Carnet de voyage

la poule au dos d'âne

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Partir un jour, découvrir toujours!
Août 2019
365 semaines
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Il y avait de la terre sous nos godasses. Nous aurions pu dire: "Au commencement il y avait un oeuf. Ou une poule.". L'histoire aurait été inimitable, intéressante, mais un peu plus longue.

Au commencement il y avait de la terre sous nos godasses. Notre esprit scientifique nous amène à quelques déductions:

1/ Nous parcourons les chemins de nos pays. Et bien que, ma foi, nous connaissons tous les chemins de nos pays, il en reste toujours à parcourir.

2/ La météo permet un fin dépôt de terre sur la semelle donc la météo n'est pas aride. Nous ne sommes pas en Namibie à l'heure de Sherlock Holmes sur France 3.

3/ Nous devons nettoyer nos souliers avant de passer le prochain contrôle douanier aérien. Non pas parce que les chaussures terreuses ont une plus value monétaire à déclarer, mais car sans semelles propres, pas de passage, sans passage pas de permis, sans permis (pas d'palais) pas de laisser passer, et sans laisser passer on n'est pas laissés passer. Et franchement, voilà. (toute référence est purement fortuite).

Ah, mais c'est donc d'un voyage que nous vous parlons? Eh oui, et ne vous inquiétez pas, dorénavant, après le point suivant, il n'y aura plus tellement de digression, nous irons droit au but. POINT.

Sur les chemins de mon pays .

Nous partons en voyage, prendre le large, voir d'autres paysages. Avec un Permis Vacances Travail Néo-Zélandais pour commencer. Qu'on se le dise voici les non-raisons du choix de la destination:

1/ Nous partons en Nouvelle-Zélande comme tous les jeunes (ou moins jeunes). Non ce n'est pas la classe, non nous n'avons pas choisi ce pays pour rencontrer des Français, et d'ailleurs on est d'accord aussi pour en rencontrer quelques uns à l'occasion.

2/ Nous partons travailler à l'étranger. Non, car dans Permis Vacances Travail il y a le mot VACANCES, et ça fait plaisir. Alors pour l'instant nous n'avons pas le projet de "travailler facilement même si la vie est chère, tu verras c'est pas comme l'Australie".

3/ Nous fuyons un quotidien morne et sale. Nous avons la chance d'avoir un travail qui nous plait encore à la fin de cette période Strasbourgeoise. Nous pensons qu'il n'y pas besoin d'aller chercher bien loin pour que la vie se refasse une beauté: la destination à 19167 kilomètres et des brouettes ne nous sert pas à changer de vie (pas pourrie).

Quand nous saurons pourquoi nous partons, nous vous en informerons. Pour l'instant nous savons que nous partons et nous vous en informons, poil au menton.

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Le temps s’égraine comme les perles calcaires des buissons inondés dans les rivières pétrifiantes. Chaque petite brindille s’enrobe d’une épaisseur de calcaire pendant quelque temps, puis quand vient le moment, chaque nouvelle construction peut s’en aller à son tour dans le cours d’eau.

Notre préparation au voyage a eu le même processus.

Nous avons enrobé la brindille administrative France, celle Nouvelle-Zélande, puis nous nous sommes penchés sur la brindille communication, puis sur celle des nouvelles technologies. Et chaque enrobage successif nous a pris, c’est vrai, beaucoup de temps et d’énergie, beaucoup de concentration. Au risque peut-être même de ne plus s’inquiéter de ce qui se passe autour de nous, en tout cas de paraître préoccupé par notre sort, et uniquement par notre sort. Or ce que nous avons souvent souhaité à ce moment c’est parvenir à sortir la tête de l’eau. Ne plus être la fourmi travailleuse mais devenir l’abeille butineuse hors des sentiers battus. Celle qui a décidé qu’il est bon de se faire un petit plaisir de temps en temps.

Il ne faut pas voir ici une plainte, car nous sommes contents de ce que nous avons construit. Il faut y voir l’élaboration d’un bon miel, avec parfois des envies d’autres fleurs.

Voici en quelques images l’élaboration d’un bon miel.

Avant rangement. 
Après rangement. 

Raphaël: Sac à dos: 12kg, Sac ventral: 7kg.

Elisa: Sac à dos: 15kg, Sac ventral 6kg.

And the winner is: Raphaël et Elisa prêt à concourir avec un poids total de 152kg tout mouillés.

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Publié le 11 août 2019

A Dubaï, la démesure de ce pays est révélée dès l’atterrissage. Sitôt les roues de l’avion posées sur la terre ferme nous voyons à travers la télé et les caméras propres à l’avion une alignée d’avions aux couleurs d’Emirates.


Nous prenons le bus pour rejoindre la correspondance et Raphaël me désigne un airbus 380 en disant « regardes c’est le notre, un A380. » Puis il enchaine « Ha, un autre, et un autre, oh encore un… J’ai arrêté de les compter. » Les couloirs sont grands, tout le personnel est souriant, et surtout tout est très bien indiqué (normal puisque comme à IKEA tu es obligé de faire tous les magasins pour aller d’un point A à un point B). Il est nécessaire de donner au client le plus de temps possible pour acheter. Nous avons préféré nous assoupir sur des transats, le sac sous notre ventre, en attendant le bus (ha non l’airbus) suivant.


Lors de nos 15h de vol nous avons pu élaborer la théorie suivante : les sièges du milieu et des rangées de devant sont souvent celles attribuées à des familles de 4, 4 enfants bruyants, qui alternent siestes et surtout jeux, écrans contre lesquels ils frappent en criant comme des petits chats. Les places contre les toilettes permettent de n’avoir personne qui bouscule le siège par l’arrière.

Entre les deux vous pourrez avoir la chance de tomber sur des rangées avec des sièges vides qui vous permettent de vous allonger, ou sur des enfants non parqués dans les sièges des premières rangées, ou sur deux personnes qui se rencontrent pour la première fois, ont un coup de foudre et se racontent toute leur vie dans TOUS les détails. Vous aurez compris que nous étions proches des enfants-chats et des full coup de foudre. Si bien que quelques heures avant l’atterrissage je suis allée migrer vers le fond et me suis allongée sur deux sièges, rendant quelque peu mal à l’aise le monsieur d’à côté qui a cru que j’allais carrément mettre ma tête sur ses genoux.

Résumé de nos 26 h de vol: La salade de quinoa est meilleure dans le vol Dubaï-Auckland que dans le vol Lyon-Dubaï.

Raphaël, le bienheureux. 
Dubaï, la dé mesure. 
Dubaï, la démesure. 
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Publié le 11 août 2019

Nous avons passé les douanes en ayant signalé la présence d’un équipement de randonnée. Un petit monsieur moustachu nous fait avancer. « Vous avez signalé du matériel, c’est pour les chaussures que vous portez ? » (comment vous le savez ? On sent si fort des pieds ?). « Oui, on les a nettoyées. » « Tournez-vous et montrez moi » « Comme les chevaux? (avec le sourire) » « Oui mais sans le bruit ». Je me tourne et fais le bruit, il rit, nous passons.


Il y a une douche gratuite à l’aéroport, et qu’est ce que ça fait du bien ! Le temps de se régénérer, de voir le hors forfait à cause de l’incompétence des services Free et nous voilà parti vers le centre ville d’Auckland. Tout le monde veut nous aider, on doit avoir des têtes de dépravés.


Sky Tower. 

Le centre ville n’a aucun intérêt. C’est une grande avenue avec des banques, des pancartes, des mendiants, des magasins de souvenir et de téléphonie et des bus qui circulent. Nous essayons d’aller au port, trouvons un terre plein au soleil et mangeons un petit sandwich. La course du soleil est très rapide ce qui nous fait nous décaler sur le terre plein toutes les 5 minutes. Cela fait beaucoup rire un barbu de 60ans qui « travaille » dans le bâtiment ou la voirie, et profite lui aussi des faibles rayons de soleil. Il nous indique son chien avec sa petite choupette qui attend sagement dans le camion de service.

Devant nous un taxi stationne. Le propriétaire est un homme de trente ans, mat de peau, ray ban sur front, qui porte un jogging trop petit pour lui (difficile de trouver sa taille à mon avis). Le taxi stationne sur la seule place qui ne gène pas à la circulation et ne bougera pas de toute la scène. Un autre taxi arrive, mais ne peut pas se garer. Il patiente donc sur une sorte de double file quand soudain un troisième taxi arrive. Le taxi en double file démarre et remonte la rue, fait demi-tour 50m plus loin et vient « pousser » le taxi qui vient de prendre sa place. Le taxi qui vient de se garer en double file démarre et fait de même. C’est ce que l’on a appelé la ronde des taxis. il y a eu jusqu’à 3 taxis qui se sont embarqués dans cette ronde infernale. Quand l’un ou l’autre partait, un autre taxi le remplaçait.

Une fois lassé de ce petit spectacle nous avons visité le centre d’information puis nous sommes assoupis au soleil et à l’abri du vent sur un quai du port. Nous dormions si profondément que le vigile qui nous a réveillé paraissait très inquiet du temps que nous mettions à répondre à ces questions. La nuit était déjà tombée, nous avons rejoint laborieusement notre airbnb et nous sommes écroulés dans le lit propre (salle de bain sale).

Les marins d'Auckland. 
Le port d'Auckland et le pont en arrière plan. 
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Le lendemain matin nous avions fixé rendez-vous à deux vendeurs de van, il faisait heureusement plutôt soleil, et cela nous a rassuré car la pluie est tombée toute la nuit sur le toit de tôle, amplifiant le son du déluge.Rendez-vous le matin à un bout de la ville, l’après midi à l’autre bout… vive le bus, les arrêts de bus aux numéros aléatoires (4083 puis 7145), et l’absence de nom des arrêts. Mais nous nous en sommes sortis.

Bilan de ces recherches sur deux jours (le second jour étant similaire au premier) :

Van 1 : Intérieur comme un appartement, l’aménagement a du coûter bonbon comme diraient certains. Le kilométrage est très élevé (proche des 300 000 km), et le prix nous paraît excessif (9500€)

Van 2 : Intérieur fonctionnel, plus petit, sans fioritures, mécanique impeccable, 270 000 km. 4600€.

Van 3 : Rendez-vous avec la copine du copain du gars qui est rentré en république tcheque. C’est déjà un peu compliqué, non ? Nous nous sommes déplacés jusqu’à chez la copine. Le van annonce après les années 2000 mais il a l’intérieur d’une voiture des années 90’. Nous l’essayons et la boite manuelle craque à fond en 3ème, les freins ne freinent pas etc… Bref, pas supers convaincus.

Van 4 : Arrivé en retard nous rencontrons deux français sympas qui nous font visiter un van noir, tuné, aménagé parfaitement à l’intérieur (avec des petites serviettes pour ne pas mouiller le sol, ni le siège, ni… Et là c’est le déluge et nous sommes bien obligés de nous réfugier dans le van, avec nos gore-tex mouillés, nos chaussures crottées etc…) Ce serait un van parfait pour passer inaperçu, mais nous souhaitons un kayak (qui ne passera pas inaperçu de toute façon). Le prix nous paraît trop élevé, même avec la qualité de l’aménagement.

Van 5 : Rendez-vous le lendemain matin avec une belge, l’intérieur du van est très bien aménagé, mais la vendeuse ne paraît pas très au courant des bricoles qu’elle a : l’aération ne fonctionne pas, le kayak jamais utilisé, la douche chaude au gaz non plus. Elle fait quand même visiter et conduire Raphaël, mais les freins ne fonctionnent pas bien, et surtout deux grosses taches d’huile sont présentes sur le stationnement. Ça n’est pas de bonne augure tout ça.

Van 6 : après moult rebondissement de carte de bus nous rejoignons enfin des français sur la parking d’un KFC. C’est sûr qu’ils sont alsaciens, vu leur accent, et on rigole bien d’avoir pu les reconnaître si facilement. Le van est très propre, le kilométrage à 130 000km, mécaniquement très bien, l’aménagement n’est pas top, mais il est self contained quand même. Le prix paraît correct. Nous prenons le passeport de la vendeuse et nous nous laissons jusqu’au soir pour donner notre réponse.

Van 7 : Nous nous rendons au domicile d’un californien, qui nous accueille pieds nus sous la pluie et nous montre son van aménagé aux petits oignons par ses soins. Il a repeint l’intérieur, cousu les rideaux occultant, construit un lit a latte etc... L’intérieur est digne des appartements témoins des années 2020. Mais que dire de l’extérieur sinon qu’il y a de la rouille, masquée par endroit, que le kayak est en bois super lourd, que le moteur est crade et que lorsque je descends la fenêtre, celle-ci ne se referme plus, sous une pluie battante. Le californien installé à l’arrière ressort, ouvre la portière et bidouille le bouton jusqu’à ce que ça marche. Le rétroviseur est rafistolé au scotch. Nous regardons les factures et le vendeur nous tend le dernier contrôle technique, en regardant de plus près, il est de 2017, beaucoup trop vieux, et de nombreuses choses ont été changées. Je lui dit « Mais si celui là n’est pas celui que tu as fait passer, où est l’autre ? Ha ben je ne sais pas, ha ben voilà c’est peut être ça… » Raphaël tire une tête de 6 pieds de long, et nous nous en allons sous la pluie, laissant au visiteur suivant un van pourri.

Van 8 : devait être visité le lendemain, mais le prix, pour le même km que le van 6 était bien plus élevé, et sans kayak.

Nous avons donc un van vendu par des alsaciens a l’autre bout du globe, avec un kayak, il nous manque une assurance et c’est parti mon kikiwi. HIHI.

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Le lave vaisselle fait tadidadoumta tadidadoumta et la bouilloire fini de bouillir, il est temps de reprendre la plume. Vous aurez plus de détails sur la provenance de ces douces sonorités un peu plus tard…


Après avoir trouvé un van il est temps de réfléchir à ce que l’on va mettre dedans. Bien que l’aménagement soit déjà certifié self contained il ne nous plait pas. Self contained veut dire que le véhicule est autonome pour une durée de 3 jours minimum : il contient du gaz et un feu, des réservoirs de 25 litres, l’un pour l’eau potable et l’autre pour les eaux usées, des toilettes chimiques que jamais personne n’utilise et une poubelle.

L’aménagement de Kikiwi c’est une banquette contre les sièges avant, une table avec un très grand pied, et une autre banquette vers l’arrière. La cuisine est à l’arrière. Les rangements sous les banquettes sont de petites housses rouges, et il y a une horrible moquette à poil rouge pour « protéger » le sol.

Nous décidons de faire le tour des salvatory army pour dénicher des meubles, des astuces et réaménager le van à notre gout.

Raphaël qui a remarqué le toit cabossé du van et qui voudrait enlever le risque d’un effondrement majeur prospecte pour investir dans des barres de toit pour supporter le kayak.

Nous voilà donc tous les deux, main dans la main, à arpenter les « armées du salut », et les « croix rouges » et les vendeurs de matériel de toit, dans tous les coins magnifiques d’Auckland. Nous avons l’impression de retourner à l’étape précédente de vente de notre mobilier strasbourgeois. Il est bon aussi d’avoir des idées, et nous attendons avec impatience de récupérer le van pour pouvoir l’avoir sous les yeux.

Nous nous octroyons une pause méritée dans nos réflexions en dormant une matinée entière puis en allant découvrir le mont Eden. C’est l’un des quartiers les plus prisés de Auckland.

Ca vous chatouille? 

Nous découvrons à pied des tags, des arrières cours, et prenons notre temps. Vers 16h, nous n’avons toujours pas mangé et nous avisons un café « méditerranéen ». Le fish and chips nous paraît plutôt local, mais le menu vient de changer pour celui du diner, avec des spécialités espagnoles… un comble pour nous qui avons pu manger tant de fois des tapas et autres espagnolades… Nous sommes tout désappointés et la serveuse s’efforce de trouver comment associer deux plats pour faire une sorte de fish and chips… Elle y parvient tant bien que mal et nous sommes contents d’éviter la pluie qui s’abat d’un coup sur la terrasse du café. Nous sommes ralentis et chaque décision est très lentement mise à exécution.

Ceci n'est pas une légende. 

La nuit est presque tombée quand nous sortons du café, et nous décidons quand même de « gravir » le Mont Eden. On sent dans les cuisses que les derniers jours n’ont pas été très sportifs. C’est assez impressionnant de se faufiler entre les grosses villas cossues puis dans les chemins boueux non éclairés pour atteindre le cratère béant du mont. On ne voit presque pas le fond tellement la luminosité des éclairages de la ville font de l’ombre à l’affaissement. La vue sur Auckland est magnifique et nous testons l’appareil photo de nuit. Enfin je tiens le sac en frissonnant pendant que Raphaël fait les réglages. Le vent souffle fort mais l’air n’est pas trop froid. Nous rentrons à pied, mangeons une soupe en essayant de laver chaque ustensile avant de l’utiliser, de peur d’attraper tout plein de trucs bizarres. Idem pour la salle de bain, nous y entrons sur la pointe des pieds et essayons de toucher le moins de surface possible.

On the top of the sky, tower toi même 
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Publié le 29 août 2019

Pour bien aménager un van il vous faut :

Un van,

Du bois ou des meubles,

Et des outils

Après quelques recherches il nous paraît évident que nous allons avoir besoin de bons outils pour compléter tous ceux déjà inclus dans l’achat du van. Pour cela nous pensons à travailler dans un garage qui retape et aménage des vans et qui est justement à la recherche de français pour faire affaire.

Je les joins par Facebook et la personne au bout de Facebook me propose de venir rencontrer le gérant. La procédure est pas simple, je dois appeler puis s’il n’y a pas de réponse (le gérant est trop occupé) je dois rappeler deux heures plus tard, puis fixer un rendez-vous dans la journée, puis me déplacer jusqu’au garage qui est à l’autre bout de la ville... finalement je négocie pour qu’on aille rencontrer à son garage à 14h. Nous prenons encore une fois le bus et nous nous enfonçons progressivement dans une zone industrielle saturée de garages qui font un peu peur à voir... celui où nous nous rendons n’est que très très légèrement plus engageant. Quand nous arrivons le gérant nous saute dessus pour savoir s’il peut nous vendre un van, et semble déçu que nous en aillons déjà un. Il n’est pas informé de notre venue mais je commence à négocier. Ha, le logement normalement proposé pour les gens qui travaillent là n’est pas disponible, ha le job ne consiste pas en l’aménagement de van mais en vente sur les « car fair » sorte de foire au van le week-end, ha les outils ne semblent pas disponibles, excepté une heure par jour et encore... Pour essayer le week end suivant, nous discutons pour savoir comment il souhaite faire : nous venons prendre la voiture à vendre le vendredi soir, nous l’amenons ensuite au car fair le samedi matin, nous la vendons et nous gagnons 200$ et nous repartons au garage, idem le dimanche...

Quelques minutes après avoir quitté le garage en acquiesçant nous changeons finalement d’idée en suivant notre intuition.

Sur le groupe Entraide aménagement je demande de l’aide et des outils et dans les cinq minutes qui suivent un belge me propose de me prêter les outils nécessaires... il suffisait de demander...

Après quelques rebondissements de rendez-vous pour la vente et la découverte d’un couple de français déjà connu et d’une boulangerie française dans les mêmes 50m à la ronde, nous allons récupérer les outils. Alors que nous rentrons, la scie sauteuse sur l’épaule, comme les 2 nains qui rentrent du boulot, nous voilà nez à nez avec une chinoise dans la maison, ainsi que 3 indiens. Cette dame semble surprise et nous demande : « Mais vous êtes qui ? » « Nous vivons ici et vous ? vous êtes qui ? » « L’agent immobilier, je viens faire visiter les prochains locataires. Mais vous n’avez rien à faire ici… » « Ben, nous louons. » « C’est interdit et je pourrais tous vous emmener en justice ». La porte de notre chambre était grande ouverte, la lumière allumée, et les visiteurs pouvaient profiter d’un superbe point de vue sur notre bazar organisé.

En effet nous venions d’acheter un matelas à l’armée du salut, puis d’en enlever la mousse inférieure pour diminuer l’épaisseur, puis de tout entasser dans le 3m2 de notre chambre.

J’insiste pour que les indiens sortent de la maison et qu’elle m’explique, et notre hôte reste planqué dans la cuisine pendant tout ce temps.

Quand elle part enfin en promettant de ne plus faire de visite avant notre départ je demande à Steven (notre hôte chinois) si l’on doit envisager autre chose. Il nous répond « non non ça va » …

Le lendemain c’est parti pour deux jours de bricolage intenses, si intenses que nous oublions de manger le midi et que nous avalons goulûment nos pâtes à la sauce tomate à la tombée de la nuit. Mais soudain, c’est le drame, la voiture ne veut plus démarrer. La batterie est à plat et nous sommes sauvés par le voisin de l’appartement n°1.

Au 3ème jour nous allons dans un restaurant Thai Kiss Kiss (c’est son nom) pour l’anniversaire de Raphaël. C’est un restaurant rétro des années 80 à la déco aux néons. C’est sympa et alors qu’arrive devant nous un dessert de riz au lait et mangue, le happy birthday résonne à travers le transistor.

Kiss Kiss from Auckland 
Spéciale dédicace 

Le lendemain et les 4 jours suivants c’est la même procédure. Nous travaillons dans la toute petite cour fermée devant chez Steven… Un après midi nous voyons arriver une autre dame chinoise, toute bien maquillée. Elle nous demande qui l’on est... Pour ne pas causer de troubles à notre hôte je dis que nous sommes des amis. Mais elle ne me croit pas et nous demande de ne pas mentir. Elle est l’agent de la propriété et va emmener Steven devant la justice parce qu’il lui a menti et qu’il a sous-loué. L’autre sous locataire est là et lui dit que nous louons tous. Puis quand Steven revient il nous affirme simplement que nous n’avons pas le droit d’être plus de 4 personnes dans cette maison, mais qu’il ne le savait pas, et que maintenant qu’il le sait il n’y aura pas de problème. Je le préviens qu’elle va probablement l’emmener en justice mais ça ne l’inquiète pas du tout. Le lendemain, alors que nous travaillons encore un peu dans la petite cour il nous dit simplement que ce n’est pas autorisé et que nous devons arrêter immédiatement. Il me montre un texto que la dame avait envoyé le matin précédent. Je lui demande pourquoi il ne me l’a pas dit plutôt, il me répond qu’il l’a dit à Raphaël, mais Raphaël dit toujours « yes ».

Par exemple, lorsque l’assurance, que nous sommes allés chercher dans une zone industrielle misérable nous demande « Avez-vous subit des dommages matériels, eu des accidents, causé des troubles ces six derniers mois avec une voiture ? » Raphaël répond: "YES"!!

Donc je dis gentiment à Steven qu’il aurait pu nous le dire plus tôt et que nous allons finir ce que nous sommes en train de faire ! En plus, après tout ça c’est le match des All Black...

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Publié le 29 août 2019

Le match des All Blacks. OOUAH. Le stade, à 20 minutes à pied se remplit doucement quand les dames « Black Ferns » finissent leur match. Elles gagnent et la cérémonie de remise de l’énooorme coupe ne dure pourtant que quelques minutes. Ensuite les néo-zélandais s’installent avec des fast-food et des bières et du café. Toute la famille est là, et les joueurs viennent s’échauffer sur le terrain, en se faisant de gros câlins entre eux. L’atmosphère s’échauffe également. Un groupe de danse et des chanteurs viennent reprendre quelques classiques de Queen.

Petits câlins entre copains 

Les Australiens, juste en face de nous acclament leurs joueurs, les néo-zelandais aussi. Nous sommes parfaitement placés. A l’abri de la pluie qui se met à tomber vraiment drue, et tout à fait bien positionnés pour voir les éventuels points marqués. Les néo zélandais chantent l’hymne néo-zélandais en cœur : le son de 48000 voix réunies chantant le même air est très impressionnant. Quelques supporters enthousiastes clament « All Blacks, All Blacks ».

Soudain grand silence et le Haka commence. Le cri du meneur est amplifié (Raphaël pense que c’est seulement le son de sa voix sans micro) et l’ensemble est impressionnant, même si les joueurs nous tournent un peu le dos.

All Blacks... 

Puis c’est le match et chacun et chacune est complètement concentré sur le jeu. Puis au bout de quinze minutes, alors que les néo-zélandais ont déjà marqué deux fois, les gens retournent peu à peu à leurs mauvaises habitudes. Les deux femmes devant nous sont concentrées sur des vidéos de recettes de pâtes asiatiques, puis de découpe d’ananas. Des enfants sont focalisés sur le portable de leur parents… Des parents sont focalisés sur leurs enfants… Non mais rendez vous compte que vous êtes en train de vivre un moment spécial !! Nous avions lu que les néo-zélandais préféraient parfois voir les matchs entre amis devant la télé plutôt que d’aller au stade. Mais, quand même, les All Blacks. Puis quand le jeu devient plus intense les gens se lèvent, et crient en cœur pour encourager le mouvement. Il y a de quoi car les joueurs des All Blacks sont pleins de force, ils doivent remporter ce match après s’être fait battre à pleine couture au match aller la semaine précédente.

D’ailleurs, anecdote pour les lecteurs les plus courageux : Le dimanche précédent alors que nous étions en pleine négociation avec le garagiste pour vendre des vans aménagés, je lui dis qu’il nous faudra être libre le samedi soir suivant pour le match des All Blacks et il me répond que c’était hier et que les All Blacks ont perdu. QUOI ? d’un coup de battre mon cœur s’est arrêté. Je ne savais plus quoi dire. J’étais complètement paralysée. Nous n’avions pas internet pour vérifier, et nous commençons à demander à tous les travailleurs négriers s’ils ont quelques précieuses informations à ce sujet. L’un d’eux regarde enfin sur internet et confirme, c’était hier. Brusquement Raphaël se souvient que les billets imprimés sont dans le sac, et nous les sortons à toute vitesse. C’est bien le 17 Aout, c’est bien à Auckland, c’est bien à l’Eden Park, et c’est probablement le match retour. La frayeur et la déception anticipée étaient telles que j’avais les mains crispées, le cœur qui battait la chamade. Bref j’ai presque pleuré de soulagement…

Retour au match : Les points grimpent vite pour les All Blacks, qui remportent 32 à 0. Pour nous qui ne connaissons pas vraiment les règles du jeu ce score nous impressionne, et les percées également. Quand les Australiens montent sur le terrain ils sont parfois hués par les néo-zélandais, ce que nous ne trouvons pas très fair-play, mais sinon l’ambiance est vraiment excellente.

A la fin, dès le match remporté tout le monde s’en va rapidement, comme si prendre la première navette de bus pour rentrer chez soi est pri-mor-dial. Nous décidons de rester, au moins pour le moment de remise de la coupe, puis les joueurs font un tour de terrain et passent beaucoup de temps vers nos gradins. Assez de temps pour que nous descendions et les voilà vers les enfants et les plus grands, signant les casquettes, faisant quelques selfies. Vous pouvez apprécier le fait que les selfies ne sont pas vraiment les photos que nous prenons le plus souvent, mais je trouve le rendu intéressant, avec ces côtés plus flous… Une sorte d’art incontrôlé (donc pas de l’art diront certains). Raphaël fait un concours de barbe…

Legend... Wait for it.. Ary ! 
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Publié le 29 août 2019

Après une troisième panne de batterie que nous attribuons aux portes laissées ouvertes pour travailler dans le van nous sommes sur le départ mais il y a un problème : Avec tout le bazar dans le van nous ne pouvons pas y dormir, pas du tout ! Nous allons donc demander de l’aide aux Belges qui nous laissent leur garage, leurs outils et en quelques heures très stressantes nous finissons le lit. Nous vendons également la mousse qui ne nous sert pas, et nous régalons de ravioles aux épinards qu’ils nous ont préparé. Nous dormons dans le van et le lendemain nous profitons encore du temps et de l’espace pour terminer avant la tombée de la nuit les derniers aménagements. Là, à nouveau panne de batterie, ça commence à bien faire. Nous parvenons à tout faire avant d’engloutir deux énormes et délicieux hamburgers et d’aller dormir sur un parking où ce n’est pas autorisé. Le lendemain le temps est doux et il n’y pas d’amende sur le pare-brise. Nous allons visiter l’université des sciences sociales attenante au parking et nous disons qu’on est au bon endroit : des sans domiciles qui ont besoin encore d’aide de la société.


Eloignons-nous d’Auckland pour voir.

Piha Beach sous la pluie, à la tombée de la nuit, magnifique dans son inhospitalité.

Nous cherchons assidument un parking où il autorisé de dormir, et en trouvons un plus éloigné. En espérant que la ressource de l’or noir nous suffise pour le trajet nous allons nous planter vers l’office du tourisme du coin à côté d’un van d’allemand et ne faisons pas long feu.

Le lendemain c’est une visite dans la cathédrale des Kauris. Ce sont des arbres gigantesques et massifs, qui ont repris du poil de la bête après avoir été malmené pendant les gros travaux de la Scenic Road dans les années 40. Ces gros travaux avaient pour but d’employer des travailleurs dans une période de grande crise en 1937. Mais ces investissements ont causé de gros dommages à la forêt native.

L'éventail 
Je s'appelle Groot    ----    Oiseau joueur 
On ne peut plus les encadrer.

Puis nous avons randonné sur la côte pas très loin de Piha Beach, entre Mercer trail et les chutes d'eau de Karekare. Randonnée de 3h faite en 2h20, qui fait du bien aux cuisses et aux mollets et qui nous rappelle le temps qui passe 😀

Question existentielle: Est-ce qu'ils chauffent toutes les pièces? 
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Publié le 8 septembre 2019

Après un petit coup de soleil sur le nez au retour de la « grande » randonnée, nous nous pique niquons à l’abri des rafales de vent côtières. C’est le défilé des vans aménagés loués, le plus commun d’entre eux est le plus voyant, d’un verre cru et violet. Il est temps de remonter par la petite route jusqu’à notre helpx, où nous attend vers 17h notre hôte Joanna.

La route est belle et verte, les photos n’ont pas été retouchées. Les collines et les collinettes s’inclinent et se déclinent à l’infini. La lumière descend doucement sur la côte ouest tandis que nous sillonnons en sinisant vers le nord. Quelques arrêts pour apprécier la douceur des rais de lumière et les routes si faciles à conduire!

Le temps passe et notre temps d’arrivée s’allonge, nous prévenons Joanna de notre retard.

Nous traversons des plaines plates comme la Bresse, tondues rases par les moutons et leurs nouveaux petits tremblant sur leur nouvelles pattes!

Nous traversons les grandes rivières et quelques estuaires, longeant de tout petit village avec quelques rares cafés bar qui se remplissent aux alentours de l’heure de l’apéro.

Nous traversons Dargaville, qui deviendra, vous le verrez la ville que nous avons la plus arpentée en Nouvelle Zélande. Et puis nous nous enfonçons sur une piste vers Kauri Trounson Park et quelques maisons éparpillées le long de la route non goudronnée.

Nous sommes accueillis par un teckel à la cataracte avancée et avec suspicion d’un syndrôme parkinsonien. Joanna est une belle cinquantenaire aux cheveux ondulés. Elle est plus grande que nous, super dynamique et ne paraît pas son âge-du-tout ! Je l’imaginais vraiment différemment mais quel plaisir de la rencontrer. Ce soir, à la tombée de la nuit (18h sur la côte ouest) c’est pizza party. Chacun se fait sa pizza et c’est le soir de toutes les folies, on se laisse tenter par... une pizza 1/2 saumon 1/2 pepperoni. Et pour Raphaël 1/2 champignon 1/2 .... ananas bacon! Car Joanna super enthousiaste nous dit qu’elle va s’en faire une, et que en plus d’être étrange c’est bon. Je lui assure que nous allons être bannis par nos amis italiens. L’atmosphère est détendue, elle tente d’allumer le feu dans le poêle mais il fume plutôt qu’il brûle et la fumée nous fait rire et tousser en même temps. Cet endroit est si perdu que les ramoneurs ne veulent pas se déplacer pour ça... on rit, on parle si facilement, c’est vraiment agréable.

Ça sent mauvais derrière le frigo, et après quelques recherches voilà le premier job que je m’attribue : ramasser à la petite cuillère (littéralement) une sourie liquéfiée dans le moteur du frigo. Premier exploit :)

Eddy le papy chien. 

Tout le monde est bien fatigué et à 20h30 c’est coucouche panier les enfants!

Le lendemain au programme : lever 8h, yoga avec Joanna, petit déjeuner et smoothie aux épinards et aux kiwis, toast et œufs sur le plat, café et thé à tire le arrigot (je ne sais pas comment ça s’écrit, si quelqu’un veut bien me renseigner...) et enfin, après tout ça au travail.

On devait commencer la tâche à 9h mais c’est plutôt à 10h. On prend le temps de faire le tour de la propriété avec une voiturette de golf et ça balance pas mal pour aller voir: un pont passant au dessus de la rivière, un espace pour une tente zen avec possibilité d’hébergement et petits toilettes et cuisine, un épicéa tombé du bon côté, un container indépendant avec une baignoire avec vue sur la forêt...

De retour à la maison on doit choisir ce que l’on veut faire, et comme on est des frenchies on commence par les french doors. Ce sont des portes fenêtres (on ne savait pas que c’était une spécialité française) dont il faut enlever les joints puis les refaire. Le plus dur sera de les emmener d’un seul tenant à l’intérieur de la maison car il s’est mis à pleuvoir. Pour ramollir le joint nous avons utilisé un décolle papier peint, et ça marche super bien ! Joanna est prête à répondre à toutes nos questions et après une toute petite heure de travail il est déjà temps d’arrêter nous dit-elle... vraiment ?

Le repas s’éternise tellement les discussions sont intéressantes.

Voici une liste des points faibles de notre séjour :

- Jour 1 : rien

- Jour 2 : la batterie est à plat, on va à Dargaville chez un garagiste super sympa. Il pense que la batterie ne se recharge pas et nettoie les crosses de la batterie.

- Jour 3 : tout va bien

- Jour 4 : la batterie est à plat, il faut attendre le lendemain pour commander l’alternateur.

- Jour 5 : la batterie est toujours à plat, impossible de la relancer, même avec les pinces et la Subaru de Joanna. Nous attendons que le chargeur fasse son travail. L’alternateur changé nous croisons les doigts pour que tout aille bien.

- Jour 5 bis : faire des rideaux pour le van c’était une bonne idée mais c’est très loooong et redondant.

- Jour 6 : impossible de partir car la batterie est encore à plat. Un diagnostic doit être fait, mais nous devons attendre une semaine encore. C’est impossible, nous voulons aller vers le nord…

- Jour 7 : ca démarre et puis voilà.


Voici les points forts de notre séjour :

Nous avons pu finir les joints de la porte fenêtre, nettoyer le jardin et désherber, passer la tondeuse et comble de l’accomplissement, nous avons pu nettoyer et ranger tout un garage qui ne faisait pas bien à voir pour les hôtes. Joanna semblait avoir attendu ce moment depuis si longtemps que nous étions ravis de l’avoir fait avec elle.

Nous sommes allés avec Joanna dans la forêt derrière chez elle pour l’accompagner pour changer un filtre de l’eau capté à la source. C’était une expédition d’exploration au milieu des kauris, des racines glissantes, de la pente boueuse, des pierres ruisselantes et de l’eau glacée. Malheureusement les deux embouts du nouveau filtre ne correspondaient pas au tuyau, il a fallu donc rentrer bredouille, ici on dit brecouille (ref), mais l’expédition en elle même valait le coup(ouille), avec Joanna l’exploratrice en anorak des rangers, Elisa l’handy man dodane et Raphaël des bois, reporter des gadouilles.

Nous avons pu également faire cette magnifique vidéo:

Nous avons pu coudre les rideaux de notre beau van avec des tissus presque gratuits et très classes, bien plus propres et chics que les précédents.

Nous avons pu visiter les environs, et pas seulement des garages ! Lors d’un retour de Dargaville nous sommes allés aux heures où le soleil donne ses plus beaux rayons vers the Kai Iwi Lakes. Ce sont trois lacs proches de la côte avec des eaux turquoises magnifiques. Le vent était fort et des petites vagues se formaient. Vous pourrez avoir plus d’idée sur la qualité de la lumière en visionnant la belle vidéo créée par Raphaël pour faire la promotion de Kauri Coast Estate, les logements de Joanna.

Kai Wi Lakes 

Nous avons vu les plus grands arbres de la forêt, les maitres ici, les Kauris. Ces arbres forcissent autant par le tronc que par la hauteur, et pour pouvoir grandir encore et encore ils forment à la partie la plus proche de leurs branches des séparations entre la branche et le tronc. De cette manière, une fois le tronc grandi, les Kauris laissent tomber leurs branches inférieures sans laisser aucune cicatrice sur leur tronc. Et les troncs sont si lisses qu’aucune herbe ne peut s’accrocher dessus. Partout sur les branches, par contre, il y a des fougères qui poussent à 10m de hauteur et sont comme des moustaches qui ruissellent. Vous voyez un All Blacks, multipliez par 20 et trouvez un Kauri si grand et si impressionnant qu’il n’y a rien à dire, rien à penser et juste à retenir son souffle. Nous n’avons pas vu le seigneur de la forêt dans un premier temps, mais seulement ses comparses. Pourtant nous avons été impressionnés, scotchés même. Trois jours plus tard nous avons vu Tane Mahuta et c’était comme si une montagne s’élevait devant nous.

Tane Mahuta en trois 

Nous sommes allés deux fois dans le « Trounson Park », réputés pour être l’un des parcs où l’on peut voir des kiwis la nuit. Le premier soir nous avons entendu des kiwis se répondre les uns les autres mais la pluie qui tombait couvrait les grattements. Le deuxième soir, nous avions révisés notre stratégie d’action et nous avancions tout doucement, en réalisant des pauses régulières, l’oreille à l’affut du moindre scroutch scroutch, du scratch scratch des feuilles et des kwwwwiiiiii kwwwiiiii insolites de leurs cris. Quelques minutes après notre entrée dans le parc, et après avoir dépassé quelques autres visiteurs désemparés nous avons été surpris par un animal qui s’est enfuit dans le bois. Et soudain des bruits étranges s’élèvent, espèces de meuglement ou de hi-han hi han assez flippants. Nous pensons d’abord que des gens ont appuyés sur la bande sonore disponible en bord de sentier, puis, comme le bruit s’amplifie je pense que ce sont des ânes, puis des cerfs puis des vaches… En rentrant Joanna nous dit que ce sont les buffles élevés dans les fermes voisines qui parfois discutent toute la nuit de cette manière. Quand tu es tranquille dans ton salon ça va, mais quand tu as seulement une petite lampe rouge sur le front, aucune notion de l’espace dans lequel tu évolues car tu suis « bêtement » le chemin qui fait une boucle (d’ailleurs tu ne sais plus trop si tu as déjà fait cette partie de la boucle ou pas), là dans cette grande perdition du temps et de l’espace ces cris obscures font froid dans le dos.

Après avoir entendu ces grandes lamentations nous nous arrêtons car nous percevons un grattement sur notre droite. Nous allumons la lampe rouge de Joanna sans laquelle nous n’aurions pas pu voir… un kiwi, bien plus gros que ce que nous imaginions, au moins aussi gros qu’une poule, à quelques mètres de nous, qui gratte et picore tout ce qui lui passe sous le nez, sans nous prêter la moindre attention. Il nous fait l’honneur d’un défilé et nous l’observons sous toutes ces coutures, de profil de face et de dos avant qu’il ne s’enfonce un peu plus dans les fourrés. Puis il revient et disparaît enfin. Nous nous sommes un peu décallé pour le voir, sommes presque tombés dans le fossé, avons fait couiner nos chaussures, mais rien de tout cela ne l’a effrayé. Il n’a peut-être pas de très bonnes oreilles. Nous sommes tout excités d’avoir vu cet énergumène au si grand nez (bec). Et un peu plus loin, voici que nous en observons un deuxième. Nous le voyons également pendant assez longtemps. Et au moment où nous nous éloignons un cri résonne au loin, et notre ami le kiwi y répond, plus grave que son correspondant et surtout très fort et très près. Nous sommes tout heureux d’avoir pu en voir deux, et pour couronner cette belle découverte nous admirons la voie lactée et ses milliers d’étoiles.

Au détour d’un arbre, et là, au bord d’un chemin se sont dressés devant nous un millier de points bleus fluorescents, les glow worms, des lucioles bleutées visibles dans la nuit la plus sombre. C’est un moment magique quand, en éteignant la frontale, vos yeux s’habituent à la nuit et que des milliers de taches apparaissent sur une dizaine de mètre de part et d’autre de vous et surtout au moins jusqu’à 3 mètre au dessus de vous. Un mur de lucioles bleues.

Nous avons pu manger beaucoup et bien pendant tous ces jours car Joanna a apprécié nous cuisiner de très bons plats et de bons desserts. Nous avons discuté de sujets de conversation qui dépassent ceux de la pluie et du beau temps ou du nombre de frères et sœurs dans les familles respectives. Nous avons discuté avec Joanna de voyages, de l’amour, de la vie et de la mort, de la fin de vie, de la douleur, des coutumes, de la richesse et des peines, de la folie et des drogues. Je ne peux pas dire bref car c’était long et enrichissant. Bien plus qu’un helpx, autant qu’une amie.

Joanna et les nains (du jardin) 
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Publié le 17 septembre 2019

Dernier soubresaut de complication électrique notre départ est décalé d’une nuit, que nous passons avec plaisir avec Joanna.

En route pour le nord, vers les montagnes ondulantes et les côtes pleines de surprises. Nous commençons dans les grandes forêts de Kauri.

Nous allons profiter d’une petite cascade pour nous exercer aux photos d’eau à Waihotemarana. Les temps indiqués pour les randonnées sont définitivement trop longs par rapport à notre rythme. Comme pour chaque randonnée il faut frotter ses chaussures à l’entrée du parc, sur un grattoir roulant géant, puis marcher un pied après l’autre sur un grillage qui pulvérise du détergent. L’opération doit être recommencée à la sortie de la promenade. Nous sommes les seuls comme d’habitude.

Nous nous offrons une excursion vers les boucles d’une rivière qui se jette dans la mer. Au bout de la voie sans issue deux grosses voitures de fermier sont garées, portières ouvertes et coffre ouvert laissant libre accès aux rangées de bières. Quatre barbus à l’âge incertain en tiennent déjà en main à l’heure de la pause café. Ils discutent loin de tout, dans un cadre reculé, mais je n’aurais pas l’occasion d’en savoir plus sur eux car nous ne faisons que demi tour. Ils n’ont pas l’air de travailler mais nous non plus, me direz-vous. La plage est inaccessible pas marée haute mais l’estuaire est magnifique, l’occasion parfait de survoler avec le drone et de faire une gratouille au magnifique cheval du coin. (Waimamaku beach)

Ben quoi? 
Pour les équinophiles 
Il y a pire comme vue dans la vie! 

La faim arrivant nous mangeons à l’abri du vent dans la voiture, en admirant le repose gobelet rempli d’une conserve de corned-beef et les voisins dans leur camion qui profitent eux aussi de leur pause repas qui s’éternise devant la dune de la région. Comment ne pas s’émerveiller de cette vue?

Malgré les commentaires menaçants des vols de voitures et autres dégradations nous osons faire la petite marche avec vue sur la dune. Les policiers sont au parking quand nous partons, peut-être que les rumeurs sont vraies. La ballade vaut vraiment le coup.

Nous avançons à Opononi pour changer de perspective.

Puis nous prenons une belle route non goudronnée qui surplombe la côte, les maisons Maories en bois et un peu toutes penchées pour atteindre un sentier. Les commentaires des précédents visiteurs sur l’application des touristes étaient défavorables « pouh, ne vaut pas le détour, pas aussi bien que…, l’eau était froide et il faisait moche etc… » Peu enclins à donner le pouvoir à ses grognons blazés nous avons découvert les Koutu Boulders, rien que le nom est déjà joli. Et la vue…

First Name: Raphaël, nickname: Koutu Koutu 

Manquant de nous faire tamponner par deux voitures dans un délai de 10 min nous décidons de garder la route principale. Elle est appelée highway mais c’est comme une route nationale, avec des virages, des vitesses recommandées dans les virages (celui qui est indiqué à 35 tu le prends avec le pied ancré au frein), et surtout des voitures qui te collent aux fesses. Même si tu fais un effort pour ne pas rouler comme un escargot il y aura toujours quelqu’un derrière toi pour faire semblant de te doubler, en toute circonstances, même dans les virages. Mais nous sommes habitués suite à notre « route-voyage/ road-trip » en Roumanie et nous nous décalons immédiatement sur les bas côtés en cas de poursuite par une « voiture qui ramasse -pick up », quitte à mettre une roue dans le fossé parfois.

Vers l’heure dorée /golden hour nous arrivons vers un estuaire et visitons l’extérieur de la maison Clendon, James et Jane, lui nouveau riche et nouveau pauvre ayant vécu durant les années de querelles et de traités avec les maoris, elle veuve avec 8 enfants avec des projets intéressants plein la tête.

Au pied de la maison un couple de touriste nous fait de la peine: ils viennent de racler une branche d’arbre avec le toit de leur maison sur roue/camping car et ramassent à la balayette les miettes de la peinture sur la route. La scène est surréaliste car nous nous interrogeons sur l’intérêt de la collecte des miettes de maison sur roue comparativement aux dégâts.

Nous ne pourrons rien faire pour eux et nous prenons le bateau traversant /ferry pour traverser l’estuaire. Il est tellement ensablé que le bateau doit faire un détour et effectue une sorte de boucle. Cela nous permet d’admirer autant le clocher du village bordant le fleuve, les dessins sur les mur/tags et les maisons colorées de Rawene, les marécages/mangroves impénétrables et moustiquement connu(e)s et les occupants des voitures sur le pont du bateau.

Ce sont les mouettes qui font la loi ici. 

De l’autre côté, alors que le ciel s’obscurcit notre estomac nous rappelle que les gens d’ici doivent aussi boire et manger, mais où ? Nous arrivons dans un petit village et passé la bibliothèque /library où je glane un livre gratuit en anglais nous cherchons le plus vieux pont de nouvelle Zélande. Il est indiqué sur les photos, sur un panneau le long de la route mais plutôt difficile à dénicher. Vers le parking je propose à Raphaël de faire une partie de bowling, mais il me dit que ce ne sont pas les mêmes règles et pas le même jeu. Intriguée je pousse le petit portillon et m’approche d’une véranda ou trois personnes boivent un coup en admirant le gazon qui pousse. « On ne peut pas jouer en ce moment, l’herbe doit être rase, verte et coupée au millimètre. Nous sommes en train de le refaire pour cet été. » « On lance d’abord un petit boulet, il s’appelle Jack, puis on tire chacun une boule oh deux, tout dépend si l’on joue à 2,3 ou 4. » Je demande si c’est la pétanque et ils me répondent en cœur: « ah mais oui mais ici on n’a pas le droit de lancer par le haut, on fait rouler » moi je ris intérieurement en imaginant ces trois personnes me dire en français-avé l’assent du sudeuh « eh tu tires ou tu pointes, putaing cong ». Ils ajoutent : « On joue en été et puis surtout on fait un barbecue, et on boit, aussi. » je leur dit: « comme aujourd’hui, ou il y a une boisson spéciale? En France on boit du pastis. » « ha non ici on boit, mais pas du vin hein, personne ne boit du vin. On boit des bières ou encore plus, des trucs comme ça. » Elle me tend sa bouteille et je déchiffre whisky -coca. Il est 15h, mais vivement l’été a ce que je vois.

Raphaël en profite pour leur demander où se trouve le plus vieux pont de Nouvelle-Zelande et ils rigolent bien en nous indiquant derrière le terrain de bowling, un pont minuscule caché. L’auto-dérision semble aussi facile que la picole.

C'est pas comme ça qu'on va pouvoir manger 😀

Tiens en parlant de ça, nos estomacs nous indiquent qu’à 17h30 il est temps de chercher un petit quelque chose à se mettre sous la dent. Passé un boui-boui qui sent très fort l’huile brûlée nous nous aventurons dans un bar. La patronne ne peut nous servir qu’un bol de frites et après quelques hésitations nous choisissons deux pintes pression du coin et un grand bol de frite qu’ils appellent « soft fries ». Trois hommes et une femme sont accoudés au bar, la musique est sympa. Comme décoration les tapis usés aux couleurs des brasseries couvrent les tables, un poêle à bois chauffe un peu la salle et un tableau Veleda annonce que demain c’est une fête spéciale pour la fête des pères, et chacun peut venir, en amenant une assiette pour le barbecue! Dire qu’on va louper ça... il y a déjà bien assez à observer : un mec tout dégingandé s’approche et se présente, nous serre la main. On trinque et s’ensuit une conversation mâchée (est ce l’accent alcoolisé ou celui du coin ?), et je tente de répondre à ces questions. Les premières sont simples : qui sommes nous, y d’où venons nous. Il apprécie que nous venions dans les « vrais endroits, la où les gens vivent et se rencontrent » car pour lui cela montre que nous sommes des gens bien. Ils nous demandent ce que je pense des néo-zélandais mais répondre est difficile, non pas à cause des généralités mais parce que nous sommes encore ignorants. Je lui réponds : sympas, comme toi! Et lui raconte comment, lors d’un de nos multiples arrêts de bord de route, un monsieur a presque fait demi tour pour interpeler Raphaël : hey alright bro? Yes! Take care, bro, safe trip ! Et il réaccelère. Le gars du bar me confirme « ha oui c’est comme ça qu’on est, on est une petite communauté, on n’est pas nombreux, on se retrouve, tout le monde se connaît et on va pas vous manger hein! » On trinque. Les frites sont bonnes. Jay est un quadragénaire imposant que tout le monde salue à son entrée dans le pub. Raphaël, lui, va lui proposer de faire une partie de billard. C’est amusant de jouer contre quelqu’un dont on ne connaît pas le niveau... va-t-on subir une défaite écrasante? La partie est bonne. Raphaël gagne et il est temps de faire continuer la route jusqu’au prochain parking gratuit.

Jay et Raphaël en pleine partie. 

Pour prolonger la visite :

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Publié le 24 septembre 2019

Le réveil au chant du coq à 6h30. Puis deuxième réveil avec le claquement de portière de la voiture d’à côté d’où la voisine sort en trombe et se met à courser le coq pour le faire taire. Quelques minutes plus tard il chante encore alors nous nous décidons à faire notre yoga au milieu de la rosée d’une clairière. A l’heure du petit déjeuner les filles d’à côté préparent des rails de flocon d’avoine pour le coq, c’est la coke du coq haha. Il sniffe a toute vitesse et c’est vraiment drôle. La pluie tombe quand nous reprenons la route.

Le coq caquette à Kataïa 

Soleil sur Kataia, dernière ville avant le nord, annonce le panneau. Provision d’eau, et marché typique. C’est le mélange à l’américaine: un groupe de musique qui joue du vieux rock, un type qui vend son pickup, un autre avec une grosse barbe et des bottes qui vend du bois de chauffage. Remarque, je dis que ce gars là porte des bottes mais tout le monde porte des bottes, avec un short, parfois même avec une jupe. Et ce ne sont pas des bottes de ville, non, ce sont bien les bottes en plastique, que les gens balancent négligemment à l’entrée des magasins pour se promener dans les rayons en chaussettes en laine trouées.

J’en étais au marché. A côté du vendeur de bois se tient un vendeur de potion magique, un elfe qui vend de la topette fermentée bonne pour tout (il me détaille les particularités de chaque élixir) puis quand je goûte je ne peux raisonnablement pas en acheter car c’est trop mauvais! Raphaël fait sa tête de dégoûté, c’est très drôle. Nous achetons à côté une « steack pie » qui s’avère être une sorte de mini tourte à la viande en gelée. Ça a beaucoup de goût mais la texture est particulière. Pour donner la somme exacte au vendeur nous lui retournons un dollars sous forme de 10 pièces de 10 cent scotchées ensembles. Il se marre, mais c’est sa voisine la vendeuse de fruits et légumes qui a fait ça. Il est allé vivre un peu à Nice et essaie de se rappeler quelques mots. Son voyage devait être il y a fort longtemps !

Nous découvrons 4 variétés différentes d’avocat, qu’ils font pousser dans la région. Nous achetons aussi deux gros vrais pains avec une croute et pas « pain de mie » ainsi qu’un pesto de tomate qui s’avère être une vraie tuerie sur les pâtes avec du basilic frais (qui a depuis dépérit).

C’est très agréable ce joyeux bordel, ça nous rappelle un peu les marchés roumains où rien n’est rangé.

Nous pique niquons a Awanui à côté d’un cycliste aventurier ( un suisse avec un long véhicule avec panneau solaire qui pédale pour la bonne cause). Malheureusement pour lui, en s’arrêtant vers une aire de jeu pour enfant il n’avait pas pensé être assailli par des mioches de 10 ans qui se battent pour prendre sa place sur la selle du vélo couché. Le cycliste se tient debout désemparé à côté de son vélo, ne sachant plus comment se débarrasser des enfants devenus encombrants. On lui fait un peu la causette et un gamin nous interrompt: « hé t’as quoi comme téléphone ? T’as le mien ou sûrement un moins cher que le mien. » Le cycliste, qui n’en revient pas, lui dit: « ha mais moi j’en ai vraiment rien à faire. » Il jette un coup d’œil aux parents pour avoir un peu d’aide mais ceux ci sont beaucoup plus absorbés par leur téléphone.

Un petit café dans une boutique du plus ancien kauri jamais découvert: 45 000 ans environ qu’il existe, mais 1000 ans de vie: le vieillard ne fait pas son âge.

Nous suivons la route touristique sans touriste jusqu’à la fameuse plage où l’on peut rouler avec son van (90miles beach). Pour nous ça n’a vraiment pas d’intérêt de rouler si vite (pour éviter de s’enliser) fenêtres fermées (pour éviter de manger du sable). Sur cette grande étendue de 60 km de long, nous, on rêve de faire du char à voile, ou de la planche sur les minces pellicules d’eau. Les reflets sont magnifiques et les étendues démesurées. Le soleil cogne sérieusement. Des jeunes semblent passer leur dimanche ici, les 4x4 sont amassés, les glacières remplies de bières sont sorties, les gars discutent debout d’un côté, les filles sont assises dans les voitures d’un autre côté. Un quad fait des dérapages et vient se garer vers eux.

Quelques centaines de mètre plus loin d’autres montures font un tour: les chevaux sont d’abord montés à cru puis scellés. Avec l’évaporation du film d’eau sur la plage et la réverbération du soleil la luminosité est brumeuse et vive à la fois.

A vous de choisir! 

Nous reprenons la route vers le Nord, la où le soleil brille, car oui c’est vrai que dans l’hémisphère sud on est bien exposé (une maison, un coin sieste, un arbre) quand on regarde vers le nord. C’est tellement perturbant au début que j’ai même du mal a ne pas écrire sud dans la phrase précédente. Je pense que c’est ce qui me perturbe le plus pour l’instant.

Ici on ne dit pas Albatros, mais Albatruck... 

Nous allons donc au Nord et en route nous faisons une toilette dans un petit parking non fléché, au soleil. Il fait bon mais il est temps de rejoindre le cap Reinga avant le coucher de soleil. Nous ne manquons pas de rajouter une coupe à nos trophées du concours « les plus grands loupeurs de coucher de soleil ». Oui on aime les couchers de soleil, et pour se rassurer on se dit souvent que ce n’est pas le coucher qui est le plus beau mais les couleurs que les rayons laissent dans les nuages après la chute de l’astre.


Le cap Reinga, bien que très aménagé, a un aspect très sauvage: les vagues frappent la côte dans un désordre assourdissant. Les rouleaux issus de la rencontre entre la mer Tasman et l’océan pacifique sont des montagnes d’eau que l’on ne voudrait pas surfer. Le soleil se couche dès que nous y arrivons et nous admirons les lueurs du soir, les vagues déferler sur la côte inhospitalière. Je dois encore vérifier dans les bouquins touristiques mais il me semble que le cap Reinga "le lieu du grand saut de départ des esprits" est l’endroit où l'esprit des morts retourne dans l'au-delà. On peut dire sans mauvais jeux de mots dans l'eau-delà.

A la nuit tombée nous rejoignons bien sagement le plus proche des campings du DOC (département of conservation) et profitons d’un éclairage d’une tente sous un bel arbre pour nous essayer à la photographie de la Voie lactée. Les vagues couvrent les voix des russes qui campent près de nous. Petit yoga et gros petit-déjeuner le lendemain sur la plage. Il fait beau et le camping est sympa, même avec une population plus dense que ce que nous n’avons jamais rencontré avant.

Raphaël, Raphaël, ne vois-tu rien venir? Quelle direction pour la suite? 
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Publié le 25 septembre 2019

Nous retournons au cap Reinga pour y faire une randonnée vers la plage qui s’étend à ces pieds. La descente au bord des falaises nous donne une nouvelle fois l’occasion de contempler les vagues. Cette fois elles laissent en s’en allant de longs filaments blancs bientôt rattrapés par la nouvelle vague.

Arrivés à la plage nous voulons éviter la marée en prenant les sentiers plus escarpés sur le bord de la falaise. Ils se perdent tous dans les buissons coupants ou dans les ruisseaux où nos godillots s’enfoncent. Ce n’est qu’à la force de nos bras que nous nous en sortons et atteignons enfin la plage. (OUF) Les vagues lèchent de plus en plus la côte. Nous rebroussons chemin en crapahutant prestement au plus près des progrès de la marée. Nous arrivons les pieds secs au point de départ et retournons à la voiture pour poursuivre plus au sud cette fois. Ce sera toujours plus au Sud maintenant.

Cap Reinga 

Te paki est une dune immense sur laquelle on peut surfer. Avant de l’affronter nous n’avons pas résisté à un pique-nique rapide et à une sieste, sans doute fatigués par le vent du cap nord. Les loueurs de planches de sable, pour dévaler à plat ventre la dune, nous semblent des "attrapes-touristes". Nous décidons de monter les deux premières dunes où des aventuriers casse-cou se jettent la tête la première vers la base de la dune. Au sommet de la dune le vent soulève le sable et il rentre dans les yeux, dans les oreilles, dans le cou. La vue est magnifique et il y a même une oasis. Nous apprendrons plus tard qu’il y a deux lacs cachés un peu plus loin. Un bus s’est enlisé dans la rivière en bas des dunes, et les clients attendent la planche de surf des sables à la main. Nous redescendons en skiant dans la sableuse et enlevons le maximum.

Te Paki Dunes 

Tentés par le nom et par la légende du prochain lieu nous roulons sur une longue route non goudronnée (c’est superflu le goudron ici), et nous rendons à Spirit Bay. Nous nous laissons tenter par une douche froide mais abritée du vent pour ôter tout le sable puis allons arpenter cette magnifique langue de sable qui s’étend jusqu’à ce qu’on ne puisse plus voir. Il y a un peu de vent mais les éléments sont assez cléments pour se promener un long moment et faire voler le drone. Sur le chemin du retour nous avons le plaisir de voir une grande famille d’orques longer la côte. Sept individus sortent le nez, ou bien le bec, ou bien le museau de l’eau et replongent aussi sec (enfin mouillé plutôt). C’est très beau et aucune photo ne rendra compte du moment. Ici une photo au début, et ensuite j’ai pris des photos dans ma tête.

Spirits Bay 

Tout ragaillardis par cette belle « rencontre » nous nous rendons aux derniers rayons de soleil vers une plage de sable rose. La couleur de ce sable vient des milliers de coraux roses concassés pour poudrer délicieusement la plage d’un doux tapis rosé. La poésie du lieu nous donne envie de cuisiner avec vue sur cette étendue. Les pêcheurs reviennent presque à temps de leur pêche à pied pour une bonne platée de pâte à la sauce tomate. Mais chut, on ne doit pas être ici normalement... bien sûr la buée de l’eau de cuisine nous trahit.

Henderson Bay 


Nous terminons les pâtes en vitesse et allons dans le camping tout proche, bien moins accueillant avec les millions de sandflies qui s’agglutinent lors du paiement. Pour les camping il en existe plusieurs sortes: les gratuits, parfois très nombreux ou parfois très rares, les DOC (département Of Conservation) qui coûtent 15$/pers. Ils sont très sommaires mais merveilleusement bien placés et pour payer on doit mettre de la monnaie dans une " honesty box ". Il y a aussi les gros campings. Il y a des sandflies partout mais je crois qu’elles sont plus assoiffées dans les camping du DOC car elles attendent au coin de l’honesty box qu’une main malheureusement leur donne, non pas de la monnaie, mais du sang frais.

La nuit fut tranquille dans le camping du DOC désert.

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Publié le 1er octobre 2019

Plongé dans les nuances de blanc l’esprit se vide et le temps n’a plus la même mesure. Non ce ne sont pas les paroles d’un vieil inuit à la peau tannée par le soleil et le vent mais nos pensées le matin devant cette plage immaculée et balayée par les nuages qui glissent rapidement. Au petit déjeuner fait suite le déjeuner car la vue est hypnotisante. Pourtant d’autres visiteurs l’apprécient autrement: deux gros bus débarquent sur la plage une dizaine d’individus. Ils sortent l’air égaré et désorienté, avancent de quelques pas en vacillant, luttent un peu contre le vent pour dégainer leurs portables et comme rappelés par une sonnette invisible ils rejoignent leur place bien au chaud et à l’abri. Ils cochent peut être dans leur tête une liste bien préparée des choses à voir en Nouvelle Zélande. C’est vraiment une autre manière de voir le voyage.

Nous nous détachons progressivement de l’attraction du paysage et roulons plus au sud pour rejoindre la bibliothèque et recharger notre technologie. C’est la seule bibliothèque autant au nord et nous ne sommes pas les seuls à profiter d’internet et de l’électricité. L’après midi passe vite et nous cherchons où dormir auprès d’une dame au I-site. À quelle histoire: elle est aussi excitée qu’une puce et nous explique avec un début de kalaschnikov ce que l’on peut faire dans les environs et où nous pouvons dormir.

Quand nous partons à la fermeture de la librairie, nous la voyons accélérer au moins à 40km/h dans le parking, le pied sur l’accélérateur et le buste entièrement penché vers l’avant comme si elle voulait gagner une course de rallye. Nous formulons deux hypothèses diagnostiques: une maniaco-dépressive OU une femme contente de quitter son boulot.

Nous rejoignons un spot de bord de plage mais le vent souffle fort et la pluie tape sur les carreaux. Craignant les ornières emplies d’eau et les passages trop profonds nous préférons un parking vers le lac Coca. A la lueur des éclairs nous ne voyons pas la couleur marron étain normalement observable. La nuit est ponctuée de grandes secousses du vent, nous prions aussi pour que la pluie horizontale ne trempe pas tout le tableau de bord.

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Publié le 1er octobre 2019
Tout va très bien, madame la marquise. 

Le lendemain les éclaircies ne sont pas près d’arriver. Nous faisons quand même une expédition « bord de mer », douche intégrale habillée et test de notre équipement imperméable. L’épreuve n’est pas concluante et nous nous réfugions trempés dans un café battu par le vent. Deux cheeseburgers sont bienvenus. Nous observons jusqu’à la fermeture les habitudes des locaux. Ils se garent à un mètre de la porte d’entrée avec leur gros 4x4 et leur pick up. Nous avons même cru une fois que le mec allait carrément se garer sur la terrasse du café. Certains ont des bottes qu’ils enlèvent, d’autres se précipitent sur le présentoir et choisissent la plupart du temps une espèce de tourte à la viande ou au fromage. Ces « pies » ont la taille des petites quiche que l’on achète à la boulangerie, mais la consistance est beaucoup plus molle, et quand j’en mange j’ai l’impression de n’avoir mangé qu’un apéro. Eux, c’est leur seul repas. Certains prennent un café, latté, et repartent aussitôt dans leur véhicule pour rejoindre un parking avec une belle vue et engloutir leur repas. Pour nous réchauffer/ sécher nous nous calons dans un coin dans deux fauteuils décrépis mais chauds avec nos cafés.

Comme le ciel se dégage nous continuons la route et sur la plage suivante, à la faveur du soleil et du vent nous séchons nos ailes et nos pattes en courant sur le sable. Les promeneurs de chien saisissent la fenêtre météo idéale et nous rejoignent en souriant. Il y a des vagues et les mouettes sont heureuses. Des voyageurs s’arrêtent pour manger une glace en bord de route (bon faut quand même pas exagérer hein).C’est le moment idéal pour aller voir la côte depuis un point de vue un peu plus loin.

Comme il semble que nous avons manqué beaucoup de belles choses vers notre précédent camping nous décidons d’y retourner et de dormir cette fois vers la plage après avoir repéré la place bien protégée du vent, la plus plane possible, non inondable... Je vous laisse imaginer tous les salamalecs que nous faisons, et la satisfaction quand tous les critères sont réunis :)

Le lendemain double satisfaction quand la nuit a été calme, que le soleil resplendi, le yoga est fini et nous déjeunons un enooooorme petit déjeuner, comme toujours depuis le début du voyage.

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Publié le 1er octobre 2019

Le kayak frétillait dans la soute, nous l’avons gonflé au petit matin et testé sur le lac, le fameux lac Coca, qui rend effectivement tout orteils trempés marron. Incertains nous avons fait un petit tour du lac et beaucoup pagayé contre le vent et l’averse au retour. La fluidité des rames et du kayak qui fend l’eau prend tout son sens quand les oiseaux du lac nagent près de nous, décollent à grand renfort de plumes ou atterrissent en parfaite maîtrise autour du kayak. Poussés par le vent, nous nous approchons le plus doucement possible d’un arbre portant vingt oiseaux blancs et noirs. Certains s’envolent à notre approche et d’autres s’en moquent, ils étirent leurs ailes pour les sécher. L’envergure est impressionnante.

Nous longeons des arbres prenant racine directement dans l’eau marron et penchant du côté du lac.

Une fois sortie de l’eau nous avons le temps de sécher et de ranger le bateau avec grande maniaquerie en chantant « les maniaques sont nos amis il faut les aimer aussi » avant la grosse averse et nous sommes très contents de ne pas l’avoir reçu sur le coin du nez.

Suite de la journée: ascension du Mont Puheke. C’est un volcan tout au bout de la péninsule dont les laves se sont déversées dans la mer. Il culmine à 130 metres. Wow c’est pas haut, mais depuis la mer c’est impressionnant. Nous grimpons en voiture jusqu’au parking et le vent qui vient de l’océan est tellement fort que nous craignons pour les petits « protège-vitres » de notre van. Nous faisons en sorte d’avoir les oreilles dans le sens du vent mais quand enfin nous démarrons la ballade, un rideau d’eau s’approche à toute vitesse. Nous avons juste le temps de nous précipiter dans la voiture avant de subir une attaque horizontale de grosses gouttes sur le pare-brise. Le temps de manger deux trois chips et c’est parti pour la montée éclair. Au dessus on tient debout incliné, le vent nous offrant un appui assez régulier. Plus bas, sur les plaines marécageuses, les ombres des nuages changent les couleurs à toute vitesse. Nous peinons à nous entendre et la saturation de tout nos sens rend ce moment magique et épuisant à la fois. Nous descendons explorer une crique secrète magnifique.

Que faire ensuite? Manger sur une table ventée avec Barbie décoiffée et un chien qui lorgnait nos carottes. Ensuite nous découvrons le meilleur spot abrité du monde.

Suite de la journée: décidés à voir toutes les belles ressources de cette péninsule nous nous dirigeons à contre vent vers les baies jumelles. Notre guide très très confidentiel nous vante la beauté de ces deux plages sœurs visibles depuis les branches d’un vieil arbre tortueux.

Ce que nous dirons d’abord c’est qu’il nous l’a bien vanté mais qu’il était surtout bien venté. Les rafales sont impressionnantes et il est déjà difficile de tenir sur ces pieds, que dire de tenir sur les branches de l’arbre! Ces branches se balancent irrégulièrement, les feuilles bruissent et s’ajoutent au son des vagues qui s’abattent sur la grève.

Pas très contents du mauvais temps, ceux là. 

Le moment n’est pas à la baignade mais nous trouvons tout crottés et avisons une douche. Le hic c’est que le jet de l’eau de la douche extérieur part à l’horizontale, pulvérisée par le vent! Nous préférons une petite toilette à l’abri mais il aurait été encore plus judicieux de se mettre à poil et dos au vent car il se met à pleuvoir, à l’horizontale. Les murs des toilettes se mettent à vibrer, la tôle du plafond est ajourée et des grosses gouttes tombent. On craint bientôt de recevoir une branche sur le van et profitons d’une accalmie pour nous précipiter dedans et rouler plus loin dans les terres pour être un peu plus protégés. Nous trouvons refuge pour la nuit dans un parking gratuit dans une baie abritée.


Le soir, nous prenons rendez-vous pour le lendemain dans un « charmant helpx avec une dame qui fait un dessert à chaque dîner ce qui mérite d’être souligné. Sue est prof d’anglais ce qui peut aussi vous aider dans votre amélioration de la langue. » d’après les commentaires de nos prédécesseurs.

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Publié le 1er octobre 2019

Réveil tôt pour profiter du début de la matinée et faire une petite grimpette en chemin nous donnant une vue à 360 degrés sur les environs. Saint Paul mérite bien un rocher à son nom avec une vue de cette qualité (sans doute, car il faut que je révise mes classiques bibliques). En tout cas nous avalons la montée et avons le temps de faire 1440 degrés sur nous même avant de dévaler dans l’autre sens.

A 10h10, quart d’heure lyonnais oblige, nous nous présentons devant la maison de Murray and Sue. Murray nous accueille. Nous dormirons dans un petit studio indépendant ( qui servait autrefois à faire des glaces et qui possède donc toutes les recommandations d’hygiène pour bien se laver les mains le matin, après le pipi, et avoir une morning routine à l’hygiène parfaite...) haha nous rions bien en énumérant les étapes chaque matin avant d’aller travailler.

Bon c’est pas l’tout, on chausse nos bottes trop grandes pour moi et trop petites pour Raphaël, les gants de jardin qui puent le champignon acide, un grattoir et en route pour 3h de désherbage de mauvaises herbes au pied des plants de myrtilles. Mais attention, en Nouvelle-Zelande on ne rigole pas avec les myrtilles. Un kiwi qui se respecte adooore les myrtilles et une myrtille qui se respecte est grooosse comme une cerise, tache bien violet et est naturellement portée par un arbuste au moins aussi grand qu’un groseillier, l’acidité en moins (haha).

Le boulot n’est pas vraiment réjouissant mais les sandwichs à la betterave et autres ingrédients bizarres le sont (olives fromage beurre tomate salade épinards betterave jambon thon et tout et tout). L’après midi nous travaillons aussi et ensuite nous profitons de la fin d’après midi pour sentir l’œuf pourri. Je m’explique : à environ quarante minutes de route de nos hôtes il y a des hot pools, pas des hôtes poules: une résurgence d’eau chaude noire comme du kérosène et qui sent le souffre. Il pleut, il fait nuit et le vent souffle toujours aussi fort. C’est la combinaison parfaite pour aller se baigner dans une eau chaude. Le maori qui nous accueille nous déconseille d’aller dans les bassins les plus chauds car les eaux y sont beaucoup plus chaudes que d’habitude. Souvenez-vous de vos cours de sciences de la vie et de la terre... l’eau froide et l’eau chaude ne se mélangent pas si facilement. La plupart du temps elles créent une boucle verticale et l’eau chaude remonte tandis que l’eau froide descend. C’est ainsi que l’apport important d’eau froide par la pluie ces derniers jours entraîne une remontée des eaux chaudes souffreuses. Nous avons beaucoup de plaisir à nous baigner avec des locaux, et presque que des locaux... la pluie tombe un peu mais les eaux entre 37 et 46 degrés nous font réconfortent (j’allais dire nous réchauffent le cœur). Le gérant n’en revient pas quand nous lui annonçons que nous nous sommes baignés à 46*C.

Puis nous rentrons à toute vitesse vers nos hôtes (quart d’heure lyonnais encore) et le temps de faire le bénédicité et on s’en met plein le gosier. Sue est une cuisinière au thermomix, l’appareil à faire la cuisine tout seul, elle a même cuisiné un gâteau avec. La légende était donc vraie.

Les arcs en ciel sont courants dans la région. La cascade s'appelle Rainbow Falls... Mais pas si rainbow que ça cette fois.

Le deuxième jour nous nous levons tôt pour apporter la voiture au garage et découvrir ce qui draine la batterie. Nous travaillons beaucoup avant la pause midi et j’en ai vraiment marre. Enfin, à 17h nous pouvons récupérer la voiture et avec l’arc en ciel sur la route nous espérons une bonne nouvelle... arrivés au garage le monsieur à l’accueil me dit: Qu’est ce qu’elle a votre voiture? Je lui réponds : Ben c’est à vous de me le dire, je ne suis pas garagiste! :) Il me tend un papier où il est écrit : quelque chose draine la batterie, la batterie est bonne, l’alternateur est neuf. Trouver ce qui draine la batterie est impossible.

Bon.

Nous ne sommes pas bien avancés.

Nous décidons d’acheter une sorte de petit robinet à batterie et désormais à chaque longue pause nous la déconnecterons. L’après midi c’est envolée avec des histoires pareilles.

La plus vieille maison en pierre de NZ, vers le bassin qui accueilli les premiers échanges commerciaux maoris-européens.  

Le soir Sue me renseigne sur son travail comme professeur d’anglais à la prison. Elle m’explique que pour elle son travail c’est d’abord de donner confiance à l’autre dans ce qu’il sait faire. Pour commencer elle leur dit: "que savez vous dire en anglais?". Souvent le type en face lui répond : rien, et elle leur dit « ben si vous voyez « nothing » c’est déjà un mot, voici comment cela s’écrit... ». Raphaël voit traîner une feuille sur le plan de travail de la cuisine. Il y a 40 mots écrits dessus, chacun est entouré de rouge, d’orange ou de vert. C’est son petit fils qui s’entraîne et apprend progressivement à lire les mots les plus courants en anglais.

Nous partageons une bouteille de vin avec Murray pendant qu’il nous détaille où toute sa famille habite. Parmi ses quatre frères et sœurs trois habitent en Australie, parmi les 5 frères et sœur de Sue, 2 habitent en Australie. Et 3 de leurs enfants sont en Australie. Moi qui ai fait une blague sur leurs « concurrents australiens » un peu plus tôt en parlant de l’agriculture, j’étais vraiment à côté de la plaque. J’essaie d’en savoir un peu plus sur les raisons qui ont poussé leurs proches à partir je n’obtiens pas de réponses très évidentes. Il semblerait que l’offre de travail soit plus intéressante la bas, mais Sue m’assure qu’ils ne sont se sont jamais vraiment posé la question. Et même si l’Australie est toute proche ils ne s’y rendent que très rarement.

Le lendemain nous arrêtons le travail assez tôt car les heures supplémentaires des jours précédents ont été comptabilisées. C’est notre dernier jour (seulement 3) de travail mais je suis bien contente d’arrêter. Nous avons utilisé nos petits sièges en plastique pour ne pas nous casser le dos, et nous enfilions un sur pantalon pour pouvoir nous agenouiller directement dans la terre mais, malgré tous les arrangements, ce travail n’est pas très amusant. L’avantage c’est déjà que l’on voit par où on passe. On voit l’avant/après, même si nous n’avançons pas forcément très vite. Nous partageons un sandwich à tout et n’importe quoi le midi en compagnie de Murray. Cette fois il nous raconte comment il en est venu à épouser Sue. Murray m’avait déjà raconté que Sue et lui habitaient tous les deux dans leur jeunesse dans la région de Dargaville (voyez comme ce patelin revient), et que leurs villages étaient séparés par une colline. Je lui ai donc demandé si c’est a une fête du village qu’il l’avait rencontrée.

« Non, dans un pub. Sue connaissait déjà mon frère, mais pas moi. A ce moment là elle cherchait à parler à tout ceux qui était allé à l’étranger car elle allait y aller bientôt.

NDLR:depuis une île on dit oversea, ce qui veut dire en gros de l’autre côté de la mer. Je trouve ce terme tellement évident que ça me fait marrer chaque fois que je l’entends.

Alors comme je revenais tout juste d’Europe, mes amis lui ont dit: tiens, lui il va te renseigner. On a bu une bière et discuté. Un mois plus tard on s’est revu et je lui ai proposé qu’on sorte ensemble (ndlr: c’est une vraie question que l’on posait à la personne, comme nous le faisons en France quand nous avons 11ans). Et deux semaines plus tard elle est partie en Angleterre. Et on s’est écrit, pendant deux ans et demi.

-Devinez la tête que j’ai fait moi...

Ensuite quand elle est revenue on a fait un peu de temps ensemble, puis on a fait une pause puis on s’est remis ensemble et on s’est marié. Trois ans et demis après s’être rencontré. »

Et bien cette histoire valait le coup d’être contée et écoutée. Je n’ai pas d’admiration ou d’horreur. J’aime entendre les gens raconter leur vie.

J’ai fini mon thé avec un nuage de lait, comme Murray se l’était servi. Nous avons fait une embrassade (les dames) et serré la main (les messieurs), pris une photo de nous en pied pour leur souvenir. Et nous sommes partis explorer un autre beau coin de la région.

Nous n’avons pas partagé tant de moments ensemble et l’aide ressemblait bien plus à du travail qu’à un coup de main. Ceci dit nous avons apprécié leur gentillesse et leur accueil, le lit et la bonne cuisine le soir. Trois jours c’est bien.

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Publié le 11 octobre 2019

Mahinepua Peninsula nous voilà! Ohlalalala comme disent les français. Nous marchons sur cette langue de terre déjà située au bout d’une avancée dans la mer. Le soleil est resplendissant et depuis certains points de vue nous pouvons voir aussi bien à gauche l’eau agitée par le vent et à droite les criques secrètes à peine bercées par les vaguelettes apaisées. Alors que nous profitons de cette vue nous apercevons à nos pieds deux orques qui nagent jusqu’à la plage où nous étions quelques instant plus tôt. Nous sommes impressionnés par la taille des deux animaux, qui font la même longueur que l’entrée de la grotte devant laquelle ils passent. La grotte nous paraissait grande... nous ne souhaitons pas nous baigner avec eux, et encore faudrait-il que ça arrive...

La ballade est facile et les nuages viennent changer les couleurs de l’eau, les reflets des îles. Le temps semble prendre son temps. Nous apprécions la montée jusqu’au bout du bout du bout de la péninsule.

Quand nous revenons sur nos pas nous ne voyons pas les orques mais deux spécimens à deux jambes et deux bras, tenant maladroitement une glacière et une canne à pêche qui longent la côte caillouteuse et apparemment inaccessible en essayant de ne pas trop se mouiller les pieds. Nous voyons souvent ces pêcheurs sur des terres inaccessibles en contre bas de nos ballades. Ils se « coincent » dans des criques sans sable et lancent leurs lignes pendant des heures et des heures. Vu du dessus c’est impressionnant car nous ne savons pas comment ils vont s’en sortir. Ils s’en sortent toujours, foi de marin!

Nous sommes un peu retardés le lendemain par la pluie et le nettoyage du van. Dans cet espace restreint il est nécessaire que nous sachions tous les deux où se trouve chaque chose, et que chaque chose trouve sa place (et la retrouve surtout). Notre aménagement nous permet d’accéder à tout pour cuisiner, s’habiller et technologiser lorsque le lit est en position banquette. Nous avons peu d’affaires et toutes rentrent dans la commode sous le lit ou dans le meuble cuisine. Une fois rangé nous nettoyons un peu le nylo, non le noli, non le lino (demandez à Raphaël il vous expliquera :) ). Nous trouvons que notre agencement est fonctionnel. Et depuis qu’il n’y a plus de coffre de toit qui déforme la carrosserie Raphaël est heureux que le kayak tienne dans la soute sous le lit. Nous laissons le helpx derrière nous et prenons les petites routes pour la côte est, au sud de Kerikeri. Pour pique niquer a l’ombre, car le soleil tape fort, nous profitons des tables de pique nique vers une petite cascade. Les commentaires: « Seuls les poulets au parking ont un quelconque intérêt. La cascade n’est pas la plus belle du pays. Ne vaut pas le détour. » et bien, nous voilà préparés. Effectivement les coqs sont amusants car ils se répondent sans cesse et leur cris s’approchent dangereusement quand ils comprennent que nous sommes en train de manger l’un des leurs. Mais soudain un gamin perché à l’arrière d’un pick up de dix fois sa taille, se mets à leur balancer sur le bec des miettes de pains plus grosses que leur crête. C’est la fin du silence, les jeux sont ouverts, c’est un combat de coq. Le gamin oublie en riant qu’il vient de s’arracher la moitié du genou, et que son père lui a dit : « t’es grand mon gars, ne pleure pas, t’es un homme ou pas? » tout en l’accrochant sur le capot du pick up. Yuuuh. Viril.

La cascade a l’air moche, allons voir cette mocheté. Si les minutes sont comptées et si tu comptes faire le plus beau selfie de ta vie alors ne viens pas ici. Mais si tu oublies le couple qui se tortille dans tous les sens pour trouver la meilleure pause, que tu écoutes un peu le grondement de l’eau et regardes à fleur de l’eau, là tu as un arc en ciel qui apparaît dans les éclaboussures de la chute. C’est beau, c’est magnifique. Il n’est pas question de se dire si ça vaut le détour ou pas, c’est surtout comment tu l’envisages qui compte. Et cette rivière, cette cascade, si proche du chant du coq, à quelques pas de la route, te donnes un arc en ciel si tu prends le temps de regarder. Oublions les autres qui font des selfies.

Nous arrivons à Paihia, ville balnéaire archi-courue de la bay of island. Nous sommes étonnés de voir des bus de touristes sur le bord de la route, de voir des gros appareils photos portant des touristes en K-way identiques. La ville ne nous semble pas avoir d’intérêt. Au bout d’une route sans issue c’est la mer. Le pont de ce ferry est presque invisible. Nous manquons de rouler directement dans l’eau. Le ferry prend dix minutes pour nous emmener à Russel, plus petite ville balnéaire, sans bus et sans autre boutique qu’un café.

Le prochain point est historique: nous nous rendons au dessus de Russell vers la « bataille de drapeaux ». Ce n’est pas le terme répertorié par la cour suprême du guide vert, mais c’est le nom que je lui ai donné pour m’en souvenir, car il y a tant de souvenirs. Quand les européens sont arrivés, majoritairement des anglais, les maories (venus eux même quelques centaines d’années auparavant) ont du leur faire un peu de place. Je suis étonnée de ne pas pouvoir en savoir plus sur les conditions de cette colonisation en doublette. On m’a raconté plusieurs récits à ce sujet, mais ils se contredisent tous. Globalement cette époque est présentée comme une époque de découverte de la terre (de la mer et des astres) par les européens, notamment Cooks, et une histoire beaucoup plus dirigée vers les esprits, les contes ou les légendes par leurs prédécesseurs les maoris. D’un côté les explications portent sur les qualités mystiques des terres d’un autre l’histoire est plutôt portée sur l’utilisation de la terre comme une ressource. C’est intéressant de voir comment les guides, les centres d’information et les revues feuilletées dans les cafés, les librairies racontent l’histoire de leur pays. Je n’ai aucun moyen de connaître l’avis, le récit d’un maori sur son histoire car tout ce qui paraît est rédigé ou dit par des kiwis blancs. La seule fois où une histoire à été comptée c’était par une fresque sur le mur de la faculté à Auckland. Mais je ne désespère pas de trouver quelqu’un avec qui aborder ce sujet. Je n’espère pas trop trouver ce genre de chose dans les « shows » Maori ou les « villages reconstitués », mais j’irais faire un tour là bas si j’y suis.

En haut du point culminant a eu lieu la « guerre des drapeaux ». Après avoir signé l’accord (a l’amiable?) entre tribus Maori et Anglais, chacun est allé se coucher. Le lendemain on levait le drapeau anglais sur la butte et certains maoris se posèrent des questions sur l’entubage ou non qu’ils auraient subit, les vices cachés etc... je ne suis pas historienne et je vous prierai de lire les bouquins plutôt que mon charabia. Après s’être posé des questions ils décidèrent que le drapeau britannique n’était pas à sa place, il l’abaissèrent et le remplacèrent par celui de « l’unification des tribus » le tout premier drapeau néo-zélandais. Un drapeau blanc coupé en 4 par deux barres rouges. Dans le carré en haut à gauche des étoiles. Ils le hissent un matin, et quelques heures plus tard c’est le drapeau britannique qui est hissé. L’histoire se répète une seconde fois. Pour empêcher la troisième fois les britanniques protègent leur drapeau et une bataille s’ensuit, ratiboisant plutôt les maoris que les anglais. Ensuite, tout le monde doit arborer le drapeau néo-zélandais que l’on connaît. Seuls les résistants indépendantistes néo-zélandais plantent dans leurs jardins un drapeau aux couleurs des anciennes tribus. Nous n’en avons vu que deux dans nos pérégrinations.

Au sommet il y a aussi un cadran solaire énorme dont l’aiguille (l’ombre) tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Je vous laisse réfléchir au pourquoi du comment.

Double aiguille - Nous sommes là.

Nous optons ensuite pour la découverte d’une péninsule (encore ?) appelée Tapeka point. Le départ du sentier est entre quelques maisons à quelques milliers de dollars, et nous n’arrivons pas à croire que ce soit possible. Ici on marche presque dans le jardin des villas alors qu’en France on circulerait entre deux haies de tuilas haute comme des buildings. C’était abrupte mais au sommet nous apprécions les troncs d’arbres pourtant solides qui s’inclinent au rythme du vent. Presque à la pointe nous sommes hypnotisés par les vagues qui se rencontrent presque, mais pas tout à fait, dans un rétrécissement de l’isthme final. Presque presque.

Le presque presque. 

Sur la côte nous apprécions Eliot bay et d’autres plages au sable blanc bordée de gros rochers déchirés. Nous avançons lentement entre tous les arrêts photos et admiration du paysage.

Eliot Bay 
Les Eliots 
Qu'est ce qu'on pourrait encore découvrir par la lorgnette (à placer au scrabble) 

C’est l’heure de la recherche d’un camping et des grandes questions existentielles : peut-on, veut-on, doit-on faire la rando de deux jours au cap Brett. Veut-on payer 60$/personne pour randonner vers le bout du monde ? Nous décidons que cela ne nous plaît pas de payer autant pour marcher et nous optons pour un camping avoisinant qui offre douche chaude à volonté, cuisine commune et surtout gérant super sympa qui va nous donner pleins de conseils pour faire du kayak dans le coin.

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Le soleil tarde à se lever et puis après le petit déjeuner et une petite parlotte avec nos voisins qui ont loué un van c’est parti pour la grande motivation: aller vers la plage ou l’on souhaite faire du kayak, le gonfler, le porter sur la tête par dessus l’isthme (désolé mais c’est pour améliorer notre vocabulaire français et que ça rentre bien dans nos têtes comme ça au scrabble on s’ra moins bêtes yo!), le mettre à l’eau et pagayer.

C’est notre première sortie en mer mais c’est okey bay, donc tout est ok babe. On suit la côte jusqu’à la sortie de la baie et là, comme la mer monte on se dit que c’est le bon moment de faire le tour de l’île... alors on prend quelques vagues assez hautes en face, puis de côté en contournant. Raphaël dit "oulah ça secoue", je réponds, "pagaïes à droite sinon on va s’écraser contre les rochers". Raphaël m’explique comment prendre les vagues avec une embarcation tout en sous entendant qu’il va bientôt vomir. Enfin nous réussissons à nous mettre dans le bon sens et nous laissons pousser par les vagues vers une plage isolée. Après une courte pause nous retournons à la plage principale, rinçons tout (nous, le kayak, les affaires) à l’eau de pluie qui tombe sur nous au bon moment. Séance de maniaquerie à nouveau pour sécher et ranger tout.

En route pour une autre péninsule, une fois n'est pas coutule, heu, coutume.

Vers l'infini et l'au delààààà. (plouf) 
Whangaruru North Head 

Le soir tombe et nous avons quelques choix à penser. Nous n’avons que 20 euros en poche, oui des €, pas des dolllaaaaards. Donc : soit on retourne au camping et on négocie pour ne pas payer (mais ça m’étonnerait, quoi que l’ambiance est un peu hippie), soit on paie de notre corps grâce à un travail intéressant le lendemain (nettoyer la bouse de vache par exemple), soit on paie avec nos 20 euros. On tente et ce n’est que le lendemain qu’on paie…par carte (et oui, nous n’avions pas envisagé que des hippies puissent avoir un si beau boitier de carte bleue. ROOOh les mauvaises langues).

Ce camping valait son prix. Nous avons profité d’une bonne douche chaude à volonté, d’une cuisine six fois plus grande que celle que nous avions à Strasbourg et d’une conversation intéressante avec le gérant. Il s’assied vers nous et nous parle justement de l’histoire de son pays quand je lui dis que nous nous intéressons plus à ce que les gens vivent ou pensent que à voir absolument tous les trucs les plus touristiques. Il est allé quelques semaines auparavant visiter un musée qui retrace les étapes du traité que signèrent les tribus maories et les britanniques. Bien qu’il soit du coin, il nous indique qu’il n’avait ni prit le temps ni porté un intérêt à cette histoire et nous assure que la visite de ce musée à quelque peu changé son regard sur l’époque de l’arrivée de ces ancêtres à lui, les européens, et des conditions d’accord.

Il nous raconte qu'à l'arrivée les blancs ont voulu acheter les terres des Maories pour les cultiver. Les "blancs" demandaient: "Où sont les limites de ton terrain?" et l'occupant de la terre Maori lui répondait en montrant le bout de la colline après lequel on ne peut plus voir "d'ici à ici." L'acheteur lui disait: "Mais non, toi tu n'occupes que cette petite partie là, autour de ton terrain, le reste tu le laisses comme ça, tu ne l'utilises pas. Donc ça n'est plus chez toi." La conception de propriété n'était sans doute pas la même, et a surement générée des tensions importantes lors de ces ventes. Se dessine maintenant deux conceptions, mais qu'il faudrait vérifier auprès des habitants: les européens utilisent la terre comme valeur marchande et considèrent donc la terre comme une propriété définie avec un potentiel d'exploitation des ressources, tandis que les Maoris appartiennent à la terre et n'ont donc pas le monopole exclusif de son exploitation. D'après d'autres lectures (de récits européens racontant leur découverte de la culture Maoris), "les Maoris n'auraient jamais exploité la terre découverte à sa juste valeur", c’est à dire qu’ils n’ont pas utilisé le bois ni l’or. Mais certaines ressources importantes pour leur culture, comme les plumes de certains oiseaux pour les parures, la viande de certains animaux qui ont désormais disparus ont aussi été exploité. Disons que les centres d’intérêt ne sont pas les mêmes.


Le voyage pour moi c’est aussi l’occasion d’essayer de comprendre mieux comment les gens interprètent leur vie. Je ne souhaite pas mener ici de grands discours sur la colonisation, car je n’ai pas les ressources nécessaires pour le faire. Je souhaite juste partager et me souvenir de ce que j’ai pensé à propos de l’histoire du pays que je traverse.

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Il pleut. Nous longeons la côte jusqu’à une baie et nous arrêtons vers deux vans bien trempés dont les habitants nous confirment que tous les endroits où il n’y pas de panneau « no camping » il est autorisé d’y passer la nuit. Dans cette région uniquement.

Avant - Après 

Nous guettons l’éclaircie et grimpons sur les rochers au nord de la plage. Le temps de revenir et de nous précipiter dans la voiture et la pluie, la grêle et tous les éléments se déchaînent. Pauvres français que l’on a laissés sur les rochers, ils reviennent trempés jusqu’à l’os. Jusqu’à présent nous évitons toutes les grosses pluies en regardant s’il vient « un gros nuage noir ou un p’tit grain » et en scrutant le sens du mouvement des nuages. Parfois c’est vrai que c’est juste juste et que l’on coure vite pour s’abriter. Nous admirons le coucher de soleil avec l’accalmie et discutons du voyage avec nos voisins de van. Ils finissent leur voyage en nouvelle Zélande et nous rassurent, «les vans, il y a toujours quelque chose qui ne va pas.»

Jouer à saute mouettons 

Le lendemain comme il fait beau nous profitons du soleil pour petit déjeuner longuement et faire quelques petits aménagements : cacher l’arrière de la cuisine par un rideau confectionné quelques semaines avant mais jamais posé, fixer la table amovible pour qu’elle ne nous tombe pas sur les pieds chaque fois qu’on ouvre le coffre.

Soir - Matin 

Ensuite, direction Matapouri sur la côte de Tutukaka (si si c’est le vrai nom! Mais c’est tout l’inverse!) pour y manger un énorme fish and chips (un chacun, mais c’est vraiment beaucoup trop car les portions sont énormes!!), puis faire un tour et profiter des points de vue sur whale beach (mais nous n’avons pas vu de baleine).

Sympa la coupe! 

Nous dînons de cacahuètes à la bière, et partageons un verre de vin avec une américaine qui nous en offre gentiment. Mais horreur. Elle boit dans un verre en plastique (nous nous sommes achetés des vrais verres en verre au Salvation Army) ET elle mange du chocolat avec. Non mais ho. L’intention est tout de même appréciée à sa juste valeur.

Au lendemain nous sommes partagés. La côte se prête à faire du kayak mais nous avons aussi la possibilité d’aller voir le phare seulement accessible à marrée basse. A moins qu’on aime comme les pêcheurs aventureux, marcher en équilibre sur les rochers alors que l’océan nous lèche les pieds...

Nous découvrons ce bout de terre et le phare sous un beau soleil, nous amusons à passer de crique en crique, de bord en bord. Nous évitons quelques mouettes en faisant voler le drone puis retournons nous préparer un petit sandwich à emporter sur le kayak.

On va faire du kayak? Mais bien sur qu'on va faire du kayak.

Au magasin de surf la vendeuse nous dit que le vent est off shore mais seulement à dix noeud. Ce qui veut dire que le vent pousse de la terre vers le large mais seulement à 10 noeuds (je ne sais pas si c’est beaucoup ou pas en km/h). Dans l’ensemble elle nous dit que les conditions sont bonnes si l’on ne sort pas du Harbour. Il y a bien un peu de vent quand nous gonflons le kayak mais c’est très raisonnable. Nous voilà en route pour les nombreuses plages du harbour, légèrement poussés par le vent et les vagues. Pour déjeuner nous nous arrêtons sur une plage un peu abritée mais dès que nous sortons le cornet de beef, voici que les sandflies, ces horribles moucherons piquant nous attaquent. Il n’y a pas d’autres solutions que marcher en mangeant, et ne jamais s’arrêter. Nous avons reçus ce conseil de nos voisins de van tout mouillés ,et ça marche plutôt pas mal!

Après cette pause peu reposante nous reprenons le bateau et décidons de traverser l’embouchure pour aller voir à marée haute vers le phare les jolies criques dans lesquelles nous avons joué un peu plus tôt. Le vent et les vagues nous poussent vers le large et c’est à nouveau le temps des « Vas-y pagaies! Attends un peu plus à gauche. Ohlala, encore un peu! Allez allez courage! » car il faut remonter à contre courant jusqu’à notre plage de départ. Un gros bateau de réparation nous évite de peu, enfin c’est ce que nous nous disons pour avoir encore plus de piquant! Et à l’arrivée sur la plage, le vent qui s’est levé sèche notre embarcation tandis que nous nous buvons une petite binouze tranquillou pépère.

BONUS A LA FIN 😉

Alors que le jour décroît dangereusement nous cherchons un géant vieillard seul dans la forêt des jeunots. Tane Moana est inconnu du public et si proche qu’on peut toucher son écorce, voir la sève jaune qui coule dans ses veines, évaluer toutes les années qu’il a pu traverser, tous les animaux et les hommes qu’il a vu défiler... ce Kauri si retiré ou si perdu nous émeut. Nous avons l’impression de trouver un trésor bien caché.

Tout perdus dans nos admirations nous rejoignons au couché de soleil un estuaire sableux tranquille. Le parking-camping est juste devant une allée de maisons. Celles-ci, pour conserver la vue sur cet endroit tranquille, ont construit leur habitat en terrasse. Le rez-de-chaussée servant à garer voitures et bateaux. Le coin est propice à la contemplation.

Pas mal comme vue pour ma prochaine maison secondaire 

Le lendemain c’est le défilé des voitures à quelques mètres de notre voiture. L’école accueille les petits enfants qui respectent le passage piéton, je dirais même plus, mon cher Dupond, ils régulent le trafic en ouvrant et fermant les barrières oranges sur la route. Loin d’une exploitation des enfants, ceux ci ont plaisir à faire la loi, et prennent leur rôle très au sérieux.

Le défilés des parents est rigolo bien qu’il ne change pas trop du défilé à l’école bcbg en face de l’IFMK (oui je sais, les sigles me manquaient). Les gris 4x4 arrivent à toute vitesse vers l’école, et à environ 50m à l’approche de l’école ils freinent brusquement. Ils se garent et claquent les portières, saluent de la main les responsables du passage piéton et s’en vont.

Les enfants prennent beaucoup de place ici. Les adultes sont tournés vers eux aux repas ou au pub, et il est très fréquent que les adultes interpellent des parents pour leur demander quel âge a l’enfant, son nom et qu’ils en discutent ensuite comme s’ils se connaissaient alors qu’ils sont de parfaits étranger. Lorsque les gens promènent leur chien (qui tient aussi une place important), il n’est pas rare qu’en se croisant ils parlent du chien de l’autre puis sans transition de leurs enfants. Et s’ils se connaissent un peu alors c’est tout l’historique qui est déroulé : tel fils à marié une telle, telle fille à terminé ses études de quelque chose, et ça continue comme ça réciproquement pendant une bonne petite demie heure parfois.

Les enfants prennent beaucoup de place mais pas quand les gens se quittent. Ils s’adressent un signe de la main en disant « bye » et s’en vont sans se retourner. Je crois que je ne suis pas capable de dire au revoir de cette manière...

Au revoir. A très bientôt, et un gros câlin bien serré.

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Publié le 15 octobre 2019

Après un café latte et une tourte (mais la dernière fois, je l’jure) et un muffin aux grosses myrtilles qui sent l’eau nous filons vers Whangarei.

Cette petite ville un peu en retrait de la mer est bien connue pour sa cascade. Qui est impressionnante. Et si l’on prend le temps de continuer un peu plus bas le long de la rivière on arrive à un parc au cœur de la ville où des kauris ont été conservés. On peut se balader dans la canopé (et vous depuis votre canapé) en regardant les palmiers du dessus. Magnifique. Nous dépassons le long de la ballade des enfants en sortie qui marchent pieds nus dans les flaques et dans la boue. Arrivés la où tout le monde nettoie ses chaussures pour éviter la propagation de maladie pour les kauris, eux se frottent sur les gros rouleaux et s’aspergent les pieds. Les mamans en legging qui tortillent des fesses pas très sveltes marchent rapidement en poussant la poussette. Elles parlent fort et s’exclament quand les gamins se font des câlins-étrangleurs: Oh it’s so cute! Oh honey, do you see?

Whangarei waterfall 
La canopé. 

Nous filons ensuite à Abbey Cave. Une grotte, ou plutôt trois, très peu connues, qui peuvent s’explorer sans équipement a part une frontale. Nous laissons la voiture dans un virage avec du verre cassé un peu partout autour des roues en priant pour qu’on ne nous vole pas. Les caves sont cachées dans une petite forêt, cachées par les racines envahissantes des arbres centenaires. Nous trouvons facilement l’entrée abrupte et peu engageante de la première grotte. Descendre et se trouver progressivement dans l’obscurité, à l’abri du son des oiseaux et entourés du son de la rivière qui s’écoule nous donne une sensation entre l’excitation et l’appréhension. Un peu de courage et deux lampes frontales nous aident à nous enfoncer un peu plus dans l’antre sinueuse. La roche façonnée par le courant offre maintenant des courbes douces, des couleurs jaunes et oranges laissées par la sédimentation et sa constitution initiale. Nous observons des drapés, des stalagmites et tites. Dans une courbe favorable nous éteignons nos lampes et se révèlent à nous des astres bleutés. Les vers luisants forment une galaxie. L’eau s’écoule à nos pieds et à nouveau c’est un mélange d’admiration pour cet instant et de besoin de savoir où se trouvent nos pieds et l’autre auprès de nous.

La galaxie de vers. 

Plus loin nous ne pouvons plus marcher hors de l’eau, et nous préférons rester les pieds au sec et rebrousser chemin. Nous avons vu déjà beaucoup de chose et la grotte suivante est annoncée comme intéressante. Nous voilà à la recherche de l’entrée, en suivant les indications cachées. En se perdant un peu nous découvrons un monde terrestre complètement différent. De géants reliefs karstiques (pull up mamita) se dressent au milieu de la forêt tropicale. Lianes, mousses, fougères masquent les courbures complexes de ces grandes roches. Je ne suis pas allée en Thaïlande mais les roches me font penser aux îles zébrées des cartes postales. C’est comme si elles étaient venues se téléporter au milieu d’une combe. Il n’y a pas de cris d’animaux, juste nous zigzaguant entre les reliefs et caressant la roche. Nous perdons la notion du temps.

Les rayons du soleil filtrés par les arbres ajoutent des ombres et des éclairages qui amplifient l’ambiance mystérieuse.

Nous arrivons vers l’entrée de la grotte et allumons les lampes mais ne restons pas longtemps car l’eau est haute. Dans la troisième grotte nous sommes surpris. Après une entrée simple le cours d’eau devient un petite cascade qui résonne et s’amplifie dans la grotte. Nous la suivons en sautant de part et d’autre pour éviter de se mouiller les pieds. Bientôt il est possible de passer par d’autres chemins au dessus de la rivière. Il y a d’autres cheminées, d’autres tunnels et quand nous montons dans l’un d’eux des trous larges comme nous nous permettent de voir à la lueur de la frontale l’eau qui coure deux mètres plus bas. Ouah. Terrifiant, excitant, et euphorique à la fois. Les vers luisants sont bien présents. Nous apprécions le bruit de l’eau.

Une fois sorti des entrailles de la terre nous reprenons nos esprits aux derniers rayons sur les roches et les prairies verdoyantes.

Nous roulons lentement vers un camping gratuit entre mer et petite route et le soleil se couche sur la raffinerie (la seule de Nouvelle-Zélande) qui est sur l’autre rive en face de nous. Des pêcheurs en kayak laissent leur embarcation dans les fourrés et rentrent chez eux au village voisin.

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Publié le 18 octobre 2019

Aux premières lueurs nous déjeunons au soleil et puis direction une randonnée surplombant Océan beach, longue plage prisée des surfeurs et possédant surtout un point culminant attrayant.

La randonnée n’est pas difficile et nous décidons d’explorer peach cove, petite plage cachée en contrebas des falaises et difficilement accessible. Une volée de marches sépare la crête du sable... enfin une volée de 805 marches que nous avons comptées en remontant.

Peach Cove qui n’est pas à son avantage 

Mais la petite crique accompagnée d’une petite cabane et l’étendue bleue infinie nous laissent rêveurs. Le vent se met à pousser quand nous atteignons le sommet, en haut tout en haut d’une falaise abrupte. Au sommet, des arbustes maltraités par le vent nous protègent des rafales le temps d’apprécier la vue et de manger un sandwich à la boîte de thon. La couleur de l’eau change entre la rive turquoise et les fonds, et surtout en fonction des nuages qui filent à toute vitesse au dessus de notre tête.

Au pied du sommet les vestiges d’un observatoire militaire nous donnent à réfléchir comme les journées devaient être longues à scruter par un système de miroir les eaux argentés en gardant son attention sur le moindre navire se présentant. Cela devait être harassant. C’est le temps de la descente par des volées et des volées de marches puis jusqu’à la plage par la croupe herbeuse et molle.

Comme dirait les alsaciens « ils veulent la pluie » mais on tente le tout pour le tout et on entame une autre petite rando. Ha cette fois pas de chance, nous démarrons 3 min trop tôt et nous nous prenons la radée du siècle (comprendre une forte pluie en diagonale) mais heureusement le vent suit bientôt et nous séchons vite. Nous découvrons un bunker de la seconde guerre mondiale très bien conservé, ainsi qu’un autre observatoire où les gardes ont reproduit en fresque au dessus des fenêtres l’exact emplacement des monts devant eux ainsi qu’une estimation des distances.

Portrait au bunker 

Nous marchons jusqu’à un point de vue sur smuggler bay (la baie des contrebandiers) quand soudain retentît une sirène. Quatre fois. Nous ne savons pas si ce sont les sirènes annonçant le tsunami ou un feu ou simplement l’appel des pompiers. Raphaël me dit: mais et notre voiture? Puis nous réalisons que nous serions les mieux placés du coin en cas de tsunami, en haut d’une avancée, aux premières loges et à l’abri. Enfin, ne plaisantons pas avec ça. Une fois la sirène arrêtée, et seulement quand elle s’arrête nous descendons vers la baie.

Nous bénéficions d’un magnifique double arc en ciel dans les rayons descendant de coucher de soleil. Trois pêcheurs semblent sur la plage depuis très longtemps. Ils ont au bout de leur fil, non pas un poisson mais un cerf volant. Au bout d’un fil de pêche qui se débine indéfiniment il s’éloigne des côtes. Il est loin, très très loin, et le fil de pêche l’attache encore. Nous ne saurons jamais s’il s’est libéré.

Nous admirons les derniers rayons du soleil depuis la colline douce. Nous étions bien hier sur cette plage pour y camper, nous retournons nous y réfugier, à l’abri des vents maintenant très importants.

Les pêcheurs en kayak vont chercher leur butin mais ne sont pas satisfaits de leur prise. Ils chargent les kayaks sur leur véhicule avant que nous ayons fini de petit déjeuner. Lentement mais sûrement nous conduisons vers une autre cave bien connue pour sa galaxie... de vers luisants. Cette fois nous ne sommes pas les seuls et des « marcheurs » en petites baskets blanches se dirigent vers la grotte. Nous décidons d’y aller en bas de maillot de bain, polaire et pieds nus et en sandales pour pouvoir marcher dans l’eau. L’entrée de la grotte est beaucoup plus accessible. Nous voyons les vers luisants mais des couples essaient de se prendre en selfies avec les vers ce qui est tout simplement impossible, produit beaucoup de lumière et gâche l’atmosphère. Nous les fuyons en nous enfonçant plus profondément dans les entrailles. La rivière prend plus de profondeur et l’eau est trouble. Et puis surprise, des troncs se sont accumulés et bloquent le passage. Mais comment sont-ils arrivés jusqu’ici. Et cette araignée, de quoi vit elle exactement? Raaahhh nous croyons qu’elle nous coure dessus. Nous enjambons les troncs et arrivons dans une salle avec de multiples piliers. Mais l’eau est plus profonde, presque jusqu’à la taille et les petits bouts de bois flottants dans les eaux troubles nous effleurent. Nous avons peur que ce soient des anguilles, qui vivent, paraît-il, dans les grottes. Brrr, nous contemplons la vue et rebroussons chemin par un autre circuit. Une fois arrivés dans la seconde salle nous sommes scotchés par la voie lactée de centaines de vers luisants. Pas un bruit, personne, et nous nous arrêtons.

Quelle impression quand on sort. Le temps est très couvert et même carrément pluvieux. La glacière laissée dehors se remplit d’eau gentiment tandis que nous nous réchauffons en mangeant une bonne platée de pates à la sauce tomate. Sous la pluie qui ne cesse pas nous continuons plus au sud vers le village de Waipu. Rien à part une taverne. Nous allons boire une bière dans ce temple de la bière écossaise croisée à une pizzéria familiale. Une bière noire et une IPA, bientôt suivi de ribs énormes englouties en quelques minutes. Un feu dans la cheminée et les têtes de cerf accrochées aux murs à carreaux nous transportent cent ans en arrière.

C’est bien repus et la peau du ventre bien tendue que nous cherchons un camping. Mais il y en a peu dans le coin et en cherchant dans les recoins c’est finalement au parking de la randonnée suivante que nous nous assoupissons.

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Publié le 18 octobre 2019

Depuis Mangawhai head nous grimpons sur les falaises en calculant qu’au bout la marée sera assez basse pour nous laisser passer. Mais ça c’est sans compter le rythme effréné que nous adoptons maintenant spontanément. Arrivés en bas des falaises la marée n’est pas encore assez basse. Nous patientons en escaladant les rochers puis décidons de tenter le passage sous l’arche en quittant nos chaussures. Rien de mouillé, il ne nous reste plus qu’à revenir en foulant des milliards de coquillages. Roses, blancs noirs et jaunes, ils colorent le sol de manière irrégulière, en formant des vagues d’espèce différentes selon les marées. Je n’avais jamais vu autant de coquillages au même endroit. Certains sont parfaitement intactes, et il est bien tentant d’en ramasser mais... ça va sentir la marée et puis c’est interdit. Il y a des orgues basaltiques le long de la plage.


Tout réchauffés par le soleil de midi nous nous jetons à l’eau, enfin, pour goûter cette belle bleue. Elle est bien fraîche, quel plaisir. Cela nous donne une excuse pour prendre une douche et manger en plein caniard un sandwich à la sauce tomate (qu’il fallait bien finir).

Nous prenons la route pour Clevedon « banlieue chic d’Auckland où Jérémy et Rae vous accueillerons super bien. Ils sont amateurs de vin et aiment les français parce qu’ils nous trouvent facile à vivre ». C’est ce qu’on va voir avec ce prochain helpx.

Normalement nous aurions dû les rejoindre 4 jours plus tôt, mais avec toutes ces beautés à découvrir dans la baie des îles (Bay of Islands) où nous venons de passer les derniers jours, nous avons préféré reporter.

Nous parcourons les 140km vers Auckland avec un café dans le porte gobelet, et nous rendons compte que le mode de vie américain a des avantages. Et des inconvénients avec les bouchons à 16h... deux modes temporels différents sont présents ici. Il y a les travailleurs du tertiaire ou les commerçants, et tous les espaces publiques qui travaillent de 9h à 16h et il y a les grandes enseignes qui ouvrent de 7h à 21h,22h, ou minuit parfois. Les écoliers, les collégiens et les lycéens finissent à 15h environ. Ce qui fait du beau monde à partir de cette heure dans les voitures, sur les parkings, dans les magasins et les supermarchés. A partir de 15h, pas moyen de faire une sieste.

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Publié le 22 octobre 2019

Clevedon. Quand on me dit banlieue je pense à la banlieue de Paris, et bien que je n’ai ni côtoyé celle chic ou celle choc, je ne m’attendais pas à une campagne éloignée de 30km de Auckland avec des maisons séparées les unes des autres par 2kms de terrain.

Nous arrivons devant une grande propriété avec 3 moutons, 1 cheval, un petit pont et un champ. Et la propriété... Mamamia. 5 chambres, 2 salles de bains, une cuisine immense, un salon-lounge salle à manger. Une véranda. Deux garages. Et... un studio à côté.

Rae nous accueille, les cheveux longs, la quarantaine, en jean avec une chemise grise. Elle se présente et parle un peu vite. D’un coup elle nous dit: « vous comprenez ce que je veux dire. Oui je sais que vous comprenez, je l’ai vu direct. Bon ok, parfait! ». Cette grande maison c’est la maison de Jérémy. Rae a aussi sa propre maison à quelques kilomètres de là, mais nous la visiterons demain.

Dix minutes plus tard elle est en train de couper des légumes d’un geste énergique sur le plan de travail en énumérant tout ce dont elle devra nous parler sans en parler vraiment. Elle se perd un peu dans toutes les informations qui se croisent dans sa tête. Je comprends qu’ils vont partir en vacances pendant une semaine mais qu’ils accueilleront des airbnb quand même et que notre aide consistera en la préparation des logements pour les futurs loueurs. Elle reprend son souffle, accueille Jérémy avec ces trois filles (Phoebe 13ans, .... 11 ans et Xanthe 9ans). On fait les présentations et les enfants filent tapoter sur leur technologies, chacune sur sur les énormes canapés du salon. Une fois la sauce bolognaise maison cuite les enfants mangent seuls dans la cuisine (un des fils de Rae les a rejoint), et nous allons vers le studio, visiter, boire du vin et fumer un p’tit joint cachés de leurs enfants. D’après Jérémy et Rae nous sommes les premiers français qui ne fument pas. En riant je lui dis que moi je ne fume jamais, et que vu ma tête je donne plutôt dans autre chose. L’atmosphère est détendue et pendant que J fait l’étalage de tout le matériel qu’il possède ( une platine, une collection de vinyl) R se lance dans des explications sur les manières de faire le lit, et insiste pour qu’on laisse libre cours à notre imagination parce que nous français on a une manière particulière de le faire. La musique est super forte et ils ajoutent en plus la télé sur vidéo projecteur. Le studio a tout d’un appartement autonome, dans un ancien garage reconverti. Ils ont gardé la porte coulissante comme décoration et c’est assez réussi. Dans la salle de bain il y a Alexia, une boîte intelligente à qui il faut demander gentiment d’allumer ou éteindre la lumière. Même gentiment elle ne comprend pas notre accent. Tout est électronisé et Jérémy m’explique qu’à terme il souhaite pouvoir responsabiliser les gens en leur montrant leur consommation ( en eau et électricité ) grâce à des capteurs... Bon, c’est un peu spécial comme airbnb à mon avis mais pourquoi pas.

Enfin, clou du spectacle, ils ont un Hot Tub. C’est une sorte de gros tonneau en bois avec de l’eau chaude qui fait des bulles, devant une vue magnifique sur le coucher de soleil... à tester. ( même si question consommation d’électricité je ne saurais pas chiffrer).

Nous mangeons les pâtes à la bolognaise et en fin de repas Rae écrit une courte liste de choses à faire le lendemain avant qu’ils ne laissent la maison pour nous tout seuls. Et à nous le hot tub sous les étoiles avec les lumières de la ville au loin. Magique.

La liste de choses à faire est courte : le studio est nettoyé quand on apprend qu’on doit aider Rae dans sa maison à elle. Mais une maison ce n’est pas aussi grand, là c’est un hôtel pratiquement. Elle veut qu’on nettoie tous les sols, qu’on aspire les poils de son chien sur les coussins, qu’on nettoie le frigo, qu’on fasse la poussière... à 14h je lui dit qu’on en a marre et elle nous achète à la station service du coin deux mini sandwichs et deux bananes. Je lui demande de m’expliquer un peu plus ce qu’on devra faire le lendemain parce que j’aimerais bien qu’il reste des choses à faire pour le couple qui arrive ce soir. Ha oui, parce qu’on va être deux couples français en helpx... Vers 15h30 elle nous dit que c’est bon et franchement je suis contente d’arrêter. Nous accueillons Christian et Clémence, deux français expatriés au Québec depuis 6 ans, et débarqués depuis trois semaines en nouvelle Zélande. Nous partageons avec eux un café et un jus d’orange et Rae nous rejoint plus tard.

Les plans ont changé. Rae et Jérémy ne mangeront pas avec nous, Rae nous donne une énorme liste de travail pour le lendemain dans sa maison mais à 4 personnes ça va très vite. Comme je m’en doutais on a vraiment fait le plus gros du travail la veille et je suis un peu blasée. L’après midi passe vite et on se rend à une belle cascade illuminée des rayons du soleil déclinant. Nous faisons des repérages pour le lendemain matin.

Apéro avec Jérémy, Rae, Christian et Clemence. La musique est forte mais Rae arrive à se concentrer pour nous expliquer tout ce qu’on devra faire dans les prochains jours. Il n’y a rien de compliqué, il faut faire des lessives et faire les lits et le ménage. Le seul point faible de cette organisation c’est le linge. Il n’y a qu’une parure par chambre et le sèche linge est aussi lent qu’un escargot pétrifié au soleil. Le timing est donc tendu. Rae compte sur moi pour manager tout ça quand elle sera partie car j’étais la première arrivée donc « in charge ». Ça va je ne prends pas la grosse tête mais tout aurait été plus simple en terme de communication si nous avions eu tous les quatre frenchies des instructions identiques, équitables. Et puis évidement pour nous ce n’est pas facile d’avoir à négocier avec un couple qui se plaint de la qualité des poêles, du travail à fournir ou de la propreté de la maison. C’est vrai que notre nettoyage de printemps faisait du bien par la où il passait, et c’est vrai aussi qu’une des spécialités des néo-zélandais aux grands frigos c’est d’avoir des sauces, des tonnes de sauces, deux étages de sauces, dont les dates de péremption atteignent parfois, c’est vrai, des sommets d’ancienneté.

Mais on avait tellement de chance avec le lit king size, le bain chaud, la vue et le peu de travail à fournir que leurs réflexions nous couraient un peu sur le champignon.

Rae nous raconte qu’elle n’accueille que des gens qui ont passé 25 ans parce que la dernière expérience avec deux jeunes filles était horrible. Les deux filles s’étaient donné rendez-vous dans la maison pour faire connaissance avant de partir en road trip en van. Rae s’est absentée et à son retour la « sorcière » comme il l’appelle, hurlait en s’agitant « je vais l’emmener au fond du champs, je vais la descendre, je vais la brûler. Qu’elle aille en enfer » Rae et Jérémy nous raconte ça avec tellement de mimiques que je suis morte de rire. La pauvre fille à la destinée incertaine parlait bien moins bien anglais et n’arrivait pas à se faire comprendre suffisamment. Rae a viré la sorcière car elle lui parlait mal et s’est débarrassée assez vite de l’autre. Depuis ils n’ont que des « vieux » et normalement jamais deux couples en même temps. Bon, tout devrait bien se passer quand même.

Rae part dans tous les sens dans ces explications, les lunettes au bout du nez. Jeremy fait des blagues et quand tout a été dit, Raphaël dit pour plaisanter : Excuses moi Rae, peux tu répéter, je n’ai pas bien compris. On rit, on se ressert un verre de vin.

Hunua Falls 

Le lendemain matin c’est session vidéo vers la cascade et on ne travaille que très peu.

Nous allons visiter les environs pour voir s’il y a quelque chose de plus intéressant vers Auckland que cette ville que nous avons pas apprécié la première fois. Nos hôtes nous conseillent Maraetai et nous voilà parti pour une petite ballade vers Maraetai au Duder Régional Park.

Ben, voyons! 

Le paysage et le temps sont tellement cléments que nous restons 3 heures sans voir les minutes passer. La marée est descendante, nous marchons par la plage où des oiseaux se crient dessus puis grimpons sur les hauteurs de la péninsule pour y admirer les agneaux tout nouveaux, les couleurs bleues turquoises des eaux à nos pieds, et une vache. Plusieurs vaches meme. Mais celle d’ci sort du lot car pendant que Raphaël range quelque chose dans le sac dans mon dos je lui dis: « dépêche elle vient vite. » « non mais ça va... aaaah » pas le temps de finir qu’elle nous charge et nous évite à quelques centimètres. J’avais vu qu’elle n’était pas curieuse mais déterminée. Nous avons réalisé par la suite que son petit était plus bas dans le pré et qu’elle voulait le protéger. Cela fait vraiment un drôle d’effet!

Cette semaine là c’est vraiment la semaine de l’attaque des bêtes. Alors que nous nous délassions dans le hot tub le chat vient pour se faire caresser. Même avec les mains mouillées il redemande des caresses. Je sors du bain, et comme je me penche pour enfiler mes chaussures il se jette à ma tête, les deux pattes sur mes oreilles et les crocs dans le cuir chevelu. Je suis surprise puis je crie. Le lendemain, en faisant le yoga le chat n’est pas loin, et tandis que je fais dos du chat, dos de vache, il remet ça ! Je me lève et lui souffle dessus, réveillant malencontreusement le couple de français. Morale de cette histoire: quand on est dos d'âne, ne pas essayer d’être dos du chat ou dos de vache.

Le lendemain c’est une grosse journée car tous les airbnb se remplissent dans les deux maisons. Le studio a été loué à une jeune femme qui vend des « produits bons pour tout, les canabinoïdes sont bons pour soigner autant les dépressions que les douleurs d’arthroses. Même les douleurs suite à une opération? oh oui oui, cela permet la régénération des cellules. Seulement 3 gouttes par jour, c’est cool ». Ils se sont bien amusés avec le belge qui l’accompagnait et ont laissé les lieux dans un état déplorable, avec en cadeau la notice d’un vibromasseur et une petite fiole... hahaha nous rions bien jaune en nettoyant derrière eux.

Après le travail nous traînons au soleil pour quelques heures avant d’aller en ville dans l’appartement au dessus du travail de Jérémy. Ce logement va nous accueillir tous les quatre dans un quartier animé et chic de Auckland. Voilà une autre manière de découvrir cette ville que dans un airbnb tout pourri. Et on en profite.

Le soir nous testons un bar à cocktail en tête à tête. Je crois que nous avons trouvé mieux que le bar caché de Strasbourg avec ses cocktails de la prohibition.

Des musiciens jouent dans un coin et la lumière tamisée uniquement dispensés par des lampadaires au dessus des tables donnent un sentiment de chaleur et d’intimité. Un serveur très jeune en chemise blanche et pantalon à bretelle nous demande ce que l’on aime... selon nos réponses il nous prépare deux cocktails chacun. Nous dégustons, nous apprécions et cela nous fait du bien d’entendre ou de penser uniquement des choses positives . Notre ami le serveur nous propose de continuer mais nous lui indiquons que nous n’avons qu’une somme d’argent précise. Après calcul nous en concluons que ce sont les deux seuls cocktails que nous pourrons nous offrir. Il repart au bar et revient avec trois shots, qu’il boit avec nous. La ville est belle et la lune mi ronde est immense. Depuis la terrasse du logement nous avons une vue imprenable sur la Sky tower, la lune et des palmiers.

Nous avons très peu de travail et avec le grand soleil nous profitons de tout le reste de la journée pour déambuler dans les rues de ce quartier, qui sur tout une large rue bordée de magasins les commerçants placent leurs étalages. C’est samedi et beaucoup de personnes font la même chose que nous. En descendant jusque-là Marina nous chinons (je chine) dans un marché de seconde main trois vestes classes (ben quoi j’aime les vestes), un short et un haut pour 10€. La vendeuse est espagnol et n’en revient pas que tout m’aille (mais moi ça ne m’arrange pas car il faut ensuite faire des choix). Bière et Fish and chips à la marina avec les locaux. Ça fait du bien ce soleil et cette découverte de la ville. Les familles font la promenade sur les quais, les ados font du skate dans le skatepark au pied des silos tagué. Tout Auckland aisé est là.

Ponsonby 
Quartier de la Marina 
Art expiré 

Le soir c’est match France-Argentine, de rugby bien sûr. Nous profitons d’un happy hour pizza et partageons une bière avec Clémence et Christian. Ils sont plus détendus aujourd’hui. Nous enchaînons tous les deux avec un autre bar tandis qu’ils vont se coucher. Le match de la France est tendu, et la dame à coté de nous nous sort un discours haineux sur les français qui lui ont volés son fils et qui doivent aller se faire voir etc... elle ne tourne pas rond. Nous l’avons déjà vu dans le bar avec les pizzas (qu’elle avait remplacé par un whisky) et elle a le même contenu dans le même contenant dans le bar suivant. Les all blacks gagnent contre les sud-africains et les supporters sud africains se font charrier.

Le lendemain nous décidons de partir dans le Coromandel et partageons avec l’ english très distingué qui vient récupérer les clés des astuces et bons plans pour la suite du voyage ainsi qu’une belle leçon sur comment faire un bon latte. Dans la boîte de Jérémy au rez de chaussé ils ont une machine à café de pro, mais nos expressos ne valaient rien du tout.

Nous sommes intéressés par son regard d’Anglais sur la Nouvelle Zélande. Il vit à Auckland depuis dix ans et nous assure que la Nouvelle Zélande c’est bien pour un moment puis que c’est trop tranquille. Qu’il y a tellement peu de personnes qui restent sur du long terme que tous ceux qui restent se connaissent. Comme dans une petite ville, même à Auckland. Il trouve aussi que la manière de travailler est tranquille. Surtout dans les nouvelles technologies où les bureaux rendent attractifs les conditions de travail pour que les employés restent dans la boîte. Je pense pour moi même qu’on devrait en faire un peu de même pour nous... il ne s’agit pas simplement de mettre des sofas et des coussins chatoyants, c’est aussi des temps de pause ensemble où sont discutés des points de travail puis des points d’ambiance de travail puis des points hors travail... ne pas tout mélanger mais beaucoup plus partager. Lui, Kevin, apprécie de revenir en Angleterre et son pays lui manque. Nous devons y aller mais j’aurais bien continué à discuter avec lui des festivals autour d’un latté d’apprenti par exemple!

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Nous voici en route pour le Coromandel.

Deux sons de cloche différents résonnent à propos de ce bout de terre proche d’Auckland.

1. C’est un coin magnifique qui offre les deux cotes de la Nouvelle Zélande sur la même bande de terre. A l’ouest les côtes déchiquetées et les plages en galet, à l’Est les belles plages de sable blanc, les eaux turquoises et les vagues douces.

2. C’est beaucoup trop sur-coté (des deux côtés de la côte hé) car les habitants d’Auckland s’y rendent le week-end, inondent les plages avec leur maillot de bain, bloquent les rives avec leur bateau. Heureusement nous arrivons un dimanche en fin d’après midi, le soleil descend sur la côte ouest, les gros 4x4 tirant les bateaux sont dans le sens inverse et les eaux se teintent d’argent.


Nous mangeons tardivement en essayant d’éviter un coup de soleil et passons la nuit à Thames.

Les gardiens de Thames 

Il n’y a rien à visiter de particulier, la route le long de la côte est magnifique. Elle nous mène jusqu’à Coromandel (la ville, du même nom que la péninsule) et nous rencontrons Ray. Ray nous accueille d’un « he vous deux, je parie que vous êtes des étrangers. » Oui, en effet, la polaire bleue ou violette, le pantalon de rando et le sac nous trahissent. « Et vous êtes français. » Bien là c’est déjà bien. « Oui je sais, moi quand j’étais jeune j’ai marché trois mois de la France jusqu’au Sud de l’Espagne. C’était beau, c’était dur, mais vous savez, voyagez, marchez, car vous aurez ainsi des milliers de souvenirs en tête pour les moments où ça ne va pas bien, où vous n’avez pas le moral. Mais, qu’est ce qui vous amène ici ? Vous savez qu’il y a plein de belles choses à découvrir, plein de beaux endroits. » Il devait avoir quelques actions chez certains organismes d’activité car il insiste beaucoup pour que nous allions à une attraction d’inventeur fou qui font des machines qui « vont littéralement vous faire mou-rir-de-rire –LOL. Et puis il y aussi un train qui vous emmène dans les mines, c’est cher c’est vrai mais vous devriez y aller.» Quand je lui dit qu’on pense plutôt prendre les routes non goudronnées pour explorer tout au bout du bout cette presque-île, pour ne voir personne, même s’ils annoncent de la pluie. il me raconte « Moi j’étais anglais avant, et un jour que je vadrouillais dans les environs, il y a plus de trente ans, j’ai crevé un pneu, là haut (il indique la colline de la main), et je n’ai pas pu changer la roue, sur ces routes cabossées, parce que la roue de secours était crevée aussi. Bon, alors bien sût grâce à un tracteur qui m’a tiré d’affaire je ne suis pas resté très longtemps coincé, mais vous voyez, je suis resté pour faire réparer mes pneus, et puis finalement je suis resté trente ans. Mais vous, voulez-vous vraiment avoir la poussière dans les yeux des véhicules qui vous doublent sur la route pour le bout ? Moi, si j’étais vous, j’irais aux inventions folles et surprenantes et au train des mines. » Pas moyen de me convaincre, je ne veux pas aller là bas, mais j’apprécie ses efforts. D’un coup il nous dit : « Vous êtes profs, n’est ce pas ? » On peut dire comme ça. « Ici on a vraiment besoin de professeur. Le pays manque de professeur et de personne pour s’occuper des enfants, et puis de menuisier, charpentier. Vous devriez postuler pour ça. » Je lui explique qu’on est d’abord là pour les vacances, pas forcément pour travailler pour l’instant… Mais il veut vraiment qu’on travaille et insiste. Il explique aussi à Raphaël comment creuser la plage pour se faire un bain d’eau chaude sans se bruler les fesses.

Finalement nous le quittons en riant sans en savoir beaucoup plus mais en ayant un bon souvenir du centre d’information de Coromandel. Nous buvons un café pour recharger les batteries. Des dames en legging et haut sportifs qui viennent certainement de faire la gym boivent un latté en s’exclamant. Elles sont comme des jeunes filles qui ne se seraient pas retrouvées depuis longtemps et se racontent tous les potins, certaines fois en baissant le ton pour que les autres (c’est à dire nous, simples touristes) ne puissions pas entendre l’épopée de leur voisine ou de leur belle fille. Nous enregistrons les rires.

Nous allons voir le point de vue en haut de la colline qui surplombe la ville, arpentons à toute allure les plages découpées des alentours, ainsi qu’un géant Kauri, et continuons sur la côte. A Colville, le café est fermé et le dernier petit marché de la route pour le bout du monde ferme ses portes.

A marée basse désolation et solitude sont au rendez-vous. 

Nous passons la soirée au bord d’une plage aux milles galets, aux milles reflets du coucher de soleil. Cacahuète et vin rouge (et pas coquillages et crustacés).

A la votre! 
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Publié le 6 novembre 2019

La pluie est là aux premières heures et un pécheur mécontent m’insulte quand il me voit disparaître derrière un buisson. Nous décidons de continuer sur la route chaotique même s’il n’y a pas de soleil.

D'abord nous franchissons une barrière car la toute petite reculée qui s'y trouve zigzague en vert acide. Nous remontons jusqu'au pré qui la domine.

Ce temps brumeux rend la route, les virages, et le vide en contrebas encore plus impressionnant. Nous longeons pendant un long moment des arbres dont les branches tombent puis se régénèrent dans la terre et forment de nouveaux arbres à partir de ces branches. Ce processus est impressionnant si on y pense un peu plus attentivement. Tomber pour mieux repousser. Subir les aléas du temps et trouver un renouveau dans la terre dont on est parti. Je médite sous la pluie.

Nous arrivons dans un camping au bord de plage qui doit être rempli lors de la haute saison… Visiter par cette météo est aussi intéressante car on peut se représenter les avantages d’un beau soleil et des rayons chauds et les inconvénients d’un temps clément sur la fréquentation augmentée des lieux touristiques. Nous apprécions la route sinueuse et avec des passages à gué qui nous mène sur la crête. Nous marchons sur cette crête et le vent est si fort qu’on peut s’appuyer dessus pour se laisser ensuite tomber sur l’épais matelas d’herbes vertes fluorescentes. La pluie et les effluves marines nous balancent jusqu’au bout du bout. C’est magnifique de marcher et de ressentir tous ces éléments autour de nous.

Les éléments contrastés 
sous l'oeil indifférent des vaches. 
Port Jackson 

Nous roulons jusqu’au bout, à la dernière plage de la dernière avancée, je me transforme en sirène et puis les éléments nous poussent à rentrer. Nous ne voulons pas rester cette nuit seuls dans ce camping du bout du monde car la pluie rempli de plus en plus les caniveaux et il nous sera peut-être compliqué de revenir. Nous repartons.

Affamés nous allons dans un café manger deux énormes burgers avec de la viande maison (élevés à moins de 100m dans la ferme des parents de la patronne.) Hum! Même s’il y a des tranches de betterave dans le hamburger tous les ingrédients sont délicieux. Nous apprécions quelques cafés latté en « travaillant » un moment sur l’ordinateur.

Deux français nous rejoignent pour partager une prise électrique et boire un café. Ils vont en camping un jour sur deux pour prendre une douche et ce soir ils sont à quelques kilomètres du camping sauvage où nous étions le matin. Nous les avertissons dés passages à gué pour aller au bout de la route. Pour voir s’il y a du meilleur temps sur la côte est nous empruntons une route cabossée et trouvons un parking à l’abri du vent pour passer la nuit.

A la mode Kiwi. 
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Publié le 3 décembre 2019

Ha le soleil le matin, il permet de faire du yoga plus ou moins au sec, de prendre un petit déjeuner gargantuesque. Nos voisins se réveillent et construisent un étendage de toute leur garde robe et vont se balader. Mais quelques minutes plus tard chez nous c’est le branle bas de combat, nous rangeons à toute vitesse toutes nos affaires car un énorme nuage noir s’approche dangereusement du campement. Nous avons seulement le temps de tout rapatrier, de fermer la porte et voilà que la grêle se met à tomber, puis la pluie. Bienvenue le printemps! Les pauvres voisins reviennent rincés et celui qui commençait un peu plus loin à sortir sa table de pique nique et l’avait rangé à toute vitesse s’approche la clope au bec. C’est un italien qui dit que sur l’autre côté hier soir c’était la tempête et qu’ils ont retrouvé sur la route un pingouin mort rejeté par la mer. Celui qui est trempé jusqu’à l’os est un français, qui n’a plus rien de sec à se mettre sur le dos, mais il nous rétorque : c’est un peu le jeu non? Oui... si on veut.

Nous observons longtemps les nuages qui progressent pour aller enfin explorer la belle plage et ses rochers sculptés par les marées. Il y a des passages ou l’on peut se faufiler à condition de ne pas être trop épais. Nous regardons si nous avons le temps d’aller jusqu’au point de vue mais les nuages et la pluie ne nous laissent pas le temps. Nous courons avec un habitant et son chien pour nous réfugier dans nos voitures. L’étendage de nos voisins est encore mouillé.

Tu me vois, tu ne me vois  plus
Tu me vois, tu me vois un peu 
Une maison non maori, un "portail" maori. 

Un peu tard nous roulons jusqu’à Cooks Beach mais les places sont toutes prises dans le premier camping. Alors pas de problème, nous allons nous garer à l’autre place et là, surprise, les deux français d’avant hier sont déjà garés. Retrouver quelqu’un par hasard sur la route c’est très spécial, car les routes se croisent peu en général chez les voyageurs en van quand ils ne suivent pas le même GR ou la même randonnée. Nous sommes soulagés d’avoir la dernière place libre et ravis de partager un apéro avec nos nouveaux voisins copains, Sarah et Coriolan. Une petite soupe et puis dodo car demain on se lève tôt.

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Nous mettons le réveil et au lever du soleil nous voilà en route sans déjeuner vers Cathédrale Cove. Nous payons la première attraction touristique (ou plutôt son parking) pour pouvoir l’atteindre plus vite. Nous croisons un photographe qui a eu la motivation d’y aller à l’aube et sommes ensuite les seuls sur cette plage exceptionnelle. C’est très décrit dans les guides touristiques et archi couru, et ça le vaut. Deux plages sont séparées par une grotte traversante, avec chacune un rocher-île érodé par le vent. Et les roches blanches sont striées horizontalement par des roches grises plus solides, et portent à leur sommet une touffe d’herbe ou d’arbre. Après avoir marché et profiter de la vue nous décidons de nous baigner dans ces eaux claires avant l’arrivée des touristes. Elle est bonne. Nous nageons jusqu’à une grotte seulement accessible par la mer et qui possède sa propre plage abritée du vent. Nous foulons le sable en y formant des dessins incompréhensibles: ces œuvres là sont secrètes et éphémères et cela donne encore plus de saveur au moment. Je vais nager plus loin mais la garde rapprochée des mouettes me dissuade. Elles me frôlent en faisant comme si elles allaient me fondre dessus. Après une dernière exploration des roches nous nous rinçons à l’eau douce de la cascade sur la plage. C’est si agréable, que demander de plus? Il fait froid maintenant et malgré les rayons plus prononcés du soleil il est temps de se réchauffer en marchant vite.

détails de beauté 

Nous enchaînons directement avec d’autres petites criques moins explorées tandis que l’afflux touristique commence.

Vite la marée est basse, c’est le moment chronométré pour aller creuser un trou sur la plage avec une quinzaine d’autres personnes pour y trouver... pas de l'or mais de l’eau chaude. Nous nous mettons en maillot de bain sous nos gore tex et armés d’une pelle pas chère c’est parti pour la recherche. D’autres avant nous ont déjà trouvé la source la plus chaude et il suffit donc de creuser pour avoir un peu plus d’eau dans la gouille. Mais, crac, à la deuxième pelletée la pelle se désolidarise du manche et Raphaël n’est pas content de son achat. Heureusement nos nouveaux copains sont déjà là à creuser une méga pool (pas une mégalopole) et nous prêtent la pelle qu’ils ont eux même emprunté à leurs voisins.

L’eau est tellement chaude que nous ne pouvons pas mettre un orteil dedans sans en faire une saucisse cuite à la perfection. Pour rafraîchir le bain nous avons besoin d’aller chercher de l’eau de mer froide un peu plus loin de la rive et la ramener dans la bassine du van. Une dizaine de litres d’eau froide sont quand même nécessaires. Enfin on peut se tremper sans se cuire les fesses. Double rougeurs en vue avec le soleil qui tape et l’eau qui chauffe. Nous avons emmené pour le déjeuner un fond de bouteille de rouge, un pot de cacahuètes (la nouvelle addiction), et... deux œufs, que nous avons prévu de faire à la coque. Nous avons même pensé à la petite cuillère et au sel et poivre. Les conditions météorologiques beaucoup trop optimales ne nous permettent pas de rester aussi longtemps que prévu et après une petite demie heure de repos à grignoter les cacahuètes et regardant les gens creuser et pigousser, les vagues qui mangent progressivement la plage, les coups de soleils qui menacent et le gros nuage noir nous amènent à rentrer. Mais que faire des œufs. Il ne faut pas gâcher alors... nous les gobons sous les yeux gourmands d’une mouette. Une mouette gourmande d’un œuf ? Mais où va le monde, je vous l’demande!

Toutes ces émotions, ça creuse! Le temps de faire un petit complément non protéiné après les œufs gobés, et une sieste dans le freecamp super bien placé. Nous voilà parti pour explorer la baie où Cook a pu observer le passage de Mercure devant le soleil, puis Venus la même année. Une chance car cela ne se produit que tous les 400ans.

Nous allons faire la petite ballade vers les Shakespeariennes Falaises et Lonely Bay. Le soleil transforme les nuages en coton rosés. Les falaises blanches sont tellement belles que nous prévoyons de retourner le lendemain. Nous contemplons calmement les courbes et les creux formés par le temps et la mer. Les arbres semblent s’être faufilés dans de petites grottes et je suis sure qu’il serait intéressant d’aller les explorer à marée plus basse. J’ai enlevé mon pantalon et gardé ma goretex dans une ligne de mode plutôt décalée, version haut pluvieux et bas soleil, pour pouvoir explorer les pierres plates au pied de la falaise. Magnifique défilé. Nous retournons au parking tranquille à Cooks bay et en imprimant nos pas dans le sable mouillé de la marée qui descend nous parions sur le nombre de van qui se seront ajouté à nous. Ça n’a pas beaucoup d’intérêt de parier quand on parie la même chose: 4 vans en plus du notre. Ouais, gagné.

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Nous continuons l’exploration de la falaise à marée basse. Le soleil est incertain mais il laisse quelques rayons pour admirer la roche blanche, les étoiles de mer, les crabes et les algues en cheveux noirs et blancs. Nous nous faufilons dans toutes les grottes, toutes les cheminées de pierre pour continuer plus loin. Nous nous abritons sous la roche pour laisser passer une douche de pluie.

Une fois rassasié de tant de beauté (comment peut-on l’être) nous nous dirigeons plus au sud sur la côte, à Tairua. Tiens le parking à une douche. Tiens le parking est sur la plage. Tiens le vent souffle tellement fort que la température n’est probablement qu’à quelques degré au dessus de zéro. Nous mangeons bien à l’abri dans notre petit van en regardant le défilé des stationnements et le maillot de bain des voisins qui ont du sécher dès les premières minutes grâce au vent. Et puis après une petite sieste, hop Raphaël dit: « aller on va se baigner et puis on prendra une douche ». Oulah elle est froide. Il y a quelques petites vagues que nous faisons semblant de surfer. La douche froide à l’abri du vent est un plaisir. Le temps de tout remballer et tada, une énorme pluie s’abat sur nous et le maillot de bain du voisin (la boucle est bouclée). Nous rencontrons après l’averse un petit homme courbé dans son centre d’information, qui nous indique qu’il y a quelques années il nous aurait bien accompagné pour grimper Pinnacles (vous verrez plus loin), en 6h environ. Une fois cet excellent informateur quitté nous nous donnons le petit challenge de grimper en haut d’une mine (Broken Hills) pour avoir un point de vue AVANT la nuit. Le van roule entre les collines verdoyantes qui s’assombrissent.

Le parking et le début du chemin ne sont pas très engageants, mais après quelques dénivelés positifs nous voici à nous faufiler sur les pas des mineurs dans des sentiers creusés à coup de pioche il y a 100ans. La montée est raide mais vaut bien l’effort car en haut c’est un tunnel de 150 metres de long qui nous accueille. Watch your head! Fais gaffe à ta tête ! Alors on repense à Jean Philippe et on enfile une casquette, et une lampe frontale pour traverser. Le plafond n’est pas bien haut, et surtout bien en eau... ça ruisselle et certaines portions semblent instables. Nous disons bonjour aux sauterelles nocturnes et aux araignées aux grosses pattes et atteignons juste avant la fin du jour le sommet. Challenge réussi. En descendant nous manquons la bifurcation, ce qui nous fait faire quelques mètres de dénivelé supplémentaires et allumer les frontales pour progresser dans le bush humide et boueux.

Broken Hills 

Nous sommes contents d’avoir pu voir tout ça et conduisons jusqu’à Thames par une route chaotique et y passons la nuit dans un parking en face des maisons 202 à 208 de la rue, en ayant vérifié trois fois si nous sommes à la bonne adresse.

Inspirez, Shakespeare prend bien évidemment un e... expirez. 
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Publié le 8 décembre 2019

Réveil très tôt pour aller directement au départ de la randonnée des Pinnacles, la montagne carrée qui surplombe tout le Coromandel. Nous prenons le sentier le moins utilisé qui s’appelle « Billy goat », soit « le bouc ». Ben voilà les boucs (propres pourtant) qui traversent sur les rochers émergés la rivière assez haute tels deux équilibristes apprentis. Puis le sentier est raide et reprend les voies servant il y a 80 ans transporter les troncs des Kauris (grands arbres) jusqu’à la plaine, sur des wagons bringuebalants tirés par des chevaux au bord sur des chemins escarpés.

Le chemin pourtant très bien formé par des travailleurs acharnés semble actuellement laissé à l’abandon. Nous avons parfois des difficultés à grimper les marches escarpées gonflées d’eau après tous les passages des randonneurs. Pour combler les flaques formées au fil du temps les réparateurs de fortune remplissent de graviers noirs (amenés à dos d’âne ??). Nous suivons apparemment les traces d’un ours, enfin, c’est ce que nous croyons, jusqu’à ce que nous rattrapions un coureur dont les empreintes sont similaires à celles d’un ours. Il rit bien quand nous lui expliquons.

Ce chemin, qui devait être si ardu pour des chevaux, s’approche de plus en plus de la cascade immense. Nous crapahutons jusqu’au sommet de la cascade, puis descendons les premières chutes d’eau. Mais bientôt nous dominons les chutes et la descente n’est possible qu’à l’aide d’une corde et sûrement d’un canyoning. Raphaël me dit « ha non c’est bon, tu vois déjà bien comme ça ! », oui je suis aventureuse, pas suicidaire!

Nous rejoignons ensuite le reste des randonneurs du dimanche sur un sentier bien gravillonné. Nous qui avons monté des marches hautes jusqu’à la taille nous sommes surpris d’avoir de belles marches bien formées par des planches de bois... nous découvrons à la jonction des sentiers que celui que nous avons emprunté est un sentier non entretenu, et non emprunté depuis la chute du pont suspendu... tout s’explique! Mais pourquoi ne pas l’avoir signalé au début? Des adolescents en petites baskets accompagnés d’une monitrice (sans doute un peu aventureuse elle aussi) nous croisent et nous leur souhaitons bonne chance avec le chemin. Cette monitrice au sac à dos bien rempli me fait penser à l’éducatrice que j’aimais bien à l’APEI et qui passait pour un peu folle auprès des personnes accompagnées car elle les emmenait dans des endroits improbables en faisant des activités improbables.

Vers le sommet il y a une hutte avec toutes les commodités et des marcheurs moins expérimentés. Mais il nous reste à gravir des marches et des marches et des marches, à la hauteur parfaite pour entraîner les quadriceps. Nous empruntons des échelles bien aménagées puis une courte escalade pour contourner le panneau d’interdiction et apprécier la vue depuis le top du top, avec des vues ventées et à vanter. Les Pinnacles sont constitués de trois énormes blocs, dont un qui se dresse à quelques dizaines de mètre et semble très intéressant à grimper. Cela me donne encore de nombreuses idées quand nous aurons un peu d’expérience dans l’escalade et l’alpinisme.

Nous descendons en courant les volées de marches et croisons les randonneurs retardataires qui halètent. En anglais, c’est « huff and puff» et je trouve que ça correspond exactement au bruit de l’effort quand on gravit les marches. Le pique nique est rapidement englouti (nous en avons beaucoup trop pris comme d’habitude, mais au moins nous ne manquons de rien...), a côté d’un groupe d’amis néo-zélandais qui avalent eux aussi en quelques minutes leur petit en-cas, un sandwich de sushi pour certains, une barre céréale pour les autres.

Nous voyons sur le chemin une structure en bois. C'est un le dernier système de ce type encore en si bon état en Nouvelle-Zelande. Les longues planches verticales sont retenues par un système sioux ce qui permet de maintenir derrière elles l'eau et des tonnes de troncs d'arbres. Au signal, la barrière est ouverte, les planches laissent passer l'eau et les troncs. L'ensemble est propulsés sur plusieurs kilomètres en aval, et broie tout sur son passage. Cette construction permettait un acheminement plus rapide des tronc avant traitement dans la vallée, mais a causé également énormément de dégât sur la faune et la flore locale. Outre les Kauris qui ont maintenant disparu du paysage dans cette région, plusieurs espèces endémiques ont souffert des rafles d'eau.

A la "bouche" de la cascade Raphaël et Elisa qui agitent les bras. 

Après ce moment historique c'est parti pour la descente sur le meilleur chemin, et nous talonnons de près un couple qui après quelques doublages réciproques nous laisse passer en s’exclamant « vous êtes vraiment rapides ». Nous rions bien car nous n’aimons pas nous faire doubler, surtout dans les descentes.

L’après midi se déroule tranquillement à Thames, où nous retrouvons notre place de parking près de la mer en face du numéro 202.

Les bâtiments historiques jouxtent les grandes avenues désertes. 
Les maisons individuelles sont très courantes, avec plus ou moins de pelouse et de richesse. 
Et au pourtour des villes, les maisons mitoyennes de petites tailles ont pour voisins les magasins-supérettes-fast-food. 
De grandes villas. 

Nous commençons également un reportage photo sur les maisons du pays. Le style américain est bien présent, et nous allons chercher ce qui correspond plutôt au style maori, hormis le portail sculpté en bois rouge que nous voyons au bord des routes.

C’est un peu difficile de démarrer le lendemain. Nous visitons les gorges Karangahake. Ces gorges ont été exploitées pour leur or. Une fois un filon trouvé, un investisseur a construit des infrastructures pour traiter les roches extraites, d’abord en faisant chauffer les roches dans des immenses trous pour séparer les composants puis par des combinaisons chimiques plus efficaces. Tout a été construit pour exploiter au maximum la roche, mais au bout de 20 ans, et 6km de galerie sur plus de 6 étages, tout a été fermé car le rendement n’était pas aussi bon que prévu. 20 ans et une gorge en gruyère plus tard, les touristes peuvent emprunter les chemins des mineurs et apprécier la vue sur la gorge grâce aux sorties « fenêtres » qui surplombent le vide.

Nous parcourons les sentiers puis rejoignons la côte à Waihi Beach. Les familles sont attablées aux tables de pique nique, un fish and chips a partager devant eux. Ils tournent le dos à la mer car le vent souffle trop fort.

Le temps se prête à la bibliothèque plutôt qu’à la randonnée. Des trombes d’eau nous poussent jusqu’aux poufs et nous recommençons à oublier le temps, penchés dans nos travaux respectifs d’écriture et de montage vidéo. Nous oublions de manger, puis, quand les crocs raclent le sol, je prépare un sandwich que nous allons engloutir à tour de rôle sous l’abri de l’entrée de la bibliothèque. Une jeune fille rousse s’assoupie près de nous. Ce lieu calme doit être son lit habituel car elle s’est presque jeté sur les coussins et s’est endormie en quelques secondes. Ce n’est que trois heures plus tard qu’elle émerge et repart tranquillement. Les nuages envolés, il nous reste quelques petites heures avant le coucher du soleil. Homunga bay est notre destination et les éléments sont avec nous. Même si le vent arrache presque les portières du van au parking, la pente douce qui suit les prés de jeunes vaches et les arbres penchés est abritée. Nous croisons un pêcheur qui remonte et je lui lance un « alors la pêche a été bonne? » « oui, et le temps magnifique » me répond-il. Les nuages qui s’éloignent de la côte chargés de pluie laissent derrière eux des arcs en ciel qui tombent dans la mer et les couleurs sur des prairies sont irréelles.

Une fois sur la plage c’est fabuleux car nous sommes seuls, une cascade au lit vert pomme s’écoule directement sur la plage et les rouleaux se forment régulièrement. Le soleil se couche derrière la montagne derrière nous et les rayons sur les nuages rosissent puis violissent les cumulus.

Nous nous baignons et rentrons à la nuit tombée vers le van, le vent, et notre place de parking favorite.

Au petit jour le soleil semble incertain. Nous attendons la marée basse en guettant les autres randonneurs qui s’aventurent malgré les vagues sur les rochers du bout de la plage. Puis quand l’heure est venue nous marchons en direction d’Homunga bay, en passant cette fois par la côte. Les falaises dominent de 20 mètres les vagues qui s’écrasent, puis la plage de sable blanc imprime nos pas. Nous savons qu’une cascade se cache derrière la plage. Le chemin est en fait la rivière et après maints efforts pour conserver nos pieds au sec nous mettons la chaussure droite directement dans l’eau, puis la gauche, comme ça pas de jaloux. L’eau ça mouille et puis ça sèche... nous sommes bien content d’avoir persévéré car après quelques mètres la rivière devient un ruisseau sinuant entre les roches lissées, puis nous découvrons la base de la cascade, puis le sommet. La quantité d’eau n’est pas exceptionnelle, mais la courbe de l’eau et son écoulement sur la roche la rendent si particulière. En plus il est possible d’atteindre le premier bassin, mais les prises ne semblent pas si bonne et il se remet à pleuvoir... nous hésitons et finalement nous retournons sur la plage où les gouttes tombent sur les piscines de la marée. C’est beau et paisible. Nous rencontrons une locale avec ses deux enfants qui construisent un « truc » à base de bois flottés et qui est allé en France à Strasbourg... mais que le monde est petit.

Après ces explorations nous courons jusqu’à la voiture pour éviter l’averse (de justesse) puis courons presque jusqu’à la bibliothèque pour recharger les batteries. Mais malheur! Quand le soir nous rejoignons notre place favorite, des campeurs sont déjà dessus. C’est fou comme on peut prendre des habitudes en deux jours seulement!

Il est temps de partir au petit matin pour éviter de rester englué dans les habitudes de Waihi Beach et surtout pour rejoindre une ballade intéressante dans les montées et descentes d’une mine (Waiorongomai Valley)

La pente d'accès aux mines supérieures est très raide. Un système ingénieux mais dangereux à été pensé pour permettre l'acheminement des roches extraites.

Deux wagons sont attachés au même câble: l’un monte vide et l’autre descend chargé. Mais comme il n’y a qu’une seule paire de rail il faut aménager un temps pour les faire se croiser sans s’écraser l’un sur l’autre. Pour cela, en haut de la montée, un homme est chargé, à la force de ses reins, de freiner le wagon descendant. Il empoigne une corde et l’enroule autour de sa taille. S’il lâche la corde, le wagon s’écrase contre l’autre wagon, broyant au passage le travailleur chargé de l’aiguillage ainsi que tout ce qui se trouvera sur son passage et sur le passage du chargement. C’est une lourde responsabilité et l’on s’attend à ce que ce soit un homme corpulent et très carré qui réalise ce travail de titan. Mais sur les photos ce ne sont que des hommes de taille moyenne, mais sûrement très musclés. Nous suivons les traces du wagon et grimpons bien essoufflés les rails montantes. Cette fois encore nous mesurons un peu comme le travail devait être difficile dans ces conditions. En plus, au sommet, des récits avec des journaux rapportent des actions de sabotage évités de justesse par l’œil attentif du freineur qui a contrôlé la corde entaillée volontairement.

En haut. 


En bas. 

Nous allons ensuite découvrir Wairere Falls, une cascade à en perdre sa sécheresse oculaire.

Attention préparez-vous... 

Dans la descente avec nos pantalons tout mouillés nous avertissons les suivants de la douche obligatoire. Les trois français que nous croisons ne savent pas s’ils vont prendre la douche et ne savent pas non plus s’ils vont voir le match de rugby ce soir ou pas. Nous c’est sûr. Car après le séchage en redescendant, la route jusqu’à Tauranga sous un immense orage (évité de justesse comme souvent), et le dîner au bord d’une voie ferrée bruyante nous décidons que nous méritons une bière au chaud avec des patates recouvertes de fromage élastique et de sauce mi douce mi piquante. Les Bleus jouent au rugby et gagnent de justesse, quand aux All Black nous sommes trop fatigués pour rester jusqu’au score. Nous trouvons à nous garer sur la dernière place de la marina dédiée au camping gratuit, à côté d’un véhicule identique au nôtre, avec la plaque d’immatriculation à un chiffre plus grand.

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Le lendemain nous peinons à nous réveiller contrairement aux françaises du van de l’autre côté, qui rentrent imbibées à 1h du matin et repartent guillerettes à 5h. Nous faisons le yoga sur le quai de la marina, au soleil et en regardant passer les bateaux, les voitures qui stationnent quelques minutes devant la vue et repartent aussi tôt.

Collectionneurs de boites, prévoir un grand jardin. 

Dans le van identique une française s’étonne que nous puissions vivre à deux dans notre voiture, mais il faut dire qu’à force de voir d’autres aménagements nous trouvons le notre vraiment fonctionnel. Notre jumelle de van gagne sa vie en distribuant des prospectus pendant 3h tous les jours. Nous lui faisons la surprise de venir dans la rue où elle travaille pour l’alléger d’un flyer et d’un sourire.

Nous hésitons pour savoir si nous allons grimper le mont qui domine la ville mais comme la vue sur la ville ne nous enchante pas (peut être à tord) nous préférons prendre doucement la route pour Rotorua.

Flou artistique 

Nous avons pris la pause devant les Kaiate Falls, des cascades qui ne veulent pourtant pas se taire et sont parfaites pour des essais photographiques. Mais cela veut dire que le tri des photos est plus laborieux! Nous pique niquons sur le parking à côté d’un camion aménagé qui prend 3 places de parking. Il a même une terrasse-plateforme derrière par laquelle il accède à son appartement. Nous nous inquiétons de comment il pourra sortir et imaginons toutes sortes de techniques...

Rotorua est une ville qui parait plein d’attraits mais nous sommes si lents que nous n’atteignons en fin d’après midi qu’un camp à une vingtaine de kilomètres de notre but. La route nga parae road est magnifique.

Nous avons le plaisir de choisir notre emplacement, et le prenons le plus près d’une table de pique nique, sur un lit douillet d’épines et avec les derniers rayons du soleil filtrés par les pins rouges.

Il est temps de rejoindre notre but: Rotorua. Mais avant tout rien de tel qu’un petit sommet de colline pour admirer le paysage dans son ensemble, la brume sur la plaine et la mer pas très loin. Le sentier traverse une forêt d’arbre très impressionnants, qui ont le bas du tronc déjà très échancrés, comme si tronc et racines n’avaient pas de frontière et que les racines se prolongeaient vers le ciel.

Ensuite, après cet effort rapide nous sommes prêts pour l’exploration plus proche de Rotorua, tout en restant à l’extérieur de la ville. Nous avons vu une recommandation pour la visite d’une source limpide. Mais quand nous nous approchons nous découvrons que le site est fermé par un portail et payant. C’est 18$nz soit 10€. L’endroit n’est pas très grand à visiter, je m’approche donc de la cabine d’entrée et demande:

« Depuis combien de temps cet endroit est-il payant? »

« Cela doit faire un an maintenant. » me répond une jolie maorie qui a mon âge environ.

« Je trouve cela très cher, pourquoi ne pas faire moins cher? Si vous faites à 5$ un plus grand nombre de personne visiterai et vous pourriez avoir le même revenu, voire plus. »

« Ca fait un an parce que les gens sont sales et font des choses irrespectueuses. Nous avons placé une camera la nuit et c’est fou ce que les gens font ici, surtout dans l’un des lieux les plus sacrés de Rotorua. Et dans les sources on a trouvé des batteries de voiture, des poubelles, mais pourquoi aller là bas pour jeter ça? »

« Vous ne voulez pas forcément que beaucoup de monde vienne alors. »

Elle m’explique qu’ils ont créé une carte d’abonnement à l’année pour les locaux pour qu’ils en profitent. Ils souhaitent que le lieu retrouve son caractère sacré. Cet endroit sert à des cérémonies autour de la guérison et à des vertus liées à son origine. Elle m’explique comment chaque tribu ou sous tribu sait de quel navigateur il descend. Elle me dit de quelle tribu elle descend mais je ne m’en souvient plus. Elle se met à faire des croquis sur le tableau blanc velleda derrière elle: voici de quelle navigateur je descends, et voici la sous tribu, voici mon iwi (sous-tribu). Et là (elle entoure deux branches), ce sont un homme et sa femme (des chefs). Le mari est la source dans cet endroit car il est calme et serein en toute circonstance. Sa femme, elle, est une autre source plus loin dans Rotorua, vive et explosive.

Comment pourrait-on laisser les gens tremper leurs mains ou leurs corps dans ces deux lieux sacrés ? Comment considérer cette eau si pure et transmettre aux autres le respect de ce qu’elle représente pour sa tribu? C’est la question que se pose ce jour là Te Oha, mon interlocutrice.

Émue, elle me dit que sa grand-mère aurait apprécié qu’elle raconte tout ça et transmettre combien cette source est importante et combien la culture et le respect du passé sont primordiaux aux maoris. Elle me dit dans un soupir que sa grand mère est décédée et je ne peux m’empêcher d’être envahie d’émotion moi aussi. Elle s’excuse et puis on rit, puis on pleure. Nous ne savons pas très bien comment nous en sommes arrivées là. Je lui serre la main à travers la fenêtre de la cabane d’accueil et elle me dit qu’elle cherchait aujourd’hui comment transmettre tout cela, et que c’est à point nommé que je suis venue. Je suis très émue et je lui répond que je suis heureuse d’entendre la voix d’une maori.

J’ajoute: il y a peut être un sens à limiter cette connaissance si les autres touristes ne sont pas intéressés. Je souhaite que d’autres puissent aussi bénéficier de ce récit, car il est beau et raconte autrement l’histoire du pays et du peuple. Elle me répond que malheureusement tous les visiteurs ne sont pas autant à l’écoute, qu’ils survolent le récit pour glaner des souvenirs désincarnés avec quelques photos à la clé. Je ne peux qu’être d’accord avec ce qu’elle dit. Je repense à un article transmis par un ami sur les photos instagram qui circulent et font affluer en quelques jours des milliers de « collectionneurs d’images », ce sont les cousins de ceux qui se prennent en selfies sans même plus prêter attention aux magnifiques paysages qu’ils auraient pu mettre en fond de leur égocentrisme.

Dans ce lieu si spécial pour Te Oha, je souhaite très fort qu’aucune personne ne viennent diffuser un cliché qui fasse le buzz. Je lui dit: C’est par les histoires individuelles, chargées de l’histoire personnelle, et délivrées à d’autres de manière personnelle que l’essence du discours peut toucher l’autre. Sans cet incarnation du récit dans un corps ou dans un objet le récit n’a pas d’intérêt et devient superficiel et secondaire aux souvenirs photographiques et photogéniques. J’espère que tu pourras transmettre cela, peut être en parlant de ta grand-mère... En tout cas je ne suis pas sure que le fait de payer plus cher amène des personnes plus intéressées, car ce ne sont pas forcément les touristes les plus aisés qui voyagent avec le plus d’attention au pays qu’ils traversent.

Elle acquiesce. Je vais réfléchir à tout ça, me répond-elle. Et je vais vous ouvrir le portail, vous allez voir.

Nous nous prenons dans les bras et faisons une photo, en échangeant nos mails.

Il est midi, mais je n’ai plus la notion du temps. Nous restons dans cet endroit jusqu’à 15h. Tout le chemin jusqu’à la source prépare doucement à cet éclat bleu. C’est confidentiel et nous sommes presque en train de chuchoter.

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Publié le 8 décembre 2019

Après cette rencontre nous nous arrêtons un peu plus loin, observons les promeneurs et leurs chien au bord du lac qui fait de grandes vagues et piquons une tête après manger dans l’endroit où cette rivière si pure se jette dans le lac. Le courant est fort.

Alors que le soleil décline doucement nous nous rendons jusqu’aux cascades célèbres pour leur puissance: les Okere falls ont longtemps été utilisées pour fournir de l’électricité et les installations ont été malheureusement laissées en l’état et rouillent doucement mais sûrement. De la chute d’eau la plus impressionnante il est possible de voir débarquer des raftings de l’impossible. Nous voyons un kayakeur fou qui dévale le courant sans avoir besoin de donner un seul coup de pagaie.

Un voyageur médite en plongeant son regard dans les turbulences de l’eau.

Nous croisons des français « oh pu*#%| fais ch*#% » qui râlent parce qu’il n’y a pas de place dans le free camp à côté de la cascade. Quel contraste avec la quiétude de la méditation au bord de l’eau. Pour nous éloigner de ces énervés nous faisons le tour du lac, en admirant les couleurs changeantes qui annoncent la pluie prochainement.

Rotorua Museum, fermé. 

Les free camps sont tous complets et nous revenons à celui de la nuit dernière, bien loin des jeunes voyageurs trépidants!

Nous prenons une « douche » en trois temps (lavage des dessous de bras, puis lavage de la zone pelvienne, pour le dire élégamment, puis lavage des pieds. Le tout dans les toilettes publiques du camping.) et en revenant de cet acte héroïque, nous retrouvons... Coriolan et Sarah, nos copains au van rouge de Cooks Beach. En quelques coups de volant ils rapprochent leur van et nous partageons l’apéro et le dîner sur la table de pique nique mitoyenne. Dans le van à côté du nôtre je sens que le moral n’est pas si souriant alors je lance la conversation... c’est un couple de français, qui loue un van pour 3 semaines et semblent avoir un programme millimétré et très très chargé. Ils viennent de faire la route depuis le coromandel en une journée quand il nous a bien fallu cinq jours. Ils sont fatigués et un peu désespérés de se retrouver près de deux vans de français trop bruyants. Ils s’excusent d’avoir pesté (mais je ne les avais pas entendu) et je m’engage à demander aux copains de baisser le son. C’était sans compter les gâteaux apéros, qui par humour peut être ou par mauvaise oreille du traducteur s’appellent : des PRETZEL, alors les copains s’exclament « y a t-il des Halsassssiens qui veulent kouter les PRETZELS? » et en proposent aux habitants d’un van au loin qui leur paraissent allemands. Coriolan et Sarah sont allés au moins deux fois plus vite que nous depuis le coromandel, nous échangeons de bonnes adresses. Dans les prochains jours ils ont prévu de travailler huit semaines dans les plantations de kiwi pour enlever les bourgeons excédentaires... la galère pour eux qui sont grands, ou pour nous qui sommes petits: les uns doivent se baisser et se cassent le dos et pour les plus courts sur pattes c’est soit interdit soit toléré si tu portes des sortes de chaussures échasses. Je décide sur le champ que je n’y mettrai probablement pas les pieds.

Le lendemain...

Il pleut et nous allons placer notre van sur une place de parking freecamp à l’intérieur de la ville de Rotorua... et "hum" ouvrez les guillemets, ouvrez les narines « y a de quoi faire pour remplir un pot de yaourt et l’envoyer à l’autre bout de la planète, plein d’une odeur d’œuf pourri. » Le temps pourri ne nous incite pas à l’exploration de ces résurgences sulfuriques, et nous optons pour un rechargement des batteries à la bibliothèque. Quand vient l’éclaircie, à 16h, nous voilà nez au vent dans les effluves et les brumes qui s’envolent des bassins disséminés dans la ville. Celui ci est vert pâle, celui la tout gris.

Les mouettes aiment la chaleur du sol et s’agglutinent à la berge de la baie de souffre, ajoutant encore un peu de « typiquement typique ». Les eaux laiteuses chargées de souffre se diluent dans le lac. Nous réalisons que nous avons bien fait hier de nous baigner dans la rivière et non dans le lac.

Nous explorons les criques granuleuses pleines de cratères fluorescents et poursuivons jusqu’au parking des locaux, qui scrutent l’horizon du lac depuis leurs pick up. Comme il fait bon, nous allons ensuite jusqu’au marae et au « village maori » comme c’est noté dans le guide de la ville. Une église catholique, un cimetière ainsi qu’une salle de cérémonie sont sur la rive du lac, un peu à l’écart du circuit des touristes. L'endroit doit quand même être inondé de clic-clic parasites ainsi que de curieux en pleine journée.

Pour l’instant, alors que le soleil descend doucement, laissant les rayons filtrer à travers les nuages d’évaporation, il n’y a que nous deux et un chat roux qui nous suit partout.

A l’abri d’un abri bus, quelques personnes attendent on-ne-sait-quoi. Elles sont souriantes alors je ne résiste pas à les prendre en photo. Plus loin j’entends parler français alors je demande « Hé je vous entends parler français, vous parlez bien » « Oui on apprend » me répondent les deux femmes en riant. Elles plaisantent, en fait, car elles sont toutes les deux polynésiennes. Leur accent est prononcé. Je les questionne sur les raisons de leur présence dans un Marae. Elles m’expliquent qu’elles sont venues pour fêter l’anniversaire de l’arrivée d’un navigateur polynésien il y a quelques centaines d’années. Quarantes personnes polynésiennes ont été invitées pour l’occasion. La fête a commencé hier. Ils ont beaucoup mangé et ont dormi hommes et femmes séparés, ce qui semblent les impressionner. « Chez nous c’est aussi une culture forte mais on est vraiment cool sur les couples et la place de femmes par rapport à eux (les maoris). »

Nous parlons de la langue et elles m’apprennent qu’elles comprennent quasiment tous les mots en maori : même si le son n’est pas exactement le même, l’agencement des syllabes semble avoir perduré malgré la traversée des océans.

Le navigateur qu’ils vont célébrer n’a pas débarqué à Rotorua, ils doivent donc descendre encore pendant 6h de bus, plus vers le Sud et cela ne les enchante pas vraiment. Elles ont froid. Elles ajoutent « Mais tu sais, il y a déjà des pirogues, dirigées par une femme qui sont en train de descendre vers le point où l’on se rassemble. (Elle rit). Et franchement je préfère le bus. » Je leur souhaite bon voyage et je les quitte en réalisant que les gens sous l’abri bus font sans doute partie de la même « équipe ».

Les effluves nous poussent vers le grand jardin. Le temps est suspendu comme les brumes au dessus de l’eau, seuls quelques rares rayons percent et illuminent les visages des deux filles maories qui semblent se ressourcer sur le pont.

Les nuages se dissipent parfois quelques secondes en nous laissant apercevoir les réactions chimiques sur les troncs ancrés dans l'eau de l'étang.

Quelques mètres plus loin ce n’est pas aussi spirituel car les boues forment des bulles qui éclatent en blurps ininterrompus. Nous rencontrons, près d’un bassin tiède pour les pieds, un couple de polonais avec qui nous discutons du programme du lendemain. C’est un programme chargé, il est déjà tard quand nous rentrons dans notre van, qui sent meilleur à l’intérieur qu’à l’extérieur!


Préparation d'une potion magique? 
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Bloups, blurps blouap plop pfrrroiuuu pchuuut, les bulles de boue sont un spectacle qui ne nous lasse pas. Il est 7h du matin et nous nous sommes levés à l’aurore pour bénéficier du bassin à bulles super chaudes quand il n’y a personne encore. Nous sommes dans la région commercialisée des puanteurs volcaniques et nous souhaitons profiter avant les bus de chinois. Nous avons réalisé plus de 800 clichés de blurp (heureusement que la sélection a été sévère).

Nous allons nous baigner dans le bassin à remous au pied d’une cascade chaude... une cascade d’eau chaude oui, vous entendez bien! Nus et tout frileux qu’il est bon de se glisser dans ces eaux chaudes et de se sentir tellement privilégiés. Le sol sous nos pieds est parfois tellement chaud que nous devons nous déplacer.

Après quelques dizaines de minutes nous décidons qu’il est temps de passer à la troisième étape de notre planning: grimper la rainbow mountain à toute vitesse.

Nous y allons pour capter du haut de la colline une vue plongeante sur le geyser qui explose artificiellement tous les jours 10h10. L’attraction coûte 35€ (un mec place du savon pour déclencher la réaction chimique), nous souhaitons la voir depuis là haut. Après 50min de montée effrénée nous discutons avec un californien qui voyage seul, tout en scrutant les sols nuageux dans la plaine.

A 10h10 nous sommes aux aguets... mais rien ne se passe. Calme plat. Nous vérifions les montres, nous vérifions le guide. Mais rien. Alors après avoir transmis à notre copain californien le bon plan de la rincette à la cascade nous descendons vers la plaine cratérielle. Nous croisons une famille en vadrouille et les fils me disent "hé tu veux pas nous prendre en photo avec ton appareil?" Ah mais avec plaisir!

C’est le mariage de Alexandre et Lea, nous avons fêté ça. Un coup de fil plus tard et les feux de la voiture oubliés nous voilà en panne de batterie dans un parking très fréquenté vers Kérosène Creek. C’est ici que le week-end locaux et touristes forment un joyeux mélange dans les eaux chaudes. Un peu énervés de notre problème existentiel de batterie nous décidons de rejoindre Wai O Tapu Taverne pour y dévorer un jarret d’agneau aux petits pois carottes et un hamburger à l’agneau. Pauvres petits bien fatigués.

S’en suit une analyse anthropologique de la famille attablée aux tables hautes : un enfant de un an qui ne parle pas encore est assis sur une chaise haute, à hauteur des tables de bar. Il picore des frites en étant l’attraction de tous les adultes autour de lui. « Oh comme il est mignon » disent les femmes, « Eh men, comment tu vas? Tu profites de tes frites? Cool! Cheers ! » disent les hommes. le gamin hoche la tête et danse dans son siège bébé sur la musique rock diffusé dans le bar. Tous les adultes boivent des grandes bouteilles de 50cl de bière. Cela nous étonne car la bière pression, bien que « pas très alcoolisée, vous êtes sûrs que vous voulez celle là? » est très rafraîchissante, plutôt pas trop chère. Les bouteilles sont des marques françaises et allemandes. Des basiques pour nous. Nous pensions que c’était assez exceptionnel pour eux mais nos marques de bière sont en fait celles qu’ils consomment le plus, parfois au détriment de toutes les marques locales, et peu importe qu’elles soient importées de si loin. Le niveau sonore monte quand une chanson connue passe. C’est la musique choisie par la patronne, une dame ronde derrière son grand bar, qui nous apporte les plats brûlants et très très lourds (je le sais car j’ai voulu débarrasser, et j’ai manqué de tout laisser tomber). Dans un coin de la pièce il y a un joueur de disque rétro, et grâce à une manette il est possible de tourner les pages pour choisir le Cd à diffuser. La patronne nous dit: « si vous voulez l’utiliser prévenez moi, que je baisse ma musique, sinon vous n’allez pas l’entendre. » Je rêve de voir un cowboy débarquer, glisser une pièce pour activer la machine et au son des premières notes, marcher en hochant la tête jusqu’au bar pour commander une énorme pinte. Mon rêve se réalise à moitié car plusieurs motards débarquent bientôt dans la terrasse à l’arrière de la taverne. Les motards, ce n’est pas mon rêve, que les choses soient claires, mais dans cette ambiance là ils étaient forts appropriés. La cinquantaine et les ventres bedonnants qui vont avec, tout moulés dans leurs combinaison de cuir ils riaient à bouche grande ouverte, une bière à la main et une clope de l’autre. Un petit gringalet complètement imbibé d’alcool fanfaronnait en présentant sa copine abîmée par la nicotine. Il essaie les Harleys massives des mastodontes et raconte ses excès de moteur en omettant de narrer ses excès alcooliques. L’ensemble de la troupe reste pendant trois heures. Nous avons le temps de les observer, de prendre une douche chaude illimitée à moins de deux mètres de leurs rires gras puis de faire une sieste réparatrice à côté de notre étendage de sous vêtement.

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Le lendemain c’est un réveil tôt, avec pour objectif de rejoindre le parc géo thermique de Wai O Tapu. Nous ne voulons pas aller au geyser pour profiter de la quiétude du reste du parc quand tous les clics-clics sont braqués sur l'attraction artificielle. En effet, pendant trois heures nous avons le parc pour nous tout seuls. La diversité des bassins, des effluves et des différentes réactions chimiques qui nous entourent est très impressionnante.

 Champagne!

On continue sur toutes les attractions touristiques du coin...

It's gonna be legend... wait for it... 
d' ARIATIATIA (Rapids). Prescription de Dr Poullot: Ne PAS se baigner dans les gouilles pendant l'ouverture des vannes, 3/jour.
Huka Falls, 9,5m de hauteur, débit de 200 000 L/s et pouvant remplir une piscine olympique en 11 secondes.
 Seuls sur la Lune... au milieu des cratères avant que la pluie ne tombe.                            Cratere Of The Moon.

Au soir venu, quand la brume fut venue, nous campons devant le lac Taupo, avec le vent, les nuages et les montagnes.

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Publié le 12 décembre 2019

Taupo est ennuagé et très exposé au vent. Que faire? demande-t-on à Madame de l'office du tourisme. Elle nous répond qu'on peut dépenser de l'argent par de multiples activités (Prendre un bateau croisière, faire du rafting, de l'hélicoptère). Nous lui suggérons qu'il serait peut être intéressant de grimper une montagne à la place mais ça n'a pas l'air de lui donner beaucoup d'idée. Tant pis, nous procéderons par étapes:

  • Visite de la ville
  • Prise de recul sur la ville en randonnant jusqu'au sommet du Mont Tauhara qui domine le lac
  • Réconfort dans les sources chaudes qui s'écoule directement de la rivière avec mini cascade au gros torrent
  • exploration des rives du lac à la recherche de la sculpture maorie et des pierres ponces flottantes
  • Rencontre avec une artiste locale inspirée
  • Préparation de la randonnée à l'aurore le lendemain

Tu vois, Madame Office du Tourisme, il y a de quoi faire!

Etape 1: Visite de la ville

Etape 2: Mont Tauhara

La bipolarité de la Nouvelle-Zelande 

Etape 3: sources chaudes

Etape 4: Rive du lac, la sculpture et les pierres ponces

Les vagues sur le lac et le vent nous retiennent de faire du kayak. Pourtant, quand nous reviendrons, nous aimerions nous rendre à la gravure gigantesque seulement accessible par l'eau. La gravure visible sur la photo est une belle oeuvre en poste sur le bord du lac et visible en explorant les rives ondulées du lac.

Etape 5: Rencontre avec Sophie Frame, artiste compositrice

Sophie Frame, que je ne connaissais pas avant ce bout de ponton, est une jeune fille un peu timide mais à la fois spontanément familière des photos instagram et de la communication par les réseaux sociaux. Je m'aproche d'elle quand elle fredonne en égrainant quelques notes sur sa guitare. "Tu composes?" "Oui, je joue aussi." "Tu peux vivre de ta musique?" "Oui oui, je joue régulièrement, et je compose plusieurs musiques, pour certains films également". J'ai beaucoup de mal à la croire car on dirait une lycéeenne mélancolique mais je lui donne une chance de me convaincre en la prenant en photo et en lui promettant de lui envoyer la photo au plus vite. C'est ainsi que je procède avec toutes les personnes que j'ai prise en photo!

Elle me demande, intéressée, si je suis photographe professionnel, mais je suis désolé de la décevoir.

Etape 6: Préparation de la randonnée du lendemain

Et bonne nuit Madame Office du Tourisme...

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Publié le 13 décembre 2019

Sus au Tongariro!

Mais en grimpant vers les montagnes, je jette un dernier regard à la plaine environnante qui s'éveille. Il est 6h.

Sus au Tongariro! C'est ce que l'on croit encore en parcourant le plateau qui nous sépare de la base du noble volcan. Tiens d'ailleurs ce matin il n'est habillé que de quelques drapés blancs et s'en découvre facilement, pour mieux disparaitre en quelques minutes derrière les nuages.

Madame Office du tourisme à Whakapapa Village est une dame passionnante qui vient de se faire couler un café (parce que c'est l'heure, 8h!) et qui surtout répond à toutes mes questions. Pour elle, avec les dernières neige tombées ces jours, il n'est pas possible de monter le Tongariro sauf si l'on est équipé et averti de l'utilisation de crampons. Madre mia je n'en ai jamais chaussé, sinon ce jour là aurait été le jour idéal pour le Tongariro Crossing.

Bon, sus aux Tama lakes!

Au départ cela ne nous semble pas tout à fait une bonne idée:

Ou peut-être est-ce simplement du la beauté des cascades qui, malgré leurs écharpes de brouillard, nous en ont mis plein la vue.

Regarder autour de soi, ne voir que les herbes en touffes qui se penchent sous les rafales de vent, inspirer, expirer et voir son souffle s’envoler dans l’air frais... Tout cela donne au randonneur une sensation de vie aux sens accentués. Au début nous ne croyons pas notre conseillère quand elle nous affirme que la randonnée est aussi belle que l’ascension du Tongariro. Mais une fois arrivés au plateau orangé quand les nuages soudains se lèvent nous découvrons le volcan qui se dresse devant nous, couvert de neige et scintillant sous les rayons matinaux. C’est éclaboussant de beauté, nous stoppons net notre avancée et contemplons pendant longtemps les deux montagnes qui nous encadrent, l’une si parfaitement géométrique et volcanique et l’autre si proche et érodée qui semblent plus « alpine ». Comme dirait Romain, nous recevons une claque intersidérale !

Nous arrivons au premier lac, niché dans le creux du cratère. L’eau est si bleue et verte en contrebas qu’on souhaite s’y jeter depuis le haut du pierrier. Mais nous résistons et grimpons jusqu’au deuxième lac, celui au pied du volcan enneigé.

De gauche à droite: Mont Ngauruhoe, les plaines volcaniques
Puis le Mont Ruapehu. Et en fond, tout là bas à droite, le Mont Taranaki!  

Après une courte pause nous décidons qu’une poule au dos d’âne qui picote sur un mur ne fais jamais demi tur, donc, nous continuons sur la crête de la moraine pour contourner le lac inférieur par la « rive » opposée. Cela nous offre des vues magnifiques sur le lac mais aussi sur le reste de la plaine en contre bas de la zone volcanique. Avant le pique nique nous rencontrons deux personnes. Comme nous parions toujours la même chose nous gagnons une bière chacun car, conformément à nos prévisions, ce sont des français. Ils vont à la hutte suivante (un refuge avec quelques commodités) pour la nuit, mais devront rebrousser chemin, faute d’expérience dans la neige.

Pour le pique nique nous nous nichons dans un creux de la moraine, le fessier bien calé sur la cendre chaude et encadré de deux touffes d’herbes rebondissantes.


Et c'est reparti! 😀



Nous descendons doucement à la civilisation après un dernier coup d’œil aérien à la cascade pré-citée.

Les polonaises sur le bord de la route, avec Elizça, en bonnet gris au milieu. 

Nous retournons à l’office du tourisme pour poser encore milles et une questions à la conseillère en chef qui est ravie mais étonnée d’avoir autant à conseiller. C’est que nos plans ne sont pas arrêtés, nous cherchons des avis car nous souhaitons faire la randonnée autour du volcan avant l’ouverture des « great walks« . En effet après le 25 novembre ces chemins si connus voient le prix des huttes et l’affluence sur les chemins tripler. En tout cas, notre chère conseillère est excellente et cela lui fait plaisir de faire son travail!

Le temps semble se gâter dans les prochains jours. Nous décidons de retourner au même camping qu’hier soir, à 70km de là. Mais vous êtes habitués maintenant des journées multi activités alors vous n’êtes pas étonné si l’on vous dit qu’on s’arrête sur le bord de la route pour voir une belle cascade et en profiter pour se faire une petite toilette.

Puis sur la route j’aperçois « Redoubt » et je sais bien que cela me dit quelque chose, nous bifurquons sur la piste non goudronnée pour 6 kilomètres. La nuit tombe quand nous nous garons dans un parking lugubre avec des tas de graviers entreposés autour. Nous prenons une photo du panneau explicatif pour mieux comprendre l’histoire du lieu, nous plaçons les frontales sur la tête et traversons un pont au dessus d’un ruisseau qui gougloute à volonté. C’est très impressionnant. Une courte marche nous amène à un premier site historique donc les fondations sont visibles. C’est un camp de défense des maoris lorsqu’ils ont été attaqués, et battus pour la dernière fois pendant la guerre de Nouvelle Zélande. Le personnage le plus connu de cette bataille est Te Kooti, un chef résistant maori, qui a combattu les anglais. Les ruines de cette forteresse sont les dernières visibles. Elles ont donc été placées sous le Tapu, ce qui veut dire que seuls les personnes autorisées peuvent s’en approcher ou y entrer. A la lueur de la frontale et de la lune à travers les nuages, nous voyons mal, l’ambiance est très très spéciale. Nous grimpons sur une tour de guet construit pour avoir une vue d’ensemble et découvrons que la forteresse est très différente des forteresses européennes par sa taille (beaucoup plus petite) et par sa configuration (plus en étoile, ce qui apparemment a porté préjudice aux maoris). Et surtout, les vestiges sont peu importants, c’est comme des fondations de un mètre de haut maximum. Nous rejoignons la forteresse supérieure qui est plus grande puis redescendons en courant jusqu’au parking.

Nous sommes contents d’avoir vu de nos yeux un peu d’histoire du pays, sujet encore peu développé dans nos interactions avec les locaux et nous nous promettons de travailler le sujet plus tard.

Sur la route du retour nous mangeons un fish and chips bien fait en observant une famille de kiwi maori en surpoids qui finissent leurs bières, tout en discutant, tout en regardant leur portable, et tout en regardant le match de rugby sur les écrans disposés aux quatre coins du bar. Nous ne regrettons pas de n’avoir pas mis les pieds dans le macdo voisin, car ces pubs ont une ambiance de PMU mélangée à celle d’un pub irlandais vieillissant et la population qui les investit est vraiment très variée, allant du frenchie au maori en passant par l’écossais. Dans la fin de soirée nous rejoignons, fourbus, l’exact emplacement de parking de la nuit précédente.

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Publié le 15 décembre 2019

Au petit déjeuné nous avons le plaisir de voir messieurs dames les témoins de Jehovah qui croient Raphaël intéressé pendant que je ramasse les détritus laissés par les autres campeurs. C’est un endroit bien choisi pour prêcher, je trouve, car tous les voyageurs sont en général en quête de sens de quelque chose. Nous restons malgré tout insensibles à leur discours.

Au vu des conditions météorologiques médiocres annoncées pour les prochains jours sur Taupo, ainsi que la pluie et le vent qui ne cessent pas depuis notre arrivée hier soir, nous optons pour la recherche de cieux plus cléments (nous l’espérons en tout cas). C’est parti pour la route sans point d’intérêt, entre Taupo et Napier.

La route est plus longue que prévue, sûrement car nous nous arrêtons d’abord aux tombes des soldats de la couronnes morts suite à une attaque des troupes de Te Kooti, avant que ceux ci ne trouvent la mort au redoubt visité la veille. Nous faisons encore un peu d’histoire, mais dans un ordre non chronologique.

Ensuite nous mangeons devant une cascade un peu éloignée mais impressionnante par sa taille et la manière dont elle est encastrée dans la gorge. Nous regardons le défilé des voitures qui s’arrêtent pour observer la vue et les curieux qui bravent le vent pour prendre une photo.

Après un café de mauvaise qualité sur le bord de la route (la conduite à l’américaine ne nous réussi pas toujours) nous parvenons enfin à rejoindre Napier. Le parking est au bord de la plage et les rouleaux sont gros. Nous allons visiter la ville entièrement construite à la mode des années 30, après un tremblement de terre dévastateur.

Ce n’était pas la pluie que nous cherchions mais nous avons quand même le droit d’en avoir. Même à Hawke's Bay, réputé pour son ensoleillement. Nous optons pour une journée à la librairie: elle n’est pas très grande et nous trouvons des prises seulement vers le coin des ados. Après avoir renversé du thé dans ma basket qui pue nous voyons débarquer cinq jeunes qui écoutent de la musique et regardent des clips sur leur portable. Impossible de se concentrer. Raphaël trouve une place à l’étage, au rayon « histoire de la Nouvelle-Zélande » et dans un endroit plein de courants d’air. Parfait, se dit-il, personne ne viendra ici. Nous migrons, et une enfant de dix ans posent son gros cartable sur la table. Quand Raphaël revient des toilettes il me voit depuis l’escalier rire comme une baleine. Nous pensions que la petite allait faire ses devoirs? Hé non! Elle a découvert le piano et s’entraîne donc sur les morceaux de débutant en écorchant les liaisons et en répétant les boucles difficiles. Ahhh, si c’était une concertiste au moins! Heureusement au bout de quelques minutes elle s’arrête, nous nous retenons d’applaudir son départ et respirons un grand coup avant de reprendre notre « travail ».

A la faveur d’une éclaircie nous grimpons sur un vieux géant étouffé qui a mangé une trop grande bouchée de la montagne. Je reprends la légende en bonne et due forme. Te mata était un géant épris de la fille du chef. Le chef lui proposa de le laisser épouser sa fille si le géant parvenait à manger la montagne. Celui ci, convaincu que l’amour pourrait lui faire manger les montagnes (et non franchir les montagnes) s’attela à la tâche, s’attabla à la table et croqua. Mais dès la première bouchée il s’étouffa et c’est la silhouette de son corps que l’on voit maintenant en guise de crête. Mais avant de sombrer dans un sommeil éternel il a pensé très fort à sa dulcinée. Si bien qu’il est possible de regarder le soleil s’incliner depuis l’érection du géant. Marrant!

Cette photo n'est pas de nous. Mais on voit bien la silhouette du géant en ligne de crête

Dodo à Haverloch Nord.

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Publié le 15 décembre 2019

Le lendemain nous rangeons un peu le van car le temps est maintenant plus clément.

Nous décidons de faire une découverte de la région en petit tour de van. Ce qui consiste à:

C'est parti! 

S’arrêter avant même d’avoir commencé dans un café -container dont la terrasse ensoleillée regorge de cyclistes en pause-mollet.

Aménager un pont éphémère sur un bras de rivière pour atteindre l’océan et se pousser pour laisser place à un débarquement ultra rapide d’un bateau à Océan beach.

Waimarama Beach.

Contempler la vue sur l’océan qui roule et pêcher avec un local.

Prendre une piste qui grimpe dans les prés pour prendre de la hauteur sur la beauté de la baie.

Faire une ballade éclair dans Mohi bush et s’étonner du chant des oiseaux si diversifié.

Rencontrer une famille dans son univers préféré au bord de la Maraetotara Falls et avoir soudain très faim parce que ça sent le hamburger au barbecue (eh oui!).

Retourner au freecamp de Napier en profitant des derniers rayons de soleil et du roulement des vagues sur la grève en galet.

On s'est bien amusés! 

Napier est le berceau du vin Church Road, que nous avons eu la chance d’apprécier depuis quelques temps alors nous ne manquons pas de faire une dégustation de vin dans leur cave. Enfin ce n’est pas une cave mais comme un bar restaurant où les clients comme nous sont debout au bar et « dégustent » aussi vite que l’éclair des grands crus avant de :

option 1: payer pour la dégustation

option 2: acheter une bouteille très chère par personne.

Nous comprenons bien qu’il ne faut pas perdre de temps et heureusement le petit déjeuner très conséquent nous permet de ne pas cracher dans le bassinet pour garder chaque goutte de plaisir gustatif. Le concept nous bouscule un peu et la vendeuse aussi, bien qu’elle essaie de rester cordiale et sympathique. Avec nos deux excellentes bouteilles sous le bras, nos polaires colorées nous détonnons dans la foule du mariage qui attend pour entrer. La cornemuse annonce pour eux le début des réjouissances, pour nous le départ vers d’autres horizons en longeant la côte. Le long de la route nous profitons de la pause de midi pour jeter un œil à Te ana Falls qui parait si accueillante et bien placée pour se baigner quand... il fait beau et chaud.

Nous profitons d’une longue route non goudronnée qui longe un ruisseau pour découvrir des prés peuplés de vache et de canards et rejoignons 20km après le parking d’une cascade spéciale.

Elle est majestueuse et hospitalière, même en hiver. Un guide dit qu'il est appréciable de dire « approaching this massive waterfall we stripped naked and walked straight into the waterfall pool until rainbows encircled our naked nature-loving bodies, just like Adam and Eve!” Et Wow ! Quand pour braver l’eau à gelée qui enserre les pieds nous découvrons que l’on peut courir sur la dune de sable enfouie dans le bassin de la cascade. Quand on sent le jet puissant de 58 mètre de chute sur ses épaules et parvient à passer derrière pour admirer la vue à travers le rideau d’eau, quand on jette un regard au sommet et on aperçoit toutes les gouttes qui s’envolent en chemin, là, WoW, on se sent vivant!

On était là en bas! 

L’habillage se fait en un éclair et sur le chemin du retour nous sommes tout ragaillardis et prêts à affronter des brouillards et des trombes d’eau.

Ce qui, depuis la crête qui nous ramène doucement au niveau de la mer, semble ne pas trop tarder.

Les exploitations de pins. 

Un zoom sur les exploitations de pins: 1/planter très serré des pins à croissance rapide, 2/couper juste avant le ralentissement de la croissance et ne rien laisser sur leur passage. Très très perturbant pour nous.

D’ailleurs les vaches en restent sur leur derrière!

Nous nous croyons perdus sur des routes qui ne sont plus empruntées, dans des coins désertés.

A Wairoa, c'est une ville fantôme que nous traversons à la tombée du jour. Nous admirons les reflets sur les lacs salés derrière la dune mais notre batterie tombe en panne. Heureusement, la seule voiture qui passe dans la voie sans issue arrive juste avant la nuit pour nous sauver. Nous révisons nos plans de dormir seuls au milieu de la grève et nous rendons dans un parking d'une usine et nous endormons d'un sommeil profond. Jusqu'à ce qu'un f"-*§@\+ fou nous réveille en gueulant f"-*§@\+! f"-*§@\+! f"-*§@\+! pendant dix minutes. Le lendemain nous émergeons un peu mal à l'aise au milieu des travailleurs au 3x8 de l'usine.

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Malgré la pluie nous décidons de partir vers le lac Waikaremoana.

Nous nous arrêtons lors d’une soudaine éclaircie au premier parking au bord de la route. Il ressemble plutôt à un débarras de débris de route mais aujourd’hui le yoga ne peut pas attendre. Les seuls véhicules qui empruntent cette route sont les camions qui ne manquent pas de klaxonner! Nous sommes vraiment dans l’antinomie du joli mais rions de la situation et l’exploitons jusqu’à petit déjeuner au bord de la route, avec vue sur les falaises qui s’effritent. Certains crieront au scandale mais parfois nous aimons aussi manger à l’instant où nous le décidons, quelque soit l’endroit! Plus nous montons, plus les nuages s’épaississent. Les guides recommandent de grimper jusqu’au point de vue pour regarder le lac dans son ensemble. Mais... nous ne saurions même pas dans quelle direction regarder tellement il est difficile de voir le pare choc de la voiture. Nous nous motivons quand même à voir un magnifique Rata, qui a pris appui sur un autre arbre d’un demi siècle et l’a littéralement serré pour s’élever depuis 1000 ans très très haut parois les arbres de la forêt qui l’entoure. Comme l’arbre sur lequel il a poussé est mort ses racines semblent aériennes et bizarrement ancrées sur un sol impalpable.

Jurassic Tree 

Après ce tour pour nous dégourdir les jambes nous nous garons un peu plus bas vers ce qui semble le nouvel office de tourisme. C’est un bâtiment en bis avec de magnifiques baies vitrées. La vue sur le lac doit être fabuleuse en cas de beau temps, et nous avons la chance de le voir un peu mieux entre deux belles chapes de brouillard.

Nous regardons à travers les vitres comme si nous découvrions l’intérieur d’un cabane. Une jeune femme souriante nous fait des signes et vient nous ouvrir la porte. Elle nous demande d’enlever nos chaussures. Nous nous exclamons devant ce magnifique bâtiment et elle semble très heureuse que l’on reconnaisse le travail des architectes à sa juste valeur. Elle est très sympa et nous explique leur démarche. Depuis un an le gouvernement néo-zélandais a rendu aux maoris un certain nombre de leurs terres, et ici le Département Of Conservation a passé la main aux locaux pour s’occuper de la région. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé à Rotorua, comme me l’avait expliqué Te Oha (du lac Rotorua). Ici, après le départ du doc, ils ont décidé de se tourner vers une utilisation des matériaux locaux, et le moins possible de produits chimiques. C’est avec cet esprit qu’ils ont construit cet accueil, avec quelques souvenirs de l’histoire des dernières centaines d’année. Par exemple, l’un des murs en bois a été brûlé volontairement pour commémorer toutes les vies et toutes les habitations détruites par les feux des européens lors de la guerre. En équipe ils réfléchissent comment garder les sentiers praticables sans détériorer le plaisir de la randonnée. Le problème est que la région est très souvent sous le brouillard et entourée de la forêt qui s’appelle la « rain forest » c’est à dire la forêt sous la pluie! Et qui dit pluie dit ... boue, parfois jusqu’aux hanches. Je lui dis qu’en tant que marcheuse, tout le monde passe à côté de la boue. Personne n’ose vraiment mettre le pied dedans donc cela creuse de nouveaux chemins qui s’embourbent eux aussi! La solution du DOC consiste à placer des clayettes sur les zones humides pour éviter la formation de bourse. Alors c’est évidemment très artificiel.

Nous parlons de la formation du lac.

"Lake Waikaremoana is often referred to by Tūhoe people in the saying ‘Ko Waikaremoana te wai kaukau a ngā tīpuna’ (Waikaremoana, the bathing waters of the ancestors).The following story is told about the formation of the lake:

There once lived a rangatira named Māhu. He had many children. Māhu and his family lived at Waikotikoti on the shores of Lake Wairaumoana. One day Māhu told his daughter Haumapuhia (Hau) to go and fetch water from a certain spring. Hau refused. Enraged, her father drowned her and threw her body into the waters, where she was transformed into a monster, or taniwha.

After this, Māhu left the region. Haumapuhia remained in the spring at Wairaumoana, but she longed to reach the sea. She tried to go northward, but the Huiarau range prevented her; she tried to go east but failed again. Her attempts to force her way to the sea gouged out and formed Lake Waikaremoana (sea of rippling waters). Her final effort formed the outlet to the lake at Onepoto. It was here that Hau was overtaken by daylight, exhausted. She remains to this day in the form of a rock, with the waters of the lake running through her body."

Un chef vivait dans la région et avait une famille avec de nombreux enfants. Un jour il demanda à sa fille Hau d’aller chercher de l’eau à une source. Comme elle refusa, il se mit dans une colère terrible, la noya et la jeta dans le lac. Hau se transforma alors en monstre.

Plus tard, le chef s’en alla très loin et Hau voulu rejoindre la mer. Elle essaya par le Nord mais la montagne l’en empêcha, par l’Est mais elle échoua encore. Comme elle se débattait pour trouver une solution, le lac eu beaucoup de vagues à sa surface: c’est pour ça qu’il est appelé le lac aux eaux ondulantes. Ses efforts parvinrent enfin à provoquer une sortie vers Otopo, mais elle fut surprise par la lumière du jour et devint pierre. C’est là que l’on peut la trouver à jamais, entourée des eaux du lac.

Enfin « à jamais »... non, me dit notre guide. Car avec l’utilisation du lac comme générateur d’électricité par la société d’exploitation électrique, un effondrement s’est formé sur Hau transformée en pierre et l’a ensevelie. Irene m’apprend que sa tribu y voit un signe, et remet en question l’exploitation électrique telle qu’elle est pensée actuellement. Je lui demande si elle est contre, mais elle ne peut pas forcément me répondre. Elle me dit que tout le monde a besoin d’électricité et qu’ils essaient de travailler de concert. Mais, elle me dit, en baissant la voix, que les objectifs ne sont pas les mêmes. Tout le monde ne considère pas la terre qu'il occupe de la même manière.

C’est alors qu’elle me parle un peu plus du statut de la région. Pour la première fois au monde, « une terre » a été déclarée libre et s’appartenant à elle-même. Par toutes les parties, incluant la reine d’Angleterre, sans plaisanterie. Te Urewera (littéralement "le penis brulé" en référence à un chef qui aurait roulé dans son sommeil dans le feu) se définit et se contrôle par elle même. Tuhoe est la tribu qui y habite, et le DOC et le gouvernement aident aussi à l’entretien et la conservation du lieu pour les touristes.

Mon interlocutrice m’explique que malgré les réticences des Tuhoe, leur groupe de travail cherche l’entente et l’apaisement entre tout ce beau monde. Ils recherchent à faire comprendre que la terre n’est pas seulement là où ils vivent mais aussi leur mère. Donc pour respecter les ancêtres ou la vie des ancêtres, il est important d'avoir un comportement qui les considèrent autant qu'ils nous supportent. Parmi les comportements que le groupe de Irène cherchent à promouvoir il y a:

la connaissance de l'évolution des plantes, ce qui amène à la considération de leur traitement, et de la manière dont on peut s'en servir.

Le respect du silence, de la pluie, du brouillard et des eaux. Ils amènent les visiteurs à réfléchir sur leur consommation mais aussi sur les conséquences de leurs actes. Nous discutons un moment des manières de faire comprendre aux visiteurs, et de les amener à changer leur comportement concernant l'utilisation de bateau à moteur, la régulation des vitesses et la consommation d'alcool sur le lac. Dans certaines zones sacrées de la Nouvelle-Zélande il est interdit de boire et manger. Si le lac de Waikaremoana est chargé d'une histoire si importante, alors le respect de règles nous parait, à Raphaël et moi, assez compréhensible. J'explique à Irène que l'on obtient parfois plus d'effet en utilisant des discours positifs que des discours prohibitifs. Je lui dit comme exemple "Si vous buvez plus d'eau vous pourrez vous sentir plus proche de la nature qui vous entoure, et pécher de beaux poissons." ou "Ralentir la cadence vous permettra de repérer tous les endroits propices à la pêche." etc... Elle me dit qu'elle va y réfléchir.

Je lui dit aussi que, comme tout espace qui est ré-approprié par d'autres personnes, j'espère qu'il ne sera pas fermé complètement aux autres. Nous discutons d'un système permettant de limiter le nombre d'idiots qui ne passent par le lac que pour faire des photos instagram, ou qui ne chercherait que le confort ultra sélect et luxueux. Elle me raconte qu’un touriste est entré dans le centre avec ses chaussures toutes terreuses, qu’il ne les a pas enlevées, qu’il est allé jusqu’à la baie vitrée sans répondre à son bonjour, à pris une photo et à commencer à dire « Non mais il n’y a rien ici, même pas de quoi faire les courses, pas de café ouvert, mais c’est pitoyable, vous allez fermer vos portes ! » Erin lui a répondu que l’esprit du lac est plutôt à la contemplation qu’à la consommation, lui a indiqué la supérette la plus proche. En me contant cette histoire elle est encore choquée du comportement de ce type, elle ne sait pas quoi penser d’autant d’agressivité et de consumérisme.

Leur équipe a pensé à former des stages pour permettre à un petit groupe de personne de s'immerger dans l’univers de la forêt et du lac, de comprendre les subtilités du monde qui les entoure. Tout en gardant secret de nombreux aspects. Je m’étonne de cette volonté de garder les secrets si précieusement. Elle me raconte que lors de la colonisation, les maoris ont accueilli les européens, leur ont transmis beaucoup de connaissances sur la Terre et ont ensuite été volés. Beaucoup de Maoris de la région considèrent encore que les Pakehas (personnes d’origine européenne) comme des voleurs d’idées. Et puis, pour certains maoris, transmettre des connaissances ou des valeurs à des inconnus ou des personnes qui ne le méritent pas diminuera le Mana ("l'esprit") de celui qui en dit trop. Le rôle du groupe de travail de Irène est de diminuer cette tension tout en conservant les différences sans les cristalliser. Nous parlons également de la manière dont certains organismes mettent en évidence leur culture comme s’ils voulaient la mettre sous verre, la regarder sans vraiment la vivre ou la toucher. Elle me remercie de lui souhaiter tout cela, et m'encourage à repasser plus tard pour voir ce qui aura pu être initié. Je la remercie d'avoir eu cette conversation enrichissante.

Décidément les rencontres sont très enrichissantes en ce moment, mais bien qu’elles nous nourrissent l’esprit, notre corps, lui, est affamé à la sortie du centre d’accueil touristique. Nous nous hâtons de préparer une platée de pâtes avant de découvrir les cascades préférées d’Erin.

Le sentier que nous empruntons descend aimablement à la manière des chemins du DOC, galamment parsemés de gravier. Mais plus l’on s’éloigne de la route plus le chemin devient sauvage et plonge au plus près des cascades impressionnantes. Au pied de l’une d’entres elles, des remous forment des dessins éphémères de mousse. Nous contemplons ces boucles et ses enchevêtrements tandis que la brume nous entoure. La brume c’est le fils de la montagne et du nuage, et Erin l’aime car elle se sent enveloppée et protégée par elle. Proche de la nature.

Nous passons devant l’ancienne bâtisse du DOC laissée un peu à l’abandon. En un an l’empreinte du temps est déjà là. La cascade suivante nous éclabousse tellement que nous ne pouvons pas vous en donner une image photographique.

Nous décidons d’aller explorer les grottes qui surplombent le lac et qui ont été créées par le glissement de terrain (énorme). Les roches sont comme un bateau qui avancent dans les eaux du lacs. Nous nous glissons sous les énormes blocs pour des explorations hasardeuses.

Et puis nous restons, pour nous sentir enveloppé du brouillard et expérimenter cette sensation. Perdus dans les brumes, près de l'ancien emplacement de Hau, sous la pluie en déluge, nous nous sentons tout petits. Bonne nuit.

Et avant de vous endormi, le film du soir. Merci Raphaël.

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Publié le 25 décembre 2019

Le lendemain les soleils ne sont pas chatouilleurs, mais planqués sous leur édredon. La pluie torrentielle a chargé l’atmosphère extérieure et intérieure du van de beaucoup d’humidité et nous ne pouvons pas voir plus loin que le bout de notre nez. Plein de regrets de n’avoir pu découvrir plus de cette magnifique région nous décidons de retourner vers la ville fantôme de Wairoa. Là, nichés dans un petit coin étriqué de la minuscule bibliothèque de la ville nous reprenons des forces et surveillons les 5 personnes qui travaillent ici (mais à quoi faire?) prendre le café toutes les heures. Puis quand le ciel cesse enfin de nous tomber sur la tête nous prenons la route vers Gisborne, annoncée comme la ville la plus ensoleillée de l’île du Nord. D'ailleurs il y a une route pour danser tous ensemble!

Hé bien non, car voyez vous, les plages où l’on nous a recommandé de nous jeter dans la mer ne sont pas visibles! Cela donne un petit côté intimiste et bien que nous partagions le parking avec un autre van nous nous lançons dans une douche au robinet des toilettes, sous la pluie. Les routes sont encore sous le choc des dernières chutes d’eau et les réparations sombrent elles aussi dans les déferlantes qui s’écrasent en contre bas. Heureusement que notre voiture n’était pas sur les zones instables à ce moment là se dit-on.

Seraient-ce les reliques de tous les échoués des routes trop mal perchées? 

Mon appareil photo ne fonctionne plus et je le laisse à l'étouffé dans du riz pendant un jour. L’épisode de l’appareil photo étant bien représentatif de notre état d’esprit nous filons jusqu’à un restaurant un peu chic pour y manger des moules vertes (spécialités de la région) et une salade mi chaud mi froid de saumon fumé cuit. La serveuse est française et bien sympathique, elle nous rassure sur notre malchance en nous affirmant que c’est bien pour l’agriculture qu’il pleuve comme ça car les champs en avait besoin! Bon! On traine encore au chaud et au sec en buvant des cafés tout en regardant les nuages se lever sur la marina. Allez on se motive pour une petite ballade digestive et puis dodo à la marina... enfin jusqu’à ce qu’à 22h une portière heurte violemment notre carrosserie. Nous sortons en vitesse pour voir ce qui se passe. Un mec sort de sa voiture et s’excuse puis je dis qu’on va regarder de plus près. Et là, une femme sur les siège d'à côté commence à monter dans les tours en me disant: "mais je suis locale moi, tu crois pas que je vais payer pour ça, c’est même pas moi qui l’ai fait, t’étais même pas là pour voir etc... " bien que je lui demande de se calmer il n’est pas possible d’en placer une. Une vraie hystérique... ça dure pendant dix minutes et un mec à côté nous demande en français si tout va bien. La fille s’excite et dit qu’elle va appeler la police. Raphaël essaie de l’en empêcher, mais finalement elle aurait eu l’air bien bête car c’est son copain qui est en faute. Raphaël finit par obtenir un numéro de téléphone qui s’avère ne pas fonctionner... hahaha elle fait semblant de s’être trompée. Puis après dix minutes ils s’en vont, en ayant promis que si le garage les appelle demain ils paieront la réparation. Mais bien sûr.

Le lendemain c’est soleil sur le pare brise, séchage du van et vidange de l’huile. Bien sûr on demande au garagiste pour réparer la rayure mais il nous dit « vous allez la revendre bientôt? Et bien ne faites rien ça ne vaut pas le coup! » et il rit bien de nos aventures. Nous allons chercher des planche de body surf à l’office du tourisme où une jeune un peu hésitante nous les prête jusqu’au soir. Et c’est parti pour Rere Rockslide.

"Alors Raphaël, comment avez vous connu Rere Rockslide?

C’est Elisa qui a vu qu’on pouvait descendre une cascade avec un bodyboard. Donc allez, c’est parti !

Quand on est arrivé là bas il y avait déjà trois personnes. Elisa a essayé d’aller voir ce que ça donnait donc elle est allée un peu plus bas, en contre bas pour tester. On voyait qu’il y avait déjà pas mal de courant et qu’en bas il y avait beaucoup de remous et des bouts de bois. Il y avait même une bouée gonflable qui restait coincée dans les remous de la cascade.

Et qu’est ce qui vous a donné envie d’y aller ?

Le défi d’y arriver, l’envie de surpasser ses limites, on se dit que ça devrait le faire.

Et ensuite que s’est-il passé ?

Elisa a réessayé d’un peu plus haut et elle a réussi, mais le mieux c’est de se placer bien au milieu pour bien glisser car ça ne descend pas beaucoup sur le côté droit. Donc ni une ni deux j’essaie de me placer un peu plus sur le milieu pour avoir plus de profondeur pour que la planche glisse mieux. Je me mets dans le sens du courant.

Quel était votre impression à ce moment là ?

J’étais pas très serein, parce que j’aurais pu tester d’un peu plus bas d’abord, mais j’ai voulu essayer du haut pour montrer que je pouvais le faire. Je me mets en position. Mais je n’ai pas eu le temps de me baisser et me mettre sur la planche que je suis emporté par le courant. La planche est partie et je suis parti derrière elle, la tête la première, le ventre sur la roche, et ensuite j’ai les pieds qui sont passés par dessus. Et là, j’ai essayé de m’arrêter en plein milieu de la cascade. La cascade n’était pas lisse, il y avait quand même plusieurs rebords, et j’ai pu m’arrêter. A ce moment là ma planche qui était accrochée à mon poignet droit trainait sur ma gauche, avec le fil qui m’enroulait dans le dos. Bien sur, il y a avait des tonnes d’eau derrière moi, donc je me suis dit qu’il fallait que je repasse la planche correctement et que je fasse les 20 derniers mètres de descente.

J’ai essayé de me remettre en position, mais manque de bol, la planche est repartie, et moi aussi par la même occasion, et j’ai glissé sur le ventre directement jusqu’en bas, la tête la première. Je me suis rendu compte qu’il y avait aussi du courant en bas mais ça a été pour rejoindre la rive.

Quand est ce que vous vous êtes rendu compte que…

Quand je suis revenu sur la terre ferme je me suis rendu compte que j’avais mal à mon pied gauche, que je boitais, et que je m’étais égratigné l’avant bras gauche. Là je me suis dit : C’est moyen, j’espère que je ne me suis rien cassé…

On est retourné à la voiture et on a vu un couple de français avec leur body board, prêts à dévaler la même cascade… et on leur a suggéré de bien faire attention parce que je venais de me faire bien mal.

Ensuite nous sommes allés aux urgences de Gisborne. En attendant le docteur, on regardait la télé qui s’appelait health TV en regardant un mec qui faisait des reportages sur la nourriture de la rue en Sicile, et pendant une heure on l’a regardé manger des trucs plutôt gras et pas tellement healthy. Il est arrivé un jeune homme avec le bras en sang, qui s’est fait mordre par un chien, il a attendu deux heures pour venir aux urgences, et nous avons eu beaucoup d’empathie pour lui tellement sa douleur devait être intense. Je suis allé passer une radio. La très gentille infirmière m’a emmené dans une chaise en bois avec des roulettes métalliques, très vieille. Elle m’a emmené dans la salle d’attente de la radiologie et j’étais le seul en salle d’attente dans cette salle qui pouvait contenir au moins 15 personnes. Je passe mes radios et en sortant de la salle, au lieu de me mettre sur le fauteuil je le pousse comme un déambulateur et me recogne encore l’orteil contre la roulette. Ca fait mal. Ensuite, un jeune homme me reprend en main et me ramène.

Le médecin me dit que je n’ai pas de fracture, seulement une contusion au gros orteil et une légère entorse de la cheville. On est soulagé qu’il n’y ait pas de fracture.

Merci Monsieur pour cette interview.

Morale de l’histoire : regarder les photos ou les vidéos de l’état normal de Rererockslide avant de le faire et ne rien tenter si ça ne ressemble pas à ce qu’on a vu sur les images.

Le soir nous discutons avec un jeune français beauf et fier de l’être tandis que des maoris imbibés viennent rendre visite aux joueurs de Ukulélé.

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Publié le 25 décembre 2019

Le lendemain c’est rendez-vous ostéopathe pour mon dos qui me travaille depuis un moment et dont je ne peux pas m’occuper toute seule. L’ostéopathe est française, tout comme son collègue avec qui j’ai pris rendez-vous et tout comme 10 ostéopathes sur 11 présents à Gisborne. Un peu sonnée par la séance je perds mes lunettes et il faut nous imaginer, un estropié et une shoutée les yeux rivés au sol, à la recherche d’un truc violet dans les herbes!

Nous prenons la route en direction du Cap Est, une zone très faiblement peuplée. Ça va nous offrir un contraste avec l’agitation relative de Gisborne. En effet, dès les premiers kilomètres nous ne croisons plus personne.

Nous admirons les surfeurs et les gens qui promènent leur chien, et partons à la recherche du phare oublié. Sur la plage à marée basse nous croisons Helene qui, chaussée de botte de pluie et accompagnée de son chien, ramasse de beaux morceaux de bois échoués.

La progression est rythmée par les pierres instables qui s’inclinent à notre passage et c’est déjà une première séance de rééducation pour Raphaël. Très concentrés sur nos pieds nous sursautons tous les deux quand un bruit inconnu survient à quelques mètre de nous: Ohhhohhhohhhrooohrroooooh. C’est comme un rire grave exagéré. Et là surprise, c’est un phoque! Il est à 10 mètres de nous et nous surplombe un peu. Il a aussi peur que nous et cherche un moyen de nous fuir. Nous passons en vitesse en contrebas, en essayant de ne pas nous étaler sur les roches glissantes. Ouf nous voici sauvés. Nous pouvons l’admirer se balancer d’un côté à un autre pour tenter une descente des roches dans une danse maladroite. On dirait une limace sur pattes, qu’est ce que c’est peu adroit sur terre!

Nous continuons au milieux des algues vertes fluorescentes et des rouges taniques et voyons se découvrir, tout au bout de la berge, un phare abandonné. Il se détache parmi les flots et resplendit dans sa décrépitude. Il est rouillé, délitescent, et plus beau encore qu’un phare tout pomponné de peinture fraîche. Près de lui, a l’abri des récifs, une famille de phoque nous attend. Ils hésitent avant de se jeter à l’eau maladroitement puis nagent avec tant d’aisance dans les vagues. Nous restons assez longtemps pour contempler les oiseaux sur la falaise et les vagues qui s’écrasent sur cet édifice.

Difficile de tourner les talons et de revenir, mais la difficulté nous viendra surtout du contournement de notre ami solitaire qui a repris ses aises en haut de la grève. Pour le contourner et lui permettre de rejoindre l’eau nous décidons de monter encore plus haut, au ras des falaises et là où la pierre s’effrite. Nous ramassons quelques pierres pour l’impressionner si besoin mais c’est lui qui nous impressionne. Nous n’en menons pas large quand il se dresse sur son arrière-train et nous espérons qu’il ne nous chargera pas. Heureusement il décide de fuir par la mer et nous sommes soulagés.

Après cette belle promenade nous suivons la côte et nous arrêtons à Tolaga Bay. C’est ici que l’on peut voir le plus long ponton de la Nouvelle Zélande. Nos amis les kiwis aiment les records. A la faveur d’une éclaircie et d’un coucher de soleil, le pont révèle ses atours: des signalétiques de peintures jaunes, la jetée dans une baie aux eaux huileuses, les reflets des falaises jaunes et la présence de deux pêcheurs de passage.

Nous restons pour admirer cette fin de journée, et apprécions le coucher de soleil, même s’il n’est pas sur la mer. Le camping dans la baie a été réservé et pour 7$ nous pouvons rester deux nuits dans n’importe quel endroit, bénéficier de toilettes et surtout apprécier des vues incomparables sur la mer. Notre seul voisin est un bus aménagé, avec tout le confort, et très calme.

Le lendemain, alors que le temps semble d’abord propice au kayak, la météo change et le vent se lève. Nous allons finalement faire une ballade à Cook’s Bay. Ici il ne faut pas chercher un lieu en l’appelant Cooks quelque chose car il y aura au moins vingt occurrences de ce nom dans le pays. Mais un Cooks truc comme celui ci est à mon avis très rare. Nous nous trouvons transportés en Algarve, avec les moutons en prime. Les arches plongeant dans les eaux turquoises nous donnent envie de nous y jeter, malheureusement nous sommes bien trop hauts pour pouvoir accéder à ces beautés. Nous aurions pu tenter l’expédition en kayak si la mer avait été moins agitée. Car la mer, nous avons pu la rejoindre à travers le « trou dans le mur », et je ne m’y serai pas risquée.


Nous parcourons quelques kilomètres le long de la côte pour rejoindre une baie avec quelques rares maisons. Le contraste avec les villes que nous avons vues est saisissant. Les maisons sont décrépies, ou plutôt, puisqu’elles n’ont jamais eu de crépis, elle sont branlantes. Certains habitent même des amoncellements de caravanes qu’ils placent les unes au bout des autres. Dans les jardins les épaves de voitures et les outils rouillés se côtoient. Les paysages sont magnifiques même avec les nuages de pluie menaçants. L’atmosphère est triste et mélancolique. L’éclairage toujours en biais, par les rayons filtrés par les nuages renforcent encore ce côté tragique. Les cochons affamés du bord de la route nous amusent et nous font peur à la fois.


En fin de journée et sans vraiment y voir clair nous allons voir le plus vieux ponton de Nouvelle Zélande. Vous voyez, ils aiment les superlatifs. Celui ci est fermé, et pour cause, les pieds en bois sont parfois cassés, certains pendent même au dessus de l’eau.

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Publié le 25 décembre 2019

À Tokomaru nous découvrons une ville fantôme.

Nous dormons sur une plate bande et nous réveillons en face d’une des deux banques de cette petite ville alors qu’il n’y en avait aucune autre banque dans tout le cap Est. Évidement aujourd’hui aucune des deux n’est utilisée. Rien n’est utilisé d’ailleurs. La taverne est laissée ouverte et abrite sans doute parfois des squatteurs mais ne sert plus aucune choppe de bière depuis un demi siècle. Depuis la fermeture de l’usine de conditionnement réfrigéré pour les pêches tous les habitants ont migré vers les villes.

Pas moyen d'en avoir une bien fraiche ici! 

Il ne reste plus que quelques irréductibles Maoris qui « résistent encore et toujours à l’envahisseur? » Nous allons visiter ce qui a rendu la ville si attrayante il y a cent ans: une usine en friche. Et oui, nos centres d’intérêt divergent sans doute de la plupart des touristes. Et la visite vaut le coup! Entre les charpentes branquignolantes, les trous dans les murs de briques, les tags et les piliers résistants, nous en prenons plein les mirettes et l’objectif de l’appareil photo.

Prêts pour la visite? 
La mezquita

Après cette visite nous rencontrons sur la route des maoris qui étendent des algues sur les clôtures de la maison. Je demande ce qu’il en font. « On ramasse des algues sur les plages, et avec le vent et le soleil en quatre jours elles sont sèches, on peut les vendre aux restaurants ou même aux producteurs de sauces. Ça fait des sauces délicieuses. Je lui demande s’il a regardé le match hier, car les all blacks ont joué, et il me dit qu’il ne suit pas beaucoup. Mais dans l’équipe actuelle il y a un joueur originaire de cette ville, et il est costaud, m’affirme-t-il en riant. Il repart à son ouvrage avec un grand sourire. Il est couvert de tatouage et pourrait être membre d’un gang, mais nous n’en savons rien. Au cap Est, les gangs sont assez nombreux et il n’est pas rare de voir affiché aux portes des cafés « pas de casquettes, pas de lunettes et pas d’insigne de gang ». Ce monsieur avec qui nous avons discuté était très sympathique en tout cas.

Nous poursuivons notre route toujours plus au Nord et vers l’Est en longeant la côte nous faisons un détour vers Waipiro dans les paysages verts et déserts. Au bout de la route il y a une vieille taverne désagrégée et une église blanche collée à un marae. Des habitants profitent du beau temps pour aller se promener dans le marae mais nous n’y allons pas car nous n’y sommes pas invité.

Nous nous arrêtons pour déjeuner à la plage de Rangitua. Le soleil est vraiment fort et depuis l’ombre de la voiture nous admirons les ondulations de l’air chaud sur les pierres de la plage. Le vent est très froid et fort et nous n’allons pas nous baigner. Pourtant un local se prend au jeu et va se tremper devant sa petite famille. Nous cherchons en vain dans les environs un canoë gravé, appelé waka, mais un homme costaud qui sort vite de sa maison quand je m’en approche m’indique que le waka a été déplacé dans le chemin qui mène à la montagne sacrée. Mais nous avons déjà dépassé ce lieu depuis plusieurs kilomètres et ne reviendrons pas sur nos pas.

A Tikitiki nous visitons l’intérieur de la seule église entièrement mixte culture maori-influence et culte catholique. Le décor intérieur est somptueux. Il n’a pas de dorures mais tous les ornements en bois sont gravés et peints selon l’art maori. Sur les bancs des petits coussins moelleux tricotés multicolores invitent à poser son séant un moment.

Nous entamons la route vers le Cap Est, le grand, le vrai, le beau, celui que tout le monde va voir au lever du soleil. En effet, il parait que depuis le phare on peut être les premiers à profiter d’un lever de soleil sur terre. Nous sommes au bout du rouleau du fuseau horaire. Mais Raphaël dit que ce n’est qu’une invention humaine et que ça n’à donc pas de sens de conduire la bas, juste avant le lever de soleil, et puis la terre est ronde, alors quelqu’un aura déjà vu le lever avant nous. Donc nous, c’est plutôt sous un soleil déclinant que nous entamons la route caillouteuse. Cette route n’a pas été préparée au peigne fin mais cela ne fait rien car elle est très belle, coincée entre les roches plates sous la mer et la montagne qui s’effrite et qui voit des dunes apparaître sur son flanc.

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Tout au bout du bout il ne nous reste plus qu’à grimper vers le phare rénové et profiter de la mer à perte de vue. Nous redescendons en trombes les 800 marches (que les commentaires se disputent à compter correctement) et revenons sur la route. Les vagues remontent lentement sur les roches plates et laissent en se retirant à nouveau de belles couleurs mordorées.

Nous avons juste le temps de voir le plus gros Mata du monde, un arbre à plus de 22 troncs. Raphaël qui se tient devant paraît minuscule.

Il est là, minuscule, en short gris 😀

Puis nous longeons le cap est à la recherche de nouvelles beautés et ne voyons pas passer le temps. Dans l’obscurité nous rejoignons une baie perdue derrière une colline et nous garons timidement dans le parking d’un motel isolé. Deux bergers allemands impressionnants nous accueillent gentiment et la dame de la réception me dit: « Vous pouvez vous garer vers la prochaine baie. Personne ne vous dira rien » Je lui fais répéter, de peur de me prendre une prune et nous dressons le camp en vitesse au sons des vagues, seuls au bout d’un chemin, au bout de la terre. La nuit est perturbée par des moustiques, des vrais, qui laissent à Raphaël des souvenirs bien sympathiques. Au milieu de la nuit, nous sommes obligés de nous lever, de courir rebrancher la batterie, de courir fermer les fenêtres et de courir fermer la batterie pour se jeter dans le lit en espérant qu’aucune de ces bêtes diaboliques ne nous a suivi. Le seul avantage d’un moustique par rapport aux sandflies (ces mouches vampires), c’est qu’ils font du bruit et sont repérables.

Ce coin perdu est magnifique, tout est calme et les mouettes sont sympathiques.

Sur le bord de la route nous faisons demi tour car notre œil aiguisé a repéré une cascade sur la plage. Rien n’indique que l’on peut la rejoindre mais les sentiers dans les marécages ne nous arrêtent pas. Alors que nous parvenons enfin à la grève de tout petits galets nous nous approchons d’une sculpture protégée par des barrières blanches. Les animaux marins et terrestres s’y enlacent. Nous pensons à une tombe car c’est l’image que notre culture veut nous donner, mais même en interrogeant les locaux, personne ne m’a donné d’avis, ou n’à voulu m’en donner. Au bout de la plage la marée montante nous laisse juste le temps de goûter à l’eau de la cascade sans nous mouiller les pieds, et de confirmer qu’elle est bien non salée. C’est drôle ce besoin de vérifier que l’eau qui coule n’est pas salée, quand elle est proche de la mer.

En sirotant un café au soleil et en admirant les travailleurs 

Nous continuons notre route jusqu’à la civilisation et profitons d’un grand vent pour faire sécher nos affaires propres entre le poteau « emplacement handicapé » et le rétro de notre voiture. Les gens passent amusés et s’exclament « bon séchage ! ». Seul un des voisins nous surveille à travers son rideau de fenêtre, et dodeline de la tête quand je lui crie en riant « encore une demie heure et c’est sec! ». Nous nous garons près de la plage en double fil d’un camping car.

La ballade sur la péninsule le lendemain commence par un « calage en montée d’une boîte de vitesse automatique ». Nous ne sommes pas vraiment mécanicien mais cela nous semble improbable. Cela ne nous empêche pas de rejoindre une plage isolée seulement présente à marée basse, puis de prendre un peu de hauteur pour admirer White Island qui fume blanc comme un calumet de la paix, et pour obtenir une vue plongeant sur la ville la plus au nord du cap Est, qui signe la fin de notre voyage dans ces contrées si reculées.

Le mélange des genres est possible, la mémoire d'un maitre dans l'art du tunning et une prière maorie
Quelques souvenirs 
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Publié le 5 janvier 2020

Et nous voilà en route pour l’ouest. Notre arrêt à Kawera pour la nuit est ponctué de deux côtes de porc magnifiques ainsi que d’un rechargement d’ordinateur dans le camping car extra moderne de la famille d’à côté. Les bains gratuits annoncés dans la municipalité sont fermés pour préparation de l’été et malheureusement la douche sera repoussée au lendemain. Nous rejoignons Rotorua déjà connue et grimpons sur la colline pour voler une vue à 40$ sur le geyser naturel d’une des piscines géothermiques d’un parc. L’explosion dure plusieurs minutes et nous impressionne même depuis 500 mètres de distance.

Au retour sur le parking c’est enfin l’heure d’une douche chaude gratuite, qu’elle est sympa la Nouvelle Zélande! Nous filons encore vers l’Ouest et rejoignons Hamilton où nous attend le meilleur glacier du pays « Duck Island ». Même si le thermostat extérieur n’est pas très favorable nous ne résistons pas à l’appel des crèmes glacées « cookies caramel beurre salé et noix de coco au peanut butter » =2 boules de délices pour Raphaël le Duc. Nous visitons la seconde chose immanquable à Hamilton, les jardins. Celui maori nous laisse un souvenir marquant, les autres d’influences internationales ne nous passionnent pas autant.

Les choix en matière de camping étant plus que limités nous filons vers la côte et rejoignons Raglan à l’heure où le soleil se couche.

Au petit matin, à 6h, on toque à la porte: il va y avoir une manifestation dans la journée au bowling et toute la lignée de van est prié de partir au plus vite. Nous nous transférons juste au bord de l’estuaire et petit déjeunons au soleil avant d’entreprendre une boucle de 70km en voiture le long des côtes. Raglan est la capitale du surf et les vagues sont immenses mais les pingouins humains sont rares aujourd’hui, peut être refroidis par le vent et le temps gris. Nous aussi n’avons pas la motivation suffisante ni la fenêtre météo idéale pour grimper au sommet du mont qui domine la côte. Nous sommes un peu fainéants et nous arrêtons à tous les arrêts des plages pour immortaliser ses paysages tragiques dans des photographies d’une tristesse sans nom. De nombreux vans font la même chose mais ne sortent même pas le nez de leur véhicule. Maussades, on vous dit.


Mais ensuite, devant ces paysages découpés dans les falaises, verdis par les pluies régulières et balayés par les vents incessants nous sommes plongés dans la contemplation. En fin de parcours nous nous approchons de Bridal Veil Falls, surnommée le voile de la mariée. Longueur du voile, 55m. Le mur de lave d’où se jette la cascade est massif, et au pied de la chute un bassin semble assez accueillant. N’y plongez pas, car les eaux tourbillonnantes cachent un rocher énorme. Sur le chemin du retour nous rattrapons par la manche une dame qui manque de tomber et surprenons un petit furet nuisible qui traverse le sentier.

A l’heure de l’apéro nous récupérons quelques informations inintéressantes à l’office du tourisme et nous réfugions près d’une cheminée au feu artificiel pour boire des bières et manger des dumplings (raviolis) au porc. Un jeune homme discute passionnément avec sa maman, et un couple de jeunes bobos à bonnet sont hypnotisés par leur engin technologique.

Nous dînons avec vue sur la mer, et rencontrons une fille israélienne qui possède le même bolide sur roue que nous. Nous lui demandons si la batterie lui fait des misères et elle nous répond que seule sa porte latérale ne veut parfois plus s’ouvrir, alors qu’elle est dedans... pas très pratique.

Et nous vous présentons Atoyot Voxylver, notre van gris mimi.

Un martien... 
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Publié le 7 janvier 2020

La nuit est calme et le lendemain nous partons rejoindre la côte que nous avions en partie parcouru la veille.

Mais la route a l’intérieur des terres nous réserve quelques surprises. D’abord nous tombons en panne de batterie à une station essence... mais bien vite dépanné (nous sommes rodés à l’exercice des pinces de dépannage), nous nous perdons rapidement dans les méandres de la route qui suit les méandres d’un ruisseau. Les collines striées de chemins sont saupoudrées de moutons, et plus étonnamment saupoudrées de pierres aux formes karstiques. Cela nous donne l’impression qu’un géant a déposé des cailloux bien choisis et qu’il les lisse chaque matin.

Puis nous nous rapprochons de la côte et parcourons sous un soleil un peu timide des plages noires. Les dunes de sable noir contrastent avec les herbes et les mousses des collines avoisinantes. Ces sables viennent du concassage méthodique des vagues des roches de l’île en face de la rive. Cette île délaisse des graviers noirs et métalliques, si noirs qu’il serait tentant d’apporter un aimant pour en vérifier l’attraction. Les vagues moussent et Raphaël se réjouit de courir dans les paquets laissés à la lisière de l’eau pour les voir s’envoler dans le vent horizontal.

Pour attendre les prochaines aventures qui n’ont lieu qu’à marée basse nous allons explorer Aoteha Beach et ses merveilles.

Le parking est magnifique car il donne directement sur la plage de sable noir. En face, de l’autre côté de l’estuaire, une dune noire immense se dresse devant nous. Les nuages qui défilent à toute vitesse au dessus de nos têtes font glisser leurs grandes ombres et varier la couleur. Le vent est si fort qu’il soulève en face des nuages de sables tourbillonnants.

Malgré les éléments inhospitaliers nous partons à la recherche de roches immergées dans le sable, visibles aléatoirement selon les modelages capricieux de la plage. Nous admirons les danses des grains noirs qui subissent le vent. Et tout au bout de cette plage inhabitée nous trouvons des roches striées, comme peintes au pinceau, qui me rappellent mes rochers préférés en Grèce.


Nous allons jusqu’à une plage où une source d’eau chaude sort directement dans le sable à marée basse. Le vent en pleine face, je demande à une famille d’Allemand s’ils ont trouvé quelque chose, ils me répondent « oui oui, trois grands trous rien que pour vous! » tous les membres de la famille sont couverts de sable mais si excités par leur découverte! Tout comme l’eau qui sort tiède nous sommes moyennement emballés à l’idée de tremper notre fidèle bassin dans un bassin tempéré, la plage battue par des vents puissants qui giflent le sable dans les yeux. Nous empruntons la pelle du voisin, creusons un peu la marmite pour nous réchauffer les pieds et c’est tout.

Sur les recommandations d’un guide, nous cherchons à rejoindre une plage noire isolée. Nous roulons dans des campagnes vertes et rondes sans croiser personne pour atteindre en bout de route un village sans habitant. Le centre communautaire est un peu délabré, la supérette fait aussi camping, vendeur d’alcool et vendeur de glace. Nous nous dirigeons jusqu’à un embranchement en suivant les indications Marae, puis en haut de la route nous sommes stoppés par la lecture des panneaux: « Ceci est un terrain miné, vous entrez à vos risques et périls », mais il y a aussi un signe indiquant dans la même direction le Marae. Pour entrer il faut passer sur un passage qui bloque le bétail, lui même encadré de solides fils barbelés comme aux abords des camps militaires. Nous passons le passage puis hésitons et c’est un névé de sable, balayé par un vent violent qui soulève tout sur son passage, qui a raison de notre intrépidité. Nous n’osons même pas faire demi tour (à cause des mines, et pour ne pas nous embourber dans la dune) et reculons doucement jusqu’à la terre ferme. Un 4x4 nous double à toute vitesse, peu préoccupé apparemment par les conditions de la route. Un peu déboussolés par notre expérience nous rebroussons chemins dans des combes plus abritées à l’intérieur des terres.

Le soleil de fin d’après midi est propice à la visite d’une grande cascade puis nous permet de nous installer vers un double pont naturel de pierre.

Un van Tommy (c’est écrit sur leur pare choc) est garé près de nous, c’est un couple de français que nous avons croisé à chaque étape de notre parcours aujourd’hui. Après un dîner rapide et une petite averse nous allons visiter le pont de nuit, non pas pour son impressionnante qualité géologique (que nous verrons demain), mais pour tous les glow worms, les vers luisants qui y habitent. Sur le chemin, un rakekekekeke m’effraie (c’est un bruit). Nous braquons nos lampes frontales sur l’origine du bruit et un possum est en face de nous. Quand nous nous approchons, loin d’avoir peur il nous fonce dessus. Je réagis au quart de tour et lance un « creeeeeeaaa » pour l’effrayer. Il grimpe à un arbre et reste pétrifié. Nous allons chercher les « Tommy » pour leur montrer notre découverte et retrouvons le possum qui n’a pas bougé d’un poil. Perché sur sa branche il ne doit pas savoir quoi faire. Un autre couple revient de ballade à ce moment là. L’homme se place sous le possum, et, je ne le savais pas à ce moment, mais il est très probable que le possum ait pu lui monter sur la tête et s’y maintenir avec ses griffes. La seule solution dans ce cas là, quand le possum vous prend pour un arbre, est de s’allonger sur le sol. Heureusement pour cet homme il ne s’est rien passé et nous avons continué jusqu’à l’orée du bois. Et en se tenant par la main sur ce petit sentier, au son impressionnant de la rivière invisible en contrebas nous frissonnons de plaisir. Autour de nous une myriade de vers luisants scintillent sur plus de cinq mètres de haut. A chaque pas nous en découvrons de plus en plus. Nous restons longtemps sans faire de bruit, concentrés sur les points bleus fluorescents et bercés par le glouglou de la rivière, les minutes et les secondes s’étirent, le temps et l’espace n’ont plus de limite.

Au retour nous croisons les Tommy qui font une exploration éclair.

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Nous sommes tout proche de la grotte de Waitomo qui se visite en bateau pour admirer les vers luisants. Nous avons tellement apprécié la visite du pont naturel hier que nous décidons d’aller le voir de jour et de zapper la visite touristique des grottes. La double arche a plus de 10m de hauteur est impressionnante. Nous apprenons que c’est le vestige de la voûte d’une grotte immense qui s’est affaissée. Nous retenons notre souffle pour ne pas faire céder la dernière partie.

Passez les arches de bienvenue et venez retrouver le roi et la reine des stalagmites. 

Nous apprenons que les sortes de stalactites que l’on aperçoit ne sont pas formées comme des stalactites calcaires. C’est la mousse qui couvre la protubérance qui absorbe et filtre l’eau chargée d’élément de la couche supérieur de l’arche. Et quand la végétation meure et que la couche de mousse suivante la recouvre, les minéraux non absorbés sont laissés. Il n’y a donc pas de chance que des stalagmites se forment, même si de grosses gouttes se mettent à tomber sur nos visages levés. Les roches environnantes recèlent des surprises: des huîtres fossilisées plus grandes que nos deux mains et des roches ondulées comme nous aimons tant qui forment des trônes parfaits pour le roi et la reine (des faux stalactites).

Aux alentours de Waitomo nous crapahutons dans des tunnels naturels qui ont à leur voute des grosses meringues blanches et grises. La rivière fait une boucle sous le tunnel, pour ressortir aussitôt et c’est très tentant de la suivre. Mais il faut se mouiller les pieds, et ça prend du temps à sécher après... voilà les considérations des vadrouilleurs en van. Nous profitons en tout cas de tous les recoins gratuits de la région, encadrés par des hordes de touristes qui patientent pour leur sortie spéléologique.

En manque de café et sans doute de compagnie nous allons au seul café du coin pour y rédiger quelques cartes postales. Nous souhaitons au passage vous remercier pour tous les petits mots que vous nous adressez, cela nous fait très très plaisir! Ensuite nous retournons sur la côte, direction Marokopa Beach. Cette plage nous laisse assez indifférent mais les autochtones eux nous amusent. Ils ont placés on ne sait comment leur pickup de l’autre côté de la rambarde, sur les espaces verts et leurs enfants jouent sur le gravier du parking. Une tente est montée en prévision de la nuit et la glacière déborde de bières. Nous prenons de la hauteur par une piste non goudronnée et admirons cette baie qui s’enroule sur elle même.

De l’autre côté nous arrivons sur une plage magnifique avec toutes ses pierres qui dépassent du sable et semblent lustrées.

A quatre pattes ou à quatre roues 

Il est encore tôt dans la journée mais nous décidons de rater au camping gratuit à côté du cimetière. Les vaches se baladent librement et les quad s’enlisent devant notre fenêtre, nous donnant un divertissement inopiné.

Qu'est ce qu'ils ont tous à faire leur prière? 
C'est la galère les mecs? 

Un bus (style petit bus d’école) est en face de notre véhicule. La maman prépare à manger pour ses quatre enfants, dehors, à grand renfort d’astuce et de patience pour ne pas être gênée par le vent. En haut de la dune, un van de hippie est monté par l’opération du saint esprit et ses occupants enfilent leur combinaison de surf. Leurs silhouettes découpées sur le ciel sont incroyablement photogéniques.

Nous restons le soir à boire quelques bières en haut de la dune en méditant sur les vagues et en surveillant du coin de l’œil les surfeurs du crépuscule.

Le lendemain nous restons encore toute la matinée pour observer le ballet des pêcheurs avec leurs grandes épuisettes. Nous nous questionnons sur l’ampleur de leur butin car ils ne semblent placer dans leur seau qu’une micro particule de quelque chose, démesurée par rapport à la taille de l’épuisette.

La marée basse ne va pas tarder, nous nous dirigeons vers un tunnel (Waikawau) creusé à la pioche, de la largeur et de la hauteur d’un homme à cheval. Pour avoir accès à cette plage inoubliable par sa beauté? Non, seulement pour pouvoir affréter le bétail sur les bateaux de manière plus pratique. Mais si ces bulldozers à biscotos ne l’avaient pas fait il aurait fallu le faire. Quels contrastes entre les roches multicolores et le sable noir, les jaunes des roches parsemées de mousses vertes fluorescentes dans une eau bleue turquoise... nous explorons jusqu’à n’en plus pouvoir et pour compléter ce spectacle de rêve, il y a quelques cascades qui se jettent dans la mer et ruissellent sur les roches modelées. Des éboulis massifs nous font nous éloigner des falaises.

Nous longeons encore un peu la côte et profitons des plages de sables noires. Le sable a pris le soleil malgré le temps nuageux, il est chaud sous nos pieds, et nous apprenons enfin ce que les locaux pêchent avec leurs grandes épuisettes! Des white-baits, ce sont des tout petit poissons de friture, de la taille d’une phalange, qu’ils préparent ensuite en omelette. Le couple qui pêche vient ici en vacances et leur plaisir est de passer des heures à passer l’épuisette pour filtrer l’eau qui vient de la mer et remonte vers la rivière pour y récupérer les poissons microscopiques. Ils me disent: On n’aime pas vraiment manger ça en plus, mais hier on en a eu 46! Après coup je pense que 46 soit juste pour remplir trois assiettes, mais les pêcheurs ont l’air si heureux. Le sable nous colle au pied.

Nous rejoignons le camping des « trois sœurs » et après un petit moment d’égarement ou nous nous garons vers des jeunes bruyants musicos nous nous décalons vers les vieux en camping car quatre étoiles.

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Publié le 10 janvier 2020

Et en introduction, une nouvelle production de Raphaël

Le lendemain la pluie si forte nous décourage d’attendre la marée basse et nous fait migrer vers le sud en direction de chez Kate. En route, les éclaircies nous font découvrir le majestueux Taranaki. Planté au milieu de la plaine il s’élève dans un cône parfait, coiffé d’un peu de crème fraîche.

A New Plymouth nous craquons pour un burger délicieux avec des vrais bières.

Puis grimpons la pente raide jusqu’à un point de vue sur la ville. D’un côté la falaise et une baie de sable noir, de l’autre la ville et le port envahi de bateaux chargés de longs bois. De là haut, les moindres recoins de la ville sont visibles.

Une fois en bas de la falaise nous voyons dans les rochers où roulent les vagues un homme qui se rétabli comme il peut sur ses pieds. Juste avant qu’une nouvelle vague l’embarque, le renverse et le roule sur plusieurs mètres. Pendant une dizaine de fois il revient en direction du large, en direction des rochers où il semble chercher quelque chose. Puis, balancé comme une algue par les vagues il est contraint de sortir de l’eau, non sans difficulté.

Les vagues fouettent l’arche vers laquelle Raphaël se trouve, je n’imagine pas quelqu’un dans les rouleaux en bas. En rejoignant la plage je peux demander au monsieur ce qu’il semblait pêcher. C’est un Maori, qui pêche des Paua, une espèce de coquillage gros comme la main, la chair a le même goût que de la viande porc, en meilleur, me dit il, et la coquille est très utilisé dans l’art maori. Ce sont les coquilles bleues mordorées qui sont utilisées pour faire les yeux des statues qui ornent les entrées des maraes. Mais aujourd’hui, bien que ce soit le bon moment pour la marée (basse) la mer est trop forte. Il m’explique ensuite que "pour les pêcher il faut avoir de la force car les coquillages sentent quand on essaie de les décoller et se collapsent au rochers sans que tu ne puisses les défaire. Et quand tu tires fermement avec une main sans rien y voir, tu dois faire attention aux vagues qui te propulsent sur le rivage." Sa femme est originaire d’ici et lui plutôt de la région d’Hamilton. Il dit que la France à l’air belle et qu’il aimerait bien aller visiter. Nous nous quittons sur une photo alors qu’il remonte la dune en faisant des pauses pour reprendre son souffle.

Le repos du pêcheur. 
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Publié le 13 janvier 2020

C’est l’heure d’aller rencontrer Kate et toute sa famille. Kate est la sœur de Joanna, chez qui nous avons passé deux semaines en helpx. Joanna nous avait dit que Kate nous accueillerait avec plaisir si nous allions dans la région du Taranaki. Kate habite avec son mari Math (le second mari) et ses deux enfants de 10 et 12 ans. (... et Gus). Avant de rencontrer Math, Kate a eu une fille et deux garçons et elle a accueilli une fille franco -néo-zélandaise. Pour pouvoir élever ses enfants elle a emménagé dans l’ancienne maison de ses parents, qu’elle a agrandit petit à petit pour caser tout le monde. Cette maison est à 100 mètres de celle de ses parents, perdues toutes deux au milieu de 500 hectares de domaine d’élevage de mouton et d’agriculture. Nous avons pour mission de gratter à la brosse la terrasse en bois et de peindre la palissade en échange d’une chambre juste à côté de la maison et de bons petits plats. Mais surtout nous profitons de leur accueil merveilleux et sympathique.

Kate fait tout à la maison. Le petit déjeuner pour ses enfants, son travail de maîtresse en primaire, puis elle revient les bras chargés de courses qu’elle range toute seule, étend la lessive qu’elle a lancé en partant, prépare un dîner pour 6 personnes, téléphone à trois personnes et nous fait la conversation. Elle est une super woman, mais sa situation nous paraît un peu triste parfois, car nous sommes trop habitués à la répartition des tâches.

Et je frotte et je frotte! 

Nos heures d’aide à frotter de toutes nos forces le sol (en respectant les conseils de manutention, bien sûr) s’écoulent vite et nous apprécions les discussions d’après repas avec Kate et Math, enfin plutôt Kate car Math est occupé avec le labrador femelle marron, Wendy. Kate nous raconte son lien avec les maoris. Cela fait très longtemps qu’elle apprend la langue maorie, et désormais c’est elle qui l’enseigne à l’école. Elle a toujours été très intéressée dans les langues et par la découverte des cultures. Elle m’explique que même si la culture kiwi ne peut pas être dissociée de la culture maorie ce n’est que très récemment que la place des maoris, et de leur langue est valorisée. Donc pour elle, même en étant néo-zélandaise, il faut un intérêt particulier pour comprendre les nombreuses facettes culturelles de son pays, un peu comme les régions de France, me dit-elle. Après avoir appris la langue elle a souhaité rencontrer les maoris de sa région. Au Taranaki les maoris ont beaucoup soufferts de la colonisation, les hommes de tout âge ont été envoyés dans l’île du sud pour y être exploité, laissant très peu de possibilités de transmission de la culture aux descendants. Ce frein à la transmission orale de la culture est en partie dû au fait qu’au Taranaki, seuls les hommes peuvent parler dans les réunions dans le Marae. Et sans homme, les conseils n’avaient pas autant d’impact. Mais parfois, des mères ou des grands mères qui élevaient leurs petits garçons se cachaient derrière eux pour leur souffler les discussions importantes et favoriser la prise de décision. Kate insiste bien sur le fait qu’il y a une multitude de personne maori, une multitude de culture maorie et que celle qui la passionne c’est d’abord la plus proche d’elle. Elle nous explique ensuite que malgré tous les tords qui ont été fait aux tribus du Taranaki, ceux ci ont été les premiers (et peut être les seuls) à être non violents. Cela ne veut pas dire, d’après elle que tous les secrets ont été volés!

Après quinze ans d’échange avec le Marae le plus proche elle a été invitée à s’y rendre et une cérémonie d’accueil préparée s’est déroulée.

Quand quelqu’un se présente il dit d’abord avec quel canoë son ancêtre est arrivé, quelle est la rivière près de laquelle il a grandit. Etc... et ce n’est qu’après avoir cerné la personne, ou plutôt un membre d’un groupe que les officiels accueillent le nouveau venu. Nous aurions pu connaître ces détails avec les « diners spectacles folkloriques » mais je suis tellement heureuse d’entendre toutes ces histoires de la bouche de Kate car elle a presque les larmes aux yeux en en parlant. Nous sentons que c’est un sujet très important pour elle alors nous la laissons parler.

Elle a voulu en savoir plus sur sa propre histoire, et sur celle de ses parents. Le gouvernement a vendu une terre qu’il avait acheté au maori. Et sur cette terre Kate a enquêté pour y trouver les traces des précédents occupants. Ils ont trouvé un cimetière et une forêt native sur la propriété de ses parents. Kate a mandaté un spécialiste qui a précisé que le cimetière était abandonné depuis un moment quand la terre a été vendue. Il a fallu plus de 5 ans de négociations entre Kate et ses parents pour que cela soit révélé aux locaux. Kate se disait que si le lien à la terre des ancêtres est si important pour les maoris il était important de leur donner ou redonner, l’accès à un cimetière. Mais les parents, eux avaient aussi l’appréhension qu’on leur retire ce lieu alors qu’ils n’en étaient pas au courant au moment de l’achat. Et plus les relations de Kate avec les maoris ont été fortes plus la balance a penché en sa faveur. Un jour ses parents ont donné leur accord et un représenta du Marae a été invité à visiter la terre et le cimetière. Une vieille dame a pu se recueillir sur les vestiges de la tombe de l’un de ses proches et bien sûr tout cela a été fait dans la plus grande intimité. Finalement le Marae n’a pas revendiqué la terre, personne n’a demandé à la reprendre et les parents ont été soulagés d’avoir pu dire « le secret ». A ce moment là du récit, Math, le mari de Kate, qui donnait sa chaussette en laine à manger à sa chienne débile, ajoute: « Oui , mais ils peuvent revenir à tout moment pour reprendre la terre, c’est ce qu’ils font des fois.» Un nuage noir passe dans les yeux de Kate, et Math et sa bedaine se lèvent en haletant, la chienne grignotant la chaussette en faisant la poussière et en poussant tout sur son passage. Je dis à Kate, pour relancer la conversation : Est ce que tu as un lien avec les maoris de la région ?

Depuis qu’elle s’intéresse à l’histoire elle complète l’Histoire quasi inexistante qu’elle a appris durant ces études. A l’époque de ses parents les maoris n’avaient pas le droit de parler maori. Certaines tribus ont presque entièrement vu leur culture disparaître car leurs membres tournaient le dos à cette appartenance pour n’embrasser que la culture ou les mœurs européens. En effet après quelques conversations plus engagées Kate me dit: « Tu vois, Math, sa grand mère était maori, mais quand elle s’est marié au grand père écossais elle n’a plus voulu parler la langue ou connaître les rites, elle n’en a pas parlé à ses enfants. Pour elle il valait mieux devenir comme les colons européens, c’était moins dangereux et apportait plus de qualité de vie. » Kate ajoute: « et maintenant Math se sent très peu maori, c’est même un peu une caricature de l’écossais (oui je confirme, enfin tel que je me le représente). » Gus, son fils, qui passe dans la cuisine dit : « Mais nous on est moitié maori maman, et même plus. On peut aller dans le Marae. » Un soir à la fin du repas Gus veut nous réciter un texte qu’il a appris à l’école. C’est comme une prière pour célébrer le repas que l'on va faire, avec rythme mais sans le mouvement, en tout cas tel qu’il l’a fait. Gus commence à psalmodier et sa mère le rejoint, c’est très impressionnant.

En plus de la langue, Kate s’est aussi intéressée à la Terre. Elle a cherché à savoir les histoires de la terre où elle a grandi. Les histoires, et non l’histoire, car la transmission orale et les qualités artistiques et narratives des maoris ont permis de nombreuses divergences ou multitude de sens. Le ruisseau qui passe en bas de la propriété de ses parents a un nom donné par les premiers occupants, mais il a aussi un nom maori. Mais un jour que Kate explique vers quel ruisseau elle vit, une femme lui dit: « Mais bien sûr que non, ce n’est pas comme ça que ce ruisseau s’appelle. Il s’appelle ... car ..... » Kate me raconte qu’à ce moment là elle s’est demandé si elle n’allait pas tout laisser tomber. Nous discutons alors des multiples compréhensions du monde, et que chacun peut avoir sa propre définition de ce qui l’entoure. Kate m’explique que justement, même dans un groupe ou une tribu où il est certain que l’on appartient à une communauté, l’exploration de l’environnement suit des règles (de respect, de régulation) mais laisse ensuite de la place à l’expression. Nous parlons de la différence entre une exploitation agricole souvent possédé par des familles non maori, qui va exploiter (c’est bien le terme) les ressources, et un terrain maori dont seules les ressources à court terme seront utilisées, en prenant soin de ne pas prendre plus que nécessaire. Une des règles maorie est : si tu as besoin d’arbre pour ta propre utilisation : prends toujours le grand père, si vraiment tu y es contraint prends le père, mais jamais tu ne prends l’enfant. Si tu envisages de prendre l’enfant, revois ta manière de vivre et reconsidère tes projets, regardes ta propre famille. Math ricane un peu et me dit : « Ils ont même transformé une forêt en personne avec des droits comme une personne » (il parle de Urewera, vers le lac où j’ai rencontré Erin). Je lui demande alors s’il a déjà demandé des détails à sa grand-mère, et il me répond qu’elle ne voulait pas en parler. Je fais un parallèle peut être un peu rapide avec les grands parents espagnols qui répondent à leur petit enfant « Mais que veux tu que je te raconte? C’est moche. ». Math hoche la tête et me confie : " Je ne me sens pas très proche de ces sentiments pour la terre, la terre tu la possèdes, quand t’as besoin de quelque chose tu vas pecher, tu vas chasser, mais tu fais pas des manières, la terre est là pour que tu prennes ce dont tu as besoin. » Sans s’en rendre compte, et sous un discours plutôt axé sur les ressources à exploiter, il défini aussi quelques principes plus proches des principes d’exploitation maori que « écossais ». Pour me montrer, ou plutôt montrer à Raphaël ce qu’il entend par régner sur ses terres (et ne pas personnifier la terre), il lui propose d’aller chasser les possums, un soir.

A l'arrière du buggy... 

Dans la conversation vient alors le fait d’être fier de son pays. Je dis que je ne peux pas être fière d’être française, car certaines choses me plaisent et d’autres ne me plaisent pas. Et comme je ne suis pas la masse qui s’identifie aux autres j’ai un peu de difficulté à dire que je suis fière de « valeurs françaises » qui nous seraient communes. Je suis reconnaissante que des âmes aient cherché à acquérir des droits et que nous aillons des acquis sociaux importants (pour l’instant), mais c’est de la reconnaissance, pas de la fierté. Ce sentiment d’appartenance à un état semble ouvertement affirmé par les néo-zélandais. Il est parfaitement possible d’avoir un drapeau chez soi, et de dire à tous : nous sommes fiers d’être néo-zélandais. Kate ne partage pas ce sentiment car elle suppose que la moitié des kiwis ne connaissent pas vraiment tout un pan de leur société. Et quand les kiwis disent qu’ils sont fiers, de quel pays et de quelle culture parle-t-il ? Si c’est du mélange de la culture maorie et européo-americaine, Kate me dit qu’elle voit quelques limites importantes au « mélange », dans le sens où beaucoup de kiwi affirment que « les maoris sont bien intégrés » sans avoir connaissance, selon elle, de toutes les difficultés que certaines familles maoris rencontrent. Elle se confie sur la difficulté à l’école d’apprendre le maori. Certains parents demandent de manière assez agressive pourquoi « les enfants perdent leur temps à ça! » Bien plus tard j’aurais une conversation intéressante avec un ami français qui a vécu un an en Nouvelle Zélande et que j’ai recroisé ici. Il m’affirme mordicus que « les maoris sont bien intégrés, ils ont une place ici. Bon c’est vrai, pas la même place mais... ». Je ne peux pas être d’accord, ne serait ce que pour tous les endroits communaux où nous sommes allés et où il n’y a qu’une des deux parties de la population, l’autre faisant office de « tutelle ». J’ai aussi un peu de difficulté avec le terme « intégré » quand on parle d’une population qui était là avant.

Pour revenir à notre petite famille, nos conversations étaient très souvent mouvementées, mais pas forcément contradictoires, non, pleines d’émotions plutôt. Alors si nous ajoutons à cela des plats dignes des grands restaurants, nous étions aux anges. Nous avons eu la chance d’avoir une épaule d’agneau, petits pois et potiron-patate douce-pommes de terre grillés au four, puis la pavlova, le célèbre gâteau de Noël (sorte de gâteau meringue pas trop trop dure avec de la crème et des fruits frais), qui paraît si léger (mais ne l’est pas). Cela a fait très plaisir aux autres autour de la table, et les deux garçons se sont disputés la dernière part en la coupant dix fois en 2.

Pour voir l’autre partie de la famille, les parents de Kate, nous avons marché dans la propriété jusqu’à leur maison, puis jusqu’à l’étable. Là le papa de Kate se fait un plaisir de nous montrer les installations pour trier et s’occuper des moutons. C’est une espèce de labyrinthe rond qui emmène les moutons à la queue leu leu vers un portillon. C’est un système conçu par une autiste ingénieur qui a beaucoup étudié le « combat entre les éleveurs et les animaux » et s’est appliqué à diminuer au maximum le stress des animaux grâce à ces parcours sans phénomène d’étranglement de l’espace de l’animal. Après nous grimpons difficilement comme les moutons une montée très raide qui les amène à la salle de tonte. Dans cet espace restreint nous imaginons l’effervescence des scènes de tonte qui prendront vie le lundi suivant. Kate a son fils de 21 ans qui est très doué et hésite encore entre continuer l’université (au risque de s’endormir même pendant les examens) et continuer à faire les saisons de tonte. Malheureusement la séance de tonte aura lieu quelques jours après notre départ. Dans la salle de pause le tapis de table est la carte de la propriété. Et en vue aérienne prise par avion, cela en jette, on voit tous les détails des arbres, des buissons et le découpage des clotures.

Depuis le sommet des terres de la famille 

Nous disons à notre hôte que nous allons maintenant explorer ces terres et grimpons les collines à la recherche d’un bon emplacement pour prendre le taranaki en vidéo. C’est magnifique d’avoir cette montagne en face de sa terrasse. Il nous suffit de regarder le matin pour savoir si c’est le bon jour pour aller grimper le Mont.

Après quelques jours de travail, de réparation intérieure et aménagement du van, un changement de batterie de notre maison roulante qui Ô miracle résout tous nos problèmes… Après tout ça nous allons explorer les montagnes et revenons rincés mais heureux.

Premier jour d’exploration : le temps d’approcher le centre d’information et le temps maussade nous permet de grimper pour admirer la plaine au pied du volcan et de redescendre dans la forêt de lutin.

2nd jour d’exploration : Nous avions prévu de nous lever à 3h du matin pour admirer le lever du soleil sur le sentier mais la sortie chasse et pêche de la veille nous ont fait reporter notre virée à un départ à 6h du matin. Nous grimpons dans la forêt pendant de longues heures jusqu’à atteindre un plateau touffu qui offre une vue magnifique sur le Mont. Dans la matinée nous redescendons vers les plateaux marécageux puis atteignons la hutte vers l’heure du picnic. A 15h, nous annonçons très fièrement notre temps à notre chère guide du DOC. Elle est abasourdie, nous aussi. Nous rentrons chez Kate pour un apéro bien mérité.

Un peu fatiguée je dis à son fils et ses copains tout avachis dans les canapés : « Why are you so fat ? » (pourquoi êtes vous si gros)… Mais je voulais dire « fatigués » bien sur, et fat c’est le début de fatigué… Je ne sais plus où me mettre.

Le papa de Kate nous a conduit avec sa super voiture... une Tesla, là première sur le sol néo-zélandais car c’est un ferru des nouvelles technologies. Nous avons eu droit à l’accélération de 0 à 100km en automatique en environ 2 secondes et ainsi qu’à la voiture qui conduit toute seule. Ça fait des frissons de bonheur dans le dos de Raphaël et des gouzi-gouzi d’exclamation dans le mien. Nous sortons très heureux de ce tour et émerveillé par tant de technologie.

Il était l’heure de partir et nous étions si reconnaissants d’avoir pu partager tant de choses avec cette famille, d’avoir pu siroter tant d’essence de vie familiale kiwi. Nous ne ferons pas de généralités mais il était très bon de découvrir ce mélange subtil d’influences.

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Publié le 13 janvier 2020

Et nous voilà partis pour les « trois sœurs » d’abord, que nous avions manqué par faute de pluie mal programmée !

Cette fois, la beauté de ce lieu explose sous le soleil matinal. Seules les méduses bleues terriblement nocives nous empêchent de courir un peu partout juste pour le plaisir. Un couple de locaux nous parle « méduse-mal-douleur-chaussures-mort-10minutes-Australie » mais ça m’énerve de les entendre faire du charabia alors qu’on comprend ce qu’ils veulent dire.

Avant que la mer ne remonte nous allons explorer la plage adjacente non touristique pour y découvrir des sphères parfaites enfouies dans le sable comme des soucoupes volantes. Soudain nous tendons l’oreille car un bruit venant des petites grottes nous alerte. Nous nous approchons prudemment en pensant à un animal mais ce sont des gouttes d’eau qui tombent de manière harmonieuse sur le sable et résonnent dans la petite grotte. Cette jolie musique accompagne bien le roulis des vagues, les couleurs contrastées et les rochers extra-terrestres. Nous sommes ravis d’être revenus en arrière pour pouvoir profiter de tout cela.

Nous allons aussi nous baigner aux Dawnson Falls, toutes proches de l’havre de paix de Kate’s Family. Malgré l’heure tardive nous trempons nos fessiers sans habit d’apparat ou « birthday suit » comme dirait notre ami le guide mystérieux.

Nous nous sommes baigné dans celle de gauche... 

C’est parti maintenant, le ferry est réservé il ne faut plus tarder à descendre au sud.

Au revoir Taranaki! 

Nous croisons les Tommys qu’il se sont fait voler leur sac directement dans leur van alors qu’ils y faisaient la sieste, et partageons un coucher de soleil avec eux.

Le lendemain nous cherchons en vain un navire échoué sur une plage. Nous dénichons un arbre dressé dans une petite grotte: c’est un arbre fossilisé qui a été découvert par l’érosion récentes des roches. Il se tient là, dressé, sans aucune forêt possible et vit une seconde vie jusqu’au prochain déracinement. Les vagues gagnent du terrain, et Raphaël se mouille les orteils en voulant les filmer de près.

Nous jetons un coup d’œil à des maisons de pêcheur colorées et roulons à vive allure pour le parking gratuit à Wellington. Mais un van prend la dernière place... jusqu’à ce que j’avise une place handicapée au milieu de cet amoncellement de campervans. Nous nous garons dessus et menons l’enquête, un peu inquiets de prendre la place de quelqu’un… Nous mangeons nos spaghettis sauce tomate debout devant le camion, en alerte, jusqu’à ce qu’un ranger s’approche. Il nous rassure tout de suite (comme l’avait fait un allemand juste avant), en nous disant que la place n’est pas utilisée car les alentours ne sont pas accessibles de toute façon. Bon, nous pouvons dormir une nuit courte pour être à l’heure et au garde à vous pour le ferry aux aurores le lendemain.

La traversée est suivie d’une exploration des côtes de Malborough avec leurs décors de fjord norvégiens.

Ce paysage fait méditer la mouette... Je dirais même plus, LEVITER la mouette

Les jours qui suivront nous approcherons doucement de Christchurch dans un sentiment de découverte émerveillée des phoques et des couchers de soleil teinté d’appréhension, d’inquiétude et de questions sur les circonstances familiales et la venue de mes parents.

Les évolutions de la vue depuis notre van 

Les fjords laissent place à de grandes plaines où les vignes sont plantées en ligne droite sur des kilomètres. Je n’imagine pas comme le travail doit être redondant. Blenheim semble désert à cette saison, alors qu’il doit regorgé de voyageur-travailleur pendant les vendanges.

Tout n'est pas toujours ordonné dans la vie

Kaikoura sous le soleil nous offre des paysages remplie de vie marine, de rochers blancs nacrés et c’est plein d’hésitation que nous quittons le village sans avoir mis le kayak à l’eau.

Hééé mais qu'est ce que tu fais là toi!! Dégage... Oh et puis c'est reparti pour un petit sieston! 


A gauche, en haut, à droite 

Nous nous rendons au air bnb loué à Christchurch pour la venue de la famille. Là c’est vraiment bon de s’asseoir à une table, de prendre une douche et de naviguer dans la maison sans se préoccuper des portes, de la hauteur du plafond etc…

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Publié le 17 janvier 2020

Nous attendons à l’aéroport Hélène, Thibault, Yumiko, Liam, Mila et Killian. Nous avons fabriqué une pancarte « Bienvenue les De(lor), Do(dane), Dhu(icq) » et nous sommes très heureux de les voir apparaître de l’autre côté de la rambarde. Les autres passagers cherchent un sourire à leur sortie de l’appareil et nous sommes tout sourire. Il est tard et un grand taxi emmène tout ce beau monde pour une nuit réparatrice dans notre nouvelle maison.

Je pensais que Christchurch ressemblait encore à une ville en reconstruction, pleine de containers de couleurs pour compenser le tremblement de terre. Mais 2016 est déjà loin, heureusement, et les immeubles ont été reconstruits depuis et tagués de milles peintures.

Seule la cathédrale est encore en lambeaux. D’autres bâtiments ne sont plus ouverts et sont soutenus par des étais massifs en acier. Nous faisons le tour de la ville dans la bonne humeur et en riant de la photomitraillette sur patte.

Le picnic est venteux et nous nous réchauffons dans le musée de la ville. Les musées ici ne sont pas froids, ils ont plein d’espace pour simplement y poser son fessier.

Les deux derniers personnages n'ont aucun lien de parenté. 

Les enfants adorent (et nous aussi) les effets de lumière et les expositions temporaires. Nous nous sommes réchauffés ensuite au café et avons lancé « la jambe la jambe car la route est looooongue » pour attraper le bus sans se faire trop tremper. Les températures sont fraîches. Nous avons préparé des pizzas maison pour la sortie à Akaroa du lendemain.

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Publié le 17 janvier 2020

La récupération des voitures se fait à trois dans notre van. Raphaël qui conduit manque de louper un feu, Yumiko copilote donne les indications et moi allongée sur le lit à l’arrière je fais ma prière. Tout se passe bien et nous laissons Yumiko récupérer la voiture de location. Nous prenons le van loué en vérifiant tous les points de la carrosserie et techniques avant de signer le contrat. Cela nous prend une bonne heure au moins. Ensuite nous allons déposer notre van atoyot voxylver dans le parking d’une taverne qui accepte de nous le garder pour deux semaines. Après un bisou sur la joue nous le laissons comme on laisserait un enfant partir en colonie de vacances. Et puis à trois dans notre van de location, juchés chacun à nos postes, nous nous lançons Maman, Raphaël et moi à la découverte de la péninsule d’Akaroa, village « français » vers Christchurch. Là bas les australopithèques (mon frère et la smala) ont déjà dévalisés les boutiques souvenirs et ont déniché un kiwi en peluche, l’animal, pas le fruit. Nous réchauffons les pizzas dans la poêle du van, entassé à 8, et sommes reconnaissants d’avoir un si grand véhicule . Au moins on se tient chaud car le temps n’est pas meilleur qu’hier. C’est l’heure d’un café dans une véranda sur les quais et d’une sieste éclair.

Il est temps de nous rendre à la prochaine destination : Ashburton.

Mais avant nous essayons avec l’équipe van de rencontrer à tout hasard une des personnes importantes du Marae d’akaroa. Mais comme nous n’avions rien prévu, cette personne n’est pas là, et une habitante nous conseille de prendre rendez-vous avec lui via le site du Marae. Si nous tenions tant à rencontrer cet homme et entrer dans ce Marae c’est qu’il possède une œuvre de Laurent Mullot, le mari de ma sœur. Son œuvre c’est Middle of Nowhere, pour ceux qui sont intéressés.

Un peu déçus nous décidons de prendre de la hauteur par la « scenic drive » et nous dominons ainsi les pâturages arrondis et verdoyants, les eaux argentées, les criques et les péninsules sur les péninsules. Nous ne cessons de nous exclamer devant tant de beauté. Notre dicton « On n’est pas pressés ».

Nous atteignons Ashburton en début de soirée et c’est avec plaisir que nous dégustons le dîner préparé par Yumiko dans leur location. Nous rejoignons notre camping et nous garons pas trop loin des sanitaires. Juchée dans son poulailler Maman est contrainte d’escalader et déescalader à chaque sortie, en passant par le lit en contrebas. Toute une stratégie de colocation s’établira dès la première nuit ! :)


!!!! Première expérience de vie en van par « Mamita » !!!

Vous avez bien compris je prends la place de l’ENFANT dans le happy camper de location version basic = 60 kg maximum dans la petite logette pour dormir et le siège surélevé au milieu particulièrement inconfortable et coincé.

Finalement mon expérience des années 70 sous tente canadienne 2 places diffère peu : Reptation obligatoire pour se coucher avec en plus une escalade sans échelle, hauteur sous le plafond ne dépassant pas 55 cm et surtout condensation qui goutte le matin sur le duvet. L’isolation n’est pas fameuse dans le van, il fait frisquet dehors et dedans, je n’ose penser à la chaleur étouffante que l’on doit supporter quand il fait chaud !

L’avantage du van, quand il pleut, c’est la possibilité de cuisiner et de casser la croute au sec tous les trois. Mais surtout, c’est le plaisir de passer beaucoup de temps ensemble à rire, à discuter, commenter, chanter et parfois pleurer.

Parlons maintenant des free camps. Moi je connaissais le camping sauvage et donc gratuit, choisi au hasard ou par nécessité, le feu de camp avec la corvée de bois plus ou moins mouillé, les sorties pipi sous la lune près des fourrés, comme voisins les oiseaux de nuit ou les cochons sauvages pour pimenter, sans compter les vaches et le paysan du coin.

Ici les campings sont gratuits ou une petite contribution financière est demandée par le DOC (pour les non-initiés l’équivalent du service des Eaux et Forêts). En toute confiance vous détachez un formulaire autocopiant, notez votre numéro d’immatriculation, le nombre de personnes et la durée de votre séjour. Après avoir placé votre écot dans le tronc (pas le tronc d’arbre), vous placez le double du formulaire sur le parebrise et voilà ! Peut-être aurez-vous la visite d’un ranger de bon matin qui vérifiera votre bonne conduite.

Question voisinage, vous l’aurez compris, pas de solitude mais un mélange de proximité promiscuité qui peut soit empoisonner la soirée soit en faire une fête.

Dans ces campings gratuits et partout ailleurs en Nouvelle Zélande, interdiction d’uriner (et encore moins de déféquer) dans la nature. Vous disposez de toilettes sèches aérées mais odorantes, généralement entretenues accompagnées de multiples insectes. Pour vous y rendre, les yeux rouges des lapins sauvages font des dizaines de lumignons en zigzag dans le faisceau de la lampe frontale.

Ne videz pas non plus vos eaux usées dans la nature ! Vous risquez une amende car une personne bien intentionnée vous aura certainement dénoncé ; c’est la règle en Nouvelle Zélande : confiance et délation font très bon ménage.

Les voyages forment la jeunesse et la conservent …

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Nous devons trouver nos marques et définir comment « ranger nos chaussettes » dans ce nouvel espace. C’est une manière de dire que chacun doit s’approprier un coin, se souvenir où il a placé ses affaires et faire avancer le schmilblick de la communauté. Ce n’est que vers onze heure, après un yoga en plein milieu de la chaussée et un bon petit déjeuner que nous partons du camping. Nous traçons la route entre les collines dénudées jusqu’au lac Tekapo, où nous attendent les sandwicheurs de l’équipe voiture. En route nous n’avons pas pu résister à l’envie de prendre en photo les chaînes de montagnes qui se sont découvertes.

Sitôt les casse-croûtes engloutis nous allons explorer avec Mila puis toute la familia le lac aux eaux bleues laiteuses et les milliers de lupins qui le surveillent. Quelques pauses plus tard, quelques ricanements sur les couples en robe de mariée qui prennent des pauses dans les fleurs roses et violettes, et c’est reparti sur la route.

Avant d’aller au camping plus loin vers les montagnes nous prenons le temps de grimper (en van, et oui il peut le faire) jusqu’à l’observatoire qui surplombe le lac. La route autant que le point de vue, offrent des opportunités de clichés carte postale que nous ne laissons pas s’envoler. Quelle beauté simple et facile. C’est tellement beau que je fais presque abstraction du couple d’à côté qui se prend en photo en train de manger un gâteau et en le mâchant bruyamment. Enfin je fais presque abstraction.

Nous prenons les chemins buissonniers non bitumés pour rejoindre l’autre lac, le lac Pukaki. Cette route s’élève doucement dans un plateau désertique ponctué seulement de touffes d’herbes jaunes.

Puis après avoir sillonné, perdus dans la pampa, le chemin émerge au dessus du lac bleu clair, avec des montagnes enneigées de neiges annuelles et d’autres sommets plus bas saupoudrés de sucre glace juste tombé à point la veille. Le soleil et les nuages s’arrangent pour laisser dépasser le mont Cook (encore celui là), et nous n’en finissons pas de nous exclamer: « C’est beau, arrêtes toi là s’il te plaît! »

À Glentanner campsite nous prenons l’apéro et dînons dans le petit studio des australopithèques, ravis d’esquiver encore une fois la radée monumentale! En fin de soirée les nuageux pleureurs laissent place à une pleine lune majestueuse.

Le vent souffle toute la nuit et nous sommes bien contents d’avoir anticipé en plaçant notre véhicule face au vent.

Au petit matin nous allons visiter le Tasman glacier. D’abord en montant le sentier raide jusqu’au point de vue. Et Killian mène la danse en prenant le petit sentier sans marche et en nous guidant vaillamment jusqu’au sommet. Là haut , quel vent les amis! Nous sommes bien campés sur nos deux pieds pour éviter de nous envoler! Les bourrasques dressent nos cheveux, et la vue est difficile à obtenir sans en prendre plein la figure. Mais qu’est ce que c’est amusant également!

Nous explorons aussi le sentier qui mène à la jetée. Les bateaux à moteur qui emmènent d’habitude les touristes sont rangés précipitamment par le personnel. Avec Liam, Maman et Raphaël nous bravons les éléments pour nous approcher au plus près des icebergs! Ils ressemblent tellement à des navires que Liam a du mal à croire que ce sont de très gros glaçons.

En sautillant nous rentrons prestement à la voiture où nous attend la smala, et allons nous réconforter au restaurant à base de fish and chips et Burgers. C’est un peu de repos dans l’après midi et puis repas tranquillement au studio.

Il est temps de quitter en fin de matinée Yumiko, Thibault et les enfants qui rentrent à leur rythme vers Christchurch puis Sydney. Au revoir les enfants, et à la prochaine pour d’autres aventures!

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Avec Maman nous allons nous promener sur le bord du lac et sur la rive, au pied des falaises blanches. C’est beau, c’est grand et le beau temps est avec nous. Au retour nous sommes impressionnés par la couche de petites crottes qui recouvre l’herbe, toutes ces crottes de lapin! Tous ces lapins!

Une légère obsession pour les cailloux?
Ce qui est bien avec ces deux là, c'est qu'il ne prennent jamais la pause 😉
White Bluffs de Tekapo 


Les deux schamallows roses 

Nous allons au free camp de Pukaki et mangeons les bolets fraîchement cueillis en prévenant Jean-Philippe pour qu’il appelle les secours depuis l’autre bout de la Terre. Nous vous rassurons, ils étaient bons! Et le coucher de soleil nous a fait rêver toute la nuit.

Après la menace de l'orage, l'apaisement.

Au petit matin, la vue sur le lac est belle et nous avons du mal à détacher nos yeux de ses eaux claires.

Nous allons nous reposer/prélasser sur la rive est du lac Tekapo, et nous nous baignons dans ses eaux claires. Elle est fraîche mais les gros rochers nous permettent de nous sécher comme de belles otaries.

Quelle piscine! 
Allez, on s'arrête là pour les photos bleues. 

En prenant la route encadrée de montagnes rondes et pelées nous allons tout au bout d’une piste non goudronnée jusqu’à des falaises de craies. Elles sont magnifiquement sculptées par les éléments et nous nous faufilons et escaladons entre les cheminées de fée et les parois abruptes. Des gros galets sont encastrés dans les murs et semblent prêts à dégringoler. Le soleil perce les nuages menaçants pour diffuser quelques rayons diagonaux sur les sommets des pics érodés.

Une fois redescendu sur Terre nous cherchons un camping proche et dénichons un parking avec toilettes et sandflies pas très loin de la route. Nos salamalecs pour nous garer sont risibles car nous cherchons à être face au vent, à plat, pas trop loin des toilettes, pas trop près de la rivière et de la horde de sandflies et finalement nous nous garons au milieu du champ. Une fille au loin fait des pompes et des abdos et nous nous demandons comment elle peut faire avec tout ces vampires volants. Nous nous enfermons plutôt dans le van et cuisinons à tour de rôle. La vue depuis le camping est impressionnante car depuis les plaines désertes s’élèvent de manière abrupte les montagnes arrondies et lissées. Le soleil vient les caresser en fin de journée.

Comme une peinture à notre fenêtre 

Le lendemain, il pleut et tout est humide, c’est plutôt désagréable mais ça pourrait être pire avec un plus petit espace, donc après les tartines et le café, nous roulons.

La route s’élève de plus en plus jusqu’à Lyndis Pass, un col sans nuage. Des montagnes pelées dans toutes les directions ont des rondeurs orangées dont je ne me lasse pas.

Nous arrêtons tardivement à Bendigo lake, puis allons prendre un café à Cromwell. Sur la route nous nous incrustons dans une rencontre de bowling, et vous vous souvenez des règles et êtes des experts maintenant... donc vous ne confondez pas avec le bowling tel qu'on peut le pratiquer en France.

Après le café et avant la radée! 

Finalement nous décidons de retourner au bord du lac pour y passer la soirée.

Un phénomène météorologique intéressant se déroule sous nos yeux. Tout au long de la journée les nuages restent accrochés à la montagne à notre droite, en s’effilochent parfois dans notre vallée mais en respectant toujours les rayons du soleil pour nous. Et le soir, nous profitons d’un bel éclairage sur la rive opposée du lac. Nous nous sentons chanceux.

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!!!! Mesdames et Messieurs pour commencer cette étape, je vous propose un récit de Hélène-Maman-Mamita. Il s'intitule "Christchurch, les blessures pansées". Il est documenté par les clichés de l'auteure.

Soumise à des tremblements répétés 1881, 1888, 1901, 1922, 2010 et plus récemment 2016, Christchurch se répare et se pare d’un nouveau look : Les conteneurs qui servaient dans l’urgence de magasins, banques et restaurants ont presque disparus.

L’atmosphère de la ville n’est plus morbide mais étrange avec un mélange de modernité et de désolation.

Les immeubles les plus récents ne seront pas restaurés et nombre d’entre eux sont encore à raser. Les tags fleurissent sur leurs façades.

Les édifices anciens surtout de style anglican consolidés par des madriers en bois ou métalliques dans des poses improbables ont un équilibre précaire. Ainsi la cathédrale catholique du Très-Saint-Sacrement après la chute des deux clochers et du dôme et la destruction du chevet ressemble à une coquille vide en survie artificielle.

Heureusement de multiples sculptures modernes et aériennes tirent le regard et l’esprit vers le futur.

Après un pique-nique familial sur une esplanade nous nous réfugions dans le musée contemporain à l’abri de la bourrasque. La collection permanente d’art Néozélandais des 19ième et 20ième siècles est de toute beauté. Sculptures et portraits maori, peintures coloniales, paysages nous immergent dans cette atmosphère particulière de l’ile.

Les enfants ont adoré la belle exposition temporaire Weriko Brillant en créant des jeux à se croiser entre lumières et ombres. Enfin l’exposition Now, Then, Next ne laisse pas indifférent avec des scènes sarcastiques et grinçantes sur le rapport au temps.

Christchurch mérite le détour pour sa formidable énergie vitale, dommage que les finances ne permettent pas une restauration plus rapide. Certains bâtiments de caractère sont à vendre. Trouveront ils acquéreurs ?

Hélène

Fin du récit, suite au prochain épisode.  !!!!


Nous retournons maintenant à notre road trip.

Le lendemain nous petit-déjeunons au bord du lac Dunstan, bordé de lupins bleus et violets. Après une petite sieste du matin, nous voilà en route pour Queenstown.

En faisant confiance à notre vieux van de plus de 300 milles kilomètres, nous montons doucement vers les remarkables. Ces montagnes tout en dents et en pics ont reçu ces derniers jours une fine couche de neige. Avec le soleil qui perce dans les gros nuages épais, la vue est remarquables (haha) sur la ville de Queenstown et ses environs a 15km à la ronde.

En contrebas un bateau jet éclabousse les rives de la rivière bleue claire, sans doute accompagné des rires ou des cris des passagers. Plus haut la station de ski est en réfection et de gros tuyaux et autres matériaux de construction ponctuent le paysage. Le vent souffle si fort que nous ne pouvons pas nous attarder plus, ni grimper ces autres point de vue. La descente se fait dans la bonne humeur, en passant bien les vitesses pour utiliser le frein moteur. Et nous arrivons sains et saufs en bas, prêts pour une pause beaufitude avec vue sur le lac. Pause beaufitude cela veut dire chaises de camping encombrantes, table pliable et bière dans l’emplacement prévu à cet effet dans l’accoudoir de la chaise. Les passants qui font leur promenade du dimanche nous regardent et nous les analysons en retour. Un joli bateau de tourisme aux airs de voilier est arrimé ici, repart, puis revient, et nos hypothèses vont bon bateau. Après avoir pleuré la perte d’un frisbee emporté par les vagues sur le lac nous nous décidons à faire nous aussi la promenade du dimanche sur la péninsule de Kelvin. Les vagues sur le lac sont impressionnantes, la houle est tellement forte que les galets sur les berges roulent en faisant beaucoup de bruit.

Un peu soûlés par le vent ininterrompu depuis ce matin nous réfléchissons au programme suivant, tous les trois nichés sur notre banquette avant... Et nous décidons de prendre l'une des plus belles routes du pays, en longeant le lac Wakatipu pour nous rendre à Glenorchy (prononcez ki à la fin). Les nuages sont accrochés aux montagnes à notre gauche cette fois, et la neige ne semble pas bien loin, cela rajoute encore plus d'émotion à cette route sans doute déjà très belle sans nuage.

Au bout du bout de la route, le freecamp n'en est pas vraiment un puisqu'il convient de manger un repas le soir à la taverne pour profiter des installations. Mais après une bonnne bière en compagnies des musclors et des muscleuses qui disent fu*+££ toutes les 5 secondes à peu près, nous décidons de reprendre la route pour un petit coin paumé entre la route et le lac. Il n'y a absolument aucun lien entre l'ambiance ultimate fighting à la TV + jurons et notre envie de retourner à un freecamp. 😀

Là, bien calés sous un saule pleureur nous avons tout le loisir de voir les nuages s'approcher de plus en plus dangereusement de nous, le lac et ses vagues, puis un chinois qui conduit un énorme camping car, racle son toit, prend une ornière, perd un phare. Et c'est Raphaël qui lui coure après pour l'en informer.

Deux filles ont des guirlandes de noël comme lumière dans leur petite voiture aménagée et ça clignote vert rouge et jaune. Ca tombe bien nous avons préparé un vin chaud avec le reste de la bouteille de rouge importée de France tout spécialement. QUOI? Du vin chaud? Mais malheureusement la délicate attention de Papa était bouchonnée jusqu'au fumet! Alors nous avons du composer. La nuit est calme, au son de la pluie et des vagues du lac.


Nous vous proposons maintenant un petit retour en arrière sur la côte Ouest de l'ile du Nord (pas facile de suivre hein?) C'est globalement notre dernière excursion vers la région où habite Kate et sa famille. Nous rattrapons progressivement le retard d'écriture 😀 Bon film!

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Publié le 28 janvier 2020

!!! Hélène-Mamita-Maman reprend la plume.

Il suffit, disent les guides, de parcourir les 45 km de route pour atteindre Glenorchy depuis Queenstown. Quelle route sinueuse magnifique, tantôt en balcon face aux « Remarquables » tout récemment reblanchies de neige, tantôt au bord du lac Wakatipu. Après un tel panorama et de multiples arrêts photos, lorsque la faim et la soif commencent à vous tenailler une impression bizarre vous saisit à Glenorchy : c’est un village quasi-fantôme et pour cause…

Glenorchy est vraiment une toute petite ville qui a vu les premiers européens s’y installer autour de 1860. Nous découvrons que la ville a été florissante : Elle a attiré de nombreux chercheurs d’or puis des mineurs en quête de scheelite (un minerai composé de calcium et de tungstène). L’exploitation de mines de tungstène a été intense lors des 2 dernières guerres mondiales. La nouvelle Zélande est alors un dominion c’est-à-dire un État indépendant membre de l'Empire britannique, mais pas totalement souverain : la Couronne britannique garde la souveraineté sur la diplomatie, la guerre, la citoyenneté, la plus haute instance judiciaire ainsi que la constitution. Aussi Sa Majesté la Reine consort du Royaume-Uni et Impératrice des Indes faisait transporter depuis la Nouvelle Zélande ce minerai rare pour obtenir un acier très solide pour la fabrication des armes à canons. Mais il a fallu attendre 1962 pour qu’une route soit ouverte entre Queenstown et Glenorchy. Auparavant seul le bateau à vapeur naviguait une fois par jour et gagnait la ville en 5-6 heures sur le lac. Autant dire que ce village était relativement isolé du monde.

C’est un peu par hasard que nous prenons le chemin de ces anciennes mines. C’est aussi le départ de grandes randonnées sur 3 jours avec des huttes pour relai. Nous croisons 2 dames en short et sac à dos bien chargés accompagnées d’un guide qui redescendent d’un trek. Ça nous fait bien envie mais notre équipement n’est pas franchement adapté et nous n’avons rien préparé.

Tant pis, allons voir ces mines sur le Mont Judah. Après une jolie montée bucolique, nous d