ibericus 19

9000km en Espagne, dans 'La furgoneta Orange' : naissance d'un mythe?
Mars 2019
7 semaines

05.03.19

Il est 20h30, Genesis égaie l’espace bus. Le calme règne, j’imagine avec sérénité les prochaines semaines. Hier on a dormi au bord d’un étang près d’Autun. Premier ‘sauvage’, bien réussi, merci l’appli qui va bien. Aujourd’hui on a tracé la route entre St-Etienne et Clermont-Ferrand. Début un peu rébarbatif aux alentours de Vichy mais on s'arrête à Thiers et j’y achète un couteau. Son bois d'olivier est soyeux au contact. Le galbe du manche accentue les lignes sobres et sèches de sa lame. Un bel objet qui change de vie !

Thiers
Thiers
Des airs de Highland en Aubrac...

Ce bus est top. Mobile comme je l’espérais et confortable comme nous l’espérions. Il se conduit presque comme une voiture, se gare presque dans des cases normalisées, et a presque la surface d’une chambre d’hôtel parisien. Ce soir, magnifique vue sur la retenue d’eau de Grandval. On a tenté de descendre avec le bus jusqu’au niveau de l’eau, là où les autochtones font la mise à l’eau des bateaux. Mais on a rapidement renoncé vu la pente et l’état de la piste. On a terminé la descente à pieds et discuté un peu avec les pêcheurs, sympas. Vu notre vitesse de déplacement, il va nous falloir 6 mois pour rallier Grenade… Mais ça n’a pas d’importance, le plaisir est dans le chemin. Je me réjouis déjà de voir le site demain matin au réveil, à travers les vitres. C’est toujours un moment particulier !

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Il a plu, venté et tonné la majeure partie de la nuit. Au matin le chemin d’accès luisait d’eau. C’est sans succès que j'ai tenté de nous extraire. Dépité, je suis parti à la recherche d’un remorquage. A 2 km, je tombe sur une ferme. On m’y reçoit sans à priori et chaleureusement. Le 'père' sort le Deutz et, sur le trajet, nous devisons comme deux vieux réacs assagis. Il finira par dire à Marthe : Heureusement que vous vous êtes plantés sinon on ne se serait pas rencontré. L’humanité de cet homme de la terre était bienfaisante, il a transformé ma bévue en belle rencontre.

Lac  de Loubatière
Lac de Loubatière

Castres et son Kébab-coca nous retiennent un peu avant la première expérience de vidange sur un parc Leclerc. Grande réussite... Une base loisir est annoncée, nous y découvrons facilement un coin sympa et gratuit pour notre quatrième bivouac. Les jours filent et chacun amène son lot de découvertes et d’expériences. Actuellement : que du bonheur orangé !

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La nuit passée, il a gelé. Truma est devenu un ami indispensable et discret, exactement ce qu’il faut. On sent de plus en plus le sud, on voit beaucoup d’arbres en fleurs partout. Les vergers sont des patchs variant du blanc au rose soutenu dans le vert général. Ça me remplit de joie. L’univers se charge de résoudre le cas du parcage à Carcassonne et nous visitons la citadelle et ses remparts sans honorer sa gastronomie. Le cassoulet restera du domaine du phantasme.

Carcassonne
Bivouac à Ansignan 

Belle route entre Couizat et Estragel, puis le passage au pied de Cucugnan m'inspire une pensée émue. Au bivouac d’Ansignan, une balade d’une heure jusqu’à l’aqueduc romain nous détend. Puis c'est la douche pour Marthe. Particulier ! Cela devient une démarche. On n’y passe pas 3 minutes comme ça, sans y penser, comme une chose négligeable. Non, c’est un chemin qui prend plus d’importance que son simple but. Demain on devrait arriver à Cerbère. Marthe prend conscience de ma démarche ‘découverte’. Au jour le jour, un itinéraire s’impose selon nos envies, le temps, la météo etc. Je crois que ça nous ira bien dans le futur.

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Nous avons longé la côte vermeille sous Perpignan et traversé ce qui reste de la frontière à Cerbère. Juste avant, arrêt à Bagnuls pour se restaurer en bord de mer et au soleil. Sympa, un petit goût de vacances. Belle route le long de la côte et arrêt à Colera.

bivouac à Colera

Park4night est à nouveau le bon plan, on se retrouve sur une plateforme improbable après 300m de piste. Vue magnifique, jolie balade en direction des sommets et baptême de la table de camping dans la belle lueur du soleil faiblissant.

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Nous avons quitté notre superbe promontoire et filé droit sur la géode que l’on voyait à l’horizon. Arrêt à La Selva de Mar pour café et pain puis on s’engage sur la route du cap Creus. A Cadaques, la route nous est interdite, le cap nous échappe. Nous repartons sur le golf de Roses. Le golf n’a rien d’intéressant, plat, sale, encombré de stations balnéaires : une favela touristique.


Puente Lissa

On s’arrête à Empuries pour un pic-nic sympa sur la plage proche d’un site romain. Mais l’endroit ne nous convient pas pour bivouaquer et on repart. Park4night nous dégotte un arrêt sauvage à Puenta ventosa. Un bout de monde sur le GR92. Le lieu est sauvage et magnifique, nous nous baladons à la recherche d’asperges sauvages. La nuit est hantée du souvenir d'Hélène.

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Une semaine de périple ! On a pas beaucoup avancé mais on l’a fait dans la décontraction. Hélène nous a quitté, ça nous attriste, Marthe a mal au coeur de perdre sa meilleure amie. On cherche une idée pour lui rendre hommage. Comme la Vie, le temps, émophile, coule. Et cette Vie, comme Hélène l’avait demandé à Marthe, nous nous devons de la célébrer.

12.03.2019, Ginestar, bord de l’Ebre. Ce matin, réveil particulier au port de Blanes. Nuit moins calme qu’à l’accoutumée mais moins stressante que dans la forêt profonde du cap Lissa pour Marthe. On a longé la Costa Brava jusqu’à apercevoir le building-oeuf de Barcelone. Puis j’ai opté pour l’autoroute. Le noeud routier est impressionnant et TomTom est bien apprécié. Retour à la côte, on roule tristement jusqu’à Tarragone et là d’un commun accord, on décide que la Costa Brava, ça, c’est fait ! On file dans les sierras, direction Madrid, par une belle route qui monte petit à petit sur le socle continental ibérique. On s’arrête au bord de l’Ebre dans un coin tranquille. Et, le temps d’une balade dans les vergers, c’est un alignement de bus que l’on retrouve dans notre havre de paix. C'est un autre aspect de l'appli Park4night !

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On a quitté le niveau de l’Ebre pour passer dans les sierras. Belle montée jusqu’à Guadalope dans de vastes étendues, quasi désertiques. Puis une zone aux terres blanches, ocres et jaunes. Puis dès Montalban, élévation jusqu’aux sommets des sierras successives. Long et magnifique ! Des défilés, des concrétions calcaires feuilletées, des hauts plateaux ventés et des cols à plus de 1500m. Vraiment beau mais un peu tendu lorsque le thermomètre indiquant 2 degrés, la neige trainant aux revers et la piste remplaçant le goudron, le chemin se mit à descendre et à rétrécir limitant de plus en plus la possibilité de retour. Sur le moment j’ai juré de mieux tenir compte de l’avertissement ‘tronçons sans revêtement’ de TomTom. Mais ce bus va bien même si ce n’est pas un 4x4.

Bianca a fait connaissance des chenilles processionnaires. On a eu peur. Après hoquets, éternuements et vomissements, elle s’est mise à manger de l’herbe. Même le lard ne la tentait pas. J’espère que ça ira rapidement mieux. Ici pas de réseau donc pas de soucis ! Il nous faudra quand même retrouver gogol et consort car pour l’instant on voyage le nez au vent, sans ma liste de choses à voir. Trop froid pour imaginer une douche ; demain peut-être…

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Arrêt pour la nuit au barrage. Marthe me fait remarquer que le camping est en passe de devenir un mythe. Il faut bien avouer que l’arrêt sauvage me va de mieux en mieux. Aujourd’hui encore des images de hauts plateaux, c’est magnifique. Ici, même à 1500m, on trouve des cultures de céréales. Les villages sont rares et beaux. L’ocre s’impose et les bâtisses paraissent solides, prêtes à affronter l’hiver qui doit être rude. Et puis on commence à sentir l’influence arabe comme à Albarracin, superbe village fortifié entre Teruel et Cuenca. Bianca va mieux mais se lèche anormalement la patte avant gauche.

Albarracin 

Marthe a eu la bonne idée de choisir Albarracin pour se recueillir en hommage à Hélène. A l’écart du village, dans ce lieu qui a vu passer tant d’humains, nous avons tenté la communion avec ce qui nous dépasse et qui pourtant nous unit tous.

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Riche journée ! Réveil au froid, on a vu pour la première fois le lanterneau givré. Petit déj rapide et on file sur le site de Ciudad encantada. On y arrive trop tôt et on se balade un peu. Puis café à la terrasse et visite de la partie parc. Beau et étonnant, les roches ont des dimensions et des formes hors du commun.


Un passage appelé le toboggan ressemble à une piste de bobsleigh au fond de laquelle on marche sur 400m. 5 mètres plus haut, culmine un grand plateau strié de nombreuses fissures telles des crevasses. Space ! Seul bémol : les processionnaires. Jamais vu autant de chenilles. Bianca se retrouve bien vite dans le sac à dos, ne s’y trouve finalement pas si mal et moi j’apprécie…

ciudad encantada 

Ensuite on trace au sud en passant à Cuenca et ses maisons accrochées à la falaise. Puis c’est la résolution du cas 'gaz propane' espagnol et sa norme nationale. Premier essai chez un Brico shop où je trouve le manodétendeur qui fait ‘clic’. Puis chez Iveco qui me redirige vers une petite entreprise où je trouve un service de sertissage hydraulique et le raccord M14 dont j’avais besoin. Cas résolu. Mieux qu’internet ? : Demander !

La région d’Albacete nous offre la vision de vastes étendues, puis après Murcia des montagnes avec de beaux paysages au coucher de soleil. La route semble un peu longue vers la fin de journée lorsque le GPS s’évertue à nous faire visiter les centres-villes. On finit au bord d’une piscine naturelle annoncée par P4N. En fait c’est un lieu d’abreuvage pour les bêtes avec bouses et boue. Mais la longue balade au clair de lune redonnera beaucoup de charme et de fraîcheur à ce bivouac.

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Ce matin c'est départ en direction de Lorca par la sierra Espugna. Belle petite route mais malheureusement infestée de vélos. Une infection ! Et beaucoup de stress lorsque quelques fanas descendent à toute vitesse et frôlent mon pare-brise. Pas de bobo mais guère de possibilité d’apprécier le trajet si ce n’est pendant la balade le long d’un bisse de la sierra.

sierra Espugna

Du coup la route nous barbe et on s’arrête dès que possible sur la côte. La lumière de cette fin de journée est magique. Quel plaisir de retrouver la mer si calme, si accueillante, si 'intime'. On ne demande rien de plus que de profiter de ce moment délicieux.

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Nous voilà au cap de Gata, . Terres arides, mer bleue, nous nous sommes arrêtés à la plage de Los Muertos. A défaut de morts, on y a vu des eaux magnifiques qui, bien que froides, m’ont appelé à la baignade. Le temps de m’immerger et de faire quelques brasses, c’était déjà l’heure de ressortir. Je suis au soleil et je ne souffre plus de la morsure du froid comme auparavant. Pas de tremblement, les rayons sont doux sur ma peau , je m’allonge sur ce sable grossier qui ne colle pas. Un instant de plaisir, un voyage, un bout de chemin.

los muertos 

Puis on file sur Las Negras pour y trouver un super camping. La douche est un délice et la machine à laver une merveilleuse invention. Mon 'Surface' en charge, wifi fonctionnel, j’arrive finalement à relier Earth au fichier kml improbable retrouvé dans quelque bafond du hd . On décide de rester une nuit supplémentaire dans cette débauche de luxe… Pour la première fois la nuit est chaude et c’est la fenêtre ouverte sous mon nez que nous nous endormons.

las negras 
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Journée sans route. On se balade jusqu’à la plage au sud du camping. Hier soir, alors que nous jouissions de 'seven wonders', le vent s’est levé. Maintenant il souffle fort, il faut tenir nos casquettes mais il fait bon. Les deux semaines de voyage sont consommées et le pic-nic sera de consommé célestine... Une fois encore, la vie me donne l’impression de couler.

Bianca surveille célestine...

On s’abrite dans une petite crique et c’est là que je rédige ce journal. L’endroit est calme, à l’abri du vent. La mer, grosse, nous amène un flot ininterrompu de vagues. Son bruit remplit l’espace et se marie à la musique que nous avons emportée. Bel instant mais le ciel déjà s’assombrit, il est temps de rentrer.

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Gata c’est fini. Et dire que c’était un but de notre dernier voyage… On a quitté la côte avec les premières gouttes de pluie. Au matin j’ai encore fait des photos de la dune fossilisée. Puis, le temps de déjeuner et de faire quelques courses, la pluie, sporadique, était là. On a suivi la côte presque jusqu’au cap puis direction la sierra d' Alhamilla. De là on aborde la zone désertique juste après Tabernas.

Belle région aride, propice à la balade et à l’étonnement. On choisit de dormir juste après Tabernas à un jet de pierre du ‘Fort Bravo’, l’attraction touristicocinéfile du coin. On est au fond d’un canyon, plus qu’à espérer qu’il n’y aura pas l’orage du siècle cette nuit… On a fait une balade sympa près d’un site mesurant l’érosion des sols. Un peu bizarre de voir tous ces appareillages dans une zone où l’on s’attendrait plus à voir un serpent à 'sornette' ou des sioux à chaque détour.

pas ni problème, c'est bio ! 

Mais c’est aussi une région où l’on peut prendre la mesure de la folie destructrice de l’humanité. Près d'Alméria c’est un désert plastifié qui produit nos biens de consommation bios européens ! Mais assez d’enfantillage, ce soir c’est ratatouille et mouton…

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Nous voilà sur la côte sud de l’Espagne, en Andalousie, dans les Alpujarras. Il vente, il pleut et ce soir il fait froid. Mais dans le bus ça va. Pâtes, omelette et café : tout ce qu’il faut pour se requinquer. Du wifi pour communiquer un peu. De quoi surfer pour la météo et choisir le programme de demain. Il est déjà 22h30. Passe les semaines, passe les jours, Le temps de rêver n’est pas si court...

Pété de fric ! Même les trottoirs sont en marbre...  

On a beaucoup roulé aujourd’hui. Traversée du sud au nord de la sierra Filabres. Passage dans une impressionnante zone d’extraction de marbre près de Macael. Puis une belle route de montagne pour retraverser la sierra du nord au sud en passant par Las Menas. On a longé le désert jusqu’à retrouver la route qui remonte l’Andarax. Belle route avec des fruitiers en espalier et le désert juste en dessus et au loin. Là débute les Alpujarras mais nous bifurquons sur la côte où l’on espérait un meilleur temps. Mais que dal, pluie et vent sont au rendez-vous. De belles vues, de belles routes, beaucoup de diversité mais 200km c’est un peu long pour nous. L'impression de ne faire que de rouler ternit les découvertes.

oranges en gros ...
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Journée repos pour le bus et le conducteur. On vise Castel de Fero pour les courses et le café matinal. On a quitté les polytunnels et ça nous soulage. Alméria restera synonyme de catastrophe écologique et d’horreur. Achat de Jamon et steaks hachés , puis Marthe fait les courses d’usage au Mercadona du coin. J’en profite pour acheter quelques pâtisseries et nous partons pour la plage de Rijana annoncée parmi les dix plus belles plages andalouses. Jolie ? Oui, mais un peu pâle en regard de la cocoteraie, Iranja, Farewel ou même Vauville.

Ensuite c’est rétablissement du bus. Vidanges, pleins, le tout gratuitement dans une station service. Top à condition d’avoir la pince pour ouvrir le robinet d’eau… De Nerja on retourne en arrière pour dormir sur un tronçon désaffecté de la route côtière.

Superbe bivouac en surplomb de la mer, petite plage accessible tout près, coucher de soleil; le lieu de rêve. On se parque à côté d’un bus vaudois, ce sont deux filles qui rentrent sur Lausanne après de longues vacances. On se balade le long d’un chemin côtier. Puis je descends à la plage . A midi ce fut repas à la plage d’Almunecar, l’endroit dont se souvenait Marthe et qu’elle avait envie de revoir. Belle journée riche de plaisirs simples.

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Aujourd’hui retour dans les sierras. On remonte le rio Verde jusqu’à Otivar, petites courses, montée à l’atéro qui est bondé de voitures et bus ( mais pas de parapentistes ). Puis le déco, ventilé, mais désert et enfin on aborde le magnifique col en direction de Grenade. On s’arrête pour une jolie balade montagnarde au Pico de Lopera. De là, la vue est magnifique sur les sierras de Almijara, Gajaras et de Chaparal. Il manquait juste un peu de clarté. La mer se devinait plus qu’elle ne se voyait.

On s’arrête dans un camping sur l’embalse de Bermejales en espérant se rétablir comme à Las Negras. Mais ce fut la double douche. Généreuse et chaude sous le pommeau et glaciale pour tous les autres aspects du lieu. On va devenir les ayatollahs du camping sauvage !

Pico Lopera 
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Début de journée : café à Alhama de Grenade. Suivi d’une balade le long des gorges qui bordent la ville sur le rio aba jorio. Passage étonnant le long des moulins abandonnés puis le chant de la rivière nous accompagne avec le vent toujours présent. Retour par le haut de la ville, jolie balade ! Retour au café25 pour commander un polo assado à emporter. Délai de retrait à rallonge, on est en Espagne…

Alhama de Granada

La route nous mène Le long de la sierra d' Alhama, puis celle de Gorda et pour finir celle de LOja. Belles montagnes, bien qu’un peu orageuses… Mention particulière pour les champs de cailloux de la sierra de Gorda près de Zafaraya. Pour la nuit on vise l’embalse de Iznajar. P4N nous propose un parc à l’Est de la ville. Je m’y dirige au nez et on se retrouve dans la vieille ville. Après quelques errances je choisis la rue la moins étroite en sens unique. Et bientôt je me dis qu’il va falloir faire demi tour. Si possible… Et là, à 5 mètres devant, la guarda civile me fait signe de la main avec un air grave du style : Mon gars ça va pas le faire comme ça ! Il s’approche, on échange quelques mots en anglais, il me propose de reculer ou faire demi tour un peu plus loin. Je choisis le demi tour. Au retour il réapparait, un papier à la main. Le P.V. pour le sens interdit ? Non, juste un plan de la ville et il nous explique où l’on peut passer la nuit. Décontracté et sympa, un humain dans toute sa splendeur. Merci l’univers.

sierra de Gorda, Iznajar 
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Hier c’était des champs de pierres, aujourd’hui ce fut des oliviers à perte de vue. 100km de vallées et sierras avec ces arbres en constance. Magnifique ! L'idée de dormir au milieu des oliviers s'est imposée. Et après beaucoup de km, une route trop étroite qui nous redirige sur Jaen, l’emplacement de nuit tarde à se présenter. Et nous voilà finalement sur le flanc de la sierra Magina, sur un chemin de cailloux au milieu d’un verger d’oliviers. Le site semble parfait, on se balade un peu dans la plantation et au retour on place le bus.

un océan d'olivier

Tout est parfait jusqu’à l’arrivée des proprios avec les tronçonneuses… Alors que fait-on ? On négocie, on se bat, on se barre ? Je sors et engage la discussion avec le plus âgé. On va rester là avec sa bénédiction. Encore une fois, l’homme est spontanément enclin à discuter et lier connaissance. Je me demande pourquoi j'ai si souvent peur de tout et de tout le monde. On se met à la cuisine: pâtes, oignons, poivrons sauce tomate et tranche de viande.

camouflage olive 

Le tailleur s’éloigne, sa Stihl devient moins agressive, la vie est un long fleuve tranquille. La sauce mijote. Ce bus est un beau lieu de vie. Un bel endroit, cuisine à deux, Archive à la boom, beau temps annoncé demain, Marthe répond à Walter, Bianca dort à mes pieds, le soir arrive, le vent s’est levé et le ciel repeint ses bleus en gris. Oui, au milieu de ces oliviers séculaires, la vie coule. Elle est bien généreuse à mon égard. Merci !

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Aujourd’hui un peu moins de route. Le réveil dans les oliviers fut sympa mais froid ! Heureusement que le bus chauffe bien. On s’est levé avec le soleil. C’est pas qu’on se soit levé tôt ! Non, c’est le soleil qui était en retard.Nous faisons route vers Guadix à travers un long haut plateau aux pentes douces et vertes de céréales. Le Mulhacen blanc de neige et la Névada coiffée de nuages soufflés par le vent de Sud-Est scintille à l’horizon. C'est superbe.

Parcage en ville de Guadix sans trop de problèmes. Le temps que l’on cherche à prendre le train, on avait déjà vu l’alcazar, la cathédrale, le centre ville et presque le Barrio de cuevas ! Alors arrêt apéro en ville puis marche dans le Barrios sans loco. Ensuite on roule jusqu’aux sources de Alicun de las Torres. Marthe ne semble pas intéressée par l’idée de s’arrêter à l’hôtel et nous repartons en direction de Jabalcon en remontant un canyon

Guadix 

A sa sortie, sur le plateau, un chemin nous mène au site monolithique de Gorafe. On marche quelques km le long de la falaise. Il y a plus de 100 tombes et monuments le long du précipice. Etonnant et plaisant, on décide d’y passer la nuit. Le vent se lève, furieux. Et c’est sous ses coups de buttoir qu’on s’endort.

Gorafe 
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Journée tranquille, achats à la carniceria puis au petit mag de Zujar. Ensuite, bain thermal au resto du bout du lac de Negratin. On triche un peu aux bains et on se fait prendre. Je dois faire profil bas avec le serveur et rapidement quitter les bains avec Bianca. Mais c’est pas catastrophique et on prend le repas sur la terrasse en compagnie des chats du coin qui se moquent bien des interdits…

Le serveur se détend et nous sert entrée, chuletas, postres, café et cervesa : 27 euros pour lesdeux, bain inclus : Rien à redire ! Ensuite on monte au déco et là on se fait démonter par un vent qui avoisine les 50 km/h. On s’engage en balade en direction du second sommet. Arrivés dans le col, le vent est si fort qu’on rebrousse chemin. Nous redescendons et laissons tomber l’idée de dormir dans la sierra. Marthe choisit le replat sous le bistrot pour la nuit. Un gars bizarre et saoul nous interpelle. On finit par quitter le lieu et on se réfugie près d’une aire de loisir au bord du lac un peu plus loin.

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On a décidé de se rapprocher de Malaga. Alors on a tracé les grands axes jusqu’à Antequera. En route, on visite une zone de camping nature dans la sierra de Huetor, un peu avant Grenade. Très sympa mais il va faire froid et Malaga est encore bien loin. Nous reprenons notre bâton de pèlerin allons faire le service bus à Campillos, puis nous passons par Teba pour voir le déco avec 30km/h de cul. C’était prévisible mais on ne se refait pas …

Et finalement on campe près du caminito del Rey. Petite balade sympa au soir jusqu’au lac par un beau sentier jonché d’iris sauvages. Puis dodo. Journée sans prétention mais bien vécue en regard des km que nous devions parcourir.

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Nous avons pris un gîte pour deux nuits. Histoire de changer, de se doucher et de faire la lessive. Samedi on va retrouver l’équipe de la transAndalousie. Alors un peu de tranquillité sous bonne garde n’est pas de refus.

29.03.19  Mijas, El Camerote


Nous voilà retapés, lessivés, nettoyés, et même un peu bronzés !


30.03.19, Pinos Genil

Le rendez-vous de Romain est à proximité de Grenade … Sur la route qui mène au déco de Cenes. Nous explorons un peu. Un beau coin près du lac de Canales se présente. Mais pas moyen de trouver quelqu’un pour l’accueil. On repart et finalement on stationne sur un parc à l’entrée du vieux Pinos Genil. Calme, spacieux, au bord du rio Genil et bien placé pour rejoindre le groupe.

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Romain nous a proposé la Herradura. La météo semblait plus que médiocre sur météoblue. On a roulé dans le brouillard tout du long. Arrivés sur la côte, il pleut et pas un souffle. De plus le même scénario est prévu pour demain, je soupçonne Romain de meubler. Mais, le temps d’un café sur la plage, un peu de vent se met en place. On monte au déco, il s’arrête de pleuvoir, le vent s’installe, léger. Je mets en pratique l’adage du sage parapentiste et m’envole. C’était juste-juste mais suffisant. Je me maintiens 10 minutes tout seul.

improbable, le vol n'en est que meilleur ! 

Puis Alain me rejoint. Il plafonne 10m sous moi et bientôt le vent se renforce. Tout le monde se met en l’air et je finis par quitter la zone où tout le monde se suit et se poursuit jusqu’à ce que peur s’en suive ... Le vent cale, il se met à pleuvoir, on se retrouve au bistrot pour un repas sympa sur la plage. On remonte, tout se remet en place. Nouveau vol qui se termine par un atéro forcé par manque de brise inopiné et ponctuel. On remet la compresse, j’en ai déjà presque assez et je tarde un peu au déco. Après 30 minutes, je m’y remets, profite d’une brise qui se renforce et vais assez vite poser. Tout le monde fait pareil, on remballe, heureux, ravis de cette journée improbable, pour tout dire inespérée..

Une équipe sympa et des pilotes aguerris. Alain accompagné de Vincent et Yvan du Sud-Ouest. Et Bernard qui vit dans le Vercors.

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Aujourd’hui c'est Jabalcon, le site de rêve. Lieu magique pour un vol magique. Le premier est un peu juste en brise et thermique. Je teste la Xi que Romain me prête. Légère, facile, un plaisir au sol. Et en l’air : sans angoisse ni questionnement. Peut-être un virage un peu savonnette lorsqu’on quitte le virage léger. Mais bien sympa. Même au premier vol, j’arrive à enrouler quelque chose qui me permet de rejoindre l’atéro…

Puis on remonte et là ça s’est mis en place. Du thermique dans la pente et sur la plaine. Plaf 200m en dessus du sommet, je repose même comme une fleur au déco dans le champ de vision de la caméra de Marthe. Le paysage est magnifique, nous sommes tous sous le charme.

Jabalcon 
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On a tracé le bitume dans le brouillard et nous voilà à Algo pour un premier vol avec tentative de cross sur Ronda. Je me refais au premier point grâce à un pilote du coin et aux conseils de Romain mais manque le second en me faisant enfermer sous le vent de la brise venant du lac… Bernard me rejoint et nous serons les moins bons du groupe. Vincent colle au baskets de notre ouvreur et finit à Ronda.

Un moment d’éternité : En fin d’après midi on monte au déco ouest. C’est travers droit, on attend un peu puis nous rejoignons le déco nord. Il y a du monde, un instructeur polonais tente de diriger un élève. C’est dur et ça dure, je m’arrange pour décoller sur le bord et suis le premier en l’air. Ca porte bien tout le long du relief, le but du vol est de poser au resto côté NE. Au bout des falaises, j’aperçois des vautours qui enroulent. Je les rejoins et me mets en virage stable au milieu d’eux à contre sens. Incroyable, il m’acceptent là et nous tournoyons ensemble en nous élevant. A leur taille et leur couleur claire, je distingue des juvénils. De plus gros gabarits sombres sont là aussi comme pour surveiller. Certains, en venant à ma rencontre passent très près de moi. Face à face calme pour nous tous, je suis en totale confiance. Trop tôt , nous sommes au top, les barbules apparaissent, je dégage vers le nord et mes animaux totem disparaissent, s’évanouissent. Nous avons bien pris 500m ensemble, J’en ai plein les yeux, plein le cœur et plein l’âme.

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Voilà un nouveau site qui donne sur la ‘plaine ‘. Vue dégagée et ciel de traîne par 14 km/h de N. Pour un site en Ouest, ça laisse songeur. Je vole ma PI. Elle est béton. J’enrage un peu car Vincent transite bien mieux que moi et je dois me battre pour m’extraire sur les deux éperons alors qu’il enroule déjà au dessus. Mais ça le fait et une fois extrait, je laisse tomber le groupe, suis ma voie en plaine et exploite des petites ascendances jusqu’au plaf. Je retrouve le virage ‘à plat’ de la PI. Particulier et fatiguant mais c’est la seule façon efficace de tirer parti de cette voile. Beau site et magnifique endroit pour dormir au déco delta. Nous quittons le groupe. La météo tourne, Romain veut rentrer sur Cennes, nous continuons dans l’autre sens, c’est le moment des adieux. 4 jours de vol bien réussis, Romain a assuré.

El Bosque 
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On a presque passé la journée à gérer le service bus. Le changement du détendeur de gaz qui ne fonctionnait pas a pris du temps. Après cela on s’est baladé dans la sierra de Grazalema.

Grazalema 

On charge un stoppeur sur la route et le déposons à Grazalema puis recherche d’un lieu pour la nuit. Ce sera finalement un parc pic-nic au bord du lac de Zahara. Sympa. Grillades et extinction des feux. Il pleut durant la nuit…

Zahara 
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Au matin ce fut de nouveau difficile de sortir du parc. C’était quasi plat. Mais on découvre sous l’accueillante première couche du sol, une structure de quelques centimètres pleine de limon n’ayant aucune adhérence. Effet peu de pêche, il s’en est fallu de peu pour qu’on reste bloqué. Mais il ne faut jamais rien lâcher ! Et ne pas sous estimer l’instinct qui te fait remettre encore une fois le contact, mettre quelques cailloux et branchages sous les roues, tourner les roues un peu vers la pente et retenter avec conviction et succès la sortie. Yes !

Arrêt bocadillo (excellent) près de Séville. Et arrivée à Matalascanas après 200km de route. Beaux paysages avant Séville, nous engageons une balade sur la plage avant que l’orage n’arrive et rentrons juste à temps. Tout est question de timing. Ce matin, à Zahara, sous la grêle, alors que je venais de sortir du parc, le bus crépi, je râlais. Très vite le chemin de sortie ressembla à un ruisseau. Nous étions sur le bitume et en deux minute l’orage effaçait déjà nos traces... Finalement : Merci l’univers !

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Aujourd'hui, le vent est trop fort et trop travers pour espérer voler. On se balade dans les dunes pas loin des pontons que l’on avait empruntés avec les pieds nickelés en 2010. Petit bronzage intégral cool ! Bistrot à Mazagon avec Lubina pour moi et Presa pour Marthe. Pas facile de vivre avec un chien en Espagne. Le pero est mal venu à beaucoup d’endroits. Bistrots, parcs naturels, hôtels, locations : même chanson, no pero. On ne peut pas assassiner les taureaux et apprécier les chiens ! Et puisque c’est l’heure de la critique acerbe, je rajoute : L’Espagne est sale, sa gastronomie discutable et ses horaires mal pratiques ! Mais on s’adapte et au besoin on triche un peu. Mais non, Marthe, je rigole !

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Levé tardif, la nuit fut chaude et bien agréable. Je propose d’aller à Matalacanas. Là, la côte est mieux orientée pour la tendance Ouest et le vent est moins ‘dur’ que hier. Je n’ai pas beaucoup d’espoir mais l’envie et l’instinct sont là. Et bingo ! Arrivant là où on avait dormi , Marthe me dit : il y a un pilote qui déplie. Ni une ni deux, je me parque et file me mettre en l’air. C’est juste – juste au déco et je vois 4 voiles qui crapahutent au ras des pentes en traçant la côte en direction de Mazagon. Je me lance à leur poursuite. Ca le fait assez bien et même de mieux en mieux car le relief est maintenant mieux orienté. Je passe le lieu de bronzette. Au loin les voiles poursuivent encore. Le relief devient moins haut et moins bien orienté. Bientôt une voile rebrousse chemin. Puis une seconde. J’en laisse passer une et fais demi tour aussi. Et là c’est un peu la claque. Impressionné par la vitesse sol et sa proximité, je n’ose pas trop coller au relief et finis par me reposer à la plage en compagnie d’un pilote allemand. Je suis à des plombes de Matalas ! Je tente la remontée du talus en crabe, face au vent. Merci les heures au sol ! Je me retrouve bientôt au sommet alors que mon acolyte me regarde médusé. Je rentre, joue encore un peu à poser et repartir. Ça devient musclé, les phases statiques face au vent s’allongent, les locaux plient, je fais de même. Matalas, l’un de mes phantasmes est fait et bien fait ! Je tenterai encore demain matin tôt. Puis ce sera Rio Tinto, l’Estremadura louée par notre auto-stoppeur; déjà le retour...

Costa Manelli  
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Réveil douloureux. J’ai réglé la sonnerie à 5h00. Il souffle et il bruine. Je me remets aux plumes jusqu’à 7h. Puis je m’habille et roule sous la pluie jusqu’à Matalascanas alors que Marthe dort encore derrière. Une première ! Arrivé sur place la pluie cesse. J’attends encore un peu puis je me mets en l’air, seul sur cette immense plage. Le vent est bien là et mieux orienté que hier. Ca porte mieux. Je trace un peu en direction de Mazagon.

Faire tout le trajet me titille. Mais au loin c’est bien gris, je n’ai même pas mon natel et je suis désespérément seul. Bientôt je rebrousse chemin et joue à proximité du déco. Le vent forcit encore, je finis par poser près de la dernière baraque. Retour à pieds plus long que prévu… Puis départ au nord, le retour est lancé. Je vise la région de Minas en espérant nous balader le lendemain le long du Rio. Mais au final la route nous amène au départ d’une randonnée sur le rio Tinto. On s’y lance et on marche 11km. P4N nous trouve un parc en face des mines. On y dort agréablement mis à part lorsqu’un automobiliste joue les indiens et tourne autour du bus en faisant crisser les gravillons. Pas méchant mais peu agréable tout de même. Journée bien chargée avec du vol, de la route et de la balade le long de ce rio Tinto qui était bien étonnant.

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Petite journée. Service bus à une station service dans des conditions abracadabrantes, belle route dans ce début d’Extremadura. Vastes paysages doux, grandes plaines de vigne, sierras de chênes lièges; nous finissons à Alange, village romain près du lac du même nom. On stationne près du barrage à côté d’un monstre allemand. Le gars nous tient la patte, il semble en manque de comm.

Je gravis la colline avec Bianca et découvre ce magnifique lac au soleil descendant. Dans la journée, j’ai acheté du Jamon et trois tranches de Presa à griller. Je les cuisine sur le grill, un véritable régal !

Alange, extremadura 
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Encore une journée repos. On longe le rio Guadana, on s’arrête à Mérida pour trouver un point orange. Puis on roule jusqu’à Fuente del Trampal près de Carmonita. On y réserve la piscine. Elle n’est ouverte qu’à partir de 17h30 alors on va se balader dans le coin.

Nous trouvons un endroit pour la nuit dans la Dehesa, au milieu des chênes, avec une belle ouverture sur la plaine rase d’herbe mi haute et déjà un peu sèche. Après le bain, on s’y place. Je gonfle et vide ma voile des gravillons de Matalascanas. L’air est chaud et puissant, la nature s’impose, généreuse mais sans docilité.

le soleil se couche, la lumière est magnifique, les chênes laissent deviner des racines profondes, leur port d’arbres mûrs impose force, respect et pérennité, l’étendue d’herbe apporte une note de douceur et d’infini, le temps est comme suspendu; Ce lieu a quelque chose de magique !

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Route sur Caceres et arrêt à Los Barruecos. Merveilleux endroit où l’on imagine voir des lutins à chaque détour des blocs granitiques érodés qui parsèment le secteur. Mais non, ce ne sont que des cigognes, par dizaines, par centaines peut-être. L’endroit est beau.

Mais la longueur de la balade et une altercation avec une bimbo espagnole finit par contrarier Marthe. La tension monte. Je choisis, un peu unilatéralement, un beau coin pour cuisiner un peu et prendre le soleil, pensant avoir parqué le bus pour la nuit. Mais non. Marthe ne s’y sent pas.

Je la charge de choisir elle-même un autre lieu. On finit de l’autre côté du parc, sympa aussi mais avec moins de vue… Il lui faudra juste un demi jour pour analyser et clore le sujet. Nous finirons par en sourire et ce sourire redonne tout son charme à ce bel endroit.

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On remonte au nord. Je laisse tomber l’idée du parc de Montfragüe et on finit dans la vallée de la Jerte . Un peu comme le haut Valais où l’on ne cultiverait que des cerisiers. D’ailleurs j’en achète un ! A planter à la forge. Mais avant il va falloir se le coltiner dans le bus… On se fait la balade de Garganta del Infiernos. Cool ! Remontée du vallon sur 300m de dénivelé par un joli sentier. Puis accès au rio qui a creusé plein de marmites dans le granite. Très sympa, on s’éloigne un peu du sentier en remontant le cours d’eau. On se pose au bord de l’eau pour un pic-nic et vivre un peu, je finis même par me tremper un court instant dans cette eau si justement appelée ‘vive’. Et ce fut pour le moins vivifiant ! On finit au col qui sépare l’Extremadura de la Castille-Léon. J’ai déjà la nostalgie de cette région. Ses paysages, son ambiance et ses arbres étaient de toute beauté.

Garganta de los Infiernos 
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Ce soir on dort dans un magnifique parc avec quelques campers. Mais c’est si grand qu’on se croirait seul. Oui, ce lieu est superbe. Forêt de pins sylvestres d’âge respectable, sol jonché d’herbe rase et clairsemée et, en bordure, coule la rivière. Vive, claire, ondulante, même ses zones en algues sont chatoyantes.

On s’y est baladé un peu à l’aventure. Rive droite jusqu’à un vieux pont à arche. Puis rive gauche en attendant patiemment le pont suivant. Paisible, reposant. L’Espagne est vraiment riche en sites de qualité. Chaque jour apporte son lot de découvertes.

Aujourd’hui ce fut Avila et ses remparts puis Ségoville avec son aqueduc et sa cathédrale et pour finir cette superbe forêt de pins. On a notre compte et, même sans vin blanc, le risotto bolet sera le bien venu !

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J’ai quitté à regret le parc de hier. J’aurais bien traîné un peu dans le coin mais, d’un autre côté, le retour vers le nord pousse sa corne… On débute par un retour sur Ségovie puis la N110. Cette route nous accompagne depuis un bout de temps. Petit crochet pour voir le village médiéval de Pedraza.

Puis Covarrubias où nous mangeons qqch sur une jolie place au soleil. On cherche ensuite sans succès un site naturel et finissons dans un parc installé en bordure de route dans une forêt d’ifs. Marthe se sent lasse, je vais me balader seul une heure dans la sierra. En rentrant je suis disponible, Marthe aussi, alors c’est à trois que nous allons nous aérer le long de la rivière. Le partage est là , agréable, sans contrainte. C’est une des grandes réussites de ce voyage. Malgré ou grâce au confinement, nous nous sommes souvent retrouvés.

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De temps à autre, il faut un souffre douleur, un bouc émissaire, un truc qui ne peut se défendre. Alors le voilà. Perdu dans son humidité et sa froideur, même la voie ferrée ne l’a pas supporté et a quitté le lieu. Du coup le site est réaffecté en voie verte. 4 euros pour le service de bus et les douches c’est pas cher mon frère. Mais c’est trompeur tout de même. Les douches, installées dans une sorte de container , jouxtes des toilettes odorantes. Rajoutons-y la vétusté et le froid ambiant; le terme de douche y perd son sens. Voilà, j’ai bien bavé, je suis soulagé !

ça va pas vers le beau  !

Aujourd’hui, nous avons fait halte à Burgos. La visite de grandes villes n’est pas facile avec le bus. Les parcs adaptés sont à perpette du centre. Nous avons passé le plus clair de notre temps à nous déplacer dans des grandes rues plantées d’immeubles inintéressants. Il va falloir trouver des stratégies. On avait prévu faire le service de bus au parc à Burgos. Mais les forains squattent le lieu.. Alors on choisit sur P4N le site maudit en remplacement. A peine sorti de Burgos, le mauvais temps nous cerne. On résiste au mieux mais nous finissons tout de même sous une pluie battante pour un bout de temps. Dommage car la région semble regorger de grottes, défilés et monuments naturels de toutes sortes. Mais le coeur n’y est pas. L’appel de la côte cantabrique prend le dessus et je m’endors en rêvant d’atlantique et de soaring.

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On a quitté les terres, nous voilà sur la façade atlantique. Stop à Santillana del Mar. Vieux village médiéval, beaux bâtiments, cidre à 1 euro les 2 cm, c'est un peu trop touristique mais beau tout de même. Puis la pointe de Torco del Afuera. Balade au vent d’Est mais au soleil. Cool, l’océan ça change la vie. Détour par le Decathlon du coin pour refaire le plein de socquettes. P4N nous dirige sur Usgo. Joli coin. On se balade sur la plage. Puis je monte sur la colline avec ma PI. Les agriculteurs du coin me renseignent et vont jusqu’à m’ouvrir le parc… Au sommet la vue est belle et engageante, un petit souffle lèche la pente.

Je déplie, contrôle quelques secondes ma voile en statique et m’envole le cœur léger en chantonnant : Je ne l'écoute jamais, je fais ce qu'il me plait car encore ne connais ni remord ni regret... Pose sur le sable, voler en parapente reste le must. Je plie près d’un bus que je soupçonne être Suisse. Juste, ce sont des Soleurois. J’échange avec plaisir avec eux . Marthe prépare le repas, j’écris le journal, nous avons fait la sixième photo. Voilà donc 42 nuits passées. Même bien remplis, les jours filent à toute vitesse. Marthe parle déjà des prochaines destinations, c’est bon signe !

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Levé tard, balade avec ma pelle, rallonge de balade le long des falaises : On part pas bien tôt ! On passe Santander et rapidement on vise un arrêt sur la côte. Demain est annoncé pourri, nous préférons profiter du temps au lieu de rouler. On se balade sur les dalles rocheuses jusqu’au petit cap. Puis direction le village où on ne trouve pas le café espéré et nous rentrons au bus. Je descends sur la plage et trace un grand ‘Ibericu19’ pour la postérité qui ne dure jamais plus de 12 heures ici.

On se met à la cuisine. Au menu: Patates, boeuf et poivrons. Succulent comme d’hab. On va bientôt recevoir des étoiles… Douches dans les règles de l’art-bus. Puis soirée plaisante. Il souffle fort et on essuie même quelques gouttes de pluie. Le lieu est chouette une fois encore. On est stationné sur une arrête. A l’Ouest et à l’Est : la côte. Au nord : le grand large et au Sud une plage qu’un bras d’océan alimente par l’Ouest.

Et, au dessus, une montagne surmontée de deux arches baigne dans des dunes perchées qui tentent de la gravir. Une carte postale ! Marthe ne compte pas moins de 19 véhicules dans la soirée. C’est la semaine sainte, les Ibères sont en vacances. Mais comme le site est grand, on ne s’est pas senti gêné.

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Journée un peu lourde. La pluie était annoncée en quantité dès le matin. Et ce fut le cas. On a décidé de rouler et de se rapprocher de la France. Sur le chemin on vise l’ermitage de Gaztelugatxeko Doniene. Oui, il faut le lire pour le croire… Chouette à découvrir car en y allant, le plafond est si bas qu’on roule 20km dans le nuage. Et à l’approche du site, on redescend de quelques dizaines de mètres et ça s’ouvre. Il a cessé de pleuvoir, on peut se lancer en pédestre et faire sonner trois fois la cloche.

Puis nous peinons à faire le plein d’eau, ici c’est jeudi saint ! J’ai un petit torticolis et les km se font sentir sur ces petites routes sinueuses. Nous finissons à Orio, fourbus et le moral un peu dans les chaussettes. Mais un apéro-sieste, un rizotto congelé, 1 petit verre de rouge et une soirée en tête à tête me requinque. C’est la magie du bus… Le vent d’ouest que j’espérais pour la côte atlantique ne sera pas au rendez-vous. Je vais laisser tomber l’idée de remonter la côte landaise. Pas facile le parapente ! Alain me conseille de voir le site de Baïgoura. J’hésite.

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Ce matin au réveil, nous étions 11 camper à Orio. C’est les fêtes de Pâques, les Espagnols sont de sortie. Il a encore plu et les deux pèlerins en hamac et tente ne nous font pas envie… On se rend compte qu’on se retrouve souvent avec des vans là où on s’arrête. Pas trop étonnant, on a plus la philosophie van que mobile-home.

Baigura 

Aujourd’hui, suivant les conseils d’Alain et mon topoguide, on s’est déplacé sur le site de vol de Baïgoura. Arrivés à l’atéro, je me renseigne. D’autres navettes sont prévues. Cool. Un petit train de parc d’attraction arrive. C’est la navette. Le tracteur n’est plus ’Security correct’, il a fallu le remplacer. Au sommet, petit face, je décolle juste après les biplaces.

Le site est beau avec ses reliefs arrondis aux alentours. Petites conditions mais il y a quand même de quoi enrouler sur les pentes. Je m’applique et fais durer le plaisir une demi heure, c’est bien venu. Puis on trace sur le col annoncé par P4N. La contrée apparait comme Un amoncellement de monticules verts et arrondis. C’est de toute beauté, on se croirait dans un immense Oberland sans Alpes derrière… Pic-nic , balade depuis le col et rencontre de ces petits chevaux que sont les Pottock. Petite papote avec un campériste qui nous a rejoint et me voilà à l’écriture de ce journal. Le temps me rejoint, le futur s’impose ! Tout à l’heure ce sera Bircher sans banane. Puis lavage, massage d’épaule et ce sera bien vite le moment d’éteindre les feux, une fois encore, la vie coule, sans attendre, belle et vécue.

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Nous voilà non seulement en France mais dans un lieu où la grande majorité des gens causent comme nous ! Ça fait du bien. La carte sim orange fonctionne mais à la vitesse d’un vieux modem analogique. Pas simple de s’éloigner du statu de ‘mouton à lait’. On s’arrête à un marché et y achetons de quoi survivre et des épices d’Espelette puis direction Tarbes pour avancer un peu. On stoppe au bord du lac de Garbas et en faisons le tour à pieds. Jolie balade de 11km, Bianca se montre bien raisonnable avec ses congénères, une réussite de plus ! Ensuite : grillades lard et saucisses.

La journée n’est pas mirobolante mais bien sauvée par la balade. Déception au sujet des chaussettes décathloniennes. Je vais les refiler à Marthe...

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Ce matin: Conciliabule et décision de quitter le SudOuest en suivant la Dordogne. Je n’avais pas encore véritablement exclu la possibilité de jouer au sable sur la côte. Mais la météo est trop capricieuse pour patienter encore dans le secteur. On se prépare donc à une journée route en visant Bergerac. 185 km quasi en ligne droite Vers le nord. Trois heures de conduite, on traverse les landes sur la moitié du trajet. Lignes droites, pins à l’infini, mer de sable dans les quelques endroits déboisés, on croirait avoir quitté soudainement la France. On se parque sur la berge de la Dordogne, à la sortie de Bergerac près de la retenue EDF. On se lance en balade en direction de la ville et nous découvrons un centre sympa. Embarcadère sur la rivière, constructions mélangeant divers styles de façades, ça nous aère. On hésite à prendre un café qqprt. Je propose à Marthe de le prendre dans mon bus. Elle me répond : Ok et plus si affinité. Ca ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Et je la fais rire en lui disant que ce sera consigné dans le journal de bord. Au bus Marthe prépare un mélange de riz que j’avais acheté chez Lidl lors de notre entrée en Espagne. Triste déconvenue, c’est carrément pas bon. On se rabat sur du lard et saucisses à la poêle. C’est mieux mais à l’avenir : plus de grillades dans le bus ! Je vais donc prévoir les outils nécessaires. Poêle téflon pour le ‘vaisselier’ et pare-vent pour ce grill qui n’aime pas plus le Mistral que la Tramontane. Et de sept !

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C’est soirée repos bus. On a choisi un hôtel sur la route, un peu après Sarlat, à Roufillac. Aujourd'hui, on a voulu visiter les grottes de Font de Gaume. Mais c’était lundi de Pâques et les visites sont fortement limitées. Au bureau, un gars sympa me propose de revenir mardi à 8h, de prendre la file d’attente et de patienter jusqu’à 9h30 pour l’ouverture du bureau. Ensuite , selon la position d’attente, la visite se fait dans la journée… Bof ! On ressort, déjà prêt à faire un trait sur les grottes quand je me dis que je n’ai pas bien managé tout ça. S’il y a quelqu’un qui peut me proposer une solution, c’est ce gars. J’y retourne et lui demande ce que l’on pourrait voir en peintures rupestres dans le coin et cet après-midi. Il me propose sans hésiter la grotte aux 100 mammouths à Rouffignac. On y va et après 800m de petit train dans ce boyau sec, le super guide narrateur nous fait découvrit la première gravure. Le faisceau de sa torche, arasant la paroi, fait apparaître un mammouth. Il est là depuis 13000 ans. C’est un Homosapiens qui l’a créé. Il est d’une beauté troublante et tout ce que l’on va voir par la suite est beau, surprenant et émouvant. Cela restera un super souvenir, une merveilleuse découverte, une expérience.

Ensuite, arrêt à Sarlat la canéda. Beau, bien léché, propre en comparaison de l’Espagne, mais trop touristique. Dommage car certains coins de la ville sont dignes d’un film moyenâgeux. Et l’unité de couleur des bâtiments construits en pierre jaune est impressionnante. Jean Nouvel y a créé un marché couvert, après les mammouths ça m’a fait penser aux marchands du temple… La journée se termine par salade de gésiers, foie gras, magret, confit de canard, pdt à l’ail, fromage, dessert, café Stoooooooop !

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La météo pour ces prochains jours est carrément mauvaise. Aucun regret d’avoir laisser tomber la côte Aquitaine. Ici, au moins, on s’active à rentrer… Nous avons suivi la Dordogne toute la journée. Belle route qui nous a amené près de Salers. Puis au lieu de tracer les monts du Cantal, nous avons poursuivi la remontée des gorges. Et enfin petit écart pour bivouaquer au lac de Triouzoure. Journée sans grande prétention mais bien vécue tout de même. On se sent sur le retour. Content , oui ! Mais la nostalgie transpire. Déjà, on analyse, on se rappelle, on compare. Déjà, les souvenirs me hantent.

Je me réjouis de préparer un prochain périple. Marthe parle de Cap-taxi-rallongé ou de Cotentin et même de Highlands. Moi je rêve De Dalmatie, de Baltique et de Nord.. Ibericus19 n’est qu’un début.

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Ce matin la pluie nous a cueilli au lit vers 5 heures et n’a quasi pas cessé jusqu’à midi. Juste une accalmie lorsque nous avons voulu voir le site de St Nazaire. Ce ‘Loukout’ sur la Dordogne et l’un de ses affluent était humide mais sympa. Puis direction le Mont Dore et ses puys. La neige nous y attend. Au col il fait 4 degrés. Mais bientôt le soleil est de retour et en suivant la Sioule, on retrouve bien vite un 15 degrés agréable.

Marthe vise un camp à camper avec toutes options. Une fois encore les gens du cirque sont là… On vise le suivant et nous voilà à Manzat, derrière deux poids lourds. Ce n’est pas tous les jours Byzance. Mais Marthe ne lâche rien et trouve le truc qu’il faut. : Un pizzaiolo . Il nous prépare le remède : Pizza partagée. On en oublie les km et la douche spacieuse volée. La pluie réapparait et met de la buée sur les vitres. La médiocre vue extérieure laisse place à l’intimité du bus sereine et apaisante. La nuit peut venir.

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Au final Manzat c’était pas si mal ! Nuit calme, les deux camionneurs sont partis au matin, on ne les a même pas entendus partir. Hier il a plu à 50 pourcent. Aujourd’hui, les soldes sont terminés, pluie à 100 % ! Il n’a plu qu’une seule fois de 5h à 21h. On a eu quelques infiltrations sur le lanterneau et la porte arrière. Le sol du bus est boueux, les linges de Bianca mouillés, le matelas humide au coin de ma tête. Là on prend conscience des limites de viabilité dans un bus. Mais ce n’est pas grave, quelque-part ça manquait à notre expérience. On s’en sort un peu plus armé. Le bivouac fourni par P4N aurait été parfait sans ces trombes d’eau. Les sites de vol libre sont souvent un bon plan. Ce soir pourtant il est bien fréquenté. Cela nous met même la pression car les gars ont des allures un peu ‘space’.. Et de bizarres mouvements de véhicules à 22h nous interpellent. Mais non, on se retrouve presque seul rapidement, sans casse ni accroc. Et le lendemain, il fait beau.


On file, droit au but, dans le rétro roule le bus orange...
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Dernière journée de presque huit semaines de vadrouille. Nous en sommes tout 'chose'. Sentiment bizarre entre tristesse , lassitude et bonheur-zen. Et là, sur cette route que nous avons empruntée à notre départ, nous sommes un peu incrédules. Tout s'est passé si vite. Pourtant l’image du haut Aubrac me semble bien lointaine, mon couteau de Thiers est déjà bien approprié et le Gabo de Gata a pris des teintes de souvenir; la Vie ne nous attend pas. Nous n'avons pas eu de problèmes majeurs mais plutôt des solutions heureuses. Ce fut un magnifique retour aux sources, à la simplicité et à l’essentiel. Nous nous sommes retrouvés, par la force des choses, obligés et satisfaits de vivre et communiquer l’un sur l’autre, 24/24 et 7/7. Cela me faisait peur et maintenant ça m’émeut. Sur le retour, à deux, malgré la fatigue, le froid et la pluie, on imaginait sans cesse le futur du bus orange. Moins de km journaliers, plus d’arrêts genre Matalascanas ou Las Negras. De nouvelles contrées ou du 'Cotentin' reposant. Tout nous est ouvert !

Au nord, l'horizon est ouvert, le temps se dégage.