Carnet de voyage

Tour des lacs d'Auvergne en hiver et entre potes

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Ce carnet relate notre longue randonnée en Auvergne et sans raquettes
Février 2024
9 jours
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Publié le 10 février 2024

Données sur l'étape: 28km - 700m D+

28km en comptant la montre éteinte

Forts de la traversée du Jura, et d'autres petites aventures, nous nourrissons le projet de repartir ensemble. Nous hésitons entre plusieurs destinations, étudions les meilleurs scénarios, pesons-les pour et les contres pour chacun d'entre eux, pour finalement porter notre choix sur le GR30, dont nous raccourcissons le parcours afin qu'il puisse rentrer dans notre budget d'une semaine.


L'objectif: un itinéraire vallonné, mais pas trop, enneigé et praticable en raquettes, avec une zone thermale et des spécialités fromagères et viticoles. Concernant les deux derniers, on pourrait croire qu'ils sont restrictifs et peu prioritaires, mais c'est tout l'inverse. Déjà on fait du vin presque partout en France, ou alors des eaux de vies et c'est tolérés dans notre cahier des charges. Quant à la zone thermale, c'est un caprice de trentenaire soucieux de notre bien être et de la douceur de notre peau.


Nous voici donc a Aydat, déposé par un BlaBlaCar au départ de Clermont Ferrand ou nous passons la journée d'hier en ratant complètement le festival du court métrage, mais en se rattrapant avec la visite de l'aventure Michelin.


On se lève tard. Personne n'a mis de réveil et tout le monde a du sommeil à rattraper. Il est donc 10h30 quand nous prenons la route du Vival et 11h quand nous sortons de celui-ci et nous mettons en route pour de vrai.


Il doit pleuvoir toute la journée et il pleut déjà. Une pluie fine mais régulière qui mouille mais ne trempe pas. Je regrette de ne pas avoir embarqué mon sur-pantalon de pluie. Une pièce complètement étanche qui fait aussi office de sauna éventuellement, mais qui permet de garder un sec absolu en dessous. Pour le reste nous sommes tres bien équipés tous. Veste pourvues de membranes, poncho de pluie, chaussures étanches, sur-sac étanche.


Aydat est une ville touristique au bord d'un lac volcanique. Le plus grand lac naturel de la région. On y trouve une base nautique et on imagine facilement l'activité grouillante qui doit s'y trouver l'été avec son unique route complètement bouchée, des parkings plein, des pédalos et planches a voiles en pagaille et des buvette un peu cheap blindées distribuant Mr freeze, magnum double chocolat et oasis tropical.


Le GR30 longe le lac sur sa partie sud, offrant un point de vue sur plongeant depuis la forêt.


On marche vite. Nous n'avons pas emmené les raquettes car aucune neige n'est en vue. Nous allons donc à un bon 5km/h, et avalons les petites montées en quelques enjambées facilement. On parle de tout et la pluie n'est pas du tout un problème. Pour l'instant.

Rapidement on atteint une crête, et on distingue au nord la chaîne des puys qui fait une suite de petits monticules les uns a la suite des autres de manière assez rapprochée. C'est comme des mamelons, des dômes, verts et marrons sous un voile brumeux. Cette terre d'agrumes renversés est assez rigolote tant ça ressemble pas du tout a ce qu'on connait. La tectonique formant les massifs qui nous sont familiers sont assez logiques et faciles à comprendre. C'est comme des plis avec au milieu des cours d'eau qui creusent le tout et forment les vallées. Ici c'est pareil, sauf qu'en plus de la terre une cheminée s'est faite et a travers laquelle de la lave a créé ces demi pamplemousse de roche noir.


On marche sur une terre basaltique noir et ocre. Les petites pierres creuses sont légères et roulent facilement sous nos pieds. Je fais la remarque a Marvin qui se moque de moi comme si le sujet n'avait pas d'importance.


Cela fait 12km quand nous arrivons au lac de la cassière. Il est 12h30 et sortons du GR pour aller sur ses rives et pic niquer. Nous préparons les Sandwich et sirotons notre petit Tawny 10 ans d'âge que j'ai emmené dans mes bagages pour la bonne cause. C'est à ce moment que la pluie redouble et que le vent se lève. Le lac jusqu'alors lisse, se ride et nous nous retrouvons vite sous une pluie battante et froide. Nous prenons un carré de chocolat milka et nous plions bagages pour reprenons la route fissa. La pluie s'intensifie et ne nous lâchera plus.


On monte en direction du puy de vache a travers une foret de bouleau et conifères. Le GR passe sur chemin creusé formant une goulotte remplie de feuilles marrons et de terre noire qui colle au chaussures. Le vent a forci et le bruit des arbres devient vraiment présent. A la première clairière, on se rend compte que la neige mouillée tiens ici plus en hauteur. Le paysage se parre de blanc ainsi que le vent forcit et que combiné a la neige un peu mouillée nous fouette maintenant le visage violemment. On déboule plein ouest en visant le prochain village a 10km pour se reposer et trouver un café. On devient silencieux. On ferme toutes les écoutilles, on enfonce des bonnets, on met des gants et on enquille les kilomètres en regardant nos pieds car sans masque il devient difficile de regarder devant et au loin. Dommage car le paysage s'est dégagé et on aurait pu deviner les deux mamelons-puys entre lesquels on marche.


On tourne à gauche et déboule sur le récollet, le dernier village avant Orcival. On ne trouve pas de café, mais on s'abrite dans un tunnel pour boire un peu de flotte et manger une pomme. On parle moins, on a les gants trempés et froids aux doigts. Il nous reste environ 10km qu'on avalera en 2 petites heures en enjambant deux cols et une petite vallée.


Nous voici à Orcival, et la pluie s'est arrêtée.


Orcival est vraiment charmant. Le genre de village tout de lave bâtit, avec des commerces (au moins 3) ouverts. on visite la basilique toute de pierre de lave, grise sombre et lugubre. On achète une bouteille de verveine pour compléter le porto. On prend tous une douche brûlante avant de nous diriger vers le premier bar le plus proche pour une grande bière et nous restaurer... De fromage bien entendu.

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Publié le 11 février 2024

Données sur l'étape: 21km et 1000m de D+


Il est 8h quand Martin se lève de manière énergique. Il fait partie du genre de personnes qui ne traine pas trop au lit et dont l'énergie passe de 0 a 1 instantanément, c'est l'échelon Lechaptois.


Nous préparons soigneusement nos affaires dans la petite chambre spartiate du "gîte du pont". La lumière blanchâtre que filtre l'espèce d'édredon en dentelle sur la fenêtre en simple vitrage de notre chambre, ne laisse pas présager un temps dégagé.


En bon amateur de café, un brin, jusqu'au boutiste, nous avons emporté avec nous notre propre café moulu et V60 de voyage ainsi que deux thermos de la marque du même nom. Même si nous ne buvons presque plus exclusivement que du café de producteurs en fermentation anaérobie ou dit "honey" et en parcellaire, le café un peu brûlé type carte d'or dans une machine a filtre Braun a toujours une place de choix dans mon cœur. C'est peut être plus son odeur, assez forte dans la cuisine le matin qui me plaît le plus. Quoiqu'il en soit, je ne refuse pas ce breuvage précieux et fruité préparé par Martin tous les matins.


Les chaussures n'ont pas séchées et il pleut dehors. Nous nous équipons et prenons la porte sortons de ce village de lave encaissé dans sa vallée. Le GR suit une route goudronnée qui monte brutalement vers un premier col. 200m de D+ avalé en 2km à travers une forêt encore embrumée


En haut, le vent s'est intensifié. On marche le long d'une crête toute ronde, entre des clôtures surmontées de barbelés de pâtures. La région est connue pour ses éleveurs de vaches à viandes, les Salers et laitières, qui font, elles, le Salers. En plein hiver, peu de chance d'en croiser.

Le vent est fort et nous rejoignons rapidement un bois mixte de conifères et feuillus qui nous abrite du vent et un calme relatif s'impose.

Nous devons contourner d' immenses arbres couchés, signes des tempêtes de l'hiver. La forêt change, et nous voici désormais dans une grande forêt de conifères. Les racines sur lesquelles nous marchons sont rouges vifs. Je ne sais pas de quelle espèce il s'agit, j'imagine des douglas, mais j'en ai aucune certitude. Marvin dit qu'il s'agit certainement de sapin Gamm Vert. Que sa tante en a acheté un comme ça, mais il précise en plus petit.

Le sentier s'ouvre tout a coup sur le lac de Servière. Des traces de neige apparaissent et l'ambiance se transforme rapidement.

Nous nous installons sur la terrasse d'un petit chalet inoccupé et surplombant le lac le temps d'un café et d'une barre de céréales.

Moment de grâce. En face les lignes de sapin se détache du ciel blanc et laiteux et se reflète dans le lac. Des oiseaux qu'on croirait marin, tourne dans le ciel et joue à se chasser jusque sur l'eau. La palette de couleurs est verte et blanche, une vraie aquarelle technique "mouillée sur mouillée". On voit en haut des nuées de neige arriver en diagonale et saupoudrant les cimes des conifères plus en altitude. Ça bave, c'est calme, c'est simple, c'est beau.

On se remet en route en visant un déjeuner au prochain lac, celui du Guery.

La route remonte et le GR serpente dans une forêt de sapin immenses. Des monstres au troncs énorme, qui vacille gentiment l'un vers l'autre dans un ballet synchronisé. La pente est plus raide et de la neige en abondance fait son apparition. C'est une couche fine qui a tout recouvert. Le paysage est donc entièrement blanc. Le sol, mais aussi les branches et même les troncs, tant le vent souffle les flocons a l'horizontal, sont recouvert de cette couche relativement fine. Nous commençons à plaisanter que nos raquettes auraient en fait pu servir, même si au fond de moi j'espère que ça n'ira pas beaucoup plus loin car la montée entre le mont dort et super Besse par le puy de Sancy m'inquiète un peu si ça se gâte.

Le chemin nous fait longer une estive, entre une clôture barbelée et une rangée de jeunes sapin. Protégé du vent qui vient de la droite c'est idéal et nous pouvons regarder le paysage sur la gauche. Ou plutôt le deviner car on ne voit pas grand chose.

Le chemin, ne fait que monter depuis tout a l'heure et on a pris en altitude assez rapidement. On croise des randonneurs qui nous indiquent avoir fait demi-tour à cause du vent et qu'ils ne voyait plus le sentier. Avant d'entamer la partie la plus exposée, on finit de s'équiper complètement afin d'être au chaud et à l'abri du froid mordant du vent.

Le chemin s'ouvre et on longe une crête très exposée au vent. On prend un vent dense dans le visage. Dense de petit grelots de neige dur qui nous brûle les joues et les yeux. On aurait dû prendre des masques, difficile de regarder devant et la trace a effectivement disparu. Personne n'a osé parcourir aujourd'hui cette partie du GR. On regarde deux trois fois le GPS pour s'assurer qu'on marche dans la bonne direction et on trace. On marche vite, on dévale la pente qui se présente et au bout de 3km on retrouve plus bas un autre sentier plus abrité et on souffle un peu. La descente jusqu'au lac du Guery passe à la vitesse de l'éclair. On ne s'arrête pas, on décide de s'arreter une fois en bas.

On trouve en bas un bâtiment qui fait office de boutiques, café, snack, location de ski de fond et raquettes. Enfin, on croise du monde, notamment du a la présence d'un grand parking qui attire les promeneurs du dimanche. On s'installe et on graille nos victuailles auvergnates, du saucisson de Salers, du st nectaire et de la verveine a 35⁰. On rigole, on se réchauffe, on souffle un peu et on regarde sur la carte ce qui nous attend.

On décide de couper un peu plus court pour monter sur la Banne d'ordanche a 1512m. Et s'éviter 4km à serpenter inutilement dans la forêt et dans la boue. Car oui, étant redescendu a 1200m d'altitude, la neige est mouillée et franchement dégueulasse sur les sentiers de la forêt. De la boue, soupe noir et collante qui vous reste sur les guêtres.

On passe par une cascade et on enquille les km plus haut. On se retrouve dans une ligne droite de 4km qui nous fait prendre 300m de D+ en plein vent et neige de face. Bien entendu nous ne croisons personne, personne n'est aussi stupide que nous et ne s'aventure ici par ces conditions, aucun intérêt. Je dois avouer qu'il y a un côté grisant à se sentir suffisamment bien équipé pour affronter n'importe quelle condition. On est au milieu d'une petite tempete de neige et on rigole bien. Marvin a une petite douleur à la hanche et marche moins vite en montée. On s'attend, on prend des photos, on chante notre tube de l'hiver 2020 "a la queue loulou" et on repart.


Dernière étape le fameux Banne d'ordanche, qui culmine a plus de 1500m. Un escalier permet d'y accéder en faisant un petit colimaçon. Les arbustes et toute végétation sont pris dans les glaces. Une pluie verglaçante a tout figé et formé des stalactites horizontales partout sur toutes les choses ou formes qui dépassaient un peu. On se retrouve hilare au sommet devant une table d'orientation figée et prise dans une couche de glace de 5cm et avec une vue panoramique de blanc sur blanc à 360⁰.

On redescend les 500m de D- vers Murat a plus de 5km/h en parlant de snowboard et de ski alpins.

Nous sommes installés à l'hôtel "la cabane" et royalement accueilli par notre hôte. On se douche, on prend une bière et anticipe avec délectation la truffade à venir. J'écris ses lettres a l'apéritif, d'un bloc comme ça vient. J'aime de plus en plus cet exercice. C'est curieux j'aimerai prendre tellement plus de temps sur des détails insignifiants mais je m'oblige à raconter tous le fil de la journée de manière à pouvoir me refaire le film plus tard. Peut-être qu'un jour cette semaine, je parlerai d'autres choses que de randonnée ou alors ce sera seulement annexe.

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Publié le 12 février 2024

Données sur l'étape: 16,5km - 650m de D+


La journée commence par un petit déjeuner copieux chez nos hôtes auvergnats très accueillants. L'hôtel, véritable institution dans le milieu de l'aéromodélisme jouit d'un emplacement exceptionnel. Il est en effet à proximité de la Banne, ou seul l'aéromodélisme en planeur est autorisé au grand malheur des parapentistes mais aussi d'un "tar" magnifiquement reconstitué au-dessus du village. Type de construction méconnue du grand public mais surtout des institutions, il s'agit d'une architecture remarquable typique de l'Auvergne.

Bref, le petit déjeuner était donc copieux et d'autant plus savoureux que proche de ce patrimoine culturel que les institutions nous cachent..


On sait qu'aujourd'hui l'étape est tranquille et on prend notre temps. Martin rallonge même le plaisir et nous gratifie d'un petit aller retour ayant oublié chargeur, casquette et savon.

Parti un peu après 10h, on vise une pause déjeuner à une source Thermale naturelle dans la Dordogne située à mi-parcours soit environ 10km plus loin après être redescendu dans la vallée juste après la Bourboule.

On retrouve le GR après avoir emprunté des chemins forestiers plus ou moins officiels et plus ou moins boueux sur un versant sud que l'on qualifierait presque d'ensoleillé.

La source se découvre à nous en contre bas à gauche du GR, juste après que celui-ci amorce sa montée vers le récollet.

La pluie tombe finement et un groupe est déjà installé dans les bains. Le sol est boueux et détrempé et nous nous débrouillons du mieux que nous pouvons pour nous mettre en maillot de bain sous les yeux des baigneurs certainement amusés à nous voir nous tortiller de cette façon. Une fois dans la tenue adéquate nous nous glissons dans la source et n'en sortirons que 2 heures plus tard.

La source a un débit relativement important et nourrit trois bassins qui se déversent les uns dans les autres en cascade. Sortant aux alentours de 38-40⁰, la température baisse d'un bassin à l'autre jusqu'à se jeter dans la Dordogne. Un bénévole a tout construit de ses mains, après que la mairie ait fait détruire les précédents bassins et qu'un arrêté préfectoral en ait interdit l'accès. Le travail est remarquable. Les bassins sont grands, tout de pierres de lave, dallés au fond et disposent de des marches sécurisantes permettant une entrée et sortie facile.

Nous faisons plusieurs aller-retours entre les bains chauds et la Dordogne elle-même. Passants ainsi d'un chaud Intense a une froid glacial. L'expérience est saisissante et absolument grisante. Rester 10 secondes dans l'eau paraît une éternité durant laquelle la respiration se coupe et le temps se fige. Le cerveau nous oblige à rester dans le corps et nous pousse à en sortir.

L'heure qui suit est consacrée à la détente. Je ferme les yeux et m'allonge dans l'eau de façon à avoir les oreilles sous l'eau. Le monde devient plus distant, les sons et discussions me parviennent à travers cette couche d'eau de manière distordue et floue. Je suis seul et je regarde vers le ciel blanc, à travers une branche d'épicéa et me laisse mouiller le visage par la pluie qui continue de tomber. Je pense à la chance que j'ai d'être là, en bonne santé, à faire des choses que j'aime avec des gens que j'aime. Je pense aussi au futur et aux gens avec qui j'aurai aimé ce moment. Je le partage mentalement.

Il est 14h30 et le numéro d'équilibriste est de nouveau de mise mais dans l'autre sens. Il faut remettre toutes les couches et répartir à l'assaut du pic des capucins au-dessus du Mont Dore.

Le GR coupe une ligne de train abandonnée et envahie de végétation. Le signe d'une campagne qui a perdu ses lignes de chemin de fer au profit d'une autoroute.

Il nous restera 11km environ à parcourir à travers la forêt sans jamais atteindre la limite de la neige. Restant dans le vert, le marron et le jaune. Le blanc d'hier est loin derrière nous.

Nous sommes reposés et presque mollassons. Nos muscles ne comprennent pas pourquoi on leur fait ça après tant de douceur et de chaleur.

On déjeune à la première accalmie dans un champ qui surplombe la vallée et nous permet de voir la Banne où nous étions hier. Elle est véritablement impressionnante vue d'ici ! On s'en rendait pas compte d'en haut et dans le blanc complet, mais le massif central s'offre à nous sous un nouveau jour. Il se découvre littéralement à nous. La vue n'est pas dégagée mais déjà on apprécie des volumes et hauteurs qu'on ne soupçonnait pas en arrivant. C'est définitivement plus impressionnant que le Jura. Les vallées sont plus profondes, les monts plus hauts et les espaces plus grands.

Nous redescendons depuis les hauteurs du Mont Dore en courant comme des fous dans des pistes de mountain bike de descente fraîchement construite. Notre réputation de team freestyle RedBull est déjà maintenue, le Mont-Dore nous acclame déjà. On se prépare à passer deux jours dans cette belle ville que je connais déjà un peu, mais sans aucun plan d'activité en tête.

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Publié le 13 février 2024

Données sur l'étape : 17km - 1300m de D+


Apres tant de péripéties haletantes et d'étapes excessivement engagées nous décidons de prendre une journée de repos bien méritée. Je vous vois venir les rageux "gnagnagna ils ont marché trois jours, ils se reposent déjà". Déjà de 1, on fait ce qu'on veut et de 2, on avait un refuge de prévu pour demain soir et du coup on n'avait pas trop le choix.

Du coup, jour de repos, on en profite pour s'enquiller d' une de nos plus belles randonnées ever.

Le genre de parcours sans faute, avec juste nos yeux pour faire le plein de beau, nos sourires pour profiter d'instants d'amitiés partagés, de nos corps sur-entrainés pour endurer un effort lissé et de nos cœurs pour vivre pleinement les légères sensation d'aventure qui jalonneront ce tracé.

Nous partons tardivement après avoir acheté des pairs de crampons, un tube de crème solaire et des victuailles salées pour une boucle de 17km qui fait le tour de la vallée en passant par toutes les crêtes et les puys les plus élevées d'Auvergne.


Le Mont-Dore est à un peu plus de 1000m d'altitude et la limite pluie neige est 200-300m plus haut.

Le temps est beau, des voiles blancs parcours immensité bleue d'est en ouest. L'air est frais, malgré l'effort nécessaire pour nous élever sur les premières neiges, il nous saisit et nous force à rester emmitouflé. Aux premiers rayons de soleil, nous enlèverons les couches superflus.

On monte au Capucins qui domine la vallée et nous offre du regard tous le parcours d'aujourd'hui. On peut suivre des yeux toutes les crêtes et sommets qu'on va parcourir en passant au milieu par le puy de Sancy. La vallée a ses flancs principalement exposés au Nord et du coup préserve le peu de neige qui est tombé sur le massif ces derniers jours.

Contrairement à toutes les randonnées forestières ou côtières il n'y a que lorsque le terrain devient accidenté qu'on peut voir le chemin parcouru ou à parcourir. Peut être que c'est parce que j'ai un plutôt bon sens de l'orientation, mais j'adore repérer les valles et massifs que l'ont va traverser, enjamber, contourner ou longer. Sur un parcours comme celui-là, c'est enfantin et fascinant.

Laissez-moi vous parler de cette étape. Comme le dit si bien Martin "on est au max putain" je n'aurai pas meilleurs mots. Du moins d'aussi concise résumé !


J'aurai dit


Le bleu profond d'un ciel qui surplombe un air pur.

Le bruit de la neige qui couine sous les chaussures.

La glace qui casse sous le pied et découvre de la poudreuse dans laquelle on s'enfonce jusque genou.

Les rayons de soleil qui brûlent la neige soufflée sur les crêtes.

Le souffle chaud dans les montées

Le vide grisant des deux côtés de la crête qui vous aspire.

Les pics rocailleux qui se détachent du blanc

Le bleu de l'ombre et le blanc du soleil.

Le vent qui apparaît à l'embrasure du col et nous fait perdre l'équilibre

La neige soufflée qui forme des dunes stratifiées fascinante

Le silence dès qu'on est arrive sur une zone abrité au détour d'un pic de rocaille et le silence qui tombe

Les orges volcaniques

Les courses dans les descentes et la neige fraîche

La vallée qui s'aplatit, s'allonge et s'étend de toute sa largeur en contre bas.

Les gorges qui se transforment en ruisseaux que l'ont voit serpenter légèrement jusque s'étendre en myriades de méandres dès que le terrain devient plus doux.

Les sandwichs mangés dans le froid croquant.

Les sourires sur les visages.

Les silences qui témoignent de tout

Les souvenirs qui se créent.


Bref, on était au max.



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Publié le 14 février 2024

Données sur l'étape: 16km - 920m de D+


Deuxième nuit au gîte d'artense dans le centre du Mont-Dore. On a pris nos marques et on passe la soirée "en habitués" au café de Paris à se goinfrer de truffade et d'escargots noyés d'un St Pourcain rouge aussi fruité que dans mes souvenirs et d'une verveine offerte par la maison.

Deuxième partie de soirée à "la caverne". Pub en sous sol ou Cédric le gérant (ce n'est pas son nom, mais il en avait les traits caractéristiques) s'efforce d'animer une vie nocturne balbutiante principalement au moyen de jeux de billard et fléchettes mais aussi, et les platines l'indiquent, a travers des soirées musicales que les saisonniers qualifieront de "plutôt techno ouai".

Bref, un condensé d'expérience de fluides sociales bien représentatif de la jeunesse qui s'amuse et sort. On ne se mêle pas aux groupes, on reste entre nous. On s'observe forcément, mais les interactions n'iront pas plus loin que de courtois échanges autour d'une pièce de 2€ qui aurait roulé quelque part sous un flipper.

Il est minuit c'est mon anniversaire, Martin paye sa tournée, la vie est belle et on se marre au Mont-Dore.


Les aventhuram au café de Paris

Réveil, petit déjeuner, sac, emplettes, checking cartes. On prend la route tardivement, et un brin dans le brouillard.

C'est tout le contraire de la météo qui rattrape ses torts des premiers jours et nous offre un beau soleil chaud.

Nous longeons un peu la département en direction du nord, vers la Bourboule plus bas dans la vallée. Un km a zigzaguer entre les trottoirs occupés par des voitures mal garées et on prend à droite vers les cascades à travers la forêt. Le chemin est très balisé, large et roulant. C'est un chemin qui doit être emprunté par des centaines de personnes chaque jour l'été. Il y a même des petites rambardes et des petits escaliers en rondins dès que le terrain s'accidente un peu. Pas vraiment notre terrain favori, mais nous sommes très peu nombreux et les cascades sont vraiment belles. La première est même spectaculaire. Pas par sa hauteur ni son débit, ni même la gorge qu'elle forme mais parce qu'elle coule au milieu d'une falaise d'orge volcanique surplombé de conifères et parce qu'elle s'écrase dans un ruisseau de 1 metre de large et 30 cm de profondeur. Autrement dit, elle tombe par terre, et on peut littéralement se mettre à quelques centimètres du rideau d'eau qui tombe de 20 mètres dans un vacarme assourdissant. C'est grisant, on subit la douceur des embruns sur le visage quand des trombes d'eau s'écrasent devant nos pieds en salves lourdes et bruyantes.

On sort du sentier de randonnée pour pépères et mémères on monte vers le col du Moran. La trace nous fait emprunter une parcelle de sapin. Je ne reconnais toujours pas l'essence et je n'ose pas partager cette question avec Marvin et vous connaissez déjà la raison. En revanche je reconnais qu'il s'agit de sylviculture en raison de leur alignement parfait si caractéristique des forts de pins maritimes des Landes qui me sont chères.

Passé une certaine altitude on sort du bois qui ne pousse pas plus haut. C'est marrant cette histoire d'altitude max pour une espèce d'arbre. Difficile de comprendre pourquoi, mais c'est évident quand on regarde une montagne pour distinguer cette limite sombre. Au-dessus, le domaine des roches, en dessous celui des conifères, et encore plus bas les champs et terres des hommes.

On mange sur col, sur une table de pic-nic qui jouxte une parking permettant aux badauds d'accéder facilement aux crêtes des puys ou au buron (refuge ou on fait le fromage dans les montagnes d'Auvergne) transformé en restaurant.

Le parking est bordé de monticules de neige blanche noirci par les gaz des pots d'échappement des voitures qui se collent. Le genre de tas de neige qui va tenir jusqu'au printemps et devenir de plus en plus noir jusqu'à devenir une forme brillante sombre qui se fond et fondra sur le goudron de l'asphalte.

On repart à l'assaut du puy de la tâche qui s'élève au sud 200m plus haut. La montée est raide et au nord à l'ombre. Il fait chaud et avec l'ensoleillement la neige d'hier a fait place a une soupe de neige et de boue noire et collante. Sans vraiment gâcher la randonnée, elle nous oblige à regarder ou poser chacun de nos pieds si on veut éviter de se pourrir les gaudasses dans cette mélasse profonde et visqueuse jusqu'à la fin de la rando. On use de technique, on marche sur les bords du GR qui sont toujours un peu plus haut ou moins érodés et donc plus sec. Bref, on regarde nos pieds.

La surprise est d'autant plus belle une fois en arrivant au sommet ! L'arrête rondouillarde du puy est constituée de terre sèche et d'herbe courte, drue et jaune et s'allonge vers le nord ouest, offrant à loisir tous les points de vue vers le nord et les jour 2 et 3 et le sud sur l'étape spectaculaire d'hier. On fait quelques photos, je sort mon appareil emmené pour l'occasion.

La suite du trajet emprunte toutes les crêtes entre tous les puys allant vers le sud. Nous moins boueux et soupeux, mais tout aussi spectaculaires.

On parle de tout mais surtout de choses importantes et profondes. La randonnée en itinérance offre la temporalité nécessaire à ces discussions de s'installer et de fleurir. Parfois un sujet traine sur toute une ascension, une journée ou une semaine. Permettant de creuser quelque chose qu'on aurait tendance à seulement égratigner le temps d'une soirée parisienne. Le cadre aussi. L'absence de distraction. Être seul avec ses pensées et faire le vide de toutes les sollicitations qui nous occupent le cerveau en temps normal laisse de facto plus de places aux autres idées pour exister et prospérer.

On descend sur le col de la Croix St Robert en direction du Buron qui nous accueillera pour la nuit.

On coupe à travers champs, on longe et enjambe des petits ruisseaux parsemés de neige. Les dernières neiges du périple. On a le buron dans le viseur depuis le dernier sommet. Il se rapproche doucement, on savoure ce dernier passage. Il fait beau, la lumière est presque rasante sur notre dos. On marche en pull et dans une alternance de bruyère, herbes haute jaune et neige mouillée et lourde. Je suis dans un état d'extase complet.

On débarque au buron vers 16h30. Le lieu est magnifique. Un mix entre authenticité, confort et simplicité. Une bière en terrasse, et je m'attaque à ce récit qui me prend 45m - 1 heure d'une traite à écrire.

Demain c'est le retour dans l'auberge des champs et des hommes. Destination st nectaire a travers pâturages, petites vallées et lacs.


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Données sur l'étape : 19km - 350m D+ / 900m D-

Je suis réveillé un peu avant 8h par une intense lueur ardente qui brille à travers la fenêtre et chauffe mon visage.

Le dortoir, cosy et confortable dispose de plusieurs lit, et j'ai pris le seul a bénéficier de cet ensoleillement matinal. Je dis bien "bénéficier", car passé les premières pensées plutôt négatives à son encontre, j'ai entièrement accepté le phénomène et profité du spectacle emmitouflé sous la couette toute douce et chaude.

Le ciel s'est d'abord paré de lumière rouge orangé diffuse pour ensuite se réduire en une fente d'un orange intense contrastant magnifiquement sur le bleu gris des lourds nuages et le sol vert et jaune. Je prends une photo.

Je suis seul en bas dans la grande salle dressée pour le petit déjeuner. La grande table en bois m'appelle. Je me glisse sur la banquette, ouvre mon livre et très rapidement, Raphaël l'hôte vient me servir une grande tasse de café brûlant. Je profite de ces 10mn de lecture seul. Délectation.


Après avoir discuté longuement avec nos hôtes, reprend la route. On sait qu'aujourd'hui sera complètement différent des 2 jours précédents et leur allure de moyenne montagne. Le parcours prévoit un peu moins de 1000m de dénivelé négatif sur un revêtement très roulant et se fait aspirer rapidement par la vallée verte pour ne jamais en ressortir.

Le paysage au dessus de nos tête, a perdu de son blanc. Il fera 15⁰ aujourd'hui, on imagine que la neige aura complètement disparu d'ici la fin de la journée. Quelle chance on aura eu ! Deux jours de randonnée dans la neige et le beau pour répartir quand elle fond et avant le retour de la pluie. C'est sûrement la rançon pour avoir affronté les éléments les deux premiers jours.

Nous coupons à travers champs pour éviter de longer la départementale et très rapidement nous retrouvons les forêts et pâtures typiques du début de ce périple. On parle finalement assez peu, on marche pour ainsi dire en pleine conscience se laissant chacun seul avec ses pensées. Le chemin tourne à droite et nous fait longer une pature odorante. On croise 3 personnes aux cheveux blancs en pleine activité de plumage d'oies énormes puis plus tard devant un petit château couleur de lave gris, en pierre taillées et charpente sculptées surplombant le lac dans l'alignement de la vallée.

Depuis le haut on distingue Chambon sur lac, et son lac (badamm tsss) formé de différents mouvements géologiques plus ou moins récents. Le lac est adossé au Tartaret en aval et contenu au nord par les dents du marais, qui découpe le ciel de leurs falaises grises.

On retrouve le GR en bas, et une fois le tour terminé nous posons sur la grande plage pour manger nos sandwichs dont la durée de vie est systématiquement une épiphénomène qui se répète tous les jours. À peine le temps de le préparer qu'il est déjà englouti. Son existence même n'aura duré plus de quelques secondes passant de sandwich à sandwich entamé à bout de pain restant.


Il fait beau, on est en tee-shirt. Il n'y a pas un poil de vent, c'est vraiment le printemps en hiver. Même l'air sent le printemps. L'atmosphère chaude réveille des senteurs printanières des arbres et terres des sous-bois. Chaque bouffée d'air pur rentre et nous et nous remplit de cette nouvelle énergie et nous galvanise.

La seule difficulté de la journée réside dans l'ascension des "dents du marais" sur environ 200m de verticalité. La vue est folle, surplombant le lac, Chambon, Murol au sud est et sous les massifs du Sancy et de l'Adventif (puy de l'angle). La légende raconte qu'une pucelle aurait sauté du pic pour échapper a un agresseur et en serait ressorti indemne mais que pris d'orgueil elle aurait retenté l'expérience avec moins de succès.



La forêt est belle remplie d'hêtres et de pins aux écorces rouges en haut et au buissons de genet, bruyères et aubépines en bas.

Le chemin serpente en pente douce, la terre est tassée entre les racines des conifères. On déboule sur le château de Murol qu'on ne visitera pas. La visite est payante alors que le truc à l'air flingué, et l'exposition temporaire playmobil et moyen-âge ne fera rien, n'en déplaise a Marvin un peu insistant sur ce sujet.


On avale les 7 derniers kilomètres de relatif plat en longeant le flanc de vallée sur une ligne de niveau pour redescendre de l'autre côté vers st Nectaire. On visitera la coutellerie afin de permettre a Marvin de rénover complètement son petit Opinel d'enfance et de lui rendre un coupant digne d'un katana japonais. Il est comme un gamin, quand on lui rend cet artefacts chargé en souvenirs et près pour répartir pour 10 ans de bons eh loyaux services.


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Publié le 16 février 2024

Données sur l'étape: 25,7km - 950m de D+


On se lève et l'ambiance est morose au petit déjeuner. La cause ? Nous avons tous les 3 fait des rêves étranges nous empêchant de dormir convenablement. Ainsi Martin est parti à la guerre puis en festival, Marvin se battait avec des gars et pour ma part on construisait le nouveau stadium des Chicago Bulls dans la maison que j'achète et ce entre la signature du compromis et chez le notaire.

Je questionnerai notre guide à tous, chat-GPT à ce sujet, et il me rassurera sur l'origine de ces maux et leurs causes éventuelles et comment les résoudre. C'est simple la vie désormais avec l'IA. J'envisage de créer une app pour noter ses rêves en dictaphone au réveil pour les faire analyser par l'IA d'Open AI afin de guider mes clients dans leurs vies. Si vous êtes intéressé pour financer ce projet, contactez moi.

On prend un petit déjeuner plutôt copieux, dans la grande salle vide et un brin lugubre du logis "hôtel de la paix" dont nous sommes les seuls clients, faute de neige dans les massifs environnants. Le propriétaire, très sympathique, ainsi que la tenancière du restaurant d'hier nous ont tous les deux fait part de leurs inquiétudes quant au peu de touristes en cette saison. A priori c'est pas normal de faire le GR30 en hiver, et en toute honnêteté, on comprend pas trop pourquoi tant ça se passe plutôt bien de notre côté.

On finit donc le petit déj dans cette ambiance un peu lugubre, presque shinningiesque. Les longs couloirs, le billard, les fauteuils en velours vert devant le poêle vidé. Le comptoir en zinc devant les étages de bouteilles ne manque qu'un majordome un peu glauque qui nous indiquerait la direction du bal.

On ne traine pas et sort marcher, sous la pluie. Le topo d'aujourd'hui, 25km et près de 1000m de D+. Une grosse journée quoi.

Le sentier, nous fait remonter sur le haut de st Nectaire, et passer d'avant une épicerie producteur de fromage et autre charcuterie. On decide de passer notre tour, sans trop réfléchir aux conséquences. Spoil alerte, on ne mangera pas du coup ce midi.

On manque de ce tromper de route et on arrive rapide au sommet de la vallée au nord de la ville en longeant la ligne de niveau de la coline qui plonge plus bas. Il ne pleut plus, ou juste une très légère brume nous tombe sur le visage. On va descendre dans la vallée plus au nord pour tout de suite en remonter, pour ensuite descendre vers le puy de l'Ollois qu'on contournera. Martin est parti seul devant et nous devant pendant bien 4km. Le chemin est beau et dégagé, sur la droite des plateaux lointains, les massifs du Sancy, des nuages accrochés aux collines et des vallées sombres.

Un arbre décharné découpe le paysage.



On retrouve Martin aux abords du village d'Olloix, qui comme son nom ne l'indique pas, ne dispose d'aucun commerces. Pas de déjeuner pour notre équipe de bras cassés. On décide a la non unanimité de faire un détour de 2,5km pour monter en haut du puy d'Olloix. La pluie reprend et s'arrête aussi tôt l'ascension entamée. Le chemin serpente dans la forêt et monte très raide dans la boue et rochers, sur un sentier de sanglier plus que de randonnée en haut de la butte décharnée. En haut, on voit loin. On se fait elle chemin mental du parcours des jours précédents, on partage nos barres de céréales qui feront office de repas. On rigole et la pluie reprend.


On dévale la pente, les bâtons qui ne me servent franchement a rien d'habitude, me sont précieux ici. Je m'appuie dessus pour lancer mon pied plus bas, comme d'une rambarde me permettant de mesurer le poids que je mets sur la jambe afin de vérifier que l'appui est stable pour déplacer le poids de mon corps dessus eh enchaîner. J'espère que les pointes tiennent sinon, c'est mon corps qui tombe devant droit dans la pente quelques mètres plus bas.

Le parcours nous emmène à travers près aux abords des gorges de monne. Magnifique, point de vue sur les gorges qui s'enfoncent plus bas. Les nuages sont bas, et du haut de nos 850m d'altitude on en domine certain qui s'attachent à la forêt créant un surcroît d'ambiance mystique.

En bas, on traverse un pont 1800 d'un village abandonné et remonte en haut des gorges sur la rive au nord. Toujours sous la pluie.


Une fois en haut, et pour les 15km qui suivront nous serons sur un plateau entre landes, parsemé de bruyère et genêts, de freles forêt de boulots, hêtres et conifères éparses mais surtout de rochers de granites qui émergent des herbes jaunes et vertes de la landes rajoutant une touche de gris a la palette de vert, jaune et marron.

Le chemin serpente entre pâtures et bosquets. Nous faisant rencontrer des petits troupeaux de vaches ayant le droit de sortir de leurs étables au vu des conditions climatiques et températures douces.

On remonte un peu plus haut vers l'ouest pour nous ramener juste au sud d'aydat.

Je reçois une notification que notre train Intercités de dimanche est lui aussi annulé (après mon TGV pour vannes annulé la veille). On est mouillé, un peu fatigué par la route et la situation qu'on décide de trouver une solution alternative sans s'arrêter depuis nos téléphones. Nous prendrons donc un covoiturage plus tôt le dimanche pour nous remonter en région parisienne et je rentrerais en Bretagne le lundi soir. L'affaire conclut on avale les 5km restants jusqu'à Aydat ou l'on s'arrêtera acheter des provisions pour les déjeuners de samedi et dimanche prochain.

À peine arrivé, on se douche et on enchaîne au spa de "l'espace détente" géré par la mairie. Un espace absolument génial avec un petit bar, fléchettes et billard, salle de musculation, squash, mur d'escalade et spa avec sauna hammam et jacuzzi. C'est nickel, beau, propre, animé et abordable. Le monde ne s'y trompe pas, et le tout Aydat s'y retrouve pour partager un moment sympa, socialiser après un squash ou regarder les enfants du club s'entraîner sur le mur d'escalade.

On dort au même hôtel, on mange à la même table que la semaine dernière. Demain dernière journée vers le puy de dôme.

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Publié le 17 février 2024

Données sur l'étape: 14km - 330 D+

Nous nous réveillons difficilement ce matin du dernier jour de randonnée. Est-ce dû à la fatigue des jours de randonnée successifs, au spa de la veille, à l'excellente literie ou pour repousser la fin du voyage, je ne sais pas.

Nous sommes seuls, encore une fois dans cette salle du petit déjeuner. Seuls avec les hôtes toujours aimables et sympathiques, fidèles à la réputation des auvergnats. La seule exception aurait peut être été ce couple de restaurateurs à st nectaire, qui tiraient une gueule de 1km. Immigré depuis Perpignan, ils n'ont sûrement pas eu encore le temps de s'acclimater aux mœurs locales.

Plusieurs options s'offrent à nous aujourd'hui pour l'itinéraire. Option 1, on reprend le GR30 à l'est d'Aydat, pour reprendre les chemins empruntés une semaine plus tôt ce qui ferait un peu moins de 19km et un bon dénivelé ou couper plus a l'ouest et en évitant le lac de la Cassière et en suivant la ligne de puys entre ces derniers pour environ 14km et peu de D+. L'objectif étant une fois sur place de rajouter 10km et 400m de D+ pour faire l'ascension du puys de dôme juste au-dessus de notre ultime gîte.

Nous choisissons l'option 2, car nous voulons éviter une journée a 30km et 1300m de D+ à travers un chemin que nous avons déjà emprunté, et aussi car serpenter entre les puys nous paraissait sympathique.

9h51, Martin retire du cash et nous nous mettons en route.

Après un arrêt éclair, le temps d'acheter du pain pour le déjeuner de ce midi et de demain, nous voici à l'assaut de la chaîne des puys qui commence juste au-dessus d'Aydat la surprenante. On croise un montagnard qui s'intéresse à notre parcours et nous signale que notre logement de ce soir "c'est classe". Il avait raison.

Nous allons ainsi serpenter entre plusieurs puys de la chaîne jusqu'au puy de Dôme, ou presque. Ils sont marrants les noms des puys, certains sont appelés après leurs formes: le puys nain, puy de la combe grasse; leurs proximité avec un village ou un lieux dit : le puys de Laschamps, de la toupe, et sûrement d'autres; et tous on des consonances de mots français qui ne semblent pas exister dans le dictionnaire. Ainsi nous croiserons les puy de boursoux, de la rodde, de Charmant, de Vichatel, de Montchal, de Montgy, de Montjuger, de Pourcharet, de Monteillet, de Mercoeur, de Cocuset, de Pelat, de Beaune, de Montchar, de la Moréno ainsi que tout ceux mentionnés avant.

Le sentier, est en pente douce, sans aucune difficulté sur une surface roulante peu boueuse entre pâtures et clairières, traversant par moment des petits bois eh bosquets.

Il fait gris et le ciel est très très bas. Il fait plus frais qu'hier. L'air est plus humide et pénètre un peu plus dans nos couches. Avec 11⁰, on n'a pas besoin d'être chaudement habillé, mais heureusement qu'il n'y a pas de vent, l'histoire ne serait pas là même.

Au début la visibilité reste bonne. On distingue parfaitement les puys aux alentours, seuls quelques nuages épars plus bas que le plafond de coton sont accrochés au flanc des puys, donnant l'impression que certains fument encore, que quelques fumerolles fantômes se montrent pour nous rappeler l'origine de ce massif si particulier.



Nous retrouvons une départementale que nous devrions suivre pour reprendre un sentier Forestier. Pas trop emballés par ce projet, on décide de couper à travers les prés en contre bas. Il faut enjamber les clôtures de barbelés et électriques pour pouvoir marcher dans l'herbe verte. Des ruisseaux temporaires, formés par les pluies abondantes et la fonte des neiges, découpent les parcelles et nous obligent à zigzaguer pour trouver les endroits où un passage à guet est possible, où un saut est envisageable. Rebelote, clôture, barbelés, jusque rejoindre petit sentier de PR qui remonte entre d'autres puys.

Le sentier serpente toujours entre les puys, mais dans une forêt. Les épicéas, car oui ce sont visiblement des épicéas, n'en déplaise à Marvin, sont gigantesques. Bien 20 mètres de haut et 60-80cm de diamètre s'élève très haut, bloquant presque toute la lumière en bas, ne laissant qu'un épais tapis d'épines et de pommes de pin que seule la mousse arrive à disputer.

Nous nous faisons silencieux. Je regarde à gauche et à droite, essayant d'apercevoir un chamois ou un chevreuil à chaque fois que les perspectives s'ouvrent entre deux rangées de conifères toujours plantés aussi régulièrement. À chaque ouverture, un espoir, jamais satisfait.

On retrouve le GR30 et retrouvons l'endroit exact où je faisais une photo de Martin et Marvin devant un sol devant blanc du jour 1. Je refais une photo, témoignant du changement d'ambiance.

À 7 jours d'intervalle

Progressivement, on se rend compte que nous montons dans nuage, qu'on a atteint le plafond de coton. Le ciel gris devient brume et les contours deviennent plus flous. Les arbres à distance sont brouillés, les puys invisibles, les silences plus feutrés. Une ambiance mystique.

La forêt change un peu et d'autres essences apparaissent. Des hêtres bien sûr, mais aussi des pins, quelques chênes, du boulot du châtaignier..


Très rapidement on arrive au logement du jour "Archipel volcans" dont le nom évoque bien cette impression de naviguer au milieu d'îlots. Ces petits mamelons bien dessinés et réguliers.

Il fait purée de pois et après avoir consulté la webcam installée sur le sommet, décidons de ne pas monter en haut du puy de dôme. Cela nous laisse un certain sentiment d'inachevé. On a été méritant sur ce séjour, mais nous n'avions pas imaginé que cela signifiait la fin de la rando. C'est comme s'il manquait un bout, que quelque part, on nous avait volé la ligne d'arrivée où on se tombe dans les bras et se félicite les uns les autres du trajet accompli.

On prendra le temps ce soir de réaliser tout ça, de clore ce dossier, et de se promettre une nouvelle fois, de futures aventures entre aventhuram, je n'en doute pas.


La fin

Nous aurons parcouru 153km et gravit 6018m de dénivelé positif, sans raquettes, bravant la pluie (beaucoup), la neige (un peu), à travers des cols, arrêtes et sommets escarpés, profitant de sources thermales naturelles et artificielle, nous baignant dans la rivière glacée, en goûtant 5 truffades différentes, faisant le le tours des fromages regionaux ainsi que des verveines plus ou moins alcoolisées, animés de parties de billards et fléchettes, fêtant 2 anniversaires, accompagné de blagues plus ou moins bonnes, de discussions sérieuses et profondes comme de sujet incroyablement légers: Un vrai témoignage d'amitié et de souvenirs ancrés en nous.