Carnet de voyage

Les fabuleuses aventures de deux pampa boys

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Notre devise : à chaque jour suffit sa paillette
Février 2017
52 semaines
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Publié le 13 décembre 2017

Après 20h de bus depuis Buenos aires, nous arrivons enfin, un peu vermoulus, à Bariloche. L'arrivée sur le grand lac, les sommets enneigés en arrière plan, l'eau cristaline... C'est un autre monde qui s'ouvre à nous.

Nous retrouvons les parents d'Alex, déjà sur place depuis 2 jours. Ils nous attendent à la gare, avec leur véhicule. C'est bien la première fois dans ce voyage que nous sommes attendus. La classe ! Un tout petit tour dans la ville de Bariloche, assez moche, et nous filons déjà vers le nord, direction la Villa Angustura, point de départ de la merveilleuse route des sept lacs. Quelques km à peine, et les sombres sapins prennent le pas sur les collines arides. Les genets en fleurs, jaune étincelant, parent le bord des routes.

Le monde qui s'ouvre à nous rappelle furieusement les Alpes suisses, une succession de lacs, autour desquels la route s'enlace. Dans cette lumière de fin de journée, les montagnes aux sommets encore enneigés se reflètent dans des eaux glacières et transparentes. Les forêts sont couvertes de grands cyprès de la cordillère ainsi que de coihue, immense conifère qui sert de bois de construction, notamment pour bâtir les pontons du lac.

le fameux cypres de la cordillère

Nous continuons notre route jusqu'à prendre une piste de terre, qui serpente entre deux montagnes, traversant de belles forêts de conifères, sillonnées par d'innombrables ruisseaux. Nous atteignons un autre lac, celui de Traful, du nom du petit village posés sur ses bords. Comme dans toute la region, c'est le chalet suisse qui sert de référence architecturale. En haut d'un promontoire, une petite église en bois, rappelle la simplicité des églises nordiques. Une fois dans un petit salon de thé, une vitrine expose du chocolat, et une série de gâteaux. Apfelstrudel, forêt noire, gâteau au noix prennent le dessus sur les alfajores, la spécialité Argentine. L'influence, là encore est limpide. On est loin du brin de folie portègne, ou de l'aridité pauvre des Andes. L'opulence est partout, dans la perfection des verts gazons jusqu'aux petits chalets de bois dans lesquels nous passerons une nuit.

et au petit matin, des faucons qui viennent jusqu'à nos fenêtres 
depuis le bateau qui nous amène voir les arrayanes

À côté de la petite ville de villa Angustura, une grande presqu'île fait office de parc naturel. On peut s'y promener jusqu'au bout pour observer les arbres arrayanes, des conifères au tronc couleur cannelle, des arbres en voie de disparition sous l'effet de la sécheresse, et dont on trouve ici les uniques exemplaires. Pour ne pas trainer nous faisons le trajet en bateau plutôt qu'à pied. La balade sous un soleil étincelant est délicieuse.

Nous avons ensuite pris la route des sept lacs, qui serpente entre vallées et lacs jusqu'à St Martin de los Andes. Les forêts s'épaississent progressivement à mesure que nous remontons au nord. Chaque nouveau lac, parfois un peu secret, parfois plus dégagé, est l'occasion d'un paysage different, d'une perspective nouvelle, sur les sommets enneigés, sur les eaux aux couleurs émeraudes ou turquoises.

On est tout de même frappés par le nombre d'arbres morts, toujours debouts, qui sont autant de petites taches blanches dans le vert sombre des forêts. Intrigués nous avons demandé explication. Eh bien ici aussi dans cette petite suisse le changement climatique est sensible. Alors qu'il pleut en moyenne plus de 3500 mm d'eau par an, voilà 15 ans qu'il ne pleut plus que 2700 mm. Un changement suffisamment brutal pour fragiliser l'écosystème et que meurent de très nombreux exemplaires de ces cyprès des Andes. Les feuillus, eux, ont l'air de mieux resister.

A Saint Martin de los Andes, installé sur la berge de l'immense lac Lanin, rondins de bois, bow window, chalets, tous les incontournables de la station de ski sont présents. Les nostalgiques de la cabane au fond des bois, yucaidi yucaida, seraient comblés. Michel et Aude nous emmènent voir un petit village Mapuche au cœur du parc national Lanin. L'endroit un peu plus abrité du vent a beaucoup de charme. Nous nous fondons dans le décors, nous nous imaginons de nouveaux noms. Je choisi celui d'Aigle aux yeux d'Opale, Alex celui de Bruit du vent dans les branches de bambous, même si j'avais proposé castor musqué ! Franche rigolade dans la voiture.

Dernière soirée en Argentine autour d'un bon repas dans un resto très joli. Demain nos chemins se séparent. Retour à Buenos Aires pour Michel et Aude et départ pour le Chili de notre côté.

De l'eau encore de l'eau, ici une jolie cascade dans le parc des mapuches

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Publié le 11 décembre 2017

Nous en rêvions, un lieu stable pour plusieurs semaines, sans nécessité de visites. Nous découvrons qu'à la longue le voyageur se lasse. Son regard s'est émoussé, comme son enthousiasme. L'émerveillement des premiers temps a laissé place à un plaisir professionnel, moins spontané, plus mesuré. Bref, aussi iconoclaste et provocateur que cela puisse paraître, le voyageur fatigue de son voyage et réclame du repos.

Nous rentrons donc dans notre ville refuge, celle qui fut le point de départ de notre voyage, la belle Buenos Aires. C'est drôle comme dès les premiers pas hors de la gare, nous avons plaisir à retrouver nos marques sans attendre : le bus 106 pour aller jusque chez Florence dans le quartier d'Almagro, les commerces que nous avions l'habitude de fréquenter, notamment le Chino où nous achetons de quoi fêter notre retour.

Florence nous attend avec impatience, très occupée par le tournage du dernier film de la Goldwin Meyer sur l'enlèvement d'Eichman par le Mossad. Notre principale occupation durant ces trois semaines sera de préparer nos repas, plus ou moins élaborés et de faire de nouveaux tests. Notamment côté boulangerie : Burgers avec m pain maison, croissants, chapata le pain espagnol... Alex s'est lancé dans les chips de patate douce, et innové en dénichant et cuisinant des graines de soja. Bref des fées du logis !

en pleine action ! 

Les parents d'Alex, Michel et Aude sont arrivés début novembre et nous avons ainsi passé quelques fin d'après midi à siroter du Malbec ou à profiter du talent des Argentins pour cuisiner la viande dans des parillas du quartier de San Telmo. Autant d'agapes qui nous ont totalement dévié de notre objectif de revenir plus minces qu'en partant. Notre absence de réelle activité physique à l'exception des expéditions pour aller faire des courses n'a pas aidé.

En réalité, nous avons quand même exploré le quartier de la Boca. L'un des plus anciens et des plus populaires. Il s'agit de l'ancien port, fondé par des génois. On dit qu'il s'agit du berceau du tango dansé initialement par les marins, entre hommes. Très connu pour ses quelques rues repeintes en couleur flashy et surtout pour la bombonera, le stade local que les footeux qualifient de légendaire.

el caminito, la rue la plus célèbre de la Boca 

Nous arpenterons ces quelques rues envahies par les touristes qui viennent y chercher la carte postale d'un lieu qui n'existe plus. Nous essaierons de nous en éloigner un peu sans prendre des risques inconsidérés, tant le quartier conserve une très mauvaise réputation. Les rues, alors, retrouvent leur calme habituel et les maisons encore de bric et de broc confirment la précarité des habitants du quartier.

Mais, à peine, avons nous pu nous mettre à la page sur les séries du moment, de lire le bouquin que mes parents m'ont envoyé, "l'odeur de la forêt" aussi intéressant qu'addictif...que déjà nous devons penser à notre prochain depart. Cette fois plus de place à l'improvisation. Les terres qui nous restent à découvrir, Chili et Patagonie sont immenses et chères. Si nous voulons avoir le temps de profiter des différentes zones, place à l'anticipation. Nous compulsons alors frénétiquement nos guides Chiliens et argentins pour organiser un trajet qui doit nous amener du nord du Chili, à l'extrême sud argentin en passant par l'Ile de Pâques, avec cette fois la perspective du retour en France !

Après le trajet et le budget, place aux sacs. Nous changeons radicalement de stratégie. Nous avons pu reconstituer nos réserves pour les deux derniers mois qui sont aussi les plus chers. Si nous voulons profiter de toutes les merveilles locales, il faudra passer quelques nuits en tente. Or le dos d'Alex n'est pas prêt à porter beaucoup et le mien n'y tient pas davantage. Si nous portons tout le matériel de camping, il va falloir sacrifier d'autres choses. Soucieux de la rigueur de ses choix, Alex investit dans une balance précise pour peser et soupeser chacun des éléments que nous devons mettre dans le sac.

L'objectif est clair, ne pas dépasser les 20 kg à deux. Exit les quelques objets déjà considérés comme superflus lors de la première boucle (deuxième bonnet, Lycra de surf, flacons d'huiles essentielles, les médocs antipaludiques...), puis quelques séparations douloureuses et drastiques : nous laissons ainsi l'ordinateur et son chargeur, et nous réduisons au maximum le nombre de vêtements. Nous partons avec un seul pantalon, en laissant le jean à Buenos aires. Bref le minimum.

Lors de la dernière pesée, tous fiers, nous constatons notre succès. Alex a un sac qui ne dépasse pas 8 kg et le mien 12 kg. Ce soir Florence fête son anniversaire. Nous avons décalé notre départ pour être là pour la fête. Demain à 15h, un bus nous emmène jusqu'à Bariloche, après 21h de voyage. À nous le Sud !

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Publié le 9 décembre 2017

Cordoba, la ville docte. La belle Córdoba, concurrente éternelle de Buenos Aires. La ville des lettres et des sciences, la fédéraliste opposée à la centraliste.

À peine le bus atteint-il le centre ville que nous tombons sous le charme de Cordoba. Elle mérite haut la main tous ses titres et ne cessera de nous le prouver tout au long de notre séjour.

Le changement d'ambiance est radical comparé à Salta. Ici, au soir tombé les rues sont pleines de joggeurs, tous élancés et la foulée légère. Les nombreux parcs de la ville sont pris d'assaut alors que les terrasses des bars à bières, ou à vins, ou à tapas, bref tous trendy, commencent à se remplir.

Il faut dire que ce sont des quartiers entiers, les anciens quartiers mal famés en pleine gentrification, qui sont réinvestis en lieu de brocante ou de boutique vintage, architecte et designer ont pignon sur rue au milieu des restaurant et bars vegan ou gluten free mais tous résolument hipster. Un mot pourrait décrire à la perfection cette ville : branchée.

Cette ville qui semble n'abriter que des CSP+, est pourtant la première ville étudiante du pays, d'où son surnom de docte. Et ce de par son histoire. L'Université de Cordoba est en effet la première université publique et gratuite du pays, voir probablement du continent, fondée par les jésuites. Et qu'importe s'il a fallut une demi révolution pour que l'enseignement deviennent accessible à tous, le résultat est là. Il en découle que la quasi totalité du centre forme un quartier étudiant tentaculaire. Cela explique la quantité de jeunes personnes dans tous les sens et le nombre de bars...

Mais Cordoba est aussi en ville de patrimoine. Anciens bâtiments et églises font bourgeonner tours et clochers dans presque chaque manzana (c'est le nom local pour un bloc ou cuadra). Admirez cette église aux couleurs chatoyantes ! Mais l'art ancien n'est pas le seul à avoir voix au chapitre de l'habillement de la ville. De nombreuses fresques de tailles variées couvrent murs et devantures.

L'architecture même de la ville vaut le détour. On oscille entre inspirations européennes pour les bâtiments et hôtels particuliers des grandes avenues, et architectures résolument modernes pour les centres culturels et les musées, avec des succès plus ou moins francs. Les flancs arrondis du centre des archives se sont vu adjoindre des barres grises - vous les voyez - pour empêcher les habitants de faire de la luge dessus. Mais ça n'a pas suffit, si bien qu'un policier garde l'esplanade nuit et jour. des archives bien protégées. Le geste architectural à l'épreuve de l'habitant. Parfois le choc esthétique de plusieurs influences, donne un résultat plutôt intéressant : regardez ces couleurs !

Sachez que la première photo présente le bâtiment qui tint, plusieurs années durant, le titre de bâtiment le plus étroit du monde. La parcelle est minuscule et l'édifice impropre à l'habitation mais des entreprises y ont leur bureau. Un beau mélange d'influences diverses qui donne beaucoup de charme à la ville. Et comme toujours une place centrale toute arborée, parfaite pour déguster un demi-litre de glace bien mérité après une dure journée de visite !

Mais que serait une ville d'importance sans ses parcs ? Une horrible masse grise me direz-vous et nous serions d'accord. Aussi plusieurs parcs traversent la ville de leur masse verte, mais quelques surprises se cachent au détour des sentiers. Tout d'abord admirez cette piscine de plein air absolument immense : elle fait un peu plus de 50m, et possède un élégant pont pour enjamber les nageurs et les saluer depuis de sèches hauteurs.

Malheureusement nous y étions trop tôt pour la voir en eau, mais elle reste encore impressionnante. Nous continuons notre route pour atteindre un belvédère et que voyons nous ? Une roue de type fête foraine, créée par les entreprises Effeil et achetée par Cordoba. Manque de bol, au moment de monter la structure après son entretien, les traverses sont posées à l'envers. Résultat elle ne tourne plus et depuis les pièces ce sont tordues. La petite sœur de la dame de fer, paraît bien triste sans personne à bord de ses nacelles.

Encore bien d'autres surprises se cachent au coin de chaque rue, et Cordoba fut un véritable plaisir à visiter. Nous avons pu profiter des services d'une association de free walking tour pour nous faire découvrir tous ces endroits, et franchement leur guide tient la route ! Et puis une fois encore des couchsurfing nous ont accueillis, charmant petit couple attendant leurs papiers italiens pour aller vivre au Danemark quelques temps. Car oui, sachez que l'administration Italienne offre des facilités pour obtenir passeports et autres papiers aux descendants d'immigrés italiens. Mais attention ! si c'est par exemple votre grand mère qui était Italienne, il faudra passer par un tribunal pour faire reconnaître votre nationalité. Comme quoi des progrès en matière d'églité des sexes sont encore à faire...

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Publié le 8 décembre 2017

La rencontre avec une Suisse, Sophie a décidé de la suite de nos aventures. Croisée la veille dans l'auberge où nous dormions à Salta, elle nous explique qu'elle compte louer une voiture le lendemain et faire une petite boucle vers le sud en direction de Cafayate. Le courant étant bien passé entre nous, nous hésitons à peine et rdv est pris pour un départ tôt en matinée. Aller à Cafayate est une petite aventure qui vaut autant pour les routes qui y conduisent que pour le village lui même qui réserve quelques surprises. Sophie nous conduit d'une main de maître sous un ciel sans nuage.

Nous rigolons bien à mesure que nous avançons, raconter notre voyage à Sophie, qui elle a commencé le sien il y a à peine 3 semaines. Elle a les yeux de la nouveauté. Chaque cactus, oiseau ou bloc de rocher sont l'occasion d'une exclamation heureuse. Nous nous surprenons à tenir un discours de blasés. "Oh tu sais des cactus, c'est pas le dernier que tu verras. Oui les couleurs des pierres sont jolies"... Bref des rabats joies qui commencent à aspirer au calme d'un séjour prolongé dans un même endroit et de préférence une ville !

Deux routes sont possibles entre la petite ville et Salta. La plus à l'ouest, pour une bonne part constituée d'une piste, longe la cordillère à des altitudes élevées. Il est conseillé d'effectuer le trajet en deux jours et avec un véhicule tout terrain. Nous préférons donc le deuxième itinéraire à la fois le plus rapide et le mieux carrossable qui traverse lui aussi, d'après mister routard, une très belle vallée. Quand apparaissent les premiers contreforts de la quebrada de las conchas, (oui oui la vallée des moules, c'est son petit nom) les formations rocheuses rouges et ocres tranchent avec le fond de la vallée recouverte d'arbres et l'eau du ruisseau. L'ampleur des lieux est encore une fois saisissant. Un paysage de far ouest, tels que les westerns nous les ont montrés.

la fameuse gorge du diable 

La vallée est ponctuée de petites singularités qui méritent un petit arrêt. La gorge du diable (oui encore) est des plus impressionnantes. L'eau et le vent ont creusé dans les sédiments les plus friables de la falaise une immense cheminée de près de 300 mètres de haut. On se sent tout petit dans cette antre. Nous grimpons un peu jusqu'à ce que le sol ne se soulève tout à fait et monte à la quasi verticale. Vertigineux.

Nous poursuivons jusqu'à l'amphithéâtre, un grand espace arrondi, qu'une vingtaine de coeurs amateurs occupent pour l'occasion. Chants patriotiques et cantiques d'église façon gospel, nous bénéficions d'un petit concert plutôt marrant.

Les points d'intérêt suivants relèvent plus de l'anecdote, une pierre finit toujours pas ressembler à une pierre n'est-ce pas? Ainsi le prêtre et l'obélisque nous ont plutôt fait rire, tant il fallait mobiliser une réelle imagination. D'autant que Sophie ne parvenait pas à voir à l'ecclésiastique. J'ai bien tenté de lui dire que c'était un pasteur mais rien y a fait. Seul le crapaud nous a plutôt convaincu avec son œil torve et son air de pacha.

Nous sortons enfin de cette vallée pour atteindre Cafayate. Je garde une très forte impression de l'espace soudain ouvert à nos yeux certes délimités à l'est ou à l'ouest par de hautes montagnes, mais entre les deux, l'immensité. Apparaissent alors ces grands champs de vigne. Et oui car ici, on fait du vin d'altitude (1 600 mètres quand même) figurez vous. La grande amplitude thermique, nuit très fraîche et journée très chaude permet un très bon développement du raisin qui se gorge de soleil. L'air sec et l'eau glacière directement issue des montagnes protègent des maladies.

Le musée du vin nous a expliqué tout ça de façon très didactique. Mais plutôt que d'en rester à une théorie abstraite nous avons préféré passer aux travaux pratiques. Le destin a fait que nous sommes tombés sur une fête locale où était organisée une dégustation par l'ensemble des producteurs locaux. Malbec, Cabernet franc syrah, pour les rouges. Côté blanc Cabernet sauvignon et surtout torrentes, l'unique cépage dit argentin car produit d'un croisement naturel entre les vignes apportées par les jésuites pour faire du vin de messe et des plantes locales. Une jolie découverte.

Au milieu de cet aréopage, un petit orchestre et un chœur de grande qualité s'est lancé dans la représentation du requiem de Mozart. Comme en écho à cette journée magnifique marquée par les voix et les vins.

13
oct
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Après notre expérience désastreuse à Jujuy nous filons au sud en direction de Salta. Changement d'ambiance immédiat. Il fait plus beau, la ville est plus dynamique et surtout possède un vrai centre, avec une place et des bâtiments charmants.

Sitôt trouvé notre nouvel hébergement, une auberge de jeunesse peuplée de jeunes hippies et sentant légèrement les pieds, nous partons arpenter la ville. Mais point de folie, nous sommes arrivé un vendredi et nos fonds ne seront pas disponibles au retrait avant lundi ! Le contrecoup fâcheux de notre départ précipité.

Nous nous rendons vite compte que les salteños n'ont pas peur des couleurs franches et des architectures un peu lourdes. Ce que vous voyez, couvert de rouge et d'or n'est pas un théâtre mais une église ! Le ton est donné ...

Forcément nous allons faire un tour au marché, histoire de manger un morceau et d'acheter quelques vivres pour le week-end. Sans être aussi beau que ceux de Cusco ou Cali, il est plutôt mignon. Surtout, il est au centre d'un quartier entier dédié aux piétons. Plutôt inhabituel dans ces pays où la voiture est reine. Nos déambulations nous amènent sur la place centrale, ça n'étonnera personne le bâtiment le plus beau est d'inspiration française.

Moment d'anthologie, alors que nous passons devant l'église les sonneurs testent les cloches et s'en donnent à cœur joie !

Ça ne vaut pas le son de la pierre cloche 

A notre retour de Cafayate (Simon doit être en train d'écrire l'article), pour changer un peu d'ambiance et continuer d'économiser en prévision de la Patagonie, nous finissons notre séjour à Salta en Couchsurfing. Les conditions sont un peu plus spartiates, nous dormirons deux nuits (le bus était complet le premier jour) sur un matelas une place dans le salon. Mais c'est l'occasion d'aller visiter le cerro san bernardo. Il est accessible en téléphérique, mais nous décidons de gravis la colline avec nos petites jambes musclées.

Et l'ascension en vaut la peine. Petit à petit la vue sur la ville se dégage et c'est avec le soleil déclinant que nous atteignons le sommet. Dimanche fin de journée et le parc est plein ! Familles et amis montent ici profiter du parc au sommet et du panorama sur la ville. Nous retrouvons avec plaisir le rituel du maté mais avec une légère variante (le thermos a été oublié à la maison) : le telele - on met du jus de fruit a la place de l'eau chaude !

La seule photo de nos hotes que nous ayons

Le lendemain nous sommes seuls, nos deux hôtes travaillent, eux ! Nous allons passer l'après-midi au parc Lorenzo à quelques kilomètres de Salta. La réserve s'étend sur plusieurs kilomètres et présente une forêt humide d'altitude. C'est vert, chaud et humide mais pas trop. Parfait pour une sieste à l'ombre d'un arbre et jouer avec les cailloux dans les ruisseaux.

Même les plantes aiment les couleurs ! 

Une pause bucolique des plus charmantes !

10
oct

Avec quelques jours d'avance sur notre programme nous arrivons à San Salvador de Jujuy, où nous attendent Horacio et Lila pour deux bonnes semaines de Workaway, dans ce qui doit être une ferme écologique, avec projets de constructions en matériaux écolo et durables. Pour rappel le principe du Workaway c'est que nous travaillons entre 4 et 5h par jour, 5 jours par semaine en échange du gite et du couvert.

Passons sur la ville de San Salvador de Jujuy qui n'a d'intérêt que d'être la capitale de la province éponyme. De toute façon nous n'y serons quasiment jamais puisque la dite "ferme" se trouve un peu plus loin dans les hauteurs, trop loin de la ville, en bus ou à pied, pour que nous y allions régulièrement.

Pendant les premiers temps cela semble prometteur, bâtiments en pierre et ciment naturel (mélange de terre, de sable et d'un autre élément liant), un terrain immense, une petite cabane pour nous abriter, un atelier en fond de jardin ou trône une camionnette en réparation, et au fond la rivière d'où est pompée l'eau qui alimente toute la maisonnée et l'arrosage.

ça fait un peu petite maison dans la prairie 
Au fond en rouge, notre logement. Charmant mais un peu ouvert au quatre vent, les planchettes de bois ne sont malheureusement pas ...

Mais la désillusion est rapide dès que nous jetons un coup d’œil au potager - oui, c'est bien trop petit pour être qualifié de champ. De mon point de vue rien de particulièrement choquant au premier abord, mais bon je n'ai la main verte qu'en milieu radioactif. Par contre Simon, lui se rend bien vite compte que ce sont des branques, dont les connaissances en jardinage ne sont pas beaucoup plus poussées que les miennes...

Il faut avouer que le terrain n'est pas des plus adaptés, certes. La terre n'est pas très riche et pleine de cailloux, voir par endroits de restes de ciment. Les légumes sont plantés parfois au petit bonheur la chance. Ici point de sillons bien marqués, pas de terre aérée et retournée régulièrement, point d'arrachage des mauvaises plantes, pas de remblai pour éviter que l'eau s'échappe lors de l'arrosage. En somme des plantes posées sur le sol, en espérant qu'elles veuillent bien pousser. Rendez vous compte, les tomates poussent sans tuteur !

Bref, après plusieurs jours de travail en plein cagnard, le tout reprend forme humaine mais nous sommes loin des méthodes de permaculture, l'idée même d'une quelconque optimisation ou d'un arrosage journalier semble farfelu à nos hôtes...

Après un temps de flottement, pendant lequel nous sommes sans directives et dans le néant abyssal de leur organisation, décision est prise d'avancer sur un des murets de renfort de la maison ! Ce que je prenais pour un futur bac à fleur était donc une pièce architecturale. Nous allons donc déplacer des tas de terre, puis des tas de sable de ci, de là, le temps que soit décidé le point de stockage. Charger, décharger et recharger encore le même tas à travers le terrain est une expérience de patience. Notre motivation est en chute libre vous devez vous en douter

Nos prétendus fermiers/architectes en herbe, se révèlent de simples retraités sans aucune connaissance technique - et pas particulièrement curieux. L'idée de faire des recherches Google ou plus simplement dans une bibliothèque plongeait Horacio dans des abimes de réflexion. Mais pourquoi pas, après tout quel intérêt d'apprendre des autres quand on peut juste répéter des erreurs ad nauseam ?

Après notre motivation, c'est donc notre estime pour nos deux semi-hippies sociopathes qui s'écrase au niveau des tomates. Mais bref, nous faisons du beau ciment naturel, et la bétonnière tourne et tourne tandis qu'un crachin tombe sur nous.

Le bâtiment principal, et au fond celui où vivent Horacio et Lila

Nous continuons à déplacer des tas de choses, lorsque Horacio trouve notre nouvelle activité pour la fin de notre séjour à Jujuy. Nous allons créer un meuble type bar en partant de la structure en métal d'une commode et de planches de bois (2mx0,20m à peu près) stockées dans un coin. C'est donc parti pour une journée de ponçage du métal au papier de verre. Nous travaillons musique dans les oreilles pour mettre un peu de cœur à l'ouvrage et enlever restes de peinture et rouille, en nous demandant régulièrement "mais où est Horacio ?".

Le retour de la pluie le lendemain, nous empêche de passer à l'étape du vernis/peinture. C'est au tour des planches d'être poncées. Mais surprise, après plus d'une heure trente et alors que nous terminons la dernière planche, Horacio nous annonce qu'il ne veut pas juste des planches poncées, il veut que nous rectifions la courbure des planches. Et oui, le bois travaille et finit par se courber, rien de bien méchant mais certaines planches bombent de plusieurs millimètres. Soit, sauf que pour se faire nous n'avons à disposition que du papier du verre, et encore faut-il se battre pour avoir des feuilles non usées - cela pourrait abimer le bois vous comprenez. Devant notre air plus que dubitatif Horacio insiste, nous reprenons donc le ponçage en espérant rattraper le défaut des planches. Bien entendu le résultat n'est pas au rendez-vous, si au bout de 4h nous avons rattrapé un millimètre sur chaque planche, c'est un miracle. Nous faisons donc remarquer à Horacio, que le matériel ne nous semble pas approprier et qu'il existe un outil magique appelé "rabot" pour faire ce genre de travail. C'est à son tour d'afficher un air dubitatif, il préfère se mettre lui même au ponçage pour prouver que si, si c'est possible.

Bon il n'aura pas ponçé bien longtemps, on vous rassure, pendant ce temps nous nous dirigeons vers la salle d'eau pour laver sciure et poussière. Ici le chauffe eau marche au bois, comprenez que nous prendrons deux douches chaude en 10 jours devant la lenteur du système. Mais au moins cela nous amuse un peu.

Et le lendemain, patatra : Horacio nous annonce au moment où nous allons petit-déjeuner qu'il veut que nous partions immédiatement. Et oui, il trouve que nous ne travaillons pas assez, et que nous sommes de mauvaise foi. Il est évident que les planches ne sont pas plates parce que nous ne travaillons pas assez. Et que nous faisons des pauses pour aller boire ou aller aux toilettes, et même que l'on écoute de la musique, et pis on ne fait pas d’effort, et certains jours on ne travaille que 4h30, et on ne fait pas la vaisselle commune tous les jours ! En bref, il se sent lésé. Notre travail ne correspond pas à ce qui nous est fournit, nous sommes en train de le voler - sachez qu'à ce moment c'est le 5e jour de la semaine et qu'il devait donc nous rester deux jours de repos.

Passé notre ahurissement le plus total face à sa réaction, et surtout le fait qu'à aucun moment avant ce matin, il ne nous a été fait la moindre remarque sur nos horaires, notre organisation du travail ou quelconque défaut supposé, nous allons faire nos sacs.

C'est choqués par la méthode, mais soulagés de quitter un tel endroit et de telles personnes que nous remballons nos affaires. Nos gentils retraités un peu hippies se sont transformés en monstres ultra-libéraux. Il est évident que nous n'avons pas la même vision de ce que doit être un Workaway, pour eux pas question d'échange ou d'apprentissage. Il faut travailler 5h, sans pause et selon des horaires mystérieux pour mériter sa croute, et faire la cuisine et tout laver, et ne pas poser de questions sur les méthodes hasardeuses employées. Et sinon, on vous jette, comme le travail à la journée dans les pires mines d'Amérique du Sud.

Touche de douceur au moment du départ, un troupeau de biquette croise notre route 

En bref, si l’expérience de Riohacha était vraiment chouette, ici c'est un échec sur tout la ligne. Pas de belle rencontre, aucun nouveau savoir, des courbatures plein les bras et le dos, et surtout : nous avons oublié, dans la précipitation du départ, la petite paire de chaussures magnifiques que j'avais acheté à Tilcara !

3
oct

Notre première intention après le passage de frontière est de rejoindre Humahuaca, petite ville de la Quebrada (vallée) du même nom, connue pour être classée par l'Unesco au patrimoine mondial. L'idée aurait été d'y passer une nuit et de repartir le lendemain pour un village un peu plus au sud, toujours dans la Quebrada. Mais l'idée de devoir refaire les sacs et de bouger à nouveau dans les trois jours qui nous restent avant d'atteindre notre Workaway, nous fait hésiter. Voilà 4 mois que nous sommes en transit, donc l'idée de rester 3 nuits au même endroit nous convainc de poursuivre jusqu'à Tilcara.

La route dans la lumière du soir, au coeur de la Quebrada dévoile un paysage magnifique, que nous aurons hâte le lendemain de parcourir en plein jour. Nous arrivons donc à Tilcara, sans doute la ville la plus importante de quebrada, essentiellement tournée vers le tourisme. Après avoir écumés les hôtels et âprement négociés le prix de notre chambre, nous nous installons dans une petite auberge tenue par une famille purement argentine. Nous retrouvons les "ch" de cet espagnol si caractéristique et la mère parle si vite qu'on dirait qu'elle est sous coke ! On sort pour trouver de quoi se sustenter. Là aussi l'ambiance est typiquement argentine, les gens se couchent tard ici. Il est 9h30 et les rues sont pleines de monde.

Mais on comprend une fois installés à une petite terrasse en train de boire une mousse que les habitants attendent quelque chose le long de la rue principale. Et effectivement, des chars lumineux apparaissent au bout de la rue et remontent très lentement l'avenue. Nous comprenons qu'il s'agit de l'école d'ingénierie et de formation technologique qui est en fête. Les deux chars sont tirés par deux tracteurs et sur les chars c'est un festival de lumière. Sur le premier les plus belles filles de l'école prennent la pose. Sur le second, des personnages et autres animaux en carton pâtes sont articulés par des pistons qui les lèvent et les redescendent. On est pas tout à fait au niveau des géants de l'ile de Nantes mais disons pour être polis que c'est prometteur.

Bref cette bonne ambiance nous a fait changé de monde, comparé aux rues calmes des nuits boliviennes, la buena onda argentine est belle et bien là.

Après une bonne petite nuit nous partons en balade. On nous dit que la garganta del diablo locale (tout ce qui ressemble de près ou de loin à un trou est une garganta del diablo) est tout à fait intéressante. c'est parti pour quelques heures de marche dans un paysage battu par les vents et la poussière. Sur les flancs des montagnes colorées de nombreux grands cactus ont poussé dans cet environnement relativement hostile. Le routard nous raconte qu'à l'arrivé des espagnols, les indiens conscients de leur infériorité autant numérique que technique, décidèrent de mettre sur tous les cactus tous les bouts de tissus disponibles et de faire croire à la présence de puissants guerriers. La ruse fonctionna, puisque les espagnols trompés par la supercherie ne tentèrent pas le diable et préférèrent contourner la zone. La quebrada gagna ainsi quelques décennies de tranquillité.

La balade nous amène effectivement jusqu'à une gorge de plus en plus étroite qui depuis le haut de la vallée forme un trou à la fois profond et étroit ! nous continuons en amont du ruisseau qui nous conduit jusqu'à une jolie cascade où nous pique niquons.

Le lendemain, après avoir improvisé une grillade à l'argentine dans le jardin de l'auberge, nous filons jusqu'à un petit parc très agréable où nous faisons la découverte de la pierre cloche. Explication en images.

Nous partons le lendemain pour le dernier village avant San salvador de Jujuy, Purmamarca réputé pour ses montagnes aux sept couleurs. Le paysage qui apparaît est effectivement très impressionnant. Des couleurs et des contrastes incroyables. Voyez plutôt !

30
sept
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Publié le 23 novembre 2017

Pour le retour en Argentine, nous décidons de passer par Tupiza, zones de montagne et de haut plateaux, avant-gout des paysages qui nous attendent dans le nord de l'Argentine. On parle ici de Quebradas, des vallées étroites, où serpentent des cours d'eau, source de vie et de verdure dans ces zones arides et pelées.

Nous enchainons les heures de bus depuis Sucre, au milieu de ces paysages étonnants. L'ocre cède la place au gris omniprésent, la terre n'est plus la même c'est une évidence. Alors que la nuit est tombé depuis quelques temps, et que nous approchons de Tupiza, surprise : notre bus s'arrête en plein milieu de la route. Une manifestation, apparemment causée par la sécheresse et les problèmes d'alimentation en eau de la région, nous bloque le passage. Qu'à cela ne tienne, nous finissons à pied.

De Tupiza, nous ne verrons au final pas grand chose, un lever bien trop tardif nous pousse à prendre immédiatement la direction de la frontière sans nous attarder, d'autant que la ville ne présente pas de charme particulier. Reprise de bus en direction de la ville frontière de Villazón.

Ville frontière classique, elle n'a aucune intérêt. Nous descendons du collectivo pour trouver un taxi qui nous dépose au poste frontière, situé à quelques kilomètres. Le bureau bolivien nous informe que nous n'avons pas besoin de faire de tampon de sortie de territoire, celui d'entrée en Argentine fera office de sortie de la Bolivie. Certes... Nous en profitons pour changer nos derniers BOB en Pesos Argentins (ARS) et bim nous voici du côté Argentin ! Retour en terrain connu, en quelque sorte.

Bon comme d'habitude les détails du Permis Vacances Travail font ramer les ordinateurs de nos chers douaniers, on se range sur le côté, histoire de laisser passer une bonne dizaine de personnes avant que notre situation ne soit enfin réglée. Pour le coup c'est une frontière très active. Les prix bas côté Bolivien attirent les argentins, que ce soit pour des vêtements ou des équipements plus imposants.

Les retrouvailles avec l'argentine, sont un peu violentes. Le déjeuner nous revient au prix d'une nuit d'hôtel en Bolivie, et plus question de négocier les billets de bus à tout va ! Mais surtout le pays est bien plus riche, et cela se voit jusqu'ici, dans l'extrême nord. Les bâtiments et les routes sont bien mieux entretenus, et le différentiel de niveau de vie est évident.

Nous reprenons un bus en direction de Humahuaca et Tilcara. Le paysage change, l'horizon s'ouvre et des plaines immenses s'étendent entre deux lignes montagneuses. Au loin nous voyons Alpacas et Vigognes s'ébattre joyeusement, dans un festival de tons sur tons jaunes et beiges.

Notez les deux cyclistes ? Ils font gouzis gouzis à des vigognes, les veinards ! 

Et soudain au détour de la route, nous apercevons des formations rocheuses plissées. On a l'impression que la terre a basculé, révélant le mille feuille sédimentaire, habituellement caché à nos yeux. Les lignes de couleurs traversent le paysage, telles les ondes d'un lac troublé. Un paysage prometteur pour la suite du voyage.

28
sept

Après la rudesse du climat et le dénuement du paysage de Potosi, Sucre apparaît tel un oasis aux franges du désert. Arrivant de nuit, c’est seulement au petit matin (aux alentours de 10h, point trop tôt s’il vous plait) que nous comprenons pourquoi l’une des villes les plus riches de Bolivie est appelée « la Blanche ». Après les façades non crépies des autres villes de Bolivie, nous nous promenons dans un cadre nettement plus soigné. Les maisons chaulées ou peintes en blancs font apparaître une riche architecture coloniale mais surtout républicaine.

Après une première nuit dans une pension de famille sans charme, nous nous préparons à nous séparer d’Emeline qui doit rejoindre La Paz pour rentrer en France. Nous arpentons une première fois le centre ville à la recherche de bijoux en argent. Alors que le pays connut son heure de gloire dans la production de plata, nous faisons chou blanc. Nous n’arrivons pas à trouver l’artisan chez qui nous pourrions trouver autre chose que des séries de bijoux uniformes.

Nous prenons le temps de flâner dans le marché central, très bien aménagé, où nous irons chaque jour trouver notre repas du midi. Nous garderons longtemps en mémoire dans l’allée des vendeuses de volaille, cette tenancière détaillant un poulet entier avec une rapidité déconcertante, armée de son immense couteau. Trois cantines différentes nous accueillent et nous font découvrir quelques plats nouveaux.

Nous retrouvons Brendan et Gaëlle dans leur petit hôtel où nous nous installons pour les deux nuits suivantes. Après plusieurs parties de cartes endiablées, dans nos chambres puisque le bar de l'hôtel n'a jamais daigné ouvrir, c’est au tour de nos deux Bretons de repartir vers le Pérou pour attraper un avion à Lima pour la France. Nous profitons à nouveau de cette relative solitude. 3 chatons égayent la journée d’Alex qui ne cesse de bêtifier devant les petits félins aussi mignons que coquins.

Le lendemain nous nous risquons jusqu’à un joli parc, où une Tour Eiffel miniature a été édifiée. Rien à voir avec l’édifice élancé, tutoyant les cieux, que chaque parisien observe d’un œil attendri. Ici, c'est plutôt un phallus orange fluo, n'est pas la dame de fer qui veut. Entouré de jolis bâtiments officiels, d’un théâtre, les lieux de manquent pas de charme. Nous apprenons qu'il s'agissait à l'origine d'un quartier ouvrier à destination des cheminots, la gare se situant juste en face du parc.

Mais déjà les sirènes argentines nous appellent pour retourner au bercail. Direction le sud !

25
sept
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Publié le 19 novembre 2017

Comment qualifier Potosi ?

C'est une ville de contraste, étrange et difficile à saisir. Les traces de son passées fastes sont partout présentes, et pour le coup bien entretenues. Le centre historique est charmant comme tout, les rues sont petites, les bâtiments agréables et colorés mais sans pour autant se sentir comme dans un parc d'attraction. Quelques musées plutôt agréables permettent d'en apprendre plus sur l'histoire de la ville, du Cerro (la montagne) et du rôle qu'elle a joué dansla fabrication de la monnaie et par la même occasion de la couronne d’Espagne sur le continent sud Américain.

La ville semble réussir sa reconversion dans le tourisme et investit pour entretenir et développer son attractivité. Mais tout cela révèle vite sa vraie nature, un simple emplâtre sur les zones centrales de la ville pour cacher la misère d'un centre urbain avant tout porté sur les activités minières et générant une grande pauvreté.

Sortez du centre et les bâtiments lepreux et jamais terminés refont leur apparition. Et lorsqu'on s'approche du Cerro Rico on découvre les quartier miniers. Nous sommes loin de la candeur colorée du centre ville...

Le Cerro écrase par sa présence tant physique que symbolique la ville de Potosi en permanence. D'où que l'on soit ou presque, on peut apercevoir sa haute silhouette dominer la ville, et la nuit n'apporte pas de répit, une installation lumineuse souligne sa silhouette. Il faut dire que la ville doit son existence uniquement aux ressources minières du Cerro. Connu pour ses filons d'argent dès l'époque pré-colombienne, c'est sous la colonisation que l’activité minière se développe véritablement avec l'importation des méthodes industrielles occidentales de traitement et d'extraction du métal précieux.

Très vite, Potosi est fondée pour exploiter les richesses du Cerro, et elle devient la ville la plus riche et la plus peuplée du continent et probablement du monde à cette époque. C'est la locomotive économique de l'empire espagnol et de la colonisation. L'argent coule à flot, tellement qu'il sert à tout et n'importe quoi, que ce que soit des couverts, des parures, des bijoux, des meubles, des carafes. Tout ce qu'il est possible de fabriquer l'est mais en argent brut. Une véritable folie pour le métal blanc.

La mine, en partie à ciel ouvert. Le Cerro à parait-il perdu près de 500m de dénivelé depuis le XV siècle, on imagine la quantité ...

La baisse de la production et la surabondance du métal font s'effondrer les cours. Cette contreperformance aura raison de la richesse de la ville. Aujourd'hui la mine est toujours en activité, principalement pour produire de l'argent mais aussi du zinc, du nickel, et quelques grammes d'or et d'autres métaux semi-précieux. Et l'époque de la richesse est définitivement révolue. Les mineurs minent à leur propre compte, et revendent à plusieurs consortiums. Pas de corporation, seulements syndicats qui essaient tant bien que mal de se faire entendre et des conditions de travail franchement dangereuses.

Après quelques tergiversations nous avons fini par faire la visite de la mine. C'est édifiant, même si notre guide nous a proposé un parcours plutôt "soft". Comprenez que nous n'avons croisé que des équipes plutôt "âgées", personne de moins de 16 ans, et plutôt en bonne santé. Mais de nombreux enfants travaillent dans la mine, les accidents sont légions et les particules fines produites par l'exploitation provoquent des lésions et l'engorgement des poumons. Nombreux sont les mineurs qui ne font pas de vieux os, malgré les offrandes à la Pachamama et au Tio, dont les idoles sont présentes à tous les accès principaux.

Le Tio auquel on offre feuilles de Coca, tabac et alcool.

On comprend qu'il y ai tant d'accidents. Les méthodes pour attaquer la roche sont tout au plus rudimentaire. Les mineurs piochent, et creusent les galeries à la dynamite. Elle est d'ailleurs en vente libre dans toute la ville sans aucun contrôle, on sent le gap culturel, imaginez la psychose si la même chose était possible en Europe ! Et le tout est plutôt puissant. Alors que nous avions achetés quelques fournitures pour les mineurs que nous allions croisés, comme il est d'usage de le faire, notre guide nous propose d’expérimenter une explosion de dynamite. Il faut dire qu'il a travaillé pendant près de 10 ans dans la mine avant de se reconvertir en guide. Ni une, ni deux, le voici clope au bec à déballer un tube de dynamite pour le mélanger avec un catalyseur avant de mettre le tout dans une fissure de la roche après avoir allumé la mèche. Nous nous éloignons de quelques dizaines de mètres dans une galerie parallèle, jusqu'a entendre ou plutôt ressentir l'onde de choc, l'explosion. Dire que ça fait un gros BOOM, serait un doux euphémisme. On sent plus qu'on n'entend le front de l'explosion nous passer au travers.

la préparation tranquilou pépou de la dynamite 

Et il ne s'agissait là de l'explosion que d'un seul bâtonnet de dynamite ! On imagine les quantités autrement plus importantes que doivent manipuler les mineurs lors de leurs travaux d'excavation. Rien d’étonnant à ce que des galeries s'effondrent et que des glissements de terrains aient lieux en permanence...

Après cette visite et ces quelques jours passés à Potosi on se demande un peu quel avenir est possible pour la ville. Le tourisme tourne autour de la mine, la vie de la ville autour de la mine, et la mine tue ses habitants à petit feu. On voit mal comment Potosi peut exister sans le Cerro et s'orienter vers des activités autres alors que la mine a encore de longues années d'exploitations devant elle.

Une ville bizarre, obnubilée par sa splendeur passée, classée au patrimoine de l'Unesco mais étrangement vide. Une ville qui voudrait sortir du trou mais qui n'arrive pas à s'arrêter de creuser.

22
sept
22
sept

Nous sommes désormais à l'extérieur su Salar et les couleurs font leur grand retour alors que le sel et toute sa blancheur cèdent la place. Un camaïeux d'ocre, de rouges et de brun nous entoure, mais parfois le vert pointe le bout de son nez. Ces formations en mode sofa dernière collection Stark sont en fait des végétaux. Nous n'avons aucune idée de leur nom mais il s'agit probablement d'une sorte de mousse ou de lichen. Particulièrement bien adaptées ils affichent un vert insolent au milieu de ces terres désolées

Le sommet que vous voyez est un volcan en semi activité. Notez le léger panache qui s’échappe de son flanc gauche, pour les plus sportifs il est possible d'y faire un détour pour grimper plus ou moins à mi-hauteur. Il parait que le panorama est sympathique, mais pas suffisamment pour nous motiver...

Nous préférons continuer notre route vers la première des nombreuses lagunes présentes dans les environs. Comme nous ne tardons pas à le découvrir toutes ces lagunes sont le royaume privilégié de nombreuses espèces de flamand roses. Les micro organismes qui leur donne leur couleur, sont friands des nombreux minéraux présents dans l'eau. Si vous avez noté la bordure blanche au bord de l'eau sachez que ce n'est pas de la glace comme nous pensions au premier abord mais bien des condensés de Borax. Cela vous donne une idée des concentrations en sels de l'eau...

Pendant les longs trajets en voiture, il faut avouer que les paysages, même s'ils sont magnifiques, sont assez monotones. On ne vous montre que ce qui change, mais pendant de longues heures on peut admirer exactement la même montagne... Donc forcément on parle, on parle, on parle. On refait le monde, et nous apprenons que Brendan et Gaëlle sont dans le secteur médical, Gaëlle futur docteure et Brendan futur trafiquant en substances légales (en pharmacie donc). Nous nous entendons comme larrons en foire et notre chauffeur probablement triste d'être ainsi à part nous demande à plusieurs reprises si tous les français sont aussi bavards... Le fait que nous soyons dissipés pendant ses explications sur ce qui nous entoure est, peut-être, aussi une des raisons de sa mauvaise humeur. Mais qu'y pouvons nous ?! Nos discussions sont si passionnantes que nous les reprenons aussi sec ! Il aura appris dans la souffrance que les français ne se soumettent pas si facilement à l'autorité HAHA !

Nous roulons ainsi de lagune en lagune, jusqu'à atteindre une des formations phares la bien nommée laguna rojo (rouge). Ici la concentration en micro organismes (algues ou bestioles on ne sait pas vraiment, surement un peu des deux) est telle que non seulement les flamands sont roses mais l'eau également ! Depuis notre surplomb battu par les vents, nous admirons ce paysage, alors que les couleurs passent doucement au fur et à mesure que la température baisse et que l'intensité de la couleur diminue. Le technicolor et les appareils photos ont du mal à faire ressortir l'intensité de ce que nous voyons.

Mais les lagunes ne sont pas les seules points d’intérêt des environs ! De nombreuses formations géologiques, formées par l'action abrasive mélangée du vent et du sable, dressent leur formes tourmentés dans la rocaille du désert. La plus connue est l'arbre de pierre, mais toutes sont étonnantes. Perdues au milieu des immenses plaines qui s'étirent entre les montagnes, elles viennent rompre avec ce monde tout en horizontalité. Nous profitons de notre passage par le point le plus haute de notre périple pour sortir prendre l'air. Nous sommes à plus de 5.000 mètres, le vent souffle, le soleil tape, il fait beau et frais. L'air pique mais a cette saveur particulière de la haute montagne, un vrai bonheur.

5000 mètres d'altitude, à côté le mont blanc c'est de la gnognote !!! 

Mais ce qui aura rendu Alexandre fou c'est la présence de neige ! Hé oui, nous sommes désormais à des altitudes de 4.000 à 4.500 mètres, et forcement la nuit et à l'ombre il fait froid, très froid. Suffisamment pour que neige et glace se forment. Le plus souvent selon des formes tarabiscotés et torturées, encore une fois sous l'action du vent et du sable. Il faut avouer que la vue de la neige sur une terre ocre écrasée de soleil a quelque chose de surréaliste. On se croirait sur une autre planète aux règles différentes de celles qui nous sont coutumières.

Sa fascination pour la neige reste un mystère pour tout le monde...

Le dernièr jour de notre périple est déjà là et nous finissons par des geysers et fumerolles, l'occasion de contempler la puissance de mère nature sous une forme pas trop agressive. C'est donc à 5h du matin que nous prenons la Jeep de nuit, entre congères et dunes pour atteindre le fameux geyser ! En vrai, c'est une sortie de gaz chauds plus qu'un geyser. Mais il reste impressionnant ! L'occasion pour Emeline et moi de nous prendre pour des maitres de l'air, et surtout de réchauffer nos petites mains transies, le tout dans une délicieuse odeur de souffre.

Nous continuons sur quelques centaines de mètres pour nous retrouver nez à nez avec une grande zone de chaudrons de boue. Ça glougloute dans tous les sens, tandis que les vapeurs brulantes, en comparaison avec l'air froid du matin, forment une chape de brume qui noie tous les environs. Nous nous égayons dans tous les sens, admirant les bulles de gaz éclater à la surface de la boue couleur argile. Surement parfait pour un soin de la peau, mais un poil trop chaud. Chaque année des personnes se blessent en s'approchant trop près, chute et éclaboussures sont malheureusement monnaie courante. Mais notre sens du devoir et nos capacités de maitrise du danger nous ont permis de vous rapporter ces quelques clichés du cœur du phénomène !

C'était la dernière grande étape de notre épopée, il est temps de faire demi-tour pour retourner à Uyuni. Sur le chemin du retour nous passons à quelques encablures de la frontière Chilienne, qui traverse un énorme volcan, et nous approchons de la laguna verde. Malheureusement nous y sommes trop tôt et elle n'a pas encore eu le temps de chauffer assez pour arborer fièrement ses couleurs. Ce n'est pas si grave nous en avons déjà tellement plein les yeux.

A droite c'est le volcan qui marque la frontière avec le Chili

Cerise sur le gâteau, en fin de matinée, nous faisons une pause au niveau d'une source chaude en plein air ! Pur moment de félicité que de pouvoir se détendre dans une eau bien chaude, à l'air libre ( et glacé) avec vue sur une lagune. Cette expérience valait largement les quelques minutes de souffrance extrême lorsqu'il a fallu sortir de l'eau et se rhabiller.

C'est sur cette zone relaxante que se termine notre grande traversé du Salar d'Uyuni et du Sud Lipez. Les panoramas et les jeux de lumières et de couleurs incroyables que nous avons vus nous bercent sur le chemin du retour et alors que nous prenons tous ensemble le bus vers notre destination suivante : Potosi et le fameux Cerro Rico


20
sept
20
sept
Publié le 18 novembre 2017

C’est dans le clair obscur d’une aube glacée que nous débarquons du bus à Uyuni. A peine gonflons nous nos poumons de l’air sec et piquant que les rabatteurs d’agences se jettent sur nous, armés de leurs flyers et plus beaux sourires. Mais nous ne sommes plus naïfs, et avant tout nous partons nous poser dans le seul café ouvert à cette heure indue (environ 5h du matin) pour prendre un petit déjeuner, une boisson chaude, et comparer tranquillement les agences disponibles.

Passée l’aventure du café, les prix exorbitants et le mot de passe du wifi changé toutes les 15 minutes, nous finissons par faire notre short-list d’agences, non sans avoir sympathisé avec un couple de français ou plutôt de bretons : Gaëlle et Brendan (les prénoms n'ont pas été changés).

Bref, nous finissons par trouver l’agence de nos rêves, qui après d’après négociations et arguments choc (de type : bonjour on est un groupe de 7, vous nous faites un rabais ?), conclut le deal. Le départ est chaotique, il faut avouer que nous (surtout Simon qui était touché par la grâce de l’espagnol) avons un peu gueulé, quand au moment du départ les fameuses ceintures de sécurité soi disant prévues pour tout le monde, sont cassées pour 3 personnes sur 6…. Il faut savoir qu’à peine quelques mois plus tôt une touriste était morte et son compagnon plongé dans le coma, suite à un accident de voiture dans le salar alors qu'ils n'étaient pas attachés faute de ceinture. Sécurité quand tu nous tiens…

Nous partons enfin, non sans un certain froid entre nous et le chauffeur pour 3 jours de folie dans le plus grand salar du monde, j’ai nommé le Salar d’Uyuni. Quelques chiffres pour se représenter la bête : 100 km sur 150, près de 10 500km2, le tout à une altitude moyenne de 3 600 mètres, avec une profondeur pour la croute de sel estimée à près de 120/130 mètres pour les zones les plus profondes. Le Salar est le reliquat de la mer intérieure présente ici quelques milliers d’années auparavant. Avec la fermeture de l’accès à l’atlantique, l’ensemble s’est transformé en lac pour petit à petit s’assécher et laisser derrière lui cette immensité blanche et salée. Aujourd’hui le Salar est aussi connu pour ses réserves de lithium (oui comme les batteries de téléphone), quasiment 50% des réserves mondiales estimées. De quoi attiser l’appétit des consortiums industriels on s’en doute…

Saurez vous trouver le Breton qui s'est glissé dans notre photo ? Indice : il n'est pas encore brulé par le soleil !

Premier arrêt dans un cimetière de trains. Il y a de cela quelques décennies, Uyuni était une plaque tournante du commerce internationale. Le sel et autres produits miniers étaient acheminés vers la côté et les pays voisins à partir de la gare d’Uyuni. En témoignent les carcasses de locomotive, et autres wagons mangés par le sel, le vent et la rouille. Les trains se cachent pour mourir, mais leur repos semble bien vain au milieu des hordes de touristes. Il est vrai que ce n’est pas tout les jours que l’on a l’occasion de monter dans la cuve et les chaudières à vapeur de ces monstres. L’épaisseur du métal pour les pièces sensibles laisse imaginer la pression terrible qui devait y régner.

Nous quittons cette zone de sable, pour attaquer le Salar lui-même. Nous entrons dans un royaume de blancheur et de luminosité intense, nous n’en sortirons pas de la journée. Pour nous acclimater doucement à ce nouveau milieu, nous faisons une pause au niveau d’une résurgence d’eau. Car oui, il y a encore de l’eau qui circule par endroit sous la croute de sel. Le système aquifère est très dense. Tout autour, des lacs et lagunes se cachent dans les dépressions alimentées par les eaux de pluie, et les eaux des glaciers des montagnes et volcans. L’occasion de voir des pellicules de sel se former à la surface et flotter doucement, l’eau a quasiment le même gout qu’aux salinas de moray. Alex en profite pour ramasser un morceau de sel bien blanc : « pour compenser les sels minéraux qu’on transpire » selon lui…

Les caravanes des premiers instants ont disparu, de temps en temps nous apercevons au loin d'autres véhicules 

Nous roulons pendant des heures dans cette immensité blanche ou les points de repère font défaut. Les montagnes au loin semblent immobiles et l’air brulant, crée des mirages partout sur l’horizon. A la question de l’orientation, notre guide nous répond qu’il se dirige au temps. Une demi heure avec telle cap est censé l’amener dans les environs de tel endroit. Plutôt impressionnant, même si en vrai le trafic intense des véhicules laisse des trainées de gomme sur le sel. Mais le meilleur endroit pour s’en apercevoir c’est « l’ile au cactus ». Perdu au milieu de ce lac mort, une ile seulement peuplée de cactus, d’oiseau et de quelques insectes permet de gagner un peu de hauteur et de tenter d’embrasser le Salar dans son immensité. Tout simplement bluffant…

On réalise enfin que nous sommes au milieu de nulle part, dans un milieu extrêmement hostile. De quoi nous remplir d’admiration pour les quelques hurluberlus qui font la traversée en moto ou plus extrême en vélo ! Je crois avoir vu les yeux d’Émeline briller à cette idée, un peu trop folle à notre goût...

Excusez les balance de lumière, un tel endroit est un défis pour tout photographe !

Comme de bons touristes que nous sommes, nous nous arrêtons pour faire les photos que tout le monde prend sur le salar. Avec ce fond blanc uniforme qui s'étale à l'infini les perspectives sont troublées, permettant de faire des photos "amusantes et originales". On vous passe les multiples échecs, le temps qu'on comprenne comment justement profiter de cette perspective faussées, et les nombreux sauts lamentables de l'équipe. Sachez juste que passer 2h assis dans un véhicule bringuebalant sur une piste de sel ne développe pas l’élasticité et le tonus des muscles.

L'occasion parfaite pour nous pencher un peu plus sur le sol de ce fameux salar. Avez vous remarquer les formes géométriques prises par le sel au sol ? Sachez que tous les ans de Décembre à Mars c'est la saison des pluies, et lorsque celles-ci atteignent le Salar, immense étendue plate, le tout forme un miroir immense. On a vu quelques photos sur les brochures et sur internet, ça à l'air tout simplement magique. particulièrement de nuit, les étoiles reflétées par millions donnent l'impression de flotter dans le ciel, de quoi motiver un retour un de ces jours dans cette zone. Mais c'est aussi l'occasion pour la croute en surface de se mélanger à nouveau avec de l'eau, avant qu'elle ne s'évapore au retour de la saison sèche. C'est à ce moment que les hexagones se forment. Ce qui fait que le Salar change légèrement mais en permanence, les pistes sont retracées chaque années. Certaines zones extrêmement lissent se couvrent de vaguelettes formées par le vent lors de l'évaporation, les trous se comblent alors que d'autres se forment. Un lieu en perpétuelle évolution, au gré du vent et de l'eau.

Nous roulons encore quelques heures alors que le soleil lentement tombe sur l'horizon. L'occasion de faire un nouvel arrêt alors que nous atteignons la limite sud du salar. Le vent bat la plaine, le sel craque sous nos chaussures alors que nous nous éloignons de la Jeep pour profiter au calme et dans la fraicheur du soir tombant, de ce coucher de soleil. C'était décidément une première journée riche, de quoi nous rendre impatient de voir le Sud Lipez, la zone de lagunes et de montagnes au sud du Salar. La nuit que nous passerons dans l'hôtel de sel sera courte bien que confortable, et l'occasion d’entériner l'amitié Bretagno- parisienne autour de quelques parties de cartes.

18
sept
18
sept
Publié le 12 novembre 2017

Après nos aventures au canyon del Colca nous voici à Puno. Ville de moyenne importance sur les rives du lac Titicaca, mais du côté Péruvien.

Nous prévoyons de nous séparer pour quelques jours, Émeline et Erwan vont visiter les environs et faire un tour sur les fameuses iles flottantes de Puno (des structures en pailles et jonc, formant des ilots artificiels), pendant que nous traverserons le lac pour aller vadrouiller dans les environs de La Paz.

Une fois encore nous sommes émerveillés par les paysage et la lumière autour du lac. Cette fois le ciel n'est pas exempt de nuages, et de sombres masses vident leur eau au loin. Les contrastes sont saisissants, et la grisaille donne des aspects de fin du monde aux iles sur le lac.

C'est parti pour une journée de traversée de frontières et de bus en tous sens. Malheureusement, le changement d'heure entre le Pérou et la Bolivie aura raison de notre plan magnifique. Alors que nous sommes à Copacabana pour une correspondance, les vendeurs de billets nous font remarquer que vu l'heure nous risquons de nous retrouver bloqués à notre prochaine étape sans bus pour continuer.

L'idée de nous retrouver bloqués au milieu de nulle part, au soir tombant ne nous enchantant guère, nous continuons sur notre lancée et retournons directement à La Paz ou nous attendrons nos deux comparses.

Point de folles aventures pour notre retour en Bolivie, La Paz est fidèle à elle même. Bruyante, fourmillante et agitée par des manifestations quasi quotidiennes. Mais toujours dans la bonne humeur, et le calme relatif. Si l'on met à part les pétards qui explosent régulièrement. Il faut dire que ce genre de bruits en milieu urbain n'est pas pour nous rassurer au plus haut point...

notez le vendeur de glaces ayant flairé la bonne affaire !

Mais la suite de notre voyage nous attends, Erwan rentre en France tandis que nous prenons la direction du Salar d'Uyuni. Une dernière journée de balade avant de nous séparer, nous amène sur les hauteurs de La Paz. Nous pouvons enfin prendre la ligne rouge du téléphérique, en révision lors de notre précédent passage. L'occasion de longer El Alto, et ses différents marchés. La zone dédiée uniquement aux patates est impressionnante, sur plusieurs centaines de mètres s'enchainent des camions remplis à ras bord de patates. De quoi alimenter tous les revendeurs et marchés de la ville !

Nous admirons une dernière fois les montagnes entourant la capitale de la Bolivie, avant de descendre en utilisant le téléphérique jaune. Le soleil se couche sur l'horizon, nous laissons Erwan à son hôtel et prenons notre bus de nuit, direction le plus grand désert de sel du monde !

14
sept
14
sept

Le canyon del colca constitue sans conteste la grande attraction de la région d’Arequipa. Notre amie Eve (le gang aveyronnais de Sébazac concoures est très actif dans le monde entier) retrouvée à Arequipa nous a concocté, depuis son agence de tourisme, le petit séjour sur place, avec en prime la perspective d’admirer des condors. Rdv est pris à 3h du matin au pied de notre hôtel, afin d’arriver sur place en début de matinée sur le chemin de début du trek. Ca cahote bien sur le chemin, pas de place pour le sommeil, avant d’arriver dans un froid certain, altitude oblige, à un petit restaurant qui nous sert un petit dej basique. La grande plaine d’Arequipa a fait place aux hautes montagnes andines et aux vallées profondes, très profondes, à mesure que nous approchons du canyon.

Le canyon est une singularité géologique fascinante. C’est sa profondeur qui le distingue puisqu’il passe pour être le plus profond, plus de 3 400 mètres de dénivelés entre son point le plus haut et le plus bas distants de seulement 8km. Un abysse, rien de moins. Cette topographie exceptionnelle est un milieu idéal pour les condors qui répugnent à battre des ailes et préfèrent utiliser les courants d’airs chaud. Installés à 3000 ou 4000 mètres d’altitude, le canyon est le terrain de jeu privilégié de ces flemmasses.

Attraper un oiseau au vol n'est pas des plus aisés. Encore un argument pour l'achat d'un super télé-objectif pour Simon...

La chance nous sourit quand nous arrivons à Cruz del condor. Ces immenses oiseaux s’élancent des parois rocheuses et font de nombreux passages au dessus de la tête des touristes venus ici en nombre. Ils ne sont alors qu’à quelques dizaines de mètres de nous. On prend conscience de la taille du plumitif hors norme. Il dépasse les 3 mètres d’envergure et ne se trouve concurrencé sur mer que par le majestueux albatros. C’est un magnifique oiseau, avec sa collerette blanche qui le distingue et cette tête nue, si caractéristique des charognards, pouvant ainsi plonger leur tête dans le corps de leurs victimes en putréfaction sans que leurs plumes ne soient souillées.

Après d’innombrables survols et non moins de photos prises sur le vif, nous repartons en direction du canyon. Arrivés à destination, nous faisons connaissance avec les autres touristes que le car a récupéré le matin même dans les différents hôtels d’Arequipa. 3 britanniques, 4 français en plus de nous 4 et enfin 2 flamandes. Notre guide, Alain, qui maîtrise l’anglais, nous accueille et nous commençons la descente. C’est parti pour 1000 mètres de dénivelés. La descente est progressive, chacun va a son rythme, il fait beau, la vue sur les montagnes et sur le canyon est splendide… bref on en profite.

"Il descend de la montagne à llama" chant traditionnel inca, 1432 

Arrivé en bas, le paysage a déjà bien changé. La moindre altitude, l’eau que la montagne charrie, laisse place à plus de végétation. L’eau a été canalisée, à l’époque pré inca et inca, et parcourt de larges parcelles organisées en terrasses par de petites rigoles aménagées. Si bien que chaque petit village traversé est un petit écrin de verdure. Déjeuner assez tard et nous voilà reparti. Le guide nous a incité dès le démarrage à faire le programme des deux premiers jours en un seul, pour que le deuxième jour soit consacré au farniente dans les piscines du village suivant ! Le groupe s’est laissé convaincre par l’idée de la baignade et nous parcourons donc le fond du canyon sur 7/8 km. Ce dernier tronçon finit d'achever les plus "faibles" du groupe, en mauvaise condition physique et surchargés la souffrance est visible. Mais enfin nous attaquons la dernière descente et l'idée du repos redonne courage.

Une foule de cascus et plusieurs espèces différentes d'Aloe !

D’en bas la vue sur le canyon est vertigineuse. C’est finalement plus impressionnant depuis le fond qu’à la surface. Nous arrivons à destination à la tombée du jour. Les plus courageux vont faire trempette et nous nous retrouvons le soir pour le repas dans une ambiance de table d’hôte très sympa. Ce n’est pas ici que nous découvrirons les secrets de la cuisine péruvienne, nourriture assez sommaire mais roborative. Le lendemain est consacré au repos. Malheureusement le soleil refuse d’être de la partie. Le ciel se couvre vite et nous avons juste le temps d’aller au bord de la rivière et de tenter une trempette dans une eau glacée. L’après midi, il pleut, ce qui nous amène à faire quelques parties de cartes, Dame de Pique et Barbu.

Nous ne veillerons pas ce soir là car le réveil est fixé à 5h du matin pour entamer la montée, 1000 mètres de dénivelés, avant les premières lueurs du jour. Au RDV, nous sommes tous là encore ensommeillés et nous débutons l’ascension. Une succession de lampes frontales dessine le chemin qui monte dans la nuit noire, une sorte de montée au flambeau du XXIe siècle. Nous prenons progressivement notre rythme malgré l'absence de petit déjeuner. Nous savons qu’il nous faudra entre 3 et 4h pour atteindre le sommet. Au fur et à mesure que nous prenons de la hauteur, la nuit cède la place à la lumière.

Les nuages de la veille se sont déchirés et l’aube sera ensoleillée. Nous gardons un excellent souvenir de cette montée, qui aura été moins éprouvante qu’attendue. C'est non sans une certaine jubilation d'Alexandre, que nous terminons en moins de 3h et après avoir dépassés les fous furieux partis à fond de train en début de randonnée. La beauté du paysage, son dévoilement progressif aura agit comme un charme. La chaîne de montagne toute blanche d’une neige fraiche de la nuit passée domine le canyon aux teintes jaunes, rouges et violettes.

Et soudain, la lumière fut

Une fois en haut, à la fois fatigués et heureux, nous attendons que tous les membres du groupe arrivent pour la photo de « sexy lamas », modeste petit nom que nous nous étions donnés.

Encore quelques minutes de marche pour rejoindre le village proche où nous attends le petit-déjeuner. Nous faisons ensuite un arrêt à des thermes, petit extra pour ceux qui le souhaitent, mais nous préférons prendre le soleil sur les rochers dans la rivière en contrebas. Et là, nouvel évènement des plus étrange, Alexandre loin de rechigner à l'idée de crapahuter dans les cailloux va même jusqu'à se mettre en maillot pour profiter de l'eau pourtant frisquette ! Je vous le dit, le Quilotoa l'a changé...

Il est temps de prendre le buffet déjeuner, surement le moment le plus attendu par Erwan et Émeline, qui au final se révèle plutôt décevant. Mais pas le temps de nous attrister le bus pour Puno est déjà là. Le trajet est plutôt insignifiant, si ce n'est le "guide" qui nous commente plantes, vigognes, lagunes et autres point d'intérêts. Le tout dans un espagnol inarticulé et un anglais atroce, tout bonnement incompréhensible. Les quelques arrêts touristiques, se font dans la pluie, la brume et le vent. Impossible de prendre la moindre photo, si ce n'est ces quelques Alpacas frisotants dans l'humidité.

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Publié le 1er novembre 2017

Après une folle nuit de bus pour rejoindre Arequipa depuis Cuzco, nous découvrons la blanche cité au petit matin. Nous devons retrouvez une amie de Julia, fraichement installée dans la ville et travaillant dans une agence de voyage, parfait pour nous donner quelques conseils sur la ville et les alentours.

C’est donc sur la terrasse au premier étage d’un café, avec vue sur la place centrale, que nous retrouvons Eve.

La place, ses arcades, ses cafés, ses palmiers...

Le programme des prochains jours est rapidement mis au point, quelques tours en ville pour admirer les églises, places et autres bâtiments d’importance, une après-midi au couvent Santa Catalina, véritable joyau d’Arequipa, et enfin une virée de quelques jours au fameux canyon del Colca. De quoi bien nous occuper.

Arequipa est la deuxième ville du pays, et pourtant nous sommes loin de l’agitation de Cuzco. Une ambiance provinciale et un air de tranquillité, flotte partout sur la ville. Située à quelques 2.335m, c’est presque bas pour une ville des Andes. La vallée dans laquelle elle se niche, garde des traces d’habitation datant de 5.000 av JC. On est loin des zones d’habitation crées ex-nihilo par les colons. Cependant ce sont eux et la couronne d’Espagne, qui en font une ville d’importance.

On trouve partout trace de ce passé colonial. C’est honnêtement une des plus jolies villes que nous ayons visité. Et la cité blanche porte bien son nom. La majorité des bâtiments anciens sont réalisés en « sillar », pierre blanche d’origine volcanique que l’on trouve en quantité dans la région. Parfaite pour la construction elle est à la fois légère, thermique et résistante, sûrement la raison de la longévité des bâtiments malgré les séismes lorsque les Andes s’ébrouent.

330 326 318 261

Cependant la légende est bien plus poétique. On dit qu’une nuit, la lune, subjuguée par la beauté de la ville, oublia en se retirant de reprendre sa lumière, c’est pourquoi aujourd’hui la ville est blanche, comme baignée en permanence par ses rayons d’argent. On comprend aisément que la lune ait pu s’oublier ! Les bâtiments sont magnifiques, entre les portiques d’églises gravés et les nombreux patios, galeries et coupoles, c’est une féerie.

Arequipa, outre son passé de plus grande ville du pays, est aussi connue pour le Couvent Santa Catarina. Probablement l'un des plus grands couvent au monde, il couvre plus de 20.000 m2, et à l'apogée accueillait environ 450 sœurs, toutes des carmélites, ayant fait vœux de se tenir hors du monde - ou dont la famille avait fait vœux de les tenir hors du monde. Tenu par un ordre de Carmélites, le couvent était le lieu huppé pour les filles de riche famille. Hors de question de simplement toquer à la porte pour entrer dans l'ordre. Il fallait payer, un prix assez exorbitant pour l'époque, et passer plusieurs années de noviciat avant d'être finalement intégrée en tant que sœur.

La première cour, et la plus proche de l'entrée était une zone de silence ! Les parloirs sont impressionnants... 

Quelques débordements luxueux eurent lieu au cours de l'histoire du lieu, ce qui permet d'admirer de nombreuses cellules, qui feraient baver n'importe quel parisien par leurs volumes. Ainsi les sœurs faisaient étalages de leur richesses à coup de bijoux, de meubles fins, d'instruments importés du vieux mondes et autres œuvres rares et exquises. Décidément pas la même vie que celle menée par les sœurs qui y vivent encore aujourd'hui.

Des arbres, des fleurs, des  murs ocres. Un avant gout de paradis chez les carmélites

L'ensemble donne vraiment l'impression d'une ville à l'intérieure de la ville. Les murs rouge ou bleu, les nombreux patios, arrière-cours, et ruelles pavées donnent un charme fou à l'ensemble. La fontaine centrale, les quelques jardins et la terrasse avec vue sur la ville au soir tombant achèvent de nous donner envie de rentrer dans les ordres.

A gauche les lavoirs dans de grandes amphores

Après tant de spiritualité une seule solution : une plongée dans le monde mercantil ! Direction une boutique de laine d'alpacas, qui fait aussi office de petit musée sur l'animal, sa laine et son tissage. Outre les nombreuses pièces de la boutique, on trouve une section dédiée à la vigogne. Sachez que la laine de l'animal est considérée comme la plus douce (et la plus chère) du règne animal. Une fois qu'on sait que l'animal n'est tondu qu'une fois tous les deux ans, avec un rendement de 200-300g par animal, et qu'en plus la bestiole est trop avide de liberté pour supporter la captivité et l’élevage, on comprend mieux le prix exorbitant des pièces...

Un petit mémo pour apprendre à les différencier. Notez que la vicuña ressemble plutôt à une antilope

Mais le véritable intérêt, ce sont les quelques alpacas et llamas qui paissent au fond du jardin ! Bien entendu, nous sommes allés faire gouzi gouzi, les bêtes plutôt placides ne démontrent de l'intérêt que si nous venons les mains pleines de fourrage. Ces sales bêtes sont terriblement intéressées... Mais bref, nous avons pu les toucher, et constater que la laine non traitée, et triée n'est pas douce pour un sou !

Ils sont pas mignons à nourrir les bêtes comme ça ?  et heureux avec ça

L'occasion d'enchainer sur l'atelier de triage de la laine. Bien évidemment elle est triée en fonction de la douceur et donc qualité de la fibre, mais aussi en fonction de la couleur. Les fibres les plus claires sont mise de côté, elles seront teintes à l'aide de pigments naturels. Les plus sombres seront utilisées telles quelles, dans des camaïeux de gris, beiges, marrons et noirs. Juste à côté du mini centre de triage, nous tombons sur trois tisseuses traditionnelles. Appartenant aux communautés des environs, elles sont invitées par rotation à venir tisser ici leurs pièces, l'occasion de les voir travailler avant de pouvoir acheter leurs pièces à quelques mètres.

Une dernière virée vers un quartier plus excentré. Histoire d'admirer la ville depuis les hauteurs, toujours des bâtiments en pierre blanche. La ville continue de nous charmer. Cette petite place, sa fontaine, les palmiers qui s'agitent dans le vent. Décidément c'est une ville où il fait bon vivre.

Et enfin dans le fond le fameux Misti, volcan dont la sombre masse est partout visible. Lieu de refuge de divinités, si il est aujourd'hui éteint, c'est probablement grâce aux momies des sacrifiées qui veillaient sur les cimes. En tout cas le volcan à un petit air de mont du péril avec sa couronne nuageuse, pas franchement menaçant mais pas rassurant non plus...

En top super bonus, et parce qu'on est quand même hyper chauvins. Le fronton de l'Alliance française, qui décidément à le chic pour mettre la main sur les bâtiments parmi les plus beaux des villes.

En vrai on est surtout content parce qu'on a pu troquer un guide en flamand contre un routard Péru-Bolivie pas trop vieux ! 
9
sept
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Publié le 30 octobre 2017

Les 3 autres sites les plus importants de la vallée sacrée se sont avérés très inégaux. Cette fameuse vallée, plus basse que Cuzco est formé au sud par le plateau qui mène à la capitale inca, et de l’autre par une chaîne de très hautes montagnes qui culminent pour la plupart à 5 000 mètres et offrent aux regard des neiges éternelles.

Particulièrement bien irriguée par la rivière qui la traverse, elle constitue un corridor suffisamment large pour constituer un des greniers à mais et à pommes de terre de l’empire inca. Il se trouve alors ponctué de plusieurs sites, villes, forteresses, soit directement installées en fond de vallée, parfois un peu plus haut dans les contreforts. C’est le même rio Urubamba qui plusieurs km plus loin baigne les berges du machu pichu.

le plateau à gauche qui tombe soudain dans la vallée, large et profonde

Notre premier site, à Chinchero ne nous passionne pas. Il nous fallu nous lever tôt, pour attraper les différents bus locaux pour rejoindre les 4 sites que nous souhaitons faire dans la journée. Nous sommes un peu embrumés et sans enthousiasme pour ses terrasses qui constituent les ultimes vestiges d’un site qui devait avoir nettement plus d’importance il y a 5 siècle. Des terrasses commes nous en verrons à de très nombreuses reprises, même si celles ci forment un crénelage plutôt élégant. Mais mes tentatives pour intéresser mes camarades sont accueillies par des rires de dépit. Il était décidément trop tôt.

Nous tombons par contre, par chance, sur une fête qui rassemble de nombreux habitants tous habillés en costumes traditionnels. La petite danse à laquelle nous assistons ne manque pas de charme, et les tissus andins sont magnifiques.

Nous sommes par contre proprement bluffé par le site suivant. Formé par des terrasses ovoïdes qui s’élèvent progressivement dans une belle régularité, Moray est un nouveau signe du génie des civilisations andines. Cet étrange lieu est en fait un site de recherche agronome. Un INRA inca en quelque sorte, qui grace à son emplacement sur certains couloirs venteux, permet d’offrir à chaque terrasse des conditions de température différentes. Plusieurs degrés de différence ont été mesurés entre les terrasses du haut et celles du bas. Cette variation permettait aux agronomes de sélectionner les plans de maïs et d’autres céréales les mieux adaptés aux différentes températures des terrains de cultures de l’empire.

Il en ressort un site d’une grande élégance joliment rénové. Un peu plus loin un deuxième site, encore en cours de rénovation montre combien le temps menace ces ruines fragiles. Le site n’en reste pas moins d’une grande beauté.

Nous poursuivons jusqu’à des salines. Lorsque nous voyons apparaître les milliers de bassins blanchis par le sel, accrochés sur les flancs d’une montagne, on se dit que certaines constructions humaines produisent une atmosphère un poil fantastique. Une source hypersalée issue de la montagne a permis à une trentaine de famille de construire une fortune sur les flancs de la vallée sacrée. Chaque bassin relié aux autres par des petits ruisseaux recouverts d’une couche de sel, rouge et blanche, produit plusieurs centaines kg de sel par an, grâce à l’évaporation. Un très bel endroit aux couleurs quelque peu contrastées.

Nous finissons notre route à Pisac, où malheureusement, nous n’arriverons pas à temps pour visiter le site. Alors que nous avions précisément demandé l’heure de fermeture, la veille, l’entrée par laquelle nous passons ferme plus tôt qu’une autre plus éloignée. Nous ne verrons donc pas ce site qui promettait pourtant de petites merveilles. Nous nous rabattons sur le marché artisanal pour faire quelques emplettes que notre frustration nous amène à négocier avec encore plus de fermeté qu’à l’habitude.

Retour sur Cuzco avant notre prochaine étape : Arequipa la blanche

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Pour notre retour sur Cuzco, nous décidons de prendre le boleto turistico, qui s'applique à toute la vallée sacrée, pour nous permettre de visiter 4 sites d’importance, et de faire un crochet vers les salinas de Maras.

Premier étape à Ollantaytambo donc. Quelques heures de marche pour rejoindre Agua calientes, puis quelques heures de route, le trajet au retour est déjà moins impressionnant, surement l’expérience…

La forteresse fut un des bastions de la résistance Inca lors de l’avancée des espagnols. Bon, on peut remettre en doute ce genre d’affirmation puisque chaque site archéologique se prétend l’un des derniers bastions de la résistance Inca, la réécriture de l’histoire d’un peuple, surement nécessaire à la construction de la nation post-coloniale.

Lieu de puissance militaire, c'était aussi un lieu religieux. Un temple du soleil au sommet, un temple de l’eau au pied ainsi qu'un temple du condor, la trinité semble respectée. De quoi assurer des récoltes parfaites sur les terrasses en contrebas des murs fortifiées, et la puissance des armées ici stationnées.

Témoins d’une construction jamais achevée, des mégalithes parsèment la vallée. On parle d'ailleurs de pierres fatiguées. Abandonnées en cours de route, trop lourdes pour être à nouveau déplacées, elles marquent le paysage de leurs formes brutes. Car oui, sachez que la taille finale des pierres de construction se faisait sur site, voir une fois les pierres placées au sein de la structure. Ce qui explique les pierres aux arrêtes flous que l’on trouve parfois. Notez, qu'au fur à mesure de notre montée, en s'approchant des lieux sacrés, les constructions sont réalisées quasi sans ciment. L’alignement au millimètre est de mise une fois encore.

Le site permettait de surveiller l’ensemble de la vallée. Sa situation en hauteur, le rendait bien difficile d’accès pour d’éventuels envahisseurs, et les greniers à grains situés sur le versant opposé, assuraient l’autonomie alimentaire. Signe de l’ingéniosité des constructeurs, les grains entreposés là-bas se conservaient parfaitement bien pendant au minimum deux ans. Et ce grâce au vent et au soleil mettant les grains à l’abri de l’humidité, et garantissant une température relativement constante. Malin les Incas !

Avez-vous vu le profil humain sur le versant de la montagne ? Celui-ci servait de repère pour un solstice, lorsque l’ombre projetée rejoignait le temple du soleil au sein de la forteresse. Encore une fois la nature décide de l’emplacement des lieux religieux. On retrouve un temple dédié au Condor en contrebas d’une formation rocheuse censée plus au moins rappeler une tête de condor. Pour le coup c’est plus difficile à voir, qui plus est en photo. Le temple de l’eau est lui bien plus simple. L’eau de la rivière proche est détournée pour alimenter bassin, rigoles et autres fontaines jusqu’à atteindre le temple. Au sein d’une roche taillée, l’eau se sépare en plusieurs bras avant de continuer sa route. Ambiance zen et apaisante.

Nous finissons notre visite alors que le soleil se couche, de quoi faire un petit tour du village. Ollantaytambo est vraiment mignon, les maisons aux bases de grosses pierres, les canaux qui empruntent les ruelles. Une ambiance calme et champêtre malgré les hordes de touristes et de bus sur la place du marché d'artisanat. Nous y aurions bien passé la nuit, mais il nous faut prendre un bus vers la ville où se trouve notre logement pour la nuit.

7
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Il est 5h30, avec un peu de retard nous voici au point de contrôle avant l’ascension du machu-picchu. Comme des benêts nous avons laissés nos lampes frontales à l’hôtel, mais notre léger retard nous permet d’entamer la montée avec suffisamment de lumière pour ne pas glisser et rater des marches.

C’est parti pour près de 500 mètres de dénivelé, tout en marches, à un rythme de forcené pour compenser notre retard. C’est donc en à peine 45 minutes que nous arrivons à la véritable entrée du site antique, l'ascension bien que physique est déjà magnifique. La luminosité augmente, dévoilant peu à peu la végétation qui nous entoure mais surtout les sommets présents dans la vallée, encore entourés de brume matinale. Étrangement la scène paraît plus asiatique que péruvienne.

Mont dans la brume, par Hiroshige 1833 

Quelques minutes d’attente dans la file aux accents très polyglottes, les guides se jettent sur les arrivants, prétextant de leur plus ou moins bonne maitrise de la langue pour justifier de prix plus ou moins exorbitants. Nous déclinons poliment pour enfin passer le contrôle des tickets. Quelques mètres de plus et enfin s’ouvre la vision sur la ville machu-Picchu. Celle-ci tient son nom des deux sommets entre laquelle elle se situe : le machu-picchu (vieille montagne) d’où l’on arrive et le Huayna Picchu (jeune montagne), celle que l’on voit sur la plupart des photos derrière la ville. Malgré la brume omniprésente, et qui restera malheureusement toute la matinée, la vision est incroyable. Une ville immense, impossible à saisir d’un seul coup d’oeil, aux terrasses abruptes, le tout très bien remis en état, semble flotter sur une mer de nuages. De quoi justifier tous les mystères ou le mysticisme qui entourent le lieu.

La photo rend mal la profondeur. au premier plan 200 mètres de terrasses abruptes qui donne tout sa profondeur au site 

Nous nous avançons sur les terrasses pour découvrir les derniers habitants légitimes de ces lieux. Un troupeau de lama semble avoir fait siennes les terrasses désormais inutiles. Faisant fi des touristes ils circulent en tous sens. Soyez prévenus, un lama descendant à fond de train un escalier de pierres humides et centenaires ne ralentira pas pour vos beaux yeux. Mieux vaut s’écarter rapidement au risque de se faire éjecter par dessus bord ! Mais pas de quoi empêcher de leur courir après pour les caresser…

Pourtant, l’histoire du Machu Picchu est beaucoup moins romantique et mystérieuse que l’on ne voudrait nous le faire croire. C’est Hiram Bingham, le « découvreur » officiel de la cité, qui a construit toute la mythologie de la ville perdue, bastion de résistance des élites incas. Il n’en n’est rien. La ville est construite sous l’impulsion de l’Inca Pachacútec vers 1450. Charmé par le lieux et son cadre magique, il décide la construction d’une ville, centre administratif et religieux, destinée aux élites, en plein dans la région sacrée de Kuzco. Elle ne sera jamais terminée, principalement du fait de son décès, mais restera un lieu utilisé – bien que de moins en moins important, notamment à cause de la guerre civile – jusqu’à l’invasion espagnole. La cour en exil bat le rappel de la noblesse et des élites, la ville est désormais quasi vide et nous sommes aux alentours de 1536.

Le lieu sans sombrer totalement dans l’oubli, sort de la lumière de l’histoire pour gentiment se couler en coulisses. Loin des nouveaux axes commerciaux et routiers, sans élites politiques ou religieuses, le lieu ne sert que d’arrière court aux agricultures des environs, et si les documents officiels espagnols en font mention, personne ne s’y intéresse. Il faut attendre le début du XXe siècle pour qu’explorateurs et archéologues ne viennent prospecter les lieux alors recouverts de végétation. C’est Hiram Bingham, chercheur à l’université de Yale qui fera les premières fouilles d’importances, accompagnées de publications dans la presse spécialisée et généraliste. Au final c’est tout de même grâce à lui que le site fait un retour fracassant dans le monde contemporain, jusqu’à devenir en 1983 site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Aujourd’hui après de multiples polémiques autour de la sortie des artefacts lors des fouilles, la restauration sauvage et l’exploitation intensive, des quotas sont fixés pour limiter l’usure rapide des lieux. De quoi permettre quelques photos quasi exemptes de visiteurs !

La cité se découpe en deux zones principales : la zone urbaine plutôt au nord, et la zone agricole plutôt au sud. La zone urbaine se subdivise selon une construction hiérarchique. Une zone pour les basses-castes, la zone industrielle, la zone pénitentiaire, le quartier plus commerçant et enfin les aires religieuse et réservées aux plus hautes élites. La différence est facilement reconnaissable aux sur le plan architectural. Chez les basses castes, de belles pierres taillées et jointes par une sorte de ciment. Du côté des élites, plus de place au hasard, les blocs immenses se joignent quasi sans ciment, la structure tient par l’imbrication complexe des blocs aux faces multiples. Comme à Cuzco en somme.

Notez la présence de poutres pour soutenir la toiture, faite de paille. Certains bâtiments présentaient même un étage, au sol de bois et de terre. Au cours de notre balade dans les ruines, la pluie se mettant de la partie, nous nous abritons sous un chambranle. Coup de maitre de notre part, nous sommes juste en face du temple du Condor, nous profitons donc du passage des multiples guides pour tendre l’oreille et reconstituer en multilingue l’histoire du lieu. Sachez que chez les incas c’est la nature qui décide de l’emplacement des lieux de culte. En effet, c’est ici à cause de la forme des roches, apparentée à celle des ailes d’un condor, que le temple est érigé. Notez la pierre au sol, elle est taillée pour représenter le bec (le triangle le plus proche de nous), le col et le corps du Condor. Le lieu servait de pierre sacrificielle et les rigoles permettaient au sang de couler. De nombreux ossements principalement de lama ont été retrouvés sous les ailes.

Les ailes forment une sorte de V à l'arrière plan, c'est la pierre aux traces de noir

C’est un peu le même principe du côté du temple du soleil, la bâtiment ne paie pas de mine. Seule façon de le repérer, c’est le seul bâtiment avec des murs courbes. Ici une roche forme une sorte de table est à l’abri, tandis que deux fenêtres permettent des alignements et des mises en lumière spécifiques lors des solstices. Une forme architecturale que l’on retrouvera souvent : un escalier à trois marches. Élément symbolique représentant les trois mondes reliés, l’infra-monde des morts, le monde physique ou nous évoluons, et enfin le monde supérieur des dieux et des esprits (représenté par le condor, justement).

Le temple du soleil, malheureusement pas très lumineux 

Pendant qu’Erwan et Émeline attaquent l’ascension de la Montaña Picchu, nous faisons quelques tours avant de décider d’aller voir la porte du soleil. Erreur tragique. Rien ne le laisse deviner mais la porte est à près d’une heure de marche tout en monté. Et une fois arrivée, les bâtiments sont franchement décevant. La vue est probablement magnifique mais perdue comme nous l’étions dans les nuages, l’ensemble n’avait que peu d’intérêt. Seule animation du lieu, l'arrivée des trekkeurs, c'est l'un des points d'arrivés des 8 chemins de l'Inca reliant Machu Picchu au reste du monde.

L'Alexandre qui se demande pourquoi il a voulu venir ici...

Tant pis, c’est le jeu comme on dit. N’empêche, sur le retour, miracle la brume se lève un peu et nous permet quelques vu sur l’ensemble du site, avec le Huayna Picchu perçant dans le fond.

Au final le site est proprement incroyable, les quasi six heures que nous avons passées à l'intérieur ne furent clairement pas de trop, alors même que nous n'avons pas fait l'ascension de la Montaña Picchu ni du Huayna Picchu. Malgré le côté commercial du lieu et de ses environs, il est évident qu'il s'agit d'une manne financière extrêmement importante, on peut profiter de la magie du lieu, de cette ambiance mystérieuse, la cité des nuages mérite l'attention qu'on lui porte c'est une évidence.

Alex très dans son rôle de momie ! 

Mais soyez prévenu, entre la route pour y accéder et la visite elle-même, le lieu est exigeant. Nous pensions repartir le jour même sur Cuzco, notre fatigue à tous en décida autrement, et nous fumes plus que soulagés à l'idée de passer d'abord une nuit de plus à Agua Calientes.

Nous avons encore le regard frais, normal il est encore tôt et nous n'avons pas crapahuté partout pendant des heures !

Ce n'est pas dans notre habitude, on préfère de loin vous montrer uniquement nos exploits mais bon... ils ont quand même grimpés les 600m de dénivelés jusqu'au sommet de la Montaña Picchu, dans le froid, le vent, la pluie la brume. Le tout sur de toutes petites marches glissantes au bord du vide.

Ça mérite au moins que leur photos apparaissent ici.

6
sept
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Après deux jours à Cuzco, nous sommes rejoints par de nouveaux amis, Emeline et Erwan, prêt à arpenter les routes et chemins avec nous pendant 3 semaines. Ils nous retrouvent alors qu’ils sortent de la jungle amazonienne, mais une zone plus au sud que celle que nous avons visité. Du vert plein les yeux et sans trop de piqûres de moustiques, nous nous attelons à définir le programme pour les quelques jours à venir. Car si Cuzco est la ville où nous avons vu le plus de touristes au mètre carré, c’est bien pour une raison, il y a énormément de sites à visiter et de choses à voir dans les environs et dans cuzco même.

Finalement c’est assez simple nous filons vers le Machu Picchu, et nous visiterons les sites qui nous intéressent sur le retour plutôt que de faire un A/R via une agence. Débrouille et économie de temps et d’argent sont désormais nos maitres mots. Avec leur vol retour dans 3 semaines, nous sommes obligés d'adopter un rythme plus, efficace dirons-nous.

Bref, nous partons donc en taxi en direction de Hydroelectrica, dernier point d’accès par chemin carrossable en direction de Machu Picchu Pueblo (anciennement Agua Calientes). Nous traversons les paysages somptueux de la valle sagrada, avec notamment un passage par un col à près de 5.100 mètres. L’occasion de voir défiler devant les fenêtres de grandes plaques de neige.

on n’y voit goutte ! 

Mais nous n’avons pas le temps de nous arrêter et filons à travers les nuages accrochés aux parois. Bientôt nous en sortons, pour découvrir la vallée qui s’ouvre à nous et surtout la vertigineuse descente qui nous attend, toute en lacets, à dépasser de pauvres cyclistes dans les virages. Mais les vrais frissons nous touchent lorsque près d’une heure plus tard nous quittons le bitume pour une piste à flanc de montagne. Notre pilote, décidément en forme, ne ralentit qu’à peine et double allègrement que ce soit voitures, jeep ou véhicules de travaux publics.

Le joli train !

C’est rassuré et quelque peu tassés que nous descendons enfin du véhicule au point d’entrée d’Hidroelectrica. L’occasion de voir le train qui le relie à Machu Picchu Pueblo, une solution bien trop simple et onéreuse pour nous, nous préférons faire le chemin à pied. Quelques 3 petites heures plutôt plates, à longer la voie de chemin de fer dans la forêt presque jungle qui entoure le mont Picchu.

Ne prenez pas attention à Erwan, il voulait juste apparaitre sur le blog le filou ! 

Alors que nous approchons du but, il nous semble apercevoir quelques terrasses plus loin et plus hautes, mais faute de plan nous n’arrivons pas à savoir s’il s’agit de la cité disparue ou de simples annexes.

A gauche, la ligne au milieu de la paroi, c'est une des arrivés du chemin de l'inca 

Les bus qui nous dépassent nous apprennent que nous y sommes, encore quelques mètres à longer la rivière qui coule en contrebas au milieu de rochers aux douces formes érodées, et nous arrivons à Machu Picchu pueblo. Que dire ? La ville n’existe que par et pour le site touristique située plus haut. A part des hostels, des restaurants et des échoppes de souvenirs, pas grand chose à voir ni à faire ici. Les prix sont exorbitants, la ville tellement apprêtée de similis statues et autres décorations « incas » qu’on se croirait chez Disneyland. Chambre est prise dans un hostel confortable et peu cher. Miracle : de l’eau chaude en quantité nous attend, alors que depuis le salon nous avons vu sur le fleuve.

Par contre si les trains, plus ou moins luxueux que nous voyons passer en direction de Cuzco , sont de magnifiques exemples des heures de gloire du rail, le bruit et le tremblement qu’ils provoquent sont ahurissants. Oui il est possible de faire tout le trajet en train. Solution de facilité pour les portefeuilles biens remplis...

La ligne de luxe Hiram Bingham, du nom de l’archéologue retenu par l'histoire comme le "découvreur" de Machu-Picchu

Mais le lendemain, le lever est prévu à 4h30, pour arriver au guichet d’entrée sur les coups de 5h et pouvoir enchainer sur l’heure d’ascension qui nous mènera aux portes du parc à 6h tapantes à l’ouverture. Il nous faut donc nous coucher tôt en prévision de cette ascension semi nocturne, malgré l’excitation qui nous étreint.

Demain, nous visitons le Machu Picchu !

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Publié le 23 octobre 2017

Nous voilà donc au cœur des Andes péruviennes, l’épicentre de l’empire inca, la troisième ville la plus peuplée et sans doute la plus visitée du pays. Le point de départ de la quête pour retrouver les traces de cet empire qui l’espace de 100 ans aura recouvert l’essentiel des Andes, du nord de l’Argentine, au sud de la Colombie. Nul doute que cette emprise aurait perduré si les conquistadors ne s’étaient pas employés à en faire disparaître l’essentiel des traces.

La visite de la ville montre en creux à quel point tout fut fait pour que l’oublie puisse s’installer et tout recouvrir de son voile d’incertitude. La ville reste néanmoins atypique, dans ce que nous avons vu depuis le départ de l’Argentine. La richesse architecturale de la ville est nettement plus papable qu’ailleurs. Plus grande, plus ample, mieux conservées, les rues recèlent d’anciens palais, construits à l’espagnole, mais surtout les édifices religieux rivalisent de grandeur.

Lors de notre première promenade, nous sommes d’emblée charmés par l’ampleur des jolies places qui, connectées les unes aux autres amènent jusqu’à la place d’Armes. Sans doute la plus impressionnante et la plus belles que nous ayons vus. Les maisons disposent de beaux balcons de bois ouvragés, parfois dotées de moucharabiés qui contrastent avec la blancheur des murs. Ici le plan en damier n’a pas pu être tout à fait repris.

De fait le plan inca de la ville s’est imposé en partie. La ville sacrée installée sur un petit promontoire étroit a gardé son plan initial avec de petites rues étroites qui depuis le ciel prend la forme d’un jaguar, animal sacré s’il en est dans la cosmogonie inca. La ville espagnole et notamment la place d’armes sont venues se coller à l’ancienne ville sacrée. Les espagnols ont cependant rasé la totalité des bâtiments qui pouvaient exister et seuls les sous-bassements ont été préservés.

la petite église tout là haut, occupe la place de l'ancien temple, formant la tête du jaguar dans le plan inca   

On devine alors la très grande qualité des architectes incas, adeptes des constructions de forme rectangulaire. Les blocs de pierre immenses s’assemblent et jointoient avec une précision millimétrique. Dans nos constructions européenne, une pierre est en contact avec 4 ou 5 autres blocs sur chacun des cotés et c’est le mortier qui sert de joint. Dans l'empire inca, certains bâtiments, probablement les plus prestigieux, palais ou temples n’utilisent aucun mortier ou ciment pour tenir l’ensemble. Mais plus encore, ici les blocs associés sont de tailles très diverses, ce qui amène le bloc le plus important à posséder près d’une dizaine d’angle. Car les pierres ne sont pas accolées, elles sont étroitement imbriquées. Cette précision est sans doute responsable de la conservation de la ville espagnole qui a pu traverser les siècles malgré les séismes qui ont pu l’émailler. Les bâtiments établis sur des fondations coloniales ont bien moins résisté que ceux construits sur les anciennes fondations incas.

Nous passerons beaucoup d’heures à déambuler pour admirer les beaux bâtiments à grands patios et les églises baroques construites en pierre volcanique rouge.

Mais notre point principal de ralliement fut le marché principal de Cuzco où des dizaines de marchandes proposent pour midi de quoi se sustenter à très petit prix. Ici on mange du Ceviche, du Lomo saltado où de petits morceaux de bœuf sont sautés dans une sauce aigre douce avec quelques frites molles et un peu de poivron. On trouve aussi du aji de gallina, un poulet sauté au piment doux et une sauce tomate. Mais à côté de l'allée des jus de fruit, une autre découverte attend Alexandre. Comme hypnotisé par l'apparition des gelées multicolores.

Je vous laisse juger du plaisir pris par le bonhomme dans cette petite vidéo... malheureusement le goût n'est pas tout à fait à la hauteur de l'enthousiasme initial !

Mais c’est en discutant avec une vendeuse de quinoa que nous avons découvert une nouvelle recette. Elle nous a conseillé de faire cuire notre quinoa après de l’avoir abondamment rincé. A mi cuisson, y plonger des pommes de terre, saler. Une fois le tout bien cuit, on fait une purée à laquelle on ajoute un fromage de vache, une tomme assez crémeuse qui fond et file ! L’idée nous plaît tout de suite, nous allons immédiatement gouter dans l’allée du fromage la fabrication locale. Et ma fois, même si nos standards ont largement fléchis en 7 mois, des suites une douloureuse d’abstinence fromagère, ce qui nous est proposé est à la fois relativement goûteux, plutôt crémeux, et salé avec justesse. Bref nous craquons. Et nous nous satisfaisons le soir venu d’avoir ainsi découvert l’aligot péruvien…

Quelle heureuse surprise, made in Cuzco !

2
sept

Après notre retour à la terre ferme, nous passons une courte nuit à Lagunas, ce petit village posé au dessus du grand fleuve. Courte car le bateau « rapide » doit arriver vers 5h30 du matin pour filer ensuite jusqu’à Iquitos. Avec deux heures de retard nous embarquons sur un bateau surchargé, où nous trouvons à peine deux places bien serrées. Nous arriverons à être un peu mieux assis plus tard, à la faveur d’un petit déchargement. Mais au bout des 10h de bateau, notre lassitude est particulièrement grande, et nous avons hâte, la faim au ventre, d’arriver.

Oui mais voilà en fait le bateau ne va pas jusqu’à Iquitos, il s’arrête un peu avant, à 4h de lancha de là, parce qu’une route a été construite et qu’on peut alors rejoindre la grande ville en une heure et demi. Rien de bien fameux à signaler, sauf peut-être au loin, un très beau ciel zébré d’éclair, particulièrement bien dessiné.

La ville d’Iquitos est avec Manaus, une des plus grandes villes amazonienne. Ici peu de voiture, elles n’aurait pas vraiment d’endroit où aller. Mais une multitude de moto ratones, ces tuk tuk qui vous prennent et vous déposent où vous souhaitez. Des deux jours sur place, plutôt dédiée au repos, une mention spéciale revient au marché de Bélem. Installé à même les rues d’un quartier plutôt pauvre, on trouve ici tout ce que la zone offre en terme de fruits les plus exotiques, mais surtout de poissons issus du fleuve. Et pas que des poissons, pourtant déjà si impressionnants. Ici on mange de la tortue et de l’alligator.

on vous épargne la vue des tortues déjà découpée, c’est assez insoutenable 

On comprend aussi pourquoi il devient urgent de protéger les œufs de tortues, ici c’est une petite douceur. On trouve de par les rues, des dizaines de vendeurs d’œufs, déjà cuit, à gober sur place avec une petite sauce plus ou moins pimentée. Ca crie, ça mange, ça démarche dans tous les sens. Les joyeuses ambiances du marché.

une rue a pour spécialité la vente de feuille de bananier, très utilisé comme emballage alimentaire 

Il faut signaler également la petite promenade duquel on aperçoit au loin le fleuve Maranon qui ici vient se jeter dans l’amazone. Les belles maisons de la ville ont été construites ici, avec comme spécificité ces façades en azuleros, plutôt jolie.

En contrebas, une grande plaine verdoyante qui à la saison des pluies doit être totalement inondée. En témoin de cette variation des pluies, un ancien cargo, vient s’accrocher à la colline, échoué là, formant un paysage très fitzcaraldien.


Mais voilà qu’il est déjà temps de repartir, et de clore cet intermède amazonien qui ne nous aura pas déçu. Un avion pour cuzco doit nous permettre d’arriver à temps pour accueillir Emeline et Erwan qui viennent nous rendre visite pour un mois. L’arrivée de l’avion sur Cuzco un peu chahuté par le vent, nous laisse peu de doute sur notre destination et notre altitude. Les vertes étendues planes ont laissé la place à des paysage montagneux, particulièrement arides, aux teintes jaunes et marrons. Nous avons retrouvés les 3500 mètres d’altitude, le cœur des Andes et sa fraîcheur nocturne.

depuis la terrasse de notre petit hotel très simple, une très belle vue sur la ville
29
août

Un peu éreinté après cette dernière nuit, réveillé par l’orage puis par le coq, c’est la tête pas tout à fait sortie des brumes que nous partons à trois pour une première promenade en forêt. Fini la position de pacha, négligemment allongés sur sa pirogue, à observer des abords sans prendre le risque de poser le pied. Il faudra faire preuve de dextérité. Car dés notre arrivée sur la berge, nous devons traverser un petit ruisseau, en passant sur un tronc suspendu à 4 mètres du sol. Petit moment de bravoure dans cet environnement hostile, où personne, mais alors vraiment personne n’a envie de se casser une jambe. La simple idée d’un retour en pirogue de 2 jours, à souffrir le martyr, vous fait vous sentir aussi agile qu’un trapéziste.

Une fois cette épreuve initiatique passée, la promenade sur un chemin humide et boueux, couvert d’une épaisse couche de végétaux en décomposition, s’avère assez laborieuse. La vue est nettement moins dégagée, encombrée par l’embrouillamini de lianes et de troncs cherchant à se faire une petite place au soleil.

Tout en haut sur la canopée, les singes s’amusent. C’est de là que nous pouvons voir d’assez près les singes les plus imposants de la région. Ils sont plusieurs à nous observer d’en haut, puis par le truchement de quelques lianes à s’éloigner.

La encore les capacités de Mario à nous guider dans ce dédale végétal est tout à fait saisissant. On comprend néanmoins que pour bien sécuriser le trajet de retour, il pratique très régulièrement de petites entailles dans les arbres alentours. Autant de petits cailloux pour un petit poucet à machette ! Nous croisons sur notre chemin une termitière, que Mario s’amuse à légèrement abimer. Il est assez frappant de constater 10 min après, au retour que les petits trous réalisés sont déjà refermés.

Bien sûr nous restons proprement coi devant le gigantisme de certains des grands arbres que l’on observait depuis la pirogue. Incapable de s’accrocher en profondeur dans une terre imbibée d’eau et donc mouvant, l’arbre déploie alors ses racines en surface comme autant de contrepoids, lorsque le vent souffle. Ces méandres de racines, aussi larges que des troncs, sur des dizaines de mètres forment un lacis mystérieux, mais dont on comprend, au nombre d’arbres à terre qu’il ne suffit pas à garantir une longévité centennale.

Un peu plus loin, Mario découpe un gros fruit, assez dur, entièrement percé de petites alvéoles. A l’intérieur une graisse végétale proche de la noix de coco, constitue la nourriture privilégiée de grosses larves blanches qui s’y développent à l’abri des prédateurs. Hop en bouche, notre première larve, étrange sensation, que ce corps mou qui éclate en bouche, et qui laisse un petit gout coco ! miam miam

Au retour, face au courant, Mario a besoin d’un peu d’aide. Simon remplace donc Magali, restée au campement pour préparer le petit...

Nous tenterons une promenade en forêt, mais de nuit, sans photo cette fois. Beaucoup de grosses araignées ayant étendues leurs toiles, souvent au milieu du chemin. Peu de bêtes, pas de serpent, rien, le calme plat, jusqu’à ce que nous arrivions à un petit marais, au clair de lune. Des dizaines de petits yeux nous entourent, alors que nous tenons dans un fragile équilibre sur un gros tronc d’arbre. Nous prenons le temps de regarder quelques petits singes nocturnes qui s’amusent à voir nos petites lumières.

Et puis soudainement, dans le silence relatif de la jungle nocturne, un énorme bruit, de fond de gorge et de bulles d’eau. Quelque chose de massif et de relativement proche. Nous regardons Mario, un poil surpris, avant d’être inquiet quand il nous explique qu’il s’agit d’une Maman crocodile, et qu’il ne faut pas trainer. Contrairement à ses petits qui dépassent rarement les 70 cm de long, on parle là d’une bête de 3 à 4 mètres, capables de se cacher dans l’eau, et de nager à toutes vitesse, comme de courir sur la terre ferme. Bref un vrai prédateur qu’il ne faut pas tenter. Nous ne verrons rien de la bête, mais le pouvoir de suggestion de ce bruit, très distinctement entendu, aura fait son œuvre. Nous ne trainerons pas !

Les promenades sur la terre ferme n’ont pas vraiment les mêmes charmes, soyons honnêtes que la visite à hauteur de pirogue, et pas seulement parce qu’elles nécessitent un poil plus d’énergie !


Il est déjà temps de remonter le fleuve, pour retrouver le chemin de la civilisation. Encore l’occasion de profiter de quelques merveilles de la faune. Arrivés dans un petit lac, deux petits dauphins d’eau douce, passent à proximité. Ce sont des dauphins gris, pas des roses, qu’on ne peut voir qu’un peu plus haut dans la réserve. Nous avons déjà de la chance que l’eau ait un peu monté ces derniers jours, permettant aux dauphins de remonter jusqu’au lac, qui dispose d’assez de profondeur pour les accueillir. Un très gros plouf ! c’est un paixé, le plus grand poisson d’eau douce, jusqu’à 2 mètres et plusieurs centaines de kg qui vient de sauter. Délicieux paraît-il, même si sa pèche est prohibée.

Un peu plus loin encore un envol de papagayo nous émerveille à nouveau

Mais pas autant que ces deux loups de rivières, de grosses loutres, qui entrent et sortent de leur terrier et s’amusent de voir quelques touristes. Elles crachent et nous jaugent avec leur bouille si mignonne. Pas de quoi s’attendrir outre mesure, quand on les sait capables d’attaquer et de tuer un dauphin !

Dans toutes ces pérégrinations nous n’aurons pas la chance d’observer d’Anaconda. C’est une question de chance. Quelques touristes nous ayant précédé, ont pu en admirer une, se réchauffant au soleil. Au nombre de trou qu’elles font le long des berges, en fonction de la hauteur de l’eau, on les imagine très nombreuses, jaunes ou noires, tapies au fond de l’eau. Ce sera pour une prochaine fois

Dernière nuit à Gloria, le premier refuge. Comme un lent retour à la civilisation, après ces 4 jours avec nos 2 guides. Une très chouette soirée avec deux chiliens et deux catalanes, absolument hilarantes. Un excellent moment à la lumière de la bougie !

28
août

Nous sommes toujours sur le fleuve – surprise !- et admirons de nouveaux animaux. Cette fois c’est le tour des Arras, des jaunes (les plus basiques) mais aussi des rouges (plus rares). Mario est aux anges c’est son animal préféré. Il finit de confirmer nos doutes concernant une greffe d’yeux de lynx quand il repère des paresseux ! Il faut vraiment avoir l’œil, leur immobilité et leur couleur de mousse, conjugués au contre jour le rendent particulièrement difficile à repérer !

Le carnaval des animaux de Saint Saëns fait pâle figure face au défilé devant lequel nous sommes. Nous voyons au loin de nombreuses tortues, se chauffer la couenne au soleil, perchées sur leurs troncs. Pas folles les tortues, elles se méfient des humains qui les chassent encore trop, tant pour leur chair que pour leur carapace. Au moindre bruit, elles se jettent à l’eau si bien que souvent nous ne voyons que les éclaboussures qu’elles soulèvent alors que nous passons un méandre. Mais les reflexes aiguisés de Simon ont permis quelques clichés.

Les farouches et rapides tortues ! 

Alors que le soleil baisse à l’horizon et que la chaleur se fait plus supportable nous remarquons les papillons qui se pressent autour de nous. Entre la terre de nos chaussures et notre transpiration il y a là plein de sels minéraux dont ils raffolent. Le moment parfait pour qu’Alexandre fasse preuve de ses talents de princesse Disney, admirez avec quelle facilité il attrape une fois encore les lépidoptères !

Cette mariposa a beau nous danser tout autour, elle ne perd pas ses couleurs ! 

Enfin nous arrivons en vu de notre campement pour la nuit. En raison d’une sombre histoire de vol de touristes il y a quelques semaines, nous ne pouvons dormir à l’intérieur. Nous passerons donc la nuit sous le bâtiment, à l’abri dans la moustiquaire fourni par l’agence et sur un matelas des plus mince. Confort sommaire mais confort tout de même. Nous partageons les espaces communs, mais pas la cuisine déjà utilisée, avec un des surveillants du parc et une famille de passage. Les locaux traversent encore le parc en pirogue pour livrer ou aller chercher des marchandises.

Sachez que chaque guide officiant dans le parc est tenu d’assurer, par roulement, une semaine de surveillance dans un des points de contrôle du parc. Mario nous raconte quelques histoires parfois sordides. Il y a de ça à peine quelques années, ils ont faillit en venir aux armes face à un groupe de braconniers tronçonnant et arrachant des essences protégées. Dans les années 90 ce sont trois guides qui furent tués par des braconniers. Les animaux aussi sont parfois la cible de ces "amoureux" de la nature et surtout de ses richesses. Le métier de guide n’est décidément pas sans risques…

Quelques pirogues bien plus chargées que la notre 

Mais place à la poésie, sur les berges c’est une nuée de papillons qui nous attend ! Un nuage jaune et or qui s’envole alors que nous approchons. Ce qu’on peut voir dans les films romantiques ? La même chose mais en mieux. Pour vos beaux yeux nous avons réussi à capturer un des plus beau spécimen des environs, un papillon énorme, à peu près la taille de la main, aux couleurs chatoyantes au possible, si quelqu’un connaît son nom dites le nous !

Alors que nous béatifions devant les merveilles de la nature, Mario toujours aussi efficace prépare le feu pour que nous puissions cuisiner et manger nos derniers piranhas. En quelques minutes il coupe du bois humide pour en sortir des copeaux bien fins et bien secs, de quoi enflammer rapidement et efficacement du petit bois et quelques bûchettes plus sèches issues des sous bois. Il n’y a pas à dire, faire du feu ça s’apprend, et quand on sait le faire, ça s’enflamme en un rien de temps.

le feu préparé, et quelques minutes plus tard, le thé à l'ananas (écorce plongée dans l'eau bouillante) est en préparation 

Mais peut-être avez vous remarqué l’enclos étrange, plein de sables et aux multiples bosses juste en face de la cabane ? Figurez-vous qu’il s’agit d’une couveuse à tortues ! L’espèce étant en danger, tant du fait de la chasse que de ses prédateurs naturels, un grand plan de sauvegarde est en place. Chaque point de contrôle possède sa couveuse, charge aux guides de récolter des œufs au cours de leurs pérégrinations et de les ramener. Ici, elles seront à l’abri jusqu’à leur éclosion sous l’œil attentif et bienveillant des touristes et des gardes parc. Nous sommes arrivés trop tôt pour les voir éclore, il leur manque encore quelques semaines avant qu’elles n’agitent leurs petites pattes en direction de l’eau.

Le soleil couché, et nos ventres remplis il est temps de faire un brin de toilette avant d’aller dormir, nous décidons d’imiter nos guides et d’aller nous laver à la bassine avec l’eau du fleuve. Emotions fortes garanties… entre le noir, le tronc glissant pour s’avancer dans l’eau, les yeux rouges flottants à quelques mètres de là et la peur de mettre le pied sur une raie ou une anguille en cas de glissade, il est difficile de ne pas se torde d’un rire nerveux en permanence. La glissade de Simon à se casser le coccyx avant d’entrer d’en l’eau n’a rien arrangé, même si j’étais un peu plus seul à rire comme une baleine. Mais au final la fraicheur de l’eau et cette communion avec la nature n’a fait que nous revigorer et nous fouetter les sangs, en plus de nous nettoyer bien sûr.


La communion avec mère nature connaitra sa limite quand le lendemain aux alentours de 6h les poules se mettront à chanter à quelques mètres de nos têtes. De quoi assurer un réveil matinal et de bonne humeur… !

27
août
27
août
Publié le 17 octobre 2017

Première nuit dans la jungle au campement de Gloria, le plus aménagé de tout ceux que nous verrons. En effet nous avons droit à un lit avec une jolie moustiquaire déjà en place, il y a un espace douche / toilettes un peu plus loin et les différentes chambres sont séparées par des palissades jusqu’à hauteur de tête, ambiance openspace dans l’amazonie.

C’est le moment de papoter avec d’autres visiteurs, pendant que Magalie s’occupe de la cuisine, tout au feu de bois ! Au menu : riz, œufs, patacon et légumes. Le tout accompagné de quelques boissons chaudes pour nous requinquer.

Il est bientôt 22h, le soleil est couché depuis longtemps et nous ne tardons pas à faire de même. Le temps de déballer nos petites affaires et faire la chasse aux quelques insectes, arthropodes et autres arachnides empêtrés entre le matelas et la moustiquaire, ou plus simplement posés sur les palissades. La phase de mithridatisation à l’égard des araignées est officiellement commencée. Sachez que souffler sur une araignée la fait fuir immédiatement, le seul problème est que la direction est plutôt aléatoire. Au final nulle autre solution que de cohabiter tant bien que mal avec elles.

elle n’est pas si grosse que ça en fait, à peine deux phalanges pour le corps !

Réveil difficile aux alentours de 6h30. Le soleil est déjà levé, les oiseaux chantent, les singes crient. Tous s’agitent, et il est temps de prendre un petit déjeuner rapide avant d’embarquer, il nous reste encore beaucoup de fleuve à parcourir avant le campement du midi.

On range tout et hop à bord de la pirogue ! Nous prenons le rythme, et nous nous contentons d’admirer le paysage, pendant que nous avançons rapidement toujours au fil du courant. Déjà nous sentons que nous avançons plus loin dans le parc, les oiseaux sont plus nombreux que ce soit les rapaces (aigle et autres vautours), des espèces semblables à des cigognes au long coup graciles ou encore d’autres proches du martin pécheur, aux couleurs légèrement différentes.

Des oiseaux, encore des oiseaux. Qui aurait cru voir des rapaces en pleine jungle ?

Mais surtout nous voyons nos premiers singes. Mono negro, mono rojo, mono fraile, c'est une vraie parade !

Nous ne cesserons d’en voir et d’en entendre tout au long de ces quelques jours. Les plus facilement visibles sont aussi les plus petits : les mono frailes (singes moines, surement en raison de leur crâne chauve...), sachez qu’ils vivent en colonie et forment des alliances avec des groupes de mono negros. Ceux-ci plus gros, mais d’un naturel moins curieux et moins joueur restent plus à l’intérieur et sont moins facilement visibles. Ils suivent donc les groupes de mono frailes qui trouvent avec plus d’aisance de la nourriture, en échange ils les protègent contre d’éventuels prédateurs et notamment les mono rojo, eux aussi plus imposants. On les appelles aussi singes hurleurs, et c’est le soir et au matin qu’on les entends le plus.

Il y a aussi quelques singes araignées, à la queue longue, fine et très agile, de vrais acrobates ! 

L’heure tourne et alors que nous avançons, Mario nous propose de tenter de pécher pour agrémenter notre déjeuner, et nous allons pécher du piranha ! Il faut d’abord trouver de quoi les attirer, Mario se penche donc alors que nous longeons les rives à la recherche d’un poisson innocent et apte à nous fournir la chair propre à éveiller l’appétit de nos petits charognards. C’est alors que nous croisons les filets d’un pêcheur, apparemment habitué et connu de nos guides, dans ses rets s’est retrouvée bloquée une raie de belle taille. L’occasion pour Mario de nous déconseiller fortement de nous baigner dans l’eau, entre les raies aux aiguillons empoissonnés, les anguilles électriques et autres poissons curieux de leurs dents, la baignade n’est pas forcément de tout repos. Honnêtement, l’idée ne nous serait pas venue à l’esprit…

La raie prise dans les filets, au moins elle aura échappée au harpon...

Toujours est-il qu’il finit par harponner la victime idéale pour nous servir d’appât. Quelques coups sur le plat bord pour l’assommer et voici le poisson proprement écaillé et découpé en petits morceaux, prêts à être enfilés sur nos hameçons. Point de matériel technique ici, un bout de bois fin et long, du fil de pêche incassable, et un hameçon des plus basiques, avec pour le plus recherché quelques barbillons, suffisent à notre affaire. Il faut dire que le piranha n’est pas le plus fin des poissons à défaut d’être terriblement vorace. Nous perdons quelques morceaux de viande le temps de comprendre la technique, et ensuite nous faisons nos premières prises ! Grande découverte pour nous : les poissons font du bruit, et pas qu’un peu ! De plus ils mettent un temps fou à cesser de gigoter dans tous les sens, gare aux doigts, ils mordent et pas qu’un peu ! Pendant près de 15 minutes après la prise, même quand ils ne bougent plus du tout, le réflexe de morsure reste présent. Notre pauvre sac orange en aura fait les frais, et nous avons désormais un joli trou de piranha dessus.

Cette espèce a un joli ventre rouge, comme dans la BD ! 

Nous arrivons enfin au campement du déjeuner armés de nos piranhas. Ce lieu nous servira de refuge pour la nuit du lendemain lorsque nous serons sur le retour. Mais nous voulons surtout déguster nos prises ! Et hop du piranha à la estufada, préparé une fois encore au feu par Magalie. Autant le dire tout de suite, le poisson en lui-même est plutôt décevant. Le goût n’est pas très prononcé, et le pauvre n’a que la peau sur les écailles. On comprend pourquoi le Marsupilami en mange autant pour être rassasié ! Mais l’expérience est tout de même amusante, et vient donner un peu de relief au riz et au sempiternel patacon.

Une cuisine avec tout le matériel et confort moderne !

Nous profitons du temps du déjeuner pour nous reposer un peu, oui même ne rien faire est épuisant sur une pirogue, avant de reprendre le fleuve en direction du campement pour la deuxième nuit.

26
août
26
août
Publié le 14 octobre 2017

Une grande camionnette tirée par une moto peine à nous contenir tous les quatre avec l’équipement qui nous accompagne dans la réserve. Notre sac personnel est, lui, réduit au minimum, nous allons passer 5 jours dans la jungle, loin du monde, nous ne conservons que l’essentiel, à savoir quelques vêtements et la trousse médicale au complet. La nourriture ainsi que l’eau nous ont suivi depuis Yurimagas dans la lancha rapida. A cela s’ajoute un bon paquetage pour faire la cuisine, ainsi qu’un petit matelas et des draps.

Nous avançons depuis le village jusqu’au point d’entrée de la réserve Picaya Samiria. Il est déjà assez tard, la lancha nous a déposé vers 13h, le temps de se rafraichir, de manger et de préparer le paquetage, nous arrivons à l’embarcadère vers 15h30. Le temps de s’enregistrer, le garde nous explique que la réserve fait près de 2 millions de Km2 et qu’elle dispose de 5 points d’entrée officiels. Celui que nous empruntons est l’un moins empruntés. Ici passe par mois autant de touristes qu’il n’en entre du côté d’Iquitos chaque jour.

Nous découvrons alors notre embarcation, une longue pirogue à peine large de 70 cm et longue de presque 8 mètres. Un tapi de bambou offre un sol solide. Après avoir rempli la pirogue, au milieu d’une nuée de papillon jaune et orange, Mario à l’avant et Magali à l’arrière nous montons, l’un après l’autre sur le frêle esquif. L’ensemble se révèle plus stable qu’il n’y paraît. Et une fois les premiers coups de rames donnés à l’avant par Mario, nous partons pour de bon.

Nous empruntons un petit ruisseau à peine large d’un mètre et demi. La végétation particulièrement dense s’échappe depuis les rives et grimpe à l’assaut du ciel dans un fatras de branches et de feuilles. C’est un monde sans repère qui s’ouvre à nos yeux. Croire à la terre ferme des bords que nous pouvons encore toucher est illusion. Tout ici est fonction des caprices des cieux. Le niveau de l’eau varie très fortement, selon que la pluie venue des Andes s’est déversée plus fortement les jours passées. D’un jour à l’autre nous voyons l’eau varier, monter pour ce qui nous concerne. En saison des pluies, il faut rajouter 3 à 6 mètres d’eau au dessus de notre niveau actuel. On comprend alors que l’idée de toute terre immergée est relative et chimérique. Et que toute la nature, faune et flore est habituée à ces variations s’adaptant au gré des flots.

Le courant assez fort nous emporte patiemment. Il faut 5 heures environ pour arriver à un premier refuge appelé Gloria. Il faut toute l’endurance de nos deux pagailleurs et la dextérité de Mario pour se faufiler ainsi au travers des lacis et méandres du fleuve qui s’élargit peu à peu. Le rio est jonché de troncs qui doivent être évités pour ne pas risquer le pire, être renversés. On comprend tout le sel de se déplacer à hauteur de pirogue, au bruit de la pagaie, à entendre ainsi le murmure de la forêt que les dernières heures du jour amplifient.

Un son particulier nous arrête un peu plus loin, le son ralenti d’une grenouille nous parvient d’un peu plus haut dans le fourré, à plusieurs mètres au dessus du sol. L’œil perçant de Mario nous indique qu’il s’agit d’un serpent arboricole qui a attrapé une grenouille, qui tente désespérément de s’échapper. Mais on comprend que le venin a déjà commencé son œuvre et que la pauvre bête, malgré ses efforts pour se dégager, tenue fermement par une pâte, ne passera pas la nuit.

Les premiers morphos, ces immenses papillons bleus apparaissent. Ils volètent nous dépassant rapidement pour aller se poser sur une grande branche et y passer la nuit. Ces immenses ocelles sont autant d’yeux qui vous observent pour effrayer les éventuels prédateurs. Là encore Mario nous épate, à la fois concentré sur le cheminement de la pirogue et sur la nature alentour, il fait pivoter la pirogue pour nous faire observer notre première tarentule. Le séjour ne fait que commencer.

Les insectes sont nos amis, lalala....

Alors que nous approchons du camp Gloria le crépuscule nous rattrape. Nos lampes de poche peuvent enfin libérer toute leur puissance, mais elles restent bien pâlottes face à la torche surpuissante de Mario. Nous fendons les eaux au seul bruit des rames, le chant de la forêt se modifie au soir tombant et se fait plus calme. Les animaux diurnes se préparent à dormir tandis que les nocturnes ne sont pas encore tout à fait réveillés. C’est alors que nous apercevons des leurs rouges au ras de l’eau, toujours pas paire. Il s’agit des yeux des caïmans nous renvoyant la lumière de nos torches ! Rassurez-vous, dans la zone où nous sommes seuls croisent les plus jeunes, le faible tirant d’eau gêne les adultes, plus grand, qui restent dans les profondeurs du parc à plusieurs jours de barque. Du moins le croyions nous…

Pour ravir nos yeux de touristes, et satisfaire notre soif de sensations fortes, Mario toujours plein de ressources, décide d’en attraper un pour que nous l’admirions de plus près. Il faut dire ce qui est, même petit, ils restent impressionnants, si ils ont le ventre aussi doux que leurs cousins sans pattes, la peau de leur dos est en revanche déjà dure et rugueuse, de vraies machines à tuer. Une certaine émotion a saisi Simon quand Mario lui a tendu la bête, en lui disant de serrer très fort ! Petit frisson.

Excusez la piètre qualité de la photo, de nuit, sur une barque avec l’émotion la mise au point est difficile
24
août
24
août
Publié le 13 octobre 2017

Après Kuelap et les cimes ennuagées, nous nous dirigeons enfin vers des altitudes moindres pour atteindre Yurimaguas, petite ville portuaire située sur le fleuve Huallaga, un des nombreux affluents de l’Amazone.

Le trajet est des plus impressionnants, nous descendons les Andes sur des routes escarpées en lacets infinies, et soudain sans que l’on s’en soit rendu compte le climat change. L’air se fait plus chaud, moins sec et la végétation évolue. Au milieu des broussailles et des cactus apparaissent d’autres essences, bananier et autres plantes tropicales aux fleurs multicolores font leur apparition. C’est proprement stupéfiant, de voir un tel mélange de plantes qui dans notre imaginaire correspondent à des zones géographiques et climatiques totalement distinctes, inimaginable en France.

Au fil de notre trajet, alors que nos mini-van s’arrête pour déposer et rembarquer de nouveaux passagers - le moment où nous prendrons 4 musiciens avec leurs instruments alors qu’il n’y a plus de place sur le toit, et que 3 sièges libres reste dans nos mémoires, il fait déjà chaud atrocement chaud dans le véhicule…- le relief s’amenuisent, nous roulons dans des territoires mamelonnés et soudain : la perspective s’ouvre totalement, nous sommes sur le dernier relief et devant s’étendent des plaines à perte de vue avec au loin le doux miroitement émeraude de la jungle. C’est officiel nous sommes sortis des Andes, et dans quelques heures nous pénètrerons dans l’Enfer vert.

et donc moi je suis assis derrière ces deux personnes avec 3 autres passagers à ma gauche 😉

Nous passons la nuit à Yurimaguas et sur les conseils de l’hôtelier de Chachapoyas nous nous dirigeons vers un petit hôtel situé au bord du fleuve, les pilotis s’enfoncent dans l’eau, tenu par Winston. Cliché du Péruvien tirant son épingle du jeu, il est énorme et bien entendu un fieffé roublard. Il nous propose bien vite de faire un tour dans la jungle en passant par son agence alors même que nous avons réservé pour un tour depuis Iquitos. Mais ses arguments sont chocs : nous deux seuls avec notre guide, un tour en pirogue, un peu moins cher que la concurrence et surtout directement dans la réserve de Picaya Samiria. Forcément, après d’âpres négociations nous cédons.

Notre tour booké, nous pouvons profiter des hamacs, de la chaleur, de la vue sur le fleuve avec les pirogues et autres navires qui passent et des moustiques qui font leur retour en fanfare.

La vue depuis le balcon, plutôt sympa pour y bouquiner dans la moiteur du soir tombant

C’est impressionnant, le fleuve est large, rapide, chargé de débris végétaux arrachés par les pluies en amont et l’eau est d’un marron impénétrable. On imagine sans peine des hordes de poissons tous plus étranges folâtrer dans les flots. A la nuit tombée ce sont les chauves souris qui font leur entrée, profitant des appâts à moustiques que nous sommes, pour se rassasier.

Que dire de Yurimaguas ? C’est une ville de moyenne importance, surtout lieu de transit vers le reste de l’Amazonie. On y découvre le rythme de la jungle. Dès 9/10h tout ralentit à cause de la chaleur et du soleil écrasant. Ici point de voiture, il y a trop peu de routes, tout se fait en moto et motoratones ou en embarcations.

Quelques moto-ratones à l'angle de la place et une des nombreuses cuisinières de rue, un bonheur pour notre cholestérol. 

C’est d’ailleurs dans ce qui tient lieu de port, à l’aube, que nous embarquons sur la « lancha rapida » - comprenez rapide par rapport au ferry qui fait le trajet jusqu’à Iquitos en 3 jours. Nous voilà en direction de Lagunas, le point de départ de notre trekk en forêt. C’est parti pour 4 heures dans ce qui est tout simplement une pirogue boostée aux stéroïdes. Une grosse centaine de passager peuvent monter à bord, dans des sièges de récupération, le tout fait à peu près 2,5 / 3 mètres pour une longueur qu’on estime à environ 50 mètres. L’embarcation est bien entendu surchargée tant de passagers, que de marchandises. Le fleuve étant la seule voie d’accès tant pour les passagers que pour l’approvisionnement.

Une autre lancha rapida croisée sur le fleuve 

Alors que le soleil éveille au long de sa course des milliers de reflets sur les eaux turbides du fleuve, nous avançons à bon rythme en suivant le courant, nous arrêtant régulièrement pour desservir les nombreux hameaux sur les rives. Nos zigzags à travers le fleuve nous laissent supposer l’existence de multiples hauts-fonds et autres bancs de sable. Information confirmée quelques jours plus tard par un couple de touristes. Leur barque s’est échouée sur l’un d’eux et ils y sont restés bloqués deux nuits en attendant qu’un autre bateau ne vienne les récupérer. D’autres français nous feront le récit de leur accident, leur lancha en percutant une autre en plein milieu de la nuit. Les passagers furent contraints de se masser à l’arrière du véhicule, afin d’éviter que l’eau ne rentre par l’avant embouti. De quoi nous conforter dans notre idée de ne voyager que de jour…

Nous arrivons enfin à Lagunas, pour y rencontrer Mario et Magali nos guides pour les 4 jours à venir. Ni une, ni deux nous partons vers l’entrée du parc pour récupérer la pirogue et enfin nous aventurer dans la sombre masse de la jungle Amazonienne…

23
août

Le lendemain de notre escapade nature aux gorges de Gocta, nous décidons de nous diriger vers Kuelap. Joyau archéologique de la zone, on nous annonce une ancienne cité fondée bien avant l’arrivée des incas par les Chachapoyas. Ce peuple puissant installé au nord du Pérou, à cheval sur les Andes et les franges de l’Amazonie a connu son heure de gloire entre le Xème et XVème siècle de notre ère. Les incas mettront des années à les intégrer à l’empire, faisant face à une résistance acharnée. Redoutables combattants, leur nom en langue Quechua signifie « guerrier des nuages ».

la vue depuis les cimes, derrière nous, la ville  

Ils avaient en effet l’habitude de construire leurs cités en haut de promontoires, à des altitudes élevées. Kuelap fait partie de ces citées. Elle sera retrouvée très tardivement, explorée et fera l’objet de fouilles archéologiques à partir des années 1930 seulement. On comprend qu’elle ait pu disparaître des radars, tant elle échappe aux regards du haut de ses 3000 mètres et tant il faudra faire preuve d’endurance pour aller la visiter. Jusqu’à peu seul un chemin caillouteux, grimpant en lacets sur près de 1200 mètres de dénivelés permettait de l’atteindre.

Pour valoriser le site, et développer le tourisme dans cette partie du pays, un téléférique vient d’être achevé. Flambant neuf, il franchit une vallée vertigineuse et remonte ensuite pendant presque 20 min, la montagne sur laquelle les Chachapoyas ont bâti leur ville. A la vue du petit chemin en contrebas, on est heureux de l’investissement réalisé.

Arrivée tout en haut, la vue sur les vallées environnantes est époustouflante. On saisit alors en partie la portée symbolique et religieuse de la ville, qui est improprement qualifiée de forteresse. Il ne s’agissait pas d’une garnison, visant à défendre et guetter l’envahisseur, mais d’une ville, où un culte important devait être pratiqué et drainait d’importants échanges avec d’autres citées voisines. L’immense mur d’enceinte fait penser à une fortification, de même que les rares accès très étroits assurant un contrôle étroit des entrées. Mais l’enceinte aurait surtout permis à constituer une immense terrasse plane propice à la construction des habitations et maîtriser ainsi un relief accidenté.

Une fois passés l’une des portes, nous arrivons dans la partie basse de la ville en contrebas de la zone noble et du temple. La culture Chachapoyas affiche sa singularité par l’édification d’habitations parfaitement circulaires, à la différence des incas qui privilégient le rectangle. Il ne reste bien entendu que les fondations de ces habitations, mais l’œil néophyte comprend leur agencement, à l’œil nu, le long de rues sinueuses.

sur la photo de droite, le bâtiment conique n'est autre que le temple de la ville

Le site reste relativement peu connu, nous y étions à peine 15 ou 20, et nécessite encore un travail de valorisation. Dans une volonté évidente d’équilibrer reconstitution et conservation du site tel qu’il a été découvert, une grande partie des arbres qui devaient envahir les lieux ont été conservés. Si bien qu’à la vue des lamas qui paissent tranquillement au milieu des pierres, se dégage de l’ensemble quelque chose de furieusement romantique.

22
août
22
août

Pour nous rendre au Pérou, nous optons pour un trajet bien long mais nous amenant directement jusqu'à Chiclayo, temps de trajet : 15 heures. En prenant en compte le passage de la frontière, où nous sommes restés bloqués pas loin de 3 heures, entre la douane et l’immigration. Il semblerait que tous les bus arrivent à peu près au même moment, aux environs de deux heures du matin, forcément avec seulement deux employés d’immigration présents, ça bouchonne.

Bref nous arrivons à Chiclayo. Seul événement notable, notre rencontre avec une française ostéopathe fort sympathique, sur la fin de son voyage. Une soirée amusante passée sur un banc de la place faute de bar où se poser. Le lendemain nous tentons d’aller visiter un musée seul point d’intérêt des environs : manque de chance, c’est le jour de fermeture. Chiclayo n’aura décidément été qu’une simple étape sur notre route en direction de Chachapoyas

Un bus de nuit plus tard nous atteignons Chachapoyas au petit matin. Petite ville coloniale, le centre historique est charmant avec ses bâtiments chaulés arborant des balcons et encorbellements tout de bois.

La lumière jaune ne rend pas hommage aux murs blanchis... 

Aussitôt arrivés nous bookons un tour vers les cataractes de Gocta, un des principaux site des environs. Nous avons juste le temps de trouver un hôtel et d’avaler un petit déjeuner avant de sauter dans un mini van en direction de Cocachimba. C’est parti pour deux bonnes heures et demi de marche dans un paysage de vallées couvertes de végétations, où les nuages s’accrochent paresseusement aux cimes.

Nous suivons le flanc de la montagne, pour nous approcher petite à petit de la chute. Le groupe formé au départ, ne tarde pas à éclater, chacun marchant à son propre rythme. Il n’y a pas à dire, c’est vert. Nous ne cessons de croiser, ruisseaux et petites cascades, qui vont se jeter en contrebas jusqu’à rejoindre le Río Uctubamba.

Après avoir manqué de glisser sur la roche rendue glissante par l'eau et la boue, nous arrivons enfin au pied de la cascade. Malgré le peu enthousiasme de Simon nous nous approchons au plus près. C'est impressionnant, au pied l'eau ne forme plus un flux continue mais un immense nuage. Les millions de gouttelettes en suspension viennent s'écraser sur nous, il souffle un vent perpétuel généré par le mouvement de l'eau , et de temps en temps de grandes bandes remontent les parois adjacentes. Une vraie fabrique à nuage !

Puisqu'on est pas des feignasses nous repartons d'un bon pas en sens inverse. Cette fois, une grâce divine semble s'emparer de moi puisque nous allons faire le trajet en a peu près 1h30 ! Rendez-vous compte, j'en suis venu à presser Simon. Le pied léger et le pas rapide nous remontons pentes et escarpements, sans une seconde de pause. C'est une véritable épiphanie, je confesse à Simon avec surprise, que finalement marcher n'est pas si atroce que ça, c'est presque plaisant. Il faut dire que comparé au Quilotoa tout cela ressemble à une balade de santé, mais serait-ce là le signe annonciateur d'une transformation plus profonde ?

Pour ne pas changer nos habitudes de vie saine, juste avant de revenir à Cocachimba, nous nous arrêtons pour profiter d'un verre de jus d'orange frais et pour gouter un fruit nouveau et intriguant le Pitajaya. Sachez que c'est un fruit de cactus qui ne se récolte donc qu'une fois l'an. La chair est douce, sucrée et fondante. Un vrai délice !

C'est le fruit jaune dans la coupe, attention il peut encore avoir des épines ! 

Un déjeuner roboratif sur place et nous voici de retour à Chachapoyas, prêt à planifier notre excursion du lendemain. Direction : Les ruines de Kuelap !

18
août
18
août
Publié le 30 septembre 2017

Après l’éprouvante balade qu’Alex vous a raconté, nous trouvâmes un peu de repos dans la ville de Baños. Puis sans tarder nous partîmes pour Cuenca, dernière étape au sud de l’Équateur, avant de rejoindre le Pérou. Ces trois jours passés dans cette grande ville, industrieuse et prospère furent placée sous le signe du contraste.

Si la ville, installée à des altitudes enfin raisonnables, ne nous a pas particulièrement enchanté, elle fut le point de départ pour découvrir enfin l’écosystème si particulier du Paramo, dont nous entendions parler depuis la Colombie.


Notre expérience de Cuenca fut fortement influencée par l’accueil très médiocre de l’auberge de jeunesse où nous avons trouvé refuge. Ouverte au 4 vents, dortoirs trop peu aérés, lit superposés trop peu ferme, cuisine non équipée… bref un certain déplaisir nous a saisi. Surtout le soir, où désirant cuire notre petite préparation, pfffiut plus de gaz ! et pas de deuxième bouteille pour remplacer la première. Nom de Zeus.

La ville n’est en soi pas désagréable, mais l’absence de soleil, et puis peut-être aussi une certaine lassitude des villes en damiers d’origine coloniale, n’ont pas réussis à nous la rendre aimable. Certaines maisons sont pourtant soignées, et la brique fait pour la première fois son apparition. Mais globalement la protection du patrimoine, à l’exception notable des édifices religieux ne constitue pas réellement une priorité. Mais peut-on les en blâmer ?

La cathédrale arbore également une série de coupole tout à fait intéressante.

Nous décidons donc d’aller chercher la nouveauté ailleurs. Nous reprenons la route et nous nous arrêtons dans un parc naturel installé à 4 000 m d’altitude pour découvrir le Paramo. Cet écosystème unique, présent seulement en Colombie et en Équateur constitue un défi aux dures lois des climats glacés. En effet, malgré cette altitude qui interdit partout ailleurs dans le monde à toute végétation de pousser, une nature riche et variée parvient à se développer dans une certaine exubérance.

Les plantes et arbres que l’on y trouve sont capables de survivre à des températures extrêmes et résister aux vents glacés des cimes. Plantes grasses proches des agaves, arbres torturés faisant naître des ambiances mystérieuses, mousses formant un sol spongieux, la balade offre d’innombrables découvertes.

Mais c’est bien l’eau qui constitue ici la clé de cet ensemble si particulier. Apportée par les pluies nombreuses ou le simple dépôt d’un léger crachin que le nuage dépose lorsqu’il vient buter sur les hauteurs, elle trouve dans cette végétation un sanctuaire. Tout est fait pour retenir la précieuse ressource, ici au creux d’une feuille, là dans les alvéoles de mousses spongieuses. Splotch splotch, pas de doute, le sol est détrempé.

Un cactus en fleur 

Cette nature si particulière conserve la vie liquide et la libère goutte à goutte. Si bien que ces hauteurs, relativement petites en terme de surface représentent 40 à 50% des réserves aquifères de ces pays. Le lent filtrage assuré par la végétation rend cette eau cristalline et prête à consommer.

La faune n’est elle-même pas en reste. Les grenouilles pullulent et on trouve même un petit colibri, de couleur sombre qui réside malgré cet environnement d’apparence inhospitalier. Il y a quelque chose de tout à fait fascinant dans ces paysages, un peu irréels, rappelant quelques choses des landes des îles britanniques, ou le centre Bretagne les jours de brouillard et de pluie. De quoi s’évader.

Voici que déjà s’achève notre rapide traversée de l’Équateur. Demain nous partons pour le Pérou, traversons une nouvelle frontière, prêts pour de nouvelles aventures.

14
août
14
août

Après Quito et le tourisme de ville, retour à la nature, nous décidons de descendre par la vallée des volcans. Comprenez un axe Nord Sur traversant la quasi totalité de l’équateur, constitué d’une flopée de volcans, qui éteints, qui toujours en activité.

Un des nombreux volcans de la région, plutôt rare celui-ci est enneigé 

Notre destination ? Le Quilotoa, volcan éteint, dont le cratère après s’être effondré, s’est peu à peu rempli d’eau jusqu’à former un lac. Notre arrivée nocturne, malgré le vent et le froid ne permet pas de prendre la pleine mesure du lieu. Il nous faudra atteindre le lendemain pour pleinement realisé l’abime au bord duquel nous nous sommes tenus.

Le couché de soleil entre les sommets et les nuages, on se croirait à Laputa 

Nous nous rendons donc à un hôtel situé juste en face du mirador, en prévision de la longue journée de marche qui nous attend. Nous passerons la soirée avec deux jeunes Equatoriennes avec qui nous échangeons récit de voyage et folles parties de cartes (depuis ce moment Simon refuse de jouer à la bataille corse avec moi, terrible injustice !).

Nous prévoyons pour le lendemain de faire une descente au fond du cratère, puis le chemin de crête, avant de partir à pied le lendemain vers un autre village située à une grosse quinzaine de kilomètres de là. Nous n’étions que de jeunes insensés à ce moment.

Le réveil, et la vue avec lumière du lac, ne suffit pourtant pas à calmer nos ardeurs !

Notez qu’une seule photo ne suffit pas pour en faire le tour !

Frais comme des gardons nous commençons comme prévu par descendre au fond du cratère. Petite descente plutôt tranquille, malgré la caillasse et la poussière, on ne glisse pas trop, et il est encore suffisamment tôt pour que le soleil éclatant ne nous écrase de ses rayons. En quelques 40 minutes nous voici donc rendus au fond.

Le mode panoramique aussi n'est pas suffisant pour tout saisir d'un coup !

Les reflets du soleil sur le lac sont éblouissants, et les lumières éclatantes. Il faut se rendre à l’évidence, le lieu est magnifique, les couleurs tranchantes et l’instant magique.

Sacrés verts ! Sachez qu'en plus le lac est assez profond, environ 250m 

Mais il faut remonter, d’abord pour sustenter nos ventres qui crient famine et aussi pour attaquer le chemin de crête ! La remontée est un peu plus longue mais guère plus. Au final le tout nous aura pris un peu plus de 2 heures. Nous nous précipitons, sur notre déjeuner avant de se laisser un petit temps de repos et de digestion. Un peu moins lourds et vaguement reposés nous nous attaquons au chemin de crête, temps de marche prévu : 4/5 heures.

Vu d'ici, ça ne parait pas si atroce.... Hahaha haha ha....

Le sentier commence tranquillement, panorama incroyable sur les vallées et autres sommets environnants, nous voyons de verts paturages aux fleurs nombreuses et colorés. Le soleil toujours au rendez-vous, compense la morsure du vent qui ne cesse souffler - crête oblige- et baigne le paysage de lumière. De quoi nous conforter dans notre idée.

Ce petit chemin, qui sent la noiseeette, lilalala...

Très vite je déchante, je commence à comprendre le sens du mot crête. C'est donc bien un sentier abrupte, bordé de chaque côté par une pente plus ou moins vertigineuse, qui ne cesse de monter puis de descendre violemment, avec le vent qui vous pousse d'un côté puis de l'autre. Vous l'aurez compris, pour moi commence l'enfer. Au bout d'une heure je suis épuisé, sans souffle, franchement flippé par le vide de chaque côté et donc avançant horriblement lentement. La vue sur le lac est époustouflante, mais me rappelle en permanence que nous (je) n’avançons pas. Il faut dire que l'ensemble de la randonnée est à plus de 3.800m, ce qui explique surement le manque de force et de souffle.

Le lac avec à gauche le sentier suivit le matin, et le précipice en contrebas.

Qu'à cela ne tienne, Simon m'attend et m'encourage patiemment, tandis que les heures passent. Nous finissons par atteindre le point le plus haut de la randonnée à près de 3.930 mètres. Nous ne sommes toujours pas à la moitié de la randonnée...

C.R.E.T.E. je vis ton nom !

Nous continuons à avancer, montée après descente, pied après pied et enfin nous atteignons la moitié du sentier ! Vu d'en face cela parait tout petit.

Le petit panneau c'est le point le plus haut, encore 3 bonnes heures de marche depuis ce point... 

Encore plusieurs heures de marche, tandis que le soleil tombe doucement. Cela fait bien longtemps que nous n'avons plus croisé le moindre randonneur. Le paysage reste incroyable tandis que nous bouclons lentement le tour du lac. Nous croisons quelques chevaux et mules qui paissent et se reposent après une dure journée passée à monter et descendre des touristes au fond du cratère. Nous finissons par atteindre le croisement qui doit nous amener le lendemain vers la prochaine ville, quelques fractions de secondes plus tard nous décidons d'un commun accord de changer nos plans pour continuer en bus vers le sud et plus tranquillement. Tandis que nous venons chatouiller la cinquième heure de marche et que nous approchons de la fin, le froid se fait cruellement sentir alors que le soleil est presque couché.

Voyez les ombres qui s'avancent inexorablement.

C'est dans la crépuscule tombant que nous finissons harassés par revenir à notre point de départ, soit le mirador en face de l'hôtel. Le combo froid, effort intense et altitude ont raison de moi, et c'est grelottant de froid que je vais me coucher le diner à peine entamé (c'est bien le signe que ça ne va pas bien). Heureusement les chambres sont équipées de poêles à bois, et la flambée que nous faisons transforme vite notre chambre en vrai fournaise, de quoi réchauffer nos corps transis. C'est dans les draps surchauffés et épuisés que nous nous endormons, fiers tout de même d'avoir autant marché et des paysages incroyables pleins les yeux.

Notre géhenne personnelle
10
août

Quito appartient au club des grandes capitales installées à plus de 3000 mètres d’altitude. Mais à la différence de la Paz enserrée de tout côté par le relief, laissant peu d’échappatoire au regard en mal de liberté, la capitale de l’Equateur est plus adaptée aux claustrophobes. Elle s’étend le long d’un corridor formé par deux chaines de montagne, formant sur plusieurs dizaines de kilomètres une vallée relativement plane. La ville est tellement étendue du nord au sud que deux terminaux de transports pour les longues distances sont installés au nord et au sud et séparés chacun de près de 25 km.


Une myriade de quartiers s’étend le long de trois axes principaux, parallèles, sur lesquels est installé le système de bus rapide le plus perfectionné que nous ayons rencontrés jusqu’ici, pour un prix modique, bien entendu.

bâtiments autour de la place centrale, néo classique, éclectisme petit pot pourri architectural 


Nous avons passés ces trois jours à Quito dans une relative lenteur, et une certaine mollesse, parvenant difficilement à quitter l’auberge de jeunesse avant 14h. L’heure tardive du petit déjeuner jusqu’à 11h n’invitait pas au dynamisme matinal. De même que l’ambiance de l’auberge, construite comme un véritable cocon moderne (billard, très bon petit déjeuner, grand espace salon télé…), semblait idéale pour se remettre de la longue épopée colombienne.

un super chouette endroit, avec des dortoirs à lit double ! 


Le centre historique se limite à un gros quadrilatère installé sur une petite colline, dont émerge essentiellement depuis la période coloniale, un nombre impressionnant d’édifices religieux, typique de cette architecture coloniale baroque. Il ne reste quasiment rien des demeures coloniales de l’époque. Les immeubles sans grand charme les ont depuis longtemps remplacées.


Nous avons cependant la chance de pouvoir nous trouver là pendant un long week-end ponctué par la fête de l’indépendance nationale célébrée dans la ville par une fête des lumières, directement issue du concept lyonnais, vendu chèrement à d’autres villes dans le monde. A la nuit tombée nous avons pu déambuler dans la ville, entourés d’une foule très conséquente, et semble-t-il ravie de ces spectacles sons et lumières qui lui était offert. Cette fête populaire par nature nous a emporté dans son sillage, au gré des rues et des bâtiments soudainement transfigurés par la magie de la lumière.


Sur l’insistance d’Alex, nous nous sommes rendus le lendemain à la Mitad del mundo. C’est à cet emplacement précis qu’une équipe française géodésique, composée de physiciens, mathématiciens, géographes, emmenés par Charles de la Condamine et Pierre Bouguer déterminent l’emplacement précis de l’Equateur. Initialement ces expéditions géodésiques françaises sont organisées par l’Académie des sciences dans la première moitié du 18ème siècle, sous le règne de Louis XV pour confirmer et infirmer la théorie de Newton affirmant que la terre ressemble à une sphère aplanie au niveau des pôles. Deux expéditions, une au pôle nord et une en Equateur sont organisées. Cette partie de l’empire espagnol est choisie en raison de son climat, jugé plus clément que celui de l’Afrique Equatorial.


L’équipe sera en partie décimée (maladie, accident, embuscades), mais les conclusions des relevés géodésiques et astronomiques viennent finalement confirmer la théorie newtonienne. De plus, c’est en définissant précisément que la ligne séparant la terre en deux demi sphère égale passe par cette région de l’empire espagnol, que les républicains, lors de l’indépendance en 1809 décident de prendre le nom d’Ecuador.


La ligne est aujourd’hui tracée à quelques 50 km du centre de Quito. Les relevés de l’époque se révélèrent très précis, puisque la ligne imaginaire définie par les scientifiques français il y a 3 siècles se trouve seulement à 200 mètres au sud du tracé que le GPS moderne désigne comme étant l’équateur. Un monument célèbre le travail des français. Arrivé un peu tard sur zone, enveloppé dans la brume et les nuages, nous prenons le temps de lire tranquillement toutes les explications sur le lieu.

A cheval sur le monde !


Nous nous arrêtons devant une balance qui nous rappelle que notre poids varie selon que l’on se trouve sur un pôle ou sur l’équateur. En effet, le poids traduit la force de la pesanteur terrestre sur une masse (ma graisse, qui elle ne varie pas !). Or cette force de la pesanteur diminue à l’équateur car la distance au centre de la terre est plus grande, si bien que sur ma balance installée en France je pèse 78 kg, mais à Quito je ne pèse que 77,750… génial non !


Fort de cette conclusion heureuse, nous rentrons sur Quito sans tarder, pour aller nous régaler d’un repas chinois abondant. Une importante communauté taiwanaise s’y est installée après la fin de la seconde guerre mondiale.

9
août
9
août

Nous sommes désormais rendus à la mi-aout, et nous nous rendons compte avec horreur que nous devons retrouver Emeline et Erwan aux alentours du 3/4 septembre à Cuzco. Soit près de 3 700 km en 15 jours. Ça fait tourner la tête. Ni une ni deux, nous sortons nos guides et concoctons un itinéraire aux petits oignons dans le but de nous faire traverser l’Équateur et le nord Pérou en un temps record.

Pour descendre rapidement nous visons Quito à près de 710km de Cali, en faisant étape par Popayan puis San Juan de Pasto, nous préférons éviter de croiser cette frontière de nuit puis-qu’aucun bus ne permet de trajet direct.

Après quelques heures de bus -nous finissons par êtres habitués- nous voici à Popayan. Petite ville charmante mais dont nous ne pouvons pas dire grand chose, nous n’avons pas le temps d’y faire grand chose si ce n’est déambuler dans ses rues le temps d’une journée de repos.

C’est une ville tranquille, au centre historique charmant. Les maisons toutes blanchies lui donnent une cohérence et un aspect lisse comme on a rarement pu le voir. Nous avons l’impression d’une charmante ville de province où il fait bon vivre, au rythme plutôt détendu. Popayan s’est autoproclamé ville la plus belle de sa région, on y croit facilement.


Seul événement notable une expérience culinaire dans une boutique spécialisé dans le quinoa, nous testons des jus/desserts à base de la fameuse céréale. C’est un échec. On peut faire plein de choses avec c’est une évidence, mais les desserts ce n’est pas trop ça…

Mais nous repartons aussi sec cette fois en direction de San Juan de Pasto, on tourne autour des 6h de bus. On pensait pouvoir visiter un peu mais finalement nous arrivons trop tard pour faire quoi que ce soit. La journée du lendemain sera entièrement consacrée à la traversée de la frontière Équatorienne.

Car sachez que ce n’est pas simple, nous devons prendre un bus jusque Ipiales. De là prendre un mini collectivo jusqu’au point frontière. On tamponne la sortie côté Colombien, on traverse le pont au dessus de la gorge puis l’on tente de faire tamponner l’entrée côté Équatorien. Ici commence la rigolade : on nous somme de déposer nos sacs et bagages dehors, près de la porte du bâtiment. Vous vous en doutez, nous voilà déjà moyennement rassurés, surtout que le vigile en poste semble manquer de vigilance… Bref, nous faisons la queue pendant près de 45 min, nous assistons atterré au balais des employés qui passent d’un poste à un autre pour se parler un peu, tapoter quelques petites choses sur leur clavier, pointer avec leur badge … puis repartir dans ce que nous supposons être une sorte de salle commune. Autant dire qu’avec seulement 2/3 employés grand maximum qui travaillent en même temps sur la demi-douzaine de présent, ça n’avance pas vite. Surtout que si vous avez le malheur de sortir votre téléphone, vous vous faites engueuler par les vigiles, ambiance (ça explique l’absence de photos).

Le Pont de la rivière Kwaï, ou presque 

Le clou du spectacle reste le moment où une des agents vient prendre en photo le bureau. Nous voyons donc hallucinés plusieurs employés sortir de leur salle pour prendre place derrière un guichet pendant qu’on fait avancer la file pour qu’il y ait une personne devant chaque. Hop hop on prend 3/4 clichés pour montrer que tout fonctionne bien et qu’on est assidus au travail et aussi sec tout le monde retourne dans la salle à l’arrière pendant qu’on nous renvoie dans la file d’attente… Totalement hallucinant.

Bref, notre passeport est visé et nous retrouvons nos sacs rapidement pour tenter de poursuivre le voyage. Du poste frontière, il nous faut prendre un autre collectivo direction Tulcàn quelques kilomètres plus loin. De là, nous pouvons enfin prendre un bus en direction de Quito.

Cette épopée de seulement 300 km nous aura pris la journée entière. C’est dans ces moments-là que l’on regrette l’UE, Schengen et nos facilités de transport. C’est quand même bien pratique quand on n’a pas besoin de s’arrêter pour traverser une frontière.

3
août

La saison de la reproduction des baleines sur la côte pacifique débute en juillet. Quand nous prenons la route de Buenaventura, seul grand port colombien sur la côte pacifique, nous espérons fortement que nous pourrons observer ces fascinants cétacés. Si elles seront bien au rendez-vous c’est surtout cette côte absolument magnifique qui aura marqué nos esprits.

Tenter l’aventure sur la côte pacifique ne fait pas partie des sentiers balisés des tours opérateurs. Buenaventura est connu pour rester une des agglomérations les plus dangereuses de la Colombie. Trafic de drogue, grande pauvreté, un certain enclavement, tout concourt à ce qu’il ne faille point trainer ses guêtres dans les environs. Guide et amis nous l’ont répété, on ne sort pas des environs du quai touristique. Nous n’en avions, de toute façon, pas l’intention. En arrivant sur la ville, constatant effectivement le caractère interlope des lieux, nous nous en sommes tenus à chercher sans attendre les bateaux pouvant nous emmener à proximité de la baie de Malaga, sanctuaire naturel pour toutes les grandes et petites bêtes de l’immensité bleue.

Des contrastes, encore des contrastes 

Deux villages installés à l’entrée de l’immense baie, Juanchaco et Ladrerillos, sont les deux refuges dans lesquels les touristes aventuriers peuvent se rendre. Une lancha rapide vous y mène en moins de deux heures. Nos couchsurfer de Cali nous avait prévenu du risque de se faire littéralement tremper, et donc de protéger tout ce qui était potentiellement fragile. Bien mal m’en a pris, parce que, non seulement aucune goute d’eau ne m’aura effleurée, mais j’ai surtout manqué de photographier la côte que nous avons longée. La lumière dorée de la fin d’après midi était juste époustouflante. Elle illuminait les falaises, au bord desquelles une nature incroyablement luxuriante manquait de tomber dans le vide.

Malgré le temps parfait, les plantes semblent avoir des tendances suicidaires. L'appel du vide ?

Arrivés sur Ladrerillos, nous demandons à une épicière où se trouve tel hôtel, conseillé par le guide. Elle me promet de me montrer l’endroit, mais à la condition que nous considérions les petites cabanes qu’elle possède elle même ! Encore une qui a le sens des affaires. Après quelques minutes de négociation, et une baisse du prix, déjà modique, nous finissons par accepter. Juste avant que le soleil ne se couche nous filons vers la plage, installée plein ouest pour profiter du coucher de soleil, pour se baigner et nous rafraîchir de l’ambiance particulièrement moite du pacifique équatorial.

l'embarcadère de Juanchaco, à l'entrée de la baie de Malaga

Après une bonne nuit, cap sur la baie de Malaga, particulièrement profonde et donc propice à la reproduction des baleines à bosses. Cette immense baie est devenue récemment une réserve protégée quand le projet d’y créer un port en eau profonde (plus adapté que celui de buenaventura) a été mis sur la table. Les quelques habitants du coin se sont organisés et demandés à l’État la création d’une réserve naturelle pour préserver l’endroit. Réussite pour l’instant.

camaïeux de verts sous un soleil de plomb 

Les baleines viennent se reproduire ici, et après les 12/13 mois de gestation, reviennent sur le lieu de l’accouplement, pour mettre au monde leur petit. C’est d’ailleurs grâce aux baleineaux, dont le système respiratoire n’est pas encore très développé que nous pouvons les repérer. Ils doivent rester à proximité de la surface pour pouvoir respirer. La maman, elle, veille au grain en dessous, et ne remonte que toutes les 20 à 30 minutes. Nous avons eu la chance de les voir de très près. C’est assez impressionnant quand l’immense masse sombre (la mère) remonte à la surface et finit par sortir. C’est moby dick sous les tropiques ! Le petit nous a même fait le plaisir de sauter une ou deux fois et de sortir le museau pendant quelques secondes. Trop rapide néanmoins pour mon appareil photo !

Forcément un animal marin vu depuis la surface, est peu visible... 

et Maman ! autrement plus massive

Nous sommes partis ensuite tout l’après midi avec deux, trois autres personnes au fin fond de la baie pour allez voir plusieurs cascades où nous avons pu nager et sauter, pour finir sur une plage de sable blanc, la seule du coin, où le sable est plutôt noir. En revenant nous avons eu la chance de voir quelques dauphins qui nous ont accompagné au loin quelques minutes.

Au niveau des cascades curieux mélange de température et de salinité des eaux que semblent apprécier les nombreux crabes  

Pour nous reposer de nos aventures, nous avons fini sur la plage de ladrerillos à boire un coco loco (la noix de coco qui rend fou !), une coco fraiche dans laquelle Fernando a versé moult rhum et sirop de sucre, pour être sûr que ça vous pose pour l’heure à venir, dans une position béate, devant la beauté du couché de soleil ! inoubliable, on vous dit !

26
juil

Autant Medellin nous aura irrémédiablement rebuté, autant Cali aura su déployer sous nos yeux d’innombrables charmes. La 3ème grande ville du pays, réputée pour son métissage et la proportion plus importante de population noire, est un bouillon de culture. Installée au pied des derniers contreforts andins avant le pacifique, la ville profite d’un climat que nous qualifierons de parfait. Estival toute l’année, les températures dépassent rarement les 35° et ne baissent que très exceptionnellement en dessous des 20°. La fraicheur nocturne agit comme un idéal contrepoint à la chaleur relative de la journée.

C’est dans cette ambiance que la ville s’est développée, traversée par pas moins de 8 cours d’eau, de petite taille, mais qui apportent à l’organisation urbaine, l’occasion de souffler un peu, et de ménager de grands espaces arborés.

C'est beau, non ?

Cali est une ville de mélange à tous niveaux. C’est une des rares agglomérations que nous traversons où nous pouvons voir des quartiers aux buildings impressionnants, côtoyer des églises vieilles de plusieurs siècles, tandis que quelques rues plus loin vous avez le choix entre les maisons classique de l’Amérique du sud en briques rouges d’un ou deux étages à l’aspect non fini ou recouvert de fresques, et des demeures de type plus coloniale, colorée et mieux entretenues. Il y en a pour tous les goûts.

Les bâtiments officiels de style colonial ont toujours du cachet 

Pour profiter au mieux du panorama de la ville nous décidons de monter jusqu’à Tres Cruces, colline dominant Cali sur laquelle trônent trois énormes croix (le nom a du vous mettre sur la piste), ainsi que des antennes de communication et télévision, un parc sportif et une base militaire. Eh oui, on ose tous les mélanges à Cali ! Tout le monde nous explique qu’il faut partir tôt le matin, à cause de la chaleur. En regardant furtivement la dite colline, notre courage s’est un peu rétrécis et nous privilégions donc le taxi. Une fois en haut, après une montée d’une bonne vingtaine de minutes, le panorama est tout à fait superbe. Le soleil se couche déjà derrière les autres montagnes avoisinantes et nous redescendons.

Ça ne se voit pas, mais il y a des néons bleu flashy sur les croix, ambiance disco-techno 

C’est alors que nous observons que la voiture devant nous s’est arrêtée un peu brutalement. En s’approchant, nous comprenons par les échanges entre conducteurs, qu’il y aurait plus bas des coupeurs de route armés. Il s’agit généralement d’un duo installé sur une moto qui bloquent les véhicules pour braquer les occupants, arme à la main. L’atmosphère c’est d’un seul coup légèrement refroidi. Nous qui nous réjouissions d’être parvenu à faire mentir tous les clichés de violence avec nos deux amies, voilà que le sort nous jouerait un mauvais tour. Pour bien nous faire comprendre que l’on ne rigole, mais alors plus du tout, le chauffeur nous demande de remonter illico les fenêtres et de verrouiller les portes. Apparemment la police ou les militaires ont été prévenus et devraient arriver, on nous explique que c’est en raison de braquages répétés que la base militaire a été installée.


Finalement après plusieurs minutes d’attente et alors que nous sommes rejoint par une troisième voiture, nous nous élançons sur la piste à un rythme soutenu pour sortir de la zone à risque. Au final nuls coupeurs de routes, même si quelques mètres plus loin, le chauffeur nous montre deux gars, assis près d’une moto, semblant deviser paisiblement. Menace réelle ou coup de flip, le simple réflexe de nos chauffeurs est en soi significatif du climat pesant et dangereux qui a existé des années auparavant. A Santa Marta, les motos taxi ont interdiction de prendre des hommes en selles, trop synonyme des années noires et des règlements de compte à moto. Toujours est-il que nous n’avons rien vu et que la société fait tout pour éviter aux touristes de mauvaises rencontres.

Cali, s'étend au pied des montagnes et s'élance au loin vers les fleuves nourris par leurs eaux.

La vue depuis ces hauteurs ne donne néanmoins qu’une idée très partielle de l’ambiance de la ville. Car comment parler de Cali sans parler de la salsa ? C’en est un des berceaux, sans doute le plus célèbre, qui a fondé sa renommé sur un style bien à part, qualifié de salsa pegada (collé serré). Comprenez une salsa survoltée, plus rapide qu’une salsa classique, qui se danse dans un corps à corps sensuel. C’est sur les conseils de Viviana (Caleña de naissance, que nous avions rencontré à Riohacha) avec qui nous avons passé notre première soirée dans un bar historique et des plus typiques, que nous allons le lendemain trémousser nos hanches au Tin Tin Deo, temple local de la danse. Le début de soirée est des plus tranquilles, ce qui nous permet d’observer les quelques couples déjà sur la piste. Tentatives d’analyses et d’apprentissages des pas, pendant que nous sirotons un cocktail.


On en profite pour faire une rapide sociologie de la salsa, n’importe qui peut danser avec n’importe qui, il semble plus que malpolie de refuser une invitation à danser. Si l’on danse serrés l’un à l’autre ce n’est pas pour autant qu’il y a « contact » ou une intimité partagée. Entre danseurs qui ne se connaissent pas c’est à peine si les regards se croisent, chacun fait ses pas, et dès que la musique s’arrête on se sépare en échangeant à peine quelques mots. Du côté des couples officiels, c’est bien plus intéressant. On voit certains danseurs le sourire aux lèvres se donner à fond, et là on a vraiment envie de pouvoir faire pareil. Une remarque en passant, qui vaut pour pas mal d’autres endroits de Cali que nous avons pu arpenter, on observe une assez bonne mixité entre caleños et touristes, un bon 60/40, avec des Gringos qui s’essaient à la danse le tout dans une bonne ambiance. Après deux bonnes heures et vu notre incapacité à danser nous décidons de rentrer, surtout que la rencontre avec des jeunes française de notre hostel nous pousse à fuir. Dieux qu’elles étaient bêtes !


Quelques mots sur l’hostel : un lieu très clairement pour des jeunes qui veulent avant tout faire la fête, draguer et conclure de préférence entre touristes. Des touristes qui considèrent comme une bonne aventure de se faire arrêter par la police alors qu’ils sont en possession de drogues et d’avoir à acheter les policiers pour ne pas se faire embarquer. Autant dire que nous n’avions que peu d’atomes crochus avec les personnes ici présentes, a priori plus intéressées par la bronzette en bord de piscine que par la ville elle-même…

La piscine, ou "grill à gringos"

Toujours est-il qu’il est temps pour Julia et Laetita de repartir, pour une chose atroce appelée « travail ». On ne peut que frissonner pour elles en imaginant les horreurs qui les attendent. De notre côté, nous poursuivons à Cali mais cette fois en Couchsurfing histoire d’économiser un peu. Nous atterrissons donc chez des jumeaux habitants dans le sud de Cali près des universités. L’occasion d’échanger avec des locaux sur l’éducation, l’économie, la politique etc. Nous fûmes reçu comme des rois, chambre à part, nourris, logés et blanchis aux frais de la princesse, nous nous sentions obligés de montrer nos talents de cuisinier pour remercier nos logeurs. Nous avons donc pu les ébahir avec un bœuf bourguignon et une tarte au citron meringuée. Comme quoi le soft power de la gastronomie française reste puissant.

Excusez la qualité, la photo n'est bien évidement pas de nous. 

Profitant de nos charmants guides nous arpentons la ville et d’autres quartiers inconnus, certains bars, le campus de leur université (à 30 ans ils sont toujours étudiants ! Le système Colombien semble obscur, cher et complexe) ou nous faisons gouzi gouzi avec les iguanes intéressés par notre repas. Mais surtout nous avons fait une sortie jusqu’au rio pancé, petite rivière d’eau claire, idéale pour accueillir nos bavardages. L’eau de montagne est fraiche… de quoi raffermir nos chairs.

On a du se battre avec l'iguane pour pouvoir manger, les shoushou et autres pristou ne furent pas d'une grande efficacité... 

En somme Cali est une ville vraiment agréable, dynamique et accueillante où il fait bon vivre. Ce qui explique pourquoi nous y avons passé tant de temps. Mais son magnétisme ne nous a pas empêché de faire une dernière virée colombienne avant de partir en direction de l’Equateur, une bordée vers la côte et ses baleines !

24
juil
24
juil
Publié le 5 septembre 2017

Nous savions que pour rejoindre Manizales depuis Jardin, au moins 5h allaient être nécessaires. Vu les montagnes qui nous environnaient, nous pouvions même nous douter qu’il allait y avoir grimpette, virages et peut-être même quelques précipices. Nous n’avions pas relevé le terme qu’avait utilisé Gladys le matin même, pour parler du Bus qui ferait le trajet. J’avais compris le terme de « chiva » mais je ne voyais pas bien ce que la divinité indoue pouvait bien avoir à faire dans cette galère.

Il aurait fallu nous prendre en photo quand nous avons vu arriver ça :

un carnaval 

Ce mastodonte que nous avions déjà vu circuler dans la ville semblait convenir davantage pour visiter une ville comme tous les bus touristiques panoramique, ouverts aux 4 vents. Eh bien non, il s’agissait bien de notre mode de transport tout terrain pour les 4 heures à venir. Regardez comme on sourit.

voyez tout le monde sourit, même le garçon qui fait du photo bombing en arrière plan ! 

C’était avant que la piste remplace l’asphalte. Comme toujours dans ces moments là, où l’on ressent comme un léger décalage culturel, lorsque l’incrédulité le dispute à la révolte, on observe autour de nous, nos compagnons de route, stoïques, heureux, semble-t-il, de voyager au grand air. Alex et Julia discutèrent assez longtemps avec leur jeune voisin qui expliqua qu’il voyageait ainsi régulièrement avec sa tribu, pour visiter les grands parents installés à Jardin. Et alors on relativise, on se dit qu’ici c’est normal.

évidemment plus on monte, plus la vue est engageante ! 

Enfin Manizales s’offrait à nous. Perché à plus de 2 000 mètres d’altitude, cette grande ville riche, dotée d’une immense mairie (collectivité territoriale quand tu nous tiens) règne sur la région du café. Après avoir pris possession de nos quartiers dans une belle auberge de jeunesse, bien équipée et confortable, et avec la perspective d’y rester trois nuits (une éternité), nous nous précipitons dans une finca, exploitation de café.

paysage escarpé, les pentes sont recouvertes de caféiers. 

Le climat de la région, à la fois chaud (mais pas trop), humide (mais pas trop) convient apparemment très bien à ces arbustes aux feuilles vernissés, couverts de petites boules plus ou moins rouges. Il faut deux ans pour qu’un arbuste, issu d’une graine de café vienne à maturité et offre sa première récolte. Il sera très productif pendant 5 ans, mais comme il pousse un peu trop vite, il devient trop grand, et ne convient plus à une récolte à hauteur d’homme. On le coupe alors, 10 cm au dessus de la racine, jusqu’à ce qu’il repousse selon le même cycle. Au delà de 21 ans on le coupe définitivement en raison de l’épuisement progressif de la plante.

Nous nous essayons à la cueillette, au milieu d’arbustes déjà âgés, dépassant les 2m. On comprend alors facilement le calvaire de ce métier de peine, que des saisonniers viennent accomplir lors des deux récoltes que la vigueur de la plante et le climat autorisent. Il faut s’enfoncer dans le bosquet, se frayer un chemin au milieu des branches qui vous giflent, sur des pentes extrêmement forte, et sans assurance de ne pas se faire piquer par un serpent. Le tout sans perdre jamais la cargaison de petites boules rouges dont vous remplissez un petit panier tressé. Les cueilleurs sont payés 500 COP par kilo ramassé (environ 13 centimes d’euros), les plus vaillants parvenant à dépasser les 200 kg ramassés par jour !

notre cueilleuse qui n'a pas encore atteint son objectif de 200kg 

La fleur blanche du caféier dégage un léger parfum, proche du jasmin, et une fois la première et épaisse peau enlevée, on avale la gousse entourée d’une fine pulpe, légèrement sucrée. Une fois récoltée, la peau des gousses est enlevée mécaniquement, on sépare les bons des mauvais grains selon qu’ils flottent ou non dans l’eau. Les premiers, lourds, au fond du bassin constitueront la première qualité, promise à l’exportation. Les deuxièmes, allégés par les petits trous réalisés par des insectes, serviront à préparer du café instantané. Je vous passe les autres étapes, jusqu’au séchage, dans un grand four, duquel sortira les gains, presque comme nous les connaissons, il ne restera plus qu’à enlever la petite peau, jaune, tirant sur le vers, selon l’humidité de la graine.

Nous avons enfin droit à un cours de dégustation. On y apprit notamment que l’arôme du café dans une machine à espresso différera très fortement selon la durée qu’on prendra à faire couler l’eau par le percolateur, en raison de l’augmentation progressive de la température d’une part et le volume d’eau passé par le café moulu. Si vous avez un percolateur à la maison, je vous invite à faire l’expérience. Otez d’abord votre tasse 12 secondes après avoir commencé de faire couler l’eau. Faîtes la même expérience en laissant couler l’eau 6 secondes de plus et comparez. De même si on laisse couler le café 6 secondes avant de mettre sa tasse, on constatera encore que le café a un autre gout. Ça vous en bouche un coin… et puis saviez vous que la petite mousse que nous aimons tant au sommet de notre tasse n’existe que grâce à la torréfaction, qui consiste avec faire toaster les grains avec du sucre… et moi qui croyait que mon café n’était calorique qu’à cause des deux sucres que j’y adjoint invariablement ! La torréfaction est d’ailleurs semble-t-il une spécialité française, italienne et en partie espagnole. Ailleurs on ne fait que le toaster, sans additif…

on est fiers avec nos diplômes ! 

Mais Manizales nous réserva d’autres découvertes. Vous l’avez sans doute perçu, c’est moins la ville assez moderne, sans cachet que la nature environnante qui mérite attention. Plusieurs parcs naturels, à la lisière de l’agglomération sont particulièrement prisés par les promeneurs du dimanche. Nous jetons notre dévolu sur le Recinto del Pensamiento. Nous sommes accueillis par un guide charmant, qui nous promènera dans le parc près de 2 heures. C’est surtout sur les orchidées que nous nous arrêterons. De toute taille, couleur, elles pullulent sur les lieux. Les épiphytes, accrochés aux arbres sont mes préférés.

Mais Manizales brille aussi par la variété de sa faune, notamment par les milliers de Colibris qui s’ébattent au milieu des fleurs. Ce petit oiseau qui dépasse rarement les 10 cm de longueur a le cœur suffisamment solide pour battre jusqu’à 1200 battements par minute et sans extasy ! Ses ailes sont alors si rapides qu’elles lui permettent un vol stationnaire, comme un hélicoptère, bien pratique pour plonger sa longue trompe et récupérer le délicieux suc caché au creux des fleurs.

Nous finirons notre journée par un passage dans les thermes, alimentés en eau soufrée dont regorge cette terre volcanique. Un petit moment de détente bien mérité, n’est-il pas ?

22
juil
22
juil
Publié le 1er septembre 2017

Nous quittons Medellín soulagés, pour le premier long trajet en bus de nos comparses : c'est parti pour 5 petites heures à travers la montagne, les arrêts à tout bout de champ et les armées de vendeurs ambulants. On regretterait presque la SNCF...

Une légère grogne s’élevant dans les rangs, rien de telle qu’une arrivée à Jardin sous un orage avec sons, lumières et trombes d’eau pour nous calmer. Les grandes eaux de Versailles font pâles figures en comparaison. Nous fonçons nous réfugier dans un bar, une bière saura nous remettre d'aplomb. Une fois n'est pas coutume, notre logement est à l'extérieur de la ville, à quelques bons 10 minutes en moto-ratones le tuktuk local. Mais sans l’effet de surprise le trajet est plutôt agréable, assis sans risque de chute on profite du vent dans les cheveux.

La montagne triangle, elle semble prête à déchirer le ciel.

Nous arrivons donc chez notre logeuse Gladys. Charmante sexagénaire, dont la beauté légèrement fanée laisse supposer une sacrée croqueuse d'hommes, ou de femmes, en son temps. Sa maison de type ecolodge est ouverte aux quatre vents, on vous a dit qu'elle était un peu hippie sur les bords ? Ce premier soir il fait un peu frisquet, nous allons donc nous coucher après un dîner frugal et un cocktail maison à base de rhum, maracuya et piña. On combat le coup de froid avec des remèdes locaux !


Et au matin, stupeur et ébahissement. Le simili dortoir où nous sommes ouvre sur deux terrasses de chaque cote de la demeure avec une vue magnifique sur les montagnes et la forêt. La salle de bain donne du même coté et on peut se doucher au bruit des oiseaux et du torrent qui passe plusieurs mètres plus bas, tout en contemplant la vallée et sa végétation.

A droite c'est le lit où nous avons dormi ! Bon soyons honnêtes, les matelas étaient pourris.

Nous descendons dans la cuisine pour un petit déjeuner bien riche, avec café maison - enfin ! La porte ouvre sur le jardin potager, ou mûrissent bananes et autres fruits exotiques, pendant que les abeilles butinent et que les oiseaux chantent. Un vrai coin de paradis !

Il est mignon ce petit potager face à la forêt hein ? 

Glawdys, accompagnée de son neveu et de sa belle nièce nous apprennent que nous tombons en plein pendant le festival de cinéma de Jardin, 2e édition. Ceci explique la pénurie de logement en centre ville, tant mieux pour nous ! Nous en profitons pour nous renseigner sur les activités du coin. Choix est fait, ce sera une journée de balade !

Direction une petite cascade un peu plus bas dans la vallée, sans être incroyable elle fait son petit effet. Surtout les deux jeunes demoiselles qui se prennent pour des ondines en plein shooting photo, il se peut que nous ayons gloussé un peu méchamment à leur vue. Mais pas le temps d’écrire une satyre sur la société du paraître, nous revenons sur nos pas direction un Christ Roi ! En effet, tout village digne de ce nom se doit de planter des croix ou/et des christ sur les sommets environnants.

Simon prend des photos comme un vrai voyeur, caché dans les feuilles. Nos ondines sont bien plus belles !

Nous marchons donc à travers de verts paysages, succession de forêt type tropical et pâturages digne de la Normandie, mêmes les vaches sont de la partie. Quelques oiseaux volent de ci de là, notamment des vautours assez imposants, mais rien qui puisse ternir cette belle journée. Nous croisons des cyclistes… a pied. Il faut dire que ça commence à monter, bon ce sont surtout des feignasses, quelques mètres plus loin nous en croisons d autre alors qu'ils arrivent au sommet d’une sacrée cote, geignant et suant à grosse gouttes. Ça c'est du sport et l’esprit du Tour de France – dont d’ailleurs les colombiens semblent fans ! Après quelques encouragements, nous descendons guilleret et le pied léger cette fameuse côte direction le Christ. Sur place déception : ce n'est pas un christ mais une simple croix... le christianisme se perd.

Pour nous remettre de nos émotions et avant d’attaquer la descente vers Jardin – descente à pied ! Le téléphérique est en panne ou fermé pour une raison obscure – nous nous arrêtons le temps de profiter d’un jus de fruit frais, avec vue sur la vallée, la ville et son église imposante.

C’est parti pour une rapide descente, le long d’une crête en longeant champs de café, plants de bananes et une charmante rivière, le tout accompagné d’un chien de passage.

Arrivée en ville, nous voyons tout de suite le changement d’ambiance : la place centrale est noire de monde, les bars et restaurants ont prit d’assaut le moindre espace libre quand ce ne sont pas des vendeurs de nourritures et autres spécialités locales qui sont installés. La foule est des plus hétérogènes, famille locales, familles riches de Medellín en villégiature, festivalier de tous âges et étudiants en cinéma aux looks plus « grunge ». Le temps d’un week-end Jardin devient « the place to be» où il faut voir et être vu.

A l'heure de l’apéro, c'est noir de monde ! 

Étant donné que nous ne nous sentons pas d’aller voir du cinéma plus ou moins indépendant colombien tout en espagnol, nous optons pour un tour en ville. Bonne idée, celle-ci est charmante. Les maisons blanches ont toutes une bande de couleur avec ou sans motifs sur la partie basse des murs. Celles à étage colorent les boiseries des balcons.


Nos déambulations finissent par nous amener devant la médiathèque de la ville, qui abrite une exposition temporaire centrée sur Richard Evans Schultes. Sachez que le bonhomme a passé près de 40 ans à sillonner les jungles et forêts de Colombie, recensant des milliers d’espèces tant animales que végétales. Il fera notamment connaître le páramo, cette forêt d’altitude particulière des Andes, mais nous vous en reparlerons plus tard. C’est donc une succession de clichés tant sur les populations des zones qu’il étudiât que de plantes emblématiques, et dudit Richard dans ses diverses explorations, ca ne se voit pas bien mais il était plutôt bel homme. Le pauvre succombera à une maladie due à une carence en vitamine B.

Fort de ce moment culturel intense, nous rentrons de nuit chez notre logeuse mais cette fois à pied ! Les 25 petites minutes se transforment assez logiquement en près de 50 minutes, nous commençons à nous habituer à la méthode très colombienne de calculer le temps de trajet…

Une dernière nuit à taper le carton dans ce coin de paradis, où tant la nature que la ville est belle, avant de reprendre la route en direction de Manizales, toujours plus loin vers le sud.


20
juil
20
juil

Changement d’ambiance radical : nous quittons la côte direction la montagne, le but étant de s'approcher de la région caféière.

Que dire de Medellín ? Disons que le coup de foudre n'est pas au rendez-vous. Medellín est une grande ville, une ville dynamique, de commerce. Les gens vont vite, la circulation est dense comme l'urbanisme, les bâtiments sont gris, fiers blocs de bétons dressés. C'est une ville dure à l'image de ses habitants, il faut s'accrocher et serrer les dents si on ne veut pas se retrouver sur le carreau. Sûrement une ville trop dure après nos quelques jours dans la belle et calme Carthagene...

impérieuse citée au fond de sa vallée

Pour tâcher de nous acclimater à la ville, petite balade dans son centre et notamment vers la place Botero (du nom de l'artiste, celui qui peint/sculpte de gros personnages). Outre les sculptures, l'immense Palacio de la Cultura Rafael Uribe Uribe impose sa présence, tout de noir et de blanc.

Le tout pourrait être agréable entre les arbres et les sculptures, mais les divers vendeurs plutôt agressifs et passants à l'air drogués et/ou alcoolisés ne rendent pas les lieux très accueillants. On ne se sent pas à l'aise, sentiment global dans cette ville. Heureusement, alors que nous allions quitter la place, une chorale de jeunes et moins jeunes s’installe sur les marches du Museo d'Antioquia. C'est parti pour une heure de chant, avec une flopée de classique de la musique latine, pour être honnête nous n'avons absolument rien reconnu. Enfin un peu de douceur dans cette ville qui va à cent a l’heure.

Puisque la ville ne nous réussit pas, nous visons la nature. Direction le Parque Arvi, situé à quelques kilomètres au nord de la ville. Occasion pour nous de prendre le fameux métro aérien de la ville, des plus modernes, pour enchaîner sur un téléférique, de loin notre mode de transport préféré.

L’occasion de voir défiler d’autres quartiers de Medellín, malheureusement la majorité ressemble à un bidonville amélioré, de loin en tout cas. Il est évident que la richesse de Medellín deuxième centre économique du pays, notamment par son industrie textile, ne profite pas à tout le monde. Alors que les nombreux junkies, très présents, semblent préférer, seringue a la main, l’héroïne a la cocaïne, on se demande à peine, à quel point la ville porte encore les stigmates des guerres des narcotrafiquants et des violences de Pablo Escobar alors que cette histoire a déjà plus de 25 ans...

Toujours est-il que nous montons encore et toujours pour sortir de la vallée et avancer vers le cœur du parc. Un repas un peu lourd dans l’estomac comme savent les faire les Colombiens et nous voici sur les chemins sans aucun balisage du parc. Nous voici donc à errer entre diverses routes et sentiers sans noms, espérant vainement finir par trouver la balade qui nous intéresse. Il est évident que le parc est davantage destiné au citadin motorisé, qu'à celui qui préfère ses petons. Alors que nous avions enfin trouvé balade à notre gout, nous nous retrouvons, sans prévenir, hors de la piste sans aucune idée de la direction à suivre. Les autochtones semblent s'amuser à nous donner des informations contradictoires et ce n'est qu’après plus de 4 heures de marche, alors que nous étions partis pour une balade d'une petite heure, que nous nous retrouvons enfin à notre point de départ à cote de la télécabine. Cette balade nous aura amené dans des zones du parc rarement explorées, et si le ciel fut souvent couvert au moins n’avons-nous pas reçu des trombes d’eau sur la tête. Il faut positiver...

peu de photos, car ciel gris et pas de paysage inoubliable 

Pour nous remettre de nos émotions, nous faisons une virée au Versalles (rien à voir avec notre merveille architecturale, notre franco-centrisme en prend un coup) pour nous empiffrer de pâtisseries. Surprise à notre sortie, sur la place située à quelques pas, stationnaient un nombre inquiétant de policiers nous faisant craindre le pire. Benêts que nous étions ! Ils étaient en fait réunis pour répéter leur parade du lendemain, jour de la fête nationale Colombienne ! Nous avons pu les voir faire des tours de place aux premières loges : sachez que les pompiers ne savent pas marcher au pas, que les xylophones portables font un bruit ahurissants et que leurs instrumentistes ne sont pas des rigolos.

Pour notre troisième jour nous tentons une approche mixte, à savoir une sortie au Cerro Nutibara, un des nombreux mamelons, transformé en îlot de verdure et de culture au centre de la ville. Pour le côté culturel, plusieurs options. Un petit musée dédié à la ville, présentant une expo temporaire sur l’art urbain ou les tags pour être plus clair. Pour plus de pittoresque, la reproduction d’un ancien village antioqueño, rien de bien folichon mais le soleil aidant les couleurs sont plutôt sympathiques. Sinon plusieurs itinéraires thématiques sur les versants du mont, nature, art, sport il n’y a qu’à faire son choix.

Ce qui vaut vraiment le coup d’œil c’est le panorama. Tout d’un coup s’étend à nos pieds la ville, immense, trépidante, bruyante et grouillante. Les buildings s'échouent vague après vagues sur les versants de la vallée, l’image d’une ville pleinement lancée dans la course au développement, quitte a laissé se noyer une partie des concurrents.

Medellín a la nuit tombée, vision d'artiste !
16
juil

La réputation de la grande Carthagène des indes n’est pas usurpée. Principal comptoir colonial sur la côte caraïbe, la ville est installée sur une presqu’île, protégeant la baie où s’installera le port, par lequel le royaume d’Espagne écoule toutes les marchandises et minerais issus de l’arrière pays. L’opulence de la ville enceinte de haut rempart pour résister au harcèlement des flibustiers anglais apparaît intact encore aujourd’hui. C’est bien la première fois dans notre voyage que nous pouvons observer la préservation d’un tel héritage culturel sur un aussi grand périmètre.


On plonge immédiatement dans l’ambiance si particulière d’une ville coloniale, aux maisons colorées et aux balcons fleuris. L’influence européenne est directement sensible au travers du nombre de places, généralement arborées pour apporter un peu d’ombre à ceux qui s’y retrouvent.

Nous arrivons un dimanche, si bien qu’un certain calme réside sur la ville. Mais sur la place de la Aduana, autrefois dédié au contrôle des marchandises et au paiement d’une taxe commerciale, un attroupement surprenant attire l’œil. Des dizaines de personnes attendent, semble-t-il pour voter. Nous apprenons alors que c’est le jour du référendum organisé par l’opposition vénézuélienne, appelant à mettre fin à la répression politique et refusant l’élection d’une assemblée constituante, perçue comme le préalable à une dictature qui ne dit pas son nom. Il y a un certain télescopage entre la tranquillité de cette ville, installée depuis des siècles, offerte à l’œil paisible de touristes et l’urgence de tous ces vénézuéliens contraints à l’expatriation qui craignent pour leurs proches restés sur place.

1 million de vénézuéliens vivent en Colombie et des centaines traversent tous les jours la frontière

L’ensemble du voyage sera l’occasion de ce rappel à la réalité brutale de la violence politique. Il n’est qu’à voir le nombre de jeunes vénézuéliens, sans le sous, déambulant dans les transports publics à la recherche d’une obole, ou d’autres encore, installés aux carrefours routiers pour retirer de leurs talents d’acrobates de quoi survivre.

Passé ce rassemblement, nous poursuivons notre déambulation au hasard des rues, remarquablement conservées et entretenues. Chaque grande demeure, centenaire, cherche à se distinguer, ici par l’éclat des pigments de son crépi, là par la beauté des montants et du linteau en pierre des immenses portes, ou par la finesse des balcon de bois chantournés, toutes cherchant à affirmer, « c’est moi la plus belle ! ».

La lumière des tropiques écrase à peine les coloris d’un nuancier d’une grande variété. On a d’ailleurs pas peur des associations de couleurs que l’on pourrait qualifier d’osées. Ici le contraste fait loi.

Autre signe du raffinement et de la recherche d’ostentation, les heurtoirs en bronze rivalisent de finesse, s’inspirant parfois de la faune locale, parfois moins !

Nous tombons en fin de journée sur une procession à la vierge, rassemblant une grande foule. Heureuse de retrouver là les traditions corses (!) Laetitia nous invite à suivre le cortège, composé de familles, et marqué par la présence de beaucoup d’enfants très jeunes, spécialement habillés pour l’occasion. Notre experte es bondieuserie en déduit qu’il doit s’agir d’une fête dédiée à la protection des enfants. Nous finissons par siroter une bière à la terrasse d’un café, pour finir de voir passer le fameux défilé.

Du haut du rempart ouest, alors que le soleil se couche sur la mer des caraïbes, nous sommes pris dans les récits plus ou moins heureux de la conquista, fascinés par la richesse de la ville, assise sur la montagne d’or que le lucratif commerce entre l’empire et la métropole peut générer.

Les rues principales bruissent du flux des touristes du monde entier venus profiter d'un petit voyage dans l'imaginaire colonial, trop heureux de pouvoir enfin revêtir le complet en lin blanc chèrement acquis.

Une bulle où le temps, soudainement s'est figé.

14
juil
14
juil

Lorsque nous étions à Cabo de la Vella, dans l’un des nombreux minibus de transport nous avions échangés avec de jeunes néerlandais, notamment à propos de Taganga, gros village à une encablure au Nord de Santa Marta, juste à la limite sud du Parc Tayrona, spécialisé dans la plongé.

Il n’en fallait pas plus pour que les yeux d’Alexandre se mettent à briller d’une lueur inquiétante. Les deux semaines suivantes furent mises à dispositions pour égrener arguments subtils et insistances lourdes sur l’incroyable opportunité de passer notre certificat Open Water à Taganga. Les prix sont en effet moitié moins cher qu’en France, et étant à proximité du parc, il est possible de plonger dans des zones protégées avec quelques récifs coralliens.

Le groupe entier fini par céder et nous arrivâmes à Taganga avec un Alexandre souriant benoitement et de bien trop bonne humeur pour être honnête.

Il faut avouer que l’hostel sélectionné était effectivement de qualité, surtout que le combo plongée + hostel nous offrait une réduction toujours agréable. Nous voici donc au Divanga Hostel, lieu charmant reparti autour d’un patio occupée par une piscine. De chaque côté un toit terrasse, l’un tenant lieu de cuisine, l’autre de bar avec billard. La cuisine de l’hôtel, inspirée de recettes françaises (la propriétaire vient de chez nous) est de bonne qualité sans s’enflammer sur les prix. Quand a nous, lit en dortoir mais sans personne d’autre pour venir nous embêter. En somme des conditions royales !

Elle est pas belle notre piscine ? 

Que dire de Taganga, lui même, c’est un village sans grand intérêt autre que la plongée. Les bâtiments ne sont pas spécialement beaux, les routes non goudronnées, pas franchement animé et le guide met en garde contre l’insécurité qui peut y régner le soir. Un cadre pas franchement idyllique. De quoi justifier que nous passions nos journées dans l’eau et à l’hôtel. Selon Lonely planet, c’est l’exemple type de l’agglomération mangée par un tourisme non contrôlé et de masse, qui vient déséquilibrer la dynamique d’un village, transformant un petit paradis en un lieu un peu glauque. Bon une fois sur place, il faut franchement relativiser la question de l’insécurité. Sans remettre en doute le fait que le tourisme a dû enrichir une petite partie de la population, on peut difficilement croire qu’il s’agissait il y a quelques années encore d’un « petit paradis ». On peut plutôt penser qu’il s’agissait d’un petit village complétement dans l’ombre de Santa Marta, ni riche ni entretenu, qui ne doit d’être connu qu’à la manne du tourisme de plongée.

Mais concentrons nous sur le cœur du sujet : la plongée !

Bien entendu Alexandre excité comme une puce à cette idée avait piqué un manuel PADI Open Water à Riohacha pour potasser en avance. Le tout sera d’un intérêt plutôt maigre puisque nous passons par l’organisme SDI pour passer notre certificat. Au cas ou vous vous poseriez la question la plupart des organismes délivrant des diplômes de plongée sont en réalité de qualité équivalente, pour être habilités, ils doivent répondre de normes précises fixées par le Conseil International de la Plongée (ou un nom approchant). En somme de l’un à l’autre c’est bonnet blanc et blanc bonnet, question de préférence personnelle et de budget (PADI est beaucoup plus cher que SDI et consorts, quel que soit le pays).

Nous entamons notre stage par le visionnage d’une vidéo hautement éducative le tout en anglais. Nous sentons un léger flottement du côté de la gente féminine, l’idée de devoir travailler en vacances, et en plus en anglais... Heureusement au bout de 40 minutes à peine c’est terminé, rendez vous est pris pour notre baptême de plongé l’après midi à quelques mètres de la plage.

Admirez la flopée de gilets de sauvetage au séchage !

La première séance n’est pas des plus amusantes, loin s’en faut. Il faut apprendre à manier le matériel, porter bouteille, gilet, respirateur, masque, tuba et palmes jusqu’à la plage et le tout doit bien peser dans les 27 Kg ! Alexandre profite de son hernie pour se faire porter son matériel… l’hernie à bon dos comme dirait l’autre.

Voici ce à quoi nous ressemblons (avec le même air) quand nous portons tout le bardat, plutôt comique non ?

Bref nous voici à l’eau pour toute une série d’exercice, apprendre à rattraper son respirateur si on le perd, partager son air avec son « buddie » (son partenaire) en cas d’avarie quelconque, maitriser sa flottabilité (Buoyancie en anglais) et donc sa profondeur, enlever son gilet/bouteille et le renfiler, idem avec les poids. Bref on travaille on travaille, le tout dans une eau très sablonneuse.

Tout cela est bien plus dur qu'il n'y parait...

Une fois de retour au centre, surprise ! Nous avons du travail pour la maison, à savoir tout un questionnaire technique visant à prouver que nous maitrisons les principaux concepts de la plongée. A ce moment, nous sentons une franche indifférence pour les devoirs de vacances de la part de Laetitia, tout absorbée qu’elle est par la relecture de 100 ans de solitude de Garcia Marquez, lui même originaire de la région et qui s’en serait largement inspiré pour camper le célèbre village de Macondo…

Le malecon, obligatoire quand on est au bord de l'eau 

Heureusement dès le lendemain nous ferons deux plongées par jour, et dans des lieux à l’eau bien plus claire et riche en poissons ! C’est parti pour l’aventure !

Chaque plongée dure environ 40 minutes. Le premier jour nous évoluons aux alentours de 10-12 mètres de profondeur. De quoi aller observer quelques formations de corail et tenter d’observer de plus près les poissons. Nous ressentons enfin les sensations de la plongée, cette forme d’apesanteur, le bruit omniprésent sous l’eau, le sentiment de la pression sur le masque et les oreilles, cette respiration un peu forcée et lente. Étonnamment dès lors que nous sommes sous l’eau avec des mouvements lents, les poissons sont beaucoup moins farouches, il devient possible de venir les observer de très près, toujours hors de portée des doigts mais à peine.

Saurez vous nous reconnaitre uniquement à la coupe de cheveux ?

Alors que nous faisons une petite pause snack entre les deux plongées sur une minuscule plage de galets, un groupe d’iguane vient nous rendre visite. Ils semblent savoir à quel moment venir grappiller de la nourriture. Pas farouches pour un sou ils s’approchent à nos pieds pour quémander des bouts de sandwich, voire s’avancent dans la glacière pour se servir tous seuls. C’est la première fois que nous voyons des iguanes de cette taille d’aussi prêt, la bestiole est impressionnante…

Le retour en surface est toujours un peu frustrant
Haha, Cousteau n'a qu'à bien se tenir !

Le deuxième jour nous nous aventurons plus loin dans les profondeurs marines, soit aux alentours de 18m. Cette fois nous allons longer deux récifs, et qui dit récif dit plus de poissons ! C’est un véritable festival, de toutes les couleurs, de toutes les tailles, même un poisson vraiment gros, suffisamment pour que sa silhouette devienne vaguement inquiétante. Une palanquée de murènes plus ou moins enfoncées dans leurs trous, des petites seiches adorables et quelques hippocampes minuscules. Bien mieux que d’aller à l’aquarium, on vous le dit !

Le grand bleu prend tout son sens 

A la fin de ce dernier jour, nous rendons nos questionnaires, Laetitia, pour rattraper son retard, s’est efforcée de s’inspirer de nos réponses, oui on balance ! grâce à quoi nous recevons nos magnifiques cartes/certificat de plongeur en eaux libres.

Il est clair, après cette expérience, que nous recommencerons, quitte à passer quelques certifications supplémentaires pour plonger plus loin et plus longtemps !

On est beaux comme des maquereaux ! (et Juju avec son chapeau regarde ailleurs !)
10
juil

Notre soif de folles aventures et de virées dans des milieux toujours plus extrêmes nous pousse tout naturellement vers le parc de Tayrona. Situé au nord de Santa Marta, il longe la côte Atlantique sur près de 20 hectares.

Nous prévoyions d’y passer 2 jours et une nuit, malheureusement notre force mentale ne fut pas suffisante pour permettre un départ aussi matinal que nous l’espérions. Retrait d’argent, envoie d’un Poncho pour les 3 ans de Rose, notre lenteur naturelle que Julia et Laetitia n’avait pas encore tout à fait analysé comme une donnée structurelle du voyage à venir… Ajoutez à cela un trajet plutôt long en bus et nous n’arrivâmes que sur les coups de 16h à l’entrée du parc. Pour ne rien arranger le système high-tech de billetterie du parc était plus ou moins en panne, de quoi encore nous retarder.

La tension montait un peu, car nous avions lu qu’il nous fallait absolument arriver à notre campement, avant la nuit. Le parc étant suffisamment sauvage pour que les méchantes bêtes y vivant puisse à mieux nous faire peur, au pire nous menacer franchement. Heureusement une navette nous amène au point de départ des chemins.

C’est parti pour une grosse heure de marche, sans trainailler, dans la jungle, la plus épaisse qui soit, en direction d’Arrecifes, où se trouve notre camping pour la nuit. Pour le coup, l’aménagement du parc est impressionnant, pontons et routes clairement tracées, il est difficile de perdre son chemin. Chanceux que nous sommes au bout de quelques minutes nous croisons un groupe de singes jouant dans les hauteurs. Première confrontation avec la richesse biologique du parc. Mais le temps tourne et nous reprenons la route à un rythme soutenu, heureusement que nous avons laissé les sacs à Santa Marta, le terrain est inégal, ça monte et ça descend sans cesse pour contourner les formations rocheuses. Et la chaleur, eh bien, le climat tropical humide prend là tout son sens. Ca colle, ça sue, ça dégouline, autant dire qu’il faut renoncer à avoir une apparence bourgeoise !

Après plusieurs minutes en pleine jungle, dans une certaine pénombre, le ressac de la mer, une légère brise vient parfois nous rafraichir, autant d’indices que les flots s’approchent. Et puis elle apparaît souveraine et impérieuse. Se fracassant sur les rochers sans ménagement, sur des plages de sable presque blanc, bordées de palmier.

La plage abandonnée, vierge, inhospitalière, brute, un paysage furieusement romantique apparaît et ne nous quittera pas pendant ces deux jours. Les drapeaux rouges et panneaux annonçant que sur cette plage les 100 derniers nageurs sont portés disparus n’en font pas trop pour nous avertir des dangers de flots.

Nous arrivons enfin à destination, largement avant la nuit, ce qui nous laisse le temps de faire une trempette, dans une des rares baies cernées par une barrière de rocher, et dès lors sans danger. Le temps de siroter une bière et le ciel s’assombrit dangereusement. Et sous des vrombissements de plus plus menaçants nous décidons de partir à la recherche du camping, caché un peu plus loin dans la jungle.

Au milieu d’une clairière plantée de palmier, des tentes, un dortoir de hamacs, et une petite maisonnette font office d’hébergements. Nous mangeons enfin en regardant tomber une pluie battante.

Les couchages sont plus que sommaires, mais la fatigue fait fort de nous endormir sans attendre.

Nous poursuivrons le lendemain, à la recherche d’autres plages, un peu plus loin sur le sentier côtier. D’autres baies toutes plus belles les unes que les autres, où l’eau claire et délicieuse nous rafraîchit quelques instants.

Tayrona est sans doute un des parcs qui réussit le mieux l’association entre tourisme de masse et protection. En concentrant fortement le trafic sur quelques tronçons, par une pédagogie très présente sur les risques de contamination et enfin par cette décision salutaire de fermer le parc plusieurs mois de l’année pour permettre à la nature de se reposer.

Nous ne verrons pas tant d’animaux, mais la végétation, elle, est magnifique, luxuriante à souhait. Des arbres aux ramures gigantesques sont parcourus par des forêts de fourmis rouges, à la recherche de morceau de feuille pour nourrir la colonie. Elles organisent de véritables autoroutes où se croisent les fourmis chargées de branchages et celles qui sont à vide.


8
juil

Nos aventures se corsent à présent, fini la solitude, grâce à Julia et Laetitia, venu passer quelques jours de vacances en Colombie. Nous leur donnons RDV à Santa Marta 2ème grande ville de la côte Caraïbe après Cartagène. Les voilà donc débarquée de leur avion après presque « 24h de voyage » (enfin d’après les savants calculs de Laetitia), bien fatiguées autant par le voyage que par cette affreuse occupation qui occupe beaucoup de leur temps à Paris et que l’on appelle travail.

Visite de la ville, nature et détente sont au programme. Juste avant leur arrivée, nous avions trouvé quelques stands de street food, vendant toute sorte de préparation, et notamment de fabuleux jus de fruits. Rien de tel pour garantir le dépaysement qu’un jus de mangue et de fruit de la passion pour éveiller les sens au petit déjeuner.

mangue verte avec citron et sel, jus de pastèque... qui dit mieux 

Notre visite de la ville ne laissera pas de trace mémorable, nous sommes dimanche, les rues peu animées. Santa Marta, bien que première ville coloniale installée sur le continent par la Espagnols, fait pâle figure à côté de la merveilleuse Carthagène. Il y a bien quelques restes au centre ville, de maisons colorées aux encadrements et balcons de bois, mais le tout manque un peu d’entretien. La ville n’en est pas moins un lieu de villégiature très apprécié des colombiens.

c'est autour du parque de los novios que tous les bars de la ville se rassemblent, pas très loin de la cathédrale

Placé au pied de la sierra névada de santa Marta, elle offre une très grande variété de sorties, entre mer et montagne. Si bien que de l’autre coté de la Sierra qui vient littéralement s’enfoncer dans la mer par le biais d’une longue arrête, une sorte de ville nouvelle s’est construite pour accueillir les milliers de touristes qui viennent profiter des plages de sable doré. Dans cette partie de la ville, éloignée du grand port de marchandise, l’eau est nettement plus claire et propre, que dans la baie originelle dans laquelle la ville a été installée. Après une rapide trempette dans les eaux, pas toujours propres de la baie, nous partons pour la montagne pour chercher la fraîcheur et la tranquillité.

Nous partons donc à l’assaut de la montagne dans un de ces taxis jaunes qui fourmillent dans la ville. Alex a dégoté en surplomb du petit village de Minca une pension, à quelques mètres de la cascade de Pozo Azul, un joli hôtel restaurant. Impatient de nous y installer, alors que la nuit tombe nous expliquons à notre chauffeur qu’il faut nous emmener au delà de Minca. Je ne peux pas, nous répond-il, il n’y a pas de route… Mumm c’est à dire ? Nous comprenons alors que le goudron s’arrête à Minca et que, seuls, les taxis moto empruntent le chemin de terre défoncé qui peut nous mener à notre hébergement.

A cette nouvelle, les mines jusqu’alors réjouies des filles s’assombrissent un peu. Encore convaincue qu’elles finiront par se faire étriper à un moment de leur voyage, l’idée de se retrouver sur une moto, en pleine forêt, de nuit, accroché à un bonhomme qu’elles ne connaissent ni d’Eve ni d’Adam, le sac sur le dos, comment dire… c’est une aventure qu’elles auraient préférée garder pour un peu plus tard dans le voyage.

Rassemblant notre courage nous enfourchons donc les pétrolettes que des messieurs plus où moins jeunes conduisent avec agilité. Nous voilà parti, en pleine ascension dans un chemin plein de boue, entouré par la forêt qui commence à projeter ses ombres inquiétantes à la faveur de la lune. Nous finissons par arriver 10 min plus loin, au lieu dit, dans un lieu tout sombre, entouré de végétation, et au milieu du grondement d’un ruisseau de montagne. Notre hôte vient à notre rencontre, une torche à la main… et nous explique que la ligne électrique a été coupé dans l’après midi par une chute d’arbre.

La plongée en monde hostile se poursuivait et j’admirais alors le sens de résilience de nos deux copines, déjà certaines de pouvoir se qualifier de survivantes après la montée en moto. Elles arborèrent une mou dubitative quand il fut question des douches, qui probablement continuaient à avoir de l’eau chaude (grâce au générateur) mais qu’il faudrait prendre dans le noir complet. Dieu merci (il était temps d’invoquer les divinités supérieures) le restaurant proposait une carte italienne, et nous nous régalâmes de spaghettis absolument délicieux. Nous avions le ventre plein l’essentiel était sauf.


Au réveil, la chaleur environnante, le léger bruit des colibris autour de la maison, l’apparition des papillons, tout participa à nous faire démarrer la journée du bon pied. Nous partîmes en balade au travers de paysages et de végétations tropicaux.

Rencontre avec les fleurs et petites bêtes qui fourmillent dans le coin. Mention spéciales à ces petites chenilles vertes suspendues à leur fil, et qui attendent que les étourdis leur fonce dedans pour pouvoir entamer un nouveau voyage. et tant d'autres papillons sous extasy, impossible à prendre en photo !

Ici un scolopendre qui était attaqué par de petites fourmis rouges, et qui avait l’air de passer un sale quart d’heure.

décidés et conquérants, n'est-il pas !

Sous un ciel plutôt couvert mais sec, nous poursuivîmes notre montée au travers de la végétation luxuriante, des forêts de bambou, des fleurs de paradis.

Jusqu'à une petite propriété cultivant du café et abritant également une brasserie artisanale.

Pour finir la balade, aspirant à un peu de fraîcheur, nous nous sommes baignés dans une petite cascade. L’eau fraîche à souhait et le courant assez fort en firent un moment revigorant.

2
juil

Puisque nos quelques jours de travail à Riohacha nous ont épuisés, nous décidons pour notre week-end de partir à Cabo de la Vella et Punta Gallinas – en vrai c’est la seule chose à faire dans les environs soyons honnêtes.

Nous partons en groupe avec 3 autres clients de l’hostel. Cela nous évitera de devoir chercher du monde pour combler la jeep nécessaire au trajet (1h30 pour faire Riohacha – Uribia puis à peu près 2h pour faire Uribia – Cabo de la Vella).

Nous vous passons les détails de ces trajets, à part les barrages de polices et autres contrôles de routine rien de bien passionnant ne vient briser la monotonie de la route et des paysages. L’on se rend compte soudain que nous avons troqué l’exubérance verte des environs de Riohacha pour une sorte de steppe semi désertique peuplée ici ou là de quelques arbustes ou taillis d’arbres secs et noueux, le tout sur une route qui, passé Uribia, devient une piste tracée dans le désert.

Nous sommes désormais en plein cœur du territoire Wayuu. C’est une des zones les plus pauvres et les plus « à part » de la Colombie. Comprenez que cette communauté est globalement oublié du gouvernement, et suffisamment accrochée à ses us et coutumes pour ne pas toujours voir d'un bon oeil les investissements de l'Etat. Nous allons passer 3 jours à enchainer les visites de lieux magnifiques à côté desquels sont installés des villages et hameaux à la limite de l'indigence. C’est une zone sans ressources, sans eau, sans verdure. Si aujourd’hui le tourisme est une source de revenus on a du mal à comprendre ce qui a pu pousser une population à s’installer ici en premier lieu.

Heureusement les paysages sont effectivement impressionnants 

Pour notre premier jour, notre chauffeur de Jeep qui sera notre « guide » pour tout notre périple, nous amène à Cabo de la Vella, haut lieu de kite surf et planche à voile. L’eau est chaude et peu profonde, le vent constant quoique changeant, et la baie s’étire sur des kilomètres permettant de tirer des bords à n’en plus finir. N’étant pas des fans de ces sports extrêmes, nous filons à la playa Arco Iris (plage arc-en-ciel pour les moins perspicaces d’entre vous). Ici les vagues viennent s’écraser sur les parois rocheuses qui ne s’élèvent que de deux trois mètres au dessus des flots. Avec le vent qui disperse les embruns et le soleil souvent présent, vous avez toutes les conditions réunies pour produire des arcs-en-ciel. En toute franchise, ceux-ci ne sont pas si fréquents, et l’on s’amuse surtout de se faire mouiller par l’écume, après la chaleur écrasante de la Jeep et le soleil bien trop puissant.

Le soleil ne va pas tarder à se coucher alors en route pour un autre point de vue ! Comme nous allons nous en rendre compte ici le vent souffle en permanence et souvent avec force. Idéal pour produire de jolies vagues et rendre la baignade plus amusante. Tout cela rend aussi la grimpette sur les promontoires quelque peu vacillante, frisson garanti. Mais le panorama qui s’ouvre alors est incroyable, le regard porte loin tant sur la mer que vers l’intérieur, et la saline se dévoile enfin à nos yeux.

à droite le petit groupe , un peu échevelé
Les conditions météos difficiles ne nous sont pas favorables.

Nous quittons cette zone pour aller près du « phare » et admirer le coucher de soleil. Probable épiphanie pour Simon, je le soupçonne de vouloir capturer l’essence même de l’astre solaire… Vous n’avez pas fini de voir des couchers de soleil…

Ce n'est qu'une "petite" sélection de l'ensemble de clichés solaires...

Ou alors était-ce un moyen d’éviter de trop parler avec les colombiennes qu’il avait enfermé dehors quelques jours plus tôt, et qui se trouvaient au même endroit ?

Coïncidence ? Je ne pense pas

Heureusement Simon n’est pas sectaire et s’intéresse aussi aux levers de soleil !

Il faut avouer que ces tons de rose sur Cabo de la Vella alors que nous nous levons aux aurores après une nuit en chinchorro ont quelque chose de fantasmagoriques.

Quand voir la vie en rose prend tout son sens 

Nous voici partis pour plusieurs heures de routes, pardon de piste cahoteuse et chaotique, de bon matin en direction de Punta Gallinas. Il vaut mieux partir tôt, des pirates de la route semblent sévir ces derniers jours mais plutôt à partir de la mi-journée. Rien qui puisse inquiéter notre conducteur qui connaît son métier. Bref nous traversons le désert, des hameaux par-ci par-là, un nombre incalculable de péages sauvages sans vraiment nous arrêter (encore une fois, on ne la fait pas à notre guide), et enfin nous arrivons à proximité de Punta. Ici commence une zone de mangrove, lieu improbable où ciel, terre et mer partent à l’assaut les uns des autres. Il nous faut traverser un bras de mer pour atteindre le pied de la falaise en haut de laquelle se trouve « l’hôtel » où nous allons passer la nuit, une fois encore en Chinchorro à l’air libre.

Notre "hôtel" à Punta Gallinas

Pour vous donner une idée, ici il n’y a pas d’eau douce, les habitants boivent une eau semi saumâtre tirée de puits, c’est évidemment aussi l’eau utilisée pour se laver (sans grand succès donc). Pendant ce temps un porc plutôt impressionnant rode autour des chinchorros et dévalise les sacs des imprudents n’ayant pas pris de Tupperware pour leur nourriture. Les déchets non comestibles seront emportés par le vent jusqu’à se planter sur le cactée le plus proche à moins qu’un des nombreux chiens errants ne les attrape.

Le plateau de Punta Gallinas s’ouvre devant nous, pelé, désertique alors que quelques mètres plus bas la mangrove verte s’étend. 

Ni une, ni deux, nous voici en route pour Punta Gallinas même, soit le site le plus septentrional de l’Amérique du Sud. Nous voyons les vagues de l’atlantique s’écraser depuis notre droite, alors que sur la gauche commence la mer des caraïbes. Un nombre impressionnant de cairns parsèment le lieux, probablement un truc de semi hippie hipster tendance zenisante… Ce n’est pas aussi laid qu’un tag mais tout aussi fât…

Alex plus préoccupé par les crabes que le cap en lui-même

Nous continuons en direction de lagune. Nous restons sur les hauteurs, actuellement en saison sèche la lagune au premier plan est basse mais on devine le niveau qu’elle peut atteindre lors des pluies. Toujours ce mélange des éléments sous ce soleil de plomb.

Deuxième jour de sel, mer, soleil. C’est de pire en pire…

Nous continuons notre visite jusqu’à atteindre une grande dune au nom si mystérieux que nous ne nous en souvenons plus, ce sera donc la dune du Pila bis, mais bien moins grande, dixit Simon. Ca reste très impressionnant, cela ne se voit pas forcément sur les photos, mais la pente est très raide, c’est vertigineux sur la zone la plus abrupte. Le sable semble se jeter dans la mer.

C’est probablement la baignade la plus intéressante du séjour. Les vagues sont fortes, les rouleaux puissants, il faut nager vite et bien passer en dessous pour passer derrière la zone de turbulences. Derrière, la houle nous soulève de plusieurs mètres, pendant quelques secondes on a pied, et puis nous sommes soulevés au point d’avoir 3 mètres sous les pieds. La sortie s’avère tout aussi difficile que l’entrée, l’impression de passer par une machine à laver et malgré nos talents de nageurs nous sommes franchement chahutés par les vagues. Notre troisième baignade sera écourtée, la mer devenant agitée et commençant à tirer vers le large. Comme la plupart des plages de la zone, la mer est forte et violente. On peut facilement se faire emporter si l’on ne fait pas attention. On comprend pourquoi il y a peu de baigneurs dans l'eau si près du bord.

Nous nous rendons à une dernière plage pour voir le coucher de soleil, où Simon peut s’en donner à cœur joie. Ici encore des cairns sont présents, mais plus élevés que précédemment.

Alex chasse encore les crabes 

Toujours à ses expérimentations Simon rend hommage à Okusaï, admirez plutôt

Le final, grandiose de ce coucher de soleil

Retour à l’hôtel dans le crépuscule tombant. Notre groupe rira bien lorsque perdant légèrement notre piste nous traversons une zone boueuse. Ma flip flop décida de rester dans la boue, manquant de peu de me faire tomber dans la vase salée. Heureusement seul pied et mains seront touchés. La sensation de cette boue chaude, épaisse, collante et salée sur tout le trajet retour, aura ravi mes sens, j’espère encore que celle-ci avait quelques vertus curatives…

Après une courte nuit un peu trop fraiche à nos gouts, nous nous levons à l’aube pour rentrer à Riohacha, il faut une fois encore éviter les potentiels malfrat de grand chemin. Nous sommes impressionnés par le sens de l’orientation de notre chauffeur. Ici tout se ressemble pour nous, le paysage est lunaire, la végétation malingre, les pistes nombreuses ne cessent de s’entrecroiser pour aller se perdre à l’horizon. Heureusement que nous sommes en saison sèche, les traces dans le sol nous laissent imaginer l’enfer que cela doit devenir lorsque l’ensemble se transforme en une immense zone de boue.

Nous rentrons à Riohacha épuisés mais les yeux encore pleins de cette lumière et des paysages incroyables traversés. Nous comprenons, enfin, pourquoi tant de touristes viennent se perdre ici.

1
juil

Nous n'avons pas vécu à Riohacha en touriste, petite exception pendant ces premiers mois de voyage. La ville n'est d'ailleurs pas de celles qui attirent l’œil. Plutôt discrète, installée au nord de la Colombie, à quelques encablures de la frontière vénézuélienne, son existence tient surtout à son rôle administratif de capitale de l'état de la Guajira, qui forme cette péninsule à l'extrême nord est de la Colombie. La ville est à l'image de la pauvreté des populations qui habitent ces terres quasi désertiques. Le niveau de développement y reste très sommaire.

Mais voilà notre quinzaine de travail à l’hôtel Bona Vida nous a amené dans ce petit bout de Colombie. La ville dispose de trois cœurs battants, autour desquels la vie locale s’organise. Le Malecon d’abord, cette grande rue en bord de mer accueille l’essentiel de la vie touristique de la ville.

C’est là que nous invitions nos « guests » à aller se promener le soir, pour manger un ceviche colombien (curieuse préparation qui ajoute aux ingrédients péruviens un mélange de sauce ketchup formant un ensemble sucré acide assez ecoeurant) ou pour profiter de la fraicheur du soir. La plage elle même a du charme avec tous ses palmiers, aux troncs peints, même si l’eau brouillée par l’eau limoneuse du fleuve peut décourager quelques uns. Pourtant l’eau est particulièrement chaude, dans cet enfer paradisiaque où le feu du soleil écrase tout.

L’autre lieu emblématique se trouve autour du vieux marché. Assemblage bordelique d’étals de fruits et de légumes, de viande et de poissons, exposés aux quatre vents, dans la touffeur ambiante. Âmes sensibles, s’abstenir. C’est ici que l’on trouve les meilleurs fruits et légumes exotiques, dont nous nous sommes régalés. Des goyaves, du Gayanaba, un gros fruit vert avec des piques, dont l’intérieur blanc, ressemble une fois mixé à un yaourt citronné.

Les mangues enfin, toutes petites, sont sans doute les plus savoureuses. Elles se dévorent de deux coups de cuillères. J’allais oublier l’ananas, jaune foncé, tellement sucré qu’on oublie qu’il puisse être acide. Nous avons régulièrement profité du mixeur de l’hôtel pour nous rafraîchir pendant ces longues après midi à attendre que le backpackers passe le pas de porte.


Il faut enfin parler du marché nouveau, marché comme en voit dans tous les pays d’Amérique latine, foutraque, dédale d’allées et de contre allées, où se succèdent tout type d’artisan. Mais ici, les couleurs chatoyantes des sacs wayu apportent une touche d’exotisme.

Dans cette région, une communauté indigène installée depuis la nuit des temps a développé de fabuleux talents de tisserands. Les femmes Wayu crochètent tout le jour des sacs splendides et les fameux chinchoros. Ce sont des hamacs très larges qui permettent de se recouvrir entièrement quand le vent souffle trop fort. Il ne s’agit pas d’une curiosité touristique, mais d’un bien de première consommation. Chaque individu qui se respecte, se doit de posséder au minimum 3 chinchoros, un pour sa chambre à coucher (concept très ethnocentré, dans la mesure, où les familles dorment généralement dans une pièce commune où les hamacs sont disposés les uns à coté des autres) un second pour voyager, et enfin un troisième pour orner son devant de porte. Ce dernier se doit bien entendu d’être particulièrement beau.

explosion de couleurs et motifs uniques pour chacun

Les sacs quant à eux sont de vraies merveilles de tissage, aux motifs géométrisants, et aux associations de couleurs, disons toniques ! Nous avons rencontré à l’hôtel une jeune française, styliste, venu plusieurs semaines pour travailler sur un projet de fabrication et d’exportation des sacs Wayu en France. Jeanne, après avoir passé plusieurs mois dans toute l’Amérique Latine s’est arrêté devant la finesse et la qualité stylistique de ces sacs. Pensé dans une optique de développement « fair trade », l’idée est d’offrir aux femmes Wayu un débouché nettement plus rentable sur les marchés européens, en limitant au maximum l’existence d’intermédiaire. Le projet est avancé, et nous ne doutons pas que le prochain accessoire de mode parisien, tendance ethnic branché soit un sac Wahu. Si vous êtes intéressées et pour tout connaître du projet, retrouvez Jeanne sur son site (cliquez ici), et sur Facebook (cliquez ).

Mention spéciale pour cette mer, seul véritable horizon pour les habitants de Riohacha, mère nourricière… elle nous a permis de nous régaler de langoustes ! Leiner le seul employé de l’hôtel nous a fait profiter de ses talents de cuistot en préparant des langoustes d’une fraicheur fabuleuse.

27
juin
27
juin
Publié le 16 juillet 2017

Après la fraicheur de l'altitude, direction la chaleur de la côte caribéenne.

changement de décor ! 

En attendant de retrouver quelques amies en Colombie, nous avons décidé de faire deux semaines de volontariat près de la côté, histoire de réduire nos frais tout en profitant de la mer et du soleil. Petit coup de promo mais si vous souhaitez voyager pour pas cher, allez faire tour sur WorkAway ou les sites de Woofing. Vous troquez 4/5 heures de travail par jour contre le logement et de la nourriture en plus ou moins grande quantité. Le bon plan si vous voyagez longtemps avec un budget serré.

Toujours est-il qu'après plusieurs envois de mails de candidatures pour des lieux et projets plus ou moins sérieux - mention spéciale pour la rénovation d'un bateau pour en faire une station mobile d'éco-recherche sur la faune et flore marine, passé notre scepticisme sur la véracité de la finalité du projet, l'idée de naviguer deux semaines dans les iles des caraïbes nous bottait au plus haut point - nous avons finalement atterrit à Riohacha au Bona Vida Hostel.

Cet hostel destiné en premier lieu aux Backpapers et autres touristes faisant étape à Riohacha avant d'aller visiter Cabo de la Vella et Punta Gallenas est tenu par un jeune couple Austro-colombien. C'est moche à dire mais on sent tout de suite l'influence des modèles marketing et managériaux des écoles européennes. C'est propre, plutôt bien aménagé, équipements simples mais efficaces, les équipes travaillent avec plus de sérieux que dans d'autres lieux visités et ça porte ses fruits.

Concernant le travail lui même, ça ne casse pas trois pattes à un canard. On fait l'accueil des clients, check-in et out, on encaisse, on vend des boissons, on vérifie que tout tourne rond et on renseigne sur les différentes activités et restaurants des alentours. Le job n'est pas particulièrement passionnant en soi, il faut aimer le contact avec les touristes et l'idée de tout faire pour rendre leur séjour agréable, seule vague source de nouveautés dans le train train des shifts.

Adelaïde au desk pendant le shift du matin

Bien sûr les autres volontaires assurent un peu de continuité dans cet univers ou les gens restent rarement plus de 3 jours. On se heurte à la jeunesse de nos compagnons.

Comme Adélaïde, jeune Australienne de parents français, qui voyage un peu partout dans le monde à l'âge de 18 ans. Le genre de truc qui ne me serait jamais venu à l'esprit. Il n'y a pas à dire les jeunes d'aujourd'hui sont bien plus entreprenants que moi à leur âge, coup de vieux puissance mille... Ou encore Robin notre Allemand, terriblement jeune et naïf, l'impression de voir un chiot fou, enthousiaste et découvrant la vie à chaque instant, fier et maladroit à la fois. Son incapacité à ouvrir les serrures un peu vieilles de l'hôtel reste une source d'amusement perpétuel, il ne pourra jamais faire Passe Partout à Fort Boyard c'est une évidence.

 Simon n'est pas sur la photo par qu'il était en train de s'occuper d'un guest qui voulait envoyer son linge à la blanchisserie  


exemple de chambre, avec la chaleur les ventilateurs personnels sont indispensables

Retour sur les propriétaires. Malheureusement nous n'avons pas grand chose à en dire, si nous vivons dans leur appartement dans notre dortoir à nous, nous ne les avons que peu fréquenté. D'abord parce qu'ils étaient en vacances dans les Iles de San Andres (celles ou nous voulions aller à la base...) ne revenant que le 1er juillet au soir, la veille de notre week-end de 3 jours à Cabo de la Vella. Ensuite parce que nos shifts ne se chevauchaient pas, et que nous avons un peu abandonné l'appartement à leur retour. L'impression de vivre chez quelqu'un d'autre alors que l'on ne le connait pas, sans espace privé ni personnel n'est pas forcément des plus agréables.

on aperçoit sur le desk la feuille pour que les guests choisissent entre pancakes et oeufs brouillés pour leur petit déjeuner

Ce sont bien là les limites de ce type de volontariat. Il est évident que pour ce genre d'endroit nous sommes avant tout une main d’œuvre multilingue, gratuite et généralement laborieuse puisque WorkAway incorpore un système de commentaires qui pousse les volontaires à dépasser leurs "engagements" dans l'objectif d'être bien vus et de trouver d'autre WorkAway plus facilement. L'échange qui est à la base du concept de WorkAway, semble un peu se noyer dans la masse, nous n'aurons pas appris grand chose des méthodes de gestion et de management de ce type d'auberges. La construction du modèle financier et les objectifs de rentabilité à plus ou moins long termes qui m’intéressaient ne pourront pas être abordés, la gestion financière étant apparemment totalement externalisé.

Ça sent le pipeau à plein nez, difficile de croire que des gérants puissent piloter leur structure sans avoir une vision claire et en temps réel de leurs finances. Sans doute ne veut-on pas que l'on regarde trop précisément comment la boutique est profitable, alors que probablement l'afflux constant de volontaires permet de la faire tenir debout.

Finalement c'est davantage le contact avec les "guests" (on ne dit pas client !) qui aura donné du sel à l'aventure, avec quelques rencontres sympas, Carmen et Santiago, Felipe et Viviana et quelques autres. J'aurai finalement pris du plaisir à être en situation de gérer la petite boutique, de s'assurer que tout se passe bien, d'avoir des échanges avec les touristes, d'imaginer comment améliorer les choses, guetter les commentaires. Je crois que Simon est un peu plus mitigé. Mais l'impact sur nos dépenses est direct et nous résorbons peu à peu le trop de dépenses du début du voyage.

21
juin
21
juin

Cette cité perdue dans les sables du plateau andin, à quelques encablures du lac Titicaca n'a pas encore, loin s'en faut, dévoilé tous ses mystères. La ville de Tihuanacu (Tiwanacu selon les orthographes) constitue un des seuls vestiges d'ampleur de cette civilisation qui aurait occupé les territoires andins, du Chili au Pérou du 15ème avant JC jusqu'au 11ème siècle de notre ère. On sait, semble-t-il, bien peu de chose sur ces peuples, jusqu'au nom qu'ils se donnaient. Aujourd'hui on les désigne du nom de la ville, peut-être capitale, que nous avons visité.

Au cœur d'une vallée aride, aux couleurs ocres et rouges, la ville a sans doute constitué un centre religieux et politique important, à proximité et peut être même au bord du Titicaca, dont le niveau pourrait avoir été plus haut ces siècles passés. Le lac nourricier apparaît plus que jamais comme l'épicentre de la vie de cette région confronté aux duretés des hautes altitudes.

Le complexe rassemble plusieurs édifices à vocation religieuse, temples, lieu de prière et de sacrifice, pyramides disséminés sur plusieurs hectares. Il ne faut pas manquer d'imagination pour se représenter la vie de la cité et l'organisation du site, qui n'a pas fait l'objet d'une valorisation archéologique telle qu'on les connait en Europe. On trouve sur le site, un très grand temple (photo ci-dessous), composé de murailles monumentales et de plusieurs bâtiments organisés à l'intérieur du périmètre. A coté de celui-ci un plus petit temple semi enterré constitue probablement la partie la mieux conservée et la plus suggestive de l'ensemble. Au delà de ces deux bâtiments principaux, les autres sites laissent apparaître au mieux une enceinte dont on devine les fondations, au pire un chaos de pierre, visiblement sculptés mais dont on peine à deviner leur agencement initial.

Grand temple en arrière plan, temple semi enterré au premier.

Ce peuple a abrité des bâtisseurs de grand talent. Le gigantisme des bâtiments, l'agencement des pierres, la recherche de symétrie et de perspectives témoignent d'un véritable raffinement architectural. On apprend notamment que les pierres ne sont pas simplement juxtaposées, elles sont finement taillées pour s'encastrer parfaitement entre elles, comme un travail d'ébéniste. Plus encore, les blocs sont accrochés entre eux par des charnières de bronze coulés dans des galeries creusés dans la pierre, véritable système de jointure en trois dimensions.

Le raffinement se poursuit du côté de la construction des parois, avec la juxtaposition d'immenses monolithes et de pierres de petites tailles. Rôle seulement esthétique ou place spécifique dans les représentations symboliques... nous en restons à des suppositions, mais il y a bien une recherche de gigantisme.

Plus curieux encore, la présence sur le site de maquette de pierre pour des batiments dont on ne sait pas si ils ont été construits, témoigne, là encore, du travail architectural poussé de cette civilisation.

3 volées de marches miniatures, une grande cour semi enterrée... 

Non content d'être des bâtisseurs, le raffinement artistique est aussi de mise. On a retrouvé sur le site une série de statues géantes aux visages mi humain mi divin. Elles sont toutes très finement décorées, avec des représentations stylisées d'animaux (guépard, serpents, condors), mais aussi des dessins de textiles.

balèze les statues

Dans le temple semi enterré, des têtes de pierre sont enserrées tout au long de la parois. Ancètres, quidams, personnages importants, ou simple représentation de l'humanité, on ne sait ...

175 têtes au total, parfois ça fait un peu peur

La pièce maitresse du site est la du soleil. La première est incontestablement la plus impressionnante. Elle est installé dans l'axe du levé du soleil, le jour du solstice d'été, jour qui chaque année rassemble une grande fête, sur le site, où des lamas sont sacrifiés lorsque les premiers rayons apparaissent et pénètre l'immense porte de pierre. Mais vous verrez, cette porte nous est familière, d'une manière assez surprenante...

Et oui, Tintin est passé par là ! la représentation du soleil rayonnant que l'on trouve dans les deux albums d'Hergé, les sept boules de cristal et le temple du soleil, ne sont pas empruntés de la culture inca (comme le raconte l'histoire), mais viennent de Tihuanacu qui offre la seule représentation de ce type, qu'Hergé aura contribué à très largement populariser.


Ainsi la cité d'Ocre reste emprunte de mystère, partagé entre la beauté et le raffinement artistique et architectural à l’œuvre, et la quasi absence de traces permettant de décrire plus précisément les us et coutumes de cette civilisation. De vraies questionnements subsistent sur les outils et techniques, permettant de transporter ces immenses monolithes, d'assurer un coupe aussi précise des blocs de pierres. Ces mystères offrent un éventail d'hypothèses les plus folles dont internet regorge. Car oui, chers amis, cette avancée technologique plus que mystérieuse en devient même suspecte (ethnocentrisme occidental quand tu nous tiens)... si bien que peut être qu'on ne nous dit pas tout, et que les extraterrestres seraient en fait les véritables bâtisseurs de ces merveilles...

Convaincant non?

21
juin
21
juin
Publié le 8 juillet 2017

En bon touristes respectables nous avons bien entendu tentés de visiter quelques musées et autres lieux d'intérêts historiques.

Sans parler d’échec critique, on ne peut pas parler non plus de réussite...

Deux musées sont dignes d’intérêt : le musée ethnologique, malheureusement il faut payer un surcout pour avoir le droit de prendre des photos, de quoi refroidir nos ardeurs de reporteurs de l'extrême, c'est tristement une pratique répandue dans les musées boliviens. Néanmoins sachez qu'il présente une jolie collection de pièces d’orfèvrerie, de plumes des différentes espèces de Bolivie, une salle entièrement consacrée aux textiles (ponchos, bonnet, évolution des méthodes de tissage, impact culturel des vagues de colonisation sur les modes), une autre aux métaux et leurs méthodes de fonderie. Le tout est plutôt intéressant, et bon point un guide gratuit vous propose une visite de l'ensemble. De loin le plus instructif et le mieux construit en terme de muséographie.

Photos prises dans le patio, seul endroit photographiable sans autorisation, on retrouve les motifs floraux

De l'autre côté, nous avons un musée privée entièrement consacrée à la musique. Fondé par l'artiste de Charango mondialement connu Ernesto Cavour - oui oui, si vous ne connaissez pas c'est que vous êtes de sombres ignorants terriblement européocentrés. Blague à part, il est vraiment extrêmement connu dans le milieu, il a joué partout dans le monde, fait des partenariats en tous sens, reçu des tonnes de médailles et de prix, notamment pour son travail de promotion et de sauvegarde de la culture Bolivienne.

Le musée est simple et sans prise de tête, une accumulation d'instruments en tous genres histoire de se faire une idée de la richesse de l'artisanat musical, et des zones où l'on peut jouer avec des instruments étranges. Si le lieu ne brille pas par ses explications, il a l'atout d'être ludique et amusant à visiter pour les petits et les grands.

Les dernières salles consacrées à la "culture Charango" nous font voir l'importance de cette musique en Bolivie. Une petite salle abrite régulièrement des concerts, et enfin nous finissons par celle contenant les archives d'Ernesto. Le terme célébrité internationale prend alors tout son sens, entre les affiches de concert, les médailles de mérite, les premiers prix divers, les photos d'archives avec des artistes du monde entier...

Notez la harpe tatou, le it accessoire dans votre salon de lecture 

On a notamment l'occasion de découvrir de multiples Charango (l'instrument que nous avons déjà vu à Torotoro), notamment quelques exemplaires fait à base de carapace de tatou ou de tortue.

Une fois passé par ces deux musées, notre guide nous conseille d'enchainer quatre musées situées dans une même rue, accessibles via un unique billet groupé. Et là, la qualité des collections et la muséographie s'effondre. Bienvenue aux royaumes des reconstitution en cartons pâtes sans aucune explication, accumulation d'objets en très mauvais états, bien malin celui qui saurait en expliquer l'utilité. Quelques scènes historiques peintes à différentes époques, on a du mal à saisir en quoi l'évènement à été si marquant. Bref on traverse les musées au pas de courses, tout en essayant de sortir de la masse d'un groupe de scolaire en vadrouille. Seul le musée des métaux précieux se dégage un peu grâce à sa salle sur l'Or et sa grooooooosse porte blindée. Sinon le musée de la Marine Bolivienne, nous fait bien comprendre que la perte de l'accès à la mer lors de la guerre contre le Chili est une blessure toujours vive dans l'esprit et la culture Bolivienne.

Au final on est plus intéressé par l'architecture de la rue et des bâtiments que par leur contenu...

De jolies maisons coloniales connectés par des cours et des patios  

Mention spéciale pour premier musée dont le thème(les coutumes et usages apparemment) nous reste obscur, mais dedans nous avons pu admirer une exposition temporaire consacrée aux ... Playmobils. Donc le Playmobil est un élément très important de la culture Bolivienne, déroutant.

spéciale dédicace bateau pirate

Retour dans la rue, pour une dernière volée architecturale.

Notez le Simon tentant d'échapper à mon objectif impitoyable

L’honnêteté journalistique nous pousse à confesser qu'il se peut que ce soient nos choix de visites qui soient à blâmer plus que l'approche de l'objet culturel et muséal bolivien, le musée national des art ou celui de la Coca sont surement plus travaillés. Mais quand même...

20
juin
20
juin
Publié le 6 juillet 2017

Après nos aventures sur l'isla del Sol, son air pur et les cimes enneigées et immaculées direction La Paz.

Arrivée en bus, la première image n'est clairement pas celle d'une belle ville. Si Nuestra Señora de La Paz à connu son apogée à une époque, cela remonte à plusieurs décades au bas mot. L'urbanisme est anarchique, et les projets de rénovation plus que rares, autant chercher une licorne. Quelques bâtiments échappent à la désolation, par on ne sait quel miracle.

Mais la ville frappe surtout de par sa topographie. Créée en 1548 au fond d'une cuvette mais néanmoins carrefour commercial, elle ne cesse de partir à l'assaut de ces flancs. Sachez que le point le plus bas est tout de même à près de 3.200m d'altitude et que le tout culmine à 4.000m, notamment pour le quartier bien nommé del Alto. Sachez qu'à l'inverse des villes Européennes mais comme d'autres villes d’Amérique du sud, les quartiers riches sont à basse altitude. Plus on monte, plus on s'approche des banlieues pauvres et autres "favelas". Ça donne tout de même l'occasion de voir un bout de montagne pointer son nez de temps en temps, et surtout d'attraper des vues magnifiques sur toute l'agglomération.

La vue sur les flancs de nuit est incroyable.

Et pour aller dans les hauteurs admirer le panorama, rien de tel que de prendre le téléphérique. Grand projet du président Evo Morales (dont les slogans et appels aux votes recouvrent tant les murs en villes, que les flancs de montagnes en campagne), c'est surement un des marqueurs les plus visibles de sa politique à La Paz. Non content de permettre des points de vue incroyables sur la ville, il a surtout permis de donner un peu d'air, plus que nécessaires, aux axes routiers surchargés. D'ailleurs les poumons le sentent, nous étions bien plus essoufflés ici que sur la Isla del Sol pourtant bien plus haute. Prenez un peu trop de temps pour inspirer et vous aurez le souffle court même sans faire d'effort...

Les différentes lignes - actuellement 3 sont en service, il est en prévu d'en construire 4 de plus- permettent de rejoindre les hauteurs et de traverser la ville en un temps record. C'est clairement le métro aérien de la ville.

Le dernier tronçon monte vraiment très sec, c'est un petit bijou de technologie ! Si un pro passe par là, on a des questions...

D'ici quelques nouveaux panoramas sur la ville, avec toujours en fond le Huayna Potosi qui dépasse les nuages à 6 088 mètres ou le Nevado Illimani à 6 460 mètres(je ne sais pas trop lequel on voit sur les photos...).

Mais que serait une ville Bolivienne, serait-ce la capitale, sans ses marchés ? Comme toujours les commerces, de prime abord concentrés sur des places pour faire de grands marchés labyrinthiques, finissent par essaimer un peu partout dans la ville, recouvrant trottoirs et chaussées. Le tout dans un joyeux bordel de sons, de couleurs, de senteurs et de coups de klaxons. Autant les fruits et légumes font envie, autant la viande et les poissons ont fait frémir nos cœurs d'européens hygiénistes. Ici la chaine du froid on connait pas.

Ici, il y a du pain. Et du bon ! la boulangère se repose un peu sur ses lauriers.

Là où nous avons été surpris c'est au niveau du marché aux sorcières. Ici vous pouvez tout acheter, la poudre pour attirer l'argent et la réussite, des épices étranges, des pilules pour la virilité et "durer" toute la nuit, d'étranges offrandes pour les morts et les divinités ou encore des fœtus de Lama, le nec plus ultra pour assurer à une maisonnée prospérité. Ils sont le plus souvent enterrés sous les bâtiments, tandis qu'on en sacrifie d'autres au même moment. Âmes sensibles, s'abstenir !

Ça vous pose une ambiance immédiatement ! 

Ils ont du en enterrer un bon paquet au niveau des sièges du gouvernement, puisque ce sont les bâtiments les plus beaux et en meilleur état. N'y voyons bien sûr aucun signe de la corruption et de l'intérêt plus que ciblé des élites dirigeantes du pays... Même si l'église et la banque centrale sont en plutôt bon état eux aussi...

regardez l'horloge, elle tourne en sens inverse des aiguilles d'une montre ! pied de nez de Morales à l'égard des normes occidenta...

Juste en face sur la place, les ornithophobes ou autres traumatisés par Hitchcock ne font pas les malins. C'est terriblement impressionnant un envol de pigeons qui se mettent à tournoyer au dessus de vos têtes.

"Deux penns - pour nourrir les ptits oiseaux"

Enfin pour vous donner un aperçu du quartier où nous avons posé nos pénates, sachez que nous étions à deux cuadras vers le haut après la Cathédrale San Fernando et sa jolie place. Elle est célèbre pour les motifs végétaux qui couvrent sa façade, marque architectural des Ethnies indigènes allègrement réquisitionnées pour fournir la main d’œuvre.

Chanceux que nous étions juste a côté se trouvait aussi une sorte de galerie marchande/supermarché. Selon l'étage les échoppes changent de spécialité, on passe du marché de produit frais, aux vendeurs de DVD pirates et autres jouets, livres neufs ou d'occasion, jus de fruits frais et cafés et enfin restaurants. Comme toujours le meilleur endroit pour manger à bas prix tout en se remplissant la panse et découvrir des plats étranges.

et oui c'est une pâtoune de gallinacée qui surnage dans le potage ! miam 

En bref La Paz est une ville étonnante, pleine de contrastes, fourmillantes et débordante de vie. Une ville peu touristique en réalité, une ville vivante tout simplement, située entre les nuages et les sommets éternellement enneigées.

18
juin

Après s'être amplement nourris de truite, nous prenons le chemin de la Isla del sol. A quelques encablures de Copacabana, 1h30 env en bateau, cette petite île de 11km de long abrite le berceau des différents cultes andins pour l'astre soleil.

arrivée en bateau en passant par un chapelet d'îles. Sur celle de droite on commence à apercevoir les lignes ondulées de l'île 

Devenu lieu sacré inca, la légende raconte que l'île et le lac titicaca sont les berceaux de la civilisation. Le soleil y serait né, comme la lune, et les hommes mêmes. Le lieu emprunte incontestablement au mythe et au sacré par la splendeur inégalée du paysage qui vous entoure. La lumière y est d'une densité que je n'avais jamais observé jusqu'alors. Aucun nuage ne vient jamais gêner un soleil qui règne sans partage dans le ciel d'un bleu profond. La cordillère des Andes et notamment l'Illampu domine avec ses neiges éternelles, à plus de 6400 mètres.

Le paysage de l'île est tout en rondeur. A 4075 mètres d'altitude, les collines de l'île culminent à presque 300 mètres au dessus du lac. Un vrai petit challenge pour vos petits poumons, qui se trouvent tout essoufflés à chaque pas.

Les pentes sont abruptes et ont du être stabilisées par des terrasses toujours utilisées par les agriculteurs. On y fait pousser de l'orge, mais aussi beaucoup de fèves, du blé, des pommes de terres et des ocas. On imagine que le travail de la terre est particulièrement fatiguant entre la chaleur de la journée, les pentes à affronter... Heureusement tout un petit bestiaire est là pour vous aider.

Les ânes d'abord, très nombreux, rompent fréquemment le silence de leurs braiments intempestifs. Véritable bêtes de sommes, ils sont en permanence en train de faire des allers retour entre les pontons du lac et le sommet du village. C'est grâce à eux que les touristes boivent cocas et bières.

a la montée et à la descente

Mais les lamas et alpacas sont aussi de la partie pour aider au transport de lourdes charges. Ils sont nombreux, haut sur pâtes et long de cou, et vous observent d'un œil fier.

Nous avons bien essayé de leur faire guiliguili comme le capitaine haddock mais nous n'avons pas eu la chance d'avoir la même réaction. Point de crachat pour le moment.

Les promenades sont nombreuses sur l'îles, parcourue de chemins en tous sens, le long de la côte, ou par les crètes. Plusieurs communautés vivent ici. Nous nous étions installé dans un très joli village construit sur une crête, entre deux collines, organisé en de petites rues plus ou moins pavés, enserrées par des murets de pierres sèches.

Malheureusement depuis quelques mois, seule la partie sud de l'île, siège de la communauté Yumanis, est accessible aux touristes. Nous ne sommes pas arrivée à bien comprendre pourquoi la partie nord avait été fermée. Plusieurs hypothèses possible : à l'entrée de la partie nord, des hommes en interdisant l'accès nous ont expliqué que des touristes avaient commis des dégradations... mais on suppute aussi un conflit entre communauté. Bref la visite de l'île en est largement réduite.

L'ile est truffée de différents sites archéologiques, essentiellement d'origine inca, datant du 15ème siècle. Les incas ont fait de l'île un lieu consacré au culte du soleil, avec notamment des temples tenues par des sortes de vestales. L'inca lui même disposait d'un palais, dont nous avons pu voir quelques ruines bien conservées.

une succession de pièces, et de petites cours privatives, sur plusieurs niveaux

La fuente del Inca est aussi un des beaux restes à admirer dès l'arrivée sur l'île. Il s'agit d'une source, en haut d'un bel escalier, dont les vertus pour la santé et la longévité auraient fait leur preuve. La force de la source intrigue et fait penser que le sous sol doit être truffé de galeries et de réservoirs d'eau.

Nous avons donc passé deux nuits sur place. Dans un petit hôtel pas cher du tout. Les chambres étaient minuscules, mais la vue sur l'illampu et le lac était magnifique. Après les 25° du jour, la nuit est glaciale, il gèle quotidiennement. Or les chambres n'ont ni chauffage ni isolation. Bref ça vous pénètre jusqu'au os. Mais le point d'observation était parfait pour profiter des levers de soleil, aux alentours de 7h du matin.

Car les variations de lumières rendent grâce au paysage et le magnifie à chaque heure.

Du matin :

Jusqu'au soir :

Bref sans doute un des plus bel endroit que j'ai jamais vu. A bon entendeur...

Une dernière pour la route

16
juin

Après notre première soirée à Copacabana, direction le petit village de Sawiña. Une association de guide communautaire, propose de petites visites de la communauté, par les habitants eux même. A 1h de marche de la ville, se trouve le petit village, sur une petite colline donnant sur le lac. C'est le dernier village avant la frontière péruvienne, dont on aperçoit les montagnes, sur l'autre rive.

la légende dit, qu'ici repose le grand serpent, tué par l'Inca descendu de sa montagne bolivienne  

Nous y retrouvons la Doña Anna, qui tient la petite boulangerie du village, mais ferme sa boutique pour faire découvrir aux touristes la culture de son village.

Petit bout de femme, Chulita en diable, avec ses jupes épaisses, riches en jupons, deux couettes et son petit chapeau, elle s'emploie d'abord à nous faire découvrir plusieurs plantes endémiques, notamment toutes celles qui servent à teindre la laine d'alpaca. Du jaune, du rouge, du vert chlorophylle, et enfin couleur café. Mais la nature ici regorge aussi de plusieurs plantes médicinales, notamment la mouña, gorgée de menthol. Ça pousse comme du chien dent, c'est bon pour le mal de l'altitude, on en fait un maté aux vertus antiinflammatoire.

Les bateaux des pécheurs attendent sur le bord, avant que leur propriétaire ne se glisse dans la coque et parte en milieu d'après midi pour rejoindre le lointain. Ils pèchent une première fois à la tombée de la nuit, puis s'endorment dans le bateau, et reprennent leur pèche au petit matin avant de revenir. Vu la fraîcheur ambiante, le travail doit être particulièrement difficile.

C'est parti pour un tour de barque. Doña Anna vide le bateau plein d'eau. Y a un trou? que je lui demande, mais non c'est pour être sûr que le bois gonfle et que la coque soit étanche !

D'un bras énergique, la voilà qui nous dirige en direction des viviers de truites, à quelques encablures.

Pour nous expliquer que le vivier contient des truites américaines reproductrices et tous leurs petits avant d'être libérés.

Direction ensuite une petite plateforme flottante que les guides du village ont construit pour pouvoir observer la faune et la flore environnante. Le sol est couvert des roseaux qui poussent sur les bords du lac, qui longtemps ont servi à construire les barques des pécheurs.

Quand le commandant Cousteau s'est aventuré dans les profondeurs du lac, il y a découvert une espèce de grenouille de belle taille.

elles sont belles et charnues 

Alex a eu la chance d'apprendre la danse locale qui nécessite un costume... regardez

Le voilà prêt, à former un joli couple de danse avec Anna !

y a une vidéo, mais la pudeur m'invite à vous épargner !

Un dernier tour de piste en barque pour observer les quelques oiseaux du lac, quelques canards, un oiseau aux 7 couleurs, qui niche au cœur des roseaux. Mais la petite bête c'est un peu le météofrance du titicaca. Quand une grosse pluie s'annonce, il installe son nid, habituellement à hauteur d'eau, plus haut dans les roseaux. Forme de Baromètre du niveau du lac.

Après nous avoir montré à quoi ressemblait la plante de quinoa, nous sommes tranquillement rentré dans nos pénates.

15
juin
15
juin

Une fois revenu de Torotoro, nous avons fait route depuis Cochabamba en direction de La Paz. Cette fois-ci nous avons choisi le nec plus ultra du bus, couchette quasi intégrale, ce qui a grandement facilité le sommeil tout au long des 8 heures de trajet. Arrivés à La Paz à l’aube, nous décidons de ne pas mollir et de nous diriger sans tarder vers le lac Titicaca.

Nous prenons alors conscience, dans le bus qui monte lentement, des altitudes vertigineuses dans lesquelles la ville s’est construite. Le terminal de bus proche du centre est déjà à 3200 m d’altitude. Or la ville s’élance à l’assaut des montagnes alentours pour atteindre le plateau, et le plus grand quartier de la Paz, El Alto le bien nommé, puisque ici on dépasse légèrement les 4000 m d’altitude. Autant dire qu’à 7h30 du matin, il fait très froid.


Mais déjà quelque chose a changé, la lumière du soleil levant est comme incandescente dans ce ciel d’un bleu profond, sans nuage. Le contraste est d’autant plus fort qu’une fois les quelques km de faubourg dépassés, nous parcourons une vaste plaine aride, rouge et ocre, qui ne semble être que poussière, délimitée au nord-est par la cordillère royale, majestueuse chaîne de montagne, venant avec ses sommets éternellement enneigés, atténuer la monotonie du paysage.

Et puis soudain, apparaît l’eau du lac, d’un bleu encore plus profond que celui du ciel. Le bus s’arrête alors et nous comprenons que nous allons emprunter un bac. La principale ville bolivienne du lac, Copacabana, se trouve sur une presqu’île seulement rattachée territorialement avec le Pérou. Nous descendons du bus, sans tout à fait comprendre pourquoi nous ne passons pas sur le bras du lac dans le bus.

frêles esquifs ! 

Et nous saisissons sans peine qu’il vaut mieux prendre un petit bateau en parallèle du bus. Car les bacs en question, faits d’immenses coupes de bois, ne paraissent pas d’une solidité à toute épreuve.


Après quelques minutes nous arrivons à Copacabana, posée sur les bords du lacs entre deux pains de sucre. Le nom de la ville, qui sonne un peu brésilien à nos oreilles est portant à l’origine de la célèbre plage de Rio de Janeiro. Un des prêtres franciscain installé sur le Titicaca, se trouvant en perdition au large du Brésil à proximité de la baie carioca dédie alors toutes ses prières à la vierge de Copacabana, patronne des bords du lac Titicaca.


La ville est d’ailleurs célèbre pour sa cathédrale fondée par les franciscains, devant laquelle les voitures de toute la région sont baptisées ! et oui même la mécanique ne risque plus les affres de l’enfer ou du purgatoire. C’est là qu’on est content d’être un piston ou un joint de culasse.

Les abords de la belle cathédrale toute blanche sont par ailleurs complètement envahis par les villageois qui composent de géants cartouches de fleurs à même le sol.

Nous ne sommes pas tout à fait sûrs de la signification de l’événement. Les formes constituées par les fleurs sont indiscutablement d’ordre religieuse, croix, colombes, calices ont la part belle. Mais nous avons pu observer sur certains cartouches le nom d’un commerce, une boulangerie par exemple. L’intention serait donc d’attirer la protection divine sur le commerce ou la famille à l’œuvre pour réaliser ces dessins.

Le paysage ne serait pas complet, si on omettait de parler des chulitas. Les femmes boliviennes sont de vraies icones, avec leurs formes généreuses, leurs deux longues tresses, les couleurs de leurs robes et chargement, et enfin leur petit chapeau melon, qui tient imperturbablement sur leur tête.

Ce sont, elles, également qui se chargent de préparer les repas dans les marchés, véritables cafétérias populaires, les Comedors. A Cochabamba la spécialité c’est la truite du lac. Un régal

14
juin
14
juin
Publié le 22 juin 2017

Après une folle journée de marche dans les canyons, nous nous sommes forcements couchés très tôt. Moralité le lendemain, pour la première fois depuis des éons (surtout pour alex), nous nous sommes levés aux aurores.

Pratique, nous avons pu arriver assez tôt au bureau des guides pour notre deuxième journée de visite. Notre réveil matinal n’aura été que d’une utilité toute relative. Nous avons en effet passé un certain temps à gérer la constitution du groupe de visite.

Pour planter le décor, nous sommes arrivé déjà à quatre (avec les deux québécois). Sur place attendent déjà : une française qui souhaite aller voir la cité d’Ita mais doit rentrer tôt pour une sombre histoire de bus, 2 uruguayens et un argentin qui veulent faire le pack complet Ita et Umajalante comme nous. Sachant que le bus est prévu pour emporter six touristes, comment régler cette situation où tout le monde veut partir en même temps ? Plus le groupe est grand plus le tarif par personne baisse, c’est assez logique.

Après diverses tractations en tous sens, nous sommes finalement partis à huit dans le mini van, aussi serrés que des sardines au fond d’une boite, avec la perspective pour la jeune française d’être récupérée en moto, après la première visite. Une grosse heure de route de montagne montant à coup de lacets, offrant des vues époustouflantes sur la vallée de Torotoro et celle voisine, finit par nous amener aux abords de Ciudad Ita aux environs de 4.200m (si vous avez suivis ont vient de grimper plus de 1.000 mètres en une heure).

Dès le départ la vue est incroyable, on domine la vallée et le regard se perd dans de lointains contreforts. Mais il ne faut pas lambiner, il y a une petite trotte jusqu’au grottes de Ciudad Ita. Nous crapahutons donc entre les rochers, on monte, on descend, on enjambe pour passer un premier pic rocheux nous bloquant la route. Nouvelle zone de « plat » avec quelques particularités géologiques amusantes. D’un côté un amas ressemble à un iguane, de l’autre ce sont des tortues marines que l’on voit, plus tard un éléphant et encore des tortues mais terrestres cette fois.

En terme d’animaux vivants, il faut dire ce qui est, on en verra peu. Quelques condors passent au loin (les petits V noirs sur les photos), des insectes et les traces du passage de brebis et de vaches. Notre guide nous apprend qu’il y a aussi dans ces montagnes des renards et des mouflettes, qu’on aperçoit rarement.

Allez je vous aide, la tortue est à gauche, le condor sur celle du milieu

Nous continuons le chemin pour nous approcher d’une sorte de mini canyon. Une petite descente sportive plus tard nous nous trouvons à l’intérieur. Il y a de cela encore quelques décennies ce lieu était utilisé comme cache à vache par les voleurs de bétail des environs. Vous avez bien lu : cache à vache. En effet le canyon est complètement invisible, ses entrées quasi impossibles à déceler et une source à l’intérieur permet à la végétation de pousser avec plus de vigueur qu’ailleurs et de désaltérer les ovins. Depuis que les touristes viennent visiter le lieu, plus de secret, le trafic de vache s’est vu ralenti…

On peut aujourd’hui admirer les quelques bizarreries de ce mini canyon comme cet arbre 3m plus haut dont les racines ont percé la pierre pour venir chercher l’eau, cette caverne qui vu sous le bon angle ressemble à des narines ou encore une des espèces de chauve souris locale en train de dormir.

La belle narine !
Notre groupe de grands aventuriers, et ce qui semble être une chauve-souris, une espèce solitaire nous précise le guide.

On sort de ce canyon par le passage emprunté par les vaches, on se retourne et effectivement l’entrée est indécelable, cachée derrière des arbustes, une dirait une simple faille dans la muraille de roche qui nous surplombe. Bref nous continuons en direction d’Ita avec des vus toujours imprenables sur les formations géologiques des environs.

Ce qu'il faut regarder c'est la tête de l'éléphant, et pas le couple qui s'embrasse, espèce de sale voyeur !

Nous arrivons enfin près des premières grottes d’Ita. Il faut savoir qu’il ne s’agit pas réellement d’une cité, en tout cas les grottes ne furent jamais utilisées comme telle. Elles se sont formés il y a plusieurs milliers d’années par l’érosion ! A cette époque toute la zone était au niveau de la mer. Etonnant de voir ce type de formation à plus de 4.000m. La première zone est appelée la cathédrale de par ces dimensions, on voit qu’une des flèches est tombée formant désormais un toit, d’ici quelques siècles elle ira surement combler la grotte. Une formation de trois pics est appelée le gouvernement, et une grande salle ronde, avec une pierre au centre sur laquelle pousse un arbre est appelée le tribunal.

On sorts de cette zone pour recroiser les allemands ! Décidément ils sont partout…

Plutôt que d’emprunter le même chemin qu’à l’aller, nous allons passer au dessus de tout ce que nous venons de traverser !

Ça grimpe, ça monte, il faut emprunter des échelles non fixées aux parois ! Grimper à l’aide de cordes ! Et frôler de terribles précipices ! Pour ceux qui ont déjà vu Alex grimper sur des cailloux, c’est assez drôle. Il faut avouer que le bureau des guides ne prévient pas trop de ce type de petites aventures…