Carnet de voyage

Quelques mois en Asie

22 étapes
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Thaïlande, Vietnam, Cambodge, Malaisie... Suivez pas à pas mes aventures en Asie du Sud-Est
Du 18 janvier au 27 avril 2023
100 jours
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15 jours avant le grand départ... Un beau mélange d'excitation, de soif de découverte, de curiosité, et un brin d'appréhension.


Qui dit nouvelle année, dit nouvelle aventure. Et quoi de mieux pour démarrer cette année 2023 qu'un décollage direction l'autre bout du monde? ✈️✈️✈️


Alors que mon sac à dos est bouclé, attendant patiemment le jour du départ, je règle les dernières formalités administratives, me nourrit de lectures, de podcasts, et de récits de voyage, mais surtout des encouragements, du soutien et des "à bientôt" de mes proches.


Après près de 6 mois de préparation, je touche mon rêve du bout des doigts. J'ai hâte de décoller et de le prendre enfin dans mes bras. 🥰


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Le voyage a commencé porte de Montreuil, lorsqu'une dame m'a demandé conseil concernant l'achat de son sac a dos, me voyant équipée pour le départ (Decathlon me colle à la peau), et me partage qu'elle part en Thaïlande dans un mois. Habituée à ce voyage, elle me donne plusieurs tips, et me souhaite un bon voyage accompagné d'un grand sourire. De quoi me mettre en énergie pour le grand départ !

Arrivée à l'aéroport, mon estomac se resserre, le stresse monte, l'excitation aussi. Ai-je prévu assez de temps avant le décollage ? Est-ce que je n'ai rien oublié ? Est ce que je suis réellement prête ?

C'est alors que je rejoins le terminal 2E, musique dans les oreilles à fond, pas le temps de réfléchir. Enregistrement des bagages: check ! Vérification d'identité : check ! Passage de la sécurité : check !

Dernier coup de fil à mon chéri et lecture des petits mots laissés par les copains et mes soeurs dans mon carnet de voyage avant de monter à bord de l'avion. Quelques larmes.

Embarquement. On y est. Pas de retour en arrière possible. Rdv à Bangkok dans 12h. ✈️✈️



En prime: une place côté hublot 👌
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Après une heure à errer dans l'aéroport pour prendre mes marques, je prends mon billet de "train" pour rejoindre le centre (l'équivalent de notre RER).

Il est 2h du matin en France. Alors que mes proches sont endormis, je démarre cette nouvelle aventure.

J'ai l'impression d'être partie il y a une éternité, et en même temps il y a quelques secondes.

Agréable surprise à mon arrivée à Bangkok: le réseau de métro est très bien fait, intuitif, et agréable malgré l'heure de pointe. Et surtout: climatisé (Ah oui, il fait 30°C ici à Bangkok, alors que je suis partie avec la neige sur Lyon, le choc thermique a été un peu rude!). Tous les usagers sont respectueux et ont le sourire, et n'hésitent pas à m'apporter leur aide lorsqu'ils remarquent que je cherche mon chemin, qu'ils parlent anglais ou non.

A mon arrivée dans le centre de Bangkok, le voyage a été tout d'abord sonore et olfactif. Le tumulte des scooters se mêlent à l'odeur des brochettes de poulet frits et des gaufres.

Je me balade quelques temps avant de pouvoir faire mon check-in à l'auberge de jeunesse. Il est 8h. Cela fait 24h que je suis éveillée, alors je m'autorise une petite sieste dans un parc.

Après cela, je vais de découverte en découverte, cette ville m'en mets plein la vue, et plein les papilles aussi !

Je sympathise avec d'autres voyageurs de mon auberge de jeunesse, et nous décidons d'aller boire une bière ensemble. Un beau moment de partage et d'échange.

C'est l'esprit rempli de découvertes que je vais me coucher.

J'ai hâte de redécouvrir la ville demain, après une bonne nuit de sommeil !

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Il me semble que je commence à apprivoiser la ville. Traverser la rue devient de plus en plus facile, communiquer avec les locaux aussi (et commander des plats peu pimentés par la même occasion !). J'ai appris quelques mots de thaïlandais, et me suis faite au tumulte de Bangkok et sa dense circulation. Une fois passé le stade de l'acclimatation, tout semble plus facile.

Je rejoins mes nouveaux amis de l'auberge de jeunesse. Un café glacé à emporter, et nous voilà repartis pour une belle journée !

Nous décidons de marcher jusqu'au Sud de la ville, arpentant les rues de Bangkok toute la journée. Pour rentrer à l'auberge, nous prenons le bateau, qui fait partie des transports en commun de la ville. Très pratique et avec une vue splendide !

Pour le dîner, nous décidons de nous arrêter dans un petit restaurant qui ne paie pas de mine, mais qui semble propre et sans touriste. Quelle belle surprise de voir qu'ils y servent du jok, une sorte de soupe de riz qu'avait l'habitude de nous préparer ma maman quand nous étions petites (cháo en vietnamien). Retrouver ces saveurs de mon enfance à l'autre bout du monde... Quel réconfort !

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Le lendemain, nous prenons un taxi pour le marché flottant de Talingchan, au Nord-Est de la ville. Après une balade en bateau sur les khlongs (réseau de canaux dans la plaine centrale de Thaïlande), les odeurs de poissons grillés nous interpellent, et nous décidons de nous laisser tenter.

En guise de balade digestive, nous retournons sur la terre ferme pour visiter le fameux Grand Palais de Bangkok. Nous avons alors tous les trois eu la même réaction en arrivant: "Wouaaaah". 29 hectares et plus de 200 ans d'Histoire et de Savoir-Faire se trouvent sous nos yeux. Une partie est ouverte au public, l'autre étant toujours utilisée pour les cérémonies royales officielles.

Le soir, nous nous rendons au marché de nuit de ChangChui, qui est aussi un espace de création artistique, avec des boutiques d'artisans, de créateurs, des expos d'art, une friperie, un foodcourt... Bref, tout ce que j'aime ! J'en profite pour acheter un T-shirt rouge à porter pour le nouvel an chinois qui a lieu le lendemain (pour la modique somme de... 0,56€! ) et me retiens ne pas acheter l'ensemble du marché, mon sac doit rester léger. 😉

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Dernier jour à Bangkok: bonne année lunaire ! J'enfile mon T-shirt rouge acheté la veille, m'empare de mon sac à dos, et file dans le Sud de la ville pour effectuer mon check-in dans une nouvelle auberge de jeunesse. Je m'installe, prends une douche (pour la millième fois de la journée), et monte sur le rooftop. Je découvre alors une vue de dingue ! J'en profite pour passer quelques coups de fil, faire quelques visios pour faire profiter mes ami.e.s du spectacle que m'offre cette dernière nuit dans la capitale.

Puis je vais rejoindre ma nouvelle amie italienne pour célébrer le nouvel an chinois. Le spectacle offert par le quartier d'IconSiam, qui abrite un complexe commercial immense et très luxueux, est incroyable ! Bon par contre... la sobriété énergétique, ce sera pour demain à priori! 😛

Dernière nuit à Bangkok.

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Alors que je me réveille tranquillement, je réserve mon auberge pour la prochaine destination: Ayutthaya, au Nord de Bangkok et m'informe sur comment m'y rendre.

C'est donc depuis le train que j'écris ces lignes. Merci Bangkok pour ce début de voyage incroyable! Rendez-vous à la prochaine étape 😉

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Après 2h de train, me voilà arrivée à Ayutthaya. Deuxième capitale du royaume de Siam, la ville a été fondée en 1350 et attaquée et rasée en 1767 par l’armée birmane. Le site de 289 hectares (rien que ça!) est aujourd'hui classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO. Pour me déplacer, bateau et tuk-tuk sont mes meilleurs alliés !

Dès mon arrivée sur l'île, je décide de me poser quelques instants afin de définir mon programme pour ces deux prochains jours. C'est alors qu'une voyageuse me demande si elle peut se joindre à moi pour le café. J'accepte avec plaisir. Il s'avère que cette voyageuse est une Parisienne. Nous discutons donc un moment avant mon check-in à l'auberge et elle me conseille d'aller voir le Wat Chai Watthanaram pour y admirer le coucher de soleil. C'est donc ce que je décide de faire, et quel spectacle ! Les lumières, les couleurs, la sérénité de ce lieu rempli d'Histoire, tout était parfait.

Après cela, je retrouve ma nouvelle amie Parisienne pour une bière en fin de journée, après un petit tour au marché nocturne de la ville. Cela fait du bien de parler Français le temps d'une soirée, et de mettre son cerveau en mode "off".

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Après une nuit un peu agitée à l'auberge. Je prends un bon café, remplis ma gourde de glaçons, enfile ma casquette, m'empare de mon sac de longanes et commence à arpenter l'île à pied.

Six heures, quatre temples et 3 plats de nouilles plus tard, me voilà épuisée. Je décide donc de m'accorder un peu de bon temps avant de prendre le train de nuit pour Chiang Mai. 😀

Et c'est parti pour 12h de trajet ! 😉

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Mes yeux s'ouvrent alors que je suis toujours dans le train, par la fenêtre j'aperçois un paysage verdoyant, des montagnes, le tout coloré par la lumière de l'aube. Pour la première fois, je vois la beauté de la Nature thaïlandaise.

Arrivée à Chiang Mai après 12h de train, je prends un taxi-scooter afin de me rendre à mon auberge de jeunesse. Sur place, je m'aperçois que je suis seule à occuper le dortoir. L'occasion de me reposer et de profiter du calme que m'apporte cette absence de colocataires. J'en profite pour ré-organiser mon sac, et chercher une blanchisserie pour laver mes vêtements. Me voilà donc avec des affaires toutes propres, qui sentent bon la lessive ! J'arpente la ville jusqu'à la nuit tombée.

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Le lendemain, je vais de découverte en découverte. J'apprends petit à petit à ne rien avoir à faire, et cela s'avère finalement plus difficile que je le pensais. Il me faut me détacher de ce besoin incessant de programmer, planifier, organiser. J'apprends à lâcher prise, et me contente de recueillir ce que la ville et ses habitants ont à m'offrir. Je me sens bien ici, la capitale du Nord m'apaise.

Je déambule à travers les marchés d'artisans, m'autorise à flâner dans les boutiques de créateur.trice.s. De l'artisanat, du bon café, une Histoire fascinante, cette ville a décidément tout pour me plaire...

Je décide de rester deux jours de plus à Chiang Mai, je suis persuadée que cette ville a encore beaucoup à m'offrir. Je me perds dans les ruelles étroites de la ville, non loin des zones touristiques, mais qui pourtant semblent invisibles depuis les grandes artères de la ville. Alors, les odeurs s'émanant des cuisines ouvertes sur la rue, la musique thaï s'échappant d'un vieux poste de radio, les rires des enfants jouant dans les allées me saisissent. La sérénité me gagne, elle est chaleureuse et réconfortante. Pas de doute, je me sens vraiment bien ici. Alors que je rejoins ma nouvelle auberge, je rencontre un Anglais, installé à Chiang Mai depuis plusieurs années, qui me propose de me faire découvrir la ville tels que les habitants la connaisse.

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Samedi matin. Alors que je me suis couchée pour la première fois depuis mon départ de Paris à moins de 2h du matin la veille, je me réveille en pleine forme. Je décide de chercher un endroit où bruncher. C'est alors que dans une petite ruelle, je vois un portail avec un grand jardin plein de charme. C'est alors accompagnée par la mélodie et le chant d'un guitariste situé au fond du jardin que je déguste mon petit déjeuner.

Me voilà d'attaque pour aller visiter les temples de la ville. L'architecture de Chiang Mai est déconcertante par sa diversité. Tantôt dans un style traditionnel thaïlandais, tantôt d'inspiration birmane ou chinoise, les vestiges de l'occupation se mêlent aux temples majestueux datant du second souffle de la ville au début du XXe siècle.

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Dernier jour à Chiang Mai. Je passe la journée avec de nouveaux amis rencontrés à l'auberge de jeunesse.

Je rejoins la station de bus de la ville afin de me rendre à Chiang Rai, à un peu moins de 200km au Nord, afin d'y rejoindre mes amis rencontrés plus tôt à Bangkok.

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Alors que je descends du Bus au Terminal de Chiang Rai, mes amis m'attendaient déjà. Nous passons une soirée tranquille pour nos retrouvailles sur le rooftop de l'auberge de jeunesse.

Le lendemain, nous cherchons désespérément un taxi prêt à nous emmener à une soixantaine de kilomètres au Nord de Chiang Rai, près de la frontière avec le Myanmar. Après près d'une demi-heure, nous tombons sur un chauffeur non seulement prêt à nous y emmener, mais qui nous propose également de passer la journée avec nous afin de nous faire visiter la région.

Après avoir visité le white temple et le golden temple, nous gravissons la montagne avec le taxi qui manque de nous lâcher à chaque seconde, peu habitué à transporter autant de personnes sur des dénivelés aussi importants. Nous admirons la vue depuis la fenêtre, et profitons de cette opportunité qui nous est donnée.

Pour le déjeuner, nous nous arrêtons dans un village typique de la montagne de Chiang Rai, au programme: authenticité et tradition.

Puis notre chauffeur-guide nous amène dans les plantations de thé: des paysages à en couper le souffle, le tout avec la fraîcheur de la montagne.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons au temple bleu au coucher du soleil, afin de clore en beauté cette formidable journée.

Le lendemain, direction Bangkok pour une dernière journée avec les copains, avant que nos chemins ne se séparent. Le voyage continue vers le Vietnam pour l'une, retour au Canada pour le second, et direction le Sud pour ma part.

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Après une nuit de bus éprouvante, et avant de nous faire nos adieux, nous décidons de nous rendre sur une île au Sud de Bangkok, un petit poumon vert en plein coeur de la capitale. Nous y louons trois vélos, et partons explorer ce lieu magique. Malgré la chaleur, la végétation et les petits stands de boissons fraîches nous permettent d'échapper à la pollution et à l'agitation de Bangkok le temps d'une journée.

Vient l'heure des adieux. Nous prenons un dernier petit déjeuner tous ensemble, dans la cuisine ouverte mise à disposition par l'auberge de jeunesse avant de chacun suivre sa propre route...

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Après 15 jours de vadrouille dans le Nord de la Thaïlande, je commence à comprendre son fonctionnement, son rythme et ses habitants. C'est donc avec enthousiasme que je me dirige vers le Sud du pays, et ses îles paradisiaques. Oui, mais lesquelles ? Avec plus de 5.000 îles, toutes plus belles les unes que les autres, il est difficile de faire un choix. Je décide de passer mon tour pour Phuket, Ko Phi Phi et Ko Phangan, qui vivent au rythme de la fête et du tourisme de masse, un peu trop éloignées de mon état d'esprit actuel. C'est donc sur Ko Lanta que je mets le cap.

A mon arrivée sur l'île, malgré les paysages magnifiques, une plage de sable blanc qui s'étend à perte de vue, un horizon parsemé de structures karstiques, quelque chose me dérange. Ce n'est qu'après avoir marché plusieurs heures sur l'île que je remarque l'absence de population locale, au profit de resorts, de restaurants et de salons de massage, s'étalant d'un bout à l'autre de l'île. Pour la première fois depuis mon arrivée en Thaïlande, je suis déçue.

Je me dirige tout de même de l'autre côté de l'île afin de découvrir la vieille ville. Ici, tout est sur pilotis, l'architecture a beaucoup de charme, et il y a possibilité de se perdre dans les petites rues afin de découvrir les habitations locales. Quel contraste avec l'autre côté de l'île. Tout paraît plus authentique, plus naturel. J'y passe la soirée, et planifie la fin de mon périple thaïlandais.

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Le lendemain, je prends le bateau pour Ko Ngai, une petite île de seulement 3,6 km², qui me semble idéale pour prendre le temps de me reposer. Dès mon arrivée sur l'île les pieds dans l'eau (littéralement, étant donné qu'il n'y a pas de route donc pas de véhicule terrestres, les taxis sont des petits bateaux qui longent la plage afin de déposer les usagers), je me sens apaisée. Une eau turquoise, claire, aucun bruit de klaxon, ni de scooter, seulement le bruit des vagues s'écrasant sur les rochers et le ronronnement des moteurs de bateau.

Je passe la soirée les pieds dans le sable, profitant du coucher de soleil dans ce cadre digne d'une carte postale.

C'est dans un bungalow que je passe la nuit. Après deux semaines en auberge de jeunesse, je suis heureuse de retrouver un peu de confort, de calme (ainsi qu'une salle de bain pour moi toute seule!). Je ne ressens pas le besoin de sociabiliser, mais au contraire celui de me retrouver et de profiter pleinement de l'instant présent.

Je me réveille à l'aube le lendemain matin pour admirer le soleil se lever, observer les couleurs changer, le ciel s'éclaircir petit à petit, et entendre doucement l'île se réveiller. D'abord ses animaux, puis ses habitants.

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C'est ensuite sur l'île de Ko Muk que mon voyage me mène. De prime abord, pas de grande plage de sable fin, pas d'eau turquoise, mais une atmosphère chaleureuse, accueillante et tranquille. Cette petite île dont les habitants vivent essentiellement de la pêche et de la culture d'arbres à latex, semble avoir échappée au tourisme de masse, ayant gardée toute son authenticité et sa simplicité.

L'île se compose de deux parties: le village à l'Est, la jungle à l'Ouest. La traversée de cette jungle par un sentier méticuleusement fléché et tracé par les habitants permet de découvrir des plages très peu fréquentées, et à priori magnifiques, selon Kurt, un jeune retraité allemand que j'avais rencontré la veille. Je décide donc de m'y aventurer.

Après quelques heures de marche dans une chaleur humide et une végétation dense... se dresse devant moi un paysage sublime, un véritable tableau, un chef d'oeuvre de la Nature. Une eau si transparente qu'on peut y voir les poissons depuis la plage.

C'est après une journée riche en découvertes et la tête remplie de belles images que je rejoins ma tente, dans laquelle j'ai prévu de rester deux nuits. Le lieu est tenu par Yai, un homme thaïlandais d'une gentillesse et d'une générosité sans limite. Nous passons la soirée à discuter de tout et de rien, puis il me raconte l'histoire de son île, son histoire. A ce moment précis, je me dis une chose: si je voyage jusque l'autre bout du monde, c'est exactement pour avoir la chance de passer des moments comme celui-là.

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Mon séjour dans le Sud m'a fait du bien, m'a permis de prendre le temps. C'est sur cette note que je quitte la Thaïlande, direction le Vietnam.

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Après trois semaines passées en Thaïlande, me voilà de retour à Bangkok afin de prendre un avion pour le Vietnam.

Arrivée sur place, je reconnais dans l’attitude des hommes fumant leurs cigarettes au bord du trottoir des airs de mon grand père. Dans les odeurs émanant des cuisines à même ce trottoir, les mets de ma grand-mère. Et dans les intonations des mères s’adressant à leurs enfants, la bienveillance de ma mère.

Je me sens chez moi ici. Un sentiment étrange, et pourtant tellement réconfortant.

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C’est alors slalomant entre les scooters, parmi le brouhaha des klaxons et des conversations bruyantes des vietnamiens que pendant deux jours, j’erre dans la ville. J’en profite pour m'imprégner des lieux, de la culture et de la vie de la capitale. Je mets ce dernier temps seule à profit pour m’informer, discuter avec des locaux, me rendre dans les musées d’Histoire de la ville, avant que mes amis ne viennent me rejoindre pour deux semaines.

J’essaie de comprendre ce pays dans lequel ma mère est née, dont je ne connais finalement pas grand chose, et qui fait pourtant partie de moi, de mon histoire. Et c’est une bonne claque que je prends. C’est avec beaucoup d’émotions que je le découvre. Et ce n’est que le début...

C’est alors le cœur lourd et l’esprit rempli de questions que j’entame ce séjour au Vietnam.Les émotions me submergent à chaque coin de rue, passant du sourire aux larmes en une fraction de seconde. Je réussis à capter quelques mots en vietnamien par ci, je me surprends à discuter avec des passants comme si je les connaissais depuis toujours, et je déguste des plats succulents qui me rappellent mon enfance.

J'accueille à bras ouverts ces émotions, aussi fortes soient elles. C'est en grande partie pour cela que j'ai pris la décision de partir. Toutefois, vivement que les copains arrivent. J'ai besoin d’une prise de recul et d’un peu de légèreté.

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Pour mon troisième jour à Hanoï, me voilà passée d’une voyageuse en solo à un groupe de six copains, et ce pour les deux prochaines semaines. L'occasion pour moi de prendre les choses avec plus d'insouciance. Cela va me faire du bien.

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La boucle d’Ha Giang est paraît-il un incontournable lors d’un voyage au Vietnam. Nous décidons alors de louer trois motos à Hanoï, afin de nous rendre dans le Nord du pays. Premier arrêt: Sapa et ses paysages connus pour leur beauté, pour ensuite remonter sur la boucle d’Ha Giang avant de retourner à Hanoï.

Ainsi débute un périple de près d’une semaine, qui nous réservera son lot de surprises et d’émotions.

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C’est avec enthousiasme et excitation que nous quittons la capitale sur nos trois 125 cm3. Nous avons hâte de découvrir les paysages du Nord du Vietnam, dont nous avons tant entendu parler. Au rythme des virages, accompagnés par le ronronnement des motos, nous avalons les kilomètres, découvrant un Vietnam qu’il faut voir de ses propres yeux, qu’il faut vivre pour le comprendre. Nous slalomons entre les banderoles rouges, passant de village en village, salués par les enfants rentrant de l'école sur leurs vélos beaucoup trop grands pour eux, et observés d'un regard méfiant par les plus anciens coiffés de casques militaires à l'effigie de leur pays. Alors que nous nous arrêtons dans un petit village pour déjeuner, nous sommes confrontés à notre première panne. L’une des motos ne démarre plus.

C’est alors que la magie du Vietnam opère: une première personne se penche sur la moto, essayant de déceler d’où vient la panne, puis il appelle ses amis, qui à leur tour examinent le véhicule. En quelques minutes, nous voilà entourés par ce qui m’a semblé être la moitié des habitants du village. Pas un seul ne parlait ni anglais, ni français, mais en moins d’une demi heure, après quelques tours de clés, quelques euros et de grands sourires échangés, nous voilà à nouveau en selle !

Après avoir abattu près de 9h de route et 350 kilomètres dans la même journée, nous arrivons à Sapa, épuisés. Nous découvrons à ce moment un Sapa sous la pluie, les nuages ne nous permettant pas de voir à plus de quelques centaines de mètres. Le moral n’est pas au beau fixe, mais nous ne nous laissons pas abattre. Ce sont les aléas du voyage et de la météo. Nous allons nous coucher en espérant que le temps sera meilleur le lendemain.

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Après une nuit plus ou moins reposante étant donné les basses températures de l’endroit où nous nous trouvons (une dizaine de degrés à 1 600 m d’altitude) et l’absence d’isolation dans la guesthouse qui nous accueille, nous voilà à nouveau sur la route, toujours sous la pluie, direction Ha Giang, afin de commencer sa fameuse boucle.

Forts de notre mauvaise expérience de la veille, nous décidons de nous arrêter sur la route afin de nous équiper contre le froid et l’humidité. Nous voilà prêts à affronter le mauvais temps, qui n'entachera cette fois-ci pas notre bonne humeur.

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En quelques mots, la boucle d’Ha Giang, c’était:

… Des paysages tous aussi sublimes les uns que les autres

… Plus de 350 km à moto...

… Et donc quelques pannes.

… Des rencontres inattendues et merveilleuses

… Des moments de partage autour d'un thé, d'un karaoké improvisé, d'un bon repas, ou encore de quelques verres d'alcool de riz

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Durant près d’une semaine, nous avons vécu au rythme des routes sinueuses de la province d’Ha Giang. A chaque fois qu’un paysage nous paraissait magnifique, il suffisait de tourner à peine la tête pour en apercevoir un plus beau encore. Tout ce que nous avions lu, toutes les photos que nous avions vues, tout ce dont nous avions rêvé, nous le vivions au quotidien, tous ensemble. Au-delà de ces images qui resteront probablement gravées à jamais dans nos esprits, je garde très précieusement dans un coin de ma tête, et tout au creux de mon coeur, l’expérience humaine vécue, tant avec les locaux rencontrés sur la route, que les moments de partage que nous avons vécus entre amis. Je n’en doutais pas avant mon départ, mais maintenant j’en suis persuadée: de telles expériences forgent des amitiés pour toute une vie.

C’est donc la tête pleine de souvenirs gravés à jamais que nous reprenons la route pour Hanoï, où nous attend un minibus pour la suite de notre aventure: Ha Long.

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Que serait un voyage au Vietnam sans une visite de la baie d'Halong ? Après plus de 300 km et près de 7h à moto pour rejoindre Hanoï, nous rendons les clés de celles qui furent nos compagnes de route durant cette incroyable aventure.

Un minibus nous attend afin de nous rendre à Ha Long, 150 km à l’Est du pays.

Une fois arrivé sur place, une énorme station balnéaire nous attend. La ville de Ha Long s’est construite autour du tourisme de masse durant ces dernières décennies, et ça se voit. Quel contraste avec les paysages naturels et les montagnes observées quelques jours plus tôt dans le Nord. Ha Long est une ville très américanisée, avec des boulevards immenses, la plupart du temps vides. Malgré la saison hivernale, nous ne croisons quasiment personne dans les rues, et les immeubles en construction s’étendent à perte de vue. Une étrange impression m’envahit, celle d’une ville fantôme, d’une sorte de parc d’attraction de la taille d’une ville, mais cependant désert.

Nous troquons les motos contre des scooters, et décidons de nous éloigner du centre-ville. L’occasion pour nous de faire graver à jamais le souvenir de la boucle d’Ha Giang ainsi que notre belle amitié.

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Le lendemain, nous prenons le bateau pour visiter la fameuse baie d’Halong. Et nous ne sommes pas déçus. Malgré le temps couvert, nous apercevons au loin les îles karstiques calcaires, desquelles nous nous rapprochons de plus en plus. Je suis frappée par la beauté du lieu, par son calme, sa richesse biologique et son Histoire.

Nous dégustons un très bon repas à base de fruits de mer à bord du bateau, avant de poursuivre la journée.

Durant l’excursion, nous avons eu la chance de visiter plusieurs criques, plages, grottes et lacs, tantôt à la force de nos jambes, tantôt en kayak.

Après une journée en bateau, c'est l'esprit rempli de belles images que nous retrouvons la terre ferme.

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Le lendemain, nous reprenons le minibus direction Hanoï. Nous en profitons pour faire les boutiques, certains achetant des souvenirs du Vietnam, d'autres des affaires nécessaires à la bonne poursuite de leur voyage. J'ai du mal à me dire que nos chemins vont bientôt se séparer, après deux semaines de voyage à six. Alors que mon itinéraire me mène vers le Sud du pays, le reste du groupe s'envole le lendemain pour la Thaïlande. Nous profitons de cette dernière soirée pour faire la fête, et ressentir une dernière fois l'effervescence et l'énergie de la capitale vietnamienne.

C'est trop dur, je ne peux pas les laisser, pas maintenant. Sur un coup de tête, je décide alors de réserver un vol pour Bangkok. Finalement, c'est de ça dont est fait le voyage, d'imprévus, de liberté. Je me suis promise de suivre mon instinct, et c'est donc avec mes amis que mon voyage va se poursuivre.

Thaïlande, me revoilà! 😉

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Me voilà de retour à la source: Bangkok, cette fois-ci accompagnée de mes cinq acolytes. Cette fois-ci, je laisse de côté le mode découverte pour faire place au mode décompression. Je me laisse porter par les envies de chacun.e, n'ayant aucune attente concernant la suite imprévue de ce voyage, et cela me fait du bien. Nous arpentons la ville en tuk-tuk, en bateau, puis à pied jusqu'à la nuit tombée.

Je laisse alors le groupe qui rejoindra Koh Samui, au Sud, en avion le lendemain, tandis que je m'y rends en bus. Rendez-vous dans 14h !

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Après un long voyage en bus, puis en bateau, je retrouve mes amis sur l'île de Koh Samui. Volontairement, il s'agissait de l'une des îles que j'avais choisi de ne pas visiter lorsque j'étais seule, étant donné sa réputation basée autour de la fête et du tourisme de masse, mais avec les copains, c'est différent. L'occasion pour nous de nous détendre et de profiter de l'immensité des plages de sable fin.

Nous chevauchons à nouveau nos scooters, direction le centre de l'île, où cascades et sentiers de randonnée nous attendent. C'est alors au cœur de la Nature que nous poursuivons cette merveilleuse journée.

Alors que nous passons la soirée sur la plage, je m'approche du bord de l'eau, les vagues caressant mes chevilles. Au loin, j'entends le rire de mes amis. Sous mes pieds, le sable encore chaud me caresse les orteils, et devant moi, l'horizon s'étend à perte de vue, accompagné par le bruit des vagues s'échouant sur les rochers, la lumière du soleil terminant sa course pour la journée. A ce moment précis, je repense à tous les obstacles surmontés, aux moments les plus difficiles, et je me rends compte que c'est finalement pour des moments comme ceux-ci que l'on a la force de se battre au quotidien. Pour ce sentiment de plénitude, de sérénité, de bonheur, finalement. A cet instant précis, je me sens bien, et j'aimerais qu'il dure une éternité.

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La suite de notre périple nous amène sur l'île de Koh Tao, reconnue pour ses spots de plongée. Alors qu'une partie du groupe part en bateau pour observer les fonds marins, l'autre partie se balade sur l'île, en profitant pour se reposer et admirer la vue depuis la plage.

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C'est avec une pluie tropicale que nous quittons l'île, pour notre dernier trajet tous ensemble, comme si la météo accompagnait nos au revoir.

Cette fois-ci, c'est la bonne. Notre groupe de six se scinde en trois. Alors qu'un binôme s'envole pour un retour en France, un autre poursuit son aventure en Thaïlande. Pour ma part, je décide de traverser le Cambodge afin de me rendre ensuite dans le Sud du Vietnam, reprendre mon voyage où je l'ai laissé il y a une semaine. Alors que j'explique mon itinéraire à mes amis, une bonne surprise m'attend. Max, qui a décidé de quitter la France pour un tour du monde sur plusieurs années, décide de me suivre. C'est alors à deux que nous poursuivons notre route vers le Cambodge.

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Alors que je suis dans le bus direction la frontière Cambodgienne, je prends conscience que le voyage prend un nouveau tournant.

D'abord seule, explorant, découvrant, puis en groupe dans une ambiance beaucoup plus décontractée et festive, nous voilà à présent plus que deux à voyager, avec Max, en direction de ce pays dont nous ne savons encore rien.

Cela me rassure de l'avoir à mes côtés, ce voyage à deux m'apparaît comme une sorte de transition avant de reprendre la route seule, avec comme seul compagnon de voyage mon sac à dos.

Après plus de 45 jours de voyage, je me sens d'attaque. Je n'appréhende plus les passages de frontière, je n'ai plus peur de la barrière de la langue, j'arrive de mieux en mieux à gérer mes émotions et les chocs culturels. C'est donc sereine que je me rapproche de cette frontière.

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La compagnie de bus simplifie toutes nos démarches administratives. Nous passons la frontière très rapidement et sans encombre. Quelques heures plus tard, nous voilà arrivés à Siem Reap.

C'est une ville à taille humaine. Le soleil y est bas, ce qui donne une couleur orangée aux bâtiments et une atmosphère particulière à la ville. Je m'y sens bien.

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Dès le lendemain de notre arrivée, nous louons un scooter afin de nous rendre dans les temples d'Angkor, situés à une dizaine de kilomètres au Nord de la ville.

Première claque.

Au coeur de la forêt, une quarantaine de temples se dressent devant nos yeux ébahis, témoignant de la période prospère de l'Empire khmer, régnant autrefois sur une grande partie de l'Asie du Sud-Est. Des premières questions me viennent à l'esprit: Que s'est-il passé ici ? Quelle est l'Histoire de ce pays dont nous ne parlons que très peu en Occident ?

Des statues de Bouddha dans des temples de style hindouiste aux détails minutieusement sculptés dans la roche, de l'atmosphère régnant dans ces temples à la Nature qui semble reprendre ses droits sur l'architecture, cet endroit me questionne autant qu'il m'impressionne.

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Après trois jours à errer sous un soleil cuisant parmi les vestiges du passé, nous décidons de nous éloigner de la ville afin de visiter les ateliers de l'entreprise "senteurs d'Angkor". Sur place, un jeune guide francophone vient à notre rencontre, nous expliquant le processus de fabrication des produits fabriqués par l'entreprise. Depuis 1999, cette entreprise met en valeur les richesses locales du pays afin de développer des produits naturels et responsables. Une belle parenthèse olfactive !

Sur le chemin du retour, nous traversons un village de pêcheur au bord du Tonlé Sap.

Deuxième claque.

Nous sommes frappés par la pauvreté et par les visages marqués par la fatigue des habitants du village.

Mon regard croise celui des femmes allaitant leur bébés à même le sol dont la poussière donne une couleur orangée à l'ensemble des habitations et des tissus, celui des hommes soulevant des sacs de riz plus lourds que leur propre poids sous la chaleur extrême, celui des enfants jouant avec des canettes de bière coupantes sur le bord de la route.

Plus nous avançons parmi ces habitations de fortune, et plus mon coeur se resserre.

Nous y voilà, confrontés à une réalité dont nous n'avons que trop peu conscience dans notre quotidien en France.

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Nous regagnons notre guesthouse avant de prendre le bus pour Kratie, un peu plus à l'Est du pays.

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Après quelques heures en minivan sur des routes plus ou moins goudronnées, nous voilà arrivés à Kratie. Cette petite ville se situe à mi-chemin entre Phnom Penh, la capitale du pays, et Ban Lung, notre prochaine destination. Nous y posons nos bagages pour deux nuits, le temps de nous remettre des émotions procurées par ces premiers jours au Cambodge.

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De suite, je suis charmée par l'atmosphère de cette ville, par son marché, par sa promenade le long du Mékong, par ses couleurs. Elle paraît idéale pour se ressourcer avant de poursuivre notre itinéraire vers le Nord du pays.

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A notre arrivée à Ban Lung, au Bee Bee's chalet, nous sommes accueillis par une famille charmante qui nous propose de rester dîner avec eux. Nous acceptons avec plaisir, et passons une soirée très agréable en compagnie de Nita, Sina et leurs trois enfants.

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Le lendemain, après un petit déjeuner en famille, nous décidons d'explorer les environs en scooter. La province de Rattanakiri est la région la plus isolée et la moins développée du pays, malgré ses paysages montagneux, ses belles cascades, sa richesse culturelle et la gentillesse de ses habitants, elle n'est pas encore une destination privilégiée des touristes. Nous arpentons donc les routes et chemins de terre parmi les locaux.

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Lors d'une soirée à jouer aux cartes autour de quelques bières, Nita nous explique que la majorité des habitants de la région vit avec environ 5$ par mois, et est encore très marquée par les dominations, exploitations et guerres successives connues par le pays depuis plusieurs siècles, et ce jusque dans les années 1990. Elle nous raconte alors son Histoire, celle de sa famille, et celle de ce pays déchiré par la guerre, la violence et la pauvreté.

Plus nous avançons sur les routes orangées du Cambodge, et plus nous en apprenons sur son Histoire, sur le mode de vie de ses habitants. Au gré des rencontres, nous assemblons les pièces du puzzle. C'est alors avec un regard compatissant que nous traversons ce pays en pleine reconstruction économique, culturelle et psychologique.

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Le lendemain, nous partons à la découverte de la jungle cambodgienne. C'est avec un brin d'appréhension que je commence ce trek de deux jours et une nuit. Dormir dans la jungle d'un pays que je ne connais pas ne me rassure pas tout à fait. Pour autant, quel serait l'intérêt d'un voyage à l'autre bout du monde sans sortir de sa zone de confort ?

Nous partons donc en tuk-tuk avec notre guide, Duong, qui nous amène jusqu'à une petite embarcation en bois.

Après 30 minutes de bateau, nous faisons la rencontre du ranger qui nous accompagnera durant ces deux jours. Claquettes au pied, machette à la main, et sac de riz accroché en bandoulière par un foulard en guise de sac à dos, il semble connaître la jungle comme sa poche.

Après une heure de marche dans les rizières asséchées par le soleil, nous gagnons la jungle, qui finalement n'est pas si épaisse que je me l'étais imaginée. Quelques heures de marche plus tard, une baignade dans une cascade, un tour de bamboo rafting et une rencontre avec un serpent, nous nous arrêtons dans un endroit magnifique qui sera notre campement pour le soir.

Une rivière en cascade, un coucher de soleil se reflétant dans l'eau, le chant des oiseaux accompagnant notre fin de journée: toutes mes appréhensions s'estompent. Je me sens bien, et lâche prise.

Nos guides nous préparent une bamboo soup au bord de la rivière, que nous partageons jusqu'au coucher du soleil.

Le lendemain, près de six heures de marche nous attendent avant de rejoindre notre embarcation. Sur le chemin, nous avons la chance de croiser des gibbons, se balançant de branche en branche juste au-dessus de nos têtes. Ce spectacle impressionnant nous donne l'énergie de poursuivre notre route jusqu'au village duquel nous repartirons pour BanLung.

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A peine arrivés chez Nita et Sina, rêvant d'une bonne douche et d'une sieste après deux jours passés dans la jungle, Nita nous fait signe de nous dépêcher, nous allons être en retard pour le mariage ! Nous ne posons pas plus de question que ça, sautons sous la douche, enfilons les vêtements les plus appropriés et les moins poussiéreux que nous avons dans nos sacs, et grimpons dans le tuk-tuk familial, chacun un enfant sur les genoux, direction la salle des fêtes de la ville.

C'est alors que nous nous retrouvons au coeur d'un mariage traditionnel cambodgien, entouré de plus de 700 invités.

Accueillis à bras ouverts par les mariés, nous faisons la fête, dégustons des plats typiques, dansons avec les enfants, découvrons les coutumes locales. Nous passons une soirée exceptionnelle, et cette expérience extraordinaire restera à jamais gravée dans nos mémoires.

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Alors que nous mangeons le petit-déjeuner avec Nita, Sina et les enfants le lendemain matin, nous nous remémorons les anecdotes de la soirée de la veille, riant aux éclats, partageant un moment précieux que je range minutieusement dans un coin de mon coeur.

Il est 13h. Notre mini-van arrive dans une demi heure, le temps de jouer une dernière fois avec les enfants, de profiter de ces derniers instants avec cette famille si attachante qui a su nous accueillir comme des membres à part entière de leur famille.

Notre mini van arrive. Les adieux sont emplis d'émotions et de gratitude. Je laisse échapper quelques larmes derrière mes lunettes de soleil. Ces quelques jours passés avec cette famille furent si intense. Nous avons ri, échangé, appris les uns des autres, partagé malgré la barrière de la langue.

Je suis reconnaissante d'avoir pu croiser leur chemin, et leur souhaite le meilleur à venir.

Nous prenons la route direction Mondulkiri, 200km au Sud du pays.

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Connue pour sa beauté sauvage, ses cascades et son atmosphère paisible, la région de Mondulkiri nous apparaissait comme le lieu idéal pour poser nos bagages quelques jours après la semaine intense que nous venions de passer.

Dès le premier soir, nous faisons la rencontre d'autres voyageurs, avec qui nous planifions d'explorer les environs le lendemain.

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C'est alors en convoi de scooters que nous nous aventurons sur les routes montagneuses de la région, découvrant des paysages à couper le souffle, entourés par une végétation dense et luxuriante, parsemée ci et là de chutes d'eau au pied desquelles les habitants se retrouvent autour d'un repas ou d'un karaoké.

Nous nous retrouvons alors au cœur d'une vie locale joyeuse, animée par le rire des enfants et par la musique s'échappant des enceintes posées à même le sol, bercés par le bruit des cascades.

La légèreté du moment me fait du bien et me permet de me ressourcer avant de reprendre la route pour la capitale: Phnom Penh

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Après une nuit courte dans un bus couchette, nous voilà arrivés à Phnom Penh.

Loin du Cambodge que nous avons connu jusqu'à présent, d'immenses buildings se dressent devant nous, construits entre les pagodes de style traditionnel et les bâtiments administratifs de style colonial français. Le contraste avec le reste du pays est frappant. Véritable cœur commercial, diplomatique, politique et culturel du pays, la capitale abrite de nombreux bâtiments en construction, tout en gardant la trace de son passé.

Nous nous rendons au musée du génocide de Tuol Sleng, ancienne prison du régime khmer rouge entre 1975 et 1979. Durant près de trois heures, nous découvrons avec effroi les atrocités dont a été victime le peuple Cambodgien, à peine sortis de plusieurs siècles de guerre.

Après quelques heures de recherches sur l'Histoire du Cambodge, ainsi que celle de l'Asie du Sud-Est de manière plus générale, nous nous rendons à l'arrêt de bus qui nous conduira jusque Kampot le soir même.

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Kampot est une ville au Sud du pays connue pour ses plantations de poivre à qui elle a donné son nom. Depuis les années 2000, l'économie de cette région a été relancée grâce à la récolte de son poivre et de ses épices, reconnus mondialement par les grands chefs et restaurants.

Nous parcourons alors à nouveau les routes sablonneuses cambodgiennes, à la recherche d'une expérience gustative et culturelle.

Nous nous rendons donc dans une plantation au Nord de la ville, qui nous propose une visite de la culture de poivre, ainsi qu'une dégustation. Une belle découverte, témoignant d'une réelle envie du pays de reconstruire son économie à partir des richesses dont il possède.

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Le lendemain, nous nous rendons à Kep, une jolie petite station balnéaire située à quelques dizaines de kilomètres de Kampot.

Cette ville nous apparaît comme une réelle parenthèse de calme et d'authenticité. Sur le trajet retour, nous traversons les impressionnants marais salants qui longent la côte.

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Après avoir traversé le Cambodge dans sa quasi-entièreté, nous avions prévu de poser nos bagages à Koh Rong Samloem, une petite île naturelle et préservée du tourisme de masse au large de Sihanoukville. Mais avec l'accumulation de fatigue et nous laissant bercer par les mouvements du bateau, nous loupons notre arrêt et nous retrouvons à Koh Rong, l'île principale de l'archipel. Après avoir foulé le sable blanc et fin de l'île, goûté à son calme et à son authenticité, nous décidons d'y rester pour quelques jours.

Ici, une route unique permet de traverszr l'île. Le reste du temps, les scooters roulent directement sur la plage, slalomant entre les enfants jouant dans le sable et les touristes allongés sur leurs serviettes.

Entre plages de sable blanc, eau turquoise et gentillesse de ses habitants, je tombe de suite sous le charme de l'île. Elle s'apparente beaucoup aux îles de Thaïlande, mais en beaucoup moins touristique.

Nous oscillons donc entre plage, découverte de la mangrove, smoothies et poisson au barbecue durant quatre jours. De véritables vacances au coeur du voyage. Nous profitons de ces instants de calme avant de rejoindre la frontière vietnamienne.

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A notre arrivée à Saigon, nous sommes accueillis par un flux impressionnant et continu de scooters. La ville est en perpétuel mouvement, de jour comme de nuit, rythmée par le bruit des klaxons et les hauts-parleurs des marchands ambulants.

Entre modernité et bâtiments historiques, la ville m'impressionne par son architecture, son ouverture au monde et sa vie.

Après un mois passé au Cambodge, cela me fait du bien de retrouver l'énergie d'une grande ville. Je me balade dans les rues étroites et pleines de charme du centre-ville, m'éloigne de la vieille ville pour admirer les bâtiments datant de l'époque française, tout en admirant les récents grattes-ciels de la capitale du Sud.

Nous retrouvons Gaëtan, un voyageur français rencontré plus tôt au Cambodge, qui a fait la connaissance de deux vietnamiennes de notre âge souhaitant nous faire découvrir la vie nocturne à Saigon. Nous passons alors la soirée avec elles et partageons un beau moment tous ensemble.

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Le lendemain, nous prenons la route pour le Delta du Mékong. Nous avons prévu d'y faire un roadtrip de trois jours à moto. Plus nous descendons vers le Sud, plus la végétation change et s'apparente à l'image que je m'étais faite des paysages du Vietnam. Ces petites routes à travers une végétation dense, ces scooters transportant tout type de marchandises, ces habitants assis au bord de la route jouant aux cartes nous criant "Hello" accompagnés de grands sourires.

Nous roulons jusqu'au coucher du soleil, nous arrêtant de temps à autre pour manger, boire un café, ou simplement admirer le paysage. Ce dernier est très différent de ceux que nous avions pu voir un mois auparavant dans le Nord. J'ai alors cette impression d'être dans un pays totalement différent.

Après avoir parcouru une grande partie de l'Asie du Sud-Est, le Mékong se sépare en 9 bras principaux qui rejoignent la mer de Chine méridionale, d’où son nom vietnamien «fleuve aux neuf dragons». Mondialement connu pour ses milliers de canaux, le Delta du Mékong est non seulement impressionnant à visiter, mais il apporte également aux habitants des ressources naturelles leur permettant de vivre essentiellement d'artisanat et de pêche. Ici, il est plus commun d'avoir un bateau qu'une voiture.

Chaque village a alors sa spécialité: la poterie, le tissage de nattes, la fabrication de chapeaux coniques, le travail de la noix coco, la fabrication de briques...

Nous nous arrêtons près d'un four afin d'en savoir plus sur l'élaboration de ces fameuses briques, présentes dans l'architecture de toutes les maisons de la région, voire du pays. C'est avec une grande gentillesse et une certaine fierté que les habitants du village nous expliquent le processus de fabrication.

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Le lendemain, nous embarquons avec la charmante propriétaire de notre guesthouse pour une excursion sur le fleuve. Nous passons un moment magique, bercés par le courant du Mékong.

Nous reprenons la route pour Saïgon, et profitons de notre dernière soirée en tant que compagnons de voyage autour d'un verre.

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Alors que Max poursuit sa route vers le Nord du Vietnam à moto, je reprends mon voyage en solitaire direction Da Lat en bus couchette.

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Située à 1 500 m d'altitude, Da lat est surnommée « ville de l’éternel printemps » grâce à son climat doux tout au long de l'année. De nombreux vietnamiens viennent y passer leurs vacances ou encore le week-end afin d'échapper au climat tropical du Sud du pays ou encore au bruit permanent de Saigon.

N'ayant que très peu de temps à passer à Da Lat, je n'ai malheureusement pas pu découvrir ses environs, ses plantations et ses cascades. Je me suis donc promenée dans la ville et son marché, véritable lieu de vie des habitants, dans lequel ils peuvent y trouver fleurs, nourriture en tout genre ou encore bijoux en or.

Je m'arrête à un stand tenu par une dame charmante et me laisse tenter par un chè au maïs, l'un de mes desserts préférés, à base de tapioca et de lait de coco. Cela me rappelle la maison.

Je poursuis ensuite ma balade, découvrant son lac, ses ruelles et ses villas françaises jusqu'au moment de prendre mon bus pour Hoi An.

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Après deux nuits passées en bus couchette, je décide de m'offrir une chambre d'hôtel pour la durée de mon séjour à Hoi An, un peu de confort ne me fera pas de mal.

De nombreuses personnes ayant déjà visité le Vietnam, ou encore des voyageurs croisés au cours de mon voyage m'ont affirmé que j'allais adorer la ville. Ne sachant pas vraiment pour quelles raisons, je pars à la découverte du vieux quartier. A peine arrivée, je tombe sous son charme.

Véritable port marchant d'Asie du Sud-Est, Hoi An est un bijou de tradition et d'artisanat. Ses bâtiments extrêmement bien conservés reflètent le mélange des cultures indigènes et étrangères, principalement chinoises et japonaises.

A chaque coin de rue, j'y découvre de nouvelles techniques traditionnelles: céramique, sculpture, couture, fabrication de lanternes traditionnelles, maquettisme...

De nombreux musées et galeries d'art liés aux traditions et aux ethnies du Vietnam ponctuent également mon parcours dans la vielle ville. A mon sens, un véritable parc d'attraction, ainsi qu'une réelle source d'inspiration.

J'y rencontre des personnes formidables, acceptant de partager avec moi des bribes de leurs histoires, des fragments de leurs vies, que je veille à garder précieusement avec moi.

Une fois la nuit tombée, Hoi An s'illumine de centaines de lanternes. Un spectacle magique je ne suis pas prête d'oublier.

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Le lendemain, je retrouve d'autres voyageurs rencontrés plus tôt afin d'explorer les villages alentours. Parmi eux, le village de potiers Thanh Ha, dans lequel nous avons la chance de pouvoir nous initier à la poterie et à la sculpture.

Nous poursuivons notre route en direction du village de maraîchage Tra Que, à quelques kilomètres. En parfait contraste avec l'agitation commerçante de Hoi An, le village est paisible et couvert de jardins familiaux. Ces jardins ont été créés il y a plus de 300 ans et sont une véritable ressource nourricière pour Hoi An et sa région. Les agriculteurs utilisent comme seul engrais une algue entièrement naturelle que l'on peut trouver exclusivement dans la lagune du village. Ni mécanisation, ni engrais chimiques ne sont utilisés.

Ainsi, nous nous promenons dans les allées de ces jardins, observant les agriculteur.trice.s travailler manuellement, accompagnés par les odeurs des plantes aromatiques qui y sont cultivées.

De retour à Hoi An, je décide de passer la soirée seule à errer dans les rues de la vieille ville pour m'imprégner une dernière fois de son énergie avant de prendre mon train pour Ninh Binh le lendemain.

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Le train couchette au Vietnam est souvent décrit comme une expérience en soi, il fallait donc absolument que je le prenne au moins une fois, et je n'ai pas été déçue du voyage !

Je me rends à la gare de Da Nang en milieu d'après-midi, ne sachant pas vraiment à quoi m'attendre. Selon certains voyageurs, le train au Vietnam est une expérience formidable tandis que pour d'autres, l'expérience s'est transformée en un véritable cauchemar. Je m'avance alors plutôt confiante jusqu'au quai et fais confiance à mon Karma, qui jusqu'à présent ne m'a pas fait défaut.

J'arrive alors dans une cabine comprenant quatre couchettes et suis agréablement surprise par leur propreté et leur confort.

Pour l'instant, je suis seule. Puis j'entends une famille arriver: deux femmes, j'apprends plus tard qu'il s'agit de deux sœurs, ainsi que sept enfants. Trois jeunes filles, âgées entre 8 et 15 ans, avancent alors timidement dans la cabine que j'occupe, me glissant un "Hello" à l'unisson, suivi d'un rire gêné. Il n'a pas fallu longtemps pour que la timidité s'estompe et que les questions fusent: “D’où viens-tu?”, “Quel âge as-tu?”, “Pourquoi ressembles-tu à une Vietnamienne?”, “Pourquoi ne parles-tu pas notre langue?”, “Pourquoi voyages-tu?”, “Pourquoi es-tu toute seule?”. Des questions qui paraissent innocentes, mais auxquelles il est très intéressant de répondre. Leur anglais est impeccable, bien meilleur que le mien. Durant toute la soirée, qui s'est finalement transformée en sorte de pyjama party, elles s'efforcent de ne parler qu'en anglais afin que je puisse comprendre leurs échanges.

En moins d’une demi-heure, me voilà assise en tailleur sur mon lit, à partager un moment unique avec ces jeunes filles. Nous passons la soirée à rire, échanger, jouer aux cartes et manger des friandises.

Je m’endors alors le sourire aux lèvres, reconnaissante d’avoir pu passer un si bon moment en leur compagnie.

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A mon réveil, les filles n’étaient plus là, elles étaient descendues un arrêt avant le mien. Je découvre par la fenêtre du train un paysage magnifique, et commence à apercevoir le paysage de Ninh Binh, surnommé “la baie d’Halong terrestre”.

En arrivant à l’auberge de jeunesse, le temps pluvieux et le brouillard ne me permettent pas de faire grand chose, je décide donc d’y rester jusqu’à la tombée de la nuit et d’en profiter pour planifier la suite de mon voyage.

Initialement, j’avais prévu d’aller en Indonésie, mais le temps risque de me manquer pour découvrir cet immense archipel, alors mon choix s’est ensuite tourné vers le Laos, mais après quelques recherches, j’apprends que l’agriculture sur brûlis pratiquée dans le pays a fait atteindre la pollution de l’air à un niveau de danger. C’est donc vers la Malaisie que je décide de poursuivre mon aventure, un pays dont je ne connais rien, et qui semble très différent de ce que j’ai pu vivre jusqu’à présent.

Au cours de la soirée, la pluie s’arrête. Je me dirige alors vers la vieille ville de Ninh Binh. J’y découvre un petit marché d'artisans où l’on peut trouver des broderies, poteries, sculptures sur pierre, produits laqués, estampes traditionnelles, ainsi que de magnifiques pagodes illuminées sur le lac hồ kỳ lân.

Cela me rappelle Hoi An.

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Après une bonne nuit de sommeil, je prends un taxi afin de me rendre à Trang An pour une promenade en barque à travers son complexe paysager. Je partage alors l'embarcation avec trois vacanciers habitant à Hanoi, qui m'apprennent quelques mots de vietnamien, et avec qui nous partageons un beau moment.

Après quelques minutes, le silence s'installe face au paysage spectaculaire qui se dresse devant nos yeux ébahis.

Nous sillonnons les rivières de ce vaste complexe, entourés de pitons karstiques et d'impressionnantes falaises. Nous traversons des grottes témoignant d'une activité humaine remontant à plus de 30 000 ans, et nous arrêtons ponctuellement visiter des temples et pagodes datant du Xe et XIe siècle.

La beauté de ce paysage a notamment séduit plusieurs cinéastes, dont Régis Wargnier et Jordan Vogt-Roberts, qui ont choisi Trang An pour le tournage des films Indochine et King Kong: Skull Island.

Après un peu plus de deux heures de balade et l'esprit rempli de belles images, je ne peux m'empêcher de penser à ces femmes et ces hommes, qui toute la journée durant, rament inlassablement sur ces eaux. J'entame la conversation avec l'une d'entre eux. C'est avec un Anglais très approximatif qu'elle m'explique que son cadre de travail est merveilleux, mais que son salaire ne lui permet malheureusement pas de vivre décemment et de nourrir sa famille à hauteur de ce qu'elle souhaiterait, c'est pourquoi elle occupe un autre emploi en parallèle de celui-ci. Alors qu'elle me raconte tout cela, à aucun moment son sourire ne quitte son visage. Je me rends alors compte de la résilience, de la force et de la sagesse de cette femme, qui est loin d'être un cas isolé au Vietnam, et qui m'apparaît alors comme une vraie source d'inspiration.

Après cette belle journée, je me rends en taxi à Tam Coc afin de prendre mon bus de nuit en direction de Hué.

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Il est 6h du matin lorsque le bus arrive à Hué. La ville est déjà pleine de vie, la circulation déjà dense, et les marchés rythment le début de journée des habitants.

Après un bon petit déjeuner, je retrouve Max, qui a fait son bout de chemin à moto durant tout ce temps et se trouve également à Hué, avant de traverser la frontière Laotienne. Nous passons la journée ensemble et nous rendons à la citadelle royale et cité impériale.

Ancienne capitale impériale du Vietnam de 1802 à 1945 sous la dynastie Nguyên, Hué a été le centre politique, culturel et religieux du pays pendant près de 150 ans. Aujourd'hui classée au patrimoine mondial de l'UNESO en tant qu'exemple unique de capitale féodale orientale, ses bâtiments et son architecture témoignent d'une grande partie de l'Histoire du Vietnam. Nous déambulons alors dans la cité-capitale, impressionnés par cette architecture majestueuse, extrêmement bien conservée malgré le fait d'avoir subi les conséquences de trois guerres.

Nous passons le reste de la journée à explorer les environs de la ville, ses petits villages et ses rizières, avant de rentrer à Hué afin d'y passer la soirée.

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Mon train part à 11h pour Da Nang, d'où je prendrai un vol pour la Malaisie le lendemain. Je me sens un peu nostalgique, cela est certainement lié au fait d'avoir à quitter le Vietnam bientôt.

Alors que je regarde le paysage défiler par la fenêtre du train, je me remémore tous les moments passés dans le pays, toutes les rencontres exceptionnelles faites, tous ces paysages magnifiques ancrés à jamais dans mon esprit, et je prends conscience de la chance que j'ai de pouvoir vivre tout cela.

A mon arrivée à Da Nang, le bruit de la ville et l'insistance des taxis pour me proposer une course m'oppresse. Je décide donc de me rendre au musée des Beaux-arts de la ville afin de profiter de son calme, et quelle belle surprise !

Je découvre de nouvelles techniques, de nouveaux courants artistiques, ainsi que les diverses influences puisées dans le passé du pays.

Après une belle journée culturelle, je rentre à l'auberge de jeunesse pour passer une dernière nuit au Vietnam avant de rejoindre Kuala Lumpur.

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Je ne connais rien de la Malaisie, et ne sais donc pas du tout à quoi m'attendre en arrivant à l'aéroport de Kuala Lumpur.

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Après un peu moins d'une heure en bus depuis l'aéroport, je découvre une ville gigantesque, cosmopolite, avec des gratte-ciels a perte de vue. Je suis de suite frappée par la diversité culturelle, architecturale et religieuse de la capitale. En effet, dans une seule et même rue, il n'est pas rare de trouver une mosquée, un temple hindouiste, un temple bouddhiste et une chapelle.

C'est donc les yeux grands ouverts et avec soif de découverte que je m'aventure dans les rues du centre-ville, à la recherche d'un endroit où dîner. Cuisine malaisienne, chinoise, indienne, européenne... Je n'ai plus l'habitude d'avoir autant de choix. Je me laisse donc tenter par la cuisine traditionnelle malaise, que je découvre pour la première fois. Je suis agréablement surprise par ce mélange de saveur.

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Dès le lendemain, je prends le bus en direction de l'île de Penang, au Nord du pays. Depuis la terre ferme, une navette effectue les trajets depuis et vers l'île toutes les demi-heures.

Alors que je me promène dans les rues de Georgetown, l'appel à la prière retentit depuis la mosquée au coeur de la ville. En une fraction de seconde, les rues se sont vidées, et le calme se fait dans la ville qui devient quasi déserte. Je poursuis ma balade au rythme des chants religieux diffusés via des hauts-parleurs accrochés aux lampadaires des axes principaux de la ville.

Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, la ville est ponctuée par des oeuvres de street art. Il y règne une ambiance détendue et chaleureuse.

Toutes les choses du quotidien qui peuvent nous paraître basiques demandent de l’énergie en voyage: trouver à manger, communiquer, passer commande, se déplacer, connaître les réglementations de chaque pays, savoir se comporter selon les us et coutumes… En Malaisie, l’Anglais est la seconde langue officielle, ce qui améliore nettement l’adaptation et me permet de me faire comprendre facilement.

J’erre donc dans les rues du centre-ville, découvrant son art, ses cafés et ses habitants. Ses couleurs, les détails de son architecture et sa diversité lui apportent une beauté et une énergie particulières.

Au détour d’une ruelle, je suis attirée par une galerie d’art abritant un café et des boutiques d’artisans. Je m’y arrête quelque temps et y fait la rencontre de chngsenn, un Malaisien vivant ici depuis toujours, qui me propose de passer la journée ensemble le lendemain, avec lui et d’autres amis. J’accepte volontiers.

Le lendemain, nous nous rendons dans un marché de créateurs à quelques kilomètres de Georgetown. Nous y passons la journée à déambuler entre les stands, écouter de la musique et boire des smoothies frais à l’ombre des parasols.

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Au petit matin, je prends le bus pour les Cameron Highlands, une région connue pour les randonnées qu’elle abrite, sa forêt et ses plantations de thé.

Depuis la fenêtre du bus, je commence à apercevoir se dessiner les reliefs du paysage montagneux de la Malaisie.

Arrivée à Tanah Rata, une petite ville “dortoir” au coeur des Cameron Highlands, je suis surprise par l’architecture des bâtiments, tous identiques. Le climat y est doux. Après quelques minutes de marche, une forte fatigue me frappe. Je vais donc me reposer à l’auberge.

A mon réveil, une grosse migraine m’empêche de me lever. Premier essai pour le petit déjeuner: non concluant, second essai pour le déjeuner: idem. Je réussis tout de même à me lever le soir venu afin d’aller manger, mais je me sens très fébrile. Peut-être que mon corps me fait signe de me reposer.

Je m’endors en espérant que mon sommeil sera réparateur, d’autant plus qu’une visite guidée de la région m’attends dès 8h le lendemain, et ce pour toute la journée.

C’est avec des petits yeux que je me réveille, mais au moins, je peux me lever contrairement à la veille, ce qui est déjà une petite victoire. J’engloutis un petit déjeuner, enfile un masque chirurgical (sait-on jamais, le Covid sévit encore dans cette partie de la Malaisie), et grimpe dans le pick-up qui nous transportera tout au long de la journée à travers les Cameron Highlands.

C’est avec un couple de Canadiens, une jeune Anglaise et une dame Espagnole que je passe la journée.

Arrivés au sommet des montagnes, nous sommes ébahis par la beauté du paysage. Des plantations de thé à perte de vue se dressent devant nous.

Nous prenons le temps de prendre quelques photos avant de nous rendre dans la Mossy Forest, à quelques kilomètres. Ce parc naturel est enveloppé de brume, ce qui lui donne une atmosphère bien particulière. Un sentier aménagé nous permet de nous avancer dans la forêt, qui n'est pas praticable autrement, afin de protéger la faune et la flore très riches du lieu. Au fur et à mesure de nos pas, l'ambiance se fait de plus en plus lourde, sombre, le silence règne et permet d'entendre au loin les singes, oiseaux et autres animaux dans leur habitat naturel. Les arbres et le sol sont couverts de mousse, tandis que les plantes et fleurs tropicales s'y fraient un chemin, procurant à la forêt un aspect presque fantastique, magique.

Durant le reste de la journée, nous avons pu visiter les fermes de fraises, qui tapissent une grande partie des vallées de la région.

Mon chemin se poursuit vers le Sud, direction Kuala Lumpur.

Ville cosmopolite par excellence, l’architecture occidentale datant de l’époque coloniale se mêle aux bâtiments traditionnels de style oriental.

Je me balade dans une ville quasiment vidée de ses habitants. En effet, ce week-end est le week-end de l’Aïd El-Fitr, qui marque la fin de la période du jeûne du Ramadan. Durant ces trois jours fériés, les Malaisiens en profitent alors pour partir en week-end, ou encore se retrouver en famille.

Après quelques jours passés dans la capitale, ma dernière destination se trouve un peu plus au Sud. Il s’agit de Melaka, une ville aux allures de station balnéaire.

Autrefois sous le niveau de la mer, cette ville a ensuite été Portuguaise, puis Néérlandaise, ce qui se retranscrit à la fois dans son architecture, son art et sa culture. Ses façades colorées, son énergie et son dynamisme font d’elle une destination privilégiée pour les vacances.

Le contraste entre l'agitation du centre touristique et les petites ruelles de l’ancienne ville est frappant. Des véhicules décorées à outrance et diffusant de la musique via de gros hauts-parleurs rythment le centre touristique, tandis que le calme se fait une fois les artères principales traversées.

Je passe deux jours à me promener, tantôt seule, tantôt avec des personnes rencontrées en chemin. Je profite de ces derniers instants de voyage avant de préparer mon retour en France.

De retour à Kuala Lumpur, l’orage bat son plein. J’en profite alors pour m’abriter dans des musées, librairies et cafés, en attendant l'heure de me rendre à l'aéroport.

Je profite une dernière fois de l'énergie de la ville.

C’est avec un pincement au coeur que je rejoins l’aéroport de Kuala Lumpur.

Alors que je suis dans le taxi, toutes les images de ces trois derniers mois défilent dans mon esprit. Tout ce que j’ai pu vivre, les rencontres faites, tous les moments de partage, les découvertes, l'image des paysages mais aussi des visages croisés. Je pense également aux moments plus difficiles, aux doutes, à la solitude, au manque, aux périodes d'introspection.

Dans tous les cas, tous ces moments me permettent d’avancer, de me faire grandir, en me donnant un autre regard sur les choses. Je suis reconnaissante, et fière, d'avoir pu vivre une telle expérience.

Voyager est formidable, mais je suis heureuse de rentrer, de retrouver mes proches, mon confort, et mon quotidien. Durant le voyage, tout est vécu de manière intense, tous les ressentis sont décuplés, ce qui est merveilleux, mais également epuisant.

Je garderai à l’esprit cette expérience formidable, qui changera probablement ma manière d’appréhender les choses à jamais.