la station d'altitude de Bokor au Cambodge, un endroit étrange
Février 2016
3 semaines
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En 2016 j’effectuais un voyage au Cambodge pour mes 3 semaines de vacances.

Le Cambodge j’y étais déjà passé en 2013. Mais cette année-là alors que je faisais le plus long de tous mes voyages, 8 mois, je n’ai paradoxalement consacré qu’une semaine à ce pays, le temps de visiter Angkor Wat.

En 2016 j’ai donc décidé d’y retourner et de voir un peu plus ce qu’il en est, car quelque chose m’y attire, entre la culture sud-est asiatique, l’histoire récente qui m’intrigue, et le côté aventure des pays peu développés.

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J’atterris à Bangkok pour rejoindre des amis. Ensuite le programme est d’aller sur Kampot une ville qui semble plaire à de nombreux occidentaux, ce sera donc le point de chute au Cambodge.

Pour faire le trajet entre Bangkok et la frontière Cambodgienne, nous passons par Khlong Yai en bord de mer, et non pas à Poipet le point de passage le plus fréquenté. Nous avons pris place dans un mini van avec une dizaine de personne à bord. C’est assez rapide et très bon marché.

Ca aurait pu être un trajet sans histoire mais ça ne l’a pas été tout à fait.

Il faut savoir que le système routier thaïlandais est un peu différent de celui que nous connaissons : là-bas les voies rapides traversent les villes et il peut y avoir des feux tricolores.

Et alors que nous approchions à grande vitesse d’un feu rouge, et au moment où le chauffeur se met à freiner, on entend le bruit d’un câble qui casse. Nous voyons alors le chauffeur appuyer frénétiquement sur la pédale de frein, mais elle ne répond plus. Je n’ai pas le temps d’avoir peur, j’ai juste de temps de voir qu’on va s’écraser sur les véhicules arrêtés au feu. Mais au dernier moment notre bon chauffeur donne un coup de volant et nous fait passer dans le peu de place qu’il y a entre le feu tricolore et le premier véhicule. Ensuite nous traversons le carrefour à toute vitesse, heureusement pas de véhicule pour nous couper la route. Ouf ! Nous sommes sauvés, car ensuite il n’y a plus de risque, il a suffi d’attendre que le véhicule s’arrête de lui-même 500 mètres plus loin.

On a eu très chaud ! Je remercie la chance, je remercie Saint Christophe le patron des voyageurs, mais surtout le chauffeur qui a assuré sur ce coup !

C’est le genre d’anecdote que je ne raconte pas à la famille, surtout s’ils savaient qu’en Thaïlande la mortalité routière est parmi les plus élevées au monde.

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A Kampot même, la vie est paisible et il n’y a pas vraiment grand-chose à faire. Aussi, en cherchant des activités dans la région je vois qu’il y a à l’ouest de la ville une station d’altitude nommée Bokor. C’est un ancien lieu de villégiature posé au bord d’un grand plateau boisé, à 1000m d'altitude, lui-même placé en bord de mer.

Pour y aller il faut emprunter l’étroite plaine coincé entre la mer et le plateau, puis quitter la route principale, passer sous un étrange bâtiment-portique, s’engager sur une belle avenue qui mène droit sur la montagne.

La montée est longue et assez abrupte mais nous pouvons quand même avancer à 2 sur un scooter. La route est récente et bien faite, on y croise même une statue bouddhiste géante accompagné de son supermarché. Bref c’est touristique et couru.

Arrivé sur le plateau 2 routes s'offrent à nous. Je prends au hasard celle de droite. La route est toujours aussi belle, il y a de larges accotements, mais derrière ce sont les buissons, rien d’autre. Où nous mène donc cette route ? Nous finissons par déboucher sur un labyrinthe de rues, une sorte de lotissement. Mais pas une maison. Pas un jardin. Rien. Juste des cailloux à nu. Est-ce à l’abandon ? non ça semble récent. Il y a même des docks avec des matériaux. Alors est-ce en construction ? Pourtant il n’y a personne qui travaille, pas d’engin qui traine, pas de tas de matériau comme dans tout chantier. L’endroit est étrange, à la fois récent mais sans vie.

Demi-tour, nous revenons sur nos pas, à l’entrée de la station, pour essayer la route de gauche. Encore une route qui serpente au milieu de nulle part, mais cette fois-ci nous arrivons sur un immense parking au bout duquel trône un bâtiment colossal.

Mais j’aperçois des bâtiments éparpillés plus loin et nous allons d’abord voir ce qu’il en est. Nous arrivons dans ce qui semble être un quartier résidentiel : des beaux immeubles colorés sont alignés là. Autour de jolies parterres entretenus. Pourtant ici encore il n’y a pas de vie, les immeubles sont inhabités, les rideaux sont tirés, aucun objet dehors, pas un vélo d’enfant, pas un linge qui traine, pas même un bout de papier par terre. L’impression étrange d’être dans cet épisode de la quatrième dimension où le héros visite une ville moderne mais sans habitant.

Difficile de dater la construction, mais le style ne semble pas récent.

Plus loin les immeubles ne sont pas finis et la construction semble être arrêtée.

Pourquoi tout est vide ? Est-ce à l’abandon ? Pourtant ce genre d’immeubles est rare dans ce pays pauvre, et ils n’ont pas les moyens de jeter l’argent par les fenêtres.

Nous continuons sur cette route et nous tombons sur cet immense hangar vide et sans porte.

Plus loin un autre hangar fantôme :

Cette station de villégiature est étrange.

Mais ce n’est pas tout, il y a d’autres bâtiments éparpillés parmi les broussailles du plateau : nous croisons ce vieux bâtiment isolé où l’on peut lire en français sur le fronton : "Commissariat de police". Il doit dater de la colonisation française.

Cette église trône sur un promontoire, seule, à l’abandon, sans porte et sans mobilier :

Au bord du plateau, avec une vue imprenable sur le golfe de Thaïlande, ce palace fantôme n’a ni porte ni fenêtre :

Revenons au bâtiment près du grand parking. Ici il y a des bus stationnés, il y a du monde qui circule. Le bâtiment est un resort et il est ouvert. A l’intérieur il y a des gens, il y a un bar, il y a même un casino. Retour enfin à un monde normal !

Un jeu vidéo de la taille d’un billard. Mais impossible de comprendre les règles 

Cette excursion m’aura laissé une impression bizarre, l’impression d’être entré dans un monde absurde où l’on construit des routes pour relier des bâtiments fantômes, où l’on gâche des millions alors que le pays est sous-développé.

Je ne suis pas mécontent de quitter cet endroit et de retourner dans Kampot, où les trottoirs sont en mauvais état, où les bâtiments sont petits et sales, et où ça grouille de vie, et finalement c’est là qu’on se sent bien.