Argentine

Dernière étape postée il y a 94 jours
8 étapes
12 commentaires
43 abonnés
Argentine, les plus beaux sites du pays réunis dans une même collection : Salta, Bariloche, Patagonie... Le 1er numéro avec son empanada de queso, enfin disponible chez ton marchand de journaux !
Septembre 2019
6 semaines
Partager ce carnet de voyage
1

Voilà que nous quittons la Bolivie pour nous rendre en Argentine et grande nouveauté, c'est à pied que nous passerons la frontière, baluchon sur le dos et passeport à la main.

Un sac en Bolivie, l'autre en Argentine 

Comme vous avez été nombreux à nous demander pourquoi nous commencions par l'Argentine au lieu du Chili, nous vous proposons de plonger dans notre quotidien, composé de dilemmes, de smecta mais malheureusement pas de fromage... Pour faire bref, en terminant la Bolivie, nous avions quelques impératifs à respecter : aller à San Pedro de Atacama (Chili) hors période de pleine lune (pour faire l'observation des étoiles), aller à Salta (Argentine), prendre un vol vers Santiago (Chili). Il était tout simplement plus logique, plus rapide et plus économique de commencer par l'Argentine, puis de passer au Chili pour faire l'observation des étoiles et prendre le vol intérieur en suivant.

Si vous ne vous êtes pas posé la moindre question et que vous vous contentez juste de regarder les images, alors vous venez de lire ces paragraphes pour rien. Sorry. Enfin du coup, vous n'avez peut-être pas lu ces paragraphes... Difficile à dire. Fred devient vegan. Le fromage ne nous manque pas. Hilkka aime avoir le soleil dans les yeux. Bon... C'était pour vous tester. Faites gaffe la prochaine fois.

Nous voilà donc en Argentine, un bus jusqu'à la ville de Tilcara et nous posons les valises dans notre nouvelle garçonnière.

On remarque tout de suite qu'il y a une majorité de touristes argentins, le réceptionniste nous explique que dans un mois ou deux, tous les Français et Américains débarquent. Un petit air de plage normande au mois de juin.

La ville n'est pas immense mais le cadre est sympa, il y a des petits restos trop mignons, des glaciers, quelques boutiques. C'est déjà en bonne voie. Bien évidemment, au moment où nous arpentons la ville, nous ne nous doutons pas que nous allons dénicher 2 mets délicieux...

• • •

Voir plus bas

• • •

Allez-y, continuez à descendre

• • •

Encore un peu de suspens...

• • •
Les fameux 5 fruits et légumes 

Non, vous ne rêvez pas : un plateau de fromage (chacun, on n'est pas des animaux) et du saucisson ! Whaaaat ?! Lorsque le saucisson est entamé de moitié, nous trouvons la motivation d'aller visiter la Quebrada de Humahuaca et sa montagne colorée : l'Hornocal.

Nous prenons donc un bus vers Humahuaca puis un transfert en 4x4 vers la montagne, la route étant difficilement praticable. On partage le véhicule avec un couple argentin que l'on a beaucoup de mal à comprendre. Il va falloir s'habituer à cet accent. A force de hocher la tête bêtement et de répondre par un "si, claro" très vague, ils vont finir par se douter de quelque chose.

Une route visiblement tracée après l'apéro

La jeep monte lentement en distance (25 km/h), mais très vite en altitude. Pas grave, c'est la dernière fois du voyage. Le trajet en lui-même était déjà très sympa : beaucoup de cactus, quelques vigognes, de la roche bien rouge. Mais alors l'Hornocal, c'est quelque chose !

Serrania de Hornocal (4761 m) : chaîne de montagnes colorées composées de strates sédimentaires vieilles de plusieurs millions d'années. Les différentes nuances de couleurs proviennent des changements successifs de type d'environnement de ce lieu au fil des époques.

La montagne aux 14 couleurs. On n'a pas vérifié cette information. 

La montagne se dresse devant nous, avec toutes ses couleurs. On n'en compte pas vraiment 14 mais ça c'est parce qu'on ne sait compter que jusqu'à 8 de toute façon. Le relief est assez étrange. On dirait presque de la tôle gondolée, des cheveux ondulés ou encore les petites maisons de Monopoly qu'on aurait disposé côte à côte. Punaise... c'est beau ce qu'on écrit.

Ce n'est pas nous sur la photo, mais ça aurait pu. 

Le chauffeur nous laisse un peu de temps pour descendre vers le point de vue. Selon lui, il faudrait 4 minutes pour descendre et 20 minutes pour remonter, à cause de l'altitude. Même pas peur, on se lance dans ce trek infernal avec seulement 2 sandwichs chacun dans les sacs à dos.

Paparazzi 

On profite un peu de toutes ces couleurs puis retour à la jeep. La remontée sera en fait assez facile. Nous remercions évidemment le fromage et le saucisson pour toute l'énergie apportée.

Les prochains jours seront assez tranquilles, on prépare la suite du voyage et surtout la fin. Oui oui, les billets retour sont réservés, il ne nous reste plus qu'à descendre le Chili et l'Argentine pour remonter jusqu'au Brésil ! Petit bonus, voilà la vraie raison pour laquelle on a réduit la Bolivie.

Bref, vous l'aurez compris, Tilcara remporte tous les suffrages. Aussi bien visuellement que gustativement. Même si, soyons honnêtes, la bouffe gagne haut la main !

• • •

Prochaine étape : Salta, aux portes des salines argentines.

2

Salta nous tend les bras, on quitte Tilcara par la grande porte. Ou plutôt par la petite gare routière régionale du village, poussiéreuse et dotée de 2 ou 3 guichets de compagnies de bus en piteux état qui proposent des trajets dans toute la région du Jujuy.

Notre bus est prévu pour 10h15, on a largement assez de temps devant nous. C'est du moins ce qu'on pouvait raisonnablement penser. Mais à 2 minutes de l'arrivée du bus, coup de théâtre, Hilkka décide d'aller acheter de quoi grignoter pendant le trajet. L'irréparable se produit alors, le bus arrive comme prévu à 10h15, laisse descendre/monter quelques passagers... et redémarre presque dans la foulée, sans nous donc. Hilkka revient avec deux viennoiseries et croise le bus mais il est déjà trop tard. On a réussi à rater ce bus, on n'en revient pas. Les viennoiseries n'étaient même pas bonnes. Le prochain est dans 2h, la journée s'annonce bien longue.

Une escale à San Salvador de Jujuy, à mi-chemin entre Tilcara et Salta, rend le périple encore plus savoureux. Pas moyen de retirer de l'argent aux distributeurs de la gare. En Argentine, les retraits sont plafonnés et les distributeurs régulièrement vides. Hilkka cherche alors un moyen de se rattraper et propose des numéros de jonglage à un public peu conquis. Elle se lance même dans du mime pour payer le bus suivant. Je suis impressionné par sa capacité de réaction, et par son mime de la vitre imaginaire.

On arrive à Salta en fin de journée, dans la banlieue de cette grande ville du nord-ouest argentin. Le rythme sera plus calme dans cette étape. A noter qu'Hilkka, malade (comme tout le temps), n'a pas pu me suivre dans l'excursion dans la région de Quebrada de Humahuaca. Ne soyez pas surpris (déçus, consternés, tourmentés ?) de ne voir que moi sur les photos.

Leçon du jour : même si on vous dit que l'eau est potable en Argentine et même si vous utilisez la gourde filtrante, Hilkka sera malade.

• • •

Salinas Grandes et la Quebrada de Humahuaca

Je pars donc pour une journée d'excursion, seul avec une dizaine de locaux pour aller découvrir le reste de la Quebrada Humahuaca, non loin de Tilcara où nous étions lors de l'étape précédente.

Le van sort de Salta et nous entamons les premiers lacets de montagne. Nous visitons les Salinas Grandes (le désert de sel), le village de Purmamarca et la Quebrada ainsi que la montagne aux 7 couleurs (oui, encore une autre). Par ici la visite !

Allez, encore des montagnes ! 

Salinas Grandes: grande étendue (120 ha) de sel continental, d'une épaisseur de 30 cm qui recouvre un lac d'eau douce. Le sel est exploité pour le secteur alimentaire, extrait sous formes de grandes plaques qui laissent apparaître l'eau du lac.

Salinas Grandes - Hilkka n'est pas là, faut tout faire soi-même

Honnêtement, ce désert de sel est quand même moins impressionnant que le salar d'Uyuni. Un couple regagne le van avec des blocs de sel, un peu radins les copains. On reprend la route direction Purmamarca quand tout-à-coup... des vigognes !

Des vigognes se sont cachées dans cette image, sauras-tu les retrouver? 

Nous arrivons au village de Purmamarca à l'heure de l'almuerzo (=14h, le déjeuner) , pour découvrir la ville et les montagnes colorées alentours.

Purmamarca : petit village typique situé dans la Quebrada de Humahuaca à proximité de la montagne aux 7 couleurs. La ville compte une église du 17ème siècle (Santa Rosa de Lima), ainsi qu'un arbre vieux de 7 siècles. Les maisons sont faites en adobe, de la même couleur que les falaises environnantes, lui donnant ce cachet si particulier.

Vues du village de Purmamarca à l'heure de pointe

Après le repas, je prends la direction de la montagne aux 7 couleurs. Un randonneur croisé sur le chemin me suggère de passer par le canyon qui rejoint le village, et où la vue est incroyable. J'ai juste assez de temps avant le départ du van, je pars donc vérifier ça par moi-même.

Dans le far-west argentin 
Quebrada de Purmamarca - toujours pas un chat

Le badaud ne m'avait pas menti. Les nuances de couleurs des montagnes et falaises sont magnifiques, je reste un moment à regarder le spectacle (au cas où il se passe un truc incroyable). Je termine le chemin au pas de course pour ne pas rater le départ ou me faire huer par tout un bus d'Argentins pour mon retard.

Cierro de los siete colores 

Retour à Salta où je retrouve une Hilkka revigorée. Nous avions prévu de louer une voiture sur plusieurs jours pour visiter la région, mais le budget en a décidé autrement. Nous avons préféré miser sur le Lipez et Uyuni, et ce tour organisé n'aura forcément pas eu la même saveur qu'un tour en 4x4, mais j'ai vraiment apprécié la visite de Purmamarca et du canyon.

• • •

Salta

Pour terminer ce séjour dans la région, nous passons la dernière journée avant le bus de nuit dans les rues de la ville. Quelques façades coloniales et un musée de la haute montagne et de la culture andine avant de quitter l'Argentine, pour quelques semaines.

C'était un dimanche, le photographe était de repos
• • •

Prochaine étape : San Pedro de Atacama (Chili), les étoiles dans le désert.

3
3

On traverse une nouvelle fois la Cordillère des Andes avant de passer la frontière en plein milieu de la nuit. On arrive au petit matin (5h) en gare routière de Mendoza, quatrième ville du pays. Non loin de là se dresse fièrement l'Aconcagua, le sommet des Andes culminant à 6962 m. Mendoza, c'est aussi la capitale argentine du vin, elle recense de nombreuses bodegas le long de la route des vins.

Mendoza, ses rues à l'ombre des platanes, ses vignobles et...c'est à peu près tout ce qu'on retiendra ici. Par souci d'économie et surtout parce qu'il n'y a pas grand chose à faire dans le coin, soyons honnêtes. Vous l'aurez compris, on ne vous recommandera pas de venir à Mendoza. Sauf si vous aimez le vin et les platanes, évidemment.

La route des vins qui démarre à la sortie de la ville de Maipu, traverse de nombreux domaines aux cépages divers : Malbec, Merlot, Cabernet Sauvignon...

On loue deux vélos et en avant la vinasse ! Ou roulez jeunesse, comme vous voulez. Ces premiers kms de vélo nous mettent en appétit et on fait notre premier arrêt à la bodega familiale "Tempus Alba". Le domaine est élégant, on grimpe en terrasse pour la dégustation.

Ok, c'est pas la saison du raisin, mais ils ont de sacrés oliviers

On nous propose un sympathique Tempranillo et un Syrah boisé, dans deux beaux verres bien remplis, accompagnés de deux burgers un peu timides, il faut le dire.

Grand verre, petit burger

Mais cette terrasse avec vue sur les vignes et les oliviers sous un beau soleil de printemps nous plait beaucoup, et après le repas, on repart sur nos bicyclettes infernales. Hilkka pédale méthodiquement comme à son habitude et on arrive en un temps record à la deuxième dégustation : la bodega Mevi. L'accueil n'est pas des plus chaleureux, on comprend vite qu'on n'est pas là pour tisser une grande et belle amitié. On nous installe à une table et on nous sert trois verres : Merlot, Malbec et Syrah, le tout avec vue sur les vignes et les Andes, au loin. Sacré paysage !

Vue sur les vignobles 

On profite de l'endroit, ça sent bon les vacances même si les vins de cette bodega nous emballent moins, il faut le dire. Mais pas le temps de faiblir, on enfourche nos deux roues direction une boutique qui propose d'autres produits du terroir : huile d'olive et chocolat. Hilkka est intenable et j'ai du mal à suivre sa cadence infernale. A mi-chemin, j'entends quelqu'un crier derrière moi : Hilkka s'est fait une belle frayeur avec un chien qui s'est mis à la courser. Je n'ai pas su dire lequel des deux avait aboyé le plus fort. Trop drôle, on se marre, à Mendoza !

Un cycliste circule devant moi: a) je laisse une distance de sécurité, b) je hurle avant de doubler, c) un casque rose, vraiment?

On arrive enfin à la boutique d'huile d'olive. On va terminer tranquillement, me dis-je. Erreur ! Après la dégustation de tapenades et moutardes, le propriétaire des lieux nous propose de goûter quelques liqueurs artisanales dont il n'est pas peu fier : liqueurs de café, dulce de leche ou encore chocolat. Très bon tout ça, mais on reste raisonnables : un pot de tapenade, produit culturel. Allez, assez de visites pour aujourd'hui, on rend donc les vélos avant d'aller s’affaler dans le bus. Une belle journée de dégustation dans les vignobles argentins !

• • •

Prochaine étape : Bariloche, un goût de Suisse en Argentine.

4

19h30 en gare routière de Mendoza, un dernier pipi et le bus entame son trajet infernal. Dans 18h, nous arriverons en Patagonie. Rassurez-vous, le bus est gracieusement équipé de WC. Ou plutôt d'urinoirs. Oui car pour la petite anecdote, dans les bus sud-américains, les toilettes sont recouverts d'affichettes stipulant "liquides uniquement !". Et aussi, la lunette des toilettes est relevée par défaut grâce à un tendeur. Ah le machisme, c'est beau.

Enfin, assez parlé de pipi. Le trajet se déroule étonnamment bien, surtout pour Fred qui dort profondément, après avoir enfin accepté d'acheter un masque pour les yeux. Ah, je nous revois à Toulouse, la veille du départ, alors qu'on terminait nos sacs.

- Tiens Frédéric, un masque pour les yeux, j'en ai récupéré 2 lors de mon dernier vol long courrier, il te sera très utile pendant le voyage. dit Hilkka d'un ton bienveillant


- Non merci Hilkka, je dors très bien sans masque et décide d'ignorer ton conseil. rétorqua Frédéric avec hostilité

Nous voilà donc, 8 mois plus tard, Fred a un masque pour les yeux dernier cri et moi, je n'arrive pas à dormir avec mon masque bas de gamme Turkish Airlines.

Après ce très long voyage, nous découvrons enfin les premiers paysages de Patagonie. Finalement, ce n'est pas que de la pampa, c'est même superbe. Sapins, lacs émeraude, montagnes enneigées, quelques reliefs, on se croirait dans l'Ouest canadien. Mais plus pour très longtemps, car nous arrivons à San Carlos de Bariloche : la petite Suisse d'Argentine.

17ème heure de bus 

Le programme des prochains jours sera bien chargé, on mérite bien ça après 3 semaines de chômage technique. Tout commence par une balade au bord du lac Nahuel Huapi.

Ça fait un peu brochure touristique 

Lac Nahuel Huapi : lac glaciaire comportant de nombreuses ramifications jusqu'à la frontière chilienne. En mapuche (langue amérindienne), son nom signifie "l'île des jaguars".

On rejoint ensuite le centre-ville à l'architecture très boisée. Un vrai petit village de montagne qui plaît beaucoup à Fred : des chocolateries à tous les coins de rues, des gaufres, des crêpes et des fondues au fromage. Après quelques carrés de chocolat noir, on se retrouve par accident devant un caquelon de fondue. Oups !

Appétissante cette mayonnaise 
• • •

De bon matin, nous partons vers le cerro Campanario pour une petite randonnée qui devrait nous offrir la meilleure vue de la région. Pas question de prendre les télésièges, par soucis d'orgueil... et de finances. On traverse une forêt de sapins de Noël qui nous rend un peu nostalgiques : foie gras, pain d'épices, poissons panés... On aperçoit par moments à travers les sapins le lac immense et les montagnes en fond. Le retour des randonnées nous fait du bien !

Quelques images volées de l'expédition 

A la fin de la petite ascension, nous sommes effectivement récompensés par une très belle vue sur le lac et les montagnes. On en profite pour pique-niquer avant de repartir manger du chocolat au village. C'est important de garder une bonne hygiène de vie.

Vue sur les lacs, le parc Llao Llao et la frontière chilienne 
• • •

Aujourd'hui, ça ne rigole plus. La veille, on a enfin réussi à visiter l'office de tourisme pendant les horaires d'ouverture pour obtenir de précieux renseignements. Oui car en Argentine, la vie s'arrête pendant l'heure de la siesta. Mais à ce niveau là, on devrait plutôt parler de coma ! Enfin bref, suite à leurs recommandations, nous avons loué des raquettes pour faire une randonnée dans la neige. Apparemment de la belle poudreuse nous attend ! Direction le domaine skiable de cerro Catedral, l'une des plus grandes stations de ski d'Amérique du Sud, d'où nous commençons la randonnée vers le refuge Frey, à 10 km de là. Pas de neige pour le moment, heureusement les raquettes passent dans nos sacs à dos ! C'est très beau mais on ne faiblit pas, on tente de prendre le plus d'avance possible avant de devoir chausser les raquettes.

On aurait mieux fait de prendre des raquettes de plage 

Parc national Nahuel Huapi : aussi appelé district argentin des lacs. Il comporte de nombreux lacs et montagnes dont le cerro Catedral qui a donné son nom à la station de ski.

Après quelques belles montées, la neige commence à apparaître, bien qu'elle soit trop fine et gelée pour utiliser les raquettes. On progresse moins vite mais il faut vite se rendre à l'évidence, le sentier sera beaucoup trop glissant pour le retour. On se résigne donc à faire demi-tour à mi-chemin. Les raquettes ont fait une belle balade ! On les rend comme neuves au loueur. Toutes nos pensées vont à l'office de tourisme, très au point sur les conditions du sentier de toute évidence... Merci les gars !

Vue sur le lac Guttierez 
• • •

Notre dernier jour, nous décidons de faire une petite excursion à la colonie suisse : un petit village folklorique aux allures suisses (sans surprise). On y trouve un peu d'artisanat, des stands de nourriture et des salons de thé, comme un petit marché de Noël. C'est plutôt sympa même si on fait très vite le tour. Mais on ne peut pas rentrer tout de suite car nous attendons que la cuisson du curanto se termine afin de goûter la spécialité locale.

Le fameux far-west suisse 

Curanto : plat traditionnel chilo-argentin à base de viande (bœuf, poulet, porc, agneau...) et de légumes (pommes de terre, potimarron, oignons...) et parfois de poisson, que l'on recouvre de feuillages (nalca, figuier ou chou blanc) et de pierres chaudes. Le tout est ensuite enterré le temps de la cuisson. Le mot vient du mapuche curo (pierre) et antu (soleil).

Tacos d'agneau et préparation du curanto traditionnel

Après ce repas bien copieux, nous filons nous mettre à l'abri, il fait très froid, il neige un peu et le vent souffle tellement fort que le lac est déchaîné. Ainsi se terminent nos premières aventures en Patagonie. Demain, nous rejoindrons les glaciers argentins.

Une mer déchaînée  
• • •

Prochaine étape : Terre de glaciers, le Perito Moreno & El Calafate.

5

Départ matinal de Bariloche, le taxi nous conduit à l'aéroport pour notre vol vers El Calafate : la terre des glaciers. L'aéroport est assez petit, et situé au milieu de nulle part : on est déjà dans les lacs et les montagnes.

Quelque part au-dessus de la Patagonie 

La route vers le centre-ville de Calafate est superbe, nous apercevons de grandes plaines de steppe surmontées de montagne enneigées au loin. Nous arrivons à notre hébergement, assez éloigné du centre mais avec vue sur le très beau Lago Argentino, quelle chance ! Notre hôte, Norberto, est un gentil vieux monsieur francophile qui place quelques mots français au milieu de son dialecte argentin. On comprend certains mots, on imagine le reste. L'homme est tout à fait charmant et aux petits soins avec nous, le genre de bonhomme avec qui on partagerait bien un asado. C'est le début de la saison et nous sommes les tous premiers clients. Pour fêter cette occasion si particulière, nous allons boire un café et manger des churros en ville.

Y'a du monde au balcon ! 

El Calafate n'a pas de charme particulier, mais c'est le point de départ pour explorer le célèbre glacier Perito Moreno. Comme la météo parait un peu capricieuse pour les prochains jours, nous réservons l'excursion en fin de semaine. On trouvera bien quelques balades pour patienter.

• • •

El Calafate et les rives du Lago Argentino

Depuis le balcon, on aperçoit une promenade autour du lac. Le programme de la journée est donc tout trouvé. Quelques snacks, un poulet rôti dans le sac à dos et nous voilà partis. Comme promis, il fait gris et le vent est assez froid mais il en faudra plus pour nous décourager.

Lago Argentino : c'est le plus grand lac de Patagonie, avec ses 1500 km2 de superficie, et sa profondeur moyenne de 200 m. Il change de couleur au gré du temps, à cause de sa composition en minéraux. D'immenses glaciers, tels que le Perito Moreno et l'Upsala, se déversent dans ses eaux.

Il est possible par endroits de se rapprocher davantage du lac, mais le terrain est tellement boueux qu'on s'enfonce très vite. Pas grave, on poursuit notre itinéraire autour du lac immense jusqu'à l'heure du pique-nique.

Après un repas en compagnie d'une dizaine de chiens errants, on arrive sur une immense aire de jeu d'enfants de plus d'1m60. De quoi occuper Hilkka un petit quart d'heure, qui me demande de regarder sa progression sur le parcours. Je lui fais de grands signes de la main, "oui, c'est très bien je regarde !". Bon sang, le vent patagon commence à nous rendre fous.

Ouiiiiiiii ! 

De l'autre côté de la ville, on accède de nouveau à la rive du lac, où l'on ne tarde pas à apercevoir des flamants roses au bord de l'eau. A cet endroit là, on patauge facilement dans la vase, mais la vue sur le lac turquoise et sa faune en vaut la peine.

Vous avez perdu quelque chose ? 

Un peu plus loin, on passe au milieu d'un groupe d'ouettes de Magellan, une sorte de canard de Patagonie. Le mâle est blanc et gris alors que la femelle a la tête et le cou marron. Vous vous en doutez surement, Hilkka ne tarde pas à me demander si ce genre de volatile est comestible, question qui demeure d'ailleurs malheureusement sans réponse à l'heure où je rédige ces lignes.

On aperçoit aussi non loin de là des chevaux (sauvages?) pour clôturer ce tour du lac. Demain, direction le glacier.

Obligé de porter un sac de fille  
• • •

Escapade au Perito Moreno

9h tapantes, une Citroën hystérique klaxonne devant l'hôtel. Pas de temps à perdre, nous voilà partis direction le célèbre glacier Perito Moreno, en compagnie d'une guide argentine et d'un couple de Canadiens. Peu de temps après avoir quitté El Calafate, le paysage par la fenêtre a déjà changé. La guide nous explique qu'été comme hiver, les steppes de Patagonie restent identiques. Des sortes d'herbes marron, jaune et vert foncé recouvrent les collines arides à perte de vue. La route est rectiligne sur des kilomètres, on aperçoit bientôt les fameuses Torres del Paine (côté Chili) ou nous irons prochainement. Puis le décor change encore à mesure que l'on approche du glacier. A cet endroit, on longe toujours le Lago Argentino qui est bien plus turquoise qu'en ville, alors que les steppes arides ont laissé place aux forêts de sapins : on attaque la montagne alors qu'on arrive au "Parque Nacional de Los Glaciares".

La route du bout du monde 

Après l'Antarctique et le Groenland, le sud de la Patagonie est la troisième plus grande étendue de glace au monde. La région compte 48 glaciers majeurs, dont le Perito Moreno.

On aperçoit enfin le glacier d'assez loin, déjà immense vu d'ici. La guide nous dépose à l'entrée du sentier, et nous laisse avec le glacier pendant 4h. On part tout d'abord contempler le bord du lac où quelques icebergs issus du glacier dérivent lentement au gré des vagues (vêlage). En arrière plan, les monts enneigés et les forêts de sapins, c'est une vraie carte postale qu'on a sous les yeux. On observe le Perito Moreno depuis la péninsule de Magellan, sorte de rocher faisant face au glacier, sur laquelle a été construite une plate-forme permettant de circuler sur presque toute sa longueur, à une cinquantaine de mètres seulement de la glace.

Sans contrefaçon, je suis un glaçon

Perito Moreno : le glacier est impressionnant par ses dimensions (5000 m de long, haut de 170 m dont 70 m seulement sont émergés, épais de 700 m en son centre, d'une superficie de 254 km2), il est plus étendu que la ville de Paris. C'est l'un des rares glaciers à être stable (le front du glacier avance même de 2 m par jour).

Le front du glacier fait face à la péninsule de Magellan vers laquelle il avance. Lorsqu'il atteint la péninsule, il sépare le Lago Argentino en deux créant ainsi une sorte de barrage : le niveau d'eau monte de part et d'autres, faisant augmenter la pression sur la glace et créant ainsi un effondrement spectaculaire du glacier.

Dommage qu'ils n'aient pas pensé à mettre un tapis roulant 

On parcourt donc une bonne partie de ces 5 km de glace blanche et bleue, en s'arrêtant net lorsqu'on entend un craquement. D'énormes blocs se détachent et chutent de plusieurs dizaines de mètres dans le lac, le spectacle est vraiment grandiose, on ne s'en lasse pas. On passe d'une plateforme à l'autre en profitant de chaque point de vue. Sublime.

Beyond the wall 
Cœur avec la glace 

Puis vient l'heure de repartir à El Calafate. Sur le chemin du retour, on observe plusieurs condors qui tournent au-dessus de la route. De retour à l'hôtel, on prépare nos sacs pour la prochaine étape, la ville d'El Chalten, plus au nord.

#cui cui 
• • •

Prochaine étape : El Chalten & le Fitz Roy, le paradis du trekking.

6

Nous sommes à la gare routière d'El Calafate. Ce petit bus de la taille d'un van, il est pour nous ! Direction la ville d'El Chaltén, à 3h vers le nord. On traverse des paysages incroyables : canyons, lagunes turquoises, vallées désertiques et enfin les montagnes au loin. Le soleil perce à travers les énormes nuages au dessus de la Cordillère des Andes en cette fin de journée. Le vent souffle fort sur la lagune Viedma sur notre gauche, alors que face à nous, au bout de la route, se dessine l'imposant mont Fitz Roy. On arrive enfin. Le paradis du trekking comme on l'appelle dans le milieu du surf, on ne va pas tarder à découvrir ce qu'El Chaltén a dans le ventre. Il ne semble pas se passer grand chose ici. A part une rue principale bordée de quelques supérettes, loueurs de matériel et auberges, il n'y a rien d'autre que la montagne. Ah si, il y a quand même le quartier de Barbie, on reste perplexes...

Le plus beau rond-point de la ville & Barbieland

El Chaltén : le nom de la ville vient du dialecte tehuelche et signifierait "bleu" ou "montagne qui fume", selon les traductions. Située dans le Parque Nacional Los Glaciares, à quelques km de la frontière avec le Chili, c'est l'une des villes les plus récentes d'Argentine. Ici, on vit principalement du tourisme autour du trekking et de l'alpinisme.

• • •

Miradors de las Aguilas et de los Condores

Nous commençons par une petite balade qui nous met en appétit pour la suite : le mirador de los Aguilas, et non loin de là, le mirador de los Condores. Pas encore de sentiers de montagne, mais ça grimpe pas mal. Coincé entre deux vallées, le sentier offre une superbe vue à l'ouest sur le mont Fitz Roy et le Cerro Torre. On observe une bonne dizaine de condors, qui survolent la vallée. C'est la première fois qu'on arrive à approcher des condors sauvages d'aussi près. Pas d'aigles en vue cependant mais quelques beaux oiseaux colorés.

Mirador des rouge-gorges 

Un peu plus loin, on arrive à un point de vue sur la plaine longeant le lago Viedma et le glacier du même nom. Une plaine immense à perte de vue, bordée par les montagnes et le lac, le décor est grandiose mais très très très venteux. Hilkka commence à s'envoler, il est temps de rentrer à l'auberge. Demain, le Cerro Torre n'aura plus de secret pour nous.

"Je te goudronnerais tout ça, moi, ce serait vite vu" 
Le Fitz Roy et le Cerro Torre sous les nuages
• • •

Laguna, glacier et Cerro Torre (3102 m)

Cerro Torre : situé au cœur d'une chaîne de 4 sommets (Cerro Torre, Torre Egger, Punta Herron & Cerro Standhardt), le Cerro Torre est l'un des sommets les plus difficiles à gravir au monde à cause de sa forme et des conditions météorologiques.

Départ au petit matin pour la Laguna Torre, première des deux grosses randonnées autour d'El Chaltén. Recouvert d'une épaisse couche de neige, le Cerro Torre est visible dès le début du chemin, au moins on sait où on va ! Le début du sentier est assez raide, on passe à travers un bois (une forêt de troncs plutôt) avant d'atteindre une grande étendue d'herbe jaunie par le vent et le soleil. On remonte le long du rio Fitz Roy à contre-courant, qui prend sa source directement de la Laguna Torre.

Hilkka opte pour sa tenue de randonnée/cambriolage/ninja tandis que Fred porte un créateur quechua très en vogue

Arrivés au neuvième kilomètre, ça recommence à grimper sur un monticule de gravats. On arrive enfin à la lagune bleue turquoise avec le Cerro Torre bien dégagé en toile de fond et le glacier Torre, parfaitement visible sur la rive opposée.

"M'en fous je marche tout seul, j'suis un grand garçon" 

Malgré le soleil, un vent glacial nous fait remettre sans attendre toutes nos couches de vêtements avant de nous poser devant ce superbe panorama avec nos sandwiches de champions (avocat/cream cheese/bacon) et refaire le monde.

Laguna Torre 

Au bord de l'eau, de petits cubes de glace détachés du glacier sont venus s'échouer et s'entrechoquent au gré des vagues. "On manquera pas de glaçons pour l'apéro!" s'exclame Hilkka, hilare. Devant cet excès d'optimisme, je fais semblant de n'avoir rien entendu.

"Y manque plus que le Pastis !" 

Après ce petit moment de contemplation, on reprend le chemin en sens inverse direction l'auberge. Hilkka grogne derrière moi "encore un aller-retour, pourquoi c'est jamais des boucles?". Je n'ai pas la réponse. Un peu plus loin, on entend un énorme bruit qui semble provenir de l'autre côté de la montagne, certainement une grosse avalanche.

Retour à l'auberge en fin de journée, mais pas le temps de se poser, demain nous repartons à l'assaut du terrible mont Fitz Roy.

• • •

Laguna de los Tres et Mont Fitz Roy (3405 m)

La nuit a été courte, pas vraiment aidés par nos colocs, très bruyants au saut du lit. Cette fois-ci, on s'est équipés de bâtons de randonnée, et un peu avant 8h on est déjà lancés. Dès 8h02, nous croisons un lièvre et prétendons aussitôt être des hommes des cavernes partis en chasse avec leurs bâtons de randonnée.

Le panneau de difficulté du sentier & Hilkka qui boude - quelques minutes séparent ces 2 photos

Ce sentier est un peu plus dur qu'hier, ça grimpe déjà fort d'entrée et sur 3km. Le paysage est encore différent de la veille, on longe une immense vallée traversée par un cours d'eau avec les pics enneigés au loin, dissimulés par des nuages menaçants. La Patagonie comme on se l'imaginait.

#photos non contractuelles 

On traverse ensuite une forêt avant d'arriver à la laguna Capri et d'apercevoir l'imposant Mont Fitzroy. Le temps est clair, pas de vent, le reflet des montagnes dans la lagune est magnifique. Mais pas le temps de profiter davantage, la route est encore longue.

Laguna Capri et le mont Fitz Roy qui s'y reflète 
"Quelle belle journée, la vue d'en haut sera incroyable !"

Le décor est indescriptible, les arbres sont inclinés tant le vent souffle fort et souvent ici. Un peu plus loin, on franchit une zone marécageuse sur laquelle ont été construits des pontons. On arrive enfin dans le vif du sujet, après la pause déjeuner, un km de montée assez abrupte nous attend.

Des arbres (et des humains) inclinés, comme promis 

Afin de gonfler le moral des troupes, je fais la promesse qu'une gaufre sera offerte pour toute ascension réussie. C'est bien le genre de truc qu'il ne faut pas répéter deux fois, Hilkka prend donc les devants et ne s'arrêtera pas avant d'avoir atteint le lac.

Quelle bravoure ! #histoirevraie

Je prends le temps par moments de me retourner et profiter de la vue derrière nous, on aperçoit le lac Viedma et ses icebergs à la dérive à une bonne quinzaine de km, et tout le chemin parcouru depuis El Chaltén, mais aussi la laguna Capri qui parait bien petite vue d'ici.

"Le planter du bâton, Monsieur Dusse" 

Le sentier est assez escarpé, on commence à voir la neige et la température chute rapidement : allez,on n'est plus très loin. Le sommet du Fitz Roy est très souvent caché derrière les nuages, et la vue dégagée qui nous était promise quand on le voyait au loin est maintenant masquée par d'épais nuages de neige. Evelyne Dhélia nous a trahis.

Game of Thrones, season 7, épisode 6 

Et la laguna de los Tres est gelée et recouverte de neige ! On est un peu déçus, mais c'est quand même grandiose. Hilkka reste un moment assise sur un rocher à contempler le tableau avec un peu de musique. De mon côté je m'aventure un peu plus loin. En contrebas, on peut voir une autre lagune partiellement gelée, la laguna Sucia.

Rares images de Fred qui se prend (encore) pour la Reine des Neiges.

On redescend donc assez péniblement (on sent les km s'accumuler et les genoux commencent à grincer) avant de refaire le même chemin en sens inverse, au plus grand plaisir d'Hilkka. On termine le parcours un peu plus rapidement que prévu, fiers de nous. Les bâtons de randonnée aident beaucoup. Selon HIlkka, ça donne l'impression d'avoir 4 jambes ou même de marcher sur un tapis roulant d'aéroport. Bref, ça donne des ailes.

Elle aura été bien méritée cette gaufre, en compagnie d'Anne-Sophie, notre coloc anglaise. Comme vous vous en doutez, nous avons profité des jours suivants pour nous remettre de ces promenades patagonnes que nos cuisses ne sont pas prêtes d'oublier !

Retour en bas et pas un nuage... Direction la gaufre ! 

El Chalten aura vraiment été une de nos étapes préférées du voyage. De grandes randonnées (plus de 50 km parcourus en 3 jours) à travers des décors incroyables. Et au bout du sentier, de superbes sites en récompense. Et des gaufres aussi...

• • •

Prochaine étape : Puerto Natales (Chili), le trek de Torres del Paine.

7

L'arrivée à Ushuaïa : le bout du monde

Après un séjour assez tranquille et peu mouvementé à Punta Arenas, nous quittons le Chili par la grande porte car la porte du poste frontière est vraiment imposante. Le timing est parfait, suite aux violentes manifestations dans la capitale, de nombreux militaires patrouillent le pays. On en croise une bonne vingtaine pour sortir de la ville, à bord du bus de jour le plus long du voyage : un tour de cadran sur les routes, un grand bonheur pour les genoux.

12h de bus, navigation incluse

Nous arrivons en début de soirée à Ushuaïa, ville la plus australe du monde et de notre voyage. Hilkka se réjouit déjà de rencontrer Nicolas Hulot en personne. Notre logement à Ushuaïa est certainement l'un des meilleurs qu'on ait eu jusque là, un petit studio tout équipé avec vue sur les montagnes.

Pratique si jamais on se perd 

La ville n'est pas le petit port tranquille du bout du monde qu'on s'imaginai. D'un côté les docks où s'empilent les containers, de l'autre les rues en mauvais état où la circulation est permanente. Ça ressemble à toutes les autres villes argentines finalement.

Voilà ce qui arrive quand on fait confiance à des pingouins. 

Peu importe, on n'est pas là pour visiter la ville, on décide alors de réserver une croisière en bateau sur le canal de Beagle. Mais avant de naviguer, il faut prendre des forces. La vie de pirate, c'est pas pour les mous ! On s'offre alors une parilla dans un restaurant de la ville : agneau, bœuf, porc et poulet grillés, accompagnés d'un petit Merlot argentin, on s'est régalés !

Tiens, voilà du boudin ! 
• • •

Sur le canal de Beagle, à la rencontre des manchots et des lions de mer

Nous embarquons donc sur le catamaran "Elisabetta" avec une flopée de touristes marins d'un jour. Le bateau s'éloigne du port d’Ushuaïa alors que le guide récite ses explications sur le canal et sa faune au micro. A l'extérieur, le temps colle parfaitement à l'ambiance bout du monde.

 Beaucoup trop froid pour tourner une pub de gel douche

Canal Beagle

Long de 240 km, il sépare la Terre de Feu des dernières îles du continent sud américain. Il porte le nom d'une mission d'exploration menée par le commandant Fitz Roy, avec à son bord un certain Charles Darwin.

Première halte aux abords de Bird Island où s'agglutinent une quantité impressionnante de cormorans qui ressemblent de loin à des manchots, mais qui n'en sont pas.

 La honte quand on a dit à tout le bateau qu'il y avait des pingouins droit devant...

Un peu plus loin sur un autre îlot, ce sont des lions de mer qui sont affalés, comme Hilkka sur le canapé un dimanche aprèm, en quête des rares rayon de soleil qui percent les nuages. Sauf qu'HIlkka évite le soleil, elle. L’îlot est tellement petit et difficile d'accès que le bateau reste à une quinzaine de mètres de la rive. On ne peut même pas checker les lions de mer à cette distance, dommage.

"Regarde Jean-Mi, des humains ! Fais le beau !" 

Tant mieux pour les lions de mer, et pour nous également, ça sent très fort ces bêtes-là ! Ça me rappelle certaines étapes du voyage. Dommage qu'ils n'aient pas un flacon d’Ushuaïa pour se faire un brin de toilette... On les observe ne rien faire, mis à part trois petits lions de mer qui ont trouvé un pan de rocher leur servant de toboggan. Les petits veinards.

Vous avez beaucoup de chance de ne pas connaître l'odeur de cette photo 

On continue notre route vers l'est le long du canal. De l'autre côté on aperçoit les côtes chiliennes, les dernières îles avant le cap Horn. Personne n'y habite, mis à part ce petit village d'irréductibles Chiliens : Puerto Williams. On croise des paquebots de croisière à destination de l'Antarctique, à 1000 km de là. A ce moment-là, on a vraiment l'impression d'être arrivés au bout du monde. On fait escale devant le phare vieux d'un siècle "les éclaireurs" sur l’îlot portant le même nom.

Phare "les éclaireurs"

Il s'agit d'un phare situé sur un rocher prévenant la présence de nombreux îlots à l'entrée de la baie d’Ushuaïa. Il est souvent confondu avec le phare du bout du monde, à l'entrée de l'océan Atlantique, plus à l'est. Vieux d'un siècle, il n'empêcha pas le naufrage du SS Monte Cervantes en 1930 avec à son bord 1500 passagers. Contrairement au Titanic, seul le capitaine fut porté disparu.

Plein phare

On circule sur ce bras d'océan Pacifique, entre Argentine et Chili, entourés par les montagnes enneigées. De nombreux oiseaux marins survolent notre bateau, on arrive bientôt à l'île Martillo où se trouve une colonie de manchots de Magellan.

Hé Jamy, quelle est la différence entre un pingouin et un manchot ?

Le mot "pingouin" désigne à la fois le grand (disparu) et le petit pingouin, qui peut voler et que l'on trouve dans l'hémisphère nord, mais aussi les manchots.

Le manchot vit dans l'hémisphère sud (Antarctique et Amérique du sud). Il ne peut pas voler mais nage très bien, mais pas aussi bien que Florent Manaudou.

Les pingouins Beatles, en concert le 23 à Ushuaïa, le 25 à Tokyo et le 26 à Bercy 

Manchot de Magellan

C'est une espèce que l'on retrouve sur les côtes patagonnes et aux îles Malouines et Falkland. Ils sont noirs et blancs, pouvant mesurer jusqu'à 76 cm.


Manchot Papu

On le trouve principalement en Antarctique et sur les îles Malouines. Il est blanc sur le ventre, noir sur le dos et possède un bec et des pattes orange. Il mesure autour des 80 cm et c'est l'espèce de manchot la plus rapide sous l'eau (35 km/h).

Le pingouin solitaire

Même chose que pour les lions de mer, on ne descend pas du bateau. C'était bien plus cher d'accoster, et c'est mieux pour les animaux de ne pas le faire. Des manchots curieux viennent s'approcher à quelques mètres du bateau, alors qu'une autre colonie se trouve à une vingtaine de mètres de nous. Il s'agit d'une autre espèce de manchots, sûrement de la même espèce que les gens à qui on demande de nous prendre en photo.

#coin coin 

On reste un moment à les regarder de loin, avec leur démarche si improbable, en se demandant si ça ne serait pas des humains déguisés, alors que les quelques manchots qui étaient sur la plage plongent dans l'eau froide du canal juste à côté de notre bateau. Derrière l'île, le Pacifique se jette dans l'Atlantique (à moins que ce soit l'inverse), on fait donc demi tour direction Ushuaïa. On en aura pris plein les yeux durant cette petite croisière, un régal !

Derniers animaux de la croisière 
• • •

La Terre de Feu et la route du bout du monde

Terre de Feu

C'est la région la plus australe d'Amérique du Sud. Comme la Patagonie, elle est partagée entre Chili et Argentine. Le nom provient des feux allumés par les Amérindiens, visibles depuis l'océan par les colons européens. Elle s'étend du détroit de Magellan au nord, au passage de Drake au sud, qui sépare le continent Américain et l'Antarctique.

Terre de Feu , Terre de Feu, Terre de Feu Feu Feu - Feu follet, feu follet, feu follet let let

Deuxième sortie aux alentours d'Ushuaïa, nous partons en randonnée pour la journée dans le parc national de la Terre de Feu. Une navette nous conduit directement au début du sentier. Le parc propose plusieurs chemins assez courts, on décide alors de faire celui qui longe la côte.

Rare cliché d'un homme des cavernes en dehors de son habitat naturel

C'est notre dernière excursion dans la région, on en profite pour prendre quelques photos pensives devant le canal et les montagnes enneigées. Ça fait poète et surtout ça fait réfléchir à tout le chemin parcouru. Non on déconne, on a parlé de bouffe pendant tout le trajet !

"Si tu devais choisir entre une raclette ou 1 million d'euros, tu prendrais quoi comme charcuterie ?"

Un peu de forêt, quelques plages de galets, le décor est magnifique et la randonnée agréable.

Un arbre acnéique avec une scoliose, il passera pas l'hiver

Mais honnêtement, on n'a plus rien dans les jambes après ces derniers jours de randonnée. Au moment de se poser sur une plage pour le pique-nique, j'aperçois un crabe entre les galets. De plus près, c'est autre chose que je vois, une énorme araignée, une des plus grosses de tout le voyage... C'est la stupéfaction, Hilkka se sent trahie par la nature, il n'était pas censé y en avoir dans cette région. Oui, il y a eu des larmes.

Pas des pingouins 

Après ces péripéties, on remet le déjeuner à plus tard. Par la suite, le sentier est plus difficile, principalement de la tourbière et des marécages.

 Heureusement que nos mères ne lavent plus nos chaussures, on se ferait trop engueuler !

On termine le sentier sur les derniers mètres de la route nationale 3, qui part de Buenos Aires et traverse tout le pays jusqu'au rio Lapataia et la frontière avec le Chili. Voilà, nous sommes allés au bout du monde, maintenant il ne nous reste plus qu'à remonter. On repart donc à la navette, lessivés mais heureux, une belle rando dans le parc de la Terre de Feu en ayant chantonné "Trois p'tits chats" toute la journée.

Le bout du monde 
• • •

Prochaine étape : Buenos Aires, tango dans la capitale argentine.

8

Après plus d'un mois de silence radio, nous retrouvons le plaisir (comprendre : la motivation) d'écrire ! Les raisons de notre absences sont bouleversantes (comprendre : non non, c'est de la paresse), mais on ne vous oublie pas.

Le soleil se lève à peine sur Ushuaïa, notre taxi nous dépose à l’aéroport. Ça y est, on a atteint la pointe sud du continent, le bout du monde. On se l’était promis et on l’a fait ! Personne ne le sait, mais c’est réellement ici que s'achève notre voyage, entamé il y a 9 mois à Bangkok. C’était notre dernière « vraie » étape. Personne, car nous sommes supposés revenir début décembre en France. Mais comme on est fourbes et qu’on aime les surprises, on a un peu brouillé les pistes en prétextant un retour par le Brésil et Rio. On verra au retour si on a été convaincants. Mais bref, revenons à nos pingouins, que l’on regarde une dernière fois avant de s’envoler direction la capitale argentine : Buenos Aires. Bon, on va quand même vous raconter 2-3 trucs sympa sur Buenos Aires, on n’est pas des sauvages !

C'est bien le même pays pourtant 

Changement radical de décor donc (et de saison) dans la capitale argentine puisqu'on passe au grand soleil de printemps, 25°C. Hilkka est ravie (sarcasme évident). On pose nos sacs dans la dernière auberge du voyage (et de notre vie !). On y rencontre un Français qui lui débute son tour du monde, presque à l’identique du notre mais en sens inverse. On a du mal à réaliser que pour nous c’est bien la fin, mélange d’excitation de retrouver les proches (Cantal, camembert et gouda), mais aussi nostalgie de refermer ce chapitre incroyable. On partage quelques souvenirs du voyage avec lui, on lui donne aussi quelques sages conseils sans trop le spoiler.

Les rues de Buenos Aires ressemblent pas mal à nos rues françaises. L’auberge se situe dans un quartier touristique de la ville : Palermo. A quelques stations de métro de là se situe le marché artisanal de San Telmo où nous dénichons quelques souvenirs et mangeons nos dernières empanadas. Les meilleures du voyages, et en plus, elles étaient chiliennes.. Oups !

Pèle-mêle de la capitale 

Buenos Aires, c'est aussi une ville où le football est une religion. On y trouve les deux clubs de football les plus populaires d’Argentine : Boca Junior et River Plate, qui sont de véritables institutions dans le pays. Hilkka me parait moins sensible à cette rivalité ("aller voir un stade, c’est comme visiter une salle des fêtes"), je pars donc seul à l’assaut de l’Estadio Monumental de River Plate, qui a notamment accueilli la finale de coupe du monde 1978. A côté de l’enceinte, le musée du club retrace 120 ans d’histoire des Milonarios, surnom donné aux joueurs dans les années 30, par opposition au club rival de Boca Juniors, plus populaire. Ca reste de la culture après tout !

Coupe d'hiver 

Le soir venu, on se retrouve tous les deux autour d’une parilla dans un resto de Palermo en se remémorant ces 9 derniers mois en cavale avec nos sacs à dos colorés, un peu nostalgiques. Ça commence à sentir la fin !

La parilla des parias 
• • •

Le dernier jour, on part en bus à l’autre bout de la ville afin de nous rendre dans le célèbre quartier de la Boca, aux façades colorées. En vérité, cela se résume à quelques ruelles pavées, des façades multicolores et le folklore argentin à l’excès avec ses danseurs de tango. Mais on apprécie malgré tout le cadre bon enfant, on se croirait presque dans un village.

Attention aux épileptiques 

A deux cuadras de là, l’autre "salle des fêtes" (pardon, stade) que je voulais voir, la Bombonera (la bombonière) qui accueille les matchs de Boca Juniors. Une petite photo devant l’enceinte pour combler Hilkka puis on reprend notre bus pour un trajet d’une heure direction l’auberge. C’était la toute dernière étape de ce voyage.

Quelques idoles du quartier 
• • •

On remballe nos sacs en se délestant autant que possible, la nostalgie est compensée par l’excitation du retour. C’est assez étrange de se dire qu’en quelques heures, notre mode de vie va changer, revenir à la normale. On va retrouver nos proches, nos affaires, la bouffe française, les gilets jaunes, des toilettes où l'on peut jeter le papier sans crainte, un code de la route à peu près respecté… Mais on termine aussi une aventure assez incroyable, où l’on était un peu comme dans une bulle avec pour seule préoccupation, l’activité du lendemain (et l’état de l’hébergement). C’est une autre étape qui commence, alors que le taxi nous emmène à l’aéroport de Buenos Aires.

Ceci est la dernière photo du voyage. Non, ce n'est pas un déguisement
• • •

Prochaine étape : sprint dans l'aéroport de Madrid, le retour en France, les retrouvailles, les bilans...