Carnet de voyage

Surfons sur la vague

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J'ai voyagé pendant 7 semaines aux confins de l'Asie du sud-est durant l'hiver 2016. J'ai donc décidé de vous livrer une portion de celui-ci, c'est à dire l'étape des Philippines.
Février 2016
7 semaines
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« Et d'aventures en aventures, de trains en trains, de ports en ports, jamais au grand je te le jure, je n'ai pu oublier ton corps ». Ces Philippines seront mon corps pour les prochaines semaines. J'étais sensé divisé cette partie du voyage en 2 pays. Sauf que les plans ont changé au moment où j'ai mis les pied ici, car après avoir vu la carte du pays et rencontrer les locaux, je me suis dit que je n'aurai clairement pas de ces trois semaines restantes. On ne découvre pas 7000 îles le temps de crier victoire. J'ai donc commencé mon séjour à Legazpi, dans la région du Bicol, puisque pour moi Manille était simplement une autre capitale dense, mouvementé et peu comparable à tout le reste. Sur place après un vol où j'ai balancé entre les prières et le mal de cœur, inutile de perdre son temps et direction Donsol alors que j'avais entendu dire que ce petit village de pêcheurs était réputé pour accueillir les fameux requins-baleines, ces grandes bêtes pouvant mesurer jusqu'à 10 mètres de long ( un joueur de basketball des baies philippiennes). En passant, là-bas, tout le monde joue au ballon-panier, je me suis d'ailleurs pris plusieurs fois une raclée contre un enfant qui ne devait même pas avoir encore appris à écrire. Il y avait deux endroits pour nager avec ses mangeurs de plancton au pays et comme la deuxième à Oslob était un attrape-touriste et détruisait un écosystème tout entier, j'ai choisi Donsol où ils sont protégés par des règlements et où ils migrent naturellement pour se nourrir. Dans cette contrée plus lointaine que ma ville d'origine (Chibougamau, et oui ça existe), tout le monde vous salue quand ils vous croisent dans les rues. Si les animaux aquatiques ne sont pas votre tasse de thé (ce qui serait surprenant si vous allez dans ses îles paradisiaques), vous pouvez également miser sur des combats de coqs ou même apercevoir des arbres entiers de lucioles une fois la nuit venue. À Legazpi, vous pourrez grimper une bonne partie du volcan Mayon, toujours en activité à ce jour. L'atmosphère est très décontracté et le tourisme de masse ne s'est pas encore implanté dans une région merveilleuse rempli de gens courtois et bronzé.

En compagnie de camarades prêt pour la plongée avec les requins à pois blanc mangeurs de petits poissons 
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J'étais sensé aller voir les requins-baleine le lendemain de mon arrivée. Voilà toutefois le voyage permet les rencontre... et les soirées un peu trop arrosées peut-être. Après quelques jeux de dés et des bouteilles de rhum pas mal moins cher qu'au Québec, je vous confirme à l'instant que je ne me suis pas levé aux petites heures probablement car j'avais même pas besoin de bateau pour avoir mal de mer. L'autre surlendemain, après de multiples tentatives, voilà que nos amis les bestioles ne se sont pas pointées le bout du nez. Malheureusement, la plongée avec les requins n'est une science exacte et la bouteille m'aura fait payer le prix fort comme on dit. Une prochaine fois peut-être. Quelques jours plus tard, direction Cebu où j'aurai la chance de prendre un traversier pour l'île de Bohol, dont j'ai eu vents de quelques surprises intéressantes. Et comme les transports dans les îles sud-asiatiques sont toujours un brin plus complexes, j'ai fini par me rendre d'un îlot à un autre après... une ride de tricycle à moteur maison; un traversier de deux heures avec de la rouille plus que de passager et pour finir une traversée de l'Atlantique de près d'une quinzaine d'heure dans la cale d'un navire qui tangue comme le pendule de professeur Tournesol dans Tintin. Vous auriez dû voir la face de l'homme assis près de la fenêtre quand l'eau s'est mis à rentrer. Je pari que même les gens de Titanic n'ont pas pris le bord aussi vite. bienvenue aux Philippines !

Mis à part ces mésaventures, l'île de Bohol est magnifique. On compte parmi ses plus grandes découvertes les plus petits primates du monde, les tarsiers; des rivières d'un bleu plus pur que l'eau d'Eska et des montagnes en Chocolat Hershey (Chocolate Hills).

Les fameuses montagnes de chocolat. 
Le tarsier, plus petit primate du monde.  
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Après avoir aperçu des montagnes en forme de cônes oranges et une forêt verdoyante comme j'en connais peu, il me fallait un changement d'air. Je me suis donc dis, «tiens donc, pourquoi ne pas retourner à Manille? De toute façon, après m'avoir fait volé ma casquette à Cebu par un petit gars en bicyclette, la capitale ne pouvait pas être bien différent. Après 4 jours passé à travers le bordel le plus complet, je peux réaffirmer aujourd'hui que je n'ai pas nécessairement détesté cela, bien au contraire.

Petite balade en bateau un peu plus luxueux que celui pour Cebu, me voilà pris pour 24h entouré de Philippins qui me regarde comme si j'étais un tigre blanc dans une foire agricole. Lorsque je suis arrivé sur le bateau, je voyais beaucoup de gens transporter des coqs avec eux. Et je me demandais toujours où sapristi allait-il se retrouver dans le navire. Et comme j'ai fait le pari de prendre le billet le moins cher pour sauver 3000 pesos philippins, c'est à dire 3,50$, devinez qui s'est réveillé aux petites heures pour cause de chorale ancestrale de champs de mâle en rûte. Évidemment le même qui s'est fait faire de l’œil par un transgenre d'une transformation ma fois bien réussi. Sauf que l'effort en a valu la chandelle, me voilà de retour dans la capitale et pourquoi ne pas en profitez pour aller voir un match de basket-ball professionnel. Pour aussi peu qu'une quinzaine de dollars, je me retrouve aux abords du terrain et la foule est de la partie. Des joueurs beaucoup plus petits qu'à nos standards, il faut avouer qu'ils sont franchement bien talentueux. Une expérience locale et unique en son genre. Quand au reste, Manille et son quartier historique sont magnifiques. Elle coûte presque rien et son héritage espagnol expliqué par les guides locaux aux dents manquantes vous sera fort sympathique.

Et pour sortir les soirs venus, les bars pleuvent autant que la prostitution. Et ils ne s'en cachent même pas. Choisissez un numéro et Samantha ( son vrai nom?) vous amènera dans une chambre privée vous adonner les services que vous désirez et ce avec un plaisir simulé derrière une tristesse profonde. Bien évidemment, je ne l'ai pas essayé, ayant mieux à faire que d'encourager un marché qui alimente trop de femmes dont les profits leur sont rarement rapportés. Sinon, les philippins adorent chanter. Ils chantent tout le temps, partout et avec n'importe qui. Et ils se débrouillent pas mal en plus, même sur des chansons de Céline Dion a cappella. The Voice ne doit pas trop avoir de misère à se trouver des candidats dans ce pays à l'histoire unique. Envahi par l'Espagne, l'Angleterre, le Japon puis les États-Unis, les philippins trouvent une résilience à atteindre un seuil minimal de bonne humeur qui dépasse l'entendement. De vrais bons vivants agréable à côtoyer.

Un match de basketball est un incontournable si vous allez à Manille.  Sinon, la vieille ville est superbe. 
Manille, c'est toujours un chaos impressionnant. le plus surprenant, c'est qu'on finit par l'apprécier au fil du temps.
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Le périple achève et je n'ai toujours pas atteint mon objectif d'aller attraper quelques vagues pour mon anniversaire. Je suis donc au Pink Hostel à Manille et en parlant avec un des proprios de la place, il me dit que le meilleur endroit pour surfer en cette période de l'année, c'est sur la côte du pacifique que ça se passe. « Je vais où alors? » que je lui demande. « Va à Baler ! » lui de me répondre. Il m'écrit alors le nom d'un gars sur un papier et l'adresse de son lodge et me dit d'aller là-bas et de dire que c'est lui qui m'envoie. Un bus de nuit plus tard et des heures de sommeil en moins, me voici donc au nord du pays perdu comme un jeu de carte et ne sachant du tout comment faire. Je monte donc l'adresse à tous les chauffeurs de Tuk Tuk et finalement un des siens me dit d'embarquer.

Les jeunes apprenent très tôt les rouages du surf. Ils sont excellent avant même d'avoir fini( ou commencé) l'école. 

30 min plus tard de dos d'âne qu'on appelle en Philippins une route, me voici devant un camp de surf et une dame me répond. Je lui glisse la seule info qui peut m'aider. « Edwin? oui il est pas là, vous voulez une chambre? » Et cet instant que j'était devenu un Philippins. J'ai fêté mon jour de naissance avec un festin de produits de la mer frais comme une rose à la st-valentin, j'ai mangé jusqu'à rouler jusqu'à l'hotel pour ensuite boire l'alcool local, le whisky dérivé de la noix de coco et j'ai ris avec les locaux jusqu'aux petites heures. Et lorsque la dame du petit restaurant extérieur vous reconnait chaque matin, vous savez qu'ils vous tiennent en estime. Et pour le surf? C'est plus facile que ça peut sembler, mais vous attrapez une seule vague et la piqûre vous pogne autant qu'une mouche noire à Chibougamau (elle pogne pas pire pentoute mettons). Et pour bien devenir Philippins, il faut savoir parler le Tagalog, bien que la plupart ont appris l'anglais quelque part dans leur vie. Ces 4 jours passé dans la forêt tropicale ont été un des meilleurs souvenirs qu'il m'a été donné de vivre. La gentillesse des gens et leur générosité sont une potion magique qui chasse la haine et l'amertume plus vite que Donald Trump la fait revenir.

les confortables bateaux philippins. 

Enfin, je devais prendre un avion 2 jours plus tard, car mon permis de rester dans le pays expirait (3 semaines pour un canadien). Je suis reparti pour Manille le coeur gros et la tête rempli de souvenirs jusqu'à ce que j'arrive à Manille les poches un peu trop vide au goût du jour. Après donc une balade à dos de jeep à 25¢ et un petit 50¢ dans un métro dont la fiabilité fait parfois en sorte qu'il faut descendre en échelle, car les rails brisent, me voici à parcourir un marathon pour sauver mes dernières chances de survie. Sauf que toute histoire comporte une fin heureuse et après avoir entendu le basket-ball à l'aéroport pendant toute une nuit à 125 décibels avant le levée du soleil (c'est encore plus bruyant après), j'ai finalement pu repartir vers ma prochaine destination. Un pays fascinant avec des gens fascinant et un paysage qui alimente bien des cartes postales.

Moins exotique qu'un cheval ou un chameau, mais au combien moins dispendieux.

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