Par Woofie
Me voilà reparti sur les routes avec mes compères Ben et Papi Cubi. Destination : la Haute Normandie.
Mai 2022
5 jours
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Après trois heures de route au départ d'Orléans, Ben et Woofie arrivent en fin de matinée au Bec-Hellouin, première étape de ce périple en Haute-Normandie. A peine descendus de la Hyundai, nous commençons la visite de ce petit village plein de charme, labellisé "Plus beau village de France". Nous sommes bientôt rejoints par Christian, qui arrive de Vannes. Les retrouvailles sont chaleureuses mais nous repoussons l'heure de les arroser comme il se doit. Priorité à la visite du village.

Dans un paysage verdoyant de bocages et de pommiers, Le Bec-Hellouin est un village aux maisons à pans de bois, typiquement normand. Il tient son nom du ruisseau qui le borde - le Bec - et du fondateur de sa célèbre abbaye, un certain chevalier Hellouin, qui vécut au début du XIème siècle.

Le Bec-Hellouin 

Fondée dans les années 1030, l'abbaye du Bec est rapidement devenue, sous l’impulsion de deux hommes : le bâtisseur Lanfranc de Pavie et le philosophe Anselme d’Aoste, un centre important de la chrétienté. Les deux hommes firent la renommée de ce petit coin de Normandie en propageant, notamment Outre-Manche, la culture spirituelle de l'abbaye. Abbés du Bec, ils furent également archevêques de Canterbury. Rien que ça ! Ce sont bien sûr les moines qui, très tôt, ont favorisé la naissance du village de sorte à disposer d'un vivier de main-d’œuvre à proximité. Ruinée à la Révolution, l'abbaye voit le retour des moines en 1948 - ils sont une quinzaine actuellement.

Tour-clocher Saint-Nicolas
Tour-clocher Saint-Nicolas
Abbaye Notre-Dame-du-Bec - Le Bec-Hellouin 

Après cette belle visite et un bon repas - précédé d'un petit "arrosage" au kir - au Restaurant de la tour, nous gagnons Rouen, où nous passerons la nuit. Rouen est une grande ville ; difficile de maintenir le contact entre deux voitures et ce qui devait arriver... arrive. Nous perdons Christian dans le flux de la circulation. Arrivés à destination, rue Victor Boucher, nous mettons un temps fou à trouver une place de stationnement, ce qui aurait dû permettre à Christian de nous rejoindre. Mais non. Nous appelons en vain : à chaque tentative, c'est la messagerie qui nous répond. Mais où est donc passé Papi Cubi ? Ce n'est qu'une demi-heure plus tard que nous voyons enfin arriver la Mazda et obtenons réponse à nos interrogations. En fait, il y a dans l'agglomération rouennaise une autre rue Victor Boucher et le G.P.S. de notre Papi Cubi l'a emmené... au cœur d'une cité, au pied d'un grand immeuble anonyme.

Je ne m'étendrai pas sur Rouen, capitale historique de la Normandie, que j'ai déjà visitée en 2017 avec Cécile - voir mon précédent carnet : "Week-end en Normandie : Rouen et Honfleur". Je découvre toutefois avec mes camarades le très intéressant musée Le Secq des Tournelles, installé dans une ancienne église et consacré à l'art du fer - il est de plus gratuit, comme tous les autres musées de la ville !!!

Eglise du monastère des bénédictines du Saint-Sacrement
Eglise du monastère des bénédictines du Saint-Sacrement
Donjon
Donjon
Musée Le Secq des Tournelles
Musée Le Secq des Tournelles
Enseigne d'armurier - Musée Le Secq des Tournelles
Enseigne d'armurier - Musée Le Secq des Tournelles
Palais de justice
Palais de justice
Rouen 

« La ville aux cent clochers » a su conserver un patrimoine exceptionnel, véritable invitation à la promenade. Nous flânons dans ses rues animées en admirant ses belles maisons à colombages et ses trésors d’architecture : des merveilles du gothique comme la cathédrale Notre-Dame ou l’église Saint-Maclou, mais aussi des joyaux de la Renaissance comme le Gros-Horloge et l’hôtel de Bourgtheroulde.

Cathédrale Notre-Dame
Cathédrale Notre-Dame
Place du Vieux Marché
Place du Vieux Marché
Gros-Horloge
Hôtel de Bourgtheroulde
Eglise Saint-Maclou
Rouen 

Une bien belle journée ma foi, qui se termine dans la bonne humeur par un honnête dîner à "La petite auberge".

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Après une bonne nuit de sommeil, nous reprenons nos pérégrinations dans les rues de Rouen.

Eglise Saint-Vivien
Rouen 

Nous ne manquons pas de nous attarder dans l'aître Saint-Macloud, cet ossuaire médiéval qui a été entièrement et magnifiquement restauré depuis ma première visite, il y a cinq ans. "Dans son jus" et triste à l'époque, l'aître est ainsi devenu un lieu où il fait bon se poser sur un banc, à l'ombre d'un tilleul, ou déjeuner à la terrasse du restaurant qui occupe désormais la galerie nord.

Aître Saint-Macloud - Rouen 

Comme vous pouvez le voir, Rouen compte des dizaines et des dizaines de superbes maisons à pans de bois.

Rouen 

Le programme du jour est, comme de coutume avec Ben, assez chargé. Il est donc temps de reprendre la route vers notre prochaine étape : Etretat et ses célèbres falaises.

Autrefois modeste village de pêcheurs, Etretat est aujourd'hui une station balnéaire incontournable de la côte d'albâtre, qui court du Havre au Tréport - son nom fait référence à la couleur blanc laiteux que prend parfois la mer au pied des hautes falaises de craie qui la caractérise. Nous flânons sur la belle plage de galets puis empruntons le sentier qui conduit sur les falaises, d'où le panorama est somptueux par cette belle matinée de printemps. Un bémol de taille toutefois : nombre des superbes villas, qui bordaient le front de mer d'Etretat avant guerre, ont laissé place à d'affreux immeubles. La faute aux troupes d'occupation allemandes, qui les ont rasées de sorte à installer à cet endroit stratégique des batteries d'artillerie, dans le but de contrecarrer un éventuel débarquement allié - vous avez sans doute entendu parler du fameux - et fumeux - "mur de l'Atlantique". Aux troupes allemandes certes donc, mais également à nos dirigeants de l'après-guerre, qui n'ont pas daigné les reconstruire - les hideux immeubles de béton sont sans doute d'un bien meilleur rapport, avec leurs balcons avec vue sur les falaises.

Le front de mer avant la seconde guerre mondiale
Etretat 

Après un bon déjeuner pris en terrasse dans une brasserie à touristes, nous prenons la direction de Fécamp, où Ben a loué une petite maison de ville. Nous y parvenons en fin d'après-midi, après une vingtaine de minutes de route.

C’est au XVIème siècle, lorsque les pêcheurs locaux dénichèrent le filon de la morue au large de Terre-Neuve, que la ville prit son essor. «L’or blanc » fera sa fortune trois siècles durant : en 1872, Fécamp est ainsi devenu le premier port français de pêche hauturière, avec une flotte de plus d'une centaine de bateaux - pour la plupart des terre-neuvas mais aussi des « dundees », utilisés pour la pêche aux harengs et aux maquereaux dans les eaux de la Manche. De nos jours, le port est beaucoup plus calme.

Abbatiale de la Trinité
Abbatiale de la Trinité
Eglise Saint-Etienne
Fécamp 

Nous faisons naturellement une longue pause-dégustation au Palais de la Bénédictine. L'histoire de cette célèbre liqueur commence à l'abbaye de Fécamp où les moines vivaient selon la règle de saint Benoît, basée sur la prière, le travail manuel et l'étude. Philosophes et herboristes s'y côtoyaient dans une atmosphère d'alchimie, stimulée par la proximité des falaises où poussaient l'angélique, l'hysope ou encore la mélisse, ingrédients d'élixirs de toutes sortes. Une recette, élaborée au tout début du XVIème siècle par le moine Dom Bernardo Vincelli - venu d'Italie avec dans sa besace des épices d'Orient - et censée prolonger la vie, devint alors célèbre dans toute la région. Disparue dans le fracas de la Révolution, la recette est retrouvée dans les années 1860 par un négociant en vin passionné d'art et d'histoire, Alexandre Le Grand - ça ne s'invente pas - qui s'était constitué une collection de livres et d'objets liturgiques provenant de l'abbaye. Le Grand ressuscite alors la liqueur aux vingt-sept plantes et la nomme Bénédictine, en hommage aux moines. Fortune faite, et sa distillerie devenue trop petite, il fait bâtir un palais - inauguré en 1888 - pour abriter l'ensemble de ses activités, ainsi qu'un musée regroupant ses diverses collections.

Happy !
Palais de la Bénédictine - Fécamp 
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La première étape du jour est Saint-Valery-en-Caux, petite station balnéaire dont nous découvrons les charmes sous un beau soleil matinal. La journée commence bien...

Maison Henri IV
Maison Henri IV
Cloître des Pénitents
Saint-Valery-en-Caux 

Nous gagnons ensuite Veules-les-Roses, labellisé "plus beau village de France". Nous abordons le petit bourg par ses cressonnières, qui bordent la Veules, une curiosité : il s'agit en effet du plus petit fleuve de France, avec ses 1 150 m de long.

La Veules
Les cressonnières - Veules-les-Roses 

C'est en 1897 que Veules-en-Caux devient Veules-les-Roses - comme quoi on connaissait déjà toutes les techniques du marketing à l'époque. Veules-les-Roses, c'est tout de même plus glamour pour une station balnéaire en vogue.

Veules-les-Roses 

Au XIXème siècle, grâce à la mode des bains de mer et à une certaine Anaïs Aubert, Veules devient en effet l'une des stations balnéaires les plus fréquentées du littoral cauchois. Anaïs Aubert - sociétaire de la comédie française - victime d'un chagrin d'amour, quitte ainsi Paris courant 1826 en criant à son postillon : "Allez toujours droit devant vous, vers l'ouest, au hasard, jusqu'à la mer !". Après deux ou trois relais, elle parvient le lendemain à Veules où elle s'installe pour quelques semaines… De retour à Paris, elle fera l'éloge de la petite bourgade à ses nombreux amis. C'est ainsi qu'une pléiade d'artistes à la mode contribua à la prospérité de Veules.

Embouchure de la Veules
Le front de mer - Veules-les-Roses 

La météo est radieuse. Nous flânons longuement dans les ruelles du village. On est juste bien.

La Veules
La Veules
Veules-les-Roses 

L'église Saint-Martin fut bâtie au XVIème siècle.

Eglise Saint-Martin - Veules-les-Roses 

Avant de se jeter dans la Manche, la Veules propose un parcours verdoyant et fleuri bordé de vieux moulins et de magnifiques chaumières.

Veules-les-Roses 

Après cette parenthèse enchantée, nous gagnons Dieppe, située à 25 km plus à l'est. Nous découvrons tout d'abord l'imposant château qui domine la ville. Il fut édifié en ce lieu stratégique au XVème siècle pour défendre la cité portuaire, convoitée par les Anglais durant de la guerre de Cent Ans. Il abrite depuis 1923 le musée municipal - que nous n'aurons pas le temps de visiter.

Château de Dieppe 

Doyenne des stations balnéaires françaises et premier port de pêche pour la coquille Saint-Jacques, Dieppe - 28 000 habitants - est également connue pour la tentative de débarquement des alliés du 19 août 1942, un fiasco qui couta la vie à plus de mille soldats, pour la grande majorité d'entre eux canadiens.

Nous flânons dans le centre ville, très animé en cette belle fin d'après-midi, et nous posons bien sûr en terrasse. Elle est pas belle la vie ?

Porte de Dieppe
Eglise Saint-Jacques
Dieppe 
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Au programme de cette belle journée de printemps, rien moins que trois "plus beaux villages de France". Le premier est Gerberoy.

Gerberoy 

De pimpantes maisons traditionnelles des XVIIème et XVIIIème siècles, de charmantes rues pavées... Gerberoy n'a pas usurpé le prestigieux label.

 Gerberoy

La petite cité, si paisible et bucolique de nos jours, constituait autrefois un point stratégique au carrefour du domaine royal capétien et du duché de Normandie. Une situation qui lui valut d'être pillée, démantelée et reconstruite à cinq reprises entre 1079 et 1437. Comme quoi, c'était pas toujours nécessairement "mieux avant".

Collégiale Saint-Pierre
Gerberoy 

Célèbre peintre post-impressionniste en son temps, Henri Le Sidaner découvre Gerberoy en 1901. Ces lieux correspondent alors à son envie de s'installer dans un cadre champêtre, propice à son inspiration, tout comme son ami Claude Monet à Giverny. En 1904, il y acquiert une propriété et aménage dans les ruines de l'ancien château fort de superbes jardins à l'italienne, sur trois niveaux de terrasses. Je ne peux que vous en en recommander la visite, tant les lieux respirent la quiétude et la sérénité.

Jardins Le Sidaner - Gerberoy 

Après la visite des jardins, nous pique-niquons à Gerberoy avant de gagner Lyons-la-Forêt, lui aussi labellisé "plus beau village de France". Arrivés à destination, une mauvaise surprise nous attend sous la forme d'une brocante-vide grenier. Avec le beau temps, les gens sont venus en nombre et c'est une vraie galère pour trouver à garer la Hyundai.

La Lieure
La Lieure
La Lieure
Lyons-la-Forêt 

La place principale et ses spectaculaires halles du XVIIIème siècle sont noires de monde. Nous préférons nous éloigner et flâner à l'écart, admirant les belles maisons en briques ou à pans de bois.

Bête de course
Eglise Saint-Denis
Eglise Saint-Denis
Lyons-la-Forêt 

Ancienne cité royale, Lyons-la-Forêt accueillit rois de France et ducs de Normandie, venus chasser dans ses bois foisonnant de gibier.

Lyons-la-Forêt 

Cette magnifique journée s'achève à La Roche-Guyon, sur les bords de la Seine. Hormis son imposant château - qui servit de quartier général au maréchal Rommel en 1944, lors de la bataille de Normandie - lui même surplombé par les ruines de la forteresse médiévale bâtie sur la roche de Gui, le village est une réelle déception. Preuve édifiante : cinq photos seulement prises dans un "plus beau village de France", du jamais vu pour Woofie ! Bon, la balade sur les bords de Seine est bien agréable tout de même.

Le château
Le château
Le potager du château
Le potager du château
Eglise Saint-Samson
La seine
Les trois compères
La Roche-Guyon 
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Nous avons passé la nuit dans un pavillon sympa' à Saint-Aubin-sur-Gaillon. Avant de reprendre la route, je fais le tour du village pendant que mes deux compagnons lambinent à la location.

Saint-Aubin-sur-Gaillon 

La première étape de la journée, Vernon, nous ramène sur les bords de la Seine. Fondée au IXème siècle, la petite ville de 25 000 habitants fut, tout au long du Moyen Âge, l'une des principales places fortes du duché de Normandie, et un point de passage obligé de la Seine. D'où son riche patrimoine historique.

Tour des Archives
Tour des Archives
Le château des tourelles

Nous visitons bien sûr la collégiale Notre-Dame, superbe édifice incarnant à peu près tous les types d'architecture médiévale - du roman au gothique tardif - car bâtie entre les XIème et XVIème siècles.

Collégiale Notre-Dame - Vernon 

Comme tous les touristes de passage à Vernon, nous admirons le Vieux moulin du XVIème siècle, admirablement restauré. Le pont médiéval sur le quel il est bâti fut malheureusement détruit lors de la Seconde Guerre mondiale.

La Seine - Vernon

Après le déjeuner vient l'heure de la séparation. Papi cubi nous quitte pour regagner Vannes, tandis que Ben et Woofie prennent la direction d'Orléans. En route, nous faisons une ultime étape à Evreux, chef-lieu du département de l'Eure avec son agglomération de 60 000 habitants.

Nous visitons tout d'abord la somptueuse cathédrale Notre-Dame, qui après moult destructions et incendies, fut reconstruite à compter de 1441 telle que nous pouvons l'admirer aujourd'hui. Vous conviendrez que sa façade de style gothique flamboyant est impressionnante. Elle est également connue pour abriter des vitraux exceptionnels, parmi les plus beaux de France, réalisés entre les XIIIème et XVIème siècles et connus pour leur « jaune d’Évreux ». A noter que ce que nous prenons pour les restes d'un cloître fermé à moitié détruit ne sont en réalité qu'un passage couvert reliant l'évêché à la cathédrale.

Cathédrale Notre-Dame - Evreux 

Après cette belle visite, nous flânons dans le centre ville et sur les berges de l'Iton.

L'Iton
Les berges de l'Iton et la tour de l'horloge
Tour de l'horloge
Hôtel de ville
Fontaine monumentale et hôtel de ville
Bibliothèque
Evreux 

Ultime visite : l'église Saint-Taurin, fondée au Xème siècle par Richard-sans-Peur, duc de Normandie, sur l’emplacement présumé de la sépulture de saint Taurin, évangélisateur et premier évêque d’Évreux. Elle connut, tout comme la cathédrale, une existence tourmentée et dut être reconstruite à deux reprises.

Eglise Saint-Taurin et son cloître - Evreux 

Ainsi s'achève ce beau road-trip à la découverte de la Haute-Normandie et de son riche patrimoine.