Carnet de voyage

Canadian Trip

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Jusqu'ici tout va bien
Janvier 2017
12 semaines
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Publié le 21 janvier 2017

Que d'émotions en ces quelques jours, de l’excitation à l'angoisse totale, du soulagement, de la tristesse, de la peur, du réconfort, le renouveau, la satisfaction.. Retour sur ces quelques jours pleins de rebondissements !!!

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J-4 avant décollage : 

Encore mille choses à faire, mais "c'est bon je suis large, et puis au pire, tant que j'ai mes billets je suis OK". Voilà en gros mon état d'esprit, un peu dans le déni pour éviter l'angoisse, mais excité du départ, je compte les jours, je ne pense pas vraiment à ce qui m'attend et à ceux que je laisse de l'autre côté de l'atlantique. Je me souviens de conversations avec des collègues / amis / proches, avec cette réflexion qui revenait souvent : "Ce que t'es courageuse... partir si loin, aussi longtemps, toute seule..". Je ne comprenais pas vraiment, je ne me considère pas comme courageuse. J'ai peur de beaucoup de choses, mais ça c'est rien, quoi qu'il arrive tant que je trouve nourriture et toit je ne vois pas où est le problème. Allant au canada, un pays relativement occidental, le mode de vie ne changera pas vraiment de la France, alors je ne vois pas où est le courage. Je pense pas être courageuse, mais plutôt insouciante, je ne pense pas aux risques, seule à l'autre bout du monde dans l'inconnu. Non, je pense aux belles choses qui m'attendent, aux belles rencontres, aux beaux paysages, à se retrouver seule avec soi-même, ne pas avoir à penser au lendemain mais seulement, à qui je suis, mes envies, mon bonheur du présent. Plus de méta-conscience, de questions existentielles, juste me retrouver au milieu de la nature sans pratiquement aucune trace humaine, écouter le silence, et le temps qui semble passer si lentement, se rendre compte de ce que nous donne la nature, ressentir le vent, le soleil. Ou alors vivre chez ses gens soucieux de leur environnement, de rendre à la nature ce qu'elle leur a donné, ravis de partager leur mode de vie éco-responsable, qui t'abritent te nourrissent pour un peu de main d'œuvre, loin du travail à la chaîne, où les vaches se traient à la main, les mauvaises herbes se retirent à la main. Non je ne pense vraiment pas être courageuse, je pense juste être insouciante, et simple.

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J-1 avant décollage : 

Merde, fini l'insouciance et la simplicité, l'angoisse m'est tombée dessus sans crier gare ! "Mais quelle idée j'ai eu encore de faire ça ?!", "toute seule à l'autre bout du monde, moi, Maëva, tête en l'air, mais jamais je ne survivrai". Encore une fois je ne suis absolument pas courageuse, au contraire la peur et l'angoisse prennent toute la place. Je me rends compte que je suis sur le point de partir SEULE, à l'AUTRE BOUT DU MONDE. La cata, je ne me sens absolument pas capable. Je sais bien au fond que tout se passera bien qu'une fois dans l'avion mes craintes auront disparu et l’excitation sera de retour. Mais pour le moment je n'arrive pas à relativiser, l'angoisse occupe toutes mes pensées. Et les aurevoirs ne sont pas là pour arranger les choses, chacun d'autre eux sonne comme un déchirant adieu, des larmes en abondance, "c'est bon ce n'est que quatre mois" mais l'angoisse me prenant tout l'estomac ces quatres mois sonnent comme une éternité. Je lis les mots laissés par mes proches sur mon carnet de voyage pour me redonner du courage, mais rien n'y fait à chaque lettre, les premières lignes me nouent l'estomac et c'est bon j'y vois flou... Pourquoi chercher le bonheur à l'autre bout du monde quand ces pépites sont à vos côtés tous les jours (rien que d'écrire ces mots j'en ai encore les larmes aux yeux !! Merde j'en ai pas fini de pleurer encore ?!!). Mais je ne fais pas demi-tour, ce besoin d'aventure, cette petite flamme brûle toujours, même avec l'angoisse je sais qu'une fois là-bas tout ira bien. (Même si perdre ma carte bleu le jour de mon décollage ou encaisser un chèque sur le compte de quelqu'un d'autre une semaine avant le départ pourraient quand même me faire un peu douter !! Mais je suis comme ça et j'ai survécu bientôt 25 ans alors je peux tenir encore 4 petits mois!).

Everything will be fine
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Les deux ou trois jours d'avion (avec le décalage horaire entre Bordeaux/Londres puis Londres/Toronto et enfin Toronto/Vancouver, j'ai arrêté de compter combien d'heures j'ai réellement vécu en 24h!) : 

Here we go ! Je vérifie 36 fois tous mes papiers, ma carte bleu retrouvée peu de temps avant, j'écoute bien les conseils de maman Sarah : "Surtout remets bien tes affaires où tu les as prises, si tu sors ta carte ou ton passeport tu ne les ranges pas vite fait pour mieux les ranger plus tard, tu prends ton temps pour bien les ranger tout de suite!" Bon je crée une queue mais le coup de la carte bleu m'a donné une bonne leçon ! Bordeaux/Londres je commence à connaitre je pourrais faire le vol les yeux fermés, no stress, enfin sur le départ l'angoisse est presque partie : me connaissant j'ai juste peur de ne pas arriver à destination : 3 avions à prendre en 38h, il va falloir je calcule bien mes heures, bien arriver 3h avant le décollage pour être sure (le passage de la sécurité pouvant parfois être très long). Mais c'est bon tout ira bien ! Décollage - Atterrissage - Bus - Tube - Arrivée à l'auberge - Manger. Déjà 21h30, je vais pour prendre ma douche : que 2 douches pour tout l'hostel... Autant dire que la queue est longue, pas la force d'attendre, je me doucherai le lendemain matin, je dois me lever tôt je préfère aller dormir. Le lendemain matin réveil 6h - exaspération - encore une énorme queue pour la douche, à croire que les gens ont attendu toute la nuit !! Pas le temps de faire la queue j'ai un avion à prendre : Douche à la française, lavage aux lingettes + Déodorant + Parfum… Pas top mais c'est mieux que rien. Tube – train – aéroport - enregistrement du sac - passage de la sécurité - embarquement - 8h30 de vol : j'ai le temps d'avoir des réflexions existentielles du genre "j'ai trompé le temps, arrivé à Vancouver j'aurai 9h de moins que mon âge" (quand on est à deux doigts de passer le quart de siècle, 9h ça compte!!), ou alors "est ce que les hôtesses de l'air, si elle volent tout le temps en sens inverse du sens de la terre, elles finissent, par exemple, par avoir 40 ans légalement mais dans un corps de 50 ans ?" je sais pas si vous suivez ma réflexion, à force de décalage horaire : 2h en 1... Merci à Lilian qui m'a fait me rendre compte de la stupidité de ma réflexion, en revenant au point de départ on revient à l'heure d'origine... Bref atterrissage et je pue de plus en plus, et je dois faire encore 6h de vol... un seul mot d'ordre : ne pas faire de mouvements trop brusques !! Enfin en territoire canadien, plus que les douanes et le dernier petit stress sera parti. Passage douanier presque sans souci : la douanière me demande si j'ai de la boue sur mes bottes, ne connaissant ni le mot bottes, ni le mot boue en anglais, elle a dû faire une google traduction pour que je comprenne – honte internationale – … Ça commence bien… Je la rassure mes bottes sont neuves, à un crottin près j'ai failli repartir au point 0... Et oui pour la protection de la flore ; les germes français ne sont pas les mêmes qu'ici et peuvent devenir dangereux pour la flore locale, m'explique-t-elle avec un regard un peu navré : "Elle est mignonne mais pas très fut fut celle-là". Toujours pas le temps de prendre une douche, mon sac est directement embarqué pour la correspondance. Les 6 prochaines heures vont être dures pour moi et pour le pauvre bougre qui sera assit à côté de moi. J'embarque - Décollage (plutôt fière de moi j'ai réussi à ne me trompé sur aucun vol !). Après 16h ou 17h ou plus j'en ai perdu le compte, le soleil commence à se coucher, les lumières de l’avion s'éteignent, le problème c’est que je lis et le bouton pour allumer ma lumière personnelle est au-dessus de ma tête... J'abandonne, l'idée de lever le bras et d'asphyxier tout l'avion me fais peur. Tant pis je vais dormir même si je ne devrais pas (étant dans les environs des 18h si je dors maintenant je n'aurai plus envie de dormir à 21h et récupérer du décalage sera plus difficile). Atterrissage - taxi - auberge - douche ENFIN - dodo.

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Mes premiers jours à Vancouver : 

Et voilà je me réveille et il est 3h du mat… Je me force à dormir encore. 5h du mat j'en peux plus de rester au lit, je reprends une douche juste pour le kiff (pour les premiers jours je me suis autorisé le luxe de la chambre individuelle avec douche privée), je me recouche, regarde un film. Petit appel à l'autre bout de l'atlantique pour donner des nouvelles. 11H très fatiguée mais pas envie de dormir : les joies du jetlag. Bon il faut que je me bouge au moins pour me nourrir. Je fais enfin mon premier pas dans la ville. Quelle déception. Tout est moche, il pleut et il y a des drogués, sdf, et autres rejetés de la société par groupe de 10 tous les 5m. Ok là j'ai un peu peur, j'ai pris l'hostel le moins cher, et il est dans le quartier le plus mal famé de Vancouver. Eh oui, ici le droit à la santé n'est pas un acquis, on a tendance à l'oublier chez nous dans notre cocon français. Mais face à tant de misère au mètre carré je me sens mal pour l'humanité, je suis loin du cadre féerique que je m'imaginais : moi sautillant dans les prés, love love nature... J'ai énormément de peine et je ne me sens vraiment pas en sécurité, du haut de mes 1h50, jeune fille solitaire, s'il m'arrive quelque chose, personne pour s'en rendre compte. Je retourne donc à mon hostel avant que la nuit ne tombe. Je change d'hostel le lendemain pour un dortoir dans un quartier un peu mieux. Ah quelle est belle l'hypocrisie, loin des yeux, pour se sentir mieux, comme si ces buildings de 15 étages me servaient de mur de protection contre cette misère. Mais trop empathique je ne peux pas me retirer l'image de ce jeune homme, le cerveau ravagé par la drogue, se tenant d'une façon complètement difforme, parlant au mur et lui donnant des coups de tête parce que celui-ci ne lui répondait pas. Ça pourrait prêter à sourire, si s'en était pas si triste. C'est bon je déteste Vancouver, ces gens qui laissent tomber leurs semblables, tout me répugnent, je me répugne, je n'ai qu'une envie partir loin, au fin fond de la nature loin des hommes et de cette hypocrisie dont je participe. Quelle honte. Je me couche peu fière de moi, peu fière des hommes, peu fière de l'humanité.

Le renouveau : Réveillée à 5h levée à 6h je commence à rattraper du décalage. Pas d'appétit pour aller manger je décide d'aller chercher un wwoofing pour partir loin de cette ville. Trouvé. Je prends enfin mon petit déjeuner. Je m'assois à côté d'une fille. Coïncidence elle vient de Toulouse. Qui aurait cru que cela me ferait vraiment plaisir de me retrouver avec une française ?! On parle de chacune, on fait connaissance, elle est ici depuis une semaine, mais a déjà vécu en PVT un an à Vancouver. Je lui raconte ma déception, puis elle a ces quelques mots qui font tilt : "ne juge pas cette ville trop vite, elle est magique, tu verras les gens y sont presque aussi sympathiques qu'en Irlande. Aujourd'hui est un jour nouveau et en plus il est ensoleillée, alors tu verras tout ira bien!". Me voilà repartie dans les rues de Vancouver, de toute façon je dois aller au consulat. En marchant vers ce dernier je me rapproche de l'océan et là entre deux buildings j'aperçois cette montagne, cette image surréaliste, elle est à même pas 5 km à vol d'oiseau (en réalité je n'ai aucune notion des distances mais j’ai l'impression d’être à ses pieds). Après être passée au consulat je décide de me rapprocher de la baie. Je me rends compte alors à quelle point cette ville est unique et magique. Appuyée sur la barrière je regarde vers le bas, l'océan sous mes pieds, je lève la tête, cette imposante chaîne de montagne de l'autre côté de la rive, je me retourne et me retrouve aux pieds de ces immenses buildings. Elle est là la particularité de cette magnifique ville ; une ville plus petite que Marseille en surface mais avec presque le même nombre d'habitants. Similaire à une ville américaine avec ces hauts buildings mais rappelée à l'ordre par la nature ; séparée en deux par l'océan qui creuse petit à petit le continent, et cette chaîne de montagne pour lui rappeler à quel point elle est petite face à elle. Ce petit hydra-aéroport juste à côté du port où se vident ces bateaux porte-conteneurs. Autant d'opposés qui coexistent côte à côte. J'ai donc décidé de m’asseoir pour écrire mon premier article, enfin inspiré par ce paysage incroyable, entre les immeubles d'un côté et l'océan et les montagnes de l'autre. Je m'émerveille de nouveau. Enfin ! J'avais oublié que le bonheur se trouve dans cette capacité à s'émerveiller des petites choses qui nous entourent. Rechargée à bloc, cette ville m'en aura fait voir de toutes les couleurs. Je la quitte demain pour commencer le wwoofing! A bientôt.

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Publié le 18 février 2017

Après Vancouver je suis partie pour Sicamous, dans une ferme B&B : Owlhead creed. Le plan étant d'avoir une formation express pour faire fonctionner la ferme car Deb et Bruce (mes hôtes) partaient en vacances la semaine suivante.

Je suis donc arrivée le 20 (ou le 21 je sais plus) tard dans la soirée, 22h à Sicamous - ici le soleil se couche aux alentours de 16h30 et il fait nuit noire vers les 17h30, alors 22h c'est tard, pour ceux qui aurait l'idée de me prendre pour une mamie ! - je n'ai donc pas vraiment vu où je mettais les pieds, alors quelle fut ma surprise à 7h30 le lendemain matin... Un paysage absolument magnifique et une vue sur la vallée "Amazing" !

Sicamous' view
View from my room 
OwlHead Creed's land 
OwlHead Creed's land  
OwlHead Creed's land  
OwlHead Creed's land  

Pour mon premier jour j'ai donc visité tout le domaine, j'en ai eu plein les yeux ! J'ai fait la connaissance des 4 vaches, 17 poules, Bella le chat et Tracker le chien, qui allaient devenir ma seule compagnie pour une semaine ! Très belle journée. La barrière de la langue est un peu difficile et je me rends vite compte que je ne suis pas aussi bonne que je ne le pensais ! Mais en mimant et en bruitant (#hommeDeCromagnon) j'arrive à me faire comprendre ; je vous laisse imaginer le moment où je leur ai demandé s'ils ont des ânes, ne connaissant pas le mot "âne" en anglais j'ai dû le bruiter... Gros moment de solitude !!! Mais la belle journée a vite tourné à la tragédie quand Deb, n'ayant pas de nouvelle de Connie, son amie qui devait venir m'aider de temps en temps, est partie voir si tout allait bien et la découvrit morte dans la salle de bain... Je ne savais plus où me mettre, situation absolument délicate quand tu n'as pas les mots pour réconforter parce que tu ne connais pas les personnes... Deb et Bruce, aussi adorables qu'ils sont, essayaient de me mettre le plus à l'aise possible, mais je ne me sentais juste pas à ma place à ce moment-là...

Deux jours après c'est la famille proche de Connie qui venait passer le reste de la semaine au B&B. Et après 2h ou 3h de malaise, l'ambiance commençait à se détendre et leur arrivée a apaisé tout le monde. Une famille très soudée qui me rappelle la nôtre, entre partage de souvenirs et anecdotes les sourires revenaient sur les visages.

La semaine filait et nous étions tous occupés soit à préparer le départ de Bruce et Deb dans la ferme, ou à aider la famille de Connie à vider la maison. En une semaine j'ai eu mon diplôme de fermière canadienne ; je conduisais le tracteur, délayais la route quand elle était enneigée, coupais du bois pour le feu à la hache, ou à la tronçonneuse, nourrissais les vaches et les poules, enlevais les bouses des vaches dans les boxes, ramassais les œufs des poules etc...

La fin de la semaine arriva et Deb et Bruce partirent. Je restais deux jours avec la famille de Connie, avec qui j'ai vraiment tissé des liens dans ce contexte particulier. À leur départ nous avons échangé mails et numéros et ils m'ont fait promettre de venir les voir avant que je parte.

Me voilà donc seule avec deux missions : prendre soin des animaux et garder la maison chaude.. Simple en apparence mais c'était sans compter mon habilité à faire des catastrophes avec trois fois rien..

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Publié le 18 février 2017

Bon ma semaine seule a été chargée en rebondissement !


Première mission, "Tenir la maison au chaud"

Tout d'abord, le lendemain de leur départ les températures ont chuté. De 0°/-5°C, on est passé à -15°/-20°C. La maison est chauffée avec une petite cheminée et un gros fourneau à bois à l’extérieur qui chauffe également le shop (une espèce de mini gymnase où ils reçoivent des musiciens), les cabanons, et le jacuzzi extérieur. Au regard des températures, j'ai fait tourner le fourneau au maximum.

les cheveux gelés, c'est à peine une minute après être sortie dehors 

Le premier réveil avec 15°C dans ma chambre... Pas hyper chaud mais ça passe. Deuxième réveil avec 10°C, là ça passe un petit peu moins quand même ! Je démarre le feu plus tôt et le finis plus tard mais rien y fait, le mercure ne veux pas monter. Le shop, les cabanons et le jacuzzi sont pourtant à bonne température, mais la maison n'a pas l'air décidé à vouloir se réchauffer. La petite cheminée de la maison ne chauffe pas énormément. Normalement on y passe 2/3 bûches. Mais il fait trop froid, alors soyons fous : j'y mets 5 bûches pour un plus grand feu. Ça se réchauffe de quelques degrés... Sauf que 10 min après, l'alarme à incendie se met à sonner !! Je lève la tête : de la fumée partout !! Impossible d’arrêter le feu, du moins je n’avais pas envie de jeter un sceau d'eau et de ne pas pouvoir le redémarrer avant 3 jours ! Du coup j'ouvre toutes les fenêtres. Je vous rappelle qu'il fait à peine 13° dans la maison et que dehors il fait -20°. Quand la fumée est partie et que le feu est moins grand je referme tout : 8° dans la maison. A ce moment-là, je déteste mes parents de ne pas m'avoir doté de plus de jugeote !

-18°C day 

Je décide d'envoyer un mail à Deb et Bruce pour savoir s’il n’y a pas un autre moyen de réchauffer la maison. Je n'ai la réponse que tard le soir ; mettre sur "on" l’interrupteur sur l’armoire électrique pour mettre en marche la chaudière. Le lendemain matin réveille à 5°. J'aurais bien pleuré si je n'avais pas peur que mes larmes ne deviennent des glaçons !! Après un autre email envoyé à Deb et Bruce, ils m'envoient la cavalerie. Un défilé de personnes qui regardent tous les tuyaux, le système de chauffage, l’armoire électrique. Personne ne comprend pourquoi ça ne fonctionne pas. Deb et Bruce sont à 2 doigts de rentrer de leur vacances quand Bruce à l'illumination : à côté de "la machine qui sert à diffuser l'air chaud" il y a un interrupteur, le même interrupteur que ceux pour allumer les lumières, sauf que celui-ci est pour allumer cette fameuse machine qui ne fonctionnait pas. Turn on et Alléluia !!! La chaleur fût ! F*ckin Sh*t button !!! On a l'air fin d'avoir galéré pour un p*tain d'interrupteur !!!

Première mission, "Tenir la maison au chaud" : Fail.

Bella qui dormait avec moi sous les draps pour se réchauffer 
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Deuxième mission : "Prendre soin des animaux"

-Avant de commencer à raconter mon histoire j'en appelle à votre empathie et à votre compassion. Merci de ne pas trop rire de ce jour qui fut de loin ma pire journée du voyage !-

C'est le premier jour qui suit la chute des températures, la veille j'avais tout préparé pour que les animaux n'aient pas trop froid sous les conseils de Bruce et Deb ; plus de foins et de copeaux pour les poules, installer une lampe à chaleur, changer l'eau, remettre de la nourriture, mettre de la laine, installer les portes des boxes pour les vaches, refaire les boxes etc.

La nuit passe et je ne suis pas sereine ; j'espère que tout le monde survivra à cette nuit ! Oui, j'ai une légère tendance à dramatiser ! Il est sept heures, je me lève après une nuit mouvementée en cauchemars. Je sors sans écharpe et bonnet. Dix mètres après je comprends le sens de l'expression "morsure de froid". Demi-tour. J'enfile écharpe bonnet et gants, et l'anxiété commence à monter ; j'espère que tout le monde ira bien, comment survivre à ce froid ?!

Ma première angoisse : les vaches. Elles sont toutes les 4 ensembles comme des pingouins elles se réchauffent mais tout va bien elles n'ont pas l'air de souffrir du froid.

Ce ne sont évidement pas les vaches qd je les ai retrouvées cette nuit là, mais 2 autres jours, au moment de leur donner à manger.

Deuxième angoisse ; les poules. Au premier regard, ouf, tout le monde à l'air bien. Mais mon soulagement n'est que de courte durée. Il y a cette poule, dans le coin, seule, qui ne bouge pas. Angoisse. "Non !! Ne soit pas morte S'IL TE PLAIT". Elle ne l'est pas, mais elle est froide et semble exténuée, vidée d'énergie (oui je parle bien d'une poule là). Je la prends sur moi, l'enlace, la met au chaud dans mes bras, et je m'assois sous la lampe à chaleur. Je reste sous la lampe 20/30min à lui parler, la réchauffer, la câliner. Je me sens soudain investi d'une mission, ma raison d’être sur terre (toujours dans le drame). Un remake de "il faut sauver le soldat Ryan", cette poule ne mourra pas, not in my watch ! Je lui donne même un petit nom "Cocotte" (#originalité).

Elle commence à aller mieux, elle est plus chaude et commence à bouger, je reste encore un peu et la repose sur le sol, elle bouge un peu mais sans plus. Je me dis qu'elle a besoin de repos. Je reviens une heure après pour voir comment elle va. Elle n'a toujours pas bougé, je la reprends sur moi. Mais j'ai à peine le temps de la prendre dans mes bras que ses yeux se ferment et en dix secondes son petit corps fragile se raidit. Pas besoin d'être véto pour comprendre que j'ai failli à ma mission. Je reste là au milieu du poulailler avec Cocotte morte dans mes bras. La gorge nouée, je regarde cette pauvre petite sans vie, je me sens tellement mal, ma vision se trouble, j'essaye de retenir mes larmes, mais je suis tellement triste. Je m'assois et reste je ne sais combien de temps dans ce poulailler avec Cocotte dans mes bras, inerte. Je sais que je dramatise souvent les événements, mais j'ai beau essayer de me raisonner ; "ce n'est qu'une poule", rien n'y fait, mes yeux pleurent à chaudes larmes. J'y ai mis tellement de passion à essayer de la sauver, je me sens tellement impuissante et inutile. Quand Mère Nature décide, personne ne peut rien y faire, mais ce n’est pas juste.

J'annonce la mauvaise nouvelle à Deb et Bruce qui s'excusent que cela arrive lorsqu'ils ne sont pas là, et essaient de me réconforter "So sorry about that Maeva. It happens, she had a good life. Our vet said when you have live stock you also dead stock. Life is hard sometimes". Ils sont tellement gentils, les voilà en train de me réconforter pour la mort d'une poule que je connaissais que depuis une semaine, alors qu'ils viennent de perdre leur meilleure amie.

Ils me conseillent de la mettre dans la forêt loin du sentier pour les coyotes et les oiseaux. Ma seule sortie. Je reste dans la maison le reste la journée et m'ouvre une bouteille de rouge. Tellement de peine.

Il y a définitivement quelque chose qui ne tourne pas rond chez moi. Tellement dure parfois avec le genre humain, m’attachant difficilement et me détachant facilement des gens et me voilà en train de pleurer la perte d'une poule rencontrée une semaine auparavant…

Deuxième mission, "Prendre soin des animaux" : Fail.

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Bon la semaine n'a pas été si terrible que ça. Mon rendez vous quotidien avec le jacuzzi extérieur au milieu des sapins et de la neige avec vue sur la vallée et le lac était mon moment préféré ! Et le paysage est juste magnifique, je ne m'en lasse pas, vierge et changeant selon la météo. Je me sens vraiment bien ici !

Et puis il y a John, un joueur de hockey d'une trentaine d'année qui est locataire d'un cabanon, qui a été la tout au long de la semaine pour m'aider et me tenir compagnie. Entre dîner, petite rando, Superbowl, match de Hockey, taxis pour m’amener en ville, il a été d'un grand soutien ! Même si j'ai bien compris qu'il aimait "beaucoup" passer du temps avec moi.

Pour la petite anecdote, lors d'un dîner il me pose la fameuse question "and you have a boyfriend who's waiting for you in France". Ayant bien compris ses intentions par plusieurs réflexions au cours de la semaine, je me suis dit : "si je lui dit que je suis célibataire il ne va pas me lâcher les baskets". J'ai donc décidé de mentir (désolée maman), mais pas trop : "Yes but it's complicated" (=> traduction : "compliqué" dans le sens "petit ami imaginaire"). Je me suis dit qu'avec ça il ne me poserait pas trop de questions sur mon petit ami imaginaire par décence et qu'il comprendrait que ça ne sert a rien qu'il tente quoi que ce soit. Que nenni ! "Why it's complicated ?". Great Job Maëva ! Ben oui Maëva, réponds donc à la question, pourquoi c'est compliqué avec ton petit ami qui t'attend en France ? Dommage j'avais pas mon manuel "Comment s'inventer une vie en 10 leçons" sous la main ! J'ai quand même réussi à m'en sortir à coup de "how can I explain to you in english?.." pour gagner du temps et trouver une excuse : "he wanted me to stay in France".

Moral de l'histoire : ne jamais mentir...

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Publié le 19 février 2017

Un de mes meilleurs souvenirs, une petite balade sur le lac "semi gelé" Mara. Partie pour regardé un match de Curling, pour ceux qui ne connaissent je vous invite à regarder sur internet, c'est surement le sport le plus inintéressant que je n'ai jamais vu! Je réussi à m'échapper (le match durant 2h), pour visiter un petit peu. Je me rapproche du lac, et voyant des traces de pas sur la partie gelé je tente de m’aventurer à marcher sur l'eau (#jesus). Je vous avoue que mes premiers pas n'étaient pas sereins... Imaginant la glace se briser, me voyant tomber à l'eau, me congelant en 1 min et personne pour me venir en aide (toujours et encore dans le drame). Puis au bout de 15 min de marche, et toujours en vie, je m'y habitue et profite du paysage.

- Il n'y avait pas de soleil donc images sont un peu terne, et le temps s'étant pas mal réchauffé ces derniers temps je ne pense pas que je pourrais y retourner avec du soleil, la glace étant surement trop fragile à présent. -

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Publié le 22 mars 2017

Après leur retour, Deb et Bruce m'ont donnés quelques jours de vacances à Kelowna dans la famille de Bruce.

Kelowna est la troisième plus grande ville de BC je crois, mais reste assez petite, un peu comme Bordeaux. Et comme toutes les villes ici, tu peux être dans le centre ville, et conduire 10 min pour te retrouver en pleine nature. En l'occurrence, la maison de la mère de Bruce se trouve sur le bord du lac Okanagan, je rappelle que les lacs ici, c'est pas les lacs européens ! Un lac européen pour un canadien c'est une mare ! Donc Okanagan est long de 135 km avec une superficie de 351m² (cf: wiki). J'étais à 15 minutes à pied du centre ville, et je pouvais rentrer prendre le canoë, ramer, et me retrouver comme seule en pleine nature. Ce que je faisais pratiquement tous les soirs pour voir le coucher du soleil.

Ma semaine était rythmée entre des visites dans la ville la journée, du canöé l'après midi pour le couché du soleil et des soirées dans des jazz pub ou blues bar avec la sœur de Bruce. J'ai passé une très bonne semaine !

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Publié le 22 mars 2017

Travailler dans un élevage de chiens de traîneau, est une des choses que je veux faire avant de mourir, parmi : - Savoir siffler et chanter - partir seule en pleine nature pendant une durée indéterminé avec le strict minimum - traverser l'amerique/canada/l'amerique du sud en van - retaper une vieille moto - - partir en trip entre soeurs - faire un GR - apprendre à mes neuveux/nieces à cracher la soupe ou la purée sur mes chères et tendres soeurs ...

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Lorsque j'ai contacté Gaetan (le musher) il m'a tout de suite prévenu que si je voulais venir juste pour m'amuser avec des toutous, et voir des aurores boréales, il valait mieux ne pas venir :


From : Gaëtan - To : Maëva

"Je serais très heureux de te recevoir, mais avant de venir il faut que tu saches qu'il y a rien autour, que la ville la plus proche est à une heure de route quand on peut la prendre si les conditions sont bonnes. Il n'y a pas d'eau courante, pas de douche, et les toilettes sont des toilettes sèches à l’extérieur. Tu devras couper ton propre bois et faire ton propre feu dans ta cabine. S'occuper des chiens ce n'est pas juste s'amuser avec, pour les nourrir c'est des blocs de viandes qu'il faut couper à la hache quelque soit le temps, il faut nettoyer 2 à trois fois par jours les cacas des chiens. Je serai absent pendant une semaine, je participe à une course, tu seras donc toute seule et tu devras t'occuper des chiens toute seule. Si c'est toujours bon pour toi c'est ok."


From : Maëva- To : Gaëtan

"Etre handler (personne qui assiste le musher), c'est quelque chose que je veux vraiment faire. Je savais en quoi consistait le job avant d'avoir fait ma demande, bosser dure ne me fait pas peur. Le fait d'être coupée du monde et en pleine nature est juste la cerise sur la gâteau pour moi. Couper mon bois et faire mon propre feu : No problem, j'ai passé mon diplôme de Canadienne le mois dernier à Sicamous. Et pour le dernier point ; vivre sans eau courante et "freezing my ass off" pour aller au toilette, si tu peux le faire je peux le faire aussi. Mais j'aurais une condition avant de venir, je voyage au Canada pour apprendre l'anglais, alors je souhaite partager le maximum de temps avec toi, pour parler anglais."


From : Gaëtan - To : Maëva

"Ha ben le Yukon pour apprendre l'anglais c'est peut être pas le meilleur endroit, c'est plus francophone que anglophone, je suis moi-même belge, donc ma langue maternelle est le français. Je veux bien parler avec toi en anglais, mais je vous connais vous les français, vous ne tenez pas longtemps et vous revenez toujours à votre langue maternelle !"


From : Maëva - To : Gaëtan

"Je suis une personne très très motivée, et si quelqu'un doit se lasser de parler anglais entre nous deux, ça ne sera pas moi ! "


From : Gaëtan - To : Maëva

"J'aime cet état d'esprit ! Si tu ne t'es pas enfuis après quelques jours je te mettrai sur un sled pour voir de quoi t'es capable !"



Deal !

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J'ai alors profité des mes derniers jours avec Deb et Bruce, de la douche, des toilettes, du jacuzzi etc... Deb était quand même inquiète de me laisser partir au milieu de nul part pour vivre seule avec un seule homme. Mais était très fière de ce que je faisais, que j'allais vivre une expérience canadienne que la majorité des canadiens n'avaient jamais fait.

J'ai passé ma dernière semaine en days off. Bruce et Deb voulaient que je profite un maximum des vacances avant la grande aventure. J'ai donc passé pas mal de temps avec John qui a un peu plus mon âge. Je suis allée voir des matchs de Hockey, il a essayé de m'apprendre à jouer tant bien que mal. On est allés au bar avec des amis à lui pour boire quelques bières, il m'a amené voir quelques jolis points de vue. On a fait des bons repas avec du bon vin avec Deb et Bruce. Bref une dernière semaine au top.

Les au revoir ont donc étaient vraiment durs !

Mais l'excitation pour la nouvelle aventure m'a vite fait passer le blues.

Alors let's go ! Depuis Kelowna j'ai pris l'avion pour Whitehorse, capitale du Yukon.


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Petite vidéo : creazy time with sled dogs. En attendant la rédaction du prochain article, sur mon aventure dans le Yukon dans un élevage de chiens de traineau (aventure absolument spendide, folle, et riche).

Dancing with sled dogs 
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Publié le 28 avril 2017

- Ça doit bien faire deux heures que je suis devant mon écran, à écrire deux trois mots, quelques idées par-ci par-là. C'est surement l'article le plus dure à écrire, l'expérience la plus compliquée à raconter. Tellement de sentiments et de ressentiments importants à transmettre, à expliquer. Par où commencer? Et surtout comment commencer? Comment raconter? -


En guerrière, j'étais parée pour affronter vents et marrées, ou plutôt froid et solitude. Me prouver qui était la dure à cuire, prête à en découdre avec mes limites. Je pensais que ça allait être LA grande Aventure, avec un grand A. J'étais bien loin du compte, de la réalité. Je me trompais et pas qu'un peu. Ce n'étais pas l'aventure auquel je m'attendais, à la Indiana Jones, armée de mon courage, résolue à affronter la nature, le froid et les bêtes sauvages. Non, encore une fois ce n'était pas une question de courage.

C'était extraordinaire, perturbant, magique, imprévue, mais surtout ressourçant. Ou plutôt sourçant, parce que j'y ai trouvé un apaisement que je ne connaissais pas jusqu'alors. Un apaisement créé par le biais de multiples facteurs, se croisant à ce moment précis, et indéterminable, pour créer cette nouvelle dynamique, énergie, entité. Comme un big-bang intérieur, où après le chaos survient l'équilibre parfait de l’existence. Les mots de notre cher Victor Hugo n'ont jamais eu autant de signification ;

Voyager c'est naître et mourir à chaque instant.

Comme si mon savoir n'était qu'en fait qu'ignorance, et que de cette ignorance est naît une nouvelle vérité. Ô, pauvre de moi, ignare qui pensais partir loin des questions existentiels. Mais c'est bel et bien l’existence qui m'a rattrapé sans crier gare.

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Trêve de philosophie, avant que la migraine ne nous gagne! Commençons par le commencement, débutons par le début :

J'arrive donc à Whitehorse. Je rencontre d'abord Karen, la petite amie de Gaëtan. Ce dernier étant volontaire le wenk-end même pour une course de traîneau. Comme Gaëtan, elle a une quarantaine d'année, mais j’aperçois dans sa façon de bouger, de parler, dans ses mimiques, une sorte de jeunesse, quelque chose me titille, mais je n'arrive pas à mettre le doigt dessus. Qu'importe.

Nous conduisons près d'une heure trente, pour arriver à Mendenhall Landing. Comme pour toutes les premières rencontres, on apprend à ce connaitre, "Qu'est ce que tu fais dans la vie?", "D'où tu viens?", "A-tu des frères et des sœurs?". Rapidement une complicité s'installe entre nous. Je vois en Karen comme une projection de moi plus tard, et elle en moi, une projection d'elle plus jeune. Je ne sais comment expliquer, mais elle a cette façon de penser, qui est similaire à la mienne. Un parcours différent, mais des expériences similaires.

C'est une voyageuse. Les questions de formalités laissent vite place aux récits de voyages, de rencontres, et d'expériences uniques. Très vite je n'ai plus rien à raconter, comparé à son expérience, alors je l'écoute. C'est une passionnée. C'est quelque chose que j'adore, écouter parler les passionnés, ils te transportent si naturellement que le sujet le plus inintéressant peu devenir tellement captivant lorsqu'il est raconté par un passionné. Je me laisse alors transporter, je voyage à travers ses récits, je m'attache à ses rencontres. Elle me montre ses passeports, oui "ses" parce que deux sont pleins de tampons. C'est un moment précieux, que je souhaite garder le plus longtemps possible. Ce moment où j'écoute ses histoires, elle, témoin de tellement de vies et d'aventures, pendant que je feuillette ces documents si précieux, témoins du témoin, une belle mise en abîme.

On arrive donc au Kennel 9, la maison de Gaëtan. Karen me montre ma petite cabine :

-Photo-

C'est très petit mais largement suffisant pour y dormir, j'y découvre ma petite bassine qui me servira de douche pour le prochain mois, petit malaise, mais je n'y pense pas, "ça va aller". Je regarde l'état général de ma cabine, premier constat il fait hyper froid, le feu n'a pas était fait, et il fait -30°c dehors... Deuxième constat c'est pas hyper propre, le handler qui vivait ici avant moi à laisser la cabine dans un sale état. Troisième constat, la vue, et quelle vue ! Il a coupé tous les arbres devant la cabine, on peut ainsi admirer le lac gelé, et la petite chaîne de montagnes qui se dresse derrière le lac depuis le lit. Manquerait plus que... Je m'empresse de prendre mon sifflet-thermomètre-boussole-loupe (cadeau porte bonheur de papa maman). Et oui c'est bien ce que je pensais, la cerise sur le gâteau : je suis exposée plein Nord! L’exposition parfaite pour regarder les aurores boréales la nuit!

Ce troisième constat me fait oublier le deuxième. Pour le premier, je m'empresse de faire du feu. Lorsque celui-ci à l'air bien nourrit. Je pose mes affaires, et vais rejoindre Gaëtan et Karen à leur maison.

La rencontre avec Gaëtan est plus que surprenante, je m'attendais à un homme rude, ferme, grincheux, à l'image que l'on se fait du musher qui vit dans le Yukon. Pas du tout : "Hey Maëva, la française avec qui je vais parler anglais, même si on parle tous les deux français! Comment tu vas? Pas trop froid dans le Yukon?" sur un ton super enjoué, les bras en l'air comme pour montrer sa joie quand on est très heureux. Je me dit tout de suite, qu'on va bien s'entendre et s'amuser! On parle un peu et je cerne vite le personnage. Il est vraiment bien loin du stéréotype que je m'imaginais. Oh oui! Gaëtan est plutôt fou, mais fou dans le bon sens, fou parce qu'il ne prend rien au sérieux, toujours en train de déconner - déconner et pas rigoler, parce que sa bouche sort un nombre incalculable de gros mots, une sorte de ponctuation pour lui: fuck off, bastard, damn you, shit, dickhead, wanker. Il est cool, relax, pas de stress (comment en avoir quand "il y a personne au alentour pour te faire chier"), mais surtout marrant, toujours en train de faire des blagues!

A y réfléchir, le premier point de mon big-bang c'est surement eux ; une Rencontre. Le partage de leur univers.

On passe alors aux présentations des chiens, 17 en tout. J'ai un peu appréhension, 17 chiens devant une inconnue, on ne sait jamais comment ils peuvent réagir. Mais cette appréhension est vite partie, ce sont les chiens les plus gentils que j'ai vu. Dans une cacophonique d'aboiement, j'essaye de retenir les prénoms de chacun, mais je sais très bien que dans 5 minutes j'aurais déjà tout oublié. Pour le moment c'est 17 chiens qui aboient, c'est difficiles de faire la différence entre chacun, mise à part quelques robes qui se démarque, ils sont presque tous les mêmes !

-vidéo-

Après un repas accompagné d'une bouteille de vin rouge pour trinquer à mon arrivée, je pars me coucher. Il est 23h. Il fait relativement froid à l'extérieur, mais c'est bon ma cabine (ou ma "niche de-luxe" comme aime l'appeler ma famille) est bien chaude.. Même un peu trop : 32°C au mercure. Ben oui ça sera une de mes plus grande difficultés les premiers jours, savoir gérer mon feu, parce que dans 9m² la température monte vite! Après une brève première toilette système D, je me mets au lit, et j’éteins la lumière. Lorsqu'il fait très froid, il n'y a généralement aucun nuage, et la vu du ciel est dégagé. La lune étant un petit croissant cette nuit, le ciel me délivre un spectacle magnifique. Un noir étoilé, avec une voie lactée scintillante, je reste silencieuse devant cette fenêtre sur l'univers (en même temps je suis toute seule, donc bon..).

Plus aucune pensée, je regarde cette voûte céleste, j'aperçois une étoile filante, puis une deuxième. Puis un espèce de nuage prend forme, je ne devine pas tout de suite que c'est une aurore boréale. Habituée aux vidéos qui montrent ces belles lumières danser, je ne m'étais pas doutée que généralement c'est en accéléré. Je vois donc ce timide nuage s'allonger devenir de plus en plus long et précis. Je devine alors que je suis en train de regarder ma première aurore boréale. Ce n'est pas une salsa que me dansent ces lumières, mais plutôt une berceuse. Au bout de dix minutes elle finit par disparaître lentement. Je reste à scruter le ciel dans l'attente d'une nouvelle vague d'énergie libéré par ces particules éjectées lors d'une éruption solaire. Je n'attend pas longtemps, une deuxième aurore arrive. Je réalise que ce sera mon quotidien tous les soirs. La chance de pouvoir s'endormir sous les feux des aurores pendant un mois.

Je ne sais pas combien de temps je reste à regarder les aurores me bercer. Je sens la fatigue monter, mes paupières sont lourdes. Mais je lutte, je ne veux pas louper une miette de ce spectacle. En vain je finis par m'endormir.

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Les jours passent. Karen retourne travailler à Whitehorse plusieurs jours par semaine. Je reste donc souvent seule avec Gaëtan, qui commence à m'expliquer les ficelles du métiers. Entre autre une conception du chien différente de celle du chien de compagnie. Ce qu'il faut comprendre avant tout c'est que c'est une meute, dont on est l'alpha. Ce n'est pas le meilleur ami de l'homme, c'est un membre du clan. On apprend à penser un peu plus comme un chien pour faire marcher cette meute correctement. On grogne pour montrer qu'on est pas content, on mord les oreilles pour montrer qu'ils ont fait une bêtise. Je suis époustouflée de la confiance qu'ont les chiens en Gaëtan, il peut les manipuler dans tous les sens comme des marionnettes sans qu'aucun ne bronche. C'est une éducation qui s'est construite dès la naissance de chacun des chiens.

Je commence à connaitre les chiens ; les frères Bolto et Bruces qui sont les plus jeunes et les plus foufous. Sali "give me ten" parce qu'a notre arrivée elle se met toujours sur ses pattes arrières avec les pattes avant en l'air comme pour nous faire un tchek. Bunny la jalouse, qui pleure quand on caresse un autre chien qu'elle. Nini l'impatiente qui commence à ronronner avant même qu'on ne la touche. Mamie Donna, et papy Roustrick, les deux vétérans. La belle Twilight, un peu précieuse qui n'aime pas qu'on la touche partout. La toute petite et sage Nano. Cute qui aime bien caler sa tête sur notre corps pour se réchauffer le museau. Son frère, Jo, le même mais en mâle, plus calme mais qui adore faire des bisous. Le serieux Cofee, d'une robe toute noir. Mad la leader, qu'il faut parfois reprendre quand elle veux faire sa loi. Et les deux paires de jumeaux que j'ai encore du mal à différencier si je ne m'attarde pas sur les détails : BJ et Lisa, mâle et femelle au caractère identique discret, mais complètement excités quand ils vont faire une course de traîneau, la différence se fait à la corpulence, BJ étant plus gros que Lisa. Et enfin JJ et Mega qui sont pour moi les plus beaux, et qui, pour le coup, sont vraiment vraiment identique : deux beaux mâles aux allures de loup tant dans le caractère que sur l'aspect, calme et parfois féroces, JJ à déjà failli tuer deux chiens, mais d'un amour et d'une écoute inconditionnels envers les humains.

Les premiers temps j'aide à préparer le traîneau et les chiens avant une course. Gaëtan cours habituellement avec 10 à 12 chiens, une grosse équipe plutôt rapide. Karen elle seulement avec trois, n'ayant pas l'habitude, elle préfère la sécurité.

Mon quotidien est assez simple, nourrir les chiens, nettoyer la cours des cacas, ce qui n'est pas aussi dégoûtant qu'on peut le penser, les crottes sont généralement congelées, il n'y a pas d'odeur, donc c'est comme enlever des cailloux, et puis après avoir nettoyer les bouses de vaches deux fois par jour, les crottes de chiens c'est easy game! Je prépare aussi les chiens pour des courses. Des fois Gaëtant s'absente quelques jours avec quelques chiens, je m'occupe donc du reste de la meute, les sors, les fait courir un peu. Le reste du temps avec Gaëtan et parfois Karen, on va boire une petite bière, dégager un nouveau chemin, faire quelques randonnées..

Le temps est le deuxième facteur de mon big-bang. Les journées passent mais le temps semble s'arrêter, je ne peux dire si on est Lundi ou Jeudi ou Dimanche. Dans le quotidien de Gaëtan ça n'a plus d'importance.

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Faire une course de traîneau dans le Yukon est surement une des mes meilleures expériences de vie.

Au petit matin Gaëtan m'annonce que cet après-midi j'aurai ma première leçon de course de traîneau ! Wouhou ! Trop heureuse, je peine à cacher mon sourire qui monte jusqu'à mes oreilles. Il commence à m'expliquer quelques notions essentielles.

Il n'y a pas beaucoup de règles pour une course de traîneau :

  • La première et la plus importante étant ne JAMAIS lâcher son traîneau, même si on est tombé et qu'on se fait traîner. Car on peut perdre toute l'équipe, elle ne remarquera pas qu'on est plus là et avec l'excitation et sans aucun ordre, elle finira par suivre une piste quelconque et ne saura probablement pas rentrer quand elle remarquera qu'on est plus là. Et puis nous sans chien et sans réseau téléphonique on devra rentrer par nos propre moyens
  • La seconde, comment diriger les chiens. Tout dépend de l'éducation des leaders, pour les chiens de Gaëtan c'est pas bien compliqué : "left" pour tourner a gauche et "right" pour tourner à droite.
  • La troisième, comment ralentir pour s'arrêter. Les chiens sont généralement trop excité pour s'arrêter avec un simple "stop" ou ralentir avec un "slow down". Il y a alors sur le traîneau deux système de freins, un pour ralentir, l'autre pour s'arrêter. Et une ancre à planter lorsque l'on est arrêté.
  • La quatrième, quand on s'arrête ne jamais marcher en derrière, toujours aller vers l'avant, si les chiens ne nous voit pas, ils vont faire demi tour, ce qui risque de décrocher l'ancre, et de libéré le traîneau. Ou alors ils vont se rassembler en boule, emmêler le cordage, voir même le casser et partir en courant.

Ok j'ai bien tout enregistré (ou presque), c'est partie! Allons préparer les chiens ! Quand tu commence à préparer les chiens, ils sont tellement excité qu'on ne s'entend même plus parler. Il commence à me donner les noms de mes 3 chiens. Puis reste quelques seconde à me regarder avec un sourire espiègle : "Tu m'as dit que tu faisais de la gym, donc t'as de l'équilibre. On va voir ça tu vas prendre 6 chiens ! On va bien rigoler ! Ou plutôt je vais bien rigoler si tu t'envoles !"

Petite montée d'adrénaline.. Mais mon esprit de compétition prend vite le dessus "T'inquiète pas va ! Tu ne vas pas être déçu ! je vais te montrer de quoi je suis capable !"

On attache les chiens et c'est parti!

Bon faut avouer que les premières minutes n'ont pas été glorieuses. On va dire que je subissais plus que je ne dirigeais ! Mais une fois que j'ai compris le truc, les choses sympas ont pu commençaient, et j'ai pu profiter de ce moment.

C'est difficile d'y mettre les mots. Mais j'ai vite compris pourquoi Gaëtan avait tout plaqué pour devenir musher dans le Yukon. C'est une expérience unique que de faire du traîneau en plein milieu de la nature. C'est un vent de liberté, de fraîcheur. Tellement ressourçant. Paisible, il n'y a aucun bruit à part celui des pas des chiens dans la neige et du traîneau qui glisse. Se retrouver tiré par nos chien en territoire sauvage, sans presque aucune trace humaine, avec en arrière plan les montagnes et les glaciers. Traversant les lac gelés, ou encore faire plusieurs kilomètres sur une rivière gelée. C'est vraiment Magique.

Bon la luminosité  est pas top j'avais oublié de régler l'exposition... 

Cet environnement est le troisième facteur de Mon big-bang. Vivre seule, ou plutôt avec personne autour, parce qu'en réalité on est jamais seul quand on a 17 chiens, au bord d'un lac, entouré de montagne et de glacier, caché par une forêt vierge, s'endormir bercé par les étoiles filantes et les aurores boréales, c'est vivre dans une bulle où toutes les sortes de pressions sociales ne peuvent pas y entrer. Mais surtout se rendre compte à quel point on peut parfois donner tellement d'importance à des choses tellement futiles, quand l'essentiel et la beauté est fait à partir de rien.

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Un des particularités quand on est au milieu de nulle part, c'est que des fois y'a rien a faire, mais ici bizarrement c'est pas ennuyant. Alors il nous arrive parfois de rester ensemble sans rien dire avec comme bruit de fond le feu qui crépite. Mais souvent le soir est le rendez vous des grandes discussions, toujours autour d'un verre de vin ou de bière. Gaëtan est super intéressant comme gars. Le fait d'avoir passé tellement de temps loin de tout le monde lui a permis de réfléchir à toute sorte de sujets. Alors les conversations sont toujours captivantes, par sa façon de voir les choses. Mais son histoire l'est tout autant.

Gaëtan était un ingénieur en Belgique, il est parti deux ans en voyage au canada juste après ses études. Il a traversé le pays en faisant du stop est à fini à rester un an dans le Yukon en tant que handler pour un musher. C'est ici qu'il a pratiquement tout apprit. Il est retourné en Belgique pour avoir une vie bien rangé. Il est resté presque 10 ans à travailler comme ingénieur quand il a décidé qu'il ne voulait plus perdre son temps et qu'il fallait qu'il réalise son rêve. Il a donc tout plaqué pour aller vivre au Canada. Après de nombreux périples il finit par acheter un terrain dans le yukon et y a construit sa maison. Puis petit à petit il a commencé à réaliser son rêve, avoir des chiens, s’entraîner et participer à des courses, dont la plus prestigieuse, le Yukon Quest. Après sa première course, sa famille, lui a posé la question "Bon et maintenant que t'as réalisé ton rêve qu'est ce que tu compte faire?" et il a eu la parfaite réponse "Continuer à vivre mon rêve". Cette phrase caractérise bien Gaëtan, ce gars qui vit son rêve tous les jours.

Pour Karen la complicité est toujours la même qu'au premier jour, cependant il y a toujours quelque chose dans son attitude qui me titille, une sorte d'immaturité dans son comportement, comme si un esprit de 20 ans vivait dans une coquille de quarante ans. Après quelques temps je mets enfin le doigt dessus. Cette pointe de jeunesse en elle, je la connais. Je me suis souvent fais la réflexion, qu'il fallait peut être que je grandisse, que je devienne un peu plus responsable, et un peu moins immature, sans pour autant que cette réflexion ne trouve écho. A quoi bon ? La vie s'en chargera pour moi ? On dit bien que c'est à travers ses épreuves qu'on grandit !

Mais pas pour Karen. Elle a su garder un esprit jeune, une certaine insouciance qui lui permet encore de rêver, et de vivre de son rêve. J'espère maintenant que je ne grandirai pas, que je ne deviendrai pas plus responsable, que je pourrais garder mon envie de changer le monde aussi longtemps que possible et que je puisse vivre en changeant le monde.

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"Qui a l'habitude de voyager... sait qu'il arrive toujours un moment où il faut partir." Paolo Coelho

C'est bien une des choses les plus difficiles. Je finis cette article le jour de mon départ.

Je retourne à Sicamous pour quelques jours, revoir des personnes que j'apprécie une dernière fois.

La chanson qui m'a accompagné tout le long de mon séjour dans le Yukon !