Carnet de voyage

Un an aux amériques

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Dernière étape postée il y a 55 jours
Vivre au présent, rencontrer d’autres cultures, d’autres façons de voir le monde, me ressourcer en mêlant l’expérience à mon goût pour la photo et la littérature, voilà l’objectif de ce voyage.
Du 3 octobre 2018 au 15 août 2019
317 jours
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Etape 1 : L’itinéraire.

Ma petite terre d'accueil pour l'année à venir. 

'' Le soleil n'est jamais si beau qu'un jour où l'on se met en route '' [J. GIONO].

Se mettre en route. Le rêve. Mon rêve. Mais pour aller où ? Car un an, c’est court, et l’Amérique, c’est grand. Alors voilà, il m’a fallu faire des choix. Et ceux qui me connaissent savent combien cela me coûte de fermer des portes. Même lorsque c’est pour en ouvrir de nouvelles. Bref, je vous la fais courte, mais sacrée galère que cet itinéraire !

La majorité de mon voyage est tournée vers l'expérience d'expatriation aux USA, en Californie. Principalement en vertu du fait que - cela ne vous étonnera pas - mon anglais gagnerait à être amélioré ! Et aussi parce que j'y rejoins une personne qui m'est chère. Mais, rester sur le continent américain si longtemps - la durée totale du voyage est fixée à 10 mois - sans retourner là où mes pas et mes pensées sont irrésistiblement attirés, si proche des USA et tellement vaste qu'elle me repousse (la peur de bâcler, de vouloir tout voir et d'en être paralysée, et, surtout, la peur de voir un rêve achevé) tout autant qu'elle me fascine, cela ne pouvait être envisageable. Je concilie donc mes envies et mes besoins par un voyage en Amérique latine au sein du voyage aux amériques.

Ainsi, à ce jour, mon itinéraire est a priori relativement fixé, jusqu’à nouvel ordre, comme suit :

  1. Du 3 octobre au 3 février : USA, Santa Barbara. Objectifs : apprendre l’anglais ; découvrir un quotidien californien et l’expatriation ; s'investir dans une association qui vient en aide aux personnes qui vivent dans la rue ; apprendre la photographie, le surf, le swing ; voyages ponctuels (Texas et Arizona) et citytrips (NYC pour le nouvel an !), etc.
  2. Du 3 février au 20 février : Colombie.Objectifs : randonnées, à pied et à cheval, pour découvrir les paysages d'une diversité incomparable, principalement la côte caribéenne que je ne connais pas du tout et la Cordillère des Andes, pour laquelle j'ai clairement un faible ; volontariat ou woofing d'une dizaine de jours.
  3. Du 20 février au 5 mars : Uruguay. Objectifs : randonnée et tourisme ; carnaval début mars.
  4. Du 5 mars au 20 mars : Brésil. Objectifs : randonnée et tourisme (roadtrip et citytrip) autour de Rio et Sao Paulo, en commençant par le célèbrissime carnaval ; woofing ou volontariat.
  5. Du 20 mars au 24 mars : Chutes d'Iguazu, côté Brésil puis Argentine. Objectifs : en prendre plein la vue, quelques jours de randonnée en autonomie totale.
  6. Du 25 mars au 26 mars : Buenos Aires. Objectifs : découvrir l'une des fascinantes capitales d'Amérique latine ; organiser la suite du programme argentin, LE moment que j'attends avec le plus d'impatience.
  7. Du 27 mars au 27 avril : Argentine, ranchs de la Pampa et Terre de Feu. Objectifs : vivre au rythme des gauchos et travailler dans un ranch ; visiter la Tierra del Fuego.
  8. Du 28 avril au 30 avril : retour sur Buenos Aires. Objectifs : se préparer à la remontée jusqu'à Quito (Equateur).
  9. Du 1er au 10 mai : retour en bus de Buenos Aires à Quito. Une longue route en perspective, d'Argentine en Equateur, car les billets d'avion pour les USA sont nettement plus abordables à Quito qu'ailleurs, mais il me faut y remonter... en bus... d'où les pauses, que je détaille ci-après, dans les capitales, pour profiter de la diversité des pays traversés, comme une sorte de futur voyage en puissance. a) Du 1er au 4 mai : Buenos Aires - Sucre (Bolivie). Objectifs : je m'arrête à Sucre, une ville que je rêve de visiter, et ferai sans doute un passage express' par Potosi, pour voir les mines boliviennes que je n'ai pas pu faire lors de mes derniers passages. Je ne pouvais pas traverser la Bolivie sans m'y arrêter ! b) Du 4 au 8 mai : Sucre - Lima (Pérou). Objectifs : je retrouve un ami péruvien et en profiterai pour me dégourdir les pattes au cours d'un petit trek dans la montagne environnante. c) Du 8 au 10 mai : Lima - Quito (Equateur) : à mon grand regret, je ne peux pas m'y attarder cette fois-ci, malgré toutes les louanges qui m'en ont été faites ; mais si j'y passe, n'est-ce pas finalement pour que ces derniers moments en Amérique latine sonnent comme la promesse d'un retour ? Objectifs : avant de prendre l'avion, je passe par une capitale riche en surprise.
  10. Du 10 mai au 15 août : USA. Objectifs : roadtrips dans les parcs naturels de l’Ouest américain, à pied, à cheval, en voiture, le tout avec mon sac à dos, ma tente, et peut-être de la compagnie ! En route pour la Death Valley, le Grand Canyon, et la tournée des parcs mythiques ! ; virée mexicaine.

Bien évidemment, vous l’aurez compris, cet itinéraire est sensiblement susceptible de changer... Mais disons que l’esprit de ce voyage n’est pas d’enchaîner les pays ni d’avoir une vision exhaustive de chaque pays visité. Je recherche plutôt l’expérience d’un quotidien, d’une part, et la rencontre avec des hommes et femmes d’autres cultures, ce qui à mon sens ne peut passer qu’en prenant le temps de vivre le lieu, et non seulement de le traverser. C’est un point de vue comme un autre, mais le ton est donné ! Ceci étant, je n'exclue pas non plus la dimension touristique de ce voyage : je veux repartir de là au bout de 10 mois avec des images, des couleurs, des lumières, des sons, des odeurs, et j'en passe, plein la tête et l'appareil photo (d'où les cours suivis en amont aux USA) et une inspiration nouvelle et stimulante pour nourrir mon écriture qui se cherche.

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Etape 2 : le projet.

Décollage prévu pour Los Angeles le 3 octobre 2018.

C'est là que tout a commencé. Lago Titicaca, Bolivia, décembre 2015. 

Je me rends compte que je vous invite à me suivre sans avoir expliqué le but de cette page, ni le comment du pourquoi, ce qui risque d’alarmer les esprits rationnels ! J’ai créé cette page afin que vous puissiez m’accompagner au cours de ce voyage d’un an aux amériques, dans ce drôle de quotidien d’expatriée provisoire. Et puis, je crois ne pas me tromper en affirmant que le pays breton, les amis, la famille, tout ça va me manquer. C’est la première fois que je pars si longtemps, et je sais d’expérience, au regard de mes courts voyages précédents, que ce ne sera pas rose tous les jours ! Alors voilà, entre carnet de bord - descriptions, états d'âme, informations culturelles et historiques, etc.- et outil de communication - afin de partager l'expérience avec tous de la façon la plus exhaustive qui me soit permise -, j’ai décidé de créer cette page, en guise de présence pour ceux qui vont tant me manquer.

Cela fait des années que je rêve ce voyage, et le voilà tout proche. Je ne sais même pas par où commencer les préparatifs de départ ! Mon quotidien alterne entre rendez-vous médicaux et administratifs - le visa “tourisme long” pour les USA est une longue aventure à lui tout seul. Donc pour l’instant, le rêve a plutôt un goût, trop connu, de stress et de galères. Mais il paraît que cela fait partie du jeu ! Je vous propose donc de partager aussi mon expérience pratique, afin de pouvoir, peut-être, en bénéficier pour vos voyages à venir ! Je rédigerai donc quelques articles afin de faire état des préparatifs, et de toute la - longue - partie en amont du voyage.

J’espère découvrir les sensations que je recherche dans ce voyage : liberté, nouveauté, humilité, quiétude, inspiration, vivre au jour le jour, rencontrer d’autres cultures, et d’autres façons de voir le monde, me ressourcer après plus de 8 ans d’études et avant d’enseigner à mon tour. Mon projet de voyage a cependant considérablement mûri au cours de mes voyages ponctuels précédents, par rapport à l'idée que je m'en faisais lorsque, enfant, j'en rêvais déjà ; mais je ne me leurre pas, j'ai conscience de la fragilité des rares certitudes que j'ai pour le moment.

Soit. J'ajouterais que, ne pouvant pas tirer une croix sur ce qui m’est cher, ce voyage est aussi l’occasion de mêler l’expérience vécue à mon goût pour l’art en général : notamment la photographie mais aussi la littérature bien sûr. La plupart de mes articles seront ainsi agrémentés de mes photos prises avec l'appareil que mon sœuron m'a gentiment prêté, et seront pour moi également des pistes d'exploration littéraire.

Je terminerais enfin cette description, en citant, comme un avant-goût pour la suite de mes aventures, l’un de ces écrivains qui sont pour moi des piliers au quotidien, ici comme ailleurs, un poète qui m’accompagne chaque jour, et qui par la brièveté que je n’ai pas est capable de dire le monde dans toute sa richesse dans une véritable invitation à la rencontre :

“ Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront”. René Char.

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Pour les futurs voyageurs, un article pour vous aider à ne rien oublier.

Ma to-do-list d'avant-départ :

ADMINISTRATIF :

  • Passeport : à jour pour plusieurs années encore ; aucun pays dont la visite m'interdirait de séjourner aux USA, ouf !
  • Visa long USA : toute une aventure à l'ambassade à Paris, mais ça y est, je l'ai reçu !
  • Billets d'avion : j'ai pris l'aller Paris - Los Angeles avec la compagnie Norwegian, je décolle de Paris le 3 octobre et j'arrive le même jour (merci le jetlag) à Los Angeles. Mais ... problème ! Je ne peux pas rentrer sur le territoire américain avec un visa touriste, même long, sans avoir un billet de sortie, et comme mon retour en France est dans trop longtemps, je ne peux pas le prendre. LA solution (ou, en tout cas, MA solution) : j'ai déterminé la date précise de mon départ en Amérique latine, et j'ai fait un comparatif des billets les moins chers au départ de Los Angeles, pour des destinations qui m'intéressaient déjà a priori. Les heureux élus sont, de loin, la Colombie et l'Equateur. J'ai, après bien des hésitations, fini par choisir la Colombie, qui sera mon pays de sortie des USA et d'entrée en Amérique latine.
  • Résiliation de tous les abonnements inutiles pendant mon absence (appartement rendu, donc factures internet, électricité, eau : check) : abonnement de TGVmax et pass Navigo, transfert de mon courrier à la maison.
  • Démarches auprès de la banque (nouvelle carte de crédit Gold, à laquelle j'ajoute une carte Revolut et une carte N26 qui me permettent de retirer à frais moindres à l'étranger, mais qu'il faut activer avant le départ ; déblocage de fonds)
  • Impôts (se renseigner pour la déclaration à venir)
  • Assurance pour pallier l'absence de sécurité sociale et de mutuelle en raison de mon non-statut d'ex-étudiante en report de stage mais titulaire d'un concours de la fonction publique (j'ai choisi l'assurance privée CHAPKA)
  • Téléphone débloqué pour pouvoir supporter une carte SIM aux USA

SANTE

  • Vaccins : fièvre jaune ; hépatite B ; typhoïde ; vaccins courants à jour
  • Constitution d'une trousse à pharmacie (avec notamment les médicaments du quotidien qui font l'objet d'un renouvellement, type anti-histaminiques, sur ordonnance, à se procurer avant de partir pour pouvoir tenir jusqu'à mon retour ; mais aussi les médicaments comme les anti-contracturants ou le paracétamol)
  • Visites médicales en tout genre, non seulement pour faire un check-up avant de partir mais aussi et surtout parce que les assurances privées ne prennent pas en charge les visites de "confort" (gynécologie, dermatologie, douleurs de dos, dentiste) à l'étranger. NB : les assurances type Chapka prennent en charge, au retour en France et le temps de régulariser sa situation auprès de la sécurité sociale et de la mutuelle, les éventuelles dépenses médicales.

$$$ ACHATS $$$

  • Le complément d'affaires de randonnée (objectif ultra-light) : tente, doudoune à mettre sous un manteau, matelas, duvet, collant polaire à mettre sous le pantalon de pluie, etc. (je ferai état de mon sac dans un autre article)
  • Guides de voyage, en format papier et numérique (je peux télécharger des guides sur ma liseuse, le bon plan !)
  • Adaptateur
  • Organiseurs de voyages (petits sacs à mettre dans mon BackPack, afin de bien compartimenter le sac)
  • Carnet de voyage

AUTRES CHOSES A FAIRE

  • confier mon chien et mon cheval à la copropriétaire de ce dernier (accessoirement une amie d'enfance 😉 ) et mettre en place le virement pour les pensions
  • mettre à jour ma page de voyage, apprendre à utiliser mon compte Instagram
  • vider la carte mémoire de l'appareil photo, et le charger, afin qu'il soit prêt à l'emploi
  • profiter des amis et de la famille
  • s'occuper d'organiser les premiers jours aux USA au moment où j'atterris
  • faire mon sac une première fois, trois semaines avant le départ, pour : vérifier que tout y rentre, choisir mes vêtements et compagnie (je pars avec le strict minimum, principalement des vêtements pour le sport, la randonnée, et je compte acheter le reste aux USA ou en Amérique latine : je laisserai ensuite mes achats au moment de rentrer en France), pouvoir acheter ce qu'il manque (électronique, hygiène, articles importants pour le quotidien, etc.). Mon choix : je charge mon sac comme si je partais 2 semaines, à l'exception des médicaments quotidiens, et j'achète le reste sur place.
  • organiser le départ de Paris (billets de train, logement la veille du départ, etc.)
  • vendre des choses pour gagner un peu de sous avant le départ (Vinted et vide-grenier)
  • recalculer proprement le budget du voyage et gérer les dépenses et rentrées d'argent (je compte faire de la relecture de mémoires notamment, pour gagner un peu d'argent, grâce à ma formation en recherche littéraire, mais pour cela il faut que je mette en ligne sur les sites consacrés mon annonce)
  • emmener la voiture au contrôle technique : si elle le passe, elle reste à la maison, et je la retrouverai en rentrant ; si elle ne le passe pas... on ne la garde pas, a dit papa ! Ce sera un problème en moins.
  • faire une demande de permis international et de la carte des auberges de jeunesse
  • faire des photocopies de tous les papiers importants, vérifier les mots de passe des comptes internet, noter tous les numéros utiles (proches ; médecin ; opposition carte bleue ; assurance ; etc.)
  • préparer un plan de voyage pour les douaniers aux USA
  • voir pour un compte spotify premium
  • vérifier une dernière fois les comptes, qu'il n'y a plus de prélèvements dont on n'a pas besoin (si besoin, résilier en dernière minute)
  • lire les guides de voyage, pour rêver un peu !
  • manger du fromage et du saucisson !!!

D'autres idées ? Des suggestions ? N'hésitez pas à m'écrire !

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Ça y est ! J'y suis. Santa Barbara, un concentré de l'American way of life.

Je vous passe les adieux, le stress du voyage, la fatigue, les mille questions du personnel de la compagnie pour s'assurer de mes revenus et de mes bonnes intentions, etc., mais je dirais simplement que l'euphorie du départ est une belle utopie ! Et lorsque vous êtes à l'aéroport, pour de bon, de l'autre côté des portiques de la douane (ouf, passé!), dans une sorte de non-monde où l'on parle toutes les langues et où les repères de lieu et de temps ne signifient plus rien, seul.e, avec pour seule compagnie une peluche que les copains vous ont offert pour le départ, je dois avouer qu'en ce qui me concerne j'ai sérieusement envisagé de laisser tomber.

Et oui, ça arrive aux meilleurs, et je ne nie pas pour autant la chance que j'ai, mais le coup de blues du départ n'est pas un moment facile, et c'est difficile de le partager, de se plaindre alors qu'on est en route pour un voyage merveilleux comme celui qui m'attend et que j'ai choisi de vivre.

Bref. Arrivée à Los Angeles, pas le temps de réfléchir à ce qui m'arrive ! Je prends immédiatement le bus pour Santa Barbara.

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NB : le ticket est à acheter sur le site : https://www.sbairbus.com. Il faut bien l'acheter avant de monter dans le bus, à la différence des bus Flyaways pour Los Angeles, dont on paye le ticket à l'arrivée du bus et non pas en montant. Du coup, moi je l'ai acheté avec mon téléphone une fois sur place, car mon forfait Free international me permet d'utiliser sans frais 25Go de 3G aux USA. Je ne l'ai pas pris en avance (même si j'aurais pu le faire avant de prendre l'avion) pour être sûre de ne pas rater le bus si mon avion arrivait trop tard. Mais sinon, si vous n'êtes pas sûrs d'avoir internet en arrivant (le WiFi de l'aéroport ne marchait pas pour ma part), prenez le ticket de bus, en prévoyant large, avant de partir avec n'importe quel ordinateur, ça fonctionne très bien !

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Bientôt, ce fut l'obscurité, une obscurité de raisins, une obscurité pourprée sur les plantations de mandariniers et les champs de melon ; le soleil couleur de raisin écrasé, avec des balafres rouge bourgogne, les champs couleur de l'amour et des mystères hispaniques ".


J. Kerouac, Sur la route, à propos de la Californie.

Sur la route des vins, dans les montagnes environnantes. 
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Il est minuit, je ne comprends rien à ce que l'on me dit, j'ai l'impression de ne pas être dans mon corps mais de flotter dans une autre réalité, et je ne rêve que de dormir après ces 24h de veille. En effet, je me suis empêchée de dormir dans l'avion, car en arrivant à minuit à Santa Barbara, c'est l'heure de se coucher, et je n'aurais jamais pu dormir en ayant fait une nuit de 10h sur la durée du vol... Alors j'ai pris le parti de supporter les râleries incessantes de mes voisins d'avion : entre eux, sur le personnel, sur la compagnie, sur les Americains, etc., un doux bonheur. Mon rêve, dormir, est bien prosaïque donc - on est encore loin de l'American dream pour l'heure, et il est de ce fait bien vite exaucé : l'appartement où je vais passer mes prochaines semaines se situe en effet dans le Downtown, près de l'arrêt de bus.

Dans cet état de somnolence, ce que je retiens de mon arrivée, ce n'est rien qui soit du ressor du descriptif, car trop fugace : ce sont des sensations, des odeurs, des bruits, des images colorées de la Californie. C'est la douceur de l'air, le calme régnant, le vent dans les palmiers, l'ombre de vignes à perte de vue, l'odeur des piments à la mexicaine si forte que j'ai le sentiment d'en manger, et surtout, ce qui m'est le plus cher entre tous les bruits, celui qui m'a bercée depuis mon enfance, le grondement sourd et fracassant des vagues dans le lointain.

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A propos de Santa Barbara ?

Cette ville est surprenante. Depuis un mois, je ne cesse de l'arpenter à pied, ce qui en fait d'ailleurs selon moi tout son charme par rapport au monstre qu'est Los Angeles. Et il me semble n'avoir encore rien vu.

Le théâtre historique de la ville, coucher du soleil. 

Je m'essaie à présent à la donner à voir, à sentir, à entendre, dans toute sa complexité, telle qu'elle m'apparaît.

Influence  de la gastronomie mexicaine dans un restaurant de fruits de mer plutôt chic (huîtres, ceviche, burritos de poisson)

A Santa Barbara, le Mexique se décline sous toutes ses facettes et sature l'atmosphère. L'espagnol est un bruit de fond, les classiques hamburgers sont revisités façon burritos - épices obligent, et les noms des rues ou des lieux-dits n'ont rien d'anglophone. Les noms des rues principales par exemple (De la Guerra pour n'en citer qu'une) sont ceux des premières familles richissimes de la ville, venues d'Espagne, qui ont imposé leur style et leurs coutumes. Vous pourrez ainsi visiter la Casa de la Guerra ou El Placeo, et faire votre shopping Al Paseo (photo de droite). En parlant bien espagnol, et en baragouinant l'anglais, je peux finalement communiquer davantage que des anglophones ne parlant pas un mot d'espagnol !

L'un des hauts lieux touristiques de la ville est la Misión, l'une des plus grandes et des plus esthétiques missions de la Californie. Elle est surnommée " Reine des missions ", et porte encore de nombreuses traces de son histoire très riche. Elle fut en effet longtemps une paroisse des Chumaschs, le peuple vivant ici avant l'arrivée hispanique. D'une blancheur éclatante, compte tenu l'ensoleillement qui fait ressortir le blanc sur fond bleu azur (Santa Barbara est reconnue comme la ville la plus ensoleillée de Californie, avec, en contrepartie de ses atouts idylliques, les problèmes énormes de sécheresse que cela implique : une infinité de techniques sont ainsi testées, comme sur cette fontaine, à gauche, où des bulles de verre flottant à la surface réduisent l'exposition directe de l'eau au soleil et limitent ainsi l'évaporation), elle se tient nichée dans la montagne, dont l'aridité, conséquence de graves incendies, contraste de façon presqu'indécente avec la végétation luxuriante des jardins.

State Street, artère principale, qui débouche sur la plage 

Les plages de Santa Barbara justifient l'attraction touristique de la ville : toutes proches du centre, bordées de palmiers, ce sont de longues étendues de sable fin. L'océan Pacifique et ses rouleaux font le bonheur des surfeurs, et je ne me lasse pas, chaque jour, de m'y baigner avant d'aller travailler. Le port est bordé d'une digue, depuis laquelle, à droite, se découvre l'océan et les Îles de la Baie (Channel Islands), et à gauche, s'impose la montagne. L'autre jour, en regardant les pics depuis le bout de la jetée, alors que j'entendais des vagues se fracasser au pied de la digue, un pélican est passé, comme un photomontage grossièrement truqué, sur fond artificiel de montagne et de mâts de bateaux, avant de plonger dans l'océan.

Il y a ainsi une faune impressionnante dans la baie : baleines en tout genre, lions de mer, pélicans, et, touche américaine in extremis, des chiens de toute race et de toute taille ! Blague à part, chaque famille possède en effet son, voire ses, chien.s. Ils peuvent entrer dans tous les lieux publics, bibliothèque incluse. Les gens s'arrêtent pour caresser les chiens qu'ils croisent, et ils font véritablement partie de la famille ! Mais toutefois, je ne peux m'empêcher, en tant que propriétaire de chien en France, qu'il n'y a pas une crotte en vue : les maîtres sont très consciencieux, ou, peut-être aussi découragés de souiller l'espace public compte tenu du coût des amendes... Tout étant exorbitant dans ce paradis, les amendes n'échappent pas à la règle. Ici plus qu'ailleurs, le contraste entre la richesse indécente et la misère la plus sordide vient d'ailleurs un peu ternir le tableau.

Qu'en est-il de l'aspect général de la ville ? Ce qui me frappe principalement, ce sont ces palmiers et cette verdure, de toute part, malgré le soleil de plomb.

Point d'immeubles (ce qui explique la difficulté pour se loger : disons pour faire bref que Paris est une ville très bon marché à côté de Santa Barbara), les commerces et les logements sont dans des petites maisons californiennes toutes différentes et chacune bordée d'un coquet jardinet, de buissons et de palmiers. Les routes sont parfaitement parallèles, ou perpendiculaires, le résultat étant le même : des routes immenses au bout desquelles se dresse la montagne. Au début je me suis fait avoir : " ah, c'est sur la Carrillo street ? Super, c'est tout près de chez moi ! ". Sauf que la route Carrillo en question fait des kilomètres! Et ledit lieu était au moins à une heure de marche. Ma ponctualité ne va pas en s'améliorant, autant vous le dire. Et ces kilomètres de bitume sont tout le temps bordés d'arbres, ce qui fait que, comme les bâtiments sont bas, dès qu'on prend un peu de hauteur, la vue globale de la ville est semblable à celle de la somme de plein de petits hameaux montagnards. Et honnêtement, toute cette flore - arbres, montagne, parcs, océan, plages, vignes et jardins - réjouirait n'importe quel peintre par la variété des couleurs qui s'en déclinent, et pour ma part je ne m'en lasse jamais.

Un petit mot, sans trop m'y attarder car je ne veux en aucun cas tirer des conclusions sur "les Américains", quant à mon contact avec les gens de la ville. Beaucoup de sourires, on me dit constamment bonjour ! Les gens dans la rue s'interpellent facilement : l'autre jour, alors que nous marchions, un homme passant à vélo crie en passant à mon ami : "j'adore ta vest......" et le voilà déjà loin. Au supermarché, les caissiers demandent systématiquement comment on va, et ce qu'on a fait de beau aujourd'hui : et, d'ailleurs, à cause de mon anglais médiocre, j'ai mis du temps à le comprendre, ce qui fait que plus d'une fois j'ai répondu "no, no, it's ok", pensant qu'on voulait me vendre un sac plastique ou une carte de fidélité, à un simple "how was your day ?". Au swing, les danseurs et danseuses viennent immédiatement me demander si je suis nouvelle, si tout se passe bien, si je n'ai besoin de rien, ils m'expliquent dès qu'ils me voient galérer sur un pas (c'est-à-dire souvent) et ils me font des câlins pour me dire bonjour (il paraît que c'est normal, hum, j'ai toujours du mal personnellement). Bref, beaucoup de simplicité et de générosité, et de volubilité également, dans leur façon de parler et de s'émerveiller (tout est facilement "amazing" par exemple) : tout ceci vient peut-être pallier le mode de vie très individualiste (chacun vit dans son quartier " ethnique ", dans sa petite maison, avec sa très grosse voiture et son téléphone dernier cri, quel que soit son revenu : la propriété privée et la consommation sont ainsi très fortement présentes). Mais en terme d'humain, on est aux antipodes de mes préjugés, et comme toujours la réalité d'un groupe humain est tellement plus complexe et nuancée que l'idée qu'on s'en fait ! Et je ne prétends pas en rendre compte : je ne retiens qu'une leçon d'humilité, car ce mélange n'est finalement pas si terrible ; et qui suis-je pour juger tout un peuple ? En somme, je dois admettre que je me plais ici.

Je dirais que la seule ombre au tableau dans cette jolie ville, c'est la saturation de l'espace par un idéal de consommation encore trop mis en scène alors qu'il est grand temps d'en sortir. Le nombre florissant de sans-abris côtoyant les boutiques de luxe ; les incendies dévastateurs hors de la ville qui jurent face aux jardins verdoyants des propriétés ; un Farmers Market très fréquenté par ceux qui en ont les moyens afin d'échapper aux OGM, pesticides, lobbying industriels, mais qui met en accès libre, allègrement, des sacs plastiques, dont chacun profite, moi la pemière, pour ne surtout pas mélanger les carottes et les tomates, et qui présente des étals considérables d'avocats : voici un choix d'exemples qui attirent mon attention en ce qu'ils appellent à réfléchir plus que jamais à l'avenir de notre planète et de notre (nos) société.s. Car Santa Barbara n'est-elle vraiment qu'un exemple isolé d'un modèle qui s'essouffle et montre ses limites sans vouloir se l'admettre ?

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I. LE GRAND CANYON.

Réveil à 4h30 du matin, 2h de route, un froid glacial pour les Californiens que nous sommes : ça y est, nous voilà sur le parking d'un des lieux les plus visités des USA, immense étendue grisâtre, prêt à recevoir les foules, encore givré alors que le soleil commence à se lever.

Autour de nous, seuls au milieu de ce parking désert : des arbres, la montagne, des chalets de vacance. Nous empruntons un chemin serpentant parmi les édifices touristiques divers, les pins et les fameux cactus arizoniens, en trottinant pour essayer de se débarrasser de ce froid qui me tétanise malgré les deux manteaux, trois pulls, et 2 paires de chaussettes de laine.

Et après une dernière courbe, sans prévenir...

Le voici !! Immense faille aux milles nuances de rouge, le Grand Canyon est un bijou géologique et artistique. Immense, immobile, permanent : j'en ai le vertige, à tous les sens du termes. Les années semblent s'incarner sous mes yeux, le temps prend forme à travers les couches de sédimentations. Impossible de s'arracher à cet état de contemplation, la faille est de taille et me fascine tout autant qu'elle me renvoie à mon humanité : nous ne sommes pas grand chose, ni dans le temps, ni dans la matière, face à de tels chef-d'oeuvres naturels. Quelques clichés donc, pour le plaisir des sens.

Lumière du levant 
Lumière du couchant 
On se sent petit, très petit... 

Boaters in the Grand Canyon often say they feel as if they are in another world, another time. They say they forget the outside world, and it forgets them. Time expands; it drifts. Worlds and times collide in the canyon, and the words we know — the language we have — are part of the current we ride on — and in.


Dans le Grand Canyon, les canotiers disent souvent qu’ils ont l’impression d’être dans un autre monde, dans un autre temps. Ils disent oublier le monde extérieur, et que celui-ci les oublie. Le temps s’étale, il devient errance. Les mondes et les temps s’entrechoquent dans le canyon, et les mots que nous connaissons — notre langage — font partie du courant sur (et dans) lequel nous glissons.


Laurie H. McMillin

Pour finir, un brin de géologie et d'histoire.

Le Grand Canyon est une immense faille. Tout en bas coule le Colorado, que l'on aperçoit en cherchant bien. De part et d'autre du Colorado, deux parois : South Ride, qui comme son nom l'indique est au sud, que l'on visite la plupart du temps, et d'où sont prises mes photos ; North Ride, plus difficilement accessible puisqu'il faut contourner le canyon si l'on vient par les axes principaux (Phoenix, Flagstaff...), fermé malheureusement l'hiver, mais vierge de touristes. Ceci dit, compte tenu notre heure d'arrivée et la période que nous avons choisie (le lendemain de Noël), les touristes ne nous ont pas gênés ! En revanche pour l'après-midi on s'est retrouvés assaillis et l'expérience est moins agréable. Revenons-en au canyon. Il est possible d'y descendre l'été, mas il faut être sportif, bien équipé, surchargé en eau, et prévoir de dormir en bas car descendre et remonter sur une journée relève de la performance.

Le Grand Canyon est donc un vide de 20 kilomètres de large, au fond duquel serpente le fleuve Colorado. Un sillon profond de 1,6 kilomètres, aux parois multicolores, striées de couches de grès, de calcaire et de schiste. Ces couches sont le résultat de la sédimentation et de l'érosion. Au début de son histoire, le Grand Canyon était sous l'eau ! Et a priori, c'est à ce moment-là qu'il aurait acquis ses couleurs rouge et blanc. Enfin, le travail de sculpture est l'oeuvre du Colorado, qui en serpentant a donné aux roches friables des formes exceptionnelles.

La bonne nouvelle, c'est que l'artiste, quoique sérieusement diminué - les périodes de sécheresse en Arizona sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues - est toujours là : mais il n'est pas commode, imprévisible, il passe facilement d'un mince filet d'eau se laissant traverser pourvu que l'on soit muni de bottes à un torrent violent et meurtrier (le courant est très fort).

En conclusion, jusqu'à présent c'est un des plus beaux tableaux qui m'ait été donné d'admirer.

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II. SEDONA.

Parlons peu et parlons bien : Sedona est la deuxième célébrité locale aprè le Grand Canyon, et en termes de couleurs elle n'a RIEN à envier à ce dernier. Des roches imposantes et ocres qui se dressent de part et d'autre de la route, il n'est nul besoin de les décrire lorsque les photos que j'ai prises rendent, coup de chance, parfaitement compte de la stature et de la couleur de ces titans venus d'une autre époque et tout aussi contemporains que nous dans le meme temps.

Prochain article plus citadin en perpective : NYC.

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Publié le 11 février 2019

Pour une surprise, c'en fut une. À travers la brume, c’était tellement étonnant ce qu'on découvrait soudain que nous nous refusâmes d'abord à y croire et puis tout de même quand nous fûmes en plein devant les choses, tout galérien qu'on était on s'est mis à bien rigoler, en voyant ça, droit devant nous...


Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux mêmes. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s’allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l’Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout, raide à faire peur.


On en a donc rigolé comme des cornichons. Ça fait drôle forcément, une ville bâtie en raideur. Mais on n'en pouvait rigoler nous du spectacle qu'à partir du cou, à cause du froid qui venait du large pendant ce temps-là à travers une grosse brume grise et rose. et rapide et piquante à l’assaut de nos pantalons et des crevasses de cette muraille, les rues de la ville, où les nuages s'engouffraient aussi à la charge du vent. Notre galère tenait son mince sillon juste au ras des jetées, là où venait finir une eau caca, toute barbotante d'une kyrielle de petits bachots et remorqueurs avides et cornards”.

Céline, Le Voyage au bout de la nuit, L'arrivée à NYC.

Rien de tel qu'un extrait du Voyage pour parler de voyage, et qui plus est chacun des éléments saillants dans la description que fait Céline dit bien plus poétiquement que je ne pourrais le faire, exactement ce que j'ai ressenti en arrivant dans cette ville monde.

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A quoi je m'attendais ? Pas grand chose. Peut-être exactement ce que j'y ai trouvé, la Ville par excellence, carrefour de culture, lieu de paradoxes, bruyante, agitée, austère, hostile, mais captivante.

La première chose que j'ai ressentie en arrivant ? Le froid. Météorologique bien sûr -on s'habitue vite au climat idyllique de L'Ouest Californie - mais aussi, et surtout, le froid de la ville, où tout le monde est inconnu, un dans la masse, personne ne se parle, personne ne veut qu'on lui parle, il s'agit de surtout ne pas se mettre en travers de la route, car ils sont pressés les gens. Un exemple à ce sujet, qui nous a tous 3 beaucoup marqué : notre premier taxi qui est aussi notre première interaction avec le New-Yorkais. On lui demanda : ‘’ excuse me, do you know a good place to eat some pizzas please ‘’ (oui, dans une aussi grande ville, l'abondance des cuisines du monde est une opportunité à saisir pour les amateurs de gastronomie que nous sommes). Et le chauffeur, d'une voix monocorde, de nous répondre : ‘’ I don't know. I've no life here ‘’. Et ainsi s'arrêta notre quête de pizza, puisqu'ensuite nous cherchâmes dans le froid glacial n'importe quel restaurant au hasard, pourvu qu'il ne soit pas complet ou trop cher ce qui s'avéra être un échec total, le premier d'une longue série (et je ne parle pas de notre errance dans la foule de Broadway, assaillis sous les télévisions tout autour de nous, aseptisés par le bourdonnement monotone des touristes et des attrape-touristes ; de notre tentative avortée d'assister à un show de Broadway, faute de moyens financiers ; et de notre perte de temps à chercher notre route pour finalement ne rien faire puisque la nuit était déjà tombée).

Pour en revenir à Céline, quelle autre impression m'a frappée ? La rectitude fascinante de ces tours longiformes et ridicules de fragilité : élégantes toutefois, comme des mannequins anorexiques, elles semblent une passerelle vers le ciel - gris - duquel on rêve les pieds sur terre. J'ai d'ailleurs Verlaine qui m'a accompagné tout au long de ces jours : ‘’ le ciel est par dessus le toit ‘’. Un poème qui colle bien à notre attitude dans la ville, la tête en l'air, en permanence, pour oublier pour ma part le béton de la prison qui s'étend sous nos pieds. Je dois admettre que cette ville est poétique en tant que telle, peut-être parce qu'on ne rêve de s'échapper que lorsque l'on se sent oppressé comme je l'étais, que l'on ne rêve de colorer que lorsque l'on a connu le gris, et que l'on ne rêve de grands espaces ouverts, de nature, de calme que lorsque l'on est confronté à l'exact opposé. Et c'est sûrement ces sentiments très contrastés, d'une ville qui m'est apparue profondément burlesque, qui peuvent en partie susciter le rire dont parle Céline… ou pas, d'ailleurs, comment savoir ?

Je m'égare, mais la relation que j'ai entretenue avec cette ville est d'une complexité difficile à saisir après coup. Vous l'aurez compris je n'ai aimé NYC pas plus que je n'aime Paris, mais ces villes me fascinent, m'inspirent, réveillent tous mes sens précisément parce qu'elles me révoltent. On connaît la tension fondamentale entre attraction et répulsion, et j'avoue que je retournerai sans aucun doute (en été) dans cette ville qui a des milliers de trésors à offrir, alors même qu'elle incarne tout ce que je fuis.

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Bref. Aux faits, revenons aux faits (je repense aux commentaires de mes malheureux profs qui lisaient mes dissertations de 12 pages alors que celles de mes camarades ne dépassaient pas 8 pages : ‘’ essayez de synthétiser votre propos ‘’ ; ‘’ gagner en précision pour éviter les digressions ‘’ ; ‘’ hors-sujet ‘’ ; etc.). De la manière la plus synthétique que je puisse adopter pour écrire, voici notre programme :

Jour 1 : dimanche 30 décembre.

Arrivée à l'aéroport, voyage interminable dans le métro sale et puant jusqu'au Downtown où se trouve notre 1er logement après une horrible nuit à l'aéroport à dormir sur le sol glacial, et quête désespérée d'un restaurant ‘’ cheap ‘’ (ce mot ne veut rien dire à NY) parmi la foule de Broadway. Première expérience de la discontinuité fondamentale qui est pour moi inhérente à la grande ville, qui aboutit à l'errance dont parle Baudelaire : chaque point clé de la ville semble déconnecté du reste, magnifique en soi mais isolé dans la laideur et que l'on attend au prix de 3 mille galères. Passons.

Fifth Avenue 

Jour 2, lundi 31 décembre.

Après une bonne nuit dans notre appartement luxueux en plein cœur de la partie touristique de la ville (Broadway et Times Square, la Fifth avenue) nous migrons plus au nord vers un nouvel appartement que nous partageons avec des amis à moi de longue date. Ce n'est pas la même ambiance, le quartier est sale, et globalement sans grand intérêt si ce n'est son prix et sa situation proche du métro. Mais je préfère cent fois à l'autre, vide de vie à force d'attraction touristique. Une fois installés, nous partons directement pour rencontrer Lady Liberty. Après une grosse heure d'enfer dans le métro, la chance nous sourit cette fois : on est vraiment de bonne heure, il fait gris menaçant, donc pas trop de touristes, et on ne fait que 20 minutes de queue pour monter sur le bateau qui nous emmène vers Ellis Island et Lady Liberty. Et là, je ne peux dire le contraire : elle est magnifique, de près comme de loin. Et c'est ce genre de monuments qui respirent le symbole qu'ils incarnent, qui portent l'histoire de l'Homme, et qui vous rappellent pourquoi vous êtes là, qui font des villes des lieux si spéciaux. On en oublie le reste ! C'est une beauté magique qui émane de la statue, se dressant, lumineuse et imposante dans un ciel lourd et aforme. Malgré l'absence de contraste du point de vue de la lumière, les photos montrent bien comme Lady Liberty s'impose, vibre et se présente à l'œil du touriste. Nous avons tous adoré ce moment !

Ensuite, après avoir profité de la vue sur la ville depuis l'île, et appris quelques informations sur l'immigration au cours des années au musée de l'immigration, nous voilà partis pour visiter la bibliothèque centrale : cuisant échec, nous sommes le 31,ils ferment plus tôt, comme nous le fait savoir, fort aimablement (ceci est ironique) le monsieur de l'entrée. Sous une pluie battante, nous errons à nouveau, allons visiter un peu la Fifth avenue, mais la pluie a tôt fait de nous décourager et nous allons faire quelques courses pour une soirée privée du nouvel an, à laquelle nous a gentiment conviée une amie. D'errance en errance, trempés jusqu'aux os, nous finissons par trouver à peu près tout (mais à quel prix !) et en route pour la dernière soirée de 2018.

Le soir : nouvel an chez un new-yorkais ami d'une amie, buffet, champagne, le tout à Brooklyn. Très bonne soirée de nouvel an, même si notre fin de soirée s'est avérée -encore- être un échec, mais on a bien rigolé et ça reste un excellent souvenir.

Jour 3 : Mardi 1er janvier.

Bonne année !

Le World Trade Center 

Journée assez calme, on profite de l'interruption de la pluie pour aller se promener dans le quartier du World Trade Center puis sur la High-Line, une ancienne ligne de métro réaménagée en parc un peu en hauteur,ce qui offre une vue imprenable sur les buildings et Brooklyn Bridge à la tombée de la nuit.

Vues de la High-line 

Soir: en quête d'une soirée swing, là où cette danse est née, nous arpentons les rues de Harlem. Balade très sympa, loin de la foule. Nous n'avons pas trouvé de lieu pour danser, mais en tout cas le quartier est marqué par l'histoire Afro-Américaine et le Jazz, ce qui n'est pas pour déplaire à Sarah. On se laisse bercer par l'ambiance poétique et artistique du lieu avant de rentrer à l'appartement.

Jour 4 : Mercredi 2 janvier

Ma journée préférée je crois !

Après un bon petit-déjeuner, nous explorons Wall Street, la Bourse, le Taureau, le Mémorial des Tours. Après l'effondrement tragique des tours jumelles, les fondations ont été conservées et deux grands trous béants, noir, sièges d'une fontaine chacun, laquelle incarne l'écoulement du temps et la régénération du passé par le souvenir et par la continuité du cycle de la vie, entourés des noms des défunts gravés tout autour, nous font entrer tous les 3 dans une contemplation teintée de méditation et de tristesse. Ce lieu est magnifique : ni too much, ni trop léger, il est juste ce qu'il faut pour se souvenir. Et ces deux grands trous au milieu des buildings qui s'élèvent de façon interminables sont aussi l'occasion de regarder pour une fois le sol et d'apercevoir un peu d'ouvert dans cette ville si enclose.

Après cette vague d'émotions, nous nous promenons dans un joli parc qui permet de contempler les îles. Puis nous achetons un petit Hot-dog, haut fait de la gastronomie locale, afin de tenir bon pour aller manger dans un restaurant chinois dans le célèbrissime Chinatown. Beaucoup de marche à pied, pour finalement atteindre le quartier chinois. Effectivement, on s'y croirait, en Chine ! Tout est écrit en mandarin, et l'anglais est mal maîtrisé par les commerçants (un point commun avec nous) !

Chinatown 

Après un repas décevant, nous nous baladons encore dans le quartier, riche en couleurs et saveurs, avant de gagner le pont de Brooklyn pour voir la tombée de la nuit depuis le pont. On ne regrette pas le spectacle !

Vue depuis Brooklyn Bridge 

Soir : le froid me rend maussade et j'ai envie de rentrer mais nous trouvons une soirée salsa dans un bar cubain tout petit, avec un superbe orchestre en live. L'ambiance est géniale, la musique très belle, et c'est sans doute la meilleure soirée que j'ai passée ! Ça aurait été dommage de ne pas profiter de la musique qui habite littéralement la ville de New-York, où le Swing tout autant que la Salsa sont nés !!

Jour 5 : Jeudi 3 janvier

Vue de central Park (gauche) et le chien Balto (droite)  

Nous allons faire une balade à vélo dans Central Park. Il fait beau et ce parc est vraiment un poumon pour la ville, et pour ma part il m'a littéralement redonné l'oxygène qui me manquait tant. Bordé par les tours, qui contrastent avec l'ouverture du parc vallonné, Central Park mérite bien son nom. On y voit quelques statues très connues, notamment Alice au pays des merveilles ou encore le chien Balto, un vrai héros que Diego voulait vraiment voir. Puis nouvel échec : le MET, qu'on voulait faire l'après-midi, est fermé à partir de 5h et il est 4h donc trop tard…

Depuis le Rough top

Nous partons alors en quête d'un Rough Top pour contempler la ville, sur la Fifth Avenue. Encore un échec. Car si nous l'avons bel et bien trouvé, après avoir marché dans le froid pendant mille ans, impossible de consommer quoi que ce soit en dessous de 20 dollars. Et après avoir douloureusement choisi le soda le moins cher, sur la terrasse il fait si froid qu'on s'empresse de le boire pour aller aussi sec se réchauffer dans les boutiques avoisinantes. Pour se remonter le moral, nous allons manger dans notre restaurant préféré, un petit stand bolivien perdu dans le marché couvert, où nous profitons de notre dernière soirée au chaud, entre amis, car Amandine nous a rejoint, et dans le lieu le plus chaleureux qu'on ait pu trouver, où l'on mange divinement bien pour pas trop cher. La nourriture bolivienne est rare hors de Bolivie, alors on a plus que profité de cette découverte d'un lieu que l'on doit à Diego bien sûr : on y mangea trois fois en tout 😅.

Comida boliviana 

Ainsi passa notre dernière-chouette-soirée.

Jour 6 : Vendredi 4 janvier.

Matin : MET. Après la Lady Liberty c'est ce que j'ai préféré ! Ce musée est richissime de merveilles de l'art. On y a passé un super moment à contempler les tableaux et à discuter d'art. Quelques petites merveilles pour ma part comme une toile de Braque, un Matisse qui me plaît beaucoup, etc. : confère photos.

Matisse (gauche) et Braque (droite) au MET 

La matinée passe à toute allure et vient le moment (après un passage dans notre restaurant fétiche) de rentrer récupérer nos sacs pour partir à l'aéroport où un long et laborieux voyage nous attend.

La fine équipe- Une nuit à l'aéroport.  
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Ainsi s'achèvent les vacances à New-York, jamais le terme de ‘’ vacances ‘’ n'ayant été si inappropriés puisque cette ville en incarne l'exact opposé : ville d'affairement, de stress, où l'organisation est indispensable sous peine de ne cesser d'errer et de perdre son temps, où le luxe et le consumérisme, comme à LA, côtoient la misère. Je dois dire que la ville ‘’ qui ne dort jamais ‘’ mérite son surnom, et qu'elle m'a révélée la chance que j'ai eue de vivre en Californie, lieu lumineux, ouvert, et tranquille, loin du froid, de la mauvaise humeur et de l'austérité new-yorkaise.

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Mais bon, revenons en à Céline :

‘’J’aurais peut-être pu essayer, comme d'autres l’avait déjà réussi, de traverser le port à la nage et de me mettre à crier : « Vive Dollar ! Vive Dollar ! » C'est un truc. Y a bien des gens qui sont débarqués de cette façon-là et qui après ça on fait des fortunes. C'est pas sûr, ça se raconte seulement. Il en arrive dans les rêves des biens pires encore. Moi j'avais une autre combinaison en tête, en même temps que la fièvre’’.


Et ce que je dois reconnaître c'est que malgré tout le mal que j'en ai dit, à refaire je le referais. Cette ville vaut le coup d'œil pour l'expérience humaine qu'elle suscite en chacun. New-York m'a séduite à sa manière, j'ai apprécié chacune des activités que j'y ai faites même si le chemin entre chaque point est laborieux. De plus, elle m'a sortie de ma zone de confort et m'a offert la perspective dont j'avais besoin pour regarder à nouveau mon quotidien, dont je n'ai jamais autant profité, et jamais autant apprécié les beautés, que depuis que je suis rentrée de ce voyage au bout de la nuit, au bout du pays, un voyage qui pousse à bout.

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A bientôt pour le prochain article sur la Death Valley et le Joshua Tree Park (il est où le Mexique ?) en famille ! Merci à ceux qui sont allés jusqu'au bout de cette montagne de digressions.

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Si vous vous attendez à un récit d'aventures balnéaires, au goût de burritos et de chili, vous allez être aussi déçus que nous l'avons été lorsqu'il nous a fallu nous rendre à l'évidence : nous ne pouvions pas, avec moins d'une semaine devant nous, entreprendre le voyage. Et oui, je spoile d'entrée de jeu, il n'y a pas de voyage au Mexique. Quoi que, la ville de San Diego ou encore les cactus du Joshua Tree Park et les étendues désertiques de la Death Valley ne sont pas sans évoquer ce pays que je rêve de découvrir, sans compter l'omniprésence de la culture mexicaine en Californie de manière générale… Enfin, ce que je vous raconte à présent ce sont des vacances en Californie - à défaut de la Basse, au moins avons nous profité des merveilles de la haute -, des vacances qui nous ont surprises, chacune, et au bon sens du terme !

Équipe de choc. 

Qui sommes-nous ? Cette fois, l'équipe est constituée de 50% de Angot, puisque ma cousine Claire m'a rejointe à Los Angeles, et sinon de ses deux amies, Mélina (Melína par ici) et Elsa.

Les 3 de la fin à la lumière du levant... 

Elsa étant partie en cours de route, nous ne finissons l'aventure qu'à 3. Voilà pour le nous !

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Jour 1 : lundi 21 janvier, Los Angeles (après une bonne nuit de repos pour que les filles se remettent du décalage horaire).

Ma deuxième virée dans la ville-monstre. Je m'y sens presque familière !! Nous dormons dans une énorme caravane à l'américaine, que nous avons loué sur Airbnb pour 2 soirs. Et différence de taille avec mon dernier séjour, nous avons loué une voiture ! En même temps, le programme s'annonce chargé puisque nous sommes censées visiter en 2 jours ce que j'ai fait en 2 semaines. Défi relevé !

Santa Monica 

Bref, ce premier jour nous n'avons pas chômé. Nous commençons par aller à Santa Monica, sous un grand soleil. Après moult galères de parking, nous y laissons la voiture et entamons à pied la balade la plus branchée de Californie, où l'on croise vélos, rollers, skate, et autres engins roulants, le long de la plage pour aller jusque Venice Beach. Ainsi, nous côtoyons des immenses plages bordées de palmiers longilignes, nous avançons sur la digue en bois jusqu'au bout en profitant des multiples animations en plein air (fête foraine, musicien, vendeurs, hot-dogs, etc.) et nous laissons derrière nous Santa Monica pour la très / trop touristique Venice Beach.

Venice Beach 

On a ici Muscle Beach, où Schwarzenegger avait coutume de venir s'entraîner, et où des skaters nous font une véritable démonstration artistique !

Les canaux de Venice 

Après un déjeuner sur le pouce, let's go aux fameux canaux, qui font de Venice une Venise américaine. C'est très calme, on se promène, et on admire des maisons splendides, dont le reflet dans l'eau nous donne le sentiment d'être dans un monde onirique, ou au cinéma peut-être, c'est plus approprié ;)

Le Downtown tel que j'aurais voulu le présenter aux filles

On quitte les lieux rapidement cependant car on aimerait profiter de la lumière du couchant pour découvrir (re-découvrir) le Downtown de LA. Mais c'est sans compter les bouchons !

Le Downtown tel qu'on l'a vu cette fois-ci. Y a pire ! 

On arrive alors que la lumière s'éteint au profit des lumières artificielles. Mais c'est un autre charme finalement ! Les tours se découpent, reflètent le ciel tout en y ajoutant leurs propres lumières, des centaines de milliers de témoins de l'activité bureautique des humains. Mais le froid vient avec la nuit, et nous cherchons un rough-top afin de se réchauffer tout en savourant la vision si américaine de cette ville surprenante et bigarrée. Car on a déjà oublié qu'une heure plus tôt nous étions à la plage ! Ici, c'est le rythme business! Nous voilà en haut du rough-top : vue magnifique, lemonade délicieuse, bref un beau moment pour fêter nos retrouvailles familiales.

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Jour 2 : mardi 22 janvier, Los Angeles.

Cette fois, on se lève plus tôt. Rien de plus facile au regard de ce beau soleil qui brille sans l'ombre d'un nuage dans le ciel ! La journée promet d'être chargée encore…

Griffith Observatory and Hollywood Signs dans le Griffith Park

Tout d'abord, nous allons voir le Griffith Observatory Park, le plus grand parc citadin - peut on encore parler de parc…? - au cœur de la ville, une véritable montagne, d'où l'Observatory offre une vue panoramique sur la ville, sur Hollywood Signs, sur les montagnes, l'océan, mais également, d'où son nom, sur le ciel ! On se gare en bas, et on gravit la montagne jusqu'au Griffith Observatory. De là part une dizaine de randonnées. Nous partons pour environ 2h. Mais, malignes que nous sommes, nous oublions de repérer là où est garée la voiture. Résultat : plus d'une heure à marcher dans des dédales de chemins, de rues résidentielles dont les maisons sont luxuriantes et bordées d'une flore absolument incroyable qui fait oublier la douleur de nos petites pattes et la faim. Enfin, on la retrouve, cette satanée voiture ! Désormais, j'enregistre systématiquement sur mon téléphone la géo-localisation de ma place de parking, on n’arrête pas le progrès 😅

Hollywood Boulevard 

Après un repas rapidement expédié pour ne pas perdre davantage de temps, nous nous dirigeons sur Hollywood Boulevard. L'ambiance y est encore bien différente ! Du bruit, du visuel, des odeurs, tous mes sens sont saturés. On passe à Gröm (glace oblige, il fait chaud ! Ou pas d'ailleurs, mais l'envie est irrésistible, vous me connaissez), puis en arpentant le Walk of Stars nous tombons sur le Wall of Fame, deux hauts lieux du cinéma Hollywoodien. Ensuite, tout en slalomant parmi des Maryline Monroe, Spiderman, et autres Mickey Mouse, qui posent avec vous moyennant finance pour une photo t-y-p-i-q-u-e, nous atteignons le studio de Charlie Chaplin, malheureusement invisitable à présent car des films à gros budget s'y tournent encore et les producteurs souhaitent garder l'anonymat. Ça reste émouvant, dire qu'à l'origine ce n'était qu'une grange paumée en pleine campagne ! Bref, ce fut notre dernier stop, car à présent les filles ont leur bus pour San Francisco, et moi je rentre à Santa Barbara où elles me rejoignent dans 3 jours.

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3 jours après…

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Samedi 26 janvier, Santa Barbara.

Anniversaire anticipé, à la mode USA jusqu'au bout !  

Tout le monde est bien mystérieux ce matin dans notre petit appartement ! Les filles sont rentrées hier soir, et ce matin Diego veut absolument préparer (sans moi) le petit déjeuner. Très bien, j'en profite pour discuter organisation de voyage avec les cousines, quand on sonne à la porte… Surprise ! Pour ma journée d'anniversaire anticipé (oui aux USA tout le mois d'anniversaire est propice à le fêter, donc ça ne choque personne de le célébrer 4 jours plus tôt puisque je ne serai pas là le jour j), Diego a invité à petit déjeuner à l'appartement ma copine Sarah, et notre ami Gary, mon partenaire de danse ! Je suis ravie, surtout que le petit déjeuner est une tuerie. Mais ça ne s'arrête pas là… Sarah m'annonce alors que dans une heure je fais une balade à cheval sur la plage. Tous mes amis de Santa Barbara se sont cotisés pour me l'offrir !! Ça fait plus de 4 mois que j'ai pas monté. Alors j'ai un peu pleuré. Et ils ont tout prévu ! Les cousines vont visiter la ville avec Diego comme guide pendant ce temps et moi je profite de cette balade comme jamais. Et à la fin le propriétaire me demande… De venir travailler pour lui ! C'est entendu pour mon retour de voyage, en avril ! Je vous laisse imaginer ma bonne humeur.

L'après-midi je retrouve les cousines, et nous marchons tout le long de State Street, en traversant des parcs, pour aller à la fameuse Mission que je n'avais toujours pas visitée. Elle est très belle mais c'est surtout son environnement qui en fait son charme : du calme, de la verdure, la montagne, c'est top !

Retour à la maison, car ce soir on fête mon anniversaire avec tous mes amis (ou presque). Et oui, c'est ma dernière soirée, demain on part au Mexique, vous vous souvenez ? Bon on ne sait pas comment ni rien mais c'est pas grave c'est pas loin c'est easyyyy. 😅

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Dimanche 27 janvier : Santa Barbara, again.

Après un peu de farniente sur la plage, Zaza prend son bus pour LA. Et nous on se dit qu'il est temps de voir à quelle heure est le bus ce soir pour Tijuana ! Aie aie aie… Il n'y a plus de bus. On étudie tous les possibles. Mais force est de se rendre à l'évidence : au mieux on partira demain matin et on passera 4 jours au Mexique dont 3 dans la voiture. Déception bien méritée, mais quand même !

Notre voiture réservée détonne dans le style américain ! 

Bon, solution de repli ? Les grands parcs de l'Ouest. Ni une ni deux, on réserve une voiture pour tôt le lendemain matin et direction Death Valley, à 5h de Santa Barbara.

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Lundi 28 janvier : Death Valley.

En arrivant dans la vallée de la mort on oublie toutes nos déceptions d'hier. Du désert, des montagnes, du vide autour de nous : il y a de quoi dépayser après cette tournée des villes.

On commence par questionner un Ranger afin d'avoir un plan, de voir l'ordre le plus stratégique (sachant que nous avons réservé, pour éviter d'autres déconvenues, un motel au Nord-est de la Valley, à Beatty, que nous gagnerons après avoir traversé la vallée puisque nous arrivons de l'Ouest) et les hauts lieux à visiter. Bon il est déjà tard, donc cette fin d'après-midi nous nous ‘’ contentons ‘’ des Stovepipes Wells, sorte de désert de sable en pleine montagne. On se laisse gagner par la splendeur de ce paysage si inattendu. Les dunes harmonieuses logées dans la Vallée semblent répondre de leurs courbes généreuses et souples à la verticalité des pics montagneux au creux desquels s'étend la Vallée de la mort elle-même lovée. C'est bouleversant de silence, de lumière et d'harmonie. La lumière du couchant fait briller comme de l'or - et cela fait revivre toute l'histoire de la conquête de l'Ouest américain ! - ce petit désert au milieu de l'immensité d'un autre désert. D'ailleurs, la Vallée de la mort fut baptisée ainsi après qu'une caravane de pionniers, perdus durant des jours dans l'un des points les plus chauds du globe, parvint à sortir de ce lieu, et que l'un d'entre eux s'écrie ‘’ enfin sorti de cette vallée de la mort ‘’. On croit volontiers à l'histoire quand on considère le nombre de messages d'alertes concernant les ressources en eau, la gestion de la voiture dont le comportement est très différent en cas de forte chaleur, la protection du soleil, etc. : nous sommes au moment le plus froid, et on a facilement 25 degrés en journée, voire 30. Alors on y croit à cette histoire !

Bref, après cette merveilleuse vision dorée du désert de sable nous quittons la Vallée pour dormir dans notre motel - comme dans les films - et se préparer pour l'exploration plus approfondie de la Vallée demain !!

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Mardi 29 janvier : Death Valley.

La banque de Ghost City
Le musée en plein air 

Tout d'abord, direction la Ville fantôme. On n'a toujours pas très bien compris pourquoi elle a été abandonnée, mais ce fut une très grosse ville pionnière. Un beau jour, probablement quand l'or vint à manquer, comme tant d'autres villes dans l'Ouest américain, elle s'est vidée pour toujours. Au centre de la ville, une banque et... Un casino. A l'entrée se dresse à présent un musée curieux en plein air, avec des œuvres diverses.


Borax Museum

Ensuite, on part pour le Borax Muséum. C'est le reste d'une exploitation de Borax, qui a été la source principale d'attrait de la Death Valley. Quelques explications, un vieux wagon, et les restes de la structure à partir de laquelle le Borax était extrait et transformé (sur place, car s'il était transporté il se détériorait avant d'arriver). Tout autour, le désert : des montagnes et des cailloux. On s'avance un peu parmi des roches qui donnent l'impression de marcher sur la lune. Puis en route pour le point le plus touristique de la Valley : Zabriskie Point. C'est merveilleux ! Ce sont des courbes, comme des dunes, mais de roches cette fois, dans toutes les nuances de beige et de doré. Il n'y a presque personne, et on se lance dans une randonnée parmi les formations rocheuses. Magique. On suit principalement le lit d'une rivière à sec, et tout à coup une énorme roche rouge se dresse, imposante et carrée, à notre droite. Cela détonne avec le paysage aux nuances de beige ! C'est ce qui est appelé la Cathédrale rouge.

Zabriskie Point et la '' Cathédrale '' rouge.  
En route vers le Golden Canyon. 

On ne croise presque personne au cours de la balade. Après 2h de marche, on arrive sur un nouveau point phare de la Vallée : le Golden Canyon, aux nuances ocres cette fois. Là, un gentil monsieur accepte de nous ramener au point de départ, nous épargnant de marcher 2h de plus le ventre vide !

La merveilleuse Palette des Artistes 
Un coyote !  

Étape suivante, the Artists Palet. Pas besoin de mots, les photos suffisent pour comprendre le nom. A moins que ce ne soit l'inverse ? Bref. Les couleurs pastels sont à couper le souffle. C'est absolument magnifique, sans compter que la route pour y parvenir est étroite, sinueuse, bosselée, l'on n'y a croisé qu'un coyote, et que s'y succèdent les points de vue sur ces roches colorées comme sur une aquarelle. Comment ne pas penser ici à l'éternelle question de l'imitation de la nature dans l'art : qu'a inventé celui-ci, s'il ne possède même plus l'originalité des couleurs ? Comment faire plus beau que ce que nous offre Pacha Mama ? Il y a de quoi s'interroger…

Badwater 
Ceci n'est pas Uyuni ! 

Dur, mais il faut s'extirper de cette vision de la couleur à l'état pur pour aller voir ce que la Vallée nous réserve encore avant la tombée de la nuit. Nous gagnons alors le Badwater basin (surnommé ainsi car les pionniers venaient pour y désaltérer leurs chevaux, mais ô stupeur, ô amère désillusion, cette étendue d’ eau est salée, et l'on ne peut y boire : la déception est rude après des heures de marche dans le cagnard…). Ça ressemble un peu (rien à voir en terme de dimensions bien sûr) au Salar d'Uyuni. Cette étendue blanche contrastant avec les ombres noires des montagnes environnantes offre une belle ouverture et une autre vision du désert. On dirait vraiment un lac gelé. Le soleil se couche diffusant de nouvelles nuances qui sont notre dernière vision de la Vallée non pas de la mort mais, à mon sens, des couleurs.

Ces divers panoramas ont en commun de donner à contempler le Temps, inscrit dans les couches sédimentaires, et l'Espace ouvert. Le tout sur fond de silence et de contraste ! Une expérience à vivre.

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Mercredi 30 janvier : San Diego.


Mélie et Claire m'ont préparé un petit déjeuner de reine pour mes 27 ans officiels !

San Diego, downtown et port 

Ensuite, nous partons sur le port, et nous sommes frappées par l'omniprésence d'hommes d'affaires, au téléphone, en costard, sur la croisette.

San Diego, la côte
Au début, on s'extasie de voir un écureuil. Puis 2,puis 10,puis 20. Bref ils font partie de la balade alors il en fallait 1!

Nous décidons de nous éloigner du centre pour profiter de cette belle journée ensoleillée pour faire une randonnée qui nous a été recommandée : quel point de vue magnifique. Perturbé toutefois par le bruit des avions incessant. San Diego est en effet réputée pour sa base militaire… Après une bonne marche dans les hauteurs, loin de la ville, nous assistons au coucher du soleil sur la plage. On a failli partir car les nuages sur l'horizon laissaient penser qu'on ne verrait rien. Mais in extremis voici Helios qui perce et qui nous offre tout un dégradé du jaune au rouge, tamisé par les nuages, en l'espace de quelques secondes. Sur ce beau spectacle, nous rentrons faire des courses pour un bon dîner équilibré, notre rêve dans ce pays où c'est toute une affaire pour y parvenir !

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Jeudi 31 janvier : San Diego.

Le centre historique 

Ce matin, direction le centre historique. Un peu surfait, il a quand même son charme ! On y respire l'air mexicain, et l'on comprend pourquoi tout au long de son histoire San Diego a peiné à s'identifier prioritairement à l'une de ses deux identités, mexicaine ou américaine, jusqu'à finalement incarner les deux à la fois, témoin des éternelles tensions entre ces deux régions qui se ressemblent autant qu'elles cherchent à se différencier. Ainsi, San Diego est le lieu du conflit ! Ou de la réconciliation, cela dépend comment on voit les choses… Nous visitons un parc curieux, pourvu d'énormes maisons colorées : ce sont des maisons traditionnelles de riches familles pionnières qui étaient dans un quartier de la ville en destruction, et suite à une pétition (qui fonctionna, une fois n'est pas coutume) des habitants, pour la préservation du patrimoine, elles ont été déplacées dans un parc afin d'être épargnées. Si on faisait ça aujourd'hui avec tout ce qui menace d'être détruit, je me demande où on mettrait l'Amazonie pour commencer… Enfin, joli parc en tout cas (celui de San Diego, l'Amazonie c'est pour une autre fois 😉). Nous montons ensuite au niveau d'un point de vue, qui s'avère être un ancien bastion des Mormons. Que sont les Mormons? On ne comprend pas bien, mais c'est une religion et il y a justement le temple à proximité, alors on s'y dirige rapidement.

Le temple Mormon.

Le Temple Mormon

Du blanc. Voilà la première impression ! Le temple est blanc immaculé. L'intérieur, en tout cas la réception puisque on ne peut pas accéder au temple si on n'est pas Mormon, est blanc. Les toilettes sont blancs. Les décorations sont blanches. Les gens sont vêtus de blanc, sans la moindre couleur. Bref, intriguées, on se renseigne auprès du monsieur de l'accueil. Il nous explique, en gros, que les Mormons croient en un autre prophète, américain, qui succède au Christ. Ils ont aussi activement participé à la défense de la ville de San Diego lors des luttes entre Californiens et Mexicains. Le religieux finit en nous offrant la suite de la Bible, version Mormon donc. Un livre chacune…

Le parc Balboa 

Ensuite, nous allons au grand parc de San Diego, le parc Balboa. Celui-ci se veut le témoin de l'héritage Hispanique, et pré-Hispanique, revendiquant ces éléments comme constructifs de l'identité de cette ville Californienne. Originellement, c'était un parc qui a été aménagé pour en ‘’ mettre plein la vue ‘’ lors d'une exposition universelle. Comme la Tour Eiffel en somme !

On finit cette visite par un détour au musée historique, qui nous permet de comprendre un peu cette tension USA Mexique incarnée par l'histoire même de la ville.

Puis des seaux d'eau se déversant sur nous, on quitte la ville pour gagner le Joshua Tree Park, notre dernière étape. La Californie, c'est 95% de soleil, mais les 5%de pluie, c'est des cordes et des cordes, coulées de boue and co!

On arrive de nuit (la nuit tombe très tôt aux USA) à notre Airbnb que nous avons réservé - oui on est devenues très organisées, à présent on réserve nos logements au moins une demi-journée en avance ! - et il est absolument génial. On est à 10 minutes de l'entrée Nord, l'appartement est autonome, c'est une dépendance de la maison d'un couple âgé, il est cosy, plein de petites attentions. On est plus que ravies de pouvoir se délasser dans ce petit havre de paix après toute cette route et cette pluie !

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Vendredi 1er février : Joshua Tree Park.

Les Joshua trees 

On commence par passer à l'office du tourisme qui nous donne une carte. En recoupant les conseils de l'hôtesse et ceux du Routard, on établit un itinéraire pour nos 2 jours à venir, sachant que demain nous n'aurons qu'une demi-journée car mon avion décolle le soir de Los Angeles, à 3h de route d'ici. Pas une minute à perdre !

Entièrement ceinturée de ces gros rochers qu'on aperçoit sur la photo, cette vallée est invisible tant qu'on n'y est pas entré ! 

On commence par visiter la Hidden Valley. C'est une vallée insoupçonnée, parmi des blocs granitiques. Elle a été agrandie par l'homme mais originellement elle est issue de phénomènes naturels. Elle était un haut-lieu de trafiquants de bétail, qui cachaient là le bétail volé : invisibles de l'extérieur !

La roche est très lumineuse, et surtout elle est au beau milieu des arbres de Joshua, baptisés ainsi lorsque les Mormons - et oui ! - en arrivant dans ce qu'ils crurent être la nouvelle Terre Promise trouvèrent que la forme de cet arbre qu'on ne trouve nulle part ailleurs évoquait le prophète Joshua… La Hidden Valley est aujourd'hui un écosystème complet, et voici un petit poème qui figurait sur un panneau balisant le chemin :

Integrity is wholeness…

The wholeness of life and things.

The divine beauty of the universe.

Love that, not man apart from that.

Robinson Jeffers.

Ryan Mountain Trail : vue depuis le sommet

Après la vallée, dans laquelle une petite boucle nous a permis de flâner, nous filons au pied d'une montagne pour faire le Ryan Mountain Trail, une randonnée un peu difficile car ça grimpe et on est déjà à une bonne altitude, mais rien d'insurmontable. Plus on s'élève plus les roches aux alentours semblent des icebergs au milieu d'un océan de Joshua Trees. Et ce sur des kilomètres !! Le point de vue, une fois en haut, vient sublimer la montée qui vaut l'effort, vraiment ! C'est magnifique, des kilomètres de désert parsemés de cet arbre qui n'est ni palmier, ni cactus.

Keys View.  

On profite un peu avant de redescendre pour la suite du périple, à savoir Keys View, un point de vue sur des pics enneigés en arrière plan sur lesquels se dessinent au premier plan des amas rocheux agrémentés d'ouvertures.

Barker Dam (gauche) et Skull Rock (droite) 

Ensuite, direction Barker Dam, en passant par le Skull Rock, un rocher en forme de tête de mort. Barker Dam, c'est un barrage auquel on aboutit après avoir marché le long d'un lac lui aussi, si l'on peut dire, noyé dans les Joshua Tree. Niché au cœur d'une vallée, on ne le devine pas avant de l'avoir de plein fouet ! On s'offre ensuite une petite balade dans le désert, au cours de laquelle on croise une grotte ornée de peintures rupestres. On croise également un pro de l'escalade qui s'exerce sur un des gros amas granitiques au milieu de tout. Puis, retour à la voiture !

Cholla Cactus Garden 

On va alors au Cholla Cactus Garden : cette fois ce sont bien des cactus, comme on peut les imaginer, qui s'étendent à perte de vue. C'est très impressionnant, surtout que certains sont énormes ! Il fait bien suivre le chemin, car c'est extrêmement facile de se retrouver avec un cactus sur soi, et même s'il ne fait que vous effleurer ça fait vraiment très mal (painful and difficult to take off : voici le message qu'on aurait dû lire avant de jouer comme des bébés au milieu du champ…). Sur cette note piquante s'achève notre journée. Demain réveil aux aurores pour voir le lever du soleil !

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Samedi 2 février : Joshua Tree Park.

Lever de soleil avant les trombes d'eau : effet Rembrandt garanti.  
L'oasis en plein désert caillouteux 

Réveil à 5h, à 6h30 en route, à 7h30 au pied de la montagne qu'on souhaite gravir ce matin. Nous allons à l'oasis de Mara, et pour ce faire un trail grimpant nous attend. Les nuages sont bas et sombres. Et là perce le soleil : on dirait un tableau de Rembrandt, ces jeux de contraste et de lumière c'est magnifique. Malheureusement la pluie est proche. Mais on continue jusqu'à l'oasis. Quand elle apparaît, surgie de nulle part, on se croirait vraiment dans une bande dessinée ! Des énormes palmiers vert fluo se dressent dans le paysage aride, montagneux, caillouteux, et privé de toute végétation. L'oasis est nichée dans une petite vallée presque toujours à l'ombre, aussi les photos à cette heure de la journée sont elles médiocres. Il faudrait être là vers 15h quand le soleil décline de l'autre côté ! Mais le spectacle n'en est pas moins superbe, surtout après un trek éprouvant inévitable, car on ne peut s'y rendre autrement. Ensuite, nous rentrons et renonçons au dernier trail, car il se met à pleuvoir fort ! Ainsi, on rentre à l'hôtel après être repassée à l'office du tourisme qui a un petit musée géologique passionnant !

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Ainsi s'achève le voyage dit ‘’ au Mexique ‘’. La route jusque l'aéroport fut bien plus longue que prévue car nous devions traverser des coulées de boue et notre voiture, contrairement aux autres, n'avait rien d'une tout-terrain ! Il m'a fallu rouler très lentement. C'était extrêmement impressionnant mais pas très fort donc pas dangereux à condition de ne pas arriver vite. Et puis c'est ça aussi la Californie !! C'est quand même incroyable d'être un des pays les plus avancés d'un point de vue technologique mais incapable de gérer les chutes d'eau considérables, et d'être la plupart du temps en situation de sécheresse…!

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Retour à la ville, et à l'Amérique latine : vue de Bogotá. A suivre... 

Et voilà, l'histoire de ce nouveau périple s'achève. Car vient le temps des au revoir, à l'aéroport, les filles sont rentrées en France alors que moi je décolle pour Bogotá, sans trop de plan précis - oui, il ne faut pas croire que je suis devenue organisée, je déteste me bloquer des portes en réservant des choses, en prévoyant et en m’exposant à des déceptions -, ville où, finalement, je ne resterai que 2 jours. Un autre récit, encore parsemé d'imprévu, en perspective, mais bien plus court ! Le prochain article sera ainsi consacré à… mes 4 jours passés en Colombie 😉 Hasta pronto!

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Une semaine pour un pays qui ne saurait s'épuiser de ses richesses après des années de visite ? Mais que m'arrive-t-il?! Tout simplement un changement de programme. J'avais pris un billet de sortie du territoire des États-Unis afin de pouvoir y entrer, et après mille hésitations Colombie-Équateur-Colombie-Équateur-etc., j'avais choisi la Colombie. Mais en y arrivant, trouver un volontariat dans un ranch s'est avéré un échec. Et voilà qu'en Équateur j'en trouve un direct. Et puis c'est pas loin Quito, juste 20h de bus ! Alors go. Mais avant de rejoindre Quito, j'ai fait honneur à la capitale colombienne, ainsi qu'à la ville dite la ‘’ plus dangereuse de Colombie ‘’, capitale de la Salsa et haut-lieu de l'histoire et de la culture du pays, et qui fut vraiment une heureuse étape sur mon chemin vers le Sud, Cali.

NB : les photos ne sont pas exceptionnelles, je n'avais pas mon appareil photo.


BOGOTÁ.


3 février 2019 au 5 février 2019.


La route fut longue, j'ai dû dormir à l'aéroport de México City (ironie du sort…), et c'était pas vraiment plus drôle qu'à celui de NYC. Mais passons. Voici le début d'un voyage en solo (au moins la présentation de mon équipe de voyage est-elle rapide) qui commence un peu sèchement par l'épreuve de la solitude. Heureusement, c'est une solitude à petite échelle, puisque Noémie, une amie de mon sœuron, vivant à Bogotá avec Mario, son copain, m'a vraiment généreusement accueillie. Et elle vient me chercher à l'aéroport, ce qui coupe court à mes angoisses, au manque de mes proches, bref à ma situation solo. On néglige souvent le plaisir et le réconfort d'être accueilli par une tête connue dans un lieu si austère, si atemporel et atopique qu'un aéroport international. Je suis épuisée, mais euphorique au début de cette nouvelle aventure. Seule ombre au tableau : je n'ai pas la moindre idée de ce que je vais faire, mais je ne veux pas m'imposer trop longtemps chez mes hôtes, alors il est urgent de trouver un travail. Mais en Colombie, à part des baby-sittings ou des cours d'anglais (je ne suis pas la plus qualifiée pour ces prestations), rien, NADA. Je cherche sur Workaway, envoie mail sur mail, aucune réponse. Alors j'élargis mes recherches. Argentine, Chili. Rien. Toujours NADA. Je commence à paniquer alors je pars explorer la ville un rato, pour me changer les idées. Voici une petite description en vrac de cette errance citadine de 2 jours.

Bogotá est une capitale monstrueusement grande. Bruyante, sale, elle incarne à peu près tout ce qui ne me plaît pas dans la mondialisation et l'uniformisation subie par l'Amérique latine. Et puis, c'est trop grand, trop ‘’ saccadé’’ (pour aller d'un point A à un point B il faut traverser des centaines de routes en ligne droite bordées de barres d'immeubles au milieu des bouchons quelle que soit l'heure), trop sale et bruyant : tous les mauvais côtés de la ville (coucou Paris !). Mais de temps à autre (une fois arrivée audit point A ou B, ou bien par un heureux hasard parmi les buildings), alors que je ne cesse de me perdre et de perdre mon temps dans les transports, surgit une merveille qui me rappelle pourquoi je suis là, et me pousse à persévérer pour apprécier ce que la ville a d'unique et d'authentique à m'offrir.

Urbanisme.


Avec les moyens de la science et de l’industrie moderne

(ou à venir)

on pourrait très bien déplacer les monuments historiques

et les foutre tous ensemble dans le même quartier

qu’on aurait au préalable rasé

comme ça il y aurait côte à côte la tour Eiffel le

Sacré-Coeur Saint-Honoré-d’Eylau

la Sainte-Chapelle le Tribunal de Commerce les

Deux-Magots

Sainte-Clotilde l’Opéra

le musée d’Ennery et cetera

ce qui éviterait aux touristes

de se disperser inconsidérément dans les rues de

la ville ‘’.


Raymond Queneau.

Ce petit poème pour me rappeler à l'ordre quant à mon évocation de cette ‘’ perte de temps dans les transports ‘’ et à la dimension saccadée de la ville de Bogotá. Finalement, tout lieu est saccadé, et ce n'est qu'en s'égarant, en prenant le temps de perdre son temps, qu'on découvre l'âme du lieu. C'est ça, être touriste : c'est accepter de ne pas connaître. J'aurais appris quelque chose, à juger trop vite.

Voici, après cette légère divagation poétique, en vrac quelques détails sur ce qui m'a marqué.

* Des parcs tout d'abord, il y en a à tous les coins de rue !

Quelques parcs traversés :

- Parque 93

- Parque El Virrey

Le '' mirador de la Paloma '' tel que j'ai cru qu'il était lors de ma première tentative. 

- Mirador de la Paloma : une petite anecdote, sur Google maps, il était indiqué avec 4,7/5 étoiles, alors j'entreprends le premier jour de m'y aventurer puisqu'il est dans le nord, ‘’ pas trop loin ‘’ (en fait à environ 2h de marche, mais sur le plan ça avait l'air proche…) de là où je suis logée. En réalité, ce lieu n'est pas accessible à pied. Je me suis tout d'abord trompée de mirador, et j'ai atterri dans un minuscule parc utilisé en guise de toilettes publiques, duquel on aperçoit dans la brume à travers des arbres en grimpant sur un muret la ville de Bogotá : ce pseudo parc est clos, mais je passe la barrière,croyant vraiment en mon mirador. Et alerté par les aboiements des chiens de garde du voisin un policier ou vigil arrive alors et je m'empresse de déguerpir. Il me suit un petit moment, mais finalement comprends que je me suis perdue. Ce départ précipité me conduit, en suivant une route empruntée par des voitures mais pas par le moindre piéton, à mon fameux mirador, qui est en fait un restaurant de luxe où je ne peux pénétrer, n'ayant pas les moyens pour y consommer ne serait-ce qu'un café. Comme partout, la vue ça se paie. Alors je prends quelques photos, depuis le bord de la route, de Bogotá sous sa chape de pollution, avec au loin le mirador de Moncerrate, et basta, je retourne chez Noémie : je n'y arriverai que 2h plus tard.

- Moncerrate (voir ‘’ téléphérique et funiculaire ‘’).

* Les églises.

Ensuite, des églises. Comme des champignons, elles sont omniprésentes, dans des endroits où l'on ne s'attend pas à voir surgir une telle architecture : elles sont toutes vraiment somptueuses.

* Les couleurs de la rue :

Ceci n'est pas le propre de Bogotá, mais de la Colombie. C'est bien le pays où se promener pour les amateurs d'art de rue… Art et politique s'emmêlent sans cesse lorsqu'on prend le temps de regarder dans le détail ces musées à l'air libre.


* Le téléphérique et le funiculaire :

Attraction en soi, ils mènent tous deux au point de vue officiel sur la ville, le Moncerrate. On peut également y monter à pied. En haut du mont, se trouve un ancien lieu religieux comprenant : une église, et autour, anciennement cloître vraisemblablement, se tiennent à présent un restaurant luxueux (décidément), un marché, un jardin, et autres boutiques. La vue et la balade valent le détour, mais il ne faut pas hésiter à s'éloigner des sentiers battus et à se balader dans la montagne (prendre la ½ journée pour cela).

Circuler à Bogotá.

Un conseil, pour circuler à Bogotá, prendre le vélo (mais prudence, avec un casque et suivre les pistes cyclables, car accidents fréquents) ! En bus, vous n'avancez pas et pouvez attendre des heures car ils sont blindés donc quand ils passent à votre niveau si l'arrêt où vous êtes n'intéresse personne pour la descente il ne s'arrêtera pas. Et en voiture / taxi, pareil, c'est bouché quelle que soit l'heure. Un doux bonheur, au quotidien comme pour un rapide passage !


* Museo del Oro

Très beau musée sur l'histoire du pays intrinsèquement liée à celle du travail de l'or, pour le meilleur comme pour le pire. L'entrée est payante, mais ce n'est pas très cher, et c'est un bon moyen pour appréhender un peu la ville dans sa dimension historique et culturelle. Et pour ne pas oublier…!

NB: il y a des expositions temporelles également, et, curieuse coïncidence, dans mon cas c'était une exposition très documentée sur la traite des Noirs, amenés d'Afrique en Colombie pour travailler comme esclaves dans les plantations de café, de cacao et de canne à sucre, sur un navire Nantais, par les Français. Ne pas oublier ! Les conquistadors espagnols ne sont pas les seuls à avoir fait le mal ici. Et il y a des villes où la population entière est noire, héritière des esclaves amenés par les français pour travailler dans les plantations de nos chers café et chocolat, ou de sucre.


* Centro histórico.

Petite balade qui vaut d'être vécue : bâtiments coloniaux, églises, places ouvertes, on y retrouve le centre historique latino typique, mélange entre le colonial, l'indigène et le moderne.


La comida (la nourriture).

¡Rica! Délicieuse ! Mais grasse à souhait, puisqu'il s'agit beaucoup de friture. J'ai principalement goûté aux fruits, une merveille de couleurs et de diversité dans ce pays. Et bien sûr, j'ai dégusté du café, tout en apprenant avec dépit que ‘’ les français croient aimer le café, mais ils le boivent en espresso, c'est la pire façon de le déguster puisque le café est brûlé ‘’. Soit…


Le soir à l'appartement, de retour enfin, après avoir couru et pris deux fois le même bus qui n'allait pas au bon endroit, enfin du neuf ! Une dame que j'ai contactée via Workaway, en Equateur, m'a répondue : elle m'attend pour travailler avec ses chevaux, dans sa propriété proposant Bed&Breakfast / restaurant / balades à cheval, quand je veux. C'est acté, je pars le soir même (5 février) pour l'Equateur, au sud de la Colombie, et décide de couper la longue route en bus en 2,et de m'arrêter à Cali. Moi qui avait hésité des heures entre Colombie ou Equateur, j'avais opté finalement pour la Colombie, argument financier du coût du billet d'avion oblige, tout en ayant la conviction que l'Equateur me conviendrait davantage : le voici qui m'appelle, et je ne crois pas aux coïncidences, ma place est là bas !


DE BOGOTÁ A CALI.


Pour ceux qui ne connaissent pas l'Amérique latine, ici tout voyage se fait en bus. Il y a dans chaque ville un terminal terrestre, duquel partent toutes les 30min pour toutes les villes du pays et à diverses fréquences pour les capitales des pays voisins des bus plus ou moins confortables (expérience luxueuse: siège qui s'incline, toilettes, Wi-Fi, snack ; expérience cheap: pas d'espace pour les jambes, siège de devant qui s'incline trop et mon siège cassé qui ne s'incline pas, pause toilette / snack dans un bled sans savoir quand- nourriture laissant à désirer, et surtout qui vous donne envie d'aller aux toilettes une fois terminée la pause toilette, télé à fond, le tout pendant environ 12h au lieu des 9 prévues).

Je quitte Bogotá le soir pour faire la route de nuit, économisant un logement et du temps. Mais mon choix d’expérience cheap fait que la route fut longue. Enfin, me voilà en route pour Cali sans trop savoir qu'y faire. Heureusement, le système auberge de jeunesse (hostal) fonctionne au top !


CALI.

El VIAJERO, hostal. Personnel sympa et efficace, ambiance jeune (festif, donc assez bruyant), tous les jours cours de salsa gratuit et tour guidé de la ville plus de nombreuses activités, cours particuliers de salsa et d'espagnol, accès internet (ordinateurs + Wi-Fi), piscine. Petit-déjeuner inclus et copieux. Lieu propre. Kitchenette. Je recommande !

En arrivant au terminal terrestre, je trouve un point Wi-Fi afin de chercher une auberge sympa. Je m'aide pour cela d'un site qui répertorie toutes les auberges de jeunesse. En ayant trouvé une, pas chère, centrale et très bien notée, El Viajero, je file chercher un taxi - lequel m'a bien entendu arnaqué, mais j'avais vraiment trop la flemme de chercher plus loin alors j'ai pris le premier venu - et me dirige vers mon auberge. Celle-ci, je l'apprends après coup, s'avère située dans le quartier ‘’ qui craint ‘’ de la ‘’ dangereuse ‘’ ville de Cali. Je n'ai ressenti aucun risque en m'y baladant, et pas plus dans la ville de manière générale. Mais comme partout, il suffit de ne pas sortir à des heures incongrues en exhibant ses objets de valeur, enfin bref les règles de prudence élémentaire quand on voyage dans un pays qui n'est pas le sien (ou même dans son propre pays d'ailleurs…). A peine arrivée, mon regard tombe sur deux informations : ce soir, cours gratuit de Salsa ; cet après-midi, visite guidée. Je m'inscris aux deux ! C'est la première fois que je prends un tour guidé, mais la ville m'intrigue, je n'ai pas de guide de voyage, et j'ai envie de connaître le lieu. Je ne l'ai pas regretté du tout !


La guide est née à Cali, mais a vécu 6 ans à Caen. Elle parle français, mais la visite est en espagnol. Simplement, comme on a environ le même âge, elle me fait quelques appartés et on discute de nos deux langues, nos deux pays, nos deux cultures. C'est une très belle personne. Elle me raconte qu'ici, la danse, ce n'est pas une question : tout le monde danse la salsa, Cali étant la capitale de cette danse. Il est intéressant de savoir par ailleurs que la ville, initialement petit bled et à présent 3e ville du pays, a vu se développer la salsa, qui deviendra sa spécialité, en raison du deuxième élément qui la rend célèbre, à savoir, le narco trafique. Et oui, et ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres qui montre combien le rapport des habitants de la ville est ambigu vis-à-vis du cartel : celui-ci lui vaut la réputation de ‘’ ville la plus dangereuse du pays ‘’, mais c'est aussi lui qui a permis le développement de ce qui n'était alors qu'une bourgade, la multiplication d'édifices grandioses, l'importation de cette danse nouvelle et peu en vogue qui plut aux narcotraficants et qu'ils développèrent, en payant des artistes, jusqu'à en faire le rayonnement et la spécificité de la culture de la ville.


Un bâtiment qui témoigne de cet héritage en tension : le plus haut building de la ville, au cœur du centre historique. Ce bâtiment regroupe des bureaux et hôtel, mais le 26e étage est vide et entièrement délaissé : pour cause, c'était le lieu où les narcos torturaient leurs ennemis… Et d’aucuns prétendent qu'ils y ont entendu, encore aujourd'hui, la nuit, d'étranges bruits. Nous sommes bien dans le pays de Gabriel García Márquez, et qui sait si l'abandon du lieu et la malédiction ne dureront ils pas 100 ans…!

A Cali, je recommande :

- Le centre historique, avec une très belle église néo-gothique dont la vue depuis un pont ‘’ des amoureux ‘’ orné de fleurs est vraiment très esthétique ;

- Le point de vue depuis l'immense Cristo Rey,

- Le parque de los gatos, symbole de la volonté de Cali de sortir de son image de ville de narcos. Ce parc doit son nom à l’énorme chat, incarnant la douceur dont la ville veut parer son nom, sculpté par Tejada, avec sur sa queue une colombe, en hommage à celle qui lors de l'élaboration de la statue se posait sans cesse sur l'énorme statue. Cette colombe a été sculptée et l'ensemble est devenu symbole de la paix à laquelle aspire la ville voulant s'ouvrir au tourisme. Ce parc est le symbole de la transition de la ville. Ensuite plein d'artistes dessinent, selon l'inspiration, sur des corps de chattes uniformes, diverses œuvres d'art : ces dames forment ainsi le harem de son Altesse le chat. Chacun y va de son selfie, et ce parc longiforme est un incontournable !

- Le marché, où j'ai dégusté des fruits, des tamales, des empanadas, du café, du ceviche, à n'en plus pouvoir.

- Les rues de Cali, véritable tableau d'art : l'art de rue, moyen d'expression privilégié dans une ville ayant été meurtrie par la violence et la corruption, y est à son paroxysme. Je me régale !

'' plan de développement de Cali ''  

- Les quais, aménagés en vue du développement du tourisme, surveillés de près par la police, où il fait bon sortir le soir.

- La salsa, il faut au moins aller une fois dans un bar dansant ou une discothèque : impossible de ne pas en trouver, il y en a partout et l'on danse à toute heure.


Bref, j'ai vraiment aimé Cali. Pleine de contrastes, de tensions avec son histoire et son héritage, de douceur et de rage, c'est pour moi l'image même de l'âme colombienne, que l'on retrouve si merveilleusement à l'œuvre dans les 100 ans de Solitude. Un extrait de cette œuvre nationale s'impose pour finir ce passage sur la Colombie :

Un filet de sang passa sous la porte, traversa la salle commune, sortit dans la rue, prit le plus court chemin parmi les différents trottoirs, descendit des escaliers et remonta des parapets, longea la rue aux Turcs, prit un tournant à droite, puis un autre à gauche, tourna à angle droit devant la maison des Buendia, passa sous la porte close, traversa le salon en rasant les murs pour ne pas tacher les tapis, poursuivit sa route par l'autre salle, décrivit une large courbe pour éviter la table de la salle à manger, entra sous la véranda aux bégonias et passa sans être vu sous la chaise d'Amaranta qui donnait une leçon d'arithmétique à Aureliano José, s'introduisit dans la réserve à grains et déboucha dans la cuisine où Ursula s'apprêtait à casser trois douzaines d'œufs pour le pain.


- Ave Maria Très-Pure ! s'écria Ursula.’’


Gabriel García Márquez, 100 ans de Solitude.

La voici, la Colombie, riche de ses contrastes ; de ses superstitions qui ne sont rien d'autres qu'une autre façon de voir le monde, plus colorée, moins arithmétique ; de sa joie de vivre malgré le fait qu'elle soit encore exsangue de cette longue lutte face aux narcos ! Elle regorge de richesses et pulse de vie, en infini dialogue avec la mort qui nous définit tous également, indigènes, métisses, noirs, ou gringos.

Et maintenant, place à quelques récits sur l'Equateur, le cœur de mon voyage, même si je l'ignorais encore 3 jours avant de m'y diriger ! Direction Cayambe, Casa de Campo, à une heure de Quito, dans la montagne, au pied du volcan éponyme qui fut mon compagnon pendant presque 2 semaines.

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Voici vraisemblablement l'article le plus difficile à écrire pour moi. Ce pays, l'Equateur, j'y ai vécu, je l'ai aimé, il m'a tant offert, tant appris. Le quitter fut un déchirement, mais aussi de ces certitudes solides qui rassurent et confortent : ma place, au moins pour un temps, sera ici.

J'ai décidé d'écrire finalement non pas un mais plusieurs articles sur mon séjour équatorien. Le premier que voici est consacré à ma vie quotidienne à Cayambe, petite ville montagnarde à 2h de Quitó.

Volontariat du 10 février au 27 mars. Les voyages effectués durant mes journées libres hebdomadaires (chaque mercredi et jeudi) seront détaillés dans l'article consacré à la partie touristique de mon séjour en Equateur.

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Au préalable, un rapide point pratique sur le passage de la frontière Colombie / Equateur.

Au terme d'un voyage en bus plus qu’éprouvant (#cheap, mon meilleur ami), j'arrive à Ipiales, ville colombienne frontalière. Il est minuit. J'ai deux options : 1- croire sur parole le conducteur de bus qui me dit que je peux passer la frontière à toute heure et qu'il y a des bus la nuit pour Quito ; 2- rester à Ipiales, y dormir dans une auberge (elles sont comme des champignons autour du terminal de bus, et la réception est ouverte 24h sur 24) et partir tôt le lendemain matin. En choisissant l'option 1, j'économise du temps et de l'argent : je choisis de faire confiance au chauffeur, il est très buena onda et en plus personne ne m'a menti jusqu'ici. A Ipiales donc, il faut prendre un taxi qui vous emmène à la frontière. 1er poste pour quitter la Colombie : 3 minutes. 2nd poste pour entrer en Équateur : 3 minutes. Je retrouve le chauffeur de taxi (n'oubliez pas de faire le change avant d'être à la frontière, l'Equateur utilise le dollar américain) et celui-ci m'emmène jusqu'à Tulcán, la ville de l'autre côté de la frontière, première ville d'Equateur. Au terminal, j'achète un billet pour Quito (l'hôtesse du guichet, présente toute la nuit, répond à toutes mes questions) et j'attends le bus pendant une heure. Juste ce qu'il faut pour créer du lien ! Les seules personnes qui attendent le bus sont des Vénézuéliens fuyant leur pays. Ils sont tristes (sans blague), esseulés malgré l'effet groupe. Plus d'un discute avec moi des merveilles de son pays, de l'espoir de le voir s'ouvrir au monde dans les années qui viennent, du désir terrible car insatiable de vouloir y retourner. Ils me parlent de leurs désillusions, de leur sentiment d'abandon, de leur indifférence d'être ici ou dans un autre pays, puisque la seule chose qui compte c'est de fuir la misère de leur cher pays détruit par la corruption et la dictature. Que répondre à cela ?

Dans le bus pour Quito, nous sommes contrôlés 3 fois en 5h. En raison de la très forte présence de Vénézuéliens sans papiers. Ça rappelle une autre situation d’immigration… Certains sont obligés de descendre du bus. Pour ma part, mon passeport n'est même pas consulté : ‘’ eres francesa ? ‘’ ‘’ si ‘’ ‘’ buen viaje bienvenida en Ecuador ‘’. Basta. Bref. Après une longue nuit faite de bus tous plus inconfortables les uns que les autres, me voilà à Quito, terminal Carcelen (nord). De là, je prends une navette jusqu'au terminal la Ofelia et je finis par trouver, tout au bout à droite, le bus pour Cayambe.

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A la " CASA DE CAMPO ", CAYAMBE.

Lorsque j'ai quitté la Colombie, j'étais un peu perdue. Où j'allais ? Qu'est-ce que je faisais à tout changer comme cela pour une dame que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam ? Mais à peine arrivée chez Jeannie, la dueña (propriétaire et gérante) de la Casa de Campo, je me suis sentie à ma place. Elle et ses fils m'ont accueillie dans leur famille, et j'ai partagé le quotidien de ces Américains du Nord qui, comme beaucoup d'autres en Equateur, ont été séduits par le pays et s'y sont installés.

Casa de Campo (maison de campagne en français), vue depuis ma chambre. Dans le fond, enclos des chevaux.

A peine arrivée, je suis directement au travail. Des guests sont supposés arriver et il faut finir de préparer les chambres et la maison (la Casa de Campo est avant tout un Bed and Breakfast).

Le lieu.

Une maison, jaune. Et du vert, beaucoup de vert tout autour. Des montagnes, des vaches, du lait, des serres de roses (la région est caractérisée par sa forte production laitière et de roses exportées en toutes parts du monde), des fermes. Et puis, toujours là mais rarement visible, serein et puissant, le mont Cayambe, un des volcans et hauts glaciers du pays. Lorsque je m'éveille, chaque matin, n'ayant pas de rideaux (pas besoin, puisque je me lève avec le soleil), par la fenêtre de ma chambre, c'est toujours Cayambe que je vois en premier : parfois dans les nuages, parfois rosé ou éblouissant selon le soleil, parfois accompagné d'une étoile ou de la lune, parfois seul, froid, qui se découpe sur le ciel d'azur.

Mont Cayambe depuis la fenêtre de ma chambre. 
Coucher de soleil depuis ma chambre, côté vaches cette fois. 
Les champs, en bas de la propriété (on aperçoit en blanc au fond les serres des plantations de roses). 
Une plantation de roses. 

Je vis dans une petite maison, indépendante de la Casa de Campo. Le confort y est rudimentaire, mais la vue vaut tous les luxes matériaux ! J'y suis chez moi, et avoir un chez soi en voyage ce n'est pas toujours aisé.

Au fond à droite, jaune délavé : ma maison. On dirait un cagibi, plus petite que le hangar à foin d'à côté, mais je l'adore !

Ma chambre donne sur un volcan.

La fenêtre de ma chambre donne sur un volcan.

Enfin un volcan.

Je suis à deux pas d'un volcan.

Il y avait dans notre propriété un volcan.

Volcan. Volcan. Volcan.

C'est ma musique pour ce soir.

Et cet après-midi, ma musique était

" Tu iras dans l'orient, l'orient... "

Et hier ma musique était :

A cheval.

A cheval.

J'allais à cheval.

Je vais à cheval dans les Andes.

Je passe mon temps à cheval.

Peu de phrases. Le gong fidèle d'un mot ".


H. MICHAUX, Ecuador. Journal de voyage.

Mon quotidien.

Le matin pour me motiver, je regarde par la fenêtre... 

Ma journée commence à 5h30. Je me lève, fais ma lessive, prend un petit dej, et à 7h je vais nourrir les chevaux et nettoyer un peu leur paddock. Ensuite, avec mon collègue vétérinaire qui est en charge de l'écurie, nous partons à cheval environ 3h. Au programme : rando, rando, rando, il y en a des dizaines. Et chacune nous permet de travailler différents points selon les besoins des chevaux qu'on monte : endurance, résistance, saut, désensibilisation, dressage à haut-niveau (Franklin sait tout faire, piaffer, pas espagnol, etc.!), tourisme tranquille.

Franklin monte la jeune et rebelle Adela et travaille le pas espagnol 
Igualada la sensible contemple médusée le paysage 
vue sur la vallée parmi les eucalyptus 

Parfois, viennent des touristes pour monter. Dans ce cas nous optons pour des balades à potentiel touristique : route du lait, où l'on voit les habitants,à pied, à dos d'âne, de cheval, de moto, avec leurs pot-au-lait, amener aux coopératives le produit fraîchement récolté ; les chemins parmi les eucalyptus ; la vue dégagée sur la vallée et le mont Cayambe à mesure qu'on grimpe ; les plantations de roses, qui pullulent et posent un certain problème écologique et esthétique mais qui font vivre la région ; la cascade. Il y en a pour tous les goûts, et parfois je suis seule et m’improvise moi-même guide, autant dire que je connais bien la région à force de l'arpenter à cheval !

Guide touristique à cheval hispanophone et anglophone, ma nouvelle casquette ! 

Il y a 6 chevaux en tout, et nous alternons afin de travailler chacun selon ses besoins. Morena (pur-sang arabe) et Natalia (petite fille d'un ancien champion du monde allemand) sont mes favorites. Les 4 autres sont : Oreo, Estrella, Igualada et Adela.

Estrella, la fragile, mais quelle fusée ! 
Natalia, un vrai fauteuil, et une graine de championne (petite-fille d'un ex champion du monde de CSO). 
Morena, pur-sang arabe de 14 ans, va bientôt mettre bas !
Oreo, la fille de Morena et le bébé du groupe, elle me suit partout et veut tout le temps des papouilles. 

De retour vers 11h, je file aider Tania ma collègue ‘’ d'intérieur ‘’ : préparer les roses qu'on a récupérées, cuisiner pour les invités si besoin, préparer les chambres, parmi les tâches quotidiennes.

une fois les roses en pot et débarassées de leurs épines (on dirait pas, mais quel boulot !) 
La fine équipe. 

On déjeune à 12h avec l'équipe des travailleurs (tous équatoriens) : Franklin, Tania, Luis (le maestro, c'est-à-dire celui qui est en charge de tous les travaux / bricolages de la maison) et moi. C'est là que j'apprends le plus de choses sur la culture, la communauté, la langue (l'espagnol informel est celui qui me manquait, mais maintenant je comprends même leurs blagues).

Tania est devenue une vraie amie, elle m'a emmenée chez elle dans sa ferme, et m'a appris à traire une vache !

A 13h, les chevaux étant au champ, il faut préparer leur repas du soir, et c'est un gros boulot, car je dois couper les cañas (maïs ou sucre) à la machette. Ce qui prend 5minutes à Franklin me coûte toute mon énergie et environ 40 minutes de mon temps ! Enfin, j'ai progressé à la fin je le faisais en 20 minutes !

L'après midi, en général j'aide Tania mais si Franklin a besoin de moi pour s'occuper des poulets (horreur), travailler au jardin etc., je l'aide également. Je passe également un (long) moment à m'occuper des chiens. J'esaie de me limiter en termes de photos mais j'en ai pris tellement ! C'était ma pause de la journé, j'attendais ce moment avec impatience chaque jour.

A 18h, je rentre les juments au paddock. En général elles ont cassé leur fil donc je dois le réparer et préparer le champ pour le jour suivant, en compagnie des chiens qui me collent partout (il faut dire que je l'ai bien cherché) et font un maximum de bêtises (j'ai dû les sauver trois fois, car ils étaient tombés dans la rivière et ne pouvaient plus rentrer).

Ensuite, temps libre 18h- 19h, je me douche et je vais préparer le dîner lorsque Joshua, le fils de Jeannie qui est chef cuisinier, n'est pas là, on dîne, je lave (la vaisselle c'est vraiment devenu ma spécialité !) et je file au lit autour de 21h30/22h maximum.

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Voilà pour mon quotidien ! On peut dire qu'on est loin des préoccupations agrégatives. J'ai coupé complètement avec un milieu qui m'était devenu toxique, j'ai appris mille choses concrètes et directement connectées au rythme de PachaMama, la terre mère qui règne en maître en Amérique latine. Et surtout, j'ai découvert un peu de la culture des Équatoriens, grâce à mes collègues (à suivre...).

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  • EQUATEUR - MES MOTS CLES.
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--> A venir : montage de vidéos et photos prises au cours de ce voyage, sur la chanson adaptée du poème de Lorca, Verde, verde, que te quiero verde, chantée par ma copine Sarah.

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Pour moi, l'Equateur fut un coup de cœur. Voici quelques mots-clés qui donnent un rapide survol de l'expérience que j'en ai fait.

1- Le vert.

Qu'importe où se pose mon regard, le vert est omniprésent. C'est pourquoi j'ai choisi cette adaptation du poème de Lorca, ‘’ Verde verde que te quiero verde ‘’, chanté par ma copine Sarah. Le vert de l'Equateur, c'est le vert de la nature, avec laquelle les habitants vivent en harmonie. Pacha mama, la nature, la terre, les volcans bien sur comme le souligne Michaux (voir poème cité dans mon article précédent) : ces entités sont réellement celles à partir desquelles est pensé le quotidien et le monde. Le vert se décline sous toutes ses nuances, parfois bleuté (eucalyptus), parfois fluo (l'herbe pousse en abondance dans cette terre volcanique si fertile et saturée d'eau, de lumière et de chaleur), parfois ponctué de couleurs éclatantes. La nature et avec elle les animaux sont particulièrement estimés, et est nourri jusqu'au moindre chien errant. C'est un des endroits d'Amérique latine que j'ai visités le moins pollué par les déchets plastiques.

2- Eau.

Voici un extrait de panneau photographié au musée de la culture de Quito. Il explique que des vertus, des rôles, une hiérarchie, etc., étaient attribués à l'eau, selon ses formes (certains lacs par exemple étaient des lieux sacrés où seul l'Inca pouvait se baigner, permettant de renouer avec les mythes constitutifs originels). L'eau occupait une place centrale au sein de la société, et plus encore elle était l'élément ô partir duquel était organisée, géographiquement et politiquement, la cité. Cela montre bien combien l'eau occupe une place centrale dans l'organisation de la société inca : cette dimension est vraisemblablement conservée de nos jours par le peuple équatorien, et principalement dans les Andes, terre héritière de la culture inca.

Parmi ces vieilles pierres taillées par les Incas, celles du 2nd plan sont des restes de rigoles, présentes dans chaque cité inca.

C'est ainsi un véritable leitmotiv du pays pour moi. Elle est présente dans tous ses états ! Du brouillard à la pluie diluvienne, de la cascade à l'océan, des eaux thermales aux usines de filtration qui en font l'eau la plus pure d'Amérique latine (nombreux prix attribués pour cette raison). Elle est loin d'être manquante, et les habitants l'utilisent sans compter (un peu trop sans compter d'ailleurs… Les Californiens s’indigneraient devant ce gâchis !). Cependant, pour leur décharge, l'eau qui est utilisée, y compris gâchée, est ensuite récoltée et restockée dans des réservoirs où elle est de nouveau filtrée. Le cycle est continu, et véritablement très élaboré ! L'Equateur est ainsi le pays d'Amérique latine réputé pour avoir la meilleure qualité et gestion de l'eau. Il faut dire que compte tenu la quantité de volcans et de glaciers, il y a de la matière. Je pouvais d'ailleurs boire directement l'eau du robinet et n'en ai jamais été malade, y compris en pleine campagne... !

Dans la paroi, des balcons, anciennement thérapeutiques : selon leur rang, les incas pouvaient se doucher sur l'un des balcons. 
Derrière les barrières, on aperçoit un des réservoirs d'eau construits par la communauté (Cayambe) 
L'eau dans tous ses états 

Nb: mars - avril = saison des pluies. La plupart du temps, il fait donc, à la montagne, chaud le matin, puis un gros orage éclate, une pluie diluvienne (qui a entraîné de graves coulées de boue à Quito) s'abat, et d'un coup, une ou deux heures plus tard, la pluie cesse et la fin de journée est dégagée.

3- Communauté / solidarité.

Le pays fonctionne par communautés. Ainsi, dans la communauté, les habitants se réunissent d'eux-mêmes, au cours de Mingas, réunions, pour décider des travaux, des besoins, et lorsqu'un travail d'intérêt général est décidé, les habitants, par petit groupes alternant, vont eux-mêmes réaliser ce qu'ils ont décidé. Ça peut prendre du temps (la définition de l’efficacité latino ne tient pas compte de la rapidité…), mais chaque réservoir d’ eau, chaque route, chaque nouveau bâtiment, est construit par les habitants eux-mêmes, qui ensuite en assurent l'entretien. Une conséquence notable de ce système : le pouvoir est beaucoup plus localisé que centralisé à la capitale, et les élections municipales, qui se sont déroulées quand j'y étais, sont un événement très important ! Ils ne votent pas pour la droite ou la gauche, mais pour un programme très concret qui concerne directement la communauté.

4- Simplicité et joie de vivre.

C'est très cliché mais je dois dire un mot sur la gentillesse et la joie de vivre des Équatoriens ! Pour peu que l'on parle espagnol, et que l'on se montre travailleur, ils seront même franchement amicaux. Leur vie est plus simple que la notre, mais la famille, les amis, la nature, le rythme solaire, restent au cœur des préoccupations et passent avant toute chose. Lorsque quelque chose ne va pas, toute la famille et tous les amis sont présents immédiatement. Toutes les générations cohabitent pour chaque famille et chacun possède son rôle. La musique et la danse sont également très présentes dans leur quotidien.

5- Énergie.

Je ne sais pas bien comment expliquer ce sentiment, mais je dirais qu'il est lié à la force tranquille que dégagent les éléments de la nature, qui m'a tirée de ma léthargie. Car ici, rien n'est acquis. Il faut vivre, on ne peut pas se laisser porter. Avec le manque d'oxygène, par exemple, tout me coûte un effort, je sens littéralement brûler, se consumer l'énergie en moi vers l'extérieur. Pas un jour ne passe sans qu'une nouvelle idée ne naisse, une envie d'écrire, de photographier. Je recommence à lire, à construire des projets qu'aucuns qualifieront d'utopiques mais qui m'animent vraiment. Bref je redeviens moi, pleine d'une énergie que m'offre la nature et que je redistribue par mon travail à mon tour. Je ne m'étais pas sentie si vivante depuis une éternité !

' Hommage à Van Gogh ', musée de Quito. 

6- Diversité.

Diversité des paysages : en très peu de temps compte tenu la petite taille du pays, vous passez de l'océan à la montagne, ou de la ville internationale et coloniale à la fois à la forêt amazonienne, l'une des parties les plus préservées d'ailleurs car les Équatoriens en prennent vraiment soin. Et vous avez vraiment la possibilité d'apprécier et de voir le changement, puisqu'on voyage en bus ici. Au fur et à mesure de la route, on voit changer les paysages, entre continuité et discontinuité. Même le ciel est une surprise : on peut voir les constellations du nord et du sud à la fois ! Tout change, mais tout est subtilement relié.

Diversité des cultures : les métisses et les indigènes sont les deux catégories ethniques les plus représentées. Les métisses sont les descendants des colons qui se sont unis aux indigènes. Les indigènes sont descendants du peuple inca et parlent toujours quichua une variante du quechua, portent les costumes tradutionnels, les cheveux longs et tressés,etc. A part cela, on trouve bien sûr les gringos, ce sont d'abord les très nombreux américains du nord venus s'installer définitivement. Mais plus largement maintenant le terme désigne les blancs, comme moi, le terme ayant a priori perdu sa connotation péjorative (m'assure-t'on en tout cas). A ces groupes ethniques dominants s'ajoutent les descendants Noirs et Asiatiques des anciens esclaves et travailleurs.

7- Lumière.

L'Equateur s'appelle ainsi parce qu'il se situe sur la ligne équatoriale. Ainsi, le soleil se lève à 6h et se couche à 18h toute l'année, et il est pratiquement toute la journée au-dessus de nos têtes. Conséquences ? La lumière est blanche, verticale : on brûle allègrement si l'on oublie sa crème (j'ai pris un coup de soleil un jour de pluie, véridique !), et les photos sont difficiles à prendre car saturées de blanc. Le ciel est blanc plus que bleu, ajouté à l'effet brouillard, les serres de roses à perte de vue, on a ainsi un pays qui éblouit !!!

8- Nuages.

Je laisse la parole à Michaux encore une fois. Il décrit avec justesse, précision et sensibilité un des phénomènes qui m'a le plus marquée dans ce pays.

Du blanc se détache du ciel, ici et là, et descend.Voici le jeu du brouillard : il prend un arbre ici, là une montagne, un autre dans la vallée prend un mouton brun, il le fait avec grâce, lui laisse sa forme, seule la laine paraît perdue, un autre plus loin prend trois eucalyptus, mais très peu après, tchip!.. on les revoit, on les retrouve, les revoilà, le troisième déjà presque entier, et au delà à droite, un qui va être pris, un autre derrière qui en revient à l'instant, qu'on regarde tout ému.Les plus légers brouillards cachent une cuadra ou deux de cannes à sucre, ou un jeune arbre encore blanc.(...) Ces brouillards portent et apprennent singulièrement à regarder, attendrissent notre regard, attendu donc que le visage de la nature et du minéral même n'est pas si dur ni si inébranlable qu'on le connaissait, mais faible, désemparé (...), et ainsi on les suit avec sympathie. Il y a aussi le petit nuage collant. Il reste dans un trou tout le jour, ou se tapit dans un coin de pâturage, et il suce une brebis, à fond.

" Les nuages ne sont pas tous plus hauts que nous " ; " Qui n'aime pas les nuages, qu'il ne vienne pas à l'Equateur " (Michaux). 
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Bref, l'Equateur est une des régions les plus stables et avancées d'Amérique latine. La corruption y est moins sensible, les mentalités sont extrêmement ouvertes (bon le statut de la femme est encore à revoir à mon avis, je ne compte pas les réflexions sexistes entendues de toute part…) et généreuses.

Je me souviendrai de cette synesthésie qu'a éveillé en moi le pays : des goûts, des couleurs, des sons et bruits, du contact, des odeurs.

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Un matin ordinaire.

Le sol roule

Sous ses puissants sabots.

Triple galop

Une pensée

Si je tombe…

L'adrénaline m'interrompt. Je ne pense plus. Je vis.

Comme un film en accéléré

Dont la couleur aurait été trafiquée

Des bandes de vert entrecoupées de blanc défilent.

Le chant du coq sature

L'espace du silence

Bravant le mutisme du stoïque volcan régnant en chef.

Un chien aboie. L'autre lui répond. Et ça ne s'arrête pas. Le bruit des voitures. Le cri des bébés. Des enfants. Des adultes qui se hèlent. Le galop. Le galop.

J'abandonne. Il n'y a plus de temps. Plus d'espace. Juste des sensations. J'éclate de rire et me penche en avant. Plus vite !

Je me souviendrai de toutes ces personnes qui m'ont accueillie alors que je ne savais rien, qui m'ont transmis quelque chose, chacun à sa manière.

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Et puis il m'a fallu partir...

Partir, c'est mourir un peu, je pensais ça, avant : mais non, c'est plutôt sentir pulser la vie en soi, faite d'attaches qui se tendent et se palpent dès l'instant où l'on cherche à s'en défaire. J'ai une nouvelle maison à présent, une maison de campagne.

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  • Du 10 FEVRIER AU 26 MARS : VISITES PONCTUELLES.

Chaque semaine, les mercredi et jeudi, je suis libre donc j'en profite pour explorer les environs de Cayambe.

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1- QUITO.

Mais Quito! L'étouffement même.

Le globe terrestre s'est haussé là. Il est parvenu à pousser à 2 860 mètres, non point une montagne mais une vallée. A 2 860 mètres.

Dans cette vallée: Quito.

Cette vallée, tenue par des montagnes et des volcans, ne serait pas tellement étroite. Mais on l'a bouchée.

Les Incas (stratégie ou culte ou par on ne sait quel intérêt) firent une montagne artificielle, le Panecillo, et le Panecillo bouche la vallée, hermétiquement, refuse l'horizon.

- Mais enfin, direz-vous, il y a les rues...

- Mais le Panecillo est toujours au bout. Le Panecillo du torticolis ".


H. Michaux

Quito est une des plus belles villes d'Amérique latine que je connaisse jusqu'à présent. Le centre historique (colonial) est le mieux préservé du continent sud-américain d'ailleurs, avec Cuenca : ils sont tous deux classés au patrimoine de L'UNESCO. Le jugement qu'en fait Michaux est, à mon goût bien sévère... On respire plus qu'on y étouffe.

On y trouve beaucoup d'églises et lieux religieux, des jolies rues artisanales très colorées, bref une ville qui garde un côté latino authentique tout en se parant, plus discrètement et subtilement que d'autres, des couleurs uniformisantes de la ville-monde.

NB : Quito est en hauteur, il y fait assez froid la nuit, et les efforts physiques vous coûtent rapidement votre souffle.

J'ai passé deux jours (les jours de repos de ma deuxième semaine) seulement à Quito. C'est trop peu, je recommande d'y passer plus de temps.

* Jour 1 :

Promenade dans le centre historique, place centrale, j'ai tout simplement suivi le circuit proposé par l'office du tourisme (situé sur la place centrale), tracé sur une carte qu'ils m'ont donnée.

La Virgen del Panecillo.

J'aime beaucoup la Virgen del Panecillo (le mont Panecillo est vivement blâmé par Michaux dans son carnet de voyage, voir citation ci-dessus, mais je ne suis pas du tout d'accord, ce mont ne ‘’ bouche’’ pas la vue au contraire pour moi il met de la perspective). On la voit systématiquement au bout de chaque rue puisque celles-ci sont des lignes de fuite continues, en quadrillage. On peut y monter par le téléphérique mais je ne l'ai pas fait. Je me suis contentée de l'admirer sous toutes ses coutures !

Rue de la Ronda.

La rue commerçante / artisanale de la Ronda vaut le coup d'œil aussi, il y a de nombreux ateliers qu'on peut visiter, notamment de fabrique des ‘’ Panamas ‘’ : malheureuse que je suis il faut appeler ces fameux chapeaux ‘’ sombreros de paja ‘’, chapeaux de paille, car le Panama a été inventé en Equateur qui le fabriquait pour les ouvriers du canal de Panama. Aujourd'hui, le nom prête à confusion et en Equateur on déteste ça !

Le seul parc que j'ai fait cette fois-ci est El Ejido, et c'est petit mais très fréquenté des habitants. Très joli parc.

* Jour 2 :

Je suis tout d'abord montée tout en haut de la basilique pour avoir un beau point de vue sur la ville, et en effet ça vaut le coup. Cependant, quand on a le vertige ce n'est pas l'endroit le plus agréable !

Ensuite, je visite le beau monastère San Francisco, l'un des plus grands d’ Amérique latine. Son jardin est luxuriant et vraiment bien entretenu.

Monastère San Francisc 

Je passe après cela par le musée de la culture équatorienne. L'on y apprend beaucoup sur le métissage des cultures, et sur les savoir-faire ancestraux, notamment. Une exposition temporaire de peinture latino-américaine m'a beaucoup plu !

Musée de la culture équatorienne 
  • En conclusion

Quito est une belle ville, j'aurais aimé y passer plus de temps, à la différence de Bogotá. Elle est fascinante, calme là où La Paz, sa plus proche cousine, est débordante d'agitation, sûre d'elle. C'est une ville où il fait bon vivre à mon avis, ni trop occidentalisée, ni trop en bazar, elle offre une acclimatation idéale à la culture latinoamericana.

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2- QUITSATO - MITAD DEL MUNDO.

C'est bien là, dans ce petit bled perdu à une heure de Quito, et non à Quito même, que passe le fameux point 0 (mesuré officiellement par l'armée !). C'est un petit site / musée en plein air qui est aménagé. L'entrée vous coûte 2 dollars, et une sorte d'énorme horloge solaire au sol avec un poteau projetant son ombre pour donner l'heure constitue le site. Le tout entouré de montagnes, au loin, mais avant celles-ci, au premier plan, ce sont des plaines qui s'étendent à perte de vue et qui font que le site est dégagé, à la différence de tous les autres sites où passe la ligne. Un guide vous explique tout, et ça vaut le coup car c'est compliqué de comprendre physiquement, astronomiquement et météorologiquement ce qu'il se passe ici. De plus, il explique comment les Incas avaient organisé leurs sites à partir de la ligne équatoriale : oui oui, eux aussi l'avaient calculée ici, et utilisaient le système d'horloge solaire. Sauf qu'ils n'avaient pas d'ordinateur pour calculer… ! Ils ont toujours un train d'avance ceux-là, peut-être est-ce pour ça que les Colons ont décidé de les massacrer en faisant croire qu'ils étaient incultes ? Tout serait affaire de complexe d’infériorité ? Comme un air de déjà vu… Bref, on fait rapidement le tour, mais j'ai aimé cette visite. A la fin on peut acheter un petit kit avec toutes les explications, tant pour s'en souvenir que pour soutenir le projet de Quitsato : parce que les touristes ne savent pas forcément que le site de Quito est un faux site, et Quito ne dit rien à ce sujet, alors les chercheurs de Quitsato se battent pour faire connaître leur légitimité scientifiques à posséder le seul monument de la Mitad del Mundo.

au centre, la ligne équatoriale 

Comment se rendre au site de Quitsato ?

Pour y aller de Cayambe c'est le bus Flor de Valle, le même que celui qui va à Quito. Bien surveiller l'arrêt Quitsato (il y a un arrêt officiel, mais sans nom dessus donc il faut regarder les panneaux, le site est à gauche en allant vers Quito) car le bus ne s'arrête pas si vous ne vous levez pas.

Et au fait, on paye le bus après être monté, au monsieur qui passe dans les rangs, voir en sortant, directement au conducteur dans ce cas, mais pas en montant. Et c'est très pratique ! Excepté a priori à Guayaquil et Quito même, dans les bus de ville, c'est comme chez nous, on paye en montant ; et bien sûr pour les longs voyages où l'on prend son ticket au guichet du terminal.


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3- OTAVALO.

Le bourg d'Otavalo.

Mon gros coup de cœur. Pas très original j'en conviens, c'est une ville très prisée des blancs. Et oui, c'est petit mais il y a toutes les commodités, c'est très authentique (population principalement indigène, art traditionnel, marchés très typiques, propre, jolie) et c'est vraiment à deux pas de très beaux sites. A peine sortis de la ville, vous voilà dans la nature luxuriante : cascade de Peguche, lagunas de San Pablo et Cuicocha, parc du Condor, pour ne citer que quelques sites fameux.

Le matin, nous visitons le bourg, le marché coloré et traditionnel de la plaza de los ponchos (l'endroit où l'on achète les souvenirs, mais il faut négocier ferme), quelques églises.

On déjeune dans un endroit où l'on nous sert le plat typique, avec notamment les tortillas de papas con queso dont je raffole (mais que c'est gras !). Puis direction Peguche et San Pablo.

Cascade de Peguche.

C'est à 10 min en bus, lorsque nous arrivons l'endroit est désert et jonché de confettis et débris d'œufs. Pour cause ! Hier c'était le carnaval, et c'est l'un des endroits où il est le plus célébré du pays (alcool à flot, l'on se lance des ballons d'eau, des œufs et de la farine dessus, en privilégiant les gringos comme cible). Et le lendemain évidemment tout le monde s'en remet, donc personne ne travaille. Et la cascade normalement saturée de touristes et d'attrape-touristes par conséquent est absolument déserte.

Une fois sur le site, on doit marcher environ 15 minutes dans la forêt. Le bruit de l'eau accompagne vos pas et le grondement de la cascade se rapproche progressivement. Et voilà, elle se dresse devant nous ! On peut l'observer depuis le pont qui traverse la rivière, ou s'approcher sur un gros rocher glissant duquel vous ne manquerez pas d'être trempé jusqu'aux os.

Puis la balade continue et vous permet de rentrer à pied à Otavalo (ça descend !).

J'ai vraiment aimé cet endroit, c'est très intime, très simple et beau à la fois. Ça se couple bien avec la visite de la ville !

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4- LAGUNA DE SAN PABLO.

Après Peguche, nous prenons un autre bus au terminal d'Otavalo pour aller jusque San Pablo, à 30 minutes d'ici. Encore un très bel endroit ! La lagune, première d'une grande famille, s'étend au pied du volcan. L'on ne peut pas faire grand chose (balade en bateau possible mais c'était fermé ce jour-là) si ce n'est s'asseoir et embrasser d'un seul coup d'œil l'ensemble de la vue. J'en garde un souvenir ému de paix et de sérénité !

Légères pourtant doivent être tes eaux.

Mais comme tu es sombre.

Les lacs, d'ordinaire, pourtant sont joie,

Portant barques et rires,

s'entourent de maisonnettes.

Mais toi, comme tu es sombre ;

A une hauteur de mille deux cents mètres,

Là où si roses on s'imagine que devraient être les lacs qui réussissent.

Mais tu es sombre, et même tu es bas.

Il t'écrase l'Imbabura.

Il te domine, il t'humilie.

Part immédiatement de ton bord,

Pour le haut,

Pour tellement plus haut,

Parce qu'il est une grande montagne (sans compter qu'il est un grand volcan).

Il te dit : "Puits !" Il te dit : "Orteil !"

Il se colore au sommet, lui,

Ne te laisse que la mesure de son ombre.

Oh triste, oh sombre !

Oh lac couleur d'anguille ! "


H. Michaux.

Encore une fois, notre poète est bien sévère envers ce beau lac. Mais il est vrai que l'étonnante sérénité qui se dégage de ce lieu peut-être liée a son humilit acquise au fil des ans à force d'être écrasée non seulement par le volcan qui la surplombe mais aussi par ses majestueuses et éblouissantes lagunas voisines. Cette lagune, pour moi, tire sa beauté de l'ombre et du silence. Elle inspire une sorte de mélancolie qui ne va pas sans rappeler le romantisme de Lamartine, cette douleur ressentie face au sentiment du temps qui coule (or celui-ci est clairement en intertexte chez Michaux dans ce poème, il est presque textuellement cité dans le dernier vers...).

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5- COTACAXI.

Bus d'Otavalo à Cotacachi. Le bus passe par le point de départ pour la lagune de Cuicocha, notre destination finale, mais nous avons été d'abord jusque Cotacachi (plus loin), pour voir la ville et petit déjeuner avant de revenir sur nos pas pour faire la balade. Je n'ai pas aimé du tout, nous n'y sommes restées qu'une heure en tout ! Ville peuplée d'américains du nord retraités qui restent entre eux, qui ne parlent ni ne comprennent l'espagnol et mangent des hamburgers, je préfère la Californie à choisir ! Bon c'est un peu sévère, je devrais apprendre à connaître le lieu pour le juger ainsi. Mais une impression de faux me reste sur le cœur, je ne ressens pas l'Ecuador vibes… La seule chose que j'aime, malgré le coût faramineux de ces objets, c'est le travail artisanal du cuir qui est le propre de la ville. J'admire les selles, les brides, les bottes. Ce sont des objets d'art plus qu'ils ne sont pratiques, mais l'on ressent la racine commune, oubliée à l'ère de la surproduction, entre les termes ’‘art’‘ et ‘’artisanat‘’.

De Cotacachi on reprend le bus pour revenir en direction d'Otavalo, et l'on descend au bled d'avant Cotacachi pour prendre un taxi conduisant jusqu'au point de départ de la balade autour de la merveilleuse lagune de Cuicocha.

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6- LAGUNA DE CUICOCHA.

Cette lagune se situe cette fois non pas au pied du volcan mais au cœur même du cratère ! L'on n'est à ce sujet pas sûr que le volcan soit éteint. Mais pour l'instant l'activité détectée est minimale, il est en tout cas clairement au repos. L'écosystème y est tout de même très particulier, et lorsque l'on traverse en bateau la lagune (possible en saison pour faire le tour de l'île qui est au centre), l'on peut voir apparemment des bulles liées aux émissions de souffre de notre ami Cuicocha. D'ailleurs, pour la petite histoire, je crois que en Quichua (variante différente du Quechua) le nom signifie quelque chose comme ‘’mer de sang’’, c'est là qu'étaient jetés les corps des ennemis. C'est un lieu sacré, donc il y a plein de sanctuaires tout autour.

Le sentier fait le tour de la lagune il est facile (mais ça grimpe) et on peut faire le tour en 6h environ. Nous avons fait la moitié seulement mais quelle vue ! Le bleu est soutenu, les courbes de la montagne sont harmonieuses et rondes, d'un vert doux. Les papillons et colibris mènent la belle vie ici. La balade est géniale malgré une chaleur de plomb (on est très haut et il n'y a pas de nuages ce jour-là !). Un de mes beaux souvenirs !

Il vaut mieux venir en taxi car la route qui va du village au cratère est très fréquentée par les voitures il n'y a pas d'aménagement piéton et elle n'a pas trop d'intérêt quant à la vue. Et marcher 3h dans ces conditions, c'est juste se fatiguer avant d'avoir commencé la balade ! N'hésitez pas à demander au taxi de revenir à une heure précise au point de départ pour vous redescendre et vous pourrez négocier un prix avantageux.

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7- LAGUNAS DE LA MOJANDA.

Cette fois, ce sont 3 lagunes pour le prix d'une. Elles sont également dans un cratère, mais celui-ci est si grand que peu à peu la lagune s'est asséchée par endroits et il y en a donc 3 plus petites parmi lesquelles une multitude de chemins s'est développée.

Trois lagunes donc, une minuscule, en cours d’assèchement, une moyenne et une très grande.

Y aller ?


Il faut aller soit à Otavalo soit à Tabacundo. De là, il vous faut trouver un taxi sérieux (la mission pour ma part, mais celui que j'ai finalement trouvé m'a vraiment sauvé la vie) qui accepte, pour 25 dollars, de vous conduire au cratère et de vous attendre le temps de la balade. Ou bien vous pouvez demander juste l'aller pour environ 15 dollars, si vous voulez rester longuement, pour camper, c'est aménagé.


En tout cas, il n'y a pas de bus pour monter. Donc c'est en taxi, à cheval (énorme hacienda au pied du sentier de départ) ou à pied (ce sont 3h de marche, mais la route est sympa donc ça se fait bien). Une fois sur le site, beaucoup de randonnées sont possibles.

* Dans le cratère.

Aussi déchiquetée que les courbes de Cuicocha étaient harmonieuses, la montagne est noire, baigne dans le brouillard et se dessine sombre et dentelée sur le blanc. L'ambiance est froide, mystérieuse. Il n'y a que le silence.

Étant donné que le chauffeur du taxi m'attendait, puisque c'est 40 minutes de route difficile, il préfère attendre que faire l'aller-retour deux fois, je lui propose donc de venir se balader avec moi. Il accepte et s'improvise guide. Il me montre quelques beaux points de vue (vertigineux), me donne quelques informations, notamment sur la faune et la flore. Un moment super ! Quand je pense que j’'ai croisé ce taxi au moment où j'allais renoncer car tous les autres voulaient m'arnaquer (50 dollars au lieu de 25!). Vraiment il m'a offert une balade d'une très grande qualité. J'ai adoré le côté sauvage déchiqueté de ces lagunes.

Trouver un taxi fiable

En tournant le dos à l'église, longer la route qui passe devant en allant à gauche, et au premier angle à droite il y a l'agence de taxis qui est très sérieuse, la ‘’ Y ‘’ (la ‘’ i griega ‘’).

Los Biscochos de San Pedro, Cayambe.

Los Biscochos sont la spécialité de la région de Cayambe. En rentrant, je me suis arrêtée sur la panaméricaine pour manger la spécialité locale : les biscochos, sorte de biscuits / biscottes qui se dégustent avec une sorte de caramel (dulce de leche) et la hoja de queso (fromage frais roulé dans une feuille). J'ai été dans le meilleur et historique atelier de confection de biscochos, recommandé par le routard : los biscochos de San Pedro. On peut voir l'atelier de confection, le café y est très bon, et c'est petit budget. Mais le personnel est peu loquace !

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  • Du 27 MARS AU 1er AVRIL : EN ROUTE POUR LE PEROU.

La deuxième partie du voyage commence. Mon volontariat s'achève, je rentre le 10 avril aux USA et je veux absolument voir un peu du pays avant de partir, même si je suis séduite par la montagne j'ai envie de connaître les richesses que m'offre mon pays d'accueil. Alors je pars.

J'ai rarement ressenti ce déchirement : j'étais seule, dans un pays inconnu. Et je me suis fait des amis. Une famille d'accueil. Je m'y suis attachée de toutes mes forces. D'inconnus, ils sont devenus mon quotidien, ils étaient tout ce que j'avais ici. Alors vraiment, ce fut douloureux de s'extraire de cet endroit si pur, si sain, où mon quotidien quoique physiquement éprouvant était si facile de régularité. Que de rires et de larmes à la fois le jour du départ ! J'ai même pleuré en disant au revoir aux poules, que je détestais pourtant. Bref si j'avais pu m'enfuir sans dire rien à personne c'eût été plus simple.

Me voici donc partie pour un itinéraire que j'ai sagement et intelligemment (sisi !) construit afin de voir des choses différentes et représentatives tout en gagnant progressivement le Pérou d'où je prends mon vol pour la Californie.

Au programme :

Baños (entre la montagne et l'Amazonie, porte d'entrée de la forêt) ; Puerto Lopez (côte, Isla de la Plata qui offre une pseudo-alternative aux Galápagos que je n'ai définitivement pas les moyens de visiter cette fois-ci) ; Cuenca (3e grande ville du pays, dans la montagne, centre historique classé au patrimoine de l'Unesco, tout le monde m'en parle, proche du parc de las Cajas) ; Pérou (article suivant).

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1. BAÑOS : 27-28 MARS.

De Quito à Baños, il faut prendre le bus au terminal Sur (Quitumbe) pour Baños. Il y a 3h30 de route, ça coûte environ 4 dollars, et il y a je ne sais combien de bus par heure.

  • Jour 1.

Une fois au terminal de Baños, je gagne très facilement à pied mon auberge (pas besoin de prendre un taxi la ville est petite et tout est à environ 10 minutes de marche !).

Très bonne adresse, petit hostal familial avec un personnel compétent qui vous conseillera très bien : Hostal Princesa Maria, dans la rue Rocafuerte quand on monte vers le Mirador de la Virgen.

Une fois installée, il est 4h de l'après-midi : je m'empresse d'aller jusqu'au mirador de la Virgen (600 maches, ça monte dur mais la vue est sympa. Si vous avez plus de temps le mirador de l'autre côté, Bella Vista, est plus haut et la vue est mieux paraît-il, mais celui ci m'a bien plu).

Ensuite, direction les eaux thermales de la Virgen. Il y a plusieurs piscines dans la ville mais celle-ci est la plus connue, et pour cause : les bassins sont directement au pied de la cascade. L'eau est trouble, car elle vient directement du volcan. Il ne faut pas y rester trop longtemps à cause du souffre ! Les bassins, répartis sur deux étages (NB : utiliser les cabines d'en haut et vous pouvez laisser gratuitement en consigne vos affaires), alternent entre eau froide, tiède, chaude et très chaude. Personellement je n'ai pas pu rentrer plus qu'un doigt de pied dans le bain très chaud. Apparemment, il faut d'abord aller dans le très froid puis direct se plonger dans le très chaud (en bas) : certains mettent même la tête sous l'eau, je ne sais pas comment ils font. En haut, le bassin surbondé, à 38 degrés, en plein air au pied de la cascade, est plus qu’agréable mais… Des enfants qui chahutent, des jambes qui vous heurtent constamment, pas d'espace : les gens ne respectent pas le fait qu'il ne faut pas y rester trop longtemps et il est vite saturé. L'eau est changée 2 fois par jour. Il y a enfin un bassin d'eau froide où l'on peut nager, en haut également.

L'entrée est de 3$,bien aller jusqu'à la cascade car il y a une première entrée, pour 6$,qui est pour la piscine normale (jeux aquatiques, sauna, hammam, bassins de natation, mais pas d'eaux thermales !).

à droite dans la montagne : la cascade, venue tout droit du volcan, tombe directement dans les bains aménagés de la Virgen.  

A mon avis l'expérience est à tenter malgré la possible suraffluence, ne serait-ce que pour le plaisir du paysage !

  • Le lendemain.

A l'heure d'ouverture du magasin de vélo, 8h30 après un bon petit dej, je file louer un vélo et faire ce que j'attends avec impatience : la ruta de las cascadas.

Environ 20kms, 3h30 en tout en incluant les pauses, les marches jusqu'aux cascades, et le retour en camionnette, cette route est un incontournable à mon avis. J'ai eu la chance, il faut dire, d'y être hors saison touristique, et j'étais ainsi seule sur les sites.

Le hic : route très fréquentée par les voitures et camions qui ne ralentissent pas d'un pouce en vous doublant.

Cette route descend presque tout du long (environ 3 montées). Elle vous fait passer du centre de Baños, entouré de montagnes volcaniques, aux portes de la forêt Amazonienne à Rio Verde. Et tout du long, vous suivez la rivière avec une vue constante sur la vallée luxuriante et parsemée de cascades très impressionnantes et élégantes. Le clou du spectacle est la fascinante cascade del Pailon del Diablo.

Ruta de las Cascadas 
Ulla 
Manto de la Novia 

En général, il faut payer 1 ou 2$ l'accès à chaque cascade, et vous laisserez votre vélo pour marcher un peu jusqu'à celles-ci. Le long de la route, il y a mille activités sportives à sensations plus ou moins fortes possibles.

Pailon del Diablo 
Pailon del Diablo 


Après avoir vu, sous TOUS ses angles (puisque l'on commence par la voir de tout en bas, puis on monte sur des balcons thérapeutiques en pierre à différents niveaux pour finalement, après littéralement avoir rampé sous la roche, arriver au dernier balcon humide sous la cascade-humide est un euphémisme !- et ensuite redescendre sur un pont suspendu vous permettant de la voir de face (nb : le pont d'au-dessus et sur un autre site)) cette impressionnante cascade, il faut rentrer au parking à vélos pour y prendre une camionnette qui vous ramènera à Baños.

Faire la route du retour à vélo est possible mais franchement pas conseillé. Déjà, ça monte énormément. De plus, les voitures ne s'attendent pas à ce que des vélos soient sur leur route dans ce sens là et vont vraiment plus vite. Enfin, c'est le même paysage mais comme la vallée est à droite à l'aller vous ne le verrez pas au retour…


Rentrer à Baños en camionnette : 12$ à diviser selon le nombre de personnes qui montent. Maximum 6 personnes donc au mieux 2$. Hors saison, vous pouvez attendre longtemps que la camionnette se remplisse ! Les camionnettes se situent sur le bas-côté de la route, côté vallée, juste à côté des restaurants en haut du parking.


L'entrée du site de la cascade est en bas du marché couvert qu'il vous faut traverser. Vous ne paierez que bien plus bas les 2$ pour voir la cascade.

Une fois rentrée à Baños, je prends un bus pour monter jusque la Casa del Arbol, qui est un mirador connu sur le volcan et aussi de là où l'on peut faire la balançoire très connue qui vous balance au-dessus du vide (1$ bus aller, 1$ balançoire + mirador, 1$ retour). Il y a plusieurs sites ‘’ casa del árbol ‘’, je suis allée au plus haut mais ce n'est pas le site ‘’ officiel ‘’ qui se situe un peu avant (même bus, demander au chauffeur où il faut descendre).

La Casa del Arbol et sa fameuse balançoire 

Et voilà, épuisée, je rentre récupérer mes affaires pour un long voyage de nuit en bus jusque Santa Elena (nom du terminal terrestre régional proche de Salinas, ce n'est qu'une gare, pas un lieu touristique : on y prend tous les bus qu'on veut pour la côte, pour les petites destinations régionales ainsi que les grosses villes du pays). De là, à 6h du matin quand j'arrive, je prends un autre bus jusque Puerto Lopez sur la côte (après Montañita), ma prochaine étape.

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2. PUERTO LOPEZ ET LA ISLA DE LA PLATA : 29-30 MARS.

  • Pourquoi Puerto Lopez ?

Premièrement, je voulais, après 2 mois en montagne, voir la côte pacifique. Ce petit port est réputé assez authentique, tranquille, et plein de charme car niché dans une jolie anse. Je ne suis pas vraiment séduite par le lieu, mais bon, c'est vrai que c'est assez représentatif de la vie quotidienne des habitants de la côte. Les routes ne sont pas bétonnées à part l'axe principal et les habitants vivent de la pêche, de l'artisanat, du tourisme. Car tourisme il y a ! C'est la raison principale de ma venue ici, Puerto Lopez est le point de départ pour l'Isla de la Plata, une réserve naturelle qui, soit disant, serait une alternative aux Galápagos pour ceux qui ne peuvent dépenser 500 dollars pour voir les merveilles de la faune et la flore des fameuses îles. Je pense que malgré le charme indéniable de cette île très riche quant à ses fleurs et ses animaux l'appellation est un peu abusive, à visée marketing sans aucun doute. Mais j'ai vraiment aimé en tout cas !

Puerto Lopez 

  • Jour 1 : Puerto Lopez, repos et plage.

J'ai choisi un hostal en bord de mer, car elle m'a manqué celle-ci ! Et je ne regrette pas. Le soir, je vais marcher dans l'eau alors que le soleil se couche.

Et le matin réveillée comme toujours à l'aube je vais voir le lever cette fois, alors que la forêt verdoyante est noyée dans la brume et que les formes des rochers se dégagent progressivement du trouble.

soirée 
au matin 
 ces pélicans volent tous en ligne, systématiquement, on dirait qu'ils dansent. Ils suivent tous simplement le  vent !
je voulais aussi aller en bord de mer pour déguster un bon ceviche, je ne me suis pas privée !! 

De ma chambre, j'entendais l'océan ! C'est un vrai spot de surf et je ne regrette pas, malgré l'ambiance excluante pour ceux qui ne pratiquent pas le sport, d'avoir choisi la proximité de la mer plutôt que de la ville (je suis obligée de prendre le bus, 20 minutes, pour aller au bourg). Sans compter que je me suis fait des compagnons de route avec qui je vais visiter l'île, deux Allemandes et un Estonien, et ça m'a fait du bien de m'extraire de ma solitude.

  • Jour 2 : Isla de la Plata.

On ne peut visiter qu'avec une agence (elles abondent sue le front de mer et proposent toutes la même prestation).

Ça coûte 35$ la visite.

La visite se déroule comme suit :

  • en bateau pendant 1h30 jusque l'île (vous croiserez peut-être, comme moi, des baleines, ou des dauphins ! Dans ce cas le bateau s'arrête !)


  • sur l'île, il y a des toilettes ; vous débarquez sur une crique, et ensuite vous partez pour une marche commentée par le guide pendant 2h (choix entre chemin qui monte et chemin des falaises, on ne voit pas les mêmes oiseaux ni paysages, j'ai choisi les falaises et j'ai vraiment aimé). Il y a beaucoup de plantes médicinales, pourvues de vertus spécifiques (gomme, fleurs vitaminées…), comestibles. On croise des bernard-l'hermite, des caméléons, des oiseaux à pattes bleues, et des Frégates, dont le mâle pour séduire la femelle gonfle une membrane sur son cou qui est d'un rouge-orange vif (on les voit mieux sur l'autre chemin mais on en a vus quand même). Sans compter des dizaines de papillons. Le guide explique que lorsqu'il ne pleut pas (et ça peut être un très long moment sans pluie) l'île est privée de toute verdure, j'ai peine à le croire car c'est très verdoyant pour nous !
Oiseaux aux pattes bleues 
Frégates 


sur l'île, des fleurs et des oiseaux principalement : une vraie palette tant les couleurs sont variées.
  • Après la marche nous retournons au bateau et là des tortues (auxquelles les guides jettent un peu de nourriture pour qu'elles s'approchent) nous tournent autour.
  • Pic-nic (fruits, coca ou eau, deux petits sandwichs, gâteau à la banane)
  • Dans une petite crique, on peut se mettre à l'eau. On nous prête masque et tuba et à nous l'exploration d'une barrière de corail blanc et ses poissons multicolores. Les plus chanceux verront des tortues également ! L'eau est fraîche mais vu la chaleur ça fait du bien de plonger. On y passe environ 1h. Puis retour à Puerto Lopez vers 3h30 /4h.

Allez,c'est à nouveau le temps de repartir ! Direction Cuenca. Mais j'ai été un peu optimiste à ce sujet… Il faut que je prenne le bus, qu'on attend sur la route principale (la E15, sur cette route passe le bus qu'il faut prendre et par ailleurs c'est le seul bus hors bus touristiques qui passe, il dessert Puerto Lopez dans un sens, Montañita et Santa Elena dans l'autre et passe toutes les 20 minutes, pas d'erreur possible), jusque Santa Elena. Mais là-bas, surprise, aucun bus direct jusque Cuenca ! Je dois passer par Guayaquil, la 2e grande ville du pays, et prendre un bus pour Cuenca à 11h du soir qui me fera arriver à 3h30 du matin… Mauvais ! Alors je prend en hâte une chambre dans un hostal familial proche du terminal à Guayaquil et je diffère mon voyage à Cuenca pour le lendemain matin. Les aléas de la route... !

  • L'auberge à Guayaquil :

Tenue par une très jeune gérante qui vient d'ouvrir, c'est une maison d'hôte / hostal. Formule idéale, pas chère, et la jeune fille est plus qu’agréable. Très compétente, elle conseille tant pour la ville (ça ne me concerne pas mais elle a plein de doc !) que pour tout le pays. Elle a séjourné comme volontaire en France et en Europe, et son auberge est bien placée, bien tenue simple et efficace (pas le grand luxe mais tout le nécessaire pour des backpackers).

Je recommande : Casa Famililal Gye à Guayaquil, 10 minutes en transport du terminal terrestre.

  • Un tout petit mot sur Guayaquil :

Les habitants de cette ville ont pour réputations d'être snobs, très (trop) fiers de leur ville portuaire et internationale (le déplaisir de revoir l'enseigne Macdonald pour ma part est pour eux une fierté). Je dois avouer qu'à part la gérante de l'auberge, tout le monde a été exécrable avec moi. Chauffeurs de taxi, de bus, passants à qui je demandais mon chemin… Pas eu envie de m'y attarder.

  • 31 mars au matin, de Guayaquil à Cuenca: 8$, départ immédiat, à 8h du matin je suis dans le bus.

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3. CUENCA : 31 MARS - 2 AVRIL.

3e ville du pays, Cuenca est une étape importante sur le chemin de l'Inca (route des anciens messagers) entre Cusco et Quito. Site préalablement Cañari (communauté matriarchale, XIIIe s environ), puis Inca, puis bien entendu haut-lieu du colonialisme, la ville est caractérisée par la beauté de son centre historique colonial extrêmement bien conservé.

Les rues sont magnifiques : façades à balcons et colonnes colorées et fleuries, peintures de rue, bords de la rivière, multiples églises, dont l'énorme cathédrale à la fois en brique et aux domes bleutés, parc Calderón central possédant en son centre 8 énormes arbres, etc. C'est un plaisir de se promener dans les rues (tout se fait à pied), de dénicher des petits restaurants délicieux et pas chers, de faire des musées très intéressants, etc. Vraiment une ville à découvrir !

  • Jour 1 : Cuenca.

Le 31 en arrivant, il pleut un peu. Je décide de visiter à pied le centre historique et les bords de la rivière. Et je ne regrette pas, car le soleil perce et la lumière est magnifique après la pluie !

Mon hostal : Hostal Latina : joli, simple, pas cher alors que j'ai une chambre privée, central, calme. Il est parfait ! J'y reste 2 nuits car je sens qu'il faut que je me repose et mon prochain trajet va être éprouvant alors je me pose un peu avant d'enchaîner avec la frontière péruvienne.

Autour de Cuenca, deux sites majeurs : le parc de las Cajas, une merveille apparemment mais le temps est trop mauvais on ne peut le faire que quand il fait beau or en ce moment c'est la saison des pluies… La prochaine fois ! ; le site archéologique d'Ingapirca.

  • Jour 2 : Ingapirca ; Cuenca.
  1. Ingapirca.

Y aller :

Il n'y a que 2 bus par jour, un le matin et un l'après-midi. J'ai pris celui du matin, à 9h (et l’autre, l'après midi, est à 13h je crois mais à vérifier) au terminal terrestre de Cuenca. Retour 13h30 et 16h30. Ticket AR : 7$. Entrée du site (incluant le guide) : 2$. Environ 2h de route en bus.

Site à la fois Cañari et Inca, dans la montagne, Ingapirca est le plus grand site archéologique d'Equateur.


Site d'Ingapirca. Au fond, le bâtiment correspond à l'ancien temple du Soleil inca. Les ruines les plus proches sont cañaris.
  • Le site.

Le site voit coexister la culture cañari et la culture inca. Les Incas se sont appropriés progressivement le site pour en infléchir à leur manière l'architecture, les lieux de culte, etc.

  • Culture cañari.

On trouve parmi les restes cañaris un espace ouvert énergétique, c'est-à-dire que le lieu a été construit suivant les courants telluriques et énergétiques qui passent précisément là. Un élément qui le prouve ? Le climat change à tout instant, vent, pluie, soleil. Sur tout le site bien sûr, pas juste en cet endroit précis, mais la ligne énergétique passe par cette esplanade, comme l'ont constaté les Cañaris en observant la météo, les phénomènes physiques et chimiques, les astres.

  • Culture inca.

Les Incas ont ensuite construit leur temple du Soleil selon la ligne equinoxiale qui passe… Par le lieu tellurique cañari ! Par exemple on trouve une pierre, dans l'alignement avec la montagne et le soleil le jour de l'équinoxe du 21 juin, qui a été placée là par les Incas afin de pouvoir déterminer l'emplacement du temple du Soleil.

Le temple du Soleil :

Il est évidemment voué au culte du Soleil, il est construit avec une pierre différente des autres monuments Incas. Il n'y a pas de ‘’ ciment ‘’ (à l'époque mélange de boue et de paille) entre les pierres, elles sont taillées selon leur forme naturelle de façon à s'emboiter paefaitement. La pierre est très verte.

On voit ici la couleur et le taillage grossier de la pierre pour les infrastructures "ordinaires" ...
... face à la forme et la couleur des pierres, parfaitement ajustées, utilisées pour le Temple du soleil. 

Les Incas taillent les pierres, à la différence des Cañaris. On peut voir ci-dessous des pierres pour soutenir les troncs servant aux charpentes des maisons ; d'autres pour la circulation de l'eau ; d'autres enfin pour mettre la tête des animaux sacrifiés.

  • Sur le site, on voit également des plantes très connues pour leurs vertus. Une plante par exemple possède les mêmes propriétés que la feuille de coca : elle aide à lutter contre le mal des montagnes. D'une autre plante qui ressemble à un cactus on extrait une sorte de fil très résistant utilisé par les cañaris pour faire du tissu ou accrocher des choses solidement, mais aussi comme matériau en guise de bois (avant que les colons n'apportent des arbres il n'y en avait pas !) ; et enfin l'on en buvait le jus comme liqueur.
  • Enfin, cette dernière plante (photo) aux couleurs du drapeau bolivien (ce n'est pas un hasard) est connue pour purifier tant spirituellement que physiquement, et est encore aujourd'hui utilisée pour se laver (dans les gel douches etc.).

  • La Cara del Inca.

Après la visite du site en lui même il y a un sentier qui fait une boucle (entre 45 minutes et 1h30) depuis lequel on peut accéder à notamment un point de vue sur la Cara del Inca, une roche en forme de visage Inca (pas un hasard là encore). Il emprunte en parti l'ancien chemin de l'Inca. Malheureusement je n'ai pas pu faire le tour car il s'est mis à pleuvoir des cordes et je n'étais pas équipée. J'ai simplement été voir la tronche dudit Inca, et suis rentrée trempée.

  • Bains sacrés.

Vous pouvez aussi voir d'anciens bains thermaux (l'eau est sacrée chez les Incas et selon le rang on peut se baigner ou non), et visiter un musée intéressant mais qui reprend surtout les éléments expliqués par la guide.

A noter : dans la culture Cañari, tout tourne autour de la femme. Elles sont puissantes, et on le voit dans les rites funéraires : en effet les tombes prestigieuses retrouvées sont uniquement des tombes abritant des restes de femmes !

Une visite très intéressante et pas chère, je recommande. En plus du site, la vue est très belle !

2. Après-midi : Cuenca.

Cette fin d’ après-midi, j'ai un programme chargé. Je prévois un musée, quelques églises, et pourquoi pas aller jusqu'au mirador de Turi ?

Bilan : je n'ai rien fait, il tombe une pluie diluvienne et je me heurte à des portes closes (il est trop tard tous les musées et les églises sont fermés). Bon. Dinner time! Je me fais un petit plaisir pour me remettre de mes déceptions : je vais dans un restau français et je commande un sandwich (avec du vrai pain craquant et du fromage de chèvre !!!). Le bonheur. Puis, je rentre. Demain avant de partir ma journée déjà chargée de base va être plus que remplie puisque je n'ai rien pu faire aujourd'hui ! Ah les orages de la montagne…!

  • Jour 3, 2 avril : Cuenca.

Grand soleil ce matin ! Je pars de bonne heure prendre quelques photos des bâtiments et rues ensoleillés puisque jusqu'ici je ne les avais vus que sous la grisaille voire la pluie.

La cathédrale.

La cathédrale depuis la place centrale 

Je me promène sur la magnifique place principale, et je monte en haut des tours de la Cathédrale. La vue y est vraiment chouette, mais 2$ c'est franchement abusé.

Les immenses arbres sur la place centrale et les innombrables fleurs font de cette place un prototype de l'ensemble de la ville ! Cuenca est colorée, fleurie, et voit alterner magnifiques constructions et nature.

vue depuis les tours de la cathédrale sur la place centrale (remplie d'arbres) et la ville. 
place centrale 

Mirador de Turi.

Ensuite, je me dirige au mirador, à pied. Temps estimé : 1h aller, 1h retour. Sans doute un peu plus en réalité en incluant les pauses photos au bord de la rivière !

Je ne recommande pas de le faire à pied. Une très longue partie n'a pas d'intérêt, puisqu'on marche là où passent - vite - les voitures, on s'épuise et on perd du temps. Enfin j'avais envie de me dégourdir les jambes avant la longue route qui m'attend ! C'est quand même sympa je suis un peu sévère. La fin de la marche s'achève par des marches, on est enfin hors du bruit et des odeurs de voitures !

En haut du mirador, une jolie église bleue et blanche et tout un petit village où sont ouverts un certain nombre d'ateliers artisanaux. Agréable pour flâner ! Je redescends pour aller au musée des cultures aborigènes.

Balade dans les rues de Cuenca

Musée des cultures aborigènes.

On en apprend des choses ici ! Ce musée explique, à partir d'une énorme collection d'objets issus de l'artisanat de tous les peuples ayant occupé l'Equateur, l'histoire de ces différentes cultures. Il n'y a définitivement pas que les Incas ! Et ceux-ci ont joué le rôle des Conquistadors avant l'heure, ils ont tout détruit : on a souvent tendance à l'oublier et à ne les voir que dans le rôle de la victime, mais ils se sont eux aussi comportés en tyrans et guerriers conquérants.

Chaque peuple, selon sa localisation géographique, a développé différentes spécificités (culinaires, artistiques, artisanales, guerrières…). Cependant, on retrouve des points communs, notamment la représentation de la femme, aux courbes généreuses, la prédominance du rond, le travail du figuratif (animal et humain), etc.

Il pleut à verse, ça y est. Alors je cherche un autre musée : ce sera le musée municipal d'art moderne.

Musée municipal d'art moderne.

Le site est magnifique, probablement un ancien cloître, parsemé de jardins. En revanche les peintures, de Charco, artiste national, ne m'ont pas vraiment plu. Très abstraites, parfois proches du style Picasso, mais elles ne m'ont pas touché du tout. Cependant pas de regret, quelle tranquillité dans un si joli lieu ! A croire que les termes ‘’ art moderne ‘’ font fuir les touristes… !

Ma journée s'achève, il est 6h, un rapide dîner dans mon nouveau QG (le restaurant français, oui je suis faible ! Mais je rêvais d'une salade, et non pas de friture encore et toujours… ), puis je récupère mon sac, sous la pluie toujours, et direction terminal terrestre. Adiós Cuenca!

  • Jour 3, soir :

Je prends le seul bus de la journée (il faut bien le réserver à l'avance du coup, genre 2 jours, pour éviter les mauvaises surprises !) pour aller au Pérou à 9h30. 13h de route (incluant pauses, frontière, et le repas est offert !) jusque Chiclayo, la ville la plus au sud du Pérou possible.

• • •

En route pour le Pérou, au revoir l'Equateur. Je sais que je reviendrai ! J'aimerais vraiment m'y installer un temps, à voir si cela sera compatible avec ma vie personnelle et professionnelle. Mais en tout cas je suis sous le charme !

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Ce fut long, pour y parvenir. Long. Vraiment très long. Fatiguant aussi.

Le 3 avril à 13h j'arrive à Chiclayo, après environ 13h de bus. Je change de terminal de bus, pour prendre un nouveau bus jusque Trujillo. Car oui, heureuse nouvelle du jour, il n'est pas possible de faire la route directement de Chiclayo à Huaraz. J'ai le temps d'apercevoir la plaza des armas de Chiclayo puis du bus, encore du bus, de 13h30 à 17h30. Une fois à Trujillo, je change de terminal (ceci a comme un air de déjà vu), et dans le terrapuerto principal je fais toutes les agences : ô joie, le prochain bus pour Huaraz (au moins il existe voyons le bon côté des choses !) part à 22h. Me voilà condamnée à attendre dans le terminal, de 17h30 à 22h30, juste assez longtemps pour bien s'ennuyer et juste trop court pour pouvoir sortir prendre l'air puisque le terminal est loin du centre. Mais bonne nouvelle la compagnie que j'ai choisie est vraiment bien et dès l'instant où je suis installée dans le bus je m'endors directement, jusqu'à arriver, enfin, à Huaraz à 5h du matin.

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4 avril : Pasto rurri.

Huaraz. J'arrive à mon auberge, et enfin une super nouvelle ma chambre est préparée donc même si le check-in est à midi je peux m'installer, me poser, me doucher et petit déjeuner en attendant le départ de mon trek " d'acclimatation " (on est très en altitude donc le gros trek de la laguna 69 sera pour demain aujourd'hui j'en fais un plus calme) à 9h.

Trek au glacier de Pasto Rurri.

Départ 9h30 (on vient me chercher à 9h). Environ 2h30 de bus (que serait mon quotidien sans les bus !), au cours desquelles on marque quelques arrêts, et pour cause !

Tout d'abord, on s'arrête dans un restaurant afin d'acheter des en-cas, des feuilles de coca (vraiment très important, le glacier est à 5000m!) et de l'eau.

Puis, on s'arrête à une source d'eau gazeuse.

Petite marche parmi les Puyas, une plante qui n'existe qu'à La Paz et au Pérou. Elle vit environ 100 ans mais ne fleurit qu'une seule fois. Elle nécessite des conditions très précises pour la germination de ses graines, ainsi elle s'éteint peu à peu…

Les Puyas 
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En parlant d'extinction, dans ce parc national classé (entrée 30 soles pour les étrangers pour un jour, possibilité de pass’), beaucoup d'espèces menacées y vivent. Puma andin, condor andin, colibri… Evidemment, nous n'en avons vu aucun.

Autre message d'alerte diffusé par le guide : le réchauffement climatique fait que le glacier que nous allons à présent voir est en train de fondre. Et en effet, c'est terrible, on voit bien à l'oeil nu que la glace fond et que la superficie du glacier s'est réduite ; d'ici quelques années il n'y aura plus rien…

Bref beaucoup de mises en garde de la part du guide, et le tourisme est très contrôlé.

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Lagune aux 7 couleurs 

Lagune aux 7 couleurs

Elle se pare de ces couleurs lorsque le soleil est au rendez-vous, on a de la chance. Ces nuances sont liées aux minéraux présents. Le guide nous précise de ne pas boire l'eau car on risquerait d'être malade, sans blague !

Très profonde mais d'un tout petit diamètre, la lagune est vraiment de ce bleu -vert ( pas de retouche). 

Enfin, on arrive au point de départ pour la marche jusqu'au glacier. Le guide m'a fait peur, il ne cesse de nous dire que c'est très dur, qu'il faut s'écouter : si on ne peut pas finir c'est pas grave et si on n'a pas d'expérience mieux vaut le faire à cheval.

en route vers le glacier 

Je monte un chemin aménagé, machant feuille de coca sur feuille de coca et j'arrive vraiment facilement au glacier. Bon, il faut dire que mes deux mois en haute montagne m'ont sans doute acclimatée à l'altitude parce que la plupart des autres du groupe ressentent le manque d'oxygène. Mais en prenant bien son temps, cette balade n'est pas trop difficile. En fait la difficulté principale pour ma part c'est le froid, car il neige ! Mais bon le spectacle vaut bien le coup. Trêve de commentaires, voici quelques photos.

C’ est calme, froid et puissant. Pour ma première rencontre avec un glacier, je ne regrette pas ! Quelle force se dégage, quelle lumière entre le gris des nuages lourds et la réverbération des rayons par la glace immaculée !

Voilà une belle journée, il est déjà l'heure de rentrer et demain réveil à 4h donc je vais me coucher particulièrement tôt…

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5 avril : la laguna 69.


Je sais que décrire la beauté de ce spectacle ne pourra rendre qu'une pâle image du réel. La Laguna 69 est une lagune turquoise située à 4600m d'altitude. Elle doit sa couleur à son origine glacière, la glace en effet, en fondant, draine avec elle des minéraux spécifiques qui colorent l'eau. Celle-ci est turquoise en soi, elle ne reflète pas le ciel. Ainsi, même lorsque le ciel est lourd de nuages et que la vue est complètement bouchée, l'eau de la lagune reste de ce bleu turquoise soutenu.

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Commençons par le début. Réveil à 4h,départ à 5h : ça pique, mais les 2h30 de bus m'offrent une possibilité de terminer ma nuit. Cependant la route est mauvaise, le bus est vieux, et par conséquent le trajet n'est pas des plus reposants et les soubresauts du bus me réveillent régulièrement. Ainsi soit-il. Après un rapide petit-déjeuner dans un restaurant sur la route, nous finissons par arriver, à 9h, au point de départ de la randonnée.

Attention, il n'est pas recommandé de manger beaucoup car l'effort à venir est conséquent et l'altitude n'aide pas. Il vaut mieux prévoir des fruits, des fruits secs, des barres énergétiques pour manger en cours de route. Et de la coca, en feuilles et/ou en mate : j'adore ça, alors j'opte pour les 2 formats. Mais le mate… n'est pas une excellente idée en fin de compte, car pas de toilettes pendant 6h. Bref il y a des arbres quand même !

Le soleil brille intensément dans un ciel vierge de nuages, et la montagne est verdoyante et fleurie. On entend l'eau de multiples torrents tout autour de nous. On se croirait dans un poème pastoral ! Le début du sentier longe la rivière, de part et d'autres s'élèvent des pics enneigés. Les vaches broutent librement et lèvent leur regard doux vers les marcheurs en herbe que nous sommes. Les oiseaux sont omniprésents.

En mâchonnant mes feuilles de coca, priant pour que mon corps supporte l'altitude et me permette d'arriver au sommet (3h de montée), je marche très lentement profitant du paysage et observant les gens. Nous sommes très nombreux, et beaucoup n'écoutent pas du tout les conseils des guides (je ne parle pas des marcheurs aguerris qui eux ont un autre rythme que celui du badaud). Ils marchent à toute allure, alors qu'il faut commencer très doucement car le début de la balade est en faux-plat. Parlant ou écoutant la musique, ils n'écoutent pas leur corps. Or c'est un moment crucial, le début de la montée, il faut vraiment écouter son corps (cœur, essoufflement, mal de tête…) pour s’économiser et doser l'effort qui va crescendo. Combien de marcheurs m'ont dépassée à toute allure, moi qui sur le plat marchais 2 fois moins vite que ce que j'aurais pu faire ! Et bien dans 9 cas sur 10, j'ai rencontré ces aventureux sportifs affalés sur des rochers en cours de route, ils ne sont arrivés que bien après au sommet. Il ne faut pas non plus oublier de boire très souvent. Il ne fait pas très chaud compte tenu l'altitude, donc on ne se rend pas compte que l'on a soif. Et la déshydratation va de pair avec le fameux soroche, le mal d'altitude.

Pour résumer : marcher très doucement, plus lentement que votre rythme normal mais sans s'arrêter (mieux vaut arriver vite au sommet avant que le ciel ne se couvre car il se couvre dans l'heure de midi en général, alors même que le matin il n'y a pas un nuage, et prendre des photos de la route plutôt sur le retour. Enfin bien sûr quelques photos s'imposent sur la route mais c'est mieux de ne pas trop s'arrêter) ; boire beaucoup (2L en tout pour ma part, et je n'ai pas eu assez) ; mâcher beaucoup de feuilles de coca ; respirer profondément ; profiter du paysage ; manger des fruits ; ne pas trop parler.


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Le soroche

Un petit point sur le mal d'altitude. En altitude on a moins d'oxygène. Donc on s'essouffle très vite, et de plus si le cerveau vient à manquer d'air, alors qu'on fait un très gros effort, un terrible mal de tête vous prend. Il peut être tout doux au début, mais s'intensifie ensuite considérablement, en général lors de la redescente. Alors si pendant la montée il est déjà difficile à supporter, il faut s'arrêter car il va s'intensifier et peut devenir très dangereux (risque d'hémorragie). Il faut écouter son corps !! Ainsi ne faites pas une randonnée comme celle-ci si vous n'avez pas au moins 3 jours de haute-montagne derrière vous ! Personnellement, j'ai eu un peu le mal de montagne en redescendant. Je peux vous assurer que c'est peu agréable : nausées, migraine, sensation de fièvre et de vertige. Il ne faut pas le sous-estimer !!

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Bref. Revenons à nos moutons (plutôt vaches et lamas d'ailleurs).

3h de montée donc, d'abord du faux plat parmi les rivières et les vaches puis une pente douce qui peu à peu permet d'observer de haut de nombreuses cascades, la vallée, des plantes, les sommets qui se dévoilent les uns derrière les autres.

Ensuite, un peu de faux-plat, et pour cause : nous croisons 2 lagunes qui se sont formés sur terrain relativement plat. Les rivières et chutes d’eau continuent à s'entremêler. Et puis le panneau qui comble de joie : laguna 69,1km. Quel fourbe celui-là ! On se dit qu'on y est presque mais commence alors une grimpette raide, interminable, parmi des caillasses grisâtre. Même la vue de haut sur une petite lagune au pied d'un glacier ne fait pas passer la pilule. Beaucoup pense qu'ils n'y arriveront pas. C'est 30 minutes d'un effort physique très violent. Ceux qui ont commencé trop vite enchaînent pause sur pause, on trébuche de fatigue, plus personne ne parle. Mais on la devine, dans cet énorme réservoir de pierre grise au pied du glacier ! La lagune! Je tiens bon parce que je sais qu'elle est là, derrière. Mais en montagne la perspective est trompeuse… derrière le rocher, ce n'est pas la lagune c'est un autre rocher qui cache un autre rocher. Mais l'effet sur la volonté fonctionne, et le souffle court, je respire profondément et continue inlassablement à monter trop impatiente pour m'arrêter (ce fut mon erreur, car le mal de tête a commencé par là…).

Et là… Entre deux gros rochers pointus, un point de turquoise se dévoile.

Je m'arrête net. Cette couleur est absolument magnifique. Incroyable. Depuis le début, alternent les nuances de brun, vert, jaune, gris. Et ce bleu, on dirait une photo mal retouchée car trop saturée ! Malgré l'apparition de quelques cirrus dans le ciel d'un bleu toujours profond, la vue est extrêmement dégagée et les pics du glacier se découpent sèchement sur le ciel, offrant à la lagune un contour très net. Ce n'est qu'harmonie. J'ai les larmes qui me montent aux yeux. Je suis exténuée, j'ai cru ne pas y arriver, et d'un coup au moment où l'on se dit ‘’ existe-t-elle vraiment ‘’, elle vous répond. Et que l'on croit à une quelconque forme de divin ou pas, l'harmonie, la pureté, l'esthétique de ce paysage saisit et touche au plus profond, telle une manifestation d'une force supérieure. Et je ne parle pas du magnétisme qui se dégage, qui vous recharge complètement. La froideur du lieu lui confère une sorte de solennité. Mais c'est en même temps chaleureux. L'eau est aux couleurs des Caraïbes, la glace qui a fondu tombe en cascades pleines d'énergie vitale dans la lagune, et les oiseaux sont au rendez-vous.

Que dire de plus ? Pas grand chose, je n'oublierai pas ce spectacle cela est certain, ni l'émotion qu'il a provoqué en moi, ou encore l'énergie profonde qu'il a déversé dans mon âme et dans mon corps et dont je suis encore aujourd'hui vibrante. 3h à sentir ses propres limites, pour ensuite se remplir de vie : je n'ai qu'une recommandation à ajouter, tentez l'expérience. Oui il y a beaucoup de monde. Oui c'est dur. Mais tant la marche dans un paysage somptueux que la Laguna 69 lorsqu'on y arrive enfin sauront vous faire oublier chaque pensée négative. Direction Huaraz pour tout le monde !

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,Dans la nuit éternelle emportés sans retour,Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âgesJeter l'ancre un seul jour ?Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierreOù tu la vis s'asseoir !Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondesSur ses pieds adorés.Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadenceTes flots harmonieux.Tout à coup des accents inconnus à la terreDu rivage charmé frappèrent les échos ;Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chèreLaissa tomber ces mots :" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !Suspendez votre cours :Laissez-nous savourer les rapides délicesDes plus beaux de nos jours !" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,Coulez, coulez pour eux ;Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;Oubliez les heureux." Mais je demande en vain quelques moments encore,Le temps m'échappe et fuit ;Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'auroreVa dissiper la nuit." Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,Hâtons-nous, jouissons !L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;Il coule, et nous passons ! "Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur, S'envolent loin de nous de la même vitesseQue les jours de malheur ?Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,Ne nous les rendra plus !Éternité, néant, passé, sombres abîmes,Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimesQue vous nous ravissez ?Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,Au moins le souvenir !Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvagesQui pendent sur tes eaux.Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surfaceDe ses molles clartés.Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,Que les parfums légers de ton air embaumé,Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,Tout dise : Ils ont aimé ! "


Lamartine, Le Lac.

La descente, normalement, dure 2h. Elle a été, pour moi, interminable. Je me raccroche à ce beau paysage tout en harmonie pour oublier la migraine et les vertiges qui m'envahissent. J'accepte la douleur, mais elle envahit tout. Enfin, je parviens au bus. Je sens que je suis au bout de mes forces physiques. Je rêve de dormir (seul remède avec la coca et l'hydratation face au soroche). Hélas, notre ami le conducteur de bus est très pressé de rentrer. Il va à toute allure sur une route complètement cabossée, freine brutalement lorsqu'un obstacle se présente (il y a notamment de nombreuses rivières qui coupent la route et qu'il faut traverser), accélère, et dormir est impossible car il faut se cramponner pour ne pas glisser de son siège. Et ce pendant 3h,rappelons-le. Que le trajet fut long ! Je ne peux rien faire à part espérer que mes nausées restent nausées. Vœu exaucé. Et lorsqu'on cesse de compter les kms qui nous séparent de Huaraz, enfin on arrive. Il fait nuit, et je prends un bus à 22h avec un compagnon de voyage rencontré hier, pour gagner Lima. Très mauvaise idée, une bonne nuit de repos à l'hôtel aurait été plus stratégique. Mais ce qui est fait…

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Soir : bus pour Lima. Courage, dernière nuit dans un bus ! Et finalement ce ne fut pas si affreux, à force de coca le soroche s'évanouit et je dors à poings fermés les 8h de trajet jusque Lima (compagnie Olturva, billet pas trop cher, bus safe et confortable). Et le lendemain, à 6h, je suis en pleine forme et la tête pleine de couleurs de la veille !

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Du samedi 6 avril au mercredi 10 avril : Lima.

Fin du vagabondage, je retrouve un très bon ami qui m'héberge généreusement chez lui dans le quartier réputé hipster de Barranco, à Lima. Il est très proche de la mer, et du très fameux ‘’ Malecón ‘’, c'est toute une promenade de parcs qui s'enchaînent, surplombant le Pacifique sur des falaises, entièrement aménagée (piétons et vélos). A droite, l'océan ; à gauche, le béton. Mais cela a beau être très construit la balade est vraiment verte et sous le soleil de fin d'été c'est un incontournable de la capitale.

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Le samedi, repos. Avec Joel, et sa copine Loïs, nous profitons de transats sur la plage, puis un bon repas dans un petit restau, une balade digestive au pont des Suspiros et dans les rues de Barranco, en bord de mer où les maisons sont toutes plus jolies et colorées les unes que les autres et les murs emplis de graffitis. La dolce vita, j'en avais besoin !

jJ termine un excellent livre classique d'Equateur, A la Costa, de Martinez.  

Le soir, on commence par un café en plein air sur le Malecón pour admirer le coucher de soleil sur l'océan : magnifique ! Puis on va à un concert dont le thème est ‘’ selva ‘’, la forêt. Des artistes connus animent la soirée, et ça danse de tout. Je passe un super moment, plus urbain que forestier, mais bon j'ai eu une bonne dose de nature ces temps-ci alors je ne me plains pas !

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Le lendemain, repos, puis, accompagnée de la grand-mère de Joel nous allons tous les 4 au port du Callao. On s'y balade, on monte dans un rough-top, on déguste un ceviche divin puis quelques picarones, sorte de churros.

Port de Lima (Callao) 

Repus, on rentre sur Lima. Grand-mère et Loïs rentrent, Joel me propose une soirée salsa. J'accepte avec joie et je n'ai pas regretté ! Dans un grand café sur le littoral, les danseurs sont excellents. Mais ce n'est pas ce qui nous décourage, et nous aussi on a dansé la salsa, malgré mon niveau débutant, je m'en tire honorablement. Et surtout je me suis vraiment amusée. C'est un incontournable de la culture latino et leur naturel plus ouvert, plus tactile, que le nôtre transparaît vraiment dans cette danse. Tout le monde danse, aux premières notes de musique. Et quelle musique ! Pleine de vie alors qu'elle célèbre la plupart du temps des chagrins d'amour, elle est à l'image du pays, bouillonnant et contrasté, sensible mais acceptant les événements tels qu'ils sont.

Après cela, direction le Parque de las Aguas, un énorme parc de fontaines de toutes les formes et couleurs. C'est bondé, mais c'est assez magique. L'enfant que je suis s'émerveille devant les geysers fluos.


(photo de gauche : arcade de jets d'eau, on s'amuse - enfants comme adultes - en passant dessous).


C'est le sœuron qui me l'avait vivement recommandé, et comme chaque fois que je l'écoute je ne suis pas déçue (quand je pense que sans elle je ne serais jamais allée à Huaraz…!). le temps fraîchit, et on fatigue. Alors go back home!

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Lundi

Je passe la journée à Miraflores, autre quartier ‘’ tendance ‘’ de Lima. Parque Kennedy, librairies, musée du chocolat. La journée passe vite à ne rien faire !

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Mardi

J'accompagne Loïs en cours à Miraflores, puis je vais au LUM, lieu de la mémoire, de la tolérance et de l'inclusion sociale. Ce musée, avec vue sur mer, reprend toute l'histoire de la violence au Pérou, afin de ne pas l'oublier. Le sentier lumineux notamment, un de ces groupes terroristes qui a ébranlé le pays en multipliant les horreurs sous prétexte de purifier et améliorer la société (en massacrant toutes les minorités), a la part belle. Mais aussi la dictature militaire de Fujimori, les villages qui se sont opposés aux terroristes et ont été massacrés et enterrés. Bref il s'agit de rendre mémoire, mais aussi justice (par exemple par le témoignage bouleversant d'une femme ayant été violée par 7 hommes du sentier lumineux après avoir été capturée et à qui l'on interdit l'avortement une fois qu'elle fut enceinte..), d'honorer ces pertes et d'éviter de reproduire de telles ignominies. Et aussi, d'une certaine manière, de demander pardon à toutes ces populations qui ont souffert des combats ne les concernant même pas. Je recommande vivement ce musée, j'en suis ressortie très émue.

Après cela, je rentre de Miraflores à Barranco par le Malecón. Environ 2h30 de marche, mais ça vaut le coup. La balade est agréable, surtout avec la lumière du couchant. L'on va de parc en parc, et les yeux ne perdent jamais de vue l'océan. On passe par le fameux parc del Amor, où la célèbre statue du Beso (le baiser) surplombe l'océan et est photographié par un nombre incalculable d'amoureux s'affrontant avec leurs perches à selfie ou autre arsenal de guerre. J'avoue ne pas m'y être attardé.

Cette balade en bord de mer me rappelle la Californie. Et précisément c'est là-dessus que s'achève mon périple sud-américain. Je m'envole demain matin pour Los Angeles et rentre à Santa Barbara, où de nouvelles aventures m'attendent.

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Je ne sais pas trop comment conclure ce long séjour en Amérique latine. Je dirais qu'il m'a redonné de l'énergie, notamment la montagne. La Cordillère est définitivement mon chouchou de l'Amérique du sud. Je m'y sens bien je m'y ressource et me découvre. Je me connecte profondément avec le monde.

J'ai rencontré des tas de personnes extraordinaires que je n'oublierai pas, vu des paysages incroyables, découvert une culture vraiment autre, appris un nombre incalculable de savoirs : travail de la terre, histoire des civilisations pré-colombiennes, mode de vie hors de la ville, la langue espagnole, etc. Je me sens pleine de gratitude et de projets maintenant.

Vivement la prochaine fois !!!

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