Carnet de voyage

Manche, Iroise et façade Atlantique

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Dernière étape postée il y a 534 jours
Le voyage commence le 20 octobre 2022, au départ de Roscoff. Nous descendons la côte française, puis traversons le Golfe de Gascogne jusqu'à Cascais au Portugal. La suite reste à vivre et à écrire.
Du 20 octobre 2022 au 5 janvier 2023
78 jours
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20
oct
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Publié le 21 novembre 2022

Nous partons le 20 octobre de Roscoff, presque par surprise et après avoir salué rapidement nos voisins et amis de ponton, les serviables permanents du port de Roscoff et nos fournisseurs préférés.

Une belle navigation facile nous amène à l'escale traditionnelle de l'Aber Wrac'h, où nous laissons passer un épisode de vent violent et de pluie intense.

Concentration !
Concentration !
L'avant port de Roscoff et ses familiers Britany Ferries
L'avant port de Roscoff et ses familiers Britany Ferries
A l'heure des pêcheurs
A l'heure des pêcheurs
Il fait souvent très beau en Bretagne
Il fait souvent très beau en Bretagne
Emotion en quittant Roscoff où nous avons passé tant de bons moments
Emotion en quittant Roscoff où nous avons passé tant de bons moments
Bye bye Batz
Bye bye Batz
Ile de Batz, côte nord
Ile de Batz, côte nord
La navette Conquet - Ouessant
La navette Conquet - Ouessant
En attendant de coller l'adhésif avec le nom du bateau
En attendant de coller l'adhésif avec le nom du bateau
Aber Wrac'h
Aber Wrac'h
Décoller l'ancien nom...
Décoller l'ancien nom...
Roscoff à Aber Wrac'h
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22 octobre 2022

Encore un créneau météo favorable et nous bondissons (littéralement avec la houle du sud) vers Brest.

Pour le départ de nuit, Liliane sera à la proue avec la grosse torche, réveillant au passage nombre de goélands de l'Aber. Théorème du jour : "s'il s'envole, ce n'est pas un casier de pêcheur".

Etape en demi-teinte, parce que tout le magnifique chenal du Four est fait au moteur face au vent, avec une aide du courant assez modeste en cette période de faibles coefficients de marée. Nous sommes récompensés, dès la Pointe Saint-Mathieu, par un magnifique bord de travers dans l'avant-rade de Brest jusqu'au port du Château.

Le Galicia. Il y arrivera sûrement avant nous.
Pointe Saint-Mathieu
Ponton visiteurs à la Marina du Château


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23
oct
23
oct
Publié le 14 novembre 2022

La stratégie initiale de dégolfage (*) est de nous poster à Brest en attendant un créneau météo favorable pour une traversée directe vers La Corogne. Mais les dépressions se succèdent en rangs serrés et nous envoient en permanence du vent du sud et parfois très fort.

Cette attente est l'occasion de poursuivre l'exécution de notre "todo list", notamment coller enfin le nom du bateau sur le tableau arrière. Il reste aussi beaucoup d'efforts pour ranger minutieusement tout le matériel de rechange et surtout noter où il se trouve.

Adhésif en police de caractères Audiowide 10 cm

Surprise ! Par un hasard unique, les cousins bretons de Liliane se promènent sur le ponton visiteurs précisément au moment où Patrick se trouve affairé sur le pont. C'est l'occasion d'un premier apéro de voyage improvisé.

Tout près de la marina, au Quai du Commandant Malbert où se trouve le fameux Chantier du Guip, on découvre également l'exceptionnel remorqueur de haute mer Abeille Bourbon. A chaque alerte météo, il va se positionner (au Stiff à Ouessant, je crois) pour être prêt à intervenir en cas d'avarie grave sur un navire de commerce passant les rails de navigation au large de Ouessant.

Nous profitons de l'escale pour acheter une petite enceinte acoustique étanche qu'on posera dans le cockpit pour amplifier les alarmes de la tablette de navigation. L'exemple typique d'application est l'alarme AIS qui avertit d'une possible route de collision avec un autre navire. Quand la personne de quart est en veille dans le cockpit, l'enceinte acoustique lui relaiera cette alarme via une liaison BlueTooth avec la tablette de navigation.

L'abeille Bourbon

Après une semaine d'attente, un créneau météo semble se dessiner pour une traversée assez directe vers La Corogne, avec seulement un accueil musclé prévu à l'arrivée. C'est l'occasion de retrouver la famille avec Marie, la fille de Liliane, Yann son compagnon et Arthur. Il est convenu que Yann restera à bord et nous accompagnera.

Hélas ! les prévisions se dégradent et un front puissant doit balayer l'ensemble du Golfe de Gascogne, douchant pour plusieurs jours l'espoir d'une route directe. Cela fait partie de nos critères de décision : naviguer au près, d'accord ; mais tirer des bords face à la houle, disons que nous avons passé l'âge... Grâce au logiciels Weather4D installé sur un iPad et en secours Sailgrib installé sur un Chromebook, nous pouvons simuler diverses solutions de routage après la mise à jour quotidienne des fichiers de vent et de mer.


Arthur et sa Manou

La perspective de passer encore une semaine à attendre dans la marina du Château nous déplaît. Après discussion à trois, nous décidons de changer de stratégie en descendant la côte française jusqu'à ce que le vent de sud devienne un vent de travers et se transforme en atout de traversée. Evidemment il pourrait aussi virer à l'ouest, ce qui nous ramènerait à la même difficulté de progression que depuis Brest avec vent de sud. En effet, l'examen d'une carte du Golfe de Gascogne fait apparaître que la côte française Atlantique décrit quasiment un arc de cercle par rapport à la point nord-ouest de la Galice. Que l'on parte de Brest ou de tout port de la côte jusqu'à Bayonne donne sensiblement la même distance, seules les conditions de vent et de mer sont donc des variables de décision.

Quoi que nous réserve le futur, ce choix nous donne au moins l'impression d'avancer et d'être dans l'action. Finalement, du point de vue nautique, cela revient à tirer un grand bord vers le sud-est par petits bonds, avant de virer vers le sud-ouest, en supposant que le vent sera encore du sud à ce moment-là.

Dernière nuit à Brest à la Marina du Château
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(*) dégolfage : terme non officiel désignant pour les navigateurs le fait de traverser le Golfe de Gascogne et d'en sortir, généralement vers l'Espagne. C'est une étape qu'on prend au sérieux, voire que l'on redoute, à cause de la réputation de ce Golfe de malmener les équipages.

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30
oct

Départ le 30 octobre en fin d'après-midi, après une sardine-party (boite géante à l'huile d'olive) et la préparation du bateau.

Le routage semblait promettre une route permettant d'atteindre Pornic en trente heures. Oui, mais voilà, le trajet comporte encore des phases au moteur face au vent pour passer le Raz de Sein et la Pointe de Penmarch, la vitesse déclarée au moteur dans les simulations est 5 noeuds, vitesse facilement atteinte lorsque la mer est plate et sans vent. Dans notre cas, ce sera plutôt 3 noeuds avec les conditions rencontrées. La Pointe de Penmarch se passe à éviter les bateaux de pêcheurs qui sortent du Guilvinec (six à tribord, quatre à bâbord, merci à l'AIS qui permet de voir en temps réel leur évolution...).

Test opérationnel des cousins de cockpit !

Au milieu de la nuit, la mer donne au Capitaine une leçon pas chère. La manille du chariot de GV cède. Comment est-ce possible ? Tout simplement, le manillon s'est dévissé et elle s'est ouverte et tordue. Pourtant elles avaient toutes été reserrées... Heureusement cela s'est passé au moment de la relève du quart avec Yann et à deux il a été facile de la remplacer.

La leçon est dans le cours des Glénans (*) : assurez vos manilles avec un bout de garcette (ou plus contemporain, un collier plastique d'électricien).

Ensuite la météo se dégrade rapidement, le vent monte d'abord à 25 noeuds, toujours de face. Nous savons que la suite sera encore plus rude. L'espace d'un instant, nous envisageons d'atterrir à Lorient. Finalement, nous décidons, après le passage de la Pointe de Penmarch de couper court et d'aller nous abriter à Bénodet. Au moins ce bord se fait au vent portant et Tusitala file alors plus de 8 noeuds vers l'entrée de la baie.

Chenal d'entrée de Bénodet
Sainte-Marine
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L'escale à Bénodet est l'occasion de recevoir la visite de David, un ami de Yann, rencontré lors de sa transat sur Mahina. Small world !

Et comme à chaque escale, quelques travaux avancent, surtout avec le professionnalisme et l'efficacité légendaires de Yann. La toile de roulis était prévue par le chantier Fora sur les bannettes supérieures. L'étape depuis Brest nous a convaincus qu'il est impossible d'y monter lorsque le bateau gîte à contre. Nous l'installons donc sur les assises tribord du carré, symétriquement de la précédente. Il faut ajouter des pontets.

Installation toile de roulis tribord

Fortuitement, nous sommes voisins de ponton avec un autre RM1060, dont Bénodet est le port d'attache. Le propriétaire est présent et la conversation s'engage. Il ne faut que quelques minutes pour nous rendre compte que nous avons déjà échangé avec lui au travers de l'association des RM. Il s'agit de Dominique Brelot, possesseur de Noramax. Nous avons ainsi l'occasion de visiter son RM, rempli d'aménagements particulièrement astucieux.

(*) Archipel ou îles de Glénan (sans "s"), mais le Cours des Glénans (avec "s").

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2
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2
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Publié le 24 novembre 2022

2 novembre 2022

Nous y voilà. Novembre ! Une différence purement formelle par rapport à fin octobre, mais le seul énoncé du mois fait frémir...

Le départ du port de Bénodet est conditionné par l'heure de la marée, à cause du fort courant de jusant qui peut rendre les manoeuvres de port assez scabreuses. L'étale de basse mer est à 4h50 ce jour-là. C'est donc dans la nuit que nous quittons ce port, avec Yann à l'étrave éclairant le plan d'eau à l'aide d'une torche.

Une belle traversée sur une mer assagie. Encore une fois, nous allons nous abriter pour laisser passer le grand frais qui va suivre. Nous choisissons après Quiberon de passer la Teignouse et d'aller au Crouesty.

 On pense bien à toi, Michel, dans les parages de la rivière d'Etel
 Port du Crouesty - Ponton visiteur
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Marie nous rejoint au Crouesty avec Arthur et Chloé pour une soirée en famille à l'issue de laquelle Yann quitte le bord. Un grand merci à Yann pour sa participation lors de ces étapes difficiles.

Le passage du front tient ses promesses météos : 41 kt dans la nuit.

Tusitala côtoie le bateau de Alain Maignan, qui se prépare à accomplir en solitaire le tour de l'Atlantique nord en quatre étapes, selon le trajet Arzon - Pointe-à-Pitre - New York - Québec - Arzon.

Comme tous les bateaux de voyage, c'est rapidement Waterloo à bord de Tusitala à chaque escale.

Le shipchandler local nous permet de compléter l'armement de sécurité. Liliane trouve nos gilets trop lourds et s'en offre un neuf. Nous complétons aussi la liste des huiles et graisses qu'on emporte pour faire face aux futurs travaux inévitables au long cours (voir dictons).

Conformément aux recommandations du Ministre de l'Intérieur, nous limitons la température intérieure du bateau aux environs de 14°C la nuit, qui est la température de l'eau de mer, semble-t-il...

"Ya pas que le bateau et les équipements" (Liliane)
Dernière escale en Bretagne

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5
nov
5
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Publié le 22 novembre 2022

"Enfin un départ de jour, dit Liliane. Dommage, parce que c'était facile".

Cette journée nous offre une belle traversée sur une mer belle. Tusitala marche bien.


La côte sauvage du Pouliguen
Au loin, l'immense champ d'éoliennes
Coucou les Hocq', on vous embrasse ! 

La traversée du Chenal de Saint-Nazaire, avec ses énormes cargos immobiles à l'ancre, est signe que nous quittons la Bretagne.

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Les jours suivants, nous restons bien à l'abri derrière le brise-lame, pour laisser passer un nouvelle dépression qui déferle sur l'Atlantique.

Astuce pour éviter que l'écoute de génois se prenne dans le tangon aux virements
Installation de charnières sur la baille à bouts
Jamais moins de trois trousses à outils pour le moindre bricolage
La Lune vient jeter un oeil curieux sur Mahina
Travaux sur Mahina (moteur neuf)
Le Chemin côtier

Une fenêtre météo se dessine pour le jeudi 10. Nous préparons le bateau au départ et c'est une nouvelle occasion de dîner en famille, car Marie se propose de nous accompagner pour cette traversée du Golfe de Gascogne.

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10
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10
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Publié le 22 novembre 2022

Finalement, c'est de Pornic que nous partons le 10 novembre au lever du jour. Nous embarquons Marie-Charlotte comme équipière super-qualifiée après son tour de l'Atlantique juste terminé avec Yann et leur enfants Chloé et Arthur.

Dès la sortie du court chenal de Pornic, le vent permet une route directe vers l'ouest-sud-ouest pour passer Noirmoutier. Le bateau avance bien, nous sommes protégés par l'île de la houle du large.

Le moral de l'équipage est excellent. Après tant d'attente et de météos défavorables, le créneau entrevu dans les prévisions se confirme.

Salade préparée par Liliane avant le départ. Au top !

Les quarts se mettent en place très rapidement, dans l'ordre Marie, Patrick, Liliane. Plutôt que de cadrer strictement les horaires des quarts, nous convenons que chacun fait ce qu'il peut, sans aller au bout de ses forces, et qu'il va réveiller le suivant. Cette souplesse permet de profiter au mieux de l'état physique et psychologique de chacun, car il arrive souvent qu'on se sente bien et envie de continuer son quart. Dans ce cas, autant laisser dormir les autres. On constate que la moyenne des durées de quart s'établit aux alentours de trois heures.

De même pour la nourriture, des plats préparés d'avance sont disponibles dans le frigo, ainsi que barres de céréales, fruits secs et frais, boissons et chacun pioche à son gré.

Liliane s'équipe, heureuse de prendre son quart
A la poursuite du soleil couchant

La nuit est un peu houleuse, mémoire du fort vent d'hier, mais le redouté Golfe de Gascogne est clément pour nous.

11 novembre 2022

Au lever du jour, il est même carrément calme.

La journée s'écoule paisiblement et le vent diminue encore. On se laisserait bien aller sous voile tout doucement, mais la prochaine dépression se prépare dans l'Atlantique et on doit se mettre à l'abri avant son passage. Nous convenons qu'en dessous de trois noeuds, on lance le moteur.

Papotages mère-fille dans les bannettes de quart
Passage en eaux espagnoles

En fin de journée et presque toute la nuit nous progressons au moteur face au résidu de la houle. Le bateau tape dans ce clapot. C'est désagréable.

En début de nuit, nous sommes symboliquement passés en eaux espagnoles, et Tusitala est plus à l'ouest que Ouessant, à une longitude où il va pour la première fois.

12 novembre 2022

Bon anniversaire Maman !

C'est le message que j'ai transmis via IridiumGO lors de notre vacation sécurité avec Philippe, qui a bien voulu assurer le rôle de contact à terre. Il retransmet les informations sur un groupe WhatsApp familial.

Au petit matin, le vent revient, léger mais suffisant pour nous propulser plus vite que le moteur. Nous sommes encore au près serré pour faire route vers le nord de la Galice. Le lever du jour est toujours un moment privilégié pour ceux qui sont réveillés.


La vue panoramique depuis la table à cartes du RM
Envie de ravioles chaudes au déjeuner

Cette journée est assez riche en surprises. Nous avons eu des visites.

D'abord un moineau, qui entre dans la cabine, se pose sur la table à cartes et ressort précipitamment. Est-il épuisé ? Pas sûr. Il virevolte autour du bateau et s'éloigne. Plus tard un autre (ou le même ?) reviendra se poser dans le cockpit.

Puis des dauphins joueurs, le grand classique, toujours un joyeux moment. Marie a l'ouïe très fine et entend leurs cris de l'intérieur du bateau.

Ensuite, Marie et Liliane aperçoivent trois souffles de cétacés à un demi mille nautique environ.

Enfin, on distingue au sud une longue bande sombre. Terre !

...

Liliane satisfaite de son quart de nuit

13 novembre

Bon anniversaire ma petite-fille Charlotte !

Toute la nuit se passe à optimiser notre route. Le vent ne fait pas de cadeau et il sera encore face à notre route au passage du Cabo Ortegal et du Cabo Prior. Le pilote est mis en mode vent, pour gagner chaque minute possible dans la bonne direction. Nous réglons les voiles au meilleur près avec génois et GV à un ris.

Séance cinéma avant d'aller dormir

La VHF énonce ses bulletins météo en espagnol, plusieurs bateaux convergent vers La Corogne. On sait qu'une nouvelle dépression est annoncée dans les prochains jours.

Nous arrivons à La Corogne en fin de matinée, assez près des routages que nous avions faits à Pornic, ce qui constitue une satisfaction supplémentaire. Les pontons de Marina Coruña offrent plein de places libres. Nous prenons même le luxe de nous amarrer aux deux catways de part et d'autre du bateau, pour mieux amortir les rappels dus à la houle qui entre.


Formalités d'arrivée, douches délicieuses, et un pot de réconfort (j'ai oublié de préciser : nous pratiquons le zéro alcool en mer).


Yes, we did it !
Marina Coruña- Ponton 3

Pendant que d'autres partent traverser l'Atlantique en six jours au milieu des dépressions, nous avons modestement traversé le Golfe de Gascogne à pas de loups entre deux avis de grand frais. A chacun son Everest...

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13
nov
13
nov
Publié le 22 novembre 2022

Les commodités offertes par Marina Coruña sont de bon niveau, l'accueil très courtois, avec douches chaudes et buanderie bien équipée. Le vent est le meilleur des sèche-linges que nous ayons trouvé.

Marie nous quitte dès le lendemain de notre arrivée. Elle retourne dans sa famille à Pornic et retrouver son travail. Merci, Marie, pour ton aide efficace sur cette trans-Gascogne.

L'article suivant dans la "to do list" est de trouver des pétards de rappel de plongée. Le club de plongée local nous oriente vers le vendeur de pétards généraliste Traca (Rúa Galileo Galilei, 41, 15008 A Coruña, Espagne). Google Maps aidant, et pour 1,20€ de bus (arrêt Newton), nous achetons donc des "petardos de agua" "claro sí ! para alejar a las orcas".

Dans le même coin, on trouve de petits distributeurs locaux : Ikea, Leroy Merlin, Decathlon.


Autres distractions :

  • Passage de graisse cuivrée sur les cosses des batteries (et flûte, j'en ai oublié deux, il faudra ressortir le tube du coffre avant...)
  • Assèchement sous le réservoir avant bâbord, celui qui nous avons changé neuf à Roscoff. Le raccord à vis côté remplissage ne fait que un petit centimètre de filetage en plastique (probablement, le marketing a estimé que c'était la qualité juste suffisante pour le prix). Dans les mouvements du bateau lorsque le réservoir est partiellement rempli, le balan du liquide force sur ce pas de vis qui échappe d'un filet, juste un, ce qui suffit à faire fuir l'eau. C'est presque anodin, mais nous y passons une bonne journée à assécher, garnir le filetage de ruban PTFE, revisser fermement, remplir, attendre, vérifier. Done.
  • Assèchement du coffre arrière : on cherche toujours l'origine de l'entrée d'eau. Comme elle est un peu salée (un peu seulement), je pense que c'est le joint de l'échelle de secours sur le tableau arrière qui commence à être poreux. Il a huit ans, ce joint. Avec le déferlement de pluie de ces derniers mois ou les éclaboussures des vagues en navigation, cela pourrait être l'explication. Anodin aussi comme fuite, mais c'est agaçant d'avoir une zone de rangement humide.

Le reste est du domaine touristique. En flânant dans les rues, on trouve toujours des jamónerias offrant de l'excellent jamón ibérico de Bellota y queso de cabra, dans une ambiance de conversations intenses et joyeuses.

Nous avons quelques voisins prestigieux : la goélette Grain de Sail, l'Imoca Bureau Vallée durement abîmé dans la Route du Rhum, le Queen Victoria...


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22
nov
22
nov
Publié le 24 novembre 2022

C'est une étape mémorable. C'est à dire que nous nous en souviendrons comme une de celles que nous ne voulons plus. Comme le rappelle Liliane : le thème prévu pour notre voyage était une flânerie au long cours, où nous attendrions des vents portants en sirotant un bon Rioja avec des pimientos de Padrón.

Bon, aucune excuse pour nous être mis dans cette situation. Les excellentes prévisions météo, les incroyables logiciels de routage, tout annonçait exactement ce qui a suivi.


Oui, mais c'était quand même le meilleur créneau météo depuis et avant longtemps. Le plan A, conforté par un routage W4D promettait un transit jusqu'à Muxia en huit heures. Le plan B consistait à mettre le clignotant à gauche et à nous abriter à Laxe ou Corme. De fait, nous démarrons (littéralement : dé-marrer, c'est dénouer les amarres) au lever du jour en même temps que trois autres voiliers du même ponton.

La Tour d'Hercule, plus ancien phare du monde en activité

Pour pouvoir terminer la route sur un seul bord, il faut d'abord remonter dans le vent pendant trois heures, face à la houle du large, qui deviennent quatre dans la réalité. C'est très pénible et quand on approche du point visé, on a hâte de prendre le bord direct. Trop pressé, trop tôt, il faudra encore tirer un bord pour passer les îles Sisargas.

Des grains passent régulièrement avec rafales et averses. Partis avec grand-voile à un ris et trinquette, le pilote décroche plusieurs fois dans les rafales.

Ce regard est le signe qu'il est temps de prendre un ris
Après passage des Îles Sisargas

Avec un deuxième ris, Tusitala est moins volage, le pilote le tient bien au cap et nous sommes moins secoués. De plus on va sensiblement à la même vitesse. Évidemment quand le vent baisse il est un peu sous-toilé.

On apprécie bien d'avoir un RM. La vue panoramique permet d'assurer la veille tout en restant à l'abri à l'intérieur, le plus souvent assis à la table à carte. C'est un élément fondamental de sécurité. On voit aussi si le réglage des voiles convient et si le pilote assure la conduite. Même quand je suis de repos, allongé dans la bannette bâbord, je peux voir d'un oeil si les voiles portent correctement et si le pilote est à l'aise avec le réglage (quand il y a trop de toile, le bateau a tendance à vouloir remonter vers le vent et le pilote doit forcer sans cesse pour le ramener dans la direction demandée ; il est donc essentiel d'avoir d'abord une surface de voile adaptée au temps et un réglage correct des écoutes).

La coque plate a tendance à taper dans les vagues. Comme la coque en CP époxy est très rigide, cela résonne. Ça fait mal au coeur d'entendre les chocs sourds qui ébranlent tout le bateau et réveillent ceux qui dorment.

Tous ces bords de près prennent du temps, l'heure tourne. Au passage devant la baie de Laxe se pose la question : plan A ou B ? Ce serait tentant de mettre nos estomacs au repos, mais ce sont ici de simples mouillages abrités par un brise-lames. La très grosse houle prévue dans les prochains jours pourrait rendre les nuits fort pénibles et nous serions scotchés dans ces mouillages. Finalement on va continuer vers Muxia, où l'on arrive de nuit car, en novembre, le soleil se couche tôt. Un petit sandwich et au lit !

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Escale à Muxia

Après quarante-deux années à être libre de prendre la ligne 13 du métro quotidiennement, je [Patrick] savoure celle d'être coincé par la météo dans une charmante petite ville de Galice, ce qui nous oblige à aller goûter la restauration galicienne.

Nous sommes quasiment seuls dans la marina, amarrés des deux côtés aux catways, comme au quai des milliardaires à Antibes (toutes proportions gardées). Cet amarrage de luxe amortit bien les coups de rappels et évite les chocs sur la coque lorsqu'il y a des remous à la pleine mer. Ça doit beaucoup taper dehors. Un soir l'anémomètre monte à 40kt, on pense bien aux concurrents de la Route du Rhum encore en mer. D'ailleurs on en voit passer un ici aussi sans mât. Il fait le plein de gasoil et repart.

Nous croisons quotidiennement la Capitaine du port, qui tient en même temps la station service attenante. Elle émaille son discours de galicien (la choiva, c'est la lluvia, la pluie), je prends un cours... Il n'y a pas de ponton carburant, mais elle prête un carro pour transporter les jerricans et m'aide même dans la descente de la passerelle. On lui achète aussi une recharge de gaz, la fameuse 907 de Campingaz.

Pour la première fois depuis Brest, nous devons recharger nos batteries sur le secteur, car le panneau solaire produit très peu avec la couverture nuageuse automnale.

La halte nous permet de faire avancer par exemple la rédaction de ce blog, et aussi de remettre de la graisse silicone dans le piston de la pompe des toilettes. C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup. Je me retiens de publier les photos de l'intervention.

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28
nov
28
nov
Publié le 30 novembre 2022

Comment dire ? Neuf jours à attendre une météo favorable pour aller vers le sud nous ont permis de profiter du charme de Muxia (pronconcez "mouchia" en Galicien). Tous les commerçants reconnaissaient les deux Français en balade dans les rues.

Nous avons fait le tour des balades côtières accessibles à pied.

Santuario da Virxe da Barca
Costa da morte
Un séchoir à congres
Igrexa de Santa María de Muxía

Nous avons aussi réalisé quelques améliorations au bateau.

Premièrement, depuis plusieurs semaines, nous avions une entrée d'eau dans un coffre de cockpit arrière à tribord. Rien de bien alarmant parce que ces coffres contiennent essentiellement des équipements qui peuvent être mouillés (annexe gonflable, moteur hors-bord, bidons de gasoil, pagaies...), mais c'est agaçant d'avoir constamment de l'humidité qui dégouline. Jusqu'à notre départ de Roscoff, il y avait quelques litres qu'on vidait occasionnellement. Plus récemment, la quantité d'eau s'accroissait. La dernière fois à La Corogne, nous avions vidé vingt-cinq litres d'eau, ça commence à faire beaucoup, on doit régler le problème. Comme tout navigateur, à chaque fois qu'on trouve de l'eau à l'intérieur, on la goutte. Eau salée ou eau douce ? Et bien ça dépend. Parfois salée, et parfois un peu, parfois pas du tout. A l'escale de Muxia donc, nous avons pris le problème en main. Tout vider, tout assécher et faire couler le jet d'eau sur le pont pour trouver par où elle peut entrer. On trouve : c'est l'échelle de secours qui fuit (celle qu'on peut extraire du tableau arrière si un jour on se trouvait à l'eau et qu'on avait bêtement oublié de descendre l'échelle de bain). Elle est logée dans un tube en plastique rigide fixé à la coque par un gros écrou en plastique. Il semble que les pluies diluviennes, entrecoupées de séjours en mer houleuse ont rapidement profité de l'entrée d'eau pour envahir le coffre. On démonte le tout, qui date de l'origine du bateau (2013) : le tube est fissuré, le joint est sec et dur, l'écrou ne serre plus. De plus, le bouchon extérieur a été perdu depuis longtemps, mais cela ne justifierait pas que l'eau entre, car le tube aurait dû rester étanche. J'avais tenté vainement d'acheter ce bouchon chez le fabricant. Impossible, il fallait racheter une échelle complète. Travaux du jour : ponçage, décapage, collage, vissage, séchage, fabrication d'un bouchon artisanal et rangement du coffre.

Fabrication d'un bouchon dans un emballage de polystyrène
Le Pinger dans son seau, prêt à servir

Deuxièmement, nous avons aussi profité de l'attente pour commander un "pinger" de Fishtek Marine chez IsiFish à Concarneau. Un "pinger", c'est un dispositif qui émet des ultra-sons à 40 kHz dès qu'il est plongé dans l'eau. Les pêcheurs en installent dans leurs filets pour éloigner les cétacés et éviter de les y piéger. Le nôtre sera installé dans un seau à l'arrière du bateau, prêt à être jeté à l'eau en cas d'apparition d'orques facétieuses, celles qui viennent croquer les safrans des bateaux de plaisance, voire les couler à coups de tête dans la coque. Il paraît qu'elles jouent sans agressivité, et comme c'est une espèce protégée, on n'a pas le droit d'interagir physiquement pour protéger nos vies. Dont acte.

Malgré le bon temps passé à Muxia, il y a un moment où la question se pose de savoir pourquoi nous sommes ici. A priori pour voyager. Nous tenons quotidiennement notre briefing météo, avec la remarquable application Windy. Il est un peu loin le temps de nos jeunes illusions où nous envisagions d'attendre que tous les voyants soient au vert, tout en sirotant un Rioja. La période est plutôt au compromis. Tu préfères de la houle ou de la pluie ? Du vent portant dans l'air froid ou tirer des bords dans l'air tiède et humide ? Cette zone de l'ouest galicien est sur le chemin de toutes les dépressions atlantiques. Pour y échapper, il faut descendre plus au sud, il faut se sortir de ce coin coinçant. Précisons pour ceux qui sont loin du milieu nautique que le bateau s'en fiche. Il a été taillé en catégorie A de conception et peut donc affronter toutes ces situations sans broncher. Disons-le clairement, le maillon faible, c'est l'équipage.

On prépare un départ pour le 27. C'est donc l'option faible houle et pluie. Au lever, les trombes d'eau qui fouettent le pont dans le noir nous dissuadent d'enfiler nos cirés. On reporte au lendemain : option ciel clair, air frais, vent favorable et houle.

Le 28, finalement, on s'arrache de Muxia au petit matin.

Santuario da Virxe da Barca, vu de la mer

Les éléments sont conformes aux prévisions. Merci aux météorologues et leurs gros ordinateurs. C'est d'ailleurs en vérifiant le vent à la sortie du port que je vois vitesse du vent égale "00" sur l'afficheur. Je bous intérieurement. "Encore un informaticien qui a cru bien faire en faisant un calcul sophistiqué au lieu de juste m'afficher ce que donne le capteur". Je tripote les menus, rien. Je re-bous "encore cette fichue ergonomie des équipements Garmin". Tant pis, la vitesse du vent est secondaire en navigation, on s'en sort très bien en l'estimant au pif. Avançons. Une fois en mer et le bateau sur sa route, je reprends l'investigation. Panne informatique ? électrique ? connectique ? Pourtant la girouette donne bien une information correcte et l'anémomètre doit bien être en train de tourner, non ? Ah tiens, non, il ne tourne pas, il a disparu. La petite turbine avec ses godets est bel et bien absente de la tête de mât. Probablement arrachée lors d'un passage très venté ces derniers jours.

Trop loin, trop brumeux, trop houleux, nous avons même oublié de photographier le célèbre Cabo Finisterre. Endroit pourtant symbolique pour nous deux, puisque nous y étions venus en juillet 2017 en voiture et nous étions promis d'y revenir en bateau, puis plus tard à pied, par la route de Saint-Jacques de Compostelle.

Il y a un avantage au moins à voyager en novembre : nous évitons les hordes de plaisanciers dans les marinas, les hordes de touristes dans les restaurants et nous pouvons arriver à peu près n'importe où sans avoir réservé. Si c'est ouvert, il y a de la place, surtout pour notre petit bateau. Ai-je dit que dans la catégorie des plaisanciers navigateurs au long cours, nous faisons partie des plus modestes navires ? Dans les séminaires et formations de 2021, les couples que nous avons côtoyés possédaient au minimum un 42 pieds (12,60m), voire un catamaran.

L'arrivée dans la baie de Muros nécessite un examen attentif de la carte pour parer les bancs de sable et les récifs situés assez loin de la côte. Dans ces régions, le balisage est moindre que celui auquel nous ont habitués les Phares & Balises en Bretagne, riche de siècles de travail soigné et intelligent.

A la radio d'abord, puis dans la marina, nous sommes reçus par le célèbre Pedro en personne, qui se déplace sur le ponton, nous aide à passer les amarres, nous accueille en Français et nous donne les informations sur les services disponibles.

Notre guide nautique (Imray - Espagne Portugal, par Martin Walket & Henry Buchanan) date de 2017. A l'époque, certains ports étaient réservés aux bateaux de pêche. Le développement rapide a doté la côte galicienne de marinas d'excellent niveau d'équipement. En cette fin novembre, nous apprécions la perspective d'avoir un ponton avec de l'électricité, puis une douche chaude, même si la zone de mouillage forain en face de la ville paraissait bien attirante.

C'est un plaisir de déambuler dans les rues étroites de Muros. A deux pas de la marina, nous nous attablons chez Don Bodegón pour quelques délicieux mariscos y peixe (pescado en Espagnol). Il y a aussi un supermarché Gadis tout près du port.

La récolte de moules du jour, en attente de déchargement
Demain il fera soleil

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Publié le 6 décembre 2022

Dernières balades à Muros

La météo, toujours maître de notre agenda nautique, promet une grande sérénité pendant trois jours. Cela veut dire une mer apaisée, avec seulement la longue et belle houle de l'Atlantique, très peu de vent et du froid. Dès le coucher du soleil, la température chute dans le bateau, 9°C la nuit. On active le chauffage intérieur le soir et au lever.

Les derniers moments à Muros se passent à déambuler dans les rues bordées de maisons à galeries avec des arcades en rez-de-chaussée, souvenir d'un passé commercial actif.

Le centre de Muros
Pain à l'huile d'olive

La victoire de l'étape : il n'y a plus d'eau dans le coffre arrière. C'est étanche !

Navigation de Muros à Baiona

1er décembre

Dès quatre heures du matin, les bateaux de pêche partent à intervalle régulier pour la récolte dans les parcs à moules. Nous nous glissons entre deux départs.

La journée s'avère une magnifique navigation. Avec du vent enfin portant (un peu), Tusitala allonge la foulée. Notre plan B du jour était de nous arrêter à Ribeira. Notre ami Bernard, grand connaisseur de l'Espagne et de sa langue nous avait fortement recommandé un arrêt à Pontevedras. Mais il y a vraiment beaucoup de route pour aller jusqu'au fond de cette ría et quand nous passons au point où on pourrait tourner à gauche, le bateau marche tellement bien que l'idée de couper ce bel élan me fend le coeur, avec en plus la perspective alléchante d'atteindre Baiona en un bond. On continue donc.

- Chouette ! - Quoi ? - Chouette, je te dis. Dialogue imaginaire ; je suis de veille, Liliane dort. Du coin de l'oeil je capte sans trop y prêter attention le passage d'un oiseau. Il y a beaucoup d'oiseaux en mer qui approchent, font le tour du bateau, espérant sans doute trouver quelques sardines ou maquereaux égarés dans le sillage, puis repartent. Mais le vol d'un oiseau de mer est incisif, rapide et planant. Vaguement conscient que les mouvements d'ailes sont différents de l'habitude, je me retrouve nez à nez (?) avec une chouette posée sur le roof. Un échange de regards interloqués et elle s'enfuit. Moi je ne peux pas aller bien loin. Pas d'alcool en mer, je vous ai dit. Hallucination de fatigue ? non, je suis bien reposé. Je la vois faire un autre tour, j'ai le temps de sortir mon appareil photo. Elle se pose sur le panneau solaire et scrute l'étrange objet flottant, m'observe. Je bouge le moins possible. Le bateau fait des embardées, cela doit ressembler à une branche agitée par le vent, elle tient bon. Finalement, elle s'envole, encore un tour de salutation et la voilà qui s'éloigne vers la côte.

Si un ornithologue s'intéresse à cette observation, les coordonnées précises sont N42°35,0' W009°08,2' le 1er décembre 2022 à 11h00 (Z+1).

A l'approche des îles Cies, réputées pour leur beauté et leur intense fréquentation estivale, au point qu'il faut demander une autorisation d'accès, le vent tombe vraiment et nous remettons au moteur. Un agréable cheminement le long des plages et des rochers du côté intérieur du Golfe de Vigo. "Why not drop the anchor and boil the kettle ?" La proposition de passer la nuit dans un mouillage désert reçoit un accueil mitigé dans l'équipage. La température de la nuit va tomber encore plus bas qu'hier. Nous irons donc à la marina, bénéficier de l'électricité pour notre micro chauffage à bain d'huile.

Approche des îles Cies
De beaux mouillages déserts

Un dernier petit mille nautique et nous serons au port. Ah tiens ! un appel de Vigo Trafic à la radio. Un porte-container va sortir par le chenal sud, et un remorqueur y entrer. Normalement, théoriquement, tout calcul fait, on a le temps de le traverser le chenal bien perpendiculairement juste avant qu'ils arrivent, avec deux minutes de marge, mais quand on les voit grossir à toute vitesse, je me dégonfle, on fait un petit demi-tour et on se met en attente. Je les trouve beaux.

Dans les rails de sortie de la baie de Vigo

L'approche du Monte Real avec ses remparts crénelés adossés à la mer et la lumière du soleil couchant est grandiose comme un château de Disneyland ! De nombreuses barques de pêche sont éparpillées juste derrière les gros rouleaux sur les récifs.

Collector

A la marina de Baiona, le marinero vient prendre nos amarres. La nuit tombe, l'Algeco des douches est glacial et vétuste. Juste après les formalités, on s'apprête à se calfeutrer dans le bateau quand un voisin de bateau s'approche et nous parle en français. Ce compatriote, qui se fait appeler Toto (Thomas), et avec son équipière Gwen sont venus d'Auray sur Ty Rando. Comme souvent constaté, beaucoup de Français et d'Anglais naviguent en toutes saisons, et aussi des Allemands, des Danois, quelques polonais. Après quelques échanges sur nos trajets vers le sud, on convient qu'on fera un apéro à l'occasion d'une prochaine étape.

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2
déc

2 décembre

Visiter ? Non, le programme dit qu'on doit avancer si on veut enfin toucher les alizés. Programme un peu amendé quand même, puisqu'on va probablement attendre début 2023 pour transater (*). Anyway, keep the pace and stick to the program !

Départ tôt. La météo est favorable. Au lever du jour, on compte quarante-quatre petites barques de pêche d'un côté de la baie de Baiona et une demi-douzaine derrière les brisants. Nous nous glissons au milieu de cette intrépide armada. Comme en montagne, le paysage au lever du jour et du soleil est la récompense de l'heure matinale du réveil.

La matinée se passe au moteur sur une mer lisse. Ce moment de grand calme permet de faire avancer certaines tâches de la todolist. Comme la bôme balance et grince dans la houle, il est temps de mettre en place le frein de bôme (video dans l'article "Tech"). Déjà gréée et testée l'an dernier, améliorée et préparée depuis plusieurs mois, cette nouvelle mise en place permet de vérifier le fonctionnement et de définir les matelotages restant à faire (une video en préparation dans l'article Tech). Ça avance, ça avance.

Essai du frein de bôme

La visite d'un banc de dauphins (jamais compris pourquoi on dit "banc", bien qu'ils soient des mammifères, alors qu'on dit un "veau" pour le petit dauphin) anime un peu la journée.

En tout début d'après-midi, nous sortons des eaux territoriales espagnoles. Nous sommes au Portugal !

A l'arrivée, une courte remontée du Rio Lima conduit à Viana do Castelo. Passage tendu, à cause du courant, de la faible profondeur et des informations du Guide nautique sur l'envasement aléatoire de l'entrée de la marina.

Le pont pivotant (rosé) et le pont double (vert)

Au premier abord, c'est troublant de parler Français quand on voyage à l'étranger, on voudrait bien faire l'effort de parler leur langue, mais faute de l'avoir apprise, on se limite au vocabulaire de politesse. A l'approche de la marina, la conversation à la radio commence en Anglais, comme il se doit, mais mon accent est vite détecté. Pour l'efficacité ou par courtoisie, notre interlocuteur bascule au Français, que la plupart des adultes portugais de notre génération maîtrisent bien, pour l'avoir apprise en première langue.

C'est un peu compliqué de comprendre comment fonctionne l'accès. Il y a un pont ouvrant. A la radio, après une longue minute de réflexion sur les dimensions pourtant ordinaires de notre bateau, on nous dit qu'on peut entrer sans autre précision. Sur le rebord du quai, le marinero nous fait signe d'aller en face nous mettre à couple d'un autre bateau, qui est amarré sur pendille, comme en Méditerranée. Galère prévisible. Et galère effective. Tentative d'attraper notre propre pendille, noire de vase et trop courte pour aller jusqu'à l'avant du bateau. On renonce et on s'amarre directement au bateau d'à-côté. Pourvu qu'il n'ait pas décidé de partir dans la nuit...

La marina est sous le pont à deux étages construit par Eiffel (il a beaucoup voyagé M. Eiffel), un pour la route et un pour le métro. L'étage du métro retentit toutes les cinq minutes d'un tonnerre de roulement de la rame. Heureusement, il s'arrête la nuit.

A la Capitainerie pour les formalités d'arrivée, je retrouve juste au guichet nos jeunes navigateurs français d'hier. Décision immédiate que l'apéro, c'est ce soir ! Echange de numéro de portables.

Retour au bateau, préparation pour la douche. On fait l'immense tour du bassin pour aller jusqu'aux sanitaires. Mais ? Flûte, il faut une clé, une vraie en métal, que la Capitainerie a omis de nous donner et que j'ai omis de demander. Les bureaux sont fermés. Frustration... Thomas et Gwen nous sauvent, grâce au numéro de portable échangé, en nous prêtant leur trousseau de clés (une clé pour les douches femmes et une pour les douches hommes).

Apéritif fort sympathique, où chaque équipage raconte son parcours et son projet, mille-feuille d'histoires vécues, d'envies, d'interrogations et d'incertitudes. Il sera bien tard quand Thomas et Gwen quitteront le bord en nous souhaitant bon vent. Une belle rencontre.

(*) "transater", comme "dégolfer" est un néologisme familier des candidats à la traversée de l'Atlantique. Je ne crois pas qu'on dise "transméder" pour la Méditterranée, ni "transpaquer" pour le Pacifique.

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3
déc

3 décembre

Visiter ? Non, pas cette fois-ci. Shut up and keep sailing south.

Nous partons assez tard de Viana do Castelo, à cause de cette difficulté à connaître la hauteur d'eau pour passer le seuil de la marina, qui communique avec le Rio Lima en passant sous le pont tournant. Les cartes et autres documents nautiques se gardent bien de donner la profondeur, parce que ces endroits s'envasent constamment, que les gestionnaires de la marina draguent peut-être rarement le fond et en tout cas évitent de garantir une profondeur minimale. La veille, la Capitainerie me montrait une feuille de hauteurs affichée au mur. Mais ce sont tout simplement les hauteurs de la marée. Alors oui, à la pleine mer il y a trois mètres, ça passe. Mais avant ? Impossible de faire comprendre que je voudrais connaître le minimum à la basse mer, pour ensuite calculer à quelle heure il y aura le 1,65m nécessaire pour Tusitala. Finalement, le marinero m'avait dit "à dix heures, c'est bon", un peu au pif, mais avec l'assurance du type qui est là tous les jours.

Bon, finalement nous nous préparons pour un départ à dix heures. On regarde la hauteur de la pile du pont, Liliane exhume la photo de la veille et on constate qu'il y a beaucoup plus d'eau que lorsque nous sommes entrés. On aurait donc pu partir beaucoup plus tôt. Et hier la question de la hauteur d'eau ne s'est pas posée parce que la personne qui m'a répondu à la radio m'a demandé le tirant d'eau et ensuite m'a dit "c'est bon, le pont est ouvert, vous pouvez entrer". Mystère pour savoir comment ils font pour savoir si ça passe. Parfois ça ne passe pas. Le guide nautique relate qu'un bateau s'est échoué dans l'entrée.

De l'eau, de l'eau

Une belle journée calme.

Une étape quasiment entièrement au moteur. Avant d'accepter ça, la mort dans l'âme, en murmurant une silencieuse prière d'excuse à son bateau, les voileux tentent à peu près tout ce qui est possible : essayer plusieurs réglages de voiles, changer un peu de direction, passer de longues minutes en se traînant à deux noeuds pour bien laisser une chance au vent de revenir, interpréter la moindre risée qui propulse à nouveau le bateau à trois noeuds comme l'évidence qui revient, s'adonner à la superstition en sifflant pour le faire venir (il paraît aussi que planter un couteau dans le mât a cet effet, mais nos mâts sont maintenant en aluminium). Aujourd'hui, nous tentons de lancer le spi (*). Avec ses cent-quinze mètres carrés, il devrait capter le moindre souffle. C'est compliqué un spi : le sortir du sac sur la plage avant, retrouver son écoute, sa drisse, la bosse d'amure, toutes manoeuvres qui, depuis octobre, ont progressivement migré vers les fonds de coffres, retrouver la poulie de bosse d'amure au fond d'un tiroir, la monter sur la delphinière, gréer tout ça attentivement en vérifiant avec les yeux, les mains et le cerveau qu'il n'y a pas de torsade, hisser en tête de mât, puis déployer la chaussette (merci M. Tabarly, inventeur de cette merveilleuse simplification)... vingt minutes plus tard, la réalité nous (me) saute aux yeux, le vent est vraiment nul (sans jugement de valeur, c'est Juste sa valeur). Rien à voir avec la panne de l'anémo cette fois-ci. Bon nous rentrons tout ce bintz et reprenons la route, la bonne, au moteur. A mille huit-cent tours, sur mer calme et sans vent contraire, il nous propulse à cinq noeuds.

Instantané des quelques secondes du spi gonflé

Aujourd'hui la mer est lisse mais pas plate. La différence ? Il reste une longue houle (période treize secondes environ, comme prévue par la météo). La houle est la mémoire d'une agitation passée et parfois très lointaine. Dans les prévisions météo, on trouve toujours la valeur de la houle et celle de la "mer du vent", c'est à dire les vagues qui sont créées localement par le vent. L'addition des deux s'appelle la "mer totale". La houle, je trouve ça beau c'est élégant, c'est une douce respiration de la mer, dont l'un des effets notables est de cacher souvent les casiers de pêcheurs, qu'on découvre donc au dernier moment. Et il y en a beaucoup des casiers de pêcheurs par ici, parce que nous longeons la côte en restant à environ trois milles nautiques et que les portugais et les espagnols adorent pêcher.

L'approche de Póvoa de Varzim fait longer d'immenses plages de sable.

La longue houle
Póvoa de Varzim

A l'arrivée, il y a un ponton d'accueil et toutes les places de la marina sont libres. La marina est totalement vide. On comprend ensuite que la partie réservée aux plaisanciers de passage est invivable à cause du ressac qui entre, malgré les deux brise-lames. La Capitainerie nous accompagne avec leur pneumatique jusqu'à la marina des résidents permanents et nous octroie une belle place. Deux personnes nous prennent les amarres. Quel service ! La marina dispose d'un accès sécurisé par empreintes digitales.

Póvoa de Varzim

Nous trouvons le froid perçant, et nous nous souvenons que nous avons préparé nos affaires personnelles en juin, pour un départ hypothétique en juillet. Alors en décembre, forcément nos vêtements sont un peu légers. Les illuminations de Noël sont partout dans les rues de Póvoa de Varzim. Il est assez répandu que les restaurants en Galice et au Portugal sont excellents. Ici, la bacalhau est proposée partout.

4 décembre

A Póvoa, c'est l'occasion de faire une grande lessive dans une lavandaria publique particulièrement bien équipée. Comme il pleut, il nous faut un sèche-linge, sans possibilité d'étendre sur le pont du bateau. En voyage, la logistique est une jonglerie perpétuelle avec les contraintes.

Magnifiques pontons larges et propres à Póvoa
Plus tonique qu'un ciel bleu-bête

Il est temps de refaire des provisions. Notre chariot à roulettes est de sortie. Nous avons fait le choix de ne pas emporter de vélo, ni de trottinette électrique. Le bateau est vraiment plein. Google Maps est notre ami, qui permet d'identifier les distances à pied des supermarchés les plus proches et leurs horaires d'ouverture. J'imagine mal comment pouvaient faire les vikings et les phéniciens sans Google Maps. On profite avec plaisir des produits locaux (moules, ananas, bananes...).

C'est aussi l'occasion de parcourir le bord de mer, aujourd'hui côté terre.

(*) "spi" ou "spinnaker" : une grande voile de vent portant en forme de grosse bulle, faite de toile légère. Capricieuse, parfois. Fragile, toujours. Très jolie, une fois établie.

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5
déc
5
déc
Publié le 12 décembre 2022

5 décembre 2022

Aujourd'hui la mer est plate, mais pas lisse (l'inverse d'hier, pour ceux qui suivent). Pas de houle, mais du clapot levé par la brise soufflant de terre. Cette journée est une des rares entièrement à la voile. Pas du portant quand même, faut pas exagérer le rêve, mais nous apprécions ce bon moment de navigation.

Dans cette zone, la côte est une longue ligne droite sablonneuse et basse, comparable à celle des Landes. On y trouve très peu d'abris côtiers. La contrainte de navigation supplémentaire à prendre en compte est l'état des barres. En effet, l'embouchure des fleuves qui hébergent ces abris est systématiquement obstruée par un banc de sable à l'entrée, formant un haut-fond. Selon l'état de la houle, l'entrée peut devenir impraticable. Cela dépend évidemment du tirant d'eau de l'embarcation et de la hauteur de la houle. Un site officiel portugais donne un Estado das Barras quotidien sous forme d'une recommandation tricolore : vert, c'est ouvert à la navigation ; rouge, c'est fermé ; orange, il est recommandé d'attendre que la marée monte, selon son tirant d'eau. Les distances entre les abris à partir de Póvoa de Varzim varient entre trente et cinquante milles nautiques, ce qui impose de bien réfléchir à l'état de la barre qu'on est susceptible de trouver au départ et à l'arrivée. Evidemment entre le moment du départ celui de l'arrivée, la houle peut s'avérer différente des prévisions.

Le vent reste parcimonieux dans ses dons. Après une belle trace directe, avec un près le plus soigné que nous ayons pu, les derniers milles sont face au vent. On ne va quand même pas mettre le moteur maintenant, il est encore tôt. On tire donc des bords jusqu'à l'embouchure du Douro, ce qui nous fait passer plusieurs fois devant la côte urbaine.

Le chenal de remontée vers Porto est assez large, peu profond sur les bords mais bien balisé, il suffit de suivre les bouées. Une grande émotion d'entrer dans ce lieu chargé d'histoire, et aussi parce que revenir à Porto en bateau est une promesse de longue date que nous nous étions faite en 2017 lors d'un voyage touristique.

Sur la rive gauche du Douro, Vila Nova de Gaia est la ville qui fait face à Porto. Nous sommes amarrés à Douro Marina, trois kilomètres et demi en aval du célèbre Pont Luís 1er, construit par Eiffel.

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6
déc
6
déc
Publié le 14 décembre 2022

6 décembre 2022

Nous pouvions difficilement faire escale à Vila Nova de Gaia sans aller faire une balade dans Porto. Un taxi nous monte jusqu'à la Praça da Batalha, où nous espérons trouver le tramway n°22, qui est à Porto ce que la ligne 28 est à Lisbonne : un tour du centre-ville et des environs pour la modique somme d'un ticket urbain. Mais les rails restent désespérément vides. On apprendra plus tard que les lignes du centre-ville sont fermées. Une déambulation dans les rues animées nous conduisent au marché couvert. Achat coup de coeur : pimientos de Padrón, que nous n'avions pas pu acheter en Galice.

En continuant dans le sens de la descente, on aboutit inévitablement au bord du Douro. Le linge qui sèche aux fenêtres et les paraboles satellitaires témoignent que la ville est vraiment habitée, même si les effets d'aubaine d'un immobilier peu cher pour les Européens de tous horizons ont fait monter les prix au grand dépit des Portugais.

Aucun respect pour cette noble institution fiscale

Un funiculaire nous remonte à hauteur du Ponte Luís I, majestueuse enjambée au dessus du fleuve, où piétons et tramway se croisent.

Quelques selfies plus tard, nous remémorant nos vacances de ski, le téléphérique "à oeufs" nous descend sur le rive gauche, où se situent les caves du fameux vin.

Nous faisons les touristes jusqu'au bout et suivons la piste du ticket promotionnel qui nous a été donné dans le téléphérique. Bonne surprise ! la cave est accueillante à la fois par la décoration chaleureuse et par l'accueil (dans un Français parfait évidemment).

Quoi de plus connu que le goût d'un vin de Porto, croyais-je ? Surprise, sur les conseils de notre serveuse avisée, la dégustation de Porto nous fait découvrir des saveurs inconnues. Et si on essayait maintenant le blanc sec ? Si bien qu'on ressort de là avec une bouteille. Leur ticket de dégustation promotionnelle a bien fonctionné avec nous.

Retour à pied by night à Douro Marina.

Camille Pissaro ? Edouard-Léon Cortès ? No, Liliane Durand !
Pimientos de Padrón faits maison
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7 décembre 2022

Petit tour dans la Vila Nova de Gaia. Nous sommes surpris de découvrir un lavoir en service, très différent des lavoirs qu'on entretient dans les villages de charme pour alimenter les machines à photographier touristiques. L'eau de lavage coule en permanence, il est entretenu par la municipalité et il est régulièrement utilisé par les habitants du coin. Il y a même un étendoir public à l'extérieur.

Il est temps de préparer le bateau pour le prochain départ.

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9
déc

9 décembre 2022

Départ prévu au lever du jour. La veille, nous avons payé les nuitées et prévenu de notre départ. Au petit matin la pluie tombe dru. Nous faisons confiance à la météo qui assure que cela ne durera que la matinée. Les marineros viennent récupérer les cartes de sanitaires au petit matin et nous aider à "dé-marrer". La fin du jusant nous aide à vite sortir du Douro, peu rassurant avec ses brisants de chaque côté. C'est purement psychologique parce qu'au milieu, la profondeur est largement suffisante pour nous et que la barre est déclarée ouverte. Mais bon, je flippe un peu quand même.

Aberta, pas de doute, aberta.

Une fois nos cirés bien trempés par les manoeuvres de mise en route, on peut se réfugier à l'intérieur, d'où ce bateau (merveilleux, vous l'ai-je dit ?) permet d'assurer une veille parfaite de la route tout en restant à l'abri. La côte est intensément monotone. Des plages de sable rectilignes pendant toute la journée, le tout noyé dans la brume du temps pluvieux. Pas un casier de pêcheur, forcément, puisqu'il n'y a aucun port. Des dauphins viennent nous rendre visite.

Comme prévu, le temps s'éclaircit en début d'après-midi et un légère brise nous porte (littéralement, c'est une première d'être au vent arrière) vers la fin jusqu'à l'embouchure de la Ria de Aveiro.

Au milieu des dunes de sables, c'est un ancien marécage rempli de canaux et de boucles, partiellement utilisé par les militaires et des ports industriels. Poussés à six noeuds par un puissant courant du flux, nous remontons donc un vaste chenal entre des docks couverts de citernes d'hydrocarbures et des îles couvertes de joncs, pour emboucher un petit havre, la Baia de São Jacinte. Vaguement dubitatifs sur ce qu'on allait découvrir, nous suivons avec une attention redoublée les quelques bouées de guidage au milieu des bancs de sable, un oeil sur la carte électronique et l'autre sur le sondeur. "Et, mais dis donc, c'est le bateau LSO (Liberté Sur l'Océan) qu'on voit ancré au milieu de la baie !" Un équipage familial de Québécois qu'on a rencontré à Póvoa de Varzim. Nous les saluons de loin et nous allons nous ancrer un peu plus loin. Il y a beaucoup de place, surtout si on prend pour référence un mouillage aux Glénan au mois d'août. Quand même, c'est un SCOOP ! le premier mouillage forain depuis notre départ. D'accord, il n'y aura pas de douche chaude ce soir, ni de petit chauffage d'appoint dans la nuit, mais c'est magnifique ! Heureusement que sur la plage on aperçoit des palmiers. Nous approchons des tropiques...

Le bac traversier entre les rives de la ria

On aperçoit aussi amarré sur corps-morts un trimaran Ultim démâté et passablement abimé (Emotion, ex-Gitana XI) après avoir chaviré en 2019.

A terre, nous apercevons des palmiers. Nos doutes se dissipent, nous approchons bien des Antilles.

La nuit tombe vite en cette saison. Le rangement du bateau pour la nuit et la préparation de la navigation du lendemain occupent une partie de la soirée. L'état des barres est vert. Demain on pourra avancer.

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10
déc
10
déc

10 décembre 2022

Au lever du jour, nous levons l'ancre du plan d'eau calme de la Baia de São Jacinto dans la Ria de Aveiro. Les deux autres bateaux ne donnent pas signe d'éveil matinal. Chaque projet de voyage porte son calendrier, plus ou moins contraint. Nous avons passé une bonne nuit, le bateau s'est promené doucement au bout de sa chaîne et l'alarme de mouillage est restée silencieuse. De plus, la température a été étonnamment douce, du moins par rapport à celles, parfois négatives, que nous annoncent la famille et les amis en France ou à Montréal.

Les mouvements de la nuit dans le cercle de vingt-cinq mètres
Les plages de sable continuent
Un cargo à l'ancre attendant son tour pour entrer

La journée commence par un bon vent de travers. Génial ! les deux tiers du trajet à sept noeuds, avec des petits surfs à neuf.

Puis le vent tombe, c'était prévu.

Théorème : "S'il y a suffisamment de vent pour faire tourner les éoliennes, alors on peut faire route à la voile". Oui, mais en fait, non. Avec huit noeuds de vent, La bateau avance, mais il a du mal à rester calé sur son bouchain, la houle d'ouest, composée avec celle du sud donne une mer croisée qui nous ballotte et fait battre douloureusement les voiles. Par pitié pour elles, nous affalons tout.

Le Cabo Mondego met fin soudainement aux quinze kilomètres de plage rectiligne (*). D'ailleurs, de loin on dirait une île. Juste derrière ce promontoire s'abrite la ville de Figueira da Foz (prononciation), sur la rive nord du Rio Mondego.

La possibilité d'une île

Cette embouchure de fleuve est régulièrement draguée, pour garantir qu'elle soit ouverte au trafic le plus souvent possible. Dont acte, quand nous arrivons, le dragueur est à l'oeuvre dans la passe. Juste le temps de me remémorer la signification de ses feux de mât : Rouge, Blanc, Rouge, qu'on croise assez rarement ("Navire à capacité de manoeuvre restreinte faisant route" ; tous les chefs de bord qui lisent ce blog le savaient par coeur, j'en suis sûr 😉). L'entrée du fleuve et de la marina, logée dans une boucle, sont faciles. Ici, il suffit d'accoster directement le ponton visiteur et se présenter au bureau. De toutes façons, l'employé de la marina est seul pour tout gérer, il ne viendra donc pas nous aider ou nous placer.

Comme c'est aussi le ponton carburant, nous lui demandons la possibilité de faire le plein. C'est possible mais il doit appeler "quelqu'un". Vingt minutes plus tard, arrive une dame qui déverrouille la pompe et nous la fait passer. Sans doute que cette dame tient en même temps une pompe à essence en ville.

En attendant Godot, Nadeau, ou la pompiste

La Capitainerie nous laisse choisir notre place. En basse saison, il y a l'embarras du choix. Il y a beaucoup de courant dans l'enclave du port. Bizarrement l'eau rentre encore assez fort quand la marée commence à descendre, probablement sous l'effet perturbateur du fleuve, difficile à comprendre. Il charrie en permanence des troncs d'arbre et de grosses plaques de nénuphars.

Notre voisin de ponton est un Suédois qui vit à bord de son vieux gréement depuis vingt ans. Il compte passer l'hiver ici et ensuite il ne sait pas s'il va en Afrique du nord ou peut-être contourner l'Afrique par le sud pour aller dans l'Indien. Difficile dialogue intérieur du solitaire.

(*) Les promoteurs s'emploient à mettre fin à l'anomalie de ces kilomètres de plages inhabitées : Le Portugal face aux palaces verts | ARTE Regards


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Le quartier autour de marina est assez désert. Les quelques brasseries animées sont celles du bord de la marina. Toutes les rues sont garnies de hauts-parleurs diffusant des chants de Noël en plusieurs langues.

Dans le port entrent quantités de bois et de plantes aquatiques charriés par le fleuve. De temps en temps, un employé de la marina vient collecter et repousser tous ces végétaux.

La perspective météo est peu enthousiasmante. Une grosse dépression sur les Açores a créé des inondations dans ces îles et il va donc nous arriver une grosse houle sur la côte du Portugal dans un ou deux jours. Les abris suivants sont loin, difficiles d'accès avec le problème des barras, y compris l'entrée dans Lisbonne. Déjà, aujourd'hui celle de Figueira da Foz est condicionada. Pour poursuivre la route nous allons avoir plusieurs jours de vent de sud. Précisément la configuration vent et houle de face que nous nous étions promis d'éviter. De plus, cette fois-ci ce serait sous la pluie tous les jours. Bon, si on veut éviter cette situation déplaisante, il paraît de plus en plus hypothétique qu'on arrive à Lisbonne avant la date permettant de croiser nos familles à Noël. La perspective de faire les dernières étapes "à l'arrache" nous déplaît, c'est une incitation à prendre des risques, juste pour tenir un calendrier. Nous décidons donc d'arrêter là, puisque la marina est libre et apparemment pas trop remuante.

Résumons l'évolution de nos plans :

Plan A initial : Noël 2022 en famille aux Antilles ;

Plan B : bateau aux Canaries à Noël ;

Plan C : finalement Madère ce serait déjà pas mal ;

Plan D : bateau à Lisbonne à Noël, prêt à traverser pour Madère ;

Plan E : bateau à Figueira da Foz...

Dès le 11 décembre, nous nous préparons pour ce dernier plan. La marina confirme qu'on peut rester. Nous faisons chauffer le Wifi pour trouver les meilleurs moyens de rallier un aéroport et trouver les vols adéquats. Liliane partira à Montréal retrouver son petit-fils Nino et ses parents. Pour moi, à Paris c'est plus facile.

12 décembre

Le front pluvieux et venté passe sur la marina toute la nuit et ce matin. Le feu de la jetée est rouge. La barre de Figueira da Foz est fermée aux navires de moins de trente-cinq mètres. Par curiosité, on regarde l'état des ports plus au sud. Nazaré est ouverte, Cascais aussi. Si nous étions partis hier comme prévu initialement, nous serions passés de justesse. La fortune aurait souri aux audacieux que nous ne sommes pas.

Feu rouge à la sortie du port
De plus en plus de barres fermées ou conditionnelles

Une petite déception. Le coffre arrière de cockpit prend encore l'eau. Beaucoup moins qu'avant la réparation de l'échelle de secours, mais quand même encore un peu et donc trop. Il va falloir investiguer par où ça entre. Du travail en perspective pour après Noël...

Depuis que nous sommes sur la côte ouest de l'Ibérie, Galice ou Espagne, nous avons remarqué que l'air est rempli d'un bruit permanent, une sorte de grondement sourd, comparable à celui de la A86, pour ceux qui la fréquentent, ou celui de la cascade de Moustiers-Sainte-Marie, pour quelqu'un qui habiterait tout près. C'est le son des rouleaux qui se brisent sur la côte et qu'on entend à plusieurs centaines de mètres du bord de mer, tout particulièrement dans le silence de la nuit.

Les derniers jours à Figueira sont pluvieux, très pluvieux. Tout est humide et la condensation dégouline sur les cloisons en contact avec l'extérieur. Liliane dort côté coque (c'est son choix, hein, pas une brimade !) en évitant de toucher la paroi la nuit.

Fin de vie d'un génois...

A l'intérieur c'est l'occasion de continuer les petits travaux, notamment les amarres qui s'abiment. Noires, très élégantes, très souples, mais trop fragiles pour un usage intensif depuis Roscoff. Les tressages séduisants des amarres "modernes" s'accrochent souvent dans les anneaux brisés des filières, commencent alors à s'effilocher et ensuite des brins cassent, ce qui réduit la résistance de l'amarre. On ne peut pas prendre le risque de laisser le bateau amarré avec ce défaut. Dans un premier temps, j'avais fais un noeud de papillon alpin, ce qui permet de restaurer provisoirement sa résistance. C'est bien la première fois que j'utilise ce noeud. Sur une première amarre, j'ai bien tenté l'épissure de ses douze brins, ce qui m'a bien rappelé les scoubidous de mon enfance. J'y ai passé un temps fou et le résultat est un peu mastoc. Alors pour la deuxième amarre, j'ai opté pour la pince coupante (de toutes façons, Liliane se plaignait qu'elle était trop longue). Ensuite il faut ligaturer proprement les extrémités. Nous avons aussi en réserve deux amarres neuves, mais cette fois-ci (et dorénavant), nous avons acheté de classiques trois brins torsadés, beaucoup moins chères et plus faciles à épisser.

Noeud de papillon alpin
Profiter jusqu'au dernier rayon pour faire sécher
• • •

15 décembre 2022

Laisser le bateau deux semaines "tout seul" est un peu inquiétant. Le plan d'eau reste calme, même quand ça cogne dehors. Le feu rouge est toujours allumé, barre fermée. Nous ne regrettons pas notre décision d'interrompre le voyage. Nous sommes passés la veille à la Capitainerie déclarer notre départ, discuter des prix à la semaine, poser quelques questions sur la surveillance. Tout à l'air rassurant. Le matin, nous cochons soigneusement notre check-list départ, après avoir triplé les amarres et assuré tout ce qui pouvait battre dans le vent. Un dernier regard sur Tusitala ; sac à dos, c'est parti. Depuis deux jours, nous essayons de tirer de Google le maximum d'informations. Une même requête sur nos deux téléphones ne donne pas les mêmes horaires de bus vers Lisbonne ! les horaires obtenus la veille ne s'affichent plus de matin.

Lili grommelle (probablement)

Après avoir calmé nos illusions sur l'existence de taxis Uber, vingt minutes de marche nous amènent au terminal de bus et trains. Finalement, c'est l'horaire affiché sur le papier au mur qui fait foi, aussi parfaitement rigoureux et difficile à interpréter que ceux de la SNCF, avec des astérisques, des exceptions, des correspondances. Stress ! les guichets bus et train sont fermés. On nous assure que les guichets vont ouvrir. Effectivement, un quart d'heure avant le départ du train, il ouvre. On demande plusieurs fois les horaires, et l'employé nous répète inlassablement les informations (en Portugais, oui). On vérifie encore trois fois le numéro du quai, la destination du train. Allez hop ! Le train d'aspect extérieur rustique est à l'heure et confortable à l'intérieur. Nous traversons ainsi le sud du Portugal, assez copieusement inondé par les derniers jours de pluies.

Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître
Lili a retrouvé le sourire
Inondations

Correspondance, puis métro dans Lisbonne, niveau très facile. Hôtel près de l'aéroport, standard international où l'on croise des hommes d'affaire en costume cravate (souvenirs de boulot), des touristes en couple, et nous en polaire et parka, c'est à dire tout ce que nous avions de plus chaud (nous avons laissé les bottes au bateau quand même). Il promet de faire très froid à Paris et a fortiori à Montréal.

16 décembre 2022

Nos deux vols sont en retard, par suite de grèves à Charles-de-Gaulle et d'intempéries à Montréal, mais ils nous mènent à bon port. Les fêtes de Noël sont très proches. C'est un immense plaisir de retrouver nos familles, même brièvement, après ces mois loin d'eux. C'est aussi une intense surprise que de se voir spontanément convié à un chaleureux repas entre amis, "au pied posé" sur le sol français.


A bientôt le retour au Portugal.


[Sommaire] [Début article]

27
déc
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Publié le 2 janvier 2023

27 décembre 2022

Noël était un moment charnière, qui nous a permis de retourner dans nos familles en France et à Montréal en laissant Tusitala "seul" à Figueira da Foz. Point de sentimentalité excessive dans la personnification de notre navire, mais laisser seul au bout de ses amarres le bateau qui nous a hébergés et transportés et dans lequel nous avons investi une énergie considérable depuis bientôt deux ans laisse planer une vague inquiétude et une sorte d'urgence au ventre à le retrouver.

En attendant, Liliane et moi convergeons vers Lisbonne, une ville pleine de charme et d'animation. Même en cette saison, les touristes s'y pressent. Nous avions prévu de laisser deux jours de marge dans notre agenda, pour d'une part profiter de la ville et d'autre part laisser Liliane se remettre tranquillement à l'heure de l'Europe de l'ouest.

La barre d'entrée du Tage
Une (autre) barre émergée à marée basse

Balade à Lisbonne

Tous les touristes de la planète veulent prendre le tramway n°28. Il parcourt de bout en bout la ville historique, par ses rues étroites remplies de voitures et de piétons, avec ses montées et ses descentes, dans un bruit de quincaillerie joyeux. Tout ça pour un ticket à 1,50€ (et 3€ si on achète le ticket au conducteur ; il est donc préférable d'acheter une carte Viva Viagem dans le métro et de la charger de deux tickets au moins). Ce tramway, comme les autres, est utilisé aussi par les habitants, qui doivent apprécier modérément la cohue des visiteurs agités et bavards. Il y a une bonne heure de queue à son terminus, place Martim Moniz. Nous renonçons et flânons dans les rues du centre jusqu'au Tage rendu encore plus majestueux par la brume tenace. Plus loin, les arrêts du tram 28 sont moins remplis, mais les chauffeurs ne laissent monter qu'autant de passagers qui descendent. Cependant, comme tous les bus et tramways du monde, il se passe le phénomène d'encolonnement (le bus plein prend du retard et se trouve rattrapé par un vide, voire plusieurs), que nous mettons à profit pour y monter. C'est gagné ! et nous nous offrons un aller-retour complet de la ligne.

En route pour la balade dans Lisbone
Dos au Tage

Une autre attraction de Lisbonne est le grand ascenseur de Santa Justa en fer forgé qui permet de gagner 45 mètres de dénivelé. Là encore, l'affluence est proportionnée à la notoriété. La file d'attente est l'occasion une fois de plus de mesurer à quel point la langue française aimante les rencontres. Ce sont deux femmes turques qui entament une conversation avec nous dans un Français parfait. On se doute qu'elles sont éduquées dans une classe sociale qui valorise cet apprentissage comme un signe de distinction.

L'ascenseur de Santa Justa

Faut-il préciser que Lisbonne dispose, comme Paris, d'une myriade de petits restaurants où l'on peut goûter une excellente cuisine, pour un tarif, contrairement à Paris, tout à fait raisonnable. Nous en profitons avec plaisir. La vie nocturne est aussi très dynamique à Lisbonne. L'opportunité d'une soirée Balboa s'est même présentée, mais chaussures de randonnée au pied, assommés de fatigue touristique et en prévision du départ en train le lendemain, nous renonçons raisonnablement. Affaire de compromis.

Petit passage devant le mythique "Hot Club du Portugal", l'ancien qui a brûlé et le nouveau sur la même place en face, avec une longue file d'attente. Les plus grands joueurs de jazz sont passés par là.

Bacalhau sur lit d'épinards et pommes de terre
Façade de l'ancien mythique Hot Club du Portugal

Retour au bateau

Le train permet de traverser à nouveau sans encombres les paysages d'inondations. Nous retrouvons avec plaisir le bateau. Tout est en place. L'intérieur suinte d'humidité. Quelques autres bateaux préparent des festivités à leur bord.

Bar et bacalhau grillés

Encore à table, comme dirait notre ami Patrick. Oui, la barre est encore fechada, et la pluie tombe drue depuis notre retour au bateau.

La fin d'année approche. Le marché couvert fournit de quoi approvisionner un réveillon pour deux, sous le signe des crustacés. Avec du Champagne évidemment ! Que nenni. Sur les conseils enthousiastes et très précis du commerçant de la garrafeira Rótulos E Expressões, nous nous laissons tenter par une bouteille de blanc de blanc produit au Portugal. L'appellation "Champagne" est protégée, et il en avait du Champagne, mais tant les cépages que la technique de vinification produisent un excellent vin pétillant que nous avons envie de connaître. C'est le plaisir et une des raisons d'être du voyage.

En sortant, on doit laisser la bouée rouge à tribord. Des candidats ?
Doux et humide

Cette année, ce sera un réveillon à deux en tête à tête. L'intérieur du bateau est petit, mais nous avons peu de personnel. Nous restons connectés aux amis parisiens en écoutant des morceaux de swing (*). Dehors, la soirée se passe sous des trombes d'eau. Et chaque fois qu'il y a une courte accalmie, les alentours sur les quais retentissent de mini-feux d'artifices improvisés.

Fruit local, cultivé à Madère

(*) Merci Daniel, il nous reste encore 3950 heures à écouter...

1er janvier 2023

Bonne année à tous, les enfants, les parents, les amis. Etre loin par la géographie, et proches par le lien affectif (un peu comme un lien hypertexte d'ailleurs).

Depuis plusieurs jours, la météo semble favorable pour un départ le 2 janvier. Le 31, nous en avions déjà parlé à Carlos, le Capitaine de la marina. Il a l'habitude et il sait que le voyant sera orange, vue la hauteur de la houle prévue. Orange, c'est-à-dire que le passage sera conditionné à une longueur de navire supérieure à 11 mètres. Je tente de négocier que 10,60 mètres, c'est la longueur de la coque, mais que la longueur hors-tout avec les appendices avant et arrière est supérieure aux onze mètres requis pour avoir le droit de sortir. Rien à faire, c'est un professionnel. Sur le papier il est écrit "10,60m".

Ce jour-là, la longueur déclarée pénalise un peu notre argumentaire, pour aucun avantage budgétaire. Je sais bien que le Capitaine n'y peut rien, parce que sa responsabilité serait engagée s'il nous laissait déroger à la règle. La police s'abriterait derrière le document écrit si le bateau avait un problème dans le périmètre du port. Un instant, je me dis que rien ne nous empêche de partir quand même avant l'heure de son début de service. Mais pour les mêmes raisons, un assureur serait trop heureux de se défausser de son contrat en cas de problème.

Bien que ce soit jour férié, Carlos avait proposé qu'on l'appelle le 1er janvier (toujours cette incroyable amabilité qui nous est offerte à peu près partout où nous passons). Au téléphone, il confirme qu'on ne pourra pas partir le lendemain. Donc nous attendrons sagement le feu vert, au propre comme au figuré, qui devrait arriver le 3 janvier.

Patience, donc...

En attendant, dès que le soleil paraît, nous ouvrons tous les panneaux, nous sortons les équipements de coffres de cockpit pour éponger et faire sécher l'intérieur de ces coffres. Notre voisin suédois découpe carrément ses bâches de protection aux ciseaux. Sans doute ce rayon de soleil a-t-il des airs de printemps sous d'autres latitudes.

Chacun fait sécher ses équipements
"J'ai l'habitude que tu mettes le bazar" (Lili)
Jolie ligne classique, y compris les poulies en bois
Le "skiqper" bar (sic)

Avec Liliane, nous discutons du choix de la stratégie de route : descendre encore plus sud au Portugal ou tracer directement vers Madère, météo permettant ? D'un côté, il nous tarde de prendre le large en profitant des rares créneaux favorables, d'un autre côté, nous avons encore une affaire familiale à régler en Europe et ce serait plus facile si nous étions encore sur le continent.

Une bonne décision est une décision prise : nous irons plus au sud.


[Sommaire] [Début étape]

3
janv
3
janv

Cet article enchaîne trois escales sans grand rebondissement. Notre objectif est de filer au plus vite vers Lisbonne, comme décidé hier, et de ne plus nous laisser scotcher par la houle. C'est fou de partir pour une année de navigation et de se trouver à la bourre ! D'autres navigateurs nous assurent que c'est habituel.

De Figueira da Foz à Nazaré

3 janvier 2023

Le départ de Figueira da Foz se fait avec encore un jour de retard par rapport à nos plans, à cause de la houle dans l'entrée qui interdit les entrées-sorties pour notre taille de bateau. Patience. Le 3 janvier, ça devrait être bon, au regard de la houle qui s'est apaisée. Au petit matin nous nous préparons dans la nuit. Le feu de sortie est toujours rouge. Nonobstant, nous poursuivons notre procédure de départ. A l'inspection rituelle du moteur nous trouvons une micro-crevette dans le filtre à eau de mer. Elle est passée à travers les mailles pourtant très fines de la crépine d'entrée.

La météo est tout à fait calme et il n'y a plus de raison d'attendre. Alors que nous larguons les amarres, le feu rouge de sortie de la marina s'éteint. Subtil, il n'est pas passé au vert, juste éteint. Nous filons avant qu'il ne change d'avis, prenant soin de faire une photo témoin du feu tricolore (est-il légitime de le nommer "tricolore" ?). Dans notre sillage, un fifty polonais quitte le port, avec les parents et deux enfants.

Lili ne perd pas la boule

La journée se passe au moteur sur une mer apaisée, comme si elle avait pris un Tranxene ©. Destination Nazaré. La fin de la brise de nuit nous hale une petite demi-heure, puis nous lâche. Moteur. Tout droit, le long de la côte de sable étonnement rectiligne et basse.

Pas de Tranxene, mais un minuteur 10 minutes agrafé au col

L'arrivée à Nazaré est intéressante. La ville est posée au fond d'une baie ouverte sur un canyon sous-marin très profond. Ce canyon dévie la houle vers un cap où cela va générer des vagues particulièrement hautes vers la plage du nord (*). A cet endroit s'est déroulé le record de la plus haute vague jamais surfée (27 mètres). A contrario, la mer brise assez peu de l'autre côté et c'est là que la marina est installée. Même lorsque tous les autres accès de la côte ont fermé à cause de la houle, Nazaré peut encore laisser entrer et sortir les navires.

(*) il se crée une interférence entre l'onde incidente qui arrive de l'ouest perpendiculairement à la plage et celle qui aurait dû arriver juste au sud du cap, mais que le canyon fait dévier vers le nord. Cette interférence additionne (ou soustrait) donc par instant les hauteurs des deux ondes.

Le canyon sous-marin en face de Nazaré
La pointe où sont générées les vagues géantes et d'où les spectateurs observent
Très calme entrée de port à Nazaré

Contrairement aux indications de notre guide, qui date de 2017, l'accès aux places visiteurs est dans la marina privée. Les autorités portuaires ont installé de flambants bureaux et sanitaires d'accueil. Nous fiant au guide, nous sommes allés nous amarrer directement aux anciens pontons visiteurs. Le responsable de la Capitainerie nous y rejoint en voiturette de golf, nous explique que nous pouvons nous amarrer dans la marina, plus près de la ville. Fatigués, nous préférons ne plus bouger, d'autant plus que notre objectif est juste d'aller dormir et bénéficier des sanitaires. Pour les formalités, il me transporte en voiturette jusqu'aux bureaux, aller et retour. Si c'est pas du service, ça !

Nazaré

Nous ne visiterons donc rien de Nazaré. Cela fait penser aux planisphères du monde à gratter pour les voyageurs. J'en ai reçu en cadeau et j'ai commencé à gratter consciencieusement. Ça fait se poser de sacrées questions. A partir de quand peut-on considérer qu'on a visité un pays, une ville ? Suffit-il d'y avoir posé les chaussures, à l'exemple (caricatural) d'une simple escale à l'aéroport, fussions-nous restés cloîtrés dans le terminal aéroportuaire, pour gratter tout le pays ? toute la ville ? Et quand bien même y aurions-nous passé une très dense semaine touristique, avec visite méthodique des musées, des lieux réputés, des spectacles incontournables et balades dans les rues, peut-on considérer qu'on a "vu" la ville ou le pays ? Et même la France où j'ai toujours vécu, et Paris où j'ai habité plus de quatre décennies, est-ce que j'oserais les "gratter", considérant ainsi que je les connais, que je n'ai plus rien à y découvrir ? Parce que sur la carte, gratté, c'est définitif. Pfuit ! d'un coup de stylet, le pays gratté passe entièrement dans la catégorie "fait", "vu". On n'y revient pas.

Cela rappelle une expression fréquente entendue de voyageurs à leur retour : "on a fait ...". Remplacez les points de suspension par ce que vous voulez : Venise, Tokyo, le Machu Picchu, le Népal, et bientôt Mars (la planète). Je trouve cette expression un tantinet arrogante. Tout au plus chaque voyageur explore-t-il quelques maigres tranches topographiques, de l'épaisseur d'un regard circulaire, mais il affirme l'avoir "fait", c'est à dire coché sur la liste des choses "à faire".

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De Nazaré à Peniche

4 janvier 2023

Une étape entièrement au moteur. Bien sûr, les barres sont toutes ouvertes, parce que le vent est tombé depuis deux jours et la mer est plate. Il a fait très froid dans la nuit et au petit matin la mer "fume", c'est du brouillard d'évaporation. En arrivant vers treize heures au large des falaises du Cabo Carvoeiro, nous traversons le paysage lumineux avec les Îles Berlengas en toile de fond.

Ça sent l'approche de la sieste
Bien calée dans la toile de roulis

Puis, après avoir viré le cap, sous le vent de la ville de Peniche, l'air nous remplit de délicieuses odeurs de grillades. Cela évoque l'approche de la Corse au printemps, qui s'annonce par ses odeurs de maquis en fleurs.

Le port de Peniche est sillonné d'incessants passages de bateaux de pêche dépassant largement la vitesse limite de 3 nœuds peinte en gros caractères sur le mole d'entrée. Dans l'avant-port, nos appels à la radio, d'abord sur le CH11, canal officiel du port, puis à tout hasard le 16 et finalement le 09, des fois que notre guide nautique soit obsolète, n'obtiennent aucune réponse. Le ponton visiteur, assez petit, est plein. Nous nous mettons à couple d'un bateau en acier qui paraît approprié, c'est à dire pas trop haut de franc-bord pour que Liliane puisse enjamber et porter nos amarres sur lui. Il s'avère que c'est un bateau français Azteka, de Saint-Malo. Small world. Il faut dire que sur les routes Atlantiques à la voile, on trouve beaucoup de bateaux Français, des Suédois, des Allemands, quelques Néerlandais, quelques Canadiens Québécois et récemment un Polonais. Quand on se rencontre sur les pontons et qu'il faut être efficace (pour une manœuvre ou un renseignement), on parle tous en Globish, vaguement dérivé de la langue dont les Anglais se sont maintenant fait déposséder et qu'ils devront bientôt apprendre à l'école en LV1. Une fois qu'on se retrouve dans un contexte moins formel (au troquet, aux sanitaires, à la laverie), la langue de conversation devient un mélange épicé de plusieurs langues, assez comparable à celui qu'on entend dans la Cantina de Chalmun sur Tatooine (Star Wars épisode IV), chacun adaptant son "mix" linguistique à la compréhension des autres. De manière moins romantique, il se trouve que les voyageurs ont tendance à se regrouper avec leurs compatriotes. Pour faire court, tout cela limite considérablement le prétendu enrichissement culturel apporté par le voyage.

Les bureaux de la marina sont censés ouvrir à 16h, juste après la sieste, c'est parfait. En fait le bureau est très petit, hébergé dans un petit bâtiment partagé avec une agence de promenades en mer. Les sanitaires sont réduits à une douche et un WC par genre. Heureusement il y a peu de clients en cette saison, mais cela montre que ce port reste majoritairement orienté vers la pêche. C'est un débat constant dans les municipalités hébergeant des ports de pêche de savoir s'il faut investir pour accueillir cette étrange espèce de clients que sont les plaisanciers, et de savoir si l'économie locale va réellement en bénéficier. Les mêmes débats sur le partage raisonné entre plaisance, conchyliculture et pêche ont aussi agité nos littoraux.

-Marina Peniche do you read me ? - ... (silence)

Le responsable arrive, comme toujours très courtois et s'exprimant en Français. Il commence les formalités et à partir du nom du bateau, me cite notre état civil complet (les deux prénoms, etc.). Ah bon ! les marinas ont donc une base de donnée commune, système plutôt élaboré, même si c'est techniquement facile. Je n'ai jamais vu ça pendant nos escales en France. On est suivi depuis notre entrée au Portugal.

Passer dans un nouveau port est l'occasion d'observer les autres bateaux sur les pontons. Ici plusieurs bateaux au "look" du voyage au long cours, qui émane de certains signes. Notre voisin est un solide bateau en acier, au pont doté de magnifiques bollards. C'est le style des années 60, sur le modèle imprimé par Moitessier. Tout son accastillage est plein d'astuces facilitant la manoeuvre. On y sent une longue réflexion et optimisation. Plus loin, un bateau dispose d'un régulateur d'allure assez rare, doté d'une énorme pale aérienne, d'une pale pendulaire et d'un safran auxiliaire, la totale, un peu lourd à mon goût, mais probablement performant et d'une robustesse à toute épreuve. Promis, je ferai un topo sur le régulateur d'allure quand nous mettrons le nôtre en service. Pour le moment, il manque quelques matelotages pour qu'il soit totalement opérationnel.

La soirée nous permet de goûter du poisson grillé au restaurant Rocha, tout près de la marina. Les poissons, bar et dorade, sont servis grillés, ouverts en deux, accompagnés de légumes simples, juste ce dont nous avions envie, sans sauce élaborée. Nous le recommandons.

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De Peniche à Cascais

5 janvier 2023

Règle : Longue étape d'hiver => tu te lèves tôt.

Un seul sanitaire, mais il n'y a pas foule

Journée qui commence fort bien dès le lever du soleil, avec une bonne brise de terre et une mer plate. Le vent est plus fort que les prévisions, parce que c'est une brise thermique, due au fait que la terre a beaucoup refroidi dans la nuit (8°C ce matin dans le bateau). Les calculs météo ont du mal à modéliser finement ces effets locaux, puisque leurs prévisions sont publiées avec une maille de 55 kilomètres (système américain GFS) ou 9 kilomètres (ECMWF dit "système européen" ). Grâce à ce vent inattendu, nous avançons à plus de sept nœuds pendant trois heures, ce qui est bien meilleur que ce que nous aurions pu faire au moteur et permettra in fine de raccourcir la durée de cette étape de quarante-cinq milles nautiques. Hélas, la température de la terre finit par s'équilibrer avec celle de la mer et le vent tombe complètement. Même les éoliennes ont la flemme de tourner. La mer est d'huile, selon l'expression familière.

On se sent tout de suite moins seul quand le Caïd paraît

La marina de Cascais est assez haut de gamme, cette ville étant historiquement le "Deauville" des Lisboètes. Aussitôt amarrés, nous tentons bien de trouver par téléphone une place pour le lendemain dans la marina de Lisbonne, à treize milles nautiques en amont sur le Tage, que nous aurions bien aimé remonter en bateau. Comme aucune place n'est disponible, nous resterons à Cascais, ce qui est tout de même plaisant, sauf peut-être pour le budget. Cascais se trouve à une heure de Lisbonne par le train direct. On évitera de se tromper de gare au retour en descendant distraitement à Caxias au lieu de Cascais 😉.

Bref, que faire à Cascais ? Vous a-t-on déjà parlé de la pompe à WC. Oui, la même qu'à l'étape Muxia. Depuis plusieurs jours, elle devenait dure à manœuvrer, mais le symptôme était sensiblement différent de la fois précédente. C'est subtil une pompe à WC. Le lecteur pressé pourra sauvagement sauter cet alinéa et le suivant sans perdre beaucoup de la substance épique du récit. Une pompe à WC marin est constituée de deux circuits : le premier qui aspire l'eau de mer et la fait entrer dans le bol (la cuvette) ; le second qui évacue les déchets vers une cuve de rétention, que l'on peut éventuellement faire vider au port ou vider au large lorsqu'elle est pleine. Ces deux circuits sont activés par une seule et même pompe manuelle à piston, dotée d'un petit levier pour basculer d'une fonction à l'autre. Voilà, vous savez tout ce qui est nécessaire pour devenir réparateur de pompes de WC marin. Cet équipement est le plus important des équipements superflus. Avoir appris par mon père qu'aucun objet technologique ne doit nous faire reculer lorsqu'il s'agit de lui "rentrer dans le lard" pour le réparer, j'ai ainsi pu devenir pendant un quart d'heure un authentique héros, il y a une quinzaine d'années, du côté de Bénodet, pour avoir débouché un WC marin lors d'une croisière en club breton sur un Feeling 29 où nous étions entassés à cinq pour une semaine. Devenir un demi-dieu est à la portée de tous, vraiment.

Aujourd'hui, sous le regard attentif (au sens latin de "attendre") de Liliane, je me dois de régler le problème sans faillir. Ça tombe bien, il y a un distributeur Accastillage Diffusion à Cascais et il pourrait nous vendre un kit de joints si nécessaire. C'est donc le troisième démontage de cette pompe depuis l'été dernier. Tournevis, serpillières, papier absorbant, tenue de plombier, frontale, lunettes... c'est parti. Quelques jurons plus tard m'apparaît alors dans le tuyau d'arrivée d'eau de mer un bout de végétal qui coinçait un joint, je tire, il vient une longue algue, puis une autre. C'est bien probablement au passage dans le fleuve Mondego à Figueira da Foz qu'on a dû aspirer cette plante, par la vanne d'entrée pourtant très étroite. Remontage, test, nettoyage. Voilà, terminée l'insoutenable inquiétude de l'équipage. Je souhaite à tous les navigateurs de n'avoir jamais que des problèmes aussi triviaux à régler. Cela corrobore la métrique empirique des navigateurs : "un ennui par jour de navigation".

La pompe à WC
La purge du pré-filtre à gasoil

Nous fêtons cette réussite par une balade dans Cascais à la tombée de la nuit. Le centre, encore illuminé des décorations de Noël, est bien différent de mon souvenir de l'an dernier avec les Mahinas. Les devantures de marques de luxe sont très glamour et contrastent terriblement avec le reste du Portugal. Il fait froid, c'est à dire 16°C ! Des jeunes jouent au foot en short sur la plage, des enfants jouent à chat en Portugais, de nombreux restaurants ont ouvert des terrasses dans la rue, quelques Porsches roulent le long du bord de mer. Cascais a des airs de Côte d'Azur.

Pas doute, nous approchons des tropiques


[Sommaire] [Début étape]

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Données mesurées en navigation

> Distance parcourue de Brest à Cascais : 1043 MN

> Vitesse moyenne moyenne : 4,3 kt (moyenne des moyennes journalières)

> Temps passé à naviguer : 235,3 heures

Nota : ces mesures incluent les moments de manoeuvres de voiles et de ports, qui font baisser la moyenne...


Nuitées de ports

Nombre de nuits depuis le départ : 77 (entre le 20 octobre 2022 et le 5 janvier 2023 inclus)

Nombre de nuits au port : 72

Nombre de nuits en mer : 4

Nombre de nuits au mouillage : 1

Prix moyen des nuitées de port payées : ~20 €


That's all Folks !

Ce chapitre clôt notre carnet de voyage Manche, Iroise et Façade Atlantique. Nous ouvrons un autre carnet pour la suite.

Merci de nous avoir suivi jusqu'ici. Nous pensons à vous.

[Sommaire] [Début étape]