Carnet de voyage

Un an aux amériques

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Vivre au présent, rencontrer d’autres cultures, d’autres façons de voir le monde, me ressourcer en mêlant l’expérience à mon goût pour la photo et la littérature, voilà l’objectif de ce voyage.
Du 3 octobre 2018 au 15 août 2019
317 jours
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Etape 1 : L’itinéraire.

Ma petite terre d'accueil pour l'année à venir. 

'' Le soleil n'est jamais si beau qu'un jour où l'on se met en route '' [J. GIONO].

Se mettre en route. Le rêve. Mon rêve. Mais pour aller où ? Car un an, c’est court, et l’Amérique, c’est grand. Alors voilà, il m’a fallu faire des choix. Et ceux qui me connaissent savent combien cela me coûte de fermer des portes. Même lorsque c’est pour en ouvrir de nouvelles. Bref, je vous la fais courte, mais sacrée galère que cet itinéraire !

La majorité de mon voyage est tournée vers l'expérience d'expatriation aux USA, en Californie. Principalement en vertu du fait que - cela ne vous étonnera pas - mon anglais gagnerait à être amélioré ! Et aussi parce que j'y rejoins une personne qui m'est chère. Mais, rester sur le continent américain si longtemps - la durée totale du voyage est fixée à 10 mois - sans retourner là où mes pas et mes pensées sont irrésistiblement attirés, si proche des USA et tellement vaste qu'elle me repousse (la peur de bâcler, de vouloir tout voir et d'en être paralysée, et, surtout, la peur de voir un rêve achevé) tout autant qu'elle me fascine, cela ne pouvait être envisageable. Je concilie donc mes envies et mes besoins par un voyage en Amérique latine au sein du voyage aux amériques.

Ainsi, à ce jour, mon itinéraire est a priori relativement fixé, jusqu’à nouvel ordre, comme suit :

  1. Du 3 octobre au 3 février : USA, Santa Barbara. Objectifs : apprendre l’anglais ; découvrir un quotidien californien et l’expatriation ; s'investir dans une association qui vient en aide aux personnes qui vivent dans la rue ; apprendre la photographie, le surf, le swing ; voyages ponctuels (Texas et Arizona) et citytrips (NYC pour le nouvel an !), etc.
  2. Du 3 février au 20 février : Colombie.Objectifs : randonnées, à pied et à cheval, pour découvrir les paysages d'une diversité incomparable, principalement la côte caribéenne que je ne connais pas du tout et la Cordillère des Andes, pour laquelle j'ai clairement un faible ; volontariat ou woofing d'une dizaine de jours.
  3. Du 20 février au 5 mars : Uruguay. Objectifs : randonnée et tourisme ; carnaval début mars.
  4. Du 5 mars au 20 mars : Brésil. Objectifs : randonnée et tourisme (roadtrip et citytrip) autour de Rio et Sao Paulo, en commençant par le célèbrissime carnaval ; woofing ou volontariat.
  5. Du 20 mars au 24 mars : Chutes d'Iguazu, côté Brésil puis Argentine. Objectifs : en prendre plein la vue, quelques jours de randonnée en autonomie totale.
  6. Du 25 mars au 26 mars : Buenos Aires. Objectifs : découvrir l'une des fascinantes capitales d'Amérique latine ; organiser la suite du programme argentin, LE moment que j'attends avec le plus d'impatience.
  7. Du 27 mars au 27 avril : Argentine, ranchs de la Pampa et Terre de Feu. Objectifs : vivre au rythme des gauchos et travailler dans un ranch ; visiter la Tierra del Fuego.
  8. Du 28 avril au 30 avril : retour sur Buenos Aires. Objectifs : se préparer à la remontée jusqu'à Quito (Equateur).
  9. Du 1er au 10 mai : retour en bus de Buenos Aires à Quito. Une longue route en perspective, d'Argentine en Equateur, car les billets d'avion pour les USA sont nettement plus abordables à Quito qu'ailleurs, mais il me faut y remonter... en bus... d'où les pauses, que je détaille ci-après, dans les capitales, pour profiter de la diversité des pays traversés, comme une sorte de futur voyage en puissance. a) Du 1er au 4 mai : Buenos Aires - Sucre (Bolivie). Objectifs : je m'arrête à Sucre, une ville que je rêve de visiter, et ferai sans doute un passage express' par Potosi, pour voir les mines boliviennes que je n'ai pas pu faire lors de mes derniers passages. Je ne pouvais pas traverser la Bolivie sans m'y arrêter ! b) Du 4 au 8 mai : Sucre - Lima (Pérou). Objectifs : je retrouve un ami péruvien et en profiterai pour me dégourdir les pattes au cours d'un petit trek dans la montagne environnante. c) Du 8 au 10 mai : Lima - Quito (Equateur) : à mon grand regret, je ne peux pas m'y attarder cette fois-ci, malgré toutes les louanges qui m'en ont été faites ; mais si j'y passe, n'est-ce pas finalement pour que ces derniers moments en Amérique latine sonnent comme la promesse d'un retour ? Objectifs : avant de prendre l'avion, je passe par une capitale riche en surprise.
  10. Du 10 mai au 15 août : USA. Objectifs : roadtrips dans les parcs naturels de l’Ouest américain, à pied, à cheval, en voiture, le tout avec mon sac à dos, ma tente, et peut-être de la compagnie ! En route pour la Death Valley, le Grand Canyon, et la tournée des parcs mythiques ! ; virée mexicaine.

Bien évidemment, vous l’aurez compris, cet itinéraire est sensiblement susceptible de changer... Mais disons que l’esprit de ce voyage n’est pas d’enchaîner les pays ni d’avoir une vision exhaustive de chaque pays visité. Je recherche plutôt l’expérience d’un quotidien, d’une part, et la rencontre avec des hommes et femmes d’autres cultures, ce qui à mon sens ne peut passer qu’en prenant le temps de vivre le lieu, et non seulement de le traverser. C’est un point de vue comme un autre, mais le ton est donné ! Ceci étant, je n'exclue pas non plus la dimension touristique de ce voyage : je veux repartir de là au bout de 10 mois avec des images, des couleurs, des lumières, des sons, des odeurs, et j'en passe, plein la tête et l'appareil photo (d'où les cours suivis en amont aux USA) et une inspiration nouvelle et stimulante pour nourrir mon écriture qui se cherche.

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Etape 2 : le projet.

Décollage prévu pour Los Angeles le 3 octobre 2018.

C'est là que tout a commencé. Lago Titicaca, Bolivia, décembre 2015. 

Je me rends compte que je vous invite à me suivre sans avoir expliqué le but de cette page, ni le comment du pourquoi, ce qui risque d’alarmer les esprits rationnels ! J’ai créé cette page afin que vous puissiez m’accompagner au cours de ce voyage d’un an aux amériques, dans ce drôle de quotidien d’expatriée provisoire. Et puis, je crois ne pas me tromper en affirmant que le pays breton, les amis, la famille, tout ça va me manquer. C’est la première fois que je pars si longtemps, et je sais d’expérience, au regard de mes courts voyages précédents, que ce ne sera pas rose tous les jours ! Alors voilà, entre carnet de bord - descriptions, états d'âme, informations culturelles et historiques, etc.- et outil de communication - afin de partager l'expérience avec tous de la façon la plus exhaustive qui me soit permise -, j’ai décidé de créer cette page, en guise de présence pour ceux qui vont tant me manquer.

Cela fait des années que je rêve ce voyage, et le voilà tout proche. Je ne sais même pas par où commencer les préparatifs de départ ! Mon quotidien alterne entre rendez-vous médicaux et administratifs - le visa “tourisme long” pour les USA est une longue aventure à lui tout seul. Donc pour l’instant, le rêve a plutôt un goût, trop connu, de stress et de galères. Mais il paraît que cela fait partie du jeu ! Je vous propose donc de partager aussi mon expérience pratique, afin de pouvoir, peut-être, en bénéficier pour vos voyages à venir ! Je rédigerai donc quelques articles afin de faire état des préparatifs, et de toute la - longue - partie en amont du voyage.

J’espère découvrir les sensations que je recherche dans ce voyage : liberté, nouveauté, humilité, quiétude, inspiration, vivre au jour le jour, rencontrer d’autres cultures, et d’autres façons de voir le monde, me ressourcer après plus de 8 ans d’études et avant d’enseigner à mon tour. Mon projet de voyage a cependant considérablement mûri au cours de mes voyages ponctuels précédents, par rapport à l'idée que je m'en faisais lorsque, enfant, j'en rêvais déjà ; mais je ne me leurre pas, j'ai conscience de la fragilité des rares certitudes que j'ai pour le moment.

Soit. J'ajouterais que, ne pouvant pas tirer une croix sur ce qui m’est cher, ce voyage est aussi l’occasion de mêler l’expérience vécue à mon goût pour l’art en général : notamment la photographie mais aussi la littérature bien sûr. La plupart de mes articles seront ainsi agrémentés de mes photos prises avec l'appareil que mon sœuron m'a gentiment prêté, et seront pour moi également des pistes d'exploration littéraire.

Je terminerais enfin cette description, en citant, comme un avant-goût pour la suite de mes aventures, l’un de ces écrivains qui sont pour moi des piliers au quotidien, ici comme ailleurs, un poète qui m’accompagne chaque jour, et qui par la brièveté que je n’ai pas est capable de dire le monde dans toute sa richesse dans une véritable invitation à la rencontre :

“ Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront”. René Char.

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Pour les futurs voyageurs, un article pour vous aider à ne rien oublier.

Ma to-do-list d'avant-départ :

ADMINISTRATIF :

  • Passeport : à jour pour plusieurs années encore ; aucun pays dont la visite m'interdirait de séjourner aux USA, ouf !
  • Visa long USA : toute une aventure à l'ambassade à Paris, mais ça y est, je l'ai reçu !
  • Billets d'avion : j'ai pris l'aller Paris - Los Angeles avec la compagnie Norwegian, je décolle de Paris le 3 octobre et j'arrive le même jour (merci le jetlag) à Los Angeles. Mais ... problème ! Je ne peux pas rentrer sur le territoire américain avec un visa touriste, même long, sans avoir un billet de sortie, et comme mon retour en France est dans trop longtemps, je ne peux pas le prendre. LA solution (ou, en tout cas, MA solution) : j'ai déterminé la date précise de mon départ en Amérique latine, et j'ai fait un comparatif des billets les moins chers au départ de Los Angeles, pour des destinations qui m'intéressaient déjà a priori. Les heureux élus sont, de loin, la Colombie et l'Equateur. J'ai, après bien des hésitations, fini par choisir la Colombie, qui sera mon pays de sortie des USA et d'entrée en Amérique latine.
  • Résiliation de tous les abonnements inutiles pendant mon absence (appartement rendu, donc factures internet, électricité, eau : check) : abonnement de TGVmax et pass Navigo, transfert de mon courrier à la maison.
  • Démarches auprès de la banque (nouvelle carte de crédit Gold, à laquelle j'ajoute une carte Revolut et une carte N26 qui me permettent de retirer à frais moindres à l'étranger, mais qu'il faut activer avant le départ ; déblocage de fonds)
  • Impôts (se renseigner pour la déclaration à venir)
  • Assurance pour pallier l'absence de sécurité sociale et de mutuelle en raison de mon non-statut d'ex-étudiante en report de stage mais titulaire d'un concours de la fonction publique (j'ai choisi l'assurance privée CHAPKA)
  • Téléphone débloqué pour pouvoir supporter une carte SIM aux USA

SANTE

  • Vaccins : fièvre jaune ; hépatite B ; typhoïde ; vaccins courants à jour
  • Constitution d'une trousse à pharmacie (avec notamment les médicaments du quotidien qui font l'objet d'un renouvellement, type anti-histaminiques, sur ordonnance, à se procurer avant de partir pour pouvoir tenir jusqu'à mon retour ; mais aussi les médicaments comme les anti-contracturants ou le paracétamol)
  • Visites médicales en tout genre, non seulement pour faire un check-up avant de partir mais aussi et surtout parce que les assurances privées ne prennent pas en charge les visites de "confort" (gynécologie, dermatologie, douleurs de dos, dentiste) à l'étranger. NB : les assurances type Chapka prennent en charge, au retour en France et le temps de régulariser sa situation auprès de la sécurité sociale et de la mutuelle, les éventuelles dépenses médicales.

$$$ ACHATS $$$

  • Le complément d'affaires de randonnée (objectif ultra-light) : tente, doudoune à mettre sous un manteau, matelas, duvet, collant polaire à mettre sous le pantalon de pluie, etc. (je ferai état de mon sac dans un autre article)
  • Guides de voyage, en format papier et numérique (je peux télécharger des guides sur ma liseuse, le bon plan !)
  • Adaptateur
  • Organiseurs de voyages (petits sacs à mettre dans mon BackPack, afin de bien compartimenter le sac)
  • Carnet de voyage

AUTRES CHOSES A FAIRE

  • confier mon chien et mon cheval à la copropriétaire de ce dernier (accessoirement une amie d'enfance 😉 ) et mettre en place le virement pour les pensions
  • mettre à jour ma page de voyage, apprendre à utiliser mon compte Instagram
  • vider la carte mémoire de l'appareil photo, et le charger, afin qu'il soit prêt à l'emploi
  • profiter des amis et de la famille
  • s'occuper d'organiser les premiers jours aux USA au moment où j'atterris
  • faire mon sac une première fois, trois semaines avant le départ, pour : vérifier que tout y rentre, choisir mes vêtements et compagnie (je pars avec le strict minimum, principalement des vêtements pour le sport, la randonnée, et je compte acheter le reste aux USA ou en Amérique latine : je laisserai ensuite mes achats au moment de rentrer en France), pouvoir acheter ce qu'il manque (électronique, hygiène, articles importants pour le quotidien, etc.). Mon choix : je charge mon sac comme si je partais 2 semaines, à l'exception des médicaments quotidiens, et j'achète le reste sur place.
  • organiser le départ de Paris (billets de train, logement la veille du départ, etc.)
  • vendre des choses pour gagner un peu de sous avant le départ (Vinted et vide-grenier)
  • recalculer proprement le budget du voyage et gérer les dépenses et rentrées d'argent (je compte faire de la relecture de mémoires notamment, pour gagner un peu d'argent, grâce à ma formation en recherche littéraire, mais pour cela il faut que je mette en ligne sur les sites consacrés mon annonce)
  • emmener la voiture au contrôle technique : si elle le passe, elle reste à la maison, et je la retrouverai en rentrant ; si elle ne le passe pas... on ne la garde pas, a dit papa ! Ce sera un problème en moins.
  • faire une demande de permis international et de la carte des auberges de jeunesse
  • faire des photocopies de tous les papiers importants, vérifier les mots de passe des comptes internet, noter tous les numéros utiles (proches ; médecin ; opposition carte bleue ; assurance ; etc.)
  • préparer un plan de voyage pour les douaniers aux USA
  • voir pour un compte spotify premium
  • vérifier une dernière fois les comptes, qu'il n'y a plus de prélèvements dont on n'a pas besoin (si besoin, résilier en dernière minute)
  • lire les guides de voyage, pour rêver un peu !
  • manger du fromage et du saucisson !!!

D'autres idées ? Des suggestions ? N'hésitez pas à m'écrire !

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Ça y est ! J'y suis. Santa Barbara, un concentré de l'American way of life.

Je vous passe les adieux, le stress du voyage, la fatigue, les mille questions du personnel de la compagnie pour s'assurer de mes revenus et de mes bonnes intentions, etc., mais je dirais simplement que l'euphorie du départ est une belle utopie ! Et lorsque vous êtes à l'aéroport, pour de bon, de l'autre côté des portiques de la douane (ouf, passé!), dans une sorte de non-monde où l'on parle toutes les langues et où les repères de lieu et de temps ne signifient plus rien, seul.e, avec pour seule compagnie une peluche que les copains vous ont offert pour le départ, je dois avouer qu'en ce qui me concerne j'ai sérieusement envisagé de laisser tomber.

Et oui, ça arrive aux meilleurs, et je ne nie pas pour autant la chance que j'ai, mais le coup de blues du départ n'est pas un moment facile, et c'est difficile de le partager, de se plaindre alors qu'on est en route pour un voyage merveilleux comme celui qui m'attend et que j'ai choisi de vivre.

Bref. Arrivée à Los Angeles, pas le temps de réfléchir à ce qui m'arrive ! Je prends immédiatement le bus pour Santa Barbara.

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NB : le ticket est à acheter sur le site : https://www.sbairbus.com. Il faut bien l'acheter avant de monter dans le bus, à la différence des bus Flyaways pour Los Angeles, dont on paye le ticket à l'arrivée du bus et non pas en montant. Du coup, moi je l'ai acheté avec mon téléphone une fois sur place, car mon forfait Free international me permet d'utiliser sans frais 25Go de 3G aux USA. Je ne l'ai pas pris en avance (même si j'aurais pu le faire avant de prendre l'avion) pour être sûre de ne pas rater le bus si mon avion arrivait trop tard. Mais sinon, si vous n'êtes pas sûrs d'avoir internet en arrivant (le WiFi de l'aéroport ne marchait pas pour ma part), prenez le ticket de bus, en prévoyant large, avant de partir avec n'importe quel ordinateur, ça fonctionne très bien !

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Bientôt, ce fut l'obscurité, une obscurité de raisins, une obscurité pourprée sur les plantations de mandariniers et les champs de melon ; le soleil couleur de raisin écrasé, avec des balafres rouge bourgogne, les champs couleur de l'amour et des mystères hispaniques ".


J. Kerouac, Sur la route, à propos de la Californie.

Sur la route des vins, dans les montagnes environnantes. 
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Il est minuit, je ne comprends rien à ce que l'on me dit, j'ai l'impression de ne pas être dans mon corps mais de flotter dans une autre réalité, et je ne rêve que de dormir après ces 24h de veille. En effet, je me suis empêchée de dormir dans l'avion, car en arrivant à minuit à Santa Barbara, c'est l'heure de se coucher, et je n'aurais jamais pu dormir en ayant fait une nuit de 10h sur la durée du vol... Alors j'ai pris le parti de supporter les râleries incessantes de mes voisins d'avion : entre eux, sur le personnel, sur la compagnie, sur les Americains, etc., un doux bonheur. Mon rêve, dormir, est bien prosaïque donc - on est encore loin de l'American dream pour l'heure, et il est de ce fait bien vite exaucé : l'appartement où je vais passer mes prochaines semaines se situe en effet dans le Downtown, près de l'arrêt de bus.

Dans cet état de somnolence, ce que je retiens de mon arrivée, ce n'est rien qui soit du ressor du descriptif, car trop fugace : ce sont des sensations, des odeurs, des bruits, des images colorées de la Californie. C'est la douceur de l'air, le calme régnant, le vent dans les palmiers, l'ombre de vignes à perte de vue, l'odeur des piments à la mexicaine si forte que j'ai le sentiment d'en manger, et surtout, ce qui m'est le plus cher entre tous les bruits, celui qui m'a bercée depuis mon enfance, le grondement sourd et fracassant des vagues dans le lointain.

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A propos de Santa Barbara ?

Cette ville est surprenante. Depuis un mois, je ne cesse de l'arpenter à pied, ce qui en fait d'ailleurs selon moi tout son charme par rapport au monstre qu'est Los Angeles. Et il me semble n'avoir encore rien vu.

Le théâtre historique de la ville, coucher du soleil. 

Je m'essaie à présent à la donner à voir, à sentir, à entendre, dans toute sa complexité, telle qu'elle m'apparaît.

Influence  de la gastronomie mexicaine dans un restaurant de fruits de mer plutôt chic (huîtres, ceviche, burritos de poisson)

A Santa Barbara, le Mexique se décline sous toutes ses facettes et sature l'atmosphère. L'espagnol est un bruit de fond, les classiques hamburgers sont revisités façon burritos - épices obligent, et les noms des rues ou des lieux-dits n'ont rien d'anglophone. Les noms des rues principales par exemple (De la Guerra pour n'en citer qu'une) sont ceux des premières familles richissimes de la ville, venues d'Espagne, qui ont imposé leur style et leurs coutumes. Vous pourrez ainsi visiter la Casa de la Guerra ou El Placeo, et faire votre shopping Al Paseo (photo de droite). En parlant bien espagnol, et en baragouinant l'anglais, je peux finalement communiquer davantage que des anglophones ne parlant pas un mot d'espagnol !

L'un des hauts lieux touristiques de la ville est la Misión, l'une des plus grandes et des plus esthétiques missions de la Californie. Elle est surnommée " Reine des missions ", et porte encore de nombreuses traces de son histoire très riche. Elle fut en effet longtemps une paroisse des Chumaschs, le peuple vivant ici avant l'arrivée hispanique. D'une blancheur éclatante, compte tenu l'ensoleillement qui fait ressortir le blanc sur fond bleu azur (Santa Barbara est reconnue comme la ville la plus ensoleillée de Californie, avec, en contrepartie de ses atouts idylliques, les problèmes énormes de sécheresse que cela implique : une infinité de techniques sont ainsi testées, comme sur cette fontaine, à gauche, où des bulles de verre flottant à la surface réduisent l'exposition directe de l'eau au soleil et limitent ainsi l'évaporation), elle se tient nichée dans la montagne, dont l'aridité, conséquence de graves incendies, contraste de façon presqu'indécente avec la végétation luxuriante des jardins.

State Street, artère principale, qui débouche sur la plage 

Les plages de Santa Barbara justifient l'attraction touristique de la ville : toutes proches du centre, bordées de palmiers, ce sont de longues étendues de sable fin. L'océan Pacifique et ses rouleaux font le bonheur des surfeurs, et je ne me lasse pas, chaque jour, de m'y baigner avant d'aller travailler. Le port est bordé d'une digue, depuis laquelle, à droite, se découvre l'océan et les Îles de la Baie (Channel Islands), et à gauche, s'impose la montagne. L'autre jour, en regardant les pics depuis le bout de la jetée, alors que j'entendais des vagues se fracasser au pied de la digue, un pélican est passé, comme un photomontage grossièrement truqué, sur fond artificiel de montagne et de mâts de bateaux, avant de plonger dans l'océan.

Il y a ainsi une faune impressionnante dans la baie : baleines en tout genre, lions de mer, pélicans, et, touche américaine in extremis, des chiens de toute race et de toute taille ! Blague à part, chaque famille possède en effet son, voire ses, chien.s. Ils peuvent entrer dans tous les lieux publics, bibliothèque incluse. Les gens s'arrêtent pour caresser les chiens qu'ils croisent, et ils font véritablement partie de la famille ! Mais toutefois, je ne peux m'empêcher, en tant que propriétaire de chien en France, qu'il n'y a pas une crotte en vue : les maîtres sont très consciencieux, ou, peut-être aussi découragés de souiller l'espace public compte tenu du coût des amendes... Tout étant exorbitant dans ce paradis, les amendes n'échappent pas à la règle. Ici plus qu'ailleurs, le contraste entre la richesse indécente et la misère la plus sordide vient d'ailleurs un peu ternir le tableau.

Qu'en est-il de l'aspect général de la ville ? Ce qui me frappe principalement, ce sont ces palmiers et cette verdure, de toute part, malgré le soleil de plomb.

Point d'immeubles (ce qui explique la difficulté pour se loger : disons pour faire bref que Paris est une ville très bon marché à côté de Santa Barbara), les commerces et les logements sont dans des petites maisons californiennes toutes différentes et chacune bordée d'un coquet jardinet, de buissons et de palmiers. Les routes sont parfaitement parallèles, ou perpendiculaires, le résultat étant le même : des routes immenses au bout desquelles se dresse la montagne. Au début je me suis fait avoir : " ah, c'est sur la Carrillo street ? Super, c'est tout près de chez moi ! ". Sauf que la route Carrillo en question fait des kilomètres! Et ledit lieu était au moins à une heure de marche. Ma ponctualité ne va pas en s'améliorant, autant vous le dire. Et ces kilomètres de bitume sont tout le temps bordés d'arbres, ce qui fait que, comme les bâtiments sont bas, dès qu'on prend un peu de hauteur, la vue globale de la ville est semblable à celle de la somme de plein de petits hameaux montagnards. Et honnêtement, toute cette flore - arbres, montagne, parcs, océan, plages, vignes et jardins - réjouirait n'importe quel peintre par la variété des couleurs qui s'en déclinent, et pour ma part je ne m'en lasse jamais.

Un petit mot, sans trop m'y attarder car je ne veux en aucun cas tirer des conclusions sur "les Américains", quant à mon contact avec les gens de la ville. Beaucoup de sourires, on me dit constamment bonjour ! Les gens dans la rue s'interpellent facilement : l'autre jour, alors que nous marchions, un homme passant à vélo crie en passant à mon ami : "j'adore ta vest......" et le voilà déjà loin. Au supermarché, les caissiers demandent systématiquement comment on va, et ce qu'on a fait de beau aujourd'hui : et, d'ailleurs, à cause de mon anglais médiocre, j'ai mis du temps à le comprendre, ce qui fait que plus d'une fois j'ai répondu "no, no, it's ok", pensant qu'on voulait me vendre un sac plastique ou une carte de fidélité, à un simple "how was your day ?". Au swing, les danseurs et danseuses viennent immédiatement me demander si je suis nouvelle, si tout se passe bien, si je n'ai besoin de rien, ils m'expliquent dès qu'ils me voient galérer sur un pas (c'est-à-dire souvent) et ils me font des câlins pour me dire bonjour (il paraît que c'est normal, hum, j'ai toujours du mal personnellement). Bref, beaucoup de simplicité et de générosité, et de volubilité également, dans leur façon de parler et de s'émerveiller (tout est facilement "amazing" par exemple) : tout ceci vient peut-être pallier le mode de vie très individualiste (chacun vit dans son quartier " ethnique ", dans sa petite maison, avec sa très grosse voiture et son téléphone dernier cri, quel que soit son revenu : la propriété privée et la consommation sont ainsi très fortement présentes). Mais en terme d'humain, on est aux antipodes de mes préjugés, et comme toujours la réalité d'un groupe humain est tellement plus complexe et nuancée que l'idée qu'on s'en fait ! Et je ne prétends pas en rendre compte : je ne retiens qu'une leçon d'humilité, car ce mélange n'est finalement pas si terrible ; et qui suis-je pour juger tout un peuple ? En somme, je dois admettre que je me plais ici.

Je dirais que la seule ombre au tableau dans cette jolie ville, c'est la saturation de l'espace par un idéal de consommation encore trop mis en scène alors qu'il est grand temps d'en sortir. Le nombre florissant de sans-abris côtoyant les boutiques de luxe ; les incendies dévastateurs hors de la ville qui jurent face aux jardins verdoyants des propriétés ; un Farmers Market très fréquenté par ceux qui en ont les moyens afin d'échapper aux OGM, pesticides, lobbying industriels, mais qui met en accès libre, allègrement, des sacs plastiques, dont chacun profite, moi la pemière, pour ne surtout pas mélanger les carottes et les tomates, et qui présente des étals considérables d'avocats : voici un choix d'exemples qui attirent mon attention en ce qu'ils appellent à réfléchir plus que jamais à l'avenir de notre planète et de notre (nos) société.s. Car Santa Barbara n'est-elle vraiment qu'un exemple isolé d'un modèle qui s'essouffle et montre ses limites sans vouloir se l'admettre ?

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I. LE GRAND CANYON.

Réveil à 4h30 du matin, 2h de route, un froid glacial pour les Californiens que nous sommes : ça y est, nous voilà sur le parking d'un des lieux les plus visités des USA, immense étendue grisâtre, prêt à recevoir les foules, encore givré alors que le soleil commence à se lever.

Autour de nous, seuls au milieu de ce parking désert : des arbres, la montagne, des chalets de vacance. Nous empruntons un chemin serpentant parmi les édifices touristiques divers, les pins et les fameux cactus arizoniens, en trottinant pour essayer de se débarrasser de ce froid qui me tétanise malgré les deux manteaux, trois pulls, et 2 paires de chaussettes de laine.

Et après une dernière courbe, sans prévenir...

Le voici !! Immense faille aux milles nuances de rouge, le Grand Canyon est un bijou géologique et artistique. Immense, immobile, permanent : j'en ai le vertige, à tous les sens du termes. Les années semblent s'incarner sous mes yeux, le temps prend forme à travers les couches de sédimentations. Impossible de s'arracher à cet état de contemplation, la faille est de taille et me fascine tout autant qu'elle me renvoie à mon humanité : nous ne sommes pas grand chose, ni dans le temps, ni dans la matière, face à de tels chef-d'oeuvres naturels. Quelques clichés donc, pour le plaisir des sens.

Lumière du levant 
Lumière du couchant 
On se sent petit, très petit... 

Boaters in the Grand Canyon often say they feel as if they are in another world, another time. They say they forget the outside world, and it forgets them. Time expands; it drifts. Worlds and times collide in the canyon, and the words we know — the language we have — are part of the current we ride on — and in.


Dans le Grand Canyon, les canotiers disent souvent qu’ils ont l’impression d’être dans un autre monde, dans un autre temps. Ils disent oublier le monde extérieur, et que celui-ci les oublie. Le temps s’étale, il devient errance. Les mondes et les temps s’entrechoquent dans le canyon, et les mots que nous connaissons — notre langage — font partie du courant sur (et dans) lequel nous glissons.


Laurie H. McMillin

Pour finir, un brin de géologie et d'histoire.

Le Grand Canyon est une immense faille. Tout en bas coule le Colorado, que l'on aperçoit en cherchant bien. De part et d'autre du Colorado, deux parois : South Ride, qui comme son nom l'indique est au sud, que l'on visite la plupart du temps, et d'où sont prises mes photos ; North Ride, plus difficilement accessible puisqu'il faut contourner le canyon si l'on vient par les axes principaux (Phoenix, Flagstaff...), fermé malheureusement l'hiver, mais vierge de touristes. Ceci dit, compte tenu notre heure d'arrivée et la période que nous avons choisie (le lendemain de Noël), les touristes ne nous ont pas gênés ! En revanche pour l'après-midi on s'est retrouvés assaillis et l'expérience est moins agréable. Revenons-en au canyon. Il est possible d'y descendre l'été, mas il faut être sportif, bien équipé, surchargé en eau, et prévoir de dormir en bas car descendre et remonter sur une journée relève de la performance.

Le Grand Canyon est donc un vide de 20 kilomètres de large, au fond duquel serpente le fleuve Colorado. Un sillon profond de 1,6 kilomètres, aux parois multicolores, striées de couches de grès, de calcaire et de schiste. Ces couches sont le résultat de la sédimentation et de l'érosion. Au début de son histoire, le Grand Canyon était sous l'eau ! Et a priori, c'est à ce moment-là qu'il aurait acquis ses couleurs rouge et blanc. Enfin, le travail de sculpture est l'oeuvre du Colorado, qui en serpentant a donné aux roches friables des formes exceptionnelles.

La bonne nouvelle, c'est que l'artiste, quoique sérieusement diminué - les périodes de sécheresse en Arizona sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus longues - est toujours là : mais il n'est pas commode, imprévisible, il passe facilement d'un mince filet d'eau se laissant traverser pourvu que l'on soit muni de bottes à un torrent violent et meurtrier (le courant est très fort).

En conclusion, jusqu'à présent c'est un des plus beaux tableaux qui m'ait été donné d'admirer.

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II. SEDONA.

Parlons peu et parlons bien : Sedona est la deuxième célébrité locale aprè le Grand Canyon, et en termes de couleurs elle n'a RIEN à envier à ce dernier. Des roches imposantes et ocres qui se dressent de part et d'autre de la route, il n'est nul besoin de les décrire lorsque les photos que j'ai prises rendent, coup de chance, parfaitement compte de la stature et de la couleur de ces titans venus d'une autre époque et tout aussi contemporains que nous dans le meme temps.

Prochain article plus citadin en perpective : NYC.

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