Un séjour qui nous emmène sur les lieux des grands évènements de la Russie impériale : Saint-Petersbourg, Novgorod, Moscou et Kazan.
Juillet 2019
2 semaines
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Partis de Nice par un soleil rayonnant et un bon 34 degrés, nous atterrissons à Saint-Petersbourg par un temps couvert et un petit 15 degrés que nous avions heureusement anticipé. Après un dîner local ( borsch) à l’hôtel, nous sortons profiter d’une belle soirée en cette période si particulière des nuits blanches où, durant un mois autour du solstice d’été, le soleil ne se couche pas complètement. La nuit est remplacée par un crépuscule qui dure jusqu’à l’aube suivante. Cette lumière entre chien et loup sied particulièrement aux façades classiques aux teintes pastel de la ville.

A 11heures du soir 
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Par une journée d’abord couverte puis radieuse dans l’après-midi, nous sommes allés à la rencontre de la capitale de Pierre I dit le Grand. Grand au sens propre (il mesurait 2,04 m) comme au sens figuré puisqu’il fut un tsar parmi les plus importants et qu’il est à l’origine de la construction de la ville. Il l’a voulu pour contrer les offensives répétées des Suédois contre la Russie à la fin du XVIe siècle. C’est en 1703 qu’il pose la première pierre de la forteresse Pierre et Paul située sur une petite ile dans l’estuaire de la Neva, l’île aux lièvres, car ils y étaient nombreux. Etant un homme simple sans beaucoup de goût pour le luxe, il se fait construire une cabane en rondins de bois à proximité du chantier pour surveiller l’avancée des travaux sur l’île voisine dite des bouleaux et qui deviendra le quartier de Petrogradskaïa. Aujourd’hui la cabane existe toujours mais recouverte d’une maison un peu plus grande en briques pour la protéger. C’est là que la ville a commencé à se développer avec une église, le marché et la Bourse.

Quand la ville se développa bien plus tard sur l’autre rive de la Neva, l’île des bouleaux fut abandonnée jusqu’au début du XXe siècle où un pont sur la Neva la relia à la nouvelle ville. C’est dans ce quartier qu’on peut voir le célèbre croiseur Aurore, symbole de la Révolution d’Octobre, qui participa à la guerre russo-japonaise de 1904-1905. C’est aujourd’hui un musée.

La forteresse Pierre et Paul est construite sur le modèle en étoile des citadelles de Vauban. Garnison militaire et prison, la forteresse abrite aujourd’hui plusieurs musées et l’hôtel de la monnaie toujours en activité. Au centre de la forteresse la cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul est une église qui attire toujours beaucoup de fidèles.

Outre le fait que la ville soit construire sur les rives de l’estuaire de la Neva, de nombreux canaux furent creusés par Pierre le Grand faisant de Saint-Petersbourg une Venise du Nord. Ces canaux ont été en partie comblés avec le développement de la ville, il en reste tout de même une quarantaine aujourd’hui.

La capitale de l’empire russe doit son architecture typique du XVIIIe siècle à la fille de Pierre I, Elisabeth Petrovna, qui devient impératrice en 1742. Aimant le luxe, elle fait venir les meilleurs architectes et toute la noblesse se fait construire, à la suite de l’impératrice, de somptueux palais qui font aujourd’hui la renommée de la ville. Catherine II, qui lui succède, continue la même politique d’embellissement de la ville.

Le centre névralgique de la ville est la magnifique place du palais avec le Palais d’Hiver, construit par la tsarine Elisabeth dans un style baroque sur la rive de la Neva (aujourd’hui Musée de l’Ermitage) et en face, fermant la place en demi-lune, les bâtiments classiques de l’Etat-Major. Au milieu de la place la colonne Alexandre commémore la victoire d’Alexandre I sur les armées de Napoléon en 1812.

De cette place part la plus célèbre avenue de la ville, les « Champs-Elysées » de Saint-Petersbourg : la Perspective Nievski. Percée à partir de 1710, initialement chemin dans une forêt de bouleaux, elle était le début de la route vers Novgorod. Initialement bordée de maisons de bois, un décret de 1766 prescrit leur démolition et la construction de bâtiments en dur d’égale hauteur aux façades alignées. Au XIXe siècle la perspective se couvre de magnifiques palais, théâtres et galeries marchandes. Aujourd’hui c’est le haut lieu de l’activité sociale et culturelle de la ville.

De là le long du canal de la Fontanka nous nous sommes arrêtés au palais Chouvalov où un oligarque russe, Viktor Vekselberg, après avoir restauré le palais, y a installé une collection superbe de plusieurs centaines de pièces d’orfèvrerie impériale réalisés par la maison Fabergé font 9 des 54 œufs impériaux réalisés pour les tsars Alexandre III et Nicolas II.

Enfin près du canal de la Moïka faisant face au palais Marie, palais d’une des filles de Nicolas I, aujourd’hui Hôtel de ville de Saint-Petersbourg, et sur la place qui porte son nom se trouve la cathédrale Saint Issac, la plus grande cathédrale de la ville, 3e en dimensions après Saint-Pierre de Rome et Saint Paul de Londres, devenue, après l’ère soviétique, un musée.Deux autres églises avant elle avaient été construites sur le terrain et s’étaient effondrées dans ce sol marécageux. Celle-ci repose sur 24000 pilotis qui supportent les 300 000 tonnes de l’édifice. L’architecte français qui la construisit, Auguste de Montferrand, la dota de 112 colonnes monolithiques dont plusieurs mesurent 15m. Ce chantier titanesque fut le dernier grand chantier de l’époque du servage et coûta la vie à près de 100 000 ouvriers. On qualifie cette église de trésor de pierre colorée car il y fut employé un nombre impressionnant de pierres différentes : 14 sortes de marbres venus du monde entier, porphyre, malachite, lapis lazuli… L’intérieur est décoré de mosaïques, de peintures et de sculptures dorées.

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Aujourdhui nous sommes allés visiter les palais impériaux de campagne à une trentaine de kilomètres au sud de Saint-Petersbourg dans la ville qui porte le nom de Pouchkine, en souvenir du poète célèbre de Saint-Petersbourg qui passa sa jeunesse au lycée impérial.

Statue de Pouchkine dans le jardin devant le lycée impérial à Tsarskoïe Sélo

La ville est plus connue sous le nom de Tsarskoïe Sélo, le village des tsars. Là au début du XVIIIe siècle le tsar Pierre I offrit à sa femme, Catherine I, un vaste terrain où elle se fit construire un palais de taille moyenne de style classique. Plus tard sa fille, la grande duchesse Elisabeth devenue impératrice fit considérablement agrandir le palais en lui ajoutant deux ailes dans un style baroque très surchargé. Elle ajouta encore un immense parc à la française avec plusieurs pavillons disséminés. Proche du palais Catherine se trouve le palais Alexandre beaucoup plus petit et de style classique plus sobre : le terrain fut donné par Catherine II à son petit-fils , Alexandre I, qui fit construire le palais qui porte son nom. Ce fut une des résidences préférées des trois derniers tsars Romanov, notamment Nicolas II. Ces palais ont été en grande partie détruits pendant le siège de Leningrad entre 1941 et 1945. Reconstruits progressivement depuis les années 1970-1980, ils retrouvent peu à peu leur lustre d’antan.

Le Palais Catherine à Tsarskoïe Sélo

A quelques kilomètres de Tsarskoïe Selo se trouve dans un magnifique écrin de verdure le palais Pavlovsk, palais de Paul I, fils de Catherine II. Construit dans un style classique du XVIIIe siècle, son architecture s’inspire de Versailles. Paul I et sa femme Marie entretenaient une amitié avec Louis XVI et Marie-Antoinette. Ce palais fut aussi en grande partie détruit pendant la 2e guerre mondiale et reconstruit. Beaucoup d’oeuvres d’art ont été pillées ou détruites mais on a pu reconstituer un ensemble proche de l’original.

Le Palais de Paul I à Pavlovsk 
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Notre journée fut consacrée à l’un des plus grand musée du monde qui fut d’abord un palais impérial, le Palais d’Hiver qui accueillit dès 1854, dans une nouvelle aile appelée le Nouvel Ermitage et construite spécialement dans ce but, le premier musée de Russie. Pourquoi ce nom d’Ermitage ? Catherine II avait fait construire au XVIIIe siècle un petit pavillon dans l’aile nord du Palais d’Hiver pour y exposer les collections d’art qu’elle avait commencé à rassembler sur les conseils notamment de Diderot. Elle appela ce pavillon propice au repos son ermitage. Ces collections peu à peu augmentées par les tsars successifs restèrent privées jusqu’en 1854 lorsque Nicolas I fit construire le nouveau bâtiment pour montrer ces collections au public.

Ce somptueux palais fut commandé par la tsarine Elisabeth à son architecte préféré, Bartoloméo Rastrelli qui le construisit en 8 ans à partir de 1754. Il est immense, son périmètre rectangulaire étant de plus de 2 km. Par décret impérial il devait être le plus haut bâtiment de la ville. Il est de style baroque luxueux. Ce palais fut la résidence officielle des tsars Romanov et le siège du gouvernement provisoire de février 1917 à la révolution bolchévique octobre. Les façades aujourd’hui vert pistache ont été dans un 1e temps jaunes puis rouges au XIXe siècle.

Aujourd’hui le musée possède un fonds de plus de 3 millions d’œuvres dont seulement 2% peuvent être montrées (ça fait quand même 60 000 !). L’Ermitage est consacré à l’art européen de la préhistoire à l’ère moderne et à l’art oriental, les collections d’art russe étant exposées au Musée Russe.

Les collections de peintures impressionnistes et post-impressionnistes montrent aussi la clairvoyance de marchands d’art russes au début du XXe siècle.

L’après-midi se poursuivit par une promenade en bateau sur les canaux qui nous permit d’admirer les palais des familles nobles de la cour impériale qui se firent construire des palais plus somptueux le uns que les autres.

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Notre journée fut consacrée à la visite de la vieille ville de Novgorod la Grande ou Velikyi Novgorod. Située à 170 km au sud-est de Saint-Petersbourg, elle fut la première ville de Russie, créée en 862. A cette époque vivaient sur les bords du lac Ilmen des tribus slaves et finno-ougriennes qui, ne sachant qui choisir pour les diriger, firent appel à un chef varègue (scandinave) Riourik, qui devint le premier prince de la dynastie des Riourikides, qui régna en Russie plus de 700 ans. Novgorod fut donc à l’origine de la création de l’état russe.

Au début du Xe siècle, Novgorod, voulant développer des relations commerciales avec Constantinople, monta une expédition et développa une route connue comme la voie des Varègues aux Grecs. Pour en assurer la sécurité les princes de Novgorod s’installèrent dans le cours moyen du Dniepr créant la ville de Kiev. A partir de là ils déléguèrent leur pouvoir sur Novgorod à des gouverneurs dont l’un des plus célèbres, Vladimir, unifia les terres russes et demeura à la postérité comme l’évangélisateur de la Russie à la fin du Xe siècle. Au début du XIe siècle le prince Iaroslav le Sage réunit Kiev et Novgorod contribuant ainsi au développement économique et culturel des deux villes. Il fonda aussi les premiers monastères russes et fit traduire en russe des textes sacrés. Le pays connut au XIe siècle une période de morcellement féodal durant laquelle Novgorod prit son autonomie et établit un gouvernement démocratique avec une assemblée où toutes les catégories de la population étaient représentées. Novgorod continua à être un grand centre commercial avec des marchands venant de toute l’Europe et du Moyen-Orient: c’était l’une des principales cités marchandes de la Hanse. Au XIIIe siècle les Novgorodiens battirent les chevaliers Teutoniques. Au XVe siècle, lors de la confrontation entre les principautés de Moscou et de Lituanie, les Novgorodiens votèrent pour le rapprochement de Moscou qui fut à l’origine en 1478 de l’état russe unifié.

Novgorod est aussi un centre religieux de première importance. Au XIe siècle lors du schisme entre catholiques et orthodoxes, Novgorod opta pour les seconds, étant en contacts étroits avec Constantinople. Plus tard la ville devint le premier archevêché de Russie. Au XVIe siècle l’évêque de Novgorod devint métropolite de toutes les Russies.

Novgorod est connu comme étant le plus ancien centre d’enseignement de Russie. Dès le XIIe siècle l’éducation élémentaire était dispensée très largement et presque tous les citoyens savaient lire et écrire. Enfin elle reste la patrie des traditions démocratiques républicaines en Russie.

La vieille ville est centrée sur le Kremlin et sur le quartier marchand de Iarolav.

Le Kremlin est une forteresse dont la présence est attestée dans des chroniques de 1044. Actuellement les bâtiments qui le composent vont des XIe au XVIIe siècles. Il abritait l’évêché. Il fut agrandi plusieurs fois et ne joua son rôle défensif qu’au XIVe siècle quand les remparts de pierre avec des tours remplacèrent le rempart de terre et de bois. L’aspect actuel des remparts date du XVe siècle. Durant plusieurs siècles Novgorod maintint sa position d’important avant-poste sur les frontières nord-ouest de la Russie.

A l’intérieur du Kremlin se trouve la première église chrétienne de Russie, la cathédrale Sainte-Sophie, construite au XIe siècle. Les églises de Novgorod entre les XIe et XVIe siècles se distinguent des églises de Kiev, couvertes de mosaïques et de marbre, et de celles de Moscou, à l’ornementation exubérante, par leur simplicité. Contrairement à Constantinople et Kiev, Novgorod n’est pas une résidence princière mais une république bourgeoise, plus modeste. La cathédrale renferme l’icône la plus vénérée de la ville, qui l’aurait sauvée d’un massacre lors d’une guerre.

L’archevêché fait aussi partie des bâtiments du kremlin et c’est le seul bâtiment de style gothique de la ville.

Au milieu de la place centrale du kremlin se dresse le monument au millénaire de la Russie inauguré en 1862. Œuvre monumentale en bronze, il retrace sur 3 niveaux l’histoire de la Russie.

En face du kremlin sur l’autre rive de la Volkov se trouve l’ancien quartier marchand, très florissant à l’époque de la ligue hanséatique. Aujourd’hui rien ne persiste des échoppes sui étaient en bois. Seules les églises des différentes corporations de marchands, construites en pierre ou en briue et qui servaient plus à l’entrepôt des marchandises qu’au culte, persistent de nos jours.

Un peu à l’extérieur de la ville fonctionne encore un des tout premiers monastères de Novgorod, le monastère Saint-Georges. Sa cathédrale du XIe siècle est d’une simplicité preue austère, bâtie en briques recouverte de stuc.

Non loin du monastère, un éco-musée rassemble des églises et isbas traditionnels typiques de la région, déplacés là pour expliquer aux jeunes générations comment vivaient leurs ancêtres pas si lointains.

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En cette dernière journée à Saint-Pétersbourg, nous sommes allés visiter la résidence des Tsars au bord de la Baltique, le palais de Peterhov. Résidence construite par Pierre le Grand et célèbre pour ses jardins divisés en deux parties, l’un derrière le palais et le plus étendu (100 hectares de jardins à la française) et l’autre devant le palais en pente jusqu’au bord de la Baltique (17 hectares de jardins à l’anglaise) et ses fontaines innombrables toutes différentes. Un ingénieux système de vases communicants permet de les alimenter sans pompes depuis un réservoir situé dans les jardins supérieurs. L’eau s’écoule dans la Baltique. Pierre I avait construit un premier palais qui fut considérablement agrandi et embelli dans le style baroque par sa fille Elisabeth devenue impératrice. Le palais, comme ceux de Tsarskoïe Selo, a été considérablement endommagé pendant la Seconde Guerre Mondiale et restauré à l’dentique. Le résultat est splendide.

Au bord de la Baltique Pierre I s’était fait construire une maison beaucoup plus modeste où il aimait travailler face à la mer. Il l’avait baptisée Mon Plaisir, située à l’extrémité du parc à l’anglaise.

On sort un peu étourdis par tant de luxe et de dorures.

L’après-midi, de retour en ville, fut consacré au Musée Russe, le plus grand musée de peinture russe de Saint-Petersbourg. On peut y admirer la peinture depuis les VIIIe-IXe siècles avec de très belles icônes à la peinture moderne du XXe siècle. Les collections sont exposées dans l’ancien palais du Grand-Duc Michel sur la place des Arts.

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Après avoir quitté Saint-Petersbourg, nous rejoignons en train à grande vitesse, le Sapsan, la capitale Moscou distante d’environ 700 km. On met moins de temps qu’à l’époque des tsars : en 4 heures nous y sommes. Mais en regardant défiler la campagne, on remarque que la vie y est encore très traditionnelle : les maisons de bois restent majoritaires et on traverse encore de grandes forêts de bouleaux.

A Moscou où le temps ne s’arrange pas (pluie, vent et 14 degrés) notre première visite est un tour de ville avec guide. Nina est une dame d’une soixantaine d’années, professeur de métier, et qui n’a pas la langue de bois. On sent très vite chez elle, comme chez beaucoup de gens de cette génération, une nostalgie de la période soviétique, une détestation des années Gorbachev et Eltsine et une certaine admiration pour Poutine qui a remis le pays en bon ordre ; enfin un profond ressentiment contre les étrangers particulièrement les européens et américains qui critiquent et mettent au ban leur pays. Mais, comme elle le dit très bien, les épreuves les ont toujours renforcés.

Une première vue du haut de la colline des moineaux permet de comprendre l’organisation de la ville.

C’est la seule capitale, à ma connaissance, qui ait pris le nom de la rivière au bord de laquelle elle s’est établie. C’est en 1156 que le prince de Souzdal, Iouri Dolgorouki, fit construire une petite forteresse en bois sur une éminence au bord de la rivière Moscou qu’on appelle aujourd‘hui Moscova. Cette forteresse en russe est un kremlin. Il y aura au fil du temps deux forteresses en bois puis une en pierre blanche avant que l’actuelle en briques rouges soit construite au XVe siècle, pour remplacer la pierre trop friable, par des architectes italiens invités par le tsar Ivan III. Moscou n’échappe pas à la horde mongole qui déferle en 1238 et fera peser son joug pendant deux siècles et demi. Cependant les mongols laissent les grands-princes gouverner et en exigent simplement un tribut important. Ceci n’empêche pas le développement économique, politique et religieux de la ville. Les premières cathédrales apparaissent au kremlin au XIVe siècle. En 1472 le grand-prince Ivan III épouse une nièce du dernier empereur de Byzance er Moscou devient l’héritière de Constantinople passée sous le joug ottoman et se proclame 3e Rome. En 1462, après avoir unifié le nord du territoire russe avec l’annexion de Novgorod, Ivan III refuse de continuer à payer le tribut aux mongols, marquant la fin de la suzeraineté mongole sur Moscou. Outre les murailles du Kremlin, Ivan III fait fortifier de la même façon le quartier commerçant contre le Kremlin, le quartier actuel de Kitaï-Gorod. Il prend le contrôle de Nijni-Novgorod et Souzdal, se rendant maître du commerce de la Volga. Ivan IV le Terrible (1533-1584) ouvre la ville au commerce international en attribuant un monopole aux Anglais, prend le premier le titre de tsar en 1547 et chasse les derniers Tatars d’Europe en prenant la ville de Kazan. Pour célébrer cette victoire il fait bâtir sur la place rouge une grande cathédrale qui sera dédiée à Basile-le-Bienheureux. A sa mort sans héritier le pays entre dans une période de troubles dont profitent Suédois et Polonais pour envahir le pays. Il faut attendre 1612 et l’élection par le conseil des Boyards de Mikhaïl Romanov pour qu’une nouvelle dynastie de tsars monte sur le trône jusqu’au renversement de Nicolas II en 1917. Pendant un siècle Moscou garde son titre de capitale puis le perd en 1712 lorsque Pierre I fait bâtir Saint-Petersbourg. Seuls les couronnements auront toujours lieu à Moscou au Kremlin. En 1812 Moscou est tirée de son calme provincial par Napoléon qui s’empare de la ville. De cette occupation date un des grands incendies qu’a connu la ville. Napoléon chassé, la reconstruction est menée par des architectes russes dans un style Empire et de grands aménagements modernes sont entrepris. De cette époque datent la Ceinture des boulevards et la Ceinture des jardins. Si les intellectuels et les politiques sont à Saint-Petersbourg, Moscou devient le grand centre industriel du pays. En 1917 Moscou compte près de deux millions d’habitants. Lors de la révolution Moscou retrouve son rang de capitale le 12 mars 1918. En 1935 Staline est au pouvoir et lance un plan général pour la reconstruction de la ville : élargissement des rues, construction du métro, destruction de nombreuses églises et monastères. En octobre 1941 les allemands envahissent le pays еt arrivent aux portes de Moscou. L’Armée Rouge parvient à repousser l’ennemi mais il faut reconstruire après la guerre. En 1947 pour fêter le 800e anniversaire de la ville Staline décide de faire construire 8 buildings identiques gigantesques pour l’époque qui seront la vitrine du pays à l’étranger. Seuls 7 seront finalement construits, un 8e non terminé pendant des années le sera finalement dans les années 2000.

Aujourd’hui Moscou est en chantier permanent pour en faire une cité moderne du XXIe siècle avec son son quartier d’affaires aux buildings de verre mais en même temps de gros efforts de restauration sont menés et nombre d’églises détruites sous Staline sont reconstruites. Moscou et une belle ville, différente de la classique Saint-Pétersbourg, mais plus « russe ».

L’emblème de Moscou c’est évidemment le Kremlin et la Place Rouge. La place est adossée au Kremlin qui renferme les 7 grandes églises du pays, Ie palais des tsars et les institutions politiques modernes avec le Sénat où se trouve le bureau du président.

Le Sénat 

La cathédrale de l’Archange Saint Michel est le lieu de sépulture des premiers grands-princes et tsars du pays jusqu’aux frères de Pierre le Grand. Les derniers tsars sont inhumés à Saint-Pétersbourg.

La cathédrale de l’Annonciation qui lui fait face était la paroisse privée des tsars.

La cathédrale de l’Assomption était le coeur politique du pays puisque c’est là qu’étaient couronnés les tsars.

Nous sortons du Kremlin sur la célèbre Place Rouge, la troisième plus grande place du monde. Elle est bombée car bâti le Kremlin. Bordée d’un côté par la muraille du Kremlin et ses tours avec au pied le mausolée de Lénine et à côté le cimetière des personnalités importantes de l’Union Soviétique. On n’y inhume plus depuis la chute de l’URSS. De l’autre côté elle est bordée par le plus célèbre grand magasin de la ville, le Goum (magasin gouvernemental). A l’époque soviétique seuls les étrangers et riches moscovites y avaient accès car on ne réglait qu'en monnaie étrangère. Aujourd’hui c’est une luxueuse galerie marchande où on retrouve toutes les marques internationales. La place est fermée d’un côté par le musée historique en briques rouges et de l’autre par la célèbre cathédrale de Saint Basile le Bienheureux. A l’entrée de la place une petite église détruite par Staline, la cathédrale Notre-Dame de Kazan, et reconstruite dans les années 90, était destinée aux voyageurs qui pouvaient remercier le ciel de les avoir protégé durant leur voyage. Elle avait été bâtie en 1612 par le 1e tsar de la dynastie Romanov.

Le porche d’entrée de la Place Rouge 

La cathédrale Saint Basile-le-Bienheureux ou de l’Intercession-de-la-Vierge fut construite par Ivan le Terrible en 1551-52 pour commémorer sa victoire sur les mongols à Kazan. Sa luxuriance extérieure et es couleurs vives correspondent en fait à 9 chapelles accolées les unes aux autres. La principale est la plus haute. Une dixième chapelle fut ajoutée plus tard pour le culte de la tombe de Basile-le-Bienheureux, un « fou de Dieu » qui fit de nombreuses prédictions et qui fut canonisé après sa mort. La cathédrale prit dès lors son nom. Les différentes chapelles sont reliées par des petits couloirs. L’acoustique y et excellente.

Saint Basile-le-Bienheureux 
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Si le Kremlin est le cœur de Moscou, la ville s’est très tôt étendue autour et de plus en plus loin. Adossé à la Place Rouge le premier quartier marchand, qui fut installé par Ivan le Terrible, Kitaï Gorod s’et vite développé. Si son nom signifie « ville chinoise » en russe, il n’y eut jamais de chinois dans ce quartier mais il était spécialisé dans le commerce de la soie et autres produits venus d’Orient. Comme toutes les villes de Russie construites en bois, elle subit plusieurs incendies ravageurs. Le quartier était protégé par un rempart, construit sous Ivan le Terrible et détruit dans les années 1930. Le quartier était centré une grande halle marchande, la Cour des Marchands, installée au XVIIe siècle mais dont la bâtiment actuel de style classique date de la fin du XVIIIe. C’est aujourd’hui une vaste salle d’exposition dans la cour centrale couverte d’une verrière, entourée d’une galerie marchande sur deux étages pour boutiques de luxe. Malgré la frénésie destructrice de Staline qui a supprimé plusieurs églises et toute une partie du quartier le long de la Moskova, il reste encore quelques belles maisons à visiter comme la maison familiale des Romanov avant leur accession au trône ou quelques églises.

Moscou ressemble maintenant aux grandes capitales du monde entier et on y retrouve toutes les grandes enseignes internationales. Cependant la Russie d’antan est encore présente au détour des rues. Ainsi un peu excentrée mais totalement dans la ville aujourd’hui, on peut visiter la maison de Léon Tolstoï, un domaine qui était au tournant du XXe siècle à l’extérieur de la ville. On y retrouve l’ambiance très impressionniste de l’époque et cette maison m’a fait penser à celle de Claude Monet à Giverny.

Plongeant encore une fois dans le passé mais en faisant le lien avec le présent, nous avons fait une visite au monastère de Novodievitchi et don cimetière, le « Père Lachaise » russe. Le monastère de Novodievitchi fut fondé au XVIe siècle et était un monastère de femmes. Entouré dune puissante muraille il comporte plusieurs églises dont la cathédrale Notre-Dame-de-Smolensk aux coupoles dorées et argentées. Dans ce monastère nombre de femmes de la noblesse furent enfermées pour des raisons variées. Le cimetière attenant accueillit les nonnes au départ puis après son extension hors les murs du couvent à la fin du XIXe, des personnalités du monde culturel et politique : on peut rencontrer ainsi des écrivains comme Gogol ou Tchekov, des musiciens comme Rostropovitch ou Chaliapine, des politiques comme Khrouchtchev , Eltsine ou nombre de membres du parti communiste, Gagarine, etc… c’est intéressant.

Tombe de Boris Eltsine en forme de drapeau russe 

Une autre visite intéressante à faire à Moscou est souterraine: c’et le métro. Construit dans les années 1930 par Staline qui voulut en faire une vitrine du communisme triomphant, on n’a pas lésiné sur les matériaux de luxe et donné un thème à chacune. Toutes les stations ne sont pas décorées mais une dizaine d’entre elles valent le détour.


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Notre dernière étape à Moscou sera pour la galerie Tretiakov, le plus vaste musée de peinture russe. Si vous y allez, prenez une visite guidée car il est difficile de s’y retrouver seul et les audioguides ne sont pas très bons. Notre guide, Maria, nous a permis de comprendre l’évolution de la peinture russe et d’avoir quelques noms en repère pour les différentes époques.

D’abord qui était Tretiakov ? Il étaient 2 frères, Pavel et Sergueï, héritiers d’une famille aisée de l’industrie textile, et qui vécurent au XIXe siècle. Pavel s’intéresse très tôt à la peinture et surtout à l’art russe alors que son frère Sergueï s’intéresse à l’art étranger. A eux deux ils vont progressivement constituer une fantastique collection. A leurs morts leurs collections constitueront le fond des deux musées principaux de Moscou : la galerie Trétiakov installée dans la maison familiale qui sera vite agrandie puis dans un deuxième bâtiment récent qui abrite l’art du XXe siècle à nos jours pour les collections de Pavel et le musée Pouchkine qui abrite les collections de Sergueï. Les 2 galeries Trétiakov comportent quelques 130 000 œuvres.

Je vous propose une balade dans la galerie historique, la maison familiale, qui concerne l’art russe du XIe siècle à la fin du XIXe siècle.

Si Pavel Tretiakov réunit quelques spécimens d’art russe ancien, ce sont des collectionneurs privés qui ont permis de rassembler la belle collection d’icônes présentée.

Les œuvres les plus anciennes sont des XIe-XIIe siècles et viennent de Kiev (mosaïque de Saint Demetrius de Thessalonique et fresque murale représentant Saint-Nicolas).

Au XIIe siècle apparait l’école de Novgorod avec la célèbre Vierge de Vladimir ( ou Vierge de la Tendresse), maintes fois copiée et L’Annonciation d’Oustioug. Ces 2 icônes furent probablement réalisées par des artistes byzantins.

A partir du XIVe siècle on voit apparaitre des isographes (peintres d’icônes) russes. Les plus connus sont Théophane le Grec, venu de Constantinople pour s’établir en Russie et Andreï Roublev, moine russe qui fut probablement son élève.

Theophane le Grec: Vierge du Don et Dormition de la Vierge
Roublev: Le Christ en majesté entouré de Saint Michel, la Vierge, Saint Jean-Baptiste et l’Archange Gabriel
Roublev: La Trinité 

L’école de Pskov au XVe siècle produit aussi de belles pièces comme Le Miracle de l’icône de Notre-Dame du Signe, véritable BD relatant la bataille entre Novgorod et Sousdal et la victoire des premiers grâce à l’icône.

Au cours des XVIe-XVIIe siècles le style des icônes évolue avec des isographes tels que Dionissi et les artistes de l’école Stroganov (Simon Ouchakov, Nikita Pavlovets)

A partir du XVIIIe siècle la peinture cesse d’être uniquement religieuse. Jusque là les artistes ne pouvaient pas peindre dehors. Suite aux bouleversements sociétaux décidés par Pierre le Grand nait la peinture profane en Russie avec un premier représentant, Ivan Nikitine (1680-1742) formé en Italie:

Des artistes étrangers étaient aussi invités à la cour russe comme le français Louis Caravaque:

La peinture de genre historique apparaît à son tour dans la peinture russe avec Anton Lossenko:

Les adieux d’Hector à Andromaque

La peinture de paysages n'apparaît qu’à la fin du XVIIIe siècle avec Fiodor Alexeïev qui peint des paysages urbains et Semion Chtchedrine qui réalise des paysages idéalisés.

Alexeïev
Chtchedrine 

Le romantisme se déploie à partir de la fin du XVIIIe avec Orest Kiprenski qui réalise le « Portrait du poète Alexandre Pouchkine » en 1827.

Pouchkine                                   Autoportrait 

Karl Brioullov, célèbre pour ses grandes toiles historiques (Derniers jours de Pompéi) réalise aussi de beaux portraits.

De cette époque un peintre sort de l’ombre avec un tableau qu’il mit plus de 20 ans à réaliser et qui mesure 5,40m sur 7,50m: Alexandre Ivanov avec «L’Apparition du Christ au peuple » pour laquelle il réalisa plus de 600 études préliminaires.

Dans la première moitié du XIXe siècle apparait le mouvement réaliste avec Vladimir Tropinine, ancien serf affranchi vers la fin de sa vie et qui fit surtout des commandes pour son maître.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle les peintres réalisent des scènes critiquant la société: c’est le coeur de la collection de Pavel Tretiakov qui appréciait beaucoup les peintres de son temps. Ainsi Pavel Fedotov avec « Le colonel fait sa demande » rappelle les dessins de Daumier.

Vassili Poukirev peint « L’Union mal assortie » dénonçant le mariage arrangé d’une toute jeune fille avec un vieux barbon

Vassili Perov aborde les problèmes sociaux avec les « Apprentis portant de l’eau » ou « La procession de Pâques » où on voit les prêtres totalement ivres ayant du mal à tenir debout

Mais cette deuxième moitié du XIXe voit aussi l’essor du paysage typiquement russe par des peintres influencés par l’école de Barbizon comme Fiodor Vassiliev avec un beau « Sous-bois »,

Ivan Chichkine et ses forêts ,

Ivan Aïvazovski, amoureux de la mer, avec ses nombreuses marines,

ou Alexei Bogolioubov spécialisé dans les vues panoramiques de Saint-Petersbourg.

Le souffle lyrique des grandes épopées russes anime Viktor Vasnetsov

Vassili Verechtchaguine se spécialise à la fois dans les scènes de bataille et dans l’orientalisme

L’Apothéose de la guerre 

Ilia Repine est le peintre emblématique de la fin du XIXe. Réaliste, il aborda tous les genres avec succès. Ami de plusieurs écrivains ou musiciens, il en fit les portraits

La procession religieuse 
Ivan le Terrible et son fils qu’il a assassiné 
Moussorvski                               Tourgueniev 

Enfin l’impressionnisme commence à influencer les peintres russes en cette fin de XIXe siècle avec Nicolaï Ghe,

Le Christ et Pilate                            Léon Tolstoï 

avec également Vassili Polenov

Cour à Moscou 

Et enfin Issac Levitan, ami de Tchekov.

Au tournant du XXe siècle Mikhaïl Vroubel s’affirme comme le peintre de l’Art nouveau avec de grandes peintures décoratives exécutées pour des hôtels particuliers moscovites, comme celui de l’hôtel Métropole, « La princesse lointaine »

Une autre visite des galeries Tretiakov s’imposera pour explorer la peinture moderne russe.