Carnet de voyage

Un long week-end à Copenhague

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 avec 
marine
Trois jours dans la capitale danoise, sous un soleil invariable. A pied, en vélo, en transport en commun.
Septembre 2016
3 jours
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Nous sommes arrivé par Vueling jeudi soir. Comme des fleurs, nous débarquons de l'avion, du métro puis du bus pour rejoindre notre hôte trouvée sur Airbnb. Elle habite le vivant quartier de Nørrebro. Dans le bus nous voyons défiler nos premiers paysages danois. La ville est vibrante. Des centaines de piétons, et cyclistes !, défilent sous nos yeux. Le bus lui-même est bien rempli et les petits commerces et échoppes se succèdent et se figent à chaque arrêt de bus. A notre arrêt, nous attendons quelques minutes Kathia. Elle arrive, très souriante et nous indique le chemin que nous feront de multiples fois pour rejoindre son appartement. A la tombée de la nuit, les petits jouent encore dans les parcs et les espaces publics. Sans interruption des vélos nous dépassent et nous croisent. Gare de ne pas marcher sur la piste cyclable ! Les voitures elles-mêmes doivent faire bien attention !

L'appartement est étroit, mais notre chambre est spacieuse, augmentée d'un balcon minuscule. Le matelas est posé sur deux palettes recyclées montées sur roues. Une vieille table de couture sert de bureau, et un cageot posé sur la tranche fait office de table. Un fil mal tendu traverse la pièce en diagonale, et une plante verte capte le jour tombant à travers un rideau en paille. Le tout est mignon, très bien ordonné et prêt à nous accueillir. Un livre d'or en est à ses premières pages, et un guide écrit main nous indique les quelques adresses utiles. Pendant la visite, un chaton nous saute aux jambes ! L'espace dans lequel il doit vivre est bien petit, car il ne peut accéder aux parties communes (normalement...).

Dans le quartier de Nørrebro (j'ai copié collé le o barré de Google pour pouvoir le restituer dans mes articles...) 

Le premier jour, nous rejoignons le centre ville par le bus 5A, vers la gare où nous avions fait notre changement hier : Nørreport (les ø sont nombreux en danois). Et nous nous rendons au bureau de change. C'est devenu assez insolite pour nous qui voyageons beaucoup en Europe, et par conséquent dans la zone Euro ! Les Danois échangent en couronnes danoises (DKK). 10 couronnes danoises valent 1,34 euro. Puis nous suivons les pointillés violets de la carte de la ville obtenue à l'aéroport. La ville s'ouvre à nous.

Les pointillés mènent, fallait-il en douter, à la petite sirène. Une sculpture qui fait converger les touristes vers le nord-est du centre ville, le long du quai de Langelinje. Voici l'histoire de cette sculpture, qui plus qu'une oeuvre incontournable est un symbole touristique prétextant la marche :

Pour sa réalisation, le sculpteur Edvard Eriksen s'est inspiré à la danseuse Ellen Price, qui en 1909 a été danseuse étoile au Royal Theatre de Copenhague dans le ballet "La Petite Sirène". De toute façon, c'est la femme du sculpteur, Eline Eriksen qui servit de modèle pour la sculpture. La statue originale a ensuite été donnée à la ville de Copenhague par le producteur de bière et fondateur de l'entreprise Carlsberg, Carl Jacobsen qui l’avait commissionné à Edvard Eriksen après avoir été séduit par la grâce de la danseuse Ellen Price. (source

http://www.visitdenmark.fr/)

Pour atteindre la sculpture cela dit, un passage à l'église de marbre Marmokirken ainsi que la traversée du Kastellet sont presque obligatoires. L'église, sur la photo ci-dessus (la dernière avant la sirène) a été inaugurée le 19 août 1849 (la première pierre fut posée en 1748... la construction a pris du retard !) et malgré un dîne de 31 mètres de diamètre dégage une certaine élégance, tout en équilibre.

A deux pas de là, sur la place du palais d'Amalienborg, la résidence d'hiver de la famille royale de Danemark, nous arrivons pile pour la relève de la garde. Dépaysement garanti. La manœuvre est longue, bien trop pour l'un des gardes qui tourne de l’œil et doit être évacué aussi discrètement que rapidement. Paradoxe, la garde est gardée par quelques policiers qui l'entoure, car elle semble traverser la ville de Copenhague. Peut-être pour relier les différents sites gardés ? Quoiqu'il en soit, nous sommes au premières loges pour constater que la tradition est toujours maintenue.

Sous leur pompons, ils sont poupons... 

Le Kastellet quant à lui est une citadelle vieille de 1626 qui appartient au ministère de la défense mais qui ouvre ses portes au public pour la traverser (en même temps... elle est sur le chemin de la sirène !). Les bâtiments sont toujours d'usage et parfaitement bien restaurés et conservés.

Parmi nos constantes à l'étranger, nous faisons toujours un saut à la bibliothèque municipale principale et au jardin botanique. Cette visite n'a pas échappé à notre manie !

Vélos garés devant la bibliothèque. A l'intérieur, des instruments au casque sont en libre accès. 
Le jardin botanique est en plein centre ville. Nous y allons un peu tard pour voir toutes les zones ouvertes, comme la serre

Mais ce premier jour, il faut le dire, nous subjugue par la quantité de vélos qui circule dans la ville. Ils sont partout ! Ils roulent à une allure tranquille, par horde, en couple, en solitaire, sur des vélos plutôt en mauvais état, avec un passager (ou plusieurs !) dans un grand compartiment devant, une bouteille à la main, une casquette de capitaine sur la tête, sur des pneus larges de 10 centimètres, avec un panier devant, derrière, avec un faucon sur le bras (?!?!)... Si si ! ils sont partout ! A l'arrêt ils pullulent sur les trottoirs, et rien ne semblent entraver leur irrémédiable traversée de la ville : les bus, les voitures, les piétons n'ont qu'à bien se tenir. Les vélos ont leurs voies, et la ville semble construite autour.

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Impossible d'attendre plus longtemps. Il nous faut notre vélo ! Les loueurs sont très nombreux à Copenhague, et il faut le faire exprès pour passer à côté. D'ailleurs la ville propose un système de location libre service, avec des vélos électriques, et munis d'un écran. Mais nous nous portons vers un exercice plus local : un vélo pourri.

Non ! Ce n'est pas notre intention, mais le loueur recommandé par notre hôtesse n'est pas spécialement consciencieux. Et quand il nous demande de choisir parmi l'amas de tubes de ferraille qui constitue son "offre", on se prend rapidement à l'exercice : "quel est le moins mauvais". Heureusement, il nous les fait essayer un peu avant. Nous nous décidons sur deux biclous, qui nous coûteront 100 couronnes chacun, avec lumière et antivol. A NOUS COPENHAGUE !

Devant la boutique, la piste charrie son flot de deux-roues. Comment pourrait-il en être autrement ? La difficulté première consiste à s'insérer. La seconde à contrôler sa monture, car il s'avère que la mienne n'a qu'un frein (à gauche), et qu'en rétrogradant le pédalier, il freine ! Je dois me débarrasser de mon "coup spécial" qui consiste à remettre la pédale droite en haut, par rétrogradation, avant chaque arrêt au feu, pour mieux gérer mon départ une fois le feu vert. J'ai l'air d'un enfant bourré (concept) à chaque redémarrage, mais à part ça je gère.

Comme le trafic est dense (je parle des vélos, les voitures n'existent plus depuis que je suis en selle), pour s'en extirper il convient de lever la main de la direction de sortie, un peu à la manière des accusés qui jurent sur la bible dans les films américains. Sitôt signifié, on peut sortir de la piste pour un changement de direction ou simplement une sortie volontaire - comme quand on est arrivé. Il est manifeste que faire du vélo à Copenhague est évident. C'est le moyen privilégié pour à peu près tout : des courses jusqu'aux tournées des bars, en passant par le tourisme. A certains carrefours, il y a même un "repose-pied" pour ne pas avoir à descendre de selle, et optimiser son départ. C'est trop bien ! Les fixies parisiens aimeraient 😉

Nous dévalons les cheveux au vent la grande avenue Tagensvej qui nous ramène de Nørrebro au centre. Le deux vélos que nous sommes se font tantôt rattraper, tantôt précéder par d'autres cyclistes, qui formont peu à peu un grand groupe. Si bien qu'une fois arrivés à l'intersection de Sølvgade et øster Voldgade nous sommes une véritable horde à nous arrêter aux feux et à arpenter les rues du centre ville. Derrière nous et devant nous, d'autres hordes de cyclistes se regroupent aux feux et se rejoignent et se séparent dans dans un ballet fluide. Nous nous dirigeons vers le quartier de Christiania, connu pour être un quartier autogéré de la ville.

C'est une expérience assez rare en Europe en fait : fondée en septembre 1971 par un groupe de squatters, de chômeurs et de hippies sur une ancienne caserne de pompiers la ville "prospère" sous neuf lois simples, en parallèle de la vie économique de la capitale. Une quartier propose de la vente libre de cannabis, et a fait l'objet d'houleux débat dans Christiania même ou la ville de Copenhague. Avec le temps un compromis semble trouvé, avec un statut spécial de communauté alternative. L'accès à la propriété est également un vif débat.

Difficile de saisir ces éléments d'histoire en visitant le quartier le temps de quelques heures. Le quartier s'apparente à un parcours de petits chemins, aucune voiture tolérée, où les maisons de fortune se sont construites adossées aux bâtiments existants, ou le long de la rivière. La localisation privilégiée en fait un endroit agréable où se promener, pour les locaux comme les touristes.

Quelques vues de Christiania 

A la sortie de la ville dans la ville, nous souhaitons rejoindre la mer à Amager Strandpark, ou plutôt le canal qui sépare l'île où se trouve Copenhague de Malmö en Suède. Afin de passer en fin de feu vert sur un carrefour emprunté je presse le pas et perd les pédales. Rien d'affolant mais je constate immédiatement après que j'ai en fait perdu littéralement une pédale ! Alors que je suis de l'autre côté du carrefour, ma pédale seule est au milieu de la route. Quelle mauvaise blague ! Je la récupère tranquillement au feu rouge, mais n'arrive pas à la refixer moi-même. Je suis à 5km du loueur, et pourtant je dois le faire réparer. Nous rebroussons chemin... et tant bien que mal j'essaye de me débrouiller pour avancer à une pédale (je rappelle que je ne peux pas rétrograder avec mon unique pédale). C'est plutôt fatigant ! mais je passe quand même inaperçu dans ce flot de cyclistes. En même temps, c'est pas comme si j'avais un faucon sur le bras !

Après le monocycle, le monopédale. 

Après avoir choisi ce que j'espère être un meilleur vélo (les vitesses passent très mal mais bon en même temps c'est le troisième vélo que j'essaye - j'en ai marre. Au moins il a deux pédales), nous repartons à l'endroit de l'incident pour reprendre notre parcours. Inutile de préciser que nous connaissons la ville par cœur maintenant. La carte est superflue.

Amager Stranpark nous offre une table où se restaurer après quelques courses au supermarché. L'air de la mer nous emplit les narines, nous voyons les avions atterrir, quelques cerfs-volants flottent dans l'air, des nageurs en combinaison, des céistes, des coureurs et, faut-il le préciser, des cyclistes.

Nous choisissons de revenir à travers le grand quartier de Amager, qui se trouve être à la fois aisé et résidentiel. Nous traversons København de la même manière. Des enfants (en vélo) arpentent les rues sans crainte, une glace à la main. Les voitures sont rares, les jardins sont verts, tout est bien tranquille ici. Nous approchons du parc Amagerfaelled que nous traversons en vélo. C'est un énorme parc qui sans surprise est emprunté par... des coureurs ! (et des cyclistes) Très agréable, sous ce soleil bienveillant. A la sortie nous empruntons la passerelle Bruggebroen, seulement pour les cyclistes et les piétons (allez... on les tolère). Peu après on emprunte quand même une passerelle QUE pour les vélos (marre des piétons, ils vont pas vite), en approchant de l'énorme centre commercial Fisketorvet. Nous nous gardons bien d'y entrer, et suivons notre instinct vers le centre ville, sans vraiment de plan prédéfini.

Après nous être fait doubler par d'énormes voitures américaines du siècle passé mais flambant neuves, nous sentons comme une odeur de barbecue et de la musique live atteint nos tympans. Tiens tiens. On bifurque ! Et là on tombe sur un super rassemblement de passionnés, qui mettent l'ambiance à coup de burgers maisons, bière ou smoothies, empanadas argentines ou plats végétariens. Y'en a pour tous les goûts. Mais surtout, de magnifiques américaines (Ford, Chevrolet, Buick, ...) sont garées un peu partout au son de classic rock d'un Elvis Presley un peu grassouille mais convaincant musicalement.

Cette bonne surprise achèvera notre journée. Un peu fatigués de notre parcours vélo (monopédale en partie) et de ce programme assez chargé finalement, nous rejoignons un courant de cyclistes qui remonte vers Nørrebro.

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Pour notre dernier jour, organisé quand même autour de notre retour à l'aéroport, on se dit qu'on devrait se la jouer local en visitant le parc et cimetière d'Assistens. Ici sont enterrés les danois les plus célèbres : ... j'ai dû aller chercher un peu dans ma mémoire de Wikipedia pour me rappeler qu'effectivement le physicien Niels Bohr et l'écrivain (de contes) Christian Andersen sont des danois justement célèbres. Et leurs tombes sont toutes deux à Assistens. Après encore plus de réflexion, les musiciens apprécieront que les compositeurs Carl Nielsen et Friedrich Kuhlau (allemand naturalisé danois) y sont également enterrés. Hélas, ma mémoire m'est revenue que trop tard pour aller saluer leur tombe, mais lorsque j'ai vu les noms sur les petits panonceaux qui jonchent les allées de ce parc (plus que cimetière) j'aurais dû dévier. Il se trouve que Nielsen et Kuhlau, que je connais bien, ne sont pas particulièrement mis en avant. Alors que Bohr et sa monumentale stèle et Andersen et son parcours fléché, sont immanquables. Si vous y allez prochainement, faites-moi plaisir, allez voir Nielsen et Kuhlau. Le philosophe, précurseur de l'existentialisme, Søren Kirkegaarde y est également enterré.

Nous allons rendre les vélos empruntés la veille (pour 24h). En fait, nous devions les déposer avant, à 9h. Mais il se trouve que dans son arrache désormais légendaire, il n'avait pas ouvert... Qu'à cela ne tienne, on les garde un peu plus longtemps !

Une fois rendus, on se prend le temps d'un thé et d'une petite douceur dans un bar trendy. A vrai dire, pendant tout notre séjour, une question nous a saisi : quand mangent les danois ? Alors que nous partons le matin le ventre agrémenté de quelques tranches de pain confiturés, nous voyons toute la matinée les danois engouffrer des sandwichs ou ces tartines sur du pain de seigle avec du poisson (harengs, crevettes, ...) ou autre met froid. Le midi, les restos sont vides de gens et de nourriture... On mange trois tartines attablés tous seuls. Le soir, les pubs sont remplis à 18h, mais à 20h c'est le désert. On comprend vite que si on ne veut pas manger du kébab comme le premier soir, il faut s'adapter : manger tout le temps, un peu 😀 Cette leçon vaut bien un ... gâteau rose fourré ?

Compilations d'autres délices danois. J'ai pas l'air fin à prendre mes plats en photo, alors s'il vous plaît profitez-en !

Lorsque l'avion décolle de Kastrup nous admirons une dernière fois la grande ville insulaire sous un soleil qui ne nous a pas lâché. Comme toujours nous savons que nous n'avons vu qu'un bout de cette riche culture, mais au moins nous l'avons vu nous-mêmes, à notre rythme, et gardant pour longtemps de bons souvenirs. Même la pédale qui flanche c'est un bon souvenir 😀