Nous allons passer deux semaines à la (re)découverte de cette région nord de la Thaïlande qui fut pendant 6 siècles un royaume indépendant, le Lan Na qui signifie pays du million de rizières.
Avril 2019
17 jours
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Nous voilà arrivés par un vol rapide (un peu plus d’une heure) à Chiang Rai, capitale de la province la plus septentrionale de Thaïlande. Depuis 2 mois la région bat des records de pollution, dus essentiellement aux brûlis traditionnels des rizières avant une nouvelle saison. On ne s’y trompe pas dès l’atterrissage : on ne voit pas grand-chose, le paysage étant dilué dans un brouillard qui sent le brûlé. Les relevés de pollution aux particules fines sont formels : le masque s’impose pour sortir. Bien équipés nous partons en balade à vélo.

Le royaume du Lan Na fut le premier royaume thaï fondé au milieu du XIIIe siècle par le roi Mang Rai, héritier d’une longue dynastie ayant régné au Yunnan avant d’émigrer dans cette région pour fuir les pressions chinoises. Parti de Chiang Saen, il va ,en une quarantaine d’années, constituer un royaume englobant la presque totalité de cette région nord montagneuse de la Thaïlande exceptées ,à l’est, les provinces de Nan et Phayao. Ce royaume gardera son indépendance jusqu’à la fin du XVIe siècle, où il tombera sous le joug des Birmans pour 2 siècles. La répression birmane sera féroce et toutes les villes pâtirent de ce joug. Lors de la campagne de reconquête du pays par le roi Taksin, entre 1767 et 1782, après le sac d’Ayutthaya en 1767, le Lan Na passa sous tutelle siamoise et à la fin du XIXe siècle, le roi Chulalongkorn (Rama V) décida d’annexer le Lan Na au Siam pour contrer les appétits britanniques et français dans la région. En 1932 le Lan Na disparut définitivement, divisé en 9 provinces dans ce royaume qui prit alors le nom de Thaïlande (à la place de Siam) pour intégrer ces populations thaïes mais non siamoises (il existe une 20aine d’ethnies thaïes) à la nation.

Nous sommes donc dans la province la plus au nord du royaume, frontalière de la Birmanie à l’ouest, du Laos à l’est et proche du Yunnan au nord. Chiang Rai , 70000 habitants, domine la plaine inondable de la rivière Kok, qui va se jeter dans le Mékong et fut la première capitale du Lan Na. Elle perdit son importance politique lorsque Mang Rai déplaça sa capitale plus au sud à Chiang Mai en 1296, pour suivre et conforter ses conquêtes. Au XVe siècle, elle retrouva une certaine importance, religieuse, avec la découverte du Bouddha d’Emeraude au Wat Phra Kaeo. Durant l’occupation birmane la population se révolta à 2 reprises au XVIIe siècle et subit de lourdes représailles. Au début du XVIIIe siècle les Birmans la placèrent sous leur autorité directe. Détruite lors de la guerre de reconquête, elle fut reconstruite à partir de 1858.

Située dans le Triangle d’Or, connu dans les années 1970-80 pour le trafic d’opium, c’est aujourd’hui une bourgade paisible. Le roi Rama IX a mené avec sa mère un grand travail d’éradication de l’opium et de remplacement par des cultures de thé, de café et de roses. Peu sûre à l’époque du trafic de drogue, c’est aujourd’hui une province calme, tournée vers le tourisme à la découverte de ses beautés naturelles et des multiples ethnies qui la peuplent. Parmi les immigrants les plus récents, les chinois, descendants de l’armée du Kuomintang de Tchang Kai Tchek, installés dans des villages le long de la frontière birmane.

Si Chiang Rai n’a pas le charme de Chiang Mai, elle n’en reste pas moins une petite bourgade sympa et décontractée, où les touristes sont bienvenus et mieux accueillis en anglais que bien souvent à Bangkok. Deux temples fondés au XIIIe et XIVe siècle, beaucoup restaurés et modifiés depuis l’origine, méritent l’attention. Le premier, le Wat Phra Keaw, doit sa célébrité au fait qu’on y trouva au XVe siècle le fameux Bouddha d’Emeraude (en fait en jade) trouvé dans son chedi : recouvert de stuc, il tomba lors d’un orage, révélant le jade sous le stuc. A partir de là, la statue va beaucoup se promener au gré des souverains successifs pour finalement atterrir à Bangkok au Wat Phra Keaw dans l’enceinte du Grand Palais. Cette statue est le palladium de la Thaïlande c’est-à-dire la statue emblématique du pays , la plus vénérée. On ne sait pas d’où elle vient, son style artistique n’étant pas vraiment de la région. Le jade étant extrait presque à coup sûr en Birmanie, peut-être fut-elle sculptée là-bas. Le Wat Phra Keaw de Chiang Rai en possède une copie. L’architecture du temple lui-même est bien de style Lan Na bien que surchargée d’ajouts décoratifs d’influence birmane, lao et chinoise.

Le 2e temple intéressant est le Wat Phra Singh (singh signifie lion) qui abrite une autre statue importante qui représente le vrai style artistique du Lan Na, style mâtiné d’influence indienne et chinoise. Là encore le temple a été trop restauré et surchargé mais malgré tout il garde dans ses formes l’élégance typique des temples de cette région. Comme c’est souvent le cas ici, la statue de Bouddha est placé à l’intérieur d’une châsse qu’on appelle un prasat.


Cette région accueille un nombre important d’ethnies d’origines diverses. Cette région a toujours vu passer des migrations et l’encaissement des vallées apportait une sécurité aux réfugiés. Cet isolement au fond des vallées a duré dans l’ouest de la région jusque dans les années 1990, où on a seulement désenclavé la dernière vallée isolée en construisant une route. Au gré des conflits de la région, des minorités thaïes de Birmanie, du Laos, des non-thaïes du Laos et des Yunnanais venus de Chine, se sont installés ici. Un petit musée, un peu vieillot, tente d’expliquer les principales ethnies présentes. Enfin le roi Rama IX et s mère (qui a sa statue dans le parc) ont créé une fondation pour la réhabilitation de la région après le trafic d’opium et la valorisation de la culture du Lan Na : un joli parc rassemble des bâtiments typiques de la région.


Demain nous partons en balade dans les montagnes du Triangle d'Or près de la frontière birmane.

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Ce terme désigne la région frontalière entre la Birmanie, le Laos et la Thaïlande, en écho au Croissant d’Or qui lui désigne l’Afghanistan, l’Iran et le Pakistan: ce sont les deux grandes zones de production d’opium en Asie. Les Occidentaux ont joué un bien triste rôle (et ce n’est pas terminé !) dans cette production et le commerce de l’opium. En effet le pavot somnifère, plante dont on extrait un « latex » qui permet de faire la pâte d’opium, n’est pas une plante originellement présente en Asie. Connue déjà en Mésopotamie deux millénaires avant notre ère et utilisée à des fins récréatives et médicinales, elle fut introduite en Egypte pharaonique où elle fut utilisée surtout à des fins religieuses. C’est Alexandre le Grand, durant sa conquête qui le mena en Inde au 3e siècle avant notre ère, qui apporta la culture du pavot dans la région du Gandhara, aujourd’hui au Pakistan. C’est ainsi que se développa la culture du pavot dans les régions au pied de l’Himalaya, dont la consommation était réservée à une élite. En Chine dès le Ve siècle, on cultivait le pavot somnifère dont les propriétés étaient connues et l’usage strictement réservé à la cour impériale. Il faut attendre le XVIIe siècle et l’arrivée des Européens (Portugais et Hollandais d’abord puis Anglais, Français et d’autres plus tard) pour que, dans le cadre du développement du commerce avec les Chinois, ils finissent, après deux guerres dites de l’opium, par leur imposer un libre commerce. La vente de l’opium étant interdite, un trafic fort lucratif pour les Européens se mit en place et peu à peu fumer de l’opium devint à la portée de tous et rendit les Chinois opiomanes : premier effet de la mondialisation du commerce !

La culture du pavot somnifère dans le Triangle d’Or commence dès la fin du XIXe siècle, et en particulier par l’entremise des Français présents au Tonkin qui encourageaient les minorités Hmong émigrées de Chine à cultiver le pavot pour exporter l’opium vers la Chine. Mais c’est surtout durant la 2e moitié du XXe siècle que la culture et le trafic prirent une ampleur telle que la région devint la première plaque tournante du trafic d’opium. S’appuyant sur des populations la plupart émigrées et pauvres, la production était écoulée par les 3 pays du Triangle. Au début en 1948 les revenus colossaux du trafic servaient à alimenter la guerre des nationalistes chinois de Tchang Kai Chek, dont une partie de l’armée était réfugiée dans l’état shan de Birmanie, frontalier de la Thaïlande et du Laos, et continuait à mener, sous l’œil bienveillant de la CIA, des actions de guérilla contre l’armée communiste chinoise au Yunnan voisin. Mais dès le milieu des années 50, on savait la guerre perdue par les nationalistes et une grande partie de cette armée fut exfiltrée par avion depuis la Thaïlande vers Taïwan. Mais quelques milliers de soldats qui avaient pris femme sur place ne voulurent pas quitter la région et passèrent en Thaïlande car les Birmans les pourchassaient. Ensuite la guerre du Vietnam alimenta à son tour le trafic dans la région.

Sur les pentes du Doi Mae Salong, l’un des sommets bordant la Birmanie, vivent les descendants des combattants chinois qui ont conservé leur mode de vie. Un mémorial est dressé en souvenir de ces hommes. Ils cultivent du thé dans cette zone à 1000 mètres d’altitude ainsi que des fraises et des fleurs.


Memorial de l'armée chinoise nationaliste 

Dans les années 1990 le roi Rama IX décida dans un but de pacification d’octroyer la nationalité thaïe à tous les réfugiés chinois et autres minorités ayant fui les conflits multiples de la région en menant en même temps une campagne d’éradication du pavot sur son territoire et le remplacement par d’autres cultures subventionnées : thé, café, fleurs, fraises, maïs et riz d’altitude. Ce fut un succès et maintenant le trafic d’opium ne concerne plus la Thaïlande mais toujours le Laos qui ne fait rien contre le trafic et la Birmanie qui en a encore financièrement besoin. L’image de la famille royale est ici très forte , en particulier celle de la mère du roi Rama IX, la princesse mère Srinagarindra, décédée en 1995, qui s’est beaucoup impliquée dans la reconversion de la région et s’est même fait construire un chalet un peu suisse (elle a vécu plus de 20 ans à Lausanne avec ses enfants) dans les montagnes frontalières de la Birmanie.

Au point de convergence des 3 frontières laotienne, thaïe et birmane, là où la rivière Ruak qui fait frontière entre Birmanie et Thaïlande se jette dans le Mékong qui fait frontière entre Thaïlande et Laos, un musée de l’histoire de l’opium et de son trafic a été organisé par le roi Rama IX, musée très pédagogique et qui permet de comprendre beaucoup de choses. Au confluent trône un grand Bouddha qui jette un regard compatissant sur l’activité intense des bateaux sur le Mékong. Le pollution battant encore un mauvais record aujourd’hui, la vue est un peu troublée.

Le confluent de la Ruak et du Mékong 


Toute proche, quelques kilomètres au sud, la petite ville de Chiang Saen n’est plus que le souvenir de ce qu’elle fut : fondée au XIVe siècle par un petit-fils du roi Mang Rai, elle est considérée comme le berceau de l’art typiquement Lan Na. Ville qui comptait jusqu’à 140 temples au XVe siècle, ville commerçante avec le Yunnan distant d’une quarantaine de kilomètres seulement, c’est aussi le berceau de la famille de Mang Rai qui partit d’un bourg intégré à la ville par la suite. Malheureusement la proximité de la Birmanie lui fut néfaste : capitale de l’occupant pendant plus de deux siècles, elle fut rasée par le général Chakri lors de la reconquête du pays et ne fut reconstruite qu’en 1881. C’est dire qu’il ne reste plus grand-chose de son passé. De plus le musée national étant fermé pour cause de Songkran, le nouvel an bouddhique, nous n’avons pas pu voir autre chose que les quelques vestiges de temples qui subsistent. Intéressants cependant et qui témoignent encore de l’influence à la fois birmane (l’art de Pagan) et mône (l’art d’Haripunchai).


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Songkran est le nom thaïlandais de la fête du nouvel an bouddhique. Aux alentours du 13 au 15 avril de chaque année, c'est l’une des fêtes les plus importantes de Thaïlande. Mot d’origine sanskrite, Songkran signifie “passage” et se réfère à l’arrivée du soleil en Bélier, le premier signe astrologique du zodiaque. C’est l’occasion pour les fidèles d’acquérir des mérites en effectuant des offrandes en argent ou en nature au temple. L'année officielle commence le premier ​janvier, jour férié national mais pour tous les thaïs, l'année lunaire débute en avril et pour encore beaucoup d’entre eux, la date est importante d'un point de vue religieux, ce que n’est pas le premier janvier. Propre au bouddhisme theravāda et basée sur le calendrier lunaire, elle est fêtée également en Birmanie, au Cambodge, au Laos, au Sri Lanka et chez les Dai du Yunnan. Songkran correspond aussi à la période la plus chaude de la saison sèche : on frise les 40° en ce moment.

C’est la plus grande occasion de l’année pour les retrouvailles dans les familles. La veille de Songkran est le jour du grand ménage dans les familles pour préparer la fête, puis tout le monde prend un bain "d'eau lustrale" et met des vêtements neufs. Le lendemain on se rend au temple pour présenter des offrandes aux moines et écouter un sermon et on confectionne les chédis de sable. Les Thaïlandais pensent que chaque fidèle emporte pendant l'année un peu de terre sous les semelles de ses chaussures en venant au temple. Pour compenser, des tas de sable sont ramenés dans chaque temple pour le nouvel an, et la construction de chédis est considérée comme un acte de piété. Le matin du troisième jour (selon les provinces) on ouvre la cage aux oiseaux, on remet les poissons à la rivière et on asperge d'eau lustrale parfumée les représentations du Bouddha ainsi que la tête et les paumes des membres de la famille. L’idée sous-jacente est de laver les péchés de l’année écoulée, et de se purifier. L'eau, à la portée des enfants (et des adultes) devient propice au jeu et occasionne de grandes batailles d'eau entre amis. Les manifestations publiques ont énormément évolué et, aujourd'hui, la fête est devenue prétexte à de gigantesques batailles d'eau dans les rues des villes. La fête reflète parfaitement la mentalité des Thaïs : respectueux des traditions mais aussi toujours prêts à s’amuser ! Ce qui n'était au départ qu'une cérémonie pleine de respect est devenu un défoulement débridé et, paraît-il, propre à faire fuir les mauvais esprits…

Plusieurs jours avant Songkran, les organisations de tout le pays installent dans leurs locaux, souvent à l’entrée, une ou plusieurs statues du Bouddha avec de l’eau lustrale pour inviter chacun à "baigner" la statue. Lorsque l’on "baigne" une représentation du Bouddha, l'eau ne doit pas être versée directement sur la tête mais plutôt sur d'autres parties du torse de la statue. Des statues du Bouddha sont convoyées en procession sur des véhicules et aspergées par la foule. A Bangkok la deuxième statue la plus vénérée en Thaïlande, le Bouddha Phra Singh, exposé à la chapelle Buddhaisawan du Musée National, est promenée en procession dans les rues de Bangkok pour que chacun puisse l’arroser.

Songkran dure en principe 3 jours, du 13 au 15 Avril, mais cette année on récupère les 2 jours tombant le week-end donc la fête dure 5 jours.

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Nous voici de retour après quelques jours de silence liés à une connexion internet anarchique et à une telle chaleur qu’elle nous a vraiment épuisés. Ce soir encore 40° à 18h ! Sans parler de la pollution.

Alors aujourd’hui on a pris de la hauteur et gagné en fraicheur. Nous avons fait une petite excursion d’une journée dans le plus haut massif montagneux de Thaïlande, le Doi Inthanon qui culmine à 2565 m. Ces chaines de montagne du Nord sont les derniers contreforts de la chaine himalayenne. Outre une température plus vivable (23° au sommet), on a fait une petite balade dans de beaux sous-bois et admiré de très grands arbres souvent couverts de mousse. Plusieurs petits cours d’eau jalonnent les pentes de cette montagne et donnent lieu à plusieurs cascades qui apportent de la fraicheur.

Des villages de minorités Karen et Hmong parsèment le parc naturel du Doi Inthanon. Dans les années noires jusqu'à la fin des années 80, il y avait ici aussi une intense culture de pavot à opium. Ce trafic a été éradiqué et maintenant les paysans cultivent sur des terrasses en alternance du riz (une récolte par an), des fraises, du maïs et des fleurs. Les fraises que nous avons acheté en chemin n’ont pas fait long feu ! Ils habitent encore dans des maisons traditionnelles faites en bois ou plus souvent (car plus disponible et moins cher) en bambou. Ces maisons sont sur pilotis avec une pièce unique réservée à la famille et une terrasse couverte sous laquelle on reçoit les étrangers. Un escalier amovible qu'on remonte le soir sur la terrasse permet de s'isoler totalement. La coutume de retirer ses chaussures en entrant dans une maison vient de ce type de maison où on plaçait une jar d'eau en bas de l'escalier pour pouvoir se laver les pieds avant de monter. Ce type de maison permettait de se protéger à la fois des inondations (on vit toujours près de l'eau dans ce pays) et des animaux sauvages (tigres, éléphants,serpents etc...) qui étaient nombreux. On a du mal à imaginer que la plaine centrale du Chao Phraya et les montagnes au nord étaient couverts de jungle. Evidemment aujourd'hui les dangers ne sont plus les mêmes et le mode de vie, y compris dans les villages isolés, a bien changé. Néanmoins on construit toujours des maisons de bois ou de bambou, souvent avec une base en maçonnerie.

Une journée bucolique et sans temples. Je vous les réserve pour demain. Un petit sanctuaire marque le sommet de l'Inthanon et deux pagodes récentes furent offertes par l’armée thaïe au roi Rama IX (décédé en 2016) et à la reine Sirikit. Mais deux pagodes de style chinois et qui n’ont rien de thaï. On ne comprend pas pourquoi l’armée a fait faire ça. C’est à peu près aussi moche que le mausolée de Gengis Khan en Mongolie Intérieure.


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Nous voici à Chiang Mai, l’ancienne capitale du royaume du Lan Na jusqu’à la fin du XIXe siècle où le royaume fut intégré au royaume du Siam. Deuxième ville de Thaïlande après Bangkok, c’est cependant une beaucoup plus petite agglomération, d’environ 1,5 million d’habitants. Ce qui ne l’empêche pas de connaître les mêmes problèmes d’embouteillages que Bangkok ! Et surtout nous suffoquons par une chaleur très lourde de 41° et une pollution moins élevée qu’à Chiang Rai mais encore importante. Et le port du masque par cette chaleur, c’est galère !!

Chiang Mai fut construite à la fin du XIIIe siècle par le roi Mang Rai, le fondateur du royaume du Lan Na, qui, après avoir fait de Chiang Raï sa capitale, décida d’en construire une autre après avoir conquis la capitale de l’état môn du Nord, Haripunchai, aujourd’hui Lamphun à 20 km seulement de Chiang Maï. Mang Raï, ayant lui-même épousé une princesse mône de Birmanie, se fit le protecteur de la culture mône qu’il intégra à celle du Lan Na. Il construisit Chiang Maï (qui veut dire Nouvelle Ville) sur le modèle des villes mônes avec une cité carrée cernée d’un rempart de briques et de douves. Celles-ci existent encore aujourd’hui et les remparts partiellement seulement. La vieille ville est un carré de 2km de côté. Chiang Maï demeura prospère jusqu’à la fin du XVIIe siècle puis subit la répression de l’occupant birman jusqu’à sa destruction presque totale lors de la campagne de reconquête des Siamois à la fin du XVIIIe siècle. Abandonnée plusieurs années, ce n’est qu’au début du XIXe siècle qu’elle fut reconstruite. Il ne reste donc, comme à Chiang Raï, que très peu de choses datant de l’origine de la ville.

Les habitants de la région sont réputés pour être joyeux, aimer la fête et on est bien accueilli partout. La chaleur incite aussi à la nonchalance et on sent encore l’Asie décrite avant les guerres quand on croise des pousse-pousse qui existent encore ici. On mange très bien comme partout en Thaïlande. La cuisine est réputée très épicée mais ils ont appris à s’adapter aux étrangers et le touriste est toujours bien traité. Les prix défient toute concurrence : vous déjeunez bien d’un riz frit au poulet et légumes pour 1,5 €. Et nous n’avons jamais été malades même dans les cantines de rues.

La majorité des bâtiments intéressants datent du XIXe siècle. Si la vieille ville comptait dans sa période faste plus de 85 monastères, il en reste actuellement une trentaine en activité ce qui est déjà beaucoup dans un carré de 4km2. Au total dans la Chiang Mai actuelle il y en a plus de 400 ! De l’architecture civile, il ne reste que peu de choses intéressantes, l’expansion récente de la ville ayant fait pousser les grands buildings, les centres commerciaux et les condominiums au détriment des maisons traditionnelles. De plus celles-ci, en bois, n’ont pas résisté très longtemps aux assauts du climat. Nous sommes dans la région d’exploitation du bois de teck (aujourd’hui très réglementée) et autres bois durs et la majorité des temples sont en bois, parfois complètement ou plus souvent avec une base en briques recouvertes de stuc. Le style architectural des temples montre les diverses influences que les artistes ont assimilé dans cette région : mône d’abord, indienne dans l’architecture et les styles de statues de Bouddha, birmane également lors de la colonisation du Lan Na par les Birmans pendant deux siècles et enfin siamoise depuis que le Lan Na a perdu son indépendance et est devenu province du royaume de Bangkok. Ainsi la forme classique de temple du Lan Na, et qu’on trouve aussi au Laos où vivent les mêmes ethnies thaïes, c’est un temple en bois à toit à 2 ou 3 étages descendant très bas, lui donnant une allure de poule qui couve ses poussins. L’entrée est toujours majestueuse avec un péristyle richement décoré de motifs floraux ou d’animaux fantastiques, voire de nymphes célestes. Nous en avons visité 17 ! Pour vous donner une idée globale d’un temple thaï, il comporte toujours 3 éléments : la grande chapelle des fidèles, le viharn, une deuxième chapelle plus petite réservée aux moines, l’ubosot, et en arrière de ces deux-là, le chédi ou stupa qui est un monument reliquaire qui enchâsse soit les cendres d’un défunt important, soit une relique du Bouddha. Plusieurs autres éléments peuvent être ajoutés mais ne sont pas obligatoires : bibliothèque, tour de la cloche ou du gong…

Voici donc quelques beaux viharn, chapelles principales pour les fidèles. L’intérieur laisse apparaître la charpente en bois et le toit à plusieurs étages est soutenu par de gros piliers de teck décorés.

Voici quelques ubosot, chapelle réservée aux moines, le plus souvent de taille plus petite que le viharn mais de même structure.

Et enfin voici différents stupas qui montrent les influences multiples qui ont forgé la culture de cette région : indienne (forme de cloche), mône (flèche annelée), thaïe, birmane (coins à redents et doré entièrement) et même chinoise pour le chédi du Wat Ku Tao composé de 5 sphères les unes sur les autres.

Pour terminer et pour le plaisir des yeux, de jolies biblitothèques, en général avec une base très haute, voire même au milieu d'une mare pour prévenir l'attaque des insectes car dans ces bibliothèques, on range les textes sacrés écrits sur des rouleaux de feuilles de latanier.

Demain nous partons vers Lampang un peu plus au sud-est.

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Suite à des problèmes informatiques, j'ai du attendre le retour à Bkk pour vous donner les suite et fin de notre séjour.

Aujourd'hui je voudrais vous parler des artisans d'art que la reine Sirikit, veuve du roi Rama IX, a fait installer autour de Chiang Mai dans les années 1970 en créant une fondation de promotion de l'artisanat local pour les faire connaître. C'est aujourd'hui une étape incontournable des tour opérators mais ça vaut la peine d'y passer et de voir les divers talents des artisans locaux. Ces talents s'exercent dans plusieurs domaines.

Les artisans qui travaillent le bois dans le village de Ban Thawaï:

Le teck est maintenant très réglementé car trop exploité et il faut plus de vingt ans pour produire un arbre exploitable. La production fut à son sommet du début du XIXe siècle jusqu’à la moitié du XXe. Sa surexploitation menaçait de disparition les forêts, il fut donc décidé de limiter sévèrement son utilisation. Actuellement on utilise du bois de manguier, d’hévéa, de singe (oui, c’est un bois) ou encore bois de rose, rotin, bambou. On réalise autant des pièces de vaisselle, des meubles que des statues, panneaux décoratifs qui peuvent être peints, laqués ou sculptés, etc…

Le travail de l’argent : c’est la spécialité des Karen

Les Karen travaillent l’argent depuis très longtemps. Ils fabriquent des bijoux en argent et des objets en agent repoussé. A travers leur savoir-faire, ils nous lèguent des objets d’art tels que bols d’une teneur d’au moins 92,5% d’argent pur. On trouve également des réceptacles et différents objets décoratifs d’authentique valeur. Ces échoppes sont concentrées sur la route de Wua Lai où l’on voit ces artisans marteler les objets en argent. L'argent enfin est utilisé pour décorer des temples comme celui-ci si curieux à Chiang Mai , le Wat Si Suphan, entièrement recouvert d'argent.

Le travail du bronze :

Le bronze est sans doute un des plus vieux artisanats puisque dès la préhistoire on produisait des objets en bronze. Objets utilitaires ou décoratifs, l’utilisation du bronze est très diverse et toujours d’actualité.


L’art du tissage des textiles

Qu’ils soient de coton ou de soie, les textiles du nord de la Thaïlande sont le fait des diverses minorités de la région et on retrouve les particularités de chacune d’entre elles dans les motifs et les couleurs. La culture du coton existe en Thaïlande depuis bien avant l’arrivée des Thaïs de Chine. Le coton est produit essentiellement au nord, à l’est et à l’ouest, mais pas dans la plaine centrale, inondable. La mécanisation de cette activité est assez récente, dans les années 1960, mais il existe toujours de nombreux métiers manuels dans les villages des tribus montagnardes. Elles font des cotonnades vivement colorées et des batiks. Pour la soie ce sont des motifs propres à chaque village qui sont tissés sur des métiers manuels. La soie est produite dans toutes les zones de montagne (les cocons sont jaunes). Colorée avec des pigments naturels, les motifs de soie sont une véritable carte d'identité des minorités qui les ont produits. Les cotons et soies de Chiang Maï sont de première classe et d’incomparable qualité. On les utilise à travers d’innombrables applications dans la mode et le mobilier.

L’artisanat de la laque vient de Chine mais les Thaïs ont acquis un vrai savoir-faire et développé des techniques qui leur sont propres. Les laques thaïes les plus célèbres sont noires avec des motifs dorés : on laque de 7 à 8 couches un objet en bois ou en bambou (en ponçant entre chaque couche à la craie) puis on réalise un dessin en négatif avec une gomme liquide blanche. Ensuite on applique la feuille d’or sur tout l’objet et enfin on lave la pièce pour enlever la gomme et révéler le dessin. Le seul problème c’est que c’est impossible de restaurer par la suite une pièce vieillie. Mais le résultat est magnifique. Une autre technique consiste à coller sur la laque encore fraiche de la coquille d’œuf pilée pour réaliser des motifs blancs ou beiges suivant qu'on utilise des coquilles d'oeufs de poule ou de cane. Enfin il existe des laques de couleur et on peut réaliser des motifs en couleur, souvent des paysages ou des fleurs. La laque peut aussi être rouge mais c'est une tradition plus chinoise. Enfin on utilise aussi des incrustations de nacre dans la laque ce qui permet de très beaux décors d'intérieurs ou d'objets divers.

La fabrication des ombrelles et éventails est inextricablement liée au village de Bo Sang, où les habitants s’y emploient depuis au moins 200 ans. Tous les matériaux tels que soie, coton, papier et bambou proviennent de la région. Le papier mâché est fait à partir de bois de murier. Les ombrelles sont faites en papier tandis que les parapluies le sont en coton huilé pour être étanche. Les décorations sont très variées, associant souvent des fleurs ou des paysages, et peintes à la main.

Enfin l'art de la céramique est aussi un savoir-faire ancien des thaïs. Initialement plus localisés dans la région de Sukhothai, environ 150 km au sud de Chiang Mai, les fours de céramique ont été dévastés par les multiples guerres qui ont traversé la région. Ils ont retrouvé vie à Chiang Mai dans le village de Ban Muang Goong où, de nouveau, on produit des céramiques de qualité, à couverte de plusieurs couleurs dont le vert pâle (céladon), unies ou à décors peints. Les céramistes de Sukhothaï au XVIe siècle étaient connus jusqu'au Moyen Orient et même en Europe d'où leur est venu leur nom de céladon.

Vous le voyez : difficile de ne pas trouver une pièce qui vous plaise et on ne revient jamais les mains vides.

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Notre périple au Lan Na va s’achever par le sud et l’est de ce royaume du Nord. Jusqu’ici nous avions sillonné le nord et le centre du royaume. Il nous reste à visiter 3 vallées et leurs « capitales ». Cette région nord montagneuse de la Thaïlande est striée par des chaines de montagnes orientées nord-sud, délimitant des vallées dans lesquelles coulent des rivières qui iront plus bas dans la plaine centrale du pays former les principaux affluents du fleuve Chao Phraya qui se jette dans le golfe de Thaïlande à une vingtaine de kilomètres de Bangkok. A Chiang Maï coule la Ping. A Lampang c’est la Wang . A Phrae, c’est la Yom et à Nan, c’est la Nan. A l’époque du royaume du Lan Na, chaque vallée était une principauté semi-indépendante ayant une relation de vassalité avec Chiang Maï et chacune d’elle avait une famille princière qui la gouvernait. Ces familles se sont souvent alliées entre elles et même avec les Siamois de Bangkok depuis que le Lan Na est devenu province du royaume de Thaïlande.

Aujourd’hui nous partons au sud-est de Chiang Maï vers la vallée de la Wang et sa ville capitale de la province, Lampang (une centaine de kilomètres). Pour cela nous avons loué une voiture et prenons plaisir à nous balader sur un réseau routier en très bon état (meilleur souvent que du côté de Bangkok). Les routes sont très sinueuses car elles épousent les courbes du terrain et pratiquement aucun ouvrage d’art ne vient les corriger. Donc il faut être prudent, d’autant que les virages sont parfois relevés à l’envers ! Et puis les Thaïs restent les Thaïs, même au nord ils conduisent comme des pieds. Le pays n’a pas pour rien le triste record du pays le plus dangereux du monde sur le plan sécurité routière (24000 tués sur les routes par an, avoués !!!). Mais je commence à les connaître et donc sais comment me méfier de leurs réactions. Notre périple s’est d’ailleurs déroulé sans encombre.

Lampang est une vieille cité qui vit le jour probablement au VIIIe siècle de notre ère, à l’époque où les Môns avaient développé une civilisation très avancée dans la plaine centrale du Chao Phraya, avant l’arrivée des Thaïs. Si cette civilisation déclina à partir du Xe siècle dans la plaine centrale sous la pression des Khmers d’Angkor, en revanche elle persista plus longtemps au nord, probablement parce-que plus difficile à atteindre pour les Khmers, sous le nom de royaume d’Haripunchaï, sa capitale, qui s’appelle aujourd’hui Lamphun, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Chiang Maï. Et les Môns établirent des cités dans les 2 vallées voisines : Lampang et Phrae.

Lampang est la plus grande de ces 2 villes : aujourd’hui elle compte environ 58 000 habitants. Elle a un climat un peu plus sec que Chiang Maï mais il n’y fait pas moins chaud : en ce moment on atteint 42-43 degrés. La pollution n’y est pas moindre en raison encore des brûlis pourtant interdits depuis le 1e mars mais qu’on a vu sur le bord des routes !! Elle fut annexée au royaume du Lan Na à la fin du XIIIe siècle lorsque le roi Mang Raï s’empara d’Haripunchaï et fut une cité importante et florissante du Lan Na. Cependant l’occupation birmane de 2 siècles fut aussi lourde de conséquences pour elle que pour les autres villes : dépeuplée, très endommagée, elle fut conquise par les Siamois en 1774. Son prince à cette époque, Chao Kawila, sera désigné gouverneur du Lan Na par le roi Rama I et mènera la reconstruction du royaume au début du XIXe siècle. Lorsque le royaume fut annexé par le Siam, fin XIXe, Lampang devint capitale de la province du même nom. On l’appelle parfois » ville des voitures à cheval » car il persiste encore des calèches et les Thaïs aiment se promener en calèche. On les attribue aux Portugais de Macao qui faisaient commerce de bois de teck aux XIXe-XXe siècles. La ville était défendue, à l’époque mône déjà, par 4 forteresses situées aux 4 points cardinaux à une quinzaine de Kilomètres. L’une d’elle, au sud-ouest, a été transformée en monastère bouddhiste au XVe siècle, site historique et spirituel majeur de la région : le Wat Phra That Lampang Luang. C’est un des plus beaux temples du Lan Na, le prototype des temples de la région. Il est ceinturé d’une muraille et comporte les éléments classiques des temples : viharn, salle des fidèles, juste à l’entrée, ubosot, salle des moines, en arrière et sur le côté, et ,derrière le viharn, le chedi principal. Tous les ans en juillet s’y déroule un spectacle de reconstitution historique en costumes : les Thaïs adorent ça.

En arrivant en fin de journée à Lampang, nous sommes allés flâner dans la vieille ville qui se résume à une rue le long de la rivière où il persiste quelques maisons fin XIXe-début XXe qui donnent un charme rétro à cet endroit. C'était dimanche soir et les Thaïs étaient sortis nombreux pour un petit marché de nuit dans la rue. Les touristes sont beaucoup moins nombreux ici qu'à Chiang Maï et les habitants moins blasés, plus souriants.

Le lendemain, visite des 4 principaux temples: les 2 plus importants sont au centre de la ville. Leur architecture Lan Na est mélangée à des éléments birmans comme partout (notamment les toits à multiples étages). On retrouve comme dans le précédent des peintures sur les cloisons de bois du viharn.

Le dernier temple, le Wat Pa Fang, est sans doute le plus romantique avec un écrin de verdure qui le met en valeur.

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Quittant Lampang vers le sud-est, nous traversons de nouveau de moyennes montagnes pour descendre dans la vallée de la rivière Yom, peu fréquentée des touristes et vraiment rurale. Ancienne cité mône, Phrae,la ville principale de la vallée, tomba aux mains du Lan Na plus tard que Lampang car plus difficile d’accès depuis Chiang Maï. Ce n’est qu’en 1443 que le roi Tilokaraj du Lan Na mena une campagne pour s’emparer de Phrae et de Nan, dans la vallée suivante. Phrae subit aussi l’occupation birmane et s’en releva difficilement. Elle connut une certaine prospérité dans la 2e moitié du XIXe siècle où elle devint un centre important de négociation du bois en particulier du teck, attirant les marchands chinois, shan de Birmanie et anglais qui colonisaient alors la Birmanie voisine. Aujourd’hui capitale de la province du même nom, c’est une bourgade tranquille d’environ 40 000 habitants, à l’écart des circuits touristiques habituels. C'est une région agricole. La province compte aussi plusieurs parcs nationaux.

De l’époque florissante du commerce du teck il reste des maisons de style colonial qu’on appelle « gingerbread » (pain d’épices) qui ont un système de ventilation astucieux. Le haut des murs est ouvert avec des panneaux ouvragés à claire voix qui permettent l’évacuation de l’air chaud qui a tendance à monter. On retrouve les mêmes décors ouvragés sur les bordures de toit ou les balustrades. Ces maisons sont très élégantes. Le plus bel exemple est Ban Wongburi, la maison d’un riche négociant en bois, qui a gardé ses couleurs pastel d’origine, ivoire et rose.

La maison du prince de Phrae, Khum Chao Luang, est une ancienne belle maison de style colonial gingerbread aussi, ivoire et vert pâle, datant du milieu du XIXe siècle. Elle est aujourd’hui ouverte à la visite.


Ban Wichai Ratcha est une autre belle maison mais malheureusement en état d'abandon. Curieusement il flotte toujours l'ancien drapeau du Siam sur sa façade : drapeau rouge avec un éléphant blanc. Il fut remplacé en 1931 par le drapeau actuel à bandes horizontales rouge-blanc-bleu.

Bien sûr on a visité quelques temples. On y retrouve plus l’influence de Sukhothaï située au sud dans la plaine centrale et qu’il est facile d’atteindre depuis Phrae et dont Phrae fut vassale avant de passer sous contrôle du Lan Na. Ici souvent les fenêtres sont remplacées par des claustra qui permettent de laisser passer un peu la lumière et l’air mais préserve mieux la fraicheur intérieure. Le plus vieux temple, le Wat Luang, est réputé fondé lors de la fondation de la ville en 829, mais ses bâtiments actuels datent des années 1870. Son image de Bouddha principale fut volée par des Shans en 1902 et une copie le remplace aujourd’hui.

Le Wat Chom Sawan est typiquement birman avec ses toits multi-étagés. Il fut construit pour la communauté shan immigrée. L’intérieur renferme d’énormes piliers de teck d’une hauteur impressionnante qui soutiennent la toiture. On y trouve aussi un Bouddha de style Phitsanulok, identifiable à son « auréole » autour de lui. Et un tout petit Bouddha birman dans une vitrine.

Demain dernière étape dans la province la plus orientale du Lan Na : Nan.

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Dernière étape de notre séjour, Nan est la plus petite ville (21 000 habitants), capitale pourtant aussi de sa province. Cette province fut longtemps un petit royaume indépendant ayant peu de contacts avec l’extérieur. Pua à 40 km au nord de Nan fut la première capitale, puis Nan le devint au XIVe siècle en même temps que Luang Prabang au Laos (Nan est à mi-distance entre Chiang Maï et Luang Prabang). Cette province frontalière avec le Laos en a pris des influences artistiques, dans son architecture comme dans ses images de Bouddha. Nan fut d’abord vassale de Sukhothaï puis à partir du XVe siècle du Lan Na. L’occupation birmane à partir de 1558 fut aussi dure qu'ailleurs d’autant que les habitants se rebellèrent à 2 reprises et furent massivement déportés en Birmanie. La ville fut désertée jusqu’à ce que les Siamois la libèrent du joug birman en 1786. Les princes locaux retrouvèrent leur souveraineté jusqu’à ce que la province soit intégrée en 1931 au royaume du Siam. Une partie des anciens remparts et quelques temples de la période Lan Na subsistent encore. Le repeuplement de la région se fit en partie avec des Thaïs Lü venus du sud du Yunnan chinois au XIXe siècle et au milieu du XXe, apportant une touche chinoise à l’architecture locale. La région comporte aussi plusieurs parcs nationaux que nous n’avons pas eu le temps de visiter.

Le principal temple de Nan, le Wat Phumin, date de la fin du XVIe siècle, rénové en 1875. Sa forme actuelle date de cette rénovation. Comme beaucoup de temples de cette vallée et de la Yom voisine (Phrae) le bâtiment conjugue les 2 fonctions de viharn (salle des fidèles) et ubosot (salle des moines). Il est construit de façon très inhabituelle sur un plan cruciforme avec une entrée sur chaque côté. Les entrées nord et sud sont flanquées d’une ballustrade en forme de naga dont la queue est d’un côté et la tête de l’autre, donnant l’impression qu’il traverse le temple. L’image principal n’est pas un mais 4 Bouddhas assis dos à dos. D’énormes piliers de teck supportent la toiture. L’élément le plus intéressant sont les peintures murales qui couvrent l’ensemble de l’intérieur des murs et qui racontent des scènes de vies antérieures du Bouddha. Elles sont peintes dans un style réaliste mettant en scène des habitants dans leur vie quotidienne ce qui en fait un témoignage intéressant de la vie au XIXe siècle. On y voit même l’incursion des Français dans la région puisqu’une partie frontalière du Laos fut cédée aux Français après une bagarre célèbre avec les Siamois à la fin du XIXe siècle.


Autre élément intéressant : le Wat Ming Muang qui renferme le pilier fondateur de la ville. C’est une très ancienne tradition thaïe d’élever un pilier au centre de la ville ou du village et qui en marque le cœur. Celui-ci est placé dans un temple peint entièrement en blanc et extrêmement surchargé en décorations bouddhistes et hindouistes. Les peintures intérieures récentes reprennent le style du Wat Phumin. Pas forcément beau, je préfère la sobriété des temples en bois, mais curieux.

Un détour intéressant par le musée national nous permet de découvrir les styles de représentations de Bouddha de la région et l’influence lao et chinoise est évidente. Ce musée est installé dans l’ancien palais du prince local, une jolie maison de style colonial de la fin du XIXe siècle.


En face du musée un ancien temple, le Wat Phra That Chang Kham ou « le temple de la relique portée par un éléphant ». L’élément le plus important est le chedi de style môn avec les avant-corps de 24 éléphants construit en 1406. Le viharn à côté du chedi date de 1426 et est de style Sukhothaï.

La Wat Hua Khuang tout proche est intéressant surtout pour sa jolie bibliothèque surélevée.

Enfin le Wat Phaya Wat comporte un chedi de style môn, copie de celui du principal temple d’Haripunchaï. Non que l’influence mône ait atteint Nan mais cette réplique est bien postérieure à l’époque mône, puisqu’il date du XVIIIe siècle. Le viharn récent comporte des aisseliers joliment décorés.


Ainsi s'achève ce voyage au coeur du pays du million de rizières qui, pour moi, représente vraiment la Thaïlande profonde. Ce pays garde les pieds dans les rizières même s'il tente de regarder l'avenir du haut des gratte-ciels de Bangkok.