un escapade en Mauritanie pour découvrir le desert mauritanien. une mise en bouche en 2019 : Atar et Chinguetti.
Janvier 2019
10 jours
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"les annonces de voyages chronométrés : "Visitez le Grand Désert. Le Sahara en quatre jours, huit heures, dix minutes. Prix 3895 francs, chasse au lion, promenades à chameau et pourboires compris" ne concerneront jamais que des trajets en autobus, sur deux ou trois pistes classiques, semées déjà de boites de corned beef et de culs de bouteille. Le véritable Sahara en restera éternellement indemne.

Théodore Monod dans "Méharées"

pour les boites de corned beef je n'en ai pas vu, des culs (ou cols) de bouteilles, si !

dans la batha d'Atar

"Méharées" est un livre rare, ou le récit des traversées chamelières sert de prétexte à un riche passage de connaissances sur le Sahara : géologie, paléontologie, préhistoire, histoire, ethnologie, botanique : une mine !

le tout distillé avec simplicite et avec un humour que j'ai apprécié presque à toutes les pages.

Espérons que nos propres traces dans ce beau désert soit aussi éphémères que notre passage sur terre.

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je suis allée dans ce desert en passant par Nouakchott depuis le Maroc, en bus et minibus, et par minibus ensuite de Nouakchott jusque Atar.

si vous êtes sportif, en bonne forme, vous arrêtez à Nouadhibou et vous prenez le train minéralier qui vous emmène à Choum, et depuis Choum, des 4X4. Une approche formidable du desert et der ses habitants.

je raconte ici comment l'on passe du Maroc en Mauritanie en transports collectifs terrestres.

https://chacunsonmaroc.blog4ever.com/de-dakhla-a-nouadhibou-du-nouveau-avec-supratours-et-el-moussavir

on achète à Dakkla son billet Dakkla-Nouadhibou (ou Nouakchott), à l'agence Supratours. Supratours vous conduit à la frontière marocaine ou l'on fait la demarche de sortie du pays. De l'autre côté vous attend le minibus El Moussavir, qui traverse le célèbre no man's land, puis arrête à la frontière mauritanienne.le chauffeur facilite le passage. (paiement du visa et visa 55 euros) et vous conduit ensuite à bon port. tout est nickel.

la même chose pour le retour.


une autre solution, celle vers laquelle je me tournerais pour retourner dans l'Adrar, estl'avion. Point.Voyage (point.Afrique) affrète des vols une fois par semaine Paris-Atar. cela coute aux environs de 500 euros l'Aller-Retour.

plus cher certes, mais ô combien moins fatiguant.

bien sur ensuite existent tous les mix possibles avion+ bus ...

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c'est une petite ville sans grand charme, mais c'est un passage obligé. La porte de l'Adrar.

Notre hébergement est situé à la limite du désert, et nous offre un habitat de pierres et de roseaux, copié sur le modèle des "tikkits", cases de roseaux, que nous verrons dans ls oasis.

c'est un dépaysement complet : "on y est".

Arrivées sans réservation, nous avons un peu embarrasé notre logeur, un groupe de 12 motards italiens arrivant dans la soirée avec tout leur matériel. Il nous offre néanmoins une chambre (un des motards dormira sous tente); donc : réservez !

Nous sommes en janvier et si la journée est belle et chaude, la nuit est fraiche. Mais nous n'aurons dans ces maisons ni chaud le jour, ni froid la nuit, et un simple duvet suffira. L'isolation thermique de ces habitats traditionnels est parfaite.

http://campinginimi.blogspot.com/p/sahara-trip.html.

Chez Sid Ahmed.

nous passerons deux journées a Atar, visitant le village, nous promenant dans le desert alentours.

une batha sablonneuse, oued à sec, part derrière l'auberge et remonte vers le village : un fleuve de sable bordé de mini "falaises" de terre, des forages tous les 150m, (l'eau n'est pas loin je le constate), des plantes du désert dont un étonnant "arbres à couilles" tant ses fruits ressemblent à .... par paires bien sur. (pommiers de Sodome) 😀

Atar est une plaine entourée de hauts plateaux (les "hamadas") qui peuvent disparaître de la vue à cause du brouillard, (d'où vient il ce brouillard ? est-ce une sorte d' harmattan) ou surgir derrière vous un petit matin lumineux. On aura vécu les deux.

au centre des hauts plateaux
l'oued
les arbres à c... en fleurs. regardez les fruits sur google ..😉

arbre dit "roustonnier" ou pommier de sodome (Calotropis procera) (: arbre à soie au Sénégal ou l’arbre de Satan au Maroc . Une plante "miracle"


Le pommier de Sodome est une plante à la fois très toxique, notamment par son latex, et très utile, dont les populations du Sahel savent exploiter toutes les possibilités, y compris médicinales.



forme un dépôt de grains de sucre au pied de l'arbre ; ce sucre est mangé sur place avec plaisir par les enfants ou bien sert à sucrer un thé ou une tisane


Le fruit séché au soleil, calciné puis mélangé au beurre de karité est un très bon remède contre la teigne et les dermatoses.


le long de l'oued :à droite se trouvent le village et quelques petites palmeraies et jardins.

Les palmeraies sont toutes soigneusement isolées de l'avancée des sables par des enclos (zeribas)en joncs tresses. Les jardins nous ont parus plutôt pas ou peu entretenus. Il y a une très grande serre dans le village mais nous n'avons pu y entrer ni voir à quelle(s)culture(s) elle était dévolue.

la ZERIBA est le nom des enclos ceint de haies d'épineux, de palmes tressées, voir maintenant de grillage, qui délimitent quelques palmiers, avec les petits jardins qui vont de pais avec les palmiers.

la fortune d'une famille se compte en zéribas et non pas en palmiers.

nous en avons bien sur vu ici, à Atar, mais de bien plus jolies encore à Chinghetti.

hélas fait assez triste effet. abandon, désolation.

je ne suis pas restée assez longtemps pour savoir pourquoi, il n'y a pas plus de jardins, etc ... il faudrait creuser l'histoire, je vais m'y employer avant d'y retourner l'an prochain plus longuement. Chinguetti sera moins triste.

les jardins du long de l'oued

sur la gauche, quelques dizaines de mètres de végétation, des petits troupeaux de dromadaires, que nous ne verrons que de loin car tout est "embastillé" dans des enclos de grillage métallique ou de joncs tressés.

des debris de festins (amas de tas d'ossements blanchis de chèvres ou de moutons) jonchent le sol

partout, des fleurs, des arbres clairsemés.

c'est une balade au pays de l'étrange.

l'oued et son environnement
petites palmeraies et jardins

nous arrivons enfin en ville. d'abord l'habitat ancien, maisons sans étage rappelant les villages berbères des montagnes marocaines, rappelant le seul village traditionnel de désert que nous ayions vu : khamila (près de Merzouga)

l'ensemble est couleur de désert, et pas animé du tout.

puis ce sera le centre, un tout petit peu plus animé, mais pas beaucoup tout de même.

Un marché sympa, mais ou je n'ai pas fait de photographies, cela semblait vraiment trop intrusif. Le plaisir de ce marché et bien .... il vous faudra y aller voir vous même.

C'est un ensemble de commerces très frugal, très simple, il assure l'essentiel, pas plus.

sur la place on trouve quelques petits cafés, dont un très sympa tenu par un jeune sénégalais. (resto café de l'amitié, je vous recommande, il prépare de très très bons sandwichs omelette)

Dans le centre on trouve d'autres "café -restaurants" :mais tout se passe à l'intérieur, et la place des femmes dans l'espace public étant assez chichement mesurée (au sens large). nous n'y entrerons pas. Peut-être avons nous eu tort ? la Mauritanie me semble être un univers d'hommes, bien plus qu'au Maroc. Mais les femmes de Chinguetti seront davantage présentes.

le pays de l'étrange : il s'agit d'apprivoiser l'environnement. ce n'est donné au premier abord. Qu'est ce qui est quoi ? un café ? un restaurant ? on peut entrer ou on reste en extérieur (choisir une terrasse ou plonger dans la porte qui donne sur la pièce sombre où des hommes jouent aux dames ? on est des femmes, pas de soucis ?

serrer la main ou pas ? la réponse à ces multiples questions demandent plusieurs jours de présence, discrète et attentive, de trouver l'interlocuteur qui nous éclairera. c'est là que le voyage lent prend tout son sens.

on peut évidemment passer à toute vitesse .... mais est-ce du voyage respectueux ?

les chèvres et les brebis sont partout. Elles mangent les cochonneries des dépotoirs que l'on trouve dans tous les coins. Certains habitants semblent ne plus vouloir supporter cela, et nous trouverons une ferme avec des petits enclos où les animaux, partout vagabonds, sont ici soigneusement reclus.

la population d'Atar est très aimable, nous avons eu partout des sourires. Elle semble avoir souffert de l'isolement dû à l'abandon de la zone par les touristes après les attentats qui ont eu lieu dans la région et on nous a souvent fait part du plaisir de les retrouver. Une voiture s est même arrêtee pour nous demander d'où nous venions et nous dire "c'est fini tout ca, revenez".

mais ils ne sont peut-être pas abandonnés que des touristes ...

l'atmosphère générale est celle de la sérénité. Aucune agitation, pas d'agression sonore. l'ambiance est paisible et chacun ici prend TOUT SON TEMPS pour faire ce qu'il a faire.

si vous attendez le diner à heure parisienne, .... , restez à Paris. 😉

ayez quelques grignotis de coté dans vos sacoches pour attendre que le chameau mis à cuire à 19h30 arrive dans votre assiette. Bismillah !

je partirais retrouver le "vent des dattes", ce vent qui soulève les poussières qui cachent les montagnes alentours, mais qui favorise l'ensemencement des dattiers, en janvier, pour la récolte de juillet, la "guetna".

c'est joli, le "vent des dattes"


femmes de l'Adrar, couleurs de fleurs ou de papillons

(photos du web,. Je n'ose pas faire de photos des femmes )....
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partis vers 11H d' Atar, en pickup 4X4, nous arriverons à Chinguetti vers 15h30

le paysage est splendide !

nous traversons trois grands types de paysages :

- la plaine cernée par les hauts plateaux

- la montagne : au nord des monts Zarga

- le reg d'une hamada (plateau)

avant de descendre par la piste sablonneuse jusque Chinghetti.

la lumière de midi écrase les paysages 
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Fondée à la fin du XIIIe siècle, la ville fut un important centre de commerce caravanier transsaharien entre l'Afrique du Nord et l'Afrique noire, et surtout la plus grande métropole culturelle de la région depuis le début du XVIe siècle. Elle témoigne d'un mode de vie traditionnel, centré sur la culture nomade, de la population du Sahara occidental. Elle est devenue la 7e ville sainte de l'islam sous le nom de « ville des bibliothèques ». (wikipedia)

carrefour caravanier, halte sur les parcours du pèlerinage à la Mecque.

notre hébergement

Chinguetti est divisée en deux : de chaque coté de l'oued, (la batha) ensablé, (autre fleuve du sable après la batha d' Atar), se trouvent d'un côté, la ville nouvelle, de l'autre l'ancien village.

lorsqu'on arrive d'Atar, on pile sur la ville nouvelle. le pickup nous dépose à domicile. Grace à lui, nous dormirons chez Cheikh, à la Rose des sables.

bien rôdés, les mauritaniens de cette region. "Vous savez ou vous dormez ce soir ? " ..."heu .... non" .... "je connais une auberge si vous voulez je téléphone" .... et hop, domicile trouvé.

Chinghetti : petite ville simple et avec de l'harmonie. beaucoup plus jolie qu' Atar.

beaucoup de maisons (mur d'enceinte autour d'une cour sur laquelle ouvre toutes les pièces de la maison) en pierres sèches, des portes et tours de fenêtres bleues ou vertes (quand elles existent).

moins de béton, de parpaing à Atar.

pas de route (sauf une dans le coin le plus moderne, qui dessert la petite centrale électrique qui alimente le village) : du sable du sable et encore du sable.

l'hébergement : auberge de la rose des sables, chez Cheikh

le village nouveau

le "marché" se résume à quelques boutiques assez chichement achalandées. Manifestement, la société de consommation n'est pas arrivée dans les dunes.

on est un peu déboussolées. Pas de café ou se poser pour reprendre ses esprits ..

on est vraiment dans un monde nouveau (pour nous). Ca désoriente.

des femmes ont remarqué notre arrivée et viennent nous interpeller pour que nous leur achetions des babioles. petits bijous, peignes ... c'est la seule fois de ces 6 mois de voyage d'hiver où je vais regretter de n'avoir pas de budget pour cela. Je me promets d'en avoir un lors d'un prochain séjour. Partout, vendeuses ou pas, les femmes sont aimables et souriantes.

comme elles sont belles dans ces méhalfas de couleurs vives : comme des papillons, des oiseaux.

la ville nouvelle

le village ancien

noyées dans le sable qui avance inexorablement. certaines rues sont désormais interdites, livrées au seul passage des chèvres et des ânes. plus de vie.

c'est un ensemble magnifique de bâtis en pierres sèches (le reg n'est pas très loin). . Nous ne sommes pas restées assez longtemps pour être entrées dans ces maisons (je reviendrais je reviendrais). Elles ont bâties sur le modèle de la cour centrale sur laquelle s'ouvrent les pièces de la maison. une porte ouvre sur la rue mais aucune fenêtre n'ouvre sur l'extérieur.

les bibliothèques

"Au Moyen Âge, les avant-postes du Sahara se trouvaient souvent remplis de voyageurs, de commerçants et de pèlerins qui passaient par là avec leurs différentes tâches. Les pèlerins sont particulièrement intéressants ici, car ils se rencontrent et partagent parfois des écritures religieuses entre eux et avec leurs hôtes. L’un des résultats de ces interactions est la création de bibliothèques uniques. Cependant, les rares textes conservés dans des endroits comme Chinguetti sont en danger." ( in https://lesavoirperdudesanciens.com/2018/02/les-bibliotheques-perdues-de-chinguetti-de-la-tradition-a-la-destruction/?subscribe=error#blog_subscription-2")


j' en visiterais une. Je pense la plus connue car je la retrouverais sur bien des blogs ou articles sur le sujet.

la conservation des documents est des plus simplistes : des boites de rangement cartonnées. Des ong participent à la numérisation progressive de ce patrimoine mais c'est un travail de bénédictin, un travail de Sisyphe aussi. ça a l'air très aléatoire cette conservation, rien de systématique.

on me demande 100 ouguyas (1,5 euros) pur cette visite.

Je fait un petit don pour la bibliothèque car franchement, ça fait peine .... (mais rien n'est demandé). il pourra servir à acheter des boites et des enveloppes plastifiées. On en est là. C'est tout de même dommage car, face à nos multiples, diverses, pléthoriques, riches, bibliothèques d' "occident", ces bibliothèques anciennes sont rares en Afrique, c'est un patrimoine précieux qui devrait être sauvé. mais rien n'est certain pour ce sauvetage, les familles se débrouillent en gros toutes seules.

beau moment

corans et hadiths, ouvrages de philosophie, de mathématiques, d'astronomie , d'histoire et de géographie, ... matériel d'écriture, planches d'apprentissages.

j'essaie d'imaginer quelle pouvait être la vie intellectuelle à l'époque des grands échanges (commerces ...) où ces bibliothèques ont été constituées. quelle était la vie de ces villes de passage des caravanes commerciales, villes d' écoles et de médersas. Quelle était la vie quotidienne, aussi, sur ce "fond" commercial et culturel ?.

certains manuscrits de Chinghetti viennent de Cordoue, d'autres d' Iran (sources :Michel Pierre dans "Sahara le grand récit")

la ville et les dunes

la ville (le village plutôt) colle aux dunes. aux confins elle s'y confond : couleurs, matériaux (les ruines retournent au sable)

on est touché par l'immensité du desert, la petitesse des installations humaines, leur fragilité face à la nature omniprésente. Même dans le Maroc des zones désertiques je n'avais pas été saisie par cet aspect des choses. Impression que le Maroc est dans la maitrise de cette nature, qu'ici, non. La nature domine, fait sa loi.

C'est nouveau pour moi, c'est très attirant.

le village de la "guetna"

Une fois par an, débutant en juillet, se déroule dans les palmeraies du désert la cueillette des dattes (et là je retrouve "le vent des dattes" rencontré à Atar 😀).les propriétaires de ces palmeraies sont éparpillées en Mauritanie et vivent bien loin. Tous ces propriétaires se retrouvent au village pour l'occasion. Cueillette, retrouvailles des familles, c'est un très grand moment de la vie du désert.

J'ai été invitée à une guetna par une famille de Nouakchott, mais 45° à l'ombre .... je décline hélas.

pour loger tout ce monde, des villages traditionnels en paille. C'est très très joli. des ensembles de cases, à proximité des précieux arbres. Dans ces palmeraies des puits, des jardins entretenus à l'année par des habitants de la "ville en dur" voisine (ici Chinghetti).

l'oasis est divisé en ZERIBAS, et chaque enclos contient les palmiers, la réserve d'eau et/ou le puit à l'ancienne, les jardins potagers et de fourrage. les habitations, les tikkits, ne se situent pas dans les enclos mais à proximité. Une famille peut posséder plusieurs zeribas, signes de richesse.

c'est du pur jus de la vie oasienne.

connaissant la persistance de l'esclavage en Mauritanie ((ayant lors d'un autre voyage rencontré certaines de personnes esclaves), je me suis posée la question du statut des travailleurs que j'ai vu dans ces jardins : salariés ? fermiers ? esclaves ? j'ai aussi connu un propriétaire d'esclaves. ce n'était pas un beïdane (maure blanc) mais un maure noir, peulh, propriétaire de troupeaux dans le sud).

à ce propos, on peut lire Odette du Puigaudeau, dans "Tagant, au coeur du pays maure" (chez Phébus Libretto, page 85-86) :"Le salariat proprement dit n'existe pas dans les palmeraies, ..., Le cultivateur, nourri toute l'année par l'employeur, reçoit pour salaire un régime par arbre. Dans les nouvelles zeribas, les arbres appartiennent par moitié au propriétaire du terrain, qui fournit les pousses, et au travailleur qui les a plantées. Il existe en fait bien d'autres conventions, et quelques palmeraies appartiennent complètement aux haratins

témoignage des années 1936-38.

qu'en est-il aujourd'hui ? la question reste ouverte.

cases, palmiers,jardins, et ...sable


du vent des dattes rencontré à Atar au village de la guetna à Chinghetti, la boucle est bouclée.

je n'y suis pas restée assez longtemps, je reste sur ma faim de ces deserts, de ces oasis, de ces gens rencontrés.

Il est sur que j'y retournerais.