Carnet de voyage

Un week-end à Vienne

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Vienne est au coeur de l'Europe. Le temps d'un week-end elle se montre fière et secrète.
Février 2016
3 jours
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Profiter d'une grande ville culturelle le temps d'un week-end est l'opportunité que nous offre la géographie de l'Europe et la concurrence des compagnies aériennes qui rivalisent de prix et de destinations. Habitant à Paris l'offre est pléthorique et chaque destination est un rêve à portée de main. Vienne est la capitale autrichienne, au nord-est du pays, à un jet de pierre de Bratislava (Slovakie) et deux pas de Budapest (Hongrie). Découvrir une ville en si peu de temps peu s'avérer être un défi, mais nous avons pris l'habitude de nous laisser guider le long des méandres des ville, en ne suivant rien d'autre que notre instinct.

Cela dit, l'exception est faite en préparant à l'avance (enfin... la veille), un concert au célèbre Musikverein, salle de concert qui s'illustre chaque année sur les télévisions et radios du monde entier pour le concert du nouvel an. C'est à vrai dire notre seul programme : samedi soir à 19h30. A l'affiche, que du Mozart !

Et il faut dire qu'on ne peut pas passer à côté du fantôme de Mozart qui hante toute le cour de ville à coup de chocolats et autres friandises ; de café, échoppes, magasins à son effigie ; de noms de rue, de spécialités culinaires, de musées, et bien entendu de concerts ! Un enfant en bas âge à Vienne mal averti aurait vite fait de prendre Mozart pour un pâtissier, ou éventuellement le dernier Justin Bieber. A vrai dire, en me promenant dans la ville, Mozart m'a semblé être la mère Poulard au Mont Saint-Michel ! (on a acheté des chocolats Mozart)

Le froid de la saison est saillant et s'engouffre dans les grandes avenues que les hauts bâtiments canalisent. L'office nous informe des activités culturelles répétant les mêmes conseils à tous les touristes qui s'entassent, et devançant nos questions. Même si la ville afflue de passants, elle reste particulièrement paisible.

Nous nous dirigeons vers le Musikverein pour retirer nos billets. Nous nous exprimons an anglais, ce qui ne pose jamais de problème à Vienne, de notre expérience.

Un peu à la manière d'Hollywood Boulevard, l'esplanade de la salle de concert se pave d'étoiles en hommage aux célèbres musiciens de la ville.

A contre-pied du Musée Mozart, nous envisageons plutôt l'appartement de Beethoven, où il vécu pendant 10 ans, de 1805 à 1815. Beethoven était une véritable personnalité connue dans toute l'Europe. A la fin de sa vie (il mourut en 1827) sa surdité l'accablait chaque jour un peu plus. En route vers son appartement, nous faisons à chaque pas un peu plus la connaissance de la ville.

La statue de Joseph II sur la Josefplatz

Nous ne sommes pas inquiété des horaires d'ouverture du musée, et nous apprenons sur place qu'il ferme le midi. De quoi se restaurer dans la brasserie en contrebas, à deux pas de l'Université historique. En guise de spécialité je me contente d'une "saucisse de Vienne", que Karambolage m'apprend à ne pas confondre avec une saucisse de Francfort. Elle est un peu plus fine, et plus longue et a le même goût, mais ce serait un sacrilège de la méprendre avec sa voisine (apparemment...). Elle est serviée avec une sauce sucrée et du radis noir rappé.

Il suffit de sonner à Beethoven pour entrer chez lui. Un peu surréaliste, mais nous voilà dans sa cour, puis dans son escalier. Le musée se trouve au quatrième étage. On y accrocherait presque son manteau au portemanteau, mais notre chemin vers le piano au fond du couloir est interrompu par une billetterie cachée à gauche, d'où un non anglophone semble nous demander son dû. Drôle d'appartement. Le piano est une pièce merveilleuse, mais il faut dire ce qui est, c'est le seul intérêt du lieu. Si l'on aurait voulu sentir l'atmosphère des lieux du maître mort à Vienne, un appartement aseptisé et d'une froideur glaciale, mais surtout un panneau explicatif nous indiquant qu'il aurait sans doute vécu dans l'appartement d'en face, nous en ôte immédiatement le loisir. Des portraits de lui (mais surtout de contemporains moyennement connus) et quelques pages photocopiées de partitions manuscrites accompagnent la visite, ainsi qu'une mauvaise station d'écoute.

Le piano de Beethoven. Du moins l'un de ses pianos.

A cours d'idées nous nous dirigeons vers un autre quartier de la ville, en slalomant entre les grandes patinoires en plein air et les stands de vin chaud et saucisse. Notre tentative de rejoindre une bibliothèque municipale échoue et nous visons une zone commerçante à deux stations de métro. A Zieglergasse, la Mariahilfer Stasse grouille de passants, locaux comme touristes, à la recherche d'un magasin où s'engouffrer. Nous jetons notre dévolu sur une grande librairie où nous passons une heure, avant de rejoindre un café où nous prétextons une journée épuisante pour nous goinfrer de Sachertorte, gâteaux viennois servi par portion. A moi la MozartTorte !

La Mariahilfer Strasse
Pour rappel, Mozart était un compositeur de musique classique. #OnlyInVienna

La transition est toute faite, car il est bientôt l'heure de se rendre au concert.

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Il serait exagéré de dire que le Musikverein ne joue que du Mozart, mais il s'avère qu'il est le seul compositeur au programme de ce soir. D'ailleurs le voici :

Wolfgang Amadeus Mozart

Symphonie Es-Dur, KV 184 (Ouverture)

Divertimento D-Dur, KV 251 Divertimento D-Dur, KV 251

Porgi amor qualche ristoro. Cavatina der Gräfin aus der Oper „Die Hochzeit des Figaro“, KV 492 E

Susanna non vien! - Dove sono. Rezitativ und Arie der Gräfin aus dem 3. Akt der Oper „Die Hochzeit des Figaro”, KV 492


-------- Break ----------


Wolfgang Amadeus Mozart

Madamina! Il catalogo è questo. Arie des Leporello aus der Oper „Don Giovanni“, KV 527

Finch han’ dal vino. Arie des Don Giovanni aus der Oper „Don Giovanni“, KV 527

Symphonie D-Dur, KV 504, „Prager“


Concentus Musicus Wien

Stefan Gottfried, Dirigent

Karina Gauvin, Sopran

Florian Boesch, Bassbariton

En se dirigeant à pied vers la salle de concert, nous constatons que les viennois mangent tôt puisqu'ils remplissent déjà les restaurants. Entre Operngasse et Wiedner Hauptstrasse des petits restaurants façon marché couvert s'illuminent dans la nuit naissante. De quoi traîner le pas (nous sommes en avances après tout) pour anticiper l'après concert. Les stands de poisson ou de viande ferment mais quelques jeunes locaux dégustent les plats préparés dans de chaudes petites salles vitrées.

Le Musikverein se pare de mille feux la nuit tombée

Il est assez surprenant de se retrouver dans les couloirs de la célèbre salle de concert, un peu engoncés, au coude à coude avec les centaines de jeunes et de... moins jeunes. L'ambiance est très décontractée, ce qui contraste avec la brillance et la relative solennité du lieu (surtout si l'on pense au concert du nouvel an). Un brouhaha ambiant couvre les bruits de couverts et de verres que quelques spectateurs consomment avant même la première partie. La salle est majestueuse, et nous comprenons peu à peu, en suivant les conseils du personnel, que nous sommes placés sur la scène, ce qui nous permet d'apprécier la salle dans toute sa longueur. Les touristes se prennent en photo sur l'estrade. Les partitions Mozart jonchent la myriade de pupitres. Les timbales attendent le timbalier.

Les musiciens doivent presque se faufiler entre nos sièges pour atteindre la scène ! En tournant la tête j'aperçois la bassoniste prête à entrer. Nous sommes carrément au cœur de l'action. Des applaudissement éclatent et les musiciens, dont le timbalier, les bassonistes et les flûtistes, passent devant nous. Le Concertus Musicus Wien joue sur instrument d'époque, qui fascinent les yeux avant les oreilles. Les flûtes sont en bois par exemple, les cors sonnent vraiment comme des cors de chasse (très surprenant), et l'ensemble a une sonorité très... poivrée. (si, c'est possible).

On les aime bien notre timbalier et notre bassoniste.

C'est d'ailleurs une très bonne surprise que l'acoustique merveilleuse de cette salle. Être derrière l'orchestre est la pire des places pour juger l'acoustique, mais je dois dire que j'étais vraiment stupéfait. Nous avons eu la chance d'assister à un concert avec un orchestre réduit et peu puissant par rapport aux orchestres des dimensions actuelles. Si bien entendu les percussion et les bois sonnent plus près, on ne perd rien des excellents violons et altistes. Quand aux cors... on les entendait bien partout je pense. (on les aime moins bien nos cornistes).

Le concert était de tout premier ordre. La salle ne ment pas sa réputation, la ville non plus. En seconde partie Florian Boesch (le chanteur) a véritablement mis l'ambiance en se plongeant le temps de ses airs d'opéra dans un véritable jeu d'acteur, sans rien lâcher de sa qualité vocale. Karina Gauvin avait une voix magnifique, mais disons-le, le fond de scène n'est pas le meilleur endroit pour juger les voix qui portent devant.

En quittant notre place, nous tombons presque nez à nez avec le chef et les chanteurs, pas spécialement partis s'isoler pour débriefer leur concert. Une telle accessibilité fait très plaisir à voir.

Les rues froides et noires nous ramènent à la réalité : la faim. Désorganisés à souhait, nous errons entre la salle et notre hôtel dans l'espoir de nous substanter. Complètement inattendue, l'étoile de Pierre Boulez (!) nous guide vers un pub viennois.

Je ne mens pas

La question que je pose à la serveuse à savoir si la cuisine est encore ouverte semble l'étonner. Nous sommes les seuls à manger (une flammkuche alsacienne - pourquoi pas - et un schnitzel plus local) mais l'ambiance est top. Notamment pour siroter la bière locale, brassée à Vienne : la Ottakringer.

Terminer une journée à Vienne
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Comme la veille, une lumière aveuglante nous sort de notre sommeil. Quelle drôle d'idée de ne pas mettre de rideaux ou volets opaques ! Au programme de la journée : heu... pas trop de programme. Nous enfilons nos sacs à dos et partons vers ce qui d'après la carte ressemble à des espaces vers. Nous allons jeter un oeil au Danube avant d'arpenter de nouvelles rues vers le palais du Belvédère.

Le palais du Belvédère (en allemand Schloss Belvedere) est l'un des plus grands palais baroques de Vienne

Le grand parc nous offre l'occasion de flâner tranquillement et rejoindre le jardin botanique qui le jouxte. Ce genre de promenade agrémente parfaitement un dimanche à Vienne. Le mauvais temps nous épargne la pluie.

Nous espérons trouver un restaurant typique pour notre dernier repas à Vienne. Notre vœu est exaucé, et sans l'aide de Pierre Boulez. Nous entrons dans un chaleureux restaurant du nom de Sperl, que je recommande. Le restaurant est plein de gens du quartier qui viennent passer le dimanche en famille. La carte est remplie de Shnitzel (porc ou veau panné), Goulash et autres spécialités locale. Si l'Apfelstrudel n'est pas à la carte des desserts, je me contente quand même d'une SacherTorte (pas Mozart). Rien ne nous presse et nous passons une bonne partie de l'après midi entre une octogénaire avec un étrange chapeau bavoirois et d'autres couples et familles autrichiennes prenant le temps de profiter de leur dimanche.

Vienne est une ville incontournable pour les fans de culture. Si j'ai beaucoup parlé de musique, l'architecture et la peinture (Klimt !) ne sont pas en reste. On a de quoi s'occuper pour bien plus qu'un week-end dans cette grande ville, mais elle s'avère être aussi une ville de choix pour passer un week-end reposant, loin de l'agitation parisienne.