Carnet de voyage

West Seas Supertramps

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Dernière étape postée il y a 47 jours
Par jbh68
Voyage à la voile vers les mers de l'Ouest
Septembre 2019
365 jours
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Phillippe est aux petits soins pour Beaj. C'est un fier gréement de 36 pieds
Phillippe est aux petits soins pour Beaj. C'est un fier gréement de 36 pieds
Phillippe est aux petits soins pour Beaj. C'est un fier gréement de 36 pieds. Un Amel Kirk pour les connaisseurs
Minorque. L'équipage est rôdé!
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Publié le 27 septembre 2019

La ligne de flottaison du bateau s'enfonce au fur et à mesure que les outres d'eau et cubis de vin sont chargés à bord.

La visseuse tourne à plein régime pour accrocher appliques murales, extincteurs, balise de détresse, baromètre etc. Un ami à Phillippe raccorde un flexible pour que nous puissions faire la vaisselle à l'eau de mer et ainsi économiser l'eau douce de la cuve (250L).

Je monte en tête de mât pour frapper une poulie sur laquelle le Spi (grande voile carrée, très utile pour naviguer au portant sous les alizés) sera accrochée.


La poupe du bateau est quelque peu encombrée! Par malheur nous avons perdu l'ananas et le melon qui sont passés à la flotte 😦
Lui est déjà prêt pour la transat, il prend un peu d'avance...

Nous mettons les voiles vers Porto Colom (Majorque) en fin de soirée, après avoir fêté dûment le départ avec les copains de ponton, amis et famille.

La suite du voyage se dessine: Sidi Ferouch, Oran, Gibraltar.


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Publié le 7 octobre 2019

Beaj approche des côtes Majorquines Soudain, la mer se met à bouillir à quelques encablures !

Les Sternes, Puffins et autres oiseaux de mers plongent allègrement dans ce banc d'Anchois, sans doute rejoints également par des maquereaux.


Porto Colom est un paisible port de pêche. Nous y faisons escale 3 jours, le temps de se ré-approvisionner et d'attendre les vents favorables.

Beaj met le cap vers Siddi Ferruch (Algérie), non loin d'Alger. C'est là que les premiers colons français debarquèrent dans les années 1830.

Nous n'imaginons pas encore les difficultés qui nous attendent.

Le bateau talonne un banc de sable en plein milieu chenal à l'entrée du port ! Le tirant d'eau de Beaj n'est pourtant pas énorme! Un coup de marche arrière et nous nous dégageons. Les infrastructures ne sont pas entretetenues.

Les douanes montent à bord, contrôlent les passeports et font remplir toutes sortes de documents. Ils tiquent sur le téléphone satellite, les GPS, et mon appareil photo Nous prennent ils pour des espions, des journalistes? Savez vous que l'on prend de très bonne photos avec simplement un téléphone portable? Et que celui-ci a un récepteur GPS?

Ensuite les informations contradictoires se succèdent. "Vous aurez un laissez passer pour visiter la casba Alger", "Vous ne pouvez pas débarquer". En fait les garde côtes, police des frontières etc ne savent pas quoi faire de nous et palabrent longuement. Nous finissons par comprendre que nous sommes cantonnés au quai avec interdiction d'en sortir! Ils gardent de plus les passeports!

Il faut d'âpres négociations pour pouvoir aller au restaurant. Nos déplacements sont entravés même dans l'enceinte portuaire, ce qui est contraire au droit maritime, qui garantit l'approvisionnement des bateaux de passage.

Tout est compliqué.

- Nous partons demain matin, je veux refaire le plein de gasoil.

- msieur, fais le plein demain alors inchallalh

- espèce de bougre de .... je veux le faire tout de suite.

1h pour négocier l'accès à la pompe. Inutile de dire que le quai attenant est ensablé et que les bateaux ne peuvent y accoster.

Il est frappant de constater que les douaniers et police des frontières se ressemblent partout dans le monde: (parfois) corrompu, (souvent) l'air bête et sûr de soi.

Vient ensuite le temps de faire le plein d'eau.

Je vais chercher 40l à un tuyau et y revient pour continuer. Mais le policier m'arrête :

- Msieur c'est tout pour aujourd'hui

Cette fois je me mets vraiment en colère:

- C 'est le droit maritime, vous devez nous laisser l'accès à l'enceinte portuaire!

Je lui montre l'extrait du texte sur le site du ministère des affaires étrangères "cas particuliers des plaisanciers arrivant par la mer" Cet imbécile me regarde incrédule mais ne change pas d'avis.

Je me fâche tout rouge et leur montre que j'appelle l'ambassade sur le champ. La menace porte et je vais pouvoir remplir les outres d'eau. Ce qui ne m'empêche pas d'être outré.

Le quai et notre garde privée 24h/24
L'activité de l'après-midi: faire giter un autre bateau pour le désensabler.

A Tipaza, une autre tentative d'accostage n'est pas plus fructueuse. Après 2h d'intenses palabres:

- bienvenue messieurs, mais vous ne pouvez pas débarquer.


Par deux fois, des vedettes des garde côtes nous rejoignent et fouillent le bateau.

Les îles Habibas (près d'Oran) sont un refuge, un sanctuaire exploré par Cousteau en 1977. Nous sommes malheureusement a nouveau talonnés par une vedette des garde côtes, qui entreprennent une manoeuvre plus qu'hasardeuse pour aborder Beaj. Réveiller des marins pendant la sieste ne se fait pas, le ton monte.

Voilà désormais l'aviation qui débarque! Des avions de chasse font plusieurs passages à basse altitude !

Nous comptions jeter l'ancre aux îles pour la nuit, mais vu les ennuis avec les autorités nous mettons le cap vers Melilla (enclave espagnole au Maroc).

Il faut plus encore plus de 2 jours et 2 nuits de navigation pour y parvenir

Les Îles Habibas, sous "bonne" escorte

Le timing pour aborder l'Algérie n'était sans doute pas le bon. Les manifestations se succèdent à Alger pour maintenir la pression sur la clique des généraux au pouvoir. Ils accaparent la grande majorité des (immenses) ressources du pays et n'ont pas du tout l'air décidé à abandonner leurs privilèges.

La tension dans l'air est palpable.


"Ça suffit de tromper le peuple"

Nous profitons d'un nième contrôle pour acheter des poissons à des pècheurs (qui s'excusent platement pour les tracasseries causées par leurs autorités).

De quoi agrémenter le quotidien: des Pagres et bananes flambées
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Publié le 20 octobre 2019

Les côtes algériennes nous paraissent d'une beauté hostile. Pas seulement à cause l'aridité des paysages, mais aussi parce que nous savons que nous ne pouvons y accoster sans démêlés avec les autorités.

La méditerranée perd plus d'eau par évaporation que l'apport de tous les fleuves s'y déversant. Conséquence: un courant constant de 2 noeuds qui longe la côte africaine vers l'est et qui nous freine considérablement.


L' arrivée à Melillla est une délivrance. Finis les contrôles et les flics corrompus.

Melilla est une enclave espagnole au Maroc, un Melting Pot de Juifs, Espagnols et Indiens.


La frontière avec le Maroc: triple rangée de barbelés, caméras, miradors et patrouilles

Nous rencontrons Agnieska, une polonaise expatriée à Melilla, qui fera la route avec nous de La Linea de la Concepcion (Gibraltar) à Cadix.

De gauche à droite: Raymond, Guy, Philippe, Agnieska
L'arrivée à Gibraltar escorté par des dauphins
L'écran de l'AIS, le système anti-collision
Le détroit de Gibralatar est très fréquenté!
Cadix

La traversée Cadix - Ayamonte est houleuse.

La météo nous offre du répit que nous employons pour remonter en voiture le Guadiana (fleuve à la frontière Espagne/Portugal) vers Alcoutim. Le paysage est idyllique, les amandes et grenades poussent à profusion.


De nombreux plaisanciers remontent le Guardia pour y hiverner
Ramassage de noisettes

Grosses sessions de kitesurf hier et aujourd'hui.

Départ pour les Canaries ce dimanche matin.

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Les conditions pour kiter sont idéales. J'harnache le matériel de kitesurf sur le vélo et me rends sur le spot à 6kms de là.

Je navigue jusqu'au coucher de soleil en envoyant au passage quelques sauts stratosphériques bien débiles.

À l'embouchure du Guadiana, quelques centaines de Goélands et de Fous se rechauffent sur la grève aux derniers rayons de soleil.

Harnacher tout le matériel sur le vélo n'est pas aisé. Je ne passe pas inaperçu

Mardi 22 octobre, traversée Ayamonte - Les Canaries:

Les prévisions ne se sont pas trompées. La mer est forte, les vent compris entre 25 et 30 noeuds, jusqu'à 36 (65 km/h) en rafale. (Voir zones orange de la capture d'écran Windy ci-dessous)

Beaj navigue sous voilure réduite, 2 ris dans la grande voile et trinquette. Les embruns mouillent régulièrement le pont et le cockpit.

Manger à table dans ce cas est un exercice de haute voltige. Tout ce qui n'est pas attaché valdingue instantanément. Le moindre geste ou déplacement peut devenir problématique.

Mon short garde le souvenir ému des 50 Nuances de Gras renversées sur la table (saucisson, vin, rôti, lentilles etc)

Capture d'écran de l'application Windy
Un joli cumulonimbus
La vie en mer

Il est 3h du matin, après 6 jours de mer Beaj longe la côte de la Palma pour rallier le port de Tazzacorte. Le relief escarpé de l'île se distingue malgré la nuit sans lune. Quelques éclairs embrasent l'horizon loin au large. C'est le calme plat, l'étrave écarte une eau scintillante vert fluorescent (à cause du plancton). En quelques minutes, l'orage est sur nous, les eclairs illuminent la côte, le vent fraîchit et nous prenons des grains. Pratique pour l'entrée du port...

Je monte le surlendemain au Roque de Los Muchachos (2400m) à pied. Les paysages volcaniques, lunaires, succèdent aux forêts de pins et de chataîgniers.

La caldera volcanique fait penser à la Réunion, les bouchons en moins et la coolitude/sympathie des gens en plus (cet avis perso n'engage que moi)

Vue sur la caldera depuis le Roque de Los Muchachos

Pendant ce temps, Raymond, Philippe et Guy écument les bars de pêcheurs pittoresques. Ces bars où les marins ne "boivent pas tant que ça" et où ils discutent avec un (plusieurs) verre(s) à la main de leurs problèmes passés avec l'alcool.

Nous en profitons pour récupérer une nasse qui permettra de stocker les fruits, accrochée au portique arrière du bateau. Avec l'ancien système les fruits peuvent passer à l'eau quand il y a du roulis.

"Je bois moins que toi"

La partie sud de l'île a été gagnée sur la mer il y a 300 ans. Le paysage y est martien.

Fuencaliente

Le pilote automatique (voir photo ci-dessous) étant en maintenance (signes de fatigue, fuites d'huile), nous mettons à profit cet intermède pour visiter l'île d'El Hierro, à quelques 50 miles nautiques au sud.

El Hierro ressemble par endroits à l'Islande, le soleil en plus.

Le pilote automatique, dit "Toto la répèt", à son poste
Las Puntas
Las Puntas

Le centre de l'île est plus verdoyant

Mirador de la Pena
Mirador de la Pena

La remontée vers la Palme (pour récupérer le pilote auto) est pénible: 32 noeuds en rafale, quelques vagues déférlantes et une mer formée, et il faut serrer le vent pour garder le cap. Le près serré est une allure inconfortable. Il s'agit de prendre les vagues de face, puis d'abattre (s'écarter du vent) pour les descendre, afin que le bateau ne tape pas et n'enfourne pas la vague suivante.

Quoi qu'il arrive le barreur a le privilège de se prendre des trombes d'eau sur la figure. Je ne regrette pas d'avoir investi dans une salopette imperméble!

Guy a récupéré au Portugal un fût de bière coupé en 2. Il permet d'inviter les copains de ponton au barbecue le soir.

Malheureusement lors de ce bbq Phillipe a glissé du ponton et son téléphone est passé à l'eau. Vous pouvez néanmoins le contacter sur mon téléphone (SMS) au +33688562227.


La suite des aventures : Le Cap Vert avec les îles de Boa Vista et Fogo. Départ ce mardi midi.

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Publié le 8 novembre 2019

Suite aux quelques problèmes techniques avec le pilote automatique, nous décidons de mettre le cap directement vers la Martinique sans passer par le Cap Vert.

Nous descendons tout d'abord à environ 300 miles nautiques au nord ouest du cap vert, puis obliquerons plein ouest afin de profiter des Alizés.

Durée prévue de la traversée : environ 20 jours

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Publié le 16 novembre 2019

Départ pour la transat ce samedi 14h. A bientôt de l'autre côté!


L'une des dernières soirées avant la transat, à bord de Beaj

Paul et Nicolas sont deux joyeux lurons qui s'apprêtent à traverser l'Atlantique à la rame!

RDV est donné à Marie Galante Noël/Nouvel an, et espérons le quelques bonnes sessions de kitesurf ensemble.

Leur blog: rameocean.fr

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Publié le 8 décembre 2019

La torpeur tropicale se fait sentir au fur et à mesure que nous descendons au sud. Les T-shirt tombent dès les premiers jours.

Quelques Sargasses viennent confirmer que la mer s'est bien réchauffée. Ces algues qui se développent dans les mers chaudes. Les marins de Christophe Colomb les prenaient a tort pour des herbes charriées par un grand fleuve et donc pour un présage de terre imminente.

L'étrave de Beaj écarte des nuées de poissons volants. De nombreux kamikazes finissent happés sur le pont.

Un poisson volant

Les journées sont rythmées par les repas, les quarts de nuit (3h), les parties de carte le soir et le boulanger du bord qui enfourne le pain à la fin de la nuit. Lorsque la houle laisse un peu de répit, le marin de quart peut se permettre de lire, regarder un film, rêvasser ou regarder les étoiles, voire de dormir par intermittence en attendant la relève. Nous ne croisons en effet personne. Pas un bateau, pas un avion, pas un sac plastique, même la VHF (La radio) d'habitude si bavarde (c'en est même pénible) est ici silencieuse. Nous sommes véritablement coupés du monde.

Le Marin lève-tôt doit néanmoins ne pas se laisser surprendre par les grains matinaux parfois violents. S'il est prévoyant, il l'aura vu venir et aura réduit la voilure avant la pluie et les fronts de rafales. Le tangon (tube métallique permettant de maintenir la voile ouverte au point d'écoute et évitant ainsi que la voile ne claque, frotte etc en vent arrière) de trinquette a ainsi été plié en deux.


Les grains passent...
7 à 8 noeuds dans les surfs!
Un grain passe. Rafales à 32 noeuds et mer creusée
Le "train" des Alizés: vent arrière (portant). Génois et trinquette tangonnés

Les alizés ne sont pas tout a fait établis, même sous le 20eme parallèle, et nous devons allumer le moteur tout en ménageant le gasoil.

Nous profitons du calme plat pour sortir l'échelle de bain et s'offrir un bon bain en plein milieu de l'Océan !

De nombreux paille en queue et sternes nous gratifient de leur visite. Certains essayent de se poser sur la girouette puis se ravisent. Ces oiseaux sont mieux adaptés que nous à ce mileu hostile! Ils vivent au beau milieu de l'Atlantique et ne reviennent à terre que pour la ponte.

Les fous de bassan en revanche sont clairement un signe que la terre se rapproche. Les premiers apparaissent à 150 miles nautiques de Marie Galante.



"Vous êtes ici" Beaj abat quotidiennement ses 120 / 140 miles. Il aura fallu 21 jours pour parcourir les 2700 miles de la transat.

Je rêve de fruits, d'un bon pain (Celui du bord laisse encore à désirer), et de mille-feuilles. Et de pouvoir me dégourdir les jambes sans se foutu roulis!!

Nous passerons les fêtes à Marie-Galante avant de reprendre la mer pour de nouvelles aventures vers Porto-Rico, la Jamaïque, Saint Domingue et Cuba!