Carnet de voyage

Doris sur la Route de la Soie

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Dernière étape postée il y a 203 jours
3 mois en moto à la rencontre des peuples d'Asie Centrale
Du 1er mai au 31 juillet 2019
92 jours
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Publié le 3 mai 2019

Doris et moi avons pris une grande décision … oh, rassurez-vous, rien de grave! Nous n'allons pas divorcer, même pas nous séparer. Non, rien de tout ça! … nous allons juste reprendre la route. Direction l'Iran, l'Asie Centrale, la Russie, à la rencontre de ces peuples que l'on dit authentiques et si accueillants.

… une belle balade de plus de 20'000km, on se réjouit!

La Route de la Soie

Il n'existe pas une seule mais bien de nombreuses Routes de la Soie. C'est un vaste réseau de routes commerciales qui reliaient à l'époque l'Asie à l'Europe. Son nom vient de la matière première la plus précieuse qui y transitait, la soie. Ces routes ont connu leur heure de gloire entre le 2ème siècle avant JC et le 2ème après JC. Elles ont été remplacées peu à peu à partir du 15ème siècle par les routes maritimes vers les Indes. Le terme revient au goût du jour avec le vaste projet chinois qui vise, par des investissements massifs, à améliorer les moyens de communication, les réseaux de transport, le commerce, les mouvements de population ainsi que les transferts monétaires vers le reste du monde. Ceci confirme les velléités d'hégémonie de la Chine sur l'économie mondiale.

La Route de la Soie que nous avons choisie

… et pour les studieux🤓 https://fr.wikipedia.org/wiki/Route_de_la_soie

A nouveau pas mal de préparation, même si le matériel ne diffère pas trop de celui que nous avons utilisé lors de notre voyage l'automne dernier. Juste un peu plus d'affaires de camping, dans la mesure où nous allons profiter de ces grands espaces pour de belles nuits dans les étoiles. Les démarches pour l'obtention des visas nous ont pris passablement de temps et sont assez lourdes, mais le dernier visa, celui du Turkménistan, vient d'arriver!

Pour ceux qui n'ont pas la chance (ou la malchance …) de la connaître, Doris c'est un peu ma maîtresse et ma confidente. Mais c'est avant tout ma moto qui m'a accompagné l'automne dernier dans un premier voyage autour de la Méditerranée : https://www.myatlas.com/jacquesvolery/les-carnets-de-doris

et voici Doris … toute belle, toute propre

Je publierai des photos et des récits de voyage une ou deux fois pas semaine. Si vous souhaitez être informé(e)s automatiquement des mises à jour, il vous suffit de vous inscrire au blog. Vous recevrez alors un mail à chaque fois que je publierai une étape, avec le lien direct.

Voili voilou… je vous laisse car j'ai encore pas mal de matériel à préparer. Notre départ est prévu pour ce lundi, 6 mai. Oh là là ….ça me laisse peu de temps pour charger Doris! Si quelqu'un veut me donner un coup de main, c'est bien volontiers 😀

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Publié le 8 mai 2019
Une dernière révérence au “plus beau lac du monde” 😉 ... et en route!

... enfin presque. Car en quittant Estavayer, je m'aperçois que Doris est trop lourde. C’est chaque fois pareil, elle prend du poids pendant l’hiver! Et dans les caisses latérales, ça se sent au roulage. Je repasse donc chez moi et la déleste d’une bonne dizaine de kilos superflus. Elle râle, je m’en fous.

L’hiver étant toujours solidement accroché aux montagnes suisses, nous prenons la direction du Valais et le tunnel du Simplon, afin de passer rapidement au sud des Alpes.

Un wagon pour nous tout seuls! C’est la classe... en 3ème classe 😬

15 francs pour traverser les Alpes en moto, t’y crois pas, c’est donné. Arrivés à Iselle, nous traçons jusqu’à Vérone. Le ciel nous sourit et la température est remontée d’une dizaine de degrés 😉.

J’avais donné rendez-vous à Juliette. Petit problème... c’est Roméo qui s’est pointé! (Arènes de Vérone)

Mardi, nous prenons l’autoroute pour une grosse journée, 670km. Nous avalons au passage la Slovènie et terminons notre journée à Zadar, en Croatie. Nous ne nous y attarderons pas trop, c’est bondé de touristes! ... et Doris est plus à l’aise dans les grands espaces.

Après deux jours, nous ne sommes pas encore super à l’aise dans notre “trip” et n’avons pas encore retrouvé notre petite routine. On est un peu comme les vieux couples, lents au démarrage...

Zadar 

La journée de mercredi sera une vraie journée de moto🏍 😉. On délaisse l’autoroute pour une départementale qui longe la Côte Dalmatienne, de Zadar à Dubrovnik. Si les 150 premiers kilomètres sont un peu ennuyeux avec beaucoup de villages à traverser, il en va tout autrement pour la seconde partie. De magnifiques routes, en super état, qui jouent les montagnes russes le long de la côte.

Nous terminerons notre journée, fourbus mais heureux, à Slano. C’est une petite crique à une vingtaine de kilomètres de Dubrovnik, encore oubliée des touristes en ce début de saison.

Nous ne nous attarderons pas demain à Dubrovnik, la pluie étant annoncée dans l'après-midi. Et puis nous nous y étions déjà arrêtés l’automne dernier, lors de notre remontée depuis la Grèce.

Demain, en route pour la Turquie, via la Bosnie, la Serbie et la Bulgarie.  Nous devrions atteindre Istanbul d’ici samedi.
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Publié le 11 mai 2019

Réveil aux aurores jeudi matin, la pluie tambourine sur le toit... elle ne nous quittera qu’en début d’après-midi. Rien de bien sérieux, nous devrions être moins arrosés que lors de notre roadtrip de l’automne dernier, où nous avions eu une vingtaine de jours de pluie, sur 3 mois. Je profite du petit déjeuner pour bavarder avec trois motards français, lesquels ont passé une semaine en Croatie et sont sur le chemin du retour.

Dubrovnik  

Pas de visite au programme ce jeudi, météo oblige. Nous changeons un peu notre itinéraire pour descendre plus rapidement au sud. Nous jouerons à saute-mouton avec cinq pays aujourd’hui (Croatie - Bosnie - Monténégro - Albanie - Kosovo).

Monténégro (je m’étais arrêté au même endroit l’automne dernier ... et le temps semble ne pas s’être amélioré entre-deux...)

Au passage de la frontière entre l’Albanie et le Kosovo, à la vue de mon passeport suisse, le douanier me demande, dans un français hésitant, de quelle région je viens. Je lui réponds que je vis près de Fribourg, inutile de rentrer dans les détails géographiques... du moins c’est ce que je pense. Il me dit alors que son fils habite à Fribourg et qu’il est venu plusieurs fois lui rendre visite. Ils sont allés à Gruyères, Bulle et ... Estavayer! Nous plaisantons encore un moment et c’est un coup de klaxon de la voiture derrière moi qui me rappelle à l’ordre.

Si on rentre facilement au Kosovo depuis l’Albanie, on en ressort plus difficilement du côté de la Serbie. Il me faudra une bonne heure pour passer la douane... Si le Kosovo s’est déclaré indépendant en 2008, la Serbie ne l’a jamais reconnu comme état et le considère toujours comme une province serbe. D’où cette grande animosité entre les deux pays.

  ... j’ai bien regardé, il n’avait pas la pointure 👠  de Doris. D’ailleurs il ne vendait que des pneus de bagnoles 🚗 (Albanie)

Je termine ma journée de vendredi en Bulgarie, à Sofia. C’est là que j’aurai mon premier coup d’coeur de ce voyage, à la Cathédrale Nevski. Bien que très belle, elle n’est pas vraiment imposante. J’aurai la chance d’y pénétrer en pleine célébration de messe orthodoxe, avec un chœur d’hommes aux résonances incroyables. Je resterai là une vingtaine de minutes à me laisser tranporter par ces voix magnifiques.

Cathédrale Alexander Nevski (Sofia) 

La journée de samedi ne présente pas grand intérêt, 550km d’autoroute pour rejoindre Istanbul. L’autoroute est très peu fréquentée côté bulgare. Je bloque le tempomat et me laisse aller à mes pensées, comme c’est souvent le cas sur ces grandes lignes droites désertes. Tout d’un coup, un groupe “d’avions de chasse” me doublent dans un énorme vrombissement! Ce sont une dizaine de motards, couchés sur leur bécane. Je suis à 130km/h... les garçons doivent être au moins à 200!

La dernière heure, sur le contournement d’Istanbul et pour rejoindre mon hôtel au centre ville, sera un peu rock’n roll. L’autoroute passe à quatre voies, le trafic est super dense et pour couronner le tout un énorme orage s’en mêle. Les conducteurs turques sont super indisciplinés, changeant de voie à l’improviste et n’utilisant que sporadiquement le clignoteur. Doris, ça lui a pas trop été. Du coup, elle a décidé de poser deux jours de grève (sans préavis!). J’en profiterai pour visiter Istanbul la Belle demain et lundi.

Premières impressions stambouliotes
 Je me réjouis de découvrir cette ville aux milles senteurs, dès demain 
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Publié le 14 mai 2019

Nous démarrons notre visite dimanche par deux “grands classiques”, la Mosquée Bleue et Sainte-Sophie. Les deux monuments se font face depuis des siècles et sont aussi imposants l’un que l’autre.

Sainte-Sophie 

Construite au VIème siècle, Sainte-Sophie fut tout d’abord une basilique chrétienne. Elle fut transformée en mosquée au XVème siècle, lors de la prise de Constantinople par les Ottomans. En 1935 Mustafa Kemal Atatürk, fondateur et premier président de la Turquie moderne, décida d’en faire un édifice profane et elle porte aujourd’hui le titre de “musée”.

La Mosquée Bleue,construite au 17ème siècle 

Istanbul compte plus de 2’500 mosquées et fut pendant plus de 500 ans, sous l’Empire ottoman, la capitale du monde musulman.

C’est la période du Ramadan qui, comme chaque année, dure un cycle de lune (29 ou 30 jours). Les mulsumans pratiquants ne mangent pas entre le lever et le coucher du soleil. Ce soir, vers 20.30h, je me promène aux allentours de Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue. Je m’interroge pourquoi tous les parcs et espaces verts sont envahis de familles qui pique-niquent...

... le repas du soir, tant attendu après une dizaine d’heures de jeûne 
 Istanbul, mégapole de 15mio d’habitants, grouille de partout. Après 2 jours, nous avons déjà hâte de reprendre la route!  

Mais avant de tracer à nouveau la route, il nous faut des nouvelles chaussures 👠 pour Doris...

 1. Marchandage (à gauche),  2. Montage  ... même après l’étape 1, le prix de la gomme à Istanbul est aussi  élevé qu’en Suisse! 

Si la matinée a été consacrée au bien-être de Madame, l’après-midi sera dédié à son compagnon. Je décide d’aller au hamam, et tant qu’à faire je choisis un des plus anciens d’Istanbul. Je m’y rends en fin de matinée et, à ma surprise, trouve une pancarte sur la porte indiquant “Women”. Je cherche l’entrée réservée aux hommes et un employé me dit que pour les hommes, c’est à partir de 16h, la première partie de la journée étant réservée aux femmes. Eh bien ici, c’est pas les Bains de la Motta ...

Hamam construit en 1580... mais remis au goût du jour, tout de même 

J’y reviendrai en fin d’après-midi. La séance dure plus d’une heure, dans la plus pure tradition turque. Massage, gommage et récurage au programme ... bref, la totale! Je me sens tout neuf en sortant.

 Voilà, voilà... demain c’est reparti. Direction l’Asie.

Mardi est une longue étape, 600km d’autoroute vers le sud. Le thermomètre franchit allègrement la barre des 30 degrés, mais il va bien falloir qu’on s’y habitue 😅. Nous arrivons en fin d’après-midi à Pumakkale. Nous avions prévu visiter le site le lendemain, mais notre hôte de ce jour nous conseille d’y aller encore aujourd’hui. Elle nous dit qu’il y aura moins de monde et que les couleurs de fin de journée y sont magnifiques. On ne pourra pas lui donner tort...

Non, ce n’est pas de la neige! 

... et pour les studieux 🤓

http://www.voyageurs-du-net.com/pamukkale-piscines-naturelles

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Publié le 18 mai 2019

Mercredi matin... courte nuit dernière nous et longue journée devant. Plus de 600km d’autoroute pour atteindre la Cappadoce...

... “et sans vouloir te vexer, ma vieille, je pense qu’on y sera avant toi!” 
Notre départ de Pumakkale. A gauche Aya, notre hôte pour la nuit... la gentillesse comme carte de visite.
Rien devant, rien derrière sur des kilomètres... qu’est que c’est grand la Turquie! 

Région semi-aride au centre du pays, la Cappadoce est fameuse pour ses habitations troglodytes remontant pour certaines à de l’Âge du Bronze et pour ses formations géologiques aux formes caractéristiques.

🤓 http://histoire-a-sac-a-dos.com/les-villes-souterraines-de-cappadoce/

La journée de jeudi sera dédiée à la randonnée ... à pied, Doris ayant décliné mon invitation. Le matin, je ne croiserai que deux touristes américains en remontant “La Vallée de l’Amour”. Peut-être à cause du cagnard qu’il y fait?...plus de 30 degrés et pas le moindre courant. Le décor est magique et, après deux journées d’effervescence à Istanbul, le calme bienvenu. J’ai un peu de peine à trouver l’entrée de la vallée, la signalisation des chemins de rando étant une spécialité toute helvétique...

La vallée regorge de pitons rocheux et se remonte en deux petites heures 

Je m’aventurerai l’après-midi dans la Vallée de Zemi. Plus encaissée que la Vallée de l’Amour, elle m’offre un spectacle absolument surprenant et majestueux. Des formes incroyables et des senteurs printanières très intenses... du pur bonheur.

... non, ça n’est pas un allien tentant de m’enlever. 

Voilà, je rentre à Göreme en longeant une route à fort trafic, mais ça n’enlève rien au plaisir de cette super journée. Avec toute de même plus de 24km “au compteur”, je m’essaie aux joies de l’auto-stop, comme dans mes plus belles années. Mais apparement le Turc ne partage pas volontiers sa voiture. C’est finalement un taxi qui aura pitié de moi... contre menu monnaie tout de même.

Le lendemain, nous avions prévu partir après le petit déjeuner, direction la frontière iranienne que nous devrions atteindre d’ici 2-3 jours. Il fait super beau et une envie nous prend d’aller faire une dernière rando (motorisée celle-là) dans ces paysages magnifiques. Bien nous en a pris...

Nous laissons à regrets derrière nous la Cappadoce, en début d’après-midi. Alors que nous filons vers l’est, nous nous étonnons après deux bonnes heures de route de trouver des résidus de neige dans les champs bordant l’autoroute! Il fait 25 degrés... je m’arrête et jette un oeil sur mon altimètre. On est pratiquement à 2’000m!

Ces hauts plateaux sont interminables... 

Dans la descente vers la plaine, on retrouve des reliefs et des couleurs que nous avions déjà rencontrés dans l’Atlas marocain, l’automne dernier.

Vendredi soir me réservera une belle surprise. Nous avons posé nos bagages à Malatya, petite bourgade de la Turquie profonde, ignorée des touristes. Alors que je suis à la recherche d’un restaurant, je descends une ruelle où des hommes, attablés sur la rue, jouent aux cartes ou au Okey, sorte de Rumikub turc. Ils sont ainsi des centaines à jouer, par tables de 3 ou 4. Je m’arrête dans le premier restaurant, il est bondé. Il est 20.30h et c’est l’heure où le soleil se couche. Le patron me fait signe de prendre place au bout d’une table. Il revient avec un autre homme, qui nous servira d’interprète. Pas de carte ici, il me demande ce que je veux manger! Le temps qu’on m’apporte un délicieux kebab au poulet et le resto s’est vidé, je suis seul. Le patron vient s’asseoir à ma table et nous entamons une (lente) discussion, à grands renforts de “Google traduction”. Il me fera apporter 5 ou 6 thés au fil de la discussion et ensuite m’invitera à prendre le dessert sur la rue avec ses amis. Nous avons passé plus d’une heure à parler de nos pays respectifs et de mon voyage. Avant de partir, toute sa famille m’aura été présentée et tout le monde saura qui est le “motard suisse”. J’ai insisté, en vain, pour payer mon repas... Une belle soirée! C’est çà, aussi, la beauté des voyages.

Voili, voilou... à tout bientôt pour la suite 
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Publié le 22 mai 2019

Nous étions tout de même un peu en mode “vacances” ces deux premières semaines... le changement va être rapide! Nous vous avions laissés en Anatolie profonde et étions supposés vous retrouver au nord de l’Iran... au final, nous sommes à Yerevan, capitale de l’Arménie. Que s’est-il passé entre-temps?

Lac Van Golü, à l’extrême Est de la Turquie 

En préambule il faut savoir qu’il y a une loi, en Iran, qui interdit toute moto de plus de 250cm3 sur le territoire iranien. Cette règle, valable aussi bien pour les locaux que pour les étrangers entrant en Iran, date du début des années 80, soit juste après la Révolution Islamique (1978). Elle n’a cependant jamais été appliquée et nombreux sont les motards européens qui sont entrés en Iran avec des grosses bécanes, sans être inquiétés. Malheureusement pour nous, suite au regain des tensions internationales avec l’Iran, l’Etat a décidé depuis quelques semaines d’appliquer strictement cette loi.

Dimanche matin, nous quittons notre petit hôtel à Van pour la frontière iranienne, distante d’une centaine de kilomètres. Nous préférons nous y présenter le matin, car en période de Ramadan il est préférable d’avoir affaire à des douaniers rassasiés qu’affamés... Nous passerons 2 heures, entre les douanes turque et iranienne, à montrer et remontrer nos papiers, à négocier avec un douanier iranien parlant vaguement anglais, à essayer de le soudoyer avec un billet de 50€, rien n’y fait. Nous sommes rejetés comme des malpropres... Avant de nous laisser repartir pour la Turquie, un militaire iranien me conseillera de tenter notre chance au poste frontière de Bazargan, 300km plus au nord. Là-bas, apparemment, ils laissent passer les grosses motos... InshAllah! Avant de pouvoir quitter le poste frontière, nous devons bien entendu refaire toutes les démarches pour “entrer” en Turquie...

Le lendemain matin nous nous présentons au poste frontière de Bazargan. Le passage de la douane turque nous prend déjà passablement de temps. Un douanier turque me dit que nous avons peu de chance de passer en Iran et il nous accompagne jusqu’à un énorme portail en fer blanc, tout rouillé. Le poste frontière iranien ressemble plus à un camp militaire qu’à une douane. Un militaire ouvre le portail tout grinçant, m’invite à laisser Doris côté turque et à le suivre. Mes connaissances de farsi étant nulles (je n’ai jamais fait farsi en deuxième langue...) je comprends cependant très vite qu’il ne me sera pas possible d’entrer en Iran avec Doris. 950cm3 de surpoids, ... même avec un mois de régime, ça va pas le faire. Le militaire m’emmène dans le local de douane, où de nombreux officiels en civil s’activent à contrôler des voyageurs. On me dit d’attendre...après une dizaine de minutes arrive une interprète. Elle me dit qu’il n’est pas possible d’entrer avec une grosse moto. Je peux soit la laisser au poste frontière et entrer seul en Iran, soit la faire envoyer par camion au poste frontière où je pense ressortir du pays, soit faire demi-tour et retourner en Turquie. Re- aïe... J’essaye de discuter pendant une bonne demi-heure, rien n’y fait. Je glisse alors discrètement un billet de 50€ dans mon passeport, tout en ayant soin de tourner le dos à la caméra de surveillance. Je tends mon passeport à celui avec qui j’ai palabré (via l’interprète) en faisant dépasser légèrement le billet. Il me dit alors que ce n’est pas une histoire d’argent, mais qu’il aura de gros ennuis s’il nous laisse entrer... Nous avons à nouveau passé deux heures pour rien, sans compter les 300km qui séparent ces deux postes frontières. Grosse déception bien sûr, il va falloir trouver un plan B.

En redescendant dans la vallée, je décide d’aller à Yerevan en Arménie. L’idée est d’y rencontrer Hossein, un motard Iranien qui organise des voyages en moto en Iran. J’ai échangé quelques mails avec lui ces deux dernières semaines. Il me dit par mail qu’il peut nous faire entrer en Iran pour un transit de 7 jours, moyennant rétribution bien sûr, mais sans garantie de pouvoir passer. Je propose de le payer qu’une fois la frontière franchie, ce qu’il refuse. Je laisse tomber.

Je pense rejoindre Yerevan depuis la Turquie, distante d’une cinquantaine de kilomètres. Sur la route qui conduit à la frontière arménienne, je m’arrête pour faire le plein. Le gars me dit que la frontière est fermée et le restera encore pour longtemps! Ceci en raison notamment de la non reconnaissance du génocide arménien par les autorités turques. Dans les années 1915-17, les autorités ottomanes ont exterminé plus d’un million d’Arméniens vivant sur sol turc.

🤓https://www.herodote.net/24_avril_1915-evenement-19150424.php

Nous n’avons qu’une solution pour rejoindre l’Arménie, c’est de remonter plus au nord pour passer par la Géorgie, 500km au lieu de 50... Je vérifie sur internet, je n’ai pas besoin de visa pour entrer en Géorgie! Pluie et routes défoncées au programme géorgien. Nous n’atteindrons Yerevan que le lendemain soir. Pourquoi l’Arménie? Eh bien parce qu’une option serait ensuite de nous rendre en Azerbaïdjan, à Baku, d’où nous pourrions prendre un bateau pour traverser la Mer Caspienne. Nous rejoindrions alors le Turkmenistan et la Route de la Soie. Mais pour entrer en Azerbaïdjan, j’ai besoin d’un visa, visa que je n’ai pas. Je fais la demande en ligne lundi soir, je ne l’aurai pas avant samedi ... zut! Une autre solution serait de contourner la Mer Caspienne par la Russie au nord, mais mon visa russe n’est valable que depuis le 15 juin...

Descente vers les plaines de Géorgie 

Voilà, il est mercredi et je suis à Yerevan, ville d’un million d’habitants où, à part des monuments à la gloire passée du soviétisme, il n’y a rien à voir. J’ai cependant un plan C en tête...

Quelque part dans les montagnes arméniennes 
... et en Turquie, sur l’autoroute en direction de la Géorgie . Je doute qu’elles aient toutes acheté la vignette...
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Ces dix derniers jours, hormis les douaniers iraniens, notre plus gros ennemi aura été le vent. En effet, que ce soit sur les hauts plateaux en Turquie, dans les plaines de Géorgie ou encore ici en Arménie, nous avons eu la plupart du temps à lutter avec de fortes rafales. Et quand tu doubles un camion sur l’autoroute par fort vent latéral et que tu arrives juste devant lui, tu te prends une “monstre giffle” qui t’envoie de l’autre côté de la chaussée...

Jeudi matin nous quittons, sans regrets, la petite ville de Kapan, dans la pointe sud-est de l’Arménie.

Kapan... il faut être en punition ou avoir fait un monstre excès de vitesse pour habiter là!  

Nous attaquons un col pour atteindre, à une petite centaine de kilomètres, la frontière iranienne. Arrivés au sommet il fait un peu frais, mais ce n’est pas tant la température qui m’inquiète... c’est plutôt un témoin d’alarme moteur qui s’est allumé pendant la montée. Mon esprit commence à gamberger, aïe si on tombe en rade là, au milieu de nulle part, ça va pas être triste. On peut toujours essayer d’appeler Catoche et sa dépanneuse...

Quelque part là-bas derrière, l’Iran. Le Graal?... à voir 

Notre intention est d’essayer à nouveau de passer, mais sans grand espoir. Nous voulons surtout trouver un transitaire qui emmènerait Doris par camion jusqu’à la frontière turkmène, à 1’700 kilomètres. C’est un peu le seul moyen pour nous de rejoindre la Route de la Soie (je ne crois pas trop à l’hypothétique ferry depuis Bakou en Azerbaïdjan).

C’est de l’autre côté de la rivière qu’on veut aller M’sieur le douanier! 

Au premier check-point côté arménien un douanier, trop content d’aligner quelques mots en allemand, me dit d’attendre 5 minutes, histoire que la police arrive. 45 minutes plus tard, un gars se pointe et me dit de passer, sans même regarder mon passeport. Dans la zone neutre entre les deux douanes, je vois arriver un biker. Il secoue la tête et je comprends très vite qu’il n’a pas pu passer. Nous discutons un moment et échangeons nos coordonnées. Il vient de Zoug! et il va faire, comme nous, la “Pamir Highway” au mois de juin.

Martin, le biker zougois, et le douanier “allemand” 

Arrivés du côté iranien, nous passons deux check-points avant le contrôle des papiers. C’est là qu’on m’emmène auprès d’un des responsables (apparemment nombreux), lequel parle anglais. Il regarde longuement mon permis de circulation et me dit à plusieurs reprises “I’m sorry my friend”... on ne passera pas. Il me conseille d’aller à la halle de dédouanement des marchandises et d’essayer d’y trouver un transitaire qui accepterait de convoyer Doris à travers l’Iran. J’en rencontre quelques-uns et le seul qui accepte de prendre Doris me demande 500$! ...et moi je me retrouverais à pied en Iran! Avant de ressortir de cette halle, j’aperçois le douanier qui m’avait dit être “désolé” il y deux heures. Je lui demande si je peux lui parler en dehors de la halle. Je lui présente à lui aussi le même billet de 50€, qu’il refuse également. ... mais qu’est-ce qu’il a ce foutu billet dont personne ne veut! Voilà, notre plan C tombe à l’eau.

Mais même si au final nous avons passé plus de six heures à ce poste frontière, ça n’a pas été totalement vain. J’y ai rencontré un agent qui organise des voyages auto-moto en Iran. Il me présente la même solution que Hossein m’avait proposée il y a quelques jours, à savoir un carnet de douane de transit de 7 jours, avec lequel nous pourrions entrer en Iran. Je lui propose de le payer uniquement à l’intérieur de la douane, à réception des documents. Mon idée est de faire vérifier ces documents par un douanier, avant de payer l’agent. A ma question de savoir pourquoi je pourrais entrer avec “son” carnet de passage en douane et pas avec le mien, que j’ai fait établir par le TCS en Suisse avant de partir, et devant mon insistance, il me dit que “le samedi, c’est une autre équipe de douaniers qui est en fonction”. Je soupçonne un petit système de ... appelons ça du “copinage”.

Voilà, rendez-vous est pris pour samedi matin. Nous refaisons comme d’habitude les démarches douanières pour entrer dans le pays que nous venons de quitter il y quelques heures (je vous épargne les détails, car là j’ai vraiment cru que j’allais péter un boulon...). Il est 16h, je suis raide et j’ai encore une heure et demi de route pour retourner “en punition” (voir photo plus haut).

Ah j’oubliais, une bonne nouvelle dans tout ça... le témoin d’alarme moteur s’est éteint. Catoche, tu peux ranger la dépanneuse!

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Publié le 27 mai 2019

Nous profitons de la journée d’attente de vendredi pour faire un peu de maintenance.

Doris a tapé dans l’oeil des gars de la station de lavage. Du coup, ils lui ont offert la coupe et le shampooing

Une (très) bonne nouvelle en cette journée de samedi...et une nettement moins réjouissante. Je commence par la bonne, nous sommes ce soir à Tabriz, du “bon” côté de la frontière. Malheureusement Doris est tombée malade!

Ayant rendez-vous avec notre “agent” à 8h (9h heure de Téhéran) à la douane iranienne, nous quittons Kapan à 5h. Nous avons en effet une heure et demie de route et devons surtout passer la douane arménienne. Expérience faite il y a deux jours, cette deuxième phase nous prend plus de temps que le franchissement du col. On n’est pas à la douane de Vallorbe là... il faut s’imaginer que ce poste frontière est immense, de la taille de plusieurs terrains de foot. Des halles, des terrains vagues, d’énormes places de parking pour les camions. Dès que “l’agent” (appelons-le comme ça, je ne connais même pas son nom) nous aperçoit, il s’agite et nous fait de grands signes nous indiquant de nous parquer sur une place à l’écart, entre deux camions. Cela confirme ce que je pressentais, le passage vers l’Iran ne sera pas “propre”. Je lui remets mon passeport, mon visa et le permis de circulation pour ensuite me mettre à l’ombre d’un camion, il commence déjà à faire chaud. Après une heure arrivent trois autres motards, deux Croates et un Liechtensteinois (oh là là, pas facile à orthographier celui-là...). Je me réjouis de les voir arriver, l’attente sera moins longue et je n’ai pas rencontré grand monde depuis 2 jours.

... les Suisses sont quand même mieux organisés! 

Lorsque je demande au Liechtensteinois où il va, il me répond “all around”... Patrick est parti pour un tour du monde en 2 ans!

On va rester là, par 35 degrés, plus de 6 heures, à papoter “voyages et motos”... L’agent ayant fait une erreur dans mon carnet de passage, j’aurai même droit à une heure de bonus. Il est 16 heures lorsque je franchis enfin cette frontière qui s’est dérobée à nous depuis maintenant une semaine (huit heures d’attente aujourd’hui, c’est notre record. J’espère que nous n’aurons pas à le battre d’ici la fin de notre voyage).

Les premiers coups de gaz au pays des ayatollahs, 300m après la frontière  

Trois heures de routes jusqu’à Tabriz, ville d’un million et demi d’habitants dans le nord-ouest de l’Iran. Il y fait très chaud et, arrivés au centre ville, j’ai ma première grosse sueur froide de ce voyage. Lorsque que nous nous arrêtons en plein centre ville pour trouver un logement pour la nuit, je m’aperçois que Doris a “perdu les eaux”... une énorme flaque sous elle et du liquide de refroidissement qui s’écoule sous le moteur. Là c’est plus la dépanneuse à Catoche qu’il nous faut, c’est une ambulance!

Alors que je reprends un peu mes esprits, un gars m’accoste et me demande si j’ai besoin d’aide. Je lui dis que je suis en panne et qu’il me faut tout d’abord trouver un hôtel. Il a une petite moto pétaradante et m’indique de le suivre. A peine 300m et nous voilà arrivés devant la porte d’un petit hôtel, dans une ruelle adjacente. Ali, c’est son prénom, s’occupe des formalités à la réception et me dit de ne pas m’inquiéter, qu’il connaît “le meilleur mécano moto de tout Tabriz”. Il me donne rendez-vous à 10h le dimanche matin.

Le lendemain, Ali m’invite tour d’abord à aller visiter le “Grand Bazar” et sa fabrique de chaussures. Je grimpe à l’arrière de sa “demoiselle” et en route pour un slalom de demi-heure dans les rues de Tabriz. Honnêtement, je suis plus rassuré aux commandes de Doris... Nous allons passer trois heures dans le “Grand Bazar”, entre les senteurs d’Orient et les tapis persans, les boutiques d’orfèvres et les vendeurs de diamants. Un vrai régal pour les sens. Ali me fait goûter et sentir quantité de fruits et épices. Tout est beau, c’est super propre et tout se passe dans le calme, personne ne t’accoste pour te vendre “père et mère et un troupeau de dromadaires”, j’ai adoré. J’en ai même oublié que Doris était souffrante...

Un des nombreuses mosquées du Grand Bazar 

Ali a une petite entreprise d’une dizaine d’employés. Il produit des articles en cuir, essentiellement des chaussures et des sacs. Une partie de sa production est exportée vers l’Europe et ... les USA. Devant mon étonnement de pouvoir exporter aux États-Unis, et ce malgré les sanctions internationales imposées à l’iran, Ali me répondra que “l’Iran et les Etats-Unis sont des ennemis jurés mais ont besoins l’un de l’autre” et qu’il y a toujours un moyen de “zigzaguer”.

Ali (à droite) et son frère Farhoud 

Nous partageons un repas dans son échoppe et rendons ensuite visite à un de ses employés, dans un petit atelier juste à côté.

Deux journées de travail pour une paire de chaussures... le résultat n’a rien à envier aux grandes marques italiennes 

En milieu d’après-midi, nous nous rendons chez le “meilleur mécano de Tabriz”. Ils vont être trois aux chevets de Doris pendant plus de deux heures (entrecoupées toutefois de quelques séances de thé) à vérifier et revérifier le circuit de refroidissement (pression du radiateur, ventilateur, thermostat moteur, ....). Le diagnostic est alors posé... rien de grave, c’est un petit “refroidissement” (tu parles, il faisait 35 degrés hier quand on est arrivé). Ils complètent le liquide de refroidissement et je m’en vais faire un galop d’essai, tout à l’air normal.

Le patron du garage (photo de droite) me regardera tout étonné lorsque je sortirai mon porte-monnaie et il secouera la tête avec un grand sourire.

Voilà, il est lundi soir, je suis de retour à l’hôtel après ma première journée sur sol iranien. Une journée extraordinaire faite de partage, de gentillesse et de respect. C’est dans des moments comme ceux-là que tu te dis que c’est un grand privilège de pouvoir voyager.

Nous avons repris la route ce mardi, plus de 600km pour rejoindre Téhéran en début de soirée. Et le refroidissement de Doris semble être un mauvais souvenir... j’espère!

Tout le monde veut être pris en photo avec elle... j’ai l’impression que ça lui monte un peu à la tête 
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Publié le 31 mai 2019

“... le 245ème jour, Dieu créa les phares et clignotants pour voitures”. Eh bien à mon avis, les Iraniens, ils n’ont pas dû recevoir l’information!

“... et le 246ème jour Dieu, toujours le même, créa le klaxon”. Là, l’info leur est bien parvenue. On ne compte plus le nombre de fois où on se fait klaxonner sur l’autoroute, pour nous saluer ou nous prendre en photo. Entre Tabriz et Téhéran, on roulait sur la voie centrale. A un moment donné , deux voitures se portent à notre hauteur, une de chaque côté. A droite, le chauffeur rigole et me hurle quelque chose en farsi. De l’autre côté une jeune femme me tend une bouteille d’eau. Je décline poliment l’offre... on est tout de même à 120km/h.

Nous avions initialement prévu rester trois semaines en Iran, nous n’y passerons qu’une petite semaine, la faute à ce satané visa de transit. Nous avons dû faire l’impasse sur Ispahan, Shiraz, Yazd, Persepolis,... quel dommage!

Téhéran est une énorme ville de plus de 9 millions d’habitants. Elle n’a cependant pas la richesse historique et culturelle de sa cousine Ispahan, 500 kilomètres plus au sud. Nous n’y passerons qu’une petite journée.

La Tour Azadi 
La mosquée Zadeh Saleh 

Mardi nous nous rendons à un lac salé sur la routs de Kashan. L’idée était d’y camper, mais nous avons dû “décamper”. J’y rencontre deux gars qui creusent un puits pour chercher de l’eau. Ça n’est pas leur journée, ils n’ont plus d’eau et leur “pétaradante” est en panne. Ils me disent habiter à deux kilomètres, je ne m’inquiète pas pour eux et leur laisse une bouteille d’eau avant de partir.

 ...comment injecter de l’essence dans un carburateur (à droite)

En quittant le lac, je me fais arrêter par deux gardes locaux, qui me barrent la piste avec leur 4x4. Ils me demandent de les suivre à leur poste, à deux kilomètres. Ils contrôlent alors mes papiers, me font vider tous mes bagages et me disent d’attendre qu’une patrouille de police vienne. Après une heure, la maréchaussée se pointe et tout rentre dans l’ordre. On reprend la route.

Mercredi, nous voulions du désert... la journée fut difficile. Nous voulions du sable... nous en avons eu...trop!

Nous quittons le matin la ville de Kashan pour une virée dans le Grand Désert de Sel (Dacht-e-Kavir), 800km de long et 300km de large, tout de même. Arrivés à ce qui semble être “l’entrée officielle” de ce désert, un agent non moins officiel nous demande de stopper et nous explique que les motos y sont interdites. Après négociations et petit billet sous le blouson, il nous autorise à passer, mais uniquement accompagné par une équipe en 4x4. Mon intention est de m’enfoncer une quarantaine de kilomètres dans le désert, jusqu’au lac Namak. Je savais que nous allions faire de la piste... mais quelle piste! La première partie se fait sur une sorte de tôle ondulée. Soit tu roules à 20 km/h, mais tu mets des plombes, soit à 60 et là tu ne sens pratiquement plus les bosses, mais attention à la chute! Entre deux, c’est l’horreur. Après quelques kilomètres à ce régime, je dis au chauffeur du 4x4 de stopper et je mets mes trois caisses et mon sac dans la jeep. Je crains en effet pour les fixations des caisses latérales. Une dizaine de kilomètres plus loin, le sable s’en mêle, il envahit la piste à de nombreux endroits. Et la sable, à moto, c’est pire que la neige! A mi-chemin, je m’avoue vaincu et je monte à mon tour dans le 4x4. On laisse Doris auprès de la seule habitation que nous avons rencontrée. Nous avons mis une heure et demie pour faire vingt kilomètres...

Le bord du Lac Salé Mamak
Le guide et ses acolytes en profiterons pour collecter de la laine de dromadaires sauvages 

Nous nous arrêterons au caravansérail de Majanbab. Construit au 16ème siècle, il faisait partie de ces innombrables relais qui jalonnaient la Route de la Soie, où les voyageurs pouvaient se restaurer et se reposer.

Caravansérail de Maranjab 

Au retour de Maranjab nous récupèrerons Doris au passage. Je ne suis guère motivé à me taper à nouveau ces 20km de piste pour rentrer... Avant de repartir, nous sommes invités à boire le thé. Je vais rester là plus d’une heure à les écouter parler, rire et plaisanter. Je n’ai bien entendu rien compris, mais peu importe, j’ai eu un énorme plaisir à partager ce moment avec eux.

Au retour, personne n’avait balayé le sable après notre premier passage. Je me demande comment j’ai fait pour ne “coucher” Doris qu’une seule fois. Le chauffeur viendra m’aider à la relever et même à deux, dans le sable, ce sera super difficile. Par deux fois Doris s’ensablera et le gars viendra nous pousser.

Là, la piste était encore bonne, c’est après que ça c’est gâté... pour mon iPhone aussi!

J’utilise mon iPhone en Iran comme GPS, car mon TomTom ne m’est d’aucune utilité dans ce pays. Fixé sur le guidon, dans un support en plastique et par 40 degrés, il n’a pas passé le test. Nous ferons le trajet de l’après-midi, plus de 400km, avec une bonne vielle carte et ... l’aide des Iraniens.

🤓https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Dacht-e_Kavir

Mardi soir, alors que nous arrivons à Kashan, je demande à un monsieur qui entre dans sa voiture où je peux trouver un hôtel pour la nuit. Il parle anglais et est accompagné de ses deux garçons, de hui-dix ans. Il m’indique le chemin, ressort de sa voiture et me remet un sac plastique avec ... son repas du soir. Il insistera pour que je le prenne. Nul doute que ses deux enfants perpétueront cette incroyable sens de l’accueil et de l’hospitalité qu’ont les Perses.

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Publié le 4 juin 2019

Avant d’entrer en Ouzbékistan, la Porte de l’Asie Centrale, il nous faut tout d’abord faire sauter le “verrou” du Turkménistan.

Nous quittons vendredi matin l’Iran le coeur serré et un peu frustrés de n’avoir pu y passer qu’une petite semaine. Des pays que j’ai eu la chance de visiter, que ce soit lors de ce voyage ou l’automne dernier en Afrique du nord, je n’ai jamais rencontré un peuple aussi accueillant et heureux d’aider l’étranger. On m’avait pourtant dit que les Iraniens étaient chaleureux et hospitaliers, mais j'étais loin de m’imaginer une telle générosité...

Vendredi matin, nous nous présentons au poste frontière de Bajgiran, dans les montagnes du nord de l’Iran. Le ciel est bas, il fait relativement froid, bref le décor n’est guère engageant... Nous avons rendez-vous avec notre “agent” à 10 heures. 10 heures et quart, toujours personne. Je décide de tenter de passer sans mon ange-gardien, je n’ai pas envie de poireauter trop longtemps. Tout se déroule facilement côté iranien et après demi-heure nous nous présentons à la douane turkmène. Je passe dans quatre bureaux différents et entre chacun d’eux, un détour par la banque du poste de douane pour payer une quelconque taxe. Au final il me faudra débourser 120$, alors que j’avais déjà payé le visa en Suisse... et en deux heures et demie, entre tous ces documents et ces tampons, personne n’a contrôlé mes bagages!

Le Turkménistan est un pays fermé, dirigé de main de fer par l’actuel président. On retrouve son portrait partout, aussi bien dans les rues des villes que dans les bureaux de la douane. Les Droits de l’Homme y sont allègrement bafoués et il est très difficile d’obtenir un visa de transit, même limité à 5 jours.

Dans la capitale Ashgabat, tout est marbres et dorures. Il y des fontaines et des monuments dans tous les coins de la ville. Le pays tire sa relative richesse de l’exportation de coton, de pétrole et de gaz (5ème réserve mondiale de gaz).

Ashgabat 

Dès que tu quittes la ville, le contraste est terrible. Les gens vivent dans un grand dénuement, dans un autre siècle.... Nous n’avons aucune envie de nous attarder dans ce pays que nous traverserons en coup de vent, n’y passant qu’une seule nuit.

Le passage de la frontière ouzbèke ne nous prendra que 10 minutes, un record! Nous filons tout droit en direction de Bukhara.

Avec 31 millions d’habitants, l’Ouzbékistan est le pays le plus peuplé d’Asie centrale. Suite à l’éclatement de l’Union Soviétique, le pays déclare son indépendance en 1991 et son premier président, Karimov, met en place une dictature austère. Celle-ci perdure aujourd’hui, même si une certaine ouverture s’est faite à sa mort, avec l’arrivée au pouvoir de son successeur en 2016.

Bukhara

Avec Samarcande, Tashkent ou encore Khiva, Bukhara fait partie de ces villes mythiques de la Routes de la Soie.

Occupée au fil des siècles par les Grecs (Alexandre le Grand), les Arabes, les Mongoles (Genghis Kahn), les Perses et les bolcheviks russes dès 1920, Bukhara regroupe toutes ces influences dans son architecture. Le centre ville est de toute beauté. Je vais y passer une journée à flâner dans les rues, à admirer mosquées et minarets.

Mosquée Kalon
Tchor-Minor (à droite)  
Minaret Kalon (à gauche) 

Samarcande

Si Bukhara est magnifique, Samarcande est resplendissante! Les mosquées et différents mausolées y sont d’une toute autre dimension, couverts de faïences et de mosaïques toutes plus belles les unes que les autres. A la fin du 14ème siècle, Tamerlan en avait fait la capitale du second empire mongol, le premier empire étant celui de Gengis Khan (13ème siècle). Ce second empire s’étendait de Constantinople (Istanbul) au nord de l’Inde, en incluant notamment la Perse et toute l’Asie centrale.

Mausolée de Gour-e-Amir, où repose Tamerlan  
L’intérieur du mausolée est recouvert d’or 

🤓https://www.herodote.net/Tamerlan_1336_1405_-synthese-2117.php

Construit au début du 15ème siècle sous le règne de Tamerlan, le Registan est le monument emblématique de Samarcande. Trois médersas entourent cette place centrale de la ville, c’est de toute beauté.

La Place du Registan 
Un des trois médersas du Registan
 La cour intérieure d’un des médersas, richement décorée
Entrée et intérieur d’un mausolée  

Voilà, notre étape “touristique” touche à sa fin, mais qu’est-ce qu’elle en valait la peine! Demain nous reprenons la route, direction Dushanbe au Tadjikistan. Nous nous rapprochons gentiment des montagnes du Pamir, qui seront très certainement moins touristiques...

B&b à Samarcande, havre de tranquillité en pleine ville 
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Publié le 14 juin 2019

Voilà, nous sommes de retour des montagnes du Pamir, où l’internet est denrée rare...

Mercredi (5 juin), au passage de la frontière entre l’Ouzbékistan et le Tadjikistan, je tombe sur un couple de motards bernois. Tout comme nous, ils vont à Dushanbe (capitale du Tadjikistan) pour ensuite faire la “Pamir Highway”. Ils me disent loger au même B&b que nous. Nous les retrouverons là-bas dans la soirée.

Derniers coups de gaz en Ouzbékistan...
... et premiers au Tadjikistan  

Alors que nous nous approchons de Dushanbe, je rattrape deux motos suisses, avec des plaques nidwaldiennes! Un des deux motards me dit qu’ils vont également au même B&b que nous. Incroyable... 5 motards suisses au même B&b à Dushanbe ce soir, à des milliers de kilomètres de notre belle Helvétie. Je me remets tranquillement derrière eux et je m’aperçois alors qu’ils roulent super lentement... je comprendrai pourquoi en arrivant à Dushanbe...la femme roule sur une Condor 350 de l’armée suisse!

Modèle 1957 ...ça fait tout de même une bonne soixantaine d’années plus âgée que Doris

Nous décidons de nous reposer une journée à Dushanbe. Je me rends dans un petit garage moto pour la vidange et changer les plaquettes de frein. J’avais eu la bonne idée de les contacter il y a deux semaines, alors que nous étions encore en Turquie, pour commander les plaquettes. Le gars m’avait alors dit qu’il n’avait pas le modèle d’origine pour Triumph, mais qu’il pouvait en commander en Russie... c’est un peu comme les médicaments, il y a les génériques qui sont trois fois moins chers et qui fonctionnent tout aussi bien!

Alors que le mécano s’affaire autour de Doris, deux gars assis dans l’arrière garage me font signe de les rejoindre. Ils me servent un verre que je crois au premier abord être du thé froid... tu parles, ça t’arrache la gorge! C’est un mélange de thé, de whisky et de vodka... purement infect. Le mécano va abandonner Doris plusieurs fois pour les rejoindre et en une petite heure, les trois lascars vont siffler un litre et demi de “thé froid”...

“Oleg, passe-moi les deux boulons M6 pour remonter le carbu...” 

PAMIR HIGHWAY

Je mangerai jeudi soir avec Dominique et Lara, le couple bernois rencontré à la frontière le jour d’avant. Nous décidons de rouler ensemble le vendredi, pour la première étape de la “Pamir Highway “. Au final nous ferons toute la “Pamir Highway” ensemble, une semaine extraordinaire d’aventure et d’émerveillement partagés.

Sur la “Pamir Highway” (autoroute du Pamir), point de vignette et encore moins de station de péage. D’autoroute elle ne porte que le nom. C’est un mélange de routes défoncées et de pistes qui relient Dushanbe au Tadjikistan à Osh au Kyrgyzstan, sur 1’300 kilomètres. Elle traverse le massif montagneux du Pamir, avec de nombreux cols au-delà de 4’000m. Nous prévoyons une semaine pour relier Osh... si la météo est avec nous.

Quand tu te lances dans cette traversée du Pamir, tu sais que tu vas forcément sortir de ton confort et qu’il va falloir improviser un peu... mais ça aussi, ça fait partie du voyage.

J’ai lu sur un forum de voyage que la Pamir Highway “c’est la route où les gens sont gentils et les chiens sont méchants “. Eh bien on espère que seule la première partie de cette maxime se vérifiera...

Le premier jour nous ferons un détour par le sud (en bleu), la route nord étant très difficile en raison de nombreux éboulements  

🤓 http://bourlinguer.net/pamir/

Vendredi 7 juin

Dushanbe - Qalaikhum 350km

Avec Dominique et Lara, je suis en bonnes mains... les deux sont médecins. A choisir, j’aurais préféré avoir un médecin et un mécanicien! Mais le plus important c’est qu’ils sont...

... super sympas 

Cette première journée est en quelque sorte une “marche d’approche” qui est super agréable. Nous devons toutefois faire un détour d’une soixantaine de kilomètres par le sud, par la ville de Kulob, la route normale étant impraticable pour les motos en raison des intempéries de ces dernières semaines. Le temps est magnifique et après 3 heures de route, nous atteignons la frontière afghane, frontière que nous n’allons plus quitter et longer pendant deux jours. A de nombreux endroits nous voyons des enfants afghans jouer de l’autres côté de la rivière, certains criant et sifflant en nous faisant de grands signes. La route est relativement en bon état ce premier jour, mais ça va radicalement changer les jours suivants...

Quel plaisir de rouler avec Dominique et Lara. 

Samedi 8 juin

Qalai Khumb - Khorough 240km

Nous nous réveillons avec un le soleil et un magnifique ciel azur, lesquels nous accompagneront toute la journée.

Nous longeons toujours la frontière afghane en direction du sud. 240 km au programme pour atteindre Khorugh. La route est en très mauvais état, avec d’énormes nids de poules, quand elle ne cède pas la place à de la piste caillouteuse. Mais fort heureusement il n’y a pas de boue et de sable. Nous croisons un peu plus de camions, c’est en effet la seule voie “praticable” pour atteindre ces villages reculés du Pamir. Lorsque que tu t’engages sur la Pamir Highway, pas besoin de carte (de toute façon on m’a volé la mienne deux jours plus tôt dans un resto à Dushanbe). Soit tu traverses jusqu’au bout, soit tu fais demi-tour... pas d’autre choix. Au moins pas de risque de se perdre!

La rivière Piandj, qui fait frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan. Nous allons la suivre sur plus de 150km

Le décor est magnifique. Les montagnes abruptes qui nous entourent semblent veiller sur nous. C’est un peu irréel de penser que des gens vivent au fond de cette vallée, à deux jours de piste de la première petite ville. Et que la majorité d’entre eux ne s’y rendront sans doute jamais. Lorsque que nous traversons ces petits villages, c’est à chaque fois le même cérémonial... les enfants accourent au bord de la piste et nous saluent avec de grands sourires et des étincelles dans leurs yeux. C’est magique!

Lara a eu la bonne idée d’apporter des petits cadeaux de Suisse 

Nous n’atteindrons pas Khorough ce jour-là. La faute à la pluie qui nous surprendra les deux dernières heures. Et sur ces pistes, ça devient vite désagréable...Nous nous effondrons dans un petit B&b (en fait il va s’avérer que le deuxième “b” est absent...). Nous sommes trempés et il fait assez froid, on est presque à 2’000m. On y trouve un petit “resto local” où on va très bien manger...un repas chaud, qu’est-ce que ça fait du bien!

Dimanche 9 juin

Khorough - Ishkashim 105km

Nous nous réveillons avec le soleil et un grand ciel bleu qui ne nous quitteront pas de la journée. La petite ville de Korough est le seul endroit de la Pamir Highway où il y a un embranchement. Et là, tu as intérêt à faire le bon choix. La route standard part en direction de l’est et une autre route part vers le sud, vers la vallée de Wakhan. Cette dernière est en très mauvais état mais le décor y est réputé majestueux. Nous nous concertons avec Dominique et Lara et optons pour la route du sud, tout en sachant que ça rallongera le parcours d’une journée. Nous décidons toutefois de ne pas prendre de risques inutiles et que si la pluie s’en mêle, nous ferons tous demi-tour.

Nous passerons la nuit chez l’habitant, dans une petite famille qui met à disposition deux chambres pour les voyageurs. Ils cuisinent toujours au feu de bois, et leur demeure semble tout droit sortie d’un autre temps. Mais la vétusté de leur maison n’a d’égale que leur gentillesse et leur plaisir d’accueillir l'étranger.

Werner et sa fille Vreni, les deux Nidwaldiens avec la vieille Condor, nous rejoindront pour la nuit. Il y a tellement peu de possibilités de se loger dans ces vallées reculées que tu y retrouves forcément des voyageurs.

Tous prêts pour une nouvelle journée de découvertes  

Lundi 10 juin

Ishkashim - Langar 130km

Ishkashim, à l’extrême sud du Pamir ouzbèke, marque l’entrée dans la Vallée de Wakhan. Là, tout nous semble énorme, la vallée, la rivière, les montagnes pour certaines à plus de 5’000m, le décor est somptueux ... Appelée aussi “Corridor du Wakhan” cette région, aux confins du Tadjikistan, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Chine, a de tout temps été une zone stratégique importante.

🤓 https://photo.geo.fr/montagneuse-et-splendide-la-vallee-oubliee-du-wakhan-en-afghanistan-34181#hors-du-temps-590357

Quentin et Pierre (à g.) sont partis de Singapour en janvier. Ils prévoient rejoindre à vélo leur France natale d’ici l’automne

Nous remontons la vallée sur plus de 120 km, d’Ishkashim à Langar. Il doit y avoir au maximum 10 kilomètres d’asphalte en mauvais état, le reste étant de la “tôle ondulée”, de la piste rocailleuse, ou une sorte de tout-venant non damé qui t’envoie la roue avant dans tous les sens, le tout entrecoupé de passages ensablés. Il nous faudra une journée pour relier Langar. La concentration est maximum et par deux fois Dominique couchera sa moto dans le sable, heureusement sans conséquences.

Dans la Vallée de Wakhan, tout paraît énorme. Tu te sens aspiré par ces grands espaces.

Le soir, nous retrouvons Werner et sa fille dans un B&b. Un sixième Suisse nous rejoint! Silas, de Zurich, est parti lui aussi de Singapour en septembre dernier et prévoit rejoindre la Suisse d’ici la fin de l’été. Lorsque nous l’avons rencontré sur la route en milieu d’après-midi, il en était à sa sixième crevaison de la journée. Il en aura eu encore quatre de plus avant de rejoindre le B&b. J’ai un énorme respect pour ces cyclistes solitaires au long cours, ils ont une force mentale qui dépasse l’entendement. On passera la soirée à écouter Silas nous narrer son voyage, forcément passionnant!

Les portions ensablées (à gauche) sont notre hantise. Nos motos sont trop lourdes...

Mardi 11 juin

Langar - Murghab 210km

Nous quittons Murghab et la Vallée de Wakhan et attaquons notre premier “sérieux” col. Septante kilomètres de piste qui vont nous emmener à 4300m. Le décor est magnifique, très aride, lunaire. La piste semble s’accrocher par endroits à la montagne.

On aperçoit en face, dans les vallées latérales, quelques hauts sommets du Pakistan qui semblent saluer notre départ, du haut de leurs 6’000m.

La région du Pamir ouzbèke est une region semi-autonome, qui a sa propre administration et sa propre armée. Il faut d’ailleurs un visa additionnel pour y transiter. Nous passons de nombreux check-points militaires, mais les soldats sont toujours polis et bienveillants à notre égard. On se verra même offrir du melon à un des check-points.

A une dizaine de kilomètres du sommet, nous rencontrons une Koréenne. Elle nous dit traverser le Pamir ... en auto-stop. Elle n’a vu passer aucun véhicule depuis neuf heures ce matin, il est trois heures de l’après-midi... Lorsque je repars du check-point, sur une piste en dévers et parsemée d’éclats de rochers, Doris a la mauvaise idée de faire une révérence aux deux soldats... ils m’aideront à la relever!

Trouver de l’essence, et surtout de bonne qualité, est un souci permanent 

Et les chiens me direz vous? Eh bien, durant les trois premiers jours, on a bien dû avoir une quinzaine d’escarmouches... c’est insupportable cette habitude qu’ont les chiens à s’attaquer à tout ce qui bouge, surtout si c’est sur deux roues. On a développé involontairement une technique imparable... du moins jusqu’à maintenant. La première moto arrive en général à passer et, le temps que le chien se retourne et se rabatte sur la deuxième moto, on s’arrête et on engueule le dingo. Celui-ci, surpris, s’arrête net. Un seul a vraiment insisté et à chaque fois que je voulais repartir, il se remettait à me poursuivre, tous crocs dehors. A la troisième tentative, je descends de moto et lui balance un énorme caillou. Il abandonne le combat...jusqu’à la prochaine moto. En dessus de 3’000m, il n’y en a plus guère. Courageux les dingos (quoiqu’ils attaquent toujours par derrière), mais pas téméraires!

Lancer un caillou en Afghanistan en faisant un voeux... 

La descente du col va s’avérer plus “sportive” que prévu. La piste est ensablée en de nombreux endroits et mon frein arrière m’a lâché! Il donnait déjà des signes de faiblesse hier. Je remets du liquide dans le circuit de freinage, rien n’y fait. Je pense qu’il y a de l’air. On verra tout ça plus tard, pour le moment il nous faut échapper à la pluie qui menace derrière nous.

Piste ensablée à 4’000m + frein arrière défectueux = Doris pas contente ! 

Nous arriverons à Murghab en début de soirée, frigorifiés et exténués ...

Mercredi 12 juin

Mercredi matin, 6 heures. La mauvaise nouvelle c’est qu’il a neigé une dizaine de centimètres pendant la nuit. La bonne nouvelle?... ben y a n’a pas vraiment. Nous allons être bloqués au minimum un jour dans ce village reculé (Murghab). En effet, on est à 3’600m et il est impossible de franchir le col de Aikbaital (4’650m) dans ces conditions. Il faut une journée de route pour rejoindre Sary-Tash, à la frontière avec le Kyrgyzstan.

Quelques heures entre les deux photos... 

C’est là que tu réalises à quel point la vie est rude dans ces villages isolés du Pamir. Les gens sont coupés du monde 8 mois par année et pendant les mois d’été, il leur faut deux jours de route pour rejoindre une des deux villes à l’entrée de la Pamir Highway. L’hiver, la température descend régulièrement à moins 20, moins 30, avec des pointes à moins 50 et les habitations sont très vétustes. Nous logeons dans le seul “hôtel” du village, au confort tout soviétique. Il n’y a pas de chauffage et nous dormons dans nos sacs de couchage. Lara gardera ses gants et son bonnet...

Nous profitons de cette journée pour faire l’état des lieux... les motos ont passablement souffert. Dominique a cassé son garde-boue arrière dans la “tôle ondulée “ et son pare-brise a dû être réparé à coups de gros scotch. Doris n’a plus de frein arrière. Dans sa “révérence militaire”, elle a perdu un bout de poignée de frein avant et une des deux caisses latérales est bien défoncée. Nous, nous sommes tout de même passablement entamés, une journée de repos va nous faire le plus grand bien. Personne n’est capable de nous dire quelle sera la météo demain...

Jeudi 13 juin

Murghab - Sary-Tash (Kyrgyzstan) 300km

Je me réveille aux aurores, ici à 4 heures et demie il fait déjà jour... Je regarde par la fenêtre, je ne vois que du bleu!

On se met en route vers 8.30h, une grosse journée nous attend. Werner et Vreni nous ont rejoints. Il fait assez froid et ce ne guère prometteur pour les deux cols à plus de 4’000m qui nous attendent.

Plus de végétation, tout semble hostile... mais tellement beau.

Nous attaquons en quelque sorte le plat de résistance de cette semaine, le col d’Akbaital. Nous sommes tout de même un peu anxieux vu la neige que nous avons eue hier, mais au final ça passera sans problème. Pas de neige sur la piste et celle-ci est sèche... la boue, en moto, c’est comme le sable, mieux vaut les avoir en photo!

Doris, elle n’est pas prête de retourner si haut... 

La Condor et la Ducati de Vreni et Werner donnent quelques signes de faiblesse. Il faut dire qu’à ces altitudes, il ne fait pas bon mettre un carbu dehors!

Doris devient compliquée avec l’âge... elle “perd les eaux” quand il fait trop chaud et râle quand il fait trop froid (à gauche)

Les hauts plateaux que nous allons découvrir de l’autre côté des deux cols, avant la frontière avec le Kyrgyzstan, sont d’une beauté sauvage et extraordinaire. On a l’impression de rouler sur une autre planète... Nous oublions le froid et le vent et nous arrêtons des dizaines de fois pour prendre des photos et partager notre émerveillement.

Yaks au Lac Karokul 

Par deux fois, nous allons longer la frontière chinoise sur une dizaine de kilomètres.

De l’autre côté de la clôture, c’est Pékin. ... enfin, presque 

Après deux heures sur ces hauts plateaux, nous arrivons à la frontière du Kyrgyzstan. La douane kyrgyze, tellement improbable et isolée, se franchira en dix minutes. Une piste très mauvaise nous emmènera dans la vallée, 1’000m plus bas. On se dit alors qu’on a énormément de chance qu’il n’a pas plu ces derniers jours, car avec la boue, il ne serait tout simplement pas possible de passer.

Piste de terre rouge sur une dizaine de kilomètres... heureusement sèche  

Vendredi 14 juin

Sary-Tash - Osh (Kyrgyzstan)

Les pistes du Haut Pamir sont derrière nous. Trois petites heures nous suffiront pour rejoindre Osh, ville moderne de 300’000 habitants.

Le Kyrgyzstan, pays des yourtes et des chevaux. On se réjouit de le découvrir! 

Nous avons passé huit jours sur cette fameuse “Pamir Highway”. Huit journées intenses, merveilleuses, froides, rudes, magiques... au moment de nous quitter cet après-midi avec Dominique et Lara, nous nous tombons dans les bras les uns des autres. Nous ne nous connaissions pas il y a encore une dizaine de jours... Rencontrer des gens qui partagent la même passion que toi, qui t’apportent leur énergie et leur soif de découvertes est tout aussi important que de voir des paysages extraordinaires.

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Publié le 18 juin 2019

En arrivant à Osch vendredi, je file tout droit à un garage moto qui appartient à des Suisses. J’avais lu de bons commentaires sur Internet à son sujet. Le mécano me réparera mon frein arrière, c’était bien de l’air qui s’était introduit dans le circuit. Il me montera également de nouveaux pneus, plus adaptés au terrain. Ceux que j’avais achetés à Istanbul il y a un mois ont passablement souffert dans les cailloux tranchants de la Pamir Highway. Je prends des pneus d’occasion, c’est fréquent ici. En effet, nombre d’Européens échangent en arrivant leurs pneus de route contre des pneus de terrain, et inversement lorsqu’ils repartent pour l’Europe.

Le samedi, nous avions décidé avec Dominique, Lara, Werner et sa fille Vreni de nous revoir à Osch pour prendre un verre.

C’est difficile de se quitter, après une semaine si intense ...

Le soir nous mangerons tous ensemble dans un restaurant italien. Ah, des pâtes et un petit rouge italien, ça fait dix jours qu’on en rêvait! Lara avait donné rendez-vous à deux motards autrichiens, lesquels se joignent à nous. Ils sont payés par KTM pour rouler 8 mois, de Salzbourg à Singapour, afin de tester un nouveau modèle de moto. Le job de rêve! Ils ont du coup abandonné temporairement leur métier d’ingénieur. On passera une super soirée à parler voyages.

Depuis dimanche, je me retrouve seul avec Doris. Ça fait une dizaine de jours que ça ne nous était plus arrivé, ça nous fait tout bizarre...

On roule en direction du nord quelques heures et on s’enfile ensuite dans une vallée d’une centaine de kilomètres. L’idée est monter jusqu’à un petit lac de montagne et d’y camper pour la nuit. Comme c’est souvent le cas dans ce pays, les trente derniers kilomètres se feront sur de la piste en mauvais état.

... c’est pas possible, on a dû s’arrêter devant la seule école de la vallée? En moins de deux minutes, nous étions encerclés.
Le Lac de Sary-Cheek ...

...je ne pourrai pas y camper. Il s’agit en fait d’une réserve naturelle et de nombreux rangers patrouillent à cheval. Pas grave car j’ai un autre souci... mon pneu arrière est à moitié plat. J’ai bien senti qu’en montant, Doris n’était pas dans son assiette et avait tendance à “s’égarer” dans les virages. Je vérifie le pneu, pas de trou visible. Un coup de pompe et on redescend dans la vallée. Il est déjà tard, je décide de m’arrêter pour la nuit...

... la famille est adorable, la cabane a un “charme” certain... et la nuit sera froide, ça c’est certain.

Lundi matin, je vérifie la pression de mon pneu que j’avais regonflé avant d’aller me coucher. Pas bon...du fait que je n’arrive pas à localiser le trou, je ne peux pas réparer. Je peux soit retourner au garage à Osch, où on me l’a monté. Mais c’est tout de même onze heures aller-retour. Soit faire un détour de 300 kilomètres plus au nord par Bishkek, la capitale du pays. Ou alors continuer comme ça en regonflant deux ou trois fois par jour, jusqu’à ce que je passe dans une ville, ce qui peut prendre tout de même quelques jours... On part pour le détour par Bishkek. En route, je vérifie plusieurs fois la pression, qui semble tenir. A ne rien y comprendre.

On passe un col et on arrive dans des hauts plateaux. Les pâturages y sont d’un vert intense, dominés par les sommets encore enneigés en cette saison. Il y a des campements de yourtes et des chevaux partout, sur une dizaine de kilomètres. L’endroit rêvé pour passer la nuit. Je m'arrête dans un des campements et demande à une dame si je peux mettre ma tente à côté de leur yourte. Aussitôt débarqué mon matériel, un groupe d’enfants se proposent de m’aider, sans réellement savoir ce que je faisais.

Quand ils ont vu qu’on pouvait même aller dedans, c’était l’émerveillement! Ils n’avaient certainement jamais vu une tente.
C’est ça les filles... bonne nuit! 

Zinda, son mari et leur petite-fille m’inviteront à manger dans leur roulotte (ça n’a quand même pas le charme d’une yourte...). Ils m’offriront en guise d’accueil un bol de lait de jument, rance. Même à grands renforts de sucre, il faut s’accrocher...

Zinda m’expliquera qu’ils passent les trois moins d’été ici, avec leur troupeau d’une trentaine de chevaux. Ensuite, ils traversent la montagne et redescendent en plaine. Leur petite fille va à l'école le restant de l’année.

 Zinda, son mari et sa petite fille

Pendant la nuit, deux fées se sont penchées sur mon sac de couchage. La première a eu la délicatesse de prendre soin de mon pneu, qui semble être rétabli au petit matin. Les intentions de la seconde étaient nettement moins louables... elle nous a balancé un froid de canard pendant la nuit. Ce fut la nuit la plus froide depuis le début de ce voyage... à 2’500m, dans une tente et avec un sac de couchage pas forcément adapté à des températures si basses, je n’ai pratiquement pas dormi. Mais au petit matin, le spectacle qui s’offre alors à moi valait bien une nuit compliquée...

Je vais rester une heure à prendre mon petit déjeuner devant la tente, à me réchauffer et surtout ...
... à admirer les chevaux venir gentiment jusqu’à moi 

La journée de mardi est plutôt tranquille. Après être redescendus dans la plaine, nous longeons une rivière en direction de l’est, sur une cinquantaine de kilomètres. La route est “asphaltée” sur la carte, “défoncée” sur le terrain. Mais ça, on commence à en avoir l’habitude.

Nous avions l’idée d’aller jusqu’au Lac Son-Kol, dans la montagne. Il est seize heures et il nous faut encore 3 heures de route et de piste. Je suis toutefois un peu raide aujourd’hui, les deux nuits précédentes ayant été chahutées. Je décide de m’arrêter dans une petite pension, juste avant d’entamer la montée. Et là... énorme surprise! Alors que je sors de la douche, je vois débarquer... Dominique et Lara! Énormes éclats de rire et embrassades. On décide de monter au lac ensemble demain et d’y passer deux nuits, sous tente ou dans une yourte, on verra tout ça après un bon repas et une bonne nuit de sommeil.

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Publié le 21 juin 2019

Je vous l’avais dit, le Kyrgyzstan est le pays des yourtes et des chevaux. Et là, nous allons être servis!

Mercredi matin, nous prenons la route assez tôt, direction le Lac Son-Kol. C’est un lac perché à 3’300 mètres, accessible uniquement l’été et par une piste d’une cinquantaine de kilomètres.

Troupeau de yaks (à gauche) juste avant le sommet du col 

Nous franchissons un col à 3’600m avant de redescendre en direction du lac et des immenses plaines qui l’entourent. A la belle saison, elles sont le terrain de jeu des éleveurs de chevaux et de leurs troupeaux. Une nouvelle fois, nous nous sentons aspirés par ces grands espaces. Les yourtes sont légions et nombreuses sont les familles qui mettent à disposition des yourtes pour la nuit. Nous arrivons à un campement en milieu d’après-midi, le ciel est bas et le décor semble surnaturel. Des centaines, si ce n’est des milliers de chevaux paissent dans ces immenses prairies, où le temps semble s’être arrêté. Tout est paisible et silencieux.

Nous mangerons un repas typiquement kirghiz, servi par la famille qui nous héberge pour la nuit. Nous ne verrons certainement pas les étoiles ce soir, le ciel étant toujours aussi chargé. Nous décidons de nous coucher tôt et sitôt le repas terminé, nous regagnons notre yourte. A notre grande surprise, il y fait agréablement chaud. Nos hôtes ont allumé un vieux poêle en fer rouillé dans lequel ils font brûler du crottin de cheval séché. La chaleur sans les odeurs, c’est top! Ils viendront à plusieurs reprises recharger le poêle, du moins jusqu’à minuit... ensuite, la température va chuter et la nuit sera une nouvelle fois glaciale. Sac de couchage, couches polaires et deux édredons suffiront juste. Quand au besoin urgent en milieu de nuit, c’est à deux cents mètres ...

Au petit matin, le spectacle est superbe. Le soleil est de retour et il a neigé sur les sommets tout proches.

A notre grande étonnement, tous les chevaux ont disparu! On nous expliquera qu’ils montent plus haut dans la montagne durant la nuit pour redescendre au petit matin.

Si quelques chevaux se laissent approcher, voire même caresser, la majorité sont très farouches et gardent leur distance. Les poulains, nombreux, sont attachés à une corde au sol et leur mère veille constamment sur eux. Les jeunes chevaux ont les pattes avant entravées par une corde, afin de les empêcher de s’éloigner. Les chevaux adultes sont totalement libres et restent en général en troupeaux.

Après le petit déjeuner, nous ferons deux heures de balade à cheval, avec le fils de la famille qui nous héberge. Encore une fois, nous sommes émerveillés par ces grands espaces et cette tranquillité qui y règne. On ne peut rêver de plus bel endroit pour des chevaux, en totale liberté.

Là, ça va être à nous... 

Nous redescendrons dans la vallée par une autre piste, plus au sud. Le décor est à nouveau magnifique et par de nombreux aspects nous rappelle les Alpes. On y trouve par endroits des sapins et de nombreux torrents dévalent les pentes escarpées. La piste est très mauvaise et rendue glissante par une averse qui nous a précédés. Je suis rassuré d’avoir récupéré mon frein arrière...

Vendredi nous faisons route en direction du lac salé d’Issyk-Kul, à l’extrême est du pays. C’est le plus grand lac du Kyrgyzstan, plus de 170km de long et une profondeur maximale de plus de 600m! En longeant le lac, il y règne une douce atmosphère d’été et de vacances. Nous décidons de nous y arrêter pour passer l’après-midi à la plage. Après toutes ces nuits froides, qu’est-ce que ça fait du bien!

et même à la plage, on dormira dans des yourtes. 
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Publié le 23 juin 2019

Samedi, nous partons pour le “Canyon Fairy Tale”, à une dizaine de kilomètres de notre camp de yourtes. Une petite balade à pied dans un canyon, que nous avait recommandée un couple d’Australiens rencontré quelques jours plus tôt. Enfin “petite balade”, c’était si nous ne nous étions pas perdus... pas fiers sur ce coup-là. Après avoir laissé nos motos à l’entrée du canyon, nous sommes trop occupés à papoter et manquons le chemin qui mène directement au canyon, à une cinquantaine de mètres. Du coup, nous sommes partis pour deux heures et demi à crapahuter dans tous les sens. Ce n’est qu’après s'être perdus et avoir demandé la direction du parking à un couple de Russes que nous arrivons enfin dans ce fameux canyon... à 500 mètres de nos motos. Mais ça n’enlève rien à la beauté du décor!

Après plus de 13’000 kilomètres, tout de même deux petits épisodes policiers à vous narrer. Doris a eu la bonne idée de se faire prendre en photo par la maréchaussée, il y a quelques jours. Et plutôt deux fois qu’une! La première fois, je traverse un village où la vitesse est limitée à 40km/h. La route est rectiligne, large et déserte. J’aperçois trop tard le trépied et la voiture de police. Le policier, seul derrière son radar, me fait alors un grand signe de m’arrêter. Je lui réponds par un signe de la main tout aussi grand, en guise de salut, et passe mon chemin. Doris n’a pas de plaque à l’avant, je ne risque pas grand chose... Vingt minutes plus tard, rebelote, même schéma. Cette fois j’obtempère et me gare à la hauteur du policier. Il me montre une tabelle avec plein de chiffres et me fait comprendre que je dois payer l’équivalent de 45 francs pour excès de vitesse. Je lui demande de voir l’enregistrement du radar. Tout fier de la performance de son “jouet”, il me montre une magnifique photo de Doris sur l’écran. Je décide de traîner le tout en longueur (encore une fois à coup de Google traduction), sachant que tant qu’il est occupé avec moi, il ne peut pas contrôler d’autres véhicules. Je lui fais remarquer que la vitesse n’est pas indiquée sur son écran, il y a juste des petits carrés verts et rouges, et apparemment Doris est dans la partie rouge... J’insiste pour avoir la vitesse exacte. De guerre lasse, le gars me demande “Tourista?”, je lui réponds “Da!”. Il balaie l’air d’un grand geste, me signifiant de partir! Je lui serre la main...

... et quelques touches animées et colorées de nos trois dernières semaines en Ouzbékistan, Tadjikistan et Kyrgyzstan...


Kyrgyzstan- passage de rivière
Kyrgyzstan - la chasse aux moutons 
Samarcande - le Registan  
Samarcande - le Mausolée de Tamerlan 
Tadjikistan- yaks sur les hauts plateaux  

Voilà, après sept semaines de voyage, se pose déjà la question de la route du retour. Nous avons plusieurs options devant nous. La première, qui était notre itinéraire de départ, serait de traverser le Kazakhstan pour rejoindre ensuite Moscou et St-Petersbourg. Mais c’est des énormes distances à parcourir. Environ 8’000 kilomètres jusqu’en Suisse, soit 3 semaines de moto et très peu de choses à voir. La deuxième option serait d’aller jusqu’en Mongolie, soit 4’000 kilomètres et environ 2 à 3 semaines. De là, je pourrais rentrer en avion et trouver un transitaire pour rapatrier Doris en Suisse (le trajet de retour nous prendrait un mois et demi, et ce n’etait pas dans nos plans de rentrer à fin août). La troisième solution serait de passer encore une ou deux semaines au Kyrgyzstan et au Kazakhstan et ensuite de rentrer en avion depuis Bishkek. Là également je ferais rapatrier Doris par un transitaire. On verra tout ça!

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Voilà, on est de retour après deux grosses journées de randonnée (à pieds!) dans les montagnes kirghizes. Et là il est 23h et je suis un peu “naze” pour écrire de longues histoires...

... du coup je vous mets quelques vidéos de la Pamir Highway, qui restera comme un des moments forts de ce voyage.

Je vous souhaite à toutes et à tous une très bonne nuit.. je sais que la mienne le sera! (on a tout de même quatre heures de décalage avec la Suisse)

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Publié le 29 juin 2019

Nous pensions en avoir terminé avec les pistes et l’enduro... eh bien non! Tant s’en faut.

Avant de laisser derrière nous le Kyrgyzstan, nous nous rendons dimanche matin au marché aux bestiaux de Karakol. On a l’impression de faire un retour de 100 ans en arrière. Des chevaux, des vaches, des ânes, des moutons, des cris, des poignées de mains pour conclure les affaires et ... des odeurs, tout y est! Nous devions être les seuls touristes, on a vraiment adoré. On s’est vu proposer quantité de chevaux à ramener en souvenirs.

Nous quittons mercredi le Kyrgyzstan pour le Kazakhstan, notre dernier pays d’Asie Centrale. Le poste frontière est complètement isolé (il n’est d’ailleurs ouvert que la journée, et uniquement pendant l’été). Nous l’atteindrons après une vingtaine de kilomètres de piste.

... nos derniers chevaux kirghizes  

Pour notre première nuit au Kazakhstan, ce sera... camping! Et quel camping... Nous roulons deux bonnes heures en direction du canyon de Charyn (Charyn Canyon). C’est un magnifique canyon qui fait penser au Bryce Canyon dans l’Ouest américain, toutes proportions gardées. Nous pensions tout d’abord descendre dans le canyon à moto, mais le “ranger” local nous répétera trois fois qu’il est interdit d’y accéder à moto... On se pliera à ses ordres, et on ne va pas le regretter. On trouvera une sorte d’éperon rocheux à mi-hauteur du canyon, parfait pour y planter nos tentes!

... et la nuit ne sera même pas froide!  (nos tentes, en bas à droite)

Les possibilités de sortie étant limitées dans ce genre d’endroits, nous avalons “un risotto de la Coop” et nous nous couchons pratiquement avec le soleil. Vers vingt-deux heures, Dominic et Lara viendront me réveiller pour m’inviter à admirer les étoiles. Nous allons rester là, pendant une demi-heure, à contempler le ciel étoilé. Le spectacle est magnifique. Je ne me souviens pas avoir vu un ciel étoilé aussi beau. La Voie Lactée est juste au-dessus de nous et traverse le ciel de part en part, c’est féerique. On a l’impression de pouvoir la toucher.

Le Canyon de Charyn 

Le lendemain, nous décidons de nous rendre au lac Kaindy. C’est un petit lac de montagne dont la particularité est d’être parsemé de troncs d’arbres encore debout, ce qui lui donne un air assez surnaturel. Ce lac s’est formé suite à un tremblement de terre en 1911.

Ce n’est pas tant le lac que va rester dans nos esprits, mais plutôt la “route” pour y accéder. Une quinzaine de kilomètres de piste une fois de plus en très mauvais état, avec notamment un passage de rivière un peu “rock’n’roll”. Comme à chaque passage de rivière, il y a cette petite montée d’adrénaline qui fait que c’est à chaque fois un moment particulier. Ce n’est pas tant la profondeur de la rivière qui nous inquiète mais plutôt ce qu’il y a au fond du lit. ... et que l’on ne voit pas forcément! Un gros caillou qui va déstabiliser la roue avant et vous envoyer valser dans l’eau ou un énorme trou qui va “planter” la moto et faire câler le moteur...

Un énorme orage de grêle nous poursuivra toute la descente, il ne nous rattrapera qu’une fois arrivés à notre B&b. Une fois de plus, nous avons eu de la chance avec la pluie. Au final, tout ce voyage n’aura pas été trop “arrosé”.

Vendredi soir, nous prenons à nouveau l’option “camping”... mais mauvaise pioche cette fois-ci. Nous nous rendons à un petit lac de montagne, à plus de 2’000m. Après une petite heure de marche, nous plantons nos tentes à l’extrémité du lac, l’endroit nous semble parfait...

L’accès n’est pas forcément aisé... 

Si ma nuit en montagne il y a dix jours avec les éleveurs de chevaux avait été super froide, celle-ci va s’avérer glaciale. Quelques degrés au petit matin... Encore une fois, nos tentes et nos sacs de couchage ne sont pas adaptés à des températures si basses. Même armés de gants et de bonnets, on ne dormira que une ou deux heures. Et au petit matin, il faudra traverser à nouveau la rivière, avec une eau aussi froide que l’air...

Voilà, passablement d’aventures et d’émotions après ces premiers jours au Kazakhstan. Mais encore une fois, ça rend le voyage si imprévisible et tellement beau.

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Publié le 4 juillet 2019

Eh bien voilà! Nous nous sommes réunis lundi en “conseil de direction” avec Doris et avons décidé à la majorité (qui correspond aussi à l’unanimité) de rentrer. On n’est en effet pas “chaud” d’affronter les canicules estivales du Kazakhstan et de la Russie pour parcourir plus de 8’000km jusqu’en Suisse. Il fait déjà 40 degrés la journée au Kazakhstan...

Ce sera en avion pour moi mercredi et en camion pour Doris. J’ai en effet trouvé un transitaire polonais qui convoie une fois par mois des motos entre l’Europe et Bishkek au Kyrgyzstan.

Le camion est arrivé mardi. En quelques heures une trentaine de motos vont être déchargées, toutes prêtes à affronter les pistes d’Asie Centrale.

Doris “encagée” pour le transport (à gauche)... 

Nous passerons notre dernière soirée de mardi à Bishkek. Deux motards allemands nous rejoignent. Mathias est depuis deux mois sur la route. Il a fait plus ou moins le même itinéraire que nous et va continuer sur la Mongolie, pour quatre autres mois. Marwin, le second, vient d’arriver par avion et va se lancer dans la Pamir Highway dès mercredi. Il nous raconte ses périples précédents, notamment en Afghanistan et au Pakistan.

Au final, on aura passé de nombreuses soirées avec d’autres “aventuriers”, à parler de nos histoires de voyages. Quel plaisir de partager ces aventures, toutes plus improbables les unes que les autres, mais tellement belles

Notre magnifique balade en Asie Centrale touche à sa fin. C’était une extraordinaire aventure, intense, rythmée par des paysages superbes et les rencontres que nous avons faites aux détours des pistes, des montagnes, des villes et des villages isolés.

Quelques chiffres en vrac...

  • 14’500 km
  • 9 semaines
  • 18 pays
  • Point le plus haut: col d’Akbaital Tadjikistan (4’655m)
  • Températures extrêmes: 43 degrés dans le Grand Désert Salé en Iran et 1 degré au col d’Akbaital (Pamir Highway)
  • ... sur la même journée (Kazakhstan): 5 degrés au sortir de la tente à 8h et 40 degrés à 15h en arrivant à Almaty

Un tout grand merci à vous toutes et tous pour nous avoir suivis et pour vos commentaires, parfois drôles, toujours super agréables à lire. Quand tu voyages en solitaire, ça fait toujours du bien de savoir que tes amis et ta famille ont plaisir à partager tes découvertes et tes rencontres.