Carnet de voyage

Les gones en voyage !

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Allez, c'est parti, un an d'aventures à travers l'Eurasie ! Voici un bout du voyage en images :)
Janvier 2018
365 jours
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Après plusieurs mois de préparatifs, nous y sommes enfin ...

Nous sommes prêts, le van est prêt ! Les check listes sont bien validées, les achats de dernières minutes et points mécaniques pour le van sont faits, notre petite bibliothèque est bien remplie de guides, romans et manuels d'apprentissage de russe (sait-on jamais),bref... Tout est prêt !

Demain à 10h pétante nous partons de Lyon, avec notre ami Hugues pour nous motiver (comme si on en avait besoin !) : nous chanterons à tue-tête notre hymne de voyage, "Debout les gars réveillez-vous, il va falloir en mettre un coup, debout les gars réveillez-vous, ON VA AU BOUT DU MONDE !".

Ou comment partir sur de bonnes bases 😀


Notre appart !!! 

Si vous souhaitez avoir un aperçu rapide et sans détours de notre voyage, c'est ici >>> https://planificateur.a-contresens.net/itineraire/82678

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Notre voyage demarre avec le beau temps, que demander de plus ?

Première étape, le lac de Serre-ponçon, vers Gap et en direction de l'Italie !

Nous prenons un bout de la route Napoléon, les montagnes se rapprochent petit à petit tandis que notre périple devient enfin réalité 😀

Le lac est peu rempli, zut ! Mais le paysage reste beau malgré tout. Nous nous baladons l'après-midi, vers 18h nous trouvons un lieu idéal pour admirer le couché de soleil et prendre l'apero (car rien de tel qu'un beau paysage pour savourer une petite bière !)

Santé ! A l'amitié qui nous unis !!

Tandis que nous commençons à ranger nos affaires dans le van pour se mettre au chaud, nous nous apercevons d'un problème de taille... nos réservoirs d'eau sont remplis mais rien ne sort des robinets !!! Impossible de se laver, impossible de prendre une douche... Sympa le coup de la panne dès le premier jour ! Et ne comptez pas sur nous pour aller prendre un bain dans le lac !

Le problème vient a priori du vase d'expansion relié à la pompe à eau (un peu de vocabulaire technique !). Nous passons la soirée à démonter et remonter le système de pression de l'eau, rien n'y fait. Le lendemain matin, rebelotte ...

Pendant que Guilhem travaille, je prends des photos expérimentales avec mon appareil !!

Vers midi le lendemain, nous découvrons qu'il s' agissait d'un problème de calcaire entassé au bout des robinets ! Que ca nous (et vous) serve de leçon !

Une fois tout remis en l'état, nous partons enfin des environs de Gap, tel un nouveau départ !! (Et si on remettait Hugues Aufray ?)

Petite escale à Mont Dauphin puis route vers l'Italie en passant par le col du mont Genèvre : ce soir nous dormirons à Turin !

Au Mont Dauphin
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Pour notre premier soir à Turin nous trouvons une place en plein centre ! (Youpi, ce stationnement est juste à côté d'une boulangerie qui fait des bugnes - nos papilles se réjouissent d'avance)

Petite balade nocturne dans un Turin bien calme et énigmatique, où le brouillard vient effacer les sommets des immeubles. Les arches defilent sur les places et les longues avenues... On nous avait conseillé d'aller boire un chocolat chaud sur "la place aux arches"..

Difficile de mettre la main dessus 😉

Le lendemain, nous profitons de l'animation de la journée pour apprécier veritablement la ville, ses marchés aux nombreux étales de légumes (ou Agathe s'arrête souvent) ou de viandes (où Guilhem s'arrête souvent), son architecture, ses jolies boutiques.



Malgré le temps gris, Turin nous plaît assez !

Vers 15h nous partons de Turin pour aller vers Valenza (petit crochet à Alba entre les deux), une petite ville perdue entre Turin et Milan qui a pour unique intérêt (et pas des moindres) de compter parmi ses habitants Nicolas, un argentin rencontré à Cordoba en 2014. Qu'il est drôle de se retrouver par ici !

Au programme, empanadas et maté !!! <3

4 ans après notre rencontre, de belles retrouvailles gourmandes !

Le lendemain matin à 8h pétantes, nous sommes réveillés par la police : "papiers s'il vous plaît! ". Il faut dire que le van ne passe pas inaperçu, en période non touristique - surtout dans une ville où il n'y en a jamais !

Petit-dejeuner avec Nicolas, embrassades chaleureuses puis nous partons pour Gênes - premier gros coup de coeur du voyage !!

Nous y passons tout l'après-midi et debut de soirée, tandis que le van est garé dans un parking ravissant pour la modique somme de 4 euros de l'heure - gloups...

Rues étroites et labyrinthiques, ambiance animée, nombreux commerces de proximité dont certains ont plus de 100 ans, belles églises, charmantes places, magnifiques palais... voilà un endroit où on retournerait bien, avec le soleil en plus!

Le soir, nous dormons au-dessus de Portofino et longeons la côte jusqu'à la région des Cinque Terres - où les routes sont vertigineuses, sinueuses et splendides à la fois !

Le lendemain nous nous enfonçons plus encore en poursuivant vers Portovenere...

On voit la meeeer !!

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Publié le 16 février 2018

Nous avons de la chance, depuis le début du voyage nous n'avons pas eu de pluie (sauf la nuit, ce qui ne nous empêche pas de bien dormir !).

Certes il fait un peu gris, mais le soleil vient nous faire quelques coucous réconfortants ; certes il fait 3 degrés au reveil dans le van, mais nos couvertures et notre chauffage nous aident ;

Et puis, voyager en hiver permet de voir la neige sur d'autres paysages que les nôtres, d'avoir les lieux touristiques presque seulement pour nous et de ne pas nous bagarrer pour trouver de jolis lieux où dormir !

Bref, tout se passe bien dans ce voyage où l'on découvre :

- Portovenere et son fort plongeant dans la mer, où l'on devine toutes les histoires de pêcheurs et aventuriers des mers qui ont pu s' y produire ;

- Parme et sa région gourmande (mmm jambon de parme et pamersan nous font saliver, l'épicerie-restaurant de Fontanellano s'en rappelle peut-être encore), peut-être pas aussi jolie que sa copine Cinque Terres mais avec de beaux trésors architecturaux quand même ;

- Venise en plein carnaval, et où l'on decide de prendre une nuit à l'hôtel tellement nous cherchons à nous l'approprier...

Dès que nous réglerons notre problème d'adaptateur de carte SD, nous vous proposerons quelques photos de ces dernières étapes italiennes.


Nous passons une dernière nuit dans la ville fantôme de Bibione, nous ne croisons personne sur l'immense plage de sable roux... Sauf quelques nonnes plongées dans leur pensées. Ce jeudi 8 février nous passerons la frontière en direction de notre prochaine étape, la Slovénie !

(En espérant y trouver des routes moins cahoteuses qu'en Italie! )

Portovenere
Parme et sa région... nous n'avons pas bcp de photos alors nous vous offrons une chorégraphie depuis le château de Fontanellato
Venise : balades, culture, photos ratées et gourmandises !
En route vers la Slovénie !
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On aurait cru y échapper ne serait-ce qu'une journée, c'était se fourrer le doigt dans l'oeil !

Du début à la fin (mais le séjour fut court), nous avons été enveloppés dans un cocon douillet et mystérieux de neige. En passant la frontière déjà, presque d'un coup, de la neige de partout ! Et du brouillard, cachant les sommets des montagnes abruptes ! Que l'ambiance était mystérieuse quand nous sommes arrivés à Bovec pour y passer la nuit... tout était calme (sauf dans le bar où nous avons joué aux cartes, quelques slovènes amochés ont mis l'ambiance).

Le lendemain nous visitons la vallée de la Soča, où serpente une rivière d'un bleu d'autant plus captivant que la neige tout autour est immaculée !

Puis nous nous rendons dans la charmante et cossue ville de Bled, où là le soleil vient à notre rencontre !

Nous croisons quelques fous faisant un concours de natation dans le lac gelé...

Afin d'admirer la ville et son lac au mieux, nous prenons les sentiers enneigés et pentus (= glissants et un peu effrayants).

En récompense nous profitons ensuite d'un spa / sauna / piscine chauffée qui donne sur le lac !

Nous découvrons ensuite Ljubjana de nuit, parfaitement éclairée pour valoriser son château médiéval, ses jolies rues pavées, son "triple pont" (et oui!), etc... Tout nous plaît dès le départ, même les gens encore déguisés depuis le carnaval de ce matin (que nous avons loupé !).

Le lendemain, dimanche 11 février, les quais de la Ljubjanica sont bondés ! Marché des antiquaires, nombreuses terrasses au soleil, flâneries, ... attention à ne pas marcher trop près des bâtiments, de gros blocs de neige tombe sur les passants !

Mention spéciale pour l'immeuble en forme de vieille radio !

Nous ne restons pas très longtemps en Slovénie. Le froid a raison de notre motivation, et la côte Croate est si proche... nous sommes tentés de la rejoindre plus tôt que prévu !

Pour clore ces 5 jours, nous faisons escale vers Postojna pour visiter le château troglodyte de Predjama (mais pas en pyjama huhuhu). En nous reveillant le matin, qui est venu nous faire un dernier coucou sympathique ?? Réponse en photos

Guilhem tente une attaque du château à la boule de neige ! (Saurez-vous trouver le van sur la photo de gauche ?)
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Publié le 2 mars 2018

Nous voilà en Croatie, bien partis pour profiter de la côte et de l'arrière pays - nous prévoyons deux bonnes semaines.

Notre premier regard sur le pays a lieu sous la pluie, et la ville de Rijeka ne nous semble pas vraiment sympathique... Et bien puisque c'est comme ça, nous bifurquerons vers une île dont le nom promet, l'île de Krk ! (prononcer Keurk) Ah, drôle de nom pour une île !!

C'est ici que nous faisons de belles randonnées entre mer bleu et sommets enneigés. Il y a beaucoup de vent (dommage que notre cerf volant ne fonctionne plus), du soleil, de belles criques, mais les villages sont totalement vides - cafés et boutiques de magnets sont fermés !!

Les croates profitent de cette période calme pour faire des travaux de partout. Il est plus facile pour nous de trouver des parpaings qu'un café ouvert !

C'est également sur cette île que nous avons de nouvelles fuites d'eau, un pneu crevé et un cric cassé 😉

(Ça vous étonne tant que ça que ce soit Agathe qui change la roue ?! Nan mais !)

Après quelques jours sur Krk, nous repartons dans les terres en direction du parc national des lacs de Plitvice, nous n'en avons entendu que du bien !

Sur la route nous nous faisons arrêter par la police : nos feux de position n'étaient pas allumés alors que c'est obligatoire en Croatie, même la journée. Bref, nous n'avons aucune envie de payer les 20 euros d'amende, nan mais oh ! Un grand sourire aux lèvres, les mains jointes façon prière intense, accent bien franchouillard de touriste aidant, je tente un "Iz it possibeul to be niiiiiice ?" couronné de succès !!

Nous voilà repartant pour l'aventure !

Et nous ne sommes pas déçus, la preuve en photos :

Notez avec quelle aisance notre ami se déplace dans la neige :D

Après en avoir pris plein les yeux aux lacs de Plitvice (et avoir manqué de glisser dans la neige une bonne vingtaine de fois), nous poursuivons notre route pour retrouver la côte et Zadar, pleine de belles promesses.

Nous sommes dimanche soir, il y a peu de monde dans les rues, peu de vie dans les bars, il pleut, mais nous découvrons une merveilleuse invention qui nous captive littéralement, "l'orgue marin" de l'architecte Nikola Bašić : des tuyaux installées dans les marches au bord de l'eau nos jouent une melodies bien mystérieuse à mesure que les vagues vont et viennent. L'écouter de nuit avec les lumières des villes au loin vous embarque dans une autre dimension !

Juste à côté, le salut au soleil, une plateforme au sol qui capte l'énergie solaire en journée pour la restituer la nuit sous forme de vagues de lumières bleu, rose, rouge, verte... au rythme de l'orgue marin. De quoi faire de beaux rêves ensuite.

Le lendemain, lundi 19 février, Zadar se montre sous un jour plus agréable, avec beaucoup d'habitants qui circulent dans les rues, les cafés bondés (prouvant que les croates aiment prendre le temps pour un café), les jardins ouverts... Nous retournons écouter l'orgue marin pour une dernière mélodie envoûtante avant le départ.


Escale dans le charmant centre de Šibenik avant une nouvelle belle découverte, le parc national de Krka !

Juste avant Zadar, dodo dans un coin plutôt sympathique ! ("Viens je t'emmène sur mon bateau faire un petit tour! ")
L'orgue marin et le Salut au soleil
Parc de Krka
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Publié le 5 mars 2018

Nous avons jusque là surtout découvert le patrimoine naturel de la Croatie. La suite du voyage nous entraîne maintenant vers le patrimoine culturel et historique du pays.

Petite liste scolaire de ce que nous avons vu :

- Région de Split

- Trogir, inscrite sur la fameuse Liste de l'UNESCO grâce à de magnifiques bâtiments quasi intactes du 13, 14 et 15e siècle. Nous nous y rendons vers 3h du matin, chassé par les vents beaucoup trop hostiles (et bruyants!) des hauteurs de Split. C'est quoi cette nature qui nous empêche de dormir ??!!

- Kaštela, petit coup de coeur partagé. Quelques belles demeures, un petit port ravissant, pas grand chose à y faire si ce n'est profiter de l'instant présent (et de l'enooorme plateau de poissons et fruits de mer du restaurant d'à côté).

- Split, son palais Diocletien, les statues imposantes et de caractères de Ivan Meštrović, la déambulation dans les vieilles rues - en ruine / en reconstruction / pleines de charmes / pleines d'histoires, le parc qui surplombe le tout.

Comme vous pouvez le constater, il fait beau et chaud...

- Entre Split et Dubrovnik

- Ahah, et bien voilà, notre 1ère grosse galère de voyage !!! Une belle plage tranquille nous tendait les bras, nous nous sommes rendus compte trop tard qu'elle tentait juste de nous piéger dans les gravats, la vilaine !! Et Guilhem qui sort la pelle, qui retourne la plage tel un Hulk enragé, qui déplace le van petit à petit..., nous sortons vainqueur, c'est un carnage que nous laissons derrière nous, fallait pas nous chercher !

Un peu dépités nous cherchons un coin où dormir dans les hauteurs, au bord du canyon de Zadvarje.

- Nous traversons plusieurs petites villes de residences secondaires où la moindre parcelle est utilisée pour construire, au choix, maison, parking, route ou bar. Le tout en pentes assez incroyables, le van parvient à se faufiler et à gravir des montées impressionnantes ! Les plages ressemblent quant à elles à des mouchoirs de poche. Ainsi nous découvrons la chiquissime Brela ; Nous dormons un peu plus loin mais sommes bien embêtés par un chien saucisse récemment abandonné qui nous tourne autour !

- Dubrovnik, la perle de l'adriatique

Ou comment avoir l'impression de se balader dans un décors de film ! C'est impressionnant à quel point la vieille ville a su conserver son cachet à travers les siècles (La guerre de 90 a fait de lourds dégâts mais les bâtiments les plus prestigieux sont aujourd'hui tous rénovés). Bien sûr nous arpentons la ville en long, en large et en travers ; les musées laissent à désirer, en revanche nous tenons absolument à marcher sur les remparts !

Dubrovnik est la ville la plus prospère de Croatie, il y a tellement de touristes l'été que la municipalité a presque songé établir des quotas pour limiter l'affluence... Pour notre part, il n'y a pas foule et - exclusivité ! - nous voyons la ville sous la neige pendant quelques heures.

Ce que nous notions dans les autres grandes villes visitées plus tôt se vérifie ici aussi : les soirées ne sont pas très vivantes, il y a peu de monde. Une autre constante, en villes ou dans les parcs nationaux : les cars de touristes asiatiques !

Guilhem veille à ce que les murs soient bien gardés, pas de quartier !

Petite photo bonus : le van transformé en buanderie !

Ce soir nous dormons sous les caleçons et les chaussettes 😛

Prochaine étape : un petit crochet en Bosnie !

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Publié le 21 mars 2018

Dans cinq jours nous devons être à Split pour prendre l'avion direction Toulouse. Agathe y sera officiellement intronisée Tata Yaya.

L'industrie touristique de Dubrovnik a eu raison de notre envie de rester en Croatie. Direction la Bosnie & Herzégovine.

Nous ne savons pas à quoi nous attendre. Nous avons glané rapidement quelques informations sur internet. Nous partons de Neum direction Mostar. A la sortie de la ville la route se degrade rapidement. Après quelques kilomètres et traversées de villages nous nous rendons compte de la différence de niveau de vie et de la beauté des paysages.

Paysages bosniaques et vues sur Pocitelj

Sur la route nous nous arrêtons à Pocitelj, village médiéval à flanc de colline dominant la rivière. Deux forteresses en protègent l'accès. Le village est très calme malgré toutes les portes de maisons ouvertes. Il fait beau (ce qui est rare en ce moment) nous repartons pour profitez de Mostar.

Nous reperons rapidement le centre ville et les fameux ponts en dos d'âne. On se gare, on enfile nos baskets, c'est parti. Le petit centre historique a des allures de village chaleureux tout en pierre. Le pont de Mostar manque un peu de patine (comme d'autres ponts de la ville il a été lourdement endommagé par la guerre, les inondations et le manque d'entretien) mais est quand même très élégant. L'ambiance nous plaît bien entre les mosquées, les boutiques de souvenir et les cafés, on trouve même un magnet !! Ça et là quelques bâtiments détruits sûrement pendant la dernière guerre.

Pour ne pas rester au centre ville cette nuit nous reprenons la route direction Blagaj. Nous dormirons aux pieds d'une maison de Derviches (elle-même aux pieds d'une falaise très impressionnante).

Mostar et la maison des derviches !

A peine le temps de faire une balade au château surplombant la maison des Derviches que la neige se met à tomber. Aller visiter le parc naturel pour observer les oiseaux ça va etre compliqué ! Retour à Mostar. Selon la patronne du café, nous sommes chanceux de voir Mostar sous la neige. Mais attention la patinoire ! Nous passerons l'après-midi en vitrine à discuter et rigoler de voir les gens glisser. En fin de journée nous prenons la direction des chutes de Kravica.

Le matin nous nous préparons comme des randonneurs aguerris pour arpenter de long en large ces magnifiques chutes. On met le nez dehors et on ne voit rien. Trop de brouillard !! On change nos plans direction.... Mostar bien sûr ! Dans le café de la veille. La serveuse est contente de nous revoir. Elle nous offrira même une boîte de loukoum. Nous rentrerons à Split dans la soirée.

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Publié le 22 mars 2018

Nous voilà de retour en territoire bosniaque, vraiment impatients de la suite de notre périple : Sarajevo nous intrigue et nous inspire depuis des jours et des jours, bientôt nous y serons !

Sur notre route nous nous arrêtons d'abord à Travnik, ancienne capitale de Bosnie - sous l'empire Ottoman de mémoire... Et comme ça nous manquait, nous nous faisons arrêter par la police locale ^^ le jeune en poste est tout sourire, ravi de nous indiquer que le dimanche il est interdit de circuler en voiture dans la rue principale. Haha, et comme d'habitude ça n'arrive que quand Agathe conduit...! Et, comme d'habitude, avec politesse et bonne foi, nous nous en sortons 😉

Bref, passons sur cette anecdote (qui tend à se répéter un peu trop souvent à notre goût). Travnik se révèle pleine de charme, même si en soit elle n'est pas si "belle". Il y a de la vie ici, les gens semblent paisibles et sympathiques, ils sont nombreux à se balader ou à être attablés aux cafés - avec les amis ou en famille. Cette ambiance authentique nous plaît beaucoup!

Du haut du château de Travnik, les nombreux minarets et les cimetières improbables

En poursuivant vers Sarajevo, nous passons par de charmantes petites bourgades toutes calmes, perdues au milieu de nul part. A mesure que nous nous rapprochons, l'habitat est de plus en plus dense, de plus en plus anarchique. On devine que tout bouge bien vite ici, il y a de nombreux chantiers en cours sur les collines qui ont vue sur Sarajevo. Les routes pour y acceder sont catastrophiques, on "s'amuse bien" à se faufiler sur les tronçons en terre, étroits, troués... Doubler ou ne serait-ce se croiser est assez compliqué !


Mais, enfin... Enfin Sarajevo !

Sarajevo et sa périphérie qui grandit vite et où se côtoient ruines, vieux immeubles et bureaux flambant neufs, tramways usés et voitures clinquantes (mais où a priori le clignotant est une option ?). Et les centres commerciaux rivalisent de style pour attirer les clients...

Sarajevo et son centre, qui d'emblée nous plaît énormément !

Il y a le quartier turc, avec les nombreux bars, restaurants, les immanquables boutiques à touristes, la place aux pigeons, les belles mosquées, un caravansérail très bien conservé (notre premier du voyage !!), les nombreux cimetières musulmans d'un blanc immaculé - la plupart dédiés aux morts du siège de Sarajevo. Le quartier a gardé de nombreuses maisons datant de l'empire Ottoman. Il y a donc de belles balades à faire, aussi bien dans le centre que dans les hauteurs, où l'ambiance est plus calme.

Un peu plus loin, le quartier Austro-hongrois : plus de rues labyrinthiques mais de grands boulevards avec des bâtiments plus hauts. Ici une place où des passionnés jouent sur un échiquier géant, plus loin les halles où les étales de viandes et de fromages font rêver. Toujours autant de restaurants, toujours autant de vie !

Nous croisons à la fois femmes voilées (voire en burqa) et femmes en jeans troués, couples pudiques et couples qui s'enlacent amoureusement, personnes aisées et d'autres plus pauvres. La vie quoi ! Mais il y a un je ne sais quoi de chaleur humaine qui nous plaît terriblement, tous se causent, tous ont l'air bienveillants - c'est en tout cas ce que nous avons ressenti.

Guilhem va chez le barbier, nous profitons des terrasses, mangeons dans une cantine populaire ou au-dessus des halles ; nous nous perdons dans un quartier aux rues tellement pentues que nous n'avons qu'une trouille : que nos freins lâchent ! Dans les hauteurs de la ville, une vue panoramique magnifique... et la piste de bobsleigh des JO de 1984, pas entretenue mais malgré tout photogénique.

On ne peut bien sûr terminer cet article sans un tout petit peu d'éléments historiques. Car ce qui nous plaît tant dans cette ville est sans doute le résultat de l'histoire, surtout de l'histoire récente :

L'après-midi de notre 2e jour, nous visitons un musée qui retrace le siège de Sarajevo de 1992 à 1996. Le lieu est très étrange, il n'y a pas de visiteurs, les salles sont à moitié vides, la scénographie est maladroite - des petits airs du bâtiment A de Paris 8 pour ceux qui connaissent 😉 L'exposition dresse dans un premier temps le tableau géopolitique du siège puis, de manière plus approfondie, le quotidien des habitants de Sarajevo. Les pénuries, les destructions, les morts et les blessés, mais aussi la communauté artistique qui s' approprie les lieux transformés, détruits, la débrouillardise de chacun et l'entraide de tous. Ce que nous ressentons à Sarajevo aujourd'hui est peut être cette soif de vie qui perdure depuis ?


Vous l'aurez compris, nous sommes sous le charme de Sarajevo et partons presque à regret rejoindre le Monténégro ... Enfin, nous prenons une claque en traversant le sud du pays par la route qui serpente le canyon de Sarajevo jusqu'à Brod !

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Publié le 28 mars 2018

Mercredi 14 mars, petite leçon de conduite dans les entrailles de la terre. Nous venons de passer la douane montenegraine - qui ressemble à un box de playmobiles avec 2 petits bonhommes qui surveillent - et arrivons au barage de Pivsko Jezero.

Là, l'Homme a voulu y construire des villages, des routes, mais la nature ne lui a pas facilité la tâche. Car comment imposer le bitume lorsque la montagne plonge directement dans le lac ? La solution fut toute trouvée : creuser dans la roche, encore et encore. Pour longer le lac il faut alors passer à travers de nombreux tunnels les uns à la suite des autres, dans lesquels on a l'impression de voir toutes les entailles creusées par les ouvriers. Ils ne sont pas éclairés, des morceaux de roches jonchent le sol, l'eau tombe à grosses gouttes. Et ces boyaux s'enchaînent, s'entrecroisent, puis on en ressort en plein virage - et il faut alors faire attention à ne pas plonger avec le van dans le lac...!

Notre premier objectif au Montenegro est d'aller voir le parc national de Durmitor. Nous pensons pouvoir prendre une petite route qui passe à travers mais la météo vient durement nous rappeler que nous ne sommes que mi-mars ... "vouz croyez quand même pas que j'ai déjà fait fondre toute la neige ??!!". Petits tours et détours donc, avant de pouvoir rejoindre la ville de Zabljak d'où l'on peut rayonner pour de belles découvertes telles que canyon, lac, forêt. ..

Notre première impression se confirme le soir dans un bar, les montenegrins ne sont malheureusement pas aussi chaleureux que leurs voisins bosniaques, c'est bien dommage.

"Je le pose où mon pied gauuuche ??"

Depuis notre départ de France, nous voyons nos plus beaux paysages ici. Les routes sont absolument incroyables, la plupart du temps à flanc de montagne, dans des canyons vertigineux ou surplombant des paysages magnifiques. On se sent tout petits, impressionnés par la nature et par les prouesses techniques de l'Homme.

Pour le moment les paysages sont encore un peu tristes, les arbres et les plantes se préparent à sortir et le gris de la roche domine. On perçoit toutefois des nuances de couleurs - bleu foncé, rouge et vert sombre - qui avec le ciel gris apportent une atmosphère mystérieuse qui nous plaît bien. Que ce doit être beau au printemps !

Petite parenthèse sur la conduite des autochtones : les montenegrains n'hésitent pas à doubler en plein virage - surtout en montagne et sans barrières de sécurité ! De fait, nous n'avons pas de photos de ces belles routes, trop appliqués que nous étions à conduire prudemment (ne pas tomber dans le ravin, laisser passer les chauffards, savoir doubler les voitures qui se traînent, être prêts à esquiver le conducteur d'en face qui rogne en plein virage "epingle à cheveux" sur la moitié de notre voie... tout en profitant quand même du paysage). En photos sympas, on vous met quand même celles des différents chantiers que nous avons traversés :


Nous traversons le pays pour rejoindre la baie de Kotor, rien que ce nom nous fait rêver (...revoir enfin la mer !). Petite pause à Cetinje, ancienne capitale agréable à visiter, et ce soir nous dormons au-dessus de la baie pour le moment cachée par la pluie et le brouillard. Nous la découvrons au petit matin :

6h du matin : je prends la photo et je me recouche !

La vieille ville de Kotor est belle et chic, une vraie carte postale surplombée - une fois de plus - par un château fort vénitien. Une fois en-haut, nous admirons d'un côté la baie et ses bateaux de luxe, de l'autre la montagne bucolique avec ferme inaccessible et chapelle abandonnée.

Kotor, sa voisine Perast et plus au sud Bar ont bien conservé leur centre historique (même si la 3e a été en partie défigurée par un important tremblement de terre). Elles sont prêtes à accueillir les visiteurs en été, à juste titre.

Parallèlement à ces villes pleine d'Histoire, on saigne la montagne pour intégrer des complexes hôteliers et immeubles avec vue sur la mer (mais sans plage) pour le tourisme de masse...

Dans un autre style, l'île de Sveti Stefan (ancien village de pêcheurs) est aujourd'hui totalement privatisée et transformée en hôtel de luxe impossible à visiter sauf si l'on y dort - dommage car vue d'en-haut elle a l'air très belle.

Kotor, Perast, Bar, Sveti Stefan et villes nouvelles.

Bref, si vous avez des vacances en mai/juin, que vous aimez la nature et la montagne (très beaux parcs nationaux et belles randos), la farniente (hôtels de luxe sur la baie de Kotor) et pourquoi pas le bateau, n'hésitez pas ! L'agence de notation Agathetguilhem vous dit GO à 100% !!


Mis à part ça, au 20 mars - soit J+51 - nous en sommes au 5344e kilomètre de voyage, le van va bien malgré les nombreux trous qu'il fréquente, nous mangeons à peu près bien (crêpes et crumble cuisinés dans le van ces derniers jours) et le moral est au beau fixe qu'il neige, qu'il pleuve, qu'il vente... ou qu'il fasse soleil 😉

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Publié le 6 avril 2018

20 mars après-midi, nous voilà en Albanie. Rivière qui deborde et chaussées déformées. Vendeurs de poissons géants, voitures, charettes et vélos déglingués. Vendeurs de 3 choux et ponts inutiles. Les sourires des uns et des autres sont de bon augure.

20 mars, nous voilà en Albanie et nous sommes RAVIS !

Après l'accueil chaleureux de Julien, Landi et Dritan à Golem, nous filons visiter la capitale Tiranë. On y a trouvé des couleurs, du beton, des "hommes horodateur", de jolies rues modernes, des rues en bazar mais aussi vieilles mosquées, bars branchés, joueurs d'échec sous les arbres... La ville est en perpetuelle transformation, l'ancien et le moderne se côtoient plutôt bien, l'énergie de cette ville est contagieuse !

Nous prenons une petite leçon d'histoire en visitant le bunk'art (http://bunkart.al/2/home) : un petit champignon de béton soviétique en plein centre ville, un vrai dédale dans lequel on en apprend beaucoup sur les redoutables services secrets albanais, les Sigurimi. Nous essayons de comprendre comment un pays et toute une population peuvent se remettre de cet effroyable système de délation institutionnalisé, aujourd'hui encore incarné dans le paysage par les nombreux bunkers construits à travers l'Albanie.

Puis nous partons vers la campagne, les montagnes, la vie rurale.

Première étape chez notre ami Johnny, pelican dalmatien du parc de Karavastase.

Il n'a pas l'air très amical de prime abord... mais c'est juste qu'il ne sait plus très bien voler et qu'il a du mal à rejoindre sa bande à quelques kilomètres de là, donc forcément ! (Ou alors c'est un gros flemmard qui a trouvé où se nourrir facilement sans avoir à partager. .?). Non loin de là nous rencontrons des pêcheurs sur un ponton brinqueballant, Guilhem en accompagne un au travail - mais la pluie arrivant vite, il est rapidement débarqué !

Plus loin, une colonie de flamands roses, de pelicans, quelques aigrettes et autres petits oiseaux jaunes et dodus que nous parvenons à observer grâce à nos jumelles d'hornithologue. Le long de la plage, des bouteilles en plastique par centaines. A chaque coin de paradis sa décharge à ciel ouvert !

Nos premiers jours ici sont un peu gris, mais le printemps arrive et nous trouverons le soleil plus au sud.

Dans l'épisode suivant : soleil, vieilles pierres et chaussées déformées !

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Le soleil se trouve vers Fier, Hourra !!

La ville n'a aucun intérêt, si ce n'est ses alentours et ses habitants souriants et avenants - comme partout jusqu'à maintenant en Albanie. Au nord, le ravissant monastère d'Ardenica. Il a pu nous paraître modeste lorsque nous nous sommes retrouvés à sa porte, mais son jardin soigné, ses sculptures en bois et ses peintures religieuses en font sans doute un des plus beaux du pays. Et que dire du gardien qui ne parle qu'Albanais mais qui s'évertue à nous expliquer de manière très appliquée les principales scènes représentées aux murs ? Visite courte mais qui en vaut la peine.

À l'est, le site antique d'Apollonia. La route pour y parvenir est absolument catastrophique, les trous s'enchaînent sur plus de 10 kilomètres... surprenant pour un site classé par l'Unesco.

Nous nous garons au milieu des herbes folles, des moutons viennent paître non loin, les arbres sont en feuilles et les abeilles bourdonnent tout autour. Le cadre nous enchante plus que les ruines !

Le site classé d'Apollonia

Nous partons pour le centre du pays en direction de Berat, la ville aux mille fenêtres ! Estampillée par l'Unesco, elle est une des plus belles villes d'Albanie - en toute subjectivité bien sûr !

Au sommet, la ville fortifiée avec de nombreuses maisons transformées en boutiques de souvenirs, restaurants, chambres d'hôtes. Une majorité cependant est occupée par les particuliers et quelques poules. Nous sommes un peu frustrés de ne pouvoir visiter la vingtaine d'églises (catholiques ou orthodoxes) et mosquées recensées, mais la vue sur la villes, les vieilles maisons (dont les plus vieilles pierres ont plus de 2500 ans) et le calme apaisant du lieu suffiront à notre bonheur.

A mi pente et en face du château, d'autres quartiers historiques (l'un orthodoxe et l'autre musulman) étonnent par leur excellente préservation.

En bas de la ville, des burek délicieux (chaussons au fromage ou aux épinards), un crémier adorable, des moutons devant l'université, et une visite improbable :

Du château nous avions remarqué un ensemble de bâtiments intriguants - du genre à laisser penser qu'il y a des histoires entre les murs. Nous nous y rendons en passant un grand porche. Tout de suite à droite, une mosquée dans laquelle nous hésitons à entrer. De loin nous entendons un homme nous appeler ... pour nous inviter à entrer avec nos chaussures. En "italo-albanais" (et bonne humeur) il nous fait visiter la "Mosquée du roi", utilisée comme salle de ping pong pendant la dictature d'Hoxha. Nous apprenons plus tard qu'il s'agit d'une des plus vieilles d'Albanie (la mosquée, pas la salle de ping pong! ). En face, ce qu'on appelle un Tekke de Derviches. Le bâtiment est tres bien conservé et, a priori, les piliers qui soutiennent la terrasse viennent directement du site d'Apollonia. En retrait, un caravansérail, le 2eme du voyage !! Nous sommes assez surpris que le caravansérail ne comporte qu'une aile au lieu de 4 traditionnellement...?

Le haut de Berat, le bas de Berat, et une photo floue du plafond des derviches.

Après Berat, nous prenons une longue et belle route qui serpente dans les montagnes vers Çorovode pour rejoindre le canyon d'Osumi. Un peu sous la pluie mais impressionnant...

Le lendemain, Guilhem va faire une balade pour atteindre les villages perdus au-dessus du canyon. Ses pas font "chpuik chpuik" tellement le sol est détrempé... Ne m'en voulez pas si je ne l'ai pas accompagné, j'ai préféré bouquiner !

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Publié le 10 avril 2018

Et voici la troisième et dernière partie de notre passage en Albanie :


Après le canyon d'Osumi, décrit précédemment, nous prenons la route en direction de Gjirokaster. Et quelle route ! Ah pas du même genre que celles côtoyées jusque là : toute lisse, toute neuve, toute large et sécurisée. Un bonheur rare qu'il faut partager 😉

Venons-en à cette très belle ville de Gjirokaster, copine de Berat car elle aussi inscrite sur la liste de l'Unesco. Elle aussi, avec beaucoup de caractère et témoin du multiculturalisme ottoman ; elle aussi avec un château fort qui surplombe et des habitations ottomanes bien conservées. Mais n'allez pas croire que nous les mettons dans le même sac ! Elles ont chacune leur spécificités et nos coeurs tanguent sans jamais se décider lorsque l'un demande à l'autre laquelle est sa préférée !

Gjirokaster est particulièrement bien conservée notamment grâce au dictateur Enver Hoxha, natif de la ville, qui voulu en faire un musée à ciel ouvert. L''ensemble des bâtiments religieux ont évité la dégradation voire la destruction ; La ville est célèbre également en Albanie car longuement et magnifiquement décrite par l'écrivain albanais Ismaïl Kadaré dans la plupart de ses ouvrages.

Il faut l'avouer, nous aurions peut être du rester un peu plus longtemps dans ces deux villes pour en voir davantage...


Comme la région nous plaît, nous restons dormir 2 nuits de suite autour de Gjirokaster pour profiter de l'air pur. On vous laisse admirer le paysage :

Enfin, pour clore en beauté cette traversée : du soleil, nos premiers barbecues (en date du 28 et 29 mars pour ceux qui souhaitent nous envier) hamacs et farniente, et la superbe visite du site antique de Butrint tout au sud du pays.

Contrairement à celui d'Appolonia (j'espère que nos lecteurs suivent car il y aura une interrogation écrite sur les sites antiques à notre retour de voyage), Butrint nous fascine d'emblée. Le paysage et la végétation sont tout aussi charmants, à cela se rajoutent des monuments imposants qui permettent de mieux se projeter - ainsi que de nombreuses grenouilles qui nous empêchent de nous concentrer ! Oui car, au charme s'ajoute quelque chose d'atypique : une partie des sols du site est inondée par les eaux, et envahie par les grenouilles et les tortues !


Quelques mots sur Butrint, dont les vestiges retrouvés en bon état sont le résultat de centaines d'années durant lesquelles la ville est presque tombée dans l'oublie. Les plus vieilles pierres datent de la période hellénistique. Les romains ont ensuite considérablement développé la ville économiquement et politiquement, y construisant un pont-aqueduc, de nombreux palais, et un port plus important pour favoriser le commerce. De la première periode reste notamment une enceinte magnifiques aux pierres gigantesques, parfaitement agencées entre elles.

Par la suite, les vénitiens ne s'en préoccupent plus tellement, les ottomans encore moins, l'aqueduc tombe en ruine et le port ne devient plus que l'ombre de lui même. Le site continuera bien sûr d'être habité, mais jamais dans les mêmes proportions que lors de l'âge d'or romain.

... le mieux est quand même d'aller vous renseigner sur internet car la visite commence à dater !

Pour terminer cet article, voici quelques preuves de la vie difficile que nous menons en ce moment.

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Nous n'avons pas vu le temps passer durant ces trois semaines en Grèce !

Trois semaines à arpenter le nord du pays, de découvertes en belles surprises. Les nouvelles ont été rares mais que ce fut bon de profiter de la douce vie hellene ! Voici un concentré pour rattraper notre retard :

Le parcours débute aux alentours de Ioannina, ville étudiante au bord d'un lac, notamment connue pour avoir été le fief d'Ali Pacha. C'est ici qu'il est enterré... et c'est dans les parages qu'il fut décapité par les ottomans - Pas ravis qu'Ali Pacha prenne ses distances avec le Sultan pour créer son propre royaume...

Les abords de Ioannina paraissent sans charmes mais les premiers grecs que nous rencontrons là sont très sympas ! Comme nous arrivons le weekend de pâques (et vous savez que nous sommes très pieux), nous achetons du chocolat !

Nous filons rapidement vers la région montagneuse des Zagoria qui regorge de tout petits villages en pierre grise, perdus au bout de routes en lacets. A Vikos, nous parcourons le fond du canyon du même nom ; à Monodendri nous recevons de la grêle sur la tête ; à Vradeto nous retrouvons le canyon cette fois-ci en le surplombant ; les roues se trouvent dans la neige vers Tsepelovo ; Karakou et Koukouli finissent de nous séduire ainsi que les différents ponts ottomans du coin. Nous partons à contre coeur de cette région idyllique à la recherche d'une nouvelle bouteille de gaz.

... Après plusieurs heures à chercher désespérément, Guilhem trouve une usine d'embouteillage tenue par un cowboy cinquantenaire. Ouf, sauvés, nos yaourts vont survivre !! Cette expédition nous obligeant à retourner à Ioannina, nous partons nous balader à la recherche du centre historique. Ah la belle surprise : le centre est ravissant, ça grouille de gens, les terrasses sont remplies (tout le monde boit du café glacé, servi avec petits pots de nutella et biscuits... pas de bières à l'horizon !!!), les maisons sont charmantes et la citadelle intérieure est magnifique - la vue sur le lac avec le soleil couchant aidant. Mais Ali Pacha doit être déçu par sa tombe, elle n'est pas très impressionnante !

Le soir nous dormons en face de la ville, au bord du lac, bercés par le clapotis de l'eau et surpris au reveil par toutes les oies, cormorans et grèbes huppés qui nous entourent.

Avant de rejoindre les Météores, nous faisons un arrêt vers Mestovo, ville de sports d'hiver proche d'un grand lac artificiel - la route qui le contourne est assez chaotique mais on ne regrette pas le détour.

Venons-en aux Météores, que nous voyons apparaître au loin sur notre route. Nous rêvons de pouvoir les attraper des mains, ces mystérieuses roches aux courbes douces et arrondies sortant de nul part au milieu de la plaine. A mesure que nous approchons elles s'imposent, magnifiques bien sûr ! Comment ne pas être hypnotisés ?

Nous visitons plusieurs monastères, la vue est plus intéressante que les expositions proposées mais certaines se démarquent quand même. Du monastère de Varlaam, nous pouvons observer les grimpeurs gravir les sommets qui nous font face.

NB : malgré un pantalon de marche informe, je remarque à mes dépends que les moines préfèrent voir les femmes porter de magnifiques jupes stylisées... (cf photo)


Bon, nous pensions les monastères perdus au milieu de nul part... Le parking arrive finalement aux pieds de tout ceux qui sont visitables. Nous n'aurons donc pas l'occasion de tester les vieux treuils et échelles amovibles du 15e siècle ! Pour les atteindre, nous empruntons à la place les escaliers taillés dans la roche ou d'étroits chemins de troupeaux (un peu sportifs et plein de ronces >< ), sur lesquels nous rencontrons des colonies de tortues ! Le soir nous dormons face au monastère de Varlaam.


Avis à nos lecteurs : nous avons enfin rencontré d'autres JEUNES voyageurs en van aménagé !!! Ah des retraités allemands ou hollandais on en a croisé beaucoup par contre 😉

Très chouette rencontre avec Camille, Malou et leurs 2 enfants ainsi que Zephir et Iowa (bretons, comme ne l'indiquent par leur prénom). Qu'il est bon de parler voyage avec des homologues !


Oh les belles chaussures...!

Fin du 1er épisode. Dans le suivant nous vous prévoyons : un itinéraire sans queue ni tête, des pelicans à gogo et un stop plus long que prévu

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Ah les lacs de Prespa... nous étions "pressés" d'y être tant les échos étaient positifs. Situés à la frontière de la Grèce, la Macédoine et l'Albanie, nous savions que le lieu serait parfait pour observer les oiseaux (notre nouveau dada), être peinards (après les très fréquentés Météores c'est agréable), et éventuellement retourner rapidement en Albanie - chère Albanie !

Nous avons d'abord exploré le petit (mikri) Prespa :

Le premier soir nous dormons aux abords de Microlimni, au calme, face au lac. Nous ne rencontrons qu'un vieille homme qui farfouille dans les fourrés... à la recherche de "salinaris", c'est-à-dire d'escargots !

Puis nous découvrons d'autres petits villages, ne croisons pas grand monde ... il y a ici plus de pelicans que d'habitants ! Près de l'île d'Agios achilleos nous passons notre matinée à regarder les oiseaux (nous cherchons désespérément des ibis...) ; nous atteignons l'île grâce à une passerelle d'1 km de long, nous y découvrons de nombreux vestiges byzantins et un cadre enchanteur!

Puis nous atteignons le grand (megali) Prespa en rejoignant le village de Psarades par une belle route en lacet. C'est la seule commune de Grèce à avoir accès au megali Prespa, et la seule commune au monde à héberger une race miniature hybride de vaches ! Il fallait rouler jusque dans ce coin perdu pour voir ça !

De Psarades nous faisons de belles promenades pour atteindre les plus beaux points de vue sur le lac.



Les lacs de Prespa - Grèce

Comme nous le précisions, une fois vers les lacs de Prespa, nous ne sommes plus loin de l'Albanie ni de la Macédoine... retourner en Albanie nous titillait depuis un moment, la ville de Korçe dîtes "petit Paris" méritait bien un détour ?! Et puis la Macédoine... En lisant par-ci par-là des éloges sur la ville d'Orhid... il n'en fallair pas plus !! Allez, puisque nous sommes parvenus si loin au nord, autant poursuivre de ce côté !

Nous quittons alors Psarades le dimanche de la pâques orthodoxe. Dès 9h le matin, les habitants sont tous dans leur jardin ou dans la rue à faire tourner à la broche le cochon de lait du déjeuner ! Une douce odeur gourmande nous donne presque envie de finalement rester et de s' inviter chez quelqu'un !

La curiosité a raison de notre gourmandise (!!), nous prenons la route pour la Macédoine et sa capitale touristique, Orhid. En chemin nous traversons des villes peu engageantes, mais une fois arrivés il n'y a plus de doute : la ville est ravissante ! Une fois encore nous sommes au bord de l'eau et le soleil nous accompagne. En ce jour de fête, les quais sont bondés de familles et de kiosques à bonbons ! L'ambiance est bon enfant et nous nous amusons à observer les gens qui nous entourent (les attitudes, les sucreries prisées, etc). La visite de la ville débute autour de la rue commerçante, petit à petit nous découvrons la vieille ville dans les hauteurs. De nombreuses maisons sont en ruine, les églises et les mosquées sont bichonnées. Un peu excentré sous une petite chapelle tout ce qu'il y a de plus romantique, nous arrivons à un ancien village de pêcheurs aujourd'hui encerclé par les restaurants et bars... Nous ne résistons pas à un petit verre en terrasse, le cadre est si plaisant ! Orhid nous plaît vraiment, nous retournons nous balader plusieurs fois dans ses rues animées et autour des bâtiments historiques.

Orhid - Macédoine

Pour boucler la boucle aux trois arrêts / 3 pays / 3 ambiances, nous visitons Korçe. Nous retrouvons bien là notre Albanie, les repères reviennent vite !

Si la ville a pour surnom "petit Paris", ce n'est pas parce que son centre a des airs de Montmartre, mais parce que l'armée française a géré la ville de 1916 à 1920... seuls témoins de cette époque aujourd'hui, un cimetière militaire français et un lycée français. Mais la ville est bien plus qu'un petit Paris, elle a une ambiance qui lui est propre, de nombreux quartiers au charme désuet, certains pauvres aux maisons ottomanes en ruine, d'autres plus cossus aux grandes bâtisses chics - disons 19e. On trouve dans le centre des commerces qui aujourd'hui n'existent presque plus en France - au détour d'une rue, un homme tatoué des pieds à la tête est fière de nous presenter la boutique de son ami forgeron. Les hâches, les binettes et autres outils agricoles sont disposés ici et là sur de vieilles planches en bois... le tout plongé dans le noir car il n'y a pas d'électricité aujourd'hui ! Ce retour en Albanie nous plaît bien 😀

Korçe - Albanie

Une fois de retour en Grèce, nous poursuivons la route vers l'Est du pays :

- 2 jours dans la très agréable ville de Kastoria (à l'origine une ville de castors, mais il n'en reste plus à cause de l'industrie de la fourrure...). Nous y voyons un nombre incalculable de chapelles - en vrai on sait qu'il y en a près de 50 ! On y découvre de magnifiques hôtels particuliers du 17e, une ambiance paisible au bord du lac. Là nous dormons près d'une église orthodoxe ... le lendemain les popes chantent de 7h à 10h du matin ><

Kastoria - Grèce

Puis Veroia, Arnea, Kavala... Autant de (petites) villes aux centres historiques adorables :

"Plein de magnets, je suis aux anges !!"

Et même si nous n'avons pas de photos (car interdites), nous mentionnons aussi l'incroyable musée de Vergina, dans lequel nous avons pu découvrir les tombes royales de Philippe 2 de Macédoine et sa famille. Elles ont été retrouvées intactes sous un tumulus dans les années 1970 et n'ont jamais été déplacées depuis - le musée reprend la forme du tumulus, l'immersion est parfaite ! Les objets (couronnes en or, bijoux, vases, armes...) sont d'une rare beauté... on se sent tout petit face à tant de talents 300 ans avant JC !


Nos 3 semaines en Grèce s'achèvent... La Turquie et Istanbul pointent le bout du nez... Nous serons bientôt en Asie, là où le dépaysement commence vraiment !

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Publié le 3 mai 2018

En vérité on ne vous a pas encore tout dit sur la Grèce ...!

En 3 semaines de voyage, les copains sont venus nous voir pendant une semaine !!!

> Pour les 30 ans de la fenotte, le gone Guilhem a organisé une semaine de vacances surprise sur la presqu'île de Sithonia 😀

Si le coin est assez touristique en été, nous avons pu profiter tranquillement de ce petit coin de paradis. Résumé en photos :


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Publié le 12 mai 2018

Il y a comme un léger décalage dans nos dates...

Maintenant que les beaux jours sont là et qu'ils rallongent, nous avons un peu de mal à garder le rythme pour le blog et notre journal de bord ! Il y a tellement de lieux à découvrir, tellement d'imprévus et de rencontres... comment s'obliger à rester au calme pour écrire quand il y a tant de sollicitations autour de soi ??

Mais ne vous inquiétez pas, malgré le retard, nous nous appliquons à garder le lien !


Reprenons au 22 avril, jour où le voyage a pris une autre tournure avec notre arrivée en Turquie. Là commence le dépaysement, l'Asie est à notre portée... Nos sens sont en éveil !


Dès notre arrivée à Istanbul le ton est donné : la périphérie est une suite d'embouteillages sur des routes à 2x6 voies, ce qui nous laisse le temps d'halluciner devant la succession de centres commerciaux et bâtiments immenses allant d'une colline à une autre. Nous avons la chance de pouvoir nous garer à 10 minutes à pieds de Sainte Sophie, au bord du Bosphore (nous y resterons tout le long de notre séjour). Nous sommes en début de soirée, le parc qui jouxte le parking est envahi par les familles, les mini barbecues et théières géantes. Les hommes pêchent dans le Bosphore, nous voyons un dauphin près de la rive. Nous plongeons ensuite dans l'ambiance du quartier de Sultanahmet - ambiance touristique mais fascinante avec la concentration de beautés architecturales que vous connaissez peut-être.

Nous resterons 4 jours à Istanbul pour découvrir ses 1001 visages. Il y a un Istanbul touristique, un jeune et branché, un traditionnel, un populaire, un chic et riche, un intellectuel et universitaire... Mais il y a bien une constante : de partout, Istanbul est dynamique et en mouvement ! Combien de chantiers de construction ou de rénovation avons-nous croisés ?! Combien de places avons-nous vues sans cesse bondées ?!

Raconter nos 4 jours serait un peu long, je ne sais pas par quel bout débuter le récit, alors allons-y pèle mêle, avec quelques mots et photos :

D'abord le quartier Sultanahmet, où Sainte Sophie, la Mosquée bleue et le palais de Topkapi sont en partie en travaux... merci pour la synchronisation ! Mais comment ne pas rester émerveillés malgré tout ?

Le palais englouti se révèle bien bruyant, tandis que le musée archéologique est quasiment vide - il faut dire que les longs couloirs aux odeurs de vieux tapis et les vitrines surpeuplées d'objets rebutent un peu alors que la collection est incroyable !

Le musée des arts turcs et islamiques est lui magnifique. Là y a notamment de vrais tapis seldjoukides, sans les odeurs !

Palais Topkapi : ses murs, ses sols, ses plafonds et ses canalisations !
Sainte Sophie au crépuscule

Puis les Bazars, le grand et celui aux épices ! Ça grouille d'activités, ça fourmille dans tous les sens, il y a des embouteillages humains dans les rues tellement le monde afflue. Les couleurs et les senteurs nous font tourner la tête. Nous craquons pour des sucreries, forcément !

Nous passons à plusieurs reprises sur le pont de Galata - autour du pont les vendeurs de sandwichs au poisson ("balik ekmek, avec salade, tomate, oignon), et sur le pont les dizaines de pêcheurs qui toute la journée travaillent à remplir leur seau.

Le quartier de Galata, la grande rue commercante Istiklal, la place Taksim... nous passons de l'un à l'autre avec curiosité et delice. Là les vendeurs de glaces hurlent pour attirer les clients, ils malaxent la glace comme du chewing-gum avec de longues cuillères ; Ici des militaires lourdement armés et leur "char" pour la sécurité... les barrières ne sont pas très loin.

Avec le "bateau bus" nous atteignons les quartiers de Kadikoy et Moda : nos pieds sont enfin en Asie ! L'ambiance est super, bars et restaurants alléchants se succèdent. Voilà deux quartiers branchés d'Istanbul sur lesquels nous craquons. Plus au nord, le quartier calme et populaire d' Üsküdar - dès qu'on atteint les quais, tout s' anime !

Puis le quartier de Beyazit, où l'on visite la magnifique mosquée Suleymaniye (immense et chaleureuse à la fois) et profite d'une terrasse sur un toit idéalement placé pour admirer la ville ;

Le quartier Fathi, les vendeurs de noisettes pas chers, les têtes de moutons en devanture des boucheries et l'aqueduc de Valens vieux de 16 siècles !

La croisière sur le Bosphore, de nuit - Certes on voit moins de choses, mais c'est tellement plus poétique !


Enfin Fener et Balat, anciens quartiers grecs et juifs qui aujourd'hui accueillent les populations issues de l'exode rural. Ici les femmes portent toutes le foulard, beaucoup sous la forme du niqab ; les hommes eux portent le chapeau traditionnel...

Ces deux quartiers sont très intéressants à visiter : ils donnent un bon aperçu de l'évolution de l'architecture en 150 ans, de la maison ottomane en bois jusqu'à l'immeuble des années '70 recouvert de mosaïques simples et colorées. L'ambiance est plutôt paisible loin de la frénésie du centre. Les rues sont tortueuses, pentues, pavées, il y a quelques beaux espaces verts, certaines maisons tombent en ruine mais semble encore habitées. Au detour d'une petite rue, des maisons avec 4 planches de bois et des enfants qui jouent au foot. Quand nous parlions des 1001 visages d'Istanbul...

C'est non loin d'ici que nous avons visité la très belle église Saint-Sauveur-In-Chora... elle aussi en travaux !!! Heureusement la partie la plus intéressante est bien visible : fresques et mosaïques du 14e siècle sont impressionnantes de beauté.

Fener et Balat
L'église Saint-Sauveur-In-Chora

Le 4e jour, en descendant de Fener, nous attendons le bateau bus en regardant des hommes jouer au volley. Dans 3h nous prenons le ferry pour rejoindre la ville de Bursa... Nous quittons Istanbul remplis de très beaux souvenirs, nous lui disons au-revoir sous un couché de soleil éclatant !

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Vendredi 27 avril, ville de Bursa.

Voilà une transition parfaite avant d'atteindre des régions plus reculées au sud de la Turquie. Après la folle et indomptable Istanbul, nous voilà dans une ville un peu plus tranquille mais non moins passionnante, à taille humaine et tout à fait charmante.

A Bursa nous admirons l'enchevêtrement des caravansérails dans le centre ville ; celui de "Kosa Hani", dit "caravansérail du cocon"*, est particulièrement agréable avec sa cour ombragée par les arbres. Ici les tables des cafés débordent de tous côtés et les serveurs se pressent pour servir les çai et cafés turcs ; il reste ensuite suffisamment de place aux croyants pour aller faire leurs ablutions dans la petite mosquée érigée au centre de la cour.

En faisant attentivement le tour, on remarque un tableau qui indique dans quelle échoppe on peut trouver tel commerce... beaucoup correspondent à des boutiques de foulards, en veux tu en voilà, pour tous les goûts ! C'est à se demander comment ils font pour écouler les stocks !

Dehors, les étales de légumes, fruits secs et céréales sont alléchants ; Au dejeuner nous craquons cependant pour un plat beaucoup moins diététique : l'Iskander kebab. De l'agneau cuit au feu de bois coupé en fines tranches, des morceaux de pain grillé caché dessous, de la sauce tomate, du caviard d'aubergine et ... du beurre fondu qui vient recouvrir le tout ! Délicieux mais un peu difficile à digérer...

A l'est de la ville, nous venons admirer la magnifique mosquée verte (15e siècle) et le mausolée en face, connus pour leur faïences vertes d'Iznik. Les tremblements de terre ont fortement endommagé ces deux édifices mais leur beauté reste intacte.

Puis nous profitons encore un peu de la ville, de son ambiance et des jolies ruelles ...

*Bursa fut pendant environ 1000 ans un des lieux de production les plus importants de ver à soie du monde, jusqu'à ce que l'Europe (et notamment la ville de Lyon) s'y mettent au 18e siècle.


Question pour les observateurs : combien y a-t-il au total de drapeaux turcs sur les photos ci-dessous ?


En continuant notre route, nous dormons au milieu des champs, faisons réparer notre pelle dans un village et partageons le çai avec quelqu'un qui déteste ouvertement les arméniens...

Tout cela pour atteindre finalement deux sites antiques absolument incroyables : Pamukkale (le château de coton, en turc) et Aphrodisias.


Pamukkale d'abord, un site d'une richesse incroyable puisque à l'exceptionnel décors géologique s'ajoutent les ruines immenses d'une ville thermale antique, Hierapolis.

Nous reperons de loin cette coulée blanche qui vient rompre l'unité du paysage. De la neige ?? Du fromage blanc ?? Non ! Ici coule une source chaude qui, en s'évaporant, dépose sur la roche des sels minéraux. Une couche épaisse s'est installée, sous forme de vasques parfois remplies d'eau turquoise.

Les ravages du tourisme étant passés par là, le blanc n'est plus si immaculé et l'eau ne coule plus vraiment. Il a fallu mettre en place un système "d'arrosage" pour que le site retrouve en partie son état d'origine. Pamukkale n'en reste pas moins très impressionnant !

Pour gravir la cascade de sel, il faut enlever ses chaussures. La sensation des pieds sur le calcaire est assez rigolote. Autour de nous de nombreux touristes turcs, certains en maillot de bain ; au-dessus de nous les parapentes ! Une fois au sommet, nous découvrons Hierapolis : sa piscine antique (transformée en piscine moderne à microbes), son théâtre, quelques églises byzantines et une nécropole fabuleuse au milieu des herbes folles. Un tombeau isolé est lui pris au piège par les sédiments calcaires.

Nous prenons le temps de découvrir cet immense musée à ciel ouvert, le cadre est tellement agréable que nous profitons d'un bassin isolé pour nous baigner et bouquiner.

Aphrodisias est elle aussi dans un cadre enchanteur. Perdue au milieu de la plaine, il est difficile de la deviner avant d'arriver devant l'entrée officielle.

Notre guide compare ce site à celui d'Ephese, que nous n'avons pas visité mais cela donne une idée de l'intérêt du lieu pour les initiés ! Les premières fouillent ont eu lieu après un important tremblement de terre dans les années 1950. Les archéologues ont rapidement remplacé les habitants et les découvertes se sont révélées assez fascinantes ! Car si les byzantins, seldjoukides, ottomans et Tamerlan l'ont bien amochée, cette cité habitée dès 3000 ans avant notre fameux JC a réussi à conserver de très beaux vestiges :

... Cette traversée en plein centre de la Turquie nous mène ensuite vers la côte méditerranéenne, suite au prochain épisode !!

On vous embrasse fort fort, et promis on essaye de rattraper notre retard avec les articles !!

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Publié le 26 mai 2018

Voyager en Turquie c'est plonger au coeur de l'histoire des premières grandes civilisations dans un cadre paradisiaque !

Avant de lire nos guides et de visiter les sites archéologiques, nous n'avions encore jamais entendu parler d'Hittites, de Lyciens ou de la Commagène (d'ailleurs le correcteur orthographique de notre tablette ne connait pas non plus !)... Pouvoir découvrir tout ça au bord de la mer, au coeur des forêts ou au sommet des falaises rend l'Histoire encore plus fascinante.

Première étape de notre descente dans le sud, un arrêt au golfe de Köyceğiz qui possède une végétation luxuriante où les orangers sont rois ! Un lac paisible, un barbecue improvisé, de bons desserts chocolatés et un levé de lune magnifique comblent nos esprits.


Et nous voilà enfin sur la côte !

Nous nous arrêtons d'abord à la citée antique de Kaunos. Habitée dès le 10e siècle avant JC, il reste de très beaux vestiges romains et byzantins... avouons quand même que nous sommes surtout intéressés par le sommet qui surplombe le site :

Il fait une chaleur écrasante mais la vue de cette rivière qui serpente jusqu'à la mer nous rafraîchi. On voit au loin de petits bateaux qui circulent dans un dédale de roselières pour emmener les touristes jusqu'à une plage de sable fin... Nous aussi on veut faire ça !!!

Alors nous quittons Kaunos, rejoignons l'embarcadère pour traverser la rivière et amarrons à Dalyan : d'ici nous trouverons le "bateau bus" qui nous permettra d'atteindre la plage de nos rêves !

Après 40 minutes de croisière et un jus de pomegrenade siroté, nous voilà sur une plage magnifique, l'eau est calme et tiède, nous barbotons comme des gamins tout l'après-midi 😀



Ce n'est pas la seule chose qui nous a amené à Dalyan, charmante bourgade un peu trop touristique à notre goût. Du haut de Kaunos nous avions pu admirer de loin des tombeaux lyciens taillés dans la falaise... De Dalyan on les voit beaucoup mieux !

Le lendemain nous en découvrons à nouveau sur le site de Pinara, mais cette fois-ci la nécropole s'étend sur un terrain beaucoup plus vaste. En marchant dans la forêt touffue aux pieds de la montagne Baba Daği, les tombes se révèlent les unes après les autres. Tout en bas, le cimetière royal où les tombeaux sont finement sculptés ; En face, la falaise est creusée par des centaines de tombes rupestres (environ 13000 ont été dénombrées), "simples" trous dans la roche effectués à l'aide d'échafaudages sans doute rudimentaires mais grands et costauds ! Comment ne pas être subjugués par le spectacle ?!

A cette nécropole s'ajoutent des vestiges romains (encore eux !) qui semblent avoir été oubliés des archéologues, perdus dans les broussailles.

Nous visitons enfin le site de Patara, villes importante de la confédération lycienne... mais nous filons droit vers la plage de sable blanc sans trop regarder les vestiges :/

Petit topo à propos des lyciens, car à quoi sert de les nommer si on ne parle pas un peu d'eux ?

A vrai dire leur histoire est assez compliquée à résumer, et les sources historiques divergent. Pour notre part, nous nous contenterons de dire qu'ils semblent être mentionnés pour la première fois au 15e siècle avant JC dans des textes hittites (là aussi il faudrait dire qui sont ces zigotos ...), que ce peuple a une réputation de combattant des mers hors pair, même qu'on pourrait les traiter de pirates ! Aussi que leur architecture funéraire est unique, et ça vous en avez la preuve sous les yeux. C'est très succinct, certes... mais comment résumer l'article ci-dessous en 3 phrases ??

http://antique.mrugala.net/Divers/Dossiers%20de%20l'archeologie%20239%20-%20Xanthos/

Nous continuons à en prendre plein les yeux dans la baie de Kekova, où le temps semble s'être totalement arrêté depuis des lustres. Des tombes lyciennes sont perdues sous les bougainvilliers touffus, d'autres vestiges sont noyés sous les eaux. Les villages vivent d'on ne sait quoi... ah si, du tourisme et de la tomate ! Le port héberge des bateaux chiquissimes, ce qui détonne vraiment avec l'état des maisons délabrées. A bien y réfléchir l'endroit a beau être paradisiaque il y a quelque chose qui nous gêne.

Petit moins : il n'y a pas de banque à moins d'1h30 de route, nius n'avons pas assez de monnaie poir faire un tour en pirogue autour des îles de la baie...

Petit plus : on voit de grandes tortues de mer dans le port alors ça pardonne tout !


La suite de l'aventure ? Nous poursuivons la côte en allant vers Antalya. L'ambiance est de plus en plus touristique, nous apprécions moins... Les lieux que nous visitons ne nous inspirent plus tellement malgré leur beauté. A cela se rajoute un nouveau pneu crevé en debut de soirée, un super héros du nom de Dima qui nous tire de cette mauvaise passe, des journées pluvieuses... bref nous avons fait notre temps dans le coin, il est temps de retourner dans les terres où de belles aventures nous attendent !

Pour remercier Dima de son aide, nous sortons "grignoter" un morceau.

Parenthèse "vis ma vie" :

Le quotidien en van se passe toujours aussi bien. N'est-ce pas super de pouvoir choisir la vue de sa chambre tous les jours ? En Turquie nous sommes gâtés, personne ne vient nous déloger. Au contraire, nous sommes très souvent invités à boire le çai pour discuter un peu. Pour Guilhem ce sont souvent des moments sympathiques, même si les conversations peuvent tourner en rond ; pour Agathe c'est plus compliqué puisque les hommes n'osent pas regarder les femmes ni leur adresser la parole... Il y a comme quelque chose de frustrant. Et comme nous rencontrons nous-mêmes peu de femmes pour renverser la tendance... Disons qu'Agathe est toujours ravie quand on peut discuter avec des turcs moins à cheval sur les traditions (étudiants, citadins).

Enfin, soyons honnêtes, globalement les turcs sont sympas !

Nous prenons plaisir à faire nos courses dans les marchés locaux : à 20 cts d'euros le kilo de tomates on aurait tort de se priver ! Le frigo est donc rempli facilement, mais nous mangeons souvent les mêmes choses... Difficile de se renouveler en cuisine pendant le voyage !

Sinon le carburant est maintenant passé sous la barre des 1,10€ et nous trouvons toujours très facilement de l'eau pour nos DOUCHES CHAUDES !!


Pour information, au 10 mai (J+102) nous en sommes à 10900 km !

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///////// Attention article très long, prévoyez du temps //////////

En Anatolie, les paysages racontent des histoires ancestrales, des péripéties héroïques, des declins mysterieux. Tout dans les paysages d'Anatolie vous transporte vers la poésie et le rêve.

Les récits imaginaires qui nous avaient motivés à venir jusqu'ici se sont matérialisés sous nos yeux avec les chemins rectilignes qui traversent la steppe sans fin, les cheminées de fées par centaines, les montagnes colorées, les géants de pierre... et les montgolfières !

Notre premier arrêt est à Konya, ville réputée pieuse où le foulard est de mise pour les femmes. Nous nous attendions donc à retrouver l'ambiance un peu austère du quartier Balat d'Istanbul, finalement nous sommes surpris : la ville est assez agréable et moderne. Des femmes portent le niqab mais elles sont loin d'être majoritaires. Le bazar nous plaît, bien que les fameux tapis de Konya soient introuvables. Nous visitons la magnifique medressa Karatay (époque seldjoukide) ainsi que le Tekke de Mevlâna - disons une école de derviches - sous la pluie et transportés par la foule en pèlerinage.

Arrêt çai et café turc dans le bazar de Konya.

Konya, la porte de la Cappadoce.

A nous maintenant le coeur de la Cappadoce !

Nous attendions cette étape du voyage depuis tellement longtemps... et voilà qu'on nous annonce du mauvais temps toute la semaine. Nous sommes dépités, mais nous faisons avec et slalomons entre les gouttes de pluie.

Dans la vallée d'Ilhara nous découvrons nos premières grandes cités souterraines, maisons et églises troglodytes, ainsi que les pâtisseries turques qui viennent remplacer nos biscuits secs (une fois qu'on est tombé dedans, c'est difficile de s'en sortir!).

Les cités troglodytes et souterraines datent du 6e siècle environ, elles ont été creusées pour échapper aux invasions de l'époque et sont restées habitées jusqu'au 10e siecle. Elles sont construites sur plusieurs étages, parfois une dizaine, qui s'enfoncent sous la terre ou s'élèvent à hauteur d'oiseaux. On y trouve cuisines, étables, pressoire ... Les familles pouvaient rester de nombreux mois en autarcie complète. Nous nous amusons à monter/descendre les escaliers et échelles pour explorer, essayer de deviner à quoi correspond ce trou, cette niche... Au bout de certains couloirs sont posés d'énormes meules en pierre pour protéger les accès en cas d'attaque. De véritables gruyères ont été creusés, jusqu'à trop déstabiliser la montagne. On peut alors parfois observer ces habitats à ciel ouvert comme si les façades avaient été arrachées.

Les églises sont assez détériorées, soit à cause du temps qui a effacé les peintures, soit à cause de la guerre des icônes qui est venu les recouvrir. Elles restent malgré ça fascinante !

Les habitants de la région ont aussi creusés beaucoup de pigeonniers, la fiente des oiseaux étaient et est toujours récoltée en tant qu'engrais.

Après une belle balade de 4 heures dans la vallée, nous découvrons nos premières cheminées de fées, drôles de cônes dodus qui s'élancent vers le ciel !

Avouons aussi que c'est après cette magnifique promenade que nous avons eu envie de gâteaux... Le nez fin, nous trouvons rapidement notre bonheur dans un petit village excentré. En commandant nos pâtisseries, une cliente vient nous parler (en turc, kezako ?!), la soeur de la propriétaire aussi (en français, elle a vécu 6 ans à Annecy !). Et voilà que nous restons 2 heures, passant de la pâtisserie à la boulangerie puis à la boucherie, que la cliente turque possède. Et çai, et re-çai, et biscuits, et gâteaux au chocolat... Bref, comme on le disait on a eu le nez fin 😉

Nous partons ensuite pour le "triangle d'or" de la Cappadoce, où plutôt le "triangle d'or pour les touristes"... il n'y avait presque personne dans la vallee d'Ilhara, on comprend mieux pourquoi : ils sont tous concentrés ici ! Il faut dire que l'image qu'on se fait de la Cappadoce vient de là : sur 15km2 se succèdent les vallées rouge, rose, blanche, les cheminées de fées, les villages troglodytes, les départs de montgolfières, les balades à cheval...

Dans tous les villages qui entourent ce triangle d'or on trouve une multitude de magasins de souvenirs moches ; les cars de touristes sont légion ; et incroyable mais vrai, les turcs ne semblent pas vraiment prendre soin de ce patrimoine naturel hors norme : le nombre de dechets sous la brousaille est équivalent au nombre de touristes. Nous sommes assez effarés qu'il y ait si peu de prévention à ce niveau. Sur notre route nous avions bien sûr remarqué que l'environnement n'était pas vraiment une préoccupation locale, mais que ça le soit si peu ici... ?!

Bon, voilà pour le point noir.

Une fois mis de côté, il faut dire que nous avons vécu des moments inoubliables dans ce coin de paradis : le premier jour nous nous levons vers 5h du matin, réveillés par un bruit étrange de soufflerie... les montgolfières sont installées tout autour de notre camion, certaines sont déjà dans le ciel et d'autres sont en train d'être gonflées. Le spectacle est féerique ! Dans la pâle lumière de l'aube, nous les observons, fascinés ! (Puis nous nous recouchons, fatigués et comblés !).

Aussi, il suffit souvent de faire quelques pas de côté pour quitter la cohue et profiter du paysage en toute sérénité. Si la vallée de Goreme (décrite comme le trésor de la région) nous déçoit particulièrement, nous nous consolons avec le reste qui vaut largement le déplacement.

Le jour de notre départ, nous nous levons à 4h du matin pour, à notre tour, nous envoler en montgolfière !!! Que c'est court 1h de vol, que c'est beau une fois là-haut, que c'est poétique cette centaine de ballons ! Tous, ils frôlent les nuages en attendant les premiers rayons de soleil qui viendront illuminer la vallée !!!

Ça y est, on l'a fait, ce projet qui nous tenait tant à coeur : on a fait de la montgolfière en Cappadoce !

Et ils sont sympas les gars de l'organisation, on a eu droit à une petite célébration à la fin du vol, une fois sur la terre ferme : biscuits sucrés, champagne non alcoolisé (no comment... Avec bonus bouchon en plastique qui finit oublié dans la nature), et un diplôme nominatif où Agathe devient "Agalha"... 😦



Ensuite on roule, on roule, on enfile les kilomètres pour rejoindre un site formidable : le parc du Nemrut Daği !

Nous voilà au centre de la Turquie, où il y a 2 siècles le royaume de Commagène était prospère. A la croisée de l'empire Perse et Seleucide, ce territoire était riche de son agriculture et fière de ses origines multiculturelles. De ce petit royaume disparu il y a bien longtemps, on peut aujourd'hui découvrir l'histoire du roi Antiochos 1er, mégalomane qui a traversé les temps grâce à sa folie des grandeurs :

Cet homme, persuadé qu'il était descendant d'Alexandre le Grand et de Darius Ier, il méritait bien un tombeau à sa juste valeur. Il se fait construire un mosaulée au coeur d'un immense tumulus de pierres broyées de 50 mètres de haut et 120 mètres de large. Tout autour, trois terrasses avec autels pour saluer les dieux. Sur ces terrasses, des sculptures de pierre gigantesques représentent Zeus, la déesse Commagène, Antiochos lui-même... L'ensemble est unique et impressionnant. Le site n'est pas si grand, on peut faire le tour en 10 minutes. Pour notre part, nous restons 24 heures : pour faire du cerf-volant, voir le levé de soleil sur les statues, profiter de la vue incroyable depuis la terrasse du parc, rencontrer le gardien et partager le çai avec lui, rencontrer Gaëtan et Priscilla voyageurs à vélo depuis 2 ans (!!), voir le couché de soleil sur les statues, faire le tour du tumulus 10 fois. Profiter, rêver, s'imprégner de la belle énergie du lieu !


Le mausolée d'Antiochos Ier et autres vestiges du parc Nemrut Daği

Et de la route, encore de la route, à coup de 5h par ci, 6h par là... Pour aller vers toujours plus de découvertes :

La belle Mardin nous attendait, elle savait qu'on voulait à tout prix fouler son sol, voir ses murs couleur sable. Mardin, cité du désert nichée sur une montagne, historiquement ville chrétienne qui aujourd'hui ne compte qu'une petite centaine de familles orthodoxes. Son patrimoine architectural est riche,à chaque coin de rue on tombe sur une église, une mosquée ou une medressa au portique soigné et aux murs finement dessinés. A se donner des torticolis !

Le ramadan a commencé il y a quelques jours alors la ville semble comme en suspend, il a l'air de s'y passer beaucoup de choses mais le silence reigne dans beaucoup de rues. Le bazar fonctionne au ralenti, les hommes sont au café mais ne consomment rien. Nous craquons pour toutes les pâtisseries qui se trouvent sur notre chemin, pourquoi on n'y aurait pas droit nous aussi ?! Il faudra attendre le soir pour les manger, nous n'osons pas trop dans la rue.

Ce calme ne nous empêche pas de bien profiter de la ville. D'ailleurs il y a en ce moment une biennale d'art contemporain, toutes les oeuvres sont exposées dans des bâtiments désaffectés (hôtel particulier, hamman) où dans des lieux atypiques (au cinéma, chez un vendeur de tapis...). On y trouve une vidéo avec Fanny Ardant et Tahar Rahim, c'est drôle ! Cette exposition nous permet de voir la ville autrement, de l'imaginer à travers un autre quotidien.

Du quotidien d'aujourd'hui, voilà ce que nous voyons : des kurdes, avec qui il est plus difficile de communiquer car nous ne connaissons que le turc. Les hommes portent des pantalons amples avec une "poche" entre les jambes (Guilhem en a acheté un, il vous montrera 😉 ).

Des ânes "camion poubelle", meilleur moyen de circuler rapidement pour nettoyer la ville !

Des syriens également, adultes et enfants, venus se réfugier et tenter de trouver un peu de calme et de soutien. Nous rencontrons un syrien au sourire chaleureux qui vend des pâtisseries à se damner ainsi que des kurdes qui animent des ateliers culturels pour les enfants syriens.

Mardin

Puis de la route, de la route, encore et encore, comme un tourbillon à travers l'Est de la Turquie.

Nous longeons l'Euphrate, imaginons les premiers peuples installés ici... c'est inspirant !

Nous visitons Hasenkeyf, ville destinée à disparaître tout bientôt sous les eaux du barage Erdogan malgré les vives protestations des associations de sauvegarde du patrimoine. Devant nous la vieille ville, les engins de chantier à l'oeuvre. Au loin, la nouvelle Hasenkeyf, sans charme et sans coeur.

Nous passons par la ville de Batman. Rien à signaler ici si ce n'est le nom 😉

Une petite pause près du pont Malabadi et nous atteignons le lac de Van à côté duquel se repose un deuxième Nemrut Daği - un volcan cette fois-ci. Nous dormons dans le cratère, des routes goudronnées y donnent accès ! Au matin, un groupe de campeurs turcs nous invite prendre le petit-dejeuner. Ils sont enseignants à Van, nous discutons politique, langues étrangères, foot... l'échange est spontanée et très agréable ! Revenus au bord dunlac de Van, nous visitons un cimetière seldjoukide magnifique et, au fin fond d'un village, rencontrons des enfants adorables et malicieux.

Encore et encore sur la route.

Vous ne voyez pas le bout de cet article ? Nous, on n'en voyait pas le bout de cette traversée pour rejoindre la Géorgie... On n'a sans doute été trop ambitieux, peut être aurait-il fallu faire moins et mieux ? Qu'importe, ce fut génial !


Sur le dernier tronçon avant de rejoindre la Géorgie nous découvrons le palais d'Ishak Paşa, des routes toujours aussi belles, des travaux toujours plus impressionnants pour refaçonner le paysage, et la ville de Kars. Ici plus personne ne veut parler turc, les kurdes nous font comprendre que ce n'est pas leur langue. Cela nous déstabilise, mais c'est bien ça la Turquie d'aujourd'hui.

Bref, nous n'avons pas chômé et la Turquie nous a conquis 😀

Le palais d'Ishak Paşa
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Publié le 24 juin 2018

Changement de ton, la Turquie et la Géorgie ont en commun une frontière et c'est tout !

Le temps maussade nous accompagne dans ce nouveau pays. Nous découvrons l'alphabet géorgien incompréhensible et les routes catastrophiques (qui apparaissent d'emblée en pôle position dans notre top 3 des pires routes empruntées pendant le voyage).

Sans transition nous arrivons dans un pays à la culture bien différente. Où sont passés les marchés animés et colorés qui regorgent de fruits et légumes ? Les invitations à boire le çai ? Les sourires chaleureux ? Ici, bien peu de gens parlent anglais, ce qui ne facilite pas le premier contact. Bref, nous sommes un peu perdus.

Mais que serait ce voyage sans transition brutale ? Après 1 mois en Turquie nous avions nos repères, nos habitudes, nous maîtrisions un peu l'art de l'achat et du marchandage - signe ultime de l'intégration ? 😛. Maintenant il faut sortir de sa zone de confort, hop ! On plonge dans un nouveau monde et il faut savoir s'adapter vite pour embrasser tout ce qu'il y a de bon dans ce pays qui promet tant !

Premier arrêt à Ahalkalaki (que nous prononçons Akalakalakiiiii), où les casinos et boutiques informatiques sont nombreux. Premier contact avec les géorgiens, tout et son contraire : certains pas très souriants, pas très locaces. "Vous cherchez une boulangerie ? C'est par là", accompagné d'un geste vague qui désigne toutes les rues à la fois... Maintenant débrouille toi. Dans l'épicerie du coin, une drôle de blonde veut nous vendre toutes ses bouteilles de bières : "Vous n'en acheté que 2 ? Moi j'en bois 15 et je ne suis toujours pas saoule, prenez-en plus !!".


Nous prenons la magnifique et sportive route pour le monastère troglodyte de Vardzia. Il y a comme un sentiment de déjà vu avec la Turquie mais il reste très impressionnant. Construit au XII siècle, il est réparti sur près de 20 niveaux et 3000 grottes et pouvait accueillir jusqu'à 5000 personnes. Il accueille aujourd'hui encore quelques moines motivés !

Le paysage alentours est superbe, nous nous baladons pour découvrir un autre monastère caché dans les collines. Puis nous décidons de voir la vallée depuis un village qui la surplombe. La route en lacets qui y mène se révèle être une piste caillouteuse de 10 km... nous mettons 30 minutes à la parcourir !

De là-haut on ne voit plus grand chose du paysage, le brouillard à tout enveloppé très rapidement. Ne nous reste plus qu'à observer les vaches qui brouttent et, le temps de quelques secondes suspendues, un renard aux poils blonds et touffus qui flaire une bonne piste.


Le lendemain, nous avons le choix entre deux routes : celle que nous avons prise à l'aller, elle nous fait faire des kilomètres supplémentaires mais nous la connaissons déjà donc c'est une "valeur sûre" ; celle qui relie le village à la grande route principale, elle a moins de kilomètres mais nous ne sommes pas sûrs de la qualité et connaissant le bitume géorgien... Que faisons-nous ??!! Nous prenons la 2e option, après tout c'est plus sympa de voir autre chose. Résultat des courses : 20km de piste affreuse dans la gadoue, 1h pour arriver sur la route principale !

... On entendait l'autre jour à la radio quelqu'un dire : "le mot aventure est le synonyme romantique du mot galère". On confirme !

Arrivée en Géorgie, direction Vardzia !

Nous restons en tout 10 jours en Géorgie. Cela nous laisse le temps de découvrir de nombreux monastères aux cadres enchanteurs, nichés au coeur des forêts ou dominant les plaines. D'autres finissent par se retrouver au bord de la route, pour pouvoir accueillir plus de touristes.

Notre préféré ? Le monastère de Kvetera, perdu sur la "national road" entre Akhmeta et Telavi. Seulement 30 kilomètres relient ses deux villes. Rebelotte : plutôt que de faire un long détour vers Tbilisi, nous prenons cette magnifique et périlleuse piste qui nous en fait voir de toutes les couleurs. Mais ça valait le coup ! Kvetera donne l'impression de sortir d'un conte de fée. Les hautes herbes ont envahi le terrain, de jolies tuiles bleues habillent le toit du bâtiment. Ambiance pieuse et dramatique à l'intérieur.


Monastère de Kvetera

Petit florilège des autres églises et monastères orthodoxes visités. Malgré nos efforts la parole divine ne nous est pas parvenue, pourtant nous nous sommes douchés de nombreuses fois avec de l'eau sacrée !


Mtskheta, Ananouri, Stephantsminda, Alaverdi, Gremi, Shuamta...

Mis à part visiter des monastères, nous faisons quelques belles balades. A Stephantsminda nous prenons un bon bol d'air frais à plus de 3000 mètre d'altitude, non loin de la station de ski de Gudauri. A Sno nous prenons la pluie. Il n'y avait pas de snow à Sno quand nous sommes venus, et heureusement vu la piste atroce!

Montagnes géorgiennes


La Géorgie est vraiment rurale. Nous passons souvent par des villages ou petites villes aux bâtiments (soviétiques) en ruine, aux maisons défraîchies, aux rues désertiques et aux espaces verts abandonnés. Les canalisations de gaz sont à l'extérieur et forment des tubes qui zigzaguent au-dessus des trottoirs. Le temps gris participe à donner une ambiance un peu triste. Il n'y a pas de villages au centre historique charmant, les constructions sont toutes plus ou moins récentes. Ainsi, seuls les églises et monastères témoignent de l'histoire riche de ce pays.

Finalement il faut aimer la Géorgie telle qu'elle est, brut de décoffrage : la nature s'impose, on est fasciné par les forêts denses et immenses ; les bâtiments s'effritent, c'est moche mais ça dit quelque chose d'essentiel sur le pays ; les géorgiens sont parfois distants au premier contact, leur gentillesse et générosité n'en sont que plus sincères.

Bien sûr ça n'est que le reflet de notre expérience là-bas, des voyageurs rencontrés depuis vous donneront une autre vision du pays !


Venons-en maintenant à un autre sujet essentiel : la nourriture !

Comme on le disait plus haut, les marchés turcs nous ont beaucoup manqué. A la place nous n'avons trouvé qu'épiceries glauques ou l'aliment principal est la bière sous forme de bouteille de 2 litres. A côté des nombreuses sucreries, quelques tomates et concombres fatigués se courent après, pas de quoi faire rêver les papilles.

Heureusement le marché d'Akhmeta me réconcilie avec la Georgie sur ce point. Là nous visitons rapidement une boulangerie traditionnelle au pain craquant ; nous achetons de la viande chez un boucher, 3 morceaux pendouillent aux crochets du mur, des giclures de sang décorent la pièce et l'énorme tronc d'arbre au centre fait office de billot (Très bonne viande au passage).

A propos des restaurants, il s' agit définitivement d'une expérience déroutante et hilarante !

Le premier que nous testons donne le ton : nous pénétrons dans un immense hall d'entrée au fond duquel la tête d'un homme dépasse du comptoir d'accueil. Pas de tables, juste un frigo à boissons. On entend bien des clients mais ils sont répartis dans des pièces privées, de nombreuses portes sont fermées et on comprend que l'alcool coule à flot ! Nous nous retrouvons dans une salle juste pour nous avec une table de 8 personnes... Ambiance !

Autre concept à Telavi, une pièce immense et sombre avec quelques tables, une fontaine qui glougloute, une fresque murale bucolique. En prime, violon et flûte qui vous transportent dans un vrai mauvais film hollywoodien !

Bien que vantée par beaucoup, la cuisine géorgienne ne nous laisse pas un grand souvenir, sauf peut-être la purée de noisettes et les khinkali - sorte de grande ravioli à la viande et au bouillon, bouillon qu'il faut aspirer d'abord sans se brûler en croquant une petite cheminée prévue à cet effet. Puis, après s' être inévitablement brûlé, on mange la bonne viande hachée.

Last but not least : le vin géorgien ! Il y a une belle région vinicole à l'est du pays et croyez bien qu'on ne voulait passer à côté. On visite une première "winery" un dimanche, accueilli par un bonhomme surpris de notre présence. Bonjour je suis torse nu, je vais me chercher un polo sale pour être plus présentable ... Son vin rouge se révèle assez bon, il finira rapidement dans notre gosier accompagné d'un bon repas concocté dans le Palace mobile.

Autres petites dégustations (petite car les prix sont étonnamment élevés, sans doute pour s'adapter à l'importante clientèle russe) notamment dans un vrai faux château à la décoration kitsh et fascinante : ça fait drôle de boire au-dessus de Monica Belluci !!!



Vin et pain, inspiration "corps du Christ" 😉

Nous découvrons la vie citadine à Tbilisi, en fin de séjour. Nous avions auparavant visité la jolie Telavi qui nous avait bien plu, mais rien à voir avec la capitale géorgienne !

À vrai dire le contraste est saisissant : ici le bruit, la pollution, les grands ensembles architecturaux modernes, les boutiques de souvenirs, les hôtels chics,... Nous sommes d'abord désarçonnés, notamment par le quartier touristique trop lisse du centre. Rien à voir avec tout ce que nous avons visité jusque là ! C'est beau, mais ça n'est pas la même Géorgie.

Petit à petit on se laisse quand même séduire.

D'abord par le Turtle lake où nous avons élu domicile. Là nous retrouvons nos amis suisses Adrian et Alexandra qui voyagent dans un superbe combi vert pomme. Quel plaisir de se voir ici ! De notre maison on contemple toute la ville, de nuit c'est particulièrement beau. Un mini téléphérique nous permet de descendre dans le centre, très pratique sauf quand il ne fonctionne pas (1 fois sur 2...).

Ensuite par les vieux quartiers poussiéreux traversés à pieds. Fût un temps ces immeubles aux façades en bois sculpté devaient être beaux. Aujourd'hui ils leur reste le charme d'une histoire passée, un côté romantique et romanesque. Certains endroits sont en complète rénovation, nous traversons des chantiers immenses qui donnent un aperçu de l'avenir. Sans doute plus aux normes mais moins authentique.

Face à ces quartiers en partie abandonnés mais bien vivants, on admire des créations architecturales originales et osées telles qu'un théâtre en forme de tube géant !

A Tbilisi on peut aussi beaucoup s'amuser : en allant sous les jupes de l'immense "Mother of Georgia" qui domine la ville ; en prenant un bon bain dans les termes naturels du centre ; en empruntant les téléphériques pour aller d'une colline à une autre ;

... Un de ces téléphérique mène à un parc d'attraction tout droit sortie des années 1950. On vous certifie que depuis le Grand 8 on a une vue magnifique sur toute la ville - même la tête à l'envers c'est très visible ! On se demande encore si nos cris ont résonné jusqu'aux collines d'en face !


Si Tbilisi n'a rien à voir avec ce que l'on a visité les jours précédents, nous nous l'approprions rapidement et avec envie !

Tbilisi

Pour finir, voilà un point sur certaines des choses étranges et rigolotes vues en Géorgie :

Un kiosque à Kacca ; un bar bus ; un tracteur taxi ; un pont bus ; et un exemple de boulangerie discrète, comme partout en Géorgie !

Bonus pour les amis paysagistes !

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... Où sont-ils ? En Arménie !

Rendez-vous est pris au nord du pays devant l'église-forteresse d'Akhtala (10e siècle). C'est ici que nous retrouvons Bernard et Marie-Pierre (B & MP pour la suite 😉 ), avec qui nous partagerons un bout de voyage. Et pas n'importe quel bout, l'Arménie ! Les Ogres de Barback nous inspiraient déjà, jeunes, quand ils chantaient le mystère arménien. Je n'y comprenais pas grand chose, on ne m'avait pas encore tout appris. Ça me donnait juste envie de savoir ce qu'il y avait de si spécial dans ce lointain pays.

Nous y voilà donc, tristes de déjà quitter la Géorgie. Ravis de franchir une nouvelle étape. Et surtout très très contents de voir B et MP, un peu de chez soi à l'autre bout du monde !


Les quelques kilomètres qui séparent la frontière de l'église d'Akhtala donnent le ton, on ne nous avait pas menti : les routes arméniennes sont atroces, elles arrivent directement en tête de notre top 3, supplantant très facilement les routes géorgiennes, albanaises et italiennes ...! Au secours !!

C'est pas comme si on avait une lada 4x4 nous ! B et MP eux filent comme des flèches et slalomment facilement à travers les cratères. Ils se fondent dans la masse, la Lada - blanche de surcroît - et LA voiture nationale !


Nos retrouvailles se font dans la joie et la bonne humeur, un peu sous la grisaille. Nous rejoignons rapidement le petit village d'Haghpat où B & MP ont trouvé logis. Village typique et tenancière adorable, le paysage alentour donne le ton : en Arménie il y a beaucoup de monastères (chrétiens apostoliques et non pas chrétiens orthodoxes comme en Géorgie, vous suivez ?), du vert, du vert, des hauts plateaux verts, quelques villages, du vert, du vert, des usines toutes grises et toutes soviétiques et enfin du vert.

Ah, précisons aussi qu'ici c'est noël avant l'heure : B & MP nous ont apporté un sac entier de surprises. Quelle joie de découvrir ces crottins de chèvre, ces tablettes de chocolat, ces biscuits à la praline, ce saucisson au Saint-Joseph ... ils sont destinés à avoir une vie bien courte mais pourront se targuer d'avoir voyagé jusqu'ici !

Retrouvailles autour de la table !
Premiers paysages arméniens

Rapidement nous esquissons un plan pour nos 5 jours de voyage ensemble. Même pas peur, on prévoit de rejoindre le "presque" sud du pays pour pouvoir profiter de la région de Goris. Cela implique de rouler pas mal, les routes sont mauvaises mais les distances ne sont pas si grandes, et surtout les paysages sont splendides alors après tout pourquoi pas ?!


Nous roulons donc vers le sud, d'abord en direction du lac de Sevan, présenté comme le lac Baïkal arménien car il répond au même principe mais en moins ambitieux : une vingtaine de rivières se déversent dans le Sevan, une seule en ressort.

Historiquement, le peuple arménien était installé autour de 3 lacs importants : le lac de Van, que nous avons vu en Turquie ; le lac d'Orumye, que nous verrons en Iran ; et le lac Sevan... Qu'il est difficile d'exister avec des voisins aussi gourmands en territoires et conquêtes ! Ne reste que le Sevan pour l'Arménie, d'où son importance symbolique.

Grâce à "l'ingéniosité" des soviétiques, le niveau du lac a terriblement baissé à partir des années 1930. Ces derniers voulurent mettre à profit cette quantité incroyable d'eau (1400 km2) pour irriguer les territoires. Mais les pertes ne purent jamais être compensées et le niveau du lac baissa de près de 20 mètres en quelques années. Heureusement la catastrophe n'a pas eu lieu, l'eau est restée à un niveau raisonnable et des politiques de préservation ont été mises en place dès les années 1960 grâce aux associations. Il ne faudrait pas cependant que le niveau remonte trop, de nombreux restaurants et hôtels ont été construits juste au bord... !


Ce soir nous dormons à Noradouz, B & MP dans un gîte et nous entre les tombes du cimetière local. Nous prévoyons de le visiter demain matin, autant être déjà sur place 😉

Avant même de visiter ce cimetière, nous savons que ce sera mémorable. D'abord car il possède une centaine de Khatchkars anciens que nous sommes curieux de découvrir, aussi parce que nous avons déjà bien sympathisé avec les vendeuses dodues et souriantes de la boutique de souvenirs - des mères Typiak locales.

Lorsque nous arrivons à l'entrée du cimetière, ça ne loupe pas. La vendeuse en chef nous prend sous son aile et nous accompagne tout du long. Guilhem a récupéré les explications en français, notre "guide", qui ne parle qu'armenien, pointe au fur et à mesure les éléments mentionnés dans le texte. Conclusion, elle le connait par coeur ! Cette dame pétille et c'est communicatif, on s'amuse beaucoup à repérer ensemble les motifs mentionnés - de la viande, du pain, du vin, du raisin, tout pour être heureux !

Bon m'enfin c'est quoi un khatchkar ??!!

Littéralement c'est une croix en pierre. Ça n'est pas forcément une pierre tombale, il y en a un peu partout dans le pays sur le bord des routes. Le khatchkar est avant tout un symbole chrétien qui représente la vie. Guilhem et moi sommes amusés, ils ressemblent beaucoup aux stèles musulmanes vues dans un cimetière près du lac de Van en Turquie.

En plus des khatchkars, nous repérons également de petites stèles au style assez naïf qui nous plaisent beaucoup !

Avant de partir, petit tour à la boutique où les vendeuses essayent de nous vendre toutes les chausettes et bonnets tricotés par leur soin.

Nous poursuivons au sud, les paysages defilent sous nos yeux, magnifiques. Nous déjeunons au caravansérail de Selim, petite piqûre de rappel historique ; nous traversons la vallée de l'Arpa, surnommée vallée aux orgues basaltiques... Les montagnes sont d'un vert intense aux multiples nuances, les hautes herbes des plateaux font des vaguelettes sous le vent, de ravissantes fleures sauvages colorent les champs. La nature semble vierge de toute activité humaine, seuls les quelques cueilleurs, poteaux électriques omniprésents et quelques drôles d'usines d'un autre temps viennent rappeler que des gens vivent ici.

A Sisian, B & MP trouvent un hôtel soviétique amusant au dimensions disproportionnées - seules les assiettes disposées pour le petit-dejeuner permettent de deviner qu'il y a d'autres clients ici !

La région de Goris est vraiment magnifique, on y trouve de belles balades à faire !

Nous partons pour la journée, un sentier relie le village brinqueballant de Ltsen à celui plus renommé de Tatev. Comme on pouvait s'y attendre, la vue est superbe et on ne croise personne ! 5 heures de marche à s'émerveiller et à respirer à plein poumon l'air pure d'Armenie... Que c'est bon ! Sur un court tronçon de chemin la nature s'est un peu trop emportée, herbes et plantes sauvages géantes nous arrivent aux épaules, on se croirait dans la jungle ! Le premier arrivé voit nos têtes difficilement dépasser de cette végétation dense - option tiques assurée !!

En fin de balade nous voyons Tatev et son monastère qui ne sont plus très loin... Il faut cependant rebrousser chemin, nos voitures nous attendent à Ltsen. Et hop, une deuxième ration de tiques !


Le lendemain, l'orage violent du matin nous empêche de voir clairement les cheminées de fées de Goris. On n'est pas en sucre, mais quand même... Nous restons au sec dans la voiture pour les deviner de loin ! Enfin, comme le dit Bernard, l'avantage d'un tel orage violent c'est que ça ne dure pas, ouf !

Nous essayons de rejoindre le monastère de Tatev (10e siècle) en téléphérique depuis Halidzor... le plus long téléphérique du monde paraît-il - 5752 m de long et passant au-dessus du canyon de Vorotan qui est profond de 500 m ! Il semble effectivement être l'attraction du coin, il y a un monde fou... et à cause du vent il est à l'arrêt 😦 Tant pis, on fera le trajet en voiture, ce sera l'occasion pour Guilhem de partir à la découverte de sources d'eau gazeuse connues seulement des initiés !

Le monastère est magnifique, on s'approche petit à petit en suivant la route en lacet qui grimpe, qui grimpe ! La pierre est couleur safran, elle s'accroche en bout de falaise, indétrônable, et domine magnifiquement le canyon de Vorotan... Puis l'on accède à l'entrée, et comme souvent le charme disparaît un peu. Ce qui est magique, c'est la manière dont ces monastères s'incrustent parfaitement dans la nature, la question n'est pas de savoir qui domine mais comment ils font symbiose. En s'approchant, cette image disparaît est on ne récupère que des morceaux de cette beauté...


Nous voilà à nouveau orphelins, tout déboussolés d'être sans B & MP. On s'habitue vite à être en si bonne compagnie !

Il nous reste quelques jours avant de rejoindre la frontière avec l'Iran, nous restons dans les environs de Goris pour aller voir à quoi ressemble le village au doux nom de Khntsoresk. Il y a là bas un pont "branlant" pas très rassurant et un village troglodyte en partie caché par la verdure. Nous pensons y aller à pieds mais rapidement après avoir commencé notre marche, une veille lada grinçante s' arrête à notre hauteur pour nous amener. Grand-père est au volant, grand-mère tient son petit fils sur les genoux. Il nous regarde d'un regard si expressif et noir... ! Ses joues toutes joufflues et rosées le rendent un peu plus sympathique, mais on sent bien qu'il n'est pas content d'avoir des intrus à côté de lui. A côté de nous à l'arrière une adolescente rivée sur son smartphone, sans doute pour cacher sa timidité.

Une fois arrivés, la balade est courte mais sympathique. Nous descendons une centaine de marches pour atteindre le pont branlant, qui effectivement bouge beaucoup (trop). Nous visitons les vestiges troglodytes, retrouvons un village sans trop savoir si c'est celui dans lequel nous avons garé le van. Nous pensons le rejoindre à pieds mais rapidement après avoir commencé notre marche ... c'est un tracteur qui s'arrête à notre hauteur pour nous faire traverser le long village de Khntsoresk. Nous sommes installés debout dans sa benne, nous faisons des saluts amusés à tous ceux que nous croisons !


Puis route vers le sud, encore...

Vous vous en doutez, la route est magnifique. Mais maintenant que nous ne suivons plus Bernard et Marie-Pierre, nous sommes livrés à nous mêmes pour trouver un endroit sauvage où dormir... Et il n'y en a pas tant que ça dans le coin ! Nous désespérons de trouver une petite route qui part sur le côté, mais la fortune finit par se manifester ! Un coup à gauche et nous sommes sur un terrain plat à l'abris de la route... sauf qu'un groupe de 7 bûcherons géorgiens est déjà installé !! Ils nous devisagent en nous voyant arriver, nous choisissons de nous garer en retrait pour ne pas les déranger. Tu parles ! De suite ils nous invitent à les joindre, nous passons l'après-midi avec eux à siroter de la vodka et à discuter comme on peut avec les mains. Ils repartent comme des fleurs dans leurs voitures - nous on s'effondre dans nos canap', trop contents de notre journée improbable !

Les deux derniers jours en Arménie sont calmes, nous en profitons pour nous reposer avant notre mois en Iran qui s'annonce très intense - on a hâte ! Dodo en fond de vallée, le lendemain nous rencontrons Karl qui voyage seul en van. Grâce à lui on récupère quelques bonnes infos sur l'Iran, de son côté il récupère la bouteille de vodka que nos amis d'hier nous ont donné - pas poss' d'apporter ça en Iran et pas question de tout boire en 1 jour ...!!

Puis dernier dodo en Arménie, à 2535 m d'altitude. Le brouillard enrobe peu à peu le van, à partir de demain on ne devrait plus voir de nuages avant un moment !

Que va piano va sano, devise arménienne ?
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Publié le 24 juillet 2018

Samedi 9 juin, nous voilà parés pour passer l'unique douane qui relie l'Arménie à l'Iran. Nous descendons le col de Meghri, vert et boisé et trouvons de l'autre côté une terre ocre sans végétation - le contraste est saisissant.

Au revoir l'Arménie, bonjour le choc culturel ! En Iran, les dates ne sont plus les mêmes car le calendrier arabe est de rigueur, les chiffres sont différents et on ne peut plus lire l'heure, on ne peut plus porter de short malgré la chaleur, le voile est obligatoire pour les femmes en toutes circonstances (sauf chez soi...). Bon, quant à l'alphabet on était déjà dans le bain en Géorgie et en Arménie !

Pour les formalités à la douane, on a lu ou entendu qu'il valait mieux cacher CDs, disque dur, on met également de côté notre livre sur l'Iran - sur la couverture il y a une jeune fille qui manifeste du temps de la révolution verte, on ne sait jamais...Précautions inutiles ! Si le passage fut long et confus, personne ne nous a demandé d'ouvrir le van !

Dès nos premiers mètres sur la route iranienne nous faisons une belle rencontre qui donne le ton : un couple fait du stop en plein cagnard, nous leur proposons de les amener à Tabriz où ils doivent prendre un train. Ils montent, Shirine la femme enlève de suite son voile et sa veste. Payman son mari nous fait un petit topo sur les lieux à visiter dans les environs de Tabriz, puis on parle politique assez ouvertement... La route est longue, impressionnante. Les montagnes rappellent un peu le nord-ouest argentin, toutes colorées.

Payman propose qu'on s'arrête manger. Ils ne font donc pas le ramadan ? Voilà une première croyance battue en brèche : Payman et Shirine nous disent que peu d'iraniens dans les grandes villes font le jeûne, beaucoup se cachent et mangent quand même. A vrai dire, tant mieux, car le restaurant où ils nous emmènent est délicieux !

... Et ils nous offrent le repas.

Puis nous devons mettre du carburant - en Iran le diesel se trouve dans les stations spécifiques pour poids lourds, pas évidentes à repérer au départ. Payman nous aide à en trouver une... Et il nous offre le plein. (Précisons que 1L = 0,08 cts !!!)

Voilà un bel exemple de la générosité iranienne qui se manifestera tout au long de notre séjour.


Nous les déposons à Tabriz et plongeons avec curiosité dans cette ville, premier vrai contact avec le pays. Le van ne passe pas inaperçu, à chaque coin de rue on entend des "Welcome in Iran !" enthousiastes. Les gens semblent amusés de nous voir, il faut dire qu'il n'y a pas beaucoup de touristes par ici - nous sommes encore à de nombreux kilomètres des Chiraz, Ispahan et Yazd qui font tant rêver. On sent que les gens ont envie d'échanger avec nous, qu'ils possèdent une curiosité insatiables.

La ville n'est pas si belle en soi mais son énergie est débordante : capitale de la province de l'Azerbaïdjan de l'Est et grand centre industriel et commercial, c'est une des plus grandes villes d'Iran avec environ 2,5 millions d'habitants. Elle possède un des plus grands bazars couverts au monde (75 hectares), des universités - ça grouille d'étudiants !

Nous passons notre première soirée au parc El Goli, en périphérie de la ville. Une bulle de verdure très fréquentée par les habitants dès qu'il commence à faire chaud. Il y a déjà des familles installées pour le pique-nique de ce soir, une fois la nuit tombée et le jeûne rompu ; des tentes sont installées un peu partout (les iraniens adorent camper, dans les parcs ou au bord des routes... !) ; d'autres se promènent autour des nombreux points d'eau du parc. Des petits vieux font le tour des bassins en marche rapide pour le sport de la journée ; les groupes de jeunes eux marchent tranquillement, certains dansent sur de la musique - mais il ne faut pas qu'elle soit trop forte... Un retraité nous aborde, il nous aide à trouver le point info touristes, il nous montre où se prennent les bus et il nous donne sa propre carte de transport, sans rien demander en retour. Les iraniens !


Le lendemain, visite de Tabriz. Nous allons dans le centre ville en bus, les hommes sont à l'avant et les femmes à l'arrière... Pas pratique pour communiquer ! Direction le grand bazar et sa section "tapis" renommée. Puis mosquée du vendredi : là on rencontre un étudiant en médecine avec qui l'on discute un long moment politique, enseignement, homosexualité (toujours interdite en Iran et officiellement réprimée par la peine de mort). Il nous apprend aussi à compter en farsi, ill faut vite s'adapter pour les courses au marché ! Puis il nous met entre les mains de 2 étudiantes en architecture qui nous font visiter un bout de ville. Tous parlent très bien anglais, tous sont adorables. On nous avait prévenu et on confirme, les iraniens sont d'une générosité sans égale avec qui l'on peut discuter ouvertement de tout !

Et même s'il n'y a pas de langue commune... En visitant un ravissant jardin nous croisons le regard de deux femmes installées sur un banc, l'une d'elle nous tend une petite coupelle de mûres blanches. Elles nous invitent à se joindre à elles, nous nous installons à leur côté. L'échange verbal est timide mais les yeux rieurs et les sourirs chaleureux disent tout.

Contrairement à la Turquie, je me sens ici beaucoup plus "considérée" malgré le voile. C'est un peu surprenant à lire peut-être, en Turquie les hommes m'ignoraient souvent alors qu'ici on me regarde et on me parle - il y a bien sûr des contre exemples dans les deux cas et le côté ville/campagne joue pour beaucoup. Et bien sûr c'est surtout à Guilhem que les gens s'adressent en premier, mais le rapport homme/femmes semble ici un peu moins compliqué et sclérosé...


Voilà pour les premières impressions iraniennes !

Oh les beaux tapis-tableaux...
Pétales de fleurs de rose et jardin en fleurs.

Nous quittons Tabriz en ayant pour objectif de visiter le site historique de Taq-e Bostan vers Taqab (sur la route qui mène à Téhéran). Mais les ondes iraniennes nous portent vers de nouvelles péripéties : il n'y a plus de gaz dans notre bouteille ! A Miyandoab nous questionnons nombre de commerçants pour trouver une usine qui puisse la re-remplir. Dans la boutique d'huile pour voiture, le propriétaire appelle son fils : il parle plutôt bien anglais et nous amène avec sa propre voiture au bon endroit - ici le remplissage coûte 1€, jusque là on payait plutôt 20€ !

On retourne auprès du papa, on mange des abricots ensemble et on parle foot (comme d'hab!)... Puis on va dans un restaurant à l'abris des regards en périphérie de la ville avec le fils et un de ses amis. Le cadre est superbe, le déjeuner délicieux, la conversation ouverte (politique, relations amoureuses, alcool, voyages, boulots et galères qui vont avec). C'est là que nous prenons un peu plus conscience de ce que c'est que de vivre en Iran avec ses contraintes et son hypocrisie d'Etat permanentes.

... Et une fois de plus ils nous invitent !

Malgré leurs incitations répétées à rester ce soir pour faire la fête, nous reprenons la route - à ce rythme il nous faudrait 1 mois pour rejoindre Téhéran !

Guilhem a marché dans un gros tas de boue après avoir enclenché le retardateur !

En route pour le site de Takht-e-Suleyman, temple sacré du zoroastrisme. Nous ne connaissons pas grand chose de cette religion ancienne, religion d'Etat avant l'invasion arabe, en quoi elle consiste et si elle est encore pratiquée. On en apprend donc sur Zarathoustra, la naissance du monothéisme, l'existence du Dieu Ahura Mazda... D'ailleurs au cours de notre séjour nous rencontrerons pas mal de jeunes avec le signe d'Ahura Mazda tatoué dans le cou, comme un pied de nez aux religieux actuels qui ont tant essayé d'effacer ce passé de leur histoire.

(On pourrait ici vous faire un couplet sur le zoroastrisme mais on vous laisse vous renseigner par vous mêmes 😉 )


Juste avant Takht-e-Suleyman nous faisons un crochet non loin : on peut gravir le flanc d'un volcan qui continue de cracher des vapeurs de souffre ! À peine notre ascension débutée, nous croisons un jeune qui s'élance vers la pente en de grandes enjambées sportives. Un petit "hello" échangé, ah ? Il est français ? Ça faisait un moment qu'on n'en avait pas rencontré ! Voici Benjamin, notre nouveau copain qui voyage en stop, ça tombe bien on a une voiture !

En haut d'un volcan et au pied du culte !

Papotages jusqu'à plus soif, on ne fait pas vraiment attention aux vestiges qui s'étalent sous nos yeux mais on s'extasie devant les paysages qui nous font face. On campe dans le même champs, on mange ensemble, on se balade ensemble et on reprend la route ensemble ! Nos chemins se séparent à Zanjan et nous poursuivons à deux vers Téhéran avec une pause au très beau et très "en travaux" mausolée de Soltânieh, classé patrimoine UNESCO. Le bâtiment est le dernier témoin de la grandeur de la ville qui fût une capitale mongole au 14e siècle, le grand conquérant Tamerlan est ensuite passé par là est a presqie tout détruit sur son passage - comme à son habitude !

La décoration est d'une simplicité élégante qui nous plaît beaucoup. A l'origine les murs étaient couverts de faïences bleues et noires, par la suite ils ont été recouverts de plâtre et de moulures non moins élégantes. Aujourd'hui on peut admirer les deux, demain ce sera encore mieux quand cet immense échafaudage aura disparu !

Mausolée de Soltânieh, un trésor dans une ville poussiéreuse.

La route continue, nous nous rapprochons de Téhéran. Le traffic s'amplifie, la nuit tombe, l'entrée dans la ville s'annonce sportive... Mais pour connaître la suite il faudra attendre le prochain épisode !!

Un peu de suspense ne nuit pas 😉

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Nous restons deux jours à Téhéran, le rythme est si dense que ça nous suffit largement.

À vrai dire nous avons roulé rapidement jusque là pour pouvoir faire notre demande de visa turkmène le plus tôt possible. C'est sans doute le visa le plus stressant du voyage car les rejets et acceptations sont complètement arbitraires. L'année dernière vous aviez de fortes chances de vous faire recaler si vous étiez un mâle barbu voyageant seul... On reviendra bien sûr sur les autres excentricités de ce pays dans un article spécifique. Heureusement pour nous, l'année 2018 est plus clémente avec les spécimen précités. Avec un peu de chance, Guilhem n'aura pas à prendre l'avion jusqu'en Ouzbekistan et Agathe n'aura pas à conduire seule dans le désert de Karakoum... ! (Histoire vécue par d'autres voyageurs !!)

Réponse dans 10 jours, on croise les doigts.

Puis petite réparation du van dans un garage "homologué" Iveco, situé dans les faubourgs anarchiques de la ville. Notre amortisseur avant gauche semble ne pas avoir digéré la Géorgie et l'Arménie, on s'en sort pour 4 euros de réparation !

Le soir et le lendemain, nous essayons de nous approprier un peu Téhéran. Mission un peu ardue, ici la voiture est reine, les boulevards se succèdent et se superposent. Nous n'avons pas trouvé d'endroits vraiment charmants mais quelques parcs bien entretenus et sympathiques où la jeunesse se rassemble, beaucoup plus libre que partout ailleurs dans le pays (les foulards par exemple ont tendance à être fixés de plus en plus bas sur la tête). Le bazar nous a aussi plu, nous sommes par contre restés sans voix devant les banderoles anti États-Unis et anti Israël suspendues dans les allées... Nous n'avons trouvé que 3/4 rues totalement piétonnes dans le centre-ville, nous avons beaucoup marché et nous sommes perdus longuement, nous nous sommes mis à l'abris de la chaleur étouffante en visitant le palais du Golestan (où le dernier Chah d'Iran s'est fait couronné, en toute simplicité bien sûr) et en rejoignant les hauteurs de la ville pour un petit restaurant sous la végétation. Enfin, nous avons désespérément cherché des bars sympas qui diffusent le début de la coupe du monde de foot... en vain ! Oui car quand l'alcool est interdit et que le café ne fait pas partie de vos boissons traditionnelles, il n'y a pas de raison d'installer des terrasses. Quelle tristesse de regarder le foot dans un endroit sans ambiance...

Dans la canette de Guilhem : Découverte du "dough", lait salé que les iraniens boivent pendant les repas !

Nous sommes contents d'avoir découvert Téhéran, contents d'en partir également !

Nous partons tôt le vendredi 15 juin pour retourner vers l'Ouest du pays, non loin du Kurdistan iranien. Sur le trajet, des conducteurs nous klaxonnent avec le sourire, l'air de demander d'où l'on vient. Parmi eux, un vendeur de pêches nous double à plusieurs reprises, à chaque fois avec de grands gestes qui disent "Achetez mes pêches !! Elles sont bonnes, elles sont fraîches !!". Et nous de faire de grands signes qui disent "Non merci !". La scène se répète 3 ou 4 fois... Nous finissons par nous arrêter pour vérifier notre chemin, le vendeur nous rattrape et nous offre 3 pêches toutes molles, prend une photo de notre plaque d'immatriculation avec Guilhem et s'en va comme il est arrivé, à fond sur le champignon !

L'Iran ♥

Nous arrivons dans l'après-midi au site antique de Bisotun, composé de bas-reliefs d'époques variées allant du 4e au 1er siècle avant JC. Il nous déçoit un peu, notamment parce que le plus intéressant est caché par un gros échafaudage. Par contre, nous sommes très amusés par ce mini Heraclès qui s'expose de manière lascive, impressionnés par la falaise qui domine et intrigués par ce caravansérail restauré en hôtel de luxe.

Bisotun, vers Kermanshah

Nous passons la soirée et les jours suivants à Kermanshah.

Kermansha... La ville ou voyager en Iran prend tout son sens. La ville où les premières amitiés se créent, où la folie des uns vous embarque dans de magnifiques aventures. La ville où l'on a envie de crier "que c'est beau les voyages !!!!". Kermansha, pour nous, c'est presque une histoire d'amour.

C'est ici que nous assistons au premier match de l'Iran en coupe du monde de football. À la dernière minute le Maroc marque contre son camp, l'Iran l'emporte 1 à 0, nous vivons un tremblement de terre provoqué par les hourras et les sauts de joie des supporters ! Les gens dansent, klaxonnent, bloquent les rues... comme s'ils avaient gagné la coupe du monde ! Et nous y sommes, au milieu de la foule, emportée par elle dans notre van. La fête durera jusqu'à tard ce soir !

Le lendemain, en allant visiter le site de Taq-e-Bostan (bas reliefs de l'époque sassanide, +/- 4e siècle), nous repérons un van aménagé immatriculé 44. Chouette, des français ! Et en plus s'ils sont du 44 ils doivent forcément être sympas ! Il n'y a personne aux alentours, nous repasserons plus tard.

...3 heures plus tard : on nous a menti sur la marchandise !! Ce sont deux frères espagnols qui vivent là-dedans ! Enfin qu'importe, Guime et Elia sont adorables et nous passons une belle soirée avec eux dans les hauteurs de Kermanshah. Puis nous ne nous quittons plus, il faut dire qu'ils nous proposent un plan alléchant : ils viennent de rencontrer un kurde fan de parapente qui les invite à assister à une compétition, et pourquoi pas à faire un baptême de l'air...

C'est comme ça que nous rencontrons Sami, Reza et Kastra, une joyeuse bande d'amis qui nous prend sous son aile ! Avec eux Elia et Agathe ont droit à leur baptême de l'air (génialissime) tandis que Guilhem et Guime aident à sauver deux parachutistes accidentés ; Reza nous montre son costume de motard plutôt original et nous embarque chacun notre tour sur sa moto de super héros ; on partage de bons repas, on découvre Kermanshah et ses spécialités culinaires (mention spéciale au jus de carotte avec boule de glace) ; on fait la fête et on se marre, tout simplement. Ces gens sont d'une générosité sans bornes, on a un mal de fou à les quitter pour poursuivre la route...

Bazars colorés, rues calmes et sensations fortes... Vive Kermansha !

Niveau patrimoine bâti, mis à part les sites antiques du coin, voilà une mention toute spéciale pour le Tekyeh Mo'aven al-Molk (19e siècle) qui nous a totalement fasciné par sa beauté et son originalité.

Un tekyeh est un bâtiment construit pour accueillir des représentations théâtrales du martyr de l'Imam Hossein, personnalité emblématique du shi'isme. Dans celui-ci, on est surtout captivé par les fresques, portraits et décorations en faïence qui recouvrent l'ensemble des murs. Sont représentés des figures de l'islam shiit, des scènes de combats ou de tortures sanglantes, des portraits classiques ou encore des tableaux originaux tels qu'une promenade en calèche ou un homme en plein vol expérimental !

Tekyeh Mo'aven al-Molk, intérieurs et extérieurs

La suite de notre séjour dans l'ouest du pays est une succession de belles rencontes ponctuée par des découvertes superbes du patrimoine historique iranien - ceci sous des températures avoisinant les 50 degrés...


A Dezful nous sommes bien contents de retrouver Guime et Elia. Là nous piquons une tête dans la rivière qui passe non loin - Agathe est obligée de garder tous ses vêtements et son foulard pour ne pas choquer les hommes qui se baignent. C'est ici que nous prenons un thé le long de la berge avec 3 iraniens adorables, ici également qu'Ali nous invite à dîner chez lui avec sa famille. C'est la première fois que nous acceptons une invitation à manger chez quelqu'un, c'est une expérience en soi : la pièce à vivre est immense, des tapis moelleux jonchent le sol. Les autres pièces sont petites et peu soignées. Pas un seul meuble à l'horizon, il n'y a que des murs blancs et une grande télé ! Nous sommes nourris comme des rois...

En Iran vous vous faites constamment inviter à manger ou à dormir chez l'habitant. C'est parfois compliqué de faire comprendre que vous préférez dormir dans un camion sans clim plutôt que sur un tapis douillet. Les iraniens sont tellement contents d'accueillir des étrangers chez eux que ce serait les vexer que de refuser. Ils aiment savoir ce que l'on pense de leur pays, de leur gouvernement. Ils aiment également savoir comment l'on vit en Europe et comparent leur mode de vie avec le nôtre. C'est peut-être aussi un moyen de voyager par procuration car il est extrêmement difficile pour eux d'obtenir des visas pour visiter des pays comme la France (complexité d'obtention et coût du visa, coût du transport...).


A Shushtar c'est Sadegh qui nous invite chez sa maman - qu'il vire littéralement de chez elle pour l'occasion Il nous fait visiter sa ville d'un bout à l'autre - riche patrimoine bâti à découvrir - tandis que le vent traîne jusqu'à nous du sable venu d'Irak. Une drôle d'ambiance berce la ville, apocalyptique, étouffante et mystique à la fois.

Visite de Shushtar avant la tempête de sable + massage à la mi-temps, le match Iran/Espagne est trop stressant 😉

Nous profitons de notre passage dans la région pour visiter d'autres sites historiques, derniers vestiges de civilisations dont nous n'avions jamais entendu parler.

En route pour la belle Shiraz, nous traversons la magnifique chaîne de montagnes du Zagros et voyons au loin les flammes des puits de pétrole sortir de terre comme si des diablotins nous tiraient la langue !

La route est longue, ce qui nous permet à la fois d'admirer les paysages et de repenser à ces derniers jours fantastiques en si bonne compagnie.

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Les charmes de l'ouest iranien nous ont fait succomber. Nous sommes curieux maintenant de découvrir les villes et sites plus touristiques tels que Shiraz, Yazd, Ispahan... Ce qui est sûr, c'est que nous n'allons pas chômer ces prochaines semaines !


Première étape à Shiraz, nous élisons domicile à côté du joli parc Elam. Les fleurs y sont un peu fatiguées à cause des fortes chaleurs mais les allées bordées d'arbres variés, les jeux d'eau tout autour et le pavillon central (19e siècle) nous plaisent bien !

Nous rejoignons à pieds le centre ville, en chemin nous visitons le mausolée d'un certain Ali Ibn-e Hamse, où le port du tchador est obligatoire pour les femmes. Autant vous dire qu'il y en a une qui n'est pas très à l'aise dans son costume de bibendum... A l'intérieur les murs sont recouverts de multiples morceaux de verre, la lumière verte du lustre se reflète dans toute la pièce, ça scintille dans tous les sens ! Dans les recoins de la pièce, des femmes chuchotent tranquillement à l'abris de la chaleur - ici la climatisation souffle son air frais, on voudrait rester toute la journée pour en profiter.

Puis nous rejoignons la citadelle Karim Khan, non pas pour la visiter mais pour la contourner : nous avons repéré hier soir un attroupement devant un glacier, nous voulons en avoir le coeur net et savoir ce qu'il a à nous proposer ! Ce sera donc une délicieuse glace à la rose et une curieuse mixture de vermicelles surgelés avec du sirop de citron ! Tandis que nous dégustons nos sucreries adossés à la citadelle, nous observons les autres mangeurs, nous nous sourions les uns les autres, membres de cette même communauté universelle de gourmands !

La vieille ville est assez agréable et calme en ce vendredi. Comme dans l'ouest du pays on trouve encore beaucoup de constructions en pisé. Nous faisons quelques visites qui donnent déjà un aperçu de la qualité des fameuses faïences locales et rencontrons une fois de plus de sympathiques iraniens : Shiraz donne envie de se laisser porter sans réfléchir.

Le lendemain c'est une toute autre histoire ! Le samedi l'activité reprend, le bazar réouvre, la foule est de sortie. Quant à nous, nous découvrons la fabuleuse mosquée Nasir al-Molk, ou "mosquée rose" : un monde à part, une bulle de douceur totalement captivante. Chaque bout de faïence s'observe minutieusement, chaque couleur vous absorbe par sa subtilité. A l'intérieur de la salle d'hiver, si vous arrivez suffisamment tôt le matin, vous pouvez voir les rayons du soleil projeter au sol et sur les murs les couleurs chaudes des fenêtres. Avez-vous déjà eu le sentiment d'être hypnotisé par un bâtiment ? C'est l'effet que ça fait ici !

Puis visite forcée d'un gigantesque mausolée d'on ne sait même plus qui avec un guide un peu trop prosélyte à notre goût, rencontre très sympa avec Olivier et Delphine avec qui nous passons toute la journée, visite de la mosquée du Vakil (18e siècle, très belle pour ses faiences et sa salle aux 48 piliers sculptés en torsades), dégustation du "dizi", plat typique iranien un peu tapounant mais délicieux, puis plongée dans le tourbillon du bazar Vakil.

Découverte de Shiraz - ensembles et détails
Mosquée du Vakil
La mosquée rose, joyaux de Shiraz !

À quelques 60 kilomètres de Shiraz se trouve le fameux site antique de Persepolis, immense et bien conservé. La ville a été construite par le souverain achéménide Darius Ier (522-486 av. JC) pour marquer sa puissance face à ses nombreux vassaux. Ce ne fut une capitale ni économique ni politique, mais plutôt symbolique ou culturelle notamment pour organiser les fêtes qui marquent la nouvelle année solaire - "Noruz", encore célébré par les iraniens aujourd'hui. Ainsi, chaque année, les sujets de Darius parcouraient des centaines de kilomètres pour lui apporter des présents - d'où les nombreuses fresques représentants les processions. Même si la plupart des bâtiments n'ont jamais été terminés, la ville était semble-t-il habitée. Elle se rendit à l'arrivée d'Alexandre le Grand et fût détruite, puis oubliée durant de nombreux siècles - d'où sa bonne préservation.

Il est parfois difficile d'apprécier la "vieille pierre", mais il faut bien avouer qu'ici on plonge rapidement et avec curiosité dans l'Histoire.

A la fin de notre visite nous sympathisons avec le directeur du musée. Il a repéré que nous sommes français et a besoin de nous poser quelques questions sur Paris, il va bientôt y faire un voyage et a besoin d'être rassuré. Alors nous le rassurons... En lui précisant toutefois que les parisiens ne seront peut-être pas aussi maladivement généreux et accueillants que les iraniens !


Non loin de Persepolis, le site de Naqsh-e Rostam, lui aussi très impressionnant ! On trouve ici les tombeaux de Darius Ier et de 3 de ses successeurs. Nous bravons la chaleur et admirons dans les détails les sculptures dans la roche : scènes épiques, coiffes royales, épées gigantesques, "c'est moi le plus fort, soumets-toi !"... etc 😉

Persepolis
Naqsh-e Rostam

Sur la route pour Yazd nous nous arrêtons dormir au milieu des champs. Le lendemain nous sommes encerclés par les agriculteurs... On pense les gêner, mais nous découvrons en fait qu'ils se "disputent" pour nous inviter chez eux ! Ils finissent par s'arranger entre eux, l'un nous propose de partager le petit-dejeuner, l'autre le déjeuner, un autre le tchaï de 16h ! Il va falloir en vexer quelques uns car nous n'avons pas prévu de passer la journée ici... Finalement nous buvons le thé avec Ismaeli, ingénieur agricole, et deux jeunes ouvriers afghans. Grâce à eux on en apprend sur les fameux "qanats", système d'irrigation mis au point il y a déjà des milliers d'années pour faire face au cruel manque d'eau dans cette region désertique. Les perses puisaient de l'eau des nappes phréatiques et la dispersaient dans des canaux circulant à travers champs. Aujourd'hui rien n'a changé, le principe de l'époque était déjà presque parfait.

Au fil de la discussion, Ismaeli nous conseille d'aller visiter Abarkuh, petite ville sur la route de Yazd qui recelle bien des trésors ! On y trouve une ancien citerne, un cyprès géant magnifique de plus de 1000 ans gardé par un iranien adorable qui, à défaut de parler anglais, sait très bien mimer pour s'exprimer. On y découvre une incroyable maison à tours du vent (maison bourgeoise carrée avec une cour intérieure, la face sud est habitée l'hiver et la face nord l'été pour mieux supporter le froid ou la chaleur. Au toit, de grandes tours avec de longues ouvertures qui permettent de faire circuler l'air. Par réaction physique, l'air frais est entraîné vers le bas et permet une climatisation naturelle et un rafraîchissement de l'eau. De l'eco-construction avant l'heure !). On s'amuse à passer d'un toit à un autre et à découvrir les cours privées voisines ! Enfin, on atteint la tour funéraire d'un seigneur local, elle surplombe la ville et le désert tout autour. Elle date du 11e siècle et est particulièrement bien conservée.

Réservoir d'eau, cyprès géant, tours d'évent et tour funéraire !

Nous avons retrouvé Ismaeli à Abarkuh pour le déjeuner et nous lui avons fait part d'un problème existentiel qui nécessitait une solution rapide : où regarder le match de foot Iran/Portugal ce soir à Yazd ?!

Il nous propose un grand parc en périphérie de la ville, là un écran géant est installé et de nombreux spectateurs sont attendus. Parfait ! Après un dîner pique-nique à l'iranienne nous rejoignons la foule déjà installée... et nous vivons une soirée incroyable ! L'Iran a fait match nul, mais l'Iran a vibré. À la moindre frappe décisive iranienne, la foule encourage, danse, joue de la musique comme si elle avait gagné ; et à la moindre frappe ratée portugaise, la foule exulte, danse et joue de la musique comme si elle avait gagné. Lors de ce match nous rencontrons Fatemeh et sa famille, une belle brochette de femmes et d'hommes adorables ! Cinq des jeunes femmes sont célibataires, ce qui nous surprend. Lorsqu'on leur demande pourquoi, tout le monde répond en coeur : "à cause des enturbannés !". En Iran, les filles et les garçons n'ont pas le droit de flirter dans la rue, ils peuvent se faire prendre par la police et finir en garde à vue. La pudeur est de mise, les amours frustrés sans doute nombreux.

Foot et sociabilisation !

Le lendemain, un peu fatigués de notre soirée et terrassés par les 45°C (nuits à 30°C), nous découvrons la ville de Yazd située aux portes du désert iranien.

De prime abord, elle nous paraît moins chaleureuse et plus touristique que Shiraz (!). La plupart des bâtiments du centre sont très bien rénovés, ce qui leur donne un petit côté carton pâte... Mais nous faisons quand même de belles découvertes.

Le centre historique est bien sûr très beau, les constructions traditionnelles témoignent d'une architecture "du désert" très spécifique. Dans certaines rues on peut remarquer des escaliers qui s'enfoncent dans les sous-sols, ils semblent sans fin et vont jusqu'au réseau de qanat pour aller chercher de l'eau fraîche. Au musée de l'eau nous restons une bonne heure à papoter avec le jeune guichetier, il parle très bien français et nous fait notammment une longue liste des mots transparents francais/farsi (... qu'elle est longue cette liste !).

En plus des belles réalisations architecturales, deux curiosités nous intriguent particulièrement :

Le Zurkhâneh, ou maison de force, un gymnase populaire où l'on peut assister à des séances collectives d'exercices physiques dans une fosse. Les hommes de tous âges se réunissent pour des exercices d'assouplissement au sol ou debout, parfois avec des massues qui pèsent entre 4 et 40 kilos ou encore avec des boucliers de près de 60 kilos ! (Pour les plus fortiches bien sûr). Au-delà du sport, le Zurkhâneh représente également une forme de résistance, d'abord lors des invasions arabes puis face au sunnisme pour valoriser le shi'isme. Les grands athlètes (pahlevân) de cette discipline étaient de vrais héros populaires. Aujourd'hui la concurrence du football est cependant bien rude !

Les tours du silence (dakhma), spécificités du zoroastrisme. Yazd et sa région concentrent aujourd'hui la plus grande communauté zoroastrienne d'Iran. On peut en apprendre un peu plus sur leurs anciens rites funéraires grâce à ces fameuses tour du silence. La terre et le feu étant des éléments sacrés, les morts étaient disposés en cerle au sommet de ces tours - en périphérie de la ville. Hommes, femmes et enfants formaient 3 cercles distincts, une fosse étaient creusée au milieu. Les corps des défunts étaient laissés à l'air libre pour que les oiseaux les mangent (beurk), puis les os étaient jetés dans la fosse. Cette tradition a perduré jusque dans les années 1970, ils ont ensuite trouvé d'autres alternatives plus classiques... !


"Quelle robe vais-je choisir ? La noir ou la noir ?"

Voilà pour cette 25eme étape ! La suite s'annonce toujours aussi dense : village abandonné, caravansérail en ruine, dunes de sable... en plus d'Ispahan et de Kashan... En Iran on a chaud mais on ne s' ennuie pas !

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Publié le 15 août 2018

Yazd est maintenant derrière nous, nous vivons d'étranges et amusantes aventures en roulant "en direction" d'Ispahan. Notre credo : ne jamais se lasser des détours et des rallongis qui s'offrent à soi, c'est la porte ouverte aux surprises !

Fatemeh, rencontrée lors du match de foot à Yazd, nous a conseillés une ou deux excursions dans la région... C'est ainsi que nous decouvrons l'incroyable Kharanaq : cette petite ville est constituée en deux parties, l'ancienne et la nouvelle. C'est bien sûr la première qui nous intéresse. Nous y découvrons un immense musée à ciel ouvert ! Toutes les maisons du vieux Kharanaq sont en pisé, la plupart complètement détruites - certaines sont supposées avoir plus de 1000 ans. Plus personne n'y habite et tout le monde peut s'y aventurer. On entre, on passe par les toits, on prie pour qu'ils ne s'effondrent pas... au milieu de ces maisons, un superbe minaret, un château qui reste bien imposant malgré les ans, un hamman tout désolé. A l'extérieur de cet ensemble architectural, un caravansérail beaucoup plus récent - malgré son abandon évident il garde un charme typique du 19e siècle Qadjar ! Plus loin dans les champs, un vaillant aqueduc qui n'est plus utilisé... Imaginez l'atmosphère mystérieuse : nous arrivons en fin de journée, la lumière décline, les murs et montagnes alentours se teintent de reflets dorés. Il n'y a personne à part nous deux, les rues étroites et labyrinthiques s'offrent à nous, l'exploration n'en est que plus incroyable - on se prendrait presque pour Indiana Jones !

Nous retournons dans la partie récente alors que les musulmans se regroupent à la mosquée pour la prière. La vie reprend, avec tout le charme d'un petit village où les différentes générations se côtoient.

Kharanag, terrain de nos explorations persanes

Bon, la deuxième étape est moins palpitante. Nous visitons Chak Chak, lieu de pèlerinage zoroastrien. Cachée au creux d'une montagne se trouve une source d'eau dont les origines mystérieuses attirent chaque année des centaines de pèlerins iraniens. Une jeune princesse perse voulant se protéger de l'invasion des armées arabes pria le dieu zoroastrien Ahura Mazda de la proteger. En réponse, la montagne s'ouvrit pour qu'elle puisse se cacher des envahisseurs. En mémoire du chagrin de la princesse, la montagne pleure depuis...

La légende peut être sympathique, le lieu l'est un peu moins. Les bâtiments construits pour les pèlerins sont moches, vides. La source d'eau est belle mais enfermée dans une pièce moche, elle aussi. D'un premier abord on pourrait alors se désintéresser totalement du lieu... mais après réflexions, son étrangeté en fait tout son intérêt !

La route pour parvenir à Chak Chak est par contre splendides ! Nous ne croisons que de gros camions qui vont se perdre vers des chantiers inconnus dans le désert.

Chak Chak, perdue dans les montagnes. Petit bonus spécial "sexe faible"

Une petite étape en ville pour ne pas mourir de déshydratation, puis nous continuons à travers les paysages désertiques, à la recherche d'un caravansérail qui titille notre curiosité. Il est indiqué sur notre carte dans un no man's land, accessible par une énigmatique piste blanche - ça n'est pas bon signe. Qui prend cette route ?? Si nous avons un pépin, qui viendra nous aider ?? Sûrement pas ce vieux berger, il a 1000 chèvres à nourrir avant de nous sauver !

La piste se révèle être multiple. Mais heureusement là aussi des camions passent. Alors nous demandons notre chemin cinq, six fois et apprenons à lire "Varzaneh" en farsi - car il y a quand même quelques panneaux dans le desert ! Enfin nous le trouvons, Khargushi, en ruine mais encore tellement fière ! C'est un des plus impressionnants que nous ayons vu jusque là, alors nous l'explorons avec attention. Il n'est pas difficile d'imaginer les marchands et leur marchandises arriver d'un précédent caravansérail quelques 25 kilomètres plus loin, aller puiser de l'eau au centre de la cour et se reposer à l'abris des attaques extérieures. Sur le toit on pourra de toute façon apercevoir les potentiels assaillants de loin, et les murs épais sauront les convaincre de rebrousser chemin, nan mais !

Aujourd'hui le lieu semble servir de bergerie, certaines pierres ont trouvé d'autres murs à combler. Mais l'ensemble tient debout, Khargushi résiste au temps et à l'oubli.

Et nous on est bien fière d'avoir pu admirer un lieu pareil !

Caravansérail de Khargushi

On retrouve un semblant de civilisation à Varzaneh, connu pour ses belles dunes de sable - jusque là le désert iranien n'a rien à envier au Sahara, il est plat et monotone. Allez savoir pourquoi, sur une petite zone bien spécifique au sud d'Ispahan, il y en a de belles - des dunes. Et ça nous semble alors terriblement exotique 😛

Les tours opérateurs ne s'y sont pas trompés, et les locaux non plus : ils proposent aux touristes des balades en dromadaire ou des courses de 4x4 sur les dunes... changement radical d'ambiance pour nous !

Le sable est encore bouillant en cette fin de journée !

Allez, cette fois-ci c'est promis, on parle d'Ispahan dans le prochain article !

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Publié le 29 août 2018

Ispahan, la voilà !

Nous la découvrons d'abord sous un soleil de plomb. Chez un marchand de tapis, nous trouvons le réconfort du tchaï, de la lumière tamisée et de la climatisation - le marchand de tapis quant à lui trouve la faille psychologique et parvient à nous convaincre de dépenser notre argent chez lui !

Nous la parcourons ensuite de nuit, lorsque la température baisse et que les habitants sont de sortie. Le soir, les ponts historiques qui traversent la rivière asséchée Zâyandeh-rud sont mis en valeur par des jeux de lumières colorées. La place royale est elle envahie par les pique-niqueurs, les nappes recouvrent l'herbe fraîchement arrosée. Autour, on peut au choix savourer une glace au safran, admirer les magnifiques bâtiments qui rendent le lieu si "royal", ou encore monter dans une calèche pour quelques minutes. Il est aussi possible de faire les trois en même temps !

D'emblée la ville nous plaît, malgré son aspect très touristique et ses nombreux touristes - que nous sommes ! Ispahan est verte, les rues sont toutes bordées d'arbres touffus ; le bazar possède de beaux trésors - des espaces à l'écart des allées principales, calmes et authentiques ; certaines de ses mosquées sont magnifiques. La mosquée du Vendredi est sans doute une des plus belles que nous ayons vues jusqu'à maintenant. Si là aussi les échafaudages recouvrent une partie des façades, pour une fois nous voyons les restaurateurs à l'oeuvre - ce qui rend l'échafaudage plus sympathique et intéressant !

On en apprend sur l'art de la faïence et son évolution, le développement de la palette des couleurs et la transformation de la technique (qui, grossièrement, passe de la méthode du puzzle à la méthode du coloriage - que les spécialistes ne nous tapent pas dessus pour oser simplifier à ce point ! Ce qu'il faut retenir de ce changement, c'est que la première est laborieuse mais de qualité tandis que la seconde est plus rapide mais se conserve moins bien dans le temps).

Avec nos nouveaux copains cyclistes Alex et Rémi, nous prenons l'air dans le parc du palais aux quarantes colonnes - dénommé ainsi pour ses vingts colonnes qui se reflètent dans le bassin d'eau à ses pieds ; Nous visitons le quartier arménien dans lequel la cathédrale Saint Sauveur fait se côtoyer faïences persanes et peintures chrétiennes sur un même mur. Ce quartier est née au 17e siècle sous l'impulsion des autorités de l'époque qui voulaient dynamiser l'économie de la ville. Des arméniens de la région d'Azerbaïdjan furent installés de force avec, en contrepartie, une liberté de culte et une certaine autonomie administrative - le quartier devint rapidement l'un des plus prospères d'Ispahan ; Enfin, nous mangeons dans les cantines locales (tchaïkhana) ... et dégustons la délicieuse spécialité locale, le Gaz - un nougat tout tendre à la rose et à la pistache ! (Parallèlement nous abusons de la glace au safran bien sûr).


Ispahan de nuit, lumineuse (et un peu floue) !
La mosquée du Vendredi, en partie en rénovation
Des morceaux d'Ispahan, au palais, dans une mosquée, au bazar...

Sur la route pour Kashan, plus au nord, nous faisons notamment un arrêt à Abyâneh. Ce village perché à flanc de montagne est connu pour habriter une communauté zoroastrienne qui lutte pour la préservation de son mode de vie et ses coutumes. Est-ce que le tourisme aide ou va à l'encontre de ces volontés ? Nous sommes en tout cas assez nombreux à venir admirer les maisons en bois et briques de pisé rouge, bien entretenues dans les rues principales et en ruines dans les ruelles secondaires.

En nous promenant, nous ne croisons que des vieillards sans âge aux beaux vêtements colorés typiques des zoroastriens. Au détour d'une petite ruelle, deux femmes préparent le pain dans un four traditionnel enfoncé dans la terre. Qui prendra la relève dans quelques années ?!

La fraîcheur rencontrée dans les hauteurs d'Abyâneh fut de courte durée. Voilà le retour de nos 40°C habituels à Kashan.

Nous n'y restons pas longtemps, et pourtant la ville a tout pour nous plaire :

Garés à l'ombre d'un arbre dans une des rues passantes du centre-ville, nous attendons un rafraîchissement de la température. A l'abris des sollicitations iraniennes courantes, l'heure est à la sieste digestive... Il suffit d'un "Toc toc" discret à la fenêtre pour changer nos plans ! Un homme sympathique nous tend deux beaux melons et s'en va comme il est arrivé - discrètement. Étonnés et ravis, nous nous empressons de découper le melon et de le retrouver dans la boutique où il a disparu 2 minutes plus tôt pour lui en proposer. Notre séjour à Kashan pourra alors presque se résumer au bon temps passé avec les frères Ali et Hossein, propriétaires d'une épicerie spécialisée notamment dans les fruits secs ... un rêve qui devient réalité pour Agathe - des amandes et des pistaches de partout !!!

A cela s'ajoute une mosquée assez jolie (difficile de rivaliser avec Shiraz et Ispahan !), un bazar ravissant (un de nos préférés - d'autant qu'un jeune garçon prend le temps de nous montrer tous ses secrets), et la visite d'une des maisons patriciennes de la ville (comme celle visitée à Abarkuh quelques jours plus tôt. Souvenez-vous : maison bourgeoise construite pour plusieurs familles dont l'architecture est pensée pour répondre aux fortes chaleurs estivales et froids rudes de l'hiver).

Les beautés de Kashan !

Après Kashan, tout s'accélère !

Il faut remonter vers le nord, à Téhéran, pour récupérer notre visa turkmène - vous savez, le visa stressant et compliqué à avoir... Nous avons été acceptés ! À l'ambassade nous croisons d'autres voyageurs, des soucieux qui viennent déposer leur dossier et des souriants qui récupèrent le précieux sésame - que c'est bon de faire partie de la deuxième catégorie !

Nous n'avons pas de raisons de traîner davantage dans la capitale, alors nous partons à la découverte du nord du pays - dernière partie de notre voyage en Iran !

Entre Téhéran et la mer Caspienne, une route file à travers les montagnes jusqu'à la station balnéaire de Chalus. Sur près de 80 km de route se succèdent restaurants et petites plages le long de la rivière. Il y a du monde de partout, c'est incroyable ! C'est bien ça l'Iran : tout le monde dehors pour profiter du beau temps, de la fraîcheur d'un arbre ou d'une rivière, et d'un bon pique-nique avec samovar géant et tchaï à volonté ! Nous parvenons à nous faire une petite place en prenant la tangente, entre une famille nombreuse et des ruches en activité... Lorsque la nuit tombe, la famille et les abeilles retournent dans leur maison respective. Ne reste que l'apiculteur et nous, l'occasion de sympathiser et de dîner ensemble - le lendemain nous lui achetons du miel dans un pot qui n'a pas l'air hermétique du tout. "Mais bien sûr que si mon pot est hermétique, la preuve : je vais le lancer en l'air et le miel va rester à sa place". Il lance le pot en l'air... le couvercle saute et la moitié du contenu se déverse sur sa tête !

Nous le quittons avec gros fou rire en mémoire et un pot de miel re-rempli dans le placard.

Avec ou sans filet ?

Au bord de la mer Caspienne, la chaleur est étouffante, l'air est atrocement moite, l'eau est verte et trop chaude, les femmes sont retranchées dans des "box" non mixtes pour pouvoir se baigner en maillot... Bref, aucune raison de rester dans les environs en cette période de l'année !

Jusqu'à la frontière avec le Turkménistan nous faisons des arrêts dans des petites villes et continuons à faire des rencontres sympathiques. Mais rien ne vaut la ville de Bojnurd où nous rencontrons Ali et où nous retrouvons nos super bons copains suisses Alexandra et Adrian !

Avec Ali, nous regardons le foot dans sa boutique de pièces détachées pour moto - il n'a qu'une chaise digne de ce nom et sa télé doit avoir 30 ans ! Le soir nous dînons au parc avec sa femme, sa fille et sa belle-mère. Le lendemain nous passons un moment avec lui et son voisin vendeur de fleurs en tissus, pour boire du thé, manger des abricots et "refaire" l'Iran. Ça nous plaît de quitter le pays sur une nouvelle belle rencontre et sur des retrouvailles avec nos "vieux" copains rencontrés en Turquie. Avec eux, nous procédons à un gros bilan de notre séjour dans ce pays incroyable.

Incroyablement généreux, bienveillants, curieux, bavards et têtus, les iraniens n'ont pas cessé de nous surprendre. Il n'y a pas un jour sans échanges spontanés - tous ne se valent pas et nombreux sont ceux qui veulent simplement vous prendre en photo sans même vous demander votre prénom. Mais les quelques belles rencontres sont si précieuses qu'elles effacent tous les "désagréments".

On ne se repose pas en Iran, ou alors dans le désert, le seul endroit où vous êtes à peu près sûrs de ne rencontrer personne, quoi que... Impossible de se cacher dans un parc, il y aura toujours quelqu'un pour vous solliciter !

On pourrait dire la même chose de chaque pays traversé mais, puisque nous avons plus échangé ici que dans n'importe quel autre endroit, l'Iran nous semble incroyablement complexe et plein de contradictions. Sur la religion, la place des femmes, le regime ancien et le regime actuel, la culture persane et la place de la culture occidentale, le sentiment d'appartenance et l'envie de partir une bonne fois pour toute... On peut essayer de comprendre, on peut croire que l'on a compris ce pays et ses habitants, à chaque nouvelle rencontre, de nouvelles opinions émergent et tout devient encore plus complexe et contradictoire !

Le verdict est simple : nous avons aimé l'Iran, nous avons été contents de le quitter et il nous a manqué dès que nous en sommes partis.

Au bout de la route iranienne, il y a Ali et sa famille !
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Nous pensions quitter un pays autoritaire, les douaniers iraniens nous ont salués amicalement, permis de remplir nos réservoirs d'eau et laissés passer sans poser de questions si ce n'est pour les formalités administratives.

Côté turkmène nous sommes séparés, Agathe passe la frontière piétonne et Guilhem va dans 10 bureaux différents (marchandises, assurance, quarantaine, médecin...). Dans chacun, une photo géante du président en habit de la profession. Racket organisé où, en plus de payer les taxes obligatoires à chaque bureau, les agents n'hésitent pas à vous demander un ''bakchich''. Nous pas comprendre !

Les formalités administratives passées nous voilà libres... Enfin, il y a encore quelques contrôles : passage du chien renifleur, visite des placards par les douaniers... L'un d'eux nous amène un papier sur lequel est tracé notre route pour les 5 prochains jours "vous passerez 2 nuits à Achgabat, 1 à Darvaza et 1 à Konya Ourgench". Puis il nous donne le cadeau de bienvenue : un GPS traqueur à ne pas débrancher.

On peut y aller avec interdiction de s'arrêter pendant les 30 prochains kilomètres, zone militaire... Achgabat nous voilà !

Une grande arche nous accueille dans la ville la plus blanche du monde (dans le Guiness book, parmi les dix récompenses décernées à la ville, on repère la section "ville qui a le plus de bâtiments en marbre blanc"). Tout est blanc, tout est propre, tout est surdimensionné. Nous voilà seule voiture sur une route deux fois trois voies bordée de hauts immeubles de marbre apparemment vides. Puis à droite le parc immense des 10 ans de l'indépendance, sans vie mais nickel. Nous nous dirigeons vers le centre où nous nous garons pour découvrir la ville à pieds et voir si elle est peuplée. Après une heure de balade à découvrir des sculptures et fontaines pompeuses (Record de la plus grande fontaine au monde), nous revenons au van sans avoir croisé grand monde. Nous voyons de loin notre copain Benjamin rencontré en Iran, il est assis à côté du camion... Nous sommes tellement heureux de le retrouver !! Nous savions qu'il était dans les parages mais impossible de le contacter. Internet au Turkménistan ce n'est pas bloqué mais presque. ''Je pensais que vous aviez un pépin car j'ai retrouvé vos clefs sur la portière !"'... On est pas tres fière, mais s'il y a bien un endroit au monde où on peut se permettre un tel oubli c'est bien ici !

Nous allons boire un verre ensemble. La ville semble s'animer en fin de journée. Nous trouvons un des deux bars de la ville où quelques locaux fêtent leur anniversaire. Pour créer le contact avec nous, l'un d'eux demande au DJ/chanteur du karaoké de passer LA chanson française du moment... "Lolita", d'Alizée - qui date des années 90 ! Plus tard on aura également droit à Joe Dassin et son "Eté indien". Ne pas oublier de donner un billet au dj pour qu'il monte le son ! Ambiance assurée.

Nous discutons de tout et de rien. L'alcool aidant, l'un d'eux - entre deux "comme le dis notre président"- veut nous parler de la liberté dans le pays. Il est immédiatement stopé par son ami - car il y a du monde autour et bien évidemment il est interdit de critiquer le régime. Nous nous contenterons du discours officiel et d'échanges communs.

Nous nous éloignons de la ville avec Benjamin pour trouver un endroit ou passer la nuit. Nous ne sommes pas sûrs que le camping sauvage soit autorisé... Apres 15 minutes de voiture on se dit "là on est tranquille", petite route au milieu de nulle part. On a l'impression d'être des fugitifs que la police va vouloir rattraper. Benjamin monte sa tente. Nous on fait le lit, les lumières s'éteignent. Pas loupé : la police arrive quelques heures plus tard ! Bon ça va ils sont sympathiques. Ils demandent si tout est ok, font le tour du véhicule, discutent 5 minutes et repartent. On n'était quand même pas très rassuré : et si le GPS traqueur nous trahit ?!

Le lendemain nous poursuivons notre exploration de la ville. Pour échapper à la chaleur écrasante nous allons au musée du tapis... Record du plus grand tapis au monde ! Nous passons aussi un moment à trouver quelqu'un qui accepte d'échanger nos dollars : tout le monde sait qu'il y a un marché noir, très avantageux pour les touristes. Mais personne ne veut nous parler, personne ne se parle, tout le monde a l'air d'espionner tout le monde (nous concernant il faut avouer qu'on n'est pas discret du tout !), il y a comme une ambiance de psychose qui à la fois nous énerve et ne nous met pas du tout à l'aise. On finit quand même par trouver un vendeur qui accepte de nous rendre service, caché au fond d'une boutique...

Nous déposons Benjamin à la gare ou règne une anarchie qui ne colle pas à l'image de la ville et continuons notre visite. A chaque rue ses batiments à l'architecture novatrice. A leur pied, des hordes de femmes balaient les rues, astiquent les ballustrades, récurent les fontaines pendant que les hommes repeignent les poteaux, surveillent les parcs et rues vides pour empêcher les dix touristes du pays de prendre en photo les bâtiments officiels. Nous jouons un peu au chat et à la souris avec eux mais ça n'est pas évident, ils se fondent dans le décors ! La nuit la ville s'illumine, les rues scintillent, les bâtiments changent de couleurs et les photos omniprésentes du président sont encore plus mises en valeur. La description de notre guide nous semble tout à fait juste :"Achgabat est à mi-chemin entre Pyongyang et Las Vegas''.

Nous quittons cette ville avec un sentiment partagé entre fascination et frayeur - 2 jours Achgabat nous a rendu paranoïaques !


Achgabat de jour et de nuit

Nous prenons la route du nord qui traverse le desert de Karakoum. Très vite la route se détériore et devient catastrophique. Les investissements ne seraient-ils que dans la capitale ? Un premier check-point à la sortie de la ville. Contrôle des papiers et autorisations. Nous mettrons 5 heures pour parcourir les 250 kilomètres qui nous séparent des Portes de l'enfer de Darvaza. De quoi nous laisser le temps d'écouter la radio où les informations sont parfois en anglais : "Notre estimé président a écrit une nouvelle chanson à la gloire du pays'', "Nous remercions notre estimé président pour la medaille obtenu lors du festival de cirque d'Alma Aty". Cote de popularité garantie 100%.

Darvaza, résultat d'une négligence lors de l'ouverture d'un puit de gaz qui forme depuis 40 ans un cratère en feu au milieu du desert. Nous arrivons de nuit et décidons de faire les 10km qui nous séparent du cratère à pieds. Nous prenons notre pactage et c'est partie pour une marche dans le désert. Nous sommes attirés vers cette lueur lointaine comme les moucherons par l'ampoule de notre camion. En chemin un 4x4 s'arrête à notre hauteur. En sortent Alexandra et Adrian nos amis suisses !! Ils proposent de finir le trajet avec eux. Non merci nous y sommes presque et cette balade est magique. On se retrouve dans quelques minutes pour profiter du spectacle ensemble 😉

Le cratère est énorme, éblouissant dans cette nuit noire. Aux abords il fait chaud, parfois trop, le vent apporte les vapeurs brulantes du cratère qui viennent nous fouetter le visage. Nous faisons plusieurs fois le tour de ce drôle d'endroit puis nous nous mettons à la recherche d'un terrain où dormir. Il s'agit de trouver un lieu assez éloigné pour ne pas souffrir des bourasques de chaleur - ou mourir asphyxiés par les vapeurs ! - et assez proche pour profiter du site. Nous dormirons à la belle étoile à quelques dizaines de mètres.

... Le lendemain on apprend que d'énormes araignées traînent dans le coin :/

Encore 5 heures de route, direction Daşoguz. Mélange de ville soviétique et de bâtiments administratifs turkmènes. Ville sans intérêts où nous faisons un arrêt ravitaillement au bazar. L'ambiance est totalement différente de la capitale. Ici ça grouille de vie. Les gens sont plus à même de discuter avec les étrangers, pire : ils sourient ! Nous faisons deux fois le tour de ce grand bazar, achetons melon, tomates et eau puis c'est reparti en direction de Konya Ourgench - ancienne importante ville commercante de la route de la soie. Encore 100km, check-point, contrôle et nous voilà arrivés dans cette ville rasée par Gengis Khan au 13e siècle puis par Tamerlan au 14e - mais reconstruite à chaque fois. Quelques vestiges sont encore présents, nous les visitons avec nos copains Alexandra et Adrian. Le site est classé patrimoine mondial UNESCO du fait des prouesses techniques de l'époque. C'est aujourd'hui encore un lieu de pèlerinage important pour les turkmènes, à l'entrée de certains il est possible de donner quelques Manat pour bénéficier de prières personnalisées !

Puis en début d'après-midi nous nous dirigeons vers la frontière avec l'Ouzbekistan. Contrôle, fouille et prise de température (?!) au rendez-vous. Nous sortons de ce pays étrange. On se dit que cinq jours ce n'est pas assez car on aurait voulu mieux comprendre... mais on n'est pas sûr de vouloir rester plus longtemps non plus !


Darvaza de nuit et de jour
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Publié le 1er octobre 2018

12 juillet (... oui on est très en retard !) - C'était il y a maintenant plusieurs semaines mais on s'en rappelle bien : à la douane ouzbek, les agents ont pris le temps de nous conseiller pour notre itinéraire, ont bien rigolé en voyant nos étranges guirlandes à l'avant du camion, l'un d'eux a aussi vite repéré la game boy pour jouer quelques minutes à Tetris - ses collègues l'ont rappelé à l'ordre lorsqu'il a voulu passer à Mario Bros.

Bienvenue en Ouzbékistan !

Ou plus précisément en république du Karakalpakstan, qui s'étend sur tout l'ouest du pays. Il fut un temps où cette zone géographique était prospère, surtout grâce à la mer d'Aral - qui était jusqu'au milieu du 20e siècle un des plus grands lacs du monde.

Puis l'Union Soviétique imposa la culture du coton, ce qui ne fit qu'amplifier les changements climatiques déjà quelque peu perceptibles à l'époque. En pompant dans la mer d'Aral pour irriguer les champs de coton, le niveau de l'eau baissa très rapidement (l'ancien port ouzbek de Monyaq qui était alors sur une île est aujourd'hui à plusieurs dizaines de kilomètres de la rive), l'ensemble des espèces aquatiques endémiques disparurent et le sel libéré est aujourd'hui transporté par les vents, intensifiant la pollution et la désertification du territoire... On vous passe le chapitre sur la pollution des terres à cause des produits chimiques, c'est tout aussi cauchemardesque.

Le comble ? Malgré la chute du régime soviétique, l'Ouzbékistan reste un des plus grands producteurs de coton au monde. L'Homme aime se tirer des balles dans le pied, mais à ce point là...

Aujourd'hui le Karakalpakstan est une des régions les plus pauvres du pays. Sombre tableau.

Heureusement il suffit de gratter un peu pour trouver des éléments plus encourageants - à hauteur de notre regard de touristes bien sûr :

Après avoir quitté nos douaniers sympathiques, nous découvrons la ville de Nukus, sorte de western ouzbek. Typiquement soviétique, aux rues quasi désertes en cette période de forte chaleur, nous apprécions la gentillesse des habitants, les façades fatiguées et d'un autre temps, les restaurants étranges et les glaces chimiques, le bazar immense et bordélique. Nous ne savons pas si nous avons fait un saut dans les années 1960 ou sur une autre planète, mais la ville nous plaît. A cela s'ajoute, bien sûr et avant tout, l'incroyable collection du musée Savitsky dont l'histoire mérite un petit résumé :

Igor Savitsky (1915-1984) était archéologue, peintre et collectionneur. Il fit de nombreuses fouilles en république du Karakalpakstan et parvint à convaincre Moscou de l'utilité de créer un musée archéologique à Nukus. Loin de la capitale et des regards suspicieux, il en profita pour cacher un nombre incroyable d'oeuvres de l'avant-garde russe - que le régime aurait sans doute préféré brûler. Sauvés de l'oubli, des centaines de tableaux et sculptures sont aujourd'hui conservés dans ce musée installé au fin fond du desert - il regroupe la deuxième plus grande collection d'avant-garde russe au monde. Prenez-en de la graine 😉


C'est aussi à Nukus que nous retrouvons rapidement nos amis Alexandra et Andrian. Avec eux, nous passons deux jours au bord du fleuve Amou Daria. Contrairement à Alexandre le Grand, le fleuve ne nous a pas inspiré des envies de conquêtes - au contraire, nous n'avons fait que profiter calmement du cadre idyllique. Baignade dans le fleuve tout boueux, face à face avec un troupeau de chameaux qui vient lui aussi se baigner (... c'est bien de la boue au fond de l'eau hein?!), bagarres avec les mouches et les moustiques (perdues d'avance), re-lecture du livre "Samarcande" car la rencontre approche !

De toute façon il fait bien trop chaud pour faire autre chose.

(Du coup nous n'avons même pas pris de photos...)

Toujours en république du Karakalpakstan, nous partons sur les traces de forteresses presque vieilles comme JC ! Au loin, on distingue des masses étranges, comme fondues au soleil. Leur couleur ocre se confond avec le sable, mais elles sont bien là et dominent l'ensemble du paysage qui lui est tristement plat. Les recherches archéologiques du 19eme siècle ont permis de mettre à jour tout un réseau d'édifices bâtis par le royaume de l'ancien Khorezm - un des premiers grands royaumes d'Asie centrale et semble-t-il, le berceau du zoroastrisme. Une vingtaine de forteresses ont été découvertes, les scientifiques estiment que le sable en cache encore des dizaines !

Pour les visiteurs il n'y a en revanche que des murs pour témoigner de la grandeur du royaume et de la complexité de l'architecture de l'époque. On cuit au soleil tout en s'extasiant, et en éprouvant quand même quelques difficultés à se projeter.

Le désert plat et monotone du Kyzylkoum va nous accompagner longtemps, mais la route est entrecoupée d'étapes de choix : Khiva, Boukhara, Samarcande... autant de cités qui font rêver, autant de noms qui poussent à l'aventure. Elles étaient toutes sur la route de la soie, elles ont chacune leur propre histoire d'ouverture sur le monde, d'échanges artistiques et culturels ou de découvertes scientifiques. Elles eurent leurs périodes sombres de replis, de destructions voire de massacres - ce serait malheureusement trop long ici de revenir sur les récits passionnants de chacune d'entre elles.

Échanges de marchandises précieuses, traite des esclaves, conquêtes et monopoles, royaumes poussiéreux... Il reste dans chacune de ces cités des bâtiments magnifiques ou des clins d'oeil discrets qui témoignent de leur grandeur d'antan

Alors, impossible de rester indifférent. Impossible de ne pas se pencher sur ces histoires millénaires. On s'extasie devant tant de beauté si bien conservée ou reconstruite. Combien de temps sommes nous restés ébahis devant ces mosaïques subtiles et complexes ? Sous ces plafonds colorés (tellement que ça fait mal au cou à la fin !) ? Face à ces oeuvres en bois si bien sculptées ? Cette accumulation d'édifices si prestigieux ?

Et puis malheureusement vient un moment où l'on trouve que c'est presque trop aseptisé. Les cités de la route de la soie devaient être bordéliques, non ? Belles sans doute, mais sales, bruyantes et surtout pleine de vie ?!

Khiva, Boukhara, Samarcande sont différentes et magnifiques mais ils nous a manqué ce petit grain de sel qui en font des villes attachantes... Après les grains de folie, chacun dans son genre, de l'Iran et du Turkménistan, il était sans doute difficile pour l'Ouzbékistan de faire le poids... Nous y avons fait de très belles rencontres, mais pas dans ces lieux touristiques. Plutôt dans des endroits perdus où personne n'a envie de s'égarer - le genre d'endroits où l'on pense rester pour la sieste et où finalement vous restez 2 jours !


Attention, avalanche de photos :


Beautés en bois - Khiva
Des plafonds à tomber par terre - Khiva
Faïences bleues et briques beiges : la mode de l'époque !
Boukhara, une petite ville où les ouzbeks ne laissent pas les touristes prendre toute la place - et tant mieux !
Superbe, magnifique, époustouflant, etc. Qui dit mieux pour l'allée de mausolées de Chah-i-Zinda ? - Samarcande
Re-superbe, magnifique, époustouflant... la place du Registan et le mausolée de Tamerlan

Après la visite de Samarcande, nous aurions pu passer à autre chose : la frontière avec le Tadjikistan est si proche ! Ici il fait chaud, nous savons que les montagnes tadjiks nous apporteront la fraîcheur tant désirée depuis de nombreuses semaines. Et puis l'Ouzbékistan nous a presque déçus (!!). Les sites nous paraissent bien trop touristiques...

Mais il y a eu cette belle rencontre entre Boukhara et Samarcande qui nous laisse penser qu'il y a peut être d'autres routes à parcourir avec des surprises à la clef. Alors nous restons et partons vers le sud du pays, dans une région enclavée entre le Turkménistan, l'Afghanistan et le Tadjikistan.

"Une rencontre entre Boukhara et Samarcande ?? Kezako ? On n'est pas au courant" - on vous entend déjà réclamer ! 😉

Petit retour en arrière : Après notre départ de Boukhara, où Guilhem fut bien malade (1ère maladie du voyage !), la route pour Samarcande paraissait sans fin. Une petite pause sieste s'imposa, il fallut trouver un endroit propice - ce qui n'est pas évident en Ouzbékistan. L'attrait pour un petit lac inconnu nous mena au-dessus d'Ishtixon - bourgade sans intérêts. Piste chaotique, lac presque asséché... les enfants qui nous virent débarquer dans leur village doivent encore se demander ce qui nous mena jusqu'à eux. Seul endroit ombragé du coin : la rue principale... pas très discret !

Par curiosité - et comment leur en vouloir ! - les habitants vinrent à notre rencontre. Ils nous virent préparer à manger, alors ils apportèrent des tomates ; ils nous virent faire le ménage, alors ils apportèrent de l'eau. Ils virent que la sieste était finie, alors nous passâmes le reste de la journée avec eux ! Guilhem avec les hommes, Agathe avec les femmes, et enfin réunis tous ensemble pour un excellent repas le soir ! Ainsi nous decouvrîmes la vie du village, la répartition des tâches, les vergers partagés, les marmites énormes, les clans et les amitiés. Jamais depuis le début du voyage l'immersion n'avait été aussi intense.

Quel beau détour sieste !


Séance photos au village

Revenons à notre enclave.

Quelle bonne idée d'aller vers le sud !

À Shahrisabz nous assistons à un défilé de mariés sous le Palais blanc - dont il ne reste pas grand chose. Amis investisseurs, jeter un coup d'oeil à l'industrie du mariage en Ouzbékistan, il y a de quoi faire !

En route pour Langar, nous admirons les petits villages installés le long de la coulée verte qui borde le fleuve. Tout autour, des montagnes colorées qui donnent envie de s' échapper. A Langar même, l'imam du village nous fait visiter sa superbe mosquée et teste les biceps de Guilhem (cf photo ci-dessous) ; plus tard dans la soirée la bière récompense l'effort.

A Boysun nous sympathisons avec des fermiers et nous visitons un magnifique verger caché derrière un vilain portail dans les hauteurs labyrinthiques de la ville. Surtout, nous goûtons au bonheur du bazar : il est 11 heure du matin, nous sommes installés à la terrasse d'une ochkhana qui borde le marché. Nous mangeons un och, du riz cuit dans de la graisse de mouton, délicieux à cette heure-ci ! Le cuisinier est installé à l'extérieur du restaurant, au milieu d'une allée. Il touille dans sa gigantesque marmite les kilos de och ; à côté, de quoi se laver les mains après le festin. Plus loin, les stands de fruits et légumes, les dames ont leur sac bien remplis. Les prix officiels sont affichés à l'entrée du bazar, personne ne se fera avoir ici ! Avec nous en terrasse, des groupes d'hommes qui se régalent de samsa avec les mains. La fumée des brochettes de viande cuites au barbecue se répand sur ce tableau magnifique. On voudrait suspendre le temps, la scène est trop belle.

A Denov, rencontre rapide et intense avec de parfaites inconnues trop contentes de se prendre en photo avec une européenne. Elles sont belles et joviales, avec de grands sourirs plein d'or !

Enfin, avant de passer la frontière, cet endroit inconnu au bord de la rivière. Nous sommes au calme, le lieux est parfait. Nous découvrons le lendemain que nous avons des voisins, "cachés" derrière les arbres, vivant dans une drôle de roulotte. Jaisur et sa famille sont installés ici la moitié de l'année, ils cultivent des fruits et des légumes, ils prennent soin de leurs vaches et moutons, ils font la vaiselle et lavent les vêtements au bord de la rivière, là où nous les avons rencontré. Pas d'eau courante, pas d'électricité, à 7 dans la roulotte ! Et à 9 pendant 2 jours, pour apprendre à se connaître et sympathiser - autour de bons repas sur le tapis, au bord de la rivière entre deux baignades ou encore aux pieds d'une cascade sacrée...

De quoi revoir notre premier bilan sur l'Ouzbékistan 😉


Langar
Boysun et Denov
Photos de famille adoptive !
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Publié le 21 octobre 2018

Samedi 28 juillet, nous débutons notre découverte du Tadjkistan avec l'exception qui confirme la règle : Douchanbe, ville moderne avec tout ce qu'il faut d'avenues, de lieux culturels et de bars branchés. Car le reste du pays sera sauvage ou ne sera pas !

Nous le savons, cette étape s'annonce sportive. Au programme, des kilomètres et des kilomètres de piste pour traverser le pays par la fameuse vallée de la Wakhan ! Sur plusieurs centaines de kilomètres, nous ne verrons point de goudron, point de feux de circulation et encore moins de passages piétons. Nous ne croiserons que peu de voitures, et seulement des 4x4. En bref, sur près de 800 kilomètres, nous ne serons accompagnés que par les sourires chaleureux des villageois et le bruit incessant de notre amortisseur qui grince à cause de la diabolique tôle ondulée, tout ceci en moyenne à plus de 3000 mètres d'altitude !

Mais commençons donc par notre exception urbaine. Nous restons peu de temps à Douchanbe, la ville nous plaît plus ou moins et nous lui préférons la promesse des belles routes impressionnantes.

Comme dans d'autres villes importantes d'Asie centrale les rues sont quadrillées et larges, certaines fontaines rivalisent vaguement avec celles d'Ashgabat, les parcs sont grands et assez agréables... mais vides. Les bâtiments soviétiques laissent peu à peu place à un style plus moderne, et peut-être moins typique. S'il y a bien une petite anecdote qui nous amuse encore, c'est lorsque notre van s'est retrouvé encerclé par les voitures de mariage devant le jardin botanique de la capitale. Cinq ou six mariages avaient lieu en même temps, un vrai défilé de mannequins sans sourires (il faut rester stoïque en de telles circonstances, surtout pour la séance photo !). Dès 11h du matin une scène était installée, la sono crachait une mauvaise musique chantée en direct et quelques motivés masculins se dandinaient déjà comme en soirée. Ça aurait pu nous amuser longtemps si les militaires n'avaient pas été omniprésents...


Les rues sont vides, tout le monde au parc !

Puis nous prenons la route, près à dévorer les kilomètres qui nous attendent.

Ça se fera lentement et sûrement : Après 50 minutes sur une route goudronnée, accompagnés par les nombreux portraits du président Rahmon, nous voilà contraints à limiter notre vitesse à 20km/h, piste oblige. Et ce sera comme ça pendant presque 15 jours ! Pour notre première journée, nous parcourons 120 kilomètres en 6 heures... trop facile !

Ça a beau paraître long et fastidieux, on se sent chanceux d'avoir autant de temps pour admirer les magnifiques paysages qui s'offrent à nous.

Il y a d'abord ce premier tronçon, entre Douchanbe et Khorog - la ville étape dans laquelle les touristes préparent leurs expéditions dans les montagnes du Pamir qui culminent à près de 7000 mètres d'altitude. Deux routes sont possibles pour atteindre Khorog : nous choisissons la route du nord, sans le savoir la route la plus mauvaise... Mais qui se révèle bien plus tranquille et sans doute tout aussi belle ! Nous longeons la rivière Panj, qui ira ensuite nourrir l'Amou Daria plus à l'ouest, et admirons les reliefs montagneux, les roches aux couleurs douces, la verdure qui s'étend le long des rivages ainsi que l'eau qui s'écoule vigoureusement, grise et hostile à la baignade.

Nous passons notre première soirée avec deux cyclistes hollandais bien courageux - comme d'autres fous ils viennent rouler sur "l'Everest des cyclistes", attirés par le défi physique incroyable que ça représente : au moins 4 ou 5 cols à plus de 4000 mètres d'altitude. Le soir même nous apprenons qu'un attentat revendiqué par Daesh a eu lieu la veille sur la route du sud contre des touristes à vélo, 4 personnes sont décédées...

Nous restons prudents, sans toutefois ressentir une quelconque insécurité. Contrairement aux cyclistes nous avons une protection psychologique de taille : notre camion !


Après une rencontre avec deux tadjiks qui nous offrent une montagne de fruits provenant de leur verger, nous reprenons la route en ayant pour objectif d'atteindre un premier col à près de 3250 mètres d'altitude. Le soir, comme hier et comme tous les jours des 15 prochains jours, nous prenons du temps pour enlever les kilos de poussière qui ont quittés la piste pour venir s'incruster dans le van. Les rencontres du jour ? Un auto stoppeur russe très étrange et une centaine de brebis.

La descente du col est superbe, la route effrayante ! Les routes du nord et du sud se croisent plus bas, à Darvoz. Nous récupérons la route qui nous mènera ensuite Khorog puis dans la vallée de la Wakhan. On constate que les conditions ne s'améliorent pas !

Et enfin nous atteignons notre première étape, Khorog. Elle est digne d'une ville de transit, dynamique, avec ses sportifs qui déambulent dans les rues à la recherche de vivres pour les prochaines expéditions. Ici on se sent comme dans une ville d'aventuriers ! Bien qu'elle soit enclavée géographiquement, tout le confort moderne semble bien present. C'est ici que nous voulons nous assurer auprès d'un professionnel que notre van pourra bien passer et survivre dans la Whakan, l'option qui nous intéresse le plus... Ouf a priori c'est bon !

Deuxième urgence et pas des moindres : passer voir les douaniers et demander une extension de visa pour le même van. Car à notre grand désespoir nous avons appris le jour de notre arrivée au pays que si nous pouvions rester 45 jours au Tadjikistan, notre véhicule lui n'a droit qu'à 15 jours. Cherchez l'erreur... l'opération est simple et rapide (et payante !). Cela nous donne l'occasion de voir à quoi ressemble le poste frontière avec l'Afghanistan. La frontière est officiellement fermée, les commerçants n'ont plus le droit de traverser pour vendre leurs produits les jours de marché. Seule la drogue passe encore. Nous avons entendu dire que le traffic participait à environ 50 % de la richesse du Tadjikistan - pour le plus grand bonheur de la classe corrompue.

De Duchanbe à Khorog


Nous quittons Khorog, la Wakhan n'est plus très loin. Notre route suit la frontière afghane : entre notre piste et la leur, seule la rivière nous sépare. Ils sont juste en face, les quelques véhicules afghans que nous remarquons. Comme de notre côté, la route est mauvaise et à flanc de montagne. Comme de notre côté, les terrasses naturelles accueillent des hameaux, coulées de verdure paradisiaques isolées de tout. Les tadjiks et les afghans sont de proches voisins, si proches... mais très peu de ponts les réunissent. C'est étrange, ces frontières marquées de manière si indéniable géographiquement et pourtant si superficielle quand on est voisin à ce point.

... L'idée nous a effleuré d'aller faire un tour au nord de l'Afghanistan, la region est assez bien sécurisée et le tourisme s'y developpe peu à peu. Mais nous abandonnons vite l'idée par manque de temps er d'organisation.

Nous passons d'un village à un autre, chaque soir nous élisons domicile dans un nouvel endroit et chaque matin la vue de notre chambre change ! Dasht nous marque particulierement : par le panorama magnifique qu'il offre sur la vallée mais aussi par la générosité de ses habitants. A peine arrivés, une jeunes fille nous offre des cerises, elle repasse plus tard avec ses copines et nous dépose un saut entier d'abricots. Dans la soirée un inconnu nous apporte une assiette remplie de légumes et du pain fait maison. Nous mangeons tout goulement mais restons stupides, dans la nuit noire, à essayer de deviner où il habite pour lui rendre son assiette !

Puis promenades dans les montagnes arrides - face à nous, les sommets enneigés et hostiles du Pamir. Baignade aux sources chaudes de Bibi Fatima, visite d'un fort abandonné du 12e siècle, la route, la route... et la tôle ondulée qui continue de nous accompagner.

Pour manger, il faut compter sur nos réserves effectuées dans les quelques grandes "villes" étapes car les épiceries sur notre chemin ne vendent que des sucreries et de la bière. Le pain nous est souvent offert, parfois nous trouvons des restaurants qui acceptent de nous vendre des oeufs. Le van lui, trouve sa nourriture dans des stations services assez rustiques... mais le carburant reste paraît-il quand même meilleur qu'en Ouzbékistan... parait8 !

De Khorog jusqu'à la Wakhan.

Une fois la Wakhan derrière nous, on cherche la verdure... Mais il faut s'y faire : elle a quasiment disparu !! Il n'y a plus que de la roche aux tons pastels autour de nous.

Toujours à 20km/h, nous roulons vers le nord pour atteindre le lac de Bulunkul. Après une pause balade au Hausibeks viewpoint, tandis que nous poursuivons notre chemin, un nuage de poussière se rapproche à grande vitesse. Une voiture apparaît, elle file vers nous... Elle klaxonne, le conducteur fait de grands signes, nous double... Mais qui est au volant de ce véhicule fou ??!! Le conducteur nous arrête et s'adresse à nous : "j'ai des amis à vous dans ma voiture !".

Silence et perplexité... jusqu'à ce qu'il ouvre son coffre et qu'apparaissent notre ami Benjamin et sa copine Camille, tous les deux pliés en 4 entre 5 grosses valises !! Un fou rire généralisé nous emporte, embrassades chaleureuses, on ne se remet pas de cette surprise !! Benjamin nous apprend qu'il tente de nous rattraper depuis des jours, questionnant à chaque village "Avez-vous aperçu un camion blanc français ?". Nous nous sommes loupés ce matin au village d'Hisor, à 1h près. Si le stop n'est pas un moyen très pratique pour voyager au Tadjikistan, Benjamin prouve que ça n'est pas impossible d'y tenter un "Pékin express" !

Nous les prenons dans le van et passons la soirée avec eux au lac, puis nos chemins se séparent à nouveau - jusqu'à la prochaine rencontre improbable ?

Suivent pèle mêle d'autres lacs ; la visite de Murghab, petite ville au marché sympathique installé dans des containers - à l'exception de la boucherie qui est dans une yourte ; de nouveaux cols en voiture à 4340 et 4655 mètre d'altitude ; et un record personnel bien éprouvant mais superbe : pour mieux admirer le lac Karakul nous gravissons 1200 mètres de dénivelé et atteignons un sommet à plus de 5000 mètres d'altitude... Guilhem crapahute comme un dahu tandis qu'Agathe finit torchon chiffon carpette, mais au sommet quand même !

Tout est ocre, calme et montagneux
Murghab, son marché façon Star Wars et sa station service moderne...

Nous voilà à la fin de notre séjour au Tadjikistan, rythmé par les journées en voiture. Et jamais nous ne nous sommes lassés ! Jamais nous n'avons regretté, malgré la poussière, malgré les mauvaises conditions de route. Nous n'avons eu aucun problème mécanique, notre palace mobile à dignement relevé le défis !

Le pays est sauvage, montagneux (90 % du territoire !!), ses habitants sont souriants et accueillants malgré la pauvreté manifeste, malgré l'oubli dont ils font l'objet de la part du pouvoir central. Déjà du temps de l'URSS le pays était le parent pauvre de l'Asie centrale ; le quotidien n'a pas du beaucoup changé depuis pour les habitants de la Wakhan. Peut-être plus que partout ailleurs, nous avons le sentiment d'avoir atteint des endroits parmis les plus reculés depuis le début du voyage.


Au revoir Tadjikistan, nous partons visiter ton copain Kirghizstan. Un dernier col à 4200 et on y est !

Superbe bout de douane tadjik !
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Publié le 24 novembre 2018

A nos chers lecteurs qui sans doute désertent peu à peu notre blog, nous nous excusons du retard qui s'avère bien difficile à rattraper... Bon, mieux vaut trois mois de retard qu'un abandon de poste non ?!


12 août, il est temps de passer la frontière. Au revoir Tadjikistan sauvage et montagneux, bonjour Kirghizstan sauvage et montagneux... avec plus de plaines et d'animaux ! C'est radical : lorsque nous entamons la descente du col qui sépare les deux pays, les troupeaux de chevaux et de brebis font leur apparition. Les montagnes se sont poussées pour laisser la place aux plateaux où l'herbe est bien verte. Mais le brouillard est de la partie, attendons demain pour voir si ça se dégage !

Pour les premiers jours nous resterons dans le coin, vers Sary Taş et Sary Mogol. La chaîne de montagnes qui fait office de frontière entre le Tadjikistan et le Kirghizstan, l'Alaï, est superbe et nous voulons en profiter.

Au matin de notre première journée, nous nous réveillons ébahis : le ciel est bleu azure, le sommet des montagnes est enneigé, les pieds sont dans l'herbe bien grasse. Magnifique tableau, belle introduction pour aborder le Kirghizstan. Parmi les sommets qui nous font face, le pic Lenine. Il culmine à plus de 7000 mètres d'altitude et a la réputation d'être assez facile à gravir - les alpinistes sont très nombreux ici. On vous arrête de suite, ça n'est pas prévu au programme pour nous !

Nous parvenons à un des camps de base du pic avec le van. La route est ardue mais pas impossible, il faut serpenter entre de petites colines au sommet desquelles les marmottes dodues nous font coucou. Les yaks nous regardent avec indifférence et les vaches viennent se frotter au van sans aucune pudeur ! Quant à nous, nous contemplons le Lenine sans jamais nous lasser, depuis son pied ou depuis son col - qui se situe quand même à plus de 4000 mètres d'altitude.

Le pic Lenine et ses environs

Nous prenons ensuite la route vers le nord, prochaine étape prévue à Och - la route est longue mais belle et surtout bonne, quel bonheur !

Deuxième plus grande ville du pays après la capitale Bishkek, Och possède un des plus grands bazars d'Asie centrale. Pour nous, c'est surtout la ville où se croisent tous les touristes, ceux qui poursuivront leur route vers le nord et ceux qui iront au sud du pays. Ainsi la sensation d'isolement que nous avons pu avoir ces dernières semaines s'estompe très rapidement lorsque nous arrivons au Sunny Hostel : ici nous croisons beaucoup de voyageurs avec qui partager nos dernières aventures. Beaucoup d'entre eux participent au Mongolian Rally, d'autres comme Melodie, Mathieu et leur chiwawa sont en itinérants comme nous. Christophe et Amelie voyagent "seulement" 6 mois en van mais ont pour mot d'ordre de rester 1 mois dans chaque pays traversé, de quoi s'imprégner comme il faut de chaque culture rencontrée. Visiter Och est surtout pour nous l'occasion de refaire le plein d'énergie, laver notre montagne de linge sale, remplir notre frigo désespérément vide depuis quelques temps. On profite des ochkhanas (cantines populaires) pour découvrir la cuisine locale (samsas, och, brochettes...). Un midi, Guilhem trouve dans son assiette des pâtes, des pommes de terre, du riz, des pois chiches et du millet... ça a le mérite de remplir le bidon !

Après deux jours complets de repos, et maintenant que nous avons un aperçu de la vie citadine kirghise, nous reprenons la route en direction d'Arslanbob - nom qui nous inspire particulièrement. C'est ici que l'on peut découvrir une des plus grandes et plus vieilles forêts de noyers au monde ainsi que de belles cascades qui font l'objet, avec le village, de pèlerinages pour les ouzbeks musulmans. Ouzbeks qui sont par ailleurs majoritaires à Arslanbob, attention à ne pas les prendre pour des kirghises !

Un soir, alors que nous retrouvons joyeusement Melodie et Mathieu (et le chiwawa), des ouzbeks invitent la gente masculine à partager de la vodka. Les femmes ne sont pas vraiment les bien venues, alors pour s'en excuser, on nous apporte des glaces ... !! L'homme qui vient vers nous tient un cône dans chaque main, la glace lui coule sur les doigts. Il a un air tout désolé, il a pourtant essayé de conduire vite depuis le centre ville pour éviter la fonte !

Après plusieurs semaines à traverser des paysages sans trop de végétation variée, Arslanbob nous offre un retour radical dans les forêts de Picardie : de grands arbres partout, bien vert, bien fournis... Que c'est agréable ! Les cascades sont quant à elles un peu décevantes, elles sont effectivement très hautes mais ce n'est qu'un mince filet qui s'écoule. La montée douloureuse pour parvenir au sommet est toutefois récompensée par les locaux qui, une fois arrivés, rient, dansent, chantent et partagent le plaisir d'être ici ! Nous voilà tous unis grâce aux douloureuses marches qu'il faut emprunter pour voir les chutes d'en haut !

Paysages et visages d'Arslanbob

Nous laissons ensuite l'oasis d'Arslanbob derrière nous, un autre parc national nous appelle !

Même si les distances entre chaque lieu visité sont toujours importantes, la qualité des routes kirghises nous permet de ne plus avoir peur des longs trajets. Rien qu'à ce "détail", on comprend vite que le pays est plus riche que son voisin tadjik. Par ailleurs Internet fonctionne presque partout, les déplacements en bus sont développés, les infrastructures touristiques sont plus nombreuses... En bref, le pays a bien compris comment il pouvait organiser le tourisme et en profiter pour son développement. Ce qui rend parfois le contact un peu moins authentique, selon nous. Mais comment leur reprocher de vouloir mettre en place des réseaux de tourisme communautaire ? Chacun a l'air d'y trouver son compte...

Enfin, revenons à notre parc au doux nom de Sary Çelek. Il se trouve assez excentré à l'ouest du pays, l'idée d'aller s'y perdre nous plaît beaucoup. L'endroit est connu pour habriter une faune et une flore variée, pour ses belles balades et trekking, et enfin surtout pour sa beauté : le territoire est montagneux, il permet d'avoir de magnifiques points de vue sur les 7 lacs qui s'étendent sur un périmètre restreint. Lors de nos marches, nous croisons des mottes de foin géantes et des cavaliers que l'ont pourrait presque confondre avec des gauchos argentins ! Pour progresser, il faut deviner les sentiers sous les herbes hautes et faire attention aux faux pas - On aurait vite fait de plonger dans l'eau sans le vouloir. Chaque lac est un bleu différent, chaque virage est un nouveau point de vue et chaque colline offre un nouveau lac.

Nous ne restons cependant pas très longtemps à Sary Çelek. Suffisamment pour faire de belles balades et juste assez pour avoir quelques soucis avec un jeune berger, roublard à ses heures... Pour vous dire, on a failli rentrer en France avec une carabine au lieu de notre téléphone portable !

Sary Taş et ses lacs

Nous poursuivrons ensuite vers le mythique lac Song Kul, sauvage et verdoyant lui aussi. Mais la suite est au prochain épisode 😉

Pour le moment le Kirghizstan nous plaît énormément, moins hostile en termes de paysages que le Tadjikistan. Ici il est beaucoup plus simple de se déplacer et d'organiser de petites randos.

Comme au Tadjikistan, les habitants sont adorables et souriants, le climat est toujours aussi agréable... et la nourriture aussi peu variée - du moins dans nos placards !

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Publié le 26 novembre 2018

Trois jours. Il nous faut trois jours pour rejoindre le lac Song Kul depuis celui de Sary Çelek... Nous ponctuons nos journées voiture par des arrêts photos, et il y a de quoi faire !

Nous passons une première nuit dans la ville de Toktogul, au bord d'un immense lac artificiel qui porte le même nom. Elle ressemble à toutes les autres villes moyennes traversées jusqu'à maintenant : une large route centrale avec de nombreux garages, supérettes et vendeurs de brochettes. Puis des routes perpendiculaires et parallèles calmes avec les maisons toutes de guingois, les petites boutiques poussiéreuses et les puits d'eau potable. Le marché journalier est soit en plein centre, soit en retrait, le but étant de le trouver pour se réapprovisionner en pain, tomates et concombres - notre repas quotidien !

Pour rejoindre Song Kul, nous suivons ensuite les conseils d'un kirghize qui nous recommandait quelques jours plus tôt de prendre la route du sud à partir de Bash Kuugandi. Elle est magnifique et nous ne croisons pas grand monde... Mais ça n'est que tôle ondulée et trous éparpillés !!

On alterne entre conduite à 20 km/h et 70 km/h. Dans les deux cas l'intérieur du camion tremble et la poussière s'incruste. L'avantage du 20 km/h c'est que ça fait moins de bruit ; l'avantage du 70 km/h c'est qu'on va plus vite... Le temps nous dira si nous avons eu raison d'appuyer sur le champignon !

Sur la route pour Song Kul

Song Kul ... Sous les nuages !

Les températures ont chuté, le ciel est gris, le frigo est à nouveau vide mais qu'importe, nous sommes heureux d'enfin découvrir ce lac dont la beauté est tant vantée par les voyageurs ! Belle réserve d'eau douce, il se trouve à plus de 3000 mètres d'altitude et offre des panoramas superbes sur les hautes montagnes alentours. Les cols tout autour étant assez hauts, on ne peut y accéder que de juin à septembre. Les bergers viennent alors s'installer avec leurs bestiaux (chevaux, vaches, moutons) qui profitent des immenses pâturages à perte de vue - et quelle belle image que ces chevaux qui galopent au loin sans personne sur leur dos !

Pour les amoureux de la faune et de la flore, pour les amoureux des terres sauvages et inspirantes, c'est l'endroit idéal pour de belles émotions !

Quelques camps de yourtes se succèdent le long de la rive, issus du tourisme communautaire. Il est possible d'y dormir, d'être nourri sur place et de partir un ou plusieurs jours à pieds ou à cheval autour du lac ou dans les vallées avoisinantes.

Nous nous installons justement à côté d'un de ces camps dans l'idée d'explorer les environs à cheval. À cette étape du voyage, Agathe n'est pas du tout rassurée. Les chevaux ça n'est pas son dada mais pour la beauté du geste elle est prête à faire des concessions. Guilhem lui se sent kirghize dans l'âme, prêt à parcourir au galop les steppes sauvages. En voyant les jeunes kirghizes d'à peine 10 ans complètement à l'aise sur leur monture, on se dit "pourquoi pas nous ?!".

Il faut cependant patienter quelques jours pour que le beau temps revienne. En attendant, les journées s'écoulent, fraîches et tranquilles, à observer les troupeaux et à sympathiser avec les locaux ou les touristes de passage. Enfin, le matin décisif a lieu : nous partons à cheval pour la matinée dans l'idée de tester nos compétences. On nous laisse partir sans guide, les chevaux ont soit disant l'habitude des touristes (même novices) et sauront s'adapter... Le résultat est sans appel : notre autorité sur les chevaux est nulle, la communication avec nos compagnons à 4 fers est laborieuse ! Guilhem s'en sort un peu mieux, mais pas de trot et encore moins de galop en vue...

Bon, si on veut faire du cheval il va falloir s'y prendre autrement.


Le lac Song Kul : la nature et les yourtes

Nous quittons Song Kul avec un sentiment mitigé : le lieu est bien sûr magnifique mais le mauvais temps ne nous a pas permis de partir plusieurs jours d'affilée en randonnée. Et que dire de ces chevaux qui n'écoutent même plus les touristes 😉

Enfin, ce petit désagrément est balayé d'une traite par deux événements, l'un sympathique et l'autre magique : sympathique car nous rencontrons deux allemandes adorables avec qui nous faisons un peu de covoiturage ; magique parce que sur le chemin de Kochkor, notre prochaine étape, nous découvrons par hasard un véhicule qui nous est bien familier même si nous ne l'avons pas vu depuis 2 mois. Là, sous nos yeux ébahis, au milieu des steppes, se trouve le camion de nos deux supers copains espagnols rencontrés en Iran - vous savez, ceux avec qui nous avions fait du parapente !

Nous pensions ne plus nous revoir. Guime et Elia devaient être au Sud-Est du pays, voilà que nous nous croisons au Centre ! Nous restons un moment ensemble pour se raconter nos deux mois d'aventures, mais nous ne pouvons malheureusement pas nous éterniser : nous avons promis à nos copines allemandes de les ramener cette après midi à Kochkor.

Que c'est bon les surprises, même trop courte !


Digression qui n'en est pas une : vous aimez les montagnes russes ? Pas celles des parcs d'attractions, pas les montagnes EN Russie, non les montagnes russes qui vous font passer du bonheur de retrouver des amis au désarroi face à votre première grosse panne du voyage. Ce genre de montagnes russes. Tout est dit et tout était écrit : le Palace mobile a dit non à l'option 70 km/h !

Ah nous voilà bien ! Des boulons cassés, l'arc de suspension trop secoué, et le même arc maintenant déchaussé... Tout cela sur une route quasi déserte à 80km de la première ville.

Un kirghize passait par là, il nous a un peu aidé. Notre arc termine sanglé tant bien que mal et nous finissons par atteindre Kochkor dans la soirée en roulant à 15 km/h. Demain il faudra trouver un mécanicien.

Demain, qui devient aujourd'hui, et où l'on réalise qu'il n'y a que des Mercedes autour de nous. Aucun des garagistes ne connait la marque Iveco, aucun des magasins de pièces détachées ne vend de produits Iveco. Bien.

Avec de la persévérance nous trouvons un garagiste pas comme les autres qui, avec trois fois rien et 5 heures de travail, nous remet Palace mobile en état de rouler ! De sceptiques nous passons à médusés puis conquis. En espérant que ça tienne jusqu'à notre retour en France !


Le Song Kul est maintenant derrière nous et un nouveau lac nous attend au Nord-Est du pays, l'Issyk Kul !

Plus touristique que son petit frère Song, plus aménagé aussi, il semble proposer plus d'options en termes d'activités à la journée.

La suite au prochain épisode 😀

Il y a pire endroit pour tomber en panne !
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Publié le 4 décembre 2018

Autant l'avouer : au départ on ne pensait pas forcément aller vers le lac Issyk Kul. Puis on s'est dit : "D'accord mais juste la rive sud, c'est la moins touristique". Et finalement on a remarqué qu'un événement sportif immanquable se tenait sur la rive nord... Alors on a fait le tour du lac !


Un élément qui nous permet d'apprécier un peu mieux Issyk Kul par rapport à Song Kul : le soleil. Quel bonheur de pouvoir se baigner dans l'eau claire et légèrement salée tout en admirant les montagnes enneigées tout autour ! Certes les plages ne sont pas forcément très propres, on apprend cependant à regarder droit devant nous pour éviter les tas de détritus à gauche ou à droite.

Autre élément qui ponctue la visite : le patrimoine bâti. Issyk Kul est donc moins sauvage et tranquille que Song Kul mais on y trouve quelques bâtiments improbables...

Comme ce grand complexe touristique aujourd'hui complètement abandonné. Portail imposant, fresques murales immenses et énigmatiques, enceinte extérieure peinte avec des motifs kirghises... Et tandis que nous observons cet étrange bâtiment, un bonhomme géant nous observe depuis sa montagne. Un endroit bien intriguant, a priori est un parc d'attraction ayant fait faillite il y a quelques années.

Ou encore, à Tamga, ce sanatorium qui accueillait autrefois les cosmonautes soviétiques pour un peu de repos.

Le complexe est immense, on y trouve des immeubles défraîchis où les balcons semblent à deux doigts de tomber ; dans le jardin, les jeux pour enfants sont rouillés mais encore utilisés ; de drôles de sculptures sont installées le long des allées - à la gloire d'un policier et de son chien par exemple ; la nature semble avoir pris le dessus sur le béton, les dalles sont envahies par les herbes folles ; de nombreuses maisons en bois nommées "corpus n° .." quadrillent l'espace, certaines sont encore pimpantes mais on se demande ce qu'il s'y passe. L'ambiance est très étrange mais plutôt agréable, des kirghises de tous âges se promènent et ici comme ailleurs on observe la diversité des profils qui cohabitent en Asie centrale.

En atteignant le bout d'une allée, notre impression d'être remontés dans le temps est renforcée par le look années 60 de la piscine que l'on cherchait : des fresques murales aux meubles formica, tout y est !

(Piscine qui est par ailleurs remplie avec l'eau du lac et où Youri Gagarine a pu barboter un peu en son temps)

Petit coup de cœur pour la femme cosmonaute qui reste tout à fait gracieuse !

Dans un genre moins soviétique, les hauteurs de Tamga et son cimetière donnent d'un côté sur les montagnes et de l'autre sur le lac. Les tombes forment des mottes de terre qui viennent faire écho au relief des alentours.

Après quelques jours autour de Tamga, nous rejoignons la ville de Karakol située tout à l'Est du lac. Plutôt charmante sans le vouloir, son marché alimentaire immense nous plaît beaucoup - mais nous manquons de peu son fameux marché à bestiaux.

Comme à Kotchkor où à Och, nous croisons beaucoup de touristes et majoritairement des français. D'ici, il est possible de faire de belles excursions de plusieurs jours à pieds ou à cheval dans les nombreuses vallées tout autour du lac.

Sans trop d'originalité, nous sommes donc à Karakol pour tenter d'organiser une petite virée à cheval en montagne. Quelqu'un dans le couple est plus motivé que l'autre mais après tout, pourquoi ne pas retenter ? Avec une des agences de tourisme communautaire de la ville, nous partons donc pour deux jours de randonnée en montagne au sud de la ville. Nous rencontrons notre guide Joldoch au matin du premier jour mais la mascarade ne dure pas bien longtemps : tandis que Guilhem se débrouille comme un chef, le cheval d'Agathe se trouve rapidement attaché à celui du guide...

Le mal de fesses tant redouté apparaît dès les premières heures, mais cela ne nous empêche pas de profiter des paysages magnifiques qui s'offrent à nous à mesure que nous prenons de l'altitude. Au bout de quelques temps, nous apercevons le campement de Joldoch. Ses yourtes s'intègrent parfaitement au paysage, deux petites taches blanches au milieu de la verdure et dominant un cours d'eau glacée.

Nous rencontrons ainsi sa femme et ses deux enfants de 5 et 3 ans... ses deux petits chiens dociles mais argneux, ses vaches, ses quelques poules et son troupeau de moutons. En fait, plus qu'une virée à cheval c'est surtout une plongée dans le quotidien d'une famille de bergers que nous vivons et ça n'est pas pour nous déplaire.

On constate rapidement que les deux enfants sont de vraies terreurs qui aiment martiriser de pauvres bébés chiens en les traînant comme des sacs à patates. Ils aimer aussi danser comme des fous dès que le papa met de la musique techno sur son téléphone. Ils sont très libres de leur mouvements malgré leur jeune âge, peuvent paraître un peu insolents (y'en a un qui nous a piqué tout notre chocolat !!) mais sont finalement très débrouillards. La maman s'occupe la sphère cuisine / traite des vaches / ménage tandis que Joldoch s'occupe du bétail ou des touristes en mal d'authenticité... Ce beau monde vit à quatre dans la yourte, ils semblent très complices et ouvrent grand leur porte dès qu'un camarade (arrivé d'on ne sait où) passe pour discuter et faire le point sur la journée.

Après être à nouveau monté à cheval dans l'après-midi (pauvre postérieur...) et avoir dîner tous ensemble en partageant nos provisions, nous allons nous coucher dans la deuxième yourte - toute jolie et avec 10 couvertures pour être sûrs de ne pas avoir froid.


Pendant la nuit, c'est le bazar...! On entend ce qui pourrait être une vraie tempête, les moutons paniquent, les chiens aboient et Joldoch semble partir à cheval alors qu'il fait encore tout noir. Bref, on ne comprend rien. Le matin, les chiots viennent nous réveiller en jouant sur nos visages, et lorsque nous sortons de la yourte voilà ce que nous découvrons :

Premières neiges de la saison

Nous voilà dans la neige ! Changement radical de décors... Une fois le soleil monté un peu haut, tout fond rapidement. Mais le sol est glissant pour les chevaux et Joldoch est anxieux car il a perdu un mouton... Nous terminons donc l'exploration des environs à pieds - et nos postérieurs ne s'en portent pas plus mal !

Demain la famille pliera la yourte et retournera dans sa maison au pied de la vallée, la neige a mis un terme à la saison de pâturage.

De notre côté, retour à Karakol avec un guide de substitution, ce soir ce sera repos et demain nous rejoignons la rive nord du lac : à Tcholpon Ata va se tenir la 3e édition des Nomad Games, nous tenons absolument à assister à la cérémonie d'ouverture qui a lieu dans deux jours !!!


A pieds c'est mieux ...!

Tcholpon Ata, station balnéaire touristique avec de nombreux hôtels de luxe... C'est tout nous !

Mais Tcholpon Ata c'est aussi la ville qui accueille les Nomad Games, un équivalent des jeux olympiques avec des épreuves sportives typiques de la région. Lutte à cheval, lutte tadjik, tire à l'arc à cheval, chasse à l'aigle, etc, mais surtout - épreuve sacrée pour les kirghizes - le kok boru !

On vous présente quelques photos pour que vous essayez de deviner en quoi ça consiste :

Et en plus l' hippodrome donne sur le lac !

Vous n'avez rien compris ? On vous explique !

Les kirghizes l'appellent Kok boru, les afghans parlent de Bouzkachi, mais il s'agit d'une même discipline qui est pratiqué depuis des centaines d'années en Asie centrale : au moins deux équipes de 10 cavaliers s'affrontent sur le terrain, une chèvre morte sans pattes ni tête fait office de ballon. La victoire revient à l'équipe qui aura mis le plus de but. N'est-ce pas réjouissant ? Et figurez-vous que des français sont venus pour l'occasion défendre nos couleurs ! (Les pauvres se sont fait méchamment éliminer par l'Ouzbékistan).


Pour vous raconter les évènements dans l'ordre, commençons d'abord par la cérémonie d'ouverture. Tout le monde nous annonçait qu'il n'y avait plus de place depuis des semaines... Et bien on a quand même réussi à en trouver ! Soirée costumes kitsch et jeux de lumières, cavaliers qui galopent à toute allure en exécutant des poiriers sur leur chevaux, présence des présidents du coin (on a vu le très souriant Erdogan !), défilé des nations présentent pour les jeux... Plus de 60 pays étaient représentés, notamment le Togo et la Hollande, pas très kok boru ça !

Le lendemain commençait les épreuves de kok boru. Nous n'avons pas assisté aux plus beaux matchs (le plus impressionnant étant, nous a-t-on dit, le Kazakhstan contre le Kirghizstan) mais avons quand même été fasciné par l'exploit sportif - les cavaliers doivent porter à bout de bras une carcasse de près de 35 kilos tout en guidant leur monture, les chevaux doivent être particulièrement réactifs et maîtriser les arrêts brutaux face aux buts.

A plusieurs dizaines de kilomètres de l'hippodrome se tenait également un village traditionnel : des centaines de yourtes sont montées pour l'occasion dans une superbe vallée à l'écart de la ville. Spectacle d'inauguration à cheval bien sûr, démonstrations sportives, stands d'artisanat local (parfois pas très local) et nourriture à gogo ! C'est à cette occasion qu'on investi la yourte d'un élu local pour manger... Pensant que c'est un restaurant ! Nous réalisons qu'au lieu de restaurants, la plupart des yourtes sont privées et appartiennent à des familles qui viennent passer leurs vacances ici... Oups !

Nous trinquons plusieurs fois à la vodka avec notre nouveau copain mais nous nous éclipsons rapidement une fois que ses amis gradés commencent à investir la yourte à leur tour...

Guilhem, trop fière avec son nouveau chapeau !

Bon, c'est pas tout mais il faut atteindre la capitale Bishkek dans la soirée : on a rendez-vous pour le dîner avec nos bons copains cyclistes Rémi et Alex que nous n'avons pas vu depuis Ispahan en Iran. Et nous sommes par ailleurs conviés à un évènement familial de haute importance... En France ! Grand écart culturel en vue !

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Publié le 22 décembre 2018

Kirghizstan, France puis Kazakhstan... Ça n'est pas une route très directe !

Notre van nous a sagement attendu à l'aéroport de Bishkek, il est temps de repartir à l'aventure ensemble. Au programme, une traversée express du Kazakhstan en dix jours pour atteindre la Russie le 1er octobre, afin de profiter au maximum de l'automne là-bas.

Dix jours, c'est vraiment trop peu pour dire que nous avons visité l'immense Kazakhstan (4 fois la France !). Nous aurions voulu voir les fusées décoller depuis la station de Baïkonour, explorer les parcs naturels au sud-est d'Almaty, gravir quelques sommets de l'Altaï et découvrir l'incroyable Astana - située au milieu de la steppe Kazakh et composée de nombreux gratte-ciels futuristes. Mais enfin, on ne peut pas tout faire et il faut faire des choix !

En peu de temps on essaye de saisir ce qui fait la spécificité de ce pays, le plus riche des 4 anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale grâce aux gisements de pétrole et autres ressources minérales - mais qui lui aussi a droit à son gouvernement autoritaire. Nous commençons d'abord par Almaty (qui veut dire "ville de la pomme", ce qui me plaît !), ancienne capitale du pays.

Grands boulevards, grands bâtiments, royaume de la voiture... Mais aussi de nombreux cafés, quelques parcs sympathiques dont le parc Panfilov qui comprend un impressionnant monument aux morts de la seconde guerre mondiale (avec l'immanquable flamme éternelle) et une magnifique cathédrale... en travaux, un musée d'histoire intéressant qui comprend un étage à la gloire du président actuel, un bazar couvert comme on les aime, et des chantiers... Plein de chantiers en cours ! A côté du palais présidentiel, de nouveaux buildings imitent la forme des montagnes qui entourent la ville mais qui sont peu à peu cachées par la "skyline". À défaut de voir la neige sur les sommets, on peut voir la ferraille.

Contre toute attente, la ville n'est pas si désagréable !

Des petits bouts d'Almaty

Nous prenons ensuite la route, prévoyons un arrêt à mi chemin vers la réserve naturelle Alaqol, mais passons le plus clair de notre temps dans la voiture. Heureusement pour nous il fait beau et les paysages sont inspirants.

Au nord du pays, non loin de la frontière avec la Russie, il faudra passer par la ville de Semeï. Nous faisons soigneusement nos courses de fruits et légumes une centaine de kilomètres plus au sud : lorsque la ville s'appelait encore Semipalatinsk sous le régime communiste, ses environs furent utilisées pour des essais nucléaires ! Entre 1949 et 1989, plus de 450 explosions nucléaires ont eu lieu... Instinctivement on s'est donc dit qu'il valait mieux s'abstenir d'acheter de la nourriture dans le coin !

... Et instinctivement, on s'est également mis en tête que la ville devait être grise, moche et industrialisée. Aussi, lorsque l'on arrive en périphérie, on ne remarque que les cheminées des usines, la fumée épaisse qui s'en dégage, l'odeur pas très agréable qui parvient déjà à nos narines... Le cliché de la vieille ville soviétique ! Mais ce serait condamner un peu trop vite cette pauvre localité qui n'avait rien demandé ! Certes le tableau n'est pas reluisant, surtout quand on se penche sur les bilans sanitaires catastrophiques des 40 dernières années, mais on arrive tout de même à lui trouver un joli parc municipal et une atmosphère vaguement sympathique lorsque, le soir, nous traversons la place principale remplie de jeunes lycéens et étudiants - une grande scène a été installée pour des concerts et la présentation de l'équipe pédagogique de la ville (!!).

Un peu frustrés de cette traversée rapide qui ne nous a pas permis de rencontrer beaucoup de locaux, nous sommes quand même impatients de bientôt rouler à travers la taïga et de découvrir qui se cache réellement derrière le cliché du rustre et bourru russe que beaucoup de français ont en tête !


"Continuez tout droit pendant 800 kilomètres"
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Publié le 30 décembre 2018

1er octobre, nous voilà en Russie !

Le passage de frontière se passe on ne peut mieux : rapide, pas de fouille du van, pas de paperasse... Et des sourires sympathiques des douaniers ! Tout ça est de bon augure, autant vous dire que nous sommes très heureux d'entamer cette nouvelle étape de notre voyage !

Avec notre Palace mobile et notre détermination, nous sommes prêts à parcourir les milliers de kilomètres qui nous séparent encore du lac Baïkal. Entre la frontière et le lac mythique, il y a de belles étapes à écrire... Et de belles rencontres à faire ?

Disons le tout net, nous ne savons pas où nous mettons les pieds : nous connaissons peu l'histoire de la Sibérie, les principales villes nous rappellent surtout nos cours de géographie du Lycée. Maintenant que nous avons quitté l'Asie centrale, nous sommes également curieux de rencontrer les populations locales. Chaque étape à venir sera une petite leçon d'histoire, d'ethnographie et d'architecture.


Nous y sommes, l'automne a déjà commencé son travail. Les arbres ont perdu leurs feuilles, l'herbe est fatiguée et nous sentons que le soleil n'éclaire plus si intensément les paysages. Il y a une belle mélancolie dans l'air et encore une certaine douceur dans les couleurs de la nature. La rudesse de l'hiver est encore loin.

Nous débutons notre exploration sibérienne à Barnaoul, capitale de la région de l'Altaï. Si la ville n'est pas exceptionnelle, elle reste assez sympathique pour ses quelques belles maisons en bois qui se mêlent aux créations plus modernes - en une rue, les bâtiments racontent 150 ans d'architecture ! Elle est aussi bien dynamique puisqu'on y compte 9 universités pour environ 600.000 habitants - ce qui est un ratio plutôt impressionnant. Et puis elle raconte un peu l'histoire de l'expansion de l'Empire russe vers l'Est car, comme beaucoup d'autres villes, elle fut fondée par une famille de riches commerçants. On apprend donc que l'expansion à l'Est de l'Oural est a priori plus du fait d'initiatives de petits groupes (chasseurs, commerçants ou scientifiques) que d'une réelle volonté impériale d'agrandir le territoire.

Sans surprise, les russes ne parlent vraiment pas anglais, même dans les grandes villes. Il va falloir réviser l'alphabet cyrillique et apprendre quelques mots élémentaires pour survivre ! Aussi, la faucille et le marteau sont encore bien présents dans l'espace public. Fresques géantes, bâtiments, sculptures, etc. Même si nous sommes maintenant habitués, nous restons à chaque fois amusés ou interloqués par ces visuels très ... Réalistes socialistes !

Cette première étape à Barnaoul ne saurait être complète sans évoquer les immenses magasins de fourrures que l'on trouve dans les galeries commerçantes old school de la ville... Qui font rêver Guilhem. Prochain défi (amis vegans et anti-fourrure, ne pas lire la suite) : trouver une veste en cuire fourrée pour résister au froid de l'hiver qui approche !



Poutine vous accompagne en voiture !

Puis nous nous arrêtons à Novossibirsk, troisième plus grande ville de Russie. A partir de maintenant et ce jusqu'à Irkoutsk et le lac Baïkal, nous longerons plus ou moins le tracé du transsibérien. Ah, voilà ! Nous croisons la route de cet autre symbole mythique russe ! Peut-être que nous aurons l'occasion de l'emprunter dans les prochaines semaines ?...

Quelques kilomètres au sud de la ville, nous visitons d'abord un musée de locomotives en plein air. Du wagon à vapeur du début du XXe siècle au wagon prison en passant par le wagon chapelle... On s'amuse comme on peut même si on ne peut monter que dans 3 ou 4 spécimens sur environ 100 présentés. Tous les textes de présentation sont en russe (sauf l'essentiel "forbiden"), et il va falloir s'habituer car ce sera partout ainsi.

Puis nous découvrons le quartier de Academgorodok (!), la Silicon Valley russe ! Étrange quartier construit au milieu de la taïga, qui accueille certains des plus grands chercheurs du pays tout domaine confondu... Il est possible de se balader calmement en forêt, puis de tomber sur des bureaux un peu vétustes, ensuite d'être à nouveau coupé de la civilisation pour enfin atteindre des immeubles ultra modernes. Un projet architectural qui date des années soixante, dont le concept est presque visionnaire pour l'époque : pas touche à la forêt primaire !

Quant à Novossibirsk et son centre, ça n'est pas parce qu'elle habrite plus de 1,5 millions d'habitants qu'elle est désagréable ! De l'extérieur elle fait certes un peu peur, mais son centre ville reste à taille humaine. On y trouve, entre autres, le théâtre - opéra le plus grand de Russie (le Bolchoï rentre tout entier dedans !), une immense gare très chic dont la façade est de couleur... indéfinissable, un "métro musée", des bars sympas, des églises bondées, un distributeur de trotinettes, Lénine sur la place principale (comme d'habitude !) et une veste pour Guilhem !

Des petits bouts de Novossibirsk

Puis c'est le coup de cœur pour la ravissante Tomsk, une des plus anciennes villes de Sibérie, aujourd'hui considérée comme capitale culturelle de la région. Elle était également l'un des grands centres de commerce de l'Est avant que ne soit fondée Novossibirsk puis la ligne du transsibérien - qui ne passe plus ici.

Nous profitons d'un weekend ensoleillé (enfin !) pour la découvrir sous toutes les coutures. Il faut dire qu'elle a de nombreux atouts : Elle est située au bord du fleuve Tom avec une jolie promenade aménagée ; plusieurs rues possèdent une collection impressionnante de maisons de la fin du 19e / début du 20e avec de la "dentelle de bois" (quand on vous parlait de couture !) aux fenêtres ; un habitant sur cinq est étudiant - ce qui la rend très dynamique.

Parmi les petits trésors trouvés sur notre chemin, citons la drôle de statue de Tchekhov destinée à ridiculiser l'auteur qui, autrefois, s'est permis d'écrire que "la ville n'a aucun intérêt" et qu'elle est "peuplée d'ivrogne et de femmes qui ne se distinguent pas par leur beauté". Nom de la statue : Anton Tchekhov vu par un ivrogne étendu dans un fossé.

Également la marque locale de glaces "33 pingouins" qui possède des kiosques dans toute la ville - qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige, les russes aiment manger des glaces ! Évidemment nous testons la qualité gustative du produit pour se faire une idée !

Pour finir par le plus magique, parlons du super "théâtre de marionnettes humaines" - véritable cabane dans les arbres - déniché au fin fond d'un quartier qui ne paye pas de mine. Le lieu est tenu par un seul homme d'environ soixante ans, une seule tête mais plein de casquettes : marionnettiste, régisseur, costumier, sculpteur... Pour la billetterie il faut faire guichetier soi-même. A peine à l'intérieur, des marionnettes disséminées à droite à gauche vous parlent - elles sont robotisées, facile à faire pour un ancien ingénieur en robotique ! On ne comprend rien à ce qu'elles nous disent mais les têtes et le ton sympathique de ces petites créatures nous amusent beaucoup. On ne comprendra bien sûr pas grand chose au spectacle non plus, mais la beauté du lieu, la qualité du geste et la sincérité du manipulateur suffiront à nous emporter dans l'histoire.

La jolie Tomsk

Puis Krasnoïarsk (A tes souhaits !), où l'on se passionne d'abord pour le musée d'histoire de la Sibérie puis, surtout, pour le parc naturel des Stolby.

Ce dernier comprend d'immenses formations volcaniques qui nous rappellent presque les Météores en Grèce. Il est possible de faire de belles balades en forêt, de grimper sur les imposants rochers pour admirer la taïga à perte de vue ... Voici un lieu bien inspirant !

Il ne nous reste ensuite plus "que" 1000 kilomètres pour atteindre Irkoutsk. En chemin nous faisons un arrêt pour une jolie balade. Nous n'entendons que des pic-verts et la lointaine tronçonneuse d'un bûcheron... Mais pas vraiment de vie sauvage. Au termes de plusieurs kilomètres nous trouvons les chutes d'Ukovsky qui partent s'incruster dans la rivière Ouda - superbe endroit où les plus casse-cou sont aller inscrire on ne sait comment leur nom à la peinture blanche sur les murs de pierre noire.


Les jours défilent et ne se ressemblent pas, les arbres défilent et nous montrent leurs perspectives. Pendant ce temps nous prenons nos marques au pays de l'omniprésent Lénine. Pour l'instant, nous prenons tous les sourires timides reçus et nous moquons des quelques bourrus sans trop nous vexer de leurs rudesses injustifiées.

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Publié le 21 janvier 2019

Le Baïkal n'est plus très loin !

Mais avant d'aller à sa rencontre, nous nous arrêtons quelques jours à Irkoutsk. Une petite halte "tourisme et repos" n'est pas de refus, histoire de se remettre des milliers de kilomètres parcourus en peu de temps. Comme prévu, la ville est pleine de charme. On y retrouve des maisons présovietiques en bois (certaines transformées en musées), des bâtiments bourgeois en pierre, quelques belles églises orthodoxes et une balade le long de la rivière Angara très agréable.

La ville fut construite au 17e siècle notamment pour développer le commerce de la fourrure avec les populations locales bouriates (bouriakoi ?). Ça n'est qu'au 19e siècle qu'elle prit son véritable essor avec l'arrivée d'exilés décembristes. Décemkekoi ?! Alors là, nous aussi on a fait de gros yeux la première fois qu'on a entendu ce mot, ça ne nous semblait pas très français ! C'est là que nous avons appris que de jeunes officiers aristocrates libéraux tentèrent un petit renversement politique en 1825, moins de 100 ans avant les bolcheviques en 1905 et 1917. - ce qui donne un aperçu de la stabilité toute relative de l'Empire... Entre deux tsars et une période de flottement de quelques semaines, ces jeunes réformateurs de Saint-Petersbourg tentèrent un soulèvement pour provoquer quelque réformes politiques et économiques s'inspirant de l'Europe de l'ouest (création d'un parlement, mise en place d'une constitution et abolition du servage, etc). Mais l'opération fut un échec, il y eu quelques pendus et beaucoup d'exilés qui s'installèrent en Sibérie, notamment à Irkoutsk. L'arrivée de ces aristocrates, et surtout de leur femme, transforma le quotidien des villes où ils s'installèrent. Ces intellectuels de l'ouest de l'Oural importèrent avec eux leurs idéaux libéraux et leur goût pour la culture, entraînant la création de salons intellectuels et l'essor d'une bourgeoisie éclairée locale.


Pour notre part, c'est à Irkoutsk que nous rencontrons Martin et Yann, deux allemands fan de courses en voiture - plus communément appelées "drift" (on en apprend tous les jours !). Ils ont quitté l'Allemagne il y a seulement quelques jours et roulent jusqu'à plus soif pour atteindre le Japon où aura lieu dans quelques jours une compétition internationale de drift. A la vue de leur voiture drôlement peinturlurée et en bordel, on se demande comment l'engin roule et surtout comment il atteindra l'autre bout de la Russie ! C'est avec eux et notre ami scottish Sobhan (avec qui il est impossible d'échanger tellement son accent est terrible) que nous découvrons la vie nocturne à Irkoutsk !

C'est ici aussi que nous avons rendez-vous avec l'Alliance Française : l'équipe a reçu pour nous des papiers concernant notre prochaine étape ... le Japon !!! Car oui, nous avons gardé le secret jusque là et ne pouvons plus le cacher maintenant : dans quelques jours seulement nous nous envolerons pour le Japon où nous resterons 1 mois !


Couleurs joyeuses à l'église vs ambiance austère à la cantine !

En ce lundi 15 octobre, nous laissons la ville d'Irkoutsk derrière nous et roulons à travers le paysage boisé et vallonné pour rejoindre en 3 heures le petit embarcadère qui permet aux voitures d'atteindre l'île Olkhon, sur le lac Baïkal. Il fait déjà nuit lorsque nous arrivons au bateau, nous ne sommes que deux véhicules à attendre le départ imminent du ferry. Et dire qu'en été certains patientent jusqu'à 7 heures !

Après 15/20 minutes de traversée nous voila arrivés. Ce soir nous ne profitons pas encore du paysage, à la place nous admirons le ciel dégagé et la voie lactée qui s'offrent à nous, si belle !

Nous restons plusieurs jours sur cette île calme et sauvage, haut lieu du chamanisme en Asie centrale. Notre objectif est d'atteindre la pointe nord d'Olkhon, le Cap Khoboy, et d'y rester façon "seuls au monde". Malgré la route cahotique, nous savons que certains voyageurs ont réussi à camper par là-bas avec leur véhicule. Ainsi, même si le bureau d'information nous conseille d'y aller en bus 4x4, bornés que nous sommes, nous n'écoutons pas !

... Il faut cependant se résigner au bout de quelques kilomètres en forêt. Une partie de la route est effondrée et il y a trop de sable sur certains tronçons. Tant pis, nous resterons plus bas que prévu, en bord de plage et au milieu des superbes mélèzes couleur or. Si nous ne pouvons atteindre Cap Khoboy en voiture, nous le ferons à pieds... Même s'il y a 50 kilomètres aller/retour à parcourir... Même si nous partons qu'à 9h30 du matin ... Et même si nous n'avons pas grand chose à manger ! On est aventuriers ou on ne l'est pas !

... Pour être honnêtes, nous trouvons plusieurs moyens assez efficaces pour abréger nos souffrances. D'abord en faisant du "remorque-stop" - les petits bus 4x4 pour touristes nous snobent mais nous trouvons un berger qui accepte de nous faire monter à l'arrière de son véhicule pour quelques kilomètres. Ensuite en sympathisant en moins de 30 secondes avec Mehdi et Sarah-Aïda, deux tourdumondistes trop chouettes venus ici en bus 4x4. Sarah-Aïda parle russe et arrive à convaincre le chauffeur de nous prendre avec lui, ça c'est trop sympa !!

Nous vivons la belle vie sur Olkhon, les totems chamaniques aux multiples bandeaux de tissus colorés nous inspirent autant que l'eau du Baikal qui s'étend à perte de vue. Les paysages alternent entre plage de sable et falaises rocheuses plongeant dans le lac ; entre plaines nues balayées par les vents et forêt dense. La nature s'impose et l'Homme se fait tout petit ! Dans le registre de l'exceptionnel, le Baïkal coche plusieurs cases : c'est la plus grande réserve d'eau douce liquide sur terre (près d'1/5e) ainsi que le lac le plus profond puisqu'il va jusqu'à 1 642 m de profondeur. Il reçoit l'apport de 336 rivières et ruisseaux permanents (le lac Sevan est vraiment petit joueur !), abrite une faune et une flore extrêmement riche et en partie unique au monde. Tout ça vallait bien une inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO !

Inspiration Baïkal ! 

Après notre petit séjour sur Olkhon, nous faisons un crochet par la cité balnéaire de Listvianka avant de retourner à Irkoutsk - avec Sarah-Aïda et Mehdi nous nous promettons de nous retrouver au Japon d'ici quelques jours !

Listvianka est grise en cette saison, la horde de touristes estivaux est partie depuis longtemps et le nombreux hôtels le long de la côte semblent vides. Il n'y a pas grand chose à faire, si ce n'est profiter du magnifique panorama sur le lac depuis la station de ski, ou encore visiter le musée de la faune et flore du Baïkal - où tout est écrit en russe et où l'on trouve deux phoques malheureux qui tourne en rond dans leur bassin...


Il faut maintenant retourner à Irkoutsk puisque nous prenons l'avion demain pour Tokyo... ! Ça va nous faire du bien un peu de vacances 😉

Guilhem, ce gourmand, qui savoure de l'Omoul. Poisson endémique du Baïkal qui s'apparente au saumon.
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Publié le 8 février 2019

Ce voyage en van est une magnifique parenthèse au milieu d'une vie assez banale, rythmée par le travail et les virées en weekend. Nous sortons de notre zone de confort en partant à la découverte des autres - autres que nous, autres cultures, autres paysages - dans un mouvement lent qui nous permet d'intégrer en douceur ces transformations et ces nuances, c'est ce que nous apprécions le plus.

Mais que dire de cette parenthèse nippone... C'est radical, c'est inattendu, que dis-je, c'est une claque !

C'est un voyage dans le voyage qui déroge à la règle que nous nous étions fixée : pas de déplacements en avion, ceux-là sont pour les pressés et nous ne le sommes pas.

Sauf qui si, un peu. Si l'envie d'atteindre le Japon en voiture puis ferry nous a longtemps demangée, le terrible froid sibérien qui nous attendait au retour nous a fait changer d'avis. Alors pour aller plus vite, nous prenons l'avion !

Changement de rythme. Nous n'avons plus notre moyen de locomotion, il faut s'adapter aux horaires, réserver des nuitées, il n'y a plus trop de place pour l'improvisation.

Changement de culture. L' Asie centrale, rurale, calme, aux vastes espaces laisse place brutalement à un pays moderne baigné dans le consumérisme ! Là il va nous falloir un peu de temps pour s'adapter...

À nous le Japon !


21 octobre, nous arrivons à Tokyo. Le ton est donné dès notre arrivée à l'aéroport : tout est bien organisé et les douaniers sont souriants et accueillants - elle est loin maintenant la Russie ! Nous voilà dans un cocon où chaque interlocuteur a un rôle bien précis pour que chaque touriste sache où aller, que faire, comment faire et combien de temps cela prendra. Il y a le cadre, et il est difficile d'en sortir. D'ailleurs qui le voudrait puisqu'il est pensé pour que tout se passe bien ?

Pendant nos cinq jours dans la capitale, nous plongeons dans les mangas de notre enfance. Ce que nous prenions pour de drôles d'illustrations existent en vrai : des voitures au nez écrasé ; des uniformes pour chaque corps de métier ; des costards-cravates, tenues Kawaii ou costumes traditionnelles ; des temples entre de hauts immeubles modernes ; des boutiques stupides ; de la nourriture partout dont beaucoup de sucreries à la pâte de haricot rouge ... On adore !

Les quartiers de la ville se répondent les uns les autres par des identités bien définies, ils se complètent et dressent un parfait tableau du Japon dans toutes ses contradictions : surconsommation et spiritualité partout, vous payez pour prier comme vous payez pour une glace en forme de cochon ! Jardins zen et poumons verts en plein centre ville face à des rues aux milliers de magasins saturés de couleurs et de musique. Les magnifiques bonsaïs tricentenaires exposés au jardin d'Ueno ou les subtiles céramiques vendues une fortune en boutiques attirent tout autant que les milliers de produits culturels issus de la culture manga.

Nous passons nos cinq jours à l'affût des excentricités des uns, des restaurants traditionnels qui nous mettent l'eau à la bouche, des boutiques farfelues qui rivalisent d'originalité, des petites rues calmes et charmantes où le moindre espace disponible est réservé aux plantes vertes. L'urbanisation est totale mais la nature a une place de choix !

Nos yeux sont grands ouverts, notre esprit emmagasine tout sur son passage, nos pieds avalent les kilomètres... Nous voulons tout voir et tout comprendre de cette société qui nous échappe : les relations hommes/femmes (séduction, contraception, mariage, vie commune), le rapport à l'alcool, travail et vie privée... Bref, une mission impossible mais qui nous motive !

Nous sommes aidés par Ryo, un Japonais qui nous a hébergés pendant 4 jours dans sa maison "boîte à chaussure" en banlieue proche. De longues discussions ont animés nos soirées et sont venues battre en brèche certains préjugés ou confirmer certains pressentiments.


Ces cinq jours à Tokyo sont à l'image de la suite de notre voyage au Japon : c'est intense, passionnant, intrigant, insupportable, usant. Une claque, comme on disait !

Histoire de bien s'intégrer dans cette "ville-spectacle", on prend une soirée pour faire du kart dans les rues de Tokyo déguisés en Mario et Yochi, une autre pour hurler dans un grand huit en plein centre ville avec notre copain Ryo !


Cet article est peut-être un peu brouillon, pèle mêle, mal fichu, incomplet - et court... Mais il représente assez bien l'état de notre cerveau en train d'intégrer la transition nippone.


Le Tokyo traditionnel
La ville, la foule, les mignonneries
La nourriture, forcément !
Et la nature !
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Publié le 27 février 2019

Nous laissons de côté la folle Tokyo que nous retrouverons en fin de voyage. L'heure est maintenant à la découverte d'autres trésors d'Honshu, l'île principale de l'archipel.

Nous commençons d'abord par la petite ville de Kamakura qui se situe sur la côte, à une soixantaine de kilomètres au sud de Tokyo. Dans le train qui nous mène à destination, nous ne verrons pas un brin de campagne mais plutôt la ville tentaculaire qui ne s'arrête plus - Tokyo, Kawasaki et Yokohama semblent se superposer. Sur place, nous trouvons d'abord des rues animées avec restaurants et boutiques artisanales. L'ambiance est sympathique et ressemble à ce que nous avons pu déjà voir à Tokyo. Nous profitons alors surtout des petites rues sinueuses en périphérie, qui mènent à de véritables jungles où l'on ne préfère pas soulever les feuillages - le climat est presque tropical ! Dans les recoins calmes de l'Est de la ville, nous découvrons de magnifiques temples du 8e et 14e siècle. Certains s'apprécient plus au printemps qu'à l'automne mais il est encore temps pour nous d'admirer les forêts de bambous, jardins de mousse et sculptures minérales. A l'autre bout de la ville, nous rencontrons un Bouddha géant en bronze de 125 tonnes et 11 mètres de haut... On fait les malins à ses pieds mais lui n'a pas l'air d'être très fun !

Kamakura

Après un long trajet pour rejoindre les environs des Alpes japonaises, nous arrivons à Takayama. Sortis de la gare, il faut traverser le centre à pied pour rejoindre notre Airbnb, cela nous permet d'apprécier l'architecture traditionnelle réputée de la ville, toute en bois sombre. Ici encore, des magasins d'artisanat où l'on voudrait tout acheter - heureusement les prix prohibitifs nous retiennent ! Et, ici encore, des restaurants, des magasins de souvenirs... Tout pour rendre heureux un touriste !

Ça ne fait qu'une petite semaine que nous sommes au Japon mais déjà nous constatons que le touriste est roi - les chinois remportant largement la première place en termes de volume !

Le couple de retraités qui nous accueille pour la nuit nous conseille un bon restaurant de soba pour le déjeuner (nouilles au sarrasin). Table basse, tatamis, ambiance calme, nous déposons nos chaussures dans le couloir et savourons ce met simple et subtile dont nous ne nous sommes pas encore lassé... Pour le moment ! Nous passons ensuite l'après midi à parcourir les temples qui se suivent le long d'un parcours très agréable en forêt. Les érables sont jaune, orange et rouge, il n'y a pas foule et nous prenons plaisir à engager la conversation avec les petites dames qui s'appliquent à apposer leur tampon sur une immense feuille que l'on nous a donnée au début du sentier (il faut au moins sept tampons sur dix pour remporter un cadeau surprise !). Ce petit jeu amuse beaucoup Guilhem !

En fin d'après-midi nous testons pour la première fois un onsen, ces bains chauds dont raffolent les japonais ! Nous ne sommes pas sûrs qu'ils s'agissent ici d'une source chaude naturelle, et au lieu de touristes il s'agit plutôt de locaux qui ne possèdent pas de douches chez eux. Ils viennent faire leur toilette complète - je m'amuse à regarder les femmes qui passent 10 bonnes minutes à se laver les cheveux. Pas très à l'aise avec le concept de la nudité en public - bien que les genres soient ici séparés - nous ne restons pas longtemps. Nous nous promettons toutefois de retenter l'expérience dans les prochains jours !

Le soir, les rues se vident. Quelques luminaires allumés indiquent que certains restaurants sont bien ouverts, l'ambiance tamisée des ruelles nous plaît toujours autant. Comme souvent depuis le début de notre séjour au Japon, nous dînons dans un Kombini - ces supérettes qui proposent des plats préparés pas chers à réchauffer au micro-ondes. La qualité laisse franchement à désirer mais nous n'avons de toute façon pas trop le choix, il faut limiter l'explosion de notre budget. Oubliez le poisson frais, les sushis... Tout ça est vraiment trop cher et d'ailleurs même les japonais n'en mangent que pour les fêtes. Quant à la possibilité de préparer soi-même, l'absence de cuisine dans la majorité des auberges de jeunesse ne le permet pas... Imaginez un peu : pomme vendue à l'unité = 1.5€ ; deux tomates emballées dans du plastique = 2€. Nous avons rapidement fait le calcul, le résultat s'appelle Kombini !

Enfin, la ville nous plaît. Nous ne comprenons pas grand chose à l'histoire du Japon et avons du mal à tout retenir mais les musées de la ville nous aident à y voir plus clair !

Nous partons faire un petit crochet dans le village isolé de Shirakawa Go, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. Situé au cœur des montagnes, on y trouve des maisons traditionnelles bâties sur plusieurs étages avec des toits en chaume particulièrement pentus pour supporter les importantes chutes de neige en hiver. Son isolement a fait de son développement une curiosité. La paille des toits doit être changée tous les 20 à 30 ans, les villageois s'associent pour ce dure labeur qui donne à voir un drôle de spectacle ! Certaines maisons sont encore habitées mais la plupart sont aujourd'hui des musées, restaurants ou auberges. Jusqu'au 20e siècle, elle pouvait abriter près de trente personnes d'une même famille. Les combles étaient utilisés pour la sériciculture ou le stockage de feuilles de mûrier destinées à la fabrication de papier, certains habitants fabriquaient également de la poudre à canon. L'ensemble était ensuite transporté à dos d'homme à travers la montagne pour rejoindre les villes riches les plus proches - dont Takayama.


Le cadre est enchanteur, d'autant plus si l'on s'éloigne dans les hauteurs pour admirer le village et la forêt colorée qui l'encercle. Nous dormons ici ce soir, que c'est agréable d'avoir ce coin tranquille rien que pour nous ! A l'auberge nous rencontrons François, un expatrié français qui habite à Tokyo. En plus de longuement échanger avec lui, nous découvrons une des boissons nationales - non pas le saké mais le highball... Un alcool sucré fourbe qui attaque le cerveau sans prévenir !

Takayama
Shirakawa Go

Nous quittons la montagne et rejoignons à nouveau la côte pour découvrir Hiroshima et l'île qui lui fait face, Miyajima.


A Hiroshima nous visitons bien sûr le musée de la bombe H. Le bâtiment principal est fermé pour travaux depuis plusieurs années mais heureusement une partie de la collection est toujours visible. Se mêlent explications géopolitiques, discours pacifiques et antinucléaires ainsi que témoignages poignants et archives émouvantes... On nous avait bien prévenu que ce musée ne laisse pas indemne. En chemin nous passons devant le "dôme", l'unique bâtiment ayant survécu à l'explosion de Little Boy - la ville prend soin de garder cette carcasse debout, pour le symbole. Autour du musée, le parc pour la paix et son mémorial. De nombreux écoliers sont là également, la mémoire d'Hiroshima semble entre de bonnes mains.

Le soir, nous rencontrons Reiko, notre deuxième couchsurfing du voyage après Ryo à Tokyo. Nous sommes ravis de passer une soirée avec cette drôle de dame : Âgée de soixante ans, elle apprend l'anglais depuis peu et aime héberger des étrangers chez elle, à la fois pour avoir de la compagnie et pratiquer l'anglais ! Nous mangeons tous les trois dans un petit restaurant d'okonomiyaki - spécialité du coin - sous l'oeil amusé et bienveillant des quelques rares clients, tous des habitués. Chez Reiko, nous passons la soirée à apprendre l'art des origamis... Nous sommes rassurés de voir qu'elle non plus ne maîtrise pas tout à fait les subtilités du pliage papier !

Hiroshima

Puis Miyajima, une petite île située en face d'Hiroshima. On nous en a vanté les charmes, forcément nous avons voulu voir de nos propres yeux ! Et pour prolonger l'expérience, nous nous accordons même une nuit sur place dans un luxueux ryokan, ces petits hôtels traditionnels qui proposent de vivre une parenthèse authentique, à condition de payer le prix bien sûr !


L'île est, non sans surprise, très touristique. D'abord du fait de ses temples magnifiques et particulièrement photogéniques, aussi pour ses daims qui se promènent en totale liberté - l'animal est sacré, considéré comme le messager des dieux. Entre les rues bondées de monde, bordées par des centaines de boutiques de souvenirs ou de nourriture et les daims nourris sans limite par les passants, nous trouvons des endroits apaisants où profiter du paysage, heureusement ! Et il faut bien avouer que les temples de l'île ont de quoi impressionner. Une fois la nuit tombée, lorsqu'il ne reste que les plus chanceux qui dorment sur place, nous pouvons admirer sereinement les temples et imaginer que l'île fut, il y a longtemps, un havre de paix.

Temples de Miyajima
Monsieur bonhomme !
Miyajima, paysages et daims !
C'est cadeau !!
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Publié le 9 mars 2019

3 novembre, nous quittons l'île de Miyajima pour rejoindre la ville qui fut capitale de l'Empire japonais pendant 11 siècles : Kyoto !

... Mais eh ! Attendez, n'allons pas trop vite, il manque une petite étape à vous décrire, très courte mais si précieuse. Car après avoir quitté l'île de Miyajima, nous avons choisi de dormir à nouveau à Hiroshima : lorsque nous avons cherché quelqu'un pour nous héberger sur place quelques jours plus tôt - sur le site de couchsurfing - nous sommes tombés sur le profil de Miki en plus de celui de notre grand-mère anglophone. Et Miki avait l'air tellement gentille !!! Alors pourquoi pas aller à sa rencontre ?

En retournant à Hiroshima, nous avons emprunté un obscur bus. Un jeune japonais en uniforme se courbait à chaque entrée et sortie de passager, et il y en avait beaucoup - nous étions alors subjugué par la souplesse de son dos ! Bref, nous arrivons dans une ruelle peu éclairée d'un quartier résidentiel et partons à la recherche d'un restaurant de ramen. L'entrée ne paye pas de mine mais toutes les tables sont occupées, ce sont parait-il les meilleurs ramen d'Hiroshima ! Derrière le comptoir, deux rondouillettes japonaises quinquagenaires nous accueillent avec un grand sourire et nous invitent à rejoindre le reste de la famille à l'arrière du restaurant - ce que nous faisons en nous promettant de revenir manger au comptoir !

Ainsi nous rencontrons Miki, ses 4 enfants qui ont entre 9 mois et 5 ans, son neveu de 6 ans, sa maman toute ridée et son frère Shin qui parle français. Tout ceci dans une petite pièce bien en désordre et pleine de vie ! Nous discutons longuement avec Shin, savourons les délicieux ramen et profitons d'un appartement entier qui nous est prêté pour la nuit ! Et le lendemain, nous partageons à nouveau une chouette tranche de vie avec tout ce beau monde qui semble ne jamais s'ennuyer.

... On allait quand même pas vous emmener à Kyoto sans vous raconter ça ?

Agathe veut rentrer en France avec le petit bébé sumo qui ne sourit jamais <3 

Et puis Kyoto... Où nous restons une semaine complète pour profiter de l'ambiance, du patrimoine culturel (la ville compte une vingtaine de sites classée au patrimoine mondial !), des érables jaunes oranges rouges, des balades à vélo, des quartiers traditionnels... Tout ceci depuis notre petit hostel excentré, accolé à des bains chauds gratuits pour nous ! Nous en profitons tous les soirs en rentrant de nos longues expéditions en ville.

Une vraie semaine sur place nous permet de ne pas courir, ce qui serait le réflexe de n'importe qui tant il y a d'endroits à découvrir ! De temples en temples, encore, et malgré le flux incessant de touristes, nous capturons les décors photogéniques qui se succèdent. Et malgré les érables qui ne changent pas, malgré la mousse qui n'est pourtant que de la mousse, malgré ces pagodes qui semblent toutes se ressembler, l'esprit est sans cesse surpris par la beauté des paysages qui mêlent si bien nature et constructions humaines.

Qu'il est bon de pédaler le long de la rivière Kamo, de flâner autour des boutiques artisanales, de parcourir les rues traditionnelles. Qu'il est amusant de regarder les touristes chinois se prendre pour des japonais, habillés en kimono pour la journée ! Et qu'il est surprenant de voir les jardiniers des temples s'occuper de la mousse à la main, comme si c'était de la soie.

Cerise sur le gâteau, nous retrouvons nos très bons copains Sarah-Aïda et Mehdi qui sont à Kyoto en même temps que nous ! Les soirées deviennent plus animées avec eux, et nous débattons longuement du Japon, échangeons nos impressions sur ce pays si fascinant et étrange à la fois - ceci en buvant notre boisson fétiche, le highball !

Les copains ! (Détrompez-vous, Mehdi est très marrant en vrai)
Ambiances de Kyoto 
Un peu de nourriture, mais tout n'est pas comestible ici ! 
Des temples et des jardins - avec le monsieur qui travaille la mousse à la main !

Non loin de Kyoto il y a Nara, autre ville au patrimoine culturel très riche. Comme à Miyajima, nous trouvons des daims en liberté qui viennent manger les biscuits offerts par les touristes... Si personne ne leur en propose, ils se reportent sur les sacs plastiques qui trainent, et meurent ensuite dans d'atroces souffrances, cachés dans les bois sacrés qui entourent la ville. Alors la famille du daim se retrouve pour pleurer le mort tout en lui massant le ventre en espérant qu'un miracle se produise. Je n'invente rien, le panneau ci-dessous prouve que c'est vrai ! 😉

Il faut bien avouer que notre étape à Nara est moins sympa que prévu : le van nous manque, nous n'en pouvons plus des hordes de touristes, le temps est maussade... C'est ce qu'on appelle un petit coup de moins bien ! Ici les gens sont fous : dans le temple de Todai-ji on trouve un pilier percé de part en part. Ceux qui parviennent à se faufiler dans le trou et qui en ressortent iront au paradis. Alors tout le monde fait la queue pour s'assurer d'une belle vie dans l'au-delà !

Nous nous réconcilions avec le Japon à Himeji : là nous rencontrons Ayumi et son papa le temps d'une soirée très sympathique autour d'un dîner traditionnel concocté spécialement pour nous. Ayumi est venue nous chercher à la gare en voiture, sa maison est à 45 km d'Himeji. En chemin, alors que nous faisons à peine connaissance, elle nous propose d'aller dans un onsen avant le dîner. Très bien, pourquoi pas, après tout c'est tout à fait normal d'aller se baigner toute nue avec une inconnue. Pas de chichi, ici la nudité n'est pas taboue et il faut bien s'adapter aux mœurs locales. Ça aide à briser la glace rapidement !

C'est aussi à Himeji que nous découvrons le "Héron blanc", surnom donné au château de la ville. Sa forme actuelle date du début du 17e siècle, et il faut bien avouer que ses courbes gracieuses et sa façade blanche lui donne un côté aérien. A l'intérieur, les pièces vides se succèdent. Il n'y a pas de mobilier, et peu de cartels... mais les méthodes de construction sont fascinantes et les matériaux superbes. A côté du château, un jardin magnifique qui se divise en 8 parties distinctes... Nous faisons trois fois le tour tellement ça nous plait !

C'est à l'étape suivante que nous rencontrons enfin le Japon que nous cherchions. Ah, il fallait en faire des kilomètres en train pour trouver ce coin un peu isolé ! Ça nous a même fait drôlement bizarre, en arrivant à la gare, d'être les seuls touristes à descendre... C'est étrange de côtoyer à nouveau le vide des rues. Voilà Takeda, petite bourgade perdue dans les montagnes. Au sommet de l'une d'elles, les ruines d'un château du 15e siècle attirent l'attention des visiteurs : à l'automne, au petit matin et si la météo le veut bien, une mer de nuage entoure les ruines qui semblent alors flotter dans le ciel. Pour avoir le meilleur point de vue possible, il faut se lever avant le jour et gravir une sympathique paire de marches géantes digne du Machu Picchu - heureusement ici on ne monte qu'à 350 mètres d'altitude !

Chanceux que nous sommes, nous trouvons une famille adorable pour nous héberger sur place. Il y a la maman Tomoko, le papa Mitsuru, la plus grande de la fratrie Marika, puis Taiyo et enfin la toute mignonne Rinka - qui est bien trop douée au jeu des 7 familles ! Nous restons chez eux deux jours... ce fut sans doute la plus belle des manières de découvrir la vie de famille japonaise. Leur maison est toute en bois, au milieu du salon est installée un kotatsu - une table basse avec une marche tout autour pour faire office d'assise, le chauffage est installé en dessous et une couverture permet de garder la chaleur pour les jambes - un régal en cette fin d'automne. Autre "drôlerie", un interphone relie la salle de bain avec la cuisine : celui qui traîne sous la douche au lieu de venir manger pourra facilement être rappelé à l'ordre ! Autre interphone de la maison : celui qui relie la mairie à tous les foyers de la ville. Si l'école est annulée parce que la maîtresse est malade, ou si un ours venu des montagnes s'en vient trainer dans les rues, tout le monde peut être prévenu rapidement. Dans tous les cas il n'y aura pas école et Rinka sera ravie !

Nous avions prévu de profiter du château dès notre premier jour, mais le mauvais temps a eu raison de notre programme et Tomoko nous soumet l'idée, plus sympathique, d'aller visiter la ville de Kinosaki-onsen. Comme son nom l'indique, il y a plein de onsen là-bas ! Qui aurait cru qu'un jour nous serions fans de ces bains chauds où il n'y a rien d'autre à faire que de ne rien faire ?! Alors, comme tous les autres visiteurs de Kinosaki, nous prenons la petite carte qui permet d’accéder aux 7 onsen différents de la ville. La vie est vraiment difficile pour nous en cette journée pluvieuse... ! Ce moment détente a l'avantage de nous préparer mentalement et physiquement pour l'expédition qui nous attend le lendemain.

A 5h du matin, Tomoko nous emmène en voiture aux pieds des marches. Avec nos gros sacs sur le dos, nous filons au sommet pour avoir la meilleure place possible... A notre arrivée il y a déjà une petite trentaine de photographes installés. Trépieds professionnels, télécommandes, appareils photos monstrueux : les japonais sont dans la place !

Nous restons 2 heures à observer les nuages danser autour des ruines du château qui nous font face. Toujours ils restent à ses pieds, jamais ils n'osent envahir le sommet. Le jour se lève tout doucement, la lumière passe du bleu au rose et jamais le soleil n'arrivera à dissoudre l'épaisse couche de nuages qui couvre la vallée. Il faudra attendre que la journée soit bien avancée pour que les habitants de Takeda voient à leur tour le ciel. Le chant des oiseaux se mêle aux cliques des appareils photos, drôle de fond sonore pour accompagner ce moment si magique.

Après avoir observé d'en face, nous rejoignons les ruines du château pour le visiter. Il n'en reste plus grand chose, mais de ce côté également le paysage est superbe !


Nara et ses daims mignons mais dangereux ! 😛
Himeji et la famille d'Ayumi
La famille de Tomoko, si sympa, et le superbe château dans le ciel. Ensuite quelques photos volées sur internet de Kinosaki-onsen

Voilà que notre séjour au Japon touche à sa fin. Nous sommes restés 1 mois, et c'est sans doute le temps qu'il nous aura fallu pour réellement apprécier le pays et toutes ses contradictions. Ce fut un voyage dans le voyage, et le grand écart culturel n'aura pas toujours été facile... Mais on ne regrette pas, et l'on regrette d'autant moins que nos rencontres en couchsurfing ont toutes été merveilleuses ! Sans aucun doute, notre découverte du Japon aurait eu un petit goût d'insatisfaction s'il n'y avait eu Ryo, Reiko, Shin, Ayumi et Tomoko !

Preuve que nous sommes heureux de cette expérience, nous retrouvons Tokyo avec joie le 16 novembre - après un bref et très sympathique passage à Osaka ! Nous retournons dans les quartiers qui nous avaient plu, nous en découvrons de nouveaux... Et comble du comble, nous retrouvons Mehdi et Sarah-Aïda pour une dernière soirée festive avant le véritable au-revoir : dans quelques heures nous retrouverons notre la fraiche Russie ; eux poursuivent vers les pays chauds d'Asie du sud-est.

Bon vent les amis, nous on part s'acheter des polaires !

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Publié le 16 avril 2019

19 novembre, nous posons à nouveau nos pieds en Russie, à Vladivostok précisément. Nous voilà pour quelques jours dans la ville qui dit pompeusement "régner sur l'Orient"... Nous rejoindrons le Palace mobile avec le transsibérien, mais d'ici là plusieurs étapes ponctueront notre trajet.

Le passage du Japon à la Russie n'est pas des plus agréables... Les visages polis et souriants laissent place aux regards froids ; les douces températures de la veille ont brutalement chuté, passant de 20° à 0°... !

Le comportement pas très sympathique des russes ne nous avait pas franchement manqué, mais il faut bien avouer que nous sommes ravis de retrouver des territoires "brut de décoffrage". Le russe qui vit à l'Est de l'Oural, par timidité ou sciemment, n'a aucune envie de vous parler - heureusement il existe quelques outils pour faire face : Un piolet pour briser la glace, une bouteille de vodka, de bière ou un tchaï pour réchauffer l'ambiance, du poisson séché pour sceller la relation... Il ne faut finalement pas grand chose pour s'en sortir !

Vladivostok donc, une drôle de ville qui, comme tant d'autres en Russie, fut fermée pendant plus de 30 ans sous le régime communiste en raison de sa haute importance militaire. Si aujourd'hui elle est ouverte aux investissements étrangers et s'il est possible d'atteindre facilement la Corée du Sud ou le Japon en ferry, il y a bien toujours les navires militaires et le personnel en chapka qui veille !

Sur ce bout d'Europe - qui en tout cas en a tout l'air - collé à la Corée et au Japon, nous découvrons une ville vallonnée et développée de manière un peu anarchique. Nous sommes logés chez Roman et sa fille de 7 ans, dans un immeuble vétuste à l’ascenseur effrayant, dans une banlieue a priori pas très engageante - il n'a pas l'air d'y faire bon vivre mais qui sommes nous pour l'affirmer ? Pour atteindre le centre, nous traversons à pieds les parkings et allées au bitume défoncé par le froid et rejoignons une petite navette qui patiente à côté d'étales pauvres en fruits et légumes. Pour ouvrir et fermer sa porte le conducteur manie adroitement une corde depuis son accoudoir. D'un mouvement large et maitrisé il fait claquer brutalement la porte à chaque arrêt de bus, les passagers eux jouent aux chaises musicales engoncés dans leur gros manteaux de fourrures.

Durant nos deux jours de visite, nous marchons à travers les boulevards chics de la ville, traversons des rues et squares peu entretenus, passons devant ces fameux parcs d'attractions tristes et déglingués qu'affectionnent tant les russes, retrouvons les belles sculptures de bronze aux quatre coins des rues, visitons un ancien sous marin nucléaire (en toute sérénité...) et faisons une petite virée en bateau sur le Bosphore russe - là aussi il y a une corne d'or, un peu moins exotique que celle d'Istanbul mais toute aussi empruntée par les bateaux de marchandises.

Globalement, il n'y a pas vraiment de cohérence architecturale ni de cohérence tout court : la balade le long du quai qui borde la mer du Japon, plutôt agréable, s'arrête net sur un parking moche ; certains escaliers ne mènent nulle part... Et les déplacements dans la gare sont kafkaïens !! Vladivostok est étrange et intrigante, tout comme notre couchsurfer Roman et sa fille qui ne se nourrit que de milkshake à la banane... Deux jours nous suffisent pour vouloir poursuivre plus à l'Ouest. Enfin, plus au Nord d'abord, car il faut sortir de cette enclave qui borde la mer. Donc cap au Nord jusqu'à Khabarovsk !

S'il y a bien une chose qu'on est heureux de retrouver, ce sont les cantines (stolovaya) russes ! 


Le soir de notre départ de Vladivostok, nous sommes tout excités d'emprunter enfin le fameux transsibérien ! Ce premier trajet passe assez vite puisque nous ne faisons qu'y passer la nuit et arrivons à Khabarovsk vers 9 h le lendemain. Tandis que nous sommes encore à quai, nous nous demandons qui partagera notre compartiment - vu le nombre de militaires qui attend dans le hall comme nous, on pense avoir des éléments de réponse.

Ça y est, nous nous installons ! Au bout du wagon, un samovar géant qui conserve l'eau bouillante. Un étroit couloir longe les cabines sur la droite, au sol de la moquette rose poudrée toute douillette. Une femme de la RZD - la SNCF russe - vient nous donner nos draps et nous propose différents menus pour le petit-déjeuner (gratuit !) ainsi que des produits dérivés sur l'univers du transsibérien... C'est un oui enthousiaste pour le petit-déjeuner et un non tout gêné pour les verres, stylos et autres porte-clefs.

Au matin, Madame RZD vient nous réveiller en apportant les petits-déjeuners. Dans la nuit, deux hommes se sont installés discrètement dans les couchages du bas. Faute d'espace, nous sommes obligés d'empiéter sur leur lit pour manger et préparer nos affaires, c'est terriblement gênant pour nous et habituel pour eux !

Lorsque nous sortons de la gare à Khabarovsk il fait encore bien sombre, la nuit ne s'est pas dissipée. Nous sommes accueillis par un froid cinglant et la statue de l'explorateur Ierofeï Khabarov, qui, comme le reste de la ville, est recouvert d'un fin manteau neigeux. La température doit être aux environs de -15 ou -20°C et nous n'avons bien sûr pas encore pris l'habitude de porter nos collants et gros pulls... Nous marchons donc au pas de course pour se réchauffer et rejoindre l'Amour qui se situe à quelques kilomètres au sud de la gare. Une fois sur la rive, la vue est superbe : le fleuve est presque entièrement gelé, d'épaisses plaques de glace jaillissent sur les bords et de courageux pêcheurs ont installé leur tabouret sur les côtés, creusant de petits trous pour passer leurs fils. Nous les rejoignons pour voir de plus près. Depuis combien de temps patientent-ils dans le froid, immobiles ? Le jour se lève doucement et les rayons du soleil viennent nous réchauffer un peu. En arrière plan, les nombreuses grues de la ville complètent ce tableau surprenant et beau.

Les pieds gelés, nous retournons dans le centre ville encore émerveillés par cette scène si banale ici. Nous trouvons là-bas ce que nous pensions trouver à Vladivostok : des rues agréables à l'architecture soignée. La ville est prospère et a conservé son patrimoine historique dans un bon état. Construite elle aussi sur plusieurs collines, nous profitons de points de vue superbes sur l'Amour depuis les esplanades des églises et monuments aux morts. Pour se réchauffer, nous rejoignons un restaurant typique à la décoration tout à fait kitsch et au bortsch absolument succulent !

Khabarovsk, on a terriblement froid et on adore ! 

Nous n'avons qu'une petite journée pour visiter Khabarovsk, en fin d'après-midi nous reprenons le train. Prochaine étape, Tchita, à 1 jour et 18 heures de trajet d'ici ! Il faut prévoir quelques vivres en amont - mais le choix est limité puisqu'il fait chaud dans les wagons (pas de denrées trop fragiles donc) et que pour cuisiner il n'y a que... l'eau chaude des samovars à disposition. Ambiance nouilles instantanées à prévoir !

Là encore nous sommes impatients de monter dans le train et de poursuivre cette drôle d'aventure en huit clos. Nous nous installons dans la cohue du va et vient des passagers qui montent et descendent avec leurs gros bagages, et nous nous retrouvons cette fois-ci avec un couple (lui, militaire) et leur jeune fille de 7 ans. Ils ne parlent pas anglais, nous parlons si peu russe... Mais nous passons plusieurs heures à échanger joyeusement ensemble et avec quelques voisins du compartiment adjacent - principalement grâce à Google traduction. La vie suit son cours dans le transsibérien, les passagers sont en grande majorité des hommes tandis que la RZD, elle, n'emploie que des femmes qui imposent le respect - on se fait tout petit à chacun de leur passage !

Nous sommes encore en deuxième classe mais cette fois-ci nous n'avons droit ni à la climatisation (qu'il fait chaud !), ni au petit-déjeuner, ni aux toilettes propres... Et alors ?! On a notre espace vitale et c'est déjà bien précieux.

Nos amis partent dans la nuit, un autre militaire prend la place. Moins bavard mais tout aussi amical, ses yeux sont rieurs et curieux. La journée passe lentement, les premières heures sont les plus difficiles. Puis elles passent trop vite et deviennent si précieuses ! L'aventure du transsibérien s'apprécie dans la longueur et la lenteur - il ne roule en moyenne qu'à 65 km/h. La lumière de fin de journée offre de beaux paysages, nous sommes plusieurs à rester les yeux rivés vers les étendues sibériennes. Deuxième nuit dans le train, troisième plat de nouilles instantanées... Heureusement c'est le dernier

bière, poisson séché, tchaï : il n'en faut pas plus pour être heureux ! 

Le matin du deuxième jour, nous descendons à Tchita. Là nous recroisons les destins fascinants des décembristes de 1825, l'éternel Lénine sur la place centrale, les expositions militaires... Et les habituelles voitures en panne au milieu de la route !

Nous avons choisi de faire étape ici principalement pour rejoindre en bus le village d'Aguinskoïé qui possède un grand complexe bouddhiste réputé. Dans ce coin de Russie situé à seulement 300 km de la Mongolie, les Bouriates de la région (population locale d'origine mongole, présente avant les slaves) ainsi que les Mongoles viennent en nombre pour prier dans ce "datsan" où les légendes et les rites ont été préservés de la répression communiste.

Il n'y a pas grand monde lorsque nous arrivons... Et qu'est-ce qu'il fait froid ! Mais le lieu est tellement beau que nous prenons bien sûr le temps de le parcourir lentement, d'observer les gens aller et venir, prier en tournant les tambours sacrés de gauche à droite. Derrière un bâtiment, des moines semblent préparer un atelier mais nous ne comprenons pas vraiment ce qui se passe sous nos yeux. Nous finissons de faire le tour du temple et revenons voir cette étrange mise en scène : entre-temps, de nombreux fidèles se sont installés là et les moines ont revêtu de drôles de coiffes et capes colorées. Nous apprenons alors qu’aujourd’hui a lieu la cérémonie annuelle de purification ! Alors nous nous melons à la foule et observons attentivement, transits de froid mais fascinés par ce qui se passe sous nos yeux... Les moines entonnent un chant monocorde répétitif et entêtant, presque hypnotisant. Au centre de la scène, un feu crépite et un des moines jette ponctuellement du riz dedans. Au signal, les fidèles s'approchent de tables sur lesquelles sont disposés des bols et assiettes remplis de nourriture. A nouveau assis, la nourriture dans les mains, ils bougent leur bras en cercles tandis qu'ils répètent quelques incantations étranges. Puis ils se lèvent à nouveau et vont chercher des bouteilles de lait, d'eau et autres liquides. Debout, ils tournent sur eux même et versent le contenu par terre. Pendant ce temps nous ne comprenons plus où nous sommes, tout nous semble surréaliste, drôle et fascinant ! Puis, c'est terminé. Les fidèles reposent les récipients et quittent les lieux, tranquillement. Ceux qui le souhaitent peuvent déposer des demandes de prières auprès des moines.

Quant à nous, à nouveau conscients mais encore incrédules face à ce que nous venons de vivre, nous reprenons le chemin du centre d'Aguinskoïé tels des zombies sans énergie, motivés par la chaleur que l'on retrouvera rapidement dans le bus !

Tchita - où là aussi nous visitons un temple bouddhiste 
Le monastère (datsan) d'Aguinskoïé et l'étrange cérémonie bouddhiste ! 

De Tchita, nous reprenons un train de nuit pour rejoindre Oulan Oude, capitale de la république de Bouriatie et du bouddhisme tibétain en Russie. Cette fois-ci nous voyageons en troisième classe, ça aurait été un tort de ne pas le faire ! Dans un compartiment d'environ 60 lits, quelques cloisons donnent l'impression d'avoir un peu d'intimité. Mais ça n'est pas ce que l'on vient chercher ici, bien au contraire. On s'amuse des nombreuses jeunes recrues militaires complètement gauches avec leur baluchon à ne pas savoir quoi en faire, et qui s'avèrent bien mauvaises pour s'organiser et trouver leur lit respectif. Une vraie scène de théâtre ! Les lits, trop petits, laissent dépasser les pieds des voyageurs dans les couloirs, mais heureusement ça ne sent pas trop mauvais la chaussette !

Une fois à Oulan Oude, nous ne sommes plus qu'à une centaine de kilomètres du lac Baïkal et 450 d'Irkoutsk... autant dire que nous sommes presque arrivés !

Lorsque nous descendons à quai il est à peine 8 heure du matin... il fait encore nuit noire !

Objectif de la journée, visiter tranquillement le centre ville d'Oulan Oude jusqu'en fin de matinée - nous n'aurons pas le temps d'aller jusqu'au fameux datsan d'Ivolguinsk mais nous avons d'autres projets palpitants à la place. La ville est sous la neige, elle se réveille doucement et nous accompagnons le levé du jour avec bonne humeur. Petit coucou à la tête géante de Lénine (on dirait bien qu'il louche...) ; visite du centre historique qui est assez mignon et bien valorisé par un chemin touristique balisé ; quelques pas timides sur la rivière gelée Ouda... la ville nous plait mais notre stratégie du jour est aussi de pouvoir retrouver Irkoutsk ce soir en prenant un train qui longe de très près le lac Baïkal - que nous sommes heureux de ces retrouvailles ! Il ne faut pas le prendre trop tard, ça nous permettra de profiter de la vue sur la rive qui commence doucement à geler !

Il est 8h, Oulan Oude s'éveille. 

Après environ 1 mois 1/2 de voyage en sac à dos et 8 heures de train à contempler le Baïkal à seulement quelques mètres de la rive, nous retrouvons Irkoutsk de nuit. Ce soir nous dormons dans un hostel miteux et rencontrons Arthur, jeune russe de 20 ans qui s'amuse à nous faire plein de tours de magie pour passer la soirée.

Le 27 novembre, sur le parking de l'aéroport, nous le retrouvons. Il est là à nous attendre patiemment, recouvert d'une épaisse couche de glace sur le part-brise, fière et beau... Le palace mobile ! L'aventure à trois peut reprendre !!

Gros câlins retrouvailles <3