Carnet de voyage

Népal, Episode 9

12 étapes
12 commentaires
Deux ans sans revoir le Népal ! Malgré les risques envore présents, je n'y tiens plus et prépare un prochain départ pour Katmandou !
Du 2 au 13 mars 2022
12 jours
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Covid par-ci, covid par-là ! Aller au Népal semble un défi tant les documents à remplir et les formalités à faire sont nombreux ! Test PCR 72 heures avant l'arrivée à Katmandou...et test prévu au retour ! Pourvu que ce dernier soit négatif sinon il faudra prolonger le séjour de 10 jours, mais en confinement. Cette année, partir - et surtout pouvoir revenir - génère bien des angoisses.

Dix personnes tentent le coup avec moi. Toutes de la gent féminine !

Nous partons surtout pour rencontrer les filleules de NEPAL, ENFANCE ET LUMIERE, petite association qui, depuis 1993, a aidé et continue d'aider de nombreuses petites filles de milieu très défavorisé. Les éduquer, les scolariser, les soigner et les loger dans le foyer construit à Katmandou, c'est l'action que nous continuons à mener grâce à de nombreux parrainages afin que ces fillettes sortent de leur misère, évitent les mariages forcés et précoces et deviennent, grâce à leurs études, des femmes responsables qui elles-mêmes auront à coeur d'éduquer leurs enfants.

Sushi, directrice du home de Katmandou et de l'école Amrit-Heller, nous attend avec toute son équipe.

Notre guide francophone sera Yam LAMA TAMANG de l'agence STARWORLD TOURS & TRAVELS (P) LTD. - Lazimpat - PO BOX 12081 - Katmandu - -00 977-98 51 05 45 78 et 00 977-98 18 60 05 68 - E-mail : contact@starworldtours.com - yamlama@gmail.com- https://www.starworldtours.com


Sushi en excursion avec une partie du groupe des filles. A droite, son mari Yam, guide touristique francophone.
L'école maternelle et Primaire et le home 
 En 2021, réunies malgré le covid, elles avaient ôté le masque pour la photo.

Naturellement, nous ferons aussi du tourisme : Katmandou pour commencer afin de célébrer Losar, le Nouvel an Tibétain, autour du magnifique stupa de Bodnath; puis 2 jours à Pokhara et 2 jours au Chitwan; puis de nouveau 3 jours à Katmandou et un pique-nique avec les filles. La fin du séjour sera studieuse pour Bernadette, la trésorière, et pour moi : contrôles divers, visite d'école, petit tour à la banque ....., conversations avec les enfants et avec Sushi qui nous exposera les difficultés rencontrées par les filles et leurs familles.

J'essaierai de rendre compte de nos aventures, même si je ne promets pas d'écrire et de poster des photos chaque jour.

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Départ de Roissy avec Qatar Airways à 21:40. Nous emmenons au moins 6 documents prouvant que nous sommes vaccinés, testés, conscients de la possibilité d'être soumis à une quarantaine, ceci pour Qatar Airways, plus le Népal, sans compter les documents de demande de visa, le certificat d'hébergement réservé à Katmandou..... Bref,il y a de quoi stresser. Nous passons routes les étapes et décollons.

Après l'escale à Doha, notre avion arrive en vue de KTM, mais commence à tourner lentement en rond autour de la vallée. 1 tour,.... 10 tours.... 20 tours... L'équipage parle d'attendre une fenêtre mėteo favorable et effectivement d'énormes cumulus nous font croire à une impossibilité d'atterrir. Au bout de 2 heures et demi de valse lente, l'avion doit partir pour Dhaka au Bangladesh pour faire le plein. Aller retour. Que c'est long ! Nous atterrissons avec 7 heures de retard. La vraie raison ? Des travaux de mesure au laser effectuées par un "avion géomètre"! Nous atterrissons enfin à Katmandou et rejoignons le Tibet Guest House à minuit !

Les rescapés 
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4 mars

Après une bonne nuit, Yam, notre guide,nous emmène à la découverte de l'aspect bouddhiste de Katmandou. Bodnath et son énorme stupa blanc et or éblouit en ce matin ensoleillé. Levés avec un peu de retard, nous ratons la foule des pèlerins qui s'y pressent en ce jour de Losar, nouvel an tibétain. Il en reste suffisamment qui tournent autour du stupa en manoeuvrant les moulins à prière pour nous permettre d'admirer quelques beaux costumes tibétains.

Revenus dans le Quartier de Thamel, nous déjeunons à côté de l'hôtel. Notre ancienne petite cantine habituelle,Nepali Kitchen, a changé de propriétaire et s'appelle maintenant Rosemary. La cour s'est refait une beauté.

Puis c'est l'heure pour le groupe de partir visiter Swayambhu, deuxième site bouddhiste important de Katmandou.

A l'assaut ! 365 marches bien raides ! 
Occupants insolites 

Après cette visite, le groupe arrive au foyer où chacune est accueillie par une distribution de katas de bienvenue.

La douceur des écharpes d'accueil 

Sushi fait les honneurs du foyer et de son école qui comprend maintenant 4 classes et 53 élèves. Puis les plus grandes invitent les marraines à la cuisine pour un atelier momos, c'est à dire la confection de délicieux raviolis farcis aux légumes et cuits à la vapeur.

Nous terminons la soirée par la dégustation de ce plat de fête, après le dîner des enfants.

Les jolies cuisinières 
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C'est l'embarquement pour Pokhara. Embarquement, oui, car faire 200km sur les routes népalaises est toujours une aventure ; on s'embarque, mais pour combien de temps ? Yam avait prévu 6 à 7 heures de trajet, mais il nous en faudra 9 (y compris l'arrêt déjeuner) pour atteindre notre but. Les routes ne sont plus qu'un immense chantier. Trous, bosses, sens alternés, glissements de terrain se suivent, surtout après le croisement entre la route qui rejoint l'Inde au sud et celle qui continue vers l'ouest, vers Pokhara. Nous longeons de belles rivières, hélas fort exploitées pour fournir graviers et sable.

Cailloux, poussières, heureusement Ganesh est sur le tableau de bord ! 
Notre van conduit par Purna 

Heureusement l'arrivée dans le très bel hôtel Lake View Resort console toute la troupe un peu trop secouée. Vite nous partons vers le bord du lac pour assister à la fin de la puja hindouiste. Un prêtre en costume traditionnel agite encens et torches. La foule des fidèles répond aux incantations en levant les bras ensemble.

Incantations 

Le repas à l'hôtel est accompagné de danses traditionnelles et à la fin deux filles de notre troupe montent sur scène et s'efforcent de danser aussi gracieusement que les professionnelles. Une bonne nuit n'est pas de trop.

Danses traditionnelles.... ou presque  pour certaines ! 
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La nuit fut réparatrice dans une chambre très confortable. L'hôtel a beaucoup de charme grâce à un jardin très fleuri.

Lake View Resort 

Après un bon petit déjeuner, nous partons dans notre van pour la "pagode de la paix dans le monde" située tout en haut de la colline d’Ananda, à 1100 mètres d’altitude. Le bouddha historique Sidartha naquit à Lumbini au Népal en 563 avant Jésus-Christ, puis eut l'illumination et fonda le Bouddhisme en Inde. Vers les 5e et 6e siècles de notre ère, la doctrine du bouddhisme gagna le Japon où il connut un grand développement. Après la catastrophe de Hiroshima et Nagazaki, Nichidatsu Fuji et le moine Nippozan Myohoji se donnèrent pour mission de construire 100 pagodes de la Paix de par le monde. La première fut édifiée au Japon en 1954. Celle de Pokhara fut édifiée en 1973 au Népal, lieu de naissance du Bouddha historique. Elle a pour but de réunir les différentes religions et croyances du monde entier.

 Jeunes moines du monastère de Mathieu Ricard en excursion

Pour y monter, une bonne volée d'escaliers le long de laquelle se trouve un torréfacteur de café népalais.

 Excellent, l'espresso népalais !

Et bien sûr, de là haut, vue imprenable sur les Annapurnas et le lac Phewa.

Tandis que certaines reprennent prudemment le van, les autres commencent la descente par le sentier moitié pierreux, moitié en escaliers. Certes, nous n'allons pas aussi vite que la troupe de jeunes moines qui nous dépassent à toute allure, leur toge volant au vent de la course.

Rendez-vous au lac ! Une traversée en barque nous attend pour gagner l'île où se dresse le temple de Barahi, avatar menaçant de Parvati sou la forme d'un sanglier.

 Les jeunes moines nous ont précédé.
Lion et lionne gardent l'entrée 

Il est temps de déguster le dal bhat national. A l'entrée du restaurant, c'est auprès de Lord Bouddha lui-même que nous nous désinfectons les mains.

 Dal Bhat

Cap ensuite à Hyangja, l'un des camps de réfugiés tibétains qui entourent Pokhara. Nous y rencontrons une amie, Pema, qui y vit avec sa maman et sa soeur. Elle dessine et fabrique de beaux bijoux en pierres dures, turquoises, malachites etc... Depuis 2 ans hélas, plus de touristes et donc plus de revenus. Aussi notre arrivée la comble de joie et nous ne boudons pas notre plaisir à acheter ces jolis colifichets.

Le camp se présente comme un village avec de petites rues qui s'organisent autour d'un temple. C'est en 1959 que le peuple tibétain se trouva obligé de fuir l'invasion chinoise au Tibet. Le gouvernement népalais leur accorda plusieurs terrains pour qu'ils y construisent des villages. On estime à plus de 20 000 les réfugiés tibétains, répartis entre 12 villages, au Népal. Si en 1966 les Tibétains pouvaient passer sans problème du Tibet au Népal sans passeport ni visa, depuis 1986, un nouveau traité passé avec la Chine a restreint les facilités de passage. En 1989, le gouvernement népalais, accédant à la demande de la Chine, refusa d'accueillir et de reconnaître de nouveaux réfugiés. À partir de 1990, les réfugiés appréhendés à l'intérieur du pays sont remis aux autorités de l'immigration et attendent au centre d'accueil des réfugiés tibétains à Katmandou de recevoir l'autorisation de gagner une des communautés de l'Inde. En 2005, le gouvernement népalais a fermé le bureau du gouvernement tibétain en exil à Katmandou. C'est donc une situation difficile; ces tibétains ne peuvent demander la nationalité népalaise et leurs enfants doivent aller dans des écoles spéciales où ils apprennent le tibétain et le népali.

 Dans le village
 En signe de bon accueil, une corbeille de farine d'orge à jeter par-dessus l'épaule.

Quelques frissons pour passer un long pont suspendu ....

 Ames sensibles, s'abstenir !

La journée se termine par un peu de shopping car les boutiques de Pokhara sont bien alléchantes et par la cérémonie bouddhiste au coucher du soleil. Quelques brochettes au barbecue le long du lac clôturent agréablement la journée.

 Hanuman, le dieu singe
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5 h 30 du matin : embarquement dans le van pour 20 minutes de montée vers Sarangkot, balcon des Annapurnas. Le spectacle, par beau temps, est incomparable : le lever du soleil allume un à un les sommets de ce gigantesque massif qui est constitué de plusieurs crêtes le long desquelles sont situés les plus hauts sommets.

La principale de ces crêtes, l'Annapurna Himal, rassemble les Annapurnas 1 (8 091 mètres), 2 (7 937 mètres), 3 (7 555 mètres), 4 (7 525 mètres) et Sud (7 219 mètres), le Bahara Shikhar (7 647 mètres), le Khangsar Kang (7 485 mètres), le Gangapurna (7 454 mètres), le Lamjung Himal (6 983 mètres), le Gandharba Chuli (6 248 mètres) et le Macchapuchare (6 993 mètres).

De tous, c'est le Machhapuchare, appelé aussi Fishtail (queue de poisson) qui est le plus spectaculaire; il a un peu la même silhouette que le Cervin (4 478 m seulement) !

Petit déjeuner rapide à l'hôtel et nous nous dépêchons de boucler les valises car nous savons que la route sera aussi pénible qu'à l'aller pour rejoindre Mugling, embranchement de la route vers le sud. Le voyage se déroule sans problème particulier... nous commençons sans doute à être habituées aux secousses et autres impondérables et acceptons presque sans manifester de crainte la vue d'un camion dépassant sans visibilité et se trouvant soudain face à nous, d'où coup de frein vigoureux et coup de klaxon, mais aucune injure échangée entre conducteurs. Tout le monde sait bien qu'un bon conducteur pratique l'art de se faufiler, même avec un camion de plusieurs tonnes. Et il sont si beaux, ces "Tata" bariolés ! Certains affichent leurs idées à l'arrière de leur camion : "Mom is god", "Mom told me : be careful", "King of the road", "Please horn before overtaking". Certains camions ont des feux de signalisation spéciaux qui clignotent pour vous indiquer quand vous pouvez dépasser sans risques.

 Le royaume des Tata

Après avoir longé la jolie rivière Trisuli, puis la rivière Narayani, l'une des plus larges et plus profondes du Népal, à Bharatpur, nous obliquons vers l'est pour rejoindre le Parc Royal National du Chitwan. Bharatpur a déjà tout l'aspect d'une ville indienne. Troisième ville la plus peuplée du Népal, c'est aussi celle dont la population s'accroit le plus vite. Elle atteint aujourd'hui plus de 370 000 habitants. Son économie est essentiellement basée sur l'agriculture et c'est l'élevage de poulets en batterie qui fait sa richesse. Elle produit aussi du miel, des champignons, des fleurs à foison, notamment ces fameux petits oeillets d'Inde qui composent tous les colliers de fleurs offerts en toutes circonstances.

Le parc national de Chitawan, ou Chitwan, est le plus vieux parc national du Népal. Il a été créé en 1973, et a été inscrit en 1984 sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco. Il s'étend sur plus de 932 km2 et abrite plusieurs espèces animales en grand danger d'extinction, comme le rhinocéros indien à une corne, le tigre du Bengale, le gavial du Gange et la panthère nébuleuse. Rien que son nom fait rêver !!! Situé dans la région du Teraï, son altitude varie entre 100 et 815 mètres. Climat subtropical, flore luxuriante, grands arbres tels que le kapokier (sal), gigantesques herbes aux éléphants, marécages squattés par les rhinos, le parc ne se visite pas sans guide car les rencontres peuvent être à risque. Ce n'est pas un jungle très épaisse genre enfer vert de l'Amazonie, mais le dépaysement est quand même total. Loin de nous les températures encore très fraîches de la France ! Il fait 32 ° en milieu de journée et le chapeau de soleil est de rigueur.

Arrivés suffisamment tôt à l'Hôtel Royal Park, dans la bourgade de Sauraha, nous y déjeunons d'un délicieux ragoût de buffle. L'hôtel se compose de petits pavillons disséminés dans un parc qui nous donne déjà un avant-goût de la jungle qui nous entoure.

 Hôtel déjà ancien, valeur sûre et excellent accueil

Notre guide nature est Phulet, sympathique représentant de l'ethnie Tharu native de la région. Cette ethnie a la particularité de ne pas être atteinte par la malaria. Avant le traitement par le DTT à la fin des années 50, les moustiques infectaient la région et personne d'autre que les Tharus ne pouvaient y vivre. Seule la classe dirigeante népalaise en faisait son terrain de chasse préféré pendant la saison hivernale fraîche. On comptait alors 800 rhinocéros. Après ce traitement de choc, les Indiens et les habitants des collines émigrèrent en masse au Teraï pour travailler dans l'agriculture. Ce fut hélas pour les Tharus et pour la nature une catastrophe : à la fin des années 1960, 70 % des jungles de Chitwan avaient été défrichées, des milliers de personnes s'y étaient installées, le braconnage était très important et il ne restait plus que 95 rhinocéros. Pour éviter leur extinction, le parc national de Chitwan fut déclaré officiellement en décembre 1970, ses frontières délimitées l'année suivante et il fut créé en 1973, couvrant initialement une superficie de 544 km2. Et c'est là que les communautés Tharus furent forcées de quitter leurs terres traditionnelles. Elles n'avaient plus le droit de posséder de terrains et se retrouvèrent sans possibilité de cultiver et dans une situation de grande pauvreté. Les soldats népalais détruisirent les villages situés à l'intérieur des limites du parc, brûlant les maisons et piétinant les champs à l'aide d'éléphants. Les Tharus ont été contraints de partir sous la menace des armes.

Phulet nous emmène sur 3 chars tirés par des zébus à la découverte de ce qu'il reste comme maisons traditionnelles tharu dans un petit village, maintenant banlieue de Sauraha, la cité touristique du bord de la rivière Rapti.

 Dociles et calmes, les zébus travaillent aussi dans les champs

Nous zigzaguons entre des champs de riz tout juste replanté et d'un vert électrique et nous arrêtons dans le village de Phulet. Il reste juste quelques maisons en torchis composé de boue, de bouses et d'herbes tressées. Cette matière ainsi que l'étroitesse des ouvertures permet de garder la fraîcheur lors des étés brulants. De petits trous sont aménagés en bas et en haut des murs pour permettre la ventilation. On voit sur les murs, autour des portes, des empreintes de mains colorées ou d'autres dessins propriatoires. Les cours de ferme font penser à nos livres d'enfants où tous les animaux vivaient ensemble : canards, poules, poussins, chèvres etc..., nourris de grains et de foin produits sur place. L'écologie....comme avant !

Ah ! j'oubliais, le cannabis pousse sur les bords des routes comme nos orties.... mais cela n'intéresse pas les Tharus !

H ! 

De retour à l'hôtel, nous nous prélassons un peu avant le dîner et le spectacle de danses traditionnelles organisé au Centre culturel de Sauraha. Quelle belle ambiance ! Cette fois-ci, vu le peu de touristes étrangers, le spectacle est surtout proposé aux gens du cru et aux touristes népalais ( si, si, ça existe) et indiens. La séance commence par l'hymne national népalais et tout le monde se met debout et chante. Ensuite filles en robe blanche et garçons en tenue de paysans évoquent dans leurs danses, très rythmées par des percussions, les différents épisodes de leur vie : danse des demoiselles qui cherchent un mari, danse des paysans avec des batons pour se défendre contre les animaux de la jungle et, clou du spectacle, danse du paon, à la fois très habile, cocasse et un brin irrévérencieuse quand on pense que le paon était l'emblème de la royauté. A la fin, les jeunes montent sur scène pour danser aussi et certains, ma foi, connaissent bien les pas des danses traditionnelles.

 Un Centre Culturel qui vit !


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Bonne humeur au lever : il fait beau et déjà chaud, mais une légère brume estompe les contours de la végétation dans le parc de l'hôtel. Les oiseaux chantent; serait-ce le paradis ?

Phulet nous emmène en jeep au bord de la rivière Rapti à l'embarcadère des pirogues. Comme elles sont belles dans leur simplicité, ces pirogues ! Un arbre, sûrement un géant, teck ou kapokier, a été creusé; pas d'autres pièces de bois pour consolider quoi que ce soit. Un profil effilé et un nautonnier arquebouté sur sa perche car la rivière est très peu profonde. Par moment, la pirogue racle le fond.

 ...parfois un peu d'eau au fond....

L'embarquement se fait avec prudence : il faut bien marcher au milieu et s'asseoir avec délicatesse sur le petit siège en bois. Ensuite il est conseillé de ne pas bouger, de tourner uniquement la tête pour prendre des photos, pas les épaules....et de ne pas laisser traîner les mains dans l'eau....

 Les crocodiles se réchauffent le matin 

Vous voyez pourquoi.... D'autres animaux plus sympathiques peuplent la rivière : marabouts, hirondelles qui nichent dans les trous des berges sableuses, canards tadornes aux riches couleurs mordorées, martins-pêcheurs rutilants.... Mon petit téléphone ne rend hélas pas nettement la beauté de ses animaux.

 Martin-pêcheur et marabout

Au bout d'une petite heure trop courte, la pirogue nous débarque près du centre d'élevage des éléphants. On peut considérer cet élevage comme une pouponnière. Seules y vivent les mamans et leurs bébés. Bien sûr la vue des éléphantes aux pattes entravées par des chaînes fait un peu mal au coeur mais la plupart des petits gambadent librement jusqu'à ce qu'ils deviennent vraiment trop puissants. En ce moment, il y a eu beaucoup de naissance et nous pouvons admirer un bébé d'une semaine, un de 3 semaines et d'autres de quelques mois. Ils sont adorables et craquants ! Nous assistons à la têtée de l'un d'eux, la trompe relevée au-dessus de la tête et la bouche collée à l'une des tétines qui se trouvent sous les pattes avant.

Les pères sont des éléphants sauvages qui circulent dans la jungle. Après les soins du matin, les mères sont relâchées dans la forêt tout l'après-midi. Elles reviennent d'elles-mêmes le soir chercher les friandises et la nourriture que leurs soigneurs ont préparées.

Faut-il s'indigner de leur condition de servitude ? Les femelles sont encore utilisées pour le débardage du bois dans la jungle et les promenades des touristes. Réfléchissons : dans une grande partie du monde, n'avons-nous pas aussi vécu avec les chevaux et grâce à leurs services ? Les éléphants, comme les chevaux, vivent avec les hommes et s'y attachent et la réciproque existe bien sûr. Un mahout, un seul, s'occupe de son éléphant toute sa vie ou presque. A première vue, aucun mauvais traitement. Il vaut mieux apprendre à dominer calmement ces énormes bêtes plutôt que de subir leurs attaques et en venir à les tuer pour protéger les villages.

A noter que chez les éléphants d'Asie, seuls les mâles ont des défenses. Leur trompe a un doigt et leurs oreilles ont la forme de la carte de l'Inde. Ci-dessous : un jeune mâle, la friandise des éléphants (herbes, mélasse, céréales en bonbon), un petit d'une semaine et la têtée d'un plus grand.

Bébé d'une semaine
 Breeding center

En revenant le long de la rivière, nous avons le bonheur d'observer deux rhinocéros barbottant au frais dans l'onde claire. Silence, on se fait discret, car s'ils ont une très mauvaise vue, les rhinos ont un bon odorat et ne supportent pas trop le tapage.

 Chut !!

Après le déjeuner, il est temps de partir à l'aventure dans les jeeps. Pas de promenade à dos d'éléphant cette année; notre guide nature nous affirme que nous verrons plus d'animaux plus loin dans la jungle. La piste n'a rien à envier à la Highway : nous sommes bien secouées. J'ai un peu de mal à croire que nous verrons beaucoup d'animaux à cause du bruit pétaradant de nos engins. Pour commencer, c'est la végétation qui est splendide à observer. Beaucoup de tecks, des broussailles touffues, des herbes aux éléphants, des marécages. Les gardes forestiers mettent le feu en cette saison afin de faire repousser plus vertes les herbes aux éléphants et, après le guichet sous camouflage de l'entrée du parc, nous roulons un certain temps dans une atmosphère enfumée et non loin des brasiers contrôlés.

 L'entretien du parc

Après une quinzaine de kilomètres, voici un singe lémure perché à la cime d'un arbre immense, puis un sanglier furtif, des daims, des cerfs et des biches, un très gros lézard qui se prélasse sur une souche, une termitière, des oiseaux en pagaille....

 Approche de la jungle

Au bout d'une vingtaine de kilomètres, nous arrivons au centre d'élevage des gavials du Gange, curieux crocodiliens à la gueule effilée, surmontée au bout du nez des mâles par un renflement peu élégant. Leur peau est fort employée en maroquinerie. Ce qui est effarant chez ces animaux, c'est leur capacité à rester immobiles comme des pierres. On pourrait croire qu'ils ne sont pas vivants ! Des fossiles inertes, à tous points de vue. Ils ne mangent en principe que des poissons et ne sont pas dangereux pour l'homme mais peuvent quand même atteindre des tailles très respectables (6 mètres parfois !!).

 Gavial du Gange

Au retour, nous somme quand même un peu déçus de n'avoir vu ni rhinocéros, ni tigre (là, il ne fallait pas trop y compter !), mais Phulet nous promet plus d'animaux car le jour baisse et les animaux, pas fous, font la sieste et ne sortent qu'à la fraîche ! Effectivement, au sortir d'un virage, nous tombons nez à nez avec un ours lippu. C'est un bel ours noir qui n'hiberne pas, mais ralentit son activité lors des périodes de forte pluie. Son régime alimentaire comporte essentiellement des insectes (surtout des termites), des larves, et dans une moindre mesure des œufs, des végétaux et du miel. Il a de longues lèvres pour happer les insectes, une langue effilée, des narines s'obstruant à volonté, une absence d'incisives supérieures pour aspirer, preuve de son adaptation à un régime insectivore. Très bruyant lorsqu'il se nourrit, on peut l'entendre à plusieurs kilomètres de distance.... Nous, nous ne l'avons pas entendu arriver et lui non plus ne nous avait pas détectés. Sans se presser, il trottine sur la route avant de disparaître dans le sous-bois. Plus loin, nous en verrons un autre, dans les herbes : c'est une ourse qui porte ses deux petits sur le dos.

 L'ours lippu

La piste longe un marécage et derrière les hautes herbes se profile la silhouette menaçante d'un rhinocéros. Aurait-il l'intention de traverser la route ? Nous ne nous attardons pas, c'est dangereux.

Bref, nous ne sommes pas déçus par notre excursion en jeep. La faune était au rendez-vous. Quant au tigre, nous n'en avons vu qu'un modèle réduit et ronronnant.

 mini-tigre du Bengale
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Le retour par la même route truffée de travaux est bien sûr lente et difficile, d'autant plus que cette fois-ci nous remontons....de même que tous les camions venus d'Inde. Par moment on roule au pas et je soupçonne les services des routes d'avoir de l'humour quand ils affichent le panneau "vitesse limitée à 40 Km/h". Si on arrivait à cette moyenne, ce serait vraiment extraordinaire ! Donc patience et longueur de temps.... D'ici quelques années, un tunnel actuellement en cours de travaux devrait permettre d'éviter la longue remontée vers le col qui permet d'accéder à Katmandou. Commencé en 2020, le tunnel routier permettra de réduire considérablement les énormes embouteillages sur la section Naubise-Nagdhunga. La route-tunnel de 2,38 km comportera deux voies de 3,5 mètres de large chacune et réduira la distance Naubise-Thankot de 8 km. Il devrait être terminé en avril 2023 et emploie 300 travailleurs.

 En travaux !

Purna, notre chauffeur, n'en perd pas pour autant l'appétit et déguste le traditionnel Dal Bhat. Le déjeuner est rapidement pris dans un agréable restoroute très fleuri.

 Bon appétit !

Arrivées en début d'après-midi à Katmandou, nous retrouvons le Tibet Guest House et nos bagages en surplus. C'est le moment de regrouper tous les cadeaux (tricots, vêtements, jeux etc...) que chacun a apportés pour les enfants. Après une petite séance de shopping à Thamel, nous partons pour Camille Hostel où Sushi et les enfants nous attendent. Le groupe de Bernadette (8 personnes), juste débarqué de l'avion, nous rejoindra en début de soirée.

Nous avons donc le temps de déballer nos cadeaux, de mieux visiter le foyer, de bavarder et de jouer avec les enfants et d'enfiler nos merveilleux saris.

 Les dortoirs

Les dortoirs sont bien pleins. entre chaque lit double, une étagère accueille les vêtements. Chaque matin, le matelas et les couvertures sont roulés. Une petite table présente les bricolages et dessins. Au mur, quelques lettres, photos et dessins venant des parrains/ marraines et de leurs familles. Chaque dortoir possède sa salle de bain avec douches communes.

Au réfectoire-cuisine, tout le monde mange en ordre et de bon appétit. Nous sommes même un peu ébahies par les quantités importantes de riz et légumes que ces bouts de choux peuvent engloutir ! Une petite partie des légumes est cultivée sur place. Elles consomment de la viande deux fois par semaine.

 Manger sans rechigner, ce qu'il y a dans l'assiette !

Pour les devoirs du soir, les fillettes s'installent dans les classes de l'école Amrit-Heller située sur le même terrain et bien sûr le terrain est assez grand pour les récréations.

 Une Française bénévole anime les jeux.

Et voilà ! Nous sommes passées entre les mains des habilleuses plus ou moins expertes. Dieu, que c'est compliqué ! On enfile d'abord un jupon et une ravissante brassière, puis on enroule le long tissu du sari en le coinçant dans le jupon au départ; cinq plis sont formés sur le devant, astucieusement pincés par une épingle de nourrice, et le tissu, tout en s'enroulant autour du corps, remonte en diagonale sur le buste et derrière l'épaule où normalement il devrait tenir élégamment. Il est prudent de rajouter par ci, par là, une épingle...et de se mouvoir avec précaution. Nous volà chatoyantes comme des oiseaux des îles, maquillées et décorées d'une tika adhésive sur le front, assortie à la couleur du sari. Les filles aussi se préparent et revêtent des costumes traditionnels gurung, tamang ou autres.

En habits de fête !

Voici le groupe des sportifs randonneurs qui arrive ! Ils auront leurs saris (pour les dames) la semaine prochaine, mais pour l'ambiance, je vous les présente déjà habillés.

La montagne peut attendre ! 

C'est l'heure du spectacle et nos petites et plus grandes s'en donnent à coeur joie. La danse fait partie des matières obligatoires dans toutes les écoles népalaises et même Sushi, la directrice, ne boude pas son plaisir et nous fait une belle démonstration.

 Danses modernes ou traditionelles.

Allons, c'est l'heure du repas puis d'aller au lit !

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Aujourd'hui, Bernadette et moi laissons nos voyageurs aux bons soins de Yam et de Purna pour nous occuper pleinement de NEL. Il nous faut aller à la banque, acheter de l'artisanat pour les ventes que nous organisons en France au bénéfice de NEL, inspecter le home pour voir ce qui manque, parler avec Sushi de ses problèmes concernant les filles ou la gestion de NEL au Népal, de ses projets et finalement chercher une nouvelle école où inscrire 12 adolescentes à la rentrée scolaire prochaine de mi-avril.

La banque NIBL se situe sur "les Champs Elysées" de Katmandou ! Cette grande avenue mène au dernier palais royal Narayanhiti assez kitch construit dans les années 70. C'est là qu'eut lieu le massacre des la famille royale par un des membres de la famille en 2001. Au cours d'une réunion familiale ou d'un simple dîner en famille, une fusillade éclata dans le palais royal provoquant la mort de dix membres de la famille royale népalaise, dont le roi Birendra, son épouse la reine Aishwarya, et leurs héritiers directs. Le prince héritier Dipendra, reconnu comme responsable du massacre, devint roi mais succomba à son tour trois jours plus tard à la suite de sa tentative de suicide, laissant son oncle, Gyanendra accéder au trône.

La banque se trouve dans un beau bâtiment aux sols de marbre; un garde stylé vous salue militairement à l'entrée et les employées, filles de la bonne société népalaises, sont toutes élégantes. Ceci dit, la moindre opération prend un temps fou et Bernadette et moi signons une foule de papiers. Il faut bien une heure pour résoudre nos problèmes.

Le palais royal devenu musée 

Sushi nous a servi d'interprète quand notre anglais était défaillant. Nous l'invitons à déjeuner au Rosemary, à côté de l'hôtel, puis partons avec elle pour le home et de là nous allons visiter la nouvelle école que Sushi nous recommande : Ellaine Memorial School. La visite en compagnie du principal nous fait bonne impression. Les bâtiments sont assez neufs et situés un peu plus loin que le home dans le quartier de Sitapaila. Pour l'instant, on y respire encore bien car le quartier n'est pas encore trop construit, mais pour combien de temps ? Au rythme où Katmandou se développe, qu'en sera-t-il dans 3 ans ? J'ai bien peur que les quelques collines encore champêtres soient envahies de constructions. Les discussions avec l'équipe sont fructueuses et nous rencontrons aussi le grand patron, fondateur de l'école, dans son bureau au centre de Katmandou.

 Ellaine Memoiral School

Pendant ce temps, les aventurières partent pour Bhaktapur, l'une des trois villes royales du Népal. Bhaktapur a été fort touchée par le séisme de 2015 mais renaît peu à peu. On ne peut que s'émerveiller devant la profusion de temples de factures diverses, le palais aux 55 fenêtres, les fontaines impressionnantes, les petites rues pavées de briques, les innombrables fenêtres finement sculptées et les étais historiés qui soutiennent les toits.

 Profusion de temples !

Bhaktapur, c'est aussi une ambiance, de jolies ruelles, des métiers qu'on croyait disparus et qui prouvent qu'ils sont toujours vivants et exercés avec brio par des artisans-artistes. Le quartier des potiers est extraordinaire et les potiers sont heureux de montrer leur savoir-faire, tours et curieux fours enfouis dans de la paille.

 Admiration !

L'insolite s'invite aussi, telle cette femme tranchant du gingembre avec une faucille coincée dans ses orteils !

Habile jusqu'au bout des orteils ! 

Et les couleurs, les bijoux, les objets d'art..... A ne plus savoir où donner de la tête !

Parfois les dieux ont soif et leur breuvage est sanglant, mais c'est pour les remercier de tenir au loin les mauvais esprits qui rôdent sous la terre.

 Couleurs de la vie et de la mort.

Yam emmène le groupe déjeuner au Temple View Resto, charmant établissement avec vue sur le temple Mandir

Ensuite, changement d'atmosphère et retour à Katmandou. On ne peut passer à côté de Pashupatinath, grand lieu de pélerinage hindou mais aussi lieu des crémations le long de la Bagmati. Si l'entrée par l'allée bordée d'échoppes regorgeant de poudres de couleur et de fleurs pour les offrandes est plaisante, une fois passé le grand temple dédié à Shiva et les petits temples aux sculptures érotiques, la vue des ghats, plateformes servant aux crémations garnies de bûchers, est parfois difficile à supporter. Et oui, il s'agit de cérémonies funèbres et le chagrin, quelles qu'en soient les formes, nimbe les rituels : le fils aîné, la tête rasée, vêtu de blanc, conduit la toilette du défunt dans l'eau de la rivière. Le corps du défunt est enveloppé d'un linceul safran. Le bûcher est préparé et le corps y est enfoui. Le feu fait son office et dégage une certaine odeur qu'on ne peut éviter.

Passé la rivière, un escalier blanc symbole de la pureté de l'Himalaya, monte sur la colline et vers une succession de petits temples tous dédiés au lingam (sexe) de Shiva accouplé au yoni de Parvati. C'est là que les saddhus se tiennent. Ils ne dédaignent pas, malgré leur voeu de pauvreté, poser pour la photo contre quelques roupies.

Tout pour Shiva !  
Et les cendres sont jetées dans la Bagmati, affluent du Gange. 

Le confinement dû au covid a hélas pas mal appauvri le peuple et cela se voit. Une cantine est improvisée et distribue des barquettes de repas vite englouties par les pauvres gens.

10

8 h 30, cour du Tibet guest house : le Principal et le Vice-principal de l'école Ellaine Memorial arrivent pour finaliser le contrat avec NEL. Ils signent sans problème l'accord de bonne conduite envers nos élèves issues de classes pauvres que nous ne voulons absolument pas voir discriminées par rapport aux autres élèves payantes de l'école. Les tableaux des prix de la scolarisation sont clairs et bien établis. Tout est correct et nous échangeons nos accords. Le Vice-Principal immortalise l'instant par des photos.

 Ces photos se retrouveront sur le Facebook de l'école !!

Bernadette et moi avons le temps d'aller faire du shopping pour NEL chez Amrita Kraft, grossiste d'artisanat, où NEL a un compte et bénéficie d'une certaine réduction. Ensuite Sushi nous rejoint et nous l'emmenons dans un bon restaurant assez chic, le Kathmandu Guest house, lieu mythique qui a vu défiler les Beatles, Rolling Stones et autres vedettes des années 60-70. Nous déjeunons dans le superbe jardin.

 Katmandu Guest House, le dorjé de l'hôtel et celui de Swayambhu

Un superbe dorjé, emblème de puissance, trône sur un socle en brique. Il représente à l'origine le "spectre-éclair" du dieu védique Indra et est certainement le symbole le plus important du bouddhisme tibétain. Il représente à la fois la compassion, la nature indestructible de l'éveil et le chemin qui mène à l'illumination. Il est utilisé comme instrument dans les rituels hindouistes et bouddhistes. Le premier grand dorjé au Népal fut consacré en 1646 par le roi Pratap Malla au sommet des 318 marches qui mènent au stupa de Swayambhu pour manifester sa croyance profonde dans le bouddhisme tantrique ou Vajrayana. Aujourd'hui, celui-ci est devenu le logo du Kathmandu Guest House et y fut installé et consacré en 2018 pour célébrer le 50e anniversaire de l'hôtel. Après une période de 372 ans, c'était la deuxième fois qu'un dorjé de bronze était consacré au Népal. Il mesure 2,19 m et fut inauguré par Reinhold Messner, premier alpiniste à vaincre 14 des pics les plus hauts du monde et premier à atteindre le sommet de l'Everest sans oxygène.

Ensuite nous retournons au home et partons visiter l'appartement des étudiantes que Sushi a dû louer lorsque le pensionnat de Prithwi a fermé lors de la crise covid. Seules les étudiantes les plus âgées et les plus sérieuses y logent car il est situé à 6 ou 7 minutes de marche du home et Sushi ne peut donc suveiller ce qu'elles y font. Le quartier est agréable, encore assez aéré et la vue de leurs 2 chambres, une par étage, donne sur tout Katmandou. Une petite salle d'eau minimaliste. Le ménage laisse un peu à désirer, mais ce ne sont quand même que des chambres d'étudiantes ! Pour l'instant seules quatre étudiantes y logent.

 Logement étudiant

Allons, il est temps de rejoindre Prithwi School et de rencontrer son directeur M.Alé qui depuis de nombreuses années a très bien aidé les filles de NEL, sans aucune discrimination. NEL a toujours été satisfait de sa gestion, mais depuis qu'il a pris sa retraite, les contacts avec la nouvelle équipe sont plus difficiles.

 Autour d'une assiette de momos !

De là nous rejoingons en taxi Bodnath où nous devons loger cette nuit dans la guest house du monastère Sheshen créé par Mathieu Ricard, à côté du stupa de Bodnath.

Mais pendant notre journée NEL, les aventurières ont continué de découvrir Katmandou avec Yam.

Patan a été leur première étape et bien sûr elles n'ont pas pu faire autrement que tomber en admiration devant la richesse de la Durbar Square de Patan, où les temples, les fontaines, le palais rivalisent de beauté et de finesse.

 Et l'écrin des montagnes.....
 Le palais
 Dans le palais-musée
Au temple d'or 
 Un art au sommet de son accomplissement

Patan compte de nombreux artistes : sculpteurs sur bois incomparables qui restaurent à l'identique les étais et portes sculptées qui ornent les temples et palais, mais aussi des dinandiers de renom qui façonnent les statues de culte et les bols chantants, propres à la méditation et à l'amélioration de la santé par les vibrations. Les essais dans la boutique-atelier d'un sympathique artisan francophone convainquent certaines à en faire l'achat.

 Vibrations ! 

Retour à Katmandou pour découvrir Durbar Square, la place principale du palais, où les temples se pressent pour honorer le panthéon hindouiste.

Les Népalais détestent le vide et accumulent les temples devant le palais. 

Le déjeuner se passe tout en haut sur la terrasse de l'Himalaya Café en face du palais et hélas Christine se tord la cheville très douloureusement. Après avoir farfouillé dans le marché aux puces situé en face du palais, c'est l'heure d'aller attendre l'apparition rapide de la déesse vivante, la Kumari, dans son petit palais magnifiquement ouvragé. Photos interdites, du moins à Katmandou car, lors d'un passage il y a quelques années à Patan, nous avions pu rencontrer la Kumari de Patan et recevoir sa bénédiction. Celle de Katmandou est beaucoup plus riche et entourée que les autres kumaris du Népal (Patan et Bungamati); celle de Patan habite dans une petite maison modeste et vieillote et est heureuse de recevoir les offrandes des dévots qui viennent la voir.

 2015 - la Kumari de Patan

La vie des kumaris semble inhumaine pour la sensibilité des occidentaux et ce rite vraiment dépassé. Qu'en est-il de leur futur quand elle sortent à la puberté de cette condition de déesse et doivent retrouver la vie normale ? Pour nombreuses d'entre elles, c'est un vrai problème. Je vous conseille sur ce sujet le livre de Marie-Sophie Boulanger "Le regard de la Kumari " (Presses de la Renaissance), véritable enquête journalistique sur le sujet.

Plus de renseignements sur le site de widipédia :https://fr.wikipedia.org/wiki/Kumari

Retour à l'hôtel en rickshaws.

 Tout confort !

Et nous voici chez Mathieu Ricard, dans la guest house du monastère Sheshen à Bodnath. Le programme avait prévu une nuit dans un monastère situé dans les collines tenu par des nonnes, mais celles-ci ont renoncé à recevoir des touristes par peur du covid. Yam a réussi à obtenir des chambres dans cette guest house très confortable avec la promesse de pouvoir assister à la grande puja tôt le lendemain.

 Plus confortable que des cellules de moines !

Demain matin, nous espérons que la puja nous accorde un test PCR négatif pour pouvoir rentrer en France !

11

7 h du matin : nous voici toutes devant le magnigique temple de Sheshen bien restauré après le séisme qui l'avait fort endommagé en 2015. Les couleurs sont toute fraîches et rutilantes. Tout autour du temple se déploient les nouveaux bâtiments reconstruits où les moines ont leurs cellules. Simples et identiques mais sûrement correctes maintenant.

En 2019, réfection des peintures 

Nous laissons nos chaussures au pied des escaliers et nous faufilons sans bruit dans un bas-côté où nous nous asseyons sur des coussins. Autour de nous des pèlerins lisent les prières en même temps que les officiants sur ces livres tibétains caractéristiques dont les pages se tournent de bas en haut. Curieuse impression de me retrouver dans Tintin au Tibet ! Tout y est : les incantations psalmodiées par des voix de basse extraordinaires, les interruptions soudaines et brutales de conques, gongs, cymbales, sonnettes, trompes gigantesques, puis le murmure qui reprend accompagné de gestes codés des mains, mystérieux et élégants, parfois un claquement de doigts. C'est hypnotique et prenant. L'encens nous enveloppe ajoutant le parfum aux sons et à la gestuelle. Quelques clercs sont préposés à la disposition des offrandes. L'un d'eux passent plusieurs fois à intervalle régulier autour d'un présentoir pour faire pivoter d'un quart de tour le couvercle d'un brûle-parfum. Nous plânons un peu et, quand il faut partir au bout d'une bonne demi-heure, nous nous levons avec difficulté car, en tant qu'occidentaux, nous ne sommes pas habitués à la station assise en tailleur que les coussins bas imposent.

 Offrandes en pâte, livre, etc...

Revenus au Tibet Guest House, nous passons l'une après l'autre devant le médecin convoqué pour le test PCR. Verdict ce soir.

Et maintenant, en ce dernier jour du voyage, c'est l'ultime rencontre avec les enfants. Un pique-nique géant est prévu dans un parc à la sortie de Katmandou. C'est samedi, donc l'équivalent de notre dimanche et les Népalais y viennent nombreux pour s'amuser, pique-niquer, danser, se promener etc... Chaque groupe a amené de la musique enregistrée et une enceinte; un peu cacophonique, mais les groupes sont suffisamment éloignés pour ne pas se gêner.

Sushi et l'équipe ont installé une grand bâche bleue pour y disposer les marmites, assiettes, bols, cuillers, gobelets, car il ne faut imaginer un pique-nique avec des sandwiches. On amène le riz, le curry de légumes et de poulet, le riz soufflé, le yaourt, les bonbons, les fruits, les sodas etc... Pour les occidentales que nous sommes, il y a même les petites chaises en plastique de l'école pour nous éviter les courbatures! On rigole, on bavarde comme on peut avec les petites et en anglais avec les grandes. J'en profite pour essayer de toutes les photographier une par une; cela plaira aux sponsors. Et bien sûr, elles dansent et nous aussi, un petit peu. Certaines ont voulu mettre leur plus belle robe.

Puis c'est l'heure des adieux et bien sûr Sabita et moi avons les larmes aux yeux comme à chaque fois. Je reviendrai dans 2 ans, Sabita, promis.

 On est plus de 70 !
 Que de sourires !

Après ces agapes, il nous reste la fin de l'après-midi pour faire un peu de shopping à Thamel et bourrer les valises. J'emmène Sabine à la découverte du Katmandou commerçant mais non touristique : Asan Tole, Indra Chowk, Ranipokari etc... quelle foule ! En ce jour de congé, tous les Népalais font des courses. Il est bien difficile de circuler entre les motos et les piétons. La poussière et le bruit sont épuisants.

 Asan Tole et Indra Chowk - Le marché aux perles

Quelques immeubles anciens sont bien restaurés dans Katmandou. En réalité, ils sont reconstruits en béton armé pour résister aux futurs séisme et recouverts de briques pour respecter le style Newar. Nous poussons jusqu'à Ranipokari, le bassin de la reine, puis rentrons à l'hôtel.

 Ranipokari, tout juste restauré. - Une belle maison.

L'angoisse monte : serons-nous négatives ? 7:30 : Yam a en main les papiers médicaux. Il fait durer le suspens avec un peu de sadisme !! Oui, tout le monde a passé l'épreuve sans problème !

Pour fêter ça nous nous retrouvons toutes avec Yam pour le dîner au Rosemary et commandons des mojitos. Aïe, nous n'avions pas bien regardé le prix de ces cocktails et il faut vider nos portefeuilles des dernières roupies pour réussir à payer la note.

 Plus une roupie !

Demain, nous nous levons tôt pour le départ.

12

Contrairement à l'arrivée bien difficile, le voyage de retour se déroule sans problème et nous rejoignons Roissy avec 3/4 d'heure d'avance !

Mon impression générale au bout de ce séjour est que le peuple népalais, surtout celui des villes, a beaucoup souffert du confinement et des restrictions dues au covid. La pauvreté est plus grande qu'il y a 2 ans. En 2020, il me semblait que le Népal commençait à se sortir de sa position au sein du classement des pays les plus pauvres du monde, mais il semble avoir reculé. Beaucoup de gens sont sans emploi. Les touristes sont très peu nombreux, à tel point que chaque fois que nous arrivions dans un restaurant, le patron se précipitait pour nous prendre en photo ! Il était heureux de voir enfin des touristes !

Les écoles aussi ont perdu des élèves, sans doute retournés dans les montagnes. Beaucoup de parents n'ont plus les moyens de payer la scolarité.

Quelques photos illustrent ces conditions difficiles. Ne nous laissons pas tromper par les couleurs !

"Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux" - Proust

 Durs, les petits boulots.

Pendant ce temps, Laurence et Alice jouent les prolongations : elles restent 3 jours de plus pour randonner dans la vallée de Katmandou dans la région des collines. Collines, collines, c'est vite dit car les collines au Népal peuvent monter jusqu'à 2.500 m avant d'être honorées du nom de montagnes ! Guidées par Yam et un porteur, elles entament le 1er jour par un gros dénivelé de 1.100 m. Chisopani, Nagarkot et autres villages jalonnent leur route à travers les cultures en escaliers et terrasses. La végétation est magnifique : rhododendrons en fleurs, orchidées... Les villages vivent encore à l'ancienne avec buffles, paille etc...Par endroit, le séisme n'est pas oublié : il reste de spectaculaires maisons penchées.

 Une flore extrarodinaire
 Depuis 2015 !

Bernadette et son groupe entament leTamang herritage trail, Langtang and Gosaikunda trek avec Chitra Subba comme guide. ·

Partis en bus jusqu'à Shyabru Besi (1460m) (max 7-8h de route), ils passent par Gatlang (2 238 m- 5 heures de marche), Tatopani (2 607 m - 7 heures), Thuman (2.238 m - 6 heures), Bridhim (2229m-5-6h), Lama Hotel (2410m - 5-6h), Langtang Valley (3430m - max 6h), Kyanjin Gumba (3870m - 4h), Kyanjin Ri (4773m), Lama Hotel (2400m - 6-7h), Thulo Syabru (2250m - 5-6h), Sing Gompa (3331m - 4hrs), Gosaikunda (4160m - 6-7hrs), Ghopte (3430m via Lauribinayak - 6h), Kutumsang (3430m - 6-7hrs), Chisopani (2195m -6-7hrs), et finissent en bus pour rejoindre Katmandou où ils auront bien mérité un jour de repose avant de revenir en France.

Bernadette a juste envoyé quelques photos de Népalais des montagnes rencontrés au début de la marche. Je suppose que la connection internet n'est pas assez bonne pour en envoyer plus. Attendons ! Sûr qu'elle nous fera écarquiller les yeux sur les beautés des sommets.

 Un début prometteur !
Un mariage
Vie dure mais avec le sourire