De Pondichéry à Madurai

2 semaines au Tamil Nadu
Février 2019
15 jours
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En arrivant à Chennai, je n'ai qu'un bagage-cabine et aujourd'hui - quelle chance - les formalités de douane sont exceptionnellement rapides.

Je rejoins donc très rapidement Shankar, le chauffeur envoyé par le propriétaire de la guesthouse, Ravi... Ravi et Shankar, cela ne s'invente pas... Bonne humeur et sourires dès le début du voyage !

Comme je n'ai pas prévu de m'arrêter à Chennai, ville à laquelle je ne trouve pas grand intérêt, nous partons aussitôt pour Pondichéry en nous faufilant au milieu de la circulation toujours aussi dense et chaotique. Je suis heureuse de retrouver le Tamil Nadu tel que je l'ai quitté il y a 5 ans. Coloré, bruyant, souriant....


de Chennai à Pondi 

La conduite ici est toujours aussi déroutante... Les lignes qui délimitent les voies sont totalement ignorées et trois voitures avancent souvent de front sur des routes à deux voies sans compter les motos et les vélos qui se faufilent partout. Les clignotants sont rarement utilisés alors que les klaxons cornent de partout. Camions, bus, rickshaws, motos (parfois enfourchées par quatre personnes), charrettes, vélos, tout ce petit monde se mêle - s'emmêle - sur les chaussées souvent défoncées.

Les routes ne sont pas toujours bien entretenues et doubler se fait indifféremment par la droite ou par la gauche.

Quant au piéton, mieux vaut pour lui être précautionneux s'il tient à sa peau : le plus gros est toujours prioritaire et comme le piéton est en bout de chaîne...

A mi-chemin nous consacrons un moment à la traditionnelle halte dans la même échoppe de bord de route pour boire un masala chaï dont "on" dit qu'il est le meilleur de la région avant de retrouver, à Pondichéry, ma copine Chantal avec qui je vais passer ce séjour en Inde du Sud.

sur la route de Chennai à Pondichéry 
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Pondichéry était autrefois le principal comptoir de la Compagnie française des Indes et elle en a gardé une ambiance unique en Inde (le monument aux morts, le lycée français, une Alliance française très active...) et certains noms de rues (avenue Goubert, , les rues Suffren, Romain-Rolland...). Aujourd'hui encore on distingue la ville blanche de la ville noire (indienne) qui sont séparées par le canal.

Après avoir séjourné plusieurs fois à Pondichéry, je n'y suis pas revenue depuis 5 ans mais Pondichéry n'a pas beaucoup changé... Il y a toujours les mêmes enfants dans les rues, le village de pêcheurs tout au bout de l'avenue Goubert, le vendeur de sucre rose dans des sachets en plastique sur le bord de mer, le marché de M.G. road, le petit temple de Ellai Amman dans Eilalaman koil... Dans les rues quelques vaches font du nettoyage au milieu des décharges avant que les équipes de femmes ne viennent ramasser les ordures à la main avant que les hommes déblaient les branchages.

Seule Lakshmi, l'éléphante du temple Manakula Vinayagar est absente : elle est partie se reposer à la campagne pour quelques jours. Je n'aurai donc pas droit à son adoubement cette année !

vers le temple de Manakuya Viyanagar 
temple Ellai Amman 
vers le village de pêcheur 



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Si j'ai choisi de venir à Pondichéry à cette époque précise de l'année c'est parce que je veux assister à la fête de Pongal, la fête des moissons, la fête la plus importante du Tamil Nadu. Elle débute vers le 15 janvier (le premier jour du mois Thaï du calendrier tamoul) et dure 3 jours.

C'est pour les Tamouls l'occasion de remercier la nature pour les moissons qu'elle accorde, d'acheter de nouveaux vêtements, de décorer les maisons et de préparer des plats traditionnels entre amis.

Le premier jour : Boghi Pongal

Il est dédié à Indra, le dieu du firmament, des nuages et de la pluie. Les maisons sont nettoyées à fond et toutes les "vieilleries" (vêtements, ustensiles...) sont entassées devant la maison et brûlées. Une manière de faire table rase de tout ce qui encombre.

C'est aussi le jour où on arbore des vêtements neufs.

C'est également le jour où les femmes donnent libre cours à leurs talents artistiques pour dessiner des kolams sur le pas des portes de leurs maisons.

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Le kolam est un motif d'inspiration géométrique, ou représentant des fleurs que les femmes (l'art du kolam se transmet de mère en fille) dessinent sur le seuil des maisons ou des boutiques en laissant couler de leurs mains, comme d'un sablier,de la poudre de riz.

Il est réalisé au lever du soleil, sur un sol humidifié, en l'honneur de la déesse Lakhsmi pour l'inciter à apporter prospérité et chance à la famille et pour souhaiter la bienvenue aux visiteurs.

Généralement tracé à la craie blanche, il se pare de toutes les couleurs à l'occasion des fêtes religieuses comme Pongal, Diwali...

Comme les figures de danse ou les mandalas, les kolams ont une valeur symbolique et représentent la force vitale.

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Le deuxième jour - Surya Pongal ou Perum Pongal - est dédié au soleil, Surya, sans lequel les cultures n'arriveraient jamais à maturité. C'est l'occasion de se réunir dans les villages pour faire la fête et déguster le pongal qui est un plat spécifique à ce jour-là : du lait est mis à bouillir dans des marmites neuves et on le laisse déborder en signe de fertilité et d'abondance (pongal signifie débordement en tamoul) avant de verser dans la marmite le riz nouveau, la mélasse et le dhal). Lorsque le tout est cuit on le partage.

Nous allons, avec l'association "Volontariat" jusqu'au village de Thuthipet pour fêter cette journée. A l'entrée du village, nous sommes accueillis en fanfare par des musiciens et des femmes vêtues de leurs superbes saris colorés qui nous accompagnent jusqu'au lieu des festivités.

Sur la place du village nous assistons aux spectacles de danses exécutées par les enfants du village dont s'occupe l'association Volontariat.

pendant que les femmes préparent le pongal

que nous dégustons tous ensemble

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Le troisième jour - Maatu Pongal - est consacré au bétail sans lequel le travail des champs ne serait pas possible. Les cornes des bêtes sont peintes et leur tête est décorée de guirlandes, de fleurs et de clochettes. On leur donne à manger du pongal et on les promène dans le village sous les cris et les applaudissements des villageois (et des touristes), ce qui n'a pas l'air de ravir particulièrement les vaches qui semblent effrayées.

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Le marché Goubert

C'est un grand marché couvert, un véritable labyrinthe de passages étroits avec des vendeurs de légumes, de fleurs, de fringues, de poissons, d'ustensiles de toutes sortes, de bijoux...et tout au bout un marché aux tissus et des tailleurs. Le tout dans une ambiance colorée et bruyante et des odeurs parfois surprenantes.


Le Sunday market

Le dimanche la plupart des boutiques sont fermées mais c'est jour de marché sur Mahatma Gandhi road. Sur plus d'un kilomètre, la circulation est interdite aux voitures et les vendeurs installent leurs marchandises sur des étals de fortune ou à même le trottoir. C'est un vrai plaisir de déambuler dans la rue et on trouve de tout : une multitude d'ustensiles en plastique aux couleurs vives, des fleurs, de la poudre de craie de toutes les couleurs, des fruits et légumes, des bouquins ... et même... des dentiers rouillés ! Et en cas de petite fringale, on a l'embarras du choix : des échoppes proposent des brochettes, des bols de riz, des samosas... Certes, les récipients qui servent à la cuisson ne sont pas de la dernière fraîcheur mais les odeurs sont bien alléchantes.

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Après les fêtes de Pongal, nous quittons Pondichéry et, sur la route de Madurai, nous faisons une halte à Trichy. Si la ville ne présente pas vraiment d'intérêt elle possède un temple tout à fait exceptionnel.

Le temple Srirangam dont la construction a duré plus de dix siècles (du Xème au XXème) est un des hauts lieux d'adoration du dieu Vishnou. Il est consacré à Ranganatha (une des formes de Vishnou) et, avec 7 murs concentriques eux-mêmes cernés de 21 gopurams (construction par laquelle on pénètre dans les enceintes successives d'un temple) il est majestueux.

Les non-hindous ne peuvent aller au-delà du sixième mur et ne sont donc pas admis au cœur de l’édifice où, selon la rumeur, se trouve une magnifique salle au plafond doré. Sur les toits on aperçoit , tout au long de la bâtisse, des sculptures du dieu Vishnou réalisées dans une multitude de couleurs flamboyantes : rose, marron, bleu, vert, blanc, jaune... et le temple possède une superbe salle dite des mille piliers qui est une des attractions majeures du temple.

A partir d'un endroit précis, on a même la possibilité d'entrevoir la porte du paradis, à condition d'adopter une invraisemblable pose d'équilibriste guidée par les empreintes sur le sol dans lesquelles il faut placer ses mains et ses pieds...

Le soir, nous assistons à un étonnant festival religieux (auquel nous n'avons pas compris grand chose, d'ailleurs). Les moines et les fidèles sont sortis du temple à la suite d'un chariot dans lequel se trouvait Vishnu (?) à qui ils ont fait faire le tour de la ville.

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Madurai est la ville de la belle déesse aux yeux de poisson, Meenakshi.

C'est une des villes les plus anciennes de l'Inde et c'était un grand centre littéraire durant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne. Elle ressemble à un énorme bourg avec ses rues poussiéreuses, larges, encombrées d'une foule de gens, de voitures, de scooters et de rickshaws. La vie urbaine y est animée mais, avant tout, Madurai est un temple et au-dessus des toits, on aperçoit de loin les tours du temple réputé le plus imposant du pays.

Centre de pèlerinage depuis des siècles, Madurai est sans doute un des lieux de culte les plus fascinants de l'Inde.

Le temple de Meenakshi

Sur les rives du fleuve Vaigai, Madurai, lieu sacré et une des villes les plus anciennes de l'Inde, est la seconde ville la plus importante du Tamil Nadu.

L'édifice qui attire à Madurai les touristes et surtout les pèlerins (ils sont des milliers à venir chaque jour de toute l'Inde) est le temple de Meenakshi qui s'étend sur environ 5 ha, au coeur de la vieille ville. Consacré à la déesse Meenakshi (une des incarnations de la déesse hindoue Pârvatî), c'est l'un des rares monuments religieux d'Inde à être dédié à une divinité féminine. Connue sous le nom de « déesse aux yeux de poissons » Meenakshi incarne la fertilité et l'amour.

Le temple possède 11 tours - dont 4 mesurent près de 60 mètres - qui sont hérissées d'une incroyable débauche de statues de divinités peintes de toutes les couleurs (on dit qu'il y en aurait 30 000). Quatre gopurams extérieurs donnent accès au temple et la foule attend patiemment devant les quatre portes d'entrée, après avoir déposé ses chaussures, pour envahir ensuite le temple en un flux continu à travers les halls, les vestibules, les mandapas (salles à colonnes), jusqu'au coeur du sanctuaire (interdit au non-hindous) où brille dans la lumière des lampes à huile, la statue du dieu. Sa contemplation, le darshan (contact visuel direct avec le dieu), étant la récompense ultime.

Dans la journée on peut admirer le teppakulam (bassin de dévotion) bordé de galeries, les superbes mandalas dont sont couverts les plafonds des allées, la salle aux mille piliers (sculptés pour la plupart), le bassin du Lotus d'or... et déambuler avec émerveillement dans le temple.

Mais il faut revenir en fin de journée car chaque soir, la statue de Sundareshvara (nom local de Shiva) est portée par les brahmanes, en musique, au milieu des senteurs d'encens qui se mêlent aux parfums des fleurs piqués dans les cheveux des femmes et à l'odeur du ghee que les pèlerins jettent sur les statues, jusqu'à la chambre d'argent de Meenakshi pour qu'il puisse y passer la nuit avant d'être ramené dans ses quartiers pour la prière du matin.

Pudu Manapam

En face de l'entrée est du temple de Meenakshi se trouve Pudu Manapam. C'est un ancien temple du Xème siècle, aujourd'hui désacralisé, avec de superbes piliers qui, aujourd'hui, abrite un étonnant marché : des tailleurs qui confectionnent en quelques heures sur leurs machines à pédales le vêtement que vous leur demandez et des petits marchands qui proposent tout ce qui est nécessaire à la couture.

le temple Mariamman

Le temple Mariamman - vieux de 2000 ans - est situé près de la rivière Vaigai, à l'est de Madurai, à environ 5 km du temple de Meenakshi et le moolavar (déité principale) des lieux est Mariamman (mère Mari), principale déesse-mère de l'Inde du Sud. Mariamman est la déesse de la pluie et de la fertilité mais elle est surtout célèbre pour être la déesse des maladies et principalement de la variole. Son pouvoir est sans limites et elle est considérée comme la gardienne de Madurai.

Bien que le sanctuaire Mariamman soit le sanctuaire principal le temple abrite également la déesse Pechi Amman et Ganesh (le dieu à tête d'éléphant) à côté de l'arbre peepul (le figuier sacré).

Devant le temple, se trouve un immense teppakulam (bassin principalement utilisé pour les dévotions) de 16 ha relié à la rivière Vaigai par un ingénieux système de réservoirs souterrains et qui possède sur chacun de ses quatre côtés d'enceinte douze marches en granit qui conduisent au bassin. Au centre du bassin, il y a un Mandapam (salle à colonnes considéré comme une pièce de méditation) dans laquelle les fidèles se recueillent avant d'accomplir leur puja (rituel d'offrandes et de vénération) ainsi que le temple de Ganesh et un jardin.

Pendant la nuit de pleine lune du premier mois du calendrier tamoul a lieu le Theppotsavam (festival de char) et de nombreux hindous viennent assister à cette célébration.

Puisque nous sommes à Madurai justement ce jour-là nous décidons de nous y rendre. Le tuktuk nous dépose à 1 km du temple tant la circulation est dense et nous nous mêlons à la foule pour parcourir à pied la distance qui nous sépare du temple. Je suis impressionnée par la foule qui s'achemine vers le temple et tout autour du teppakulam des milliers de gens attendent dans le bruit de la musique et des appels à prudence des haut-parleurs. Le temple étincelle de lumières qui se reflètent dans l'eau du teppakulam et c'est superbe. Les gens autour de nous sont chaleureux et partagent avec nous des beignets et des biscuits. Nous patientons pendant 2 heures. Soudain ,lorsque la lune apparaît, la foule s'agite "look, look..." nous répètent nos voisins... Les déités du temple sont amenées dans des bacs jusqu'à un "bateau-char" illuminé qui commence à se déplacer lentement... Il est tiré depuis les bords du bassin à l’aide de grosses cordes par des fidèles qui obligent sans ménagement la foule à s’éloigner du bord tandis que les policiers la bousculent pour qu'elle ne gêne pas l'avancée des "tireurs de cordes". Je suis même obligée d'extraire de la cohue un gamin qui était à côté de moi et de le soulever de peur qu'il ne soit piétiné par la foule pour le rendre à sa mère.

Ces mouvements de foule sont assez paniquants et nous quittons l’endroit à la recherche d’un tuk-tuk pour rentrer à l’hôtel.

le Gandhi Museum

C'est au cours de sa vie à Madurai que le Mahatma Gandhi renonça, en 1921, à porter des vêtements européens, se rasa le crâne et opta définitivement pour le dhoti, ce vêtement des paysans indiens, et le Gandhi museum de Madurai, inauguré en 1959 par Nehru, lui rend un émouvant hommage.

Il retrace l'histoire de la lutte de l'Inde pour l'indépendance et le rôle central qu'y a tenu Gandhi.

Certains de ses objets personnels (en particulier le dhoti taché de sang qu'il portait lorsqu'il fut assassiné en 1948) ainsi que des photos, des citations de Gandhi et des textes relatant l'histoire de la colonisation et de la lutte pour l'indépendance.

Situé dans un grand parc, Gandhi museum est un musée un peu décrépit et poussiéreux mais riche en documents et très instructif.

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Madurai est une ville fascinante... mais tellement polluée et bruyante qu'au bout de quelques jours on éprouve vraiment le besoin d'aller respirer l'air de la campagne ou de la mer.