Carnet de voyage

Les fabuleuses aventures de deux pampa boys

110 étapes
151 commentaires
49 abonnés
Dernière étape postée il y a 124 jours
Notre devise : à chaque jour suffit sa paillette
Février 2017
52 semaines
Partager ce carnet de voyage
22
janv

Notre séjour à Ushuaïa touche à son terme, nous nous levons à l'aube pour rejoindre le terminal de bus et profitons de ce lever de soleil qui dure des heures alors que près de 32 heures de bus nous attendent.

A gauche c'est un énième monument pour les Malouines, un sujet d'importance ! 

Nous refaisons le chemin en sens inverse pour rejoindre le continent, nouveau passage sur le bac. Heureusement pour nous, cette fois, le soleil est de la partie et nous avons la chance de voir un banc de dauphins de Commerson (Cephalorhynchus commersonii de son petit nom) accompagner pendant quelques minutes notre navire.

Est-ce qu'ils sont pas adorables blancs et noirs ? 

Après moultes heures, et deux escales de 4h en cours de route, nous atteignons enfin Puerto Madryn. C'est la dernière ville avant d'entrer dans la zone de la réserve naturelle de la péninsule. Manque de chance notre bus est arrivé avec 45 min de retard et nous ratons, à 10 min près, le dernier bus vers Puerto Piramides, seul village de la presqu'île. Rien ne nous effraie, et nous partons donc à pied en direction de la sortie de la ville en espérant trouver des gens pour nous prendre en stop. Nous tombons sur un couple, le monsieur est anglais, et la dame espagnole. Ils vont aussi passer quelques jours dans la réserve, et font même un arrêt avec nous dans le centre des visiteurs. C'est en bons auto-stoppeurs qu'au moment de sortir de la voiture les sangles du sac de Simon se prennent dans la gourde, et florf, elle se répand à l'intérieur de l'habitacle de leur voiture de location. Heureusement, nous passons assez de temps dans le centre pour que le tout sèche... ouf.

Nous croisons quelques Guanacos, et arrivons en vue de Puerto Piramides. Effectivement c'est un village, un petit village, un tout petit village à l'abri dans sa crique. Nous rejoignons le camping municipal pour poser notre tente et nous réalisons petit à petit dans quel monde nous sommes entrés...

Ici, point de tente et d'ambiance trekkeur, mais des campings cars et autres vans à perte de vue. Aujourd’hui la plupart des véhicules sont ensablés et bien trop vétustes pour espérer reprendre un jour la route, même si sans doute, à une lointaine époque, ces engins roulaient. Heureusement nous arrivons en semaine et la population du week-end n'est pas encore arrivée. Nous finissons par trouver un coin pas trop encombré pour poser la tente, à l'abri de la lumière du lampadaire grâce à un tamari. Nous découvrons avec joie le sens du respect des règles des argentins. Nous rappelons que nous sommes en plein milieu d'une réserve naturelle, où animaux et feux de bois sont interdits pour protéger une faune et une flore délicate. Les voilà donc à faire du feu dans tous les coins, comme si de rien n'était, avec les chiens qui courent dans tous les sens et les détritus abandonnés ici ou là. L'horreur totale.

Du sable, des véhicules partout, un des pires campings de notre voyage !

Le lendemain nous réussissons à nous faire conduire de l'autre côté de l'île pour approcher des colonies de Lions de mers et de phoques. Bon nous sommes pile dans le seul mois de l'année où les orcs et les baleines ne sont pas présentes, Simon essaie de cacher sa déception en réalisant qu'il ne pourra pas voir des orcs s'échouer sur les plages pour attirer dans l'eau et dévorer les bébés phoques qui grouillent déjà sur les plages. Un spectacle grandiose parait-il, surtout que les parents supervisent les jeunes Orcs, notamment pour les tirer à l'eau s'ils se ratent. De charmantes bestioles...

Nous nous contentons de regarder ces gros tas que sont les lions de mers. Ils profitent de la lumière du jour couchant, se trainant sur le sable. Les petits au pelage noir restent près de leurs mères et tètent allègrement tandis que les mâles se trainent de ci de là, la période de reproduction étant déjà passée.

Nous rentrons au camping et découvrons avec horreur la masse de personnes venues pour le week-end. Vous l'avez devinez, nous ne sommes pas très à l'aise dans cette environnement et puis il faut dire que le camping est vraiment miteux. L'eau est rationnée sur l'île mais au lieu de limiter la capacité du camping, ce sont les sanitaires qui ne sont alimentés en eau que 2/3 heures par jour. Vous imaginez le résultat à partir de midi. Pour les douches c'est tout aussi simple de 19h à 21h, le reste du temps pas d'eau non plus. Pour notre deuxième nuit musique à fond et odeurs de grillades nous accompagnent. Heureusement le coucher de soleil face à la mer une bière à la main nous réconforte un peu.

Et encore, on est hors saison !

Le passage par la Péninsula Valdez, après tous ces mois d'attente est au final assez décevant. Face à la beauté de ce que l'on a pu voir auparavant, l'ensemble parait bien quelconque.

Et puis il faut dire aussi que nous nous projetons vers le retour à Paris, qui n'est éloigné que d'une grosse semaine, nous sommes moins dans l'instant présent de ce qui est sous nos yeux.

L'appréhension le dispute à la hâte.

Envie de prolonger votre lecture ?

Découvrez ces carnets de voyage de la sélection MyAtlas ou cherchez une destination.

18
janv
18
janv

Le bout du monde se mérite. Il faut 12 heures de bus pour rejoindre Ushuaia depuis Punta Arena. Nous avons choisi la formule la plus économique, qui longe le détroit de Magellan côté chilien, le traverse et continue sur la terre de feu. Le paysage traversé est assez triste, de grandes plaines herbeuses sans relief. Mais ce paysage monotone laisse soudainement sa place à un grand massif que nous traversons par une vallée. Immenses lacs, sommets enneigés, pentes arborées, on retrouve la beauté des paysages de la Patagonie chilienne.

Nous arrivons fourbus à Ushuaia, qui apparaît comme posée au pied de ces grandes montagnes, faisant face à la baie et à l'Isla Navarino, première des dernières îles chiliennes avant celle du cap Horn. Ce qui depuis la rive ressemble à une immense baie est, en fait, le second canal qui permet aux bateaux d'éviter de se risquer dans les eaux furieuses du cap pour rejoindre l'océan pacifique. C'est le canal de Beagle.

Nous aurions aimé nous rendre sur l'isla Navarino mais ici rien n'est fait pour traverser facilement la frontière argento chilienne, à un prix de backpacker. Nous renonçons donc. Nous sommes accueillis dans une coloc par un Colombien et une Argentine Seb et Diana qui nous accueillent en couchsurfing. Ambiance sympa, nous avons le sol du salon pour nous, et nous savons que nous pourrons utiliser le lieu comme base pour notre trek de trois jours. Nos hôtes nous expliquent combien le grand sud permet à tous les jeunes du continent de trouver du travail de saisonnier. On y fait son matelas de novembre à mars avant de poursuivre ses études ou de partir voir le monde. Les salaires sont aussi attractifs que les prix sont chers.

Ushuaia attire à elle les hordes de touristes qui rêvent de voir le bout du monde. C'est d'ici que d'immenses bateaux de croisière partent tous les jours, pour visiter les immenses fjords des environs et aller voir les baleines à bosse qui croisent dans les environs. D'autres grands bateaux brise glace, s'aventurent jusqu'aux rives du continent Antarctique. Les prestations sont, paraît-il, haut de gamme et la note plus que salée. On paye au minimum 5 000 dollars et jusqu'à 15 000 selon le confort de votre chambre.

Pour cette petite fortune vous aurez probablement la chance de naviguer par grosse mer, puis d'être déposés en hélicoptère sur le continent. Vous aurez eu la chance au préalable d'être décontaminés, pour ne pas interférer avec cette biosphère si particulière et fragile. Eh malgré ce prix, c'est presque tous les jours que partent ces gros paquebots pour le continent blanc. Même si Alex en parle depuis le début du voyage, ce genre d'escapade est évidement un peu hors budget. Nous préférons donc la perspective d'un trek que des français rencontrés à Villa O'Higgins nous ont conseillé.

A cette époque de l'année, une halte à Ushuaia, c'est la garantie de longues soirées devant un ciel à nul autre pareil. Invariablement le ciel se découvrait en fin d'après midi laissant le soleil, encore très haut, irradier le paysage. Jusqu'à 21h environ il continue à briller et le jour n'est vraiment remplacé par la nuit qu'un peu avant minuit. Le jeu des couleurs et de la lumière sur les trainées de nuages, plusieurs heures durant, est un spectacle en soit qui restera comme un des grands moments du voyage.

Trois journées de marche avec au programme un glacier, deux lacs glacières, un col et paraît-il une vue splendide sur Ushuaïa et la baie. Un programme d'enfer. Nous faisons le tri dans nos affaires, laissons tout le superflu et après quelques courses pour nous sustenter, nous partons.

le tracé de la balade, avec les points jaunes qui montrent là où on a posé la tente 

Le début de la randonnée se trouve à la sortie d’Ushuaïa, nous montons sur 5 km par une vallée, puis une fois avoir passées toutes les maisons, nous arrivons dans une autre belle vallée dessinée par deux chaînes de montagne. Le fond de vallée est particulièrement large et couvert de fleurs jaunes. Bucolique à souhait.

La première journée est consacrée à monter jusqu'à un joli glacier et à retourner à notre point de départ pour poursuivre le lendemain dans la vallée (le tracé en rouge sur la carte). Plutôt que de porter tout notre paquetage nous montons la tente, dans un coin à l'écart de l'embranchement et y laissons les sacs. Nous partons à l'assaut de la grimpette qui s'annonce ambitieuse. Ça grimpe dur pendant presque 2h dans un beau bois de feuillus. Depuis le début de notre montée, un chien errant semble vouloir nous accompagner. Il nous montre le chemin et nous attend quand nous reprenons notre souffle. Sa compagnie est agréable sauf lorsque nous croisons un autre chien qui devient alors la cible d'un aboiement frénétique. Nous sommes regardés de travers par les autres randonneurs qui ne comprennent pas le peu d'autorité exercé sur le joli chien.

Après presque 450 mètres de dénivelé, les arbres se clairsèment et nous arrivons à un premier palier herbeux avant la dernière montée. Un ruisseau d'eau glacée nous montrant le chemin vers le glacier lui même. Une fois en haut, nous contournons le lac de cette eau brouillée par les minéraux et sédiments charriés par la glace. Et arrivons à une grotte de glace devenu depuis quelques années l'endroit où il faut prendre une photo. Le point de vue est vraiment très beau. Nous frémissons quand même un peu en voyant un couple grimper encore plus haut, sans équipement apparemment très fourni. Il ne fait déjà pas bien chaud et il est déjà bien tard. Que vont-ils donc faire dans cette galère?

Nous redescendons tranquillement en croisant encore plusieurs marcheurs, étrangement beaucoup d'israéliens, qui se sont vraisemblablement donnés le mot. Le soir tombe tout doucement. Nous puisons l'eau de la future soupe dans la jolie rivière qui sinue dans la vallée. Et nous retournons à la tente que l'on voit entourée de chevaux. Nous avions déjà deviné que nous nous étions peu ou prou installés sur un chemin que plusieurs dizaines de canassons semblent emprunter chaque jour. C'était drôle à voir, parce qu'ils avaient bien perçu qu'un obstacle nouveau leur bloquait la route, mais curieusement plusieurs d'entre eux sont restés longtemps à la regarder en espérant peut être qu'elle allait se mettre à bouger.

Celui la s'est enhardi à essayer de chiper notre diner.

Après une bonne nuit, nous repartons le lendemain sous un ciel couvert, pour un trajet un peu plus long mais avec un peu moins de dénivelé. On découvre alors les plaisirs des tourbières, spécificité du coin. Ces sols spongieux couvert d'une mousse à la fois ferme et molle, qui vous fait vous enfoncer de plusieurs centimètres. On adore. C'est une journée un peu laborieuse, plus fraiche que la veille. Nous sommes très souvent ralentis par des zones boueuses, où chaque pas est une aventure.

Nous déjeunons d'une casserole de riz, au bord d'un barrage naturel dont nous comprenons en fait qu'il est l’œuvre d'un castor. En m'avançant tout doucement, j'ai même eu la chance d'en voir un remonter le courant. L'animal n'est pas du tout une espèce endémique, il fut introduit sur l'idée géniale d'un marin américain espérant faire fortune du commerce de fourrure. C'est devenu une plaie pour l'écosystème de la région, qui a vu la petite bête proliférer sans être régulée par un prédateur local. En construisant ces barrages, l'animal fait monter le niveau de l'eau en amont, immerge les arbres le long du cours d'eau, qui finissent par dépérir.

Jusqu'ici, c'est à peine si la balade avait grimpé. Mais la carte de niveau indique bien à la toute fin une brusque remontée, juste avant d'arriver au lac où nous devions poser la tente. La fatigue aidant, arrivant au pied du fameux sentier grimpant à flanc d'une pente très très raide, nous ne faisons pas les fiers. Le chemin ne semble pas être réellement creusé, seulement la trace du passage d'autres randonneurs. Nous montons tout doucement, sans prendre de risque. La vue est alors imprenable sur toute la chaîne de montagnes mais tout à fait vertigineuse, lorsqu'on regarde vers le bas, en direction du joli ruisseau qui coule 300 mètres plus bas.

quand on regarde en arrière, en haut de la montée de l'extrême 

Une fois arrivé en haut, le lac qui doit nous servir de refuge est directement visible. Il nous faudra encore marcher avec beaucoup de précaution pour redescendre vers le lac en contrebas, quoi de plus amusant qu'un ruisseau mêlant pierrier sur lit de boue ? Ce sont ces petits moments qui vous font parfois douter de la nécessité du trekking.

Cette fois nous arrivons à allumer un petit feu, poussés par les brasiers grandioses de nos voisins 

Le lac émeraude qui apparaît sous nos yeux ne nous fait pas regretter nos efforts passés. Nous sommes plusieurs couples, installés au milieu de ces arbres noueux. Alexandre parvient à faire un feu d'enfer qui nous réchauffe. Sans soleil et un peu en altitude, le vent se fait froid. Après une bonne nuit de repos, le soleil nous réveille. Nous redémarrons pour la dernière journée qui s'annonce être la moins difficile, puisqu'il suffit de monter le col au début puis de descendre jusqu'à la ville. Nous allons voir le deuxième lac, tout proche, en surplomb, qui vient alimenter le premier. Le ciel est plus dégagé.

Si la montée du col est un peu éprouvante, elle se fait assez rapidement. Nous peinons néanmoins à trouver le chemin dans ce grand pierrier. En avançant sur un chemin qui surplombe la vallée par laquelle nous allons redescendre, Alexandre me demande si nous ne nous sommes pas trompés. Il s'inquiète du fait que le chemin ne descende pas vraiment, et reste ainsi à flanc de montagne au dessus de la végétation. Au fond de la vallée, par contre, on peut deviner les traces d'un chemin. Notre application Maps.me, jusque là toujours fiable, semble plutôt indiquer que nous sommes trop à gauche du chemin.

la vallée qui débouche sur la baie 

Nous décidons donc de descendre. On suit des traces de pas, mais aussi de cheveux, là encore en grand nombre. Si chemin il y a eu, il semble être particulièrement défoncé. Nous avançons maintenant en fond de vallée, en espérant trouver assez vite le chemin dont nous avons à nouveau perdu la trace. Après deux heures de tâtonnements, tantôt à gauche, tantôt à droite, en suivant le ruisseau, qu'on nous fait traverser 3 ou 4 fois, à quelques mètres d'intervalle, ou en pataugeant dans les tourbières, nous comprenons pourquoi le chemin de départ s'engageait plutôt sur les sols secs du pierrier. Marcher sur des terrains instables ou détrempés ça vous épuise, d'une part, et ça prend un temps fou. Les heures passaient, sans que nous arrivions à avancer de façon décisive. Nous essayons alors de retrouver le chemin de départ en grimpant entre les fourrés et autres arbustes. Une fois dans le pierrier, très pentu, impossible de trouver la trace de fameux sentier.

Nous profitons un instant de la vue retrouvée, et nous finissons par redescendre en essayant de rester à mi hauteur et d'éviter des sols trop humides, espérant enfin que nous finirions par croiser le chemin initial. Parti à 11h30 du matin, ça n'est qu'à 18h30 que nous trouvons enfin ce satané chemin. Soulagés, mais épuisés, nous finissons les 6 km qui nous restent encore à parcourir.

Heureusement, le ciel se dégageant complètement le soir venu, la vue que nous avons sur Ushuaïa, le canal de Beagle, ce ciel de traine, le tout est d'une grande beauté. Nous finissons épuisés, dévorant un morceau de bœuf à la rôtisserie du coin.

14
janv

Nouvelle traversée de frontière pour atteindre Puerto Natales. La ville la plus proche du parc Torres del Paine, LE parc du Chili, hyper renommé, dans les classements des meilleurs rando du monde. Bref du lourd.

Mais on nous a prévenu à de multiples reprises, pour y entrer c'est la croix et la bannière. Des quotas sont mis en place pour éviter la surpopulation, il faut donc impérativement posséder un voucher de l'un des campings pour pouvoir y passer la nuit. Mais en même temps on nous dit qu'il faut le tenter au culot, que parfois des places se libèrent. Nous avions essayé de réserver en septembre et tout était plein jusque début février... Nous prévoyons de faire un tour dans les offices des campings dans Perto Natales pour récupérer quelques infos plus fraiches.

A partir de ce moment, nous enchainons les manque de bol. Les campings sont pleins à notre arrivée et nous terminons dans le dernier disponible et aussi le plus cher de tous (13.000CLP par personne, deux fois plus que ce que nous payons d'habitude). A 22h30 on ne fait plus la fine bouche, nous plantons la tente en nous promettant de mettre les voiles le lendemain.

Le lendemain donc, nous souhaitons aller obtenir des infos sur les campings du parc. Le guide nous annonce une fermeture à 13h, sauf qu'il n'est pas à jour et que les officines ferment à 12h, nous trouvons donc porte close. C'est logique, nous sommes dans une ville vivant uniquement du tourisme donc toutes les agences ferment du samedi 12h au lundi 10h... Quand on nous confirme que le prix d'entrée du parc est de plus de 25 000 clp chacun, que les campings coutent au minimum 7 à 8000CLP et qu'en plus il faut se payer le bus jusqu'à l'entrée, un certain découragement nous saisit.

Face à cette immense pompe à frique qu'est Puerto Natales et le Torres del Paine, le manque total d'organisation et d'informations claires, nous faisons un rapide tour en ville avant de mettre les voiles en direction de Punta Arenas. Des glaciers et des lacs de montagnes on en a vu, un de plus, un de moins fusse-t'il magnifique ne changera pas grand chose.

Arrivée à Punta Arenas nous nous retrouvons sur les limites de la Patagonie, avec en face le Détroit de Magellan et plus loin la Terre de feu. Seule l'île porte ce nom, tant que l'on est rattaché au continent nous sommes en Patagonie.

C'est moche comme monument hein ?

Depuis le bord du détroit la Terre de feu est invisible, mais nous voyons quelques paquebots dans le port, de ceux qui font la croisière vers Ushuaïa, Puerto Williams et pour les plus riches jusqu'en Antarctique (nous demandons les prix, et même en dernière minute et classe la plus éco c'est totalement hors de notre portée). On peut même admirer ce magnifique monument en l'honneur des colons, fers de la lance de la civilisation en ces terres désolées. Ils ont surtout eu la bonne idée de s'approprier les terres pour élever des moutons, faire des ports et dézinguer les populations locales...

Sans présenter un intérêt fou, la ville possède un petit centre historique plutôt charmant, quelques bâtiments bien conservés et même un petit musée. La collection permanente expose le mobilier d'origine de cette maison de grand industriel/propriétaire terrien. Amusant. La collection temporaire dans le sous-sol, éveille bien plus mon intérêt. Une chilienne embarquée sur un voilier au départ d'Amsterdam pour une traversée de l'Atlantique avec pour objectif de passer le cap Horn. Un périple de plusieurs mois, racontés via son journal et quelques photos.

Mais ce qui attire le touriste en cette ville c'est surtout l'immense colonie de Manchots de Magellan. Ils nidifient chaque année par centaines sur l'île Magdalena à quelques encablures de là. L'île déclarée réserve naturelle, est accessibles aux visiteurs qui peuvent la traverser le long d'un petit sentier serpentant à travers les nids. Il faut bien sûr réserver auprès d'une agence pour faire la traversé.

Les bestioles hautes comme trois pommes, ne sont pas farouches du tout. Elles sont désormais habituées à la présence humaine, et nous regardent passer d'un œil à peine intéressé. Elles vaquent à leurs occupations tandis que nous les observons de près. On apprend donc que les couples de manchots, comme souvent chez les oiseaux, sont très fidèles et se retrouvent d'une année sur l'autre, se reconnaissant à la voix. Les parents couvent chaque année deux œufs, ils se relaient à la fois pour couver, garder et nourrir les petits une fois éclos. Ils passent en général une dizaine de jour avec eux avant d'être relayé et de partir en mer se nourrir. Les petits naissent avec un duvet qu'ils perdent petit à petit - on peut le voir sur les photos. Une fois leur plumage d'adulte acquis -celui-ci est waterproof et leur permet de nager des heures sans se mouiller ni se refroidir- ils auront droit à leur première virée en mer où ils apprendront à pécher sous la houlette de leurs parents.

Vous avez noté que les nids sont enterrés, et bien figurez vous que ce sont les manchots qui creusent ! On voit de temps en temps des mottes de terre voler lorsqu'un d'entre eux décide de rafraichir son intérieur. Les mâles arrivent les premiers et ont pour tâche de préparer le nid. 80% d'entre eux récupèrent celui de la saison précédente. Les jeunes individus lorsqu'ils sont mature sexuellement participent à la construction de nids et à la parade, en attendant ils observent les adultes, apprennent les bons comportements mais restent cantonnées à la plage.

Peu de prédateurs sur l'ile, les mouettes et goélands nidifient aussi, en plus ou moins bonne entente. Le seul qui vient menacer tout ce beau monde est un oiseau un peu plus grand que les mouettes et d'une couleur marron. Il tue et dévore les petits, que ce soit ceux des manchots ou ceux des mouettes. A chaque fois qu'un de ces prédateurs s'approche c'est un concert de cris et de battements d'aile pour tâcher de l'éloigner.

Les oisillons sont déjà grands, mais n'ont pas encore leur plumage d'adulte

Pas d'autre menace sur terre, par contre dans l'eau c'est une autre histoire. Les lions de mer tournent au milieu des algues, attendant le bon moment pour attraper au vol un de ces plumitifs probablement savoureux.

Mais d'ailleurs vous vous demandez sûrement quelle est la différence entre pingouins et manchots ! Surtout qu'ici on les appelle Pinguinos de Magellanes. Et bien sachez que les Pingouins volent ! Et qu'on ne les trouve que dans l’hémisphère nord. A contrario les manchots ne peuvent pas voler et se contentent de nager, on ne les trouve que dans l’hémisphère sud. Simple non ?

La visite de l'île s'achève, avant de rentrer nous faisons étape devant une autre petite île où c'est une colonie de lions de mer qui se prélasse. Nous sommes assez loin pour ne pas les déranger et pouvons observer les énormes mâles paresser aux soleil tandis que les plus jeunes tètent ou dorment sous l’œil attentif des mères. Chaque mâle possède un harem comportant jusqu'à une douzaine de femelles et sur lesquelles il veille jalousement. Des mâles dits "périphériques" tournent autour ou restent dans l'eau, attendant un moment d'inattention de la part des mâles principaux pour aller s'accoupler avec les femelles. Mais celles-ci doivent être prudentes, si le mâle du harem reconnait à l'odeur qu'un des petits n'est pas de lui (donc de la saison précédente, la gestation est de près de 10 mois) il risque de le tuer. La vie n'est pas simple pour les jeunes lions de mer !

Retour en bateau et petit quiz pour vérifier qu'on a bien écouté. En bons élèves que nous sommes Simon récupère un diplôme de docteur es bestioles marines. Il est pas beau avec son diplôme ?

Par contre il ferme tout le temps les yeux le bougre !

Après ces quelques jours à Punta Arenas, direction Ushuaïa notre ultime destination et le point le plus austral de notre périple !

10
janv

La chance nous sourit encore une fois, alors qu'une voiture accepte de nous prendre en stop pour parcourir les 200km qui séparent el Chalten et el Calafate. Nous avons droit à un petit cours d'histoire de la région.

Une première famille pionnière s'installe dans ce confins à la toute fin du XIXème, soutenu par l'Etat qui donne les terres où vivent pourtant quelques milliers d'Indiens. C'est en 1910 que le hameau occupé maintenant par une dizaine de familles est consacré comme une localité par le Parlement et prend le nom d'El Calafate. Ici rien ne pousse, le sol est couvert de glace en hiver et très aride en été. C'est le mouton qui va devenir le cœur de l'économie locale. Les grands espaces sont progressivement clôturés, fermant le passage aux indiens nomades qui parfois se révolteront, donnant ainsi prétexte à leur extermination progressive et méthodique.

Des centaines de milliers de moutons viendront paître dans ces immenses plaines, alors que le cours de la laine est élevé. Mais à la fin des années 80, le synthétique prenant peu à peu le pas, les cours s'effondrent et c'est une hémorragie qui s'enclenche. En 15 ans, les 3/4 des moutons disparaissent, et les métiers afférents avec. Témoignage de cette crise très rapide, les chiens de berger perdent du jour au lendemain toute utilité. Ils sont abandonnés et se retrouvent par milliers à divaguer dans les rues, affamés. Ils sont encore très visibles un peu partout et parfois dangereux.

La région opère cependant une rapide mutation en misant tout sur le tourisme qui explose. On se presse ici pour voir l'immense glacier du Périto Moreno se plonger dans le lac Argentino. Tous ici travaillent soit dans des bars, resto, hotels, transports. On y vit bien, car le touriste est bien doté, il vient pour quelques jours en avion pour voir le roi blanc, et ne rechigne pas à payer des prix prohibitifs pour se rendre sur place.

Nous trouvons néanmoins un camping municipal, plutôt bien aménagé et ma foi, enfin raisonnable en termes de prix. Nous y resterons finalement trois nuits, car le bus qui doit nous amener au Chili est plein pendant deux jours. Nous aurons l'occasion d'improviser quelques barbecues sur les braseros individuels attachés à chaque tente. Au cas où l'on ne l'aurait pas saisi, nous voilà bel et bien de retour en Argentine.

Le clou du spectacle de trouve à presque 60 km du centre de Calafate. Et comme le prix du transport est à peu près aussi élevé que celui de l'entrée du parc naturel des glaciers, nous tentons le stop.La chance nous sourit, car nous n'attendons pas 10min qu'un remis (l'équivalent d'un taxi en moins cher) sur le chemin pour aller récupérer des gens au parc, nous prenne gentiment.

La renommé du site n'est pas usurpée. C'est une barrière de glace haute de 30 à 50 mètres de hauteur qui s'avance dans le lac. Le site est exceptionnel parce que le glacier se déverse à l'endroit d'un chenal qui rejoignent deux bras d'un même lac. Si bien que depuis la rive opposée au glacier, la vue est imprenable et la glace toute proche. Plusieurs circuits de passerelles, ponctuées d'explication permettent de prendre conscience de l'énorme masse de glace qui chaque jour avance de 2 mètres, et s'effrite dans le lac en produisant un impressionnant fracas.

Le chenal se trouve donc en permanence bloqué par la glace. Au moment de la fonte des neiges, l'eau alimentant le bras gauche du lac ne peut se déverser dans le reste de l'immense lac Argentino. Si bien que le niveau de l'eau s'élève et peut se trouver jusqu'à plusieurs mètres au dessus du niveau du reste du lac. Cette forte pression de l'eau accumulée finit par attaquer la glace et par former de grands tunnels dans lesquels, peu à peu, l'eau parvient à s'échapper. Les photos de ces tunnels, qui n'étaient pas formés quand nous y étions, sont tout à fait fascinantes également.

Ainsi la neige accumulée à plusieurs km, en se tassant, produit une poussée qui amène la glace formée à avancer. C'est l'un des très rares glacier au monde qui demeure stable et ne s'est pas drastiquement réduit comme la plupart de ses proches voisins. Le spectacle est au rdv avec ses immenses plaques bleutées formant une surface hérissée. Les abords du glaciers sont recouverts de glaçons tombés des hauteurs, mais aussi remontés des profondeurs dans de grands bouillonnements.

Winter is coming ! 

Car la partie visible du glacier ne laisse pas imaginer, que par endroit, c'est une paroi de 120 mètres, entièrement immergée qui va tutoyer les fonds glacés du lago Argentino.

7
janv

Retour en Argentine dans la zone des glaciers et de la Patagonie australe.

Premier constat c'est bien plus sec.

Deuxième constat c'est bien plus touristique.

Notre chauffeur du jour nous dépose à l'entrée de la ville et nous laisse hébétés sur la chaussée. Dans la rue principale s'enchaînent hôtel, hostel, hostal et autres cabañas séparés par des restaurants en tout genres. Une seule constance : la flambée des prix et la nuée de backpackers, ou plutôt de touristes dirons nous. Nous sommes loin des ambiances intimistes du Chili...

Nous échouons tout naturellement dans le camping de la ville, les tentes jouent au coude à coude, le vent tente d'arracher les moins solides d'entre elles. C'est non sans fierté que nous voyons notre petite Doite, rester bien droite, à peine dérangée par les violentes rafales. Côté équipement on a vu mieux... Foyer surpeuplé, équipements de cuisines réduits à de simples feux avec fuite de gaz, internet inexistant - par contre les sanitaires sont tout neufs et c'est un sacré bon point.

La bonne idée, les cartes de randonnée sur les tables !
ça souffle, boudi !  

Une serveuse nous apprend que le village est totalement artificiel. Il est créé dans les année 80 sous l'impulsion de l'état qui donne littéralement les terrains à qui veut les prendre. Le but est de peupler le territoire et rendre vaine les prétentions expansionnistes du Chili qui pousse au niveau du Lago Desierto. Quasi 40 ans plus tard le succès est flagrant, le parti pris du tourisme était apparemment la bonne solution.Sauf pour nous, cette marée humaine nous plonge dans une certaine apathie liée aussi à la fatigue de la traversée.

La ville, pas très impressionnante dans sa vallée

Toujours est-il que nous partons visiter un peu le fameux parc d'el Chalten. Première rando direction le cerro Torre. Comme pour toutes nos prochaines randonnées, c'est l'entame le plus physique. Il faut sortir de la vallée et grimper les premiers versants. Le cœur s'emballe, d'autant plus que le soleil est de la partie et nous fait suer à grosses goutes. Le reste de la balade est bien plus tranquille, nous montons petit à petit jusqu'à atteindre le premier mirador offrant une vue imprenable sur le Cerro Torre et ses copains plus petits. Le ciel s'est couvert pendant l'ascension mais nous profitons des dernières minutes relativement dégagées pour prendre quelques photos avant que les sommets ne disparaissent complètement dans les nuages.

Notre destination est le petit lac glacière situé au pied du Cerro. Nous descendons dans la vallée et longeons la rivière. Nous traversons des zones de forêt peu dense, et d'arbustes plus serrés. Dernier tronçon, un pierrier ou peut-être une moraine et nous surplombons le lac. Avec le manque de lumière et la grisaille des nuages l'ensemble est comment dire... décevant. Trop de terre dans l'eau et le lac n'a pas cette couleur bleu des eaux de glacier, et la vue sur les sommets est complètement bouchée. Un pauvre iceberg flotte tristement sur le lac. Heureusement un renard se met de la partie et met un peu d'animation autour du lac. Il faut dire que la bestiole pas farouche pour un sous, jappe en direction d'un groupe en plein pique-nique. Le renard veut sa part ! Heureusement tout le monde (ou presque) a bien lu les consignes du parc et personne ne nourrit l'animal, qui finit par repartir après un bon quart d'heure à jouer les stars.

What does the fox say ?

Retour tranquille à El Chalten même s'il se fait sous la pluie. Le bon constat de la journée ? Après nos folles randonnées avec les sacs, ces balades à la journée avec juste de l'eau et de quoi manger sont plutôt simples. Il faut croire que nous sommes un peu plus en forme qu'à notre départ...

Deuxième jour, les rafales de vent très fortes nous poussent à rester dans la ville. L'apathie s'accentue, nous en profitons pour aller trouver de nouvelles chaussures pour Simon. Ses grolles prennent bien trop l'eau pour continuer longtemps comme ça, surtout dans cette région ! Nous nous baladons un peu dans le centre qui n'a vraiment aucun intérêt. Fin de la journée dans la petite parillada juste en face du camping, aux tarifs abordables. Nous nous posons la question de faire le trekk du Huemul. C'est apparemment magnifique, un trekk de 3 nuits, avec passage de cols vertigineux, vue sur le glacier Viedma - le deuxième plus grand d’Amérique du sud-, de la marche sur glacier et des traversées de rivière en baudrier sur un filin. A priori que du rêve, la seule chose qui finit par nous bloquer c'est la descente du deuxième jour : près de 1000m de dénivelé avec une pente aux alentours de 60/70° au milieu d'une forêt, nécessitant plusieurs heures pour en venir à bout. N'étant pas à l'aise dans les descentes raides et ne voulant pas risquer une blessure nous finissons par abandonner l'idée. Ce sera pour une prochaine fois.

Troisième jour, nous repartons vers les cimes, cette fois direction le campement poincenot. Cette randonnée est un peu plus longue et physique que celle du premier jour, mais rien d'insurmontable. Assez vite nous sommes suffisamment haut pour profiter d'un panorama sur une vallée immense au fond de laquelle serpente une rivière. Au sommet de notre sentier nous atteignons un petit plateau, entre les deux vallées, où se succèdent plusieurs miradors pour admirer le Fitz Roy. Nous avons de la chance le ciel est plutôt dégagé, même si les nuages s'accrochent au sommet. Malgré 40 minutes d'attente dans le vent, impossible d'avoir une photo totalement exempte de nuages. Pendant ce temps j'échange quelques mots avec des randonneurs aux sacs remplis de cordes et de piolets. Ils nous apprennent qu'ils vont grimper le Poincenot, c'est le sommet à gauche du Fitz Roy. Pour l'atteindre ils vont grimper la rampe de neige et de glace à ses pieds, puis grimper les centaines de mètres de paroi verticale, dans le vent et le froid, le tout en à peu près 24h. Impressionnant (et totalement déraisonnable !).

Zoomez sur celle en bas à droite pour connaitre le petit nom de chaque sommet ! 

Simon abandonne sa quête de la photo parfaite et nous repartons sur le sentier qui descend la vallée pour atteindre le campement. Nous finissons par atteindre une petite rivière, nous sommes en amont de la rivière vue précédemment dans l'autre vallée, à l'eau cristalline. Nous atteignons enfin le campement où nous retrouvons quelques jeunes gens, suivant le même trajet que nous depuis Rio Tranquillo. C'est le moment d'une pause déjeuner au milieu des arbres à profiter du soleil. Nous nous tâtons quelques minutes, la laguna de los tres, se trouve à une heure de marche et quelques 400m de dénivelé. Finalement, la flemme à raison de nous et nous nous contentons de rebrousser chemin après une petite sieste au soleil. Au retour, nous prenons un autre embranchement qui nous amène sur les berges de la laguna capri.

Retour tranquille El Chalten, nous récupérons nos sacs et partons à la sortie de la ville faire du stop en direction d'El Calafate. Certes les montagnes sont belles, mais nous ne sommes pas dans une bonne énergie, le retour approche et il faut croire que nous commençons à saturer. Trop de monde partout, trop l'impression d'être une outre à frique, nous n'avons pas envie de passer plus de temps par ici, espérons que plus au sud notre sentiment change un peu.

Une fois n'est pas coutume on s'est fait shooté !
3
janv

Apres la douce étape de Rio tranquilo, nous poursuivons notre route vers le sud. Quelques 350 km sur cette carretera australe, essentiellement parcourue par les cyclistes attirés par cette route mythique qui traverse le Chili.

Nous ferons étape à Cochrane en traversant vallées et cols, au travers de paysages vierges, souvent très humides recouverts de belles forêts et de lacs, parfois plus secs et rocailleux. Une nature brute où quelques hommes se sont installés, il y a moins d'un siècle sur des terres offertes par l'état en quête d'une valorisation de cet immense territoire.

Jusqu'à la construction de cette route reliant à Santiago, aucun moyen de communication si ce n'est quelques aérodromes. Des villages autarciques reliées parfois entre eux par des chemins, ou des lacs sur lesquels quelques bateaux pouvaient de temps à autre, faire la liaison.

et nous, nous n'en avons parcouru qu'un gros tiers depuis Puyuhuapi

C'est peu dire que l'arrivée de la Carretera australe à la fin des années 80 bouleversera cet équilibre. Les villages autrefois très peuplés, se sont vidés de leurs habitants pour accueillir les touristes urbains en quête de grands espaces et de vierge nature. Les jeunes partant plus loin pour faire leurs études, les économies minières faisant place peu à peu à l'économie touristique venant irriguer des territoires désormais à préserver.

Un immense projet hydroélectrique visant à fournir de l'électricité à l'ensemble du pays à d'ailleurs été vivement combattu au début des années 2000. Il supposait des infrastructures gigantesque de transport de l'électricité, et la destruction de l'écosystème des bassins hydrologiques si riches du grand sud.


La longue route sans asphalte, de terre et de gravillon damée, nous conduit donc jusqu'à Villa O'Higgins, ultime étape de cette route terrestre, enfin presque, puisque nous devons prendre un bac pour traverser un grand lac, à mi chemin.

Ensuite le territoire Chilien est envahi par la glace du Campo de hielo sur, une des plus grande réserve d'eau douce du monde. Un champ de glace à perte de vue, constitué de l'accumulation des neiges que les précipitations venant du Pacifique déferlent sur le barrière andine. Au delà de ce champ, plus à l'ouest, le territoire Chilien est composé d'un chapelet d'îles totalement isolées et d'après ce que j'en ai compris inhabitées. Plus de place donc pour une route. Pour retrouver la terre ferme, il faut passer par l'Argentine, et atteindre la terre de feu.

C'est quelque chose de surprenant que de se dire que nous arrivons dans la dernière ville, au bout de cette route sans fin. Nous éprouvons un peu de soulagement de quitter le bus qui nous aura conduit sur les 250 derniers km en presque 6h. On va lentement sur la Carretera ! Le village ressemble à un gros bourg, plutôt agréable et surtout bien fourni en commerces pour se ravitailler. Car à Villa O'Higgins on attend.

Matin légèrement couvert à Villa O'Higgins

Au bout de l'immense Fjord qui baigne les rives du village, on devine la frontière Argentine, et derrière elle, les deux grands points d'intérêts de la Patagonie Argentine : El Chalten et son fameux Fitz Roy et El Calafate. Voilà donc notre objectif en vue. Mais avant d'y parvenir, il faudra traverser le long fjord, marcher deux jours et montrer patte blanche aux douaniers argentins. Or depuis que le gros bateau qui faisait la traversée, s'est retrouvé coincé à quai pour un problème de moteur, tout repose sur un petit bateau, beaucoup plus dépendant du temps.

on ne le voit pas le bateau caché par les zodiacs de la gendarmerie, tout droit sortis de Batman

Ainsi quand nous sommes arrivés, certains attendaient depuis 4 jours que les vagues soient moins fortes et permettent la traversée. Notre bonne étoile nous a permis d'être inscrit sur la liste du premier bateau, alors que deux places venaient de se libérer. Départ prévu vendredi matin à 6h40. Nous avons seulement une petite journée à attendre.

Nous nous installons dans un camping cosy, le Mosco, doté d'une belle salle commune avec cuisine merveilleusement bien équipée et remarquablement tenu. Ici on refuse des gens dans le camping quand on sait qu'il sera difficile de les faire tenir dans la salle. Tous n'ont pas ces scrupules. Nous échangeons donc avec nos comparses, essentiellement des cyclistes et quelques marcheurs. La journée de jeudi est abondamment pluvieuse et nous la consacrerons donc à la lecture ou à la préparation de nos articles du blog, avec un wifi très très lent.

A sa couleur plus franche, vous avec compris que ce n'était pas notre tente ! Nous nous sommes installés plus loin, au milieu d'un...

Dehors le paysage se transforme sans arrêt. Entouré de nombreuses montagnes, on voit certains monts disparaître quelques heures sous les cohortes de nuages, et se dévoiler peu à peu, une fois que la pluie cesse. La lumière change et nous constatons maintenant que le jour ne baisse qu'après 22h30.

La nuit est courte, à 5h30 nous nous levons pour ranger tente et sacs sous les premières lueurs du soleil. À 7h nous sommes au port. Le vent est tombé et le ciel est rosé par les premiers rayons du matin. Le paysage du fjord est magnifique avec cette eau bleu légèrement turquoise.

Nous partons après avoir entassé progressivement tous les sacs des cyclistes à l'intérieur, et les vélos à l'arrière. 16 personnes et maximum 8 vélos. La traversée dure deux bonnes heures, tout est calme sur le fjord. Arrivés au bout de celui ci, sur le lago O'Higgins les vagues de côté font un peu tanguer. Ce sont ces vagues qui empêchent le bateau de partir quand bon lui semble. Les jours de mauvais temps, des creux de 2 à 4 mètres se forment et les petits bateaux peuvent se faire renverser.

Une chaine humaine, entre voyageurs de l’extrême la coopération est toute naturelle. Sauf pour Simon, qui prend des photos...

Une fois de l'autre côté, la vue sur le lac est grandiose, le soleil est étincelant. Passage chez les carabineros Chiliens pour sortir du Chili et après un petit déjeuner au pied du bâtiment, nous partons.

Après avoir soufflé comme des bœufs dans la belle montée, nous voici en fond de vallée avec une vue directe sur le Fitz Roy. Il est très beau avec ses deux pics. La marche est assez facile sur une route quasi plate.

20 km à pieds, ça use, ça use .... 

Déjà 14km que nous marchons et nous arrivons à la frontière terrestre marquée par deux panneaux. La route s'arrête et nous retrouvons les petits sentiers mignons de montagne. Tout à fait faisable pour des marcheurs, mais les cyclistes, eux chargé comme des mules peinent terriblement. Impossible de rouler, il faut pousser le vélo !

Nous commençons sérieusement à fatiguer quand enfin nous voyons que commence la descente vers le lago desierto et son aire de camping. Après avoir fait tamponner nos passeports, nous pouvons enfin nous poser et monter la tente. Le lac et le Fitz Roy en arrière plan semble avoir été agencé là volontairement tant le paysage ressemble ici à une mise en scène.

Après une bonne et longue nuit, le temps de flemmasser un peu, nous partons un peu après midi pour le dernier morceau. Contrairement à plusieurs de nos compagnons de traversée nous ne prenons pas le petit bateau qui permet de franchir le petit lac.

Nous rencontrons pour la première fois, ces drôles d'oiseaux, on dirait des ibis. 

Un joli chemin, qui monte et descend comme des montagnes russes permet de longer le petit lac. La route est belle mais fatigante et nous arrivons épuisés à bon port.

Une petite heure plus tard un suisse allemand nous prend dans son pick up pour faire les 30 derniers km jusqu'à El Chalten. Je n'ose pas dire Vive la Suisse, mais il tombait du ciel !

vue imprenable depuis le pick up



31
déc

Après nos quelques jours de survie en milieu hostile nous optons pour un peu de confort et deux nuits en chambre avec de vrais lits chauds et douillets pour nous remettre d'aplomb. C'est donc chez Marcella, au camping et Hostel Bellavista que nous allons poser nos affaires. Sur place nous faisons la rencontre de 4 français, mordus de cyclisme et venant du sud. Nous nous intégrons petit à petit à leur groupe, soudé par deux semaines de route ensembles. Il faut dire que la ségrégation à l’œuvre dans l'hostel entre campeurs et clients de l'hostel n'aide pas. Faire coucou à travers la fenêtre de la cuisine toute équipée, alors qu'ils sont dans la zone "refuge"à cuisiner au réchaud n'est pas du meilleur effet.

Heureusement pour le nouvel an, Marcella, qui nous a adopté nous ne savons trop pour quelle raison si ce n'est notre charme de gendres parfaits, ouvre l'accès à la cuisine à nos amis ! Joie et bonheur, nous faisons donc un diner de nouvel an en bonne et due forme. Crackers au sésame, brioche à l'ail et au fromage, chips et Guacamole font notre apéritif, tandis qu'un poulet basquaise, des légumes au wok et un gratin pommes de terre/courge nous servent de plat principal. Pour saucer, quelques pains maisons aux graines, et en dessert une tarte au citron meringuée et une mousse au chocolat. Le soft power à la française est encore une fois l’œuvre et les autres clients ne peuvent que baver de jalousie face à notre débauche de savoir faire gastronomique.

Seul contrecoup : le vaseux de notre réveil le lendemain à 7h, alors que nous partons en excursion sur le bien nommé Glacier Exploradores.

Quelques vues du lac depuis la grève

C'est parti pour une bonne heure de van jusqu'à l'entrée du parc. Encore une heure, une heure et demi de marche dans un pierrier jusqu'à atteindre le glacier, caché sous une couche de pierres et de graviers.

Nous sommes déjà sur le glacier même si seuls les graviers sont visibles

Nous apprenons que le pierrier que nous venons de traverser est en fait la Moraine, soit l'ensemble de rocs et de pierres repoussées par le front du glacier il y a quelques millénaires de cela. Il y a donc la moraine latérale que nous avons traversé, et la moraine frontale bien plus dessinée et qui donne une bonne idée des masses de glace en jeu.

Les moraines frontales et latérales

Nous enfilons nos crampons, on nous apprend la bonne façon de marcher avec et nous partons à l'assaut de la glace. Nous slalomons entre les failles et trous formés par l'action des pierres sombres chauffées par le soleil. La chaleur ainsi dégagée entame la couche de glace et crée des puits dans lesquels les cailloux s'enfoncent. De trous en trous, l'eau ruisselle, emporte la glace avec elle et les failles se forment. Parfois ce sont de gros blocs de pierre qui finissent par se décrocher de la gangue de glace les environnants, créant les cavités qui parsèment le paysage. Absolument magnifique.

Alors que nous crapahutons dans des petites cavernes les pieds dans l'eau, le vent et la pluie se mettent de la partie. Pas de quoi entamer mon enthousiasme, par contre Simon devient un peu chafouin. Heureusement la balade touche à sa fin, nous atteignons le point le plus avancé de notre balade sur le glacier. Nous avalons un petit sandwich accroupis dans un renfoncement pour nous abriter du vent - Simon continue de râler- avant de prendre le chemin du retour. Même sous la pluie et le manque de lumière, le paysage est impressionnant.

Dans la caverne l'eau recouvre nos chaussures, ça ne transperce pas mais on sent bien le froid !

C'est légèrement transis que nous rentrons à l'hostel, triste de devoir quitter notre chambre pour la zone camping : les finances sont à nouveaux au plus bas après notre expédition... Heureusement Marcella veille sur nous, mous sommes donc invités avec deux allemands à rejoindre sa table avec une partie de sa famille pour gouter le Dindon cuit au bouillon. C'est accompagné d’œufs durs dont le jaune a été mixé à des moules, d'une mayonnaise maison et d'une petite salade pour faire bonne figure. On se régale ! Et les autres français sont un peu jaloux. Comme quoi nous avons été inspiré d'offrir un peu de mousse au chocolat à Marcella ! Comble de l'attention, elle nous donne de grosses couvertures pour nous abriter du froid pendant notre nuit en tente. On est chouchoutés et on adore ça !

Les baies de calafate qui ont donné leur nom au parc éponyme

Le lendemain, encore une fois, réveil à l'aube. Cette fois nous allons faire du Kayak sur le Lago General Carrera (le plus grand lac du Chili, et partagé avec l'Argentine) pour aller admirer la Capilla de Marmol. Ce sont des affleurements de marbre qui percent la surface du lac suite à des plissements de terrains. La surface se creuse petit à petit quand une couche acide se forme sur le lac à cause de pluies ou d'autres phénomènes. Le résultat est magnifiques, les blocs de marbres sont veinés de Schistes, et colorés en fonction des sédiments panachant le marbre.

Non content d'avoir des formes torturées, les rocs sont aussi percés de tunnels permettant de circuler dans leurs entrailles. L'occasion de toucher le marbre, et d'observer la partie immergé de plus près. Avec le soleil éclatant dont nous profitons, et le vent quasi absent, le marbre est illuminé des reflets de l'eau d'un bleu turquoise magnifique.

Un moment de calme et de relaxation à se laisser bercer par le rythme des vagues. Nous sortons vainqueurs de l'épreuve pourtant redoutable du Kayak en couple, c'est sûr : aucun obstacle ne pourra plus nous arrêter.

Retour à l'hostel, adieu touchants à Marcella et nous allons attendre le bus pour rejoindre Cochrane, simple ville étape sur notre route vers Villa O'Higgins, le terminus de la carretera austral.

27
déc

Jour 1

17h03

La camionnette que nous avons attrapé après avoir attendu 3h, qu'une voiture nous accepte comme auto stoppeurs, nous laisse enfin au début du sentier. Nous sommes transis, le froid et la pluie à l'arrière de la camionnette se sont acharnés.

17h15

Personne à la guitoune du parc pour acheter les tickets. Nous passons et avançons sur un chemin qui grimpe jusqu'à atteindre un petit bois. Il pleut toujours.

Soudainement la pluie s'arrête, le ciel se déchire et le soleil se met à briller. Le vent arrêté par ce bois de feuillus nous épargne un peu. On sèche !

y a plein de petits veaux

17h36

Nous croisons un énorme troupeau de vaches couleurs baies, effrayées par notre approche, elles nous précédent en meuglant tant et plus. Nous sommes prudent, soucieux de ne pas se faire encorner.

18h10

Nous changeons de vallée, et avons laissé les vaches paître sans nous. Paysage bucolique à l'horizon, un joli ruisseau coule entouré de quelques arbres couverts de lichens, comme une longue barbe.

18h53

Nous avons marché 5 km, la luminosité n'a pas bougé. Ici le soleil se couche à presque 22h. Nous sondons les sols. Ici pas d'eau, nous poserons la tente. Petit abri improvisé pour le réchaud qui va nous permettre de profiter d'une petite soupe.

Jour 2

03h25

La nuit est sèche. RAS

9h12

Les marmottes sortent de la tente. Le temps de préparer un thé, de manger un peu de cake de Noël sous un ciel à peine nuageux.

Nous sommes seuls, quelques oiseaux gazouillent.

11h59

Nous partons. Qui veut voyager loin ménage sa monture ! Le chemin suit le ruisseau et en rencontre d'autres. Surprise aucun pont.

Il faut se déchausser et enlever le pantalon pour être sûr de ne pas être mouillé. Le flot n'est pas trop fort. Mais l'eau est gelée. Ça retend les chairs.

Alex ne tombe pas. Il a trouvé deux bâtons qui le soutiennent.

12h15

Deuxième petite rivière, curieusement l'eau ne se réchauffe pas. Mais nous connaissons désormais le cérémonial. Les chaussures restent sèches, rien ne nous arrête.

13h28

Nous venons de traverser la quatrième rivière. Alex a exprimé un peu d'insatisfaction, nous pensions en avoir fini après le 3ème. Il se met à pleuvoir. Quelle joie !

Chaleuuuur !

14h10

Nous arrivons à une vieille zone de camping. Beaucoup d'arbres morts effondrés sur les tables de camping à côté de la cabane des rangers.

Nous mangeons notre boîte de haricots, chauffée directement sur le réchaud. Un festin.

15h20

Nous parvenons au pied de la chaîne de montagne, dans une grande vallée, formée par un immense lit de pierres. Le glacier a du arriver jusque là, il y a très longtemps.

Toutes les pentes des montagnes sont sillonnées par de petites rivières qui forment autant de cascades.

Nous avons été rattrapés par plusieurs couples, dont des français. Ils sont arrivés tôt, ce matin et ont l'air bien entraînés. Ils s'arrêtent sur la zone camping. Nous continuons.

16h49

Voilà une bonne heure que nous montons en direction du col. Quelques averses, le ciel se couvre. Les grands feuillus nous protègent. Le col est visible, à encore 250 mètres d'altitude de là. Nous posons la tente. Déjà 14km que nous marchons.

alors heureux ?

19h16

Pâtes aux moules cuites dans le reste de velouté à la tomate lyophilisé. Alex avait eu un doute quand j'avais empoigné le paquet de tagliatelles, sans savoir dire pourquoi. Nous comprenons. Manger ces longues pâtes sans fourchette relève de l'exploit. Malgré l'équipement limité (=léger), nous nous régalons.

20h10

Nous sommes montés, il commence à faire plus frais. Mais nous sommes content, il ne pleut pas.


Jour 3

03h18

Il pleut !

05h40

Il pleut toujours

8h20

La pluie s'acharne. Pas de répit pour les backpackers. Il faut se résigner à ranger la tente trempée. Nous rangeons, petit déjeuner rapide dans la tente.

9h10

La place est dégagée, tout est rangé dans les sacs, les couvres sacs anti pluie dont déployés. Nous montons.

10h30

La neige s'approche. La pluie a faibli, nous sommes dans le nuage lui même. Visibilité moyenne. Premiers pas dans la neige déjà vieille, dure. Il ne faut pas glisser. Alex exprime son enthousiasme, moi mon inconfort. Nous sommes en haut.

Ah non en fait, le col fait un petit creux puis remonte un peu plus fort.

Dans la pente, Alex tente de se laisser glisser en position de skieur. Il finit de descendre sur les fesses avec un sourire coupable. J'éprouve une pointe d'agacement.

11h25

J'ai les pieds gelés, j'ai glissé deux fois. J'adore la neige. Nous redescendons et quittons enfin les sols gelés. Grand pierrier en perspective. La pente est vertigineuse. À droite, l'eau glisse sur les parois pour former une belle chevelure d'écume. Descente progressive.

12h

Nous atteignons la forêt. La prochaine aire de camping où nous pourrons déjeuner n'est plus très loin. 3km à peine.

12h36

Le gps est formel, c'est ici que le chemin traverse le fleuve qui se déverse à gros bouillons. Mais le pont qui permettait la traversée est en miettes. Coupé sur au moins 3 mètres. Nous essayons un peu plus bas. Il y a comme un chemin. Nous ne sommes pas les premiers.

12h55

Des gens sont passés par là, aucun doute. Des troncs font la jonction avec les premiers gros rochers. Mais il reste un beau saut à faire entre les deux rochers tout au bout, au dessus des flots furieux. Alex dit qu'il n'arrivera pas à traverser en sautant. Inutile de réveiller l'hernie discale !

Essayons plus bas.

13h05

C'est officiel après avoir plongé le pied dans un trou de boue, ma chaussure gauche fait splotch splotch. J'avoue une certain découragement. Mais pas question de repasser le col enneigé non plus. Il faut traverser. Là plus bas, la rivière se divise en deux. Le courant a l'air fort mais on devrait pouvoir traverser. Le sort s'acharne... Il pleut à saut maintenant.

Une fois déshabillé, je passe en premier, l'eau me monte jusqu'en haut des cuisses. Mais ça passe. Alex aussi. Soulagement. On reste sur l'île centrale quelques instants pour sécher au soleil qui vient d'apparaître et se remettre un peu de ces émotions fortes. Le plus dur est fait.

14h10

Nous y sommes presque. Encore un ruisseau à gros bouillons à traverser. Mais un gros tronc le traverse. Ça semble solide. Je passe non sans avoir une légère frayeur, le centre du tronc est très glissant. Alex se lance, il s'appuie avec ses deux bâtons, il avance bien, méthodique.

Non il perd l'équilibre, il bascule, son flanc droit glisse vers l'eau. Le pied va plonger...

Mais tombe comme pas miracle sur une branche juste en dessous qui le retient. Il s'accroupit sur le tronc et avance peu à peu.

Nous avons tremblé.

14h43

Nous atteignons la zone de camping. Largement délaissée. Nous faisons un peu de riz cuit dans un bouillon cube de volaille. Aucune envie de cuisiner davantage. Il fait assez froid. Sous les arbres et dans le vent. nous avons toujours les pieds mouillés.

15h35

Nous repartons. Nous croisons un groupe de trois marcheurs. Ils sont partis ce matin de l'autre côté, et nous demandent combien de temps il reste, avant d'arriver. Euhhhhh ben deux jours au moins si vous êtes pas tombés dans l'eau avant.

Ils réalisent qu'ils n'ont pas pris le bon embranchement ! Il faut rebrousser chemin.

16h

Nous perdons la trace du sentier. Puis la retrouvons apres être remontés dans le lit d'un ruisseau qui s'écoule fort. Nous sortons de la zone boisée enfin. Juste au dessus de nous, le cerro castillo, avec ses sommets déchiquetés qui forment comme le rempart d'une citadelle. Un petit glacier nous surplombe.

Le ciel se dégage peu à peu, de petits nuages sont accrochés par les tourelles et se détachent lentement sous l'effet du vent qui souffle fort.

16h49

Nous y sommes, la zone de camping, jolie, assez sèche, pas trop mal abritée. Nous sommes la deuxième tente, nous prenons le meilleur spot, le mieux protegé.

la toile de la tente sèche de l'eau de la nuit précédente

17h18

La tente commence à sécher grâce au vent. Au moins ne sera-t-elle pas humide pour la nuit. Un peu de grésil tombe. Alex tente un feu, mais rien à faire, le bois est trempé.

19h02

Je rentre dans la tente après m'être enfin déchaussé. J'ai mis tout ce que j'avais de plus chaud. Chaussures et tongs sont bien mouillées, aucune chance que je ressorte. Alex est de corvée cuisine ce soir. Petit risotto grâce à la deuxième soupe saveur asiatique et un riz un poil surdosé. Un régal.


Jour 4

07h18

Il a fait froid cette nuit. En se collant l'un à l'autre, nous avons réussi à nous tenir chaud. On se rendort.

09h15

Je convainc Alex de sortir de la tente. Il fait froid mais beau, le ciel est dégagé. Les chaussures ont un peu séché. Elles restent au soleil un bon moment.

on voit bien à droite le col enneigé de la veille. heureusement qu'il faisait beau quand on l'a traversé !

10h52

Nous partons un peu moulus, mais la fin est proche. Le panorama est magnifique. On monte quelques instants jusqu'à arriver un lac glacière bleu azur magnifique, au pied du Cerro. On voit, au loin, le col que nous avons passé la veille, bien dégagé, sous le soleil.

12h45

Nous atteignons le sommet le plus haut de la randonnée, et là apparaît le paysage de l'autre côté, vers la plaine. Incroyable, une succession splendide de lacs et de montagnes. Nous mesurons notre altitude, devant ce paysage dégagé. C'est parti pour la descente sous un beau soleil.

14h18

La pente est forte. Presque 1100 mètres de dénivelé en descente. Alex a perdu son sourire, le chemin est assez vertigineux mais il n'y a pas vraiment de risque de danger. On avance doucement. Atteignons les premiers bosquets d'arbres, puis progressivement les collines joliment arborées.

16h35

Nous avons passé la petite guitoune, nous y sommes, à la fois heureux et fatigués de ce beau trek de 4 jours. Nous allons nous poser sous l'abri bus pour faire du stop jusqu'à puerto río tranquilo.

24
déc

Atterrissage à Balmaceda à une cinquantaine de kilomètres de Coyhaique, capitale de la XIe région : la Patagonie australe.

Encore une fois le choc est rude, nous avons quitté le sable, la chaleur et la sécheresse d'Iquique pour le froid, l'humidité et la verdure. Mais il faut avouer que ce 24 décembre loin des nôtres n'est pas le plus folichon qui soit. Surtout qu'ayant opté pour la solution la plus économique trouvée sur internet, nous passons le soir de Noël chez un Airbnb qui a invité quelques amis... Notre recherche d'un restau ouvert ce soir fait choux blancs, et c'est in-extremis que nous faisons quelques courses pour un repas sortant de l'ordinaire : steak et pommes de terre sarladaises. Manque de bol la viande est dur comme du cuir, et le Bio Sel (?) de nos hôtes bien plus salant que prévu. Bref, notre soir de Noël nous voit nous coucher vers 22h un peu déconfit...

Mais concentrons nous sur le positif : nous partons en direction du Parc National de Queulat avec l'idée de voir notre premier glacier ! Sur les conseils d'à peu près toutes les personnes croisées, nous tentons le stop, et c'est une franche réussite. Quatre véhicules s'enchaînent sans jamais attendre plus de 30 minutes, pour nous déposer à l'entrée du parc. La végétation est luxuriante, et nous restons abasourdis par la taille des feuilles d'un type de fougères. L'eau goutte de toutes parts, la moindre feuille effleurée répand des chapelets de goutellettes glacées.

notre premier trajet dans une benne de camion

Le soir tombe et nous plantons la tente dans le petit camping à l'entrée du parc, l'occasion pour nous de tester notre brûleur fraîchement acquis. Baptême du feu dans le vent et la bruine et c'est une évidence : le premier prix est d'une qualité franchement médiocre. Mais l'eau chauffe et c'est le principal. C'est au matin, en allant payer notre nuit, que nous découvrons que nous ne sommes pas seuls. Le parc est même pris d'assaut ! Cars et voitures nous dépassent en direction du parking.

Après la traversée du Rio aux flots tumultueux sur un pont suspendu, c'est parti pour quelques 3 heures de marche aller retour, sur un sentier forestier partant à l'assaut de la vallée. Nous dépassons rapidement un groupe d'Allemands pour traverser, en pionniers du jour, les zones de boue, et d'eau. Il faut dire que les filets d'eau que nous croisons, optent parfois pour la facilité, et dévalent le versant en passant par le sentier creusé par les touristes. De quoi nous assurer quelques moments dignes d'un parcours de santé.

Au terminus, la végétation s'écarte enfin, et nous pouvons voir de l'autre côté de la vallée le fameux glacier au bleu profond. Sous sa masse l'eau de fonte coule et jaillit en une immense cascade alimentant le lac et la rivière à ses pieds. On comprend mieux le tumulte des flots et nous réalisons que le bruit de tonnerre que nous avions entendu précédemment, était en fait un bloc de glace tombant sur les rochers.

Alors que nous sommes rejoins par un couple à priori Allemand, une petite souris, pas farouche pour deux sous vient s’égailler entre nos pieds. Son pelage fourni la fait ressembler à une boule de poils sur patte, toute perlée d'humidité. On la suspecte de faire du charme aux touristes dans l'espoir de récupérer quelques graines.

Hop hop nous redescendons au pas de course ! C'est qu'il commence à faire faim et surtout il faut revenir sur Coyhaique ! Déjeuner rapide sur la Cocinilla (le réchaud en espagnol), et nous remballons notre bardage pour rejoindre la route. Une fois encore la chance nous sourit et nous voici de retour à Coyhaique en quelques heures. Par contre nous sommes gelés, nous avons passé la dernière heure et demi à l'arrière d'un pickup et le vent nous a transpercé malgré nos multiples couches. Un bon repas au chaud, dans le foyer d'un minuscule camping et une douche brûlante plus tard nous sommes murs pour nous coucher sur les coups de 22h.

Quelques vues depuis le pick-up

D'ailleurs sous ces latitudes et en plein été, le soleil ne se couche pas avant 22h30. C'est très perturbant d'avoir un temps qui pour nous ressemblerait au début du printemps, avec un tel temps de lumière. Le corps est légèrement perturbé, mais pas au point de nous empêcher de sombrer comme des masses.

Il faut dire que demain réveil à l'aube ! Nous voulons rejoindre le sendero chileno qui débute à las Horquetas, à quelques 66km de là et serpentant aux pieds du Cerro Castillo.

22
déc

Dernière étape dans le nord, nous nous dirigeons depuis San Pedro vers Iquique. Nous traversons d'immenses zones désertiques en regardant, pour tromper un relatif ennui, une série B américaine racontant la destruction de la Californie sous l'effet du Big One. Dans ce pays si sismique, le film aussi mauvais soit-il, fait tout à fait écho. Pour l'instant d'ailleurs nous n'avons jamais senti la terre trembler !

Puis soudainement, nous sortons de ce grand plateau désertique pour brusquement voir l'océan... Et coincée entre l'eau et les falaises qui montent sur le plateau dont nous venons, la ville s'étire sur une longue bande littorale. Grande ville moderne, dont l'activité repose sur le grand port de marchandises et puis aussi les jolies plages qui attirent les Chiliens pour leurs vacances.

La ville est un intéressant condensé de l'histoire économique chilienne, essentiellement portée par les activités extractives. On voit dans une longue rue, les traces de ce passé glorieux, avec ces riches maisons de bois, aux jolies balustrades, peut être d'inspiration louisianaise.

Le joli théâtre à l'italienne sur la place principale et les quelques cafés particulièrement décorés apportent une petite touche de fantaisie à une ville qui en se modernisant c'est finalement un peu banalisée. De grandes tours sur le front de mer, typique d'un urbanisme balnéaire font un peu tâche. Le tout n'a pas grand charme.

Nous sommes de toute façon un peu fatiguée de notre mois et demi de pérégrinations et en profitons pour nous poser dans le confortable Airbnb que nous avons dégotté. Nous réalisons aussi que l'extrême sécheresse de l'Altiplano et du tropique finit par nous peser un peu. Vite du vert.

Dans cette ambiance calme, qui nous permet d'avancer sur le blog, nous poussons néanmoins jusqu'à la principale attraction des alentours. Le village d'Humberstone.

Ce village fantôme bâti autour d'une fabrique de salpêtre et d'engrais est resté dans son jus depuis qu'il a été abandonné dans les années 60. Conservé par la sécheresse du climat, nous voilà donc face à un vestige unique de l'exception industrielle de ce pays dont toute la richesse aura été bâtie sur le salpêtre au 19eme et sur le cuivre au 20eme. Des centaines de travailleurs étaient installés dans la dizaine de rue qui se croisent et alignent les différents édifices publics.

Une grande école aux petits pupitres, un marché avec ses petits stands autour d'une petite horloge (?), l'hôtel pour les acheteurs ou les ingénieurs étrangers de passage et enfin le petit théâtre en bois. Curieuse ambiance que ces rues délaissée battues par le vent chaud du désert, digne d'un décor de film de zombie ou de fin du monde.

À l'évidence, les conditions de vie ici était affreuses, entre les travaux de transformation du salpêtre en engrais, la sécheresse du climat et la consciencieuse exploitation des ouvriers par les maîtres. Ici point de salaire, mais une monnaie parallèle acceptée dans le seul magasin du village. Ils étaient ainsi pieds et poings liés sans aucune chance d'émancipation.

L'engrais produit sera exporté partout dans le monde alors que l'agriculture européenne commence à accroître sa productivité et ses rendements. Des publicités en toutes les langues, vantant les mérites de l'engrais chilien, montrent le début d'une mondialisation naissante.

Un siècle plus tard, je ne suis pas sûr que grand chose ait changé. Les richesses du sols restent la première source de croissance et d'emploi du pays et rien ne semble arrêter cette frénésie minière. Dans les sables du désert, les filons sont sans fond.

17
déc

Dernière virée au Nord, et changement d'ambiance radical depuis Valparaiso. Si nous sommes toujours entre le Pacifique et les Andes c'est ici le domaine du sable, du soleil et du vent.

Quelle surprise de découvrir à notre arrivée que San Pedro est une petite oasis de verdure au milieu du désert. Une petite rivière traversé le village de part en part, apportant fraîcheur et un peu d'eau pour la végétation. Nous passerons nos nuits dans des campings. Au pluriel car le premier aux équipements vraiment sommaires et au personnel oscillant entre neurasthénie et dépression la plus profonde nous pousse à trouver de plus verts pâturages.

Faute de moyens, nous décidons de louer de simples VTT pour aller explorer les environs proches : la vallée de Marte, et la vallée de la Luna. Les appellations sont plutôt transparentes. Les paysages sont d'aspect lunaires ou martiens en fonction de la concentration locale en pierre rouge. Nous pédalons sous le soleil matinal qui nous chauffe déjà bien les épaules, et avançons dans un mélange de gravier et de sable. La sensation est... Surprenante. Les soudaines glissades latérales et ralentissements brutaux tendent à casser le rythme. Nous posons nos montures au pied d'une dune de sable, c'est une des attraction locale que de faire du sandboard. D'en bas ça n'a pas l'air si fun que ça, et l'air mitigé des surfeurs nous convainc dans notre impression... Quelques minutes de grimpette plus tard nous pouvons admirer le panorama qui s'ouvre en direction de San Pedro. Vu d'un peu plus haut, la vallée mérite son nom !

Descente et retour sur nos vélos. Le chemin en sens inverse est bien plus rapide, merci la gravité ! Nous dépassons tels des bolides quelques chevaux, traversons les zones sableuses à toute berzingue sans perdre totalement le contrôle du véhicule et retournons sur la route bitumée pour aller vers la vallée de la Luna ! Une grosse dizaine de kilomètres plus loin nous passons le poste de contrôle de la fameuse vallée lunaire. On reçoit une petite carte, quelques explications, et une ristourne puisque nous entrons avant midi : la chance !

Il est 11h passé et le soleil est déjà écrasant. Nous pédalons encore et toujours sur une route qui tient plus de la piste. Pour nous économiser au retour nous préférons filer directement vers le dernier point nous intéressant : la Duna mayor. Le temps de faire quelques kilomètres de plus, de grimper une côte longue d'un kilomètre et enfin, nous pouvons mettre pied à terre pour marcher. Joie.

Une petite demi-heure de marche nous amène au sommet de la dune. D'ici, vue sur une bonne partie du désert. Les traces blanches que vous voyez sont dues au sel qui ressort à cause de l'humidité qui traverse parfois la région. La dune, elle, tire plutôt vers le noir, on ne sait pas trop d'où vient cette couleur mais cela change agréablement des camaïeux de rouge et d'ocres.

Photo dune noire

Vous voyez peut être en arrière plan l'amphithéâtre, formation de roche légèrement plissé. 

Retour en selle, et plaisir d'un principe universel : les descentes sont moins fatiguantes. Par contre nos fondements commencent à légèrement souffrir des chocs et frottements répétés. Heureusement nous arrivons à la caverne de sel ! Nous doutons de sa constitution de pure sel, mais la roche est d'un blanc éclatant. Creusée par l'eau et le vent, nous évoluons entre ombre et lumière, dans ce dédale de roche. L'aller se fait par l'intérieur, le retour par le dessus.

Il est maintenant 14h. Le soleil ne tappe plus, il carbonise. Juste le temps de manger à l'ombre notre petite salade de lentilles plus très fraîches et il nous faut repartir à fond de train pour revenir à San Pedro avant 15h, heure de rendu des bicyclettes. Évidemment le retour est une torture pour moi, je suis à bout de force et la descente des vitesses et plateaux accompagne ma descente aux enfers. Nous arrivons pourtant dans les temps à San Pedro après 6h de marche et de pédalage. Bien évidemment nous passerons la journée et le lendemain à nous trainer lamentablement ... Heureusement une soirée fort sympathique en compagnie d'allemand nous remet d'aplomb.


Nous profitons le lendemain d'un ciel clair, et de deux dernières places libérées à la dernière minute pour faire un tour observation des étoiles avec l'agence SPACE. La raison première de notre venu jusqu'ici. Malheureusement pas de photo, l'absence de lumière et le manque de précision de nos appareils nous laissent sans visuel. Sachez juste que nous avons passé la soirée à observer à l'oeil nu et au telescope (dont plusieurs de gros calibres) étoiles, nébuleuses et galaxies lointaines. Le tout sous la direction pleine d'humour d'Alain, même si le pauvre était tout chamboulé. Il venait d'écraser le chien de sa mère... Nous nous relayons autour d'une dizaine de télescopes pour observer Sirius, Bételgeuse, les Pléiade ou le nuage de l'araignée, nous avons même vu passer l'ISS ! C'est beau, c'est coloré, c'est ludique et instructif : de quoi créer des vocations chez les enfants du groupe et éveiller enfin un peu d'intérêt chez Simon pour les choses de l'espace.

Le champ de telescopes que nous avons utilisés 

Pour notre dernier jour, nous allons tranquillement faire un tour à pied du côté de la Quebrada del diablo. Paysage de gorges et de roches taillées par le vent et l'érosion. Rien de bien nouveau en somme. Le plus intéressant sera le retour. Nous prenons un sentier à moitié effacé, qui coupe à travers le désert pour revenir à San Pedro, et nous permet de descendre le lit asséché d'une rivière. Sentiment de solitude alors qu'à perte de vue s'étendent la roche et le sable.

Une grenouille adorable, venue s'échouer dans ma main lors de la traversée du guet

Retour en bus à Calamo et nous partons en direction d'Iquique, dernière grosse ville du Nord Chilien.

Notre sentiment global sur San Pedro de Atacama ? Qu'apres le Salar d'Uyuni et le sud Lipez, San Pedro génère beaucoup de bruit pour peu. Les paysages sont les mêmes, logique nous sommes dans la même region, mais les prix sont bien plus élevés. Si les étoiles vous intéressent et que vous n'aurez pas l'occasion de passer en Bolivie foncez, mais quitte à choisir autant traverser la frontière, là bas la magie opère mieux.

Quelques plantes suffisament vivaces pour mériter le posterité 
12
déc
12
déc
Publié le 11 janvier 2018

Deux à trois heures vous amènent à la côte depuis Santiago. Juliette, une amie, nous avait dit de contacter des amis à elle, installés un peu au nord de Valparaíso. C'est donc Luis qui nous reçoit à quintero, petite ville côtière dominant une grande baie, quelque peu sacrifiée, selon les dires de notre hôte par les industries pétrochimiques et gazière, et par une immense base aérienne.

C'est vrai que l'arrivée sur quintero, en ce jour brumeux, nous apporte une excellente vision d'un paysage industriel. C'est impressionnant et un peu glaçant. Mais la chaleur de l'accueil de Luis, parfaitement francophone nous fait vite oublier cette première impression. Nous prenons possession d'un petit studio directement installé face à la mer. Le ciel est bouché mais dès le lendemain, nous apprécions à sa juste valeur, l'orientation plein ouest, et la vue sur l'autre baie, joliment dessinée par des falaises, et de gros récifs que les vagues entourent d'écume.

Nous serons très très bien chez Luis, pendant ces 5 jours qui nous donnent le sentiment de nous poser un peu après le camping de l'île de Pâques. À la fois très indépendants, mais régulièrement invités à boire un verre chez Luis, nous apprenons peu à peu l'histoire de ce chilien lourdement marqué par la dictature. Pris en charge par Amnesty International à l'automne 1975, Luis arrive donc à Lyon. Il travaillera notamment dans plusieurs centres sociaux de la région lyonnaise. Il rentre au Chili lorsque la démocratie est reinstaurée en 1989/90. Il continue son engagement politique, devient maire de Quintero et encore aujourd'hui conseiller municipal.

Nous parlons longuement de la situation du pays, le plus prospère et stable d'Amérique du sud, mais encore très lourdement marqué par les choix du régime de Pinochet. Un conservatisme social qui fait qu'aujourd'hui le débat sur l'avortement divisé violemment la société. Depuis peu sous le deuxième mandat de Bachelet, l'avortement est possible sous trois motifs : malformation du fœtus, risque médical pour la mère et enfin lorsque la grossesse est le fruit d'un viol. La constitution imposée par Pinochet en 1980 est toujours en place et garantit au Sénat,majoritairement conservateur de bloquer de nombreuses réformes.

Enfin le libéralisme économique a été ici poussé à son paroxysme. On vous conseille de lire la stratégie du choc de Naomie Klein qui documenté très précisément l'arrivée en masse des Chicago boys, économistes formés à l'école monétariste, inspirée par Hayek qui considère toute intervention de l'Etat comme abusive. Point de services publics, une privatisation de tous les secteurs possibles. On voit aujourd'hui clairement l'héritage de cette politique drastique qui réfute le besoin de cohésion sociale et de lutte contre les inégalités. Le plus frappant pour des français ce sont les écoles, les universités et le secteur de la santé. Il existe un petit secteur public mais l'essentiel est privé, et la qualité dépend du prix que vous pouvez payer.

Toutes ces questions ont traversé largement la campagne des législatives ainsi que la présidentielle. Nous savons aujourd'hui que le candidat de centre droit Sebastian Piñera, faisant campagne sur la poursuite de la réussite économique du pays (lui même millionnaire !) et un Chili sûr à fini par gagner. Mais quand nous en discutions avec Luis, l'affaire n'était pas pliée. Piñera ayant été mis en ballotage peu favorable face à de nombreux candidats de gauche dont deux, de centre gauche et de gauche radicale, placé au coude à coude à plus de 20% des voix chacun. Une dispersion qui n'a pas permis un rassemblement suffisamment fort au second tour. Quand l'histoire se répète !

C'est dans cette ambiance de campagne, ma foi, plutôt discrète que nous visitons le coin. Notamment Valparaiso où nous irons deux jours, un sous la brume et l'autre sous le soleil. La ville dégage beaucoup de charme autour de cette baie fortement urbanisée qui relie Valparaiso à Viña del Mar. La bande côtière est très étroite est aujourd'hui occupée par le port et la ville basse assez quelconque. C'est sur les collines que la ville déploie tous ses charmes. À nouveau ces maisons de bois colorées, déjà aperçues à Puerto Montt. Elles dominent dans des styles oscillant entre l'art nouveau et l'art deco, sur l'une des 42 collines que comptent la ville.

des collines à peine perceptibles à l'horizon, mais celle d'à côté, on la devine sans problème 

Pour y monter, des ascenseurs, sorte de petits funiculaires vous hissent jusqu'en haut car les pentes sont drôlement abruptes. Plusieurs d'entre eux font l'objet d'une complète remise en état. Dans ce cas, et bien vous vous souvenez pour toujours de la grimpette. Dans cet urbanisme contraint par la taille des collines, généralement entourées de quasi falaise, les rues serpentent, montent et descendent souvent fortement. Les maisons sont souvent reliées par de petits passages, aujourd'hui par de petites boutiques un peu bohèmes.

Le quartier le mieux rénové et le plus couru par les touristes est constitué du cerro alegre et du cerro christobal. Mais c'est depuis l'ascenceur artellira qui monte vers le musée de la marine que l'on a la plus belle vue sur la baie.

Après ce beau point de vue nous avons voulu continuer à nous promener sur la corniche d'un cerro à l'autre. Après une petite marche, une première voiture s'arrête et nous dit de redescendre parce que le coin est dangereux. 30 secondes et voilà qu'une deuxième nous délivre le même message. On insiste pas et on redescend pour retrouver des sentiers plus balisés.

c'est toujours un peu plus triste les jours moches !

Au cours de la promenade, à passer le long de rues, aux innombrables vieilles maisons, souvent décrépites, on imagine sans mal la splendeur de la ville à la fin du 19ème, alors qu'elle est la première halte après la traversée du cap Horn, et une étape incontournable pour atteindre la côte ouest des Etats Unis. L'absence de pensée patrimoniale et l'appauvrissement progressif de la ville et de ses habitants une fois que le canal de Panama aura été percé explique sans doute le faible entretien que certains quartiers témoignent.

La dictature n'a sans doute pas aidé. Toujours est-il que depuis qu'elle est inscrite au patrimoine de l'humanité par l'UNESCO, les travaux ont repris et peu à peu la ville retrouve son lustre. Pour l'instant c'est surtout l'esprit bohème, pauvre mais sexy qui prend le dessus. D'innombrables peintures et graphs parent les murs de la ville, repeinte de frais, venant raconter les histoires fantastiques que les marins auront rapporté.

En se promenant nous sommes tombés sur un festival d'art et installation sonores, transformant plusieurs caves en lieux d'expérimentation. Des choses fragiles et farfelues comme ces trois chaises dont l'un des pieds dispose d'une roue motrice, et à intervalles aléatoires se met à tourner, générant de long bruits de frottement. Ou encore ces centaines de fils de cuivre, accrochés de part et d'autre de la piece, sur lesquels quelques feuilles d'arbres bruissent sous l'effet du mouvement que le courant électrique donne aux fils. Des installations à la fois graphiques et sonores souvent rigolotes.

8
déc

Retour à Santiago, pour plus de quelques heures cette fois-ci.

Constanza à acceptée de nous accueillir pour le temps de notre séjour, nous allons donc vivre avec elle chez ses parents dans le quartier de Florida, situé à une quinzaine de minutes en métro du centre ville. L'accueil est des plus chaleureux, sitôt arrives nous nous retrouvons autour de la piscine de la résidence (deux tours d'une quinzaine d'étages en face à face) à échanger sur nos voyages, le tout une glace à la bouche offerte par sa mère. Elle a la bonne idée de garder quelques gamins de l'immeuble et surtout de vendre des glaces pas chères à tout ce petit monde, forcément elle a un succès fou et tout le monde la connait.

En bref nous sommes accueillis comme la famille. On nous invite à l'anniversaire de la grande sœur, puis à un petit asado en famille le samedi. Impossible de refuser, et nous aurions eu tort tant nous passons de bons moments en leur compagnie. Il n'empêche que tout cela réduit drastiquement notre temps libre pour les visites, pas d'autre solution que de faire des choix.

Nous commençons par prendre le pouls de la ville en déambulant dans l'hypercentre. Une petite grimpette sur le cero Santa Lucia nous donne une bonne vue d'ensemble, et des quartiers environnants. Le parc en lui-même est plutôt mignon. C'est un roc taillé et aménagé pour accueillir quelques zones de verdures et enchaîner les miradors. Entre le soleil qui tape et les marchés raides, le sommet se mérite !

Nous poussons vers le quartier de Lastaria. Le Barrio est minuscule, quelques rues qui se croisent dans une ambiance bohème chic. Bars et restau un peu tendance, fresques murales, collage plus ou moins politiques, bâtiments d'époque ou modernes. Un joyeux mélange dans ce qui semble un vivier de l'hipsteritude de la ville.

Nous debouchons sur le GAM ou Centro cultural Gabriela Mistral. L'ancien bâtiment a abrité les bureaux de Pinochet puis de la junte jusqu'en 90, faute d'un palais présidentiel largement détruit en 1973. En 2006 le bâtiment brûle et sera rénové de la plus exquise façon. Un bâtiment moderne et ouvert,mêlant béton métal et verre. Il abrite expositions temporaires et permanentes le tout dans une ambiance calme propice au repos ou aux études. Quand nous y passons, une exposition temporaire s'intéresse à l'art visuel, et plus particulièrement aux affiches. Celles du métro Londonien, puis une traversée européenne des différentes écoles aux thématiques plus théâtrales.

Alors que nous sortons nous tombons sur de jeunes femmes répétant des chorégraphies. Deux groupes sont côté à côte, d'un côté des petites blanches bougeant un peu tristement sur des pas probablement tiré d'un girlband quelconque de J ou K-POP. De l'autre deux métisses bougeant sur des rythmes plus marqués avec une maîtrise évidente. Notre préférence est assez evidente, on regrette un peu de ne pas avoir demandé l'autorisation de filmer elles donnaient vraiment envie de shaker son booty.

Comme premier contact avec l'histoire du Chili, nous faisons un crochet vers le cimetière général. Outre sa taille impressionnante nous voulons surtout voir le monument en mémoire des disparus du regime Pinochet, et la tombe d'Allende (Simon veut rendre hommage au patron de sa promotion). Nous sommes surpris par la fréquentation du lieu, nous sommes en plein grand week-end et de nombreuses famille viennent rendre hommage aux disparus et parfois pique-niquer sur la tombe de grand mère. Une façon comme une autre d'entretenir la mémoire d'une façon aussi positive que possible.

Pour atteindre le quartier de Bellavista nous décidons d'utiliser nos petites jambes musclées. Le manque d'intérêt total des quartiers que nous traversons n'est rompu que par notre traversé d'un des marchés de la ville. Nous craquons pour les cerises délicieuses des étals, mais cela ne comble pas notre tristesse de ne pas trouver de comedor pour rassasier notre appétit. Heureusement après une balade au pas de courses dans Bellavista, aux murs couverts de fresque et remplis de bars et de restaurants - il semble que le quartier soit plutôt noctambule- nous atterrissons dans un restau routard parfait pour nous caler. Manque de bol : la cuisine est franchement passe partout, le soleil tappe pile sur la tête sans que la serveuse s'en émeuve le moins du monde - le parasol n'est pas inclinable nous dit elle alors que nous voyons bien que si - et un groupe de Chiliens avinés à la sangria beugle à notre côté. Pour le repas au calme nous repasserons...

Pour notre dernier temps de visite nous décidons d'opter pour une approche plus historique et culturelle : direction le musée de la mémoire et des droits de l'Homme. Grand bloc de béton et de verre écrasé par le soleil. L'intérieur est des plus frais, et nous fait traverser toute l'histoire de la dictature de Pinochet depuis le coup d'état jusqu'à la reinstauración de la démocratie.

Plus de 30 ans d'histoire illustrés par des objets, des images, des enregistrements, des coupures de presses, des témoignages, des documents confidentiels de l'époque. Plongée dans le quotidien d'une partie de la population insouciante et celle sordide des victimes. Avec de temps en temps des reculs sur la vision internationale. Le musée est extrêmement bien fait, il oscille parfaitement entre génération d'émotions et analyse plus factuelle. Il fait ressentir et comprendre ce qu'a pu être cette sombre période historique. La visite s'achève sur une borne permettant de situer sur l'immense trombinoscope situé en face la photo des disparus dont on a retrouvé le nom et le destin dans les archives de la police et de l'armée. Le devoir de mémoire fait son chemin et malgré les cadavres jetés à l'océan ou brûlés, chaque année de nouveaux noms sortent.

Nous aurions bien passé plus de temps pour examiner les autres expositions mais le temps nous presse et il fait rentrer chez Connie. Le lendemain nous profitons de la matinée pour faire un tour du côté de la la chasconna. La maison du poète Pablo Neruda a Santiago. Après les destructions des vandales lors du coup d'Etat de Pinochet, la demeurre fut petit à petit remise en état par sa femme Delia del Carril. Celle-ci aura à coeur toute sa vie de faire respecter la mémoire de son mari et les valeurs de paix et de progrès qu'il défendait. Une femme qui malgré la dictature se battra pour la liberté et le respect des arts et des lettres, en somme une grande femme. La visite de la maison nous permet d'en apprendre un peu plus sur la vie de ce couple, et de plonger dans leur intimité. Une visite emouvante.

quelques photos d'exterieur, interdit de sortir l'appareil à l'intérieur des murs. 

Nous faisons une rapide visite au quartier des ambassades et du palais présidentiel, surtout pour voir la statue d'Allendes sur la place. Enfin, un petit crochet au marché aux poissons, pour voir la jolie structure de fer forgé et surtout baffrer de poisson avant de filer vers Valparaiso et retrouver les embruns du Pacifique.

Ils sont frais mes poissons, ils sont beaux !

Ces quelques jours à Santiago furent charmants, la ville est agréable et très riche culturellement. Nous y aurions passé plus de temps avec beaucoup de plaisir, et j'espère qu'un jour nous pourrons y retourner pour l'explorer plus en détail.

Notez en haut à gauche la campagne pour recruter des policiers, surement l'oeuvre de Michael Bay tant la tension est palpable ! 
4
déc

Rapa Nui est une île d'histoire et de mystères mais pour qui sait regarder sous la surface elle réserve encore bien des merveilles. C'est pourquoi nous réservons vite pour une plongée dans les eaux agitées du pacifiques. On nous dirige naturellement vers le site du moaïs immergé. Pas d'emballement, il s'agit d'un faux moaï créé pour les besoins d'un film. Mais la légende parle bien d'un moaï immergé perdu dans les environs de l'île. C'est le spot le plus touristique. Étant donné qu'il est juste en face du petit port et à faible profondeur (+/- 20m) c'est plutôt logique.

Ce n'est pas nous mais Wilfried et Emeline, pour suivre leurs aventures c'est par ici : https://jepeuxpasjaitdm.com/ 

Mais surprise, le matin même, changement de programme. Nous irons plonger à la cathédrale. Il s'agit d'une formation rocheuse en forme de grotte, ou plutôt d'arche tant il y a d'ouvertures. Le site est plus éloigné le long de la côte ouest, cela nous laisse le temps de parler avec nos comparses de plongée. On apprend ainsi que la température de l'eau, dans les 20°, est considérée comme plutôt chaude et que les eaux de l'île ne sont pas très riches en poissons ou coraux. Ce sont plus des plongées d'ambiance que de faune, ce sont les paysages qui valent le coup d'oeil surtout grâce à la transparence de l'eau, visibilité à près de 50m facilement !

Et effectivement quelle ambiance ! c'est la première plongée que nous faisons, où la houle est suffisamment forte pour nous affecter à la profondeur où nous évoluons. Le déplacement est plus horizontal que vertical, et nous sommes balancés d'avant en arrière ou de droite à gauche sur plusieurs mètres. Il nous faut un petit temps pour nous remettre dans les sensations de la plongée et encore plus pour apprendre à nager avec ce va et vient de l'eau. Palmer tranquillement quand le courant nous refoule, et se laisser porter quand il nous aspire. Cette sensation de ballotement est au final très agréable.

Mais la plongée gagne en technicité quand il faut passer entre les murs de coraux ou entrer dans la Cathédrale. Curieuse sensation que d'être dans une grotte sous marine, pour la première fois de notre vie nous n'avons pas d'accès directe à la surface, presque 15 mètres de roches, de coraux et d'eau nous en séparent. Il faut suivre le rythme du flux et du reflux et éviter de se cogner contre le fond ou de cogner la bouteille contre le plafond. Mais le plus impressionnant sera la deuxième sortie de la grotte. Les guides ont l'air content de nous et nous proposent de sortir par un tunnel beaucoup plus étroit que l'entrée principale. Le boyau fait dans les 5m de long pour une largeur d'1m5. Largement de quoi passer mais le courant y est plus fort. Impossible d'avancer en luttant contre, mais l'aspiration vous fait traverser le tunnel en quelques secondes ! Une petite poussée d'adrénaline parfaite avant de faire notre palier de sécurité et de rentrer au port. Certes la faune n'était pas des plus fournies mais nous avons tout de même pu voir une floppée de poissons flûtes et autres poissons aux couleurs chatoyantes. Prochain achat : une camera subaquatique, et un guide sur la faune marine...

C'est un peu grelottant mais les yeux envieux que nous voyons l'Australienne qui nous accompagnait repartir quasi aussi sec en plongée. Bon, il faut dire qu'elle est monitrice en Australie et prévoit 8 plongées en deux jours. L'île dispose de tr`s nombreux spots de qualité. Wilfried et Emeline nous font le récit de leur plongé du côté d'un mur tombant à pic à 60/70m du côté d'Orongo. La vue est paraît-il magnifique et l'eau tellement claire que le fond semble à portée de doigt. Nous vous avouons que nous sommes plutôt content de passer l'après-midi à végéter sur les canapés de l'hostel en éclusant des bières avec nos nombreux comparses français. Comme toujours les Français sont légions. Normal me direz vous pour une île de l'Océanie, dont une grande part de la population est plus ou moins francophone et tahitienne, forcément ça vend du rêve. Mais nous sommes tous plus ou moins sur la même longueur d'onde, ambiance routard et tour du monde. Et donc tout le monde en tente, et tenu de randonnée. Pour une fois on ne fait pas tâche, si ce n'est que la plupart sont bien plus sportifs que nous ! Grimper tous les volcans de l'île où presque, merci mais très peu pour nous. Notre balade le long de la côte ouest d'ahu en Ahu et le long des tubes de lave nous suffit.

Les tubes de laves ? Vous ne voyez pas ce que c'est ? Je vous explique : lors des éruptions il arrive que les courants de lave refroidissent suffisamment à leur surface pour solidifier tandis que le flux à l'intérieur continue de couler. D'éruptions en eruptions, l'île est aujourd'hui traversée par plusieurs réseaux de tubes plus ou moins circulaires et réguliers. Ceux-ci furent utilisés pendant longtemps comme refuges voir pour certains comme plantations. Certains tubes on vu leur plafond s'effondrer donnant naissance à de petits canyons ou la terre et l'eau s'accumulent à l'abri du vent et des embruns, parfait pour faire pousser quelques arbres fruitiers. C'est plutôt rigolo de se balader dans ces tunnels pour émerger quelques mètres plus loin au milieu d'un fouillis de végétation. Difficile de croire que nous sommes passés à quelques mètres de cet accès sans rien voir depuis le sentier.

Cette balade d'une bonne quinzaine de kilomètres nous aura pris la journée quasi complète. Pour rejoindre Anakena et les sites de la côte est (notamment la carrière et les 15 moaïs dont Simon vous a déjà parlé), nous optons pour une solution plus rapide et pas plus coûteuse : le stop ! Et ça marche du feu de dieu. À peine sommes nous sortis d'Hanga Roa qu'une jeep de location s'arrête. Deux français en Lune de miel autour du monde, nous embarquent et nous permettent de visiter avec eux la côte ouest jusqu'au site des 15 moaïs. Nous coupons par les terres pour rejoindre la route plus au nord qui nous amène jusqu'à Anakena. Là encore le stop fait des merveilles. En chemin nous traversons des exploitations abandonnés et croisons quelques Ahu et moaïs non restaurés toujours le visage dans la terre.

L'arrivée sur Anakena nous laisse rêveur. C'est le décor type d'une plage de carte postale. Le soleil montre le bout de son nez, l'eau est transparente, le sable blanc, les cocotiers s'agitent doucement dans la brise et la plage est prise d'assaut par les touristes. Sans être exténués, la fraîcheur de l'eau après nos quelques heures de marche nous fait le plus grand bien. On en profite pour apprendre que les cocotiers ne sont pas natifs de l'île. Un gouverneur de l'île dans les années 60 ou 70 clairvoyant quand au potentiel touristique de l'île demande à des navigateurs de lui ramener des graines de palmier hawaiens pour habiller la plage. Le résultat est plus que satisfaisant. Surtout quand on s'éloigne un peu pour avoir la plage et sa rangée de moaïs dans le champ de vision


D'après la légende et des fouilles, Anakena serait le point où auraient débarqué les premiers habitants. Et on comprend leur choix... Une petite sieste à l'abri des palmiers et nous décidons de revenir à Hanga Roa avant que le soleil ne se couche. Nous faisons une nouvelle fois appel au pouvoir du pouce magique. Quelques minutes de marche et une voiture s'arrête : surprise ce sont les carabiniers ! Après une petite blague sur le panier à salade à l'arrière, ils nous font monter sur la banquette arrière à côté des gilets pare-balles, des matraques et des képis. Nous faisons un peu moins les malins, il faut dire que les pistolets à leur hanche et les grillages de protection tout autour du véhicule ne nous aident pas à tailler la bavette.

Heureusement le trajet est de courte durée, à coup de 100km sur les petites routes nous sommes vites rendus à destination. Nous ne manquons pas de remercier chaleureusement nous amicaux conducteurs non sans ressentir un certain soulagement à l'idée de sortir du véhicule. La mémoire de l'état policier et dictatorial ne rassure pas énormément... Toujours est-il que nous de retour au camping suffisaient tôt pour profiter de la vue et débriefer de notre journée avec la communauté française. On en profite pour vous dire que le camping était top qualité, propre, bien géré, matériel de cuisine en quantité, plein de cuisinières et de frigo, pas un seul vol de nourriture, même nos canettes de bières sont restées à leur place ! Et une super vue tous les matins en sortant de la tente.

Au soleil couchant nous respectons le rituel quotidien. Aller admirer le coucher de soleil depuis les bancs de bétons de l'autre côté de la rue. Le blanc de l'écume vient exploser sur le noir de la roche pendant qu'au loin le bleu sombre de l'océan vient répondre à l'explosion de couleur du soleil sur le ciel. Enfin il bascule à l'horizon et seul les nuages sont encore éclaboussés de lumière rose alors que la nuit tranquillement tombe sur nous et que le bruit du ressac nous enveloppe.

Bientôt il sera temps de partir. L'île de Rapa Nui à tenue des promesses, c'est les yeux et le cœur plein d'images et d'histoires que nous prenons l'avion de retour pour le continent.

1
déc

Aujourd'hui direction les hauteurs de l'île ! Vers le cratère de Rano Kau. Cette caldera abrite désormais une lagune doté d'un microclimat. Il faut dire que les hautes parois de cet ancien volcan coupent du vent et du sel de la mer. C'est pourquoi ici poussent joncs et autres plantes uniques. Pendant longtemps la population de Hanga Roa est venue ici s'approvisionner en eau douce et laver son linge.

Aujourd'hui, le site est protégé et interdit d'accès. Nous pouvons seulement nous balader sur le chemin de crête, admirer les reflets du soleil dans le lacis de lacs, et découvrir des tonnes de petits cailloux noirs et lisses au toucher. Il s'agit d'obsidienne, ou dragonglass pour les fans de GoT. Du verre naturel, formé lors de l'éruption du volcan et tenant sa couleur du carbone qui le compose. Nous deterrons un bloc énorme, un joli caillou pour l'anniversaire de Simon. Pour de vulgaires raisons de poids Simon l'abandonne sur place...

Entre les doigts les faces polies brillent de milles feux au soleil

Certes la vue sur Hanga Roa et l'intérieur du cratère est digne d'intérêt mais la principale raison de notre ascension est le musée consacré au site d'Orongo, situé entre le cratère et les falaises. On s'intéresse ici à l'histoire de l'île à partir du 17e siècle. Rien de ce que l'on apprend n'est sûr. Suite aux rafles, massacres et exploitation du peuple autochtone , les élites religieuses et politiques disparaissent et avec elles la majeur partie de la mémoire de l'île. Toujours est-il que nous savons que vers 1650 le culte des ancêtres décline, probablement pour plusieurs raisons : guerres entre clans pour s'approprier les ressources de plus en plus rares, catastrophes naturelles, famine...

On a retrouvé des moais plusieurs centaines de metres a l'interieur des terres, en cause un Tsunami d'une puissance inouïe pour de...

C'est à priori lors de ces guerres que le gros des moaïs seront renversés, même si les premiers occidentaux à passer par là vers 1730 font états de moaïs toujours debout. Il faut dire que les moaïs sont le reflet de la puissance du clan, mettre ceux-ci à terre c'est détruire la magie qui protège, démoraliser les guerriers adverses, humilier les ancêtres. Les ancêtres protecteurs, mis à terre et impuissants face à la nature ne semblent plus aussi efficaces, leur culte diminue au profit de celui de Make-Make et de l'homme-oiseau : le tangata manu.

des maisons aux entrées très étroites pour bloquer le vent violent qui souffle

L'idée est relativement simple sur le papier : introduire une rotation du pouvoir temporel au moyen d'une compétition rituelle. Tous les ans un représentant pour chaque clan est envoyé avec le chef au village d'Orongo. Là, après une période de préparation rituelle et de diverses cérémonies, le coup d'envoi est lancé. Chaque représentant descend la falaise de 300m, et se jette à l'eau aidé d'un flotteur en jonc. Il doit rejoindre les petites îles en face d'Orongo, accoster malgré la houle et l'absence de plage. Là, il va choisir un nid de sterne - une des seules espèces endemiques - et atteindre que la femelle ponde. Le premier à rapporter un œuf intact, accroché à son front - il faut retraverser la mer et grimper la falaise - sera le tangata manu de la nouvelle année.

Les trois iles ou viennent pondre les sternes lorsqu'elles daignent toucher terre

À ce moment ça se complique, d'une part, le clan du guerrier et son chef clan prennent pour une année un ascendant politique sur l'île. D'autre part, le guerrier vainqueur, investit Tangata Manu, devient Tabu et passera l'année reclus, lui conférant une préeminance religieuse. Interdit de le voir, de lui parler, de le nourrir sauf pour un prêtre. Le tout bien sûr, sous la tutelle et les conseils avisés de l'élite religieuse et du clan Maru, historiquement le clan souverain. On doute en fait un peu de la véritable rotation du pouvoir, mais le changement de culte est bien là. Les quelques moaïs encore dressés se voient ajoutés des représentations du tangata manu et de Make Make. Quelques moaïs sont encore sculptés, non plus pour représenter les ancêtres mais en l'honneur des tangata manu décédés.

Make make : tête de sterne et jambes humaines, à droite une reproduction du seul moai dont le dos est gravé de ce motif

La chronologie de ces événements n'est pas clair, pour certains le basculement d'un culte à l'autre est brutal, pour d'autre progressif. Pour certains les deux se mélangent en partie, pour d'autres ils sont exclusifs. En bref, on n'est sûr de rien, mais la version que nous vous racontons est la plus en vogue actuellement ou du moins celle racontée sur l'île. Pour être franc, Simon et moi ne sommes pas d'accord sur ce que nous avons compris, pour vous dire comme c'est flou... Une chose est sûre en revanche, la colonisation vient détruire cette civilisation.

Au 19eme, des esclavagistes péruviens déportent une grande partie des habitants pour travailler dans des mines. Une mobilisation finit par faire pression sur le Pérou qui va imposer la libération des pascuans. Mais les mauvaises conditions dans les mines, et la variole sur le bateau du retour déciment la quasi totalité de la population. Le reste de la culture locale disparait avec l'évangélisation de l'île. Ensuite l'île devient propriété de la marine chilienne, et reste sous un strict régime militaire.

Rendez vous compte, il faudra attendre 1966 pour que les natifs (comprenez les quelques autochtones et les océaniens ramenés par les exploitants blancs pour travailler sur l'île) acquièrent le statut de citoyens chilien, avec au passage le droit de circuler sur toute l'île et même d'en sortir. Rien d'étonnant à ce que tant de pascuans aient fui vers Tahiti.

D'ailleurs le nom de Rapa Nui aujourd'hui utilisé pour l'île, vient de ce qu'une grande partie de la population vient de l'île de Rapa. Nui signifiant grande, c'est donc la grande Rapa. On nous a dit sur l'île que Nui se prononçait Nouille. L'info est trop amusante pour qu'on court le risque de la démentir. Vous en savez désormais à peu près autant que nous sur l'île de Rapa Nouille et son histoire !

Une grande civilisation quasi éradiquée par la colonisation et aujourd'hui encore bien fragile. La population lutte toujours pour récupérer les terres sous contrôle de l'armée chilienne, et empêcher leur vente aux consortiums touristiques. Difficile aussi de conserver une identité culturelle forte alors que l'immigration de continentaux, attirés par la manne financière du tourisme,est à la hausse. La pression tant foncière, qu'écologique et culturelle ne cesse d'augmenter. On ne peut que souhaiter aux Pascuans de retrouver leurs droits et le contrôle de leur territoire avant qu'il ne soit trop tard.

drapeaux noirs et inscriptions vengeresse sur les abords de ce grand complexe construit sur les terres d'une famille spoliée
29
nov

Il faut à peine 4h30 pour rejoindre l'Ile de Pâques, depuis Santiago. Le vol dans un avion flambant neuf se passe sans anicroche aucune. Nous quittons le ciel brumeux de Santiago et après quelques dizaines de km, l'océan et seulement l'océan à perte de vue. Puis quelques nuages moutonnent à l'horizon au dessus d'un confettis. On s'approche peu à peu et l'île commence à apparaître. Un grand triangle avec, à chaque extrémité, les formes arrondies de très vieux volcans.

Nous contournons l'île baignée dans une lumière à la fois crue et un peu jaune. De grandes falaises noires sont assaillies par l'écume et les vagues. Nous atterrissons et au sortir de l'avion la chaleur et le vent nous surprennent. Nous voilà donc à l'extrême est de l'Océanie, dernière point d'un triangle qui va de Hawaï à la Nouvelle Zelande, vaste étendue d'eau parcourue par des hommes partis de Papouasie, depuis déjà plusieurs millénaires, s'installant peu à peu sur les quelques récifs surgis du fond des mers.

On sait si peu de choses sur les habitants de Rapa Nui, sa mémoire ayant été décapitée lors de la colonisation. Mais aucun doute, en revanche, sur la pleine appartenance des pascuans au monde océanien. On retrouve la même référence au make make et à d'autres divinités, une cosmogonie proche, une tradition commune de décorer les corps de tatouages et de peintures. Il faut donc un instant se représenter l'épopée humaine de ces tribus, sans doute défaites par des rivaux sur leur île d'origine, devant prendre la mer à la recherche de nouvelles terres, plus accueillantes. D'immenses bateaux, sortes de catamarans, capables d'accueillir plusieurs familles, ainsi que les fruits légumes, plantes diverses, ainsi que de nombreux animaux vivants pour survivre à des traversées de plusieurs semaines. Une arche de Noé à la recherche de tout signe susceptible d'annoncer la proximité d'une terre. La légende dit que ce sont 7 éclaireurs découvreurs de l'île qui revinrent auprès du roi Mata rui et lancèrent l'aventure.

Cet Ahu unique en son genre, en cela qu'il regarde la mer, pourrait rendre hommage aux 7 eclaireurs

Mais une fois installés, l'Ile divisée en tribus sous la tutelle d'un roi, les pascuans développent ce culte unique des moaïs, les géants de pierre. À quelques encablures de la seule ville de l'île, Hanga Roa, s'élève le premier Ahu, nom donné aux plateformes cultuelles où sont édifiés ces immenses statues de pierre volcanique. Représentants les ancêtres du village, chargés d'une force symbolique et magique, grâce à la Mana, les moaïs se dressent regardant le village et tournant le dos à la mer. Ils donnent au village et à la tribu sa renommée et son autorité à l'égard des tribus voisines. Toute la parcelle de l'ahu fait l'objet d'un tabou, seuls les dignitaires et le roi ayant le droit de s'en approcher et d'y accomplir les rites appropriés.

l'ahu est constitué de ce monticule légèrement bombé, empierré qui s'etend à l'avant et sur les côtés des Moaïs 

La taille, la finesse d'exécution et bien sûr le nombre de moaïs édifiés disent quelque chose de la richesse et de la puissance des différentes tribus. C'est intriguant combien ils semblent au premier coup d'oeil relativement grossier, mais révèlent en fait par les lignes des yeux, du front, de la bouche, une infinité de variation qui font de chaque géant une œuvre originale.

Le clou du spectacle de trouve à l'est de l'île quand 15 moaïs dressés au pied du volcan forment un alignement unique et prodigieux. Impassible mais imposant, on imagine la forte impression qu'ils pouvaient faire aux habitants des lieux. Ces pierres sont vivantes, elles ont une présence

Un peu plus loin, on découvre la carrière de pierre d'où viennent toutes les statues de l'île. Et là, posés pour l'éternité des dizaines de visages à moitié enterrés vous observent, sur les flancs d'un des petits volcans. À l'extérieur comme à l'intérieur du cratère, les artisans s'en donnèrent à cœur joie formant une armée silencieuse. On devine les premières lignes de statues nouvelles encore enchâssées dans leur gangue de pierre. Le charme opère dans l'ambiance de recueillement de ce cimetière, où le bruit du vent vient caresser cette assemblée de personnages silencieux.

On dénombre près de 1000 moaïs. Près de la moitié se trouve encore dans la carrière, l'autre moitiée est dispersée sur l'île, certains dressés, d'autres couchés, les derniers enfin enterrés ou endommagés lors de leur transport. Petite épopée que d'amener à l'autre bout de l'île ces immenses blocs lourds de plusieurs tonnes. On ignore d'ailleurs comment ils s'y prenaient. Suffisamment de mystères pour que toutes les suppositions, jusqu'aux plus farfelues soient imaginées. Les martiens ne sont jamais bien loin.

Le petit musée de l'île, très très bien fait, tord le cou à ces fantasmes et donne un aperçu de toutes les certitudes et de tous les suppositions réalistes qui visent à combler les trous d'une histoire très lacunaire. C'est d'ailleurs assez formidable comme cette île est devenue une icône connue du monde entier, nimbée de mystère et de merveilleux. Une fois sur place, quelques uns de ces nuages se dissipent et laissent place à l'admiration d'une civilisation virtuose qui nous tient sous son charme.

25
nov
25
nov
Publié le 23 décembre 2017

Depuis Puerto Montt, nous remontons vers le nord jusqu'à puerto Varas, nous ne faisons que traverser la ville à bord du bus, mais la vue sur le lac, avec en fond le volcan Osorno nous laisse rêveurs. Le nombre d'agences de tourisme et de boutiques de matériel de sport/camping nous aide à comprendre que si Puerto Montt est le centre économique de la région, Puerto Varas en est le centre touristique.

Mais notre destination nous attend. Nous quittons le lac et sa vue magnifique pour continuer vers le sud-est en contournant la baie. Les paysages sont l'image même que l'on se fait du fjord, montagne et mer se rencontrant dans un paysage de verdure encerclé de hauts sommets couverts de neige.

Nous atteignons Cochamo, l'idée était de faire quelques courses de compléments avant de nous rapprocher du point de départ du trekk, mais l'heure tardive et les 9km qui nous en séparent nous feront passer la nuit sur place. Il faut avouer que Cochamo ne manque pas de charme, le lieu est minuscule, une rue principale et quelques croisements résument le village. La vue sur la mer et un énième volcan enneigé pose un cadre charmant, en plus d'une église à l'architecture typique de la région. Vous voyez les tuiles de bois qui forment comme des écailles de poisson ?

 Ça c'est la vue en sortant de la tente. Vous avez vus les arrayanes qui poussent partout autour ? 

C'est tôt le lendemain (comprenez à 10h), que nous sommes prêts à partir. Le tenancier de la boutique où nous faisons nos courses nous propose de nous déposer moyennant finances au point de départ, nous acceptons bien entendu. C'est parti pour une randonnée d'environ cinq heures, avec un dénivelé positif d'environ 300m. On monte un peu, on redescend, puis on remonte encore un peu et ainsi de suite jusqu'à notre destination. La randonnée en elle même est plutôt agréable. Nous marchons dans l'ombre de la forêt, et quelques trouées permettent d'admirer le paysage et la rivière que nous remontons.

Mais un trekk c'est avant tout de l'aventure ! Nous ne faisons pas que flâner le nez au vent, il faut maintenir un rythme dynamique et surmonter de nombreux obstacles. Le sol lui, souvent détrempé tend à céder sous nous pieds, de nombreux passages au ras de l'eau se font sur des planches branlantes et glissantes. Et parfois, un torrent trop grand pour être enjambé, nécessite des moyens plus poussés et un sens de l'équilibre plus développé. Rien d'insurmontable pour nous désormais !

On se demande quand même comment la traversée se faisait avant l'installation du pont 

Le bruit de l'eau nous accompagne en permanence, et en regardant les sommets qui nous entourent on découvre à chaque fois des cascades d'où dégringole l'eau des glaciers. On se doute qu'elle n'est pas très chaude...

Terriblement frustrant alors qu'elle paraît si acceuillante, avec ses couleurs turquoises ! Nous continuons notre chemin et faisons quelques découvertes . Une ribambelle de lézards se dorent la pillule dans les tâches de soleil, pas farouches pour deux sous, et semblent vouloir rivaliser avec les couleurs de la rivière. Et un peu plus loin, nous découvrons que les campings placés sur l'autre rive ont su s'adapter pour faciliter la traversé à leur visiteur. Une sorte de nacelle accrochée à un système de tyrolienne. Rustique mais efficace !

Nous arrivons enfin à destination, le camping de la Junta. Encore hors saison le lieu est plutôt vide, on nous apprend qu'en saison haute celui-ci ainsi que les 3 autres à proximité sont pleins et qu'il faut attendre que ceux de la veille descendent pour pouvoir s'installer. Mais la.vue est impressionnante, nous sommes entourés par de hauts murs de roches, coiffés de neiges et de glace. C'est apparemment un endroit privilégié par les fans d'escalade que nous croisons en nombre, et par les scouts.

Apres le montage de notre campement et un petit temps de repos, nous profitons des dernières heures de soleil pour aller voir les toboggans. Formation géologique que l'eau a progressivement formé. La pierre polie avec le temps permet de belles glissades jusqu'au bassin à ses pieds. Vide aujourd'hui à cause de la température de l'eau plutôt frisquette, le lieu est parait-il prit d'assaut en plein été.

Nous n'irons même pas tremper nos petits pieds. Il faut dire que pour y acceder il faut traverser un torrent large d'une bonne dizaine de mètres, glacé, au courant fort et sur le final, l'eau monte au dessus du genou voir à mi-cuisse. Heureusement nos chers scouts ont tendu une corde pour faciliter la traversée. Cela n'a bien évidemment pas suffit, entre mon sens de l'équilibre proverbiale, les pieds glacés et les cailloux glissants, j'ai fini par m'étaler dans l'eau. Le tout avec grâce et au ralenti, mais le résultat fut le même : un Alexandre trempé et refroidi dans ses ardeurs d'explorateur de l'extrême. Simon a eu le bon sens de ne pas trop se moquer...

Retour au camping pour notre dîner, lors duquel nous faisons la rencontre de deux belges ultra sympa : Audrey et Thibault. L'arrivée d'un francais, backpacker du style " j'ai tout fait, tout vu et si vous n'avez pas fait ce que j'ai fait vous êtes un peu des nazes " nous fait tous battre en retraite un peu précipitamment.

Mais le lendemain nous faisons le retour à Cochamo ensemble, l'occasion d'échanger tranquillement sur nos différents voyages et nos impressions. C'est ensemble que nous passons une nuit au camping de Cochamo, en compagnie d'un couple de Chiliens rencontrés un peu plus tôt. Il faut dire que nous n'avions pas le courage de rentrer sur Puerto Varas immédiatement.

C'est avec Thibault et Audrey que nous faisons le trajet retour le lendemain, et cette fois en mode grand confort. Ils ont investis dans un véhicule type 4*4, aménagé pour pouvoir accueillir une plaque de cuisson gaz, des coffrages formant un plancher pour mettre matelas et oreillers, une douche solaire sur le toit et un tas d'autres accessoires, plus ou moins utiles mais qui ajoutent indéniablement au confort du voyage. Il faut l'avouer, nous étions un peu envieux. On fera sûrement quelque chose dans le genre pour un prochain voyage, au final les économies sur les transports et hébergements sont importantes malgré le prix d'achat du véhicule et le coût de l'essence.

Il faudra juste que je passe le permis me rappelle Simon 

C'est à Puerto Varras que nos routes se séparent, après avoir échangé adresses de blog et numéros de téléphone. On espère pouvoir les recroiser en Patagonie autour d'el Chalten ou au Fitz Roy.

Pour aller lire leurs aventures, c'est par ici !

Nous profitons de notre nuit à Puerto Varas pour faire réparer une fois encore les chaussures de Simon. La réparation faite à cuzco est de mauvaise qualité, le fil se déchire et la semelle flotte. Un petit cordonnier, lui répare le tout d'une main de maitre, mais maintenant c'est le caoutchouc de la semelle qui craque face au fil. Le matériel péruvien n'est décidément pas d'une qualité folle. Deuxième investissement de la journée : une petite casserole. Au camping de la Junta nous avons compris que la présence de vaisselle et de cuisinière est plus que facultative en camping. Nous verrons plus tard s'il nous faut aussi brûleur et bombonne de gaz.

vielle godasse et casserole flambant neuve... présentateur qui aurait pu faire carrière à télé achat ! 

Dernière étape, un plein de courses en prévision de la semaine à Rapa Nui (l'île de Pâques pour les supremassistes colonialistes du fond). Puisque tous les produits sont importés, les prix flambent sur l'île, pas d'autre choix que d'importer nous même nos conserves et sachets de pâtes.

Armés de notre nouvelle casserole et de nos 5 kilos de nourriture, nous sommes prêts à prendre le bus de 8h qui nous emmènera en 14h à Santiago. nous passerons une partie de la nuit dans l'aéroport pour prendre le vol de 4h30, direction les Moaï !

23
nov
23
nov

Le premier contact avec Puerto Montt, centre économique du nord de la Patagonie n'est pas très folichon. Il faut dire qu'au soir tombant cette ville aux allures de village de pêcheur, bien mâtiné de zones industrielles paraît terriblement gris et morne. Cela ressemble un peu au cliché d'une ville cotière du nord ouest des Etats Unis, ou de la mer d'Irlande. Mer grise, ciel gris, bâtiments décrépits et gris, nuages bas et gris, le tout balayé par le vent. La préservation des bâtiments, et richesses architecturales n'est apparement pas une priorité pour la ville, c'est dommage car certains batiments à l'abandon gardent les traces de jours fastes.

ça ne se voit pas, mais en fait l'arriere s'effondre. triste qu'une aussi jolie maison soit abandonnée 

Heureusement le lendemain pour l'anniversaire des 30 ans de Simon (24/11/87) le soleil nous fait l'honneur de sa présence et chasse le gros des nuages. La ville se révèle sous un nouveau jour bien plus charmant ! Voyez les jolies maisons colorées aux murs de bois semblables aux écailles de poissons.

Nous déambulons dans la ville, construite à flan de collines, et offrant de jolies vues sur la baie. À quelques moments nous apercevons un petit bout de l'île de Chiloe - alias la zone la plus pluvieuse du monde, 4m par an !

A droite, c'est Angelmo

Nos déambulations nous ramènent sur malecón, avec le beau temps c'est tout de suite plus sympathique. Nous décidons de pousser la chance et de filer vers Angelmo, situé de l'autre côté d'un promontoire rocheux c'est une zone dédiée à la pêche et à l'artisanat.

Nous retrouvons enfin l'ambiance des comédors de Bolivie ou de la Colombie. L'on se fait alpaguer dans tous les sens pour aller déguster fruits de mers et autres spécialités poissonnieres. Bien entendu nous allons céder pour un assortiment de moules, clams et autres mollusques non identifiés. En toute honnêteté le tout est trop imposant pour moi et mon goût plutôt modéré pour ces choses là, mais Simon s'en donne à cœur joie !

A l'étage ce ne sont que des restaurants

Avant cette explosion de matière visqueuse et froide nous visitons le marché au poisson et goûtons un ceviche de clams. Pour le coup on en mangerait des kilos ! Alors que nous contournons l'ensemble de bâtiments surprise : des lions de mer paressent au soleil, sûrement attirés par les déchets du marché et des restaurants.

Tout parallèle entre les animaux ici présents, ne serait que fortuit et n'engage en aucun cas l'avis du photographe 

Patauds et lourdeaux sur terre, ils impressionnent par leur rapidité et agilité une fois à l'eau. Ça donne envie de plonger pour les rejoindre...

Mais l'heure passe et notre hotel de la veille attend toujours qu'on vienne régler la note ! Nous filons récupérer nos bagages et payer notre loyer. Il nous faut nous presser un peu, nous voulons partir en direction de Cochamo, pour profiter de la vallée située à quelques kilomètres, mais il nous faut faire des provisions puisque le village est vraiment tout petit ! C'est sur les coups de 16h que nous embarquons finalement dans un bus nous amenant à destination à travers un paysage incroyable.

On vous a dit qu'on voyait tout le temps le volcan Osorno 

Nous roulons entre mer et montagne. La lumière et le reliefs donnent l'impression d'être dans des fjords de pays scandinave. Ce n'étaient que des mots sur un guide mais leur réalité s'impose à nous : la Patagonie est le royaume de l'eau et des montagnes.

23
nov
23
nov
Publié le 17 décembre 2017

Après ces quelques jours charmants dans des paysages de carte postale suisse avec mes parents, nos routes se séparent.

Ils retournent sur Bariloche prendre l'avion vers Buenos Aires tandis que nous nous arrêtons à Villa Angustura. Nouvel au revoir émouvant, ce sont nos derniers visiteurs, et la famille ça compte !

Nous attendons tranquillement sur un banc de la gare notre bus direction Puerto Montt au Chili. À peine 6 heures sont nécessaires pour traverser la frontière mais quelles six heures !

D'abord le paysage de montagne que nous commencions à connaître. Mais petite à petit les parois se font plus proches et plus abruptes, de grands murs rocheux nous surplombent de quoi faire rêver les fans d'escalade. Et petit à petit de grandes plaques de neiges apparaissent au milieu des arbres !

L'ensemble est vraiment stupéfiant, une vegetation dense, de la neige à foison (c'était terriblement frustrant de ne pas pouvoir descendre pour la toucher) le tout sur un sol sableux. Et pourtant nous ne dépassons pas les 2.000 mètres !

Rapidement nous arrivons à la frontière, du moins celle côté Argentin, on descend et on tamponne la sortie du territoire. Ce n'est que 15/20 kilomètres plus loins que nous atteignons le point de contrôle Chilien, une sorte de notre man's land sépare les deux postes frontières. Côté Chilien on ne rigole pas, c'est avec le sourire et amabilité, mais beaucoup de sérieux qu'un maître chien contrôle avec Lola (la chienne) la présence de matière organique dans les sacs et bagages. En effet, interdiction totale de faire passer quelque produit d'origine végétale ou animale que ce soit. Nous mangeons donc rapidement nos sachets de snackers récupérés par les parents.

Comparé au Perú ou à la Colombie, ça manque de couleurs

Nouveau tampon, qui manque de charme comparé à d'autres, et nous voici officiellement au Chili. Ce n'est que plusieurs kilomètres plus loin que le paysage commence vraiment à changer. Il y a plus d'eau, tout celle bloquée par la cordillère et ici la végétation est bien plus verte. Et lorsque nous sortons des contrefort la vue est stupéfiante. À notre gauche se dresse majestueusement le volcan Osorno, monstre conique paré de neige. Nous ne cesserons de l'avoir en vue pendant les prochains jours, ainsi que son copain tout aussi haut mais moins beau : le volcan Calbuco.

Il ressemble un peu au Fuji non ? 

Nous traversons notre première ville et le changement est flagrant. Nous sortons du paradis artificiel de la Suisse andine, ici les villes et leurs habitants sont plus pauvres. Les maisons sont de bois peint, avec parfois de la tôle ou du ciment. Avec la lumière encore forte de 19h ça a du cachet, surtout entouré d'une nature plus qu'heureuse. Pensez vous entre le soleil et la pluie qui tombe à flot dans cette région les plantes s'en donnent à cœur joie, on se croirait en Irlande.

Nous arrivons à Puerto Montt après environ 6h de trajet (une bagatelle pour nous ). Nous sortons du bus et goûtons enfin l'air du pays. Il fait frais, il y a du vent, la mer est grise, le ciel un peu couvert, l'atmosphère chargée d'humidité et d'embruns : c'est officiel nous sommes entrés au Chili

20
nov
20
nov
Publié le 13 décembre 2017

Après 20h de bus depuis Buenos aires, nous arrivons enfin, un peu vermoulus, à Bariloche. L'arrivée sur le grand lac, les sommets enneigés en arrière plan, l'eau cristaline... C'est un autre monde qui s'ouvre à nous.

Nous retrouvons les parents d'Alex, déjà sur place depuis 2 jours. Ils nous attendent à la gare, avec leur véhicule. C'est bien la première fois dans ce voyage que nous sommes attendus. La classe ! Un tout petit tour dans la ville de Bariloche, assez moche, et nous filons déjà vers le nord, direction la Villa Angustura, point de départ de la merveilleuse route des sept lacs. Quelques km à peine, et les sombres sapins prennent le pas sur les collines arides. Les genets en fleurs, jaune étincelant, parent le bord des routes.

Le monde qui s'ouvre à nous rappelle furieusement les Alpes suisses, une succession de lacs, autour desquels la route s'enlace. Dans cette lumière de fin de journée, les montagnes aux sommets encore enneigés se reflètent dans des eaux glacières et transparentes. Les forêts sont couvertes de grands cyprès de la cordillère ainsi que de coihue, immense conifère qui sert de bois de construction, notamment pour bâtir les pontons du lac.

le fameux cypres de la cordillère

Nous continuons notre route jusqu'à prendre une piste de terre, qui serpente entre deux montagnes, traversant de belles forêts de conifères, sillonnées par d'innombrables ruisseaux. Nous atteignons un autre lac, celui de Traful, du nom du petit village posés sur ses bords. Comme dans toute la region, c'est le chalet suisse qui sert de référence architecturale. En haut d'un promontoire, une petite église en bois, rappelle la simplicité des églises nordiques. Une fois dans un petit salon de thé, une vitrine expose du chocolat, et une série de gâteaux. Apfelstrudel, forêt noire, gâteau au noix prennent le dessus sur les alfajores, la spécialité Argentine. L'influence, là encore est limpide. On est loin du brin de folie portègne, ou de l'aridité pauvre des Andes. L'opulence est partout, dans la perfection des verts gazons jusqu'aux petits chalets de bois dans lesquels nous passerons une nuit.

et au petit matin, des faucons qui viennent jusqu'à nos fenêtres 
depuis le bateau qui nous amène voir les arrayanes

À côté de la petite ville de villa Angustura, une grande presqu'île fait office de parc naturel. On peut s'y promener jusqu'au bout pour observer les arbres arrayanes, des conifères au tronc couleur cannelle, des arbres en voie de disparition sous l'effet de la sécheresse, et dont on trouve ici les uniques exemplaires. Pour ne pas trainer nous faisons le trajet en bateau plutôt qu'à pied. La balade sous un soleil étincelant est délicieuse.

Nous avons ensuite pris la route des sept lacs, qui serpente entre vallées et lacs jusqu'à St Martin de los Andes. Les forêts s'épaississent progressivement à mesure que nous remontons au nord. Chaque nouveau lac, parfois un peu secret, parfois plus dégagé, est l'occasion d'un paysage different, d'une perspective nouvelle, sur les sommets enneigés, sur les eaux aux couleurs émeraudes ou turquoises.

On est tout de même frappés par le nombre d'arbres morts, toujours debouts, qui sont autant de petites taches blanches dans le vert sombre des forêts. Intrigués nous avons demandé explication. Eh bien ici aussi dans cette petite suisse le changement climatique est sensible. Alors qu'il pleut en moyenne plus de 3500 mm d'eau par an, voilà 15 ans qu'il ne pleut plus que 2700 mm. Un changement suffisamment brutal pour fragiliser l'écosystème et que meurent de très nombreux exemplaires de ces cyprès des Andes. Les feuillus, eux, ont l'air de mieux resister.

A Saint Martin de los Andes, installé sur la berge de l'immense lac Lanin, rondins de bois, bow window, chalets, tous les incontournables de la station de ski sont présents. Les nostalgiques de la cabane au fond des bois, yucaidi yucaida, seraient comblés. Michel et Aude nous emmènent voir un petit village Mapuche au cœur du parc national Lanin. L'endroit un peu plus abrité du vent a beaucoup de charme. Nous nous fondons dans le décors, nous nous imaginons de nouveaux noms. Je choisi celui d'Aigle aux yeux d'Opale, Alex celui de Bruit du vent dans les branches de bambous, même si j'avais proposé castor musqué ! Franche rigolade dans la voiture.

Dernière soirée en Argentine autour d'un bon repas dans un resto très joli. Demain nos chemins se séparent. Retour à Buenos Aires pour Michel et Aude et départ pour le Chili de notre côté.

De l'eau encore de l'eau, ici une jolie cascade dans le parc des mapuches
27
oct
27
oct
Publié le 11 décembre 2017

Nous en rêvions, un lieu stable pour plusieurs semaines, sans nécessité de visites. Nous découvrons qu'à la longue le voyageur se lasse. Son regard s'est émoussé, comme son enthousiasme. L'émerveillement des premiers temps a laissé place à un plaisir professionnel, moins spontané, plus mesuré. Bref, aussi iconoclaste et provocateur que cela puisse paraître, le voyageur fatigue de son voyage et réclame du repos.

Nous rentrons donc dans notre ville refuge, celle qui fut le point de départ de notre voyage, la belle Buenos Aires. C'est drôle comme dès les premiers pas hors de la gare, nous avons plaisir à retrouver nos marques sans attendre : le bus 106 pour aller jusque chez Florence dans le quartier d'Almagro, les commerces que nous avions l'habitude de fréquenter, notamment le Chino où nous achetons de quoi fêter notre retour.

Florence nous attend avec impatience, très occupée par le tournage du dernier film de la Goldwin Meyer sur l'enlèvement d'Eichman par le Mossad. Notre principale occupation durant ces trois semaines sera de préparer nos repas, plus ou moins élaborés et de faire de nouveaux tests. Notamment côté boulangerie : Burgers avec m pain maison, croissants, chapata le pain espagnol... Alex s'est lancé dans les chips de patate douce, et innové en dénichant et cuisinant des graines de soja. Bref des fées du logis !

en pleine action ! 

Les parents d'Alex, Michel et Aude sont arrivés début novembre et nous avons ainsi passé quelques fin d'après midi à siroter du Malbec ou à profiter du talent des Argentins pour cuisiner la viande dans des parillas du quartier de San Telmo. Autant d'agapes qui nous ont totalement dévié de notre objectif de revenir plus minces qu'en partant. Notre absence de réelle activité physique à l'exception des expéditions pour aller faire des courses n'a pas aidé.

En réalité, nous avons quand même exploré le quartier de la Boca. L'un des plus anciens et des plus populaires. Il s'agit de l'ancien port, fondé par des génois. On dit qu'il s'agit du berceau du tango dansé initialement par les marins, entre hommes. Très connu pour ses quelques rues repeintes en couleur flashy et surtout pour la bombonera, le stade local que les footeux qualifient de légendaire.

el caminito, la rue la plus célèbre de la Boca 

Nous arpenterons ces quelques rues envahies par les touristes qui viennent y chercher la carte postale d'un lieu qui n'existe plus. Nous essaierons de nous en éloigner un peu sans prendre des risques inconsidérés, tant le quartier conserve une très mauvaise réputation. Les rues, alors, retrouvent leur calme habituel et les maisons encore de bric et de broc confirment la précarité des habitants du quartier.

Mais, à peine, avons nous pu nous mettre à la page sur les séries du moment, de lire le bouquin que mes parents m'ont envoyé, "l'odeur de la forêt" aussi intéressant qu'addictif...que déjà nous devons penser à notre prochain depart. Cette fois plus de place à l'improvisation. Les terres qui nous restent à découvrir, Chili et Patagonie sont immenses et chères. Si nous voulons avoir le temps de profiter des différentes zones, place à l'anticipation. Nous compulsons alors frénétiquement nos guides Chiliens et argentins pour organiser un trajet qui doit nous amener du nord du Chili, à l'extrême sud argentin en passant par l'Ile de Pâques, avec cette fois la perspective du retour en France !

Après le trajet et le budget, place aux sacs. Nous changeons radicalement de stratégie. Nous avons pu reconstituer nos réserves pour les deux derniers mois qui sont aussi les plus chers. Si nous voulons profiter de toutes les merveilles locales, il faudra passer quelques nuits en tente. Or le dos d'Alex n'est pas prêt à porter beaucoup et le mien n'y tient pas davantage. Si nous portons tout le matériel de camping, il va falloir sacrifier d'autres choses. Soucieux de la rigueur de ses choix, Alex investit dans une balance précise pour peser et soupeser chacun des éléments que nous devons mettre dans le sac.

L'objectif est clair, ne pas dépasser les 20 kg à deux. Exit les quelques objets déjà considérés comme superflus lors de la première boucle (deuxième bonnet, Lycra de surf, flacons d'huiles essentielles, les médocs antipaludiques...), puis quelques séparations douloureuses et drastiques : nous laissons ainsi l'ordinateur et son chargeur, et nous réduisons au maximum le nombre de vêtements. Nous partons avec un seul pantalon, en laissant le jean à Buenos aires. Bref le minimum.

Lors de la dernière pesée, tous fiers, nous constatons notre succès. Alex a un sac qui ne dépasse pas 8 kg et le mien 12 kg. Ce soir Florence fête son anniversaire. Nous avons décalé notre départ pour être là pour la fête. Demain à 15h, un bus nous emmène jusqu'à Bariloche, après 21h de voyage. À nous le Sud !

21
oct
21
oct
Publié le 9 décembre 2017

Cordoba, la ville docte. La belle Córdoba, concurrente éternelle de Buenos Aires. La ville des lettres et des sciences, la fédéraliste opposée à la centraliste.

À peine le bus atteint-il le centre ville que nous tombons sous le charme de Cordoba. Elle mérite haut la main tous ses titres et ne cessera de nous le prouver tout au long de notre séjour.

Le changement d'ambiance est radical comparé à Salta. Ici, au soir tombé les rues sont pleines de joggeurs, tous élancés et la foulée légère. Les nombreux parcs de la ville sont pris d'assaut alors que les terrasses des bars à bières, ou à vins, ou à tapas, bref tous trendy, commencent à se remplir.

Il faut dire que ce sont des quartiers entiers, les anciens quartiers mal famés en pleine gentrification, qui sont réinvestis en lieu de brocante ou de boutique vintage, architecte et designer ont pignon sur rue au milieu des restaurant et bars vegan ou gluten free mais tous résolument hipster. Un mot pourrait décrire à la perfection cette ville : branchée.

Cette ville qui semble n'abriter que des CSP+, est pourtant la première ville étudiante du pays, d'où son surnom de docte. Et ce de par son histoire. L'Université de Cordoba est en effet la première université publique et gratuite du pays, voir probablement du continent, fondée par les jésuites. Et qu'importe s'il a fallut une demi révolution pour que l'enseignement deviennent accessible à tous, le résultat est là. Il en découle que la quasi totalité du centre forme un quartier étudiant tentaculaire. Cela explique la quantité de jeunes personnes dans tous les sens et le nombre de bars...

Mais Cordoba est aussi en ville de patrimoine. Anciens bâtiments et églises font bourgeonner tours et clochers dans presque chaque manzana (c'est le nom local pour un bloc ou cuadra). Admirez cette église aux couleurs chatoyantes ! Mais l'art ancien n'est pas le seul à avoir voix au chapitre de l'habillement de la ville. De nombreuses fresques de tailles variées couvrent murs et devantures.

L'architecture même de la ville vaut le détour. On oscille entre inspirations européennes pour les bâtiments et hôtels particuliers des grandes avenues, et architectures résolument modernes pour les centres culturels et les musées, avec des succès plus ou moins francs. Les flancs arrondis du centre des archives se sont vu adjoindre des barres grises - vous les voyez - pour empêcher les habitants de faire de la luge dessus. Mais ça n'a pas suffit, si bien qu'un policier garde l'esplanade nuit et jour. des archives bien protégées. Le geste architectural à l'épreuve de l'habitant. Parfois le choc esthétique de plusieurs influences, donne un résultat plutôt intéressant : regardez ces couleurs !

Sachez que la première photo présente le bâtiment qui tint, plusieurs années durant, le titre de bâtiment le plus étroit du monde. La parcelle est minuscule et l'édifice impropre à l'habitation mais des entreprises y ont leur bureau. Un beau mélange d'influences diverses qui donne beaucoup de charme à la ville. Et comme toujours une place centrale toute arborée, parfaite pour déguster un demi-litre de glace bien mérité après une dure journée de visite !

Mais que serait une ville d'importance sans ses parcs ? Une horrible masse grise me direz-vous et nous serions d'accord. Aussi plusieurs parcs traversent la ville de leur masse verte, mais quelques surprises se cachent au détour des sentiers. Tout d'abord admirez cette piscine de plein air absolument immense : elle fait un peu plus de 50m, et possède un élégant pont pour enjamber les nageurs et les saluer depuis de sèches hauteurs.

Malheureusement nous y étions trop tôt pour la voir en eau, mais elle reste encore impressionnante. Nous continuons notre route pour atteindre un belvédère et que voyons nous ? Une roue de type fête foraine, créée par les entreprises Effeil et achetée par Cordoba. Manque de bol, au moment de monter la structure après son entretien, les traverses sont posées à l'envers. Résultat elle ne tourne plus et depuis les pièces ce sont tordues. La petite sœur de la dame de fer, paraît bien triste sans personne à bord de ses nacelles.

Encore bien d'autres surprises se cachent au coin de chaque rue, et Cordoba fut un véritable plaisir à visiter. Nous avons pu profiter des services d'une association de free walking tour pour nous faire découvrir tous ces endroits, et franchement leur guide tient la route ! Et puis une fois encore des couchsurfing nous ont accueillis, charmant petit couple attendant leurs papiers italiens pour aller vivre au Danemark quelques temps. Car oui, sachez que l'administration Italienne offre des facilités pour obtenir passeports et autres papiers aux descendants d'immigrés italiens. Mais attention ! si c'est par exemple votre grand mère qui était Italienne, il faudra passer par un tribunal pour faire reconnaître votre nationalité. Comme quoi des progrès en matière d'églité des sexes sont encore à faire...

16
oct
16
oct
Publié le 8 décembre 2017

La rencontre avec une Suisse, Sophie a décidé de la suite de nos aventures. Croisée la veille dans l'auberge où nous dormions à Salta, elle nous explique qu'elle compte louer une voiture le lendemain et faire une petite boucle vers le sud en direction de Cafayate. Le courant étant bien passé entre nous, nous hésitons à peine et rdv est pris pour un départ tôt en matinée. Aller à Cafayate est une petite aventure qui vaut autant pour les routes qui y conduisent que pour le village lui même qui réserve quelques surprises. Sophie nous conduit d'une main de maître sous un ciel sans nuage.

Nous rigolons bien à mesure que nous avançons, raconter notre voyage à Sophie, qui elle a commencé le sien il y a à peine 3 semaines. Elle a les yeux de la nouveauté. Chaque cactus, oiseau ou bloc de rocher sont l'occasion d'une exclamation heureuse. Nous nous surprenons à tenir un discours de blasés. "Oh tu sais des cactus, c'est pas le dernier que tu verras. Oui les couleurs des pierres sont jolies"... Bref des rabats joies qui commencent à aspirer au calme d'un séjour prolongé dans un même endroit et de préférence une ville !

Deux routes sont possibles entre la petite ville et Salta. La plus à l'ouest, pour une bonne part constituée d'une piste, longe la cordillère à des altitudes élevées. Il est conseillé d'effectuer le trajet en deux jours et avec un véhicule tout terrain. Nous préférons donc le deuxième itinéraire à la fois le plus rapide et le mieux carrossable qui traverse lui aussi, d'après mister routard, une très belle vallée. Quand apparaissent les premiers contreforts de la quebrada de las conchas, (oui oui la vallée des moules, c'est son petit nom) les formations rocheuses rouges et ocres tranchent avec le fond de la vallée recouverte d'arbres et l'eau du ruisseau. L'ampleur des lieux est encore une fois saisissant. Un paysage de far ouest, tels que les westerns nous les ont montrés.

la fameuse gorge du diable 

La vallée est ponctuée de petites singularités qui méritent un petit arrêt. La gorge du diable (oui encore) est des plus impressionnantes. L'eau et le vent ont creusé dans les sédiments les plus friables de la falaise une immense cheminée de près de 300 mètres de haut. On se sent tout petit dans cette antre. Nous grimpons un peu jusqu'à ce que le sol ne se soulève tout à fait et monte à la quasi verticale. Vertigineux.

Nous poursuivons jusqu'à l'amphithéâtre, un grand espace arrondi, qu'une vingtaine de coeurs amateurs occupent pour l'occasion. Chants patriotiques et cantiques d'église façon gospel, nous bénéficions d'un petit concert plutôt marrant.

Les points d'intérêt suivants relèvent plus de l'anecdote, une pierre finit toujours pas ressembler à une pierre n'est-ce pas? Ainsi le prêtre et l'obélisque nous ont plutôt fait rire, tant il fallait mobiliser une réelle imagination. D'autant que Sophie ne parvenait pas à voir à l'ecclésiastique. J'ai bien tenté de lui dire que c'était un pasteur mais rien y a fait. Seul le crapaud nous a plutôt convaincu avec son œil torve et son air de pacha.

Nous sortons enfin de cette vallée pour atteindre Cafayate. Je garde une très forte impression de l'espace soudain ouvert à nos yeux certes délimités à l'est ou à l'ouest par de hautes montagnes, mais entre les deux, l'immensité. Apparaissent alors ces grands champs de vigne. Et oui car ici, on fait du vin d'altitude (1 600 mètres quand même) figurez vous. La grande amplitude thermique, nuit très fraîche et journée très chaude permet un très bon développement du raisin qui se gorge de soleil. L'air sec et l'eau glacière directement issue des montagnes protègent des maladies.

Le musée du vin nous a expliqué tout ça de façon très didactique. Mais plutôt que d'en rester à une théorie abstraite nous avons préféré passer aux travaux pratiques. Le destin a fait que nous sommes tombés sur une fête locale où était organisée une dégustation par l'ensemble des producteurs locaux. Malbec, Cabernet franc syrah, pour les rouges. Côté blanc Cabernet sauvignon et surtout torrentes, l'unique cépage dit argentin car produit d'un croisement naturel entre les vignes apportées par les jésuites pour faire du vin de messe et des plantes locales. Une jolie découverte.

Au milieu de cet aréopage, un petit orchestre et un chœur de grande qualité s'est lancé dans la représentation du requiem de Mozart. Comme en écho à cette journée magnifique marquée par les voix et les vins.

13
oct
13
oct

Après notre expérience désastreuse à Jujuy nous filons au sud en direction de Salta. Changement d'ambiance immédiat. Il fait plus beau, la ville est plus dynamique et surtout possède un vrai centre, avec une place et des bâtiments charmants.

Sitôt trouvé notre nouvel hébergement, une auberge de jeunesse peuplée de jeunes hippies et sentant légèrement les pieds, nous partons arpenter la ville. Mais point de folie, nous sommes arrivé un vendredi et nos fonds ne seront pas disponibles au retrait avant lundi ! Le contrecoup fâcheux de notre départ précipité.

Nous nous rendons vite compte que les salteños n'ont pas peur des couleurs franches et des architectures un peu lourdes. Ce que vous voyez, couvert de rouge et d'or n'est pas un théâtre mais une église ! Le ton est donné ...

Forcément nous allons faire un tour au marché, histoire de manger un morceau et d'acheter quelques vivres pour le week-end. Sans être aussi beau que ceux de Cusco ou Cali, il est plutôt mignon. Surtout, il est au centre d'un quartier entier dédié aux piétons. Plutôt inhabituel dans ces pays où la voiture est reine. Nos déambulations nous amènent sur la place centrale, ça n'étonnera personne le bâtiment le plus beau est d'inspiration française.

Moment d'anthologie, alors que nous passons devant l'église les sonneurs testent les cloches et s'en donnent à cœur joie !

Ça ne vaut pas le son de la pierre cloche 

A notre retour de Cafayate (Simon doit être en train d'écrire l'article), pour changer un peu d'ambiance et continuer d'économiser en prévision de la Patagonie, nous finissons notre séjour à Salta en Couchsurfing. Les conditions sont un peu plus spartiates, nous dormirons deux nuits (le bus était complet le premier jour) sur un matelas une place dans le salon. Mais c'est l'occasion d'aller visiter le cerro san bernardo. Il est accessible en téléphérique, mais nous décidons de gravis la colline avec nos petites jambes musclées.

Et l'ascension en vaut la peine. Petit à petit la vue sur la ville se dégage et c'est avec le soleil déclinant que nous atteignons le sommet. Dimanche fin de journée et le parc est plein ! Familles et amis montent ici profiter du parc au sommet et du panorama sur la ville. Nous retrouvons avec plaisir le rituel du maté mais avec une légère variante (le thermos a été oublié à la maison) : le telele - on met du jus de fruit a la place de l'eau chaude !

La seule photo de nos hotes que nous ayons

Le lendemain nous sommes seuls, nos deux hôtes travaillent, eux ! Nous allons passer l'après-midi au parc Lorenzo à quelques kilomètres de Salta. La réserve s'étend sur plusieurs kilomètres et présente une forêt humide d'altitude. C'est vert, chaud et humide mais pas trop. Parfait pour une sieste à l'ombre d'un arbre et jouer avec les cailloux dans les ruisseaux.

Même les plantes aiment les couleurs ! 

Une pause bucolique des plus charmantes !

10
oct

Avec quelques jours d'avance sur notre programme nous arrivons à San Salvador de Jujuy, où nous attendent Horacio et Lila pour deux bonnes semaines de Workaway, dans ce qui doit être une ferme écologique, avec projets de constructions en matériaux écolo et durables. Pour rappel le principe du Workaway c'est que nous travaillons entre 4 et 5h par jour, 5 jours par semaine en échange du gite et du couvert.

Passons sur la ville de San Salvador de Jujuy qui n'a d'intérêt que d'être la capitale de la province éponyme. De toute façon nous n'y serons quasiment jamais puisque la dite "ferme" se trouve un peu plus loin dans les hauteurs, trop loin de la ville, en bus ou à pied, pour que nous y allions régulièrement.

Pendant les premiers temps cela semble prometteur, bâtiments en pierre et ciment naturel (mélange de terre, de sable et d'un autre élément liant), un terrain immense, une petite cabane pour nous abriter, un atelier en fond de jardin ou trône une camionnette en réparation, et au fond la rivière d'où est pompée l'eau qui alimente toute la maisonnée et l'arrosage.

ça fait un peu petite maison dans la prairie 
Au fond en rouge, notre logement. Charmant mais un peu ouvert au quatre vent, les planchettes de bois ne sont malheureusement pas ...

Mais la désillusion est rapide dès que nous jetons un coup d’œil au potager - oui, c'est bien trop petit pour être qualifié de champ. De mon point de vue rien de particulièrement choquant au premier abord, mais bon je n'ai la main verte qu'en milieu radioactif. Par contre Simon, lui se rend bien vite compte que ce sont des branques, dont les connaissances en jardinage ne sont pas beaucoup plus poussées que les miennes...

Il faut avouer que le terrain n'est pas des plus adaptés, certes. La terre n'est pas très riche et pleine de cailloux, voir par endroits de restes de ciment. Les légumes sont plantés parfois au petit bonheur la chance. Ici point de sillons bien marqués, pas de terre aérée et retournée régulièrement, point d'arrachage des mauvaises plantes, pas de remblai pour éviter que l'eau s'échappe lors de l'arrosage. En somme des plantes posées sur le sol, en espérant qu'elles veuillent bien pousser. Rendez vous compte, les tomates poussent sans tuteur !

Bref, après plusieurs jours de travail en plein cagnard, le tout reprend forme humaine mais nous sommes loin des méthodes de permaculture, l'idée même d'une quelconque optimisation ou d'un arrosage journalier semble farfelu à nos hôtes...

Après un temps de flottement, pendant lequel nous sommes sans directives et dans le néant abyssal de leur organisation, décision est prise d'avancer sur un des murets de renfort de la maison ! Ce que je prenais pour un futur bac à fleur était donc une pièce architecturale. Nous allons donc déplacer des tas de terre, puis des tas de sable de ci, de là, le temps que soit décidé le point de stockage. Charger, décharger et recharger encore le même tas à travers le terrain est une expérience de patience. Notre motivation est en chute libre vous devez vous en douter

Nos prétendus fermiers/architectes en herbe, se révèlent de simples retraités sans aucune connaissance technique - et pas particulièrement curieux. L'idée de faire des recherches Google ou plus simplement dans une bibliothèque plongeait Horacio dans des abimes de réflexion. Mais pourquoi pas, après tout quel intérêt d'apprendre des autres quand on peut juste répéter des erreurs ad nauseam ?

Après notre motivation, c'est donc notre estime pour nos deux semi-hippies sociopathes qui s'écrase au niveau des tomates. Mais bref, nous faisons du beau ciment naturel, et la bétonnière tourne et tourne tandis qu'un crachin tombe sur nous.

Le bâtiment principal, et au fond celui où vivent Horacio et Lila

Nous continuons à déplacer des tas de choses, lorsque Horacio trouve notre nouvelle activité pour la fin de notre séjour à Jujuy. Nous allons créer un meuble type bar en partant de la structure en métal d'une commode et de planches de bois (2mx0,20m à peu près) stockées dans un coin. C'est donc parti pour une journée de ponçage du métal au papier de verre. Nous travaillons musique dans les oreilles pour mettre un peu de cœur à l'ouvrage et enlever restes de peinture et rouille, en nous demandant régulièrement "mais où est Horacio ?".

Le retour de la pluie le lendemain, nous empêche de passer à l'étape du vernis/peinture. C'est au tour des planches d'être poncées. Mais surprise, après plus d'une heure trente et alors que nous terminons la dernière planche, Horacio nous annonce qu'il ne veut pas juste des planches poncées, il veut que nous rectifions la courbure des planches. Et oui, le bois travaille et finit par se courber, rien de bien méchant mais certaines planches bombent de plusieurs millimètres. Soit, sauf que pour se faire nous n'avons à disposition que du papier du verre, et encore faut-il se battre pour avoir des feuilles non usées - cela pourrait abimer le bois vous comprenez. Devant notre air plus que dubitatif Horacio insiste, nous reprenons donc le ponçage en espérant rattraper le défaut des planches. Bien entendu le résultat n'est pas au rendez-vous, si au bout de 4h nous avons rattrapé un millimètre sur chaque planche, c'est un miracle. Nous faisons donc remarquer à Horacio, que le matériel ne nous semble pas approprier et qu'il existe un outil magique appelé "rabot" pour faire ce genre de travail. C'est à son tour d'afficher un air dubitatif, il préfère se mettre lui même au ponçage pour prouver que si, si c'est possible.

Bon il n'aura pas ponçé bien longtemps, on vous rassure, pendant ce temps nous nous dirigeons vers la salle d'eau pour laver sciure et poussière. Ici le chauffe eau marche au bois, comprenez que nous prendrons deux douches chaude en 10 jours devant la lenteur du système. Mais au moins cela nous amuse un peu.

Et le lendemain, patatra : Horacio nous annonce au moment où nous allons petit-déjeuner qu'il veut que nous partions immédiatement. Et oui, il trouve que nous ne travaillons pas assez, et que nous sommes de mauvaise foi. Il est évident que les planches ne sont pas plates parce que nous ne travaillons pas assez. Et que nous faisons des pauses pour aller boire ou aller aux toilettes, et même que l'on écoute de la musique, et pis on ne fait pas d’effort, et certains jours on ne travaille que 4h30, et on ne fait pas la vaisselle commune tous les jours ! En bref, il se sent lésé. Notre travail ne correspond pas à ce qui nous est fournit, nous sommes en train de le voler - sachez qu'à ce moment c'est le 5e jour de la semaine et qu'il devait donc nous rester deux jours de repos.

Passé notre ahurissement le plus total face à sa réaction, et surtout le fait qu'à aucun moment avant ce matin, il ne nous a été fait la moindre remarque sur nos horaires, notre organisation du travail ou quelconque défaut supposé, nous allons faire nos sacs.

C'est choqués par la méthode, mais soulagés de quitter un tel endroit et de telles personnes que nous remballons nos affaires. Nos gentils retraités un peu hippies se sont transformés en monstres ultra-libéraux. Il est évident que nous n'avons pas la même vision de ce que doit être un Workaway, pour eux pas question d'échange ou d'apprentissage. Il faut travailler 5h, sans pause et selon des horaires mystérieux pour mériter sa croute, et faire la cuisine et tout laver, et ne pas poser de questions sur les méthodes hasardeuses employées. Et sinon, on vous jette, comme le travail à la journée dans les pires mines d'Amérique du Sud.

Touche de douceur au moment du départ, un troupeau de biquette croise notre route 

En bref, si l’expérience de Riohacha était vraiment chouette, ici c'est un échec sur tout la ligne. Pas de belle rencontre, aucun nouveau savoir, des courbatures plein les bras et le dos, et surtout : nous avons oublié, dans la précipitation du départ, la petite paire de chaussures magnifiques que j'avais acheté à Tilcara !

3
oct

Notre première intention après le passage de frontière est de rejoindre Humahuaca, petite ville de la Quebrada (vallée) du même nom, connue pour être classée par l'Unesco au patrimoine mondial. L'idée aurait été d'y passer une nuit et de repartir le lendemain pour un village un peu plus au sud, toujours dans la Quebrada. Mais l'idée de devoir refaire les sacs et de bouger à nouveau dans les trois jours qui nous restent avant d'atteindre notre Workaway, nous fait hésiter. Voilà 4 mois que nous sommes en transit, donc l'idée de rester 3 nuits au même endroit nous convainc de poursuivre jusqu'à Tilcara.

La route dans la lumière du soir, au coeur de la Quebrada dévoile un paysage magnifique, que nous aurons hâte le lendemain de parcourir en plein jour. Nous arrivons donc à Tilcara, sans doute la ville la plus importante de quebrada, essentiellement tournée vers le tourisme. Après avoir écumés les hôtels et âprement négociés le prix de notre chambre, nous nous installons dans une petite auberge tenue par une famille purement argentine. Nous retrouvons les "ch" de cet espagnol si caractéristique et la mère parle si vite qu'on dirait qu'elle est sous coke ! On sort pour trouver de quoi se sustenter. Là aussi l'ambiance est typiquement argentine, les gens se couchent tard ici. Il est 9h30 et les rues sont pleines de monde.

Mais on comprend une fois installés à une petite terrasse en train de boire une mousse que les habitants attendent quelque chose le long de la rue principale. Et effectivement, des chars lumineux apparaissent au bout de la rue et remontent très lentement l'avenue. Nous comprenons qu'il s'agit de l'école d'ingénierie et de formation technologique qui est en fête. Les deux chars sont tirés par deux tracteurs et sur les chars c'est un festival de lumière. Sur le premier les plus belles filles de l'école prennent la pose. Sur le second, des personnages et autres animaux en carton pâtes sont articulés par des pistons qui les lèvent et les redescendent. On est pas tout à fait au niveau des géants de l'ile de Nantes mais disons pour être polis que c'est prometteur.

Bref cette bonne ambiance nous a fait changé de monde, comparé aux rues calmes des nuits boliviennes, la buena onda argentine est belle et bien là.

Après une bonne petite nuit nous partons en balade. On nous dit que la garganta del diablo locale (tout ce qui ressemble de près ou de loin à un trou est une garganta del diablo) est tout à fait intéressante. c'est parti pour quelques heures de marche dans un paysage battu par les vents et la poussière. Sur les flancs des montagnes colorées de nombreux grands cactus ont poussé dans cet environnement relativement hostile. Le routard nous raconte qu'à l'arrivé des espagnols, les indiens conscients de leur infériorité autant numérique que technique, décidèrent de mettre sur tous les cactus tous les bouts de tissus disponibles et de faire croire à la présence de puissants guerriers. La ruse fonctionna, puisque les espagnols trompés par la supercherie ne tentèrent pas le diable et préférèrent contourner la zone. La quebrada gagna ainsi quelques décennies de tranquillité.

La balade nous amène effectivement jusqu'à une gorge de plus en plus étroite qui depuis le haut de la vallée forme un trou à la fois profond et étroit ! nous continuons en amont du ruisseau qui nous conduit jusqu'à une jolie cascade où nous pique niquons.

Le lendemain, après avoir improvisé une grillade à l'argentine dans le jardin de l'auberge, nous filons jusqu'à un petit parc très agréable où nous faisons la découverte de la pierre cloche. Explication en images.

Nous partons le lendemain pour le dernier village avant San salvador de Jujuy, Purmamarca réputé pour ses montagnes aux sept couleurs. Le paysage qui apparaît est effectivement très impressionnant. Des couleurs et des contrastes incroyables. Voyez plutôt !

30
sept
30
sept
Publié le 23 novembre 2017

Pour le retour en Argentine, nous décidons de passer par Tupiza, zones de montagne et de haut plateaux, avant-gout des paysages qui nous attendent dans le nord de l'Argentine. On parle ici de Quebradas, des vallées étroites, où serpentent des cours d'eau, source de vie et de verdure dans ces zones arides et pelées.

Nous enchainons les heures de bus depuis Sucre, au milieu de ces paysages étonnants. L'ocre cède la place au gris omniprésent, la terre n'est plus la même c'est une évidence. Alors que la nuit est tombé depuis quelques temps, et que nous approchons de Tupiza, surprise : notre bus s'arrête en plein milieu de la route. Une manifestation, apparemment causée par la sécheresse et les problèmes d'alimentation en eau de la région, nous bloque le passage. Qu'à cela ne tienne, nous finissons à pied.

De Tupiza, nous ne verrons au final pas grand chose, un lever bien trop tardif nous pousse à prendre immédiatement la direction de la frontière sans nous attarder, d'autant que la ville ne présente pas de charme particulier. Reprise de bus en direction de la ville frontière de Villazón.

Ville frontière classique, elle n'a aucune intérêt. Nous descendons du collectivo pour trouver un taxi qui nous dépose au poste frontière, situé à quelques kilomètres. Le bureau bolivien nous informe que nous n'avons pas besoin de faire de tampon de sortie de territoire, celui d'entrée en Argentine fera office de sortie de la Bolivie. Certes... Nous en profitons pour changer nos derniers BOB en Pesos Argentins (ARS) et bim nous voici du côté Argentin ! Retour en terrain connu, en quelque sorte.

Bon comme d'habitude les détails du Permis Vacances Travail font ramer les ordinateurs de nos chers douaniers, on se range sur le côté, histoire de laisser passer une bonne dizaine de personnes avant que notre situation ne soit enfin réglée. Pour le coup c'est une frontière très active. Les prix bas côté Bolivien attirent les argentins, que ce soit pour des vêtements ou des équipements plus imposants.

Les retrouvailles avec l'argentine, sont un peu violentes. Le déjeuner nous revient au prix d'une nuit d'hôtel en Bolivie, et plus question de négocier les billets de bus à tout va ! Mais surtout le pays est bien plus riche, et cela se voit jusqu'ici, dans l'extrême nord. Les bâtiments et les routes sont bien mieux entretenus, et le différentiel de niveau de vie est évident.

Nous reprenons un bus en direction de Humahuaca et Tilcara. Le paysage change, l'horizon s'ouvre et des plaines immenses s'étendent entre deux lignes montagneuses. Au loin nous voyons Alpacas et Vigognes s'ébattre joyeusement, dans un festival de tons sur tons jaunes et beiges.

Notez les deux cyclistes ? Ils font gouzis gouzis à des vigognes, les veinards ! 

Et soudain au détour de la route, nous apercevons des formations rocheuses plissées. On a l'impression que la terre a basculé, révélant le mille feuille sédimentaire, habituellement caché à nos yeux. Les lignes de couleurs traversent le paysage, telles les ondes d'un lac troublé. Un paysage prometteur pour la suite du voyage.

28
sept

Après la rudesse du climat et le dénuement du paysage de Potosi, Sucre apparaît tel un oasis aux franges du désert. Arrivant de nuit, c’est seulement au petit matin (aux alentours de 10h, point trop tôt s’il vous plait) que nous comprenons pourquoi l’une des villes les plus riches de Bolivie est appelée « la Blanche ». Après les façades non crépies des autres villes de Bolivie, nous nous promenons dans un cadre nettement plus soigné. Les maisons chaulées ou peintes en blancs font apparaître une riche architecture coloniale mais surtout républicaine.

Après une première nuit dans une pension de famille sans charme, nous nous préparons à nous séparer d’Emeline qui doit rejoindre La Paz pour rentrer en France. Nous arpentons une première fois le centre ville à la recherche de bijoux en argent. Alors que le pays connut son heure de gloire dans la production de plata, nous faisons chou blanc. Nous n’arrivons pas à trouver l’artisan chez qui nous pourrions trouver autre chose que des séries de bijoux uniformes.

Nous prenons le temps de flâner dans le marché central, très bien aménagé, où nous irons chaque jour trouver notre repas du midi. Nous garderons longtemps en mémoire dans l’allée des vendeuses de volaille, cette tenancière détaillant un poulet entier avec une rapidité déconcertante, armée de son immense couteau. Trois cantines différentes nous accueillent et nous font découvrir quelques plats nouveaux.

Nous retrouvons Brendan et Gaëlle dans leur petit hôtel où nous nous installons pour les deux nuits suivantes. Après plusieurs parties de cartes endiablées, dans nos chambres puisque le bar de l'hôtel n'a jamais daigné ouvrir, c’est au tour de nos deux Bretons de repartir vers le Pérou pour attraper un avion à Lima pour la France. Nous profitons à nouveau de cette relative solitude. 3 chatons égayent la journée d’Alex qui ne cesse de bêtifier devant les petits félins aussi mignons que coquins.

Le lendemain nous nous risquons jusqu’à un joli parc, où une Tour Eiffel miniature a été édifiée. Rien à voir avec l’édifice élancé, tutoyant les cieux, que chaque parisien observe d’un œil attendri. Ici, c'est plutôt un phallus orange fluo, n'est pas la dame de fer qui veut. Entouré de jolis bâtiments officiels, d’un théâtre, les lieux de manquent pas de charme. Nous apprenons qu'il s'agissait à l'origine d'un quartier ouvrier à destination des cheminots, la gare se situant juste en face du parc.

Mais déjà les sirènes argentines nous appellent pour retourner au bercail. Direction le sud !

25
sept
25
sept
Publié le 19 novembre 2017

Comment qualifier Potosi ?

C'est une ville de contraste, étrange et difficile à saisir. Les traces de son passées fastes sont partout présentes, et pour le coup bien entretenues. Le centre historique est charmant comme tout, les rues sont petites, les bâtiments agréables et colorés mais sans pour autant se sentir comme dans un parc d'attraction. Quelques musées plutôt agréables permettent d'en apprendre plus sur l'histoire de la ville, du Cerro (la montagne) et du rôle qu'elle a joué dansla fabrication de la monnaie et par la même occasion de la couronne d’Espagne sur le continent sud Américain.

La ville semble réussir sa reconversion dans le tourisme et investit pour entretenir et développer son attractivité. Mais tout cela révèle vite sa vraie nature, un simple emplâtre sur les zones centrales de la ville pour cacher la misère d'un centre urbain avant tout porté sur les activités minières et générant une grande pauvreté.

Sortez du centre et les bâtiments lepreux et jamais terminés refont leur apparition. Et lorsqu'on s'approche du Cerro Rico on découvre les quartier miniers. Nous sommes loin de la candeur colorée du centre ville...

Le Cerro écrase par sa présence tant physique que symbolique la ville de Potosi en permanence. D'où que l'on soit ou presque, on peut apercevoir sa haute silhouette dominer la ville, et la nuit n'apporte pas de répit, une installation lumineuse souligne sa silhouette. Il faut dire que la ville doit son existence uniquement aux ressources minières du Cerro. Connu pour ses filons d'argent dès l'époque pré-colombienne, c'est sous la colonisation que l’activité minière se développe véritablement avec l'importation des méthodes industrielles occidentales de traitement et d'extraction du métal précieux.

Très vite, Potosi est fondée pour exploiter les richesses du Cerro, et elle devient la ville la plus riche et la plus peuplée du continent et probablement du monde à cette époque. C'est la locomotive économique de l'empire espagnol et de la colonisation. L'argent coule à flot, tellement qu'il sert à tout et n'importe quoi, que ce que soit des couverts, des parures, des bijoux, des meubles, des carafes. Tout ce qu'il est possible de fabriquer l'est mais en argent brut. Une véritable folie pour le métal blanc.

La mine, en partie à ciel ouvert. Le Cerro à parait-il perdu près de 500m de dénivelé depuis le XV siècle, on imagine la quantité ...

La baisse de la production et la surabondance du métal font s'effondrer les cours. Cette contreperformance aura raison de la richesse de la ville. Aujourd'hui la mine est toujours en activité, principalement pour produire de l'argent mais aussi du zinc, du nickel, et quelques grammes d'or et d'autres métaux semi-précieux. Et l'époque de la richesse est définitivement révolue. Les mineurs minent à leur propre compte, et revendent à plusieurs consortiums. Pas de corporation, seulements syndicats qui essaient tant bien que mal de se faire entendre et des conditions de travail franchement dangereuses.

Après quelques tergiversations nous avons fini par faire la visite de la mine. C'est édifiant, même si notre guide nous a proposé un parcours plutôt "soft". Comprenez que nous n'avons croisé que des équipes plutôt "âgées", personne de moins de 16 ans, et plutôt en bonne santé. Mais de nombreux enfants travaillent dans la mine, les accidents sont légions et les particules fines produites par l'exploitation provoquent des lésions et l'engorgement des poumons. Nombreux sont les mineurs qui ne font pas de vieux os, malgré les offrandes à la Pachamama et au Tio, dont les idoles sont présentes à tous les accès principaux.

Le Tio auquel on offre feuilles de Coca, tabac et alcool.

On comprend qu'il y ai tant d'accidents. Les méthodes pour attaquer la roche sont tout au plus rudimentaire. Les mineurs piochent, et creusent les galeries à la dynamite. Elle est d'ailleurs en vente libre dans toute la ville sans aucun contrôle, on sent le gap culturel, imaginez la psychose si la même chose était possible en Europe ! Et le tout est plutôt puissant. Alors que nous avions achetés quelques fournitures pour les mineurs que nous allions croisés, comme il est d'usage de le faire, notre guide nous propose d’expérimenter une explosion de dynamite. Il faut dire qu'il a travaillé pendant près de 10 ans dans la mine avant de se reconvertir en guide. Ni une, ni deux, le voici clope au bec à déballer un tube de dynamite pour le mélanger avec un catalyseur avant de mettre le tout dans une fissure de la roche après avoir allumé la mèche. Nous nous éloignons de quelques dizaines de mètres dans une galerie parallèle, jusqu'a entendre ou plutôt ressentir l'onde de choc, l'explosion. Dire que ça fait un gros BOOM, serait un doux euphémisme. On sent plus qu'on n'entend le front de l'explosion nous passer au travers.

la préparation tranquilou pépou de la dynamite 

Et il ne s'agissait là de l'explosion que d'un seul bâtonnet de dynamite ! On imagine les quantités autrement plus importantes que doivent manipuler les mineurs lors de leurs travaux d'excavation. Rien d’étonnant à ce que des galeries s'effondrent et que des glissements de terrains aient lieux en permanence...

Après cette visite et ces quelques jours passés à Potosi on se demande un peu quel avenir est possible pour la ville. Le tourisme tourne autour de la mine, la vie de la ville autour de la mine, et la mine tue ses habitants à petit feu. On voit mal comment Potosi peut exister sans le Cerro et s'orienter vers des activités autres alors que la mine a encore de longues années d'exploitations devant elle.

Une ville bizarre, obnubilée par sa splendeur passée, classée au patrimoine de l'Unesco mais étrangement vide. Une ville qui voudrait sortir du trou mais qui n'arrive pas à s'arrêter de creuser.

22
sept
22
sept

Nous sommes désormais à l'extérieur su Salar et les couleurs font leur grand retour alors que le sel et toute sa blancheur cèdent la place. Un camaïeux d'ocre, de rouges et de brun nous entoure, mais parfois le vert pointe le bout de son nez. Ces formations en mode sofa dernière collection Stark sont en fait des végétaux. Nous n'avons aucune idée de leur nom mais il s'agit probablement d'une sorte de mousse ou de lichen. Particulièrement bien adaptées ils affichent un vert insolent au milieu de ces terres désolées

Le sommet que vous voyez est un volcan en semi activité. Notez le léger panache qui s’échappe de son flanc gauche, pour les plus sportifs il est possible d'y faire un détour pour grimper plus ou moins à mi-hauteur. Il parait que le panorama est sympathique, mais pas suffisamment pour nous motiver...

Nous préférons continuer notre route vers la première des nombreuses lagunes présentes dans les environs. Comme nous ne tardons pas à le découvrir toutes ces lagunes sont le royaume privilégié de nombreuses espèces de flamand roses. Les micro organismes qui leur donne leur couleur, sont friands des nombreux minéraux présents dans l'eau. Si vous avez noté la bordure blanche au bord de l'eau sachez que ce n'est pas de la glace comme nous pensions au premier abord mais bien des condensés de Borax. Cela vous donne une idée des concentrations en sels de l'eau...

Pendant les longs trajets en voiture, il faut avouer que les paysages, même s'ils sont magnifiques, sont assez monotones. On ne vous montre que ce qui change, mais pendant de longues heures on peut admirer exactement la même montagne... Donc forcément on parle, on parle, on parle. On refait le monde, et nous apprenons que Brendan et Gaëlle sont dans le secteur médical, Gaëlle futur docteure et Brendan futur trafiquant en substances légales (en pharmacie donc). Nous nous entendons comme larrons en foire et notre chauffeur probablement triste d'être ainsi à part nous demande à plusieurs reprises si tous les français sont aussi bavards... Le fait que nous soyons dissipés pendant ses explications sur ce qui nous entoure est, peut-être, aussi une des raisons de sa mauvaise humeur. Mais qu'y pouvons nous ?! Nos discussions sont si passionnantes que nous les reprenons aussi sec ! Il aura appris dans la souffrance que les français ne se soumettent pas si facilement à l'autorité HAHA !

Nous roulons ainsi de lagune en lagune, jusqu'à atteindre une des formations phares la bien nommée laguna rojo (rouge). Ici la concentration en micro organismes (algues ou bestioles on ne sait pas vraiment, surement un peu des deux) est telle que non seulement les flamands sont roses mais l'eau également ! Depuis notre surplomb battu par les vents, nous admirons ce paysage, alors que les couleurs passent doucement au fur et à mesure que la température baisse et que l'intensité de la couleur diminue. Le technicolor et les appareils photos ont du mal à faire ressortir l'intensité de ce que nous voyons.

Mais les lagunes ne sont pas les seules points d’intérêt des environs ! De nombreuses formations géologiques, formées par l'action abrasive mélangée du vent et du sable, dressent leur formes tourmentés dans la rocaille du désert. La plus connue est l'arbre de pierre, mais toutes sont étonnantes. Perdues au milieu des immenses plaines qui s'étirent entre les montagnes, elles viennent rompre avec ce monde tout en horizontalité. Nous profitons de notre passage par le point le plus haute de notre périple pour sortir prendre l'air. Nous sommes à plus de 5.000 mètres, le vent souffle, le soleil tape, il fait beau et frais. L'air pique mais a cette saveur particulière de la haute montagne, un vrai bonheur.

5000 mètres d'altitude, à côté le mont blanc c'est de la gnognote !!! 

Mais ce qui aura rendu Alexandre fou c'est la présence de neige ! Hé oui, nous sommes désormais à des altitudes de 4.000 à 4.500 mètres, et forcement la nuit et à l'ombre il fait froid, très froid. Suffisamment pour que neige et glace se forment. Le plus souvent selon des formes tarabiscotés et torturées, encore une fois sous l'action du vent et du sable. Il faut avouer que la vue de la neige sur une terre ocre écrasée de soleil a quelque chose de surréaliste. On se croirait sur une autre planète aux règles différentes de celles qui nous sont coutumières.

Sa fascination pour la neige reste un mystère pour tout le monde...

Le dernièr jour de notre périple est déjà là et nous finissons par des geysers et fumerolles, l'occasion de contempler la puissance de mère nature sous une forme pas trop agressive. C'est donc à 5h du matin que nous prenons la Jeep de nuit, entre congères et dunes pour atteindre le fameux geyser ! En vrai, c'est une sortie de gaz chauds plus qu'un geyser. Mais il reste impressionnant ! L'occasion pour Emeline et moi de nous prendre pour des maitres de l'air, et surtout de réchauffer nos petites mains transies, le tout dans une délicieuse odeur de souffre.

Nous continuons sur quelques centaines de mètres pour nous retrouver nez à nez avec une grande zone de chaudrons de boue. Ça glougloute dans tous les sens, tandis que les vapeurs brulantes, en comparaison avec l'air froid du matin, forment une chape de brume qui noie tous les environs. Nous nous égayons dans tous les sens, admirant les bulles de gaz éclater à la surface de la boue couleur argile. Surement parfait pour un soin de la peau, mais un poil trop chaud. Chaque année des personnes se blessent en s'approchant trop près, chute et éclaboussures sont malheureusement monnaie courante. Mais notre sens du devoir et nos capacités de maitrise du danger nous ont permis de vous rapporter ces quelques clichés du cœur du phénomène !

C'était la dernière grande étape de notre épopée, il est temps de faire demi-tour pour retourner à Uyuni. Sur le chemin du retour nous passons à quelques encablures de la frontière Chilienne, qui traverse un énorme volcan, et nous approchons de la laguna verde. Malheureusement nous y sommes trop tôt et elle n'a pas encore eu le temps de chauffer assez pour arborer fièrement ses couleurs. Ce n'est pas si grave nous en avons déjà tellement plein les yeux.

A droite c'est le volcan qui marque la frontière avec le Chili

Cerise sur le gâteau, en fin de matinée, nous faisons une pause au niveau d'une source chaude en plein air ! Pur moment de félicité que de pouvoir se détendre dans une eau bien chaude, à l'air libre ( et glacé) avec vue sur une lagune. Cette expérience valait largement les quelques minutes de souffrance extrême lorsqu'il a fallu sortir de l'eau et se rhabiller.

C'est sur cette zone relaxante que se termine notre grande traversé du Salar d'Uyuni et du Sud Lipez. Les panoramas et les jeux de lumières et de couleurs incroyables que nous avons vus nous bercent sur le chemin du retour et alors que nous prenons tous ensemble le bus vers notre destination suivante : Potosi et le fameux Cerro Rico


20
sept
20
sept
Publié le 18 novembre 2017

C’est dans le clair obscur d’une aube glacée que nous débarquons du bus à Uyuni. A peine gonflons nous nos poumons de l’air sec et piquant que les rabatteurs d’agences se jettent sur nous, armés de leurs flyers et plus beaux sourires. Mais nous ne sommes plus naïfs, et avant tout nous partons nous poser dans le seul café ouvert à cette heure indue (environ 5h du matin) pour prendre un petit déjeuner, une boisson chaude, et comparer tranquillement les agences disponibles.

Passée l’aventure du café, les prix exorbitants et le mot de passe du wifi changé toutes les 15 minutes, nous finissons par faire notre short-list d’agences, non sans avoir sympathisé avec un couple de français ou plutôt de bretons : Gaëlle et Brendan (les prénoms n'ont pas été changés).

Bref, nous finissons par trouver l’agence de nos rêves, qui après d’après négociations et arguments choc (de type : bonjour on est un groupe de 7, vous nous faites un rabais ?), conclut le deal. Le départ est chaotique, il faut avouer que nous (surtout Simon qui était touché par la grâce de l’espagnol) avons un peu gueulé, quand au moment du départ les fameuses ceintures de sécurité soi disant prévues pour tout le monde, sont cassées pour 3 personnes sur 6…. Il faut savoir qu’à peine quelques mois plus tôt une touriste était morte et son compagnon plongé dans le coma, suite à un accident de voiture dans le salar alors qu'ils n'étaient pas attachés faute de ceinture. Sécurité quand tu nous tiens…

Nous partons enfin, non sans un certain froid entre nous et le chauffeur pour 3 jours de folie dans le plus grand salar du monde, j’ai nommé le Salar d’Uyuni. Quelques chiffres pour se représenter la bête : 100 km sur 150, près de 10 500km2, le tout à une altitude moyenne de 3 600 mètres, avec une profondeur pour la croute de sel estimée à près de 120/130 mètres pour les zones les plus profondes. Le Salar est le reliquat de la mer intérieure présente ici quelques milliers d’années auparavant. Avec la fermeture de l’accès à l’atlantique, l’ensemble s’est transformé en lac pour petit à petit s’assécher et laisser derrière lui cette immensité blanche et salée. Aujourd’hui le Salar est aussi connu pour ses réserves de lithium (oui comme les batteries de téléphone), quasiment 50% des réserves mondiales estimées. De quoi attiser l’appétit des consortiums industriels on s’en doute…

Saurez vous trouver le Breton qui s'est glissé dans notre photo ? Indice : il n'est pas encore brulé par le soleil !

Premier arrêt dans un cimetière de trains. Il y a de cela quelques décennies, Uyuni était une plaque tournante du commerce internationale. Le sel et autres produits miniers étaient acheminés vers la côté et les pays voisins à partir de la gare d’Uyuni. En témoignent les carcasses de locomotive, et autres wagons mangés par le sel, le vent et la rouille. Les trains se cachent pour mourir, mais leur repos semble bien vain au milieu des hordes de touristes. Il est vrai que ce n’est pas tout les jours que l’on a l’occasion de monter dans la cuve et les chaudières à vapeur de ces monstres. L’épaisseur du métal pour les pièces sensibles laisse imaginer la pression terrible qui devait y régner.

Nous quittons cette zone de sable, pour attaquer le Salar lui-même. Nous entrons dans un royaume de blancheur et de luminosité intense, nous n’en sortirons pas de la journée. Pour nous acclimater doucement à ce nouveau milieu, nous faisons une pause au niveau d’une résurgence d’eau. Car oui, il y a encore de l’eau qui circule par endroit sous la croute de sel. Le système aquifère est très dense. Tout autour, des lacs et lagunes se cachent dans les dépressions alimentées par les eaux de pluie, et les eaux des glaciers des montagnes et volcans. L’occasion de voir des pellicules de sel se former à la surface et flotter doucement, l’eau a quasiment le même gout qu’aux salinas de moray. Alex en profite pour ramasser un morceau de sel bien blanc : « pour compenser les sels minéraux qu’on transpire » selon lui…

Les caravanes des premiers instants ont disparu, de temps en temps nous apercevons au loin d'autres véhicules 

Nous roulons pendant des heures dans cette immensité blanche ou les points de repère font défaut. Les montagnes au loin semblent immobiles et l’air brulant, crée des mirages partout sur l’horizon. A la question de l’orientation, notre guide nous répond qu’il se dirige au temps. Une demi heure avec telle cap est censé l’amener dans les environs de tel endroit. Plutôt impressionnant, même si en vrai le trafic intense des véhicules laisse des trainées de gomme sur le sel. Mais le meilleur endroit pour s’en apercevoir c’est « l’ile au cactus ». Perdu au milieu de ce lac mort, une ile seulement peuplée de cactus, d’oiseau et de quelques insectes permet de gagner un peu de hauteur et de tenter d’embrasser le Salar dans son immensité. Tout simplement bluffant…

On réalise enfin que nous sommes au milieu de nulle part, dans un milieu extrêmement hostile. De quoi nous remplir d’admiration pour les quelques hurluberlus qui font la traversée en moto ou plus extrême en vélo ! Je crois avoir vu les yeux d’Émeline briller à cette idée, un peu trop folle à notre goût...

Excusez les balance de lumière, un tel endroit est un défis pour tout photographe !

Comme de bons touristes que nous sommes, nous nous arrêtons pour faire les photos que tout le monde prend sur le salar. Avec ce fond blanc uniforme qui s'étale à l'infini les perspectives sont troublées, permettant de faire des photos "amusantes et originales". On vous passe les multiples échecs, le temps qu'on comprenne comment justement profiter de cette perspective faussées, et les nombreux sauts lamentables de l'équipe. Sachez juste que passer 2h assis dans un véhicule bringuebalant sur une piste de sel ne développe pas l’élasticité et le tonus des muscles.

L'occasion parfaite pour nous pencher un peu plus sur le sol de ce fameux salar. Avez vous remarquer les formes géométriques prises par le sel au sol ? Sachez que tous les ans de Décembre à Mars c'est la saison des pluies, et lorsque celles-ci atteignent le Salar, immense étendue plate, le tout forme un miroir immense. On a vu quelques photos sur les brochures et sur internet, ça à l'air tout simplement magique. particulièrement de nuit, les étoiles reflétées par millions donnent l'impression de flotter dans le ciel, de quoi motiver un retour un de ces jours dans cette zone. Mais c'est aussi l'occasion pour la croute en surface de se mélanger à nouveau avec de l'eau, avant qu'elle ne s'évapore au retour de la saison sèche. C'est à ce moment que les hexagones se forment. Ce qui fait que le Salar change légèrement mais en permanence, les pistes sont retracées chaque années. Certaines zones extrêmement lissent se couvrent de vaguelettes formées par le vent lors de l'évaporation, les trous se comblent alors que d'autres se forment. Un lieu en perpétuelle évolution, au gré du vent et de l'eau.

Nous roulons encore quelques heures alors que le soleil lentement tombe sur l'horizon. L'occasion de faire un nouvel arrêt alors que nous atteignons la limite sud du salar. Le vent bat la plaine, le sel craque sous nos chaussures alors que nous nous éloignons de la Jeep pour profiter au calme et dans la fraicheur du soir tombant, de ce coucher de soleil. C'était décidément une première journée riche, de quoi nous rendre impatient de voir le Sud Lipez, la zone de lagunes et de montagnes au sud du Salar. La nuit que nous passerons dans l'hôtel de sel sera courte bien que confortable, et l'occasion d’entériner l'amitié Bretagno- parisienne autour de quelques parties de cartes.

18
sept
18
sept
Publié le 12 novembre 2017

Après nos aventures au canyon del Colca nous voici à Puno. Ville de moyenne importance sur les rives du lac Titicaca, mais du côté Péruvien.

Nous prévoyons de nous séparer pour quelques jours, Émeline et Erwan vont visiter les environs et faire un tour sur les fameuses iles flottantes de Puno (des structures en pailles et jonc, formant des ilots artificiels), pendant que nous traverserons le lac pour aller vadrouiller dans les environs de La Paz.

Une fois encore nous sommes émerveillés par les paysage et la lumière autour du lac. Cette fois le ciel n'est pas exempt de nuages, et de sombres masses vident leur eau au loin. Les contrastes sont saisissants, et la grisaille donne des aspects de fin du monde aux iles sur le lac.

C'est parti pour une journée de traversée de frontières et de bus en tous sens. Malheureusement, le changement d'heure entre le Pérou et la Bolivie aura raison de notre plan magnifique. Alors que nous sommes à Copacabana pour une correspondance, les vendeurs de billets nous font remarquer que vu l'heure nous risquons de nous retrouver bloqués à notre prochaine étape sans bus pour continuer.

L'idée de nous retrouver bloqués au milieu de nulle part, au soir tombant ne nous enchantant guère, nous continuons sur notre lancée et retournons directement à La Paz ou nous attendrons nos deux comparses.

Point de folles aventures pour notre retour en Bolivie, La Paz est fidèle à elle même. Bruyante, fourmillante et agitée par des manifestations quasi quotidiennes. Mais toujours dans la bonne humeur, et le calme relatif. Si l'on met à part les pétards qui explosent régulièrement. Il faut dire que ce genre de bruits en milieu urbain n'est pas pour nous rassurer au plus haut point...

notez le vendeur de glaces ayant flairé la bonne affaire !

Mais la suite de notre voyage nous attends, Erwan rentre en France tandis que nous prenons la direction du Salar d'Uyuni. Une dernière journée de balade avant de nous séparer, nous amène sur les hauteurs de La Paz. Nous pouvons enfin prendre la ligne rouge du téléphérique, en révision lors de notre précédent passage. L'occasion de longer El Alto, et ses différents marchés. La zone dédiée uniquement aux patates est impressionnante, sur plusieurs centaines de mètres s'enchainent des camions remplis à ras bord de patates. De quoi alimenter tous les revendeurs et marchés de la ville !

Nous admirons une dernière fois les montagnes entourant la capitale de la Bolivie, avant de descendre en utilisant le téléphérique jaune. Le soleil se couche sur l'horizon, nous laissons Erwan à son hôtel et prenons notre bus de nuit, direction le plus grand désert de sel du monde !

14
sept
14
sept

Le canyon del colca constitue sans conteste la grande attraction de la région d’Arequipa. Notre amie Eve (le gang aveyronnais de Sébazac concoures est très actif dans le monde entier) retrouvée à Arequipa nous a concocté, depuis son agence de tourisme, le petit séjour sur place, avec en prime la perspective d’admirer des condors. Rdv est pris à 3h du matin au pied de notre hôtel, afin d’arriver sur place en début de matinée sur le chemin de début du trek. Ca cahote bien sur le chemin, pas de place pour le sommeil, avant d’arriver dans un froid certain, altitude oblige, à un petit restaurant qui nous sert un petit dej basique. La grande plaine d’Arequipa a fait place aux hautes montagnes andines et aux vallées profondes, très profondes, à mesure que nous approchons du canyon.

Le canyon est une singularité géologique fascinante. C’est sa profondeur qui le distingue puisqu’il passe pour être le plus profond, plus de 3 400 mètres de dénivelés entre son point le plus haut et le plus bas distants de seulement 8km. Un abysse, rien de moins. Cette topographie exceptionnelle est un milieu idéal pour les condors qui répugnent à battre des ailes et préfèrent utiliser les courants d’airs chaud. Installés à 3000 ou 4000 mètres d’altitude, le canyon est le terrain de jeu privilégié de ces flemmasses.

Attraper un oiseau au vol n'est pas des plus aisés. Encore un argument pour l'achat d'un super télé-objectif pour Simon...

La chance nous sourit quand nous arrivons à Cruz del condor. Ces immenses oiseaux s’élancent des parois rocheuses et font de nombreux passages au dessus de la tête des touristes venus ici en nombre. Ils ne sont alors qu’à quelques dizaines de mètres de nous. On prend conscience de la taille du plumitif hors norme. Il dépasse les 3 mètres d’envergure et ne se trouve concurrencé sur mer que par le majestueux albatros. C’est un magnifique oiseau, avec sa collerette blanche qui le distingue et cette tête nue, si caractéristique des charognards, pouvant ainsi plonger leur tête dans le corps de leurs victimes en putréfaction sans que leurs plumes ne soient souillées.

Après d’innombrables survols et non moins de photos prises sur le vif, nous repartons en direction du canyon. Arrivés à destination, nous faisons connaissance avec les autres touristes que le car a récupéré le matin même dans les différents hôtels d’Arequipa. 3 britanniques, 4 français en plus de nous 4 et enfin 2 flamandes. Notre guide, Alain, qui maîtrise l’anglais, nous accueille et nous commençons la descente. C’est parti pour 1000 mètres de dénivelés. La descente est progressive, chacun va a son rythme, il fait beau, la vue sur les montagnes et sur le canyon est splendide… bref on en profite.

"Il descend de la montagne à llama" chant traditionnel inca, 1432 

Arrivé en bas, le paysage a déjà bien changé. La moindre altitude, l’eau que la montagne charrie, laisse place à plus de végétation. L’eau a été canalisée, à l’époque pré inca et inca, et parcourt de larges parcelles organisées en terrasses par de petites rigoles aménagées. Si bien que chaque petit village traversé est un petit écrin de verdure. Déjeuner assez tard et nous voilà reparti. Le guide nous a incité dès le démarrage à faire le programme des deux premiers jours en un seul, pour que le deuxième jour soit consacré au farniente dans les piscines du village suivant ! Le groupe s’est laissé convaincre par l’idée de la baignade et nous parcourons donc le fond du canyon sur 7/8 km. Ce dernier tronçon finit d'achever les plus "faibles" du groupe, en mauvaise condition physique et surchargés la souffrance est visible. Mais enfin nous attaquons la dernière descente et l'idée du repos redonne courage.

Une foule de cascus et plusieurs espèces différentes d'Aloe !

D’en bas la vue sur le canyon est vertigineuse. C’est finalement plus impressionnant depuis le fond qu’à la surface. Nous arrivons à destination à la tombée du jour. Les plus courageux vont faire trempette et nous nous retrouvons le soir pour le repas dans une ambiance de table d’hôte très sympa. Ce n’est pas ici que nous découvrirons les secrets de la cuisine péruvienne, nourriture assez sommaire mais roborative. Le lendemain est consacré au repos. Malheureusement le soleil refuse d’être de la partie. Le ciel se couvre vite et nous avons juste le temps d’aller au bord de la rivière et de tenter une trempette dans une eau glacée. L’après midi, il pleut, ce qui nous amène à faire quelques parties de cartes, Dame de Pique et Barbu.

Nous ne veillerons pas ce soir là car le réveil est fixé à 5h du matin pour entamer la montée, 1000 mètres de dénivelés, avant les premières lueurs du jour. Au RDV, nous sommes tous là encore ensommeillés et nous débutons l’ascension. Une succession de lampes frontales dessine le chemin qui monte dans la nuit noire, une sorte de montée au flambeau du XXIe siècle. Nous prenons progressivement notre rythme malgré l'absence de petit déjeuner. Nous savons qu’il nous faudra entre 3 et 4h pour atteindre le sommet. Au fur et à mesure que nous prenons de la hauteur, la nuit cède la place à la lumière.

Les nuages de la veille se sont déchirés et l’aube sera ensoleillée. Nous gardons un excellent souvenir de cette montée, qui aura été moins éprouvante qu’attendue. C'est non sans une certaine jubilation d'Alexandre, que nous terminons en moins de 3h et après avoir dépassés les fous furieux partis à fond de train en début de randonnée. La beauté du paysage, son dévoilement progressif aura agit comme un charme. La chaîne de montagne toute blanche d’une neige fraiche de la nuit passée domine le canyon aux teintes jaunes, rouges et violettes.

Et soudain, la lumière fut

Une fois en haut, à la fois fatigués et heureux, nous attendons que tous les membres du groupe arrivent pour la photo de « sexy lamas », modeste petit nom que nous nous étions donnés.

Encore quelques minutes de marche pour rejoindre le village proche où nous attends le petit-déjeuner. Nous faisons ensuite un arrêt à des thermes, petit extra pour ceux qui le souhaitent, mais nous préférons prendre le soleil sur les rochers dans la rivière en contrebas. Et là, nouvel évènement des plus étrange, Alexandre loin de rechigner à l'idée de crapahuter dans les cailloux va même jusqu'à se mettre en maillot pour profiter de l'eau pourtant frisquette ! Je vous le dit, le Quilotoa l'a changé...

Il est temps de prendre le buffet déjeuner, surement le moment le plus attendu par Erwan et Émeline, qui au final se révèle plutôt décevant. Mais pas le temps de nous attrister le bus pour Puno est déjà là. Le trajet est plutôt insignifiant, si ce n'est le "guide" qui nous commente plantes, vigognes, lagunes et autres point d'intérêts. Le tout dans un espagnol inarticulé et un anglais atroce, tout bonnement incompréhensible. Les quelques arrêts touristiques, se font dans la pluie, la brume et le vent. Impossible de prendre la moindre photo, si ce n'est ces quelques Alpacas frisotants dans l'humidité.

11
sept
11
sept
Publié le 1er novembre 2017

Après une folle nuit de bus pour rejoindre Arequipa depuis Cuzco, nous découvrons la blanche cité au petit matin. Nous devons retrouvez une amie de Julia, fraichement installée dans la ville et travaillant dans une agence de voyage, parfait pour nous donner quelques conseils sur la ville et les alentours.

C’est donc sur la terrasse au premier étage d’un café, avec vue sur la place centrale, que nous retrouvons Eve.

La place, ses arcades, ses cafés, ses palmiers...

Le programme des prochains jours est rapidement mis au point, quelques tours en ville pour admirer les églises, places et autres bâtiments d’importance, une après-midi au couvent Santa Catalina, véritable joyau d’Arequipa, et enfin une virée de quelques jours au fameux canyon del Colca. De quoi bien nous occuper.

Arequipa est la deuxième ville du pays, et pourtant nous sommes loin de l’agitation de Cuzco. Une ambiance provinciale et un air de tranquillité, flotte partout sur la ville. Située à quelques 2.335m, c’est presque bas pour une ville des Andes. La vallée dans laquelle elle se niche, garde des traces d’habitation datant de 5.000 av JC. On est loin des zones d’habitation crées ex-nihilo par les colons. Cependant ce sont eux et la couronne d’Espagne, qui en font une ville d’importance.

On trouve partout trace de ce passé colonial. C’est honnêtement une des plus jolies villes que nous ayons visité. Et la cité blanche porte bien son nom. La majorité des bâtiments anciens sont réalisés en « sillar », pierre blanche d’origine volcanique que l’on trouve en quantité dans la région. Parfaite pour la construction elle est à la fois légère, thermique et résistante, sûrement la raison de la longévité des bâtiments malgré les séismes lorsque les Andes s’ébrouent.

330 326 318 261

Cependant la légende est bien plus poétique. On dit qu’une nuit, la lune, subjuguée par la beauté de la ville, oublia en se retirant de reprendre sa lumière, c’est pourquoi aujourd’hui la ville est blanche, comme baignée en permanence par ses rayons d’argent. On comprend aisément que la lune ait pu s’oublier ! Les bâtiments sont magnifiques, entre les portiques d’églises gravés et les nombreux patios, galeries et coupoles, c’est une féerie.

Arequipa, outre son passé de plus grande ville du pays, est aussi connue pour le Couvent Santa Catarina. Probablement l'un des plus grands couvent au monde, il couvre plus de 20.000 m2, et à l'apogée accueillait environ 450 sœurs, toutes des carmélites, ayant fait vœux de se tenir hors du monde - ou dont la famille avait fait vœux de les tenir hors du monde. Tenu par un ordre de Carmélites, le couvent était le lieu huppé pour les filles de riche famille. Hors de question de simplement toquer à la porte pour entrer dans l'ordre. Il fallait payer, un prix assez exorbitant pour l'époque, et passer plusieurs années de noviciat avant d'être finalement intégrée en tant que sœur.

La première cour, et la plus proche de l'entrée était une zone de silence ! Les parloirs sont impressionnants... 

Quelques débordements luxueux eurent lieu au cours de l'histoire du lieu, ce qui permet d'admirer de nombreuses cellules, qui feraient baver n'importe quel parisien par leurs volumes. Ainsi les sœurs faisaient étalages de leur richesses à coup de bijoux, de meubles fins, d'instruments importés du vieux mondes et autres œuvres rares et exquises. Décidément pas la même vie que celle menée par les sœurs qui y vivent encore aujourd'hui.

Des arbres, des fleurs, des  murs ocres. Un avant gout de paradis chez les carmélites

L'ensemble donne vraiment l'impression d'une ville à l'intérieure de la ville. Les murs rouge ou bleu, les nombreux patios, arrière-cours, et ruelles pavées donnent un charme fou à l'ensemble. La fontaine centrale, les quelques jardins et la terrasse avec vue sur la ville au soir tombant achèvent de nous donner envie de rentrer dans les ordres.

A gauche les lavoirs dans de grandes amphores

Après tant de spiritualité une seule solution : une plongée dans le monde mercantil ! Direction une boutique de laine d'alpacas, qui fait aussi office de petit musée sur l'animal, sa laine et son tissage. Outre les nombreuses pièces de la boutique, on trouve une section dédiée à la vigogne. Sachez que la laine de l'animal est considérée comme la plus douce (et la plus chère) du règne animal. Une fois qu'on sait que l'animal n'est tondu qu'une fois tous les deux ans, avec un rendement de 200-300g par animal, et qu'en plus la bestiole est trop avide de liberté pour supporter la captivité et l’élevage, on comprend mieux le prix exorbitant des pièces...

Un petit mémo pour apprendre à les différencier. Notez que la vicuña ressemble plutôt à une antilope

Mais le véritable intérêt, ce sont les quelques alpacas et llamas qui paissent au fond du jardin ! Bien entendu, nous sommes allés faire gouzi gouzi, les bêtes plutôt placides ne démontrent de l'intérêt que si nous venons les mains pleines de fourrage. Ces sales bêtes sont terriblement intéressées... Mais bref, nous avons pu les toucher, et constater que la laine non traitée, et triée n'est pas douce pour un sou !

Ils sont pas mignons à nourrir les bêtes comme ça ?  et heureux avec ça

L'occasion d'enchainer sur l'atelier de triage de la laine. Bien évidemment elle est triée en fonction de la douceur et donc qualité de la fibre, mais aussi en fonction de la couleur. Les fibres les plus claires sont mise de côté, elles seront teintes à l'aide de pigments naturels. Les plus sombres seront utilisées telles quelles, dans des camaïeux de gris, beiges, marrons et noirs. Juste à côté du mini centre de triage, nous tombons sur trois tisseuses traditionnelles. Appartenant aux communautés des environs, elles sont invitées par rotation à venir tisser ici leurs pièces, l'occasion de les voir travailler avant de pouvoir acheter leurs pièces à quelques mètres.

Une dernière virée vers un quartier plus excentré. Histoire d'admirer la ville depuis les hauteurs, toujours des bâtiments en pierre blanche. La ville continue de nous charmer. Cette petite place, sa fontaine, les palmiers qui s'agitent dans le vent. Décidément c'est une ville où il fait bon vivre.

Et enfin dans le fond le fameux Misti, volcan dont la sombre masse est partout visible. Lieu de refuge de divinités, si il est aujourd'hui éteint, c'est probablement grâce aux momies des sacrifiées qui veillaient sur les cimes. En tout cas le volcan à un petit air de mont du péril avec sa couronne nuageuse, pas franchement menaçant mais pas rassurant non plus...

En top super bonus, et parce qu'on est quand même hyper chauvins. Le fronton de l'Alliance française, qui décidément à le chic pour mettre la main sur les bâtiments parmi les plus beaux des villes.

En vrai on est surtout content parce qu'on a pu troquer un guide en flamand contre un routard Péru-Bolivie pas trop vieux ! 
9
sept
9
sept
Publié le 30 octobre 2017

Les 3 autres sites les plus importants de la vallée sacrée se sont avérés très inégaux. Cette fameuse vallée, plus basse que Cuzco est formé au sud par le plateau qui mène à la capitale inca, et de l’autre par une chaîne de très hautes montagnes qui culminent pour la plupart à 5 000 mètres et offrent aux regard des neiges éternelles.

Particulièrement bien irriguée par la rivière qui la traverse, elle constitue un corridor suffisamment large pour constituer un des greniers à mais et à pommes de terre de l’empire inca. Il se trouve alors ponctué de plusieurs sites, villes, forteresses, soit directement installées en fond de vallée, parfois un peu plus haut dans les contreforts. C’est le même rio Urubamba qui plusieurs km plus loin baigne les berges du machu pichu.

le plateau à gauche qui tombe soudain dans la vallée, large et profonde

Notre premier site, à Chinchero ne nous passionne pas. Il nous fallu nous lever tôt, pour attraper les différents bus locaux pour rejoindre les 4 sites que nous souhaitons faire dans la journée. Nous sommes un peu embrumés et sans enthousiasme pour ses terrasses qui constituent les ultimes vestiges d’un site qui devait avoir nettement plus d’importance il y a 5 siècle. Des terrasses commes nous en verrons à de très nombreuses reprises, même si celles ci forment un crénelage plutôt élégant. Mais mes tentatives pour intéresser mes camarades sont accueillies par des rires de dépit. Il était décidément trop tôt.

Nous tombons par contre, par chance, sur une fête qui rassemble de nombreux habitants tous habillés en costumes traditionnels. La petite danse à laquelle nous assistons ne manque pas de charme, et les tissus andins sont magnifiques.

Nous sommes par contre proprement bluffé par le site suivant. Formé par des terrasses ovoïdes qui s’élèvent progressivement dans une belle régularité, Moray est un nouveau signe du génie des civilisations andines. Cet étrange lieu est en fait un site de recherche agronome. Un INRA inca en quelque sorte, qui grace à son emplacement sur certains couloirs venteux, permet d’offrir à chaque terrasse des conditions de température différentes. Plusieurs degrés de différence ont été mesurés entre les terrasses du haut et celles du bas. Cette variation permettait aux agronomes de sélectionner les plans de maïs et d’autres céréales les mieux adaptés aux différentes températures des terrains de cultures de l’empire.

Il en ressort un site d’une grande élégance joliment rénové. Un peu plus loin un deuxième site, encore en cours de rénovation montre combien le temps menace ces ruines fragiles. Le site n’en reste pas moins d’une grande beauté.

Nous poursuivons jusqu’à des salines. Lorsque nous voyons apparaître les milliers de bassins blanchis par le sel, accrochés sur les flancs d’une montagne, on se dit que certaines constructions humaines produisent une atmosphère un poil fantastique. Une source hypersalée issue de la montagne a permis à une trentaine de famille de construire une fortune sur les flancs de la vallée sacrée. Chaque bassin relié aux autres par des petits ruisseaux recouverts d’une couche de sel, rouge et blanche, produit plusieurs centaines kg de sel par an, grâce à l’évaporation. Un très bel endroit aux couleurs quelque peu contrastées.

Nous finissons notre route à Pisac, où malheureusement, nous n’arriverons pas à temps pour visiter le site. Alors que nous avions précisément demandé l’heure de fermeture, la veille, l’entrée par laquelle nous passons ferme plus tôt qu’une autre plus éloignée. Nous ne verrons donc pas ce site qui promettait pourtant de petites merveilles. Nous nous rabattons sur le marché artisanal pour faire quelques emplettes que notre frustration nous amène à négocier avec encore plus de fermeté qu’à l’habitude.

Retour sur Cuzco avant notre prochaine étape : Arequipa la blanche

8
sept
8
sept

Pour notre retour sur Cuzco, nous décidons de prendre le boleto turistico, qui s'applique à toute la vallée sacrée, pour nous permettre de visiter 4 sites d’importance, et de faire un crochet vers les salinas de Maras.

Premier étape à Ollantaytambo donc. Quelques heures de marche pour rejoindre Agua calientes, puis quelques heures de route, le trajet au retour est déjà moins impressionnant, surement l’expérience…

La forteresse fut un des bastions de la résistance Inca lors de l’avancée des espagnols. Bon, on peut remettre en doute ce genre d’affirmation puisque chaque site archéologique se prétend l’un des derniers bastions de la résistance Inca, la réécriture de l’histoire d’un peuple, surement nécessaire à la construction de la nation post-coloniale.

Lieu de puissance militaire, c'était aussi un lieu religieux. Un temple du soleil au sommet, un temple de l’eau au pied ainsi qu'un temple du condor, la trinité semble respectée. De quoi assurer des récoltes parfaites sur les terrasses en contrebas des murs fortifiées, et la puissance des armées ici stationnées.

Témoins d’une construction jamais achevée, des mégalithes parsèment la vallée. On parle d'ailleurs de pierres fatiguées. Abandonnées en cours de route, trop lourdes pour être à nouveau déplacées, elles marquent le paysage de leurs formes brutes. Car oui, sachez que la taille finale des pierres de construction se faisait sur site, voir une fois les pierres placées au sein de la structure. Ce qui explique les pierres aux arrêtes flous que l’on trouve parfois. Notez, qu'au fur à mesure de notre montée, en s'approchant des lieux sacrés, les constructions sont réalisées quasi sans ciment. L’alignement au millimètre est de mise une fois encore.

Le site permettait de surveiller l’ensemble de la vallée. Sa situation en hauteur, le rendait bien difficile d’accès pour d’éventuels envahisseurs, et les greniers à grains situés sur le versant opposé, assuraient l’autonomie alimentaire. Signe de l’ingéniosité des constructeurs, les grains entreposés là-bas se conservaient parfaitement bien pendant au minimum deux ans. Et ce grâce au vent et au soleil mettant les grains à l’abri de l’humidité, et garantissant une température relativement constante. Malin les Incas !

Avez-vous vu le profil humain sur le versant de la montagne ? Celui-ci servait de repère pour un solstice, lorsque l’ombre projetée rejoignait le temple du soleil au sein de la forteresse. Encore une fois la nature décide de l’emplacement des lieux religieux. On retrouve un temple dédié au Condor en contrebas d’une formation rocheuse censée plus au moins rappeler une tête de condor. Pour le coup c’est plus difficile à voir, qui plus est en photo. Le temple de l’eau est lui bien plus simple. L’eau de la rivière proche est détournée pour alimenter bassin, rigoles et autres fontaines jusqu’à atteindre le temple. Au sein d’une roche taillée, l’eau se sépare en plusieurs bras avant de continuer sa route. Ambiance zen et apaisante.

Nous finissons notre visite alors que le soleil se couche, de quoi faire un petit tour du village. Ollantaytambo est vraiment mignon, les maisons aux bases de grosses pierres, les canaux qui empruntent les ruelles. Une ambiance calme et champêtre malgré les hordes de touristes et de bus sur la place du marché d'artisanat. Nous y aurions bien passé la nuit, mais il nous faut prendre un bus vers la ville où se trouve notre logement pour la nuit.

7
sept
7
sept

Il est 5h30, avec un peu de retard nous voici au point de contrôle avant l’ascension du machu-picchu. Comme des benêts nous avons laissés nos lampes frontales à l’hôtel, mais notre léger retard nous permet d’entamer la montée avec suffisamment de lumière pour ne pas glisser et rater des marches.

C’est parti pour près de 500 mètres de dénivelé, tout en marches, à un rythme de forcené pour compenser notre retard. C’est donc en à peine 45 minutes que nous arrivons à la véritable entrée du site antique, l'ascension bien que physique est déjà magnifique. La luminosité augmente, dévoilant peu à peu la végétation qui nous entoure mais surtout les sommets présents dans la vallée, encore entourés de brume matinale. Étrangement la scène paraît plus asiatique que péruvienne.

Mont dans la brume, par Hiroshige 1833 

Quelques minutes d’attente dans la file aux accents très polyglottes, les guides se jettent sur les arrivants, prétextant de leur plus ou moins bonne maitrise de la langue pour justifier de prix plus ou moins exorbitants. Nous déclinons poliment pour enfin passer le contrôle des tickets. Quelques mètres de plus et enfin s’ouvre la vision sur la ville machu-Picchu. Celle-ci tient son nom des deux sommets entre laquelle elle se situe : le machu-picchu (vieille montagne) d’où l’on arrive et le Huayna Picchu (jeune montagne), celle que l’on voit sur la plupart des photos derrière la ville. Malgré la brume omniprésente, et qui restera malheureusement toute la matinée, la vision est incroyable. Une ville immense, impossible à saisir d’un seul coup d’oeil, aux terrasses abruptes, le tout très bien remis en état, semble flotter sur une mer de nuages. De quoi justifier tous les mystères ou le mysticisme qui entourent le lieu.

La photo rend mal la profondeur. au premier plan 200 mètres de terrasses abruptes qui donne tout sa profondeur au site 

Nous nous avançons sur les terrasses pour découvrir les derniers habitants légitimes de ces lieux. Un troupeau de lama semble avoir fait siennes les terrasses désormais inutiles. Faisant fi des touristes ils circulent en tous sens. Soyez prévenus, un lama descendant à fond de train un escalier de pierres humides et centenaires ne ralentira pas pour vos beaux yeux. Mieux vaut s’écarter rapidement au risque de se faire éjecter par dessus bord ! Mais pas de quoi empêcher de leur courir après pour les caresser…

Pourtant, l’histoire du Machu Picchu est beaucoup moins romantique et mystérieuse que l’on ne voudrait nous le faire croire. C’est Hiram Bingham, le « découvreur » officiel de la cité, qui a construit toute la mythologie de la ville perdue, bastion de résistance des élites incas. Il n’en n’est rien. La ville est construite sous l’impulsion de l’Inca Pachacútec vers 1450. Charmé par le lieux et son cadre magique, il décide la construction d’une ville, centre administratif et religieux, destinée aux élites, en plein dans la région sacrée de Kuzco. Elle ne sera jamais terminée, principalement du fait de son décès, mais restera un lieu utilisé – bien que de moins en moins important, notamment à cause de la guerre civile – jusqu’à l’invasion espagnole. La cour en exil bat le rappel de la noblesse et des élites, la ville est désormais quasi vide et nous sommes aux alentours de 1536.

Le lieu sans sombrer totalement dans l’oubli, sort de la lumière de l’histoire pour gentiment se couler en coulisses. Loin des nouveaux axes commerciaux et routiers, sans élites politiques ou religieuses, le lieu ne sert que d’arrière court aux agricultures des environs, et si les documents officiels espagnols en font mention, personne ne s’y intéresse. Il faut attendre le début du XXe siècle pour qu’explorateurs et archéologues ne viennent prospecter les lieux alors recouverts de végétation. C’est Hiram Bingham, chercheur à l’université de Yale qui fera les premières fouilles d’importances, accompagnées de publications dans la presse spécialisée et généraliste. Au final c’est tout de même grâce à lui que le site fait un retour fracassant dans le monde contemporain, jusqu’à devenir en 1983 site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Aujourd’hui après de multiples polémiques autour de la sortie des artefacts lors des fouilles, la restauration sauvage et l’exploitation intensive, des quotas sont fixés pour limiter l’usure rapide des lieux. De quoi permettre quelques photos quasi exemptes de visiteurs !

La cité se découpe en deux zones principales : la zone urbaine plutôt au nord, et la zone agricole plutôt au sud. La zone urbaine se subdivise selon une construction hiérarchique. Une zone pour les basses-castes, la zone industrielle, la zone pénitentiaire, le quartier plus commerçant et enfin les aires religieuse et réservées aux plus hautes élites. La différence est facilement reconnaissable aux sur le plan architectural. Chez les basses castes, de belles pierres taillées et jointes par une sorte de ciment. Du côté des élites, plus de place au hasard, les blocs immenses se joignent quasi sans ciment, la structure tient par l’imbrication complexe des blocs aux faces multiples. Comme à Cuzco en somme.

Notez la présence de poutres pour soutenir la toiture, faite de paille. Certains bâtiments présentaient même un étage, au sol de bois et de terre. Au cours de notre balade dans les ruines, la pluie se mettant de la partie, nous nous abritons sous un chambranle. Coup de maitre de notre part, nous sommes juste en face du temple du Condor, nous profitons donc du passage des multiples guides pour tendre l’oreille et reconstituer en multilingue l’histoire du lieu. Sachez que chez les incas c’est la nature qui décide de l’emplacement des lieux de culte. En effet, c’est ici à cause de la forme des roches, apparentée à celle des ailes d’un condor, que le temple est érigé. Notez la pierre au sol, elle est taillée pour représenter le bec (le triangle le plus proche de nous), le col et le corps du Condor. Le lieu servait de pierre sacrificielle et les rigoles permettaient au sang de couler. De nombreux ossements principalement de lama ont été retrouvés sous les ailes.

Les ailes forment une sorte de V à l'arrière plan, c'est la pierre aux traces de noir

C’est un peu le même principe du côté du temple du soleil, la bâtiment ne paie pas de mine. Seule façon de le repérer, c’est le seul bâtiment avec des murs courbes. Ici une roche forme une sorte de table est à l’abri, tandis que deux fenêtres permettent des alignements et des mises en lumière spécifiques lors des solstices. Une forme architecturale que l’on retrouvera souvent : un escalier à trois marches. Élément symbolique représentant les trois mondes reliés, l’infra-monde des morts, le monde physique ou nous évoluons, et enfin le monde supérieur des dieux et des esprits (représenté par le condor, justement).

Le temple du soleil, malheureusement pas très lumineux 

Pendant qu’Erwan et Émeline attaquent l’ascension de la Montaña Picchu, nous faisons quelques tours avant de décider d’aller voir la porte du soleil. Erreur tragique. Rien ne le laisse deviner mais la porte est à près d’une heure de marche tout en monté. Et une fois arrivée, les bâtiments sont franchement décevant. La vue est probablement magnifique mais perdue comme nous l’étions dans les nuages, l’ensemble n’avait que peu d’intérêt. Seule animation du lieu, l'arrivée des trekkeurs, c'est l'un des points d'arrivés des 8 chemins de l'Inca reliant Machu Picchu au reste du monde.

L'Alexandre qui se demande pourquoi il a voulu venir ici...

Tant pis, c’est le jeu comme on dit. N’empêche, sur le retour, miracle la brume se lève un peu et nous permet quelques vu sur l’ensemble du site, avec le Huayna Picchu perçant dans le fond.

Au final le site est proprement incroyable, les quasi six heures que nous avons passées à l'intérieur ne furent clairement pas de trop, alors même que nous n'avons pas fait l'ascension de la Montaña Picchu ni du Huayna Picchu. Malgré le côté commercial du lieu et de ses environs, il est évident qu'il s'agit d'une manne financière extrêmement importante, on peut profiter de la magie du lieu, de cette ambiance mystérieuse, la cité des nuages mérite l'attention qu'on lui porte c'est une évidence.

Alex très dans son rôle de momie ! 

Mais soyez prévenu, entre la route pour y accéder et la visite elle-même, le lieu est exigeant. Nous pensions repartir le jour même sur Cuzco, notre fatigue à tous en décida autrement, et nous fumes plus que soulagés à l'idée de passer d'abord une nuit de plus à Agua Calientes.

Nous avons encore le regard frais, normal il est encore tôt et nous n'avons pas crapahuté partout pendant des heures !

Ce n'est pas dans notre habitude, on préfère de loin vous montrer uniquement nos exploits mais bon... ils ont quand même grimpés les 600m de dénivelés jusqu'au sommet de la Montaña Picchu, dans le froid, le vent, la pluie la brume. Le tout sur de toutes petites marches glissantes au bord du vide.

Ça mérite au moins que leur photos apparaissent ici.

6
sept
6
sept

Après deux jours à Cuzco, nous sommes rejoints par de nouveaux amis, Emeline et Erwan, prêt à arpenter les routes et chemins avec nous pendant 3 semaines. Ils nous retrouvent alors qu’ils sortent de la jungle amazonienne, mais une zone plus au sud que celle que nous avons visité. Du vert plein les yeux et sans trop de piqûres de moustiques, nous nous attelons à définir le programme pour les quelques jours à venir. Car si Cuzco est la ville où nous avons vu le plus de touristes au mètre carré, c’est bien pour une raison, il y a énormément de sites à visiter et de choses à voir dans les environs et dans cuzco même.

Finalement c’est assez simple nous filons vers le Machu Picchu, et nous visiterons les sites qui nous intéressent sur le retour plutôt que de faire un A/R via une agence. Débrouille et économie de temps et d’argent sont désormais nos maitres mots. Avec leur vol retour dans 3 semaines, nous sommes obligés d'adopter un rythme plus, efficace dirons-nous.

Bref, nous partons donc en taxi en direction de Hydroelectrica, dernier point d’accès par chemin carrossable en direction de Machu Picchu Pueblo (anciennement Agua Calientes). Nous traversons les paysages somptueux de la valle sagrada, avec notamment un passage par un col à près de 5.100 mètres. L’occasion de voir défiler devant les fenêtres de grandes plaques de neige.

on n’y voit goutte ! 

Mais nous n’avons pas le temps de nous arrêter et filons à travers les nuages accrochés aux parois. Bientôt nous en sortons, pour découvrir la vallée qui s’ouvre à nous et surtout la vertigineuse descente qui nous attend, toute en lacets, à dépasser de pauvres cyclistes dans les virages. Mais les vrais frissons nous touchent lorsque près d’une heure plus tard nous quittons le bitume pour une piste à flanc de montagne. Notre pilote, décidément en forme, ne ralentit qu’à peine et double allègrement que ce soit voitures, jeep ou véhicules de travaux publics.

Le joli train !

C’est rassuré et quelque peu tassés que nous descendons enfin du véhicule au point d’entrée d’Hidroelectrica. L’occasion de voir le train qui le relie à Machu Picchu Pueblo, une solution bien trop simple et onéreuse pour nous, nous préférons faire le chemin à pied. Quelques 3 petites heures plutôt plates, à longer la voie de chemin de fer dans la forêt presque jungle qui entoure le mont Picchu.

Ne prenez pas attention à Erwan, il voulait juste apparaitre sur le blog le filou ! 

Alors que nous approchons du but, il nous semble apercevoir quelques terrasses plus loin et plus hautes, mais faute de plan nous n’arrivons pas à savoir s’il s’agit de la cité disparue ou de simples annexes.

A gauche, la ligne au milieu de la paroi, c'est une des arrivés du chemin de l'inca 

Les bus qui nous dépassent nous apprennent que nous y sommes, encore quelques mètres à longer la rivière qui coule en contrebas au milieu de rochers aux douces formes érodées, et nous arrivons à Machu Picchu pueblo. Que dire ? La ville n’existe que par et pour le site touristique située plus haut. A part des hostels, des restaurants et des échoppes de souvenirs, pas grand chose à voir ni à faire ici. Les prix sont exorbitants, la ville tellement apprêtée de similis statues et autres décorations « incas » qu’on se croirait chez Disneyland. Chambre est prise dans un hostel confortable et peu cher. Miracle : de l’eau chaude en quantité nous attend, alors que depuis le salon nous avons vu sur le fleuve.

Par contre si les trains, plus ou moins luxueux que nous voyons passer en direction de Cuzco , sont de magnifiques exemples des heures de gloire du rail, le bruit et le tremblement qu’ils provoquent sont ahurissants. Oui il est possible de faire tout le trajet en train. Solution de facilité pour les portefeuilles biens remplis...

La ligne de luxe Hiram Bingham, du nom de l’archéologue retenu par l'histoire comme le "découvreur" de Machu-Picchu

Mais le lendemain, le lever est prévu à 4h30, pour arriver au guichet d’entrée sur les coups de 5h et pouvoir enchainer sur l’heure d’ascension qui nous mènera aux portes du parc à 6h tapantes à l’ouverture. Il nous faut donc nous coucher tôt en prévision de cette ascension semi nocturne, malgré l’excitation qui nous étreint.

Demain, nous visitons le Machu Picchu !

4
sept
4
sept
Publié le 23 octobre 2017

Nous voilà donc au cœur des Andes péruviennes, l’épicentre de l’empire inca, la troisième ville la plus peuplée et sans doute la plus visitée du pays. Le point de départ de la quête pour retrouver les traces de cet empire qui l’espace de 100 ans aura recouvert l’essentiel des Andes, du nord de l’Argentine, au sud de la Colombie. Nul doute que cette emprise aurait perduré si les conquistadors ne s’étaient pas employés à en faire disparaître l’essentiel des traces.

La visite de la ville montre en creux à quel point tout fut fait pour que l’oublie puisse s’installer et tout recouvrir de son voile d’incertitude. La ville reste néanmoins atypique, dans ce que nous avons vu depuis le départ de l’Argentine. La richesse architecturale de la ville est nettement plus papable qu’ailleurs. Plus grande, plus ample, mieux conservées, les rues recèlent d’anciens palais, construits à l’espagnole, mais surtout les édifices religieux rivalisent de grandeur.

Lors de notre première promenade, nous sommes d’emblée charmés par l’ampleur des jolies places qui, connectées les unes aux autres amènent jusqu’à la place d’Armes. Sans doute la plus impressionnante et la plus belles que nous ayons vus. Les maisons disposent de beaux balcons de bois ouvragés, parfois dotées de moucharabiés qui contrastent avec la blancheur des murs. Ici le plan en damier n’a pas pu être tout à fait repris.

De fait le plan inca de la ville s’est imposé en partie. La ville sacrée installée sur un petit promontoire étroit a gardé son plan initial avec de petites rues étroites qui depuis le ciel prend la forme d’un jaguar, animal sacré s’il en est dans la cosmogonie inca. La ville espagnole et notamment la place d’armes sont venues se coller à l’ancienne ville sacrée. Les espagnols ont cependant rasé la totalité des bâtiments qui pouvaient exister et seuls les sous-bassements ont été préservés.

la petite église tout là haut, occupe la place de l'ancien temple, formant la tête du jaguar dans le plan inca   

On devine alors la très grande qualité des architectes incas, adeptes des constructions de forme rectangulaire. Les blocs de pierre immenses s’assemblent et jointoient avec une précision millimétrique. Dans nos constructions européenne, une pierre est en contact avec 4 ou 5 autres blocs sur chacun des cotés et c’est le mortier qui sert de joint. Dans l'empire inca, certains bâtiments, probablement les plus prestigieux, palais ou temples n’utilisent aucun mortier ou ciment pour tenir l’ensemble. Mais plus encore, ici les blocs associés sont de tailles très diverses, ce qui amène le bloc le plus important à posséder près d’une dizaine d’angle. Car les pierres ne sont pas accolées, elles sont étroitement imbriquées. Cette précision est sans doute responsable de la conservation de la ville espagnole qui a pu traverser les siècles malgré les séismes qui ont pu l’émailler. Les bâtiments établis sur des fondations coloniales ont bien moins résisté que ceux construits sur les anciennes fondations incas.

Nous passerons beaucoup d’heures à déambuler pour admirer les beaux bâtiments à grands patios et les églises baroques construites en pierre volcanique rouge.

Mais notre point principal de ralliement fut le marché principal de Cuzco où des dizaines de marchandes proposent pour midi de quoi se sustenter à très petit prix. Ici on mange du Ceviche, du Lomo saltado où de petits morceaux de bœuf sont sautés dans une sauce aigre douce avec quelques frites molles et un peu de poivron. On trouve aussi du aji de gallina, un poulet sauté au piment doux et une sauce tomate. Mais à côté de l'allée des jus de fruit, une autre découverte attend Alexandre. Comme hypnotisé par l'apparition des gelées multicolores.

Je vous laisse juger du plaisir pris par le bonhomme dans cette petite vidéo... malheureusement le goût n'est pas tout à fait à la hauteur de l'enthousiasme initial !

Mais c’est en discutant avec une vendeuse de quinoa que nous avons découvert une nouvelle recette. Elle nous a conseillé de faire cuire notre quinoa après de l’avoir abondamment rincé. A mi cuisson, y plonger des pommes de terre, saler. Une fois le tout bien cuit, on fait une purée à laquelle on ajoute un fromage de vache, une tomme assez crémeuse qui fond et file ! L’idée nous plaît tout de suite, nous allons immédiatement gouter dans l’allée du fromage la fabrication locale. Et ma fois, même si nos standards ont largement fléchis en 7 mois, des suites une douloureuse d’abstinence fromagère, ce qui n