographiquement important dans le voyage. Aussi parce que je suis arrivé à Puerto Berrío, ville un peu perdue au milieu de nulle part, n’y rencontrant depuis que je suis là que des gens sympas et souriants. La vie a l’air assez trépidante ici et j’ai l’impression que pas mal de gens sont originaires des Antilles mais je me trompe peut-être. Demain samedi ce sera pour moi pause prolongée ici avec cure de fruits et légumes.

Aujourd’hui, il y a surtout eu la rencontre avec ces deux gars qu’on voit dans le film. Deux colombiens voyageant du nord au sud du pays, avec des moyens très limités je pense. L’un d’eux s’est fait voler son vélo à côté de la tente une nuit vers Bucaramanga, 120 km en amont d’où je les ai trouvé, l’un marchant, l’autre sur le vélo, alternant ainsi toute la journée. Ils comptent se déplacer ainsi jusqu’à Medellín où ils espèrent trouver un vélo premier prix. Sans qu’ils ne me demandent quoique ce soit, je leur ai donné peut être pas tout à fait de quoi acheter un vélo premier prix mais je devais pas être loin vu comment ils ont eu l’air d’halluciner. Ça m’a tellement ému de voir leur surprise que j’en ai oublié pour la journée que j’avais mal au genoux. Ils ont beaucoup insisté pour que je passe visiter la hacienda de Pablo Escobar, vraiment ça avait l’air d’être pour eux le truc à ne pas manquer en Colombie.

Normalement, si vous montez bien le son de votre téléphone ou ordinateur, la vidéo d’aujourd’hui devrait correctement vous criquer la tête !

Étape Sabana de Torres - Puerto Berrio : 171 km / 7h / D+ 500 m

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Publié le 8 janvier 2022

« Ma fièvre, mon avidité étaient si fortes qu’elles portaient ma joie. Il devait en être ainsi pendant tout le parcours. Je ne savais pas encore construire l’équilibre entre le mouvement et l’arrêt. Trop de chaleur, trop de désirs que je ne pouvais même pas nommer me poussaient en avant et les plus beaux présents de l’heure me paraissaient déjà épuisés au moment même où je les touchais”.

Hier Christine Oscaby une amie m’a envoyé cette citation de Joseph Kessel (un peu remaniée par ses soins). J’ai adoré lire Kessel quand j’avais 30 ans. J’ai pas tout lu car il a eu une production incroyable et pas mal de choses n’ont pas été rééditées mais je pense avoir bien parcouru ses œuvres de voyageur - journaliste - écrivain. Un sacré personnage, dont je conseille la biographie par Yves Courrière (Sur la piste du Lion). De Kessel, les incontournables me semblent être Les Cavaliers, Les Mains du Miracle et Fortune Carrée.

Aujourd’hui j’ai trouvé le repos avec plaisir dans la fournaise de Puerto Berrío où il fait quand même bon à l’ombre et où un air frais se lève le soir. Un peu d’entretien du vélo, enfin une lessive complète grâce à la machine de l’hôtel, le tour des marchands de fruits et légumes, de jus frais et de glaces.

Je pensais aux petites habitudes que l’on peut avoir dans la vie. Chez moi, pas une journée ne peut commencer sans un thermos de maté, trois grands bols de thé vert et une séance conséquente d’étirements et de cohérence cardiaque. Il ne m’est pas possible de partir travailler si je n’ai pas suivi ce rituel, je ne me sens pas prêt et ça peut vraiment me perturber. Ici comme pendant le voyage vélo précèdent, je ne m’étire pas, je bois une gourde d’eau plate au réveil et 15 min plus tard je suis parti, ce qui fonctionne très bien aussi ! Tout est affaire de contexte. Ceci dit aujourd’hui au bénéfice du repos et de mon hôtel tout clean, j’ai quand même pris pas mal de temps pour m’étirer et bien masser ce genou à l’Arnica, qui d’ailleurs va mieux.

Un peu dans la même veine, “faire avec ce qu’on a”, voici les photos de ce que j’avais au départ de France et de ce que j’ai maintenant depuis la dernière fois que j’ai quitté Bogotá (avec en plus depuis la photo, deux étriers de freins au cas où !).

Je pensais enfin à comment, quand on commence à avoir des soucis sur le vélo, on se met à paranoïer au moindre petit bruit. L’autre jour en arrivant sur Cúcuta, j’entendais un bruit strident récurrent tout en me demandant s’il ne s’agissait pas d’oiseaux dans les haies d’arbres ombrageant la route. Il a fallu que je m’arrête mettre cette affaire au clair et me tranquilliser car il s’agissait bien seulement d’ébats entre volatiles.

Demain direction Medellín où je devrais arriver d’ici trois jours, avec un passage par Guatapé et normalement à nouveau des petites pistes entre les villages pour retrouver la tranquillité.

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Publié le 10 janvier 2022

Me voici dans ce grand département d’Antioquia, celui de Medellín, après être passé successivement par le Cundinamarca, le Boyacá, le Santander, le Norte de Santander et le Cesar. Le relief est réapparu peu à peu : pas de grands cols encore mais d’innombrables montées et descentes raides, ce qui est bien plus fatiguant à mon goût. On appelle ça des « lomas » ici, brusques et exigeantes côtes, la traduction exacte étant « monticules ». Presque on se serait cru au Pays Basque. Ce soir je suis à San Roque, petit village situé à 1500 m où il y a de l’animation dans les rues le dimanche et plus de fraîcheur qu’au niveau du Rio Magdalena. De beaux paysages très verts ont rythmé le parcours, ainsi qu’une chaleur largement supportable et un arrêt pour manger une délicieuse arepa de chocolo (galette de maïs doux garnie de fromage maison) chez une famille sympa qui proposait ça le long du chemin.

Étape Puerto Berrío - San Roque : 102 km / 6h05 / D+ 2450 m

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Publié le 11 janvier 2022

Un parcours en rase campagne ce matin pour commencer, avec rapidement de la piste humide et acrobatique. Après une dizaine de kilomètres, je me suis arrêté boire un café à un petit resto-hotel au milieu de nulle part, jusqu’où j’avais failli pousser hier soir, mais comme je n’avais pas réussi à déterminer si c’était un hébergement tout simple ou des “cabañas” de luxe comme il y a parfois ici, je suis resté à San Roque. De cafés en cafés et de discussions en discussions, je n’arrivais plus à quitter cet endroit à l’énergie magique, géré par une famille de gens tellement accueillants. Je n’attendais qu’une chose : qu’il se mette à pleuvoir des cordes afin d’avoir une excuse pour passer la journée là. J’ai finalement réussi à partir au bout de deux heures, bien que le petit garçon me demande plein de fois de rester là d’un air tout triste.

Je suis arrivé au lac de Guatapé qui sera mon étape, un endroit très touristique fréquenté surtout par les gens de Medellín (prononcer Médeyin). Aujourd’hui c’est la fin des vacances de Noël et on sent que tout le monde en profite jusqu’au bout. Situé à 1900 m d’altitude, le lac est artificiel comme les autres que j’ai longé aujourd’hui. Il produit beaucoup d’énergie de ce qu’on m’a expliqué, dont une partie est revendue aux pays limitrophes. Il est géré par l’entreprise EPM qui semble être une grosse pourvoyeuse d’emplois dans la région.


Étape San Roque - San Rafael - Guatapé : 75 km / 5h / D+ 1600 m

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Publié le 12 janvier 2022

Un nom qui résonne depuis toujours pour moi, comme certaines villes du monde où on ne pensait jamais aller, comme d’autres pour lesquelles on se dit qu’on ira sûrement jamais…

C’est aussi une balise géographique et temporelle du voyage. D’ici s’ouvre la route du sud par les sierras centrales et occidentales et quand je remonterai sur El Caminante, la moitié du temps où presque sera déjà passée. Il faudra dès lors que je me dépêche d’en profiter !

L’arbre dont je parle est le Yarumo Blanco 


Étape Guatapé - Rio Negro - El Tablazo - Medellín : 78 km / 4h30 / D+ 1560 m

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Publié le 13 janvier 2022

Une journée à visiter ce qui se visite sûrement le plus ici : la Comuna 13, un des multiples quartiers construits à flanc de colline, où tout est imbriqué dans un équilibre qui semble bien précaire. L’histoire raconte qu’entre 1990 et 2010, c’était un quartier inaccessible, rongé par le traffic de drogue et la criminalité. En 2001 ce charmant Álvaro Uribe, alors président, aujourd’hui assigné à résidence par la cour suprême pour entrave à la justice (ce qui coupe le pays en deux ici entre ses fervents défenseurs, les “uribistas”, partisans d’une droite dure qui se passerait bien des institutions, et ses opposants qui ne voient en cet homme que ses liens étroits avec le traffic de drogue, le grand banditisme, ses amitiés avérées avec Pablo Escobar et les pires exactions commises par ses forces paramilitaires, appuyées notamment par son meilleur allié, les USA de Bush Junior) y ordonna l’opération Orion, un massacre de civils n’ayant rien à voir avec le traffic, les groupes paramilitaires et l’armée se livrant ensemble à des exécutions sommaires à l’aveugle. Les familles n’ont eu d’autre choix que d’enterrer leurs morts dans une fosse commune, plus tard recouverte par une décharge, car un service funéraire leur a été refusé. Les disparitions ont aussi été très nombreuses.

Dans les années qui ont suivi, la violence n’a fait qu’empirer mais depuis 10 ans, la Comuna 13 est peu à peu devenue un fief du street-art puis une destination touristique, les habitants voulant tourner la page (il y avait dans ces années là 7000 meurtres par an à Medellín). La municipalité a parallèlement souhaité le désenclavement de ces quartiers en facilitant le déplacement des gens vers le centre-ville, grâce au métro combiné avec des télécabines particulièrement performantes et modernes. En 2013 Medellín a été élue ville la plus innovante du monde.

Tout ce que je raconte ci-dessus vient de ce que j’ai pu lire sur le net en cherchant des infos, mais ça demanderait à être vérifié par un historien local.

On trouve même aujourd’hui des escalators dans la zone la plus touristique de la Comuna 13. Je n’ai pas vu tant d’œuvres que ça sur les murs ou peut-être sont-elles cachées par les nombreuses échoppes à souvenirs qui ont fleuri. En tout cas il y régnait une ambiance agréable et bon enfant. J’ai rapidement pris les chemins de traverse ou plutôt les escaliers de traverse, pour déambuler un peu plus loin, en me demandant si les gens qui vivent ici voyaient d’un bon œil que des touristes passent dans leurs ruelles, tout étant tellement étroit qu’on pourrait penser violer leur intimité, mais je me suis senti bienvenu partout, où tout au moins je n’avais pas l’impression de déranger. J’ai même trouvé un coiffeur désœuvré qui s’est occupé de moi en discutant une bonne heure et demi.

Un petit film et quelques photos pour illustrer cet endroit :


Quelques mises en garde dans le salon de coiffure :

Pour revenir sur la confusion qui peut encore régner ici entre les forces militaires d’états et les groupes paramilitaires, ces milices qui travaillent dans l’ombre pour faire le sale boulot sans que le pouvoir ne se mouille, voici ce que j’ai pu entendre dans la télécabine où je me trouvais à un moment… Une famille de Cali visitait la ville comme moi et un étudiant qui vivait là leur expliquait quelques trucs sur le coin, regrettant à un moment que des groupes paramilitaires soient encore installés dans ces quartiers. La dame a alors dit que c’était très bien pour maintenir l’ordre. L’étudiant était un peu interloqué, je l’ai moi aussi regardé avec insistance et il a fallu que sa famille lui fasse préciser sa pensée pour qu’elle se rende compte que dans sa tête c’était un peu pareil mais que finalement, non, on pouvait pas considérer que c’était pareil. Il y a eu comme un gros flottement pendant quelques minutes…

J’ai ensuite rejoint le quartier de la Plaza Botero, où des sculptures en bronze de l’artiste colombien sont exposées, puis déambulé dans le quartier de la calle 49 où si vous avez besoin de vêtements, de lunettes de soleil, de chaussures, etc, les échoppes de rue ne manquent pas, dans un impressionnant fourmillement humain et brouhaha sans fin.

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Publié le 14 janvier 2022

Aux petits soins pour El Caminante ce matin, afin qu’il reparte sur les chapeaux de roues… Il me semble en excellente santé, impatient de mordre à nouveau le macadam et les pistes andines. Il doit avoir quelques accointances avec le pays car il s’accommode très bien des pièces colombiennnes dont il s’est vu équipé.

Pour son propriétaire, le thème a plutôt été ensuite de se laisser porter, au propre comme au figuré puisque j’ai un peu passé mon temps dans les télécabines à admirer la ville s’étendre à perte de vue ainsi qu’à me gorger de jus de fruit de toutes sortes, en traînant dans les quartiers populaires, ceux où je me sens toujours le mieux en voyage.

J’ai aussi été faire un tour du côté de la Carrerra 70 et je me suis dis que si je revenais en Colombie avec des projets plus festifs, c’est là que j’établierai le camp de base à Medellín pour la vie nocturne qui semble bien établie et sans fard, contrairement au quartier d’El Poblado où j’ai mon hostal, sympa en journée dans les petites rues périphériques mais plutôt pensé pour une jeunesse dorée en voyage avec pas mal de bars et boites branchées à l’occidentale, un peu trop « fake » à mon goût.

Un de mes soucis ici, c’est qu’à chaque fois que je parle de mon parcours avec quelqu’un, on me dit qu’il faut absolument aller là et là et aussi là, avec une mention spéciale j’ai l’impression pour la région du Chocó côté Pacifique, accessible seulement en avion et où la nature semble reine. Tant pis, il faudra que je revienne, c’est ballot. Ou que je reste.

Ce que je peux aussi noter au travers de différents détails, c’est ce désir profond des colombiens de ne jamais retrouver la violence qui a détruit le pays pendant des décennies. On sent par exemple que chacun fait attention à ne jamais avoir un mot plus haut l’autre et on s’innonde de « mi amor » dans les conversations, même pour payer un café, ainsi que de « sí señor ou de sí señora”, accentuant ainsi le respect des uns envers les autres.

C’est peut-être un peu étrange de dire ça mais je le ressens aussi dans la mendicité qui se fait toujours d’une façon douce et « enveloppante ». Si tu n’as pas envie de donner, parce qu’il arrive que ça fasse plusieurs fois d’affilé que tu réponds favorablement aux sollicitations, et que tu dis “peut-être demain plutôt si on se recroise”, on te remercie quand même et un check est systématique, voire un “abrazo” (se prendre brièvement dans les bras), avec de grands “gracias brother, hermano, suerte”.

Souvent la mendicité se fait au moment où tu achètes à manger dans la rue. On vient te demander si tu peux offrir un petit quelque chose et tu achètes un peu plus que prévu. C’est souvent l’occasion de partager une discussion tranquille.

Je dis tout ça avec mon regard de touriste qui est peut-être complément tronqué, en tout cas je ne vois jamais de gens sur les nerfs… sauf sur la route quand ils sont derrière un camion depuis 40 km et qu’ils se battent tous d’un coup pour doubler, sans aucune règle, dès qu’il y a un semblant de créneau… Mais devenir un gros con au volant, c’est universel, je sais de quoi je parle !


Ci-dessus affiche dans le métro : “Je connais mon histoire si je sais la vérité. Les enlèvements et les exécutions extra-judiciaires rendent compte de la crualité et de l’horreur du conflit. Dans la guerre, personne ne gagne”

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Publié le 15 janvier 2022

Une journée et des routes idéales pour rouler et commencer à découvrir la zona cafetera… Je sens que ça va être bien ce coin !

Étape Medellín - Camilocé - Fredonia - Puente Iglesias - Cauca Viejo - Jericó : 113 km / 7h / D+ 3080 m

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Publié le 16 janvier 2022

Jericó où j’étais hier soir et Jardín où je suis ce soir sont les premiers villages touristiques que je visite depuis que je suis là (hormis Guatapé), en tout cas les premiers où je rencontre des compatriotes, en dormant dans des hostals, hébergements souvent très chouettes et économiques avec des lits en chambres communes. Ce sont également, et surtout, des villages beaucoup visités par les gens de Medellín comme aujourd’hui en plein week-end.

Jardín est aussi le village de naissance de Sergio que je salue et remercie. Guide à Chamonix avec un infaillible et permanent sourire aux lèvres, il a fini, en discutant lors d’une fête à Vallorcine en septembre dernier, de me convaincre de faire ce voyage dans son pays.

Aujourd’hui une grande partie du parcours s’est déroulée sur une petite piste en rase campagne parmi les champs de café et de bananes. J’ai été impressionné comme toujours ici par la raideur des pentes cultivées. On peut dire que l’expression « agriculture de montagne » ne risque pas d’être galvaudée en Colombie. Le pays est le aujourd’hui le troisième producteur mondial de café, derrière le Brésil et le Vietnam.

Il a fallu le petit village de Buenos Aires, installé à flanc de montagne et accessible d’un côté comme de l’autre par une piste assez acrobatique pour que je croise Frank, irlandais et premier cycliste au long cours que je vois ici. Il est parti en 2019 des États Unis, s’est retrouvé confiné trois mois dans un petit village au Mexique où il a été très heureux, puis a continué jusqu’à maintenant. Il venait de descendre jusqu’à la frontière de l’Équateur pour continuer jusqu’en Argentine mais en novembre la frontière était fermée pour cause de troubles sociaux (apparemment) et Covid, alors il remontait tranquillement pour profiter encore de la Colombie et il envisage de rentrer bientôt en Europe.

Ce Franck est mon héros car son vélo était vraiment chargé et quand on connaît le relief ici, ça fait toute la différence. De plus durant l’heure qu’on a passé ensemble à boire des cafés, au milieu de la montée pour lui, il a bien du s’envoyer cinq clopes. Quelle santé ! Feliz viaje Franck.

Maintenant je vais peu à peu obliquer vers le sud-est pour d’ici quelques jours aller « tricoter » la chaîne centrale, avec en principe d’une part un nouveau passage à plus de 4000 m et d’autre part l’ascension du Paramo de Letras, col mythique ici, de ceux qui commencent dans la jungle et finissent en haute montagne. Enfin, c’est l’idée, on verra bien.

Étape Jericó - Buenos Aires - Andes - Jardín : 53 km / 3h55 / D+ 1060 m

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Publié le 17 janvier 2022

C’est le risque et le plaisir des hostales de voyageurs. On prend un café puis deux puis trois puis toute la matinée en discutant et il se fait tard et on a plus envie de partir. Ce matin était aussi prévu un café sur la place avec Zoraida, la femme de Sergio dont je parlais hier, qui est aussi colombienne et ici à Jardín en ce moment. On a beaucoup parlé, en particulier, concernant le Covid, des différentes manières de gérer ceci entre l’Europe et ici, ainsi que du rapport à la mort qui n’est pas le même entre nos deux cultures. Merci Zoraida pour ces précieuses discussions éclairées.

J’ai toujours des scrupules quand je suis dans des endroits touristiques à ne pas faire le truc qui doit se faire, pas tant par peur de rater quelque chose mais plutôt en me disant qu’il n’y a pas que le vélo dans la vie. Je suis donc parti marcher pour aller voir une cascade qui se visite, en prenant un long sentier où j’étais seul, à l’opposé du chemin classique par lequel on arrive près de la cascade en jeep. J’ai vite senti que mes chaussures de VTT avec lesquelles je n’avais jamais vraiment marché allaient me faire des ampoules aux talons mais en gros bourrin que je suis, j’ai continué, car un objectif est un objectif, pas d’ça chez les Thivel. J’ai beau eu marcher pieds nus la moitié du chemin, au demeurant dans de beaux pâturages humides où il était agréable de patauger en mode primitif, je suis rentré bien fatigué de cet après-midi à randonner non-stop d’un bon pas et comme prévu avec deux belles ampoules, tel le débutant moyen.

Quand on est con on est con, surtout qu’au final je n’ai pas vu la fameuse cascade car en y arrivant, j’ai constaté qu’il fallait payer 5€ tout de même, avec un temps de visite limité, par vagues de 15 personnes, pour une cascade qui d’après Caroline qui en venait, fait trois mètres de haut. C’était donc une journée de repos sans repos mais le retour par le même chemin avec Caroline de Saint Jean de Luz était très sympa ainsi que les paysages. J’ai quand même décidé que dorénavant, ce que je vois toute la journée en vélo allait largement suffire à mon plaisir !