La Suisse à portée de France ? Cet article propose des idées pour une escapade transfrontalière. Pourquoi visiter le Jura suisse, que faire dans ses parcs naturels et comment profiter de ses atouts ?
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En Suisse il y a les classiques, courus par la clientèle internationale : Zermatt, Interlaken, Lucerne… pas si facilement accessibles pour une courte escapade. Mais depuis Paris ou Marseille, on peut déjà visiter un bout de Suisse en 3-4 heures de voyage vers les cantons frontaliers. Ou comment vivre ce petit dépaysement d’une nation qui paye encore en francs, tourne le dos à l’Union européenne et… produit le meilleur chocolat du monde ! Pour les visiteurs Francs-Comtois ou Rhônalpins, cette escapade internationale a même le statut de tourisme local, notion qui a gagné ses galons en temps de pandémie.

Alors, que visiter en Suisse frontalière ? Portes d’entrée au pays, les villes de Genève et Bâle ont tout pour proposer un séjour agréable. Accès facile : aéroport, gare TGV, connexion aux autoroutes françaises. Cent-vingt-mille travailleurs français font le trajet quotidien vers l’une de ces deux agglomérations de près d’un million d’habitants chacune. Pourquoi ne pas y venir aussi en touriste ? La réputation de cherté de la Suisse peut être déjouée par les visiteurs bien informés. Un seul exemple : toute personne en séjour dans un hôtel voyage gratuitement en ville dans les transports publics.

 Genève, du Jet d'eau à la cathédrale.

Entre ces deux villes, c’est la chaîne du Jura qui marque la frontière, ce qui rend celle-ci beaucoup moins poreuse, relief oblige. Mais les points de passage existent et permettent de dénicher, une fois la douane franchie, de vastes paysages naturels et des petites villes très accueillantes. Voici un petit tour d’horizon des meilleurs sites pour bien visiter le Jura suisse. Ils vont ravir les adeptes d’escapades actives mais accessibles à tous, en famille ou à la recherche de tranquillité, en communion totale avec la nature de moyenne montagne, loin du tourisme de masse.

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Depuis Genève, on peut facilement visiter le Parc naturel régional Jura vaudois, pendant suisse du Parc naturel régional du Haut-Jura du côté français. A l’ouest du canton de Vaud, ce parc surplombe le Léman, et propose de nombreux points de vue privilégiés sur le lac et les paysages alpins en arrière-plan, avec le Mont-Blanc bien sûr en invité d’honneur. Coups de cœur pour des randonnées vers les sommets du parc, à travers pâturages entourés de murets de pierres sèches et forêt d’épicéas centenaires : la Dôle (1667 m) et le Mont Tendre (1679 m) sont gravis en moins de 3 heures depuis les arrêts de train les plus proches.

Depuis La Dôle dans le Parc Jura Vaudois, vue vers le Léman et le Mont-Blanc. 

L’accès au parc est possible directement depuis la France par la Nationale 5. Ou alors depuis la ville de Nyon, à mi-chemin entre Genève et Lausanne, connue pour héberger le siège de l’UEFA ainsi que le Paléo Festival et ses scènes estivales grand public. On monte en direction du Col de la Givrine et en moins de deux, on atteint la station de Saint-Cergue à 1048 mètres d’altitude en voiture, à vélo ou en train, grâce au pittoresque chemin de fer Nyon - St-Cergue - La Cure. On y trouve presque tout ce qu’on peut faire dans les Alpes… en plus petit, mais plus proche, plus accessible, et moins cher ! Ski nocturne et fondue en hiver, randonnée et grillades en été, on ne se prive de rien.

L’autre haut-lieu de ce parc, c’est la vallée de Joux et son lac, le plus grand du Jura. Un site remarquable et étonnant. Maltraité par des vents sibériens en hiver, qui transforment le lac de 9 km carrés en plus grande patinoire d’Europe. Resplendissant en été dans son décor naturel de moyenne montagne. Et dynamique toute l’année, grâce à la micro-industrie de haute horlogerie qui a élu domicile dans la vallée il y a fort longtemps (Audemars Piguet, Breguet, Vacheron Constantin…). Coupés du reste de la Suisse par les reliefs, ces villages vivent leur singulier destin en toute autonomie. Leurs noms ne manquent pas de poésie : L’Abbaye, Le Pont, Le Lieu, Le Sentier… C’est aussi par ici qu’on trouve les rares options d’hébergement de tout le périmètre du parc, pour qui souhaite expérimenter la plénitude jurassienne jusque dans ses rêveries nocturnes.

Atout de la vallée, son petit train qui dessert presque tous les hameaux de la rive du lac, et connecté au TGV Paris – Lausanne à la gare-frontière de Vallorbe ! Eh oui, on peut même imaginer venir ici en une journée aller-retour depuis Paris, départ 8h00, retour 20h00, et quatre heures sur place pour une belle brassée d’air vivifiant.

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On poursuit le long de la frontière, direction nord-est. Voici le canton de Neuchâtel, partagé entre le Haut avec ses montagnes, et le Bas avec son littoral du lac. Presque deux mondes. Un contraste qui fait tout l’intérêt de cette région ! Haut et Bas sont reliés par le Val de Travers, la plus grosse brèche naturelle transjurassienne. Venant de France on y accède depuis Pontarlier. La vallée n’est pas elle-même une destination touristique particulière, si ce n’est pour y déguster les effluves anisés de l'absinthe locale. C’est précisément ici qu’elle a continué à être distillée clandestinement pendant tout le 20e siècle alors que le monde entier la prohibait, dressée en symbole de la déchéance et de l’alcoolisme. Une vallée rebelle et fière de l’être, notamment vis-à-vis de la France qui a perdu la totalité de ses distilleries dans l’affaire. En attendant la dégustation, la vallée donne accès à deux curiosités nationales majeures qui valent le détour.

De un, le village de La Brévine, ou plutôt ses thermomètres ! Bienvenue dans la Sibérie de la Suisse, qui détient le record de froid du pays pour un lieu habité : la station officielle de MétéoSuisse a mesuré -41.8 C° en 1987. On y trouve un microclimat en raison de sa situation de haut-plateau en cuvette, qui permet une inversion thermique : durant les nuits d’hiver sans nuages, l’air froid descend du ciel, stagne sur la couche de neige et se refroidit encore. Au petit matin, les thermomètres indiquent facilement -30 °C. Le clocher du temple se fait le messager de mercure, avec un éclairage extérieur qui s’adapte aux degrés mesurés. Lumière bleu-nuit en-dessous de -30°, passant par tous les dégradés jusqu’à la lumière rouge-sang au-delà de +18°.

De deux, et c’est probablement l’endroit naturel le plus spectaculaire à voir dans le massif du Jura : le Creux-du-Van. Il s’agit d’un cirque rocheux, sorte de canyon en demi-cercle, composé d’un mur de calcaire parfaitement vertical de 200 mètres de hauteur sur un diamètre de 500 mètres. On peut en faire le tour, par une randonnée facile d’accès mais active (800 mètres de dénivelé depuis le village de Noiraigue). En haut du précipice, sensations fortes garanties, gratuites et sans équipement particulier à part de bonnes semelles. Aussi, la quasi-certitude de rencontrer une colonie de chamois, qui adorent ce haut-plateau au-dessus du vide. Et avec un peu plus de chance, les autres bouquetins, chevreuils, marmottes ou lynx qui peuplent cette zone naturelle protégée.

Le Creux-du Van. 
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Ici, la frontière franco-suisse change de référence : ce n’est plus un col à travers les crètes du Jura qu’il faut franchir, mais les gorges au fond desquelles coule le Doubs. Côté suisse, la zone est préservée sous l’appellation de Parc naturel régional du Doubs. Rivière sauvage et encaissée qui offre son lot de points de vue grandioses. Une atmosphère captivante se déploie autour de la rivière et son canyon. On peut s’en imprégner de multiples manières, en suivant les traces historiques des contrebandiers transfrontaliers : randonnée, escalade, canoë… Parmi les points forts, il vaut la peine de visiter le Saut-du-Doubs, proche de la ville du Locle. Une belle chute d’eau de 27 mètres qui marque la sortie d’un lac naturel formé sur le cours du Doubs par un éboulement de roches. C’est ici que la rivière commence alors son parcours spectaculaire entre des falaises boisées qui peuvent dépasser 500 mètres de hauteur.

Avant de se laisser enchanter par la nature totale du canyon, la ville de La Chaux-de-Fonds propose une halte urbaine atypique. Presque une grande ville à l’échelle des villes suisses, elle est surtout la plus haute agglomération d’Europe, avec 50'000 habitants à 1000 mètres d’altitude. Mais son meilleur atout, c’est son inscription sur la liste du Patrimoine mondial de l’UNESCO, qui met en valeur le développement ordonné de ses rues en damier. Ce plan optimise l’ensoleillement, facilite le déneigement et surtout, avec une organisation idéale entre ateliers et habitations, permet à l’industrie horlogère de prospérer comme nulle part ailleurs au tournant de l’an 1900. On appelle ça l’urbanisme horloger.

Plus loin en aval du Doubs, c’est le canton du Jura. En surplomb de la rivière, le haut-plateau des Franches-Montagnes est une contrée de vastes pâturages égayés de chevaux en semi-liberté, de sapins et de murets de pierres sèches. Redescendons dans la vallée, tout au nord du parc, vers la minuscule cité médiévale de St-Ursanne et son pont St-Jean historique. On est surpris de pouvoir faire une halte urbaine et y visiter des galeries d’art, au milieu de ce vaste écrin de verdure luxuriante.

 Le Doubs, frontière franco-suisse pleine de verdure.
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La fin de ces découvertes frontalières se passe dans l’Ajoie et la bonne humeur. C’est dans ce territoire qu’on peut visiter le Jura de l’agriculture et de la gastronomie. Le relief plissé des montagnes y fait place à une région de plaines. Pas de curiosités spectaculaires, mais on peut y passer du bon temps dans des paysages paisibles, en attendant la fête de la Saint-Martin. A mi-novembre, le cochon est alors à l’honneur, sous toutes ses formes comestibles, dans les assiettes d’un menu interminable qui marque la fin de la saison agricole. Le chef-lieu de ce territoire suisse en excroissance sur la France, c’est une mini-ville au nom adorable, Porrentruy, et aux habitants éminemment sympathiques. Si loin de la frénésie du monde actuel, et pourtant si proche de Paris : la ville suisse la plus proche de la capitale « gauloise » – comme les gens d’ici nomment leurs voisins d’outre-Jura. Et pour le clin d’œil, Porrentruy se permet même d’avoir son propre quartier du Faubourg Saint-Germain !

L’atout de cette région, c’est d’offrir un dépaysement de nature et montagne qui reste très accessible grâce à des excellentes connexions aux réseaux de transports.

En voiture : plusieurs autoroutes françaises mènent en Suisse. Une fois sur place, le réseau routier du massif du Jura propose de beaux parcours panoramiques. Pour obtenir un parcours tout fait, l’itinéraire touristique national proposé par le Grand Tour de Suisse couvre très bien tout l’arc jurassien (parcours Genève-Neuchâtel ou Bâle-Neuchâtel).

En train : que de choix pour trouver un point d’entrée en Suisse en TGV ! Liaisons directes depuis Paris vers Bâle et Genève, mais aussi, pour aller directement en contact avec la nature, vers la petite gare frontalière de Vallorbe, ou le pôle de Belfort-Montbéliard TGV (avec correspondance pour la Suisse). Côté Suisse, les villes du pied du Jura sont très bien reliées par le réseau national CFF, et les régions de montagne sont la plupart parcourues par des petites lignes locales de chemin de fer, ou au moins par des bus. Tous les points d’intérêt sont reliés efficacement aux transports publics.

A vélo : visiter le Jura suisse à vélo ? Une excellente idée ! Comme dans toute la Suisse, il existe des parcours sécurisés et balisés pour les cyclotouristes. Le relief du Jura est idéal, avec de bons reliefs mais jamais extrêmes. Pour se faire la totale, deux options : sur routes et chemins par la Route du Jura (La Suisse à vélo n°7 sur 280 km), ou par les sentiers des crêtes sur la Jura Bike (La Suisse à VTT n°3 sur 365 km).

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Emmanuel Fankhauser pour myAtlas / manubybike