13 étapes
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Du Léman à l'Atlantique, acte 2, après les Pyrénées. Traversée de la péninsule ibérique entre Èbre, Douro et Tage. Plaines arides dépeuplées, hautes cordillères, vallées fertiles et villes secrètes.
Septembre 2021
11 jours
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par Emmanuel Fankhauser, alias manubybike

Cyclovoyageur intermittent, je pars à la (re)découverte de l'Europe, pour cerner son actualité, traquer son histoire et fouiller sa géographie au gré du pédalage. Voici mon quatrième voyage à vélo de la Suisse jusqu'aux confins du continent. Genève - Lisbonne, du Léman à l'Atlantique, 2'298 km en 18 étapes, réparties en deux voyages de 9 étapes chacun et réalisés en 2018 et 2021.

Genève - Lisbonne 2018/2021, quatrième voyage de la Suisse aux confins de l'Europe.
Suisse - France - Andorre - Espagne - Portugal
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Genève - Lisbonne en 18 étapes et 2'298 km.
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Acte I, 2018 : Genève – Saragosse, 9 jours, 1'182 km

Du Léman et la vallée du Rhône, via le Massif Central et les Pyrénées, une alternance entre voyage-découverte et test de résistance contre une météo déchaînée, jusqu'à cette ville épatante située dans la vallée de l'Èbre à mi-chemin entre Genève et Lisbonne.

1. Genève.ch - Lyon.fr | 172 km

2. Lyon.fr - Le Puy-en-Velay.fr | 151 km (323)

3. Le Puy-en-Velay.fr - Mende.fr | 116 km (439)

4. Mende.fr - Millau.fr | 84 km (523)

5. Millau.fr - Castres.fr | 126 km (649)

6. Castres.fr - Foix.fr | 118 km (767)

7. Foix.fr - Andorra la Vella.ad | 110 km (877)

8. Andorra la Vella.ad - Lleida.es | 155 km (1032)

9. Lleida.es - Zaragoza.es | 150 km (1182)

Ce voyage est présenté dans le récit Genève - Lisbonne à vélo, acte 1 jusqu'à Saragosse.

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 Acte I du voyage : Genève - Saragosse en 9 étapes et 1'182 km.
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Acte II, 2021 : Saragosse - Lisbonne, 9 jours, 1'116 km

Au-delà des Pyrénées, la traversée de la péninsule ibérique entre ses grands fleuves Èbre, Douro et Tage, par de grandes plaines arides dépeuplées, des hautes cordillères, des vallées fertiles et des villes secrètes, jusqu'à la façade Atlantique, pour tomber sur la fière capitale portugaise.

10. Zaragoza.es - Tudela.es | 104 km (1286)

11. Tudela.es - Soria.es | 103 km (1389)

12. Soria.es - Aranda de Duero.es | 125 km (1514)

13. Aranda de Duero.es - Valladolid.es | 101 km (1615)

14. Valladolid.es - Salamanca.es | 128 km (1743)

15. Salamanca.es - Guarda.pt | 166 km (1909)

16. Guarda.pt - Coimbra.pt | 157 km (2066)

17. Coimbra.pt - Nazaré.pt |103 km (2169)

18. Nazaré.pt - Lisboa.pt | 129 km (2298)

Ce voyage est présenté dès le prochain chapitre, jour après jour.

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Acte II du voyage : Saragosse - Lisbonne en 9 étapes et 1'116 km.

Trois ans ont passé. En 2018 je partais de Genève vers l'ouest. Avec l'idée, comme tous mes voyages cyclistes, d'atteindre une ville-symbole des côtes continentales. Celle de l'Atlantique cette fois, en visant Lisbonne. Pour faire durer le plaisir j'ai coupé ce voyage en deux actes : le premier jusqu'à la capitale aragonaise, Saragosse, située à mi-chemin entre Genève et Lisbonne. Les Pyrénées sont derrière moi, la Catalogne aussi, et depuis l'Aragon je vais m'attaquer à la région historique de la Castille pour finir au Portugal. Voilà le programme pour ce deuxième acte !

Le gros du voyage va se dérouler sur la Meseta centrale, ce vaste haut-plateau qui élève près de la moitié de l'Espagne à des altitudes de 700 à 1’000 mètres. Sans compter les nombreux massifs montagneux qui dépassent allègrement les 2’000 mètres. Il y a donc de quoi bien s'amuser à vélo, pour autant que l'on s'écarte des larges vallées où coulent les plus grands fleuves. Ils sont trois à se présenter tout au long du parcours que je vais suivre. A Saragosse, c'est l'Èbre, qui se jette encore dans la Méditerranée. Il faut alors franchir la cordillère ibérique pour se retrouver sur la Meseta, et depuis ce côté-ci, les eaux partent vers l’Atlantique : le Duero/Douro au nord de Madrid, jusqu'à Porto, et le Tage (Tajo/Tejo) au sud de Madrid, jusqu'à Lisbonne. Entre deux, il y a la cordillère centrale, qui se prolonge au Portugal pour y fixer le point culminant du pays (hors Açores), la Serra da Estrela à 1’993 mètres. Et au bout du compte, enfin, la façade océanique de la péninsule ibérique.

Alors, plutôt fleuve ou montagne ? Dans tous les cas, il y aura des chemins de découverte et des villes-étapes charmantes, à l'écart de la métropole madrilène et ses 6.5 millions d'habitants. La péninsule ibérique s'ouvre à moi d'une manière encore inconnue. Il suffit de quelques noms d'une certaine réputation pour que la curiosité m'y attire : Valladolid, Salamanca, Coimbra... Alors allons-y étape par étape, en route pour l'acte II !

Mille-deux-cents jours de patience… Voilà ce que j'ai attendu pour reprendre ce voyage où je l'avais (volontairement) interrompu. C'est long mais que ça fait du bien d'y être! J'ai pu en rêver, l'esprit plongé dans les cartes d'un écran d'ordinateur, et aussi à l'ancienne sur des cartes papier grandes ouvertes. Alors j'ai vécu les dix heures de train de Genève Cornavin, via Lyon Part-Dieu et Barcelona Sants, jusqu'à Zaragoza Delicias, comme un… délicieux revival des 9 premières étapes, en mode hyper-accéléré.

Dernier changement de TGV à Bercelona Sants pour arriver enfin à Zaragoza Delicias (à droite).

Arrivée donc la veille, tard, pour remonter mon vélo réduit à la taille d'une housse prévue à cet effet et qui mesure au maximum 120 x 90 cm. Règlement TGV... Pas facile vu la taille XL de la monture. Il faut démonter roue avant, guidon, selle, pédales, et forcer un peu pour que tout rentre dans la housse. Ouf.

Alors oui quel bonheur de revoir Saragosse! Toujours aussi belle - de nuit pour commencer - c'est un coup de cœur secret et je conseille sa visite (à mi-chemin du TGV Madrid-Barcelone, environ 1h30 de voyage de chaque côté).

La gigantesque Basilique de Nuestra Señora del Pilar de Saragosse et son reflet sur l'Èbre.
Plaza del Pilar et Calle de Alfonso I.
J10

10.09.2021

Étape 10 • 104 km • Cumul 1286 km

Zaragoza > Remolinos > Bardenas Reales > Tudela

Après la nuit à Saragosse, ce matin le vélo est fin prêt, le cycliste je crois bien aussi. En route! Petit circuit dans Saragosse encore une fois pour le plaisir, et parce que le ciel est tellement beau ce matin.

On y va mon coco?
Cathédrale du Saint-Sauveur et Basilique Notre-Dame-du-Pilier de Saragosse.
Avant le départ de Saragosse, encore cette belle vue sur la Basilique qui domine l'Èbre.

Direction nord-ouest - oui, c'est original pour aller au Portugal, là je vais plutôt vers Bilbao (joli les rimes…). En fait Saragosse est tellement isolée dans ce vaste triangle Madrid-Barcelone-Bilbao, qu'une fois sorti de ville, il n'y que des autoroutes pour aller ailleurs… Ou alors il faut espérer que les outils de navigation cycliste, qui trouvent toujours un parcours à la vie à la mort, proposent autre chose que des sentiers impraticables - je me suis déjà fait avoir à ce petit jeu-là. Donc par précaution je suis la fertile vallée de l'Èbre. Mais là aussi, rien n'est garanti. Je vais tout essayer: sortie de ville sur une avenue rapide qui devient Autovia (la variante espagnole des semi-autoroutes, mais qui n'ont rien de semi; les autres sont des Autopistas). Heureusement il y a des voies de service continues, limitées à 50 km/h, qui desservent les zones commerciale et industrielles interminables en bordure de route. C'est moche, mais ça a le mérite de permettre d'avancer tout droit vite fait et en sécurité vers des contrées rurales plus accueillantes.

Vallée de l'Èbre, cordon de verdure délimité rive gauche (nord) par une étonnante barrière sédimentaire, les Montes de Castejón.

Quand la voie de service s'arrête, je me fie au navigateur pour me sortir de là et trouver un semblant de route provinciale. Ca passe par des chemins agricoles de cailloux et de poussière, des ponts en va-et-vient par-dessus l'autoroute ou le chemin de fer, et enfin je tombe sur la provinciale 126. Welcome to the far west? On s'y croirait, mais que d'un côté de la route! De l'autre, vastes champs de plaine à perte de vue. Joli contraste, les tournesols! Très peu de civilisation, juste un village endormi, Remolinos.

Les contrastes de la vallée de l'Èbre le long de la route provinciale 126.

La route passe de la communauté autonome d'Aragon à celle de Navarre - de son nom officiel communauté forale de Navarre. Petit territoire, mais non moins prestigieux puisqu'issu du Royaume de Navarre, qui réussit à se maintenir pendant mille ans coincé entre les deux royaumes géants de la péninsule, ceux de Castille et d'Aragon. Il fut réduit au statut de simple province castillane en 1833 pour retrouver son autonomie en 1982, en vertu de la volonté de décentralisation du pouvoir espagnol et du rétablissement de territoires auto-administrés correspondant grosso-modo aux royaumes historiques.

Sa capitale est Pampelune (Pamplona ou Iruña), et une petite moitié de son territoire est de langue basque (bienvenue dans la Nafarroako Foru Komunitatea). Mais je ne goûterai ni à l'une ni à l'autre. Ma destination sera Tudela, deuxième ville navarre avec 35'000 habitants. Avant ça, je vais me régaler un peu: large détour hors des sentiers battus pour pénétrer dans les Bardenas Reales de Navarre.

Entrée dans la Navarre, et juste après, détour vers le nord par le parc naturel des Bardenas Reales.

Les Bardenas, c'est le nom des reliefs arides situés à l'est de Tudela. Une zone absolument surprenante! Les sédiments, creusés par les brefs déluges d'intersaison qui s'évaporent aussi vite qu'ils se sont déversés, se montrent sous des formes (collines tabulaires, canyons) et des couleurs (blanc-beige-ocre) qui sont complètement inhabituels en Europe. Périmètre classé parc naturel et réserve de la biosphère, on peut le parcourir sur un réseau de chemins de gravier. J'en profite d'une petite partie seulement, pour un avant-goût déjà bien réjouissant. Voilà un de ces coins secrets que l'on peut dénicher dans ce genre de voyage! Qui aurait l'idée de venir sans autre raison…

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Dans le parc naturel et réserve de la biosphère des Bardenas Reales de Navarre.
En bordure des Bardenas, des éoliennes par dizaines.
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Pour finir, une petite formule sur le compagnon du jour: le vent! Pas extrême mais soutenu, toute la journée, de face bien sûr, canalisé par les reliefs latéraux. Dans ces contrées, les parcs d'éoliennes démontrent qu'il est une ressource inépuisable. Mais pour le contrer le cycliste doit, lui, puiser dans ses ressources qui ont forcément une limite. Alors même si l'étape était plutôt modeste, histoire de commencer en douceur pour pouvoir monter en puissance au fil des jours, j'arrive à Tudela quand même fatigué - et heureux de pouvoir encore profiter des terrasses ensoleillées de sa belle et grande Plaza de los Fueros. La vieille ville est charmante, c'est aussi une belle découverte!

Arrivée à Tudela: le pont sur l'Èbre et la Plaza de los Fueros.
Centre historique de Tudela.
La cathédrale de Santa Maria de Tudela, et ses cigognes.
Fin de l'étape!
J11

11.09.2021

Étape 11 • 103 km • Cumul 1389 km

Tudela > Cintruénigo > Fitero > Cervera del Río Alhama > Aguilar del Río Alhama > Castilruiz > Soria

De Tudela, Navarre, 263 mètres d'altitude, à Soria, Castille-et-León, 1'063 mètres d'altitude. A part leur taille semblable, près de 40'000 habitants, ces deux villes sont dans deux mondes bien distincts. Et il y a même un troisième monde entre deux, la Rioja. C'est ce que l'étape du jour va me montrer. Elle sera magnifique, la nature à l'état pur. Les photos parleront d'elles-mêmes, pas grand-chose à rajouter!

Donc je quitte Tudela et aussi cette vallée de l'Èbre, seul grand fleuve méditerranéen d'Espagne. Avec encore de belles vues de Navarre.

Entre Navarre et Rioja.
Vautours sur les rochers le long du rio Alhama, entre Navarre et Rioja.

Puis s'ensuit une brève incursion en territoire de la Rioja, petite région devenue indépendante des anciens royaumes de Navarre et de Castille qui se la disputaient autrefois. La plus petite des dix-sept communautés autonomes espagnoles avec 320'000 habitants, soit 0,7% de la population nationale seulement. En gros, elle correspond en habitants et en superficie au canton du Valais. La seule ville importante de la région est sa capitale Logroño, tout le reste est très rural ou montagneux, avec les pentes basses des coteaux qui font la part belle aux vignes.

Je ne roule qu'une vingtaine de kilomètres dans ce territoire, mais bien assez pour m'en mettre plein la vue et la bouche, dans la réserve naturelle de la Sierra de Alcarama and Valle del Río Alhama. Oui, le vin d'ici est le plus coté d'Espagne, mais il n'y a pas que ça - photos à l'appui!

Entrée dans la communauté de Rioja, sur la route du vin, bien sûr!
Que de bonnes choses dans la végétation - sauvage ou cultivée - de la Rioja!

Les paysages du sud de la Rioja, dans le canyon du rio Alhama, sont vraiment sublimes.

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Le sud de la Rioja, dans le canyon du rio Alhama.

Cette incursion riojane prend fin en pleine ascension vers la Meseta centrale d'Espagne (voir l'explication dans l'introduction). La route s'éloigne peu à peu du canyon pour franchir l'une des nombreuses Sierras de la cordillère ibérique. C'est ici que commence la Castille, qui occupe depuis des siècles les vastes hauts plateaux de la péninsule. La partie au nord de Madrid, c'est la Castille-et-León. Je commence par la province de Soria, très sauvage, la moins peuplée du pays. On y vit des cultures maraîchère, céréalière et forestière. Je me fais arrêter par un ouvrier maraîcher en pleine côte: il me régale de figues et d'abricots, et m'invite à remplir mes gourdes à la source qui coule de la roche, où je trouve encore des mûres sauvages. Waouw, quel festin!

Encore quelques beaux panoramas, où les reliefs de canyon laissent peu à peu la place à l'agriculture de plaine - mais nous sommes bien à près de 1'200 mètres d'altitude. Paysages de nature et d'agriculture, mais tout parait fantomatique, d'une austérité amplifiée par le ciel devenu gris métallique, balayé par les vents, sans âme qui vive à l'horizon.

Une nouvelle frontière - un moment toujours appréciable qui marque la progression du voyage!
Dernière vue du canyon avant la Meseta centrale.
Et le voilà ce haut-plateau de la Meseta, au panorama infini et austère, balayé par les vents.

Et pour finir, arrivée dans la capitale provinciale, Soria, au-delà du pont de pierre qui franchit le... Douro! Sa source est toute proche, de là il a encore 900 km à descendre pour arriver à Porto. Mais me voilà déjà du côté des eaux atlantiques.

Soria, derrière son pont de pierre sur le Douro, encore tout proche de sa source.

Pour terminer cette journée marquée par une alimentation du terroir à base de fruits et d'eau fraîche, changement radical de régime ce soir. On ne visite pas Soria sans avoir goûté à sa spécialité culinaire, le torrezno de Soria. Il s'agit de lanières de bacon mariné et frites de manière à obtenir une croûte aussi croustillante que possible. Dégustation très nourrissante à l'heure de l'apéro. Et pour parfaire le plein de protéines, je m'offre un mini-grill de table sur la terrasse d'un excellent restaurant de plats typiques.

Soirée suivie d'une promenade digestive dans le beau parc central Alameda de Cervantes. Ce sera tout pour aujourd'hui, ¡Buenas noches!

Le parc Alameda de Cervantes de Soria.
J12

12.09.2021

Étape 12 • 125 km • Cumul 1514 km

Soria > San Leonardo de Yagüe > Peñaranda de Duero > Aranda de Duero

Soria était déchaînée la veille, samedi soir, du monde partout dehors, un brouhaha du tonnerre sur les terrasses. Ambiance de vacances! Plus calme ce dimanche matin, après une bonne nuit chez l'habitant, trouvée en very last minute - merci Airbnb puisque tous les hôtels étaient complets.

Soria dans la boucle du Douro.
 Soria.

Je suis donc tout revigoré pour poursuivre vers l'ouest. Pour descendre la vallée du Douro, logiquement. Mais non… Le Douro fait une grosse boucle, il arrive à Soria de l'ouest, vire au sud et repars vers l'ouest plus loin. Donc contre toute logique je vais… remonter le Douro, presque jusqu'à sa source, tout en me rapprochant géographiquement de l'Atlantique! Pour ce parcours, il existe une option cycliste absolument grandiose: le Camino Natural Santander-Mediterráneo, une voie verte qui reprend l'emprise de l'ancien chemin de fer entre Santander la capitale de Cantabrie (côte nord, à l'ouest du Pays Basque) et la côte méditerranéenne à Valence.

Je roule ainsi 60 kilomètres sur un tranquille chemin de gravier stabilisé. Tout est parfait, c'est roulant, beau, sauvage, avec les odeurs de la nature plein le nez, et le seul bruit du crissement des pneus qui survolent sur le gravillon à bonne allure. Une expérience exceptionnelle, du même style que celle vécue à la troisième étape de ce voyage au départ du Puy-en-Velay.

Sur la voie verte du Camino Natural Santander-Mediterráneo.

Les traces du chemin de fer sont encore présentes: de multiples gares, souvent en ruine, parfois aménagées en jolis espaces de pic-nic, et même quelques tronçons de voie - la fameuse voie large à écartement espagnol historique fixé à 6 pieds castillans (1'672 mm), alors que le standard européen et mondial est la voie normale de 1'435 mm - quand même adopté pour le TGV espagnol par ailleurs.

Bienvenue en gare.

Et pour leur beauté, quelques paysages des Sierras qui délimitent cette haute vallée du Douro.

Ce magnifique moment prend fin à San Leonardo de Yagüe. C'est finalement aussi une bonne nouvelle, puisqu'outre le vélo devenu tout poussiéreux, j'ai la nuque, les bras et les fesses qui ont subi quelque peu les vibrations sur 60 km et se réjouissent d'un peu d'asphalte bien lisse.

San Leonardo de Yagüe et son château.

Après ce long faux plat montant sur gravier, juste encore un canyon à traverser, celui du Rio Lobos, comme un petit col à l'envers, avant de me lancer sur un long faux plat… descendant cette fois! La deuxième partie de la journée est donc très roulante, sans vent, c'est du bonheur!

Paysages de la province de Soria, juste avant celle de Burgos.

La route passe de la province de Soria à sa voisine de Burgos. Premier village dans cette province, le charmant petit bourg castillan de Peñaranda de Duero vaut une visite, avec ses minuscules ruelles pavées qui mènent à une magistrale plaza Mayor. Les ruines du château surplombent le bourg et les vignes alentour - ici, on produit du vin AOC Ribera del Duero.

Château et vignes AOC Ribera des Duero à Peñaranda de Duero.
La plaza Mayor du bourg de Peñaranda de Duero.
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Fin de l'étape dans la petite ville principale du sud de la province de Burgos, Aranda de Duero, où je retrouve ce fleuve Douro qui a choisi son cap et coule cette fois bien vers l'ouest. Ville en fête, que de monde et de bruit pour une belle soirée d'un été qui est encore bien présent par ici.

Soirée festive à Aranda de Duero.
J13

13.09.2021

Étape 13 • 101 km • Cumul 1615 km

Aranda de Duero > Roa > Encinas de Esgueva > Piña de Esgueva > Valladolid

Aranda en fête hier soir, Aranda encore en fête ce lundi matin! Il se trouve que je suis tombé pile sur les journées annuelles des festivités de la patronne de la ville. La Virgen de las Viñas (Sainte Marie des Vignes) est célébrée ici chaque année pendant 9 jours!

Il est de coutume que toutes les villes et villages espagnols festoient dans une certaine exubérance en l'honneur du saint patron de la localité. Foires, spectacles, danses, processions, corridas... Eh bien voilà, dans cette ville provinciale au cœur de la région viticole AOC Ribera del Duero, c'est maintenant!

Célébrations des fêtes de Sainte Marie des Vignes à Aranda de Duero.

Petit tour de ville: Aranda de Duero, 33'000 habitants, n'est pas spécialement recommandée par les guides touristiques. Il n'y a pas de vrai centre historique, plutôt un centre-ville vieillot et défraîchi. Mais ça a un certain charme vintage, et on trouve de tout.

Centre-ville à Aranda de Duero.

Sur la route, les vignes AOC Ribera del Duero se succèdent. Elles auront leur heure de gloire, s'il le fallait encore, en 2022 quand Aranda de Duero aura le statut de Capitale européenne du vin pour une année.

C'est un plus loin, dans le bourg de Roa au cœur des vignobles, que le Conseil régulateur de l'AOC est installé dans une tour futuriste. Chaque domaine d'ailleurs rivalise de prestige pour présenter ses caves, que ce soit par de l'architecture contemporaine monumentale ou par la mise en valeur d'un riche patrimoine ancestral. Le tout à la gloire du vin rouge issu du cépage tempranillo.

Roa, le siège du Conseil régulateur de l'AOC Ribera del Duero, et la Plaza Mayor de Santa Maria.
La Ribera del Duero et son patrimoine viticole - paradis du tempranillo.

Plus loin, je fais mon entrée en province de Valladolid. Les vignes ont laissé la place aux céréales, et le ciel bleu nuageux s'est transformé en gris menaçant. Le vent s'est levé et demande une débauche d'énergie folle pour finalement n'avancer que lentement… Et pour couronner le tout la pluie s'invite à la fête pour la dernière heure de route.

Les vastes plateaux céréaliers de la province de Valladolid.

Arrivé dans la périphérie de Valladolid, la pluie cesse, le vent est calme. Par l'itinéraire le plus court, je serai au centre ville avec environ 95 km au compteur pour cette étape. Alors je profite des bonnes conditions pour faire un détour par les rocades routières, histoire aussi d'avoir une vue d'ensemble sur cette ville qui est la plus grande de la Castille-et-León, avec 300'000 habitants. Et j'arrive en son cœur, la gigantesque Plaza Mayor, pile à 100 km. Formidable!

Cette Plaza Mayor est emblématique, avec ses façades rouges à balcons, toute en arcades, sur une surface de 120 x 80 mètres. Un petit circuit tout autour permet de s'imprégner du faste royal de la Cour de Castille, qui appréciait cette ville et y résidait en itinérance depuis le 12e siècle.

Plaza Mayor de Valladolid.
Monuments de Valladolid: l'Académie de cavalerie, la Cathédrale, l'Université, l'église de San Pablo.
J14

14.09.2021

Étape 14 • 128 km • Cumul 1743 km

Valladolid > Rueda > Nava del Rey > Cantalpino > Salamanca

Valladolid est pluvieuse ce matin. Pas la meilleure nouvelle pour un cycliste. Et toute la journée sera faite de pluie. Circulez y'a rien à voir, difficile de faire des photos et des visites en route quand on dégouline de flotte. J'ai donc roulé sous l'eau, dans la bonne humeur tant que faire se peut. On ne voyage pas à vélo si on est pas prêt à affronter ça. Et quand même, oui, il y a eu des bons moments!

Avant de venir à la route, je profite d'aborder quelques notions de géopolitique espagnole… sujet complexe mais passionnant! Question: quelle est la capitale de la Communauté autonome de la Castille-et-León? On pourrait penser Valladolid: de loin la plus grande ville, située en plein centre, siège du gouvernement (Junta) et du parlement (Cortes). ¿Qué otra cosa? dirait la doublure espagnole de George Clooney en buvant son café con leche… Mais non: il n'y a pas de capitale de Castille-et-León! Histoire de ne susceptibiliser aucune autre ville de la région… Notons qu'il y a neuf provinces qui forment cet ensemble (alors que la Navarre et La Rioja notamment, où j'étais il y a quelques jours, sont monoprovinciales). Chacune porte le nom de sa capitale: Ávila, Burgos, León, Palencia, Salamanque, Ségovie, Soria, Valladolid, Zamora. Dans cette liste, León revendique sa particularité puisque la province est le symbole de l'ancien royaume de León (dont Salamanque et Zamora faisaient aussi partie d'ailleurs). Et les deux royaumes autrefois distincts de Castille et de León se sont rapprochés il y bien longtemps, en 1230. L'unité est sauve. Mais sans capitale…

Ce qui marque en passant dans ces différentes provinces, c'est l'identité espagnole qui s'affirme. Contrairement à la Catalogne, au Pays basque où à l'Andalousie, ici c'est la nation qui prime. Drapeaux et symboles de la nation espagnole sont fièrement arborés. Preuve que la Castille est indissociable de l'Espagne. La décentralisation a permis aux communautés non-castillanes de s'émanciper, avec leur langue* historique et leur culture - pas assez au goût de certains, mais la méthode passe quand même pour un modèle du genre en Europe, quand on voit la diversité qu'il y a sur ce territoire unifié. Et toujours dans ce souci de la diversité nationale, pour éviter que la Castille ne prenne un poids écrasant sur le reste (le poids de son histoire royale quand même), elle a été morcelée en cinq communautés autonomes par rapport au territoire de sa couronne à son apogée. Donc on a actuellement la Castille-et-León (sans capitale), la Castille-La Manche (du royaume médiéval de Tolède, sa capitale actuelle), mais aussi la Cantabrie et La Rioja, et bien sûr, au beau milieu, la Communauté de Madrid qui est ainsi "neutralisée" de la Castille pour jouer son rôle de capitale nationale de toutes les identités, et de ville mondiale**.

[* Outre le castillan, il y le catalan, le galicien et le basque.]

[** Cinquième aire urbaine de l'Europe élargie, derrière Moscou, Istanbul, Londres et Paris.]

Alors on disait? Ah oui: la pluie. Je sors mon équipement, l'homme et les sacoches sont prêts, étanchéifiés au maximum. Et je prends presque du plaisir: de un, l'équipement est bon donc autant qu'il soit utilisé une fois; de deux, la pluie tombe aujourd'hui sans vent et à choisir, autant prendre l'eau!

Etape typique de la Meseta centrale, assez plate mais avec quand même une petite vallée en première partie, puis une petite bosse à franchir en deuxième partie. Plutôt roulant, donc pas besoin de faire de pauses, et de toutes façons tant qu'il pleut autant rouler, c'est le seul moyen de rester chaud…

Pour sortir de Valladolid, une belle surprise: voilà un tronçon de la véloroute EuroVélo 1, qui relie la Norvège au Portugal (Atlantic Coast Route). Une vraie autoroute à vélos ici, bien séparée du trafic motorisé et des piétons, très agréable, un modèle du genre. Mais je n'y resterai pas si longtemps, puisque tout à coup elle bifurque vers la droite. Elle va bien jusqu'à Salamanque, mais avec un sympathique détour par Zamora. Ce qui fait 200 km pour une ligne droite qui en fait 120... Eh oui, est-ce encore une marque de cette bienveillance castillane, d'inclure toutes les provinces pour ne froisser personne?

Véloroute EuroVélo 1 Norvège-Portugal, section Valladolid-Tordesillas.

Ensuite? Pas grand-chose. Je vais au plus direct. Enfin quand même à signaler, après l'AOC Ribera del Duero de la veille, voici une autre région viticole, l'AOC Rueda, autour du village du même nom, terre du vin blanc cette fois-ci, issu du cépage verdejo. Et puis à mi-chemin, Nava del Rey, un village isolé comme tant d'autres dans cette Castille si peu dense, avec son imposante église et ses deux-trois cafés - au moins de quoi me réchauffer avec le fameux café con leche! Et puis, oui, voilà la limite de province qui me fait passer dans celle de Salamanque, la dernière avant le Portugal. Et de fait, je me retrouve sur le territoire de l'ancien royaume de León. Reste à atteindre la capitale provinciale, qui compte encore près 150'000 habitants, mais qui connait comme beaucoup d'autres un exode récurrent vers la région de Madrid principalement.

Village de Nava del Rey, la route mouillée du jour, et une nouvelle province.

J'arrive finalement sans histoire à Salamanque, directement à l'hôtel - il ne fait pas un temps à faire autre chose. Mais la soirée sera somptueuse! Douché, séché et tout motivé, je pars en nocturne à la découverte de cette nouvelle ville-étape. Et quelle surprise! J'ai quitté Valladolid ville royale le matin, ce soir je visite Salamanque ville monumentale. Clairement l'une des plus belles villes d'Espagne, dont la vieille ville dans son ensemble, fait rare, est classée sur la Liste du Patrimoine mondial de l'Unesco. La Plaza Mayor bien sûr, tellement harmonieuse, datant du 18e siècle. L'une des plus parfaites de ce symbole de l'urbanisme castillan, démonstration du pouvoir militaire (et non religieux, les cathédrales n'y ont pas leur place et sont ailleurs en ville) que l'on retrouve aussi en Amérique latine (Plaza de la Constitución ou Zócalo de México, Plaza de la Independencia de Quito, Plaza de Armas de Santiago de Chile, etc.). Mais il n'y a pas que ça!

De nuit c'est encore plus beau… Plaza Mayor de Salamanque, place aux photos!

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Hormis l'hôtel de ville, la place est composée de quatre faces jumelles de 80 mètres de long.

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Plaza Mayor de Salamanque - détails.
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Iglesia de la Clerecia (en-haut) et les deux-en-une cathédrales (en-bas): Catedral Nueva et Catedral Vieja.

Suite de la visite - de jour - demain avant le départ pour une longue, longue étape qui devrait me mener au Portugal!

J15

15.09.2021

Étape 15 • 166 km • Cumul 1909 km

Salamanca > Sancti-Spíritus > Ciudad Rodrigo > ES|PT > Vilar Formoso > Guarda

Voilà ce qui devrait être l'étape-reine de Genève - Lisbonne acte II. Près de 170 km - j'en avais atteints 172 pour la première étape, acte I, Genève - Lyon. C'est limite... Idéalement je ne dépasserais pas 150 km, mais la géographie a ses contraintes. J'aime passer la journée au "vert", quitte à être loin de tout, seul au monde sur des routes et chemins que même certaines cartes ignorent; mais j'aime aussi passer la soirée et la nuit en ville, dans une vraie ville, au milieu d'une civilisation qui s'active. Donc dans cette région où les villes sont rares, je tente la grande traversée transfrontalière en une fois, de Salamanque jusqu'à la première civilisation urbaine portugaise vers l'ouest, Guarda.

Avant le départ, visite de Salamanque de jour - toujours sous les nuages - après en avoir eu plein la vue la veille, de nuit.

Salamanque, plaza Mayor.
Salamanque la magnifique!

Le parcours du jour, long, mais facile à suivre: pas besoin de dénicher une succession de routes provinciales ou agricoles, exercice auquel je me soumets habituellement pour doser l'équilibre entre une progression sécurisée hors des axes de poids lourds d'une part, mais sans trop de détours d'autre part. Non, ici il suffit de suivre la nationale N620, qui a précédé dans le même corridor l'autoroute A62, ou numéro européen E80 qui mène de Lisbonne à la frontière turco-iranienne en passant par Nice, Rome, Dubovnik, Sofia, Istanbul... Souvenir de mon voyage dans le sens opposé, Genève - Istanbul en 2003! Donc, l'autoroute absorbe les poids-lourds et le grand transit, et la N620, toujours là mais un peu abandonnée, reste tranquille, un peu à l'écart, en passant par les rares villages d'une province de plus en plus dépeuplée et désertique.

Province de Salamanque, le long de la nationale N620 en direction du Portugal.
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Après 90 km de ligne droite inanimée, mais plaisante et agréable à rouler, enfin une trace de vie: voilà Ciudad Rodrigo, place forte, dernière ville espagnole avant la frontière. Son rôle a toujours été, des siècles durant, de protéger la Castille face aux assauts portugais de l'ouest. Une belle cité bien préservée dans son enceinte de remparts intacte, qui ceinture la vieille ville et la maintient encore isolée de tout son environnement. Un petit moment très agréable, entre sa cathédrale, sa plaza Mayor et ses ruelles hors du temps, qui me font donc oublier un instant que j'ai encore du... temps de route devant moi! La bonne nouvelle, c'est qu'en franchissant la frontière plus tard, je vais gagner une heure en entrant dans le fuseau horaire britannico-portugais du "Western European Time".

Ciudad Rodrigo. [Alfontinto, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons]
Ciudad Rodrigo, cathédrale Sainte-Marie.
Ciudad Rodrigo, un petit condensé de belles places, monuments et arcades, dans un ensemble unique entouré de remparts fortifiés.
Le Puente Mayor de Ciudad Rodrigo, pont de pierres d'origine romaine sur le rio Águeda, affluent du Duero.

Objectif Portugal! Je roule mes derniers kilomètres sur territoire espagnol, pour terminer cette longue traversée répartie sur huit étapes depuis la frontière avec Andorre. Que de belles découvertes! L'heure d'un petit bilan… J'aurai roulé près de 1'000 kilomètres sur les routes de cinq communautés autonomes: Catalogne, Aragon, Navarre, La Rioja, Castille-et-León. Il en manque douze pour compléter la liste: les dix continentales Andalousie, Asturies, Pays Basque, Cantabrie, Castille-La Manche, Estrémadure, Galice, Madrid, Murcie, Valence, et les deux insulaires Baléares et Canaries. Une liste à laquelle il faut encore ajouter les deux villes autonomes de Ceuta et Melilla enclavées sur la côte marocaine.

Mes adieux à l'Espagne se font sous le regard de vaches et taureaux ibériques, image symbolique de cette nation - mais symbole aussi de toutes ses ambiguïtés et controverses. Animal fétiche et fierté nationale pour certains, objet de rejet pour les mouvements autonomistes qui ont leur propre animal représentatif (l'âne catalan, la vache galicienne, le mouton basque…). Symbole controversé aussi quand on l'associe à la tauromachie, de plus en plus décriée mais en même temps toujours très ancrée dans le pays et élevée au rang de patrimoine culturel national. En témoignent les Plaza de Toros que l'on trouve encore et toujours bien en vue dans pratiquement toutes les villes.

Vache et taureaux ibériques dans leurs prés secs parsemés de chênes verts, une espèce du sud de l'Europe à feuilles persistantes.

Et enfin, la frontière! L'autoroute espagnole et l'autoroute portugaise ne sont pas encore reliées entre elles par le viaduc en cours de construction à travers la vallée frontalière du rio de Tourões - c'est pour bientôt. Tout le transit international rejoint donc encore la petite route tranquille qui avait été jusque-là presque privatisée rien que pour moi. Les poids-lourds se dirigent vers le vaste terminal TIR, et le petit cycliste que je suis, franchit sans formalités la zone douanière. Ce n'est qu'une frontière intra-UE de plus, finalement. Comme j'ai déjà pu l'expérimenter à maintes reprises à vélo, de la Pologne au Portugal: rien ne s’oppose à passer d’un pays à l’autre en vertu des quatre libertés du marché unique européen (la libre circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes), et de l’accord de Schengen qui permet le franchissement libre des frontières entre Etats membres. Mais ici, la rupture reste très marquée. Côté espagnol, pas grand-chose, c'est les confins d'un désert. Depuis quelques kilomètres j'ai comme l'impression que l'Espagne se meurt peu à peu pour laisser la place à autre chose. Et effectivement, une fois du côté portugais, on découvre un nouveau monde. Une ville-frontière, Vilar Formoso, où tout change d'un seul coup: la langue, l'heure, mais aussi, et c'est le plus marquant, tout l'environnement! Fini, le plateau désertique de la meseta centrale ibérique. Voilà une nouvelle géographie de collines boisées et de vallées luxuriantes. La route plane et rectiligne N620 espagnole s'est transformée en une tortueuse et vallonnée N16 portugaise.

Première frontière depuis 1'000 km!
Bel accueil au Portugal malgré quelques gouttes de pluie.
Une région très sauvage avec quelques rares mais élégantes traces humaines.

Alors que je roule sur cette tranquille N16 où je ne vois que des tracteurs et des voitures de plus de vingt ans d'âge, je me fais dépasser par une énorme carrosserie noire toute rutilante qui attire mon attention. Plaque suisse (GE). Voilà le canton de mon départ qui se manifeste dans un endroit si reculé, quelle surprise! Mais le conducteur n'a évidemment pas compris mes grands signes et continue sa route. Au prochain village, je vois la voiture parquée devant un bistrot. Alors je m'arrête aussi et recherche son propriétaire. Il est bien là, à l'intérieur, et passé son premier étonnement de se voir ainsi "recherché" par un inconnu, il est tout content de faire la rencontre avec un cycliste qui avait juste envie de partager un moment convivial entre concitoyens genevois. Portugais d'origine, jeune retraité installé de longue date à Genève, il est un habitué de la route Suisse-Portugal. Petit échange très sympa autour d'un café et d'histoires entre ces deux pays qui nous relient, chacun à sa manière.

Cette longue étape commence à en devenir presque interminable alors que le soleil se couche derrière les montagnes de la Serra da Estrela en face de moi. L'épreuve frôle mes limites physiques et mentales quand je découvre une nouvelle surprise d'une journée bien remplie: me voilà à Guarda-Gare, à 800 mètres d'altitude, nuit tombante, fatigue extrême. La ville de Guarda, le centre historique, est tout proche, juste en face, là-haut… à 1'000 mètres d'altitude!

Fin d'étape à proximité des montagnes de la Serra da Estrela.

Un dernier effort intense et je finis par y arriver. Epuisé mais tellement content d'y être. Me voilà dans la ville la plus haute du Portugal avec ses 42'000 habitants, justement ainsi surnommée Cidade mais alta, et capitale du district du même nom. Un lieu intrigant, même captivant qui me redonne vite de l'énergie pour passer une belle soirée. On ressent un mix étonnant entre civilisation montagnarde, exotisme du sud, hospitalité portugaise, austérité architecturale, et poids de l'histoire dans cette ville qui servait, comme son nom l'indique, de poste de garde fortifié contre les invasions de l'est. Je vais y dénicher un excellent petit restaurant bien typique, le Belo Horizonte, qui sert la viande de chevreau, spécialité de la région.

Guarda, plus haute ville du Portugal, la place historique Praça Luís de Camões et sa cathédrale Sé da Guarda.

Une belle nuit m'attend avant d'entamer trois étapes portugaises qui devront me conduire jusqu'à la capitale nationale, encore bien loin vers le sud.


J16

16.09.2021

Étape 16 • 157 km • Cumul 2066 km

Guarda > Celorico da Beira > Pinhanços > Póvoa das Quartas > São Miguel de Poiares > Coimbra

Il est toujours intéressant de débuter la découverte d'un pays par ses aspects les moins connus, voire les plus inattendus… C'est ce qui arrive souvent en voyageant à vélo. J'ai eu une belle entrée en matière hier sur 50 km entre la frontière espagnole et Guarda. Aujourd'hui je vais voir d'un peu plus près ce Portugal "intérieur" des Beiras. Entre la vallée du Douro qui file vers Porto, et celle du Tage qui coule vers Lisbonne, on trouve cette grande région secrète du Centre. Elle a pour capitale Coimbra, et compte quelques autres villes importantes comme Aveiro, Viseu et Leiria. Son étendue correspond globalement à la province historique de la Beira, divisée en trois provinces en 1936, elles-mêmes délaissées en 1976 quand le pays a abandonné le découpage en provinces - et dans l'usage le terme "les Beiras" est resté pour évoquer ces contrées.

Hormis l'arrivée prévue en soirée dans la capitale régionale, je vais traverser un territoire très éloigné des zones urbaines. Il tourne le dos à la fois à l'Espagne, à la côte atlantique et aux grandes villes, il vit paisiblement dans son isolement, dans sa beauté naturelle et dans ses traditions. C'est le Portugal montagnard, autour du massif le plus élevé du pays, la serra da Estrela - prolongement portugais de la cordillère centrale espagnole.

Pour commencer l'étape, une petite visite diurne de Guarda - après l'avoir vue endormie hier soir - sous une brume matinale qui se fait chasser par le soleil, autour de la place centrale du centre historique. Un vrai climat montagnard, air frais, clair, pur, où l'altitude se fait agréablement ressentir.

Guarda, plus haute ville du Portugal, la place historique Praça Luís de Camões et sa cathédrale Sé da Guarda.

Guarda est tout à l'est du massif, que je vais contourner par le nord en parcourant la route N17 dans son intégralité, de Celorico da Beira à Coimbra. Une route plutôt tranquille et pittoresque malgré son statut de route nationale de première classe. Une fois descendu des hauteurs de Guarda, perchée à 1'000 mètres, cette route se vallonne entre 400 et 600 mètres, au pied des reliefs. On aperçoit d'assez proche les sommets de la serra. Le plus haut culmine à 1'993 mètres (Malhão da Estrela, surtout connu comme la Torre en raison de la tour bâtie pour atteindre 2'000 mètres), le toit du Portugal continental. Mais il se fait dépasser par le Ponta do Pico (2'351 mètres) dans les îles des Açores, à 1'800 kilomètres de là.

Magnifique route nationale N17, de Guarda à Coimbra, au pied de la serra da Estrela.

Je ferais bien un petit détour pour approcher les hauteurs - le point culminant est d'ailleurs accessible à tout véhicule par l'une des trois routes qui traversent le massif - mais l'étape est déjà bien assez longue et la raison me dit de me contenter du parcours "de contournement"… Il y aurait plein de splendeurs de la nature à y voir, dans ce périmètre classé parc naturel - le premier à avoir été créé au Portugal - et reconnu également en tant que géoparc mondial UNESCO*. On y trouve des paysages inattendus de type alpin avec vallées glaciaires, lacs de montagne, hameaux de maisons de pierres, rochers de granit et sentiers vertigineux. De quoi bien s'occuper - une autre fois! - en n'oubliant pas d'y ramener une meule du fameux fromage local Queijo Serra da Estrela, appellation d'origine protégée au lait de brebis à pâte molle et caillé à l'infusion de fleur de chardon. Oui, ça j'ai pu le goûter, je recommande!

[* Les géoparcs mondiaux UNESCO sont des zones géographiques uniques et unifiées où des sites et des paysages d'importance géologique internationale sont gérés selon un concept holistique de protection, d'éducation et de développement durable. Source: unesco.org]

Le parcours est un bonheur pur! Non sans efforts mais tout est au beau fixe: route, paysages, météo, forme... Le plaisir de rouler dans un nouveau pays - le 17ème de mes voyages à vélo. La curiosité de lieux insolites. La perspective d'approcher l'Atlantique. Sans vent contraire! Le tout dans une belle tranquillité, qui n'est perturbée que dans les rares villages par une "voiture électorale" qui circule en allers-retours avec un mégaphone sur le toit pour répéter les messages des candidats aux élections municipales du week-end prochain! Tout un spectacle sonore complété par des affiches électorales hautes en couleur. Mais revenons à nos moutons et à la nature. Morceaux choisis.

Serra da Estrela et ses arbres, roches et moutons.
Les versants est de la serra da Estrela (le long de la N16 entre Guarda et Celorico da Beira).
Les versants nord-ouest de la serra da Estrela (le long de la N17 entre Celorico da Beira et Coimbra).
Les versants nord-ouest de la serra da Estrela (le long de la N17 entre Celorico da Beira et Coimbra).
Vues vers les plus hauts sommets de la serra da Estrela.

Après 120 km dans ces contrées intérieures, l'altitude a bien baissé - même si les montées ont été presque aussi nombreuses que les descentes - et un dernier petit col se dresse sur la N17. Une fois de l'autre côté, c'est comme un autre monde qui se dévoile. La côte atlantique est encore à 50 km de là à vol d'oiseau, les reliefs ne sont pas encore complètement estompés, mais la montagne semble lointaine et l'air dévoile des sensations maritimes. Pas de doute, c'est un nouveau cap géographique dans mon voyage: après la vallée du Rhône, le Massif central, la plaine du Lauragais, les Pyrénées, la vallée de l'Èbre, la cordillère ibérique, la Meseta centrale de Castille, et la cordillère centrale portugaise, voilà enfin la façade océanique de la péninsule ibérique. A moi l'Atlantique, tout bientôt!

Dernier aperçu de la serra dans la vallée du rio Alva, avant de plonger de l'autre côté sur la façade océanique du Portugal.
Viaduc de l'autoroute A13 au-dessus du rio Ceira où passe la N17, proche de Coimbra, avec la lune en invitée.

J'approche de Coimbra toujours par la route N17 qui serpente alors dans la vallée sauvage et très verte du rio Ceira. Et voilà enfin l'embouchure dans le fleuve Mondego aux portes de la ville. Mondego? Le troisième fleuve portugais, après le Tage et le Douro, mais le seul des trois qui prend source dans les montagnes du pays, sans aller comme ses deux grands frères chercher son origine en Espagne à mille kilomètres de là. Le Mondego baigne la ville de Coimbra, elle aussi, comme son fleuve, la troisième agglomération du Portugal derrière Lisbonne et Porto. Bien loin derrière toutefois, avec ses 280'000 habitants, quand Porto en compte cinq fois et Lisbonne dix fois plus! Comme beaucoup d'autres villes portugaises, Coimbra est incomparable aux deux grosses cylindrées démographiques, économiques et touristiques du pays, loin aussi de cette rivalité ancestrale et acharnée entre lisboètes du sud et portuans du nord. Et si c'était elle, la ville qui dévoile le vrai Portugal, authentique et préservé, à l'écart de ses deux grandes métropoles mondialisées?

Du point de vue historique, le palmarès de Coimbra a plutôt belle allure: première capitale du Royaume du Portugal, de 1139 à 1255, quand ce dernier est créé sur la base d'un comté qui dépendait alors encore du Royaume de León. On est dans la période de la Reconquista, cette très longue épopée moyenâgeuse de trois quarts de millénaire (722 – 1492) durant laquelle les royaumes chrétiens de la péninsule Ibérique, presque entièrement occupée par les musulmans d'Al Andalus, récupèrent patiemment le territoire, du nord vers le sud, de Gijón l'asturienne à Grenade l'andalouse. En passant notamment par la reprise de Tolède, symbole de la montée en puissance de la Castille face aux autres royaumes de la péninsule, et celle de Coimbra, acte fondateur de la future nation portugaise. La frontière entre Portugal et Castille est figée ainsi définitivement en 1297 et tient toujours de manière immuable à ce jour, faisant du Portugal continental le territoire indépendant délimité par la plus ancienne frontière au monde encore en vigueur. On considère aussi qu'il est le plus vieil État-nation d'Europe et toujours l'un des plus stable et abouti - un territoire, un peuple souverain, une identité, une langue, réunis sous un même système politique - sans velléités de sécession depuis près de 900 ans. Une stabilité et une union qui titillent un peu la grande Espagne voisine… sans aller jusqu'à se mêler de ses affaires internes - quand bien même la Galice, au nord-ouest de l'Espagne connait des mouvements minoritaires réintégrationnistes qui militent pour une union avec le Portugal, dont elle partage le même ancêtre linguistique galaïco-portugais.

Revenons à Coïmbre - oui, il faudrait l'écrire ainsi en français, mais c'est tellement moins beau… Autre distinction donc pour cette ville: elle abrite la première université portugaise, fondée en 1290. Ce qui la classe au même registre que ses consœurs de Bologne, Heidelberg, Louvain ou Oxford. Coimbra vit encore et toujours au rythme de ses étudiants en lettres, médecine et droit, au nombre de 25'000 à ce jour, avec leurs traditions codifiées séculaires, autant studieuses que festives.

Aujourd'hui c'est jeudi - ou jeudredi, le meilleur jour des soirées d'étudiants! - et je me réjouis de découvrir l'ambiance que cette joyeuse cohorte amène par ici. A mon arrivée en ville, soleil couché, je "parque" mon vélo à l'hôtel sur les quais du Mondego, la ville basse, douche rapide et hop! à pied à l'assaut de la colline de l'Alcáçova, siège de la vieille ville et son enchevêtrement de ruelles tortueuses et d'escaliers. Bon petit restaurant au passage et je poursuis vers les quartiers de l'université, la ville haute, désertée en soirée, pour finir juste un peu plus loin dans le quartier des colocations estudiantines, à Praça da República. Voilà le point central de l'animation nocturne, et je ne suis pas déçu! Enfin si, un tout petit peu, moi qui voulais découvrir une "autre" bière: sur ce plan là je dois en rester aux deux géantes nationales, Super Bock ou Sagres, Porto ou Lisbonne, rivalité permanente, toujours on y revient… Mais peu importe, je saisis l'endroit et le moment pour fêter moi aussi, un peu, ce que je considère comme le tournant du voyage: ce soir le plus dur est derrière moi - surtout les deux dernières étapes qui ont cumulé 323 km et 4'000 mètres de dénivelés - et je sais que j'arriverai sereinement à Lisbonne dans deux jours. Saúde!

Coimbra, la ville basse et sa vitrine: la rue Ferreira Borgesa qui aboutit sur la place Portagem.
Coimbra, Praça da República, rendez-vous nocturne des étudiants.
Vue vers les quartiers résidentiels depuis la colline de l'Alcáçova.
Coimbra, la ville haute - une ville à multiples étages.

Allez, même si les deux journées à venir s'annoncent moins ardues, il faudra quand même de l'énergie pour les dompter, ces 230 km jusqu'au Tage. Boa noite!

J17

17.09.2021

Étape 17 • 103 km • Cumul 2169 km

Coimbra > Condeixa-a-Nova > Soure > Louriçal > Guia > Marinha Grande > Nazaré

Les Portugais classent leurs quatre plus grandes villes selon un vieux diction qui dit que Braga prie, Porto travaille, Coimbra étudie et Lisbonne s'amuse. Eh bien ce jour chez les "étudiants" me fait dire que Coimbra séduit, aussi! Un coup de cœur pour cette cité étonnante. Je repars au matin à pied pour un tour de ville ensoleillé, le vélo attendra son heure. C'est reparti par les ruelles et escaliers qui mènent au sommet de la colline.

Coimbra, la vieille ville sur sa colline de l'Alcaçova qui domine le fleuve Mondego. Au sommet, l'université historique.
Coimbra, la ville basse. 
La vieille cathédrale romane de Coimbra, Sé Velha.
Paço das Escolas - la place centrale de l'ancienne université et sa tour - siège de l'actuelle faculté de Droit.
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L'Université de Coimbra entre passé et futur, sous la protection de son fondateur en 1290 Dom Dinis roi du Portugal (Denis Ier).
Autour de Praça da República: entrée du Parque de Santa Cruz, rue Alexandre Herculano, allée centrale de l'avenue Sá da Bandeira.

Retour à l'hôtel, la journée est déjà bien entamée. Vite en selle, et c'est ainsi que je quitte cette ville enchanteresse en traversant le fleuve Mondego pour poursuivre vers le sud. D'emblée le ton de l'étape est donné avec une bonne côte de mise en train. Depuis les hauteurs de la rive gauche, magnifiques vues sur Coimbra entourée de ses collines vertes.

Vues sur Coimbra depuis la rive gauche du fleuve Mondego.

Je n'ai qu'un objectif pour le reste de la journée: la côte Atlantique. La finalité évidente de tout voyage qui explore l'Europe d'est ou ouest! La station balnéaire attitrée des coïmbriens, c'est Figueira da Foz, à l'embouchure du fleuve Mondego, plein ouest à 50 km. Mais pour me rapprocher de Lisbonne je dois viser plus au sud. Ce sera Nazaré, station réputée qui bénéficie d'un site exceptionnel en contrebas des falaises océaniques.

Je m'attendais à une étape facile, effectivement courte, mais je suis surpris par le relief plutôt marqué. Pour une étape située dans une "plaine" océanique, c'est assez étonnant d'atteindre mille mètres de dénivelé. Probablement aussi parce que j'ai cherché à éviter les grands axes routiers et me suis retrouvé à devoir escalader multitudes de buttes, entre zéro et cent mètres d'altitude, pour rester sur des routes tranquilles d'un village à l'autre. Proche du but, sur la route finale rectiligne entourée de pins à l'infini, les derniers kilomètres sont monotones alors que la fatigue se fait sentir. Mais en même temps je sais que derrière cette forêt se cache la limite du continent - l'adrénaline monte après dix-sept étapes depuis le Léman pour voir l'océan!

La côte portugaise du centre est une région très naturelle, peu accessible, et séparée du pays intérieur par une immense forêt de pins, la pinède de Leiria (Pinhal de Leiria). Des arbres plantés au 12e siècle pour ralentir l’avancée des sables sur les terres continentales. Elle a ensuite permis la construction des caravelles des explorateurs dès le 15e siècle, pour servir les intérêts maritimes et commerciaux du royaume du Portugal, assoiffé de Grandes Découvertes en haute mer. Aujourd'hui, la forêt contribue toujours à l'économie régionale autour du bois et du papier. Autant dire que les incendies de 2017 qui ont détruit 22 millions d'arbres, soit 80% de sa surface, ont eu un impact dévastateur. La replantation est en cours et prendra des décennies.

Le sud de la pinède, vers Nazaré, a été épargné par les incendies. L'odeur des pins relevée par l'air marin est délicieuse. La route qui coupe tout droit à travers la forêt est empruntée, en ce vendredi soir, par tous ceux qui veulent encore profiter d'un week-end de fin de saison à la plage. Malgré mon empressement je suis intrigué par les seaux accrochés aux troncs des arbres en bord de route. Non, ce n'est pas de la récolte de latex naturel, qui est produit par l’hévéa ou "arbre à caoutchouc". Il s'agit de récolte de résine de pin, qui peut ensuite être distillée pour produire de l'essence de térébenthine (utilisée en médecine ou comme solvant de produits gras) et de la colophane (utilisée à l'état brut pour enduire les archets de violon ou dans certains sports pour améliorer l'adhérence des mains, mais surtout une matière première très prisée dans l’industrie chimique). Les usines de transformation sont situées autour de Leiria, la capitale du district.

Pinède de Leiria, à l'approche de Nazaré: récolte de résine de pin.

Pour finir, le plateau de la pinède s'interrompt brutalement avec une descente abrupte vers la côte. Voilà Nazaré, voilà l'océan, voilà l'Atlantique! La ville est organisée en une multitude de ruelles parallèles qui mènent toutes à la plage. Dans un élan de plénitude je me laisse aller dans la première qui s'offre à moi, me laisse rouler jusqu'au quai, Avenida da República, et me lance avec le vélo dans le sable fin de l'immense plage. Jusqu'à l'eau de cette mer Océane - ainsi nommée à l'époque des grands navigateurs. Elle qui a ouvert les voies de l'Europe vers l'Afrique, les Indes et l'Amérique, avant de devenir l'Atlantique. A 2'169 kilomètres de Genève, quel bonheur! Droit devant, 5'500 kilomètres d'étendue bleue, jusqu'à la côte américaine. En poursuivant à cette latitude, entre le 39e et le 40e parallèle nord, on arrive pile sur… Atlantic City dans le New Jersey.

Nazaré, côte Atlantique, 2'169 km en 17 étapes depuis Genève.

Hôtel en bord de plage, petite chambre veillotte - qui atteste avec charme de la touche encore traditionnelle et authentique de cette station balnéaire préservée et isolée face au grand large - et un bon choix de restaurants pour refaire le plein de calories. Demain soir, c'est encore un autre monde qui m'attend à Lisbonne, la grande métropole qui s'amuse!

J18

18.09.2021

Étape 18 • 129 km • Cumul 2298 km

Nazaré > Caldas da Rainha > Óbidos > Bombarral > Torres Vedras > Malveira > Lousa > Loures > Lisboa

Dix-huitième et dernier jour de route, cap plein sud vers la capitale! Une magnifique journée qui s'annonce avec un ciel bleu pur sur l'Atlantique. Oubliés, la tempête de neige des Cévennes, le déluge du Tarn, les vents de l'Aude, de Soria et de Valladolid, la pluie de Salamanque… Place à un programme de rêve pour terminer ce voyage en beauté.

La station de Nazaré se présente bien sage ce matin, plage déserte et eaux calmes. Trop tard dans la saison estivale pour voir encore les foules envahir le sable fin, et trop tôt avant la saison hivernale qui amène ses vagues gigantesques. De novembre à février, la station devient un spot de surf parmi les plus réputés au monde. On peut y descendre des vagues qui atteignent jusqu'à 30 mètres de haut, formées dans le "canyon de Nazaré", une brèche sous-marine très profonde qui canalise la houle de l'océan vers le continent, sans haut-fond pour la briser alors qu'elle atteint la rive avec une accumulation maximale d'énergie.

Nazaré, côté ville et côté mer.
Le charme vieillot de Nazaré.

Quitter Nazaré, c'est prendre de la hauteur, forcément. Avec cette côte sauvage, déchiquetée, voire inhospitalière, il n'y a pas moyen de longer l'océan sur des chemins un tant soit peu carrossables. Les accès aux rares villages de pêche ou sites balnéaires sont souvent des culs-de-sac qui buttent sur une plage ou une falaise, et Nazaré ne fait pas exception. Je remonte donc les cent mètres de dénivelé qui surplombent le quartier de "La Plage" (A Praia da Nazaré), pour l'admirer depuis le promontoire et son bourg historique "Le Lieu" (O Sítio da Nazaré). Quel panorama! Et juste derrière ce point de vue, que l'on peut aussi gagner en funiculaire, se dresse la grand-place carrée du Largo de Nossa Senhora da Nazaré. Avec son imposante église blanche à double clocher, et son kiosque coloré au milieu de la place, elle a comme un air de ville latino-américaine. Le Brésil n'est pas si loin…

Nazaré côté bourg, sur le Largo de Nossa Senhora da Nazaré.
Nazaré côté plage, vues depuis le promontoire.

C'est donc parti pour un parcours qui m'éloigne de la côte, et qui retombera sur les eaux de l'estuaire du Tage au dernier moment, à Lisbonne. Très vite je rejoins l'ancienne route nationale N8, déclassée par l'autoroute A8, qui va me guider en douceur sur plus de cent kilomètres jusqu'aux portes de la capitale.

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Première halte touristique sur cette N8, la cité d'Óbidos. Un ensemble incroyablement bien préservé de maisons médiévales, encerclées par une enceinte intacte de remparts dominés par leur château au sommet de la colline. Façades blanches, encadrées de bandes jaunes ou bleues, toits de tuiles et décorations fleuries, ruelles pavées sans trafic, c'est un lieu qui émerveille ses visiteurs. Comme tous les autres arrivés en car ou en voiture, je laisse mon véhicule extramuros, avant de pénétrer dans ce monde à part à travers l'une des… deux seules portes qui permettent aux quelques 3'000 habitants d'entrer et sortir! Me voilà transformé en touriste du temps pour un moment d'immersion au 13e siècle.

Óbidos dans son enceinte de remparts.
La colline d'Óbidos avec le château.
Óbidos intramuros sous ses remparts et son château.
Ruelles d'Óbidos.

Nazaré le matin, puis Óbidos à mi-journée, assurément deux belles découvertes, deux sites touristiques qui valent bien une visite pour s'imprégner de cette région du Portugal côtier du centre, un monde en soi qui ne s'assimile ni à Porto, ni à Lisbonne. A compléter, pourquoi pas, par quelques autres visites à proximité, recommandées par les guides et surtout par leur statut de Patrimoine mondial de l'Unesco: la petite cité d'Alcobaça et son monastère d'art gothique cistercien; le monastère de Batalha, d'art gothique manuélin cette fois-ci, érigé en symbole de la bataille de 1385 qui a vu les Portugais gagner leur indépendance face à la Castille ; et un peu plus à l'intérieur des terres, la jolie ville de Tomar dominée par un château fort de l'ordre des Templiers qui encercle le couvent du Christ. Mais en ce qui concerne mon parcours, je dois aussi faire des choix et je garderai ces détours pour une prochaine escapade portugaise. Il est déjà 15 heures et je n'ai roulé que le quart des 130 kilomètres de cette dernière étape. Pas de relâchement, je reprends le cours de la N8, en avant!

Parcours tranquille sur le tracé historique de la route nationale N8 (Alcobaça - Lisbonne).
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Lentement mais sûrement, bosse après bosse, Lisbonne se rapproche. Voilà déjà le district du même nom, sur ces terres calées entre deux lignes parallèles nord-sud, celle de la côte Atlantique et celle de la vallée du Tage (le fleuve a "coudé" vers le sud plutôt que de poursuivre plein ouest sur la côte). Les nombreuses collines font la part belle aux vignobles. Même si les vins les plus connus du pays viennent de la vallée du Douro principalement (nord), du Dão aussi (centre-nord) ou de l'Alentejo (centre-sud), la région viticole dans le nord du district de Lisbonne n'est pas en reste. Beaux paysages de vignes, en pleine saison de vendanges, comme en témoignent les tracteurs qui remorquent leur récolte sur la N8.

La région des vins s'articule autour de Torres Vedras, une ville qui transmet une atmosphère très agréable à vivre, rien qu'en la traversant à vélo. Absente de tout guide touristique, moderne et modeste à la fois, elle s'apparente un peu à la capitale rurale du district, isolée à 50 kilomètres au nord des autres municipalités urbaines amalgamées qui forment la grande agglomération lisboète. Après avoir vu tout à l'heure à Óbidos un exemple du riche héritage historique du pays, voilà une autre image d'un Portugal méconnu, celui qui résiste à l'exode rural et regarde vers le futur. La ville de Torres Vedras allie les traditions du terroir et la qualité du développement urbain avec une certaine réussite puisqu'elle a été récompensée par la Commission européenne du "Prix de la Feuille verte" en 2015 - un prix décerné chaque année à une petite ville qui a su prendre en compte l'environnement dans sa gestion et son développement.

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Vignobles du district de Lisbonne, dans la zone d'appellation d'origine de Torres Vedras.

Encore quelques collines paisibles, puis la métropole de près de trois millions d'habitants commence à montrer son impitoyable dédale d'autoroutes, à environ 15 kilomètres de son cœur. La brave route N8, qui jusque-là n'avait de "national" que le nom, mais l'apparence provinciale, se perd dans un échangeur autoroutier - en même temps que je perds ma candeur de cycliste bienheureux, pour adopter une posture toute en défiance et en alerte face aux prédateurs du bitume. Délicate entrée en matière pour aborder ce qui apparait comme un territoire encore bien hostile aux humains non-motorisés. Mais tout finit par s'arranger, une fois cette couronne péri-urbaine franchie, voilà même des pistes cyclables avec le début de la vraie ville et enfin, ENFIN LISBONNE qui s'ouvre devant!

De loin la plus grande ville du pays, métropole rayonnante, dans le top-10 des plus grandes capitales d'Europe et actuelle capitale indiscutable de l'État-nation Portugal, elle ne l'a pourtant pas toujours été! Au temps romain de la province impériale de Lusitanie, Lisbonne n'est encore que la petite cité portuaire d'Olissipo, sous le pouvoir de la capitale Emerita Augusta (devenue Mérida, capitale de l'Estrémadure espagnole voisine). Quand la ville est prise et renommée al-ʾIšbūnah par les Maures en 719, la capitale de l'al-Ândalus qui tient la péninsule sous domination musulmane est Cordoue. Puis à la création du royaume du Portugal en 1139, c'est Coimbra qui est proclamée capitale. C'est avec l'extension du royaume vers le sud que Lisbonne, plus centrale, prend les rênes du territoire en 1255. Mais il y aura encore une interruption, avec la nomination de Rio de Janeiro, eh oui, comme capitale de l'éphémère Royaume-Uni de Portugal, du Brésil et des Algarves, de 1808 à 1821!

Désormais capitale cosmopolite, que va me montrer cette "ville qui s'amuse" - pour reprendre le dicton évoqué à Coimbra? J'ai vu dans ce pays, ou évoqué dans mon texte, nombre de cathédrales, monastères et autres églises, toutes autant qu'elles le sont des marques du catholicisme historique encore très présent dans la culture portugaise. Mais je n'ai pas encore vraiment été confronté à la deuxième religion nationale! Tout finit par arriver et c'est donc tout naturellement que se présente, juste avant de franchir le périphérique de la Segunda circular, le stade José Alvalade XXI. C'est ici que l'autre Dieu des portugais, sa majesté du futebol Cristiano Ronaldo "CR7", a lancé sa phénoménale carrière professionnelle en 2002 avec le Sporting Clube de Portugal, pour une longévité de bientôt vingt ans, quasi-divine dans ce milieu. Pour en rester aux références religieuses, je me dois de mentionner encore dans cette rubrique le stade du grand rival, le Benfica, situé tout proche: son Estádio da Luz est surnommé "la cathédrale". Voilà, un partout dans le match Sporting-Benfica, religieusement surnommé, là encore, le "Derby éternel". Pour le reste et contrairement à tout lisboète, qui se doit de choisir sa couleur, vert ou rouge, à la vie à la mort, je resterai neutre sur ce sujet qui déchaîne les passions.

Le stade José Alvalade XXI, domicile du Sporting Clube de Portugal, avec une capacité de 50'000 places.

Quelques minutes avant le sprint final! Je peux encore vite trouver une petite histoire portugaise à raconter… La Révolution des Œillets, tiens, celle-là je l'ai justement gardée pour la fin. Alors allons-y, ça tombe bien, après avoir sillonné dans le pays sur 430 kilomètres pour entrer dans la capitale, je peux m'imaginer presque par immersion le mouvement des troupes qui se sont soulevées simultanément dans toutes les régions du pays pour venir faire tomber le régime autoritaire en 1974. Ce mouvement révolutionnaire s'était peu à peu organisé autour de jeunes officiers dissidents, enrôlés malgré eux pour aller combattre en Afrique dans les guerres coloniales que l'opinion publique ne soutenait plus. Guidé ainsi par l'armée, le coup d'État du 25 avril 1974 libéra le pays de la dictature qui durait depuis l'arrivée au pouvoir d'António Salazar en 1933. En vingt-quatre heures, le Portugal avait basculé du côté des démocraties occidentales. Au service d'un projet civil, et sans aucune intention autoritaire, les militaires laissèrent rapidement le champ libre à un gouvernement civil. Par ricochet, les colonies africaines d'Angola, Cap-Vert, Guinée-Bissau, Mozambique et Sao-Tomé-et-Principe, gagnèrent leur indépendance* dans les mois qui suivirent. Soit 150 ans après celle du Brésil, qui avait alors déjà mis un terme à l'idée d'union transatlantique entre Lisbonne et Rio de Janeiro. En héritage de son époque coloniale atlantique, le Portugal conserva Madère et les Açores, toujours fidèles de plein gré à la nation, et aujourd'hui assimilées au Portugal en tant que régions insulaires autonomes.

[* Sort des autres colonies portugaises: Goa est annexé par l'Inde en 1961; le Timor oriental déclare son indépendance en 1975, mais est annexé par l'Indonésie, pour ne devenir indépendant qu'en 2002; Macao est rétrocédée à la Chine en 1999.]

Au-delà de la Segunda circular, c'est un parcours de prestige qui m'attend pour le final, au gré des larges avenues rectilignes qui se donnent rendez-vous dans d'énormes ronds-points qui font danser les voitures autour des monuments à la gloire des héros nationaux. Je suis tout petit sur ma bicyclette dans ce joyeux spectacle, mais fier d'avoir mérité d'y être invité. Petit moment d'autosatisfaction, ça fait du bien, juste parce que je suis heureux d'en être arrivé là. C'est le bouquet final d'un projet d'accomplissement personnel. Pas de triomphalisme pour autant, je n'ai rien gagné ni cherché la gloire. Je suis conscient de la chance que j'ai de pouvoir réaliser ces aventures. Et même si l'arrivée est toujours belle, le chemin parcouru compte plus que la fin. Chaque kilomètre est un apprentissage, une expérience, une émotion. Mais pour les derniers qui défilent sous mes roues en ce moment, je ressens tout un cocktail d'émotions mélangées. L'adrénaline du clap de fin imminent, l'impatience de rentrer à la maison, la réjouissance de la prochaine fois… mais aussi la nostalgie de devoir déjà m'arrêter là pour cette fois. Tiens, ne serait-ce pas l'expression de cette fameuse saudade nationale, sorte de mélancolie joyeuse caractéristique de l'état d'esprit portugais? Un sentiment à la base des chants de fado, cet art si marquant qu'il est inscrit depuis 2011 au Patrimoine immatériel de l'humanité par l'Unesco.

Et tout ça se passe dans le décor mythique d'une des plus grandes et plus belles capitales européennes. Magnifique!

Rotunda de Entrecampos avec le monument aux héros de la Guerre péninsulaire, et rotunda de la Praça Marquês de Pombal.
Praça de Touros, les arènes du Campo Pequeno, en bordure de Avenida da República.

Après l'enfilade des trois majestueuses Avenida da República, Avenida Fontes Pereira de Melo, et Avenida da Liberdade, voici le Rossio, la grande place qui marque la limite entre les quartiers modernes du nord et la partie basse et centrale de la ville, la Baixa. Un quartier complètement dévasté en 1755: tremblement de terre dans l'Atlantique, raz-de-marée et incendies ont eu raison du bourg médiéval, l'année même où la ville atteignait un demi-millénaire en tant que capitale nationale. Sa reconstruction, selon un schéma caractéristique en damier, fut dirigée par l'un des hommes d'Etat les plus influents de l'histoire nationale, le marquis de Pombal, membre de la franc-maçonnerie portugaise. Ni roi ni navigateur, mais fin diplomate, à qui - outre son fort héritage architectural pombalin - le pays doit des avancées aussi variées que la prospérité éternelle de l'université de Coimbra, l'instauration d'une police nationale, le succès commercial du vin de Porto, ou encore l'essor de la culture du cacao au Brésil.

Fin de parcours au fond de la Baixa, au crépuscule, face à l'estuaire du Tage, sur la place du Commerce / Praça do Comércio. Magnifique, somptueuse place, énorme (on pourrait y mettre cinq terrains de football). Après les exemplaires castillans de Plaza Mayor vus à Valladolid ou Salamanque, voilà ici le style lisboète qui se dévoile, un peu plus austère mais diablement élégant, avec arcades, arc de triomphe, façades de crépis jaune safran typique de l'architecture portugaise, et la statue du roi Joseph Ier à cheval en plein centre. Et, spécificité notable, une place carrée qui n'est fermée que sur trois côtés. Le dernier reste ouvert sur le quai de la "mer de Paille", tel qu'on surnomme cet estuaire qui offre l'Atlantique à Lisbonne, en raison des reflets qu'il renvoie au soleil couchant. Voilà un bel aboutissement pour ce voyage, une fin sur une ouverture vers le vaste monde qui symbolise tout le champ des possibles pour une nouvelle aventure! Mais pour cette fois, c'est bel et bien terminé, 2'298 kilomètres au compteur depuis Genève. Je peux me laisser aller à la séance de selfies devant Joseph Ier, et me préparer à vivre par immersion la réputation de Lisbonne qui s'amuse et amuse ses visiteurs.

Lisbonne, place du Commerce, le 18 septembre 2021 à 20 heures, après 18 étapes et 2'298 kilomètres depuis Genève.

Le temps de passer à l'hôtel, et c'est parti pour une soirée-découverte des quartiers de Lisbonne qui animent ses nuits - qui plus est un samedi soir! Au programme: les terrasses prisées des touristes autour de la Baixa; un restaurant select en rooftop près du Rossio, d'où l'on observe la mutation de la ville du soir à la nuit; puis la grande avenida da Liberdade où la frénésie diurne a laissé la place à un grand calme nocturne; et enfin les ruelles du Bairro Alto envahies d'étudiants Erasmus de sortie, qui ne semblent pas près de vouloir s'apaiser avant le petit matin. Voilà un bel échantillon, qui ne serait pas complet sans un passage par l'un des mythiques funiculaires de la ville - celui de Glória.

Lisbonne, merci de ton accueil, que cette arrivée était belle à vivre!

Vues depuis le rooftop du Rossio Gastrobar vers le sud (en h.) sur le Rossio et vers le nord (en b.) sur Praça dos Restauradores.
Le funiculaire de Glória entre Baixa et Bairro Alto. Ouvert en 1885 et régulièrement remis au goût du jour avec ses graffitis.

Boa noite Lisboa!

19.09.2021

Que visiter à Lisbonne quand on n'a qu'une demi-journée… et qu'on en voudrait bien plus! Mais aucun regret, j'y suis déjà venu - et j'y reviendrai peut-être? Pour cette fois, ce sera juste un aperçu, sous le soleil, de ce que cette métropole dévoile au premier regard.

Vue vers Baixa et Alfama depuis le Miradouro de São Pedro de Alcântara dans le Bairro Alto.
Parcs de Lisbonne: Jardim de São Pedro de Alcântara.
Fontaine dans le jardin de Praça da Alegria. Statue du Largo Trindade Coelho, avec un clin d'œil à myAtlas.
Façades de Lisbonne.
Ruelles du Bairro Alto et le fameux ascenseur urbain (Elevador de Santa Justa).
Les célèbres trams brinquebalants de Lisbonne.
Ascensor da Bica, funiculaire classé monument historique national, toute une poésie sur rails.
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Praça do Município / Place de l'Hôtel-de-ville de Lisbonne.
Praça do Comércio / Place du Commerce.
Le pont du 25 Avril - son nom évoque la révolution des œillets de 1974 - sur le Tage, à deux niveaux (routier et ferroviaire).

Et c'est ainsi que se termine mon périple lémano-atlantique. Vol de retour depuis l'aéroport Humberto Delgado, pour un "Lisbonne - Genève en avion" où chaque heure de mon parcours aller à vélo sera avalée en à peine plus d'une minute de survol!

A bientôt pour une nouvelle voie cycliste vers une autre côte européenne.

F I N