Quelques anecdotes totalement subjectives et partiales. Tout est idyllique avant le départ, mais la réalité reprend vite le dessus ...
Du 21 au 25 avril 2018
5 jours
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Le tunnel Aragnouet – Bielsa, qui permet de passer de France en Espagne, est plutôt vétuste. Il est long de trois kilomètres et il est en circulation alternée. Il y a un petit embouteillage au feu rouge à l’entrée. Dans le tunnel, on doit garder une distance de 100 m entre les véhicules, mais ça ne plait pas à tout le monde… Il est 13h quand on arrive à Bielsa. La petite route qui remonte la vallée de la Pineta nous amène à une aire de piquenique bien agréable, avec vue sur les massifs enneigés des Pyrénées aragonaises. Le temps est au grand beau.


Un peu plus au sud sur la A138, et 10km avant Ainsa, une petite route grimpe la vallée de Vio où on débouche sur le canyon d’Anisclo assez impressionnant. Des sentiers de randonnées y serpentent le long des falaises et leur parcours semble plutôt aérien … On redescend vers la vallée d’Ordessa, qui va vers le nord à l’entrée du parc national du Mont Perdu.


Dans le village de Broto, toutes les boutiques sont fermées ! On espérait pourtant y compléter nos courses…


Quelques minutes plus tard, on arrive au petit village de Fragen où se tient la Casa Brandes, qu’on a trouvée sur le site toprural.com. Les maisons à étages et en pierres nues et les ruelles étroites rendent une atmosphère rude, celle que devait vivre ses habitants au siècle passé. À présent, presque toutes les habitations sont converties en villégiatures… Une petite dame souriante nous accueille et nous fait visiter son gîte : notre « habitacion con bano », la salle à manger où se prend le petit déj, mais où on peut s’installer pour nos repas si on souhaite utiliser nos provisions. La dame nous prodigue maints conseils et recommandations.


Il nous reste juste le temps pour faire une petite rando jusqu’au village de Broto, à 3 km en contrebas. Ça débute par une promenade à travers des prairies puis une pinède, puis ça se termine par un sentier étroit, pentu et caillouteux. On longe un torrent bouillonnant qui provient d’une belle cascade bien nourrie par la fonte des neiges et fendant des couches géologiques tourmentées : le site de la cascade du Sorrosal (Geoparc de Sobrarbe).

La cascade du Sorrosal (2 ) - Le parc de Ordessa


Au village de Broto, les boutiques viennent d’ouvrir : il est 17h. Il faut se mettre au tiempo espagnol…


Retour au gîte par le même chemin.


On grignote notre repas du soir : manchons de poulet texmex arrosés de Rioja Crianza (15° !).

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Il nous faut trois heures pour quitter les Pyrénées aragonaises enneigées et nous retrouver dans les terres dépouillées et arides des Bardenas reales. Cette vaste étendue pelée et chaotique attire les amateurs de randonnées et de cyclotourisme : on y parcourt, sur des itinéraires réservés, des paysages ravagés par l’érosion sculptant comme au couteau des parts gigantesques de gâteau de sable et de grès.


Pour notre compte, on parcourt plusieurs dizaines de kilomètres… en voiture, sur des pistes poussiéreuses. Quelques arrêts dans les endroits caractéristiques : le ravin (barranco) de las Cortinas et le Cabezo de las Cortinillas, où une promenade s’impose pour apprécier les formations rocheuses et les paysages saisissants. Il fait beau, bien que le ciel soit voilé par des nuages d’altitude. Il y a pas mal de monde qui ont eu la même idée que nous, ce dimanche. Les enfants s’en donnent à cœur joie à dévaler les pentes de sable et à grimper sur les rochers aux allures de table de géants. On piquenique au bord d’un petit étang rempli de grenouilles et survolé par de nombreuses hirondelles. Pas étonnant : on est vite intéressé par les moustiques du lieu. On a notre place dans la chaîne alimentaire …

Bardenas reales 


Bardenas reales  
Bardenas reales  


On pousse jusqu’à Tudella, une bourgade sur les bords de l’Ebre. La vieille ville est un peu délabrée, mais on a la surprise de voir la foule animée dans la dizaine de bistros autour de la cathédrale et sur la vaste place de los Fueros. Les familles et les groupes d’amis trinquent bruyamment, la bière coule à flot… Contraste avec la vie au moyen-âge telle qu’elle est décrite par les sculpteurs du grand portail de la cathédrale : tortures et damnation de pécheurs…

Tudela - La plaza de los Fueros - 4 visions d'enfer

Quelques deux heures d’autoroute après, on débarque dans le pays basque et on part à la recherche de l’albergue Otardi. On l’a dénichée sur escapadarural.com. Les vallées profondes sont encombrées par de multiples industries mais dès qu’on s’en écarte, ce sont de beaux paysages aux reliefs arrondis et recouverts de prairies verdoyantes. L’auberge est dans la campagne non loin du village d’Asteasu (Gipuzkoa).


Le propriétaire nous accueille chaleureusement et nous fait visiter sa vaste maison dont il a convertit les trois-quarts en dortoirs et chambres d’hôtes. On est impressionné par les énormes poutres qui soutiennent la structure vieille de plus de quatre siècles. Il est très fier de ses travaux et il y a de quoi ! Il nous montre le livre qui rassemble les photos des diverses étapes de la rénovation de cette maison traditionnelle.


On descend au village d’Asteasu faire une petite promenade, puis on dîne dans le restaurant Iturri-Ondo recommandé par notre hôte : merlu grillé au four arrosé de cidre. À la télé : un championnat de pelote basque.

"Asteasu  


Retour sous la pluie au vaste gîte où nous sommes les uniques clients.

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Un simple coup d’œil par la fenêtre pour s’apercevoir qu’on est, ce matin, dans le brouillard complet ! Petit dej dans la grande salle qui jouxte la cuisine.


La petite route qui mène à la côte est sensée être panoramique, mais aujourd’hui, c’est raté ! On cherche une station essence dans le village d’Aia, on nous indique un marchand de produits agricoles au fond d’une toute petite route. Il était temps : on était sur la réserve. À Zarautz, il se met à pleuvoir et, dans cette ville aux allures bourgeoises et touristiques, les gens ont sorti parapluies, anoraks et ponchos. On pousse jusqu’à Getaria où on se décide de sortir de la voiture malgré un crachin persistant. Dans la vieille ville, on s’abrite dans l’église dont le sol a la particularité d’être en pente.


À Zumaia, le brouillard se lève un peu pour se retirer sur les montagnes de l’arrière-pays, le soleil restant toujours invisible. On hésite à garer la voiture dans les rues ou les parkings : partout des lettres E et R sont peintes sur chacune des places. Après renseignements, on nous explique que les emplacements sont réservés aux résidents disposant d’un autocollant, mais qu’on pouvait tout de même se garer, ces restrictions n’étant appliquées que l’été. Après quelques courses, on piquenique dans un parc.


La visite de la côte est surprenante. L’endroit est réputé pour ses formations rocheuses exceptionnelles : ici les couches sédimentaires, qui se sont empilées sur le fond des mers il y a plus de 60 millions d’années, se sont retrouvées positionnées quasiment à la verticale offrant grâce à l’assaut des vagues une vision plutôt étonnante de la falaise. Et pour ceux qui s’intéressent à l’aspect géologique de cette curiosité, il y a en prime, bien visible, la limite K/T entre l’ère secondaire et l’ère tertiaire, limite où les dinosaures et les ammonites qui vivaient auparavant en grand nombre, se sont brusquement éteints, probablement à la suite d’ un violent cataclysme.

la chapelle San Telmo 


Cette côte est considérée comme un livre ouvert, racontant l’histoire de la Terre d’ouest en est sur une demi-douzaine de kilomètres, chaque kilomètre représentant plusieurs millions d’années.


Notre visite commence à la chapelle San Telmo avec une vue magnifique sur la plage en contre-bas. Au-delà, jusqu’à la pointe du cap, on suit des bandes de sédiments alternativement blanches et roses et dont l’épaisseur est très régulière. Il faut s’imaginer que l’épaisseur de chaque couple représente 24 000 années de sédimentation ! (il y a à côté de la chapelle, un intéressant tableau d’interprétation).

La côte à Zumaia 


Au bout du cap, on descend vers l’ouest (à l’est, c’est à pic !) et là, on peut observer la fameuse limite K/T bien nette dans la falaise. Ensuite on va sur la plage où la marée est en train de se retirer, offrant un spectacle de rangées de roches bien alignées, comme arrangées par un peigne géant.

Zumaia : La limite K-T


On reprend la voiture pour aller un peu plus loin (4km) vers l’est, au hameau de Elorriaga Auzoa. De ce hameau, on randonne sur une piste qui descend vers le bord de mer. On laisse vaches et moutons dans les belles prairies bien vertes (ici le climat est breton…), pour retrouver nos falaises bien peignées, et dont les bords sont à présent bien dégagés par la marée basse.

Elorriaga   


On peut retrouver cette randonnée en cliquant sur le lien : https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/elorriaga-24252581


Retour en fin d’après-midi à l’auberge Otardi, qui elle, est encore dans la brume.


On dîne à l’auberge à une heure tardive (21h) et légèrement : soupe de légumes, boulettes de viande en sauce, yaourt de brebis, cidre. On échange nos impressions de la journée avec nos voisins de table, le couple propriétaire du gîte et leurs deux enfants. On apprend quelques mots de la langue basque, mais ce n’est pas simple. Exemple : merci = eskerrik asko.

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Toujours le même ciel bas de plafond… On décide d’aller à Bilbao, ce qui fait une trotte ! Et, histoire de rallonger l’itinéraire déjà assez long comme ça, on prend la voie rapide dans la mauvaise direction ! Il faut dire que dans cette région très en relief, les vallées sont encombrées par les industries et une urbanisation galopante, et les voies rapides et autoroutes (bien pratiques) disposent d’un espace réduit, avec des voies d’accès et des sorties qu’on voit à la dernière minute et sur lesquelles on doit rouler à 20km/h, sans oublier les avertissements en basque, les panneaux de signalisation dont on ne comprend pas toujours le sens, etc… Quant aux limitations de vitesse, personne ne les respecte, sauf à l’approche des radars !


Bref, on arrive à Bilbao par un beau soleil et on trouve une place où se garer sans trop de problème. Il faut payer pour obtenir un ticket de stationnement, mais l’affaire nous semble à ce point compliquée qu’on s’y reprend à quatre fois…


On traverse les quartiers chics pour atteindre le musée Guggenheim, et arrivés là, on est tout de même espanté, (épaté) ! Un immense vaisseau métallique, brillant sous le soleil, comme remontant le bras de mer … On en fait le tour pour en découvrir tous les angles et toutes les lignes audacieuses ainsi que les quelques installations extérieures. Ainsi des jets de brume sortent de terre pour partir à l’assaut de la structure en verre et en inox.

Bilbao - le musée Guggenheim


On visite l’intérieur : si l’architecture fait à nouveau son effet, la collection est plutôt décevante. Déjà, un étage sur trois est fermé. La grande salle du rez de chaussée (une bonne centaine de mètres) est occupée par une seule œuvre : une installation composée d’immenses plaques d’acier épaisses de 5 cm, hautes de 5 ou 6 mètres et courbées de telle sorte qu’elles forment des labyrinthes où on est sensé aimer se perdre (La question du temps, de Richard Serra). Ça évoque surtout un chantier naval à l’abandon… D’autant que l’œuvre a rouillé à cause de l’humidité de l’air de la Biscaye, mais il paraît que c’était désiré.

La question du temps


Au troisième étage, une exposition temporaire consacrée à Henri Michaux. Cet écrivain a effectué des expériences scripturales et picturales sous l’effet de différentes drogues, afin de voir ce que pouvait bien produire son inconscient, et on peut dire que sa production a été abondante, à défaut d’être agréable à l’œil des visiteurs en pleine possession de leurs moyens…


Toujours au troisième étage, la collection permanente se limite à une vingtaine d’œuvres de peintres des années pop, dont une de Basquiat : un graffiti où il traite son mécène de marchand de porcs…


On reprend notre promenade dans l’ensanche de Bilbao, où les sièges des banques font jeu égal avec les grands magasins. Piquenique dans un parc, où les propriétaires de chiens s’amusent à les voir se quereller…

Bilbao central 


On finit l’après-midi par une petite rando en bord de mer, consistant à rallier l’ermitage de San Juan de Gaztelugatxe, chapelle perchée au sommet d’une presqu’île. Ne pas oublier de faire sonner trois fois la cloche de la chapelle !


On peut retrouver cette randonnée en cliquant sur le lien https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/san-juan-de-g-24284085

San Juan de Gaztelugatxe  


Retour au bercail au bout d’une heure et demie de route, on est sonnés ... et dans la brume.


Au menu de l’auberge : blettes aux pommes de terre, anchois frits, fromage de brebis et pâte de coing.

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Journée en pointillés : la brume et le crachin le matin, les encombrements et le manque de place dans les parkings payants de la côte l’après-midi, font que cette journée n’a pas été très « productive »… On a tout de même pu voir un beau marché à Ordizia, faire une petite promenade au bord de mer à Zarautz, voir un beau point de vue sur San Sébastian avec presque du soleil depuis Monte Igueldo, et enfin une dernière promenade sur la plage Kontxa.

un beau marché à Ordizia 
La plage Kontxa 


Demain on rentre … et il ne faut pas compter sur nous pour ramener le beau temps !