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Le récit d'une escapade cycliste classique en 3 étapes et 191 km autour du Léman, documenté de quelques anecdotes sur l'histoire et la géographie des territoires traversés.
Du 13 au 15 juillet 2020
3 jours
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C'est plat, pas forcément dépaysant et très classique...: a priori pas ce que je recherche quand je voyage à vélo. Mais ce parcours a bien d'autres atouts!

De un, il est justement facile et accessible, parfait pour un tour en famille. Puisque j'ai la chance d'être accompagné par ma fille Aline (14 ans) et ma nièce/filleule Olivia (16 ans), cela devrait leur convenir, à ces sportives aguerries mais néanmoins novices en tant que cyclovoyageuses. Pour la route à suivre, il y a le parcours de cyclotourisme officiel du Tour du Léman sur 200 km ("La Suisse à vélo" n°46 sur 140 km, et le parcours français sur 60 km), bien sécurisé mais parfois très indirect. En alternative, les routes principales roulantes mais parfois trop motorisées, permettent d'accélérer un peu la cadence (elles sont notamment empruntées par le Cyclotour du Léman, randonnée cyclosportive populaire de 176 km organisée chaque année sur routes neutralisées). Entre ces deux extrêmes, nous trouverons le bon compromis pour un parcours adapté à nos envies du moment. Comptons environ 190 kilomètres, que nous choisissons de diviser en trois étapes.

De deux, ce grand lac a tant de choses à raconter: probablement le lac le plus chargé d'histoire de toute l'Europe. A défaut d'être le plus grand plan d'eau douce du continent, bien que devant l'austro-germano-suisse lac de Constance, mais dépassé d'un cheveu par le lac Balaton en Hongrie (ces trois lacs étant largement derrière quantité de lacs scandinaves ou lacs de barrages russes et ukrainiens). Mais nombre de villes historiques et de châteaux célèbres retracent le rôle fondamental du Léman comme symbole de ressources, de commerce, d'union et de frontière, de guerre et de paix, et finalement de prospérité pour toute une région. Des échanges historiques intéressants où chaque rive du lac a goûté au régime de l'autre: lac frontière entre les provinces romaines de Gaule celtique et de Gaule narbonnaise sous Jules César; lac "fermé" ensuite, entièrement burgonde à partir de l'an 443, puis intégré au Royaume de Bourgogne-Transjurane jusqu'au tournant du premier millénaire. Lac frontière à nouveau au Moyen Âge, avec les pouvoirs qui se répartissent les rives entre le Pays de Vaud au nord, la Maison de Savoie au sud et l'émergence d'un esprit d'indépendance dans la riche cité de commerce et de foires au bout du lac, Genève. Mais rien n'est simple puisque les vaudois furent ensuite annexés aux terres de Savoie durant trois siècles, avant d'être envahis par Berne en 1536. Et les haut-savoyards sont aussi passés, eux, à deux doigts de devenir canton suisse selon la volonté des populations des provinces au sud du Léman, finalement rattachées à la France en 1860 sous la condition de faveurs fiscales pour les échanges commerciaux avec la Suisse [des détails à ce sujet dans mon blog de voyage Genève-Cagliari à vélo en 2009].

De trois, rien de mieux qu'un tour du lac pour mieux découvrir notre région lémanique. Et oui, année Coronavirus, année du tourisme local! Et le Léman est un vrai champion du consensus local. Il ne fait pas de jaloux autour de lui. Contrairement à la plupart des lacs, il n'a pas pris le nom d'une ville, il est lui-même une entité géographique qui donne un nom commun à un territoire administrativement morcelé. Alors oui, le terme Lac de Genève est aussi reconnu comme appellation officielle par le cadastre. Mais à part les genevois, tout le monde s'en fout (il reste toujours les termes Genfersee et Lake Geneva pour assurer sa renommée internationale). Le Léman est unique: aucune entité terrestre ne se l'approprie. C'était pourtant le cas par le passé avec, rive sud, le département du Léman, ancien département français entre 1798 et 1813 qui réunissait les terres de Genève (brièvement annexée par la France), du pays de Gex et de la partie nord de l'ancien département du Mont-Blanc. Rive nord, même époque, le canton du Léman exista entre 1798 et 1803 dans la très éphémère République helvétique, avant de reprendre son nom historique de Pays de Vaud pour intégrer la Confédération suisse. Aujourd'hui, le Léman est partagé entre deux nations, trois cantons et un département, quatre grandes agglomérations, plus de soixante communes – toutes unies dans ce bassin lacustre commun. Il est d'ailleurs amusant de voir comme ces différentes parties du lac se reflètent en miroir. Au château fort médiéval d'Yvoire répond celui de Chillon, tous deux destinés à l'origine aux comtes de la Maison de Savoie. A Lausanne "Capitale Olympique" répondent les véritables sites olympiques savoyards (Chamonix 1924, Albertville 1992). Au métro automatique M2 lausannois, version moderne de l'ancien funiculaire Ouchy-Gare, répondent les funiculaires historiques d'Evian (le « petit métro évianais » de 1913) et de Thonon, toujours en service depuis 1888 mais lui aussi automatisé depuis 1989. Au musée Chaplin's World de Vevey répond l'exposition sur les Frères Lumière du Palais... Lumière à Evian (père des deux frères!). Au célèbre casino d'Evian répond celui non moins renommé de Montreux. Aux vins vaudois du Lavaux et de La Côte répondent les vignes plus confidentielles de Ripaille et Crépy du Chablais Haut-Savoyard. A la fondue et la raclette fièrement suisses répond la tartiflette savoyarde. Etc., la liste est à compléter!

Trois raisons donc de partir à trois pour cette escapade de trois jours, de Genève à Genève, dans le sens "tour de piste" – en référence à l'athlétisme – ou à un vélodrome, pour rester dans le sujet cycliste.

Clic >>> Accès au parcours sur Google Maps

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13.07.2020

Étape 1 • 57 km • Cumul 57 km

Belle journée estivale à l'horizon. Trois protagonistes d'excellente humeur. Alors départ! Depuis Onex, facile de gagner le vrai point de départ de ce tour de Genève à Genève: l'Horloge Fleurie du Jardin Anglais, qui marque l'extrémité ouest de la rive gauche du lac, avant que ses eaux le quittent sous le pont du Mont-Blanc juste à côté, pour reformer le Rhône.

Mes deux jeunes accompagnantes devant l'Horloge Fleurie du Jardin Anglais à Genève.

Ici le lac ne se dévoile pas dans toute son ampleur. Il offre un magnifique décor à cette rade genevoise entourée de bâtiments de prestige. Mais ce qu'on voit du lac n'est que la pointe occidentale du Petit Lac, cette partie resserrée du croissant, dont la largeur maximale de 4.7 km est presque triplée à 13.8 km au-delà d'Yvoire, début du Grand Lac.

La rade de Genève. 

Monument qui rend hommage au lac en lui offrant une dimension verticale, le Jet d'eau est bien au rendez-vous – après avoir eu droit à un confinement Covid-19 de 83 jours. L'orientation de l'eau tombante de 140 mètres de haut nous indique un très léger vent de face pour notre parcours – une bise lémanique garante d'un ciel bleu pour toute la journée.

La rade de Genève sur fond de Jura. 

Nous quittons la ville le long de ses nouvelles plages, en train de reconquérir les quais de la Rive gauche par de gros travaux d'urbanisme lacustre. A moins de 20 km d'Onex, le franchissement de la rivière Hermance, entre le village du même nom et celui de Chens-sur-Léman, nous mène en France voisine tout en nous éloignant des rives du lac: il ne sera presque plus visible avant Évian.

 Pont sur l'Hermance, passage de la Suisse à la France.

Le tour du lac stricto sensu doit ici prendre un détour pour suivre la forme du bassin, contournant cette plaine péninsulaire aussi nommée "Presqu'île du Léman". Nous passons alors à Yvoire, bourg fortifié très bien préservé et devenu très touristique, bâti à l'emplacement stratégique entre le Petit et le Grand lac. Avec son château fort, ce lieu a été utilisé par les contes de Savoie pour s'opposer au rayonnement de Genève au Moyen Âge.

Yvoire. 
 Le château d'Yvoire.
Vue vers la côte vaudoise depuis Yvoire. 

La suite, après un parcours peu attractif entre routes à trafic rapide ou chemins pas forcément adaptés au vélo, c'est Thonon-les-Bains, cœur de la plus grande agglomération de la rive française (90'000 habitants). Anciennement capitale de la province du Chablais au sein du Royaume de Sardaigne. En 2020, Thonon est aussi la limite orientale de l'agglomération transfrontalière du Grand Genève et son million d'habitants.

Pause sandwich avec jambon "du pays" – il est bon – et chocolat savoyard – ça existe.

Thonon-les-Bains: Hôtel-de-Ville et Port.

Restent alors les derniers kilomètres jusqu'à Évian-les-Bains, déjà plus agréables. Nous arrivons à destination à temps pour encore bien profiter de notre après-midi dans cette ville d'eau. C'est au cours du XIXe siècle quelle a lancé son essor grâce au thermalisme.

 Évian-les-Bains, Palais Lumière. 
 Évian-les-Bains, Hôtel-de-Ville.

Évian n'est pas intégrée administrativement à l'entité du Grand Genève, mais s'en est grandement rapprochée ferroviairement. Sa gare la relie depuis fin 2019 à la rive droite du lac, jusqu'à Coppet la vaudoise en passant par Genève. Si le lac n'a plus de territoire à son nom, il a désormais un réseau de trains suburbains baptisé Léman Express. Avec une très belle gare, dont la marquise a valeur de patrimoine régional remarquable, en guise de terminus de sa ligne 1 – privilège partagé avec même quelques TGV Paris-Evian!

 Gare d'Évian-les-Bains.

Et pour clore cette journée, la splendide vue sur le lac depuis les hauteurs de la ville.

 Vues sur le Léman depuis les hauteurs d'Évian-les-Bains.
J2

14.07.2020

Étape 2 • 66 km • Cumul 123 km

A Évian, notre deuxième journée de voyage commence tranquillement et symboliquement par le remplissage de nos gourdes cyclistes à la source Cachat, la plus célèbre des nombreuses sources d'Évian, pour avoir été à l’origine de la commercialisation des eaux minérales de la ville. Un Évianais dénommé Gabriel Cachat hébergeait à la fin du XVIIIe siècle un comte auvergnat, réfugié dans cette terre savoyarde du Royaume de Sardaigne pour fuir la Révolution française. Buvant chaque jour à la source du jardin, il est rapidement guéri de ses problèmes de calculs rénaux. L'eau commence alors son chemin vers la gloire: Cachat enclôt sa source et se met à vendre le précieux liquide. Les médecins la prescrive en cure. C'est les prémices de la future Société anonyme des eaux minérales d’Évian-les-Bains, désormais contrôlée par Danone.

 La source Cachat des Eaux d'Evian, et le splendide cèdre qui la surplombe.

A partir dÉvian, notre expérience de voyage est très différente de la veille. La route est beaucoup plus proche du lac – la plupart du temps carrément en bordure directe. Les Alpes sont ici aussi plus proches de la rive, avec le massif du Chablais dont les premiers sommets se dressent juste au-dessus des falaises qui tombent dans le Léman. La montagne franco-suisse des Cornettes de Bise domine tout ce bassin à 2431 mètres, soit 2059 mètres au-dessus de la surface de l'eau!

C'est le tronçon le moins construit des côtes du lac, le seul où l'on se trouve en dehors de la zone d'influence de l'une des agglomérations lémaniques. Peu de trafic donc, ce qui est agréable sur ces routes sans échappatoire cyclable. Nous sommes poussés par une conjonction d'éléments motivants, entre l'air pur et naturel descendu des montagnes, la route silencieuse pour nous tous seuls, la belle vue au large sur le lac et les Préalpes vaudoises et fribourgeoises, le temps au beau fixe et, facteur déterminent selon les lois de la physique cycliste, un vent favorable! De quoi arriver rapidement à Saint-Gingolph, la sympathique station binationale coupée par la rivière Morge qui fait office de frontière. Retour en Suisse donc, en Valais cette fois pour le court tronçon de rive appartenant à ce canton.

D'Évian à Saint-Gingolph, vraiment au bord de l'eau!
 Montreux et les Préalpes vaudoises depuis Saint-Gingolph.

Au Bouveret, nous voilà arrivés à l'embouchure du Rhône. A cet endroit, les chemins s'écartent à nouveau du lac, provisoirement. La passerelle des Grangettes permet quand même aux cyclistes d'éviter un détour par le premier pont routier en remontant le Rhône, celui de la "H144" à 4 km en amont. La passerelle nous envoie dans le canton de Vaud, entité qui s'octroie la majorité absolue du pourtour du lac avec 51% des kilomètres de rive. Le parcours cyclable n°46 emprunte alors des chemins très agréables dans l'une des rares zones naturelles lémaniques, la petite réserve des Grangettes, site humide d'importance mondiale, qui est un petit reste des marais du Rhône qui recouvraient la plaine il y a 150 ans.

 Traversée du Rhône entre Vaud et Valais (passerelle et réserve des Grangettes).

Nous retrouvons ensuite dès Villeneuve, à l'extrémité orientale du lac, une civilisation urbaine et toutes les infrastructures que cela suppose: nombreux carrefours, voies et arrêts de trolleybus, chemin de fer et route qui se disputent l'espace serré contre le lac, autoroute en surplomb. Mais tout cela est ingénieusement intégré au paysage et à la topographie compliquée et les points de vue sont magnifiques. C'est l'agglomération Vevey-Montreux de la Riviera vaudoise, avec près de 90'000 habitants. Elle offre de multiples occasions de s'arrêter pour profiter du paysage, de ses monuments historiques, des parcs et terrasses de ses villes, de ses plages, ports et pontons. L'élément le plus emblématique est sans aucun doute le château de Chillon, monument historique le plus visité de Suisse. Il occupe un promontoire hautement stratégique, entre Vaud et Valais mais plus globalement entre le nord des Alpes (notamment Paris) et les accès aux cols vers l'Italie (Grand-Saint-Bernard et Simplon), le tout avec un point de vue et de contrôle incomparable sur la côte savoyarde en face. C'est donc un emplacement militaire de premier choix, également commercial pour appliquer des droits de péage, qui fut occupé par différentes constructions dès le Xe siècle. On voit encore sur les façades de la forteresse actuelle les blasons de ses occupants successifs, d'abord la maison de Savoie jusqu'en 1536 puis les Bernois jusqu'en 1798.

 Villeneuve.
Château de Chillon.

Ensuite c'est le cœur de la Riviera:

Montreux et ses quais très animés à l’atmosphère méditerranéenne. Et évidemment son Montreux Jazz Festival, qui devait se dérouler actuellement, comme chaque année en juillet, mais annulé par la pandémie de Covid-19. Fondé en 1967, il est un rendez-vous musical de classe mondiale qui a généré des performances incroyables par des légendes du jazz, blues mais aussi rock voire pop ou electro. Sa collection unique d’archives audiovisuelles numérisées est aujourd'hui inscrite au Registre de la Mémoire du Monde de l’UNESCO.

Vevey et sa vaste place du Marché, banal parking qui devient presque le centre du monde une fois par génération avec sa Fête des Vignerons, organisée par la Confrérie des Vignerons de Vevey depuis 1797. L'événement scénographique est, lui aussi, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. Si vous avez raté l'édition 2019, rendez-vous vers 2040 pour la treizième édition.

 Montreux.

Après la Riviera, c'est Lavaux, un intermède terrien avant la prochaine agglomération, Lausanne. Probablement le plus beau paysage du Léman. Au bord du lac, le spectacle visuel est souvent le panorama vers la rive d'en face. Ici, on est en plein dans le spectacle lui-même. Cette région viticole qui présente ses vignobles en terrasses a, elle aussi, droit à son classement au patrimoine mondial de l'humanité de l'UNESCO! Elle jouit d'une grande richesse de sols, ainsi que de micro-climats pour lesquels les vignerons ont développé un savoir-faire qui leur permet d'offrir au raisin les meilleures conditions, avec un ensoleillement amplifié par le soleil réfléchi sur le lac, et les murs de pierre qui apportent chaleur et abri aux plants. Quant au parcours à vélo, il est très agréable sur la route cantonale, ex-2x2 voies désormais redimensionnée et bordée de larges bandes cyclables. Pour rouler en sécurité, plus nécessaire donc de suivre la voie "La Suisse à vélo" qui surplombe la route du Lac à environ 150 mètres de dénivelé plus haut, qui offre une expérience du terroir encore plus bucolique, mais bien moins rapide et directe.

Les vignobles en terrasses de Lavaux.
Le village de Saint-Saphorin au cœur de Lavaux.
Vue depuis Saint-Saphorin vers Saint-Gingolph.

Et donc finalement, dans une transition assez directe entre vignes et urbanité à hauteur de Lutry, voici l'agglomération lausannoise. Quatrième zone urbaine la plus peuplée de Suisse puisqu'elle a récemment dépassé la capitale Berne avec plus de 420'000 habitants, elle concentre une bonne moitié de la population du canton de Vaud. Nous entrons en ville par le quai d'Ouchy, belle promenade lacustre qui mène vers les réalisations prestigieuses que sont l'Hôtel Beau-Rivage Palace et le Château d'Ouchy pour le XIXe siècle, le Musée Olympique pour le XXe siècle et le métro automatique M2 avec sa station terminus Ouchy-Olympique pour le XXIe siècle.

C'est au bout du quai, sur la place du Vieux-Port que nous jouissons de l'arrivée de cette splendide étape, avec une glace artisanale de chez Veneta, "Glaciers de père en fils depuis 1935", d'abord en Toscane puis depuis 1977 à cet endroit. Depuis la baraque à glaces pieds dans l'eau, nous pouvons admirer presque tout notre parcours du jour dans un panorama grandiose avec Évian juste en face de nous – à 12 km à vol d'oiseau, mais cinq fois plus par le tour du lac.

Il nous reste encore assez de temps pour profiter d'un bon bain, à choix dans le lac ou dans les bassins adjacents de la piscine de Bellerive. Nous voilà aux deux-tiers du projet et tout se passe merveilleusement bien!

 Arrivée à Lausanne par le quai d'Ouchy.
Vue au large de Lausanne, vers Évian, depuis le quai de Bellerive.
J3

15.07.2020

Étape 3 • 68 km • Cumul 191 km

Matin nuageux pour ce troisième et dernier jour de notre petite boucle. Pas de quoi nous décourager, nous avons bien profité des deux jours de grand ensoleillement. Lausanne, on pourrait s'y attarder pour une journée de tourisme et/ou shopping, mais notre programme reste fidèle au bord du lac - soit à environ 1.5 km ou cinq stations de métro du vrai centre-ville. Nous prenons donc directement la route vers l'ouest. Elle nous amène devant des fleurons vaudois d'architecture contemporaine audacieuse, eux-mêmes symboles de deux institutions qui font la renommée mondiale de Lausanne.

D'abord, le nouveau siège du Comité International Olympique (CIO), datant de 2019, sobrement appelé la Maison Olympique – oeuvre du cabinet danois d'architectes 3XN. Le CIO est installé depuis 1915 à Lausanne qui remplace alors Paris – mais le titre de Capitale Olympique ne lui a été attribué officiellement qu'en 1994. Ce nouveau bâtiment permet de réunir les 600 employés qui travaillent à l’organisation des Jeux d’été, d’hiver, et de la jeunesse. Jeux d'hiver de la jeunesse qui ont eu lieu plus tôt cette année à Lausanne justement. Par chance, juste avant que le Coronavirus ne mette son veto à tous les autres grands événements sportifs prévus durant cette année des Jeux de la XXXIIe olympiade (Tokyo 2020).

Ensuite, un peu plus loin dans la commune voisine d'Ecublens, c'est le prestige académique qui s'affiche avec le Rolex Learning Center de l'EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne). Oeuvre de l'agence japonaise d'architecture SANAA, il a pris ses quartiers en 2010 pour fonctionner comme laboratoire d’apprentissage, bibliothèque, centre culturel et lieu de restauration, en plein dans le vaste campus qui réunit 15'000 étudiants, chercheurs et collaborateurs. Un bâtiment qui joue entre des dimensions horizontales impressionnantes (120x160 mètres) et une troisième dimension verticale discrète par son ampleur (un seul niveau!) mais très marquée par les ondulations qui sont données aux dalles inférieure et supérieure, tel un tapis volant. Un véritable défi posé aux ingénieurs civils.

Maison Olympique et Rolex Learning Center. 

Poursuivons sur la route principale "1", la magistrale de l'époque pré-autoroutière, qui parcourt tout le plateau suisse du Léman au lac de Constance via la majorité de ses plus grandes villes: Genève, Lausanne, Berne, Zurich, Winterthour. Rôle désormais attribué à l'autoroute A1, si bien qu'il est tout à fait possible de circuler tranquillement à vélo sur cet axe sans s'imposer les nombreux détours de la route cyclable parallèle n°46. Voilà donc Morges, la petite soeur de Lausanne au sein de cette agglomération Lausanne-Morges, et sa très sympathique Grand-Rue, qui plus est en ce jour de marché.

 Morges, la Grand-Rue.

A Saint-Prex, la météo toujours grise nous offre une sensation de grand large vers l'horizon. Bien différente des vues des deux journées précédentes, avec le soleil et le ciel clair qui semblent rapprocher les rives. Cette vision rappelle que le Léman n'est pas un lac forcément tranquille et peut aussi générer des conditions de navigation compliquées. D'ailleurs le port de Saint-Prex accueille l'un des 22 phares qui alertent les plaisanciers du lac en cas de risque de vent fort ou d'orage.

 Vue vers l'est depuis le phare de Saint-Prex.

Vers le petit village de Buchillon, un beau champ de tournesol égaye un peu la grisaille et démontre aussi que cette région viticole de La Côte a aussi d'autres atouts que la vigne.

Au-dessus de Buchillon. 

Ensuite, voilà la petite ville de Rolle, et encore un château savoyard au bord de l'eau. Il fait face à l'une des rares îles du lac, l'île de la Harpe.

L'île de la Harpe à Rolle.

Nous avons droit à un petit épisode pluvieux avant Nyon et nous profitons des restaurants sous les arcades de la vieille ville pour nous mettre à l'abri. Nyon, c'est la ville indissociable du plus grand festival de musique en plein air de Suisse organisé chaque été en juillet, sauf en 2020 – le Paléo Festival, encore une victime du coronavirus. Nyon marque aussi notre retour dans le territoire du Grand Genève, quitté il y a deux jours vers l'orient et regagné cette fois par son pôle régional le plus septentrional.

Et presque en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, nous voilà à Genève, destination Horloge Fleurie! Enfin nous avons quand même profité en route d'un dernier arrêt à Versoix, porte d'entrée du canton de Genève, pour visiter la boutique de la manufacture de Favarger, chocolatiers genevois depuis 1826. Et enfin notre entrée en ville par le quai Wilson, la traversée du Rhône sur le pont du Mont-Blanc, et la photo souvenir après 191 kilomètres d'une magnifique escapade cycliste. Bravo les filles, vous avez vraiment assuré! Ah oui, n'oublions pas, en guise de récompense finale, qu'il faut encore remonter jusqu'au plateau d'Onex pour franchir le ruban d'arrivée...