Carnet de voyage

Les Açores hors saison

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 avec 
marine
Découverte des Açores au jour le jour et hors saison (en octobre)
Octobre 2016
7 jours
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Nous avons choisi volontairement de faire escale à Porto pour aller aux Açores. Premièrement car c'est une ville que nous voulions voir par ailleurs, et deuxièmement car ça réduisait beaucoup le prix de nos billets d'avions !

Porto est sur le fuseau horaire GMT, soit une heure de moins que Paris. Les Açores sont à -1 (donc deux heures de moins que Paris), donc après un petit réglage de montre, nous embarquons dans le tram de la ville, qui dessert l'aéroport. Les trams ne sont pas très nombreux, mais ponctuels et bien entretenus. Il faut compter une demi-heure pour rejoindre le centre ville.

Notre mission numéro un consiste à trouver notre hôtel. Nous sommes près du centre ville, de l'avenue dos Aliados. En sonnant à la porte, une dame nous ouvre. Elle parle quelques mots de français, et nous fait monter au deuxième. Nous avons un peu l'impression d'être chez elle, et elle d'être une sorte de tante portugaise qu'on aurait toujours connue.

Notre localisation hyper centrale nous permet de profiter de la ville et de déambuler dans les rues, un peu au hasard des découvertes.

Porto depuis la ville haute
Vues de Porto 

La rue est en pente. Impossible d’échapper à la myriade d'escaliers et de petites rues pentues qui font justement tout le charme de cette ville à l'histoire très présente. L'architecture est typique (j'aime bien les couleurs et les mosaïques des murs, ça vivifie tout un quartier). Par la force de la gravité, nous nous retrouvons bientôt sur le fleuve, le Douro, qui se jette à quelques kilomètres de là dans l'océan. Le Douro est véritablement le centre de Porto. Il est traversé par des ponts majestueux qui l'enjambent depuis la ville haute, laissant la ville basse majoritairement aux piétons.

Le soir, près du Douro

Nous nous délectons de la nourriture fraîche, en particulier du poisson, et des prix très bas pour des français (des parisiens de surcroît).

Pâtisseries à gauche (pas Pastel de Nata) et un poisson en beignet pour des tapas en terrasse

Leurs pâtisseries sont excellentes, et il y en a pour tous les goûts, même si la Pastel de Nata reste la pâtisserie portugaise par excellence. Nous en dégustions à Lisbonne il y a un an, et aux Açores elle est incontournable également. Il s'agit d'une petite tartelette en pâte feuilletée avec une crème proche du flan à l'intérieur.

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On atterrit le soir à Ponta Delgada. On retire encore une heure à la montre. L'aéroport est très simple. Nous nous renseignons pour une navette pour aller au centre ville. On doit prendre un aller retour, ce qui ne nous arrange pas spécialement car on ne sait pas où on sera dans une semaine !

L'aéroport est à trois kilomètres de la ville. Le bus nous dépose au pied d'un hôtel, mais nous avons deux nuits réservées en centre ville via Airbnb. On vise local ! En arrivant, une dame nous accueille et nous fait visiter notre chambre. En fait on a le choix entre deux chambres et on prend celle avec la petite cuisine incluse. Fatima ne parle pas l'anglais ni le français donc on se fait comprendre comme on peut. Mais son mari, Afonso, qui arrivera plus tard, parle bien français. Nous posons tranquillement nos affaires et suivons le conseil de Fatima du resto du coin pour dîner. Il s'agit du Casa Marisca. Leur spécialité est un assortiment de poisons frais servi dans une sorte de tuile retournée, qui maintient le tout très chaud. Mais on s'oriente vers d'autres plats de poissons qui sont bien sûr la spécialité de ce restaurant. C'est bon, bien que je pense que la spécialité valait plus le détour ! La prochaine fois peut être.

En allant au restaurant on se fait interpeller dans la rue par un homme qui essaye de nous parler en français. On met du temps à réagir car on ne s'attend pas spécialement à ce qu'on nous trouve ici, mais il s'agit en fait d'Afonso, le mari de Fatima ! On échange quelques mots et au retour il complète la visite de sa femme. Il est très affable, de bonne humeur, et arrive à nous communiquer dans un français pas très fluide, mais salutaire !

C'est le lendemain qu'on profitera vraiment de la ville de Ponta Delgada. Le temps est très bon. Non loin de la marina, un espace est aménagé pour les nageurs, ce qui attire les gens du quartier, en particulier des personnes âgées soucieuses de leur exercice quotidien. On se prête au jeu et on fait un petit plouf très agréable. L'eau est à 23°C, ce qui, pour un mois d'octobre, est vraiment appréciable !

La ville apparaît sous son meilleur jour, et nous découvrons au fil des rues l'architecture et l'organisation de la ville. Les maisons sont peintes, souvent en blanc, et les rues et les trottoirs sont pavés de petits pavés noisr et blancs, agencés en motifs. Les rues sont particulièrement étroites, et la plupart du temps le trottoir n'est qu'un vague concept. On partage tous un peu la rue, sauf dans les quelques espaces piétons.

La ville est légèrement en pente (beaucoup moins qu'à Porto !) et monte vers un grand jardin botanique qu'on s'empresse de visiter après un petit détour à la bibliothèque. Il s'agit du parc Jose do Canto, et compte beaucoup de plantes exotiques très bien entretenues. La verdure de l'île à l'approche en avion témoigne des bonnes conditions de culture.

La ville n'est pas résolument tournée vers la mer, et après une journée de marche on réalise que si Ponta Delgada est une ville portuaire, il est rare de voir la mer pendant la visite. Il faut volontairement s'en approcher pour vraiment en profiter. Et encore le port et une large marina en occupe tout le front.

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Après multiples délibérations, nous nous décidons à louer une voiture pour pouvoir explorer l'île de Sao Miguel. Il n'y a quasiment pas de transport en commun et finalement tout est près sur l'île, la traversée d'est en ouest se fait en moins de 2h.

Maintenant que nous sommes autonomes, nous partons découvrir l'île avec en tête l'idée de faire des randos et des bains chauds ! Première destination : la piscine naturelle de Ferreira. Une source d'eau chaude se jette dans une petite crique de l'océan. On nous a conseillé d'y aller deux heures avant la marée basse pour mieux profiter de la chaleur. Bonne surprise, c'est gratuit ! par contre, il y a pas mal de monde. Pourtant nous sommes en octobre, j'ai du mal à imaginer ce que ça donne en été.

L'océan est assez agité, on se fait valdinguer d'avant en arrière. Heureusement, il y a des cordes tendues installées entre les rochers de la crique pour s'agripper. La température descend au fur et à mesure qu'on s'avance vers le large, c'est assez plaisant de faire des allers / retours pour se refroidir ou se réchauffer.

Après ce petit bain matinal, nous sommes affamés et arrivons à la ville de Siete Ciudad qui borde un double lac. Nous trouvons un restaurant qui fait buffet. On essaye de ne pas trop manger, en vain...

Petite sieste oblige le long du lac, avant d'essayer de trouver notre logement du soir.

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Nous arrivons après une bonne heure de route dans la ville de Maia. Nous devons nous rendre chez Afonso. Quelle est l'adresse ? C'est simple, il suffit de demander à n'importe qui dans la ville où se trouve la maison d'Afonso. En Portugais. On parle très mal Portugais. Soit.

La route surplombe la petite ville aux maisons colorées, sur le plan d'un labyrinthe de petites rues. Chaque maison a son caractère, son authenticité. Nous faisons un tour de la ville dans l'espoir de tomber sur Afonso par hasard. Quelques habitants sont dans la rue, et profitent de l'air chaud pour discuter et prendre des nouvelles. Nous interrompons une personne pour lui demander où se trouve Afonso. Il le connaît ! Il nous donne des directions que nous ne comprenons pas, mais de proche en proche on tombera bien dessus. A la prochaine intersection, un groupe de trois jeunes discutent. Je lance mon plus convaincant "Boa Tarde" et l'un d'eux s'approche. Il me comprend et me donne des directions, que nous comprenons un peu mieux. C'est pas loin de l'église (indice faible, car c'est le cas de toutes les maisons de Maia), c'est la deuxième à droite (indice fort s'il en est), et la porte de la maison est 'vermelha', c'est à dire rouge si l'on en croit la couleur de mon pull qui servit spontanément de nuancier pour se mettre d'accord. L’étymologie rassure. Nous prenons la dite rue et nous garons sur une place près d'une maison rouge où veille une dame fort âgée. Nous croyons y être, mais elle sera une intermédiaire de plus. Qui connaît bien Afonso, cela va de soi. Nous y sommes presque, et notre jeu de piste se termine devant une porte rouge flamboyante, d'une maison fort bien entretenue, ce à quoi Afonso nous a désormais habitué. Nous toquons.

Nous toquons encore... plus fort cette fois.

Un jeune homme, Luis, nous ouvre la porte et nous rassure : Afonso habite ici ! Il le connaît ! (ce qui paraît normal vu qu'il est chez lui). Et qui ne connaît pas Afonso ici ? Ça sent la bonne humeur, et après avoir traversé la petite maison, fort charmante, nous nous retrouvons sur une terrasse avec une vue merveilleuse sur l'Atlantique, où une demi-douzaine de personnes profitent de leur samedi. Parmi eux : Afonso ! Et Fatima que nous connaissons bien de Ponta Delgada. Nous voilà au cœur de la fête, et tout le monde nous accueille avec un grand sourire, de la bière, du gâteau, et tout ce qu'ils savent de leur français et de leur anglais. La scène est céleste, et si nous étions aussi bourrés qu'eux on n'aurait eu plus de facilité à y croire. Autour de la table se trouvent surtout des amis, dont Luis qui devient rapidement notre traducteur, car après avoir passé 10 ans à Toronto, il maîtrise bien l'anglais.

Maia est un lieu de résidence secondaire pour Afonso et Fatima. Ponta Delgada est la ville "obligée" de nombreux açoriens, pour y travailler. Mais rien de remplace ce havre de paix pour eux, à seulement 30 minutes de là ! La maison est petite, mais tellement bien placée. Ils la louent peu (introuvable sur Airbnb ou Booking), une page Facebook mentionne son existence, mais pas son adresse. Nous nous sentons privilégiés de dormir ici, et un peu gênés. Nous réalisons peu à peu que sa proposition de venir dormir ici aurait bien pu être une simple marque de politesse. Mais nous voici ! et il faut dire qu'on ne se voit pas ce soir chercher un autre refuge. De force il nous en aurait bien empêché de toutes façons ! Il est 19h, et le bruit de la mer en fond, l'odeur salée qui en émane, la vue sur la colline et cette insouciance qui flotte dans l'air nous confirme que c'est en effet un havre de paix. Afonso et Fatima dorment dans la grande chambre, et nous dans celle aux deux lits simples. Les indices s'accumulent pour nous indiquer que notre présence n'était pas prévue, comme par exemple que les lits ne sont pas fait, qu'ils regrettent que la grande chambre ne soit pas pour nous... bien que cela n'ait aucune sorte d'importance en l'état actuel des choses. Nous sommes en ce moment dans une zone imperceptible entre le client et l'ami.

Nous sommes alors pris en charge par Luis qui nous fait un tour du village. Luis, comme tous, connaît tout le monde au village. Il est d'ici, même s'il fait partie de ces nombreux açoriens qui émigrent, faute de travail. Lui, par contre, est revenu. Afonso, nous dit-il, fût le maire du village il y a de ça 20 ans. Il aime beaucoup les gens, et sa maison ici est le lieu de grandes fêtes où tout le village s'y retrouve. Il part cuisiner des cozido da furnas, qui consiste à laisser six heures ("six heures trente !" reprendra Afonso) un mélange de légumes de viandes et / ou de poissons dans des sacs hermétiquement fermés, et qui cuisent grâce aux vapeur de souffre. Il ramène tout ça ici, à Maia, et en fait profiter tout le monde ! Afonso est un excellent cuisinier amateur, et parmi les légendes qui commencent à entrer dans nos esprits, il a battu tous les (vrais) chefs de Ponta Delgada à une compétition de cuisine. Poussés par tous ses proches, il s'est inscrit, et à remporté le prix avec un plat de viande "tout simple" nous dit-il, en listant la douzaine d'ingrédients qu'il a rassemblé sur le pouce...

La ville de Maia est adorable. Il fait bon vivre. Un vent tiède s'infiltre non sans peine dans les rues très étroites de la ville. L'air de la mer est partout. Au pourtour, la côte se hisse en une falaise abrupte. Deux piscines naturelles, creusées dans la roche, font l'attraction des touristes l'été. Une douche aménagée en bas d'un long escalier escarpé rend cette nature à portée de main. Nous remarquons ces détails singuliers : nous sommes au plus près de la nature, propre et extrêmement bien préservée, mais toujours agrémentée de services utiles, loin du luxe mais sans jamais détériorer le lieu. Une promenade vient d'être aménagée le long de la falaise : un muret d'un mètre a été construit, simplement, avec les roches volcaniques qu'on trouve en se baissant, et par des habitants locaux. De fait, ici, tout est local. Tout se doit d'être local. Cette autonomie pluriséculaire s'est transformée en un goût de vivre simple et pérenne. Nous passons encore devant quelques maisons abandonnées, à vendre, discrètes mais témoins de départs sans retours. L'église est érigée en plein cœur de la ville, et lorsque nous nous approchons, nous entendons des chœurs d'enfants émanant d'une cérémonie qui manifestement remplit l'église. Maia est une ville, presque un village, mais active dans tous ses recoins.

Vues de Maia le soir

En rentrant, nous découvrons qu'Afonso a encore frappé ! Il nous invite à dîner, et a préparé un plat succulent à base de haricots, avec, faut-il le préciser, une sauce de produits locaux. Il convainc l'un des convives de rester, Antonio, ainsi que Luis, et nous dînons ensemble dans un mélange de trois langues couvrant la télé qui tourne en fond. C'est délicieux. Tout est délicieux. Les restes du midi nous sont réservés : des côtelettes de porc dans une sauce à l'ail et aux oignons. Le plat de haricot séduit tout le monde, même si pour la plupart le repas s'est terminé, après 5 bouteilles de vin et une de liqueur, il y a quelques heures seulement. On rigole, on prend des photos "pour le Facebook de la maison" et on croque à pleines dents notre bonheur d'être ici. Nous cessons peu à peu d'halluciner sur cette fin de journée qui défie tous les scénarios envisageables de notre séjour aux Açores. Les grillons chantent depuis longtemps lorsque nous nous endormons dans nos lits séparés, dépareillés et dont l'un manque une latte au milieu du sommier. Comme à la maison !

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Fatima et Alfonso dorment à côté. Elle doit partir très tôt, mais Alfonso se fait un devoir de nous servir le petit déjeuner. Malgré son français un peu limité, il a mille histoires à nous raconter, conseils à donner et recommandations pour notre séjour dans sa maison. Tous les jours, sauf aujourd'hui dimanche, le boulanger passe avec sa voiture et klaxonne auprès des habitants pour leur vendre du pain. Pendant qu'il parle, il reconnaît le moteur de la voiture et s'empresse d'acheter du pain sur le seuil même de sa porte. Finalement, il a livré ce dimanche, et nous voici avec un nouveau lot de petits pains, à pic pour le petit déjeuner que nous commencions seulement de terminer. Le temps est couvert, et à son départ, nous restons encore longtemps avant de décoller. On emprunte quelques vivres dans ses réserves - qu'on remplacera plus tard quand les magasins seront ouverts - pour le déjeuner, et finalement nous décollons. Direction Furnas. Les guides sont unanimes, c'est une des choses à voir à São Miguel. Outre sa position géographique avantageuse pour sillonner toute l'île, la ville est surplombée d'un grand lac avec ses fumerolles, et des sources d'eaux chaudes alimentent divers bains chauds un peu partout en ville.

Cela dit, avant de rejoindre la ville thermale, nous faisons un crochet vers Cha Gorreana, c'est à dire les thé Gorreana, pour visiter l'usine et déguster leurs trois variétés de thés. Car, oui, parmi les nombreux atouts des Açores, il faut compter aussi la culture du thé. L'île comptait auparavant une douzaine d'usine, mais seules deux sont restées. Il est d'ailleurs possible de visiter les deux, mais nous jetons notre dévolu sur Gorreana. La "visite" est sommaire. Nous déambulons d'une salle à l'autre, face à d'énormes machines, sans légende ni guide ni aucune forme d'explication. Un mot en anglais ici ou là nous donne un indice sur la fonction de la machine. Un film en fin de parcours nous éclaire heureusement, mais nous comprenons rapidement qu'ici tout est artisanale. Les machines sont quasiment d'origine (l'usine date du siècle précédent), et des petites mains encore les manipulent, jusqu'à faire les paquets à la main. Amateurs de thé, cette visite nous enchante. Le thé est en libre service dans la boutique à la fin, qu'on peut agrémenter de gâteau et pâtisseries faites main, ainsi que des glaces... locales ! Oui, l'usine de la glace est à São Miguel (mais je n'ai pas de détails sur la provenance des ingrédients). La boule coûte 1 euro. Croyez-moi, c'est le goûter le moins cher de toute l'Europe...

Cet aparté nous retarde aimablement pour la direction de Furnas. La route est brève, en 20 minutes on y est (et je roule très doucement), et consiste en gros à monter très haut, et descendre très bas. La route est sinueuse, et je redouble de prudence avec notre voiturette. Furnas est un vrai dédale. Notre GPS hors-ligne nous sauve un peu la vie sur ce coup-là. On s'extirpe pour rejoindre la route qui monte vers Lagoa da Furnas, où se trouvent les fumerolles. En vérité nous sommes suffisamment mal préparé pour savoir que les fumerolles s'y trouvent. Mais dès qu'il y a un lac sur une carte, on y va. L'entrée est payante. 50 centimes par personnes... OK les gars, je vous aime déjà. Les deux préposés à la guérite semblent même comprendre mon Boa Tarde. Sitôt dans le petit parking, l'odeur du souffre fouette nos narines. Cette espèce d'odeur d’œuf, caractéristique, tourne tantôt à l’œuf pourri, tantôt à l'omelette andalouse. Ça dépend du vent ! Beaucoup de petits bassins protégés d'une barrière en bois bouillent sous l'effet du volcan. Certains frémissent seulement mais d'autres éclaboussent à deux mètres autour leur eau brûlante et sulfureuse. Des puits sont creusés dans cette zones, et permettent d'accueillir des marmites qui marinent ici à longueur de journée. Des restaurants y font leur cuisine, et des particuliers (comme Alfonso) viennent volontiers ici préparer ces mets. Le prix de l'entrée y est d'ailleurs différent (3 euros). La marmite est remplie des ingrédients, puis enfournées dans le petit puits. Des grands arceaux permettent de faire cette manœuvre. Ensuite le puits est recouvert d'un petit couvercle en bois, puis d'un monticule de terre sur lequel est planté un morceau de bois avec un numéro. Il s'agirait pas de manger le plat du voisin ! A l’œil nu nous n'avons pas vu la profondeur des puits, même ceux près du chemin balisé, ce qui nous fait penser qu'il doivent faire plus d'un mètre de profondeur. Cette vieille pratique perdure, et si nous n'avons pas encore eu le temps de goûter ce plat, j'espère que nous arriverons prochainement à en faire l'expérience. Le goût est altéré par ces fumerolles paraît-il.

Le ciel est très couvert aujourd'hui, nous sommes à quelques mètres d'un grand brouillard que vient alimenter les fumées de l'eau bouillante. Le lac dégage une certaine atmosphère, couvert de ce nuage et entouré d'une nature luxuriante. Bien loin du Lagoa Azul qui invitait à la paresse la veille, ici nous essuyons nos lunettes d'une humidité maximale. Un pour cent de plus et c'est la pluie !

Nous redescendons prudemment en ville. Après d'infinis détours, nous faisons halte à un marchand de fruits, estimant qu'il est bon de se ravitailler maintenant pour dîner le soir. On tente des produits locaux, mais fin de saison oblige, seuls les ananas, succulents ! semblent être vraiment d'ici. Tout ceci ne nous fera jamais oublier les bains, dont nous savons qu'il ferment tard : 23 heures. 18h à la montre : on est large. Reste à trouver une place dans cette myriade de rues, d'autant que les bains de Poço da Dona Baija attirent plus de voitures que ce qu'il n'y a de places dans son parking. La ville grouille de voitures, mais aussi de piétons, serviette sur l'épaule, cheveux secs ou mouillés selon le sens dans lequel ils vont, convergeant vers les bains. Le temps maussade, et un nombre d'activités limitées le dimanche sont l'équation idéale pour que les bassins chauds se remplissent. Touristes et locaux sont au rendez-vous.

Photo des bains la nuits, source http://www.archdaily.com/

A l'accueil, le type parle un bon français. Nous nous acquittons de 6 euros chacun puis entamons un petit chemin vraiment magnifique qui longe une rivière à l'eau ocre, qui rempli divers bains suspendus sur son long. En tout six bains se succèdent ainsi, et accueillent un bon nombre de baigneurs, mixtes (ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays). D'ailleurs pour une fois ce ne sont pas les français qui sont les champions des mamours en bassin. Les Portugais méritent une réputation aussi. Car parmi les touristes, nombreux semblent venir du "continent". J'aurais bien dit "Açoriens" sinon, car la différence est bien entretenue. Il est très rare qu'aux Açores on évoque le Portugal, et mêmes les autres îles. Sans manque de respect aucun, l'autonomie qui perdure depuis si longtemps est palpable au quotidien. Après quelques jours ici, mêmes en touristes, nous nous sentons bien plus aux Açores qu'au Portugal, c'est indéniable.

Nous faisons trempette alors qu'il commence à pleuvoir. Ce détail ne préoccupe personne. Tout le monde est bien trop occupé à fainéanter, essayer les différents bassins, les différentes températures, se recouvrir la peau de cette argile qu'on récupère facilement en grattant les murs, passer derrière cette petite cascade d'eau si fine qu'on y voit au travers... le tout dans une végétation que nous ne connaissions pas, dense, luxuriante, verte, et si bien respectée qu'on oublierait presque où l'on se trouve.

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Le lendemain, la pluie est au rendez-vous dès le matin. Nous sommes assez surpris car ce n'est pas ce que disait la météo la veille. Règle apprise : la météo ne sert à rien aux Açores (je sais, ça peut paraître paradoxal...). Non pas que ça nous dérange, nous n'avions rien de prévu ! Nous petit-déjeunons avec nos propres vivres cette fois, et vaquons tranquillement à nos activités "de pluie" telle que lecture ou Internet. On essaye de comprendre la télévision aussi, mais c'est vraiment pas évident. Au moment où nous nous y attendons le moins, nous entendons un "pouêt-pouêt" insistant dans la rue, qui se rapproche. Notre sang de fait qu'un tour : le boulanger ! J'empoigne mon portefeuille et saute à la porte (il ne faut pas ouvrir trop vite car le trottoir est tellement étroit qu'on peut véritablement se prendre une voiture dans la tête tout en ayant les pieds chez soi...). Je vois une camionnette en contrebas, derrière le filet d'eau qui s'écoule de notre toit. Le bras dehors, il a un klaxon à main, avec une petite poire qu'on presse vous savez ? Il me regarde, je le regarde. Je lui fait coucou en portugais (même geste qu'en français) et il se rapproche. Je lui demande dans mon célèbre espagno-portugais si c'est bien le pain, ce à quoi il me répond "ah non, c'est le poisson !". Il fait lui-même une tête de merlan-frit alors je vais pas le contredire. Et après tout, c'est encore une meilleure nouvelle, puisque l'heure du déjeuner approche, et on croule pas sous les vivres non plus. Il m'ouvre son coffre dans lequel quatre espèces de poissons, pêchés sûrement à l'instant même, sont à vendre. C'est tout simplement génial ! Rajoutez à ça un prix moitié moins cher que le marché le moins cher de Paris, et mes aïeux vous rêverez des Açores. On se prend deux bons rougets qui auront cette fraîcheur inimitable, et le seul défaut, quelques heures plus tard en les mangeant, de ne pas être quatre.

On profite d'une éclaircie pour tenter une sortie. Au programme : des bains ! Quoi de mieux que des bains chauds pour profiter de l'île même en temps de pluie ? Nous retournons à Furnas, mais vers le jardin botanique Terra Nostra cette fois-ci, qui contient également des bains. Le temps nous permet d'ailleurs de bien profiter du parc, que nous parcourons selon, au début, un parcours bien défini, qui se termine par des "mais on est où là sur la carte ?". Le jardin est un des plus beaux que l'on ait vu. Extrait du Petit Fûté :

Le consul américain Thomas Hickling construisit en 1780 une maison secondaire en bois, dominant une piscine, qu'il entoura d'arbres, essentiellement d'Amérique du Nord. Hickling mourut en 1834, et la propriété fut achetée par le vicomte de Praia qui édifia la Casa do Parque à l'emplacement du " Yankee Hall ", comme on surnommait la résidence du consul, particulièrement animée. La vicomtesse, très portée sur la botanique, puis leur propre fils, après la mort du vicomte en 1872, transformèrent les deux hectares déjà plantés en un beau jardin romantique avec des lacs, des chemins sinueux, des fleurs et des arbres exotiques centenaires baignant dans un silence incomparable.

Les bains sont aussi remarquables : outre un petit bassin caché entre les arbres, se trouve juste en face de la résidence du consul et a la particularité d'être remplie d'une eau très opaque du au fer. L'eau est très chaude, naturellement.

Le soir, nous allons voir la mer (une activité en soi) en longeant un chemin de randonné, bien aménagé. Le chemin rejoint une plage privée et monte dans les terres, mais il est bien trop tard pour le faire en entier. Nous nous engageons juste et sentons en contrebas les embruns de la mer agitée du nord de l'île. Au nord, la mer est bien plus capricieuse, il n'y a guère de ports et les bateaux y sont plus rares au large. Ce n'est pas pour rien que Ponta Delgada est au sud. Les fonds bas font rouler les vagues sur des dizaines de mètres, laissant place à une écume laiteuse. Les pierres glissent et s'entrechoquent avec le courant.

On nous sert du poisson frais et de l'ananas frais au seul (je crois) restaurant de la ville. Que demander de plus ? Ah si, deux bières. Maia n'est pas très touristique, c'est un petit village avec peu d'hébergement (que des locaux), mais nous sommes surpris de l'activité locale qu'il peut y avoir, même hors saison. Que ce soit d'ordre religieux, célébrant les fleurs ou purement social, la population se réunit souvent. Les ruelles sont rarement vides. De nombreux bars (une dizaine... !) accueillent des fidèles ... clients toute l'année. Idéal pour pratiquer son portugais, et son mouvement de bras bien sûr.

Sur un chemin de randonnée bien entretenu qui mène vers une plage privée puis monte dans les terres. L'océan rugit sous nos pieds 
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C'était notre dernière nuit à Maia. Nous quittons le village, peut-être avec regret car nous ne savons pas ce qui nous attend. Nous nous émancipons du réseau Alfonso et choisissons un hôte dans un autre petit village (en même temps, il n'y a pas beaucoup de villes non plus), en direction de l'est. Nous prenons également la décision de rester sur cette île tout notre séjour, faisant une croix sur les autres îles. Les messages implicites de la population "São Miguel c'est la meilleure des îles" auront peut-être eu raison de nous, mais également les déplacements en avions à répétition ne nous laissent pas rêveurs. Nous avons déjà dû faire escale à Porto à l'aller et au retour, et puis d'après notre progression sur la carte de l'île, nous n'en somme qu'à la moitié 😀

Nous devons étendre notre location de voiture auprès de Fernando. Il nous avait dit "pas de problème, pas de problème" (en français dans le texte avec un accent portugais), mais bon en fait ça veut dire : revenez me voir et on fait un nouveau contrat. Ponta Delgada, qui paraît loin pour nous car nous évoluons à la vitesse d'explorateurs, est en fait à 30 minutes de voiture. Nous retrouvons ce personnage haut en couleur qui nous récite à nouveau tout son vocabulaire français de Vive la France jusqu'à Oh Mon Dieu pendant qu'un de ses employés remplit dûment le contrat. Bis repetita, à part que la scène se déroule cette fois-ci dans une petite zone commerciale, avec des locaux en tout genre. La moitié est vide avec des panneaux à louer, mais l'autre donne un goût de la petite industrie locale avec du service et du primaire (exploitation des ressources de l'île). Fernando nous avait promis une ristourne, qu'il applique. Notre tarif passe de 30€ à 25€ la journée. "Au revoir, mes amis" et nous revoilà en route.

Au programme, heu... fait voir la carte ? On doit se rendre le soir à Achada. Entre les deux se trouve le Lago de Fogo qui a l'air pas mal, et comme c'est l'heure de manger, on dit pas non à une collation. A Lagoa, deuxième ville de l'île, à 10 minutes de Ponta Delgada (peut-être moins...), on se trouve un petit resto les pieds dans l'eau. Le poisson pêché la journée est présenté tel quel, cru, dans des assiettes. On choisit le poisson et ils le cuisinent pour nous. Normal, quoi. Mais on n'était plus habitué... Cette garantie de fraîcheur nous enchante toujours autant, et nous nous délectons d'un barracuda et d'un morceau de thon.


Lagoa. Le "port". 

Le Lago de Fogo est l'un des trois cratères qui forment l'île de São Miguel. Nous avons déjà vu celui de Sete Cidade (les lacs Azul, Verde et de Santiago) et Furnas (lagoa das Furnas). Leurs tailles sont comparables. Une petite randonnée commence en haut du cratère de Fogo et descent le long du lac. Bien qu'il commence à pleuvoir, nous nous engageons quand même. La descente est raide ! mais la vue spectaculaire. En bas, nous commençons un tour du lac, que nous ne terminerons pas faut de temps. L'eau n'est pas très froide comme le serait un lac de montagne, et est le foyer de nombreux oiseaux, en particulier des sortes de mouettes.

Promenade le long de Lagoa da Fogo

La raison pour laquelle nous ne voulons pas randonner trop longtemps, c'est pour faire des bains ! En effet, une piscine est aménagée sur la route que nous devons prendre : il s'agit de Caldeira Velha. A flanc de montagne, dans la végétation naturelle, ce sont deux bains qui ont été construits. L'un plutôt tiède, au pied d'une belle fontaine, et l'autre en contrebas qui profite d'un flux d'eau très chaude en sortie de fumerolles qui alimente un petit bassin en régulant la température à 38°C environ. Rien de mieux pour se décontracter après une petite rando !

Nous voulons rejoindre notre hôte pas trop tard pour prendre le temps de faire connaissance. Nous regagnons notre voiture pour rejoindre le village d'Achada.

Tiens d'ailleurs je ne vous ai pas montré notre voiture :

Mignonne hein ?  

Bon, j'ai rarement dépassé la troisième, vu qu'elle monte pas en troisième. Les autres touristes ont le même genre de voiture, on les reconnaît dans l'île. Les locaux ont des voitures plus confortables, mais ne sont pas des fous du volant non plus. S'ils sont derrière les touristes, ils roulent tranquillement, attendent de pouvoir dépasser et ne prennent pas de risque. Les limitations ne semblent pas s'appliquer à eux pour autant.

Notre nouvelle maison à Achada se trouve au... ah tiens ? on n'a pas d'adresse en fait. Faut s'habituer. On demandera comme à Maia ! Mais cette fois, on a une photo. On découvre la ville tranquillement, en faisant toutes les rues déjà pour voir si on reconnaît pas la maison. Et là, BOUM, c'est exactement notre photo. Bingo. On se gare, on se fait crier dessus par une vieille voisine (bizarre... elle disait peut-être juste bonjour et bienvenue, on sait pas trop) et on monte l'allée. C'est une grande maison de plein pied, mais tout est fermé. On sonne sans conviction, mais surprise, une porte s'ouvre ! Et une dame âgée nous accueille.

A l'intérieur, changement d'ambiance, on est passé de la maison de pêcheur mignonnette à une grande maison de maître. Il fait très sombre dedans. L'entrée est très large et tout est revêtu de bois foncé. Le sol est verni à mort et c'est à peine si nos chaussures ne font pas couic couic quand on marche. On est un peu crades en plus, sachant qu'on revient d'une randonnée boueuse. Ça commence bien. La dame ne parle que portugais. Tudo bem! je sais compter jusqu'à dix et dire les jours de la semaine. Ce qui nous frappe d'emblée c'est la taille des pièces... La cuisine fait deux fois notre salon, et on pourrait faire un bowling sur le plan de travail. Ou du curling dans le couloir, au choix. En montant à l'étage où se trouve notre chambre, une autre chose nous frappe : tout semble inhabité. C'est très propre, mais les objets semblent comme être ici depuis toujours, intouchés, immuables. En essayant d'ouvrir les rideaux de la chambre, je fais tomber les tringles, comme s'ils étaient factices, et en ouvrant les volets je trouve des toiles d’araignée. Une fois la visite terminée, la maison sombre dans un silence intersidéral. Seul le frigo de la cuisine, qui fait un bruit strident, remplit de résonance toute la maison. Les pièces sont tellement nombreuses qu'on ne sait pas où la dame vit et dort, mais sans doute dans la partie du rez-de-chaussée qu'on n'a pas vue. Dans une des salles de vie, un mini bar contient une cinquantaines de véritables bouteilles d'alcool fermées, scellées depuis toujours, pleines. La crème du Bailey's a même durcie et forme un gros bloc qui flotte dans un liquide transparent... La vue qu'offre les fenêtres de notre chambre et une petite terrasse au premier étage est magnifique ! S'il faut partir en courant car les tiroirs s'ouvrent tout seuls, au moins ce sera joli dehors.

La vue depuis la maison 

D'ailleurs le tiroir principal de la cuisine est coincé, et quand on mange la bouilloire se met en marche toute seule ! (véridique). Pas de panique. Peu après notre arrivée, des bruits de claquements de portes qui raisonnent jusque dans la chambre annoncent l'arrivée de Claudia, qui est notre véritable hôtesse. Elle était sûrement au travail et nous salue avec un grand sourire. Elle est radieuse et nous donne des infos en anglais, qu'elle parle approximativement. Elle nous informe que la dame qui nous a ouvert est sa mère.

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Nous organisons cette nouvelle journée autour d'un cozinho das furnas, c'est à dire un plat (une sorte de ragoût) cuit dans les eaux bouillantes naturelles de l'île. Ça fait plusieurs fois qu'on veut le faire, mais nos activités nous déroutent de la ville de Furnas où les restaurants qui servent ce plat se trouvent. Direction Furnas une fois de plus, pour débuter la journée par une randonnée, en haut du cratère.

La ville de Furnas 

Un petit chemin serpente dans les champs et les quelques cultures des parages. On s'attendait à quelque chose de plus sauvage, mais pour ouvrir l'appétit, ça fait le job. En prime, on a quelques belles vues sur le lac das Furnas, qu'on avait vu d'en bas dans la brume.

Quand le cozinho arrive sur la table, au restaurant Marema de Furnas, je me demande s'il n'a pas compris Douze au lieu de Deux quand on a commandé en Portugais. En tout cas, on ne sera pas assez pour en venir à bout du plat succulent qu'il nous met sous les yeux. On aurait peut-être dû éviter de prendre du pain et un petit fromage frais en entrée aussi...

Accompagné de légumes (carottes, choux, blettes) de féculents (patates et patates douces), de gros morceaux de viandes diverses recouvrent le large plat. C'est un vrai plat de viandard, vous l'aurez compris, mais qui s'avère succulent. L'expérience nous dira plus tard que ce type de cuisson renforce le goût des aliments. Le tout est très tendre et fond en bouche, il faut rappeler aussi que la cuisson prend entre 6 et 9 heures...

Difficile de se concentrer l'après midi pour la suite de notre programme. Car il faut dire qu'après avoir dégusté ce plat, nous devenons nous même une sorte de Furnas... A éviter le soir. Mais nous trouvons quelque chose à faire rapidement. Il y a toujours quelque chose à faire sur São Miguel. On se dirige vers Nordeste dont on a entendu beaucoup de bien. Cependant en arrivant en ville, nous nous demandons un peu quoi faire. Le guide qui est resté dans notre chambre ne peut pas nous aider sur ce coup-là. Un panneau "Parque Floral" attire notre attention. Car comme vous le savez maintenant, on aime les jardins botaniques (et les lacs et les bibliothèques aussi). On suit la route. Je m'attendais à un parc un peu en hauteur, mais c'est un véritable chemin de pèlerinage que nous fait faire la route sinueuse, qui troque sa surface asphaltée en chemin de graviers en plein milieu. C'est une longue route, mais on s'y fait bien. On grimpe sec.

A l'arrivée, nous tombons sur une espèce de terrain de jeux pour enfant, qui n'a rien de floral. Bizarre. Au passage, je plains le chauffeur de bus qui amène sans doute les scolaires ici... On improvise et on fait bien, car en haut de cet espace, et après avoir traversé une forêt épaisse, nous voici dans un jardin endémique. Étonnement, il n'est pas entretenu, et il faut être attentif pour observer les espèces endémiques dans cette végétation. Ça nous change un peu.

La carte nous indique que la route monte encore ! En effet, un pic, le Pico Bartolomeu, est le but de cette longue route sinueuse. Nous la prenons, bien entendu. Elle rejoint une crête et offre des vues époustouflantes de Nordeste d'un côté et Povocão de l'autre. En haut, la vue est grandiose.

Il nous reste assez de temps pour profiter encore de la journée, et nous rejoignons la route de la côte, un peu plus au sud de Nordeste, pour observer la côte depuis un point de vue (Miradouro). Plus qu'un point de vue, c'est une aire de pique-nique pour que les familles profitent d'un moment entre amis et en famille autour de barbecue prêt à l'emploi. Nous, on vient pour la vue, qui surplombe de très haut l'Atlantique. Nous sommes sur la face est de l'île.

Cette journée méritait bien un ... bain chaud ? raté, j'allais dire un thé ! On s'arrête dans un bar à Nordeste pour déguster un thé Gorreana, dont nous connaissons désormais la fabrication.

9

Le programme de la veille était chargé, vous en conviendrez, et c'est le rythme que nous avons fini par trouver à São Miguel. Nous qui sommes plutôt dans le genre slowcation (slow vacation) on apprécie ici aller d'une activité à une autre avec notre voiture et butiner ainsi les divers plaisirs de l'île. Il faut dire que la circulation est très fluide et que chaque déplacement en voiture est une visite de l'île. Les paysages varient, et les distances sont suffisamment proche pour ne pas se désabuser de la voiture.

La veille au soir, en rentrant, Claudia nous a proposé de venir avec elle à un discours du parti PSD/PPD à Ponta Delgada. Les élections du dimanche 16 octobre 2016 constitueront l'assemblée législative de la région autonome des Açores. Alors les partis sont à l’œuvre. Elle a déjà fait son choix, mais elle se réjouit de profiter d'un grand repas offert par le parti. On dit oui sans hésiter. En plus il y aura Afonso. Tiens? Mais... ! Tu connais Afonso ? Bah oui, c'est un bon ami à moi, c'est même lui qui m'a suggéré d'accueillir des visiteurs chez moi ! Afonso est partout, et on le reverra donc ce soir.

Près d'Achada se trouve une cascade du nom de Ribeira Dos Caldeirões. A notre arrivée le matin, de nombreux touristes s'y trouvent déjà, et certains même commencent une descente en canyoning. C'est même ce qui semble être le principal intérêt du lieu, car d'ici on peut rejoindre la mer en canyoning apparemment. En piéton normal, c'est une jolie cascade agrémentée de fleurs (les hortensias), qui doit donner tout son potentiel en été certainement.

Nous profitons de cette belle journée pour faire une randonnée plus longues que les précédentes. Nous jetons notre dévolu sur Pico da Varra, qui offre un chemin exigeant d'une durée de trois heures environ. On monte déjà bien en voiture pour atteindre le début de randonnée. La première partie a lieu dans une forêt dense, qui nous abrite du soleil, puis se dégage complètement pour atteindre un plateau, le Planoalto das Graminheis et enfin le sommet. Sur le chemin vers le sommet, deux monuments indiquent tristement deux accidents d'avions survenus ici : l'un d'Air France en 1949 et l'autre d'un avion de l'armée de l'air portugaise avec à son bord seulement le pilote.

Dans le fond on voit Pico Bartolomeu avec l'antenne, où l'on était la veille 

Après quoi nous décidons d'aller voir Ribeira Grande, troisième ville de l'île, où se trouve notamment des grandes plages de sable fin. Nous allons à la plage Monte Verde (apparemment il y a aussi Santa Barbara qui vaut le détour). A ma grande surprise l'eau est bonne ! et les vagues qui se forment ici donnent à s'amuser. D'ailleurs quelques surfeurs et bodyboarders en profitent bien. En arrivant sur la plage, nous reconnaissons deux famille de touristes que nous avions vu précédemment en randonnée où dans des bains. Les touristes se suivent sur l'île sans le savoir.

Comme on ne veut pas rater notre meeting politique, nous rentrons à temps. D'ailleurs nous en apprenons un peu plus sur la maison. Il se trouve que sa mère (et elle possiblement) vit dans la maison d'à côté, accessible par une porte latérale de la maison (qui donne sur une petite cour intermédiaire). Ce qui explique la disparition mystérieuse de Claudia et sa famille. La maison reste utilisée un peu, le soir notamment, et désormais pour les visiteurs. Car si nous sommes seuls en ce moment, l'été, c'est plein ! La grande cuisine prend tout son sens.

Il fait déjà nuit quand nous partons pour Ponto Delgada. Nous commençons à connaître les routes, et nous avons même une bonne idée de la ville de Ponta Delgada. D'ailleurs nous retournons près du port où nous nous étions baigné. Sur la jetée, une énorme salle insoupçonnée accueille le meeting. De longues tables accueillent des centaines d'Açoriens scandant le leader du PSD/PPD Duerte Freitas. L'ambiance est très festive ! Dans la masse de gens, nous tombons sur Afonso, et le rejoignons à sa table ! Une fois de plus nous sommes plongé dans un bout de la vie de cette île, alors que nous y restons que quelques jours. L'accueil des Açoriens devient peu à peu légendaire. Et alors que notre surprise est à son comble, on va même jusqu'à rencontrer et échanger quelques mots avec le maire de Ponta Delgada : Jose Manuel Bolieiro et Duarte Feires lui-même ! Incroyable. Et Bolieiro signe avec plaisir mon drapeau des Açores distribué sur les tables, ainsi que toutes les personnes à notre table, y compris Alfonso, Fatima et Claudia. Quels souvenirs !

Ensuite, Afonso nous invite chez lui (la première maison où nous avons logé) pour boire une sangria fraîche faite sur l'instant, avec des ananas de l'île. Avant de rentrer à Achada nous faisons un détour à une autre maison qu'il met en location pour les touristes, qu'ils viennent d'aménager : la Casa Azul. Un vrai nid douillet.

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Le temps est à nouveau maussade. Il ne pleut pas mais presque. Comme on a fait tous les bains de l'île, on se rabat sur la deuxième fabrique de thé, qui se trouve à Porto Formoso. On l'avait un peu mise de côté en pensant que Gorreana était mieux, mais en fait on l'a préférée. Même si la visite est expéditive, elle a le mérite d'exister. Un préposé nous fait passer d'une machine à une autre en nous expliquant la fabrication. Tout est très orienté pour la vente de thé à l'issue de la visite, mais on apprend quand même des trucs. La dégustation de thé n'est pas complètement gratuite (ça dépend des thés), mais bon c'est 1€... Et la vue de la terrasse est splendide.

 La plantation de thé surplombe Porto Formoso 

Nous rejoignons la plage de Porto Formoso, qui est un vrai centre d'activité l'été. Le bar à lui seul met manifestement l'ambiance. Très bien décoré, tendance et servant tous les plats auxquels ont pourrait s'attendre en été sont là : burgers, glaces, pâtisseries, bières, ... On est extrêmement bien servis même si on est les seuls à la fois dans le restaurant et sur toute la plage. Il faut dire que le temps n'est pas au rendez-vous, et que la plage est un peu excentrée. En regardant le programme musical, je vois même qu'il y a un concert live. On n'y sera pas car figurez-vous qu'on a prolongé notre séjour dans la maison qui n'est plus (trop) hantée, et que les parents de Claudia nous invitent à dîner ! On a hâte.

Le soir, la mère de Claudia nous régale d'une brandade de Morue (presque une commande car on connaît nos goûts déjà) ainsi qu'un cozinho de viande. C'est assez commun de manger viande et poisson en même temps. Le tout est merveilleusement bien préparé et accompagné d'un vin fait maison, puis d'une liqueur faite maison par le père. Et aussi de la tisane du jardin. C'est aussi l'occasion pour nous de mieux comprendre l'histoire et la culture des Açores. D'ailleurs, en termes d'histoire, le père est assez balèze : il a participé à la guerre d'indépendance de la Guinée (colonie portugaise) et participé à la construction de la CN Tower à Toronto, dont il dispose d'une bouteille à la forme de son effigie dans laquelle il a glissé sa liqueur de raisin. Il a vécu 10 ans à Toronto, avec sa femme, et ont acquit la nationalité canadienne, dont d'ailleurs dispose la fille Claudia et la petite fille. Les Açoriens qui émigrent temporairement ou définitivement au Canada sonnent comme une habitude à nos oreilles. Il faut dire que d'une part les emplois sont rares dans les Açores, même à São Miguel l'île principale, et qu'il existe une grosse communauté portugaise au Canada. Des vols directs vont d'ailleurs régulièrement de Ponta Delgada à Toronto par exemple (à Boston aussi). Le père et la mère ne parlent quasiment pas anglais, leur travail ainsi que la communauté ne nécessitant pas son apprentissage. D'autres personnes attablées la veille au soir au dîner du PSD/PPD étaient aussi canadiens, ou bien avaient travaillé plusieurs années là-bas ; et Luis dont j'ai déjà parlé y a vécu 10 ans avant de revenir (il parle un anglais excellent pour sa part). Avec un mélange de portugais (espagno-portugais pour être précis) et d'anglais, on arrive à tenir la discussion pendant un repas. Une soupe de poulet est servie en entrée, et en dessert des açaï frais (je crois...) et du kaki frais (diospiro en portugais). Tout semble pousser facilement aux Açores. Nous connaissons déjà les bananes et les ananas.

Acaï ressemble le plus au terme qu'elle m'a donné (Oraçai), mais je ne suis pas sûr de moi. Je ne connaissais pas ce fruit avant.

En allant chez les parents de Claudia, on découvre la partie inconnue et mystérieuse qui relie les deux maison : un grand garage avec une porte latérale relie facilement les deux maisons. Chez sa mère, on voit tout de suite qu'il y a de la vie : un chat gambade dans le potager, des poulets gloussent dans un poulailler... Ça finira de démystifier complètement l'étrange impression de cette grande maison vide. D'ailleurs elle aurait pu nous le dire dès le début, ça nous aurait éviter de nous faire des films !

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Nous traversons l'île alors qu'il fait encore nuit. Un employé d'Auto Lima nous accueille (il reconnaît la voiture... pas de stand) et on signe la fin de location. L'aéroport de Ponta Delgada est tout petit et on peut voir toutes les portes d'embarquement en étant à un seul endroit. On reconnaît des touristes qu'on a croisé sur l'île.

Au retour de Porto, nous avons du mal à établir un programme, et nos deux tentatives tournent à l'échec. Ce célèbre Palacio da Bolsa a toutes ses visites pleines pour la journée, ce qui nous décourage et nous détourne du musée ; et la "librairie la plus belle du monde" (Livraria Lello & Irmão, photo à gauche) se trouve être une inspiration de J.K. Rowling dans Harry Potter, et a fait l'objet d'un décor de tournage pour le film... Nous voulions naïvement voir cette librairie en ignorant tout du lien avec la saga, mais une longue file d'attente pour obtenir un billet payant pour entrer dedans nous a également découragé.

Las de nos efforts, nous nous sommes auto décernés le droit de retourner dans le petit salon de thé aux pâtisseries succulentes (le Bella Roma) près de l'avenue de los Aliados, avant de retourner dans notre chambre d'hôtel à 30 minutes de tram.

Sans brandade de morue maison, vin maison, ananas ou kaki frais, réunion de parti politique surprise ou eau chaude naturelle...

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Si vous voulez visiter les Açores, sachez d'abord quelles îles vous voulez faire (une seule - São Miguel paraît la plus adaptée - ou plusieurs, et combien) ; cela simplifiera grandement votre organisation, mais alourdira vos dépenses.

Et pour vous faire gagner du temps, voici en bonus cinq objets à prendre avec vous en allant aux Açores :

  1. Un parapluie. Le temps incertain peut jouer des tours. En été, c'est plus rare et surtout plus court et imprévisible, donc à vous de voir !
  2. Un opinel (ou similaire). Vous pourrez ainsi déguster un ananas frais acheté chez le primeur à toute heure de la journée 😀 L'ananas ne se laisse pas découper avec n'importe quel ustensile...
  3. Un maillot de bain (pas trop blanc). Il y a quelques plages et surtout des bains chauds ! Les bains ferrugineux salissent beaucoup le blanc... et ça part très mal ensuite.
  4. Votre permis de conduire. Le français suffira, mais il est indispensable pour profiter des mille richesses de São Miguel (je ne me prononce pas pour les autres îles, mais fort à parier qu'il en va de même)
  5. Des petits cadeaux de chez vous. Si, comme nous, vous recevez un accueil débordant de générosité, vous voudrez peut-être les remercier d'un petit quelque chose de votre "local" à vous.