Escapade de trois étapes dans le massif de la Forêt-Noire, reliefs pré-montagneux d'outre-Rhin les plus proches de Suisse et France, pour découvrir ses monts et bourgs dignes de contes merveilleux.
Juillet 2022
3 jours
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Publié le 22 juillet 2022

Un récit de voyage à vélo

par Emmanuel Fankhauser, alias manubybike

Destination l'Allemagne, en Schwarzwald ou massif de la Forêt-Noire dans le Land de Bade-Wurtemberg, entre les anciens territoires du duché de Bade et du royaume souabe de Wurtemberg. Une visite touristique en Forêt-Noire, c'est une expérience familière et mystérieuse en même temps - pour nous visiteurs de Suisse romande ou de France. Voici ce que cette boucle de trois jours à vélo m'inspire.

Familière, parce qu'on y vient en voisins directs, dans ce territoire qu'il suffit de franchir le Rhin, depuis Bâle ou Strasbourg, pour commencer à découvrir. Chacune des deux métropoles possède même sa ligne de tram transfrontalière qui mène à une cité allemande aux portes du massif (Bâle - Weil am Rhein depuis 2014, Strasbourg - Kehl depuis 2017). Et une fois un peu plus loin en son cœur, on reconnait des paysages comme on les trouve dans les Vosges françaises, ou dans les régions de collines hautes du Mittelland suisse, avant les Préalpes (régions du Mont-Gibloux FR, du Napf BE ou du Schnebelhorn ZH, par exemple). On y trouve aussi l'héritage de la tradition horlogère, dans le prolongement de l'arc jurassien. Ou encore des rapprochements historiques: avec la France, un ensemble unifié de l'Oberrhein qui réunissait les deux côtés du Rhin jusqu'au Moyen Âge, avant la création de l'Alsace par l’annexion française de 1648; avec la Suisse, un réseau de villes fondées par la famille des Zähringen au 12e siècle, dont les deux Fribourg, en Suisse et en Allemagne.

Mystérieuse, parce que justement ce n'est pas comme chez nous... Si proche, mais si loin, les frontières nationales ont fait le travail d'effacement des mémoires. Et il faut dire qu'on ne pense pas en premier lieu à la Forêt-Noire pour s'offrir un séjour en "montagne". Pour les allemands, c'est pourtant une destination très prisée: c'est le sud et le soleil en été avec randonnées et baignades, les stations de ski en hiver, la gastronomie et les vignes ou les cures thermales toute l'année. Tout ça sur environ 11'000 km2 (toute la Région touristique Forêt-Noire incluant notamment les zones périphériques au massif, comme la vallée du Rhin), donc sur un territoire plus vaste que la Suisse romande ou l'Alsace. Donc il y a bien de quoi y cacher quelques mystères. Et peut-être que ce côté mystérieux tourne au merveilleux, comme les contes des frères Grimm, que l'on associe souvent aux forêts de cette région!

C'est donc parti sur les traces de Hänsel et Gretel. Les petits cailloux pour trouver mon chemin seront les très efficaces panneaux de fléchage des itinéraires cyclables hors trafic; la maison de pain d'épice pour assouvir mon péché de gourmandise seront les nombreuses brasseries historiques qui sont encore en activité dans la région; le four de la sorcière sera simplement symbolisé par la canicule en cours qui amène des températures proches des 40°C jusqu'ici; et le cygne blanc qui m'(me) (r)amène à bon port est bien sûr mon fidèle vélo de trekking "City Cross" (en fait le quatrième du nom, tout neuf, qui va vivre son baptême du voyage).

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Le Tour de la Forêt-Noire en 3 étapes et 343 km.

J1

19.07.2022

Étape 1 • 115 km • Cumul 115 km

 Basel > CH/DE > Lörrach > Feldbergpass 1233m > Titisee-Neustadt > Villingen-Schwenningen

Départ depuis Bâle, que j'ai rejoint en train depuis Genève avec vélo embarqué. Je traverse le Rhin qui, ici, n'est pas synonyme de frontière. Outre-Rhin se situent le quartier du Petit-Bâle ainsi que les deux autres communes du demi-canton de Bâle-Ville: Riehen et Bettingen. Riehen précède la douane germano-suisse, et me voilà à Lörrach, ville principale du côté allemand de l'agglomération trinationale du grand Bâle.

Météo caniculaire sous le dôme de chaleur qui surchauffe l'Europe occidentale. Ai-je bien fait de quitter Genève qui atteindra 38.1°C dans la journée? Bâle sera à peine plus frais à 36.5°C. Mais le coude du Rhin est connu pour être une zone propice aux fournaises. Et c'est justement Lörrach qui aura la palme avec 38.7°C...

 Bâle, le coude du Rhin depuis le pont de Wettstein, avec les tours Roche, dont la n°2 atteint 205 mètres.
Lörrach, la porte de la Forêt-Noire depuis la Suisse.

Au programme, la diagonale magistrale à travers la région méridionale du massif. Une route à fort trafic mais quasiment toujours dédoublée par un itinéraire cyclable parallèle très agréable. Dont un passage sur l'ancien tracé ferroviaire du Todtnauerli, ligne privée qui a contribué au développement économique de la vallée de la Wiese entre 1889 et 1968.

Chemin cyclable le long de l'ancienne ligne de chemin de fer du Todtnauerli.

La vallée n'est pas que rurale. Le parcours traverse aussi plusieurs jolis bourgs historiques, aujourd'hui bien équipés pour l'accueil touristique. Des témoins d'une certaine industrialisation qui a accompagné l'exploitation forestière.

Le bourg de Todtnau.

Cette traversée passe au cœur de la zone dénommée Hochschwarzwald, la partie qui héberge les plus hauts sommets et de beaux lacs bleus. Belle montée régulière jusqu'au col du Feldberg à 1233 mètres, qui se trouve juste en contrebas du sommet du même nom et point culminant de la Forêt-Noire (c'est la cerise sur le gâteau!) à 1493 mètres. Malgré l'altitude, la chaleur reste étouffante. L'herbe desséchée sur les pistes de ski n'y change rien... Mais quel beau ciel pour les photos!

Paysages de Hochschwarzwald.

De l'autre côté du col, c'est la descente sur le Titisee, le fameux lac qui fait de la ville de Titisee-Neustadt l'une des plus touristiques en Allemagne.

Le Titisee.
Constructions typiques des campagnes de la Forêt-Noire.

Pour information j'arrive aux confins de l'arrondissement de Lörrach. Mais je pense que c'est futile... La subdivision territoriale des Länder en Allemagne est complexe avec des districts (ici c'est Fribourg-en-Brisgau) subdivisés en régions, qui regroupent des arrondissements ruraux (Landkreise) ainsi que, pour les plus grandes villes, des villes-arrondissements (kreisfreie Städte). Laissons tomber... J'ai trouvé une référence plus explicite pour catégoriser les zones géographiques que je traverse: les marques de bière! Il existe encore de nombreuses brasseries locales de longue tradition, qu'elles soient des PME familiales (Privatbrauerei) ou propriété du Land (Staatsbrauerei). Elles ont une implantation identitaire très forte et leur zone de distribution est facilement identifiable par les enseignes des bistrots, presque tous acquis à la cause locale. On remarque donc tout de suite, en arrivant dans un nouveau village, si on a changé ou pas de district brassicole! Donc, jusqu'ici j'étais dans le "comté" de la Badische Staatsbrauerei Rothaus (Brasserie d'État de Bade Rothaus) - un peu aussi celui de la Privatbrauerei Waldhaus, à peine plus loin.

Depuis Titisee, deux destinations majeures se présentent pour achever la diagonale, et retomber dans la haute plaine qui sépare le massif de Forêt-Noire et celui du Jura souabe (Schwäbische Alb), plus à l'est. Par exemple Donaueschingen, petite ville qui doit sa notoriété au fait que deux cours d'eau, le Brigach et le Breg, se rejoignent dans les jardins du château princier des Fürstenberg pour y former le point de départ du Danube. Il se trouve que cette famille princière brasse aussi de la bière - depuis 1283 s'il vous plaît! Ah la voilà, ma nouvelle région! La Fürstlich Fürstenbergische Brauerei (Brasserie princière Fürstenbergeoise) est bel et bien la maîtresse de céans. Autre solution, un peu plus au nord (mais toujours sous influence de la même bière), c'est la ville de Villingen-Schwenningen que je choisis finalement. Bel exercice de prononciation - et bien m'en prend car c'est une très belle découverte. Une ville assez importante, centre économique et culturel régional entouré de champs de blé. 85'000 habitants répartis entre les deux entités géographiquement séparées, qui ont fusionné en 1972 en unissant leur deux noms. La partie historique, c'est Villingen: un bourg typique de l'urbanisme badois du Moyen Âge. Pour les connaisseurs (fribourgeois ou bernois), une cité des Zähringen - avec un mur d'enceinte entièrement préservé et ses tours-portes qui donnent fière allure à l'entrée en ville. Ceinture verte extramuros, et centre tout-piéton intramuros, dont les deux artères principales qui forment une croix entre les portes des quatre points cardinaux. Nombreuses enseignes commerciales et terrasses de cafés-restaurants avec une belle animation estivale. Un coup de cœur!

Le bourg de Villingen [photo d'illustration © euroluftbild.de/Erich Meyer].
Entrée dans le bourg de Villingen.
Église en grès rouge "Münster Unserer Lieben Frau".
Façades typiques.
Les trois portes principales du bourg, toutes visibles depuis le carrefour central entre les artères nord-sud et est-ouest.

Le programme du soir est parfait avec un met local badois de cordon-bleu et spätzle, et évidemment la bière des princes Fürstenberg.

Les trois bières locales de la première étape.
J2

20.07.2022

Étape 2 • 109 km • Cumul 224 km

Villingen-Schwenningen > Alpirsbach > Freudenstadt > Wolfach > Haslach im Kinzigtal

Mise en jambes avec un tour des remparts de Villingen le long des 2.2 km du ring de verdure qui encercle le bourg historique. Puis mise en route du chrono pour l'étape du jour devant l'horloge fleurie de la cité, moins connue que celle de Genève, et déréglée, comme pour me rappeler que l'heure n'a pas tant d'importance… il n'y a qu'à pédaler, je mesure mon avancée dans la journée en kilomètres plutôt qu'en minutes.

Tours de garde du mur d'enceinte du bourg historique de Villingen, cité des Zähringen.
Horloge fleurie de Villingen-Schwenningen.

Je prends le cap plein nord, en lisière orientale de la Forêt-Noire. Sur la ligne de démarcation entre deux systèmes naturels bien distincts. Plaines de champs de blé à perte de vue à ma droite, reliefs de forêts de hauts conifères sans branches, bordés de quelques feuillus, à ma gauche. Mais comme le plat me lasse vite, je finis par me faire happer dans les reliefs boisés du massif. C'est la région du centre, le Mittlerer Schwarzwald, avec des sommets un peu moins hauts qu'au sud.

Champs de blé à l'est de la Forêt-Noire.
Paysages en bordure de la Forêt-Noire centrale.

Première halte dans un bourg de la région de Forêt-Noire centrale: Alpirsbach. Ce n'est pas de l'improvisation. J'avais repéré cette petite ville, nichée dans une vallée, pour la simple et bonne raison qu'elle héberge une ancienne abbaye bénédictine fondée en 1905 - mais surtout parce que cette abbaye a laissé en héritage son art brassicole, récupéré en 1877 par un entrepreneur local qui créa la bière d'abbaye Alpirsbacher Klosterbräu. Le site est très accueillant, avec les bâtiments historiques reconvertis en musée, centre de visites et magasin de produits locaux. Fait particulier: la brasserie a dû s'agrandir il y a cinquante ans et une usine a été construite à 1 km en aval. Le moût d'orge malté, qui reste fabriqué sur le site de l'abbaye, y est envoyé dans un pipeline souterrain pour aller faire sa fermentation dans les nouvelles cuves!

Il fait chaud, très chaud, et je ne résiste pas à l'odeur du malt qui m'appelle pour déguster la bière sur place avant de reprendre la route, non sans quelques souvenirs dans mes sacoches.

Le site de l'abbaye et brasserie d'Alpirsbach. 

La journée, et la prochaine dégustation, se poursuivent ensuite dans la ville de Freudenstadt. Centre régional de 24'000 habitants, à mi-chemin entre Fribourg-en-Brisgau et Stuttgart, elle est la porte d'entrée à la région de Nordschwarzwald depuis l'Est. Cité originale à plus d'un titre: notons sa réputation de "station thermale et climatique" dont on ne loue pas que les qualités bienfaisantes de son eau, mais aussi celles de son air pur. De nombreux voyageurs y viennent depuis le 19e siècle pour y respirer peut-être… la joie que l'on retrouve dans son nom (Freude)? Mais elle a aussi une autre curiosité: ici se trouve la plus grande place du marché d'Allemagne. Un carré de plus de 200 mètres de côté, autour duquel la ville a été construite selon un quadrillage semblable au jeu du moulin. Une planification urbaine unique en son genre qui détonne du modèle Zähringen appliqué à Villingen quatre siècles plus tôt! Ces deux villes à 60 kilomètres l'une de l'autre sont assurément des cas d'école de planification urbaine parmi les plus intéressants de tout le Bade-Wurtemberg. J'apprécie!

Centres de Villingen (g., modèle "Zähringen" du 12e s) et Freudenstadt (d., modèle "jeu du moulin" du 16e s.) à la même échelle. *

La grande place centrale accueille cafés, parcs, fontaines, arcades, quelques bâtiments emblématiques, et aussi une brasserie et son Biergarten ombragé. Alors hop, ma première bière du jour un peu plus tôt ne m'a pas perturbé pour franchir les 18 km de montée pour arriver ici, je me permets donc une deuxième dégustation. Fraîcheur garantie et bienvenue, alors que l'eau de mes deux gourdes, même remplies à chaque fontaine, atteint inévitablement la température ambiante de 35°C après quelques kilomètres. La brasserie Turm-Bräu - Freudenstädter Brauhaus am Markt occupe l'ancien bâtiment de la poste au milieu de la place, et brasse sa bière ici-même. Une belle activité pour honorer le statut de cette place de marché championne nationale!

Freudenstadt, et sa Marktplatz gigantesque, entourée par la Forêt-Noire [photo d'illustration].
Place du Marché, angle nord et angle sud.

Ainsi bien rafraîchi je repars en changeant complètement de cap. Je n'irai pas plus loin vers le nord mais reprends la route vers le sud-ouest, déjà sur le chemin du retour vers Bâle. Incursion totale dans la nature de la Forêt-Noire centrale et ses vallées reculées. Forêts, pâturages, grandes fermes typiques... et au milieu coule une rivière. D'abord la Wolf, puis la Kinzig. Qui servait autrefois au flottage du bois pour acheminer les longs troncs de pin droits, ressource infinie par ici, vers le Rhin puis jusqu'aux Pays-Bas, pour la construction navale ou comme pilotis pour bâtir des maison dans le sol instable. Belle nature qui, malgré les siècles de sylviculture intensive, garde - ou a retrouvé? - un aspect de forêt vierge.

Vallée de la rivière Wolf.

Plus bas dans le Kinzigtal, l'une des vallées les plus emblématiques de la Forêt-Noire, la civilisation réapparait. Toujours très typique, mais sous une forme qui détonne dans ce paradis de verdure. Oui, une ville, comme dans un rêve, sort de terre au détour d'un coude de la rivière. Wolfach tout d'abord, adorable petit bourg historique doté d'une rue centrale surdimensionnée de 20 mètres de large et 300 mètres de long - rien envier à bien des grandes villes, alors que cette cité ne compte même pas 6'000 habitants!

La ville de Wolfach, quais de la rivière Kinzig et rue centrale.

Cette journée aux décors enchanteurs me mènera encore un peu plus bas dans la même vallée, dans un autre bourg improbable sorti de nulle part: Haslach im Kinzigtal, 7'000 habitants. Ville de marché prospère au Moyen Âge en tant que centre régional pour l'exploitation de mines d'argent, elle fait aussi partie des villes fondées par les ducs de Zähringen, au même titre que Villingen au départ de l'étape. Et on retrouve donc ce plan typique de ville avec rues en blocs irréguliers encerclés par un chemin de ronde. Ici, c'est un modèle miniature du concept. Le tour complet de la ville intramuros mesure 700 mètres le long du chemin de ronde. Sa forme ovale me fait penser à un stade de football - vérification faite, ça correspond exactement au périmètre extérieur du stade de Stuttgart, capitale du Land à 125 km de là, avec sa Mercedes-Benz Arena de 60'000 places. Toute une ville dans un stade!

Le bourg intramuros de Haslach im Kinzigtal tiendrait dans la gigantesque Mercedes-Benz Arena de Stuttgart. *

Depuis Wolfach, je vis l'arrivée à Haslach comme un contre-la-montre, le ciel caniculaire ayant dangereusement changé de look pour se parer de teintes sombres, de vent et de sérieuses menaces de tempête orageuse. La pluie ne m'épargne finalement pas, mais reste brève. Par contre le vent fait des siennes, dans une ville habituée à de longues et tranquilles soirées-terrasses depuis plusieurs semaines. Tout ce qui est resté dehors se met en mouvement, tables, chaises ou poubelles. Je suis presque attaqué par un container à cartons qui traverse la route juste devant moi, poussé par une bourrasque au mépris de toute règle de priorité routière… Me voilà bien averti, je reste sur mes gardes.

Le temps de trouver l'hôtel que j'ai réservé dans la journée et de passer à la douche, le calme est revenu en ville et je peux sortir sereinement pour profiter de son hospitalité et son charme. A l'intérieur du bourg, rues pavées et maisons à colombages à profusion. Un véritable musée vivant de l'art du colombage. J'en avais déjà vu, après ces 224 kilomètres, quelques échantillons par-ci par-là. Mais une telle densité, c'est inédit! Haslach figure en bonne et due place sur la Deutsche Fachwerkstraße, la route thématique culturo-touristique du colombage, qui visite à travers huit Länder une centaine de villes allemandes (dont un tiers sont ici en Bade-Wurtemberg) sur 3'500 kilomètres. Encore une belle découverte!

Dans les ruelles de Haslach im Kinzigtal...
 … et ses maisons à colombages.

Quant à la bière locale, elle nous vient d'une petite ville à 20 km de là, Hornberg. C'est la Ketterer Bier, de la Familienbrauerei M. Ketterer GmbH & Co.KG. qui en est à la cinquième génération de brasseurs descendants du fondateur Michael Ketterer depuis 1877. Quand on parle de brasserie familiale, en voilà un bel exemple. Prost Michael!

Les trois bières locales de la deuxième étape.

[* Source des images aériennes: www.geoportal-bw.de]