Carnet de voyage

La Thüringe et Prague par la Moselle et l'Elbe

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Dernière étape postée il y a 22 heures
Aucun nouveau pays prévu au palmarès, seulement de nouvelles découvertes sur les pédales, et des amis à retrouver
Du 11 avril au 19 juin 2022
10 semaines
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Voyage sans problème, le train au départ de Bourges est à ras de quai, à Paris on peut flâner par le beau temps au bord du canal Saint Martin, où à la gare de l'est où le soleil traverse les verrières.

Le TGV a un compartiment pour cycliste. Un congénère m'aidera pour monter le vélo, et sur le quai m'attend Nicole, la cycliste qui m'accueillera ce soir et sera aussi mon guide dans la ville.

Larges avenues, bordées de pistes cyclables, esplanades, parcs, monuments et grands immeubles monumentaux, établissements militaires et souvenirs de l'époque allemande, la gare par exemple.

Le beau jaune clair de la pierre locale agrémente bien les bâtiments. Comme la cathédrale gothique. Autour, beaucoup de promeneurs par ce beau temps, sur la place et dans le centre ancien réservé aux piétons.

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Publié le 13 avril 2022

Nicole pousse l'hospitalité jusqu'à m'accompagner pour rejoindre la piste cyclable qui suit la Moselle.

Au début cette piste suit un canal en dérivation, large et rectiligne, et aussi de très nombreux étangs, anciennes gravières.

On rejoint le fleuve vers Hagondange Uckange où les anciennes usines sidérurgiques ont été démantelées, Heureusement à Uckange les splendides restes du haut fourneau U4 ont été préservés.

Environnement industriel aussi autour de Thionville, mais c'est une très jolie ville, toujours la pierre dorée, des belles maisons et une place à arcades.

La suite du trajet est rurale, verdure et arbres en fleurs ou en jeunes feuilles. Malheureusement la centrale nucléaire de Cattenom gâche le paysage.

Sierck sur Moselle est ce dominée par un château fort. Apach est dotée d'une tour Eiffel miniature où flotte un drapeau ukrainien. Tout près c'est un "3 frontières" France-Allemagne-Luxembourg. Le point exact est au milieu de la Moselle à côté du village de Schengen.

 Près de Berg sur Moselle

Et voilà l'Allemagne, qui ne reste pas sauvage longtemps, les extractions de graviers sont toujours en activité, les routes circulent de chaque côté de la rivière, les rives sont très urbanisées. Et il y a aussi du tourisme, et tout le long de la rivière des campings à bungalows et caravanes vraiment pas attirants. Et en dehors des panneaux interdisant le camping...

Je trouve sous le village de Palzem un bosquet pour me cacher, devant un barrage, en face d'une localité Luxembourgeoise d'où on peut seulement apercevoir ma tente, mais pas me déranger, il n'y a pas de pont.

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Publié le 14 avril 2022

Réveil matinal, le passage des trains sur la voie au-dessus s'intensifie. Beaucoup de rosée, la tente est mouillée... Mais il ne fait pas froid.

Ça roule bien sur la piste, les cyclistes ne sont pas encore là. Le paysage est plus rural qu'hier, la principale culture étant la vigne, pas encore feuillée bien sûr. La Moselle fait de larges méandres, le niveau de l'eau est haut, on voit passer des péniches de fort gabarit. Des villages viticoles aux grands porches se succèdent. La rive luxembourgeoise est plus habitée.

Histoire de faire un tour au Luxembourg je fais une petite halte à Grevenmacher où paraît il on fabrique un espèce de champagne. Tout est écrit en français mais tout le monde parle luxembourgeois, parfois on reconnaît quelques mots d'allemand. Mais pas de problème pour s'exprimer en français. Ville proprette à la germanique, quelques jolies maisons.

Grevenmacher 

La rivière se resserre entre des collines boisées ou plantées de vignes, la piste longe aussi la route, d'un côté ou de l'autre, la mieux s'est quand elle est à ras de la rivière. On y trouve des bancs et des aires de repos, qui profitent aux promeneurs. Ceux ci deviennent nombreux à l'approche de Trier.

C'est toujours agréable d'entrer dans une ville par un cours d'eau. Un pont moderne, puis un pont ancien d'une belle pierre rouge, j'apprendrai plus tard que c'est le pont romain.

Il n'est que 14h. Je me dirige chez Yasutaka qui m'héberge ce soir, au passage s'élève un monument romain bien célèbre celui là, la fameuse Porta Nigra.

Porta Nigra 

Je visiterai la ville en vélo mais allégée. Entre autres deux immenses basiliques, la cathédrale romane, immense aussi. Un parc avec un palais rococo. Un centre ville piéton dans le style allemand avec de hautes maisons très ornées et bien repeintes et des statues baroques.

Yasutaka vit avec Julia, mais celle ci est partie faire une balade en vélo avec sa mère, laissant pour la première fois la famille, Yasutaka et deux garçons sympathiques de 7 et 3 ans Taro et Kaito. Il est bien occupé mais très accueillant, et j'ai droit à un excellent dîner japonais, comme là-bas, soupe miso et raviolis, mmh!

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Temps un peu couvert le matin, puis beau

Un peu de grisaille ce matin donc. Sortie de Trier, zones pavillonnaires, zones industrielles, voie cyclable qui longe des routes, rien de passionnant...

Et la suite c'est vignes, villages viticoles, vignes, caves ("Weingut"), et encore vignes. Je n'apprécie guère les déserts viticoles, mais encore moins quand ils défigurent ce type de paysage, dénudent les versants de façon anarchique, envahissant jusqu'au moindre inserstice entre les rochers. Les pentes sont impressionnantes, ça ne donne pas envie pour les vendanges.....

Les pentes de la vallée défigurées par la viticulture intensive 

Dans les villages, les églises sont à clocher pointu ou à bulbe, les maisons sont pittoresques et colorées, parfois à colombages, souvent très ornées, des inscriptions en lettre gothiques, des restaurants, des Gasthaus (chambres d'hôtes) ou des boutiques de vin. Le coin devient touristique...

Les romains n'ont pas laissé de traces qu'à Trier, on peut observer des bornes miliaires, disposées antan tous les milles romains, deux sont bien conservée. Dans des villages sont exposées des copies des sculptures antiques trouvées dans la région. Notamment dans la jolie localité de Neumagen.

Borne miliaire à Neumagen 

Je n'ai pas trop le temps de traîner car j'ai reçu une réponse pour un hébergement, à 85km de Trier. Je casse la croûte au bout d'un méandre à Piesport, et fait un petit tour dans Bernkastel Kues, encore une ville ancienne et baroque, trop grande, trop encombrée par la foule des touristes.

Le paysage me plaît davantage vers la fin du trajet, plus sauvage une piste isolée (et non longeant une route comme souvent), sous des pentes couvertes de boisements pleins d'arbres en fleurs. Les cyclistes sont en majorité rentrés chez eux.

Je ne verrai pas beaucoup mes hôtes ce soir, ils partent manger au restaurant, je discute avec Virginia une jeune italienne qui a pris une année sabbatique pour voyager et qui reste un peu ici, au pair, pour garder la petite Fili une blondinette de 2 ans et demie.

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Chambre très confortable, j'ai fort bien dormi.

Florian m'explique que Traben-Trarbach a été une ville très riche, car comme les habitants étaient protestants au milieu d'une région catholique le commerce c'est beaucoup développé : ce serait la deuxième ville d'Europe, après Bordeaux, pour le commerce du vin.

L'architecture est du 19è 20è car la ville ancienne a été détruite par un incendie. Beaucoup de maisons sont en schiste et ont un aspect sévère. Ici c'est Traben, Trarbach s'étend sur l'autre rive, dominé par un château fort.

Et c'est parti. C'est bien agréable de pédaler le matin dans ce pays, les touristes ne sortent pas avant 11h, jusque là c'est le grand calme. Les pentes sont plus abruptes, ce qui n'empêche pas qu'il y ait des vignes. Pour court-circuiter une grande boucle je prends un raccourci indiqué par Florian. Il faut monter un peu mais c'est l'occasion de prendre de la hauteur et d'admirer un beau panorama sur la Moselle.

Après ce méandre très resserré suit une ligne droite, qui va buter sur un relief nouveau méandre serré au fond duquel se trouve le village ancien de Brême entouré de parois rocheuses grises, toujours plantées (en suivant les courbes de niveau). Des glissières permettent de monter avec des petits chariots.

Brem et les villages suivants ont conservé à côté des constructions de schiste sombre des maisons très anciennes mais toujours bien repeintes et bien sûr, les murs en blanc les fenêtres et colombages en rouge. On y voit des échelles de crues. Ça peut monter très très haut.

Maintenant le flot des cyclistes envahit la piste, vélos électriques pour la plupart, descendus des camping-cars parqués en masse dans ce qui est appelé camping.

La Moselle méandre encore plusieurs fois, les voies cyclables la longent mais sont souvent attenantes aux routes malheureusement. Et voilà Cochem, localité plus importante mais tout aussi touristique, avec un château sur la hauteur. Je n'y vais même pas, c'est trop agité, je cherche un Aldi qui est indiqué car dans toutes ces localités où foisonnement hôtels restos et boutiques de vin, il n'y a pas d'épicerie. Mais le Aldi est fermé, une seule explication, le vendredi saint doit être un jour férié... Si c'est le cas des 3 jours qui suivent il va falloir se serrer la ceinture...

Un peu plus loin pour éviter une portion de chemin non revêtue et particulièrement cahotante je prends un petit bac pour passer sur l'autre rive.

Et puis beaucoup de bords de route hélas. Treis Karden, un bourg tout en schiste. Des "campings" parkings, je ne peux m'y résoudre mais où dormir dans cette vallée étroite où circulent deux routes et une voie ferrée ?

Je monte mais pas trop dans le village de Löf, assez étendu et pas trop touristique. De beaux gazons en bordure du cimetière ? C'est bien trop en vue.. plus haut est indiquée une place de pique nique, il faut monter mais ça conviendra, à côté un petit pré, et il y a même de l'eau, un tout petit ruisseau qui dévale la pente.

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Publié le 17 avril 2022

C'était très calme, juste quelques trains de loin. Par contre, je n'ai pas eu chaud du tout. Du coup j'ai attendu que le soleil soit un peu haut pour repartir, à 9h seulement. Mais un vent froid souffle d'en face. Les mains ne se réchauffent qu'au bout d'une heure. Les pieds, seulement quand je m'arrêterai vers 11h30 à Gülfs banlieue de Koblenz pour faire les courses dans un supermarché local, ouf aujourd'hui n'est pas férié, par contre les deux jours suivants, si. Il faut faire des réserves.

Avant ça, bords de la Moselle toujours, encore un ou deux châteaux, des villages typiques, des coteaux viticoles abrupts aménagés en terrasses.

À Koblenz je me dirige, avec une foule de piétons, vers le confluent avec le Rhin, cet endroit s'appelle "Deutsches Eck". C'est grandiose, le Rhin très large où passent de nombreux bateaux, au dessus de l'autre la côté la citadelle de Ehrenbreitstein. Et de ce côté ci un énorme monument à la gloire de l'empereur Guillaume Ier.

Je ne fais pas une visite approfondie de la ville, je vais voir la basilique Saint Castor très ancienne mais remaniée à plusieurs époques. La façade est romane mais il y a du gothique à l'intérieur. Le plafond est en étoile et joliment peint.

Je casse la croûte et fais sécher la tente dans un jardin près d'une fontaine surmontée d'une colonne de bronze ne représentant l'histoire de la ville.

De là une rue piétonne noire de monde mène à une belle place dont un côté est occupé par le monastère des Jésuites, et le centre par... des terrasses de café très achalandées.

Pour rejoindre le Rhin les quartiers traversés comportent surtout des bâtiments récents, la guerre est passée là. Mais l'immense Palais des Princes Électeurs (Kurfürstenschloss) a été reconstruit bien sûr. Il est au bord du Rhin, et maintenant je vais suivre le fleuve sur quelques km, sur cette rive, puis l'autre.

Je vais suivre la vélo route de "l'unité allemande" qui va vers l'est donc ma destination. Je vais bientôt quitter les bords du Rhin pour ceux de la ville Lahn, qui n'est pas une rivière si petite que ça mais beaucoup plus campagnarde. La navigation est limitée à la plaisance.

L'itinéraire ne suit pas toujours la rivière de près, le relief est beaucoup plus heurté, et quand c'est plat un vent terrible me vient d'en face.

Une ville sur le chemin : Bad Ems, importante ville d'eau bien connue des cruciverbistes, et par ça dépêche qui a "provoqué" la guerre de 1870. Établissements thermaux, hôtels, casino...

 Dernière vue de Bad Ems sur la Lahn

C'est Pâques, je n'ai pas trouvé d'hébergement mais c'est plus facile de trouver un coin de campagne. Je m'installe dans un pré à côté d'un ruisseau et d'une table de pique nique. Je bénéficie en outre de la visite du propriétaire, pas content du tout mais il ne me chasse pas, viendra demain vérifier que je n'ai pas laissé d'ordures.

Alors si jamais les cloches passent ???

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Publié le 18 avril 2022

Toujours pas bien chaud sur le matin... Je plierai la tente encore gelee exactement au moment où le soleil sort de derrière la colline. Départ 8h30. Les cloches ne sont pas passées le propriétaire non plus.

Une toute petite route grimpe dans les bois, et même fort, je suis obligée de pousser. Mais ça change. Elle me mène à l'abbaye d'Oberndorf sur un promontoire. N'ouvre qu'à 11h.

La Lahn 

Mauvaise surprise la route va quitter la vallée pour monter sur le plateau. Première vraie côte du voyage, ne à peine plus de 2km mais c'est dur après trois mois de sédentarité et pas loin de 10 kg de plus.

Un plateau agricole encore des côtes et puis la véloroute replonge dans la vallée de la Lahn et va s'y tenir. Piste cyclable pas très large asphaltée ou gravillonnée le long de la rivière calme. Les cyclistes (ou promeneurs) reviennent, même ici.

Le premier gros village c'est Diez où les rues aux maisons anciennes forment un cercle autour d'un château. Vient ensuite Limburg, localité plus importante dominée par une grande cathédrale romane très colorées et en dessous un centre ancien pittoresque, ruelles pavés et escaliers, colombages toujours. Les touristes sont venus en masse aujourd'hui.

Limburg 

Plus loin le fond de la vallée est large et cultivé, vert en ce moment. Le chemin est plat aussi. D'autres villages touristiques, encore des châteaux, un vieux pont, et une piste bien agréable dans la nature.

En longeant la voie ferrée elle atteint une gare appelée Gräveneck. Il y a là un camping qui semble agréable (enfin plus loin il est comme les autres). Mais je peux installer la tente dans un coin calme au bord de l'eau. Une famille de cyclistes a planté la tente le papa, Jens, me donne un jeton pour une douche chaude. C'est ce qu'il me fallait...

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Gel le matin, très beau temps ensuite

Toujours froid, toujours le givre sur la tente. Le campeur voisin, en caravane lui, m'offre un café. Il aime bien la France, y va en vacances. Départ à 8h45 sans payer car l'accueil n'ouvre qu'à 10h, et ce sans aucun remords car tout est fermé à clef, même les toilettes.

Malgré le froid le chemin qui longe la Lahn est bien agréable et fort calme jusque Weilburg, village surmonté d'un grand château blanc.

Weilburg 

La localité suivante Löhnberg a aussi son château, médiéval et en ruines. Par contre au niveau itinéraire le bord de rivière n'est plus aménagé et la portion qui suit est tarabiscotée et pas toujours bien indiquée, je me trompe plusieurs fois, et subis quelques bons raidillons. L'occasion de monter un peu dans les campagnes vallonnées où coexistent l'habitat (groupé), l'agriculture (pas bio), et l'industrie.

Mais le reste de la journée se poursuivra dans la plaine verte inondable où coule la Lahn, sur une large piste cyclable où c'est un défilé continu de vélo, électriques au moins pour les 3/4. Dans mes précédents voyages, les vélos étaient déjà nombreux, mais en majorité "musculaires". Un effet "Korona" (on ne dit pas covid en Allemagne), on a incité la population à faire du vélo, et tout le monde a acheté des vélos... électriques.

Le plus désagréable c'est qu'ils ne disent pas bonjour. Il n'y a qu'un petit garçon pédalant une glace à la main qui vient me dire que le "lièvre de Pâques" lui a donné 10 euros.

Mais bon, c'est plat, c'est vert, les cerisiers sont en fleurs, le soleil brille, ... la vie est belle!

Les clochers et châteaux je ne les vois de loin, et la rivière que le chemin côtoie ou croise. à Giessen la plus grande ville je me mêle à la foule dans un "Bier Garten" où on boit de la bière ou on mange des glaces (glace pour moi), sur la rivière on fait du canoé ou du pédalo.

Dans la dernière partie du trajet le chemin traverse de jolis villages agricoles, aux belles maisons brunes avec des colombages.

J'ai dépassé les 80km, ça commence à être dur, je n'avais pas trop bien évalué la distance pour aller à Marburg, mais la motivation était là: j'ai trouvé un hébergement chez Angela, qui m'accueille royalement dans sa maison très confortable au bord de la Lahn. C'est plutôt son fils qui est cycliste, même si elle pratique le vélo "normal" dans la vie courante. Elle préfère les longues randonnées pédestres. Elle me fait goûter au plat traditionnel de Frankfurt: pommes de terres rôties avec une sauce au yaourt et herbes et des œufs durs.

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Très beau temps, plus chaud, vent d'est

Étais ce une bonne idée? Je me décide à monter vers la vieille ville et au château. En fait mon erreur c'est de ne pas avoir laissé le vélo en bas, car peiner et pousser dans les ruelles, tombant parfois sur des escaliers, afin de le hisser là-haut, ce n'est pas vraiment une partie de plaisir.

La ville est pittoresque est animée, maisons à colombages, jolies fontaines, petites rues pittoresques, et beaucoup de bâtiments universitaires. Là haut une forêt de tilleuls et un parc entourent le château de grès rouge édifié au XIè mais avec beaucoup d'ajouts ensuite, la plus grande partie serait du 13è au 15è. De là beau panorama bien sûr.

Marburg 

Je sors de la ville par les bords de la Lahn, mais plus pour longtemps, ma route se sépare de cette belle rivière, elle va en suivre un affluent, bien plus petit, l'Ohm, mais là aucun chemin ne longe la rive, l'itinéraire suit des petites routes, ce n'est pas le plus intéressant du parcours. Après ça devient plus rural et c'est mieux, on traverse même des forêts de hêtres. Et les reliefs sont un peu plus accentués.

Dans la campagne de la Hesse 

Pour l'hébergement ce soir, le cycliste le plus proche sur ma route, Uli, n'est pas disponible mais m'indique une autre cycliste à Alsfeld, ce qui me fait changer d'itinéraire et c'est un peu plus loin, je vais donc arriver tard, 20h30 mais à vrai dire j'apprécie beaucoup cette fin de trajet au soleil du soir.

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Dans la campagne dans la Hesse

mercredi 20 avril Alsfeld - Ransbach 62km

Publié le 21 avril 2022

Beau temps le matin, nuageux l'après midi vent de nord-est froid.

À la sortie de la ville commence un chemin de campagne, pas revêtu mais bon, bientôt Il va longuement monter dans la forêt. Dénivelé de plus de 200 mais je ne force pas, je profite de la compagnie des hêtres érables et épicéas et écoute le chant des oiseaux. Pas d'humains ou si peu.

À la descente c'est presque plus dur car un vent froid souffle d'en face. L'itinéraire cycliste traverse maintenant des villages et des campagnes, empruntant des routes peu fréquentées puis va rejoindre une vallée de prairies, comme celle de la Lahn. La rivière d'ici c'est la Fulda. Avec le vent en face l'absence de relief n'est pas un avantage.

Les villages et villes ne sont pas dans la vallée mais sur les versants. La plus grande localité est Bad Hersfeld, ville d'eau moins pompeuse que Bad Ems. Quelques beaux bâtiments quand même.

Place à Bad Hersfeld 

Après la sortie de la ville une étroite piste asphaltée monte et descend dans des bois au dessus de vallées humides, plus loin le chemin part droit vers l'est parallèlement à une petite rivière bordée d'aulnes et une route fréquentée. Je n'avance pas beaucoup... C'est que ça monte on dirait, lentement mais sûrement... Bon sang mais c'est bien sûr, c'est une ancienne voie ferrée. Bref la deuxième montée de la journée va être très tranquille, après que ça se gâte, avec le vent. Par contre le soleil brille de nouveau.

J'avais un contact pour un hébergement mais c'est trop loin, il faut que je me trouve un bivouac. Ce n'était pas gagné, mais je dégote un endroit abrité du vent, un petit pré où sont déposés des réserves de bois enstéré et une remorque, j'espère que le propriétaire ne se montrera pas...

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temps couvert, vent de nord-est

Encore une dizaine de kilomètres dans le Land de Hesse, et je passe le "rideau de fer absolument sans m'en apercevoir au niveau du bourg de Vacha, qui est en Thuringe.

Je suis exactement sur la frontière en prenant cette photo. Les pavés auraient du me mettre la puce à l'oreille 

Mes premiers coups de pédale en ex-RDA ne sont pas si faciles, je fais un détour par un village pour trouver une boulangerie, elle est fermée et il n'y a aucun commerce, par contre, une grande côte à la sortie. Plus loin des travaux barrent la route, impossible de passer, plutôt que de faire un énorme détour je prends les sentiers pédestres à travers la campagne, en poussant plus qu'en roulant, pour arriver à Bad Salzungen qui n'est pas une station balnéaire pittoresque mais un alignement de grand immeubles souvent très récents, grandes esplanades, grands magasins et je me retrouve à faire les courses dans un immense supermarché.

Les villages s'ils n'étaient vides seraient charmants, avec leurs églises au clocher d'ardoise, leurs trottoirs et parfois rues pavées, des maisons modestes.

Je vais maintenant suivre tranquillement la rivière qui s'appelle la Werra, le vent ne gêne pas, mais quand j'oblique vers l'est c'est affreux, je l'ai en pleine face, j'essaie de m'arrimer à un cycliste qui m'a doublé, mais il finit par me semer... Et je finis par arriver à Schmalkalden, une ville ancienne, pas bien animée et un peu triste sous le ciel gris mais très pittoresque avec ses maisons anciennes colorées.

C'est ensuite que va commencer l'ascension vers la forêt de Thuringe (Thüringer Wald), je voudrais déjà en faire un petit bout, suivant le "Werra-Rennsteig Radweg", de la vallée vers la montagne, tout un programme. Petites routes asphaltées, puis une piste forestière qui entre dans une vallée étroite.

Je n’ai pas roulé beaucoup que je passe devant une fontaine, au-dessus de laquelle se trouve une petite cabane sur un terre-plein. C'est assez large pour installer la tente, je me décide finalement à rester là, il est passé 18h30 et trouverai je mieux ? La vallée est abritée, le ruisseau murmure en bas, les oiseaux chantent, et je m'installe confortablement dans la cabane pour mon dîner.

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Ce chemin non revêtu vers les hauteurs de la Thüringerwald ne va pas être de tout repos, à vrai dire la pente est si forte que je vais bientôt devoir descendre de vélo et pousser dur, le long de la petite rivière, puis monter au-dessus de la vallée à travers la forêt de hêtres et épicéas, pour enfin arriver sur un plateau plus ouvert dans des ondulations de prés verts.

Quand je croise la route, pas d'hésitation, j'abandonne le chemin cycliste qui semble plus fait pour des VTT, électriques de préférence. Cette route va se mettre à descendre, vers le village de Rotterode, dominé par un château en ruines, d'autres villages vont se succéder, il semble que l'habitat s'est concentré ici, car ensuite il n'y a plus que les prés et les bois. La route est calme, et pour cause, des panneaux invitent à prendre une déviation. Je n'en ai cure, je traverserai le chantier, pas trop facilement mais personne ne m'en empêchera.

La montée est assez régulière, des taches de neige commencent à apparaître sur les bas-côtés... mais c'est long et j'en ai bien assez, quand j'arrive à Oberhof qui n'est plus du tout un village charmant mais un chantier d'installations de sports d'hiver, horrible. Un café et un peu de repos ne me feront pas de mal je m'arrête dans une cafétéria moderne et moche. Le café est à 3 euros, j'en aurai quand même pour mon argent car je pourrai charger mon téléphone et rester un moment me reposer.

L'ascension n'est pas encore tout à fait finie, il me reste un dénivelé de l'ordre de 140m mais sur 10km cela ne sera donc pas dur. C'est une route en crête, mais protégée du vent la plupart du temps par la forêt d'épicéas, les taches de neige sont plus grandes, et l'herbe est jaune et couchée, signe d'une fonte récente. Des dames à qui je parle sur un belvédère à Schmücke me disent que la route était encore barrée il y a trois semaines. Nous sommes à 916m d'altitude.

Panorama à Schmücke 

J'avais rêvé d'un endroit chaud où je pourrais éventuellement déguster un "Thüringer Bratwurst" spécialité locale de saucisse grillée. C'est raté, il y a bien ici une "Gaststätte", resto, et un Biergarten, terrasse, mais tout est fermé. Je m'installe sur une table de bois pour casser la croûte, au début le soleil chauffe vaguement, mais quand j'ai fini je suis gelée. Heureusement que ça ne redescend pas trop vite.

Je retrouve les petites pancartes vertes signalant les chemins de randonnée et notamment le fameux "Rennsteig", le chemin de crête qui parcours le massif, et que j'ai suivi en randonnée pédestre en 2011, avec un temps pire qu'aujourd'hui puisqu'il pleuvait presque tout le temps. Ce chemin est marqué de bornes très anciennes, j'en revois une ou deux.

La route ne descend pas uniformément, il faut encore grimper quelques côtes. Malheureusement elle est assez fréquentée. Mais rapide. Neustadt am Rennsteig, un bourg pas très ancien sans grand charme, puis Grossbreitenbach à côté d'une usine immense, mais le centre ville est très beau, une avenue large est bordée d'espaces verts et de belles maisons toutes couvertes en ardoise, toits et murs.

Böhlen, le premier but de mon voyage, n'est plus qu'à 4km, mais là ça remonte. J'appuie donc sur les pédales. Un pickup me double, le conducteur m'attend au bord de la route, étrange...Je finis pas le reconnaître malgré ses cheveux qui ont poussé, c'est Hans Günther, le plus jeune fils de la famille Schneider, chez qui j'avais passé quelques jours avec mon amie pragoise Ludmila, il y a 11 ans.

Une dernière belle petite grimpette; entre les collines vertes apparaît le clocher d'ardoise de Böhlen. Dans le village je peine à me repérer, personne dans les rues, les commerces ne sont plus là... mais je trouve la maison où je suis chaleureusement accueillie. Je vais rester là jusque lundi matin.

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nuages et éclaircie le samedi, pluie le dimanche

Deux jours de repos à Böhlen qui n'est pas un si petit village, puisqu'il compte 500 habitants. Il y a 11 ans une épicerie et un café occasionnaient un peu d'animation, maintenant plus personne dehors. Mais dans la grande maison des Schneider mes amis il y a toujours du monde. Les générations antérieures et postérieures sont de Böhlen, et on voit passer enfants, conjoints, petits enfants, arrière petits enfants...

Hansi et va Marita, les parents me font faire le tour du village, l'église, clocher d'ardoise toujours, l'école, très grande mais il n'y a plus que le "Kindergarten"= l'école maternelle mais aussi la crèche, le champ où la famille cultive ses pommes de terre, le chalet en rondins qu'ils ont construit en haut d'une colline avec le petit bois autour.

Nous passons la soirée parents et enfants autour d'un grand feu au fond du jardin. Hans Günther, plus jeune frère de mon amie Martina, parle de son voyage au Brésil où il a retrouvé les descendants des villageois de Böhlen massivement déportés là bas pour insoumission au milieu du 19eme va siècle. Ils parlaient encore le même patois.

'e lendemain pas découragés par le mauvais temps, nous partons en balade avec Siggi, l'ami de Martina. Elle, elle est prise par son travail de guide au château de Rudolstadt. Promenade en forêt au-dessus de la Schwarza. La forêt, un pavillon de chasse entouré d'un long mur, un joli abri sur un belvédère, le village de Schwarzburg avec ses belles maisons de villégiature et le grand château au-dessus.

Pavillon de chasse ("la Faisanderie")
Partie restaurée du château à Schwarzburg 
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Adieux et photos souvenirs...

Hansi, Marita et Martina 

Certes la pluie n'a pas fini de tomber et il ne fait pas bien chaud, mais elle est bien jolie la piste cyclable au bord de la Schwarza. La rivière, qui n'est pas noire mais grise un peu bleutée, pas très profonde, fait des méandres dans la vallée encaissée, entre les arbres. C'est bien calme, pas de cyclistes aujourd'hui!

Je revois un instant depuis le bas le château de Schwarzburg, et continue jusqu'au premier bourg, Bad Blankenburg. Là tout change, une plaine (confluence avec la Saale), un bourg assez important, et surtout une immense zone industrielle, ateliers, cheminées, fumées, tuyaux et banlieues d'immeubles "DDR".

Mais bientôt voilà Rudolstadt, une belle ville ancienne, où Schiller et Goethe se sont rencontrés. Sur une hauteur s'élève le grand château de Heidecksburg où travaille Martina (pas aujourd'hui)

Je change de véloroute, maintenant c'est celle de la Saale beaucoup plus large pourtant le parcours s'avérera plus accidenté. L'itinéraire emprunte des voies de desserte agricole bordées de cerisiers en fleurs. Il suit assez souvent la voie de chemin de fer. On y rencontre des cyclistes mais surtout des locaux. Un monsieur bien jovial arrive à mon niveau avec son vélo"DDR", c'est lui qui le dit, un plateau un pignon, il me rend bien service en m'informant que ce n'est pas la peine de prendre la déviation indiquée (Umleitung), en effet, ça passe très bien.

Un peu plus loin ce sera un peu plus dur, il va falloir monter et descendre dans les coteaux sur un chemin non revêtu.

On observe quelques usines au long de la vallée mais en approchant d'Iéna l'industrialisation s'intensifie, et ce ne sont pas de petites entreprises. Mais l'entrée dans la ville se fera dans un environnement relativement naturel, des espaces verts le long de la Saale. Il n'empêche que par moments de grosses canalisations longent la voie.

La journée se termine par une terrible côte pour arriver chez mon hôte cycliste où je trouve encore un accueil fabuleux. Elisabeth voyage comme moi, en vélo ou à pied, mais toujours avec la tente. En 2020 elle a choisi la Suède.

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Près d'un étang avant Weissenfels

Mardi 26 avril Iéna - Weissenfels 61km

Publié le 28 avril 2022

De couvert à ensoleillé

Le centre ville d'Iéna n'a peut-être rien de particulièrement remarquable mais il est joli et bien typique, et sur la place du marché c'est...le marché. Je n'ai rien à acheter mais l'ambiance est fort sympathique. Un commerçant me donne un petit livret sur l'itinéraire vélo que je suis, un autre huile ma chaîne, un vendeur de pain et gâteaux a vécu en France et on discute, en français. Il me parle d'une communauté dont il fait partie près de Prague. J'irai peut être.

Deux tours, deux époques 

Le chemin continue sur les bords de la Saale, d'abord industriels, puis agricoles, car la vallée est assez large, mais se resserrant par endroits. Elle est bordée de coteaux avec des falaises de calcaire. Et sur ces hauteurs ont été construits, bien sûr, des châteaux, des "Burg" avec de hautes tours.

Les villages sont charmants, avec des rues pavées, des maisons à colombages mais avec un peu de patine, des maisons en briques aussi, dans des états variés. Un aspect sympathique, avec même des passants qui vous adressent la parole.

Des vignes réapparaissent sur les coteaux et on traverse une ville d'eaux, Bad Kösen.

Je m'écarte de l'itinéraire pour passer à Naumburg, dont on voit de loin l'imposante cathédrale. J'arrive trop tard pour la visiter, mais la ville valait le détour, elle date du moyen âge mais les maisons notamment celles de la belle place du marché, sont pour la plupart de la renaissance.

place du marché à Naumbutg 

On peut voir aussi une statue (moderne) de Nietzsche et une maison où il a vécu avec sa mère.

Encore un bout de chemin au bord de la Saale, dans des prés et zones humides. Je vais m'installer près d'un abri au bord d'un étang.

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couvert le matin, s'éclaircit ensuite

J'ai bien dormi, la voie ferrée toute proche ne m'a pas gênée mais le réveil n'est pas trop agréable car de nombreuses petites limaces ont grimpé sur la toile de tente, c'est à l'extérieur mais c'est dégoûtant.

Après la ville de Weissenfels j'abandonne le Saale Radweg (véloroute de la Saale) pour le Elster Saale Radweg, sur l'autre rive (droite). Après un bref passage en bord de rivière l'itinéraire va s'en écarter, parcourir une campagne de grandes cultures agricoles et traverser l'autoroute, un autre monde.

Et pourtant... Un petit panneau en direction d'un village proche attire mon attention: "Nietzsche Denkmal". Encore lui!? Alors je suis les flèches, qui me mènent à une jolie église de pierre au clocher rectangulaire, de l'autre côté une sculpture représente une tombe entourée de quatre personnages, un Nietzsche avec sa mère et deux Nietzsche tous nus. C'est une sculpture très récente qui fait référence à un texte du philosophe, la vraie tombe est sous l'église. Sa maison natale est juste à côté, elle abrite un musée fermé à cette heure, donne sur un jardin vert. Un endroit calme et un peu magique. Ce village s'appelle Röcken.

Monument commémoratif, la vraie tombe, la maison natale et l'église 

Je vais faire encore un petit détour pour voir la prochaine localité, Lützen. Un château un peu massif au milieu d'un parc, c'est aussi un musée où est apposée une banderole qui indique trois dates et trois noms dont Gustav Adolf et Napoléon. J'en déduis qu'il s'agit d'un lieu historique, et en effet il y a eu trois batailles de Lützen, la première (1632) pendant la guerre de trente ans où le roi Gustav Adolf de Suède fut tué, la deuxième (1757) pendant la guerre de sept ans, et la dernière (1813) où Napoléon se fait attaquer après la retraite de Russie. En tout cas maintenant c'est un petit bourg agréable.

Le parcours campagnard s'achève au bord d'un lac assez grand. Une cheminée sur le côté, une origine sans doute pas naturelle... En effet, ce sont d'anciennes mines de charbon qui ont été ennoyées. Maintenant un lieu de promenade pour les citadins. Car à partir de là commence la banlieue, j'essaie de ne pas me perdre car il n'est plus question de véloroute, mais tout va bien se passer, c'est sur des pistes cyclables continues, longeant des rivières, traversant des parcs, que je vais rejoindre le centre ville.

arrivée à Leipzig 

J'ai devant moi une tour qui doit être celle du "nouvel hôtel de ville", je n'entre pas dans l'enceinte de la ville ancienne mais je suis les boulevard sur une large rue réservée aux vélos, et monte vers le nord sans difficultés pour aller sonner chez Heidrun, la femme de mon ami cycliste Wolfgang, actuellement en vadrouille mais il me laisse son appartement, quelque peu luxueux pour moi, mais bon...

Heidrun a son propre appartement, mais vient me voir le soir pour converser autour d'un verre de vin (de Rioja, je n'aurai toujours pas goûté au vin local).

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Publié le 29 avril 2022

[Je viens d'écrire la relation in-extenso de ma visite de la ville et ne me sens pas le courage de la résumer... à lire en diagonale si vous trouvez ça un peu longuet...]

Beau temps

C’est calme et confortable chez Wolfgang, je dors super bien. Départ sous le soleil.

Je descends du tramway à la gare, l’occasion de la visiter. C’est une des plus grandes gares d’Europe, hautes voûtes ornées et verrières. De la gare une rue étroite conduit au centre ville, on y observe les hauts et riches immeubles de l’époque dite « Gründerzeit », les premières années après la fondation de l’empire allemand, période de prospérité économique à la fin du 19ème siècle. Ils sont ornés de diverses sculptures, des animaux, des personnages, des motifs végétaux. Entre ces maisons, sous le « Speck Hof » notamment, un bâtiment de ce style, circulent de nombreux passages commerciaux, avec des verrières élevées.

J’arrive à la Nikolaikirche, église Saint Nicolas, la plus ancienne de la ville mais fortement remaniée, avec deux tours en façade. Elle est fermée. À côté se trouve la « Alte Nikolaischule, ancienne école Saint Nicolas, et une colonne moderne, qui célèbre la révolution pacifique de 1989.

La balade se poursuit dans le même style architectural, Riquetin Haus avec deux éléphants noirs, , le palais de la foire (Centralmessehaus). Au Zeitgeschischtliches forum, sorte de maison de la culture, se déroule une exposition sur l’histoire de cette partie de l’Allemagne depuis la fin de la guerre jusqu’à nos jours. Elle est beaucoup plus importante que je n’imaginais mais cela valait la peine d’y passer quelque temps. Il en faudrait plus pour lire tous les documents et vraiment comprendre, d’autant plus que je n’en connaissais pas beaucoup à priori. Mais c’est très documenté, beaucoup d’objets, parfois volumineux (objets militaires, voitures, meubles…), et beaucoup de photos et documents filmés. L’arrivée de l'armée soviétiques, la mise en place du régime socialo-communiste, les purges, la propagande, tout une partie très angoissante, et puis la vie en DDR, éducation, travail…., les manifestations de la « révolution pacifique » de 1989, (la première a eu lieu à Leipzig), l’ouverture à l’ouest. L’allégresse qui a suivi, qui est retombée quand les usines ont fermé ou changé de mains et que les ouvriers se sont retrouvés au chômage. Beaucoup de jeunes visitent cette exposition, et aussi pas mal d’étrangers.

À la sortie je me trouve devant « Altes Rathaus », le vieil hôtel de ville, devant lequel s’élèvent la Bourse, une des premières d’Europe, et la statue de Goethe, qui a fréquenté l’université et vécu ici.Après avoir parcouru toutes ces rues plutôt étroites ont est surpris de trouver de l’autre côté de l’hôtel de ville une vaste place piétonne, c’est le « Markt » place du marché. Des passants y circulent mais ce n’est qu’à l’autre extrémité que se presse une foule bruyante. Les gens arborent les mêmes T-shirts, généralement bleus, avec sigles et logos, des écharpes qui visiblement portent les noms d’équipes de foot. Il y a un match ce soir. Toute la journée les supporters circulent dans les rues ou boivent de la bière à la terrasse des cafés, dans l’après-midi on commence à voir apparaître des policiers.

 supporters de foot sur la place du marché

Il est déjà 13h, je vais manger mon petit casse-croûte sur un banc en face de la Thomaskirche, non loin de la statue de Mendelssohn, un autre musicien qui a longtemps vécu ici.

Quand on parle de musique en ce qui concerne Leipzig, le musicien qui vient à l’esprit est bien sûr Jean Sébastien Bach, Kantor (maître de chapelle) de la Thomaskirche pendant presque 30 ans. C’est donc quasiment un pèlerinage. L'église date du 12ème, reconstruite à la fin du 15ème avec trois nefs et une tour, et depuis l’époque de Bach l'intérieur a été beaucoup remanié, en style néogothique. Ila été restauré il n’y a pas très longtemps, les murs sont blancs, les nervures du plafond sont peintes en rouge. L’orgue de l’époque de Bach n’existe plus, on en a reconstruit un nouveau. On y a transféré les restes du compositeur qui a sa tombe au milieu de l’église.

La « Thomasschule » disons école de la maîtrise, où Bach professait et habitait avec sa famille, a été détruite, mais un beau bâtiment voisin a été préservé et c’est là que se trouve un centre d’études sur le compositeur et un musée que je ne manque pas de visiter. Portraits du compositeur, dont l’original de la peinture qui est la plus connue. Partitions originales, exposition visuelle et auditive des instruments, une salle où on dans le calme peut écouter ses œuvres (il n’y a pas affluence) et où je serais bien restée tout l’après midi.

L’après-midi est bien entamé, je n’aurai pas le temps de tout voir, je passe encore devant le « Runde Ecke», l’immeuble qui était le siège de la Stasi, « ministère de la sécurité de l’état », le KGB est- allemand quoi. Maintenant un musée . À l’entrée à l’intérieur est exposée la banderole qui avait été accrochée là lors des manifestations de 1989.

Un peu plus loin se trouve en haut d’un escalier, dans un environnement pas trop esthétique, le monument à Wagner, qui est passé aussi par ici. Retour à la gare par le Brühl, un immeuble moderne et une rue commerçante plutôt moches, un crochet par la Nikolaikirche pour voir l’intérieur, élévation et décoration splendide avec des chapiteaux « à palmes ». Le tramway pour rentrer.

Heidrun m’a invité au restaurant (c’est plutôt moi qui aurait du). Nous allons dans une « Gaststätte » bien typique avec boiseries et déco à l’ancienne qui a le nom de Luther, je prends un de ces repas allemands que j’affectionne, aujourd’hui un « Kasslerbraten » (espèce de petit-salé), accompagné de choucroute, Sauerkrau. Avec ça il faut boire de la bière bien sûr.

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Publié le 30 avril 2022

temps beau et chaud

Deuxième jour à Leipzig. Je ne sors que l'après-midi. En tramway toujours je me dirige vers l' Augustusplatz. C'est une partie ancienne de la ville, mais avec les destructions qu'elle a subie, il ne s'y trouve presque que des bâtiments modernes. Seul un petit côté a été préservé, on y trouve un mini gratte-ciel, Kroch Hochhaus, 1928 avec en haut une cloche et deux sonneurs qui frappent tous les quarts d'heure. De la fin du 19è, style néo-baroque on peut admirer une belle fontaine avec chevaux, poissons et personnages mythologiques. Il reste aussi quelques fortifications de brique du 16ème siècle où s'assoient et conversent les étudiants.

Mendebrunnen. Derrière, le Gewandhaus 

Car c'est là que se trouve l'université, très ancienne, où ont étudié quantité d'hommes illustres, Leibniz, Goethe, Heisenberg physique quantique) , et comme femme... Angela Merkel. Le bâtiment actuel de l'université est moderne, de même que l'église St Pauli qui lui est annexée, car l'ancienne église de style gothique a été délibérément détruite en 1968. Le tout est en vitrage bleus.

Juste à côté, LE gratte-ciel de Leipzig City-Hochhaus. Il y a un restaurant à l'intérieur.

C'est aussi sur cette place que se trouvent l'opéra, d'un style plus classique, et le fameux Gewandhaus, salle de concert et siège de l'orchestre du même nom. Le bâtiment actuel a une quarantaine d'années. Couleur beige, forme massives...

De là, quelques stations de tramway vont me conduire à un autre monument encore bien plus imposant, le "Völkerschalchtdenmal", monument de la bataille des nations, une énorme construction massive de 91m de haut. Il commémore la bataille d'octobre 1813 qui a conduit avec beaucoup de morts à la défaite définitive de Napoléon.

Et puis en repassant au centre-ville je vais jeter un œil au Mädlerpassage où je n'étais pas entrée. C'est là que ce trouve l'Auersbach Keller, le restaurant que fréquentait Goethe, c'est pour celà que devant se trouvent deux sculptures représentant des scènes de Faust, dont une avec Méphisto.

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Beau temps

Après la sortie de la ville, la première moitié du trajet va se dérouler à travers d'anciennes régions minières en cours de réhabilitation. Les mines été effondrées et remplies d'eau, d'où de nombreux lacs, et autour tout a été reboisé. On circule sur des pistes cyclables à travers de jeunes boisements, il n'y a aucune habitation, c'est très calme et bien agréable par ce beau temps. Comme essences forestières on rencontre de tout, chênes, bouleaux, érables, saules, peupliers, robiniers, pins...

Une rare zone avec un peu de relief, sinon c'est plutôt plat 

Contraste à l'arrivée à la ville de Bitterfeld, où je me trouve soudain dans une région très urbanisée, et touristique également, autour d'un grand lac.

Et puis c'est la campagne, l'itinéraire suit la vallée de la Mulde, un affluent de l'Elbe. Une région qui subit vraisemblablement des inondations, une digue en témoigne, et la piste suit cette digue. Avant d'arriver à Dessau elle traverse de belles forêts de feuillus, des chênes surtout, et puis des prés parsemés d'arbres. Une belle passerelle d'où on voit les monuments de la ville ancienne, traversée de la ville et arrivée chez Anne qui m'héberge ce soir avec son mère. Comme Samedi à Böhlen on fait un feu dans le jardin et des amis viennent en visite.

Passerelle à l'arrivée à Dessau 
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La journée commence par une catastrophe: je laisse tomber mon portable et l'écran tactile ne fonctionne plus... Et pas possible de le faire réparer avant demain.

Mais le voyage continue. Sur mon smartphone de remplacement qui n'est pas vraiment performant et n'a pas toutes les applications et notamment pas whatsapp, je peux me situer, et puis je suis maintenant le "Elbe Radweg", véloroute de l'Elbe, c'est bien fléché et en plus j'ai un guide.

Ce matin, je n'irai pas bien loin, Dessau est une ville intéressante car c'est là que s'est implanté en 1926 le Bauhaus qui avait été créé en 1919 à Weimar. C'est une école d'architecture et "d'arts appliqués" (menuiserie, peinture, sculpture, théâtre, cinéma...) dont le directeur était Walter Gropius, architecte, qui a conçu le bâtiment, un grand immeuble blanc et gris, avec des façades vitrées.

C'était un lieu d'intense création artistique, beaucoup d'artistes y ont séjourné, et un style bien particulier, aux lignes épurées, sans fioritures, et qui se veut moderne et fonctionnel. Ils ont inventé le design, les chaises pliantes, les tables gigognes, les lampes de bureau...

Je vais voir les maisons "des maîtres", les profs, alignées dans un parc planté de pins. Toujours un style et un ameublement qui se veut très fonctionnel. Et puis le musée où sont regroupées de nombreuses créations de toute sorte, des documents photographiques et cinématographiques. Évidemment le nazisme a mit fin à tout ça.

Ce n'est qu'en fin d'après-midi que je remonte en selle, je vais rejoindre l'Elbe à travers la même plaine qu'hier, forêts ou prés parsemés de gros arbres. Je passe une maison forestière, un Biergarten fort animé, des portes monumentales de pierre ou de brique, et rejoins l'Elbe à la localité de Volkeröde. Elle est bleue, coule paresseusement. Prochaine localité, Wörlitz, lieu de résidence de princes, un beau palais blanc à colonnes au bord d’un étang, grande église de brique, maisons de brique ou crépies certaines à colombages, jolie ville.

Une porte dans la forêt, château et église de Wörlitz 

La journée se termine par un trajet campagnard, sur une piste qui circule au pied d'une digue. Je me décide à m’arrêter, une entrée de chemin un peu cachée et suffisamment abritée, car il y a du vent. Dans les buissons les rossignols s'égosillent.

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Camping à Klöden à env 30km de Wittenberg

Lundi 2 mai Lütherstadt Wittenberg- Klöten 40km

Publié le 3 mai 2022

Il ne me reste qu'une dizaine de km pour traverser l'Elbe, sur un pont bien organisé avec voie ferrée, voie automobile, voie cycliste, et pour arriver à Wittenberg, la ville de Lüther (=Lütherstadt), où ce personnage très illustre en Allemagne a vécu la plus grande partie de sa vie.

J'entre dans la ville ancienne par l'extrémité ouest où s'élève un imposant clocher. C'est l'église du château, attenante à celui-ci. L'entrée donne sur une cour où se trouve aussi l'auberge de jeunesse devant laquelle circule un groupe de gamins bruyants, cela n'aurait pas été une bonne idée de séjourner là!

Mais la première chose à faire est de trouver un réparateur de portable. Le gars est jeune et plutôt sympa, il a visité la France, en voiture, l'année dernière. Pas réparable me dit-il. Il me propose un appareil à 200€ je manque l'acheter jusqu'au moment où il s'avère que ma carte Sim n'y rentre pas, c'est possible de la découper mais ça présente des risques, tant pis je continue comme ça. On verra à Prague... Il me faudrait juste un wifi quelconque pour remplir le blog et envoyer quelques mails ici on n'est pas au Kosovo ou en Albanie nulle part on ne vous permet de vous connecter, un soi-disant réseau public fonctionne si mal qu'il est inutilisable.

Laissons tomber, visite de la ville. La foule des touristes commence à affluer. Enfin essentiellement ils se restaurent ou mangent des glaces aux terrasses. Une rue sur toute la longueur, et au milieu la "Marktplatz" place du marché, qui correspondrait chez vous à la place de l'hôtel de ville. Devant le beau Rathaus blanc, hôtel de ville époque Renaissance, s'élèvent deux monuments qui contiennent les statues de Luther et de son collègue Melanchton. Ils datent du XIXè. Derrière la place émergent deux tours d'une église dont je ne trouve pas d'entrée ouverte, mais autour des petites places et ruelles sont tranquilles et charmantes. De l'autre côté de la place se trouve la cour de Cranach, où le peintre Lukas Cranach avait son atelier. C'était un ami de Luther et c'est lui qui a fait tous ses portraits de son vivant.

Marktplatz 

En suivant la rue vers l'extrémité est de la ville on peut admirer d'autres bâtiments de style Renaissance, notamment la maison de Melanchton, à côté l'université, et puis la maison de Lüther et l' Augusteum qui était une école, maintenant musée. On y entre par un porche, à l'intérieur une cour ou plutôt un jardin, au milieu il y a une statue de la femme de Luther, Katharina von Bora, une maîtresse femme apparemment. C'était une religieuse qui avait fui du couvent convertie aux idées de Lüther. Celui-ci était contre le célibat des prêtres et préconisait de marier les religieuses converties pour assurer leur protection, mais Katharina n'a pas voulu d'autre mari que Lüther.

La cour de l'AUgusteau et Luther par Cranach 

J'avais des craintes, mais non, le musée est ouvert aujourd'hui. Je ne suis pas bien en avance mais il ne faut pas manquer une occasion de s'instruire. En effet ce musée décrit documents à l'appui toute la vie de Martin Luther et son œuvre. Pour résumer il est venu ici pour étudier, il s'est offusqué de la pratique des indulgences qui consistait à donner des sous pour obtenir de forts beaux documents à présenter à l'entrée du dit purgatoire pour gagner quelques années d'épreuve. Il a écrit "95 thèses" contre cette pratique, qu'il a présentées à Wittemberg, et aussi imprimées, évidemment il s'est fait mal voir de l'église, d'autant plus qu'il critiquait aussi l'Eglise et la papauté. Le pape a promulgué une "bulle" (déclaration écrite) où il l'enjoint de de renier ses dires dans les 60 jours, il fait brûler les écrits de Lüther, Lüther fait brûler la bulle, se fait excommunier. Il va au Reichstag de Worms s'expliquer sur ses idées, il se cache au château de la Wartburg grâce à un protecteur noble, revient deux ans après, ses idées se répandant il a beaucoup d'appuis, il peut les déclarer au grand jour et commencer à mettre en œuvre sa réforme. Il n'était pas trop tendre envers les dominants mais ce n'était pas un révolutionnaire, quand une révolte a éclaté sur la base de ses idées en Allemagne du sud (rapidement réprimée dans le sang), il était tout à fait contre. Et puis il a vécu, professé et écrit tranquillement jusqu'à la fin de ses jours.

En même temps on visite les anciennes pièces de la maison, certaines presque dans leur état initial. La salle à manger est immense mais il y avait du monde à table, la famille de Luther et aussi des étudiants qui étaient logés là.

Le deuxième partie de l'expo c'est l'influence et les représentations de Luther après sa mort. Étonnant comme tous ces portraits ressemblent peu à ceux de Cranach faits d'après nature. Mais là je passe vite, car le temps passe, et je dois continuer ma route.

Je vais parcourir une trentaine de km, par le beau temps à la lumière du sol, pas de vent et c'est plat, tout va bien. Les plaines de l'Elbe et les prairies, toujours, le fleuve visible très épisodiquement, des digues encore. Un camping "pour cyclistes" est indiqué à Klöder, allons y voir... C'est une maison d'hôtes avec un grand terrain ce soir sans aucune tente ni caravane. Des tables en bois par ci par là. Je me renseigne, c'est 9€50, il y a WC douche, la wifi et même une cuisine équipée. C'est vert et calme. Bref un endroit idéal!!

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Beau temps, plus chaud, le vent doit être du Nord Est, il me pousse la plupart du temps !

J'aurais du aller plus loin mais il y a toujours une raison de traîner, se perdre sur les pavés des petites villes, où ailleurs, prendre des photos, boire un café ici et là, faire la sieste.

Le paysage d'aujourd'hui, c'est la plaine, avec aujourd'hui davantage de cultures, terrains labourés, blé en herbe, champs de colza jaunes. ça ne sent pas toujours bon à cause des épandages de lisier. L'Elbe fait des méandres, parfois a laissé des bras morts. On ne l'aperçoit que deux ou trois fois, et encore, en montant sur une digue. Je traverse le fleuve deux fois, la première au début de la journée sur un bac, avant Pretzsch, la deuxième fois à la fin sur un très long pont avant Mühlberg.

Ormes, campagnes et bords de l'Elbe

On traverse les villages su rdes chaussées pavées pittoresques mais inconfortables. Les trottoirs, en pavés autobloquants ou dalles de béton, sont un peu plus praticables. Les maisons sont colorées, à petites fenêtres sans volets, certaines en briques. Elles sont alignées à distance de la route, dont elles sont séparées par un espace herbeux parfois arboré.

La localité la plus importante est Torgau, aux pavés bien inégaux aussi, elle est riche d'une histoire que j'avoue n'avoir guère étudiée. Il reste de bien beaux bâtiments de style renaissance, le château de Hartenfels, des églises de brique, l'hôtel de ville. La place du marché est d'une animation très populaire.

la place du marché

En avril 1945 les troupes américaines et soviétiques se sont rejointes ici, d'où un grand monument édifié en 1975 en cet honneur... d'ailleurs bien plus en l'honneur des Russes que des Américains. Pour finir je prends le temps de visiter l'exposition dans un ancien centre de rééducation de la jeunesse délinquante de la DDR, une maison de correction quoi, avec des méthodes beaucoup plus répressives qu'éducatives. Les témoignages sont assez terribles. Il a fonctionné jusque 1989.

Maintenant il faut appuyer un peu sur les pédales si je veux arriver demain soir à Dresde. On voit toujours aussi peu le fleuve, mais on longe de grands étangs qui ont été des gravières, certaines encore en exploitation. C'est au bord d'un de ces étangs que je vais planter ma tente juste après la petite ville de Mühlberg an der Elbe.

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Chez Marcus, Dresde côté ville nouvelle

mercredi 4 mai Mühlberg - Dresden 73km

Publié le 5 mai 2022

Beau temps, un peu voilé

L'environnement va changer , la vallée devient plus étroite, l'Elbe fait de moins en moins de méandres et coule plus vite. La voie cyclable longe vraiment le fleuve. Elle est étroite et entrecoupée de tronçons pavés quelque peu cahotants. Je suis partie tôt et essaie de ne pas traîner. Sur l'autre rive j'aperçois des châteaux, des clochers, de loin. Je ne traverse pas pour voir la ville de Riesa. Mais je vais encore être retardée, d'abord j'oublie ma bouteille d'eau sur un banc, alors je m'arrête pour en racheter une et faire quelques courses, et en sortant du magasin je constate que mon téléphone qui s'était miraculeusement mis à remarcher hier soir est de nouveau inutilisable, il faut tout réinstaller dans le vieil engin, j'en profite quand même pour faire sécher ma tente, le tout sur un banc au bord du fleuve.

voie pavée et industries à Nünchritz 

L'habitat est beaucoup moins rural, les maisons sont plus récentes et plus banales, et l'industrie réapparaît, une immense usine pleine de cheminées se mire dans l'eau.

La vallée est non seulement plus étroite mais aussi plus profonde, sur les coteaux réapparaissent quelques vignes (vins de Meissen) et parfois des falaises rocheuses couleur ocre. En approchant deMeissen la circulation se densifie déjà sur la voie, plus loin vers Dresden encore bien plus. Pas trop de vélos électriques et pas mal de cyclistes sportifs.

Meissen. Une ville historique connue pour la porcelaine, ce serait le premier endroit où elle a été fabriquée en Europe. Un clocher gothique tout noir entouré d'un château, en haut d'une colline, comme à Prague. J'avoue que je ne le verrai que d'en bas, je me contente d'un tour dans les rues, d'un pique-nique sur un banc près de la "Frauenkirche", que je vais quand même aller visiter.

Meissen 

Il y aurait certainement des choses à voir dans la dernière partie du trajet, ça et là des châteaux sont visibles sur les hauteurs... mais je n'ai plus le temps si je ne veux pas arriver trop tard à Dresden, je suis attendue chez un cycliste qui s'appelle Marcus. Cela n'est pas si rapide que ça, la direction a changé, vers l'est, et le vent ne me pousse plus... En approchant de la ville on passe sur plus de ponts que je n'en ai vu depuis ce matin, et on voit apparaître quantité de dômes, tours ou clochers tout noirs.

Ce n'est pas facile de quitter les bords de l'Elbe, il n'y a que des escaliers. Je me débrouille est j'arrive chez Marcus, dans un quartier fort vivant, bohème et diversifié, avec plein de tags partout. Marcus a un appartement dans une vieille maison comme j'aime, aux planchers de bois grossier. Il a voyagé jusqu'à la Norvège l'été dernier.

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Publié le 6 mai 2022

Nuages et soleil

Direction le centre historique, à pied. L'Elbe sépare la ville en deux parties, l'"Altstadt", vieille ville, sur la rive gauche, et la "Neustadt", nouvelle ville, sur la rive droite. Je suis dans la "Neustadt"ville extérieure, dans les quartiers populaires et artistes, et me dirige vers la "Neustadt" intérieure plutôt chic. Pour l'instant c'est fort bariolé.

Äussere Neustadt 

Une large avenue piétonne, au bout une statue équestre entièrement dorée, c'est un prince de Saxe qui fut roi de Pologne, et encore quelques pas pour arriver au pont Augustus par laquelle on entre dans l'"Altstadt": des palais, des églises, des coupoles, des clochers, des sculptures et des statues partout. La couleur noire domine, ou le bicolore.

Ce qu'on sait de Dresde chez nous, c'est que la ville a été entièrement détruite par les bombardements des alliés en février 1945. La reconstruction a duré très longtemps, c'est même toujours en travaux. Pour certains monuments on a mis de côté les pierres récupérées dans les ruines pour les réinstaller à la même place, intercalées avec les neuves, blanches: d'où l'aspect mosaïque du pont Augustus ou de la Frauenkirche, dont la restauration n'a été terminée qu'en 2005. C'est une très belle église baroque, immense. Devant elle s'élève une statue, pas du tout ressemblante, de Martin Luther.

Frauenkirche 

Dans une autre église, la Kreuzkirche non moins immense mais plus sobre, j'ai beaucoup apprécié de pouvoir écouter une répétition de musique baroque, de Heinrich Schütz peut-être, le maître de chapelle d'ici.

L'énumération de tous les monuments palais musées serait lassante. Ce qui est étonnant c'est cette concentration de bâtiments historiques, de la renaissance au XIXè en passant par le baroque et le rococo. Le plus étonnant est l'immense palais Zwinger, composé de plusieurs pavillons plus somptueux et plus ornés les uns que les autres, encadrant une cour malheureusement en travaux et complètement défoncée en ce moment. On peut quand même circuler sur la galerie supérieure en compagnie d'une foule d'angelots et de charmants personnages mythologiques (et d'assez nombreux touristes, aussi!). Le bâtiment contient plusieurs musée notamment un musée de la porcelaine présentant les vases et objets divers de Chine et du Japon que collectionnait le roi "August der Starke", le cavalier doré de tout à l'heure. Il a fondé à Meissen la première manufacture de porcelaine en Europe.

Le Zwinger 
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Beau temps, nuageux parfois

Adieu Dresde, et bonjour l'Elbe qui sera ma compagne de la journée, elle changera de nom dans la journée et s'appellera Labe passée la frontière tchèque.

Car aujourd'hui, que ce soit sur l'une ou l'autre rive, l'itinéraire ne va pas quitter le bord de l'eau. Je suis d'abord la rive droite (j'ai donc le fleuve à ma droite puisque je le remonte), pour commencer sur une piste large et plane où se promènent les citadins, plus loin la direction change, il faut même emprunter une route assez passante, alors quand je vois qu'un bac peut m'emmener sur l'autre rive (la gauche, donc) je me décide à le prendre. C'est pas donné 2,50€ est ce parce qu'il s'appelle "Schlossfähre", bac du château? Mais où est le château? Il y en a bien un, je ne le verrai qu'après avoir un peu avancé. C'est le château de Pillnitz.

Je suis contente d'avoir traversé, la piste circule en majeure partie sous des arbres, c'est très agréable. Et j'arrive comme ça à Pirna, une petite ville historique, Parmi les maisons anciennes, celle de "Canaletto". Le peintre Vénitien? oui et non, ce n'est pas celui qui a tant peint Venise mais un autre, Bernardi Bellotto, qui a surtout exercé en Saxe. L'église, l'hôtel de ville, et une ancienne borne, ou plutôt un poteau indicateur du royaume de Saxe où les distances sont indiqués en heures sans précision du moyen de transport. Le château de Sonnenstein s'élève au-dessus de la ville. il est de sinistre mémoire, les nazis y ont pratiqué l'eugénisme en y exterminant environ 15000 personnes, malades mentaux et handicapés.

Pirna, maison de Canaletto

Après Pirna commence la "Suisse Saxonne", un paysage montagneux assez particulier, parsemé de hauts rochers de grès aux formes tourmentées. On y pratique la randonnée et l'escalade. La vallée est plus encaissée et plus sauvage. Peu de villages, pas de ponts mais des bacs, et des embarcadères où s'arrêtent des bateaux de croisière ou de promenade. Sur l'autre rive on verra la dernière localité allemande, c'est Bad Schandau, et puis des lieux aux noms slaves, Smilka, Hrenko, là c'est déjà la Bohème. Pour la rive gauche où je suis, ce sera un peu plus loin, la frontière est annoncée par une colonne tricolore portant un blason: république tchécoslovaque!

rocs de grès en haut des versants 

Grosse déception, les Tchèques ne saluent pas plus que les Allemands, il n'y a pourtant pas plus de fréquentation, c'est encore moins habité et la vallée est encore plus profonde. Quand apparaissent des installations industrielles et des grues, c'est que l'on arrive à Decin. On y entre en passant le pont de l'Elbe, sous un grand château blanc.

Trop de voitures dans la ville, ça ne donne pas envie d'y rester. Après avoir pris de l'argent et fait un minimum de courses chez "Billa", je me dirige vers le camping. Pas trop bien placé, en bordure de toutes les voies de circulation, mais pas trop encombré de camping-cars. Il faut payer sur son portable après avoir scanné un QR code, ce qui est totalement impossible avec le mien, je m'installe, on verra bien. Je bois ma première bière tchèque, celle de la brasserie de Decin, très bonne.

Entrée en "Tchécoslovaquie", Decin 
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Une journée de beau temps au bord de l'Elbe, la piste suit le fleuve. La région est au début encore un peu montagneuse, mais à la sortie de Decin la vallée est un plus large et plus habitée. Elle est parcourue par une route, sur l'autre rive, et de voies ferrées, de chaque côté.

Je passe sans m'arrêter devant Usti nad Labem, la grande ville industrielle. Peu après, mauvaise surprise à un barrage: pour le franchir en vélo, pas d'autre moyen que monter puis redescendre un escalier de fer, il me faut décharger tous les bagages.

Le vent me pousse. La piste cyclable s'anime, il fait beau, c'est samedi, les gens se promènent, ou pêchent. Le chemin est bordé d'arbres. Sur l'eau on voit passer quelques petits bateaux à moteur ou à rames.

J'arrive tôt à Litomerice où j'envisage de faire étape mais le camping n'est pas formidable. C'est une des villes les plus anciennes de Bohême. Diverses religions avec plus ou moins de troubles sont passées par là, les hussites, la réforme luthériennes, la contre-réforme (où s'est déchaîné le style baroque). La place centrale est très grande, bordée de maisons à fronton orné et à arcades. Malheureusement les véhicules y stationnent. Au dessus de l'hôtel de ville une étrange cheminée représente le calice des hussites, hérétiques ou réformateurs tchèques c'est selon, dont c'est le symbole car ils communiaient sous les deux espèces ("utraquisme"). Au milieu de la place une colonne commémore la peste.

La cathédrale (Sv Stepan, Saint Étienne) est un peu à l'écart, très grande (malheureusement fermée), une tour blanche séparée, un grand parc tranquille. à l'intérieur de la ville on trouve encore un collège de jésuites (=contre-réforme), d'autres belles maisons de styles divers, celle de Karel Hynek Macha, grand poète romantique tchèque.

Sur la place                                             

Je pars pour Terezin, alias Theresienstadt, encore un lieu tristement célèbre depuis la dernière guerre. Les nazis y mirent en place après en avoir vidé les habitants un ghetto juif , un camp de transit et un camp de concentration où ont été enfermés de nombreux artistes qui ont continué à créer, les nazis ont voulu faire passer le lieu pour un camp modèle. Les atrocités ne manquaient pourtant pas. Une pensée pour le poète Robert Desnos qui y est mort.

Une impression de déjà vu en arrivant....Cette ville est une ancienne place forte construite au 18ème, remparts à la Vauban, construite sur le modèle de Brouage. Les casernes et bâtiments militaires ont servi à de sinistres desseins. Aujourd'hui la ville est vide, et je regrette de ne pas pouvoir visiter le musée et les divers mémorials, tout est fermé, ni aujourd'hui ni demain.

Remparts de Terezin                                                 

Le camping est fermé, et je n'ai pas tellement envie de passer la nuit ici, je retourne donc à Litomerice et sur une rive où des pêcheurs installent leurs tentes le plante la mienne au milieu d'un bouquet d'énormes peupliers noirs.

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Beau le matin, orageux l'après-midi

Un trajet qui suit un peu moins la rivière de près, traversant parfois des zones agricoles. Les alentours ne sont plus montagneux. Deux villes anciennes sont sur le trajet, avec toujours leurs grandes places dotées de maisons à arcades, Roudnice et Melnik.

Celle-ci se trouve au confluent de l'Elbe et de la Vltava, où je m'attarderai davantage. Le château et l'église se dressent sur une hauteur où poussent des vignes (il faudra monter), les touristes (locaux) se pressent.

Melnik 


Et puis au revoir l'Elbe, et bonjour la Vltava, c'est la rivière qui passe à Prague, plus connue sans doute, sous le nom de Moldau. Connue grâce à Smetana qui évidemment n'avait pas utilisé cette dénomination germanique. Au début je suis déçu, elle n'est pas jolie et pas très large, sans doute parce qu'un canal la double, ce sera plus beau un peu plus loin.

Les nuages couvrent le ciel que s'en est un peu inquiétant, quelques gouttes tombent parfois. Je passe devant deux châteaux, Veltrusy plutôt baroque et dont le parc est (c'est dimanche) apprécié par les promeneurs, puis celui de Nelahovezes, plutôt renaissance. Ce n'est pas le château qui m'intéresse mais la maison natale de Dvorak juste à côté, qui est aussi un musée... qui n'ouvre que sur demande préalable.

Maison de Dvorak 

Je passe la ville de Kralupy nad Vltavou, continuer ce soir jusque Prague? J'hésite, encore 30km, c'est beaucoup, et puis le ciel devient très très noir... Tiens, un coin herbeux devant des maisons, les propriétaires sortant de l'une d'elles n'ont rien contre à ce que je me mette là.... Catastrophe, c'était dix minutes trop tard!!! C'est sous la tourmente que je monte ma tente, ensuite je peux m'y abriter mais dedans c'est complètement trempé. Ni éclairs ni tonnerre, mais une belle pluie. Qui va heureusement cesser, je vais écoper avec ce que je peux, torchons, écharpes, ligne sale... dans le duvet je me réchauffe et je dormirai très bien! Mais heureusement que je serai à Prague demain...

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Chez Ludmila Prague quartier Prosek

Lundi 9 mai Kralupy nad Vltavou-Praha Prosek 34km

Publié le 10 mai 2022

Courte étape, mais pas si facile. Au début, tout va bien, il n'y a qu'à suivre la Vltava. C'est calme ce matin, quelques pêcheurs tout de même. Mais après quelques kilomètres on ne peut plus suivre le fleuve, il faut monter, mais dans la forêt, un morceau de campagne, un village, Klecany, et puis retour sur la berge, je pourrai continuer jusqu'au centre de Prague mais Ludmila mon amie à Prague m'a conseillé un autre itinéraire Je ne sais pas à quoi j'ai échappé mais celui-ci n'est pas si facile que ça... dans la forêt d'abord, puis dans les banlieues, le centre de ce qui fut un village, Bohnice, et puis ce sont soit des cités de grands immeubles soit des parcs boisés mais dans tous les cas, ça monte longtemps.

Encore un Jean Népomucène, à Krestany et des maisons de village anciennes à Bohnice.  

Quand j'arrive chez Ludmila dans le quartier de Prosek il est presque midi, elle doit partir bosser dans l'après midi, avant ça elle cuisine un excellent minestrone et ensuite c'est pour moi l'occasion de faire une bonne sieste.

Le soir nous irons avec Mouchka sa chienne et Jedi le chien de son fils qu'elle a en pension, faire une balade dans les environs. La campagne est proche, avec des champs et des jardins où elle récupère en automne des noix et des pommes. Aujourd'hui c'est de l'ail des ours que nous allons ramasser.

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Publié le 11 mai 2022

Ludmila travaille, pour moi une journée d'errance dans la ville. Un trajet que j'ai souvent parcouru, du centre ville commerçant jusqu'aux hauteurs historiques de l'autre côté de la Vltava. Je descends du métro à la station "Muzeum" et me trouve sous la statue équestre du roi Vaclav, devant le musée national et en haut du "Vaclavak" comme disent les Tchèques, Vaclavské Namesti, place Saint Venceslas. C'est un peu les Champs Elysées de Prague, en moins prétentieux. Les grandes maisons 19è-20è sont souvent repeintes à neuf, en couleurs vives. La partie inférieure est maintenant piétonne.

Vaclavské namesti 

Dans cette partie de la ville la population tchèque est majoritaire mais en approchant de la place de la vieille ville dans des petites rues de plus en plus mercantiles les touristes commencent à s'agglutiner, et se retrouvent en masse devant l'horloge de l'hôtel de ville attendant que sortent les petits personnages.

Maisons médiévales et église du Tyn 

La place de la vieille ville, qui porte au milieu le monument à Jan Hus et ses disciples, a également été beaucoup nettoyée et relookée mais l'église du Tyn a toujours ses flèches noires. En direction du Pont Charles (Karluv most) et sur le pont c'est la cohue, j'essaie de m'en abstraire mais difficile d'apprécier l'endroit. Les belles statues baroques, mais très religieuses, ont été en partie nettoyées. Elles sont donc de couleurs différentes et cela nuit à l'unité de l'ensemble. Par le soleil, les vues sur la Vltava et sur les deux rives (notamment sur le château), sont magnifiques par le beau temps.

De l'autre côté c'est le quartier de "Mala Strana". Un peu de calme sous le pont, sous l'ancienne île de Kampa et les belles rues autour, même si elles sont plus animées que par le passé. Le mercantilisme continue dans la rue qui monte en direction du château, mais en montant les boutiques deviennent un peu plus chic, et la foule se raréfie. Je constate que les maisons anciennes sont souvent repeintes, et plutôt remises en valeur, mais heureusement qu'il reste quelques murs lépreux. Le quartier n'a pas perdu son charme.

Kampa 

En haut on admire les vues sur la ville, sur la colline de Petrin (la petite tour Eiffel de Prague), le monastère de Strahov, on passe devant le monastère de Loretka, et d'énormes palais dont certains sont des bâtiments administratifs mais certains ont été transformés en musées. Arrivée devant le château où je n'entre pas, et puis les grands escaliers descendent vers la ville.

les escaliers 

Encore des beaux quartiers en bas, le parlement, des ambassades encore, une concentration de voitures noires et forces de police dont je ne décèle pas la raison. Je cherche sas le trouver le parc Valstein, mais à l'entrée des jardins qui montent en terrasses en contrebas des murs du château un orchestre de jazz joue. Sur le côté un buste orné de couronnes de fleurs et de banderoles bleu blanc rouge, qu'elle n'est pas ma surprise quand je me rends compte que c'est... François Mitterand! Et on est le 10 mai, ça fait plaisir qu'au moins les Tchèques (plus précisément une section de jazz) fêtent cette date anniversaire!

Retraversée de ces rues où circulent les tramways et beaucoup de voitures, et la "Malostranské Namesti" place de Mala Strana, toujours autant encombrée, où il faut maintenant payer pour entrer dans l'église de Saint Nikolas (Mikulas) et admirer son magnifique intérieur baroque et ces évêques qui brandissent leurs crosses de tout les côtés.

Retour par le chemin de l'aller, la journée ne finit pas très bien car soudain dans le métro mon portable se décharge soudain (le vieux en remplacement auquel j'avais fini par m'habituer). Et il se voudra plus se recharger. Je crains de partir dans la mauvaise direction à la sortie du métro à Prosek, mais je m'y retrouve, en questionnant les passants par sécurité.

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Beau temps

Pas de visite touristique, seulement des retrouvailles amicales.

L'achat d'un nouveau portable. Il n'y avait qu'un modèle avec carte micro sim. Au moins je n'ai pas eu l'embarras du choix.

Et puis des promenades avec chien près de chez Ludmila. Elle habite dans une cité d'immeubles mais à proximité se trouvent des bois, des champs, et le vieux village de Prosek et ses maisons pittoresques.

Et un peu de jardinage sur balcon

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Une bonne moitié de cette étape sera la traversée de Prague. Comme le faisait très justement remarquer Chantal, les distances sont longues.

C'est une ville très vaste et diversifiée. On y rencontre juxtaposés des quartiers historiques, des villages, des quartiers de belles villas, des cités d'immeubles...et entre tout ça des parcs, des champs, des bois, des champs et des vignes, des montagnes.

Je me rends compte que je suis venue ici souvent mais que je ne connais pas vraiment la ville. Je souffre un peu mais au moins j'aurais vu les bords de la Vltava et les parcours de kayaks, les vignes de Troja, l'immense parc de Stromovska, le campus universitaire, divers quartiers, et me trouverai toute étonnée à la "Montagne Blanche" (Bila Hora)

Car c'est un site célèbre, celui d'une bataille perdue en 1620, qui a entraîné la fin de l'indépendance de la Bohème pour 300ans, l'interdiction de la langue tchèque et de la religion réformée issue du hussitisme, et la liquidation de la noblesse tchèque.

Peu après c'est la campagne. Mon chemin, une piste cyclable tranquille, est un chemin de pèlerinage bordé de chapelles qui mène à un autre monastère, Hajek, en beaucoup moins bon état.

Ensuite des routes plus ou moins fréquentées, sur le plateau le vent souffle d'en face. J'irai beaucoup moins loin que prévu, m'arrête dans un bois de bouleaux et pins.

Monastère de Bila Hora
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Beau temps, mais vent de face

Il fait beau, la campagne est belle, les cyclistes sont de sortie. Je ne vais pas vite ça monte plus que ça descend et le vent me freine. J'arrive à midi à Rakovnik qui était d'après mes plans ma destination de la veille. Jolie petite ville tchèque avec des portes monumentales, la place, l'hôtel de ville, maisons anciennes, la colonne avec statues de saints.


Rakovnik 

Là je rejoins une véloroute européenne, EV4 (indiquée comme telle seulement sur le papier). Je me réjouis ça devrait être plus simple. Ça commence bien, piste cyclable en dur... Assez vite elle se prolonge par un sentier étroit, mais qui roule bien et longe un ruisseau, c'est joli...

Et bientôt rien ne va plus, l'itinéraire m'envoie sans prévenir sur des chemins de campagne empierrés de pierres aiguës et cahotantes. Et bien sûr, ça monte. Là je n'avance plus du tout, suis obligée de pousser... C'est beau la nature, mais bon..... J'ai compris. Désormais je tracerai ma route sur l'asphalte. Je suis bien contente d'avoir acheté des cartes papier.

La fin du trajet sera agréable, lumière du soir, routes pas trop fréquentées... Des étangs de temps en temps. Il y en a beaucoup en Bohème pour la pisciculture.



Mais des côtes. La dernière, dans les bois après le village de Zihle est assez terrible. Ouf pas besoin d'aller jusqu'en haut, je me trouve un coin de bivouac sous des pins près d'une clairière. Ça ne plaira pas trop aux chevreuils du coin, ils vont protester un peu, tant pis.

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Beau temps, très agréable

Des aboiements m'ont réveillée, chiens, chevreuils, voire cerf. On dirait qu'il y a une maison un peu plus haut.

La journée commence dans les hêtraies, avec du relief, surtout pour traverser le village de Rabstejn, qui est dans un trou c'est le moins qu'on puisse dire. Mais le site est unique, vieux pont, maisons de bois, église baroque jaune et blanche tout en haut et restes d'un château fort.

Je vais m'arrêter plus longtemps dans un village bien plus modeste situé à quelques tours de roue, Mocidlec, où habitent dans l'ancien presbytère Michel - Milos neveu de Ludmila, qui est musicien, sa femme Biela et actuellement 5 de leurs 7 enfants. On parle de voyages, et d'un tas de choses. Michel me dissuade de passer par Karlovy Vary et me concocte un itinéraire tranquille dans une jolie région.

Les presbytères sont toujours de très grandes maisons 

C'est la région les moins peuplées de Bohême, avant la dernière guerre les Allemands y étaient majoritaires, on le voit car les inscriptions sur les monuments anciens sont toujours en allemand. La cohabitation n'était pas conflictuelle mais a été le prétexte de l'invasion pour Hitler.

C'est un plateau ondulé où les grandes cultures alternent avec des bois de résineux ou de hêtres. Les petites routes sont bordées d'arbres fruitiers, encore fleuris, les villages sont désertiques et plutôt pauvres. Les grandes fermes construite à l'époque du socialisme sont en ruines. C'est calme, très calme, et il fait beau.

Quelques sites remarquables en chemin, un village appelé Utery, le monastère de Tepla.

Utery                                           monastère de Tepla 
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Beau le matin, nuageux et lourd l'après-midi

La route longe une petite voie de chemin de fer et la traverse à plusieurs reprises. Pas de passage à niveau et pourtant un petit train rouge circule régulièrement en sifflant pour avertir de son approche.

Au cimetière de Ovesné Kladruby les tombes anciennes sont allemandes, les récentes tchèques, et l'eau bien fraiche. Le presbytère (toujours la plus grande maison) est refait à neuf, pas l'église.

Après avoir bien monté, la route descend vers Marianské Lazne, alias Marienbad. J'y trouve bien moins de charme qu'il y a quelques dizaines d'années, maintenant que tous les bâtiments, colonnades, casino, immenses villas et hôtels sont retapés, repeints de blanc et couleurs claires, c'est un étalage de luxe, ce n'est plus l’atmosphère désuète que j'avais aimée. Mais le parc est très beau, encore une fois je passe trop vite, c'est un endroit où on pourrait passer des heures.

Et la route continue vers l'ouest et en montée presque continue, un dénivelé de 400m m'attend. Le seul village traversé s'appelle Vysoka (haute) en tchèque et Maiersgrün (aucun rapport) en allemand. L'église a été détruite pendant la guerre, seul le clocher a été restauré. Les anciens habitants en sont toujours nostalgiques, leurs faire-part de décès sont accrochés sur de grands panneaux.

Je suis l'itinéraire cycliste n°361 qui va à Cheb, ce n'est pas indiqué sur les panneaux, c'est aussi l'eurovélo 13, déjà croisée en Allemagne entre la Hesse et la Thuringe, c'est la véloroute qui suit le rideau de fer de la Scandinavie aux Balkans. Je n'y rencontrerai pas de cyclistes aujourd'hui, et même personne à part une petite famille en balade. Elle circule sur des hauteurs boisées entrecoupées de quelques champs. La carte l'indique comme goudronnée... mais ça fait longtemps, pas tellement mieux qu'un chemin de campagne. Elle passe près de la frontière, et près du centre de l'Europe (laquelle?). Les miradors aux alentours n'ont rien à voir avec le rideau de fer, l'usage en est plus pacifique... sauf du point de vue de certaines espèces animales.

Et enfin, la récompense... la descente! Sauf qu'on ne peut pas trop foncer tant que la route est mauvaise. ça va s'arranger à l'approche de Cheb (qui s'appelle Egra en allemand, rien à voir non plus). Ce soir tentée par la douche et la lessive, et avertie de pluies par la météo, je me suis réservée une pension. Je ne verrai la ville que demain.

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Chaud

La place centrale de Cheb est pavée, de forme allongée, entourée de maisons du moyen âge au baroque. La cathédrale est de style gothique, ça change

J'ai quelques achats à faire dans un magasin de vélos, j'ai en effet perdu l'étui de mon porte - téléphone et cassé mon rétroviseur, je trouve tout ce qu'il me faut et me fait gonfler les pneus, il n'est pas tôt, le magasin n'ouvrait qu'à 11h mais je ne suis pas trop pressée de quitter, déjà, ce beau pays.

Sans le faire exprès, c'est pile à la frontière que je m'arrête pour le déjeuner.



Mais la Bavière a aussi son charme, villages propres, collines vertes, belles voies cyclables bien signalées. Comble du confort, c'est bientôt une ancienne voie ferrée. Elle monte, car il va falloir passer le massif montagneux du Fichtelgebirge, mais c'est régulier et dans la nature. Par contre quand je quitte cette voie pour monter une route forestière non asphaltée ça devient très dur. D'autant plus que les moustiques en profitent pour me piquer.

Un cycliste qui roule dans mon sens arrive à mon niveau et entame la conversation. Il s'appelle Johannes, revient du boulot (20km matin et soir avec +250m de dénivelé), il me propose de camper près de chez lui. J'avais pensé m'arrêter au Fichtelsee qui est un endroit assez joli mais on ne refuse pas une rencontre. Sa copine Franziska (!) a vécu en France elle parle couramment français. J'ai droit à la douche et à une bonne soupe et plante la tente en bas de chez eux.


Fichtelsee
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Temps chaud, lourd

Avant de partir je monte voir Franziska, restée à la maison avec le petit Paul, 2 ans, qui dormait hier soir et dont le mot préféré est Zug (train).

Des vallées boisées et fraîches et 24 km en descente jusque Bayreuth. Descente.. sauf plusieurs côtes courtes mais bien raides quand il faut quitter l'ancienne voie ferrée. Je ne rencontre pratiquement personne.

À Bayreuth par contre il y a du monde. Une population diversifiée. Tout le centre ville est piéton, mais je me dirige vers le "Hofgarten", le parc du château, très agréable surtout qu'il commence à faire chaud. C'est là que se trouve la maison que le roi Louis Ici de Bavière a fait construire à Richard Wagner, c'est maintenant un musée.

C'est plutôt un mini château qu'une maison avec ses grandes pièces hautes de plafond et ses grandes fenêtres, seuls quelques meubles sont exposés, dont le piano.

Wagner est né à Leipzig (1813) a vécu à Dresde, à Zurich entre autres car il voyageait beaucoup, il est d'ailleurs mort d'un infractus à Venise. Il était ami avec Liszt et a eu le coup de foudre avec sa fille Cosima qui était déjà mariée. Après 3 enfants illégitimes ils ont fini par se marier, et ne plus se quitter. Cosima avait 24 ans de moins que lui et lui a survécu 47 ans qu'elle a employés à perpétuer l'œuvre de son mari principalement le festival pour lequel Wagner avait fait construire (toujours grâce à Louis Il) une salle de spectacle pour représenter ses opéras.

Elle a perpétué aussi ses idées nationalistes et antisémites, était bien copine avec Hitler, elle est décédée en 1930 mais ses enfants ont repris le flambeau, ont soutenu les nazis et virés tous les musiciens qui n'étaient pas conformes à l'idéal germaniste, en premier lieu les juifs évidemment.

Bref on éprouve quand même un certain malaise en sortant de là...

La maison, la tombe de Wagner et Cosima et l'arrière de la maison

La salle du festival c'est à quelques kilomètres du centre près d'un grand parc. Je trouve que de l'extérieur ça ressemble plutôt à une usine. Dans le parc autour du buste de Wagner sont installés des panneaux évoquant les musiciens éliminés par les nazis.

Je repars passé 17h, rejoignant le Main "rouge" qui est rectiligne et étroit, mais ce n'est qu'une des branches de la rivière. Les deux "Mains" vont se rejoindre à une trentaine de km de là, tout près de l'endroit où je vais bivouaquer.

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Chaud, orageux...et orage

Mon pré est à quelques tours de roue de la confluence des deux ruisseaux qui vont former le Main, le Main rouge et le Main Blanc. Je vais maintenant suivre la rivière jusque Mainz (Mayence). C'est parti. Je ne verrai que de loin le château des Hohenzollern puissants seigneurs germaniques.


Une route tranquille, soleil et vent dans le dos, jusqu'à Lichtenfels, petite ville ancienne avec quelques monuments, église, porte. Du château je ne verrai que le parc où je me réfugie à l'ombre pour déjeuner. Même là il fait très chaud et très lourd.


Au loin le château de Kulmbach

Lichtenfels

Il va suivre un trajet pas formidable. Une plaine assez urbanisée, des routes... On aperçoit des abbayes sur les hauteurs. Cela devient plus rural un peu plus loin

J'hésite à aller jusque Bamberg mais je perds du temps en me trompant plusieurs fois de route. Il y a un camping une vingtaine de km avant. Allons voir.

Assez grand, camping car et caravanes mais des espaces herbeuse au bord d'un lac. Personne à l'accueil, je téléphone mais ça ne sert à rien. Regard sur le ciel.... Un cumulonimbus s'approche... Pas d'hésitation !

L'orage veut bien aujourd'hui attendre que je sois bien installée ! Génial !

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Publié le 21 mai 2022

Toujours chaud mais un peu de vent

Le ciel est voilé et une légère brume s'élève au dessus du lac.

Il me reste une petite vingtaine de km jusque Bamberg. L'itinéraire suit des routes ou traverse des villages de banlieue. Plusieurs déviations ne sont pas toujours bien fléchées. Une dame en voiture m'indique spontanément comment passer.

Bamberg ne semble pas avoir connu trop de destructions, c'est une grande ville ancienne. Évidemment le plus remarquable c'est le centre historique, et je ne suis pas arrivée assez tôt pour éviter la foule touristique. Des rivières ou bras de rivière (Main, Regnitz et autres) traversent le centre. Des barrages et quantité de ponts agrémentent le tout. L'ancien hôtel de ville aux murs couverts de fresques est construit au milieu.


En montant par des rues bordées de maisons anciennes et de sculptures baroques on arrive à la grandiose place de la cathédrale. Les flèches de celles ci sont quelque peu défigurées par des échafaudages. Plusieurs styles cohabitent du roman au baroque. À l'intérieur se trouve le célèbre cavalier de Bamberg belle statue du 13e.

Et de belles sculptures, sur les porches également.


Autour de cette immense place se trouvent aussi un bâtiment médiéval (je dirais) où se trouve un musée et un immense palais du 17è.


Je termine la matinée sur la place du marché où j'achète des fraises locales "de Franconie" c'est ainsi que s'appelle cette partie cette partie de la Bavière. Elles sont excellentes.


Sortie de ville au bord du Main, ensuite la piste suit la route. Ce n'est pas complétement déplaisant en ce jour de quasi canicule, car à l'ombre et un peu venté. Collines boisées de chaque côté de la rivière. Odeurs des colzas qui terminent leur floraison et des blés qui grainent.

Au passage on peut admirer une immense chapelle de pèlerinage (Wallfahrtkirche), très rococo à l'intérieur.



À Sand am Main un pépère en vélo avec une bouille incroyable m'adresse la parole en patois bavarois. J'ai un peu de mal. Il me vante je crois Zeil am Main, le bourg qui est de l'autre côté du Main.

En effet, très beau village, et assez animé. L'église est en haut d'une place triangulaire. Plus loin se trouve la "Hexenturm", tour des sorcières, fermée mais la dame du petit office de tourisme, très gentille, me parle de la chasse aux sorcières pendant la guerre de 30 ans (17e siècle). Les supposées telles étaient enfermées dans la tour. Sous la torture elles avouaient tout ce qu'on voulait et finissaient brûlées vives. 400 femmes y ont passé ici.

Je passe plus rapidement à Hassfurt. Le ciel est très très noir. Après hésitation je continue mais le danger d'orage s'éloigne. Mais je perds du temps trouvant le chemin barré par des travaux. Une jolie place m'attend tout au bord de la rivière, un peu ventée comme ça pas de moustiques. Le problème c'est que ça se met à souffler très très fort. Mais la pluie ne tombera pas ici.

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Nuages, moins chaud, vent d'ouest

Jusque Schweinfurt la piste suit la rivière, on baigne dans la nature, et pourtant la voie ferrée et la route sont juste à côté. Et il n'y a personne.

Petite animation à Schweinfurt pour le marché, en face de l'hôtel de ville. La boulangerie pâtisserie cafétéria où je me suis installée se remplit peu à peu.


L'église à l'autre bout de la place est ouverte, elle est jolie à l'intérieur, grise et blanche, une chaire très dorée et des tombeaux de chevaliers.


Après quelques tournicotages pour contourner routes et autoroutes la piste va rejoindre les bords du Main, de là vue imprenable sur ce qui de toute évidence est une centrale nucléaire (Grafenrheinfeld). Elle ne fume pas, arrêtée depuis 2015.

Revenons à des paysages plus champêtres, arboriculture (je mange trois cerises presque mûres), cultures maraîchères.Dont les fraises. Et puis des vignes sur les coteaux.

Est ce à cause de ça ? Fahr, Volkach, Nordheim, le coin s'avère très touristique tous charmants villages, avec beaucoup de caves viticoles et des plein de restos bondés mais aussi des hôtels de ville, des portes, des églises et maisons anciennes évidemment.


Le temps s'est dégagé et l'air se réchauffe. Il souffle un fort vent d'ouest qui ne va me gêner que sur une portion, cet après midi je me dirige vers le sud.

Kitzingen me plaît bien, jolie petite ville vivante, des gens normaux pas des touristes, en ville et au bord de la rivière


Comme j'aime rouler le soir je continue jusque Ochsenfurt où j'ai repéré un camping. Je quitte le Mainradweg pour suivre l'autre rive, très tranquille.

Personne à la réception du camping, mais ici on peut s'installer et tout est ouvert. Il y a une vaste pelouse pour les tentes plus ou moins en pente mais peu de campeurs alors on peut trouver un replat.

Et dans la Gasststätte au-dessus ils ont la bière locale, Öchsner, à la pression. Très bonne. Quel plaisir de pouvoir enfin goûter la bière bavaroise !

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Beau temps

Ça aurait été très facile de partir sans payer, mais pour une fois qu'on peut arriver tard et profiter des services..

Et puis pour avoir une idée du prix..

Ben... 18,90 euros ça fait beaucoup quand même...

Les bords du Main, tranquilles encore. La rive est boisée, les coteaux plantés de vigne, ça et là pointent des tours ou des clochers. L'inconvénient du chemin de bordure c'est qu'il ne traverse pas les villages, où il y a toujours des bâtiments anciens à voir, et je ne fais pas toujours le détour.


Randersacker, le dernier village (viticole) avant Würzburg, est jumelé avec Vouvray. La terrasse de café où je m'installe s'appelle Place de Vouvray. La fontaine en son centre n'a rien à voir avec cette localité tourangelle, c'est une œuvre récente qui représente la baignoire de Balthazar Neumann un architecte du baroque.



En repartant on passe sous l'autoroute puis la voie ferrée, et on ressent nettement l'approche de la ville. La voie est plus large, très fréquentée, traverse des parcs très achalandés

Et puis apparaît la ville, un château au-dessus de vignes sur l'autre rive et des clochers en face.

Après m'être installée dans un hostel c'est parti, à 16h seulement. Je me dirige vers la Residenz château baroque au patrimoine mondial de l'Unesco construit selon les plans du Balthazar Neumann dont on a vu la baignoire. Tout restauré après les destructions de la guerre. Dorures miroirs stucs fresques tapisseries lustres etc etc. C'est le luxe à l'état pur. Un peu écoeurant.


Escalier, plafond, salle des miroirs

Dans le parc, des sculptures et de beaux arbres dont un hêtre splendide aux feuilles laciniées


À gauche le hêtre en question

Dans le reste de la ville restent à voir quantité d'églises romanes, gothiques, baroques, l'hôtel de ville, et puis le pont du Main qui avec ses statues de saints en rappelle un autre....On y stationne un verre à la main. Vin ou apéro. Mais moi ce que je veux c'est une bière, que je trouverai un peu plus loin. Distelhauser.


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Temps orageux

La pluie est attendue pour ce soir. Surprise, elle se met à tomber juste au moment où je sors de l'immeuble. Il n'y a plus qu'à sortir l'équipement. Ça s'arrête vite et après ça sent bon l'herbe mouillée. La piste passe entre des arbres. La rivière s'est encore élargie, Il y passe des péniches qui doivent périodiquement franchir des écluses.

En bas on cultive des céréales (le maïs commence à pousser), sur les pentes des vignes encore.

Les villages se ressemblent un peu tous avec leurs portes leur place du marché leur Rathaus (hôtel de ville/ leurs tours, leur église gothique ou baroque et leurs maisons à colombages. Le grès rose régional est souvent utilisé.


Famille de bernaches au bord de la rivière, Jolie maison près de l'église

La rivière tourne entre des versants boisés. À Gemünden je casse la croûte sur une aire de pique-nique très ventée, ensuite le fléchage me mène sur l'autre rive. La gauche donc.

Je me demande si c'est une bonne idée d'aller prendre un café à Lohr am Main car c'est de l'autre côté et la traversée des ponts est compliquée. C'est une jolie petite ville, s'il y a des touristes ils sont noyés dans la population locale, très diversifiée.

Mais mon hésitation était justifiée, je suis complètement désorientée pour sortir de la ville. Finalement je trouve un autre itinéraire cyclable de ce côté de la rivière, il emprunte une ancienne voie ferrée, très joli. Forêts et beaucoup de pommiers.

À Neustadt on remarque une grande église en grès rose avec deux tours carrées, c'est une abbaye. Ensuite je retraverse le Main sur une grande passerelle.



Un café à Lohr am Main, traversée du Main après Neustadt

L'optimisme revient, le ciel s'est dégagé, je pédale avec ardeur au bord de l'eau, passe Marktheidenfeld, un village qui semble bien joli, j'en admire les quais.

À la sortie la piste longe une route... Où vais je trouver une place ?

Un camping est indiqué..Mais je ne trouve qu'une grande étendue verte

Un espace bien tondu près de l'embarcadère " est réservé aux usagers du camping". Ça tombe bien, je campe... Très bon emplacement. Les péniches me réveillent parfois mais il n'y en a pas beaucoup.

Marktheidenfeld, la popote au bord du Main
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Soleil le matin, mais les nuages arrivent vite. Quant au vent d'ouest qui souffle dès le matin, il va bien me gêner..

Pas trop au début, je me dirige vers le sud et les méandres sont serrés. Les hauteurs boisées avoisinantes sont assez élevées, on y voit plusieurs châteaux, des "Burg" châteaux forts, toujours en grès rose et en ruines.

Dans les fonds de vallée l'agriculture n'est pas très intensive, mais l'activité économique est loin d'être absente, en plein paysage bucolique on se trouve soudain en face d'une énorme carrière, de cheminées, de silos et de cuves, d'une usine gigantesque. Sur la route voisine ça roule beaucoup. Mais les centres des villages sont toujours aussi pittoresques. Et, j'ai oublié, il y a encore des vignes.

À Wertheim dans le bistrot où je me suis arrêtée il n'y a que des femmes. Plus étonnant encore, je vais finir par m'en apercevoir, ce sont toutes des Turques.


Le Main. Wertheim et son château. Château de Kollenburg

Au milieu de la journée j'en bave à cause du vent. Et la traversée de Miltenberg n'a rien d'agréable c'est une grosse agglomération assez industrielle, où la circulation automobile bouchonne.

Ensuite c'est joli en bord de rivière mais on suit souvent des routes, c'est bruyant. Je me demande bien où je vais pouvoir planter la tente.

Ce sera dans le village de Grosswallstadt où la route s'écarte de la rivière. J'explore de grandes étendues herbeuses sur la rive mais c'est trop en vue. Je me mets dans un enclos près de l'église. Ça faisait longtemps


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Hostel dans les quartiers populaires du côté de la gare

Mercredi 25 mai Grosswallstadt - Frankfurt 84km

Publié le 25 mai 2022

Beau temps mais vent d''ouest, de beaux cumulus

Mais au départ la couleur du ciel c'est...bleu. Dans la traversée du village deux chemins possibles, une dame me propose de passer par la forêt, ça me convient. Et puis bord de rivière jusque Aschaffenburg. Une ville animée, les bâtiments anciens sont isolés dans un habitat moderne. Le château avec ses quatre tours. La basilique, son beau porche à arcades et ses tombeaux de grès rose. L'hôtel de ville est en grès rose aussi... Mais tout à fait moderne.

Le château et la basilique

Piste le long du Main dans des prés. Prochaine localité, Seligenstadt. Encore un bel endroit. Le monastère fondé par les bénédictins a un très beau jardin avec des plates bandes de salades fort décoratives.

Dans les kilomètres qui vont suivre ce qui attire le regard c'est une énorme centrale, un ensemble de cheminées hautes et cheminées larges, dont aucune ne fume. Ce n'était pas une centrale nucléaire, mais une centrale thermique.

Comme je n'ai pas envie de casser la croûte avec ça sous le nez, je continue et c'est bien plus loin à Steinheim, dans le jardin du château, un endroit abrité du vent, enfin ! Une dame qui revient des courses (elle a 3km à pied jusqu'au supermarché) vient s'asseoir à côté de moi. Elle fait une pause parce qu'elle a eu un infractus... et en profite pour me raconter sa vie. Elle a 81 ans, a habité après la guerre une grande maison un peu plus haut avec ses 6 frères et sœurs, ils étaient pauvres mais c'était le bon temps, ils jouaient tout le temps dehors, pas comme les enfants de maintenant...

Ce village est en effet une merveille, un peu boboïsé mais néanmoins retapé avec goût, belles maisons à colombages, belles portes. Le château a une tour étrange, couverte d'ardoise avec des clochetons.

Steinheim 

La piste, le Main, le vent, et beaucoup plus de cyclistes. En vue de Frankfurt c'est un autre monde. La grande ville, des chantiers, des immeubles et même des grattes-ciels. Et une foule où le type "aryen" n'est pas majoritaire.

En tout cas, aucun problème pour traverser la ville sur cette voie préservée en bordure du Main. Que je vais bientôt traverser sur une passerelle et c'est tout droit jusqu'à l'hostel, situé dans le quartier de la gare, où on se croirait à Barbès.

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Nuageux, s'éclaircit dans la journée

C'est une grande ville, mais il n'y en a pas tant que ça à voir. Comme toutes les grandes villes allemandes elle a été bombardée et seul le centre historique a été reconstruit, et encore, les monuments les plus importants. Curieusement la cathédrale gothique était restée debout.

Tous ces monuments sont...en grès rose. Plus quelques colombages quand même. Autour de la place ancienne qu'on appelle je crois Romerberg. C'est calme à cette heure, voire vide. L'église Saint Paul, massive et à coupole, est fermée. La cathédrale et l'église Saint Nicolas, au fin clocher, sont ouvertes mais des offices (protestants) sont en cours.


Saint Paul, Saint Nicolas, la cathédrale, maisons médiévales

Je pousse un peu plus loin vers le cimetière juif, à côté se trouve un musée du judaïsme, sans doute intéressant... Sur le mur du cimetière une frise de petits rectangles, en y regardant bien ce sont des plaques au nom des juifs de la ville exterminés. Soudain je m'aperçois que la porte du cimetière est ouverte, je vais pouvoir le visiter, il est très beau, les stèles de grès rose sont un peu dans tous les sens mais les inscriptions en hébreu sont bien visibles.

Mais plus moyen de sortir, c'est refermé... ce devait être une erreur d'une visiteuse... Qui a la clé et m'ouvre la porte, ouf..



J'aurais peut être du le visiter ce musée. Mais j'avais jeté mon dévolu sur la maison natale de Goethe (né ici le 28 août 1749). Certes la maison est complète et bien meublée, avec beaucoup de marquetterie comme j'aime, mais c'est tout du refait, elle avait été détruite. Et sans doute ne suis je pas assez fan de Goethe pour que ça me passionne. Il a quand même vécu ici son enfance et sa jeunesse avant de partir à Weimar.


Bureau du poète, marquetterie, bibliothèque du papa.

Au retour vers mon quartier mal famé j'admire au passage tous ces gratte ciel de verre. Ça fait de l'effet quand même.


L'après midi je me dirige vers Mainz. Plein ouest et le vent dans le nez. Chemin pas toujours bon. Plus de villages pittoresques mais des banlieues industrielles et des usines. Mais les bords du Main sont verts, la population locale en profite et s'y presse nombreuse.

Ici aussi les "Biergarten" sont appréciés.
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Ciel couvert puis dégagé, vent d'ouest (comme hier)

Première traversée du Rhin et première épreuve de la journée: un pont autoroutier, très long. Certes c'est une voie séparée mais c'est épouvantablement bruyant, avec en plus un fort vent contraire.


Dans la section qui suit, jusqu'à un angle du fleuve près de Gernsheim, la direction est sud voire sud-est, le vent ne me gêne pas, j'avance. Jusqu'à Nierstein (joli village viticole), la piste suit une route, c'est pas terrible.

Ensuite c'est un environnement de grand fleuve, me fait penser à la Loire ou au Danube, on roule sous des digues, entre des prés et des boisements, et l'eau on ne la voit pas souvent. Mais quand on la voit, il y en a large...


Après cet angle du fleuve, direction sud ouest, et là ça souffle bien dans le nez, en plus sur une route, pénible. Et quand la direction va repartir plus vers le sud c'est la banlieue industrielle de Worms.

Mais à Worms je suis attendue... J'ai reçu un appel de Wolfgang (celui de Leipzig qui m'a hébergée mais n'était pas là). Ils sont venus ici avec Heidrun pour un anniversaire chez des amis, et sont à Worms cet après-midi ! Coïncidence fort bien venue ! Nous allons donc passer 2-3 heures ensemble, prendre un café, et visiter un peu la ville. L'immense cathédrale romane, mieux à l'extérieur qu'à l'intérieur, la déco baroque avec le roman, c'est pas ça...

Ici aussi se trouve un cimetière juif, le plus ancien d'Allemagne, mais c'est trop tard pour y entrer. Il ressemble à celui de Francfort.

Nous allons voir aussi le très imposant monument de Luther. Il est entouré de quatre hérétiques notoires, Hus, Savonarole, Wycliff, Valdes et de ses amis et protecteurs.



La cathédrale, le cimetière juif, les hérétiques autour de Luther

Mais on se quitte je retraverse le Rhin passant sous la porte des Nibelungen, je parcours des digues, rejoins le Neckar dans un infernal paysage industriel, attrape avec justesse un dernier bac sur un bras de rivière, ce qui me permet de continuer, traverser des villes industrielles et m'installer près d'une aire de jeux aux abords d'un village.