Carnet de voyage

La Pérégrination.

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La culosité: c’est la fusion de la Curiosité et du Culot. Ceci est l’apothéose d’un rêve culosieux... Exaltant. L’envol de deux troubadours à travers une pérégrination unique. Osons.
Du 1er avril au 28 décembre 2020
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Publié le 9 janvier 2020

Il était une fois, une histoire toute simple. De celles qui commencent par une phrase, elle aussi toute simple, prononcée avec toute la désinvolture de la jeunesse, autour d’un feu de camp avec les copains, ou en regardant les étoiles:

« Moi quand j’serai adulte je ferai le tour du monde dans un Van Hippie. »

15 ans.

A 15 ans, on flotte dans les abîmes. On se projette en permanence, avec cette immaturité liée à l’enfance, qui nous empêche de nuancer nos pensées. Tout est brut. Noir ou blanc.

On prononce nos rêves sans en prendre pleinement la mesure.

On s’aperçoit que l’on commence à devenir adulte quand justement, on se met à nuancer. À mesurer.

Et c’est LÀ que le piège se referme.

Ces instants, où l’on repense à ces rêves qui nous ont tant transporté, et qu’on se met à y « réfléchir ». Avec notre esprit cartésien d’adulte.

Ce moment intervient généralement au moment où tu mets aussi un pied dans la vie en société. Le moment où tu prends ton premier Appart’, où tu te démènes dans tes études et où tu remplis tout seul tes premiers papiers administratifs.

Pile au moment où tu mets le pied sur la mine. C’est à la fois le meilleur moment pour y penser, et le pire. Car c’est le meilleur moment pour le réduire en poussière en trois minutes. Juste le temps de te dire que pour tout un tas de raisons bien-pensantes... c’est IMPOSSIBLE.

C’est LÀ, qu’il y a un biais. Une porte de sortie.

Un mot: l’Innocence.


Tu décides de ne pas faire de l’adulte que tu deviens ton entière identité. Tu gardes un Joker. Là, tout au fond de toi.

Pour que l’impossible devienne (...)

C’était une nuit d’hiver. Je ne sais plus laquelle. En refaisant le monde autour d’une petite bière, dans notre première niche, tout là-haut à La Croix-Rousse, « notre » moment a décidé d’intervenir.

« On se fera une année sabbatique en camion et on voyagera. »

La différence entre cette phrase et celle que l’on prononçait lorsque l’on avait 15 ans réside dans ce qui s’est passé après.

On s’est serré la main.

On a donné notre parole... d’adulte.

Notre pote « impossible » s’est alors fait la malle pour toujours.


J’te l’avais dit, c’est une histoire toute simple.

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Publié le 10 janvier 2020

Que font selon toi deux âmes errantes dans les abîmes de l’adolescence?

... Elles fusionnent !

Elles réalisent sans s’en rendre compte, tout doucement, par étapes... leur rêve.

Tu sais comment elles ont fait ça ?

Elles ont transformé inconsciemment ce rêve... en Projet.

BOUM. Métamorphose.

. Un soir, dans la cuisine de l’appartement de la maman d’Olenka à Lyon :

« Maman, faut que je te parle d’un truc. »

. Une fin de matinée, pendant une rencontre inopinée avec les parents de Luc, sur la terrasse d’un café à Bourg-Saint-Maurice:

« Voilà, on a quelque chose à vous dire. »

. Une après-midi, quand Olenka a enfin décidé de prendre son courage à deux mains, mains d’ailleurs toutes entortillées et bien transpirantes, dans le bureau de son supérieur:

« T’as une petite heure chef? Faut qu’on parle. »

(...)

-« On va partir faire un grand voyage. »-


Les réactions de nos proches ont été unanimes: « Faites-le. Maintenant, tant que vous êtes jeunes ». Limpide.

La réaction du supérieur a été plus cocasse: « Fais-le. De toute façon même si je te dis non... tu le feras quand même hein? ». D’une grande clairvoyance, mon chef.

Conclusion:

Un rêve se métamorphose en projet lorsqu’il se met à exister... aux yeux des Autres.


Sinon, on s’appelle Luc et Olenka, on a 24 ans et un projet sur les bras.

C’est parti.

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Publié le 12 janvier 2020

Quand tu veux faire un petit tour du monde en camion et que tu es d’une perspicacité redoutable, tu t’aperçois assez rapidement qu’il te faut... Un camion.


Mais pas n’importe quel camion. Un qui démarre au diesel, à l’huile de friture et au Karma. Qui fait un bruit pas possible, couleur « perle »*, avec de la rouille perforante sur les passages de roue (et sur le châssis, mais cette aventure fera l'objet d'un article à part entière: ça vaut le coup.)

Et surtout, SURTOUT, une bécane plus vieille que nous et qui n’a pas moins de 310 000 km au compteur.

Un camion qui a de la gueule quoi.

Là tu te questionnes sur notre santé mentale, et vu qu’on est bourré de répartie quand il s’agit d’aborder le thème du camion, on te rétorquera que:

. C’est un VW T4 aménagé Multivan par Westfalia,avec un moteur de 2.4L 5 cylindres ( tu sais quand on te parle des vieux tromblons incassables ultra fiables de chez VW, bah en fait... c’est de mon bébé qu’on te parle.)

. Il a été éprouvé par nos soins, un peu partout en France, en Italie, en Grèce, en Albanie, au Monténégro, en Croatie, en Slovénie et en Allemagne. Il a roulé avec brio entre -5 et 50 degrés. Baptême du feu: Check.

. Enfin, il nous a fait de l’EFFET. Dès la première fois qu’on l’a vu. A se demander si ce n’est pas plutôt lui qui nous a choisi... à nous de lui prouver qu’il a eu de l’instinct.


On l’a appelé... GROCAMION.

Sobre et sexy. Tu vois ce que je veux dire ? 

* Définition couleur perle: c’est la couleur donnée à un camion jaune pisse quand son propriétaire en est amoureux.

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Publié le 15 janvier 2020

Je t’ai pas dit qu’on partait en famille?

Le rouge, c’est Luc. Le bleu, c’est Olenka. 

Le parapente. Luc l’appelle « le grand délire de sa vie d’adulte ».

[.] C’était une fin de printemps. Au décollage de La Petite Chal, en Tarantaise. 8h du matin, tout est calme. Soudain, deux gamins se pointent avec une coquille de tortue sur le dos, le cœur palpitant et les mains transpirantes. Ils déplient et mettent en ordre leurs chiffons multicolores dans un silence...

Un silence qu’on a aucune envie de rompre.

Ils répètent les gestes qu’ils ont appris et révisé des dizaines de fois, mais là c’est différent. Ils sont seuls... et c’est pour de vrai. Ils s’installent chacun dans leur sellette, puis regardent leurs pieds, suivis de la pente intimidante qui semble se jeter dans le vide quelques mètres plus loin. Ce petit moment d'éternité... interrompu par une soudaine interrogation émanant du fond de leur organisme:

« Mais qu’est ce qu'on fout là ? » Cas de conscience. Belle question métaphysique.

« Bon... bah allez hein. Courage ou dégage. » dit-il avec un sourire à la fois pour lui-même et pour l’autre gamine. Il se retrouve en l’air quelques secondes après, engageant un décollage parfait.

Elle sourit avec toute la plénitude liée à une idéaliste qui s’accomplit dans ce qui paraissait impossible un peu plus tôt. Ce mot, « impossible », prend alors tout son sens: impossible de reculer. Juste: pas concevable. C’est le moment où la fierté d’oser se réaliser dans ses rêves ainsi que le travail personnel qui en découle dépassent... la peur. Dire que c’est un sentiment exaltant est un euphémisme.

"Allez Olenka: Impulsion. Temporisation. Accélération. Décollage."

Impulsion. Le vide cérébral. Fusible rompu. L’aile monte en un arc de cercle, fluide.

Temporisation. Un coup d’œil pour vérifier que tout se passe bien là-haut. Check. C’est parti.

Accélération. Le regard braqué droit devant... ce regard qui défie le monde entier de l’empêcher d’aller embrasser le ciel là, maintenant, tout de suite.

Cours, cours, cours !

...Décollage. [.]

Tu comprends donc qu'un jour - culosité oblige- on a osé imaginer donner des ailes à notre projet en l’agrémentant de deux petits parapentes si adorables et si encombrants.

"Et si on volait dans tous les pays parcourus lors de La Pérégrination ?"

Ça ferait pas un p***** de combo de rêve ça ?

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Publié le 15 janvier 2020

26 000.

Il parait qu’une image vaut mieux que mille mots.

Inutile de commenter. Tout est là.

J’aime à penser que notre imaginaire individuel bouillonne dans notre boite crânienne en admirant cet espèce de patatoïde difforme, qui ne représente pas moins qu’un périple de 26 000km.

Rien de romanesque dans le choix de l’itinéraire… juste 4 pays attirés par notre Culosité : la Norvège, la Russie, le Kirghizistan, l’Iran. Quatre points cardinaux. Les autres pays, non moins merveilleux, découlent d’un raisonnement cartésien évaluant la solution la plus simple pour les relier entre eux. Enfin « simple ». Disons sans induire d’incident diplomatique, ni tenter désespérément de traverser la mer Caspienne avec un ferry qui ne viendra jamais. J’aurai tout le temps de t’en parler quand justement, le temps se sera arrêté… dans moins de deux mois et demi.

La photographie là-haut, c’est celle du planisphère géant ornant sobrement le salon. Il se dresse de toute sa superficie juste en face de la table. Pour nous rappeler, continuellement, l’envergure de ce que nous tentons de réaliser.

Les jours s’envolent et notre envol approche. Le soir, les conversations s’animent autour de cette table de salon. Mais de plus en plus souvent, elles s’éteignent, soufflées par le silence des protagonistes, le regard rivé sur la carte et le petit coup de stylo noir.

Petit moment d’éternité.

Ce silence est d’autant plus long et récurrent que le délai avant le départ… est court. A la fois léger et chargé de sens. Petit moment d’éternité… souvent brisé par un « On a pas pensé à … » ou un « Faut qu’on s’occupe de… ».

Ce que j’essaie de te dire, c’est qu’elle a un Rôle, cette carte gribouillée. Un rôle beaucoup plus important que celui de simple ornement. On pourrait l’appeler… l’échéance ?

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Publié le 22 janvier 2020

Le grand tour de manège s’effectue dans le sens d’écoulement du temps, qui nous file entre les doigts à la manière du sable blanc… Et c’est pas une métaphore romantique bidon.

On commence par partir… vers le Nord. Par la Suisse (qui n’est absolument pas au nord, on est d’accord), avec le rendez-vous IN-RA-TABLE de l’année : le concert de Parkway Drive à Zurich le 4 avril. Si vous êtes néophytes de la musique Métal, on va simplement dire que c’est le moment où la crinière blonde d’Olenka se déchaine dans tous les sens à une vitesse invisible à l’œil nu, et où elle baragouine dans un français à peine audible « J’suistropfanj’suistropfanj’suistrooopfan ». Tu vois le topo ?

Ensuite nous traverserons assez rapidement l’Allemagne pour rejoindre le Danemark. Pourquoi le Danemark ? Parce qu’il y a des dunes raides, surplombant des plages, elles-mêmes surplombées par la mer. L’intérêt ? Si je te dis voler pendant des heures durant, le visage face à l’étendue incommensurablement bleue de la mer, les cheveux vol au vent sous ton casque…

Pas mal hein ? Ça s’appelle le « soaring ».

…Là, tu me demandes « OK, elle est où l’arnaque ? ».

Bah, y’en a pas tant que ça en fait. Faut juste arriver à gonfler ton parapente sur la plage, remonter la bute avec ton aile gonflée au-dessus de ta tête alors que elle, elle a qu’une envie, c’est de descendre, puis enfin, si t’arrives assez haut, te retourner et décoller. Et après c’est gagné. Hey, me regarde pas comme ça, on a rien sans rien !

Etape suivante. La Norvège. Les fjords, les jours sans fin et le paquet de pâtes à 10 euros. Paysages grandioses, petits vols pour le plaisir, cabane dans les bois tout ça tout ça.

Mi-juin (et cette date est importante, tu comprendras plus tard –suspense), on passe le poste frontière Russe, visa en main. En passant par St Pétersbourg et Moscou, on a 30 jours top chrono pour traverser le pays. Pas le choix, visa oblige.

Mi-juillet, on commence le folklore en s’incrustant au Kazakhstan. 30 jours pour traverser le pays, par les routes les plus POURRIES de la route de la soie (et c’est peu dire). Petit BIG UP à Monsieur&Madame Aventure pour leurs conseils plus que précieux. On parcourra ces grandes étendues désertiques avec « Borat » en arrière-pensées.

Ensuite, Kirghizistan. Je crois que ce sera l’un des pays avec les plus beaux panoramas… et le plus grand risque de douleurs intestinales atroces. Les paysages y sont aussi sauvages que la bouffe.

On commence à rentrer dans la partie marrante avec l’Ouzbékistan. On y restera aussi longtemps… qu’il faudra attendre pour obtenir le visa de transit Turkmène. Je crois que je te rédigerai, à ce moment-là, un article passionné et fougueux sur les institutions Ouzbèkes… tellement hâte.

Là, c’est le summum de la partie drôle. Le P***** de Turkménistan. J’te fais un topo à la 007. 5 jours pour traverser le pays par la route la plus directe : mouchard à l’appui dans le camion. Camion qui doit d’ailleurs être blanc immaculé sous peine d’amende (pas du tout maniaques les gars). Ah oui, et il n’y aurait pas de piquant si on ne devait pas, en plus, cacher les parapentes à la frontière. Oui t’as compris, cacher deux énormes machins de 70L dans un T4. Olenka est sur le coup. EASY.

Une fois ce pays traversé en moins de 5 jours sans aucune panne sèche de GROCAMION bien évidemment, on arrive en Iran. Luc devra fêter son anniversaire sans une bonne petite bière belge, et Olenka devra apprendre à couvrir l’intégralité de ses bouclettes sans en laisser échapper une seule – pas facile. Un mois dans ce merveilleux pays.

C’est donc début novembre que nous passerons la frontière Turque, et on aura fait le plus dur. Sites de vol exceptionnels, sites exceptionnels tout court d’ailleurs. Un mois.

Début décembre. On termine par la Grèce. Histoire de se faire roser une dernière fois un peu les fesses avant de retourner, tout d’une traite…

A la maison.

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Il y a de ces moments, où mettre des mots sur la situation semble une épreuve insurmontable. Des moments tellement banals, mais cependant… tellement chargés de sens, que la dimension du présent dans ce qu’il possède d’indélébile sur le futur nous dépasse. Totalement.

Du coup tu imagines bien que c’est hyper stimulant pour moi, que d’essayer d’écrire (de décrire ?) ce moment.

Commençons par le mettre en image. Histoire que tu ne te fasses pas d’illusions.

Limpide hein.

Poursuivons par un factuel. Aujourd’hui, j’ai fait mes premiers cartons, pour la quatrième fois depuis que j’ai quitté le nid à 19 ans. Bien.

On est tous pareils : on remplit les premiers cartons avec les plus inutiles des inutilités de la maison. On a tendance à les faire soit trop à l’avance, soit trop en retard, en tout cas JAMAIS au bon moment. C’est le moment où l’instinct de baroudeur se réveille comme un printemps nouveau. Où l’on a envie… d’une nouvelle saison dans notre vie. Alors quoi de plus logique que d’emballer ses premières affaires comme réponse métaphorique à cette pulsion ?

C’est le début de la fin. On commence à partir.

On est tous pareils. On trouve toujours le moyen de se surprendre soi-même… avec des objets insoupçonnés. Qui généralement, va savoir pourquoi, sont les mêmes objets insoupçonnés qu’à ton précédent déménagement. Un étonnement éternel. Le genre de truc qui ne t’arrivera jamais avec ton essoreuse à salade si tu vois ce que je veux dire. Ces objets sont vecteurs d’une certaine magie… celle de nous étonner. Perpétuellement. Ils sont uniques : si inutiles mais si puissants….

…Ce sont des Souvenirs.

Le poster géant devant lequel j’ouvre mes yeux tous les matins sans le voir. Cet album qui m’a été donné gamine. Ces innombrables cahiers d’écritures, pour la plupart inachevés.

Le genre de trucs dans lesquels tu plonges… et qui te fait perdre une efficacité monstrueuse lors de ton grand projet de « premier carton » tu vois ? Surtout quand une vieille musique sortie des fagots est balancée par Youtube… le mode 100% mélancolie quoi. Tout y est.

Aujourd’hui, j’ai fait mon premier carton. Dans l’objectif… de ne plus avoir de maison.

« BOUM. Dans deux mois, plus de chez-moi. »

Ça m’est tombé dessus comme ça. Un vertige immense m’a envahi comme un rideau de brume matinal. Une perte de repères digne de ce nom. Je sais ce que tu vas me dire : « Nan mais Olenka arrête ton caprice, t’es JAMAIS chez toi. Tu détestes ça, t’es toujours soit en train de vadrouiller on ne sait où, soit en montagne en train de faire on ne sait quoi. » Je sais, mais quand-même. Putain ça fait drôle.

Je crois avoir désormais pris pleinement la mesure de l’épreuve du « premier carton » : c’est un rendez-vous philosophique : un rite de passage vers… une autre aventure. Une pérégrination. Ça serait malhonnête de nier avoir peur. Ou du moins un petit frisson de suspense.

Bref, revenons-en à nos cartons. On a tous tendance à emballer les objets qui nous semblent le plus inutiles, c’est vrai.

Et une dernière fois, on est tous pareil.

Il a des objets qu’on a du mal à enfermer dans le noir. Des synonymes de ce que l'on laisse derrière soi ? Ils sont porteurs d’un sens unique, tout à l’intérieur de nous. Il n’y a pas de mots. C’est immuable, c’est tout.

Regarde autour de toi.

Quelque part, ce sont eux qui font de chaque chez-nous… notre chez-nous.

Ceux-là, je les emporte. Ils verront la lumière autour du monde avec moi.

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Publié le 30 janvier 2020

La carte ornementale n’est pas l’unique personnification de l’échéance. Les nuits sans sommeil le sont aussi. De plus en plus. De plus en plus souvent.

Il est clair que d’un premier abord, on peut faire un lien direct avec les tracasseries liées à la préparation des papiers, du camion et de tout ce qui constituera notre petit monde autour du grand Monde. Mais je crois qu’il y a autre chose.

Le temps s’écoule… et notre concentration sur tout autre sujet du quotidien autre que le départ se réduit en cendres. Un adage populaire dit que, peu de temps avant le voyage, on est déjà parti. C’est vrai. On le ressent. Et la raison d’être de ce « départ » prématuré découle selon moi de cette grande question métaphysique, que l’on commence à prononcer sans cesse dès notre plus jeune âge :

« Pourquoi ? »

Je n’ai pas envie de résoudre cette question. Et pourtant, la nuit, lorsque le corps se régénère et que l’on est le plus fébrile, elle s’impose dans notre cortex cérébral comme un énorme bloc de granit. Tu sais pourquoi éluder cette question rebute tous les baroudeurs ? Parce que les pistes de résolution font peur. Parce qu’elle induit d’autres questions.

Pourquoi tu pars ?

Qu’est-ce que tu espères trouver ?

Tu as besoin de ça… pour te sentir vivante ? Pour « exister » ?

… Qu’est-ce que tu fuies ?

Je te l’avais dit, ça fait peur. C’est l’envers du rêve de gosse… avec le petit démon de l’esprit adulte.

La conscience.

La conscience du fait que l’objectif ultime de La Pérégrination n’est pas réellement le tourisme classique ou la culosité. On cherche…autre chose.

On cherche à se perdre.

Ne te méprends pas. L’origine de tout ça ne découle pas d’un mal-être quelconque lié à la société où à nous-même. Mais je crois fermement que l’ouverture d’esprit amenée par une aventure comme celle-ci nous oblige à nous oublier, à effacer complètement le « Moi » d’avant pour devenir… meilleur ? Pour trouver la paix intérieure ?

C’est généralement à ce moment-là que s’opère la magie de la prise de conscience… quand tu t’aperçois pour la millième fois, comme une leçon que tu n’arrives pas à retenir, que la première personne à qui tu dois des comptes… c’est à toi-même. Le questionnaire de l’ambassade Russe pour le visa vient APRES.

Ce à quoi je me réponds : « Pas le temps. Tu auras tout le loisir de torturer ton esprit de baroudeuse avec toutes ces questions… quand tes petites fesses seront enfin posées dans le camion. Mais lui et toi, vous n’irez pas loin si tu ne remplis pas le questionnaire de l’ambassade Russe pour le visa. »


Pour sortir de ce cercle vicieux infernal, j’ai une pirouette imparable : je m’imagine des scénarios de complications pendant le voyage.

« Alors Olenka : imagine que tu es… sur une de ces routes pourries et désertes en plein milieu du Kazakhstan, en train de rouler en pleine nuit car il faut avancer… que tes paupières sont lourdes, que le sommeil commence à te couvrir lentement… et que là : BOUM VROUM VROUM.

GROCAMION pas content. Coincé dans un sable mouvant. Et que… disons que Luc a en plus vidé toute la batterie du téléphone portable car il a geeké toute la soirée sur un Doodle Jump Kazakh’ qu’il a dégoté on ne sait comment. Alors ma belle, tu fais quoi là ? Elle fait moins la maligne ta conscience et ses questionnements alambiqués hein ! »

Je tourne et retourne le problème comme un Rubick’s Cub pour trouver la moins mauvaise idée possible. Pour enfin finir par me dire que, quand on y pense, ça fait quand même un peu flipper ce voyage. Et quand la parano commence à monter… une image mentale s’impose à moi.

Cette image est un souvenir de gamine…celui de mon père, assis au volant de la voiture, au sortir du supermarché. Au tournant d’une conversation portant sur l’angoisse qui nous empêche … d’oser. Cet adage qu’il m’a transmis est incrusté en moi depuis ce temps-là : une simple phrase qui réduit à néant toute controverse.

« La peur n’évite pas le danger ma fille. »

Alors…je m’endors. Tout simplement.

Merci Papa.

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Publié le 11 février 2020

D’aucuns pensent qu’il faut, quelque part, être un peu Hippie dans la peau pour réaliser le coup du « voyage en vieux VW sur la Route de la Soie en mode parapente paix intérieure Flowerpower etc. ».

Et bien pas du tout. FAUX. Arnaque totale.

Tu trouveras ci-dessous le témoignage, non exhaustif et probablement incomplet, qui démontrera le tout. Accroche-toi.

[ Pour venir à bout de la Pérégrination,

Tu devras faire preuve d’absolution, d’abnégation...

... Et d’une p***** d’organisation.

Commence par te trouver un camion, de préférence un vieux tromblon,

Vieux certes, mais fiable. Souviens-toi que le chemin sera long.

Ce camion pour le dégoter, il te fera la négocier, avec le culot d’un enfant mal élevé.

Puis définis ton itinéraire. Avec audace.

Vois grand. Tu auras tout le temps, plus tard, d’observer la vérité bien en face.

Dessine sur la carte... trace.

Visualise. Rêve. Profite de ces instants, de cette sensation de légèreté et de transcendance...

... Parce qu’après les emmerdes commencent.]

Ton camion, il te faut l’aménager. Maître mot: pragmatisme. Sobre et sexy. Fonctionnel. Si tu passes plus de temps à le concevoir qu’à le fabriquer, tu es sur la bonne voie.

Quand le courage te délestera de son ardeur... pense à ta tête, à tes mains. A leur potentiel de créer un truc imparfait, mais super génial quand même.

On est encore loin du départ, mais les mois s’écoulent alors ne te laisse pas piéger par l’échéance.

Renseigne-toi sur les VISA. Ne baisse pas les bras quand tu t’apercevras que chaque source consultée te donne une information différente. Prends toutes ces infos, croise les et classe les par ordre de pertinence selon leur occurrence. Il y a la vie « France Diplomatie », et la vie racontée par les baroudeurs: les deux méritent le détour. Garde une chose en tête: quand tu sors de l’Europe, tu es, toi, petit blanc-bec Occidental, considéré comme un touriste étranger dont la culture est plus ou moins appréciée, et on aime savoir où tu es, où tu dors, ce que tu fais. Ne t’inquiètes pas si tu dors dans ton camion, des sociétés avides de sousous ont des solutions.

Fais des fiches. Prends des notes. Imprime des cartes avec les postes frontières. Précise ton itinéraire en te renseignant sur les postes les plus communs.

Pense à ton camion. Tu traverseras certains pays qui nécessiteront d’un Carnet de droit de Passage en Douane (CPD). [Note: veille à braquer une petite banque pour avancer la caution demandée par l’Automobile Club de France.]

Change l’assurance de ton camion pour une qui couvre la Russie, sans quoi impossible de faire de visa.

Demande un permis de conduire international sur l’ANTS. Envoie les pièces demandées dans un courrier AVEC accusé de réception, ou bien recommence ta demande 3 fois. À toi de voir. Méfie-toi, ça peut prendre des mois.

Ne panique pas quand tu t’apercevras qu’il te reste une petite tonne de choses à régler à quelques mois du voyage. Reste pragmatique: souviens toi... petit à petit, l’oiseau quitte son nid.

[Immersion.]

...Dans une journée banale de la Pérégrination.

[Projection.]

...De quoi aurais-tu besoin pour vivre cette journée sans frustration?

[Optimisation.]

...N’oublie pas qu’être essentialiste n’est pas une option.

[Organisation.]

... Chaque chose à sa place dans une carte mentale en trois dimensions.

[Prisedetêtation.]

... Débrouille-toi pour faire rentrer tout ça dans ton camion.

Allez on continue vers le détail, souviens-toi : время летит. Notre cher alphabet latin n’a pas la côte dans ces lointaines contrées. Apprends le Russe, ou du moins à lire le cyrillique comme un enfant de six ans, et déjà tu pourras te sortir de nombreux pétrins. Achète un guide de conversation, puis tant qu’à faire des guides de voyages des contrées les plus vastes et inconnues. Prends-en rapidement connaissance, autant que faire se peut car ... t’as pas l’temps (tu connais la musique maintenant).

Intéresse-toi au nerf de la guerre: la caillasse bébé. Le flouze. Le grisby. La pèse. Les devises, les retraits, la banque, le coffre-fort dans le VW (non c’est pas une blague)... tu vas avoir le loisir de te poser un milliard de questions sans réponse claire sur Internet à part celle-ci:

YOU NEED U.S. DOLLARS SWEETHEART. Passage de frontières, change, backchish... le dollar US est une centrifugeuse à solutions pour te sortir de la M... (Pour le reste, il y a N26. J’aurais jamais pensé pouvoir déclarer mon amour à une banque: MERCI N26.)

T’en veux encore?...

Prends-toi un Smartphone: un qui prend de belles photos ET QUI TIENT LA BATTERIE. Et un téléphone à touches pourri avec un emplacement pour grosses cartes SIM (pour les cartes prépayées). Installe toutes les applications nécessaires (encore une fois, renseigne-toi... pense aux cartes à télécharger!) puis saisis les numéros de toutes les ambassades de France, assurances, numéros utiles. Pour le forfait téléphone, il ne te sera utile qu’en Europe, car OUI, c’est une légende, il n’existe pas de forfait international, aussi cher qu’il soit. Si toi aussi tu ne peux clairement pas commencer une journée sans une dose de musique, prends un abonnement Spotify Premium (et ouais, écouter de la musique hors connexion, c’est plutôt utile au fin fond de l’Ouzbékistan.) Avant de partir, envoie le Gros en révision complète (j’te jure, fais le, conseil d’amie). Sur ton itinéraire, anticipe aussi des garages pour le faire réviser régulièrement. Te fais pas de bile, t’auras FORCÉMENT le coup de la panne sèche au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais c’est bien quand ça arrive une fois. Pas deux.

Bref, j’en étais où déjà ?

Ah oui, le ravitaillement. En eau. En pétrole. En gaz. En shampoing. Il y a des pays où c’est ... disons moins simple que d’autres. Certains où ça coûte les yeux de la tête, d’autres ou justement tes yeux sortent de ta tête tous seuls tellement c’est pas cher. Big Up à Mr et Mme aventure pour les précieux conseils.

Assure-toi de t’assurer, et prie le Karma pour que ça ne te serve à rien. Il te faut une assurance à la personne internationale, si possible remboursement au premier euro. Tu vas faire une descente d’organe quand tu vas voir le prix, mais à ce moment-là, tu auras déjà compris qu’être un petit baroudeur, c’est plus ressembler à une vache à lait qu’à un Hippie. Si t’as pris l’option parapente génial et encombrant, prends une assurance spécifique internationale à la FFVL, puis fais réviser ton aile et replier ton secours avant de partir.

Prépares-toi physiquement, avec un entraînement quotidien. Vas courir. Fais des séances de renforcement musculaire. Et lâche pas la grappe au bout de 2 jours (j’te connais): un long voyage dans un camion, c’est tellement éprouvant pour le corps.

Enfin... pense à ce que tu laisses derrière toi. Ta maison, tes changements d’adresse et résiliations diverses, tes cartons qui t’attendront sagement dans un garde meuble pendant que tu iras faire tes petites folies. Les gens que tu aimes... veille bien à programmer une belle libation avec eux. Un joyeux bazar à la hauteur du soutien qu’ils t’ont apporté. Histoire de bien leur faire comprendre que sans eux...

Bref, voilà mes amours.

...Notre quotidien en ce moment, le tout agrémenté d’un travail qui demande plus que jamais de l’investissement, du ski, et accessoirement du PACS de nos meilleurs copains (...et des innombrables verres de Tequila qui ont suivi.)

[La Pérégrination, c’est le point d’interrogation...

Qui fait office de ponctuation à toutes ces merveilleuses petites galères diséminées.

Et encore, toutes ne sont pas explicitées...

Alors toi... Oui toi là.

Petit baroudeur en devenir.

Au delà de tous ces tracas à n’en plus finir...

Retiens bien ce dont il faut se souvenir:

Souviens-toi d’oublier... que oui, tu vas OU-BLI-ER.

Oublier un détail dérisoire qui va prendre toute son importance quand tu vas te le rappeler.

La Pérégrination bébé... c’est pas un putain de voyage organisé.

Tu en es l’acteur, le facteur, la secrétaire, le capitaine et... c’est pas ton métier !

L’Aventure commence justement là ... où tu oublies. Où tu t’oublies.

Amnésie enivrante qui te mènera vers l’infini...

Et peut-être même l’au delà.

Ne paniques pas... la magie commence là.

Se souvenir d’oublier... Quel bel oxymore.]


PS: pense aussi à créer un blog de voyage.

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Publié le 19 février 2020

Ceci est un petit recueil de nouvelles.

Photographies littéraires de scènes réelles... et littéralement, réellement caucasses.

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#Caprice de Princesse Badass

{.}Rappel du précédent épisode: lors des préquelles de la Pérégrination, nos deux curieux personnages ont décidé de débuter le voyage sur une note métallique avec un concert de Parkway Drive à Zurich, en Suisse. Pour monter vers le nord après.{.}

18h34. Nous sommes au cours d’une séance de préparation du voyage. Chacun travaille méthodiquement. Soudain, Olenka semble avoir une idée terriblement tentante... qui nécessite cependant de l’aval de Luc. Elle active donc le mode YeuxdeBiche et s’approche de lui à pas de loup.

« - Luc...

- Olenka ?

Elle lui décrit avec vigueur l’objet de cette pulsion si séduisante qui a embrumé son esprit.

« - Allez s’il te plaît ... fais moi plaisir.

- Encore?!

- Dis oui.

- Nan mais Olen, sois raisonnable, ça fait combien de fois déjà ces derniers temps...

- Je sais. Et je sais que tu sais dans quel état ça me met... dis oui.

- Tu sais, quand c’est trop souvent, au bout d’un moment on aura de moins en moins de frissons et...

- Disouidisouidisoui.

- ... Ok, ok, je m’incline devant une telle répartie. C’est d’accord.

- OUH FU***** HELL YEAH. »

[Luc lève les yeux au ciel, regardant Olenka danser la Tektonik en faisant du Headbang*.]

C’est ainsi qu’ils décidèrent (presque) unanimement d’aller voir le concert de Jinjer, le 15 Avril à Strasbourg, 

... Pauvre Luc.


*Headbang: chorégraphie typique des amateurs de musique Métal, qui consiste à faire des cercles avec sa tête très très vite jusqu’à que mort de la nuque s’en suive.

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*Quelques temps plus tard...

19h10. Alors qu’Olenka était en pleine séance de renforcement musculaire, Luc déboule soudainement dans la maison a toute vitesse et se précipite vers elle:

« - Olenka, faut que j’te montre un truc !

- Mmmmmh... ça peut pas attendre ?

- Nan.

- ... J’suis occupée là.

- Nan!

Résignée, elle se laisse tomber au sol avec une dignité qui laisse franchement à désirer.

« - I’m ready baby.

- Bon voilà... j’ai acheté un truc qu’on va mettre dans le camion. Un truc IN-DIS-PEN-SABLE, que j’ai pu voir dans tous les sites de baroudeurs. Devine ce que c’est.

- ... De la corde?

- Nan.

- Une machette?

- Nan plus.

- Une pelle à caca? Une grille à Barbecue?

- Niet.

- ... Ok, j’me couche. Envoie. »

Luc sort le mystérieux « truc » de son sac:

Je sais ce que tu ressens: t’es littéralement coincé entre l’ahurissement et le pouffage de rire.

Mais toi, tu n’as pas vu cette fierté qui scintillait dans les grands yeux bleus de Luc à ce moment là. Le genre de regard que tu vois rarement... ces yeux qui t’incitent à faire taire ce sarcasme diabolique qui flamboie en chacun nous... sous peine de blesser l’autre de manière irréversible. Donc Olenka, réponds de manière sobre s’il te plaît. Un truc du genre:

« - Du scotch?

- Du scotch.

[Long silence qui duuuuuure...]

- Du scotch...

- Ouais, du scotch. »

Si on veut être vraiment puriste, on nommerait cela plutôt: un ÉNORME rouleau de scotch.

« Et a quoi va nous servir cet énooooooorme rouleau de scotch dans notre TOUT PETIT camion?

- Bah à régler une tonne de problèmes: comme les fuites sur le Gros par exemple. Tout plein de trucs, cherche pas c’est ultra-trop utile. Et si j’ai acheté un énorme rouleau, c’est parce que comme ça on pourra avoir encore plus de problèmes tout au long du voyage ! »

Ah ouais, pas con. C’est vrai qu’ils connaissent sûrement pas le scotch dans les autres pays.

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#Le labo.

[Contexte]

- On va la faire court. Préparer un voyage de cette envergure, c’est sans doute un peu comme manager une équipe. Il faut s’organiser (ça j’imagine tu l’as compris), et répartir les missions. Nos situations professionnelles respectives nous ont imposé de gérer la préparation du voyage comme suit: Olenka est obligée d’économiser ses congés et repos dans l’objectif de tout poser d’un coup. Pour atteindre les 1323 heures nécessaires, elle travaille sans interruption. Ce qui revient en gros à dire qu’elle travaille depuis 3 ans à 40h minimum par semaine et que sa dernière unique semaine de vacances remonte à un an et demi (ouais ouais, ça commence à tirer). Luc quand à lui, est intérimaire. Il est donc beaucoup plus « libre », et décide lui-même quand il travaille. Ce qui lui permet d’avoir du temps libre.

Je sais que tu sais où je veux en venir.

Olenka travaille en mode petite fourmi pour être en congés (payés!) pendant neuf mois et surtout parce qu’elle n’a pas le choix (pour diverses raisons liées au code du travail), tandis que Luc, lui, travaille moins, mais dispose du temps nécessaire pour... préparer la grande Pérégrination. Et autant te dire que c’est un boulot à plein temps.

Donc voilà, tout commence là. -

Ce que je vais te conter est un constat: Luc s’arrache les cheveux sur ce voyage, et je l’aide autant que faire se peut avec mon travail à côté, la fatigue et tout et tout. Mais Luc a une organisation des plus caucasses. Sérieux.

Ceci n’est absolument pas une critique: il prépare tout à merveille, avec du cœur à l’ouvrage... et moi je fais plutôt office de manager de projet et d’inspecteur des travaux finis. Tu vois la p’tite relou qui vient te voir une fois que tout est fini, que t’es trop fier de ton truc et qui te dit: « Euh... T’as pensé à ...? Pourquoi t’as fait ça comme ça et pas plutôt comme ça ? ». Mais rassure-toi, c’est quand-même productif.

Car j’ai la clairvoyance de penser en permanence que: si les rôles avaient été inversés...et bien certaines choses auraient été beaucoup mieux faites, d’autres beaucoup moins bien.

Tout simplement. Non?

Bref. Où en étais-je?

Ah oui. La fameuse organisation. Nous avons tous, à mon sens, le syndrome de « la Checklist ». Dans ton agenda, sur ton portable, sur ton frigo... peu importe le support, elle est toujours là près de toi.

...Celle qui te regarde d’un œil inquisiteur lorsque tu commences à flâner avec ton bouquin ou sur Instagram. Interlocutrice d’une communication non verbale, qui te rappelle que c’est pas le moment de lambiner.

Je sais que tu vois de quoi je parle. Non ?

Et bien la « Check-list » de Luc...

C’est la maison toute entière.

Sans déconer.

La petite maison de Plancherine s’est métamorphosée... en Labo de baroudeur sur la rampe de lancement vers la Grande Pérégrination.

Je t’invite à te projeter dans ma peau: je rentre à la maison ce soir là, plutôt éreintée après ma semaine de grand déplacement, et balaye du regard l’intérieur de la pièce principale, chichement éclairée par les lampes murales:

Une liste diverse des actions à réaliser prochainement... punaisée entre les escaliers et la gazinière. Une feuille A4 uniquement gribouillée du numéro tête de ligne de ma box, pour la résiliation future... posée sur un rebord du salon. Un post-it retraçant les postes frontières entre le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan... dressée fièrement au dessus de la cheminée.

...Et ceci n’est qu’un échantillon. Il y en a absolument PARTOUT. Tous les sujets et problématiques de la grande Pérégrination, abordés sur différentes feuilles, de différents formats, dans différentes pièces de la maison.

A croire que ça l’effraie de concentrer tous ces sujets sur un seul et même carnet.

Tiens regarde, je crois que celui là est mon préféré :

Il s’est évertué à écrire une jolie citation de Sylvain Tesson il y a quelques semaines... « pour quand le courage nous manquera », comme il a dit. Il l’a posée soigneusement, de manière évidente dans le salon... petit rayon de soleil placardé au mur... puis trois jours après, il a rajouté les rendez-vous pour le camion par-dessus (si, si, j’te jure, regarde en bas à gauche.)

Cet homme est définitivement imprévisible.

Le labo de la Grande Pérégrination est en pleine effervescence... moins il nous reste de jours, plus y a des papiers partout. Farfelu, non?

Puis tu penses bien que, s’il me vient l’idée toute aussi farfelue de rassembler tous ces petits papiers sur le meuble réservé au voyage... une tête blonde me saute dessus en vociférant « TOUCHE PAS! ».

Bon OK. Pas toucher. Capiche bébé.

L’observation de l’évolution de ma maison liée à l’organisation du voyage made by Luc m’a amené à de belles réflexions. Cette incompréhension, ce décalage philosophique entre Luc et moi, et nos manières de penser l’administration du voyage... il y a quelque chose d’universel là-dedans. Quelque chose d’immuable.

Oui, les généralités aboutissent généralement sur des arguments biaisés. Sur du sophisme. Mais... quand même:

les femmes viennent de Vénus et les hommes viennent de Mars. Deux planètes strictement à l’opposé de notre planète Terre. Et pourtant...

Et pourtant ça fonctionne.

C’est merveilleux... non?

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Publié le 26 février 2020


Avant le largage des amarres officiel du 1er avril, il convient évidemment de faire réviser le Gros et de l’amener au contrôle technique, qui expire en mai.

A savoir qu’il y a deux ans, on avait fait le mode anguille : on avait fait passer le camion au CT juste avant la mise en vigueur de la nouvelle loi Européenne en France. Oui, on parle bien du nouveau contrôle technique en 3 milliards de points, celui qui permet d’envoyer une voiture en parfait état de marche à la casse pour de la rouille sur un passage de roues (d’ailleurs, ça s’apparente pas à de l’obsolescence programmée ça, par hasard?). Mais bon il ne sert à rien de s’apitoyer : de toute façon, c’est obligatoire pour être assuré.

Nous prenons donc rendez-vous en cette belle journée du 14 janvier. Luc amène le camion au centre.

Ce que j’aimerais te dire avant tout, c’est qu’on SAVAIT. On savait que notre bolide plus vieux que nous ne passerait certainement pas du premier coup à ce nouveau contrôle, qu’il y aurait certainement des réparations mineures et un peu de cache misère à faire sur la carrosserie.

... Mais on s’attendait pas à ça.

[.] 14 janvier, 17h00. Olenka reçoit un appel de Luc:

« - Allo?

- Allo.

- Je suis en chantier j’ai pas le temps, dis vite... Ça va ?

- Non. »

Le « Non » qui est sorti de la bouche de Luc... je l’ai pas entendu souvent celui-là. Genre VRAIMENT pas souvent. J’attends la suite le cœur palpitant.

« Je sors du CT. Le camion passe pas. On a un grave problème sur le châssis. Y’a une pièce défoncée par la rouille. Il dit que c’est le longeron ou un truc comme ça. On est en contre-visite critique. Dans 24h, le camion peut plus rouler. »

Bon. On est dans la merde. Et?...

« Il a dit qu’en prenant un choc frontal à 5km/h avec une pièce dans un tel état, le moteur nous passe sous les pieds. »

Ok bébé, on est VRAIMENT dans la merde. Autre chose ?

« Il dit... il dit que pour faire toutes les réparations de cette pièce, sans compter les autres trucs qui passent pas au CT, ça va nous coûter le prix du camion. »

BORDEL.

« Bon Luc, j’te rappelle. »

En trente minutes, j’ai réussi à m’arrêter de trembler, m’empêcher de pleurer, sortir du chantier, rejoindre mon appartement de location (oui parce qu’en plus, ce genre de petites sauteries t’arrivent toujours quand t’es loin de chez toi. Sinon c’est pas drôle tu comprends.), boire une eau chaude et bien prendre toute la mesure de la merde noire dans laquelle on est actuellement. Un p’tit résumé ?

(-) On est à deux mois et demi du départ. Tous les papiers ont été engagés. Le camion ne passe pas au CT pour une dizaine de raisons, dont une très grave. Le contrôleur nous dit que ça va nous coûter le prix de camion. La première conclusion logique qui te vient à l’esprit à ce moment là, c’est : et si on revendait le camion pour en racheter un autre ? (-)

... Idée MOISIE. Pour trois raisons. La première, c’est que revendre un camion sans CT revient à revendre un camion pour pièces, donc à prix encore plus cassés que notre putain de longeron rouillé. La deuxième, c’est tout simplement qu’on a PAS LE TEMPS de revendre notre camion et d’en retrouver un autre avant le voyage. C’est juste impossible. Et la troisième... je l’aime ce camion. On l’aime. On en veut pas un autre... il est beau, il est fiable, on a investi énormément de nous-mêmes dans son aménagement, et le Karma qui règne a l’intérieur... c’est le genre de Karma qui fait que nous nous sentons capable d’aller se perdre au bout du monde... même avec un vieux tromblon de 310 000 bornes. C’est parfois difficile de trouver les mots... en fait, c’est notre chez-nous. Et ça, c’est irremplaçable... ça n’a pas de prix quelque part. Non?

J’ai senti à la voix de Luc qu’il était au bout, et que le désespoir l’avait gagné. C’est donc le moment idéal, ma petite Olenka, pour prendre le poste de commandant du navire. C’est cela, le plus grand trésor, quand tu voyages à deux. Sentir cette force occulte naître en toi... cette force enivrante qui te donne le courage... d’avoir du courage pour deux.

Je lève donc les yeux de ma tasse d’eau chaude... (là, c’est le moment où tu imagines une musique de film à la Hans Zimmer OK?) et prononce silencieusement les quatre mots qui scelleront à jamais nos destinées...

« Il faut sauver GROCAMION. »

Ça fait pas rire hein. 

Bon. Une fois que t’as dit ça... faut passer au cassage de gueule des problèmes. Patiemment. Méthodiquement. La priorité, c’est de faire réparer cette pièce, la dizaine d’autres problèmes... on verra après. Pour ce faire, deux solutions:

Soit tu braques une banque... soit t’appelles à l’aide.

La famille. Les copains.

Je donc passe en mode boîte postale: Maman...Papa...Papi Franck...Papi Franco...Ari...Pierre-Cosme...

« Gros problème avec le camion. Besoin d’un copain carrossier... tu connais quelqu’un ? »

... Je sais pas pourquoi j’ai été étonnée. C’était pourtant évident... on le sait, que l’on est entourés de perles. Mais de voir tout le monde, tout notre monde, répondre à l’appel et se démener pour nous aider, au lieu de nous dire « Bah fallait pas faire les malins avec votre idée délirante de voyage en vieux VW »... c’était juste une scène comme dans les films où on trouve la musique de Hans Zimmer.

Transcendant quoi.

Bref, il nous fallait trouver un copain carrossier prêt à nous faire tout ça... histoire de chialer un peu moins devant la facture tu vois. Grâce à mon SOS, nous avons pu rassembler 4 carrossiers potentiels qui nous ont tous demandé la même chose (comme quoi, ça s’invente pas!): une photo des dégâts, et l’avis d’un carrossier qui a vu le camion pour déceler EXACTEMENT le problème. Il faut comprendre que mettre en place une stratégie de la sorte prend quelque jours, des dizaines de messages et un temps de folie.

En attendant, Luc, qui était sur Albertville cette semaine, est allé visiter les gros carrossiers du coin pour avoir ce fameux devis qui allait nous aider (ou plutôt à aider les carrossiers) à définir l’ampleur des travaux. Quand il s’est présenté devant les premières carrosseries avec le T4, les premières réponses ont été (tiens-toi bien):

« Nan mais moi j’y touche même pas à votre truc, mettez-le à la casse c’est bon. Ça vaut rien ça. »

Ces messieurs ne mesurent pas... la chance CON-SI-DÉ-RABLE qu’ils ont eu d’être tombés face au stoïcisme légendaire de Luc en tenant ce genre de propos. T’entends mon gars? Remercie ta bonne étoile parce que t’aurais pu tomber sur l’autre blondinette de 48kg qui t’aurait simplement sorti un « Pardon Monsieur ? J’crois que tu t’es mal exprimé mon pote. Recommence. », suivi d’un scandale de Princesse dont tu te serais souvenu toute ta vie de petite pine d’huître prétentieuse (qui n’est aucunement habilité à juger de la valeur de mon camion soit dit en passant).

Ok bébé ?

[Arrête de t’énerver toute seule Olenka.]

Bref, passons. On en était où ? Ah oui.

Trouver un carrossier qui veuille bien nous faire un devis nous a pris une semaine et demi. En attendant, nous avons pris les photos de la pièce, et nous sommes posés cette question, que peut-être toi aussi tu te poses... cette question à la fois logique et complexe... si existentielle...

C’est quoi un P***** de longeron?

Alors un longeron mes chéris, c’est une grosse pièce automobile , porteuse du châssis de ta voiture, située de chaque côté de celle-ci entre l’avant et l’arrière. Un peu comme le cadre d’un vélo. Je fais la maligne là, mais ce que tu ne sais pas, c’est que j’ai passé des HEURES ENTIÈRES sur mon Smartphone à essayer de comprendre comment c’était foutu tout ça (sans vraiment y arriver...).

Mais j’ai cependant réussi à en tirer une conclusion. Ou plutôt... disons à une conclusion interrogative (c’est quand t’es pas sûr de toi, mais presque.):

« Luc... regarde la photo de notre pièce pourrie. Regarde où c’est. C’est pas un longeron ça. Si? »

Luc partageait mon scepticisme, mais n’osait s’engager, de peur d’avoir un faux espoir: « Le carrossier nous le dira. »

Je bouillonnais. Luc bouillonnait aussi, mais si tu connais Luc, tu comprendras que chez lui, ça ne se voit pas. Bref.

Après plusieurs jours d’angoisse et plusieurs nuits sans sommeil, nous déposons ENFIN le camion chez le carrossier pour un devis.

[.] 27 janvier, 16h30.

« - Allo?

- Ouais c’est moi. Je sors de chez le carrossier...

- Toute mon attention est concentrée sur toi. Balance.

- Alors il est brun, la cinquantaine ...

- BALANCE !

- Bonne nouvelle Olen. Ça va coûter moins cher que prévu.

- Genre combien?

- Genre dix fois moins cher. C’était pas le longeron. »

Imagine un énorme ballon de baudruche plein d’air à craquer, que tu maintiens en pression avec un pincement de ton pouce et ton index. Tu libères d’un coup l’air dans le ballon. Bah là, maintenant, tout de suite, MOI ÊTRE BALLON. [.]

Je me précipite sur mon téléphone pour prévenir nos proches, qui eux aussi étaient en mode ballon depuis deux semaines. Nous remercions nos prétendants carrossiers et leur expliquons que nous allons laisser le camion chez le carrossier « officiel » ... au vu du prix c’était plus simple et plus raisonnable.

Nous déposons donc le camion pour une semaine de chirurgie esthétique et repartons le cœur demi-allégé.

Demi-allégé?

Bah ouais, j’te rappelle qu’il reste 8 autres points qui passent pas.

Reprenons le compte-rendu:

La partie freinage, c’est le frein à main et peut-être les tambours arrières.

Pas trop cher, Garage.

La fuite sur la boîte. C’est certainement une petite fuite, à voir. Faire niveau de boîte.

Pas trop cher, garage.

Orientation des feux de croisement. Besoin d’un laser.

Pas cher, garage.

Rétroviseur. J’te jure, ce nouveau CT c’est vraiment une TUERIE. Sérieux. A quoi ça sert un rétro central dans une fourgonnette avec un fond opaque ? Devine. Je l’adore ce « défaut majeur nécessitant une contre-visite ». Mais bon, la loi c’est la loi hein?

Fait maison, pas garage.

Opacité. Ça, c’est l’antipollution. C’est qui qui va passer une heure à 3000 tours sur la voie rapide d’Albertville ?! (Je t’aime mon Gros. Ne m’en veux pas, j’ai pas le choix.)

Dernier point... la rouille sur la carrosserie. LE point suspense. Si on fait faire ces corrections « à la bien » par un carrossier... faudra finir par la braquer, cette banque dont je parlais tout à l’heure. Ça vaut une fortune... pour RIEN. Nada. Dans le sens où ces petits trous tout rikiki liés à la rouille ne sont absolument pas fragilisants par rapport à la rigidité de l’ensemble. Tout ça, ce n’est PAS DANGEREUX: ça passait crème a l’ancien contrôle technique. Luc-Manolo a une méthode pour ça ... à base de trois ingrédients: de la fibre de verre, du mastic et un enduit au nom imprononçable. Nous on appelle ça « faire un Jaja ». Tu l’auras compris, il s’agit de reboucher les trous causés par la rouille en faisant un mastique ou en collant de la fibre.

On est d’accord, c’est pas dingue en soi.

Mais tu sais quoi ? Ça va nous faire économiser 5000 euros. Rien que ça.

Ou plutôt, ça va nous faire économiser 5000 euros SI ÇA PASSE AU CONTRÔLE. Et rien n’est moins sûr. Impossible de trouver de réponse sur Internet. Le jeu en vaut la chandelle: on tente.

Luc Mc Gyver à l’œuvre. 

...Fini Luc?

Bon allez, on prend rendez-vous ce soir pour la contrevisite, histoire de lever les deux seuls points que nous avons potentiellement réglés... tout simplement pour avoir le droit de rouler (pour rappel, ça fait bientôt 20 jours que le Gros n’a plus le droit de faire ne serait-ce qu’un seul petit kilomètre). Les autres points seront réglés par le garage demain.

On croise les doigts et on serre les fesses.

Faut que ça passe.

Si ça passe pas...

Putain faut que ça passe.

[C’est à ce moment là qu’ils décidèrent d’invoquer le pouvoir de la complémentarité. Voyez-vous, c’est que la plus grande qualité de l’un est aussi le principal défaut de l’autre... l’équilibre de la Force. La principale force d’Olenka, c’est sa persévérance. Sa capacité à tout mettre en œuvre pour arriver à son but, en particulier quand il s’agit de... communiquer. De négocier. De trouver la faille dans la matrice et d’en profiter. De monter une arnaque sans tromper l’autre. Tout cela, c’est aussi le principal point faible de Luc. Luc est taciturne... il ressent rarement le besoin de communiquer, et donc il arrive régulièrement qu’il soit incompris par toute personne qui ne le connaît pas. Inversement, Luc n’est pas du genre à s’assurer qu’il a bien compris. Ce qui rend les négociations difficiles, vous le comprendrez.

Cependant...

Luc possède ce calme inébranlable, cette maturité brute et silencieuse qui fait de lui quelqu’un de charismatique malgré son manque de communication. Sa tempérance lui permet de gérer les crises avec intelligence, d’accepter une défaite éventuelle avec hauteur et dignité... et d’en prendre de la graine.

Tour cela... c’est le principal point faible d’Olenka. Son manque cruel d’intelligence émotionnelle induit un rejet catégorique de la défaite. Elle ne PEUT pas perdre. Elle ne SAIT pas renoncer. Pour elle rien n’est impossible, a par de considérer quelque chose comme impossible.

Le pouvoir de la complémentarité, c’est justement d’utiliser les points forts de chacun pour combler les points faibles de l’autre. Easy non ?]

Luc a une super technique: quand il sent que je suis à bout de nerfs, il fait semblant d’être super sûr de lui. Il ne me dit pas grand chose, il prend juste une attitude lente et modérée. Il fait ce qu’il doit faire: « T’inquiète pas. Si ça passe pas chez lui, ça passera chez quelqu’un d’autre. Tiens, est-ce que tu peux...? » Là, il met en œuvre la deuxième technique, celle qui consiste à faire en sorte que je m’occupe pour me changer les idées, histoire de faire redescendre la pression en moi.

...Il pense que j’ai toujours pas compris son stratagème.

Moi, ma technique ? Regarde.

« - Bon Luc, on arrive devant le garage. Maintenant écoute. Hé ho, regarde-moi.

Le mec du CT aura naturellement plus de contact avec toi qu’avec moi. Tu vois pourquoi, vous allez parler mécanique auto entre C... et moi je vais être direct sur la touche. Donc écoute bien ce que tu vas devoir dire: tu commences par lui dire (...) ensuite tu lui expliques que (...). Si a un moment il te montre (...) tu lui rétorques que (...), et si il te dit rien, alors SURTOUT... voilà t’as compris. Tu lui dit tout ça hein, tu fais pas ton Luc, tu lui dit tout, et dans l’ordre ! Moi, je suis la p’tite qui sort du travail avec une tête d’enterrement et qui sourit timidement. J’te dis que ça va le faire... regarde-moi? Ouais, t’es le meilleur. »

On descend de la voiture. On ose un dernier regard sur le camion : « Fais toi beau mon gros. Tu repasses le casting. T’es tout propre, tu brilles... tortille pas des fesses pour démarrer et ça va le faire.

De toute façon, on est là que lever la contre-visite critique et, on croise les doigts, la rouille perforante avec le cache-misère de Luc. Le reste on verra plus tard. Allez, une petite prière au Karma ... et c’est parti. »

[.] 18 février, 16h30.

On entre dans le garage...

[CENSURED]

... Et Voilà avec quoi nous sommes ressortis.

Oui, t’en crois pas tes yeux. Oui, c’est bel et bien un contrôle technique VA-LIDE.

GROCAMION a passé son BAC. Nous montons dans la bête et repartons sans demander notre reste.

Luc saute de joie dans son siège conducteur, Olenka fond en larmes dans son siège passager. Luc s’arrête soudainement dans son petit excès d’allégresse :

« - Apéro?

- Putain ouais. »

C’est ainsi que nos deux copains baroudeurs trinquèrent aux Autres. Au pouvoir des mots. À la conscience morale individuelle. À cette bonne étoile dont parlait Sylvain Tesson dans sa citation affichée au milieu du salon. Et par dessus tout au Karma, au retour de Karma... à tout ce qui a rendu possible le passage de ce baptême du feu ...

... de sauver GROCAMION.

12

M-1. Le compte à rebours a commencé.

Et ça commence franchement à faire flipper.

La procrastination est un luxe qu’on ne peut plus se payer désormais...

Mais faut savoir ce qu’on veut... non?

Depuis le premier janvier, une tension impalpable forme un noeud inextricable à l’intérieur de nous...

... Le temps passe.

Et le noeud devient une boule.

Et la boule devient.. palpable.

Gênante même.

Je crois que l’on est à l’apothéose du stress lié à la préparation du voyage... car la donne change avec l’échéance.

On est passé aux Détails. Aux moindres petits détails. Tout est noté, noir sur blanc, pixel par pixel... tout est pensé, repensé dans l’autre sens...

Et tu sais quoi ? Tu veux la vérité indicible?

On en a un peu marre en fait.

Ne va pas croire que le moral est en berne. Bien au contraire. Nous sommes calmes. Cartésiens.

Mais émotionnellement... on est à bout de patience si tu vois ce que j’veux dire.

Comme j’ai pu t’en parler auparavant, la fréquence des nuits sans sommeil est exponentielle... une nuit toutes les trois nuits pour ma part. Ironie du sort, mon insomnie est réglée comme une horloge.

J’ouvre un œil et la machine se met en route...

Maintenant je sais qu’il ne sert à rien de lutter contre un sommeil qui ne vient pas. Et le meilleur moyen de l’attirer à nous est de se vider de ses démons.

Alors je vais lire mon livre préféré.

A la chiche lueur du luminaire de mon salon, je vais chercher mon livre dans la bibliothèque.

La bibliothèque... À côté de la Carte.

Je m’arrête un instant.

Sur le coin supérieur gauche de la carte se situe un morceau de parchemin retenu enroulé par deux anneaux en bois.

C’est un objet non essentiel, mais important, qui se fond parmi une masse d’objets superflus. De ceux qui font parti de nous, à tel point que nous rivons parfois le regard vers eux sans les voir. Ils sont omniprésents à l’intérieur de nous... de fait, leur forme matérielle devient, elle aussi, superflue.

Ce mystérieux parchemin n’est pas situé à proximité de la Carte sans raison. Il est intimement lié à celle-ci. Nous l’avons confectionné il y a de cela trois ans, et nous l’avons alimenté au fur et à mesure.

C’est la Liste de Vœux.

... On regarde? Soyons curieux.

{.}

  • Construire une petite cabane en Norvège
  • Manger des falafels au Liban
  • Se balader dans la chaîne de l’Atlas
  • Trinquer à la Polonaise
  • Faire du cheval au Kazakhstan
  • Jouer au soldat envahi sur la muraille de Chine
  • Jeter un caillou du haut d’une falaise dans le Lofoten
  • Manger des Samoussas et plats Végan en Inde
  • Boire une Guiness en Irlande (la base)
  • Se raconter des histoires de fantômes devant les châteaux au pays de Galles
  • Manger des momos Tibétains au... Tibet!
  • Aller à (orthographe incertaine) Kaliningrad
  • Faire don de crayons aux enfants Palestiniens pour qu’ils puissent s’exprimer
  • Rêver de paix en Afghanistan
  • Remonter le Nil en Kayak (bon courage!)
  • Être mélancolique devant le Magic Bus en Alaska (aaah, Jeunesse, quand tu nous tiens...)
  • Manger du Beaufort devant le Fitzroy
  • Aller faire du parapente à la réunion
  • Acheter un panier coloré en osier à Madagascar (RIP Tonton P.)
  • Fumer un cigare à Cuba
  • Manger un pancake au sirop d’érable au Canada + voir un ours (un vrai!)
  • Se baigner dans le lac Baikal
  • Gravir le Kilimandjaro et décoller en Parapente du sommet (trop facile)
  • Gravir l’Aconcagua
  • Chanter TOUTES les musiques du Seigneur des Anneaux dans la chaîne de montagnes de Nouvelles-Zélande
  • Faire du chien de traîneau au Groenland
  • Voir des Pélicans en Australie (cf. Nemo)
  • Faire un saut pendulaire depuis le Golden Gate
  • Découvrir ces sortes de petites îles qui forment le Nord du continent Américain (y’a qui là-haut ?!)
  • Voir le mausolée de Lénine
  • Voir un Baobab (un vrai, je sais pas où)
  • Lancer des étoiles Ninja au Japon
  • Faire des théories complotistes devant les pyramides de Gizeh
  • Faire du parapente à la dune du Pilat
  • Retourner avec Charles et Audrey à la Lagune et leur raconter nos aventures
  • Faire de la peuf au Japon
  • Jouer du Ukulélé à Hawaï
  • Apprendre le Russe
  • Faire du dromadaire
  • Manger du dromadaire

[À suivre.]

{.}

Une vie ne suffira probablement pas... mais il faut être ambitieux dans ses rêves.

...C’est d’ailleurs, je crois, l’essence même d’un rêve.

Je repars tenter ma chance avec Morphée et son monde onirique tant désiré.

M-1. Dans un mois, jour pour jour, nous serons à même de prétendre rayer quelques vœux de cette liste qui nous défie du regard depuis tout ce temps.

... On est prêts.

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Publié le 12 mars 2020

Il est venu le temps d’atténuer cette inquiétude universelle que suscite l’une des contrées traversées durant la Pérégrination.

LE point noir du voyage.

LE pays qui fout la trouille à tout le monde.

Il est venu le temps pour nous de démontrer que La Grande Pérégrination n’est pas le fruit d’un délire de jeunes inconscients qui s’immergent dans une aventure dont ils ne mesurent pas le risque effectif.

Il est venu le temps...

Et du temps, je n’en ai pas vraiment en ce moment, mais c’est important pour vous et pour nous de résoudre ensemble cette épineuse question.

Let’s go party?

Cet article est une apologie qui portera donc sur...

L’Iran bébé.

Je me délecte parfois de la frimousse que tire généralement mon interlocuteur quand je prononce ce mot magique, dans la citation de mon itinéraire.

Les yeux s’arrondissent. Les lèvres se pincent. Les cernes se creusent. Et surtout, le regard se fait méfiant.

« Mais qu’est ce que vous allez faire en Iran? » questionne t’il en appliquant avec soin une intonation dégoûtée sur ce dernier mot.

... À ton avis ?

On va découvrir les merveilles antiques des vestiges de la route de la soie, traverser un désert d’une beauté pure et sauvage, s’immerger dans la culture et la tradition d’un peuple millénaire, goûter à des mets succulents aux saveurs jusqu’alors inconnues, faire la connaissance d’un peuple dont l’hospitalité et la générosité dépasse notre entendement d’occidentaux...

Bref, on va pas aux U.S.A quoi.

(Han, qu’elle est méchante.)

Selon moi, cette véhémence injustifiée envers l’Iran est directement liée aux idées préconçues, elle-mêmes véhiculées par ...

Nos potes les médias mainstream.

Ces derniers s’évertuent, toujours avec cette suffisance occidentale, à nous présenter l’Iran comme un pays obscur, désorganisé, extrémiste et violent.

Et bien nous, nous pensons que c’est faux. Et nous comptons bien vous en donner la preuve.

On nous dit:

« Ça craint là-bas. C’est dangereux. »

Oui, ça craint. Et oui, c’est dangereux. Ça l’est d’autant plus que c’est loin de chez nous. Nous ne sommes pas chez nous, et nous ne sommes pas particulièrement appréciés. Mais tu sais quoi?

Heureusement, les Iraniens sont célèbres pour faire preuve d’une telle hospitalité qu’on s’y sent partout chez nous. L’Iran ne nous apprécie pas particulièrement... mais ne nous déteste pas non plus. En tout cas, eux, ils n’ont pas le culot de venir critiquer notre religion dominante ni notre façon de gérer notre business. Ils sont meilleurs diplomates que nous quelque part.

Puis tu sais... ici aussi, ça craint des fois. Non?

On nous dit:

« Ce sont des extrémistes religieux. »

Alors là, non. L’Iran est un état islamique. Un état islamique est un état qui revendique l’Islam comme étant la religion d’état et et qui régit également en grande partie sa législation. En gros, ils se revendiquent musulmans jusque dans leur tripes quoi. Mais cela ne fait pas pour autant d’eux des extrémistes: ils croient au progrès, en la médecine, et ils foutent royalement la paix aux états qui pratiquent une autre religion que la leur. Il y a différentes branches dans l’Islam, dont deux dominantes: les sunnites et les chiites. Les Iraniens sont majoritairement chiites. L’ensemble des terroristes de Daesh et compagnie font partie de la branche sunnite (pas d’amalgames : cette phrase dans l’autre sens n’est absolument pas vraie). Les Iraniens s’acharnent à faire la peau aux terroristes: d’où le conseil avisé de France diplomatie, t’expliquant clairement qu’il ne faut pas foutre les pieds à proximité de la frontière Afghane. De plus, le gouvernement Iranien est fusionnel avec la religion... ce qui ne veut aucunement dire que le peuple adhère à cette pratique. Et devine quoi ?

Il n’y adhère pas forcément, justement. L’Iran est une population jeune: il en découle une mentalité et des valeurs beaucoup moins centrées sur la religion. Le port du voile est contesté par certaines femmes, d’autres aspirent à un mode de vie moins rythmé par la religion etc.

Les images violentes que la télé nous expose sur les manifestations Iraniennes sont réelles, mais -à l’image de celles des Gilets Jaunes- sorties de leur contexte. Cela dit, gouvernement Iranien est plus répressif, c’est certain.

Pour conclure, oui, l’Iran est un état religieux. Israel et le Vatican aussi, et pourtant on en fait pas tout un plat.

« Tu n’as rien à faire là-bas, les femmes y sont maltraitées. »

Je pense que c’est notamment le port du voile obligatoire qui émeut et qui motive ce genre de réflexion.

Face à cet argument, je ne peux m’empêcher de penser : qu’aurait-on dit si j’avais décidé d’aller... à Doubaï par exemple, tout en allant visiter le reste des Émirats Arabes Unis? Certainement rien, sachant que Doubaï est la représentation grandeur Nature de la ruine des cultures natives du Moyen-Orient face à une culture globale Occidentale toujours plus intrusive. Une question légitime se pose alors: à quoi ressemble une femme Émirati, ailleurs que les filles en bikini de Doubaï ?

Cette photo représente mon contre-argument à elle seule. En haut, des femmes Émir. En bas... des femmes Iraniennes.

Je clôture le sujet sur ceci: en 2018, 224 000 Françaises ont été victimes de viol ou tentative de viol, et une femme se fait ôter la vie tous les trois jours sous les coups de son mari en France.

Donc, pas de malhonnêteté intellectuelle: observons les choses de manière relative.

Oui, l’Iran est très loin d’être un modèle sur le sujet de la condition féminine.

...Et nous non plus.

« Ils sont tarés là-bas. »

Taré, c’est le mot pas sympa pour dire DIFFÉRENT c’est ça ? Il est certain qu’ils ont des pratiques choquantes pour nous. Des mœurs qui peuvent nous paraître inappropriées ... et qui peuvent même nous faire peur.

L’instinct naturel qui nous fait craindre l’inconnu.

Le peuple Iranien est extrêmement éduqué, leur niveau d’étude est très élevé. Beaucoup d’hommes et de femmes sont d’éminents ingénieurs ou médecins... preuves vivantes que la qualité de l’apprentissage y est exceptionnelle. Le problème réside plus dans le fait qu’ils émigrent d’Iran vers les pays d’Occident car il n’arrivent pas à trouver de travail épanouissant.

Les Iraniens souhaitent utiliser le nucléaire dans le domaine du civil. Ce qui signifie: construire une ou plusieurs centrales nucléaires. C’est juste un stade normal, voir même indispensable pour la pérennité du développement d’un pays.

C’est pourquoi un accord sur le nucléaire Iranien a été signé avec l’ONU en 2015.

Ils sont quand même coubertins les Iraniens: ils se soumettent aux contrôles de la communauté internationale pour développer du nucléaire civil.

[Personnellement, je me demande en quoi est-ce que nous sommes légitimes pour être décideurs du développement économique d’un pays du Moyen-Orient. L’Iran est un pays souverain, non?]

Les Iraniens possèdent largement la matière grise et la maturité nécessaire pour assumer ce genre de projet (souviens-toi, ils ont fondé des écoles supérieures d’où sortent de brillants ingénieurs, les p’tits malins! ), et l’ONU le sait. C’est également pourquoi il a été décidé dans la foulée de lever les sanctions économiques instaurées une dizaine d’années plus tôt.

Sauf que...

Sauf que Trumpette s’est fait élire en 2016. Et il a décidé, en 2018, de revenir sur l’ensemble des accords passés auparavant. Pas de nucléaire Iranien, rétablissement des sanctions américaines (donc l’embargo).

Et ça... c’est pas très coubertin, si?

Donc ouais, les Iraniens sont pas contents. C’est pourquoi ils s’amusent à déchirer des drapeaux américains et à leur chier virtuellement dans la bouche (ah poésie, quand tu nous tiens).

Et que quand les médias te parlent de ça de but en blanc ... bah ça fait flipper.

Pas de panique.

C’est juste que l’embargo et le veto Américain sur les accords est une catastrophe pour le bien-être et la pérennité économique du pays. Et que c’est pas la première crasse que les Américains font aux Iraniens.

Cela serrait malhonnête que de dire qu’il n’y a pas une once de légitimité dans la véhémence Iranienne à l’égard des U.S.A, non?

Bref. J’ai essayé, dans cet article, de me faire l’avocat du diable, dans l’objectif de te proposer un regard disons ... différent sur l’Iran. Pour t’inciter à te renseigner avec d’autres sources, d’autres médias. Car vraiment, quand on creuse sur cette contrée lointaine et sur le peuple qui y habite... on s’aperçoit que l’image colportée par les médias dominants est complément colorée, paranoïaque et injustifiée.

Et on compte bien te le démontrer en septembre prochain.

On sait qu’il peut arriver n’importe quoi: on a entendu les témoignages d’agression, de vol... c’est de l’impondérable.

Tu sais, l’objectif principal de ce voyage... c’est d’en revenir. Pour nous aider, nous avons créé un code. Un code universel.

Ne jamais baisser sa garde.

Observer son environnement.

Utiliser sa tête, ses mains. S’adapter.

Ne pas s’offusquer. Négocier.

Respecter les règles et les mœurs sans discuter.

Suivre son instinct.

Et surtout... SURTOUT.

Ne jamais se séparer.

PS: le truc le plus chouette dans cette apologie... c’est que son bien-fondé a été démontré par d’autres avant moi. Jette un œil.

https://m.youtube.com/watch?v=51tOeIJgbPs&list=PLoC0dNJpbvROnOUQxbPv5jo6_1hsHhZDD&index=13&t=0s

https://m.youtube.com/watch?v=21w6WiLgVCw

https://m.youtube.com/watch?v=7FLxCboHfoY

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Publié le 12 mars 2020

... Après le coup du camion soit disant irréparable, maintenant c’est vas-y que j’te ferme les frontières et que j’annule ton concert de Parkway Drive ?!

Alors écoute moi bien, mon p’tit Murphy de mes deux. C’est pas toi qui impose ta loi ici. Tu n’as aucune idée... tu tentes de t’opposer à la putain de Princesse la plus capricieuse de l’Univers.

Hors de question de renoncer.

Va te falloir beaucoup plus que ça pour me passer sur le corps de ma volonté. Genre une éruption solaire, une pluie de météorite ou un truc comme ça.

Un truc badass quoi !

Tu t’en es pris à mon moyen de transport Murph’, et t’as perdu. Alors tu t’en prends à mon itinéraire?

Mais t’as rien compris mon pote.

La Pérégrination n’a aucune frontière.

La Pérégrination n’a aucun véhicule.

La pérégrination est apatride.

Peu importe si l’on doit partir à pied, en tracteur ou en voilier-stop.

Peu importe si l’on doit se dérouter à Madagascar ou en Bretagne.

Le voyage commence lorsque l’on met le premier orteil hors de chez nous.

-La grande Pérégrination débutera le 1er Avril.-

Je te défie, Ô grande loi de Murphy, de m’en empêcher.

[Impossible de reculer... regarde: Samedi on fête le grand départ... on a même fait les courses.]

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Il faut toujours être optimiste lorsque l’on poursuit un rêve ambitieux.

Il faut faire preuve d’un acharnement légèrement déraisonnable quand celui-ci se délite peu à peu devant vos yeux.

Il faut être présomptueux, et pousser le Karma dans son sens. Refuser obstinément de voir se réduire son rêve en poussière sans se battre.

Mais parfois... être brave ne suffit pas.

La Pérégrination est en péril mes amis.

Luc et moi pensions n’avoir peur de rien.

Nous pensions que rien ne pouvait nous arrêter.

Pas si proche du but...

Mais les événements nous dépassent de très, très loin. A tel point que même le plus terrible des caprices de Princesse n’y peut rien.

Le point positif des récents événements, c’est que tout cela nous fait grandir. Ils nous permettent d’ajouter une ligne à notre code du Baroudeur:

‘Le rêve de la Grande Pérégrination s’arrête là où il met en péril l’intégrité de tous. La santé de chacun et le bien-être de notre belle civilisation.´

Nous avons pris la décision de repousser la date du départ de trois semaines pour le moment, ce qui nous amène au 18 avril.

... Tout juste le temps de monter un plan.

On l’a appelé : « ilfautsauverlagrandepérégrination », ou... Plan P.

(Et accessoirement, le temps de récupérer nos passeports, qui sont en quarantaine au consulat de Russie.)


Mais tu ne paies rien pour attendre.

Ça va vraiment être un joyeux bordel quand enfin, on se réveillera ce matin-là, en s’apercevant que, ça y est...

On peut sauter les fesses les premières dans le GROCAMION et ressentir ce frisson qui sommeille en nous depuis des mois.

En attendant... on se cache, et tous ensemble on va casser la gueule à cette cochonnerie de virus. Montrer qui c’est le patron.

Pour vous, pour nous tous...

[... Et aussi un peu pour la grande Pérégrination.]

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Publié le 24 mars 2020

Ça y est. IL est au point. Au poil. IL brille.

Bichonné. IL est prêt.

Après des dizaines d’heures de réflexion et de confection, tu vas enfin pouvoir observer, en avant première, le VW T4 Multivan aménagé par Westflia... puis modifié (amélioré?) par Luc et Olenka.

Une vidéo vaut mieux que mille mots dans ce genre de situation.

C’est donc avec une immense fierté que nous te présentons les boyaux de GROCAMION.

Une dernière chose: j’aimerais faire un ÉNORME Big Up pour Maman Schtroumpf (alias Valérie C. pour les intimes), couturière officielle de la Pérégrination.

Dans cette vidéo, tu pourras admirer l’ensemble des textiles habillant le mobilier que nous avons créé. Ils sont cousus à la main. Et c’est ELLE qui les a fait.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça a de la gueule.

MERCI à toi pour toute cette belle implication (et pour le cassage de front) que tout cela a nécessité.

... Avant de commencer, voici à quoi ressemblait notre camion avant la métamorphose:

... Maintenant, attention les yeux.

...Je crois qu’on a fait le tour. J’ai omis quelques détails comme le fait que la cuve à eau soit équipée d’une pompe immergée et d’un flexible permettant d’utiliser l’eau en dehors du camion, le siège passager qui se retourne pour être dos à la route etc.

Soyez indulgents mes chéris. Je suis électrotechnicienne. Pas cadreuse, ni Youtubeuse.


C’est tout?

Ah non.

... Il manque enfin, comme de coutume...

La touche finale.

Ma touche finale est en souvenir d’une Grande Dame. Le genre de Dame dont le courage, le style et la dignité laissent sans voix. Sobre et lumineuse. Une vraie Madame quoi.

Madame est forte et fière.

Madame est fière, mais aimante et douce.

Et par dessus tout, Madame est brave.

Madame ne regarde pas la mort en face, ça non.

Elle se contente de détourner la tête fièrement, le menton bien haut, la main levée précieusement, en prononçant « très peu pour moi ».

Madame est une guerrière.

Armée de sa volonté, elle a défié... le monde entier de l’emporter.

Madame avait une expression bien à elle pour nous transmettre cette hardiesse sans faille. De celles qui mettent à mal les lois naturelles.

Elle nous disait, avec douceur et bienveillance : « Maous costaud ».

Oui, Madame a la classe.

Madame me parlait parfois de voyages autour du monde en Combi VW. Un van Hippie avec des fleurs, s’il vous plaît.

Un jour j’ai compris que le foyer de la bravoure de Madame... c’était nous.

Et c’est encore nous aujourd’hui.

... Madame se dénommait Rachel.

[Ça y est mamie, tu te souviens ? Notre voyage dans notre Van à fleurs.

... On y est.]

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Publié le 31 mars 2020

Le Samedi 14 mars, on a fait un truc pas très prudent au vu du contexte actuel.

Un truc un peu débile même.

Un truc... absolument inédit et génial.

Le samedi 14 Mars, nous avons réuni tous nos proches, familles, amis, animaux de compagnie... BOUM, tous dans la petite maison de Plancherine, et vas-y qu’on fête le grand départ:

La Pérégrination’s Day, ou P-DAY.

Ils sont tous venus les bougres, de France et de Navarre... de Paris, de Toulouse, de Lyon, de Renaison, de Lamure-sur-Azergues et j’en passe !

Redoutables sur l’empreinte carbone quoi.

Tout ça pour nous.

Et tout ce mélange de cultures, d’âges et de tempéraments a engendré une espèce de...

Je ne sais pas comment on pourrait appeler ça.

Un joyeuse sauterie cosmopolite débordant de sourires et de chaleur ?

C’est pas mal ça.

Un truc pas comme les autres quoi.

En même temps rien d’étonnant, ils ne sont pas comme les autres, ces autres. Ils sont autrement plus bon vivants (ah ça...), plus bienveillants et plus altruistes.

C’est donc ensemble que nous avons fait couler le temps, la bière, le tord-boyaux du Kentucky, la bave de Sallie et tout et tout, autour d’un bon repas pour bon vivants.

Et attention, on a fait ça bien.

Clean, comptabilité plus que respectable.

Nous avons su honorer notre réputation.

Félicitations à vous pour votre implication.

La photo de classe. 

Le lendemain fut magique... je me suis levée (je crois) avec une bonne gueule de bois des familles associée à plusieurs nuits très très courtes: c’était pas évident de tenir à la verticale. Ni de garder les yeux ouverts. J’ai des frissons, je tousse et je me sens fiévreuse... la pandémie du Tequila-pafus. Un jour, un copain m’a dit qu’à partir de 25 ans, on avait tendance à arrêter de boire n’importe quoi. J’ai vraiment hâte.


Tous les copains dorment dans la maison, et un soleil aveuglant brille dans le jardin.

Quelle belle journée pour mourrir.

[Ou décuver.]

J’essaie de ranger un semblant de quelque chose, en me disant bien que l’acte en lui-même soit vertueux... le résultat est juste ridicule.

Puis ma famille débarqua dans le jardin:

« Coucouuuuuuuu ! »


Wouah. Plus lumineux que le soleil ces gens là. Ma famille possède un remède bien plus efficace que n’importe quel médoc contre la gueule de bois: la bonne humeur.

La gaieté sobre et vraie. Le plaisir d’être ensemble.

Je suis donc sortie de mon état semi-conscient, et avec leur aide, nous avons préparé un deuxième buffet de bon vivant avec les restes du premier. Jusqu’à ce que ma tante, avec sa voie toute guillerette angélique, relance innocemment les hostilités : « Bon ! Moi je boirais bien une petite bière ! Sous ce soleil... c’est trop agréable ! »

Bon bah...

Apéro!

Tous au soleil. On aurait pu en faire un film de série B du genre:

« Garden Party au cœur de l’apocalypse ».

Je m’arrête au milieu des rires, des copains qui papotent, des autres copains qui jouent du violon et du saxophone dans le jardin, de mon grand-père qui ouvre une bouteille, de Sallie qui louche sur le saucisson... je mets tout sur pause et je regarde.

Je fais un 360 degrés sur moi même (pas trop vite: la tequila d’hier me rappelle à l’ordre.), histoire de prendre une belle photo mentale de ce moment si particulier: ce moment où tu t’aperçois que...

Nous partons. Ça y est. Nous partons découvrir un petit bout du monde. Ils sont tous venus pour nous dire au revoir, pour fêter allègrement notre départ vers l’aventure, en dissimulant soigneusement leur inquiétude à notre égard.

C’est quand même un peu paradoxal: nous partons à la conquête des merveilles du monde... et cet instant d’éternité me dévoile que... Oui, c’est bien ça.

Les plus belles merveilles de notre monde... elles sont juste là: je viens d’en faire un panorama à 360 degrés.

MERCI.

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Publié le 1er avril 2020

Aujourd’hui, c’est le premier Avril.

Le jour où surtout, SURTOUT, faut pas nous emmerder.

On a tout fait, TOUT fait pour réussir.

Nous avons inhibé la peur de vivre neuf mois dans un camion, l’angoisse de ces contrées lointaines et hostiles parfois, le stress des aléas, des accidents de parapente et j’en passe... nous nous sommes efforcés de tout oublier, pour ne nous concentrer que sur notre unique objectif.

...Pour ne surtout pas reculer devant l’ampleur de l’inconnu.

Pour réaliser notre rêve de gosse.


Nous avons tout millimétré. Tout prévu. Tout calculé, travaillé comme des acharnés pour économiser assez d’argent, aménagé le Gros etc... enfin tu connais la chanson.

La frustration est à chialer.

On a la haine.

Ouais, on y avait pas pensé, au coup de la putain de pandémie du siècle qui t’empêche de sortir de chez toi.

Aujourd’hui, ça aurait dû être NOTRE journée, celle qu’on attend depuis 10 ans.

C’est immuable, c’est indépendant de notre volonté. De tous les problèmes qu’on a pu avoir... on a toujours trouvé une solution. Un deal. Un plan B.

Mais là, y’en a pas, et ça me fout juste dans une colère noire.


Et pourtant...

Pourtant, c’est pas de notre faute.


On a fait ce qu’il fallait, on a travaillé dur... mais tout ce que l’on a construit jusqu’à maintenant est compromis.

Il se peut qu’on ne puisse pas aller en Iran. Il se peut même que l’on ne puisse pas traverser la frontière Russe. Il se peut que ce voyage se métamorphose en tour d’Europe. En tour de France.

... Et alors?

Ce qui compte, ce n’est pas le but, c’est le chemin qu’on fait pour y arriver. Ce qui compte... ce n’est pas le nombre de destinations ou bien leurs distances, c’est de sortir de chez soi. C’est le premier pas. Ce tout premier pas qui lie immuablement ton âme avec la Route.

Être un baroudeur, un vrai, ce n’est pas collectionner les Pin’s de chaque pays pour en comptabiliser le plus possible. Être un baroudeur, c’est être un explorateur de merveilles, à la découverte de petits coins de paradis éphémères... c’est celui qui a la lucidité de comprendre que les merveilles sont partout: leurs essences se trouvent sur le chemin, et non à la destination.

On y revient... ce qui compte, ce n’est pas le but, mais le chemin qu’on fait pour y arriver.

Et on en a fait, du chemin... entreprendre ce voyage pour tes 22 ans et terminer à 24... on était des bébés ! Et maintenant...

On est encore des bébés. Certes. Mais plus mûrs. On a passé les étapes, parfois un peu de travers, mais on s’est contorsionnés autour des embûches... et on s’en est pas si mal sorti au final.

On a grandi.

Et plus on est grand, plus on peut observer le chemin qu’il nous reste à faire... soyons visionnaires.

Peu importe la direction.

C’est l’esprit de la Route.

La rose des vents...

Patience.

Confinée avec toi, Liberté. 

PS: ne te méprends pas. Ce blog est destiné au partage de notre voyage. Nous y saisissons uniquement les états d’âmes qui le concernent directement. Et ces états d’âmes sont vraiment tout rikiki... face à notre conscience des choses horribles qui se passent là-dehors. Des gens meurent et nous, nous allons tous bien. C’est tout ce qui compte à la fin.

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Publié le 15 avril 2020

[Note de l'auteur: Je m'excuse par avance pour cet article brut de forme, difficilement lisible car très dense. Mais c'est pour moi l'essence même d'un carnet de voyage… il faut que tu partes avec moi. Pour le meilleur… et pour le pire. Pour tout te dire, cet article a fait office de brouillon au Plan P: il m'a réellement servi à organiser et à structurer ma pensée (que j'espère intelligente), dans ce chaos ambiant. Fais preuve de courage et de mansuétude, cher lecteur que j'aime...]

Souviens-toi...

Durant les premières semaines de confinement, j’avais évoqué le plan « ilfautsauverlagrandepérégrination », plus communément appelé plan P, pour des raisons évidentes d’ergonomie linguistique.

Nombreuses ont été vos questions, du style : « Nan mais attendez les p’tits loups, comment vous comptez faire pour vous démerder dans ce putain de bordel intersidéral ? » [En restant polis.]

La chose qui m’a le plus touché chez nombre d’entre vous, c’est cette confiance aveugle (ou justement, clairvoyante?) que vous avez en nous. Je la sentais dans votre voix, je la voyais dans vos yeux à travers l’écran ... ce : « Ouais, ça craint. Pas de chance, mais les deux là, ils vont y arriver, c’est sûr. J’me fais pas de soucis pour eux. »

MERCI à vous, de croire en nous, et non, vous ne mesurez certainement pas l’importance cruciale que ça a pu avoir pour nous, et la remontée en flèche de notre moral.

Parce que la situation est à chialer, et pour tout te dire... on en a chialé. En particulier sous le glas de personnes puantes, qui nous disaient, avec une voix pleine de suffisance : « Ah bah c’est mal barré votre délire, franchement vous avez mal choisi votre moment. Laissez tomber, y’a plus grave dans la vie. »

Voilà les mots d’une personne qui n’a jamais réalisé aucun de ses rêves, allez-vous me dire. Ou pire, qui n’en n’a jamais eu. Mais ça pollue le moral à un point incommensurable.

Il faut toujours être idéaliste. Pour ne serait-ce qu’avoir la prétention de réaliser un tel voyage, il est nécessaire d’être idéaliste. Ça a toujours été le cas, et on pourra dire que notre motivation et nos convictions à poursuivre ce rêve auront été mises à rude épreuve. Non?

Le 13 Avril, ton Président a annoncé une prolongation du confinement jusqu’au 11 Mai (sans nous éclairer sur l'ouverture des frontières). Ça nous a tellement défoncé le moral qu’on en a évidemment, chacun, pas dormi de la nuit.

Mais attends… une nuit sans sommeil, ce ne serait pas justement le moment PAR-FAIT pour établir un plan stratégique ?

(En réalité, il a été grossièrement initialisé et mis en œuvre depuis un mois.)

Ca y'est, j'ai toute ton attention là ?

Il vaut mieux, parce que ça va être quasi-imbitable. Courage amour.

Non sérieux, en vrai c'est pas si compliqué que ça, mais je te conseille quand même de relire l'article n°6, qui détaille le descriptif de l'itinéraire de base.

Ready ?

La première contrainte de la Grande Pérégrination, c’est le temps. Je ne peux avoir « que » 9 mois maximum avec mes congés accumulés, car je ne prends pas de sans solde. Et les vacances étaient programmées au 1er Avril, mais ça tu le sais déjà, je te l'ai assez rabâché.

La première mission était donc de convaincre ma hiérarchie de repousser ces congés un maximum, en sachant que eux… techniquement, ça les arrangeait bien que je sois en congés pendant la période de confinement. J’ai réussi à obtenir un mois, parce que ma boite est vraiment cool… et que je suis adorable.

Ce qui nous apprend quelque chose d’important : jusqu’au premier Mai, la Pérégrination n’est pas rognée (en termes de temps) par le confinement de ses morts. Je suis en congés à partir du premier Mai, jusqu’à fin Janvier.

Voilà, ça, c'est la première partie du plan: c’est déjà pas mal.

Ensuite...

Mon parapente était coincé dans les entrepôts de l'entreprise de révision (je lui ai fait passer une sorte de contrôle technique du parapente avant de partir, si on peut dire), et j'ai réussi à le récupérer à l'adresse où je loge actuellement. Donc, check.

"A l'adresse où tu loges actuellement ?!" vas-tu me dire.

J'y viens bébé. C'est la troisième partie du Plan.

Hé oui, ce p***** de déménagement! Pour des raisons que je ne détaillerai pas, le déménagement a du avoir lieu comme prévu… donc, pendant la période de confinement ! Heureusement, on s'y est pris avant que ce soit formellement interdit (c'est-à-dire il y a quelques jours), et nos meubles ont pu arriver dans leur garde-meuble au prix d'efforts énormes, de stress… Et d'une aide formidable de la part de la famille de Luc, qui, notamment, nous a gracieusement prêté un camion (hé oui, on ne peut pas louer de camion pendant un confinement, et HORS DE QUESTION de tout mettre dans le Gros, t'imagines…).

Donc là, tu te demandes sérieusement si nous sommes confinés dans le camion: ce à quoi je répondrai, encore (et encore, et encore…) MERCI à la famille de Luc. Non, et heureusement parce qu'il y a un gros vide juridique sur ce sujet. On nous a prêté un superbe appartement à Montalbert (appartement qui aurait dû, en circonstances normales, être rempli de touristes Hollandais, mais qui s'avère désert, comme le reste de la station de ski).

Pour conclure cette partie: meubles dans garde meuble comme prévu, parapente révisé, maison de Plancherine abandonnée, appartement le temps du confinement, GROCAMION sur le parking (qui comprend plus rien à ce qui lui arrive, d'ailleurs).

Mais on n'est pas au bout de nos peines (sinon c'est pas drôle).

Nos passeports sont actuellement coincés à l’ambassade Russe car nos VISA étaient en cours, et ce pour un moment "indéterminé": frontières fermées = ambassades fermées. A l’aide d’un tour de passe-passe à la Olenka (c’est-à-dire un truc pas franchement classe, mais qui fonctionne), j’ai réussi à communiquer avec le consulat Russe, alors que techniquement c’était impossible: on annule la demande de VISA actuelle (qui était pour mi-juin, donc CLAIREMENT c’est mort), et quand on pourra aller à Paris, on récupèrera nos passeports directement pour recommencer une demande ultérieurement. Les passeports sont en sécurité, la demande de VISA sera annulée et certainement non remboursée: tant pis, on a joué, on a perdu, la roue tourne. On ira les récupérer à Paris dés qu'on pourra mettre un pied dehors.

Place à la suite: ça devient plus ludique.

Vous l’avez compris mes amours, la réouverture des frontières hors espace Schengen... c’est pas pour tout de suite.

Ni pour l’intérieur de l’espace Schengen d’ailleurs. Nous avons poussé l'espoir dans ses retranchements…

Mais nous en sommes arrivés au constat fatal que NON: notre tracé initial ne sera pas notre tracé final.

O rage, O désespoir...

Ooooh, mais souviens-toi: on est des p’tits fûtés nous.

En fait, on est pas si malins que ça, mais on est des boute-en-train optimistes indesctructibles.

Et mmmmmmh… on ADORE monter des plans. Comme dans un jeu de société.

Il y avait deux faiblesses majeures à notre ancien tracé: je te le remets en photo, comme ça t'es pas obligé de te dénuquer les yeux avec la photo de l'article 5 (je te l'ai dit: je suis adorable).

Donc je disais, deux faiblesses majeures: je ne les ai pas explicitées plus tôt parce que… Tu comprends que j'essaie de vendre mon business, moi.

  • La première, c'est la distance: il y a beaucoup de kilomètres, et surtout beaucoup de routes absolument pourritissimes à parcourir. Notamment au Kazakhstan, au Kirghizstan et en Ouzbékistan. Autrement dit: le mois que l'on aurait passé au Kazakhstan (regarde la distance sur la carte), on l'aurait passé sur la route, car pour parcourir 100 bornes, bah tu peux mettre plusieurs heures. Puis avec le Gros, il faut être un Hippie qui aime prendre son temps. Et on ne pouvait pas passer plus d'un mois dans ces pays... car sinon, il aurait fallu faire une demande de VISA qui nécessite un justificatif de nuitées, descriptif de l'itinéraire et cette phrase serait définitivement trop longue si je devais te citer tout l'emmerdement administratif que cela représenterait dans CHAQUE pays. Donc, beaucoup de route, pas le droit de perdre du temps. Il en va de même pour la Russie: bien que les routes soient meilleures, le VISA que nous avions choisi ne nous autorisait que 30 jours, et on n'aurait même pas pu profiter pleinement de ce pays et de ses villes, alors que c'est un pays phare du voyage. Bon, voilà, c'est un Road-Trip qu'on fait, et dans Road-Trip, y'a Road, donc c'est normal de faire de la route… et on savait à peu près que l'on allait passer beaucoup (trop?) de temps dans le coque-pit du Gros: pour des contraintes de distances vis-à-vis des autorisations, et du temps imparti de 9 mois.
  • Deuxième point, et non des moindres: nous avions des contraintes, inhérentes à un voyage par la terre, certes, mais néanmoins très très chiantes. Celles d'être obligés de "passer par là si on veut aller là". L'exemple phare, c'est la traversée du Turkménistan pour atteindre l'Iran. Il y a aussi la traversée du Kazakhstan, très fastidieuse (rappel: routes aussi imbitables que cet article). Nous avions des contraintes de VISA dont les probabilités d'obtention sur place ne sont pas une science exacte, et qui auraient pu tout compromettre: là encore, pour obtenir le VISA de transit du Turkménistan, il faut prouver que tu as besoin de traverser le pays, donc il nous fallait le VISA Iranien avant, qui est très compliqué à obtenir depuis le Kirghizstan, sachant qu'on a un temps imparti de 30 jours au Kirghsiztan car sinon, là aussi, on devrait demander un VISA, mais comment faire si nos passeports sont à l'ambassade d'Iran, et encore là le VISA Turkmène en Ousbékistan est une science du style quantique enfin tu vois à quel point pour un problème tout rikiki les dominos tombent et je pourrais là encore rajouter allègrement dix lignes à cette phrase sans virgules. Grosso-modo: une poussière et toute la mécanique déraille. Et CA, mes chéris, c'est quand tout va bien. Maintenant, j'ai un exercice mental pour toi: tu te refais exactement la même la scène, mais dans le contexte "crise économique sortie de Coronavirus": frontières qui ouvrent en retard, qui ouvrent vite fait, mais pas pour les Français (parce que oui, maintenant, on est un peu considérés comme les pouilleux du nouvel ordre mondial si tu vois ce que je veux dire) etc. Je HAIS le mot "impossible", tu l'as bien compris, mais là... c'est genre niveau 10 quoi. Game Over.

Et donc [la conjonction de coordination me semble tout à fait justifiée], dans ce contexte, nous avons décidé de... modifier notre itinéraire. Mais comment ? Sachant que l'avenir des frontières est incertain? Qu'on ne sait pas encore combien de temps on restera cloitré chez nous? Comment? COMMENT?!

La réponse m'est venue cette nuit là, à quatre heure et demi du matin. La réponse, je l'ai trouvée en faisant fonctionner mon esprit cartésien, et mes souvenirs de l'école.

Imagine que t'es devant un problème de Maths dont tu viens de relire la consigne rien que trois fois, et que tu viens tout juste à peine de comprendre. Qu'est ce que tu fais?

Voilà, on y est: tu te demandes…

1. Ce que tu cherches

2. Ce que tu sais

3. Ce que tu ne sais pas.

  1. Ce que je cherche. Je veux faire un voyage en camion en traversant un maximum de frontières sans risquer de me retrouver coincée, et surtout… ne pas devoir faire un demi-tour de plusieurs milliers de kilomètres. Nos pays phares de la rose des vents ? Europe du Nord, Russie, Turquie, Iran. Ca, c'était la partie facile.
  2. Ce que je sais. Je sais que je ne peux pas sortir de chez moi actuellement (ah c'est con ça.), mais que, disons début/ mi-Juin, je pourrais certainement recommencer progressivement à circuler (bon, faut pousser un peu le Karma, puis si il veut pas se pousser je vais finir par lui marcher dessus, et je suis sérieuse, bordel.) Je peux donc écourter tout de suite le voyage à 8 mois (souviens-toi, la fin de mes congés: 9-1=8, je te l'ai dit, c'est un problème de maths). Ce que je sais aussi, et ça, j'en suis sûre, c'est que l'espace Schengen réouvrira avant les frontières internationales (en ce qui nous concerne, par rapport à la rose des vents, la Turquie, la Russie et l'Iran). Ce que je sais, c'est qu'au fur et à mesure de l'année, l'ensemble des frontières finiront par rouvrir pour les touristes, et on pourra à nouveau circuler avec VISA. Enfin, ce que je sais, c'est qu'il me faut par conséquent limiter le passage de frontières hors espace Schengen, au risque de perdre un temps que je n'ai pas.
  3. Ce que je ne sais pas. Les putains de délais pardi ! Quand est-ce que les frontières ouvriront ? Aurais-je le temps de faire tous les pays de ma liste phare, en sachant que je veux aussi m'arrêter et visiter tous ceux par lesquels je vais transiter ? Le délai sera-t-il trop court? Aurai-je... le temps?

Bon, on a les données, les entrants de l'exercice de maths. Maintenant…

Résolution.

La première piste repose sur le fait que nous devons, en permanence, pouvoir agir selon les imprévus. On prend donc le gros paquet "ce que je ne sais pas", et on le transforme en "ce que je ne sais pas, mais je peux m'adapter en conséquence car"...

C'est là que repose la base du second itinéraire: ne jamais se retrouver coincés ou faire un demi-tour de plusieurs milliers de kilomètres en étant obligés de faire des VISA au retour. Pouvoir évoluer, dans un autre pays, ou bien toujours pouvoir retourner dans un "petit" pays déjà traversé car telle ou telle frontière s'est ouverte et pas celle-là. Le tout, sans avoir besoin de paperasse. Sur la fondation, on pose les murs… le temps.

Nous allons prendre plus de temps dans chaque pays, pour s'imprégner de la culture, de l'ambiance, pour s'approprier les différents sites de parapente que nous allons trouver sur la route (on dirait pas mais ce n'est pas si simple que ça) . Nous allons notamment mettre le maximum de nous même (et, maintenant que tu commences à nous connaitre, tu sais que ça peut représenter beaucoup), pour visiter nos pays phares. Car oui, avec l'ancien itinéraire, un pays comme la Russie aurait été bâclé.

En parlant de pays phares: les pays du nord que nous souhaitons découvrir se situent dans l'espace Schengen, et ce sont donc, non seulement les pays les plus près, mais également ceux qui nous seront ouverts le plus tôt (logiquement). Ca serait un bon début. En notant que les pays de l'Est de l'Europe attirent également notre Culosité, si les frontières extérieures à l’Europe peinent à s’ouvrir (entrer dans un pays où le patronyme "Olenka" est la normalité ? D'la bombe…). Bref, en Europe, il y'a de quoi faire.

Et quand tout ce bordel commencera à être derrière nous… les frontières réouvriront (oui, elles réouvriront, tire pas cette tronche, patience). Nous essaierons de passer en Russie, avec cette fois, dans nos mains, non pas un VISA de 30 jours, mais un VISA de 60 jours. Nous prendrons le temps de nous immerger dans ce pays qui nous fascine, voir St Petersbourg, Moscou, les châteaux provinciaux et… (c'était pas prévu), les montagnes majestueuses du Caucase. Parsemées de petits sites de vol libre… ah, j'en frissonne rien que d'y penser.

Profiter quoi.

Par la suite, nous tenterons de rejoindre... la Turquie bébé, déjà parce que ça va commencer à cailler grave dans le nord. De nombreuses possibilités s’offrent à nous: Géorgie, Azerbaidjan, Mer noire... Les sites de vol en Turquie sont juste extraordinaires. Sous nos yeux une culture différente, millénaire et généreuse… humaine. Ou alors je me trompe complètement ? J'ai hâte de découvrir la réponse. Nul besoin de VISA pour la Turquie en dessous d'un mois et demi de séjour, aucun problème tant qu'on y abandonne pas le camion.

Et… apothéose, pays tant convoité par notre âme de baroudeur… Si nous pouvons… Si nous avons le temps… l'Iran.

L'Iran, cette magie… ce monde où Olenka ne pourra pas éprouver sa passion incontrôlable de la négociation, et où Luc jouira du plaisir incommensurable d'aboutissement. Sites de vols extra-ordinaires… culture perse si différente, si accueillante, et si terrifiante parfois. Je me délecte de cet inconnu par anticipation. Mais l'Iran est trop dépendante des décisions gouvernementales et de nos contraintes de temps pour que je puisse affirmer quoi que ce soit. Alors ce sera notre dessert, notre cerise sur le gâteau.

Et dans tout ça...

Je connais un endroit extraordinaire, avec une diversité de cultures tout aussi extraordinaire… et des sites de vols si somptueux, des villes et villages si atypiques et surprenants…

Toi aussi tu le connais, ce petit paradis. C'est la dune du Pila, le puits de Dôme, c'est Strasbourg et Carcassonne... La France. Je ne vais pas te mentir en te disant que La France ne me serait pas venu à l'esprit sans cette pandémie. C'est purement ridicule, et aujourd'hui je m'en aperçois. La France sera non seulement le premier endroit où nous pourrons déambuler, mais ce sera également notre point de départ, notre destination, nos premières… pérégrinations! C'est si exaltant, de s'apercevoir une nouvelle fois, sous des contraintes toujours plus liberticides, que l'émerveillement se situe si près de nous ! C'est enivrant même, regarde, regarde comme l'extérieur est beau quand ta frontière se résume à ta fenêtre ! Je suis si curieuse, j'ai faim de tout, je suis tellement aux aguets… c'est magique. C'est la merde, mais c'est magique quand même.

Itinéraire prévu au jour du 14 Avril 2020. Tous les itinéraires BIS possibles ne sont pas représentés. 

En une nuit, nous avons reconstruit notre voyage de bout en bout, alors qu'à la base on avait tout prévu, comme des ménagères de voyage parfaites… mais l'aventure est là, et elle nous regarde de toute sa hauteur, un sourire narquois aux lèvres...

Elle me murmure dans un idiome encore inconnu:

"Quand tu sortiras de chez toi, poupée… je te promets bien plus beau que la lune."

Aaah, mes amours, trêve de poésie. L'idée est là: c'est notre projet, comme dirait l'autre.

Passons au dénouement: le bon et le moins bien de La Grande Pérégrination V2.0.

Le moins bien: voilà, notre regret (hé, du calme copine, vous avez 24 ans, je ne sais pas si tu peux parler de regrets.) c'est le Kirghizstan et l'Ouzbékistan. Pour la majestuosité de ces contrées, et l'idée du parcours de la Route de la Soie. A charge de revanche, nous irons, une autre fois, en sac à dos, faire le tour de ces deux pays à cheval… découvrir la beauté sauvage et altière des montagnes Kirghizes… les prémices de la culture perse en Ouzbékistan… attendez-nous, on arrive.

Le mieux: nous aurons plus de temps, car moins de kilomètres. Le temps de connaitre la Russie, de toucher du doigt la culture Turque… et peut-être la chance de voir l'Iran?

Voilà le Plan P, mes amis.

Il me semble réaliste, pondéré et surtout… évolutif, aisément malléable en fonction du contexte. Certains diront qu'il est idéaliste, et ils auront raison. J'ai inventé un adage il y a quelques temps, dont la première partie est tirée d'une (mauvaise) traduction française du film American Beauty:

"Il ne faut jamais briser les rêves d'un idéaliste… on en ferait un révolutionnaire."

Je conclurai donc sur une conviction personnelle, liée à notre situation, à tous. Maintenant que l'on nous a retiré la Liberté, cette Liberté brute et puissante…

Je pense que parfois tu ressens ce vide, ce manque, cette hargne… Et oui, osons le dire, cette pulsion criante et blessante qui te hurle dans un murmure amer: "Mais qu'est-ce qui t'empêche… QUI t'empêche, de déambuler en te conduisant prudemment ? Quelle légitimité possède cette autorité? Est-elle plus intelligente que toi? Te protège t'elle, s'est-elle montrée à la hauteur au moment où elle aurait dû agir? Les arguments sanitaires suffisent-ils à restreindre l'ensemble des formes que peut prendre ta liberté de circulation, de manière homogène et autoritaire sur tout le territoire, peu importe la densité de population? Ne suis-je pas doué d'une conscience ? L'autorité n'est-elle pas seulement garantie par la soumission de la masse ? Et que se passe-t-il si la masse en question refuse? Si elle décide d'agir selon sa conscience, en respectant prioritairement la santé de nos anciens et nos personnes sensibles, puis en réinventant ses propres lois? Pourquoi refusent t'ils de reconstruire, eux aussi, un Plan P comme ProtégernotresantéETnoslibertés, un truc nuancé et évolutif, basé sur des critères réalistes ?"

Pas de bobards. Je sais que tu t'énerves parfois, tout seul, frustré, chez toi. Ne culpabilisons pas. C’est la Liberté qui nous incite... à penser par nous-même. Cette même force qui t'appelle, telle une sirène en pleine mer. Elle te manque et elle t'obsède. Elle est inhérente à notre condition humaine car elle constitue en partie… notre dignité.

Patience...

Cessons de nous torturer à propos des décisions de nos autorités, ni sur les lobbies pharmaceutiques si puissants, ni sur la Peur instrumentalisée par les médias, ni sur les chiffres qui ne veulent absolument rien dire. Il n'y a qu'une seule question qui ait de sens selon moi. La seule sur laquelle on devrait profondément méditer. UNE-SEULE.

Et pas des moindres.

Quand, enfin, ce beau jour, tu retrouveras cette Liberté qui t'a tant manqué…

Qu'est-ce que tu en feras pour l'honorer?

20
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Publié le 2 mai 2020


Aaaaaah...

Bon. On commence à y voir quelque chose.

Coro-bscurité néanmoins ornée d’une lucarne, d’un halo de lumière pâle et timide. Comme si l’on regardait à travers un vitrail poussiéreux et sale... avec un petit tout petit cercle, juste là, regarde... oublié par le temps. Il nous apparaît et nous rend aveugle, aveugle à tout le reste, à tout ce tas de trouble alentours.

Cette toute petite paillette lumineuse au bout du tunnel, de celles qui s’entourent d’un halo rayonnant et immatériel.

Ça s’appelle l’espoir. Ça met des papillons dans ton ventre et de la pommade sur tes ventricules. C’est qu’on arrive à en tomber amoureux, de l’espoir. On s’y accroche sans aucune modération, sans aucun sens commun.

On nous dit que plus rien ne sera jamais comme avant.

Mais on s’en fout en fait.

On s’adaptera, c’est tout.

Pas besoin d’essayer de nous faire peur.

En attendant... c’est plutôt chaotique.

On commence à voir le bout du tunnel, les choses commencent à aller mieux, elles vont mieux maintenant que chaque jour depuis deux mois même.

Et pourtant...

On est statiques. Cette frustration que nous avons ressenti nous a d’abord noyé dans la colère. Puis nous avons décidé d’être maîtres de nous-mêmes, faute d’être maîtres des événements. Nous avons fait preuve d’une résilience si immense que, encore aujourd’hui, je m’en surprends moi-même. C’est en totale opposition avec mon tempérament.

Mais bon. Pas le choix.

C’était la seule solution pour rendre notre quotidien vivable. Pour faire de la Patience une force et non un fardeau.

Prendre les choses avec philosophie.

Mûrir quoi.

Devenir un peu ces « adultes » qui nous rebutaient tant.

Cela n’est pas sans conséquences.

Car maintenant, tu vois, on commence à nous dire que dans dix jours, on va pouvoir le faire, ce putain de voyage.

Pas comme on veut au début, mais on va pouvoir aller se balader dans nos montagnes, découvrir des petites merveilles... faire à nouveau du parapente.

Voler... j’te jure rien que de l’écrire, j’ai des frissons.

Bref, 10 jours, je disais...

Mais on ose pas. On n’arrive pas à se réjouir, tant on a peur d’une nouvelle claque dans la gueule.

La résilience dont nous avons fait preuve nous a plongé dans une sorte de torpeur assommante ... et à force d’être déçus, on ressent désormais de grosses difficultés à s’immerger dans notre départ.

Cette bonne nouvelle nous semble irréaliste après cette période pourrie.

On y croit plus trop...

C’est nul hein ?

Je sais aujourd’hui que le départ tant attendu ne sera pas tel que je me l’étais imagé. Nous nous sommes immergé corps et âmes dans la préparation du voyage, avec cette même ardeur que celle avec laquelle on s’investit dans son premier amour.

Avec une détermination aveugle, trop vite et sans aucun sens de l’équilibre... mais c’était vibrant, vivant quoi!

Avec une échéance: le 1er Avril. 1er Avril. 1er Avril.

Maintenant...je sais que nous ne pourrons pas empêcher cette circonspection de nous couvrir d’un léger plaid, étouffant tout le frisson lié à l’innocence de la première fois.

Nous ne partirons probablement pas le sourire aux oreilles, imitant des bruits de singe-loup et réveillant tout le village, les larmes pleins les yeux...

Nous partirons avec un léger sourire, en nous regardant d’un air étonné et hésitant, avec, quelque part, cette peur au ventre... celle d’être obligés de rentrer à la maison. Puis un beau jour, quelques jours ou quelques semaines plus tard, on se regardera soudainement droit dans les yeux... car là, boum, comme un coup de tonerre, on s’apercevra que oui, ça y est, on y est. On LE fait. J’ai du mal à exprimer cette perte de sens, de notre orientation liée à toutes ces déceptions. Peut-être qu’on ne croit plus en nous, quelque part. On ne sait pas combien de faux départs nous sommes capables de supporter...

« Autant qu’il en faudra » me répond Luc derrière mon épaule, alors que je suis en train de rédiger cet article. Il ponctue sa déclaration en imitant le bruit du camion qui démarre en courant autour de la table.

Quelle douce mélodie.

Je lève la tête en me mordillant la bouche pour ne pas laisser l’émotion sortir en le regardant faire le pitre.

Une vague de chaleur m’envahit, en m’apercevant que la Force qui me quitte, lui, il l’a retrouve.

Nous sommes des vases communicants.

C’est sûrement ça, de partir à deux. C’est se soutenir comme les soldats se soutiennent dans nos bouquins de Fantasy. Ce qui fait la force de l’armée vainqueur. Parfois la Force réside dans un seul homme, au moment où tous sont désespérés.

Luc est cet homme aujourd’hui...

A moi de le devenir demain.

« Hey, Luc. Profite bien de ta dernière journée de glandouille. Parce que dimanche... on commence la préparation finale. La rampe de lancement. Putain on a une tonne de trucs à faire. Faut que je fasse une liste, on est à la bourre... »

- 2 Mai: J-11 -

21
21
Publié le 6 mai 2020

La préparation suit son cours et la tension monte dans nos petites cervelles baroudeuses.

Des questions restent sans réponse, mais à l’instar d’un jeu de plateau démoniaque (tu sais le genre de jeu que tu mets autant de temps à installer qu’à jouer), nous adapterons nos ressources et nos déplacements.

La grande épreuve pour laquelle j’ai un peu la flemme, c’est dans le nettoyage du camion en mode scène de crime... genre au coton tige et au nettoyant plastique de la mort. Autant te dire que ça va prendre 5 minutes. Mais... c’est le prérequis à l’installation de tout notre bazar à l’intérieur.

Ce qui nous amène au grand point suspense de la préparation finale: comme je te l’ai dit, nous avons optimisé notre aménagement et listé rigoureusement ce que nous embarquions dans le Gros.

Mais...

On sait pas si ça rentre.

On a jamais essayé en fait.

Ce n’est pas qu’on y a pas pensé, c’est qu’on sait toujours dit: « bof, à vue de nez, ça passe. Ce truc là, ça passe pas, laisse tomber. »

On est plutôt du genre essentialiste, et on sait s’adapter. Du coup on s’est dit: on verra.

Ne me regarde pas comme ça.

Non, on a aucun sens des priorités: regarde, on embarque un violon et deux énormes parapentes, puis pour compenser, Luc a dû prendre trois paires de chaussettes.

Bref... on prend les paris ?

C’est parti.

On commence par nettoyer à la machine tous les vêtements, hors vestes de pluie et chaussures, où l’on préférera une éponge et un imperméabilisant.

La machine tourne.

En attendant, Conchita-Olenka embarque son éponge et ses 1500 cotontiges pour récurer le Gros dans les moindres détails.

Le camion fête ses 27 ans. Je peux t’assurer que, au vu des recoins où j’ai fourré mes cotontiges, j’ai récupéré de la poussière Vintage.

Le tout, dehors, au milieu du pollen qui s’amuse allègrement à squatter les endroits que je viens de nettoyer.

C’est à devenir complètement dingue, j’te jure.

Mais quelque part, toute cette situation est complètement dingue, ce voyage est complètement dingue, et nous sommes aussi complètement dingues.

Cet article est comme d’habitude, à l’image du contexte: pas le temps de faire de la poésie mes amours.

Plus le temps.

C’est tellement agréable d’écrire ça ...


Allez, je retourne avec mes potes cotontiges, brosses à dent et éponges diverses.

Prépare ta boîte à rêves.

J-5.

22
22
Publié le 8 mai 2020

[Visualise le camion, tel que présenté en vidéo dans l’article numéro 16. Tu te souviens? Trois meubles construits de nos mains sur mesure: un cube faisant office de siège, un coffre à vêtements pendu au plafond, et un grand tiroir dans le coffre.

Je t’avais dit: aucun objet ne doit dépasser, rien ne doit être en dehors des meubles, hors parapente.

Je t’avais dit: on a sélectionné ce que l’on voulait prendre sans avoir jamais expérimenté la place que ça prenait.

Je ne t’avais PAS dit: la liste exhaustive des précieux objets sélectionnés.]

Contexte: GROCAMION tout propre, lavé, recurré au cotontige et brosse à dent (je te jure qu’il a rajeuni de dix ans), textiles déhoussables et rideaux passés à la machine, idem pour les vêtements et literie. Ventouses des isolants de fenêtre démontées, bouillies, puis remontées. Aspirantion ++ des textiles non déhoussables, imperméabilisant sur les vêtements de pluie et la tente sur le toit... on y est.

Y’a plus qu’à installer tout notre bazar.

C’est ainsi que nous arrivons devant notre camion de 27 ans, aménagé et flambant neuf...

Luc, moi, la « boîte à trucs » et 3 ou 4 sacs cabas.

La boîte à trucs?! C’est la solution qu’a trouvé Luc pour rassembler touts ces petits accessoires indispensables et pas faciles à ranger. Dès qu’on voyait tel ou tel objet qui trainait et qui nous semblait utile pour le voyage: HOP, boîte à truc. Ça donne donc une boîte de 60x30x30 cm, blindée de machins. C’était une idée brillante. Sauf qu’il y a encore tout le reste des sacs cabas.

Donc je disais: on arrive devant le camion. On se regarde, on regarde notre chargement on regarde le camion... puis on se regarde encore.

C’est là que je prends les devants: on peut attribuer à Luc les honneurs sur la réalisation des différents meubles et la partie mécanique ... et la conception intérieure, c’est moi, en négociation permanente avec mon chargé de réalisation, Luc.

Ça donnait un truc du genre:

« - Luc, tu penses que c’est possible de faire ça comme ça en...

- Non.

-Nan mais...

-Non Olen, impossible.

-Bon d’accord. OK. Bon alors si on reprend l’idée, avec le même volume mais comme ça [...]

[ Luc reste silencieux, serre les lèvres et penche la tête de droite à gauche, les yeux dans le vide... et franchement pas convaincu. Mais la brèche est ouverte. Continue Olenka, aies l’air convaincue.]

- [...] Allez franchement, regarde ce qu’on pourrait mettre (j’active mes yeux de biche), en termes de volume on est bon et on a une double utilité...

[Imagine une apologie à la Olenka, un truc pas du tout concis avec des mots choisis avec soin jusqu’à que...]

- Ouais, OK. »

Ça y est, il a conclu un pacte avec le diable. Deal.

Et Luc s’est débrouillé comme un chef. S’il avait dû partir seul... jamais il aurait fait tout ça. Pas par flemme, ça non, Luc est un bosseur. Mais par soucis de simplicité, en concordance avec ses besoins. Je crois qu’il a fait tout ça plus pour me faire plaisir qu’autre chose. Mais on l’a fait ensemble, et quand enfin tout a été fini, il était sacrément fier de lui. Moi, au delà d’être fière de lui, je lui voue une admiration et une confiance sans limites. Je me souviens qu’il s’évertuait, pour la vingtième fois, à m’expliquer l’implication qu’il avait mis ici, le soin là, les emmerdes pour faire ça... pas pour les éloges, mais pour lui même. Un artisan néophyte devant sa première œuvre.

Je mesure pleinement ses efforts.

De fait, je lui dois quelque chose.

Je lui dois le fait que : « Ça rentre. »

Et bien on y est Princesse: toi, tous les machins, un mini-camion, et le soleil tiède de l’après-midi.

« Bon Luc, je sais que ça va pas être simple, mais laisse-moi faire. Si quelque chose ne te convient pas, on en parle tranquillement, puis on voit. »

Il faut comprendre, cher lecteur adoré, que cette étape n’est pas des moindres. Qui plus est à trois jours du départ.

Avec l’appréhension du voyage qui s’ajoute.

Plus le temps de modifier l’aménagement, il faudra partir comme ça.

J’ai la bouche sèche. Luc est dubitatif.

« Tu crois que tout ça, ça va rentrer ? »

Tout ça ?

  • Un hamac
  • Une douche solaire
  • Une trousse de secours et une trousse de médicaments
  • Une trousse de couture + réparation des parapentes
  • Une tente
  • Le nécessaire de douche
  • La trousse à toilette
  • La trousse de soins et maquillage (oui oui, je sais... c’est pas très utile ça.)
  • Les vêtements
  • 5 paires de chaussures
  • Les chargeurs + électronique divers
  • Tous les papiers
  • De quoi dessiner
  • L’atlas de l’Europe
  • Les isolants pour pare-brise et fenêtres
  • La trousse à outils+piles+lot de maintenance ventouse, lampe, fusibles, silenblock et j’en passe
  • Un démarreur de batterie
  • Huile, liquide de refroidissement
  • Gilet jaune, triangle, clefs, extincteur
  • Une caisse d’une grosse vingtaine de livres: oui, j’ai bien dit une vingtaine.
  • Les plaques de cuisson+nécessaire de cuisine + bouteille de Gaz
  • Une caisse accueillant la nourriture sèche
  • Une cuve d’eau de 50 L+ une glacière
  • Un violon + un piano sur piles
  • Des cartes à jouer, un jeu d’échec, et un autre jeu de société
  • Deux parapentes.
  • Deux lampes torches + deux frontales.

J’ai agi méthodiquement. J’ai classé tous ces objets par ordre de nécessité et avec le souci de l’accessibilité, en fonction de la vie de tous les jours.

... Et...

Ça passe.

Ça rentre, de manière pratique et logique.

On a même 5 vide-poches disponibles pour le bazar quotidien.

Tel que je l’avais dit: il n’y a que les parapentes qui ne sont pas rangés dans les meubles.

Nous avons un intérieur clean et agréable.

... Un chez-nous, sur roues.

Cela fait... il nous faut encore emballer les affaires qu’il nous reste, celles qui ne nous serviront pas pour le voyage, mais qui nous ont servi jusque là. Même dans la « boîte à trucs », il y a des choses que l’on n’a pas prises, finalement. Genre: un ouvre-boîte de conserves, qui se trouve déjà intégré dans un couteau suisse.

Je termine donc le la journée en remplissant mon dernier carton de choses diverses et variées, des vêtements, des livres... puis je regarde cet ouvre-boîte en parlant tout haut:

« Mais qu’est ce que je vais en faire?

Je le laisse ici? Il a rien à faire avec les autres objets du carton! Et comment ça va se passer, au retour du voyage, au moment du réaménagement ? Quel bazar. Je ferai mieux de le jeter. Mais imagine que j’en ai besoin? C’est super utile, un ouvre-boîte dans une cuisine, dans un vrai appartement ! Je fais quoi sérieux ?! »

Je regarde ce pauvre bout d’acier, pantoise, avec mes yeux de merlan frit.

Une voix résonne. La voix de la sagesse, sans doute.

« Allez Olen, viens, on boit une petite bière. »

Vivement le départ.

J-3.

23
23
Publié le 11 mai 2020


Ça fait des mois que je rêve de publier cet article. J'ai du l'écrire des dizaines de fois différentes dans ma tête.

Parfois il ne comprenait que quelques mots.

Parfois d'innombrables lignes.


... Nous y sommes enfin...

Et aujourd'hui, les mots ne viennent pas.

La seule chose qui me vient à l'esprit, c'est le trac. L'appréhension naturelle face à l'inconnu.

Une excitation puissante et sauvage.


N'ayant pas les mots ce soir, je vais user de ceux qui nous ont transporté jusqu'ici. Des mots que nous avons pu lire, écouté, et qui nous ont bouleversé...

Des mots grâce auxquels nous sommes-là aujourd'hui, ceux qui nous ont donné la Foi.

Cette inspiration transcendante...

Celle d'oser vivre notre vie.

Commençons par...


- Sauf un-

[Druss La Légende et le mercenaire Varsava sont assis autour d'une table, dans une taverne.]

《- Puis-je vous offrir un verre de vin? Proposa Varsava.

- Pourquoi pas? Répondit Druss le géant, en se servant. Comment se nomme cet endroit?

- Il s'appelle Sauf Un, répondit Varsava.

- Drôle de nom pour une taverne.

Varsava scruta le regard pâle du jeune homme.

- Pas vraiment, c'est tiré d'un dicton Ventrian. Que tous tes rêves - sauf un - se réalisent.

- Qu'est-ce que ça veut dire?

- Simplement qu'un homme doit toujours conserver un rêve irrealisé. Que pourrait-il y avoir de pire que de réaliser tout ce qu'on désire dans la vie ? Qu'est-ce qu'il nous resterait à faire ?

- Trouver un autre rêve, rétorqua le géant.

- Voilà qui est parlé comme une personne qui ne comprend rien aux rêves...》

Varsava a raison en un sens. Druss ne comprend rien aux rêves, dans leur dimension 《irréalisable》. Druss voit les rêves comme des projets, des objectifs. Tandis que Varsava conçoit le rêve comme une raison de vivre.

Ces quelques lignes, écrites par David Gemmel dans son ouvrage 《Druss La Légende》, m'ont révélé l'enjeu de cette réflexion philosophique.

Un rêve réalisé nous fait-il encore rêver ?

Cet ouvrage se termine sur cette phrase, énoncée par Druss, à l'intention d'un jeune soldat. Elle fait suite face à une bataille dont la victoire était apparemment... un doux rêve irréalisable.

《Rien n'est impossible, dit Druss, n'oublie jamais ça, mon garçon.》

Impossible : le mot que je rejette de ce blog des le premier article... en voilà l'origine.


- Tôt le matin-

《Respire les effluves, les parfums d'Orient,

Sous l'étuve, les fumées d'encens,

Brûlent tes poumons dans les torpeurs enivrantes...

Hume les fleurs, leurs senteurs navrantes !

Laisse, loin la rumeur des villes,

Si ta vie est tracée, dévie...

Prends des routes incertaines, trouve des soleils nouveaux

Enfile des semelles de vent, deviens voleur de feu!

Défie Dieu comme un fou, refais surface loin des foules

Affine forces et faiblesses, fais de ta vie un poème...

Sois ouragan entre rebelles, houngan!

[...]

Un jour, un jour, un jour j'me barre, hasta la vista !

Je reste pas sur place, j'attends pas le visa.

J'vais parcourir l'espace, pas rester planté là,

Attendant que j'trépasse et parte vers l'au-delà...

Mourir sous les étoiles, pas dans de petits draps,

J'vais soulever des montagnes, avec mes petits bras.

Traverser des campagnes, des patelins, des trous à rats,

M'échapper de ce bagne, trouver un sens à tout ça...

J'vais rallumer la flamme!

Recommencer l'combat.

Affûter ma lame, pour replonger en moi,

Un fantôme se pavane dans son anonymat,

Rêve d'un pays d'Cocagne où l'on m'attendrait là-bas...

[...]

Ouvrir de grands yeux clairs au bord d'immenses lacs émeraudes,

Se laisser émouvoir tôt le matin quand pousse l'aube,

Aux premières heures du jour tout est possible si l'on veut,

Reprendre dès le début, redéfinir la règle du jeu

Briser les chaines, fissurer la dalle

Inventer la lune, que tous la voient

Devenir vent de nuit, pousser la voile

Et s'enfuir vers des rives là-bas.》

Voici d'où est tiré cet extrait:

Lis-le a voix haute si possible. Tu pourras alors ressentir le vent sur ton visage, et surtout cette impulsivité... un jour, j'me barré. Je le fais. J'ose. Cette impulsivité... elle nait dans nos rêves d'adolescents. C'est elle qu'il ne faut jamais oublier, je suppose.


- Confronté à la Roche, le ruisseau l'emporte toujours, non pas par force, mais par la persévérance -

Cette citation de Confucius, c'est Luc qui voulait la partager avec vous ce soir.

Tout y est... c'est limpide.

Tu sais tout comme moi que nous avons vécu un certain nombres de péripéties, déjà avant le grand départ.

Toujours être idéaliste. Avoir l'insouciance nécessaire pour prétendre réaliser ses rêves.


J'écris ces mots qui ne m'appartiennent pas, et les mots me viennent. Ou plutôt une phrase.

Demain, tôt le matin, nous partons. Nous faisons le premier pas, le tout premier pas de la Grande Pérégrination. Nous réalisons notre rêve d'adolescent, prouvant ainsi que Druss a raison : rien n'est impossible. Ca n'existe pas. Tout simplement.

C'est merveilleux.

Cette phrase qui me vient...

《 Ca va être long d'attendre demain.》


A bientôt les amis.

24
24
Publié le 20 mai 2020

La Grande Pérégrination a débuté le 12 Mai, dans le brouillard matinal.

Je disais une bêtise, dans l'article 20, quand j'ai prédis que l'on partirait timides et hésitants.

Nous étions tout sourires et larmes, les yeux qui brillent, une boule de vertige dans le ventre pour Luc, un vide émotionnel pour moi, tant ça paraissait à la fois évident et impossible.

On récolte le fruit de nos efforts, ça y est.

On réalise notre rêve.

T'as beau te le dire et redire depuis des mois, bah ça fait tout drôle quand ça arrive.

Enfin bref, je vais te résumer notre première semaine sous la forme d'un agenda, par jour, avec les événements marquants.


- Jour 1, La première Pérégrination -


Nous avions l'idée de rester deux ou trois jours en fond de vallée de Tarentaise pour se remettre sous nos ailes, reprendre nos aises avant de tenter le diable dans des sites inconnus. En descendant du village de Montalbert, Luc me sort une déclaration pour le moins surprenante: une déclaration qui venait du plus profond de lui-même, énoncée avec une autorité plutôt inhabituelle chez lui.

《J'ai trop envie d'un jambon-beurre. Il me FAUT un jambon-beurre. En boulangerie, avec une baguette de pain bien fraiche.》

Il en faut peu pour être heureux, il paraît.

Bon bah c'est parti pour l'aventure, à la recherche d'une boulangerie !

Le truc Caucasse dans tout ça, c'est que Luc passait ses semaines de chantier à manger des sandwichs il n'y a pas si longtemps, à tel point qu'il ne pouvait plus les voir en peinture. Enfin bref, effet secondaire du confinement, je suppose.

Vingt minutes plus tard, nous arrivons sur la rue principale de Bourg-Saint-Maurice.

[Tu te demandes pourquoi je te raconte ça... bouge pas, ça arrive.]

Nous nous garons devant une superbe boulangerie, Luc ricane comme un gosse. Il ferme sa portière conducteur, fait juste un petit tour dans la cabine arrière par la porte latérale pour brancher la glacière, puis sort par cette même porte. Je pousse le loquet, ferme la porte latérale et...

La première des Pérégrinations de la grande Pérégrination surgit.

[Je t'ai dit un jour, que bien que nous avions essayé de tout prévoir avec Luc... nous allions for-cé-ment oublier quelque chose.

Bah pas manqué.

On a oublié... nos cerveaux.]

Une fois la portière claquée... Luc me demande où sont les clés du camion. A savoir qu'on en a fait faire trois jeux, au cas où.

《Bah je sais pas moi, t'es pas sorti avec ?

- Putain non Olen.》

Tu vois le topo ou pas?

Camion fermé de partout.

Clés dedans.

Nous dehors.

Han les blaireaux. On a trouvé le moyen de s'enfermer à l'extérieur du camion. Le premier jour du voyage.

Putain de Karma.

Non parce que là tu vois, on peut pas trouver l'excuse liée à l'habitude du Gros: on est allés faire une petite dizaine de pays avec, et puis il s'est aussi bien baladé en France. On l'a rodé quoi.

Mais non, il a fallu que ça arrive.

Bref, on arrête de faire nos têtes de Merlan frit, et on trouve une solution, comme d'hab.

Je vais te passer les détails, mais ça nous a pris deux heures, 4km de course à pied, et la mise en marche de la matière grise de Luc. On a bien cru qu'on allait devoir casser une vitre et repousser encore la date du voyage le temps de la réparation...

Mais Luc-Manolo, c'est le meilleur.

Figure-toi qu'après cette épreuve, Luc n'avait plus faim du tout, alors on est parti trouver une petite place pour la nuit à l'atterrissage de parapente des Ilettes.

On a pu se faire une petite séance de gonflage, et observer d'autres parapentistes (enfin!).

En parlant de ça, je sais que tu te poses la question: oui, il y a d'autres camions et camping-cars dehors. On en déjà vu six: la police est passée à l'endroit où l'on avait disposé le Gros. Gracieux comme des portes de prison, mais à part ça, ils ne nous ont rien dit.

Au top quoi. Parce qu'on avait un petit doute quand même.


- Jour 2, Le retour de Karma -


Nous avions la prétention de tenter un vol le matin, mais la météo n'en avait pas envie, elle. On part donc, un peu plus tard, pour un deuxième round avec la fameuse boulangerie.

Et là, par hasard, au détour d'une rue... le Karma. En notre faveur cette fois.

La Karma en question avait la forme d'un petit restaurant libanais qui faisait de la vente à emporter. Chez Salwa.

Après deux mois de confinement, notre addiction accrue aux falafels, houmous et autres trésors libanais avait été mise à très rude épreuve.

Imagine deux gamins qui débarquent au parc Walt Disney... c'était exactement ça.

Le Karma de la boulangerie est officiellement à match nul.

[Note: quand Salwa te demande si tu veux des petits piments dans ton sandwich Falafel... surtout tu dis NON.]

Enfin bref, c'est le ventre bien plein que nous décidons de bouger de la vallée pour augmenter nos chances de voler.

Parce que la météo cette semaine... merci quoi. Quand on pense qu'on a eu 40 jours de grand beau pendant le confinement...

C'est la loi de Murphy.

Nous avons jeté notre dévolu sur une valeur sûre : Montlambert, un décollage de parapente entre Albertville et Chambéry.

Nous passons une soirée sous une pluie éphémère... qui m'a inspiré ces quelques mots:

Il y a un trésor peu mis en valeur par les baroudeurs dans la vie en camion, la "Vanlife" comme on dit.

Ce sont les moments sous la pluie.

Tes gestes sont limités, au risque de tout tremper, tu es moite, et plongé dans une torpeur humide et immobilisante. Tu regardes la pluie tomber.

La magie opère lorsque tu sors, emmitouflé dans ton vêtement de pluie, craignant la goutte qui te fera frissonner de tout ton soûl...

Puis que tu t'aperçois, souvent étonament tardivement, que la pluie a ... cessé.

Alors tu enlèves ta capuche, tu regardes le paysage endormi, tu danses, tu chantes. Ressentant une liberté renouvelée. Encore et encore.

Et pile à ce moment là, tu te dis:

" Ça vaut bien une petite averse."

On croise les doigts pour que demain, ça vole.


- Jour 3, Premier vol ? -


Le lendemain tant attendu nous dévoila une pluie matinale très male accueillie par notre moral. Je regarde Luc, il me regarde, on regarde la pluie, elle a cessé, mais c'est tout bâché*, qu'est ce qu'on fait? Allez on tente, on monte comment ? A pied, ça nous motivera d'autant plus à décoller.

A peine le temps d'un café, et nous voilà en mode tortue Ninja rampantes dans la forêt.

*Ah oui, bâché: en parapente, cela veut dire que les nuages se trouvent à une altitude trop basse pour avoir l'aterrissage en visuel. Ou autrement dit: le déco est dans le nuage, donc on y voit rien! Sans compter qu'il est interdit de voler dans les nuages en parapente.

Nous montons donc pendant un peu plus d'une heure. En parlant de ça, je voudrais faire une confidence: un jour j'aimerais beaucoup, vraiment beaucoup, expliquer à Luc que 80kg de muscles + un sac de 11kg, ça va logiquement pas à la même vitesse de croisière que la petite de 50kg + un sac de 11kg. Non parce qu'il a toujours l'air étonné quand il se retourne au bout de trente minutes, en constatant qu'une tête blonde s'évertue à le suivre en faisant des bruits de Bouledogue Français... 《Ça va pas?》

Mon cerveau murmure intérieurement: NON CA VA PAS DU TOUT BORDEL.

Ma fierté - inversement proportionnelle à ma carrure - énonce tout haut: 《Oui oui, vas-y je te suis.》

Bref. On finit par arriver en haut et là, Ô surprise...

Le brouillard.

Le brouillard, et 3 autres parapentistes morts de faim* comme nous.

* Mort de faim: dans le vocabulaire des "sports (dits) extrêmes", c'est le nom qu'on donne aux pratiquants qui, malgré des conditions de meeeeeerde, s'acharnent à tenter leur coup, tellement ils sont en manque. Cela dit, si tu t'es posé la question, après seulement un café avalé ce matin... j'avais aussi la dalle.

Bon, ça peut te sembler casse-pied tout ce vocabulaire, mais c'est le premier article. Après je te fous la paix.

Je disais donc, nous patientons au décollage. Et en trois-quarts d'heure d'attente, nous sommes passés de 5 à 35 morts de faim.

Détends-toi, il y a largement la place sur le déco pour respecter les distances.

35 à chercher la petite trouée de visibilité dans le brouillard... oui là, regarde! Ça commence à s'ouvrir ! Ah non en fait.

Ah si, peut-être...

Enfin, le Karma Météo a fini par jouer en notre faveur.

35 ailes vinrent colorer le ciel et l'atterrissage de Monlambert.

Bilan?

1h10 de montée.

2h d'attente au décollage.

10 minutes de vol.

Tu me croirais si je te disais que ça vaut le coup?

Ça vaut tellement le coup qu'on a refait la même le lendemain, après une nuit sous la pluie dans deux endroits différents (oui, on s'est fait virer par la garde de pêche alors qu'on pêche pas).

On a mal aux jambes à force de monter à pied... mais on est heureux.


- Jours 4 et 5, chez Franky -


Nous avons reçu un appel de notre ami Frank, au tout début du voyage. Il nous invite à son chalet d'alpage pour le week-end. Et bien, allons-y ! On fait monter le gros au Col de la Madeleine, dans un endroit perdu en pleine montagne, dans le brouillard...

Pour arriver chez Franky.

Il nous avait prévenu qu'il y aurait peut-être quelques personnes, et effectivement. On était une dizaine.

Une dizaine de joyeux fanfarons passionnés de montagne, de bonne bouffe, avec un esprit collectif et enfantin.

Le matin, Franky nous propose d'aller faire une balade en montagne au-dessus de son châlet. J'ai cru entendre le mot "baignade" mais je n'y ai pas prêté l'attention qu'il aurait mérité.

Bref, on se prépare, on sort... mais on avait oublié un truc.

Hého, on est chez Frank là.

Et Frank, il rigole pas avec la glisse:

La saison d'hiver s'est terminée brutalement en Mars pour Luc et moi. Même pas eu le temps de dire au revoir à nos ski avec une petite dernière... mais si tu m'avais dit, en début de saison, que j'allais terminer celle-ci à descendre en hors-piste et sur des pistes fermées à peine enneigées, avec un monoski...

" Olen, jai des chaussures pour toi, prends un mono !"

Pour tout te dire, je n'en ai fait qu'une seule fois. Cet hiver, pour une descente, quand Franky m'a prêté son mono.

On va rigoler, j'le sens.

C'est parti?

C'est tellement insolite, une joyeuse bande de semi-barges qui grimpent dans la terre avec des monoski et une bouée sur le dos.

Une bouée ?!

Oui oui. Ça c'est la deuxième partie marrante. Après une bonne montée, nous voilà arrivés à un chouette Lac de Montagne, dans lequel viennent s'échouer les dernières neiges de l'hiver...

Que c'est pur et romantique. Et froid. Genre TRÈS froid. Genre tu mets ton pied dedans et t'as mal direct.

Mais, mais qu'est-ce qu'ils foutent?!

Crois-moi ou pas, mais de l'autre côté du Lac, Frank et son frère se dévoilent devant nous... en tenue d'Adam des montagnes. Avec la bouée.

Ah oui, la "baignade" dont j'ai entendu parler ce matin.

Frank se met en haut de la pente de neige, s'assoit sur la bouée... et entame la descente vers le Lac gelé.

L'objectif est simple: rester sur la bouée tout le long.

Luc me regarde, je le regarde, je regarde mes orteils gelés rien que de les avoir plongés dans l'eau dix secondes...

" Ensemble? En même temps?"

Il paraît qu'on a qu'une seule vie, non?

On se déshabille et fonçons vers notre destin...

Ah bah on s'est senti vivants, ça sest clair.

Une fois transis de froid, on enfile les chaussures, le mono... et c'est parti.

Direction Apéro.

Mais que font Luc et Franky? Du Monoski tandem. 

Après une bonne plâtrée de Crozets à la Franky, fromage, bière bref diététique quoi, la torpeur me prend. La matinée a été éprouvante... il fait brouillard...

Ah mais non Olenka, Luc et Franky ont trouvé des jouets!

Deux pelles, deux tournevis, des ski, la bouée (oui oui, encore), et un espèce de tapis à la forme indéterminée.

Pour quoi faire?

Pour ça.

C'est ainsi que nous passons l'après-midi à sauter ce pauvre Kick*, avec tous les accessoires possibles et imaginables.

* Kick: anglicisme d'usage pour les quéqués, désignant ainsi un petit saut à ski.

Moi, je me suis entraînée au monoski, parce qu'en fait, c'est vraiment trop bien. C'est fatiguant de remonter la pente, mais j'étais tellement euphorique, que, à l'instar des enfants, je ne sentais pas l'acide lactique le long de mes jambes.

On a aussi essayé le monoski tandem avec Luc... c'était pas glorieux, mais on a bien rigolé.

C'est au moment de l'apéro que nous avons tous senti la retombée de nos folies.

Prenons un deuxième verre pour anesthésier!

Franky nous a concocté une tuerie à base d'agneau et d'ail, et nous avons cuisiné des pizza maison. Des vrais petits chefs.

C'est éreintant tout ça.

Encore un petit verre pour se réconforter?

Nous avons, de concert, décidé que nous étions assez réconfortés à 2h du matin.

Le lendemain, rebelote, mais cette fois, on monte un peut plus haut, dans la montagne... pour une meilleure descente en Mono!

Après un bon repas, nous partons de chez Franky, avec, il faut le dire... une petite boule dans le coeur.

Mais l'aventure continue... nous roulons pendant une heure jusqu'à Allevard.

Objectif...


- Jour 6, Vol en terre inconnue -


Le parapente, pardis!

Les trompettes sonnent à 6h30, une pizza et un café à la Boulangerie... puis c'est partie pour la montée à pied.

10h30 au décollage... mais l'atterrissage ne nous semble pas simple à négocier. Allez, on y va, on verra bien.

Résultat: un vol superbe, et deux posés de princesse à l'atterrissage.

Nous partons d'Allevard crevés mais contents. Direction barbecue au Col de l'Épine, au-dessus du Lac d'Aiguebelette, dans l'objectif d'y passer la nuit et d'y voler le lendemain.

- Jour 7, fin de la Grande Pérégrination ? -


Le lendemain en question nous donne 50 km/h de vent du Nord en altitude, autant te dire que ça vole pas.

Nous en profitons donc pour faire notre journée "entretien". C'est-à-dire: lessive, et camion au garage. En effet, nous avions constaté un grincement étrange lors du démarrage du moteur, synonyme d'un problème de couroie (accessoire + direction assistée). J'avais pris un rendez-vous chez un garagiste la veille.

Nous arrivons donc vers 17h chez celui-ci: une maison perdue en pleine cambrousse, dont le propriétaire a fait de son garage... un garage justement.

On arrive avec le Gros pour remplacer ces courroies défectueuses.

Après avoir garé le camion sur le pont, le garagiste nous attrape au vol et nous dit :

" Il claque vachement ton camion là !"

Effectivement, notre camion a toujours émis un "clac-clac" irrégulier, un peu plus fort ces derniers temps.

On ne s'en ai jamais inquiété car on nous a toujours dit que tous les vieux diesels claquent.

Non?

" Aïe les jeunes, ça craint ça. Je vais voir d'où ça peut venir, au bruit. Ça peut être la pompe à vide, ou un piston dans le moteur. Dans le deuxième cas, ça sert à rien que je vous fasse les courroies. Vous pouvez faire une panne moteur demain, dans une semaine, un mois... faut poser le moteur."

Oh putain ça recommence. La putain de panne qui nous coûte le prix du camion.

Personne ne nous a jamais rien dit, et pourtant le camion est allé au garage maints fois...

On laisse le camion au garage avec la boule au ventre. Et une sacrée boule.

Au revoir la Grande Pérégrination, c'était sympa.

On a passé les deux plus longues heures de ces derniers mois à attendre le verdict, à se renseigner sur internet même si on sait que ça sert à rien, à prier on ne sait quoi pour que le garagiste ne nous rappelle pas tout de suite en nous disant que c'est pas la peine, à maudire, là aussi, on ne sait quoi parce que putain, on a vraiment pas de chance...

La panne moteur, sur un T4, c'est aussi rare que... j'en sais rien, je n'ai pas de comparaison. Mais tu as compris quoi.

Normalement, tout fout le camp, mais la mécanique interne du moteur est fiable.

Pas de chance.

Putain comme c'est rageant.

On retourne dans la maison-garage, le cœur battant la chamade à mesure que nous approchions.

On y est. N'ayant pas reçu d'appel, on espère que c'est bon signe.

"J'ai changé les deux courroies."

Bon. Déjà ça veut dire qu'on met pas le Gros à la poubelle demain.

"Et pour le claquement, vous avez pu voir ?"

Le suspense est à son comble...

Et devine quoi ?

Pile à ce moment là, le téléphone du garage retentit.

"Excusez-moi, je dois répondre."

Non mais sérieux, rassurez-moi, il n'y a pas qu'à nous que ça arrive ce genre de truc ?

On "patiente" une petite dizaine de minutes. C'était terrible.

"Bon alors, votre courroie alternateur était bien fatiguée, regardez [...]"

Il nous fait une explication très longue...

"Et le claquement?

- Ah oui. Alors selon moi, ça vient d'une tête de culbuteur."

Il nous en aura tellement fait, ce camion, qu'on va devenir des bêtes en diagnostic automobile à force.

Le gars nous fait une explication, très pédagogique, qui s'est conclue par:

" En gros. Lui là, c'est un pépé. Un vieux. Alors tu fais comme avec madame: tu fais chauffer avant de passer à l'action. Tu lui laisse le temps de chauffer au démarrage (Ça a le mérite d'être clair...). JAMAIS de sur-régime, du liquide, de l'huile, nettoie régulièrement ton radiateur. Et il t'emmènera au bout du monde. A voir quand tu feras ta courroie de distribution, tu pourrais en profiter pour faire réparer ce machin. Mais tu peux rouler avec pépé en attendant sans problèmes, si tu y vas tout doux."

Et c'est ainsi que nos deux baroudeurs purent continuer, avec prudence et Coolitude, La Grande Pérégrination.

Profitant des derniers rayons du soleil au décollage du Col du Banchet, ils trinquent à la santé du culbuteur boiteux, accompagnant leur breuvage d'un pique-nique panoramique.

... A suivre, mes chéris.

25

Cette deuxième semaine fût encore bien parsemée d'aventures, enchantées par le beau temps. Paillettes, cœur et coquillettes.


- Jours 8 et 9, Le paradis d'Ari -


Le truc chiant avec cette histoire de confinement, c'est qu'on s'était promis, avec ma meilleure copine, de se dire au revoir une dernière fois avant le départ.

Et avec Julia, on n'a qu'une parole.

C'est ainsi que nous imaginâmes un plan machiavélique, consistant à faire croiser nos cercles de 100 km pour se rejoindre (c'est qu'elle habite pas à coté, la super copine).

Bon alors, 100km de chaque côté, dans le "No man's land", qu'est ce qu'on a?

On a... Le paradis d'Ari.

Ari, c'est le chéri d'amour de Julia: souriant, bon vivant, et connaisseur de spots de rêve bien cachés.

Un grand champ, au cœur du Col du Grand Colombier, près de Culoz.

Bien joué Arichou.

Nous avons passé deux jours de bonheur, rejoins par Alice, Rémi et leur Molki de la mort.

Bière, soleil, salades maison, barbecue, Molki, jeux de société, hamac, balades, feu de camp...

Oui: durant ces deux jours, il nous est souvent arrivé de philosopher sur cette question existentielle...

" Qu'est ce qui nous manque là, sérieux ? C'est pas ça la plénitude, le bonheur... le paradis?"

Nous avons tout de même trouvé une brèche: il manque un épicier ambulant qui vend de la bière locale en pression et je sais plus trop quoi d'autre.

Bref, je garde un souvenir frissonnant de ces parties endiablées de Molki. Nous avons d'ailleurs promis à Alice et Rémi de tenter participer aux championnats du monde quand nous serons en Suède.

Easy !

C'est avec le cœur serré que je dis au revoir à ma Ju. Nous jouissons toutes les deux de cette même constipation verbale lorsqu'il s'agit d'exprimer nos émotions.

Mais on se connait assez, ma chérie, on se ressent, on est de la même trempe toutes les deux.

J'ai d'ailleurs hâte de tremper mes fesses avec toi dans ce petit cours d'eau, là-bas en Dordogne, à mon retour...


- Jour 10, le village Gaulois -

Nous reprenons (encore, toujours...) la route, et traversons, par hasard, au milieu de l'après-midi, un petit village bucolique au bord d'un canal.

Vieilles pierres comme les autres ?

Pas tout à fait.

Nous savons tous à quoi ressemblent les bourgades et petites villes Françaises ce moment: semi confinés, peu de commerces ouverts... à moitié mort.

Toutes ?

Non ! Le petit village irréductible de Chanaz résiste, encore et toujours à...

Là-bas, la quasi totalité des commerces sont ouverts, bars et restaurants compris. Là-bas, on peut faire du canoë, du bateau à moteur sur le canal. Là-bas... on peut déambuler en entendant les enfants jouer, les gens palabrer...

Ôôô, me diront les objecteurs de conscience, ces gens là n'ont rien compris.

Non.

Ces gens là... se sont adaptés.

Tous les commerces ont trouvé une solution consciente et intelligente pour ouvrir malgré tout: masques, vente à emporter, gel...

Pour chier sur les mesures sanitaires (excusez-moi l'expression)?

Non. Pour vivre. Pour survivre.

Les mêmes objecteurs de conscience me diront que leur inconscience trouve Racine dans le fait qu'ils attirent une masse.

C'est vrai.

Mais moi, j'ai vu une masse dont les individus portent des masques dans les commerces, qui se lavent les mains, et qui surtout se tiennent à distance.

Une masse dont les individus se respectent.

La conscience individuelle gagnera toujours.

Je partage cela, car la Grande Pérégrination connaît ses débuts dans un certain contexte, et en cela, elle est unique...

Trêve de plaisanterie.

Luc a remarqué quelque chose au cours de la balade.

Un truc qui nous a vachement manqué:

" Olen, j'y crois pas. Y'a de la bière locale en pression."

QUOI???!

Je vais te passer les détails, mais on était presque dans le même état euphorique que pour le Libanais de l'article précédent.

En cela, je ne peux m'empêcher de penser à ce paragraphe, au beau milieu du livre 1984 de Orwell, lorsque le personnage principal demande à sa compagne:

" Oh mon Dieu, c'est du vrai beurre?"

Ça fait flipper. La Peur me fait peur.

Si tu vois ce que je veux dire.

En tout cas, nous dégustons notre première lampée de bière pression depuis deux mois en lâchant un juron de jouissance, que je ne citerai pas ici pour des raisons de bienséance.

Nous clôturons cette après-midi ensoleillée par une baignade, et par un petit vol du soir sur le site du Col du Banchet.

La journée idéale quoi.


- Jours 11 et 12, direction Bourg d'Oisans -


Aujourd'hui, la météo nous promet une belle pluie d'orage à midi.

Ce qui ne vous empêche pas de faire une randonnée le matin, vers les ruines de jesaisplusquoi, très difficiles à trouver.

Nous terminons en sprint sous la pluie, heureux d'avoir pris une dernière fois... le bon air de Savoie !

Arvi'Pa !

Direction Bourg d'Oisans, une petite ville en montagne au Sud de Grenoble.

Au-dessus, il y a la station de l'Alpe d'Huez.

Et à l'Alpe d'Huez, devine...

Ça vole!

Nous trouvons donc un petit spot où poser notre camion.

Le lendemain, reconnaissance de l'atterrissage, plan de vol, et séance de gonflage pour s'exercer (tu ne t'en rend peut-être pas compte, mais t'imagines même pas comme on est sérieux avec Luc. La plupart des parapentistes de notre niveau y seraient allé Waga. Ils auraient presque raison... mais on est des élèves modèles, on y peut rien héhé).

Résultat des opérations:

Plan de vol, check.

Atérro, check.

Gonflage, check.

Y'a qu'un seul truc qui manque. Un tout petit détail si important...

La montée les gars.

Parce qu'un vol entre l'Alpe d'Huez et Bourg d'Oisans, c'est 1000 mètres de dénivelé. A monter à pied, avec 11 kg sur le dos... merci quoi.

Nous trouvons si peu d'infos sur il internet quand à cette montée, que je me décide à appeler une école (de parapente bien sûr) locale.

Le moniteur me fait alors une réponse simple, mais tout à fait compréhensible:

" Monter à pied!? Tu vas crever."

Je regarde Luc en biais, en lui faisant non de la tête.

" Écoute, ici le stop ça marche très bien. Mets-toi au rond-point du croisement.

- Le stop? En ce moment ? Ça craint non, les gens prennent?

- T'inquiètes va. Mets un masque."

Après un grand débat, nous décidons de tenter le coup avec Luc.

Sauf que deux personnes, avec deux parapentes sur le dos, en stop, en ce moment... il va nous falloir un sacré coup de pouce du Karma.

On croise les doigts pour demain matin.


- Jour 13, Stop-COVID -


Le fameux lendemain, tôt le matin, nous préparons les armes: masques, gants, lingettes désinfectantes...

Et nous nous pointons au rond-point du croisement.

Devine sur qui nous tombons, au même endroit...

La police !

Je regarde Luc, on se met d'accord, on va plus loin pour faire du stop. On va pas jouer avec le feu.

Mais on a peu d'espoir. Les gens flippent de manière générale, ils vont encore plus flipper en ayant vu les flics au rond-point juste avant...

Bref, ça sent le pâté notre histoire.

Nous marchons vers un autre endroit, en tendant le pouce au hasard au cas où.

Et je déconne pas, mais nous avons été pris... au bout de trente secondes.

Ah Karma, quand tu nous tiens...

Par une dame très gentille, qui semble en avoir marre de s'arrêter de vivre à cause de tout cela.

Elle nous amène à bon port, avec une visite touristique en prime.

De fait, on arrive au décollage vachement plus tôt que prévu.

Ce qui ne nous a pas empêché de faire un super vol.

11h à la voiture, toujours sur le c..., mais heureux.

Nous décidons de partir pour le Col du Lottaret, avec une montée parsemée de merveilles...

Arrivés au Col du Lautaret, en cette belle fin d'après-midi, notre meilleur ennemi, le Temps, nous alpagua:

" Hey, les amis. J'en ai marre de cette poursuite infernale. Vous passez votre temps à me courir après... et je suis au bout.

Zut quoi, PAUSE.

Moi, le Temps, je m'arrête là. Lâchez prise.

J'suis quand même cool, matez moi ce paysage. En plus, y'a du vent pour gonfler vos satanées ailes. Et, cerise sur le gâteau... regardez le camping-car là-bas, y'a une petite famille bien sympathique. Faites pas vos timides, y'a p'têt même un super bon parapentiste là-dedans.

Soyez culosieux, comme vous dites.

Moi, j'ai le droit à un temps de repos. Vous allez trop vite pour moi, les jeunes."

... Et le temps s'arrêta.

Merci à vous, Loulou et Marie, pour cette photo, qui a immortalisé un moment... pourtant immobile.

[Et merci pour tout le reste.]

Les montagnes. La nature sauvage. Le coucher du soleil.

... La plus belle séance de gonflage de notre vie de parapentiste.

Quelle belle journée.


- Jour 14, Loulou et Marie -

La veille au soir, un camping-car est venu se poser près de nous. Nous avions quelque peu papoté avec ses occupants. Lui, est parapentiste.

On le regarde manipuler son aile sur le relief, puis on se regarde avec Luc, d'un air entendu.

Balèze le mec.

Nous découvrons effectivement, ce matin là, que c'est un professionnel.

25 années de parapente, rien que ça.

Nous papotons au soleil une grande partie de la journée, gonflant nos ailes de temps en temps.

Loulou nous demande notre prochaine grande étape du voyage, nous lui expliquons alors que nous comptons partir dans le Sud Ouest, faire du parapente sur la lune du Pila.

"Mmmmh, vous êtes dans le bon mood, les jeunes. Le soaring*, l'air, c'est ce qu'il faut pour progresser. On voit que vous prenez du plaisir à gonfler au sol, à piloter. Ça fait plaisir. Mais la Dune du Pila... ça va être blindé, et en plus c'est pas forcément la meilleure période. Partez en Bretagne. C'est le paradis perdu du soaring. Vous n'aurez personne. Je peux vous donner plein de spots..."

*Soaring : retiens-la, cette définition, parce que si tout va bien, tu n'as pas fini d'en entendre parler. Le soaring est une forme de pratique de parapente, qui s'effectue le plus souvent en bord de mer. En effet, s'il y'a du relief en bord de mer (falaise, dune, même petite), la brise de mer permet de voler longtemps près du relief, en naviguant de droite à gauche le long de celui-ci. Bref, c'est d'la bombe.

Nous disons au revoir à Loulou et Marie, puis partons avec une demi-tonne de spots et de numéros de téléphone de parapentistes.

Et surtout... avec une nouvelle destination phare: La Bretagne !


- Jours 15, 16, 17, le Paradis de Briançon -

Nous redescendons du Col pour se diriger vers la petite ville de Briançon... ville au cœur de la montagne, fief invétéré des grimpeurs, parapentistes et autres pratiquants de la montagne.

Ça y est, on est dans le Sud ! (enfin, ce que nous, on considère comme le Sud hein)

Habitude oblige, nous observons d'abord la vallée depuis le ciel avec un petit vol du matin un peu au-dessus de Briançon.

Montée de 700m de dénivelé à pied, arrivée au décollage 10h du matin.

Propre quoi.

Sauf qu'on a un peu oublié un truc.

On est dans le Sud. Et dans le Sud, à 10h, les conditions aérologiques sont équivalentes à des conditions de 13h chez nous. Autrement dit, les brises de vallée sont fortes, et ça secoue en l'air.

Ce vol fût donc pas particulièrement agréable: j'ai dû, pour la première fois, utiliser l'accélérateur de mon parapente pour atteindre l'atterrissage, qui n'était pourtant pas loin. La brise était vraiment forte.

On retiendra de ce vol que les conditions ne rigolent pas ici, et qu'il faudra être plus matinal la prochaine fois, en particulier quand on découvre un site.

Nous déambulons tranquillement dans la vieille ville fortifiée de Briançon, avant d'aller rejoindre le village de Vallouise, encaissé dans une vallée voisine.

Le lendemain matin, nous effectuons (encore), un nouveau petit vol rando, mais plus tôt cette fois.

Une fois mais pas deux, on a bien compris que l'aérologie du pays Briançonnais est aussi teigneuse qu'un hooligan du PSG lors d'un match contre l'OM!

Un vol montagne, magnifique, au milieu d'un cirque verdoyant au levé du matin...

Tout ce qu'il faut pour bien commencer la journée... avant d'aller rejoindre les copains.

Charles et Pierre nous ont rejoint pour une journée et une soirée sur le site d'Ailefroide.

Ailefroide, c'est un site d'impunité perdu tout au bout d'une vallée.

Un nouveau petit coin de paradis, site de bloc bien connu de nos amis grimpeurs.

Nous y passons du bon temps tout le long de l'après-midi, avec cependant une certaine boule dans notre ventre.

Aujourd'hui, on est le jeudi 28 Mai.

Tu sais de quoi je parle.

Du fameux discours d'Édouard Phillipe sur la suite du déconfinement.

Triste photo prise au village de La Grave il y a quelques jours. 

C'est-à-dire que l'on arrive à notre limite de 100km, nous. Et qu'on a bien envie de continuer le périple...

Donc si tu pouvais faire un petit geste Doudou, histoire d'être raccord avec le planning de la Grande Pérégrination...

A 17h, Luc allume la radio.

" Déplacements sans attestation autorisés dans toute la France..."

A 17h02, Luc éteint la radio.

APÉÉÉROOOOO !!!

Nous buvons allègrement quelques bières avec les copains.

Et à la nuit tombée...

Quelque chose de caucasse surgit non loin de nous.

Un renard!

Trop miiiiiignon ?

Pas tant que ça figure-toi.

Ce renard ne semblait pas être farouche. Il nous regardait, mais ne fuyait pas. Bien au contraire.

Quelques instants plus tard, un autre se faufila juste derrière moi dans le noir, à moins de deux mètres.

Puis un autre sur le chemin.

Puis un autre, un peu plus tard, essayant de grimper dans la voiture de Pierre.

Puis un autre, qui rôdait hyper près du camion, alors que j'étais devant.

On voyait juste leurs yeux briller dans le noir. Et malgré mes cris, et la lumière que je pointais sur lui, il continuait d'avancer vers moi !

Je te laisse imaginer le truc.

En mode dans le noir, à la frontale, en train de tenter de débusquer les renards qui rodent.

Ne te moque pas, c'était un peu flippant quelque part. Même si on est presque sûrs qu'ils sont innofensifs.

On faisait pas les malins...

Nous pensons qu'ils sont habitués aux détritus laissés par les nombreux campeurs habituels du site, qui, cette année, ne sont pas là.

Et ils ont la dalle...

La lumière apportée par le lendemain fût la bienvenue !

- À suivre... -

Voilà, je m'arrête ici.

Ça peut te sembler un peu rébarbatif, cette mise en forme de calendrier.

Mais c'est un carnet de voyage après tout...

Je ne sais pas si, au fil du temps, je ne mettrai pas plus d'inspirations philosophiques.

Cependant, ces petites aventures que nous vivons tous les jours, celles qui cassent le quotidien, sont l'essence même d'un long voyage.

Je passe certains détails de la routine pas faciles, du genre la douche dans les rivières gelées, la "roublardise" liée aux nouvelles habitudes que nous devons prendre dans le camion...

Pour le moment, tout se passe à merveille. Nous aimons la vie de campeurs, et on se marre bien pendant les sessions douche froide. Tout l'aménagement du camion fonctionne bien, nous avons vécu des soirées pluvieuses sous la bonne humeur et nous n'avons aucun mal a trouver de l'eau (à peu près) potable.


Dans quelques jours, la France s'ouvrira à nous et Groscamion...

Je ne t'en dis pas plus, mais nous avons décidé de remonter la côte Atlantique par le Sud-Ouest. Direction la Bretagne.

Nous ressentons une telle avidité de découverte...

Cette envie de sortir du bocal, quitter les montagnes...

Laisser de côté nos petits vols pour vivre l'autre dimension, celle du voyage vers l'inconnu.

C'est puissant. On ne s'est jamais sentis aussi vivants.

Aussi maîtres de nous-mêmes, de notre temps... aussi libres.

Même dans un rayon de 100km.

Je n'ose imaginer ce que ça sera, tout là-bas... au bord de l'immensité puissante et profonde de l'Océan.

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Publié le 9 juin 2020

Ça y est, nous sommes au pied du mur, notre cher pays ouvre ses portes à La Grande Pérégrination !


- Jours 18, 19, le calme avant la tempête -


Après nos aventures dans les alentours de Briançon, Luc m'annonce solennellement ces propos (je cite, car venant de la bouche de Luc, ça mérite d'être tracé):

" J'en ai marre des montagnes. Je veux sortir du bocal. "

A quelques jours de la levée des 100 bornes, on bouillonne carrément. On a la bougeotte, l'esprit parapente s'efface devant l'esprit baroudeur.

Le voyage commence, sans limitations, sans attestation... la Liberté.

Avant de nous jeter dedans à bras ouverts, nous décidons de prendre quelques jours de repos, dans la vallée de la Romanche notamment.

Lecture, musique, baignade...

Et rien du tout aussi.

Je découvre cet état semi-létargique... ces moments où tu ne fais rien.

Ça parait contre-nature au départ.

Si l'on ne fait rien, c'est que l'on s'ennuie.

Moi, je trouve que c'est un exemple phare du retour à l'état primitif.

A l'état sauvage.

A l'instar des animaux, je reste là, immobile, observant d'un air contemplatif la nature qui se meut.

Doucement, tout doucement...

Ces moments de méditation m'apprennent beaucoup sur les conditions, les bases immuables sur lesquelles nous construisons notre vision de la plénitude.

Le bas blesse à partir du moment où, justement, on considère que ces bases sont immuables.

Et si aujourd'hui, mon bonheur, c'était d'observer ce tout petit nuage là, juste au-dessus de la falaise ?

Il me faut l'observer et suivre sa métamorphose jusqu'à ce que j'estime qu'il est assez gros pour chapeauter un bon thermique.

Demain...

Ça sera autre chose, c'est tout.

C'est donc ça, la sobriété heureuse plébiscitée par Thoreau et tant d'autres ?


- Jour 20, Sésaaaaame, ouvre toi ! -


Nous passons une journée chez nos amis Charles et Pierre, à Chorges, à proximité du Lac de Serre-Ponçon.

Pour montrer aux copains, on fait un magnifique petit vol ne matin avant de partir.

Mais le vol ne suffit plus. C'est qu'on veut aller vers le Sud-Ouest, ce qui nous demande de traverser la moitié de la France. Nos copains nous ont refait une attestation d'hébergement pour décaler notre cercle de 100km vers le Sud, et ainsi, en restant isolés, s'avancer un peu.

[Rien d'illégal techniquement, on est SDF. Ça s'appelle juste exploiter un vide juridique. Tant qu'on va pas mettre nos salles doigts partout, évidemment.]

Ce qui nous a permis de découvrir...

Le domaine des Baronnies.

Outre le fait que cet endroit soit un paradis du parapente...

Zoome sur la photo... 

C'est une région magnifique.

Vallonnée et verdoyante, elle offre au baroudeur Culosieux de nombreux sommets à gravir, dont notamment...

Le Pic de Buc.

Au sommet du Pic du Buc, se dévoile devant tes yeux le magnifique paysage vallonné des Baronnies.

Puis... tu trouveras une boîte. Et dans cette boîte, se trouve un carnet.

Un carnet de Passage... cousin du carnet de Voyage.

Accompagné d'un stylo, pour te permettre de laisser ta trace dans cette Histoire.

Ainsi, la Pérégrination posa "son Blaz" - comme on dit dans le monde du graffiti - griffonant le panorama environnant.

Il y a quelque chose de ridicule, dans le fait d'immobiliser sur le papier un paysage déjà immobile... surtout quand ledit panorama se dresse droit devant nos yeux!

Mais ça fait du bien de figer quelque chose, n'importe quoi, lorsque l'on est toujours en mouvement.

C'est le fardeau du baroudeur, pierre qui roule n'amasse pas mousse...

Ce carnet de passage en est certainement témoin.

Nous sommes le lundi 1er Juin.

Demain... à nous la France !

- Jour 21, Carcassonne -


Nous arrivons en cette belle journée de liberté retrouvée... dans la célèbre cité médiévale de Carcassonne.

Et nous avons pu vivre les bénéfices du confinement dès notre arrivée.

Les bénéfices? Me diras-tu.

Comment peut-il y avoir des bénéfices du confinement pour des baroudeurs ?

Premièrement, à l'entrée de la cité de Carcassonne, on peut trouver deux grands parkings à touristes. Tu sais, de ceux qui coûtent 50 euros de l'heure.

[Oui j'exagère, mais tu vois ce que je veux dire.]

Bah, la tout gratuit. On y a même passé la nuit tranquille.

Deuxième bénéfice ?

Carcassone, c'est beau.

C'est si beau que c'est bondé en permanance.

Et là... on était seuls.

Genre, vraiment tout seuls dans la vieille ville.

Regarde, pour preuve.

On a également pour jouir des joies du déconfinement, avec ...

Devine.

Même pas je te dis comme on était heureux, dans cette ambiance particulière.

Les gens portaient sur leur visage un sourire béat, et tous, nous nous regardions avec connivence.

Ça fait VRAIMENT du bien.

Le soir, nous avons profité d'un petit restaurant local, suivi d'une balade crépusculaire sur les remparts, encore une fois... seuls.

Juste magnifique.


- Jours 22 et 23, Ôôô Toulouse ! -


Impossible de passer dans le Sud-Ouest sans passer par Chez Papu, Sandrine et Ilan.

Grande partie de skate à notre arrivée, histoire de s'échauffer. 

Papu nous a concocté des bons petits plats, bien arrosés de bière...

Nous dormons chez eux, redécouvrant ainsi les joies d'un vrai lit.

Le lendemain matin, j'ouvre un oeil quelque peu vaseux (c'est-à-dire que la bière était bonne, tu comprends), en entendant une question pour le moins saugrenue de Luc:

《Olen, y'avait quoi dans la boîte à gants ?》

C'est là que je compris que ma hantise du voyage était arrivée.

《Réveille-toi, on nous a braqué le camion.》

C'est toujours dans ce genre de moments que, non seulement tu n'as jamais été aussi grossier de ta vie (tu sors un flot d'insultes, qui, mises bout à bout, d

N'ont absolument aucun sens), mais en plus, il te vient toujours une pensée à la con.

Une pensée à la con, mais qui prend une importance vitale.

《Putain j'espère que ce connard n'a pas mis les chaussures sur mes banquettes.》

Non, mais sérieux quoi. Y'a pas plus important là?

Bref, résultat des opérations:

Une serrure abîmée mais plus ou moins fonctionnelle, boite à gants défoncée, une paire de lunettes (elles-mêmes trouvées par terre) et...

Alors là, tiens toi bien.

Y'a du lourd.

- Une trousse contenant un gel douche. -

Ça restera un des plus grands mystères de mon existence.

Pourquoi mon gel douche, l'ami ?!

Donc, pour conclure, moindre mal, et en plus...

Les banquettes sont propres.

Ah si, cette grosse brute a aussi abîmé le magnifique coffre en tissu, contenant nos vêtements, concoctés par maman Schtroumpf.

Je suis rentrée dans une rage noire quand je m'en suis aperçue.

Je crois que Luc n'aura jamais autant répété le mot 《calme-toi》 de sa vie.

Bref, fin de l'incident, on va réparer les dégâts.

Mais ça fait tout drôle quand même.

L'après-midi, Ilan, mon petit frère, plongé au coeur de l'adolescence, nous amène faire une activité sympathique.

De l'Urbex (contraction de "exploration urbaine").

Il nous amène dans un vieux restaurant universitaire désaffecté, qui, au fil des années...

S'est métamorphosé en œuvre d'Art géante.

Chacun peut avoir son opinion quant à l'Art de rue. C'est illégal, pluriforme et assez violent pour les yeux la plupart du temps.

Selon moi, c'est l'expression brute, pure, sans censure, de la vie moderne. Il faut se battre pour avoir sa place sur un mur, mais les codes s'imposent de ne pas repasser sur le graph' d'un autre. Certains respectent, d'autres non.

Il faut un "blaz": une figure, un maquillage derrière lequel te faire reconnaître des autres... sans être toi pour autant.

Il y a du légal, du non légal, du pochoir, du grand, du petit, du coloré, du noir et blanc...

La diversité est un véritable trésor.

Le Street-Art marque, selon moi, la réalité de notre époque sans fioritures... mais avec de la couleur.

De fait, ce genre d'endroit me transporte plus que n'importe quel Musée des Beaux-Arts. Dans ce qu'il a de naturel et d'accessible.

... C'est le Musée d'Art Populaire.

Le lendemain, la soirée débute sur les chapeaux de roues... car nous nous sommes fait mordre par un Zombie.

Tous les quatres: mon papa, Ilan, Luc, et moi.

En même temps.

Il nous a fallu fouiller partout pour trouver des "ZombiePrane", médicament qui nous permettait de gagner du temps, pour trouver le remède à cette seloperie.

Et c'est pas tout, nous devions aussi mettre en œuvre un sacré travail d'équipe pour trouver des armes afin de sortir de la maison.

Grosse galère quoi.

Heureusement, personne n'est mort.

Nous sommes sortis de l'Escape Game à 7 secondes du temps imparti.

Après ce début de soirée mouvementé, nous nous sommes détendus autour de l'apéro jusqu'à 5h du matin (ouais ouais, on était bien détendus).


- Jours 24, 25 et 26, l'Océan. -


Nous quittons, non sans un pincement au cœur, la petite famille pour poursuivre notre chemin...

Vers l'Océan.

L'Océan, et son immensité bleue profonde.

Ses plages de sable infinies.

Les traces luisantes de la marée dans la nuit.

L'Océan... et son parapente.

Je t'en ai déjà parlé : ça vole à l'Océan.

Mais on peut dire que ça vole d'une manière étrange par rapport à nos montagnes.

Sur l'Océan, tu voles souvent à l'aplomb de celui-ci, devant un petit relief.

C'est la brise qui te permet de voler. Elle vient de la mer, car la chaleur émise par la terre "l'attire" vers celle-ci: on appelle ça la brise de mer. Se cognant contre le relief, l'air monte, ce qui te permet de rester en l'air sans descendre.

On appelle ça une ascendance dynamique.

C'est cette brise, assez forte, qui t'agace souvent à l'Océan. Elle est face à toi quand tu regardes la mer. Pour nous, parapentistes montagnard, cette brise est VRAIMENT forte. On n'est pas coutumiers de voler dans ce type d'aérologie, c'est complètement différent de ce qu'on a l'habitude de faire.

Pour récapituler: Mer + petit relief + brise de mer = parapente.

Et là tu penses forcément à... La Dune du Pilat !

Dans le mille bébé.

Et nous, on connait un spot secret vers la Dune du Pilat... ça s'appelle la Lagune.

Une forêt au bord de la plage, les vagues, les arbres maigres et immenses...

Le lendemain, nous allons faire notre premier essai de "soaring" à la Dune.

1h de marche au bord de l'Océan, et on y est.

Je pense que les mecs ont du nous reconnaître tout de suite en arrivant : les deux seuls blaireaux avec des grandes ailes, chaussures de montagne et blousons alors que les autres sont pieds nus, mini-voiles, limite en slip, mais avec un casque quand même.

Cela dit, nous, nous avons reconnu certains d'entre eux: Alex, le collègue pisteur de Luc, ainsi que Stéphane et Doudou... les deux moniteurs qui nous ont appris à voler !

Ça ne cessera jamais de m'étonner: on vient tous de l'autre bout de la France, et on se retrouve ici... le monde est définitivement minuscule.

Bref, résultat des opérations: nous avions auparavant fait de nombreuses heures de gonflage au sol dans du vent fort. Bah ça valait le coup, parce que le vent ici... ça rouste grave !

Ce qui nous amène à :

1h de marche aller

5h de gonflage acharné sur la Dune.

1h de marche retour.

40 minutes de baignade dans les vagues de l'Océan.

...30 secondes pour m'endormir.

Nous nous réveillons le lendemain matin, en se disant quon pourrait aller voir le prix des campings sur la Dune.

Histoire de s'éviter les deux heures de marche dans le sable en plus de la journée à se faire arracher par la brise de mer.

Et là (encore une fois)... bénéfice du confinement.

Le camping de la Dune du Pilat est habituellement du même acabit que Carcassonne en été... du genre bondé.

Et là... personne.

Et j'ai jamais payé un camping aussi peu cher.

Et...Vue sur l'Océan.

Mon père dirait : royal au bar.

Nous désablons* nos ailes et courrons à nouveau se sentir en osmose avec l'air durant quelques heures.

*Désabler: le soaring au Pilat, c'est d'la bombe. Le problème, c'est que, vu que tu passes pas mal de temps à gonfler ton aile sur le sable avant de t'envoler... bah le sable rentre dans ton aile justement. Et au-delà d'être chiant, ça peut-être dangereux. Donc tu t'amuses à retirer à la main le sable de ton aile (si, si, je t'assure, c'est su-peeeer marrant à faire, un vrai plaisir ! Demande à Luc ce qu'il en pense).

Le Pilat, c'est un petit trésor de la nature pour s'entraîner. Un vrai site école.

Je fais ma maligne, mais je ne te cache pas avoir versé ma petite larme lorsque j'ai enfin réussi (parce que c'est pas si évident que ça) à me propulser dans les airs, surfant la Dune avec mon aile... admirant l'Océan.

C'est décidé, on y reste quelque jours.

Afin d'être prêts... pour la Bretagne !

A suivre...


- Bonus: nuit sans sommeil ? -

La nuit suivait paisiblement son cours, dans un silence cotonneux... même les étoiles semblaient s'assoupir dans l'infini du cosmos.

Elle se réveilla en sursaut, si bien que les suspensions de son vieux Van grincèrent méchamment, perturbant momentanément la somnolence des oiseaux alentours.

Pourquoi s'était-elle réveillée ainsi ?

Ses bouclettes blondes s'evertuaient à recouvrir complètement visage.

Un cauchemar? Un bruit suspect?

Elle secoua frénétiquement ses mèches rebelles, jusqu'à ce qu'elles daignent enfin découvrir ses yeux.

Elle scruta l'obscurité.

Non, ce n'était pas un cauchemar, ni un bruit.

C'était... une idée.

Une idée saugrenue, certes, mais une idée quand même.

On l'entendit s'étirer dans un froissement de draps - il semblait qu'elle attrapa quelque chose.

Une chose qu'elle alluma, et qui illumina son petit espace de vie.

C'était sa lampe frontale.

Elle la tenait entre ses mains, le regard fixé sur le jet de lumière éblouissant.

Elle inspira une grande goulée d'air...

Puis frotta cette même lampe frontale, d'une main vive et ferme.

... Elle n'eut pas à patienter longtemps ainsi. La lumière blanche éclatante se mua en un filet de poussière cotonneuse et bleutée, qui, peu à peu...

Prit une forme humanoïde !

À mesure que la poussière devint opaque, le regard de notre jeune blondinette se fit plus circonspect.

C'est à dire qu'elle ne s'attendait pas à ça.

Bedonnant et tatoué sur la moitié de son corps, il ressemblait plus à un festivalier bon vivant... qu'à un véritable Génie.

Heureusement qu'il était bleu... elle ne l'aurait pas reconnu sinon...

《- Bah quoi?》

Le Génie braqua sur elle un regard perçant, que la plupart d'entre nous auraient considéré comme menaçant.

Elle baissa les yeux.

《- Non rien.

- Bon alors, au boulot. Allez princesse, formule ton vœu le plus cher à Tonton Génie, qui le réalisera pour tes beaux yeux.

- ...Y'en a pas trois d'habitude ?

La bouche du géant se déforma en un rictus compassionnel, qui contrastait bizarrement avec le ton mielleux qu'il emprunta.

- Hey, ma grande. Tu t'attendais à quoi avec ta frontale Décathlon à 10 balles ? On est sur du low-coast là. Un vœu, pas plus. Tout ce que tu veux, dans la mesure du raisonnable.

- Bon d'accord, (elle n'avait en réalité qu'un vœu en tête, mais si elle avait pu arnaquer le génie... qui ne tente rien n'a rien, comme on dit ici-bas). Ce n'est pas vraiment un voeu... c'est plutôt une requête.

- Et elle est où la différence, Mam'Zelle ?

Elle leva les yeux au ciel, pensive.

- Alors... un voeu désigne la volonté générale, impersonnelle, que quelque chose se réalise, alors qu'une requête se définit plus par un ordre adressé à quelqu'un qui...

- Bon OK, Madame Jesaistout, balance la sauce.

- ... Je voudrais que tu ailles voir Madame Ursula Von Der Leyen.

- Qui ?!

- T'es pas à la page, toi. C'est la présidente de la Commission Européenne.

- Attends, je note. Et qu'est-ce que je vais lui susurrer à l'oreille, à cette charmante dame de pouvoir ?

- J'aimerais que tu fasses en sorte qu'elle ouvre les frontières de l'Espace Schengen. Genre vite. Très vite.

- T'es sérieuse là ?! Je te propose un vœu et tu me balances ça ? Tu veux pas cent mille d'euros ? Un nouveau VW T6 tout neuf jantes allu? Une grande maison ?

Elle pencha la tête sur le côté, le regard interloqué.

- Pour quoi faire ?

Il leva les yeux au ciel et balaya sa question d'un geste de la main - dont les quatre doigts étaient d'ailleurs recouverts de bagues et de tatouages symbolisant la Vanité. Décidément, il avait plus l'allure d'un Punk Has-been que d'un Génie.

- Laisse tomber va. La commission Européenne... c'est pas la porte à côté ça. Laisse-moi, disons... jusqu'à mi-juin, le temps de monter mon arnaque, et ton vœu sera exaucé.

- Ma requête.

- Oui, oui... ta requête pardon. Adieu Princesse, et bonne chance dans tes Pérégrinations. 》

Elle n'eut pas le temps de le remercier... le Génie s'était déjà évaporé dans l'opacité de la nuit.

Elle s'allongea, se permit tout de même de croiser les doigts contre sa poitrine...

Puis s'endormit paisiblement.

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27
Publié le 25 juin 2020

Si toi aussi, tu as déjà participé à plusieurs concerts de Reagge/Rock/ Métal, à un certains nombre de festivals en plein air, et pas seulement en France...

Il y a sans doute un truc que tu as pu remarquer.

Un truc un peu caucasse qui te saute aux yeux, à chaque fois.

Il y'a TOUJOURS un mec... avec un drapeau Breton.

Brandissant fièrement ce dernier au dessus de la foule.

[Soi-dit en passant, si t'as déjà fait un concert de Matmatah, y'a même plus de foule. Y'a que des drapeaux Bretons. Mais c'est pas le sujet.]

Tu le vois ce mec, toi aussi? J'en suis sûre, tu sais de quoi je parle.

Je dois avouer qu'il m'est arrivé d'observer ce Breton et son drapeau d'un œil amusé, interprétant son geste comme un rituel chauvin quelque peu benêt... riant en imaginant Luc avec son insigne savoyard fièrement dressé sur un morceau de tissu.


Sauf qu'aujourd'hui, l'Ami... j'ai visité la Bretagne.

Arrivé au Sud de la Bretagne, tu trouveras la Baie de Pornic.

Avant goût majestueux de ce qui t'attend par la suite.

L'Immensité de l'Océan s'affale inlassablement sur les côtes Bretonnes, ornées de petites cabanes de pêcheurs... perchées par-delà les cimes des vagues.

Baie de Pornic. 

Tu observeras l'Océan, ressentiras dans ton ventre un vertige, une sensation à la fois enivrante et douce...

Si douce, comme la brise de Mer qui caresse ton visage, plaquant secrètement contre ta tête tes mèches rebelles.

Tu observeras l'Océan... - et oui, il faut bien l'avouer, aussi surprenant que cela puisse être, tu ressentiras...

Les prémices d'un amour naissant.

" C'est pas l'Homme qui prend la Mer, c'est la Mer qui prend l'Homme "

Baie de Pornic. 

Au-delà d'un adage dont tu prends, aujourd'hui, toute la mesure, tu auras la musique associée tout au long de ton périple.

Tu passeras ta première nuit bercé par le son des vagues... quelque part soulagé que la nuit opaque t'empêche de pouvoir, encore, observer cet Océan qui te donne ce vertige si mystérieux.


En Bretagne, il y a des bateaux.

Des bateaux ? Non...

Des Navires.

Vieux port de Saint-Malo. 

Les associations alambiquées de cordes, voiles, et morceaux de bois bizarroïdes éveilleront en toi une curiosité intense et saine.

Port de Pornic. 

Tu entrapercevras, à l'aide d'un peu d'imagination... ce que c'est d'être marin.

Et tu ressentiras ce frisson... de ceux qui te donnent envie d'essayer.

D'apprendre.

De comprendre.

Il aura fallu que tu voies ce navire, esseulé dans le port, pour que soudain tu te rendes compte de la dimension extrême d'une exploration en Mer.

Tu connais l'Amour des Grands Espaces.

Quoi de mieux que l'Appel de la Mer ?

[Pourquoi n'y as-tu pas pensé plus tôt ? Pourquoi te retrouves-tu immergé dans cet élément qui te semblait si lointain auparavant ?]

Le Navire est beau. Il est beau parce qu'il est composé de détails. Parce qu'il a vécu, ce que toi... tu n'as jamais vu.

Le Navire restera solidement amarré dans un coin de ta tête.

Jusqu'à quand ?

Je n'en sais rien, c'est trop tôt pour le dire.


En Bretagne, il pleut.

C'est un fait.

J'aurais eu un plaisir presque mesquin à révoquer ce stéréotype, mais soyons honnêtes.

Donc, il pleut.

Et alors ?

Les Bretons sont la personnification de l'adage: " La pluie n'a jamais tué personne. "

En effet, ces derniers semblent complètement imperméables à la pluie. Ils ont même l'air heureux.

J'ai pu observer les Bretons à l'œuvre, courant avec leur Kite-Surf vers la plage le sourire au lèvres... au cœur de la tempête.

Ils aiment l'air marin... et l'air marin est aussi présent lors des averses !

Un autre Breton m'a déclaré, à l'Aube d'une journée pluvieuse:

《La Bretagne, c'est beau tout le temps, quand il fait beau, et quand il pleut.》

Je ressentais dans son intonation une certaine véhémence, comme la voix d'un petit garçon têtu et boudeur.

Oui, mon Breton boudeur, la Bretagne, c'est beau tout le temps.

Et pour preuve...

En Bretagne, on rigole pas avec la Boustifaille.

Il faut du Beurre... et c'est à peu près tout.

Ou presque.

Parce que outre le succulent Cougn-Crêpe (Cougnaman à base de millefeuille de crêpe, que l'on ne trouve qu'à Roscoff), on trouvera aussi...

Le Kig a Farz.

Le Kig a Farz, c'est une genre de potée Bretonne: légumes, porc avec saucisses aux algues, compotée d'oignons et ...Farz.

Je pourrais palabrer sur ce plat durant des lignes, mais je vais tâcher d'être concise - ce qui n'est pas dans mes habitudes.

Le farz = recette secrète du patron.

[J'te connais, essaie pas de regarder sur Marmitton, ça n'aura pas le même goût.]

Le Kig a Farz, c'est une tuerie, mais faut avoir une dalle Bretonne.

Nous avons dû mettre en œuvre tous nos talents de guerriers pour faire honneur au plat.

Mission accomplie.

J'suis pas le Routard... mais pour le Kig a Farz, retiens Le temps des Cerises, à Tonquedec.

... Sinon, c'est pas l'heure de l'apéro?

Là, le Breton possède un petit trésor pour toi.

Tu auras sans doute un jour, goûté cet élixir si enivrant rien que par ses saveurs...de miel.

L'Hydromel.

Et tu as tant aimé, toi qui es si friand de miel...

Puis tu as décidé d'aller en acheter.

Et ... tu t'es ravisé, parce que ça coute super cher.

En Bretagne, tu trouveras, au détour d'une rue sombre (et pluvieuse)...

Du Chouchenn.

"Hydromel Breton" comme ils disent.

Bien voyons.

Hydromel Breton trois fois moins cher que l'Hydromel, et tout aussi ravissant?

Elle est où l'arnaque ?

Goûtons alors!

L'arnaque semble si bien cachée que ni Luc, ni moi - grand amateurs d'Hydromel, ne l'avons toujours pas dénichée.

Ah oui, j'avais presque oublié:

Cet élixir druidesque se déguste au bord du rivage.

Le No Man's Land entre toi... et l'Océan.


En Bretagne... ça vole.

Plage de Saint-Pabu. 

Et pas qu'un peu. La plage est parsemée de petits sites paradisiaques, à tel point que toi, petit parapentiste affamé, tu ne sais plus où donner de l'aile...

Les terrains de jeu possèdent tous les mêmes caractéristiques : petit relief en bord de mer.

Pour savoir si ça vole, il n'y a qu'un seul indicateur à observer.

Les mouettes et les goélands, qui, eux-aussi, aiment caresser le relief depuis le ciel. Ainsi, ces animaux joueurs volent sans but, juste pour s'amuser... comme toi.

Le deal est simple:

Mouette qui bat des ailes = ça vole pas, manque de vent.

Mouette qui plane, immobile = ça vole.

Mouette qui vole avec les ailes repliées = nous on sait pas faire, trop de vent.

Voilà donc, comment tu peux surfer au dessus des vagues pendant des heures, sans arriver à atterrir même si tu le souhaites parfois...

Et admirer béatement le paysage immobile, surplombé par le crépuscule.

Baie de Douarnenez. 


En Bretagne, ça pêche sévère.

Si bien que Luc, avec ses yeux de bébé poisson, m'a convaincue d'acheter une canne à pêche.

Plage de Saint Pabu. 

Si tu connais Luc, tu sauras qu'un caprice n'est jamais un caprice.

Oui, il a eu sa canne à pêche (non pas que ce soit mes instincts d'Auvergnate, mais disons que -je sais que tu sais- on a franchement pas de place).

Pour le moment, je t'avoue qu'à part des algues moisies (petite pensée pour Carla et les épinards chez Papi Franck)... bah ça à pas mordu grand chose.

Mais Luc, tel un roc Breton... s'accroche au récif. Je peux vous assurer qu'il l'aura, son poisson. J'espère juste avoir l'appareil photo pour immortaliser sa tête à ce moment là.

Tu peux nous traiter de marins d'eau douce...

Mais tu te trompes.

Nous ne sommes, officiellement, plus des montagnards.

Parce que ...

On est allé à la pêche à la moule sauvage, et ce à maints reprises.

Si bien, que nous avons NOTRE recette:

- La recette de moules façon Pérégrination -

La Grande P., ça donne faim. Et au bord du rivage Breton... il y a des moules sauvages.

Tu fais le rapprochement ?

Luc et moi avons testé, à force de pêches à la moule endiablées, plusieurs recettes.

Je te dévoile - rien que pour tes beaux yeux, la meilleure que nous ayons trouvée... celle qui te fera oublier le trio de la mort moules/frites/bière (sauf quand la bière est aussi à volonté, auquel cas c'est imbattable).


Voici donc ce qu'il te faut, pour faire tes moules façon Pérégrination:

1. Rends-toi sur la plage à marée basse (fais pas le con, à marée haute, faut sortir le masque et le tuba au milieu des grosses vagues qui s'affalent sur le récif et c'est pas top du tout)

2. Baigne-toi un petit coup, qu'il pleuve, neige, ou vente. Eh oui, il faut s'immerger dans l'esprit Breton, c'est prépondérant pour la réussite de la recette.

3. Ramasse les moules que tu trouveras sur les rochers. Attention, il faut qu'elles fassent plus de 4cm, sinon gare à tes fesses, tu prends une prune qui coûte le prix de ta voiture. Ramasse-en beaucoup (c'est une vraie cochonnerie les moules, ça se mange sans faim/fin...), et mets-les dans un panier rempli d'eau de mer (pas en osier du coup, tu me suis).

4. Tu prends (beaucoup) d'huile de coude: tu les brosses et les rinces à l'eau claire jusqu'à qu'elles soient toutes belles. Ah oui, j'ai failli oublier: enlève celles qui flottent dans l'eau et celles qui sont déjà ouvertes. Sinon...

5. Une fois tes moules prêtes, le vrai travail commence. Tu prends (et t'oublies rien hein): du riz basmati, non, pas des frites, du beurre artisanal BRETON, une grosse échalote, une botte de persil frisé, du cidre artisanal BRETON, de la crème fraîche liquide, du poivre, toujours pas de frites, et surtout pas de sel.

6. Tu fais cuire ton riz façon cantonnais ( ça, c'est un peu une excuse, c'est juste qu'on a qu'une seule casserole dans notre cuisine de voyage. Du coup on a dû faire cuire le riz avant, puis le conserver au chaud entre deux assiettes, ce qui donne une fin de cuisson "vapeur" (vive le système D). Enfin bref, tu fais cuire ton riz blanc comme tu veux, mais en attendant il faut s'occuper des moules.

7. Dans une cocotte, tu fais fondre ton beurre (tu mets la dose hein, on est en Bretagne j'te rappelle), et tu fais revenir tes échalotes préalablement émincées avec amour et dextérité durant 2 minutes.

8. Tu ajoutes, à feu fort, tes moules, ton persil préalablement haché avec tout autant d'amour et de dextérité que tes échalotes, un gros verre de cidre (tu ajustes en fonction de la quantité de sauce que tu veux), et le poivre.

Et tu couvres, nom d'une moule !

9. Je sais que t'as la dalle, que ça sent trop bon, mais sois patient. Remue de temps en temps. Au bout de 5 minutes, la plupart de tes moules doivent être en bonne voie d'ouverture. Ajoute un peu plus de la moitié de ton bidon de crème, puis recouvre encore une bonne minute.

10. Aïe, aïe, aïe... j'crois bien que c'est prêt ! Sers-toi une bonne dose de riz, dispose tes moules dans ton assiette... et recouvre le riz de la sauce au cidre.

11. Accompagne tout cela d'un petit blanc sec. Quand tu t'apercevras que c'est juste divin, aies une petite pensée pour la Grande Pérégrination !

PS: tu peux aussi faire tout ça avec de magnifiques moules achetées dans le commerce... mais va savoir pourquoi, c'est forcément meilleur quand c'est toi qui les ramasses.

Cette expérience d'autonomie, de symbiose parfaite entre notre vie de baroudeur et nos instincts sauvages, notre volonté d'autonomie... si tu as lu Walden [H-D Thoreau], alors tu comprendras qu'on a touché, du bout du petit doigt, ce qu'il s'évertue à nous transmettre.


En bretagne... des mystères perdurent.

Carnac. 

Nos ancêtres, de l'époque du Néolithique se seraient évertués à aligner, à équidistance les uns des autres, environ 7000 blocs de granit.

Ainsi, des lignes immenses rayent la terre à Carnak.

Chaque pierre pesant évidemment au minimum 250kg.

Ce genre de petite sauterie est visible un peu partout autour de la planète, datant toujours de cette époque (histoire de rajouter une couche de mystère).

Tu arrives devant cette œuvre colossale, tu l'observes... tu essaie de rester béat devant cet alignement faramineux de cailloux... mais définitivement, tu n'es pas tranquille. Une question t'obsède, te tourmente au point de ne pas percevoir l'émotion liée à l'histoire de nos ancêtres.

《Mais POURQUOI vous avez fait ça ?!》

Alors tu te jette corps et âme sur les panneaux d'indications, sur Wikipédia...

Mais la réponse finale est toujours la même:

On ne sait PAS pourquoi.

Il y a des hypothèses, certes, mais aucune n'a le moyen de se justifier.

Cette oeuvre s'ouvre donc à toi et à ton imagination. C'est simple, brut, gigantesque... mais le sens t'en échappe.

Quelle frustration.

De fait, toi aussi, tout historien artiste que tu es, tu émets tes hypothèses.

J'y voyais une sorte de rite de passage à l'âge adulte. Chaque adolescent devait poser son caillou, montrant ainsi qu'il était assez fort et intelligent pour déplacer ce granit à côté des autres. Une manière symbolique d'ajouter une pierre à la societ.

Luc y voyait plus... comment te dire.

Le résultat d'une joyeuse réunion de druides Punk défoncés à la datura, qui, durant leur trip, s'evertuaient à aligner des cailloux.

Pourquoi pas, après tout.

Cette œuvre de nos ancêtres, et son sens mystérieux te prêtera à sourire pendant un moment: une telle exposition est un peu ridicule, non? Puis tu penseras à cette exposition d'Art Contemporain, apparemment extraordinaire, qui consistait en une disposition chaotique de lavabos partout dans le Grand Palais à Paris, en 2019.

Là aussi, dans le genre manque total de sens, on est pas mal, non ?

De fait, nous ressemblons plus à nos ancêtres qu'on le pense. Donc autant ne pas se moquer.

La dimension mystique de cette œuvre marquera ton esprit: il y a peut-être des connaissances, des expériences prépondérantes provenant de nos ancêtres, qui ne sont pas arrivées jusqu'à nous.

Ça à l'air futile, mais il se peut... que ce soit super important.


En Bretagne, il y a des mœurs tacites. De celles que tu apprends forcément à tes dépends.

Cet donc ainsi, sur la plage de La Guimoraie, que nous décidons de prendre le petit-déjeuner.

J'en profite pour coucher sur le papier une habitude que nous avons prise avec Luc. On l'a nommée :

Why-Moffment.

Il s'agit donc, tous les matins, à jeun, au réveil, de se baigner dans l'eau de la Mer.

Peu importe la météo ou la température de l'eau.

Je n'ai même pas besoin d'expliciter les effets miraculeux et glaçants de cette trempe.

Je disais donc... après notre Why-Moffment et notre petit-déjeuner sur la plage, Luc se met à l'exercice du maniement de sa canne à pêche, et moi...

A la fameuse pêche aux moules.

Je me décide donc à me diriger vers l'extrémité droite de la plage, vers des rochers, dans l'espoir de trouver de quoi remplir mon panier.

Je longe la plage, me rapprochant ainsi de mon but... quand une paire de fesses - nues- s'imposa à mes yeux. Ce quarantenaire se faisait allègrement griller le popotin sous le soleil matinal.

Un quarantenaire à poil, donc.

Pourquoi pas ?

Je continue mon chemin, un sourire au lèvres en pensant à cet homme décomplexé qui fait corps avec la Nature.

Sauf qu'au bout de quelques secondes, je m'aperçus que des hommes faisant corps avec la Nature... il y en avait une vingtaine.

Et ils étaient debout, à la merci de mes yeux ébahis. Et ils me regardaient paisiblement, sans aucun vice, mis à part celui qui pendouillait paisiblement entre ...

[Tu vois ce que je veux dire?]

《 Ok Olen, t'es visiblement en terrain étranger là. Tu fais quoi ?》

L'appel de la moule oblige, je continue ma route, les yeux rivés vers le sable jusqu'à l'extrémité de la plage, vers les rochers.

Je cherche mes moules, sauf qu'on était à marée Haute...donc, à la base, l'idée même de chercher des moules en dehors de l'eau était complètement débile.

Je circule donc, l'esprit ailleurs entre les rochers... puis je lève la tête, sentant une présence...

Effectivement, un homme se dressait devant moi, tout près, regardant la Mer. Et ce que j'avais devant mes yeux... bah c'était pas une moule.

C'est à ce moment la que mon esprit Hippie-Téméraire me quitta. Je courrais donc le long de cette extrémité de plage, rejoignant Luc, avec une seule pensée en tête: 《Plus JAMAIS tu vas vers une extrémité de plage comme ça. Oh mon dieu, ils étaient tous soixantenaires en plus !》

[Ne te méprends pas, non pas que j'ai quelque chose contre la nudité des soixantenaires, au contraire, j'aime bien la philosophie du nudisme... mais c'est une question de génération, tu comprends.]

Enfin bref, je reviens vers Luc, avec mon panier de moules évidemment vide, les cheveux tout droits sur la tête, avides de lui raconter mes pérégrinations.

Cependant, entre-temps, ce dernier avait emmêlé le fil de sa canne à pêche...

J'ai donc parlé de nouilles dans le vide, si tu me permets l'expression.


En Bretagne... il y a des phares.

Phare de Perros-Guirec. 

Contrairement aux cailloux Néolythiques cités plus tôt, les phares ont aujourd'hui une dimension artistique qui découle de leur construction pragmatique.

Un phare, cet utile, vertigineux... et magnifique.

Pointe de Saint-Mathieu. 

Comme exemple Phare, celui de la pointe de Saint-Mathieu, orné d'une abbaye en ruine, datant du 13ème siècle.

Bon Karma ... nous avons même eu le droit à la visite guidée gratuite, par des jeunes de l'association locale, qui voulait s'exercer avant la haute saison.

Ces ouvrages ont une histoire étonnamment détaillée, et en même temps...

Truffée de contradictions et de mystères.

Sans compter le fait que cet endroit est simplement unique.


En Bretagne... on rigole pas avec l'archange Saint-Michel.

Et pour preuve...

Ils lui ont construit une citadelle.

Le Mont Saint-Michel. 

Nous l'avons tous vue des dizaines de fois sur les boîtes de biscuits. Nous savons à quoi cela ressemble.

Et pourtant... c'est juste incroyable.

Luc et moi ne sommes pas friands de lieux très touristiques: nous peinons à supporter le monde, souvent indiscret et irrespectueux.

Mais là, encore une fois..

Année COVID oblige, il n'y avait que très peu de monde. En particulier quand tu te pointes tôt le matin (retour d'expérience de Dubrovnik, en Croatie. En haute saison, à 6h du matin... y'a personne).

Dès le moment où tu vois ce monticule - bien que cela soit extrêmement réducteur de le nommer comme ça, orné de cette abbaye si...

Majestueuse.

L'édifice en est presque provoquant de classe et de génie.

Nous avons vu, devant nos yeux, la personnification architecturale des citadelles tant décrites dans nos livres de Fantasy.

J'en avais les larmes aux yeux.

Au cours de la marche à pied pour rejoindre l'édifice, Luc m'a fait cette réflexion:

" Imagine que ce ne soit pas une abbaye... mais une bibliothèque. "

Mon imagination est alors partie en vrille.

Cet endroit est d'une beauté exaltante, émouvante...

Sans compter que Luc n'avait pas vraiment tort.

Lors de la visite de l'Abbaye, nous avons appris qu'à l'époque, de nombreux manuscrits y étaient entreposés, servant alors au travail des moines, qui, à leur tour, en écrivaient de nouveaux...

L'intérieur de la fortification est aussi charmant et et édifiant que l'extérieur en est vertigineux.

Lorsque toi, cher lecteur avide de Culosité, qui ira à ton tour au Mont Saint-Michel... aies l'esprit ouvert, l'imagination décomplexée au possible...

Cloître de l'Abbaye

Tu auras de quoi assouvir les contes les plus Moyen-Ageux et Fantanstiques ton Histoire cérébrale.

Durant ton voyage en Bretagne - parce que oui, il s'agit d'un voyage... - l'appel du Voilier se fera toujours plus fort. La mer attirera ton âme à un point jusqu'alors inconnu. Tu regarderas les voiliers sur tous les ports que croiseras... sachant pertinemment qu'aujourd'hui... la Mer t'a pris.

Tu es ensorcelé, et ton tour viendra.

Les mots ne me viennent pas, mais toi, Marin, tu sais d'où tu viens.

Tu sais de quoi je parle.

En Bretagne, il y a les Bahamas (oui, oui.).

Enfin, je ne sais pas si on peut réellement appeler ça Bahamas. Ces plages de cailloux rosés ressemblent plus à un décor type Mad Max qu'à une plage des Bahamas. Mais l'eau est tout aussi bleue turquoise que là-bas, c'est certain.

C'est vraiment sublime, cet amas chaotique de cailloux roses polis.

En Bretagne, il y a de la vague.

Plage de Saint-Lunaire 

Ça envoie du diot, comme on dit en Savoie.

Parfois, elles s'affalent contre les falaises, créant ainsi une explosion d'écume que l'on ne se lasse pas de regarder. Un peu comme lorsqu'on regarde un feu de camp, plongés dans la nuit...

C'est hypnotisant.

Falaises de Saint- Lunaire 
Presqu'île de Quibron 

En Bretagne ... Il y a tout ce que nous n'avons pas pu voir. Tes beaux yeux pourront nous en apprendre au moins autant, quand toi aussi, tu iras.

Oui... je me suis toujours moquée du benêt secouant fièrement son drapeau Breton au dessus de la foule dans les festivals de métal. Et j'ai ressenti quelques remords, le jour où, les yeux face à l'Océan, les maisons sublimes en ardoise se dressant derrière moi...

Je me suis aperçue qu'un jour, ça pourrait bien être moi, la petite benête qui brandirait fièrement ce drapeau.

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Publié le 2 juillet 2020

Ça y est... nous avons quitté la Bretagne.

On peut aisément dire que la Breizh a un méchant goût de "reviens-y", comme on dit chez nous.

Ce bout de pays est désormais gravé dans nos cœurs, de façon aussi soudaine qu'indélébile.

... Je crois bien que nous en sommes tombés amoureux.

Nous avons tellement été immergés dans cette ambiance unique, que le dépaysement se doit d'être progressif.

C'est pourquoi nous avons évolué dans le Cotentin, au nord, histoire de passer un temps d'adaptation.

D'atterrir...

Et le Cotentin, coincé entre la Bretagne et la Normandie... n'est absolument pas victime de sa réputation.

Et pour cause, il n'a pas la réputation qu'il mérite.

Immenses plages sauvages de sable parsemées de Blockhaus se jetant dans la marée montante...

Comme si ces constructions macabres souhaitent couler, pour se faire oublier.

D'aucuns disent que cest cubes de béton, "c'est moche".

C'est vrai.

Cependant, ils sont une trace insolite, discrète, de notre Histoire. De l'horreur de la Guerre. Ils se dressent sur le rivage, mais ils ne semblent point fiers.

Ils sont un Musée en pleine Nature.

Ils me chuchotent à l'oreille: " La plage est belle, hein? Immensité vertigineuse et pure... en Paix. Et pourtant, nous avons fait la guerre ici. Nous avons ressenti la sérénité présentée par mère Nature... mais nous avons fait, oui, nous avons osé faire la guerre ici."

Ce pauvre blockhaus de béton a tout à nous apprendre par le souvenir. Mais nous n'en avons pas retenu la leçon, pas vrai?

La peur et la haine sont des émotions tellement plus à portée de main que la compréhension de l'autre et la miséricorde.

L'ensemble de ces tumulus mortuaires symboliques sont cependant, aujourd'hui, ornés de graffitis.

Usage du passé pour en faire le présent.

Dissimulation de la froideur de la mort.

Couleur. Vie. Deuxième vie.

Pas de destruction, mais de l'adaptation.

De l'évolution.

De l'Art de rue, sur la rue du rivage.

Puis, derrière ces blockhaus, la Dune.

Une dune au bord d'une plage? Un petit relief soumis à la brise de mer, me dis-tu?

Aaaah... ça vole alors !

Faut dire que la foule est tellement épaisse. 

Nous communions avec la puissance brute de la mer une dernière fois, ce matin là.

La Mer...

Nous avons complété ce désert aqueux extraordinairement gigantesque de quelques petites larmes, infimes... mais sincères.

Nous reviendrons, car la Mer nous manque déjà.

Cependant, la Grande Pérégrination doit, encore et toujours, continuer sa route...

Vers le Grand Est, pour traverser sa toute première frontière !

Ainsi, Luc, Olenka et Grocamion traversèrent la France d'Ouest en Est durant deux jours.

Durée prévue par l'itinéraire Google: 8h52

Supplément Grocamion: + 5h.

Autant te dire que la route nous a parue longue.

Mais la fin justifie les moyens, car nous sommes arrivés à destination.

La contrée de la Choucroute, de la Flammekueche, des gâteaux aux noms imprononçables, et...

De la bière.

Strasbourg!

J'ai toujours voulu prendre le temps de visiter cette ville, et cela tombait à pic:

- Super Maman Schtroumpf a pu récupérer nos passeports, qui avaient été envoyé à mon ancienne adresse à Albertville (c'est pas comme si j'avais envoyé quinze mails pour leur dire de ne SURTOUT PAS envoyer nos passeports, mais bon). Elle nous les a ainsi renvoyé à la Poste de Strarsbourg (on appelle cela poste restante: c'est très pratique pour les baroudeurs).

Résultat: nos passeports ont donc, en tout, fait quatre allers-retours de part et d'autres de la France. Même eux, ce sont des baroudeurs chevronnés. Comme quoi, on y peut rien.

- Au moment de la préparation du voyage initial, nous avions pris un carnet de passage en Douane, qui nous permettait notament dépasser la frontière Iranienne. Nous avons aujourd'hui peu d'espoir de pouvoir aller en Iran, et surtout, l'organisme fournissant le carnet nous a pris une caution de 3500 euros (rien que ça).

Les conditions de restitution de la caution étant plutôt merdiques, nous décidons de rendre le carnet tout de suite, histoire d'être sûrs de récupérer nos sousous. Mais ne t'inquiètes pas, si nous pouvons tout de même aller en Iran, nous avons un Plan B pour les papiers ( la solution s'appelle Monsieur Ossein. Je te garde la surprise. Ça va être du lourd si l'Iran ouvre ses frontières).

Le bureau du carnet de passage se situe, justement, à Strasbourg !

- Avant de partir vers les contrées inexplorées, nous décidons par la même occasion de faire remplacer la courroie de transmission du Gros. Nous profitons de la halte à Strasbourg pour l'emmener au garage. On a eu de la chance de ne pas avoir à attendre, parce qu'on s'y est pris comme des pieds, tout au dernier moment, pour prendre rendez-vous.

Voilà, tu vois, c'est chiant ces histoires de paperasse et logistique... mais ça fait partie du cœur du voyage. De ce qui rend tout cela possible, alors ça a tout à fait sa place dans ce carnet.

En attendant de retrouver nos passeports et le Gros tout neuf, nous en profitons pour visiter Strasbourg!

Tu viens avec nous?

C'est parti.

On se dirige vers l'immense quartier historique, surplombé par...

La cathédrale de Strasbourg.

D'aucuns te feraient une description du style: 《Très belle cathédrale, toute rouge. Jolies statues.》

Non messieurs dames.

Cette cathédrale est juste...

Laisse-moi t'en faire la description.

La cathédrale trône majestueusement au milieu d'une Petite place pavée, entourée de magnifiques maisons à colombage serrées les unes contre les les autres, comme pour se tenir chaud.

D'un coup d'œil circulaire autour de cette place pleine de couleur et pleine de vie... une réflexion caucasse te vient à l'esprit : la cathédrale semble trop grande pour la place. On pourrait croire qu'elle étouffe.

Il faut donc bien saisir que l'on est parfaitement à l'opposé de l'intégration à l'Italienne d'un monument religieux: les cathédrales de Milan, de Côme, de Florence, se dressent au milieu de places immenses, ce qui nous permet, notament, de pouvoir les admirer de loin, sans avoir à lever la tête complètement vers le ciel.

Là, c'est différent.

La cathédrale se dresse devant toi, de toute sa hauteur. Comme ça, d'un coup.

Bien sûr, tu as pu entrapercevoir son clocher en approchant du centre ville, mais cela n'aura servi qu'à stimuler ta curiosité.

Ces pierres rouges, presque morbides...

Tu sais déjà que ça ne sera pas une cathédrale comme les autres.

Une fois le coup d'oeil sur la place effectué, tu oses lever les yeux sur l'édifice depuis le parvis.

Et là... c'est la sidération la plus totale.

Un empilement calculé de colonnes, de statuettes représentatives des scènes de la Bible, de lignes entrelacées, de Verrières complexes t'offre un aperçu émouvant du Génie et de la dévotion de l'Homme pour ce en quoi il croie profondément.

Une gigantesque œuvre d'Art, qui surprend par la précision, la richesse des d'ornements conjuguée avec le goût du détail.

C'est si impressionnant que ça m'en fait encore frissonner aujourd'hui. Tu peux passer plusieurs dizaines de minutes à arrêter le temps, laisser passer les passants à la périphérie de ta vision pour t'immerger dans cette facade.

Faire le tour de l'édifice et te confondre avec les gargouilles, les piliers, et l'infinité de sculptures que tu n'avais pas remarqué jusque-là...

Sur ce, tu laisses partir ton imagination, en te questionnant sur l'architecture intérieure de la cathédrale. Si l'extérieur est si riche en décor... qu'est-ce que ça doit être dedans ?

C'est en pénétrant à l'intérieur que nous comprenons, avec Luc, que cette cathédrale est la plus belle que l'on ait jamais vu.

[Et pourtant, nous sommes allés à Rome, c'est pour dire.]

Toute la magnificence de cette œuvre réside dans le contraste significatif entre un extérieur incroyablement ouvragé... et un intérieur très sobre.

Sobre certes... mais d'autant plus vertigineux.

C'est immensément haut, et, encore une fois, l'architecture épurée accentue cette impression.

Si l'extérieur nous invite à admirer la dévotion, l'amour incomparable des Hommes qui ont construit cette église vouent à leur divinité, il est incontestable que l'intérieur démontre également de leur adhésion aux valeurs de l'église catholique.

La simplicité, la charité, pas de bling-bling (contrairement au fief de l'Église, la Basilique Saint-Pierre au Vatican, qui est outrageusement recouverte de feuilles d'Or), la communion spirituelle à l'état brut, sans accessoire superficiel.

N'étant pas croyante, je n'ai pas pour habitude de rentrer dans les Églises, estimant qu'il s'agit d'un lieu de culte, et non d'un espace touristique. Nous sommes dans un pays laïque, et c'est le seul espace public où ils peuvent jouir de leur Liberté de culte. C'est très bien comme cela, mais par respect pour cette Liberté fondamentale, j'évite d'y mettre les pieds pour un oui ou pour un non.

La cathédrale de Strasbourg fait partie des exceptions, et je ne regrette rien, car selon moi la conception de cet édifice est une allégorie parfaite des belles valeurs de la religion. De celles qui, en tout cas, coïncident avec ma conscience Athée. L'amour de l'Ouvrage, de la transmission de l'Histoire, la conservation de nos héritages Historiques, la sobriété, le Génie des Hommes, et leur manière de se surpasser pour ce en quoi ils croient.

Mais ce n'est pas tout.

Fais le tour de toi-même...

Regarde-moi cette verrière en forme de rosace. L'Église étant très sombre à l'intérieur, les couleurs du jour transmises par la rosace n'en sont que plus magiques.

Lève la tête.

Oui, tu n'en crois pas tes yeux.

Oui...

C'est un Orgue, immense, magnifique...

Suspendu à une dizaine de mètres de haut.

Et si, une dernière fois, tu tournes encore la tête...

Tu garderas la bouche grand ouverte comme un benêt...

Devant l'énorme horloge astronomique qui trône au fond de l'Église.

Une horloge qui indique l'heure, la date, le cycle lunaire, la position des planètes et des Astres, et de nombreuses autres choses que je n'ai pas saisi.

Le tout dans un édifice en bois démesuré et incroyablement ouvragé, abritant un mécanisme mystérieux qui permet à tout cela de fonctionner... sans source énergie (si, une fois tous les 100 ans).

Je n'en dis pas plus.

Je n'ai pas de photos de l'intérieur de l'Église, car j'ai une conscience bien à moi qui me dit que ce n'est pas respectueux pour les croyants qui communient tranquillement. De plus, je ne veux pas te gâcher la surprise.

Ça serait vraiment trop dommage que tu la voies en photo avant...

Voilà, une description (et bien sûr ce n'est pas la seule, c'est ma vision) qui selon moi fait honneur à une œuvre telle que celle-ci.

La ville de Strasbourg fait un point d'honneur à l'entretenir rigoureusement, et c'est tout à leur honneur, car ils peuvent en être très fiers.

Nous sortons de cette place quelque peu désorientés, tout chamboulés, béats.

Nous aurons eu, avec la vieille ville de Strasbourg et sa cathédrale, une énième preuve du bijou planétaire qu'est notre Pays, sans chauvinisme aucun.

Mais tous ces kilomètres parmis les colombages... ça donne soif, figure-toi.

Et à Strasbourg, il faut croire qu'ils n'ont pas tout à fait saisi de concept de "Happy Hour". En effet, dans le centre-ville, tu peux, à toute heure, trouver une bière en Happy Hour.

Et ça, pour ceux qui nous connaissent, Luc et Moi...

Ainsi, Strasbourg se transforma en Stra-quenard. Doucement, presque imperceptiblement, mais sûrement.

Au moment où nous nous décidions (enfin) à rentrer, Strasbourg décida qu'elle n'en avait pas encore terminé avec les deux petits savoyards. C'est ainsi qu'elle mit son meilleur guerrier, Marcel, sur notre chemin.

Marcel, ancien champion de France de Natation, créateur d'un grand club de Surf dans le Sud-Ouest.

Marcel, qui, aujourd'hui...avait décidé de fêter dignement ses 81 ans.

《Mais putain les jeunes, pour vivre vieux, il faut faire du sport, bien manger et faire l'amour!》

Bah moi, je le crois, le Marcel, parce qu'il nous a couché tranquillement à 4h du matin, après une nuit à bavarder autour d'un Shnap's.

Le lendemain, nous avons passé des heures à déambuler, à se désorienter parmis les colombages...

Se permettant une petite pause Bière-Flammekueche dans la seule et unique Brasserie Strasbourgeoise, Au Brasseur, dégoté par hasard au détour d'une rue au nom imprononçable.

Le Brasseur est Breton, le monde est petit ... 

Aucun doute, Strasbourg méritait le détour.

Mais il est temps pour nous de faire un petit pas de plus dans la progression de notre rêve.

Ce tout petit pas... qui a une importance quasiment égale au tout premier pas.

La première frontière.


Après un mois et demi de tour des merveilles de France, il faut sortir de notre zone de confort.

Explorer des contrées étrangères... pour le meilleur et pour le pire.

C'était le contrat tacite, l'essence de notre rêve: l'immersion totale dans l'inconnu.

Les moeurses, les paysages, les idiomes...

Les idiosyncraties de chaque petit bout de peuple, de terre, que nous rencontrerons.

Au final, je crois que l'objectif de cette soif de connaissances et de découverte, c'est d'outrepasser nos différences, d'effectuer cet exercice mental qui nous permettra de nous sentir chez nous... partout.

De devenir modestement un habitant du Monde.

Et, il faut bien l'avouer, de prendre un nouveau départ avec nous-mêmes: passer la frontière, puis méditer, de perdre celui qu'on était, d'épurer nos tourments.

Ne plus subir fatalement ce que l'on est, ou ce que l'on ressent être...

Oublier, puis devenir.

Devenir un être plus intuitif, ouvert, se métamorphoser en Roseau, qui plie au gré du vent sans jamais se rompre.

La Grande Pérégrination poursuit un objectif qui dépasse toutes les frontières.

Ce voyage est notre Rose des Vents, notre boussole...

Impossible de renoncer à cette quête initiatique.


Au revoir, Pays Natal.

Pays des Merveilles...

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Publié le 10 juillet 2020

Ça y est, nous venons de passer la première frontière...

Dire que cela nous semblait si loin il y a deux mois, au moment où nous pouvions à peine faire un kilomètre autour de chez nous.

Chacun d'entre nous redécouvre sa Liberté à sa manière, la savourant au moment des retrouvailles. Puis tout redevient si banal, si vite...

Nous sommes parfois un peu comme des enfants gâtés, désirant plus que tout quelque chose... jusqu'à que ce quelque chose soit entre nos mains.

Nous peinons à apprécier les petits bonheurs dans la durée.

Moi-même, je sens que cela m'arrive, par exemple dans les galères de notre Pérégrination.

Alors je m'efforce de repenser à ces moments enfermée à la maison.

《C'est ça que tu veux, rentrer à la maison ?》

... Ça me met une fessée direct: ouais, finalement on est vachement bien là, pommés dans la cambrousse inconnue, sans batterie, sans eau, à chercher la fontaine de jouvence comme dans une chasse aux trésors.

Rentrer à la maison...

Je ne te cacherai pas que j'y ai pensé ce matin.

Pas à rentrer bien sûr, mais à la maison.

À tout ces objets entreposés qui m'attendent au retour.

La machine à laver, les vêtements, les ustensiles de cuisine, les vases, les cintres, la serpillère, l'étagère murale...

Tu me croirais si je te disais que ça m'angoisse ?

Il m'arrive souvent de penser au retour, en particulier au retour "psychologique".

Voilà deux mois bientôt que nous serons partis...

Et ce qui m'angoisse, ce n'est pas la reprise du travail. C'est l'idée de retrouver tous ces trucs...

Qui ne servent à...

Je n'ai pas envie de dire que ça ne sert à rien. Le mot est trop fort.

Mais on ne manque de rien ici. Des bons lits, on mange varié, chaud et équilibré, on arrive à conserver une très bonne hygiène moyennant une insensibilité à l'eau froide (bon ça, c'est un peu technique mais je te jure qu'on s'y fait, même quand il pleut. C'est même mieux quand il pleut, bizarrement.), et surtout...

On se sent LIBRE.

Légers.

Proches de l'Essentiel.

Les problématiques du baroudeur sont simples: de l'eau potable, du gaz, de l'essence, une lessive régulièrement, deux ou trois courses.

Et le reste... Free-Party.

[En fait, ce n'est pas aussi simple que cela, je pense que je ferai un article sur le quotidien en Van, histoire d'ajouter ma patte aux millions d'autres articles qu'on peut trouver sur ce sujet.]

La sensation de Liberté liée à notre éloignement de tout objet superflu n'est pas factice. C'est une réalité, si étonnante, que ça te met une claque quand tu t'aperçois que tu vis une vie confortable dans un camion de 27 ans d'âge (c'est comme le Whisky, plus c'est vieux, plus c'est bon).

Je me sens immergée dans la philosophie de Christopher Mc Candless, qui s'éloigne de tout matérialisme hormis ses bouquins, au point de commencer à tanner Luc avec des histoires de voyage en sac à dos.

[Si tu penses que je dis ça parce que ça fait juste deux mois que je suis partie, et que ça sera toute autre chose au bout des neuf mois... j'espère sincèrement que tu as raison. Sinon, le retour va être très rude.]


Hé Ho, l'aventurière, c'est pas le sujet de l'article !

Effectivement, je diverge.

Donc oui, mea-culpa, l'Allemagne!

Nous pouvons observer sur cette carte que lorsque je dis "Allemagne", j'utilise un terme quelque peu abusif. Nous avons traversé l'extrême Sud du pays. Tout le reste nous est donc inconnu.

Ainsi, ne nous formalisons pas sur le terme: lorsque j'écris "Allemagne", je m'exprime uniquement sur ce que j'en ai vu.

Comme ça, pas d'embrouilles, capiche?


Voici donc notre expérience et nos impressions sur cette contrée.

On va commencer par le moins chouette, qui, malheureusement, est une réalité (et pour preuve, on n'est pas les seuls à le dire). Mais c'est important pour comprendre un peu notre quotidien.

Il y a deux points noirs en l'Allemagne selon nous: je les énumère, parce que finalement c'est plus drôle que vraiment embêtant, et après on en parle plus. On ne parlera que du positif, qui est évidemment largement au-dessus du négatif.

Lass uns gehen ! [C'est parti !]

Toi, le baroudeur en tente, camion, camping-car, il est important de savoir une chose.

L'Allemagne ne t'aime pas.

Tout est mis en œuvre pour mettre des bâtons dans les roues aux amateurs de voyage itinérant (sauf si tu dors tous les soirs dans les campings payants, bien sûr. Mais ceux-ci sont beaucoup trop chers pour ce qu'ils valent).

La quasi-totalité des parkings sont payants la journée, et souvent à durée très limitée (deux ou trois heures aux abords des petites villes touristiques). Ces derniers sont interdits, pour la plupart, aux campeurs la nuit.

Beaucoup d'interdiction aux camping-cars, et beaucoup de limitations de hauteur à 2m.

Il te reste donc soit le parking pour camping-car à 20 euros la nuitée sans services...

Soit le mode sauvage de chez sauvage.

Luc, moi ainsi que GROCAMION (pour rappel: VW T4 de moins de 2m) avons naturellement opté pour la deuxième option. Mais attention, faut la jouer discret: pas d'acte de camping, tu te planques à l'intérieur, hormis si t'es bien vraiment dans un coin perdu.

Donc je disais, l'Allemagne n'aime pas les campeurs.

Tu admettras que c'est plutôt paradoxal, dans le pays du VW Transporter...

Cela dit, ce que pense l'Allemagne n'a rien à voir avec ce que pensent les Allemands: eux, ils adoooooorent les méga-gros camping-cars ! C'est d'ailleurs certainement pour cela qu'on a croisé une demi-tonne d'Allemands en Bretagne et ailleurs, où la législation est bien plus sympa.

Par contre, les Allemands n'aiment pas les vieux diesels qui ont besoin d'un temps de chauffe, et ne se gênent pas pour te le faire comprendre, ce qui a eu pour conséquences d'exaspérer mon pauvre Luc du matin.

Là, encore, c'est paradoxal... parce que les vieux VW, là-bas...

Comment te dire.

Il y en a absolument partout, et ils sont ma-gni-fiques. Ce sont des petits bijoux: les Allemands semblent être très soigneux avec leurs voitures, ce qui est tout à leur honneur.

Et en effet, ils aiment les belles voitures: Golf GTI tous les trente centimètres, Audi, Mercedes... des fois, il y a un traître avec un Ford, mais c'est rare.

Bref, un parking Allemand, c'est un petit salon automobile.

Deuxième point noir de l'Allemagne: si il y a bien un mot qu'on a appris durant notre séjour, c'est "verboden".

Verboden, ça signifie interdit. L'Allemagne semble être un pays très restrictif, outre les grosses contraintes liées à l'automobile et aux parkings.

Se baigner ici ou là ? Verboden.

Se balader sur ce ponton ? Verboden.

... Voler en parapente alors ?!

Bah devine quoi, Verboden pardis!

En effet, nous n'avons pas pu voler en Allemagne, car ces derniers imposent le "Brevet de Pilote", qui n'est pas obligatoire en France et dans plein d'autres pays, et que nous ne possédons pas encore. Peu importe ton niveau, tu n'as pas le droit. Et il ne faut pas jouer à mon avis, si ils t'entendent parler Français, ils te questionnent direct.

C'est vraiment dommage, car il y avait des vols magnifiques à faire au dessus des châteaux de Bavière... mais bon, pour ne rien te cacher, on le savait avant de partir. Donc sans rancune !

Voilà, c'est dit, on passe à autre chose.


L'Allemagne regorge de petites choses superbes, mais pas forcément visibles au premier abord.

Premièrement, comme je l'ai déjà stipulé...

Leurs VW Transporteurs.

VW, c'est assurément la "Deutch Qualität", et la série de Transporteurs en est certainement la meilleure preuve.

En Allemagne, la rue, c'est une exposition de Vans tous aussi beaux les uns que les autres. Pas un pet de rouille, rien, carrosserie au top: pour des amateurs de vieilleries comme nous, ce n'est que du plaisir pour les yeux.

T3 Synchro de la mort à gauche, et à droite, le jumeau du Gros, mais sans la rouille.

Et si t'es plus Mercos Tuning, tu vas aussi en avoir pour tes mirettes !

Le Sud est parsemé de petits Lacs tous aussi bucoliques les uns que les autres.

Grand maître du jeu, le Lac de Constance, entouré de très jolis petits villages.

Nous n'avons pas dérogé à notre règle "Why-Moffment": tous les matins Allemands, nous nous sommes baignés, à jeun, dans les multiples lacs et rivières présents sur notre chemin.

Note de l'auteur: au bord du Lac, si tu croises un mignon petit canard qui répond au nom de Momou, et que tu tiens à ton paquet de cacahuètes... fuis tout de suite.

En termes d'architecture, les Allemands semblent très friands de maisons colorées dans le centre des villages: mais attention, ce n'est pas la vieille peinture cramoisie comme on trouve parfois en France, c'est, encore une fois, entretenu à l'Allemande.

Et c'est super joli.

Une dernière sur l'architecture et après j'arrête: les villages sont parsemés de fontaines.

Rien à voir avec nos imposantes fontaines baroques à la Française.

Ce sont de petites sculptures, habilement travaillées pour s'intégrer dans une fontaine.

Il faut parfois se perdre un peu pour les trouver, ce qui les rend d'autant plus merveilleuses.

Il y a également de sacrés châteaux en Allemagne. Pas des châteaux de "daron" (comme disent les jeunes...) à la manière des châteaux de la Loire... mais plus des châteaux de Princesse, tout aussi impressionnants.

Le seul problème avec ces châteaux, c'est qu'ils sont si beaux... que c'est bondé de monde. Hors de question d'attendre des heures pour le visiter... Luc aurait fait une syncope.

Parlons sérieusement maintenant: qu'en est-il de ce que l'on y mange, en pays Bavarois ?

Alors... si tu es adepte de cuisine alambiquée et gastronomique, repars dans l'autre sens.

Je t'avoue que je me suis posé la question: les premiers jours, nous n'avons croisé que des pizzerias et vendeurs de saucisse Allemande (gros Knacky) dans les petits villages au bord des lacs. Même pas de poisson, alors que nous sommes au bord de l'eau !

Je me suis donc renseignée sur Internet, sur les plus grandes spécialités Allemandes: salade de pomme de terre, saucisse... et, en cinquième position, je m'esclaffe toute seule:

Le kebab.

Je te jure que c'est vrai.

《Nan mais à ce moment là, le Kebab, c'est la spécialité internationale ! J'en connais des très bons à Lyon !》

Je lis alors par la suite que le premier Kebab aurait été confectionné par un Turc à Berlin. Bien voyons.

On se regarde avec Luc, il est presque midi, et nous arrivons aux abords d'une petite ville.

《Allons manger la cinquième spécialité Allemande alors !》

Et bien voilà mes amis, pourquoi il ne faut jamais se moquer, même quand ça paraît tout à fait caucasse: j'ai mangé, à ma grande surprise, le meilleur Kebab de ma vie à Landsberg Am Lech. Oui c'est un sandwich, mais il est parfaitement équilibré en viande en crudités multiples et en sauce maison. C'est simple, c'est super bon, c'est tout.

En Allemagne, il y a Munich.

Et Munich, en soi, ce n'est pas une ville extraordinairement belle.

Il y a un joli quartier central, mais sans plus.

Non, ce qu'il y a d'extraordinaire à Munich, et qui mérite, selon nous, 100 fois le détour...

C'est le Deutches Museum.

Le Deutches Museum pourrait être sous-titré "Musée des Savoirs techniques Universels".

Et pour cause: il rassemble un nombre absolument considérable d'instruments de mesure, de moyens de transports, d'ouvrages divers et variés.

Toutes les disciplines sont abordées, pas de jaloux: l'Aéronautique, la navigation Marine et sous-Marine, la Géographie, la Physique, la Météorologie, la Musique, les Métaux, l'Électricité, et j'en passe plus de la moitié.

Ah si, le meilleur: le laboratoire d'Astronomie, surplombé de deux Observatoires et d'un Planétarium.

Tu vois les étoiles dans mes yeux là ?

Le Musée d'Astronomie. Et encore, ce n'est qu'une partie.

Ce musée est une merveille remplie de merveilles. Une vraie poupée Russe.

Les objets entreposés y sont tous plus incroyables, plus incongrus et uniques les uns que les autres... et ils ont tous une fabuleuse histoire à te raconter.

Les milliers de petites histoires qui font notre Histoire.

Un Multivers de Poupées Russes.

Lorsque j'ai traversé ce Musée, en commencantpar l'univers de la mine, des métaux et de la Navigation... une pensée m'a traversé l'esprit:

" C'est incroyable. Je n'ai pas la moindre idée de comment ça fonctionne, tous ces trucs . Je ne sais rien faire... "

Puis, quelques heures plus tard, nous sommes arrivés dans la partie Électricité : j'étais comme une folle.

《 Luc, regarde ! Ça c'est un TT, et ça, un circuit bouchon. Et ça, un banc de condos ! C'est fou qu'ils aient ça ici !》

C'est à ce moment là que j'ai saisi toute la philosophie de ce Musée.

Au-delà de la beauté des ouvrages.

Au-delà du génie de l'homme...

Il nous montre, de manière brute, ce que les hommes accomplissent ensemble.

Non pas le génie de l'Homme, mais le génie des Hommes Unis.

Cela rend cet édifice d'autant plus grandiose.

Nous avons passé plusieurs heures là-dedans, pour ne pas dire toute la journée.

Et au sortir, nous avions la tête dans les nuages... et la gorge sèche.

Mais attends, Munich, c'est la ville des tavernes Bavaroises, n'est-ce pas?

Nous déambulons ainsi dans le centre ville jusqu'à trouver une Taverne.

Avec un grand T.

Nous avons remarqué que les habitants de Munich ont une coutume des plus classes: le Dimanche (et peut-être les autres jours de la semaine, mais ça m'étonnerait), ces derniers sortent dehors avec leur tenue traditionnelle Bavaroise. On peut donc admirer un peu partout de magnifiques blondes, de tout âge, portant de jolies robes colorées couvertes d'un tablier, avec de petites chaussures en daim. Les hommes, quand à eux, portent surtout un pantacourt en cuir orné de coutures alambiquées, et parfois, une chemisette couverte d'une jaquette en daim.

Et ils vont tous ensemble à la Taverne, boire des grandes pintes et manger un morceau. Surtout boire des grandes pintes, visiblement.

Et pas que dans les Tavernes, dans les BierGarten aussi: au pied de certains immeubles du cœur de ville se trouve un bar/resto, sans terrasse, sans personne à l'intérieur.

Glauque quoi.

Le BierGarten que nous avions choisi se trouvait apparemment être le troisième meilleur de la ville. Et pourtant, à notre arrivée...

Pas un chat.

Nous avons très sérieusement pensé à faire demi-tour, mais bon, on a décidé d'oser... on avait trop faim.

On entre et effectivement, s'il n'y a personne a l'intérieur... c'est parce que ça se passe derrière.

L'arrière du restaurant donne sur une grande cour verdoyante remplie de tables. Un jardin.

"Biergarten": ça y est, toi aussi tu fais le lien?

Munich est parsemée de petits endroits intimistes tel que celui-ci.

Par contre, au niveau boustifaille, on fait pas dans la verdure.

Shnitzle (cordon bleu), frites.

L'assiette est tellement énorme que je n'ai même pas osé la prendre en photo.

C'est pas du gastro, mais à l'instar du reste de la cuisine Allemande, c'est copieux et c'est très bon.

Des baroudeurs n'en demandent pas plus.

Je suis gourmande, je garde le meilleur pour la fin. Ainsi, je parlerai d'une merveille Allemande, se situant tout juste à la frontière Germano-Autrichienne.

Le Lac de Königsee.

Ce Lac Naturel semble s'être perdu au milieu de falaises vertigineuses.

Si tu cherches bien, il y a un endroit précis où un écho extraordinaire répond au son de ta voix. C'est magique.

Un indice? Il faut y aller en bateau.

Ce qui rend cet endroit si particulier, c'est qu'aucune route ne fait le tour du Lac. Seulement des sentiers de randonnée escarpés.

De fait, on se sent enfouis dans une vallée sauvage et inhabitée...

Je n'en dirai pas plus, les photos parlent trop bien d'elles-mêmes.

Je termine enfin par un secret, rien que pour toi. Un secret qui se trouve un peu partout en Allemagne, si tu ouvres tes yeux.

Le voilà:

À la tombée de la nuit, nous déambulons aux abords de la forêt, les yeux rivés vers la masse sombre formée par les arbres et les feuillages immobiles.

C'est l'heure.

C'est leur heure...

Un point lumineux jaune vint mettre fin à la pérennité de ce paysage mystérieux.

Il se déplace parmis les obstacles avec volupté et agilité.

Détournant le regard... on en aperçoit un autre.

Puis encore un autre...

Puis plus que l'on ne peut en compter.

C'est la forêt des lucioles.

La magie dégagée par une telle scène est émouvante.

C'est merveilleux et hypnotisant.

Un spectacle enivrant et inspirant... pour celui qui prend le temps d'observer et d'apprécier les cadeaux de la Nature.


- Épilogue: La French Qualität ? -

Au cours de notre chemin vers d'Autriche, nous nous arrêtons sur une aire d'autoroute Allemande pour y acheter une vignette. Je reste dans la voiture, tandis que Luc se dirige dans la boutique. Au retour, il ouvre sa portière et me dit, avec le flegme naturel qu'on connait si bien chez Luc:

"- J'crois qu'il y a une voiture qui va exploser.

- Quoi?

- Bah ça fume quoi. "

Je sors, je me dirige légèrement vers le véhicule dont le capot était soulevé, et...

"Oh putain. Oh PUTAIN Luc, bordel, ça crame! Sors l'extincteur, vite, sors l'extincteur !! "

Effectivement, tout commença par une très petite flamme, et en quelques secondes, la flamme se transforma en feu, provenant de l'intérieur du capot. Là où se trouve notamment le carter d'huile.

La vitesse à laquelle grandissait le feu était stupéfiante.

Dans notre minuscule tout petit camion, nous avons veillé à trouver une place facilement accessible pour un extincteur.

Une dame venait de courir en boutique pour aller en chercher un, mais ça grandissait si vite...

Luc, Grand Héros National Allemand, court vers la voiture et balance la sauce... sans grand effet, il faut bien l'avouer. Le feu était trop grand, mais ça a certainement permis de le contenir un peu avant l'arrivée du gros calibre. Extincteur Gros Calibre qui, effectivement, a bien fait le boulot.

Après dix minutes de tremblements liés au retour de flamme de l'incident, nous avons souri, en observant que cette voiture, qui avait visiblement un sacré problème, était une Peugeot, seule voiture Française présente sur le parking.

French Qualität ?

[PS: c'est évidemment une mauvaise blague facile, vive les Clio et les 208, notre Titine Nationale ne nous a jamais lâché malgré son âge avancé et les Pérégrinations pourries dans lesquelles on l'a emmenée.]

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Publié le 18 juillet 2020

Tout individu qui connaît Luc sait que Luc est un skieur.

Au plus profond de son âme.

Tout individu qui a vu Luc sur des skis sait que ce n'est pas une grande gueule, mais bel et bien un grand skieur.

Ainsi, quand Luc me parle du ski en compétition, il cite deux Écoles.

Deux techniques, deux philosophies complètement différentes.

L'École Américaine et l'École Autrichienne.

Et pour cause!

Les adhérents de l'école Américaine, comme Bode Miller, sont du style "le tout pour le tout". Ils sont au max tout le temps, à l'arrache, mais quand ils ne sortent pas du tracé... ils gagnent forcément la manche.

L'École Autrichienne, à la Hermann Maier, c'est la technicité, l'esthétique et la précision au plus haut degré. Y'a rien qui dépasse, pas une faute. Lisse.

Et bien, quand tu vas en Autriche, tu comprends le pourquoi du comment de l'École Autrichienne.

C'est carré, propre, silencieux.

Et c'est très beau aussi.

On commence par Salzburg.

Salzburg, c'est la ville de Mozart, fief de la musique classique... et je peux te dire qu'ils en sont super fiers, du Mozart !

T-shirts Mozart, chocolats Mozart, statues de Mozart et même... un clocher abritant un carillon qui joue du mozart pour indiquer l'heure !

Mais bizarrement, contrairement à ce dont on rêvait avec Luc, aucun magazin d'instruments de musique. Que du Gucci, Louis Vuitton et Hermès.

Peut-être que Mozart aimait la mode?

En arrivant dans le cœur de ville le matin, nous découvrons, à même le sol... un échiquier géant !

Étant grand amateurs d'échecs, on se lance dans une partie enflammée. Au bout d'un moment, des collégiens sont venus s'assoir sur les bancs autour pour nous observer. Luc m'expliqua par la suite qu'ils devaient bien se moquer de nous... en Autriche, il paraît qu'ils apprennent ça à l'école !

En Allemagne, nous avions observé des locaux qui se vetissaient traditionnellement, avec les tenues bavaroises. Luc ayant flashé sur le pantacourt et moi sur la robe, on entre dans un magasin pour tester les tenues en loosedé, ces dernières étant un peu carrément chères.

J'aurais adoré prendre Luc en photo, mais on a pas réussi à comprendre comment s'enfilait le pantalon!

La vieille ville de Salzburg est surplombée par une forteresse extrêmement bien conservée, aussi bien de l'extérieur...

... Que de l'intérieur.

C'est nickel. À l'Autrichienne quoi.

Et le top, c'est qu'on a une super vue sur le reste de la ville depuis là-haut.

Nous passons la nuit à Salzburg, parce qu'on s'est un peu renseigné, et on sait que...

Hé, hé, ça vole !

Ainsi, nous prenons le bus le lendemain matin pour la colline de Gaisberg. Ça sera notre premier vol à l'étranger, quelle émotion !

Et bien on a vite pris la douche froide une fois arrivés en haut.

Pourquoi? Mauvais vent, mauvais temps?

Oh non. C'était niquel, mais on avait pas vu un petit détail. Un homme vient nous voir au décollage:

《- Hey, did you go to the restaurant just here?

- No, why?

- Because you're a guest. You have to pay to fly on our site, 5 euros per person for the day.

- I don't want to fly all day long, just one time this morning.

- It's 5 euros, you have to pay at the restaurant.》

Payer pour voler ?! On aura tout vu!

Il faut savoir qu'en France, un site de parapente est généralement entretenu par le club local, lui-même rémunéré par ses adhérents et la Fédé. Les pratiquants ne payent pas pour voler. Je suis presque sûre que c'est la même chose en Autriche, sauf que lorsque qu'ils nous appellent gentillement "guest (invité)", ils pensent en réalité à "stranger (étranger)"!

Et dire que eux, ils passent leurs étés à squatter nos sites Francais (dont certains ont la réputation d'être parmis les plus beaux du monde s'il vous plait), le tout aux frais de la princesse !

On avait vraiment les boules, pas pour le prix, mais pour le principe, si tu vois ce que je veux dire.

Enfin bref, on a fait un très joli vol, avec quand même une action un peu caucasse. Nous avons décollé le matin, un peu avant 11h, donc en conditions calmes, pas de thermiques, que de la descente toute douce.

Enfin normalement.

Parce qu'après une bonne dizaine de minute de vol en milieu de vallée (en gros c'est l'endroit où ça descend le plus)...

《- Luc, t'es en radio?

- Ouais.

- T'es en milieu de vallée là ?

- Ouais.

- Et euh... Toi non plus t'arrives pas à descendre? On est bien le matin rassure moi, ou je suis complètement à la masse?

- Non et oui. On va attendre un peu, on va bien réussir à poser.》

On a "attendu" un bon moment en vol avant de réussir à s'approcher du sol !

Ça fait tout drôle quand t'es pendu sous ton bout de chiffon et que tu planes comme un aigle royal sans faire exprès !

Ces photos ne sont pas de moi, c'est juste pour te montrer. 

Ce premier vol à l'étranger était super en termes de mental, on se sent vraiment au cœur de sa discipline dans l'inconnu. Surtout quand on a su, par la suite, que à l'instar de l'Allemagne, on n'a pas le droit de voler en Autriche non plus. Oups!

Salzburg fut une belle expérience, c'est vraiment un bel endroit pour se faire une idée de l'ambiance Autrichienne.

Entre Salzburg et Vienne se trouve la région des Lacs.

C'est une très belle région, très bucolique... des Lacs au milieu des montagnes, le tout saupoudré de petits villages typiques.

Nous passons quelque jours au milieu de ce paysage qui nous rappelle tant...

La Maison.

Les Autrichiens sont des architectes consciencieux.

Et ils rigolent pas avec les bouquins.

La preuve, ils leur construisent des Temples.

La bibliothèque de Saint-Florian, vers Linz, en est un premier exemple majestueux.

On m'a souvent demandé comment était l'ambiance de ces bibliothèques qui abritent des livres archaïques: la sensation, l'odeur ...

Voici donc une description, qui selon moi se retrouve dans toutes les vieilles bibliothèques que j'ai pu faire, donc à Rome, et ici, en Autriche:

La salle tant recherchée est généralement close, aussi bien par une porte fermée à clef que par des rideaux occultant. Ainsi, une lumière tamisée enrobe la pièce, lui procurant une atmosphère sereine.

Tout est calme.

Si calme...

Seul le bruit de tes pas résonne, faisant grincer le parquet. Ce son perturbe cette atmosphère d'infini immuable: tu as presque l'impression...de déranger.

La salle toute entière semble te murmurer:

《Silence.》

Tu tournes autour de toi-même et constate qu'effectivement, tu ne t'es pas trompé d'endroit. Tu es dans un royaume dont le Livre est le roi.

Il domine... de par sa quantité, certes, mais aussi de par sa présentation.

Des ouvrages de taille quasiment identique strictement alignés de long des étagères, si bien qu'il ne reste plus une seule place sur ces dernières. À croire que la Bibliothèque a été dimensionnée pour les accueillir...

On peut parler d'un Temple, car les emplacements sont minutieusement ouvragés. Les livres, classés la plupart du temps par ordre alphabétique, sont placés dans l'étagère surmontée de la lettre correspondante au nom de leur auteur. Ainsi, tout le pourtour et l'armoirie indiquant la lettre sont l'oeuvre d'une marqueterie stylisée, appartenant au courant baroque.

L'ensemble est d'une beauté mystérieuse, symbole d'un charme unique à ce genre d'endroit.

Des émotions ambivalentes envahissent alors celui qui s'invite au Temple: une sérénité certaine, oui, mais aussi un sentiment d'intrusion: celui de l'innocent au milieu du Savoir.

La frustration liée à l'interdiction de consulter ces livres est incommensurable pour des férus de lecture comme Luc et Moi, malgré notre respect infini pour ces ouvrages...

Parmis ces milliers de livres se cache forcément un secret, pas vrai?

À travers la chiche lumière, tu aperçois, au milieu des étagères... oui, c'est bien ça !

Des portes dérobées.

Des issues trompe-l'œil, déguisées en étagères pleines de livres.

C'est frustrant et exitant.

Pourquoi avoir besoin de portes cachées alors qu'il y a un portail principal pour accéder à la Bibliothèque?

Pour ajouter une touche d'authenticité à cette scène magique, des vieux escabeau et des escaliers discrets en colimaçon permettent d'accéder aux Savoirs les plus haut perchés.

Au sol, des globes se dressent sur le parquet. Des globes terrestres... et des globes célestes: je n'en dirai pas plus.

Enfin, pour parfaire le tout... il y a l'odeur.

Pas uniquement cette odeur de vieux livre auquel nous sommes accoutumés... elle est mêlée aux saveurs de bois, d'enduit et à l'odeur de la poussière recouvrant finement les couvertures.

De fait, l'ensemble qui se dresse devant toi n'est pas une salle.

C'est un Univers.

C'est du moins l'effet que me firent la Bibliothèque de St Florian... et la grande Bibliothèque Nationale d'Autriche, à Vienne.

Vienne, parlons-en !

Vienne, c'est l'apothéose de la philosophie Autrichienne: le goût de l'ouvrage, de la précision, de la propreté.

Les nombreux bâtiments flambants de type Haussmannien sauront charmer les amoureux des vieux bâtiments.

Cependant, parce qu'il faut bien l'avouer...

Le centre de Vienne est vérolé par le Luxe.

Vuitton, Chanel, Dior, Hugo Boss et consort tapissent les façades de leurs enseignes et de leurs vitrines avec une telle envergure que s'en est tout simplement vulgaire.

C'est moche et c'est puant.

Mais point d'inquiétude, cela ne concerne qu'un petit morceau de quartier... pour le reste, ça se passe ici.

Outre la Grande Bibliothèque dont je t'ai parlé plus haut, Vienne est célèbre pour ses musées.

Et s'il y en a un qui mérite le détour, c'est bien le Musée d'Histoire Naturelle.

Rien que l'extérieur est alléchant, pas vrai?

Et encore, t'as rien vu.

L'intérieur du musée et la manière dont sont exposées ses pièces est travaillée...

À l'Autrichienne.

C'est le plus beau musée d'Histoire Naturelle que nous avons jamais fait, de par la diversité de ce qui y est exposé, et la manière dont c'est présenté.

Dans chaque salle, on peut admirer des fresques en rapport avec le sujet exposé.

C'est sublime.

Enfin, on ne peut pas aller à Vienne sans voir un concert de musique classique !

Ainsi, nous nous retrouvons le soir, à 20h, dans une magnifique église destinée à accueillir le Vienna Classic Ensemble, un quatuor à cordes, composé de deux violons, d'un alto et d'un violoncelle.

La musique classique possède une aura nullement égalée dans nos musiques modernes, bien moins contrastées en termes d'harmonie et de "piano/forte".

Une heure de magie acoustique.

Nous aurions voulu aller voir un Opéra dans le fameux Opéra de Vienne, mais malheureusement le coût d'une telle sauterie dépasse l'entendement (autour de 250 euros pour être bien placé).

En bref, Vienne est une ville où il est impossible de s'ennuyer pour qui aime la culture dans son ensemble.

Et en plus, on y mange de bonnes pâtisseries.

Ainsi, nous quittons l'Autriche pour de nouvelles aventures... Luc ayant, auparavant, essayé de nous pêcher un souvenir Autrichien.

En avant pour la République Tchèque !

- Épilogue Autrichien: changement de programme ? -

[Rappel des épisodes précédents : les pays du Nord n'ouvrant pas leur frontière au public avant la fin de l'été, nos deux baroudeurs durent faire une croix sur le Danemark, et surtout, La Norvège, pays phare de La Pérégrination. Ainsi, ils définirent un nouvel itinéraire.]

Alors que Grocamion filait comme un frelon le long de la route menant en République Tchèque, la petite baoudeuse regardait deux ou trois choses sur l'itinéraire des prochains jours.

L'Allemagne et l'Autriche leur offrirent de jolies merveilles, mais il est temps pour eux de continuer vers une contrée plus dépaysante.

Ainsi, elle tomba, allez savoir pourquoi...

Sur le site mis en place par l'UE, qui permet de vérifier l'ouverture des frontières.

Elle en profita pour faire un dernier Check sur la République Tchèque, puis, allez encore une fois savoir pourquoi...

Elle jeta un coup d'oeil sur quelques autres pays, dont...

《Oh, oh, Luc. La Norvège ouvre. Bordel, je crois que la Norvège ouvre demain. Ils avaient pourtant dit pas avant la fin août !》

L'information fût si surprenante qu'elle la vérifia 3 fois.

《- Ça change tout là.

- Ouais.

- Tu crois qu'il y a des Ferry ?

- Ouais, mais de Pologne ça coute une blinde.

- Et par le Danemark? Ils ont ouvert eux ?

- Attends je regarde. Mouais. C'est chaud... c'est chaud mais j'pense que ça passe. Ça peut pas être pire que le Turkménistan, et puis ça vaut le coup. Tu sais quoi ? J'arrive plus à réfléchir. Il faut qu'on se pose et qu'on s'organise. Allons trouver un café quand on sera en Tchéquie. On se pose et on avise du changement de programme. 》

À suivre...

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Publié le 22 juillet 2020

- Prologue: Porte ouverte vers la Norvège -

Bon les amis, il s'avère qu'avec toutes ces péripéties, ce voyage se transforme en véritable expédition !

Ainsi, notre décision est prise.

Nous allons essayer d'aller en Norvège.

Je dis 《essayer》, car ça va pas être évident.

Le Danemark se la joue en mode Turkménistan avec les frontières, il faut être bien renseigné, et posséder des justificatifs. La situation peut changer très rapidement en Norvège également, d'après les dires du ministère de jesaisplusquoi.

Mais le jeu en vaut la chandelle.

La Norvège représente pour nous un Eldorado.

Qui ne tente rien n'a rien, c'est d'ailleurs peut-être pour cela que nous faisons parti des très rares étrangers dans les pays que nous avons traversés.

Nous sommes tout seuls la plupart du temps.

Ce qui est extraordinaire pour nous, mais un peu moins génial pour - à titre d'exemple - les commerçants de Prague qui voient 90% de touristes en moins cette année, et qui sont en train de mourrir. C'est limite si certains d'entre eux ne nous faisaient pas des gros câlins en nous voyant arriver.

Enfin bref.

Impossible de dire impossible, soyons précurseurs.

On verra bien... vive l'Aventure !

Par cette introduction, tu comprendras pourquoi nous avons été très rapide en Tchéquie.

Le temps était compté, tu comprends...

Mais j'ai quand même une tonne de trucs à raconter, car c'est un pays formidable.

Je vais introduire par le plus caucasse, puisqu'on est dans le sujet. Qu'en est-il du Coronavirus dans les différentes contrées traversées par la Grande P. ?

En Allemagne et en Autriche, c'est comme en France. En Autriche, c'est un peu plus cool: pas de masque dans les restos ni dans les grands musées.

En Tchéquie... comment te dire.

Ils s'en foutent complètement.

Marché Français de Prague.

Comme tu peux le voir sur la photo ci-dessus, la vie a complètement repris son cours. Tout est ouvert, y compris les clubs nocturnes. Et surtout, pas de masque. Nulle part.

À noter quand même qu'ils ont comptabilisé 400 morts seulement dans le pays.

Ainsi, notre voyage en Tchéquie nous a permis de constater une réalité incontestable:

Si le masque et la distanciation sauvent certainement des vies, ils tuent incontestablement le lien social.

Le sujet n'a aucune vocation à être polémique: nous l'avons vérifié par expérience.

C'est un fait dont on ne s'aperçoit, bizarrement, que lorsque la vie retourne à la normale.

C'est quelque chose que j'ai du mal à décrire, mais ça crève les yeux. Dans le comportement des gens, des commerçants... la liberté de mouvement, et tout ces réflexes sociaux naturels que nous nous efforçons d'effacer... pouvoir observer de près un grand sourire inconnu sans le deviner par le plissement des yeux... les gens parlent davantage, et plus fort aussi.

Toi aussi, tu t'en apercevras quand nous serons dans la même situation en France.

Enfin bref.

La Tchéquie !

Nous avons commencé par visiter le village de České Budějovice. C'est un très joli village médiéval qui donne un bon avant goût du pays. La campagne est extrêmement sauvage, les forêts sont sublimes, et les villages de la bohème sont bien pittoresques.

Ce qui nous a beaucoup plu, en Tchéquie... ce sont les Tchèques.

Bien plus détendus que les Autrichiens et les Allemands (de manière générale hein, je te parle de l'ambiance qui règne en société, pas des individus), ils sont discrets et souriants. C'est vraiment agréable, une population comme ça. Ils sont assez peu pudiques: ils se baignent n'importe où, mangent parterre sans problème...

Ça se rapproche un peu plus de notre esprit Hippie si tu vois ce que je veux dire.

En République Tchèque, j'ai fait connaissance avec ma capitale étrangère préférée, à égalité avec Rome, mais dans un tout autre style:

Prague.

Prague est un ville emblématique de l'Art de vivre Tchèque. Je dirais même plus: c'est l'allégorie de leur façon d'être, dans ce que cette ville possède 《d'hétéroclyte》.

Je ne sais par où commencer...

Prague est une ville colorée. De nombreux toits sont surmontés de clochers, les architectures sont travaillées, les encadrements délicatement sculptés...

Les tout offre un spectacle adorable depuis les rues pavées. On s'y perd, dans Prague, toutes les rues se ressemblent, immergeant ainsi ton cerveau dans un monde citadin bucolique et coloré.

On a une sensation de légèreté dans les rues de la vieille ville.

Une ornementation belle, simple, pas trop chargée.

On n'en demande pas plus.

Prague est une ville d'Histoire. Y compris, étonamment, dans le domaine de l'Astronomie.

Ainsi, tu pourras observer, au centre de la vieille ville, une superbe horloge astronomique.

Dans un autre bâtiment, caché au cœur de la ville, se trouve une tour, dont l'intérieur servait de laboratoire aux astronomes.

Luc et moi étions aux anges. Visiter cette tour, qui surplombe toute la ville... en pleine tempête.

L'orage vint sublimer la visite: à la fois fascinant et angoissant...

Dans ce même bâtiment, tu trouveras la Bibliothèque Clementinum, la plus grande du pays. La Tchéquie n'a pas à a voir honte devant ses voisins autrichiens, la salle est sublime.

La photo n'est pas de moi, c'était interdit.

Passons au nerf du sujet... combien ça coûte de manger un morceau ou de boire une bière là-bas ?

Pas grand chose...

La pinte de blonde coûte 2 euros environ.

Par contre, soyons clairs tout de suite: à l'instar de l'Allemagne et de l'Autriche... on parle d'une Pils très légère en goût et en alcool. De celles qui font gonfler ton ventre comme un ballon.

Par contre, on mange super bien là-bas. Nous avons pu observer que les hommes Tchèques sont du genre ultra costaud. Le genre de mec a qui t'irais pas piquer son portable si tu vois ce que je veux dire.

On a compris d'où ça venait.

Regarde-moi ce qu'ils mangent au déjeuner:

C'est absolument excellent... mais voilà, t'as compris que ça fait trois repas en principe.

Mais bon, vu qu'on est du genre à rien gaspiller... on a fini par agoniser en déambulant dans les grands jardins de la ville.

Ainsi, par hasard, sur une petite place, nous découvrons un vieux château abritant un labyrinthe de miroirs.

La photo est moche mais il m'a foutu une trouille dantesque à ce moment là.

Le château cache aussi une grande fresque retraçant une scène macabre de l'histoire de la ville. Cette fresque est frappante de par ses détails et la réussite de ses reliefs.

Le tenancier nous en apprend plus sur l'histoire de la ville, et conclut en nous avouant que nous sommes les premiers étrangers qu'il aperçoit depuis le début du déconfinement. C'est le choc: Pragues est une des villes les plus touristiques d'Europe...

Un autre commerçant nous dira également qu'ils ont constaté 90% de touristes en moins...

Tu imagines leur détresse ?

Pourtant, ces derniers gardent la tête haute, et continues à proposer, dans les bars et restos, des concerts tous les soirs. C'est vraiment une particularité de Pragues: ils semblent adorer la musique live, si bien qu'elle est au centre des événements nocturnes.

Les concerts... et, un peu plus tard, les fameux clubs de Pragues.

Les clubs de Pragues sont en quelque sorte de grosses boîtes de nuit, mais très réputées dans le monde. Ainsi donc, nous nous mettons à la recherche d'un club où l'on écoute du Rock et du métal...

Nous demandons à un serveur.

Ainsi, voici ce qu'il nous répond:

《There is The Vzorkovna. This is realy weard. But in the good sense of weard.》

Un club souterrain bien glauque et bien underground ?

C'est tellement parfait.

Quand tu te rend dans le mystérieux lieu, tu remercies ton GPS. Genre vraiment. Même la porte de tes toilettes est plus visible que celle de ce fichu Club.

On dirait un truc de mafieux.

Je vais essayer de te mettre dans l'ambiance de cette super soirée trop bizarre qu'on a passé.

Je pense que le fait que nous n'avons pas l'habitude d'aller en boîte apporte aussi à l'aspect unique.

Donc, je disais. Tu passes la porte dérobée, et un homme t'attend derrière une sorte de porte de prison. Déjà là, hors période coronavirus, je pense qu'on aurait pas passé l'entrée. Il y a généralement, à cette heure là, une attente interminable devant le Club (on n'aurait eu un peu moins de mal à le trouver du coup!). Nous lui donnons de l'argent, et il nous ouvre la porte de prison. Nous descendons un escalier.

Pas de vigile, pas de fouille de sacs.

Bizarre.

Arrivé en bas des escaliers... tu aperçois que le club n'est pas une grande salle avec une scène.

C'est un labyrinthe.

Un labyrinthe de salles et de couloirs à thèmes, avec une décoration très chargée, des murs très colorés...

Une vrai boîte 《underground》, comme dans les clips de métal ! Tu passes un moment à faire le tour du propriétaire, à observer les innombrables graphes sur les murs etc.

Dans la dernière salle, entièrement ornée de mobilier en métal et de chaînes pendantes, le tout baignés dans une lumière verte, se trouve...

Une scène. Avec un vrai concert acoustique, des gens debout en train de danser...

Un truc comme je n'en n'avais pas vu depuis février. Luc et moi sommes des amateurs incontestable de musique live: toujours un concert à droite à gauche...

Punaise, ça nous a vraiment manqué.

Tu profites de ce moment comme si c'était la première fois... je n'ose te décrire la dose de dopamine que libère ton corps à ce moment là.

C'était trop bien.

Je sais que ce genre de détail paraît insignifiant, mais c'est tout ce qui fabrique la quantité astronomique d'émotions que tu peux ressentir en une simple journée de découverte.

Magie du voyage...

Cela, cumulé au fait que nous avons passé la soirée, jusqu'au petit matin, à discuter avec un Anglais, un Belge, un Calédonien, un Italien, un Espagnol...

La barrière de la langue se détruit sous le poids de la bière et des coktails douteux.

Ça fait du bien de parler à des étrangers baroudeurs et itinérants comme nous.

Ça montre que quelque part, on n'est pas si tarés que ça, avec notre voyage en pleine pandémie.

Ou alors, y'a plus de tarés qu'on pourrait le croire.

5h du matin, tout le monde dehors, et toujours pas de vigile:

《We don't need it -me dit le monsieur à l'entrée, we have the Dog.》

J'avais effectivement remarqué un espèce d'Ours Blanc déambuler tranquillement dans le Club toute la soirée.

Oui oui, le chien a une iroquoise. 

Effectivement... pas besoin de vigile.


Nous partons de Prague le lendemain avec de beaux souvenirs, beaucoup de parties de rigolade, et un mal de crâne des ténèbres.

Hé Ho, toi là, le baroudeur en devenir. Pragues, ça vaut vraiment le détour.


Nous quittons la République Tchèque dans la foulée... car on a rendez-vous avec la Nature Sauvage, le poisson, et le paquet de pâtes à 5 euros...

La Norvège !

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Ainsi, tu l'auras compris, l'ouverture de la frontière Norvégienne a légèrement contrecarré nos plans. Nous comptions passer l'été en Europe centrale, et finalement...

Le Karma a joué en notre faveur.

Mais ceci n'est pas immuable, c'est plus une éclaircie dans un ciel blindé de cumulonimbus.

Laisse-moi t'expliquer l'enjeu de la chose.

Pour aller en Norvège à moindre coût, ce qui représente déjà un certain coût, nous sommes obligés de prendre un ferry depuis le Danemark.

Un petit malin va forcément se dire qu'on peut passer par Copenhague, puis par la Suède, ce qui évite le coût exorbitant du ferry.

Oui mais non.

La Suède fait parti des pays où le virus est encore actif, et, de fait, la Norvège impose une quarantaine aux frontières, voir même refusent, je ne sais plus. Quoi qu'il en soit, cela revient au même pour nous: t'imagines le prix d'un AirBnb en Norvège pendant deux semaines ?!

Nous devons donc pouvoir entrer au Danemark pour aller en Norvège.

Cette dernière est ouverte à certains ressortissants Européens, dont la France et le Danemark, sans conditions.

Ça, c'est cool.

Peu importe ce qu'ils prennent en compte (ta nationalité ou ton point d'arrivée ? C'est jamais clair), on est tranquilles pour la Norvège.

Le Danemark est ouvert à une liste de pays Européens mise à jour chaque semaine. Et sur présentation d'un justificatif d'au moins 6 nuitées sur le territoire OU, dans le cas d'un transit vers un autre pays, un justificatif que les autorités jugent valable.

Ça, c'est vachement moins cool.

Il est évident qu'avec Luc, nous choisissons l'option du transit, avec pour justificatif le billet de Ferry que nous avons réservé entre le Danemark et la Norvège. J'ai appelé la police locale, et apparament, ça devrait peut-être passer.

On a forcément toujours le doute. Ils préfèrent des justificatifs d'hôtel que nous n'avons pas, évidemment.

Nous sommes le vendredi 18 juillet. La carte Danoise sera mise à jour le 24 Juillet. Dans la prochaine carte, il se peut que la France ne fasse plus parti des pays acceptés: en effet, allume ta télé et regarde comme nos médias sont alarmistes. Notre premier ministre a déjà concocté un plan éventuel de reconfinement rien que pour toi, et de fait, on est en train de foutre les pétoches aux autres pays, forcément.

Enfin bref.

Donc, on a une fenêtre d'une semaine, au risque de voir la frontière Danoise se fermer la semaine d'après.

On a trouvé, à l'arrache, un ferry pour l le Mercredi 22 juillet.

Pile poil.

On a notre justificatif pour la Danish police.

Y'a plus qu'à monter là-haut, et à tenter le coup.

Je t'explique tout ça pour bien saisir la complexité de la situation. Parce que c'est mon seul carnet de voyage, et que je veux bien me souvenir de comment un minuscule petit virus m'aura pourri la Grande P... et comment la Grande P. lui aura botté les fesses !

Donc c'est parti pour plusieurs journées de route. Sortie de la République Tchèque, re-Allemagne (c'est quand même la troisième fois qu'on traverse une frontière vers l'Allemagne, depuis trois pays différents, le tout en un mois !), où l'on reste quelques jours.

Nous nous sommes posés dans la ville de Flensburg, tout au Nord du pays, pour attendre le jour J.

Ces quelques jours d'attente nous ont permis de nous concentrer un peu sur le camion. Souviens-toi mon petit poisson, nous étions allés dans un garage pour faire changer nos courroies, et le garagiste nous avait expliqué que l'étrange 《clac-clac》du Gros était dû au vieillissement d'une pièce interne du moteur, la tête de culbuteur. Sachant que généralement, la réparation d'une pièce interne du moteur coûte... le prix du camion, ou à peu près, tu comprends que c'est un peu emmerdant. Donc nous prenons extrêmement soin du moteur (préchauffe, niveaux, vidange tous les 6000km, pas au dessus de 80km/h etc.), en attendant que le Gros finisse tranquillement sa vie de baroudeur.

Sauf que voilà.

C'est-à-dire que tout observateurs qu'on est, nous avons remarqué que le 《clac-clac-clac 》 quasi-permanent provenant du moteur semble fortement s'accentuer au cours et après un freinage.

Bizarre pour un problème moteur.

Alors on s'est transformés en mécanos du dimanche. Après 15 vérifications des différents symptômes, une centaine de recherches sur internet et deux bonnes heures la tête dans le capot...

" - T'as vu Luc? On dirait qu'il y a une fuite là. C'est de l'huile?

- Ouais. Faut qu'on sache où se trouve la pompe à vide sur le camion. "

30 minutes d'investigation enflammée plus tard... (quand je te dis mécanos du dimanche, je rigole pas. On n'y connait a absolument rien avec Luc. On regarde internet et la revue technique du camion. Et on avise.)

...On découvre que la fuite, ainsi que le 《clac-clac》 semblent bien provenir de cette pompe à vide.

Le problème, c'est que le fameux garagiste nous avait assuré que ça ne venait pas de là.

Mais on a pas mal de symptômes, bruit au freinage, pédale de frein dure...

Allez, on arrête de papoter, on file au garage pour voir ce qu'ils en pensent.

Deux garages plus tard, bah devine.

Ils parlent eux aussi de la pompe à vide !

En bref, ça veut dire que notre pépé-moteur se porte pas si mal, et qu'on a affaire à un problème facile à régler, et qui ne représente pas une urgence absolue. La seule difficulté consiste à trouver un garage à l'étranger qui veuille bien s'en occuper.

[Plus tard, toi et moi comprendrons que c'est loin d'être simple... c'est même très compliqué. Mais c'est pour un prochain épisode...]

Enfin bref, suite à cette aventure, Luc et moi avons beaucoup appris sur le fonctionnement d'une voiture... et surtout, on a appris beaucoup de vocabulaire automobile en Anglais (et même en Allemand, j'y crois pas !).

Ainsi, tu comprendras que les quelques jours d'attente en Allemagne sont passés bien vite.

Nous sommes la veille du départ du Ferry pour la Norvège. Il est temps de résoudre une bonne fois pour toute LA question épineuse.

Nous allons tenter de traverser la frontière Danoise.

Réveil à 1h30 du matin: un café et c'est parti. Arrivée à la frontière Danoise, la boule au ventre, à 3h.

Faut que ça passe.

Nan sérieux.

C'est obligé que ça passe.

Non ?

On arrive devant le poste de douane, Grocamion rangé comme dans un magazine IKEA, Luc et moi sapés et coiffés comme les mannequins sur les canapés du même magazine. J'ai même pensé à mettre de l'anticerne, mais je me suis dit que ça serait abusé.

Passeports, preuve de transit au Danemark (c'est là que le bas blasse: théoriquement, ils demandent une preuve de séjour, soit des logements en Norvège. Hors nous, nous n'avons que le ticket de ferry)...

Il consulte son ordinateur pendant un temps qui me semble démesurément long...

Puis BIM, un grand sourire, un "Have a good trip" et vas-y qu'on file avec la Gros avant qu'il change d'avis.

On a réussi !

On aurait adoré se réjouir de tout notre saoul, mais on était épuisé, au milieu de la nuit, et il restait une longue route à faire jusqu'au port.

Genre rien que tout le Danemark à traverser.

Allez, au lit les baroudeurs.


Nous traversons d'une traite le lendemain... jusqu'au fameux port de Hirtshals.

On y est. C'est la dernière ligne droite jusqu'à la Norvège.

23h35, après deux heures d'attente, le ferry démarre.

23h45, on a constaté que la dernière ligne droite... n'allait pas être si droite que ça.

Au sens propre du terme.

Je vais tenter de t'immerger dans ce spectacle vivant quelque peu caucasse.

Ainsi, comme je le disais, le ferry démarre. Il atteint une vitesse conséquente au bout de dix minutes, environ 37 nœuds, soit 70 km/h.

Le capitaine nous apprend au micro que le navire fend la bise, allant au devant de vagues de 4m de haut.

Oui, des vagues de 4m de haut... à 70km/h.

Est-ce que tu sens, toi aussi, à quel point le navire tangue ?!

Si ce n'est pas le cas, laisse-moi un peu illustrer la chose.

Les gens se cassaient la figure dès qu'ils se déplaçaient. Tous.

Même les bouteilles de Cognac du DutyFree n'ont pas tenu le choc.

Ainsi, les gens chancelaient dans un fracas de verre brisé.

Au départ, ces derniers avaient une expression mi-figue mi-raisin: un sourire d'enfant espiègle mélangé à une lueur d'inquiétude dans leurs yeux, lorsque le bateau frappait les vagues d'un bruit sec et profond.

À peine une dizaine de minutes s'écoulèrent...et l'ambiance changea du tout au tout.

Il n'y eu plus un bruit dans le navire (à part les bouteilles du DutyFree qui continuaient inlassablement à se cogner les unes contre les autres, quitte à toutes finir par terre), plus un rire, rien. Seuls quelques enfants pleuraient. Ce silence morne me sortit des brumes du sommeil, et alors je m'aperçus que...

《Wouah, ça tangue sacrément là. Punaise, j'suis ultra nauséeuse.》

Nous avons tous un don de la Nature. Une particularité physique, un petit plus que les autres n'ont pas. Certains sont d'une beauté épatante. D'autres ont une calligraphie merveilleusement belle. D'aucuns sont souples, forts...

Bah moi, la Nature m'a doté d'un foie en béton armé. J'y peux rien, j'ai le coeur qui reste accroché peu importe les circonstances.

Ainsi, tu comprendras que lorsque je me suis aperçue que je commençais à être bien malade...

Tout le bateau était à l'agonie.

Je déconne pas.

Luc a appelé ça: Concerto pour Vomi (vous connaissez son attrait pour la musique classique - et la poésie accessoirement).

Je tourne la tête vers l'intéressé, justement.

Plus blanc que l'écume des vagues.

Le pauvre n'a pas le même don de la Nature que moi.

Notre ami Luc a passé les deux pires heures de sa vie de marin.

Moi ? Je me suis rendormie.

Bref, on est sorti de cette affaire à peu près vivants, la tête bourrée de questions métaphysiques:

《Le capitaine était-il un sadique ? Pourquoi fallait-il aller aussi vite ? Les Norvégiens ont-ils un morphotype "foiedeguerrier" eux aussi ? 》

Nous découvrirons peut-être la réponse lors de notre périple, qui sait.

Nous sommes enfin arrivés en Norvège.

Je savais que j'arriverai à la caler au bon moment, celle-là ;)

Je conclue cet article sur l'explication de son titre - j'ai bien vu que ça te turlupinait.

Il y a quelques semaines, nous étions sur notre barque à bord du Königsee, en Allemagne. À ce moment là, l'idée même de pérégriner en Norvège ne nous traversait pas l'esprit: ils n'ouvraient pas officiellement leurs frontières avant la fin de l'été, ce qui faisait trop tard pour nous. Bien que nous soyons d'infatiguables boute-en-train, l'impossibilité d'aller en Norvège nous avait mis un sacré coup sur le moral.

Bref, nous nous sentions tout de même en paix sur ce Lac, savourant le soleil timide du milieu de matinée.

Nous admirions les falaises abruptes et austères plongeant dans les eaux calmes... à la manière des fjords.

Assise à la proue de la barque, je me tournais vers Luc, qui ramait derrière moi. Haussant les épaules, je lui lançais joyeusement:

《Aaaah Luc, regarde comme c'est beau. Ça fera un peu comme si on était allé en Norvège, non ?》


... Tu ne croyais pas si bien dire Olenka.

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Publié le 17 août 2020

《Quand j'écrivis les pages suivantes, ou plutôt en écrivis le principal, je vivais seul, dans les bois, dans une maison que j'avais bâtie moi-même, au bord de l'Étang de Walden...》 Toute première phrase introduisant l'ouvrage Walden, Henry-David Thoreau.

À l'instar de Thoreau, nous vivons pleinement l'expérience d'un quotidien dans une cabane. Si la sienne était faite de bois et de clous, la notre est faite de tôle et de roues.

Malgré les différences de ces deux expériences, la philosophie qui en découle est exactement la même. Laisse-moi t'immerger dans la vie que nous menons depuis maintenant trois mois... Le quotidien d'un voyage en Van.

Mettons nous tout d'abord d'accord sur la sémantique: comme ça, pas d'embrouilles. Un Van n'est pas un camping-car. Selon moi -et c'est plutôt subjectif- la frontière entre les deux se situe au niveau de ce que tu peux réaliser dans l'habitacle. Si tu peux être debout, faire la cuisine convenablement et faire tout ce qui touche à ta toilette (douche, WC etc.) dans ton habitacle, alors tu possèdes un camping-car. Pas un Van. Je précise cela parce que justement, ça a toute son importance. Tu verras pourquoi. Ensuite, il s'agit de ce que le mot "Voyage" implique dans le sens de la Pérégrination. Ce ne sont pas des "vacances" au sens commun du terme. C'est un quotidien, avec des contraintes inhérentes au voyage en itinérance. Dans le sens où tu ne réfléchis pas de la même manière quand tu passes trois semaines de vacances dans ton Van, ou quand tu y passes neuf mois. En vacances, tu peux te permettre de faire l'impasse sur des choses que tu ne peux pas ignorer quand tu restes dans le temps. Dans tous les cas, ton véhicule incarne ton chez-toi. C'est tout ce que tu possèdes: ta vie pour neuf mois se trouve là-dedans. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça fait bizarre. Et que... Cet état de fait nous procure une sensation de liberté enivrante.

Nous sommes libres comme jamais nous ne l'avons été auparavant.

...Libres car légers.

Mais la liberté a un prix, n'est-ce pas ? Évidemment l'ami.

Le prix à payer, en contrepartie, c'est le confort et la sécurité. La contrepartie, c'est une forme d'abnégation, d'acceptation du sacrifice par un travail sur soi. Un travail qui a pour but d'inhiber la Peur. Toutes les craintes doivent être écartées, dans ce qu'elles possèdent d'anxiogène et de paranoïaque. Ainsi, nous n'avons pas l'esprit parasité par ce sentiment d'insécurité, ou de manque de confort: nous agissons au mieux, au plus intelligent (on l'espère du moins), en permanence. 《La peur n'évite pas le danger.》

Le résultat final est exaltant: tu es libre, car léger, et tu es libre car libéré de tes peurs obscures.

... L'Esprit du baroudeur, le vrai.

Sur cette base se construit notre quotidien. Et parmi ce quotidien... Il y a les journées de pluie.

Le pouvoir d'un bon café fumant contre la morosité pluvieuse...

Le genre de journée maudite pour un voyage en Van (et beaucoup plus simple avec un camping-car!).

Coincé durant une petite éternité dans ton 2m², le temps est pourtant compté: quelques heures de pluie suffisent à remplir l'air intérieur d'une moiteur insupportable. De celles qui collent à la peau, et qui rend ton esprit maussade. Sans parler des moments où tu dois sortir, où tu trempes tes vêtements que tu fais sécher dans ce même intérieur déjà saturé en humidité.

《On s'casse ?》

Cette question rhétorique apparaît au moment où le seuil de tolérance psychologique a été dépassé. Il nous faut partir, pour deux raisons. La première est un bon vieux biais cognitif: partir physiquement nous remonte automatiquement le moral - on avance vers l'inconnu ! Et en même temps, nous avons l'impression de fuir la pluie. Alors que c'est complètement faux la plupart du temps. En fait, ça nous occupe avec un nouvel objectif: trouver un chouette endroit où se poser malgré ce temps grisouilliou. La deuxième raison est quant à elle, pour le coup, très cartésienne: rouler égal chauffage. Chauffage dans l'habitacle égal... abaissement du taux d'hygrométrie et séchage des vêtements/chaussures. Voilà pourquoi parfois, nous nous retrouvons en train de rouler sous une pluie battante, le chauffage à fond, les fenêtres entrouvertes et... en sueur. Donc à l'avenir, si tu croises un Van sur la route avec des propriétaires à moitié à poil dans l'habitacle alors qu'il pleut (oui, ça arrive souvent si on y prend garde)... tu sauras pourquoi.

Luc étudiant sous notre tente de haillon, au cœur d'une nuit orageuse.

Parmi le quotidien aussi... Il y a les moments où le camion... Voilà quoi.

Mon Gros est un fidèle destrier, mais il nous a fait de sacrées frayeurs. Je peux citer comme exemple la frayeur Autrichienne. Alors que je conduisais sur le périphérique de Salzbourg, un bruit atroce retentit sous le camion. Le bruit se maintenait, et je commençais à me demander si le camion allait pouvoir tenir jusqu'à la prochaine sortie. Heureusement, cette dernière se présenta très rapidement. Warnings, gilet jaune, on s'arrête à l'arrache, le cœur battant et les mains tremblantes, pour constater les dégâts. On passe la tête sous le camion et...

《- Wouah, putain c'est quoi ce truc ?! Luc, regarde, on dirait... un énorme tournevis ?》

Une pièce métallique pendouillait entre le carter et le sol. Luc la retire.

[À savoir qu'une semaine plus tôt, on avait envoyé le camion au garage pour faire la courroie de distribution. Tu crois que le garagiste a oublié quelque chose dans le moteur?...]

La deuxième frayeur subie à ce jour est un peu moins drôle. Nous étions sur la route en Norvège, juste à la sortie d'un tunnel, Luc entreprend un virage à droite et...

《- Y'a plus de freins.

- Comment ça y'a plus de freins?!

- Le Gros freine quedale. 》

On s'arrête en urgence, repérant une petite aire de repos sur le bord de la route (aaah merci le Karma...), et comprenons vite qu'on a affaire à un gros problème. Hors de question de rouler jusqu'à un garage.

On est coincés.

Il était 16h. Après 15 appels à l'assurance, à l'entreprise de remorquage, au soi-disant garage qui en fait n'en était pas un, au concessionnaire WV à 50km de là, puis une nuit à se ronger les sangs... On se fait remorquer le lendemain à 9h du matin. La soirée et la nuit qui ont précédé le remorquage ont été très dures. C'est réellement le genre de moment où tu réalises que ce genre de voyage...

Tu ne le fais pas avec n'importe qui. Ça pourrait être ton meilleur ami, ton frère, ton chéri, peu importe. Il faut que ce soit une personne avec qui tu es persuadé que tu peux surmonter ce genre de problème: du style panne sèche perdu dans la pampa, en pays étranger. Tous seuls à psychoter: combien ça va nous coûter (on est en Norvège...), combien de temps ça va prendre pour acheminer la pièce cassée (on est en Norvège, encore une fois...), qu'est ce qu'on va faire pendant ce temps... est-ce que c'est réparable, au moins ? Toutes ces questions tournent en boucle pendant des heures. Mais s'il y a une question qui a bien une réponse, c'est:

《La Grande Pérégrination peut-elle continuer ? 》

Aucun doute là-dessus: je pense vraiment qu'à ce jour, il faudra nous passer sur le corps pour nous arrêter. Sans rire.

《Allez Luc, on met en œuvre le Plan d'évacuation...》

C'est une manière de dire que nous avions plus où moins prévu le coup de la panne sèche: c'est pour ça qu'on a pris un grand sac à dos, une tente, et du matériel de cuisine rikiki. Ainsi, nous avons préparé les sacs afin de continuer le voyage à pied pendant un certain temps: au moins, pas de problème de freinage dans cette configuration ! Les sacs sont prêts, et la remorque - pilotée par un Norvégien patibulaire mais professionnel - nous embarque. C'est parti pour une heure de trajet, assis dans notre camion lui-même sur la remorque.

Tableau dramatique, rehaussé par la fameuse bruine Norvégienne matinale.

T'as déjà fait cette expérience, avec un pilote qui va à Mac12 sur une route sinueuse où sa croise à peine, le précipice d'un côté ? En termes de sensations fortes, c'est mieux que le Parc Astérix, fais moi confiance ! Luc était dans un état de panique...

《- Luc.

- Quoi ?!

- Arrête d'essayer de freiner, ça sert à rien. Et tournes pas le volant non plus.》

Arrivés au garage VW (vivants!), c'est reparti pour deux heures d'attente. Les mecs nous ont pris tout de suite pour le diagnostic. Luc tournait comme un lion en cage, si bien qu'il a appris par cœur le prix de toutes les voitures à vendre dans la concession. Moi? J'ai geeké sur un jeu d'énigmes qu'on avait sur le téléphone. Cela faisait quelques jours que nous étions bloqués sur trois énigmes, impossibles à résoudre malgré une détermination honorable...

Et bien ce jour là, vas savoir pourquoi, j'ai résolu les trois énigmes "insolvables" en trente minutes.

Tout d'une traite, easy. Cela m'a amené à une réflexion intéressante sur le stress. Il est évident que depuis la veille, Luc et moi étions dans un état de stress intense. Le stress est un sacré stimulant psychique: la concentration issue d'un individu stressé est sans doute beaucoup plus efficace que celle d'une personne calme. Cela explique peut-être pourquoi le stress a une forme addictive: on est incontestablement plus efficient, malgré les méfaits physiques liés au stress. De fait, quand on dit qu'une personne est stressée "par nature", on commet certainement une erreur. Cette personne ne l'est pas par nature, elle est soumise à l'addiction à la sensation d'efficience mentale procurée par le stress, au détriment de sa santé, et de l'agacement qu'elle produit autour d'elle. J'en sais évidemment quelque chose : je suis une boule de stress.

Où plutôt j'étais.

J'étais tellement stressée que je ne savais plus ce que c'était d'être dans un état normal. Cet état de "léthargie naturelle" inhérente à notre condition d'Homme. Nous sommes des lions par Nature, mais c'est facile de l'oublier, avec nos trains de vie. Je tâcherai de m'en souvenir à mon retour.

Enfin bref, donc je disais, nous patientons, suspendus aux lèvres du garagiste... jusqu'au moment du verdict. Et ce qu'il nous dit nous appris une chose importante: ce n'est pas de la faute de notre pauvre vieux camion, toute cette histoire. C'est de la faute du garagiste d'Albertville... et un peu de la notre aussi. Nous avions fait changer les kits de tambours avant de partir, et le garagiste a fait n'importe quoi. La conséquence, c'est qu'un des ressorts de rappel du tambour arrière gauche n'a pas tenu le coup (la pièce était entière, mais elle traînait à l'intérieur). Cela a entraîné, au bout du compte, une perte complète du système de freinage. Mais alors, en quoi est-ce de votre faute ? Parce que ce serait mentir que de dire qu'on ne l'avait pas vu venir. La roue arrière gauche émettait un bruit bizarre de temps en temps, assez rarement. Nous l'avions soulevée, tapé le tambour au marteau et testé le freinage. Ça fonctionnait et le bruit disparaissait. On voulait attendre de sortir de Norvège pour amener le Gros au garage, car tout coûte beaucoup trop cher ici.

Elle est là, l'erreur.

L'idée qu'un seul tambour puisse faire dysfonctionner tout le freinage de la voiture nous paraissait impensable. Mais au fond, qu'est-ce qu'on en savait ? Les conséquences de cette ignorance auraient pu être dramatiques, si c'était arrivé en descente, sur une route où deux véhicules croisent difficilement avec un précipice en bordure de Fjord, soit la quasi-totalité des routes que nous avons faites. Donc ça, les deux baroudeurs, on recommence pas, capiche ?!

Nous sommes sortis deux heures plus tard avec mon Gros en pleine forme, avec tous ses ressorts de rappel en place. Et sacrément soulagés aussi. Même si ça n'arrive pas souvent, cela engendre un stress énorme: ce n'est pas seulement ta voiture qui déconne... c'est aussi ta maison.

Mais tous ces désagréments sont largement supportables, lorsqu'un critère prépondérant du confort primaire est rempli: la qualité du sommeil. On dort comme des bébés. Que ce soit en bas ou sur la tente de toit, je n'ai personnellement jamais aussi bien dormi. Peut-être est-ce le fait d'être en contact étroit avec ton environnement, de changer tous les jours ce même environnement, de ne pas être dans un espace clos... où tout simplement de ne pas avoir de source de stress.

Dans tous les cas, nous dormons en moyenne une heure de plus par nuit que la normale. À croire que la vie en van demande plus de repos...

Enfin, je pense que ce sommeil paisible n'est possible que parce que nous n'avons pas d'écran. Nous n'avons comme accessoire électronique que nos radios de parapente, un smartphone partagé avec 15Go d'internet à l'étranger (donc autant te dire que pour la vidéo longue durée c'est compliqué), notre radio CD une enceinte portable pour la musique.

Et devine, on s'en sort parfaitement bien sans.

La télé 4K de la tente sur le toit.

Mais si on s'en sort si bien... C'est parce que nous transportons avec nous une trentaine de livres. Rien que ça, me diras-tu. Et bien moi, je crois que ça va faire un peu court si on continue à ce rythme. De fait... nous chérissons chaque page. L'abondance de livres dans nos maisons dénature quelque peu la valeur de ces derniers. On se permet de les lire vite, parfois un peu de travers... Ici, dans ce camion, chaque livre est un trésor consommable. On les dévore avec parcimonie, avec une gourmandise à la fois vorace et guindée... ils nous accompagnent par monts et par vaux, et nous les apprécions comme jamais.

... J'adore cette vie.

Parmi le quotidien... il y a les changements d'habitudes. Je crois que nous nous sommes adaptés à beaucoup de choses assez facilement. Il n'y a qu'une chose qui fait sérieusement défaut à notre moral.

La nourriture.

Non pas que notre matériel ne nous suffise pour préparer de bons petits plats- regarde mon cuistot à l'oeuvre...

[L'équipement rassemblant les plaques au gaz que Luc utilise à été baptisé "Rukutu" par le constructeur. Nous l'avons renommé, nous et notre humour type second degré douteux, 《Rukutu foudre de guerre》, suite à la fulgurante efficacité dont il fait preuve depuis le début du voyage. Entre lui et la vitesse de pointe du Gros à 80km/h, faut avoir le temps, moi j'te le dis.]

Non, nous avons tout ce qu'il faut pour cuisiner, y compris le temps. Le problème, c'est la matière première... à l'étranger. Allemagne, Autriche, République Tchèque, Danemark, Norvège... Ils n'ont pas la même conception de la nourriture fraîche que nous. En particulier au niveau de la viande et du fromage.

On n'est pas difficile, mais là c'est Hard-Core.

À noter que je ne parle pas des spécialités locales ou des restaurants, qui sont excellents la plupart du temps, mais de certains tout-venant industriels que tu trouves partout dans les supermarchés. Des choses que les locaux consollent tous les jours quoi.

Nous nous surprenons régulièrement à dire tout bas: 《Vivement qu'on revienne à la maison, manger une bonne tartiflette》. J'te jure, on peut pas décemment s'adapter à leurs trucs quand on vient de France. Genre en Allemagne, ils piquent les saucisses de Strasbourg avec des seringues pour injecter un genre de Kiri immonde à l'intérieur. De sorte que quand tu découpes la saucisse, ça dégouline de partout.

Déjà visuellement, c'est pas dingue, tu comprends.

C'est encore pire au goût.

Et eux... bah ils adorent ça.

Des exemples tels que celui-ci, j'en ai... j'en ai trop.

Le grand champion de la catégorie, c'est le fameux Brunost Norvégien. Une genre de pâte à tartiner à base de lait de vache et de chèvre. On a cru que c'était du fromage. On a goûté... Et je te jure que le soir même Luc en a fait des cauchemards.

C'est terrible ce truc. Mais les Norvégiens, ils adorent ça, évidemment. Ils ont même donné une médaille du mérite à la personne qui l'a inventé. Du coup, on leur en a fait don, de bon coeur.

Bref, avec toutes ces péripéties... il nous arrive de craquer de temps en temps: savais-tu que le fromage Français est exporté partout ? En tête de gondole, le camembert Rustique et le Saint-Agur. Imagine les deux baroudeurs de l'extrême en train de baver devant le rayon fromage de dix centimètres du Liddl en Allemagne... Le mal du pays nous prend soudain, et vas-y qu'on vide le rayon.

Une fois cuisiné, ce fromage donne des saveurs culinaires originales, au travers de plats hétéroclites comme les Spaetzles (genre de gnocchis Allemands) au Saint-Agur, "légèrement" saupoudré de parmesan.

Ouais, c'est carrément abusé. Mais tu n'imagines pas la dose de dopamine que produit notre corps là maintenant:

Cela n'apparait pas forcément au premier abord, mais il faut être une vraie fée du logis, si tu veux que ton Van reste vivable. L'espace est limité, certes, mais chaque recoin est si important (et se salit tellement vite...), que tu passes un temps fou à tout faire briller quotidiennement. Sans compter que tout objet a sa place bien définie.

Et pour cela, tous les baroudeurs ont une arme fatale: la mini-balayette et la lingette désinfectante. Quand Olenka passe, la poussière trépasse. Luc dit que je suis névrosée avec ces machins là. Je crois qu'il a raison (mais surtout ne lui dites rien). Parce que grâce à ma maniaquerie compulsive, mon château de princesse a encore plutôt belle gueule, non?

Bon, parfois, au niveau de l'aménagement initial fait par Westfalia, ça marche pas toujours au top. Mais bon, il a 27 ans (ne l'oublions pas), et Luc-Manolo fait toujours des prouesses:

Ne JAMAIS partir sans une caisse à outil, de la colle forte, et du silicone. Conseil d'amie.
Le seul truc auquel on n'a pas pensé pour l'aménagement, c'est l'option Tankarville. J'entends mon père d'ici : "Baboooooose !! ".

On l'aime notre camion. Au risque de paraître un peu loufoques, il est devenu un membre de la famille en quelque sorte. On en prend très soin, faisant semblant d'ignorer que c'est un tas de rouille. On s'inquiète pour sa santé. On s'excuse sincèrement auprès de lui lorsqu'on lui fait subir une montée un peu trop raide. Chaque nouvelle journée, chaque nouveau kilomètre vaillamment parcouru, on lui voue une certaine reconnaissance... Ce vieux tromblon pourri nous prouve plus que n'importe quoi que notre rêve impossible est possible. Sa ténacité est un soutien sans pareil dans les moments où le courage semble nous quitter. Nous sommes sans doute des romantiques, des poètes ... des Néo-Thoreau si l'on peut dire.

Quoi qu'il en soit, il résulte de toutes les composantes de ce voyage en Van une sensation forte, extrême même, une sensation d'urgence... l'urgence de Vivre, de vivre pleinement.

Et ne pas aller trop vite en même temps - apprendre à vivre dans le présent.

À respirer l'air alentour, regarder autour de soi, sans laisser s'en aller ses pensées vers ce qui n'est pas là, droit devant nous. C'est un exercice difficile.

Les fondements d'une telle méditation sont dans la recherche de l'Équilibre entre l'avidité de découverte, d'aller toujours plus loin, et le Présent.

Où est-il, cet Équilibre, le point zéro de cette balance aux multiples plateaux, qu'il faut doser, chacun son tour, tout en gardant un œil consciencieux sur l'ensemble ?

L'Équilibre est quelque part en nous, parait-il. Je crois pour ma part qu'il se trouve où on ne le cherche pas.

Dans l'inconnu.

Vivre quotidiennement dans un endroit où tu n'es jamais allé, dont tu ne connais rien, dont tu aspires toute la composition et toutes les nuances avec l'innocence d'un enfant... voilà qui me paraît être un bon compromis entre la soif d'exploration du baroudeur, et l'Art de vivre du sage qui sait vivre dans le présent sans s'encombrer de pensées parasites. La route apporte des réponses insoupçonnées à ces questions fondamentales.

La preuve incontestable que ce voyage a du sens...

... Qu'il faut juste oser.

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Publié le 26 août 2020

Le 23 juillet, à trois heures du matin, nous débarquons en Norvège pour ce qui deviendra le plus beau road-trip jamais réalisé dans notre petite vie de baroudeurs.

Mais à ce moment là... nous ne le savions pas encore.

Ainsi, nous nous sommes laissés porter par le courant de la Route, à travers un itinéraire sinueux...

Parcourant les plus beaux Fjords Norvégiens.

Tout commence doucement au Sud du pays, entre Kristiansand et Stavanger, où nous plongeons tête baissée dans l'univers Norvégien. Tu sais, celui avec les grandes étendues d'eau et les petites maisons colorées si choupinettes.

Déjà, à ce moment là, on s'aperçoit que l'on a mis le pied en Terre Sauvage. La route semble posée là, au milieu de nulle part, menant on ne sait où...

Vers l'aventure, c'est certain !

Les reliefs sont encore modérés, et les fjords à taille humaine. Nous sommes immergés dans une Nature apaisante, accueillante même. Les lacs limpides ne font preuve d'aucune extravagance, il y règne juste une ambiance...

Tranquille.

Cette sérénité est contagieuse: elle s'insinue en toi et semble abaisser ton rythme cardiaque, fluidifier ta gestuelle et rendre ton esprit philosophe. Cet environnement n'est pas d'une beauté stupéfiante, ardente, de celles qui te laissent sans voix...

C'est d'une beauté infiniment profonde, de celles qui t'invitent tout simplement à garder le silence.

Comme un air de paradis.

Cet univers invite le voyageur à toucher du doigt simplicité joyeuse de la vie Sauvage, à faire des activités simples et proches de la Nature.

... Quel bel endroit pour pêcher son premier poisson, n'est-ce pas ?

Il n'y a rien de plus réjouissant que la fierté dans les yeux d'un Homme.

Cela dit, ce premier poisson, tel un caillou jeté dans un fjord, trompa momentanément notre vie calme et silencieuse. Il nous apporta un frisson d'aventures. Bah ouais mon pote, c'est mignon la poésie, mais maintenant, il faut le tuer, le bébé. Car oui, nous pêchons dans un objectif d'autonomie alimentaire, d'apprentissage de la vie sauvage quoi ! Mais on est tellement malins qu'on ne s'était même pas renseignés sur "comment ça se passe entre le moment où tu pêches le poisson et le moment où il t'attend dans l'assiette avec son petit citron et son échalote", si tu vois ce que je veux dire. Comme si l'idée qu'un jour, un poisson pouvait mordre à l'hameçon ne nous avait pas traversé l'esprit. Des fois, j'te jure...

Enfin bref, merci internet (oui oui, c'est pas très WildLife mais on était un peu dépossédés de nos moyens là). Résultat des courses, une heure plus tard... TADAAAA!

Ça a bon goût, la simplicité sauvage. Entre-temps, j'ai quand même eu un sacré ascenseur émotionnel: Luc venait de tuer le poisson, et retournait à la voiture pour aller chercher une bassine et de l'eau fraîche, me laissant ainsi seule avec... appelons-le Oscar, pour les besoins de l'histoire. Ainsi, je dégaine mon smartphone pour voir un peu comment il faut s'y prendre. Je comprends alors qu'il faut frotter les écailles d'Oscar dans l'eau pour lui enlever les impuretés. Je regarde l'eau, puis le regard de poisson crevé d'Oscar (excusez-moi l'expression...):

《Bon bah allez Pokahantas, il suffit pas de se la jouer Wild, faut mettre la main à la pâte à un moment donné, courage !》

J'enlève le leure du palais d'Oscar, en me disant que JAMAIS je n'arriverai à trouver ce truc appétissant, et à le manger.

Je le plonge dans l'eau, toujours écœurée et là...

J'ai eu un déclic.

Alors que je lui frottais vigoureusement le ventre...

《Il est bien dodu, ça a l'air bon...》

Il m'a donné faim. Mais pas le genre de faim que tu as lorsque tu achètes un bon poisson quelque part, où que tu vas faire tes courses. Une vraie faim.

Une faim sauvage.

Une faim on ne peut plus saine, de celles que l'Homme ressent lorsqu'il doit à lui-même ce qu'il a à se mettre sous la dent. C'est vraiment une sensation étrange. Une sensation qui mérite d'être ressentie au moins une fois dans sa vie. C'est à ce moment là que je fis une petite prière à la Nature, en guise de remerciement.

C'est également à ce moment là... que Oscar se mit à frétiller dans ma main.

《Oh putain c'est pas vrai, il est encore vivant.

[Quelques secondes plus tard]

LUUUUUUUUUUUUUUUC !!!!!!!! 》

(Voilà, il est là, l'ascenseur émotionnel.) Luc me retrouve donc les yeux exorbités, un couteau à la main en train (d'essayer) de couper la colonne vertébrale d'Oscar en répétant des gros mots en boucle, sous le coup de la surprise.

Heureusement, nous apprendrons plus tard que la pauvre bête était effectivement morte dés le premier coup, mais que les poissons ont des spasmes nerveux même bien après leur mort.

Marins d'eau douce...

Après ces premiers jours d'introduction à la Norvège, nous entrons dans le vif du sujet.

Le Royaume des Fjords Norvégiens.

Le relief plonge dans la mer avec un Naturel, une spontanéité si désarmante que l'on pourrait croire que le niveau de l'eau a augmenté soudainement.

Et c'est sauvage.

Si sauvage...

Encore une fois, seule la route, et quelques villages parsemés de ci de là viennent perturber la pureté et la monotonie du panorama.

Chez les Norvégiens, la voirie n'est pas une simple discipline, c'est un véritable Art de Vivre. Les routes longent le relief, si bien qu'on a parfois l'impression de léviter sur l'eau.

Parfois, la taille des fjords est si démesurée qu'une question est revenue très souvent au cours du périple:

《Heu... c'est un Lac où c'est un Fjord ça ?》

... Chacun sait que la Nature ne suit aucune règle. C'est pour cela qu'elle ne cesse de nous surprendre. Ainsi, on se surprend à observer un fjord à 80km de la côte... et à se baigner dans un lac dont l'eau s'étend à perte de vue.

Ce pays est un grand marais géant.

La Route serpente entre une infinité d'étendues d'eau parfois grandes, petites, entourées d'épineux, de feuillus, ou de cailloux, ou de moules sauvages, ou de falaises vertigineuses, avec une eau verdâtre, bleu turquoise, grise... ça n'en finit pas. On pourrait penser que le paysage est monotone au bout d'un moment ...

Mais nous n'avons pas passé une heure sans prononcer le mot 《Wow !》. Cette exclamation est devenue emblématique du road-trip en Norvège.

Cela dit, il y a, dans ce pays déjà absolument sublime, des merveilles à couper le souffle.

Littéralement.

[ Citation du Routard Norvège: 《oui, vous devez penser que c'est un peu exagéré tous nos superlatifs... mais c'est tellement justifié, vous verrez !》]

À l'instar du Routard, je n'arrive pas à sortir du champ lexical du merveilleux, de l'extraordinaire. C'est tout bonnement impossible d'aller en Norvège sans être subjugué par sa beauté.

Mais il y a, selon moi, des endroits qui... qui font quelque chose de plus. Je ne sais pas quoi, mais ce sont ces paysages qui viennent dans mon esprit lorsque je prononce le mot "Norvège".

Si je devais choisir un fjord...

Ça serait Naerofjord.

Mais attention, pas n'importe quel Naerofjord: je veux celui d'août 2020. Celui où tu peux l'admirer pleinement, tout seul, sur un bateau tranquille. Sans milliers de touristes. Sans bateau de croisière énorme. Sans bruit parasite. C'est une merveilleuse année pour voir la Norvège en plein été...

Quels petits veinards.

Si tu me demandais de choisir un Lac...

Ce serait celui d'Olden.

Avec l'option super camping pas cher qui te prête gratuitement des kayaks pour en faire le tour.

Un lac bleu (si bleu...), entouré de falaises verdoyantes, parfois fissurées par de hautes cascades. En arrière plan, le plus grand glacier d'Europe continentale semble se jetter dans le lac.

L'immobilité du paysage, seulement perturbée par le bruit des cascades environnantes est tout simplement revigorante. La température de l'eau aussi d'ailleurs...

Si tu me demandais une route...

Ce serait la Route 55.

Cette route débute sur la côte, puis longe le long de Sognefjord, le Fjord qui s'enfonce le plus loin dans les terres... Pour déboucher sur Lustrafjord, dont les photos se suffisent à elles-mêmes.

Ce fjord, dont les eaux turquoises subjuguent tes mirettes du matin au soir, abritent des marsouins... il suffit de prendre le temps de perdre ton regard parmis les eaux, au crépuscule.

Pour finir, toi et ton bolide graviront un col qui longe le plus haut sommet de Norvège.

Et là... attention les yeux.

《Regarde Luc, la route ressemble à une tagliatelle géante posée sur le flanc de la montagne...》

[Note du Routard: 《Quand vous calculez la durée hypothétique de votre itinéraire en Norvège, faites deux hypothèses quant au temps de route: une optimiste et une pessimiste. Prenez la pessimiste, et multipliez la par deux. Et vous serez à peu près bon.》 Rien à dire, c'est pure vérité. Merci du conseil.]

Si tu me demandais un bon petit plat...

Bah c'est la que le bas blesse. Y'a quand même un truc qu'il faut savoir quand tu viens en Norvège, c'est que si toi, tu te refais une santé... ce n'est pas le cas de ton porte-monnaie. Tu prends le conseil précédent du Routard sur le temps de route, et tu fais l'analogie avec les prix. C'est pareil... pire même. Et ce, même au supermarché. Trois euros le paquet de pâtes 500g, quatre euros cinquante la canette de bière à peu près bonne (et encore, je dis ça...), la viande et le fromage, je ne t'en parle même pas. Heureusement que Luc s'est affûté de la canne à pêche, auquel cas on aurait mangé vegan !

Luc, en pleine préparation de son maquereau.

Le restaurant est également hors de prix: 16 euros la pizza Marguerita de taille moyenne.

Bref, même si c'est bon, t'oses pas trop tenter le diable.

Cela dit... je suis tombée amoureuse de leur pâtisserie fétiche au nom imprononçable: un genre de roulé brioché parfumé à la cardamone et cannelle, qui se marie merveilleusement bien avec le café.

Puis pour être franche, ça coupe bien la petite faim et c'est pas trop cher.

Si tu me demandais un monument...

Ce serait sans aucun doute l'église luthérienne de Lom.

L'une des plus vieilles églises en bois debout conservées en Norvège (et pas LA plus grande, d'où le fait qu'elle soit dix fois moins touristique, mais tout aussi belle...). Si toi aussi, tu te demandes ce que c'est le 《bois debout》... c'est ça.

Même les plus imaginatifs des auteurs de nos livres de Fantasy n'ont pas osé imaginer quelque chose d'aussi magique... tout en étant aussi sobre. La simple vue, de loin, d'un tel monument est si surprenante que cet édifice nous marque d'avantage que la Cathédrale de Strasbourg.

C'est splendide.

Tellement original (originel ?)...

Si tu me demandais une ville...

Je te dirais...

SURTOUT pas Oslo !

Non, franchement l'ami, ça vaut pas le détour. Il n'y a pas grand chose à y voir.

Pot de balle et variété, comme dirait mon père. Aucun cartier historique. Si, un musée de Munch, quand même. Alors si t'es fan de Munch... C'est d'ailleurs pour cela qu'on ne comptait pas y passer.

Sauf que...

[Un soir, Luc surfe sur internet devant le coucher du soleil.

《Oh, là là. Oh, là là, j'y crois pas. Oleeeeeeeeeen !

- Oui mon chou ?

- Y'a un putain de concert de Vreid à Oslo le 15 août.

- Mmmmmh... ça fait dans quatre jours. On peut y être. T'es sûr de ton coup ? Un concert en salle ? Avec la Corona-party ? Un VRAI concert ?

- Vrai comme verue de verat (expression symbolique faisant référence à l'un de nos livres de Fantasy). 》

Parce que oui, la Norvège, ce n'est pas seulement le poisson, la sublime Nature Sauvage et la bouffe trop chère. C'est également LE pays du Black métal. Et connaissant notre Luc National, je savais qu'il était déçu, au fond, de ne pas avoir pu vivre la consécration d'un concert de Black en Norvège. Et bien pas loupé, le Black Métal fait honneur à son plus grand fan. Avec ce qui sera, certainement, l'un des tout premiers concerts en salle en Europe depuis la fin du confinement.

《Bon bah vas-y, prend les places alors... 》

372 kilomètres, une panne sèche, une réparation urgente du Gros (voir article précédent), et de magnifiques derniers paysages plus tard...

Nous arrivons à Oslo, pour voir notre concert. Alors la question qui te vient sans doute à l'esprit, en pleine période de polémique Française (et typiquement Française d'après mes observations...) autour du masque obligatoire, ça doit sans doute être... 《Quoiiiiiiii? Mais comment font-ils ?! Mais comment osent-ils?! Rassembler ces sauvages de métalleux violents qui ne savent pas apprécier autre chose que du bruit ?! Une foule puante, sauante et dansante dans un lieu clos, et le tout.... sans putain de masques ?!!!!!! 》 Je me suis posée à peu près la même question en prenant les places (en plus modéré, mais tu vois ce que je veux dire). Comment vivre un vrai concert de métal en mode Corona-Party? Avec les distances et tout ? Parce que le masque, on ne le porte pas en Norvège.

[Tout comme en Tchéquie, en Suède et au Danemark. D'après ce que je vois jusqu'à maintenant (soit sept pays voisins), nous sommes, et de très loin, le plus répressif en termes de port du masque. Ce qui nous fait tout drôle, car à part ça, nous sommes également le plus cool en termes de libertés individuelles de manière générale. Enfin bref, ce n'est qu'un constat, une observation, et en aucun cas une opinion de ma part.]

Et bien la réponse, elle est là.

Nous sommes installés sur des tables pour garantir les distances.

... Nous sommes tout juste 150...

Pour une salle qui peut normalement accueillir 1200 personnes.

Et tu sais quoi ?

Oui, ça fait bizarre.

Oui, c'est presque gênant au début.

Mais c'est absolument génial. Écouter de la musique live, avec un bon son, ses musiciens qui se tiennent fièrement devant toi, en mode concert privé. Ils nous regardent tous dans les yeux, ils font des blagues (bon, en Norvégien, on a rien compris mais c'était drôle quand même), et semblent jouer avec un plaisir que JAMAIS je n'ai observé auparavant. C'était le premier concert de Vreid depuis de nombreux mois. Et j'ai lâché une larme d'émotion au premier morceau (va essayer de pleurer sur du Black, je t'assure que la musique ne s'y prête pas !). C'était diaboliquement parfait.

Et méfie toi... il n'y a rien de plus discipliné qu'un public métalleux. On demande de respecter les distances ? Si c'est pour nous permettre d'écouter les concerts, alors on respecte les distances.

Point barre.

Enfin, si tu me demandais une île...

Ça serait sans aucune hésitation l'île de Runde. L'île de Runde, au large d'Alesund, est tout de même accessible en voiture. On la surnomme également l'île aux macareux. On peut en effet y apercevoir des colonies de milliers d'oiseaux, dont des macareux, pour les plus chanceux. Mais en plus... le cadre est magnifique.

Comme un air d'Islande ou d'Écosse... qui me rend nostalgique sur le moment.

Ce genre de paysage me donne le vertige, tant ça me prend là, au cœur de l'estomac. L'immensité de l'Océan, observée depuis l'isolement procuré par l'île, me donne une sensation... C'est difficile à exprimer. J'ai l'impression que quelque chose me projette dans le futur. Dans un futur immortel, immobile, où je serai assise là, infiniment vieille, infiniment belle, à me nourrir de la vigueur inlassable de l'Océan. C'est une sensation d'une grande poésie, unique. Une sensation dont on ne se lasse pas. Un vertige qui ne nous fait jamais perdre l'Équilibre, au contraire, qui nous procure ce dernier généreusement. Le tout, associé au vent vivant, jeune, instantané, qui te rappelle au Présent. Une alchimie magique et pénétrante...

L'Appel de la Mer.

Observe de plus près... 

La Norvège fût, et sera encore, un pays phare à nos yeux.

La prochaine Pérégrination en Norvège aura lieu en hiver (les fjords en hiver...) et plus au Nord. Je suis persuadée que nous découvrirons le pays une deuxième fois, sous un autre angle, avec plus de silence, de majesté, de solitude...

Ce fût une chance incroyable pour nous de découvrir la Norvège cette année... et pour cause: juste après notre passage, qui lui-même a eu lieu juste après l'ouverture des frontières Norvégiennes, ces dernières se sont à nouveau refermées pour les Français (obligations de quatorzaine).

À croire que Sésame s'est ouvert rien que pour nous...

La sensation de paix intérieure que permet de procurer la Norvège pour qui veut bien s'écouter soi-même est unique. Irremplaçable.

Sans compter qu'en termes de routes magiques et paradis perdus, on pète des records...

Geirangerfjord, un autre des plus beaux fjords de Norvège... 
Trollstigveien 
Cascades de Hardangerfjord (Kinsarvik) 
Bah ouais mon pote, c'est l'heure de la sieste.
Lac de Totak. Pour nous tous seuls. 
Sur la Route numéro 13...

Le plus beau Road-Trip de notre vie jusqu'à présent.

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《On s'en va ?》

Oui... il nous a fallu nous séparer de la Norvège suite au concert à Oslo. Et y'a pas 36 solutions pour revenir sur le 《continent》. Soit on revient au Danemark, qui pour des raisons de paperasse COVID est très casse-bonbec, sans compter que ça nous fait revenir sur nos pas... soit on tente le diable.

L'autre solution.

Les parias de l'Europe quand on parle COVID-19. La Suède bien sûr ! Très peu de pays acceptent les touristes en provenance de la Suède sans faite d'histoires (test PCR, quatorzaine), car le virus semble encore très actif là-bas.

En fait, il n'y en a qu'un seul, de pays.

La pologne.

Et devine quoi, il y a des ferry Suède-Pologne ! D'où le fait qu'on soit parti pour la Suède.

Les petits filous ! On n'est pas trop malins sérieux ?!

Ainsi, je te fais un article pour te décrire La Suède, et, accessoirement, nos observations sur les peuples Scandinaves. Notre traversée de la Suède dura presque sept jours. Nous nous sommes arrêtés, par hasard, au petit village côtier de Fjällbacka. Petites maisons rouges, port de plaisance, soleil et eau bleu sombre... Tout y est.

La Romantique Scandinave...

La cerise sur le pain polaar ? Notre pote Bertrand, qui s'est donné en spectacle avec son poisson...

Ce phoque était trop drôle. Tu aurais vu sa manière de se délecter de son poisson, avec ses petits gémissements... On aurait pu faire une pub pour Saupiquet. Nous avons passé une petite éternité magique avec cette curiosité de la Nature.

Nous quittons Fjällbacka avec la ferme intention de foncer vers le Sud, à Ystad.

Déjà car c'est de cette ville que part notre super ferry pour la Pologne... Mais aussi parce que ça vole !

Le petit village portuaire de Kåseberga se situe tout au bout d'un cap, près d'Ystad. Les plages alentours sont magnifiques, le poisson fumé y est excellent, ça vole... et nos ancêtres du Néolythique ont encore fait des leur, comme à Carnac, en Bretagne. Sauf que cette fois, ce n'est pas des alignements de caillou. C'est une sorte de forme ovoïde, perchée au dessus de la falaise, dont certains indices semblent nous indiquer que ce serait... un calendrier.

Nous passons quatre jours à nous revigorer en Air, en Eau... seuls, sur la plage. Au crépuscule du troisième soir, nous avons été témoin de ce que j'ai appelé un Cadeau du Ciel. Un paysage d'une ambivalence magnifique. Un ciel ensoleillé et menaçant.

Regarde le trait lumineux à gauche du panorama... 

Un arc-en-ciel se découpe dans le ciel pourpre, et plonge dans les profondeurs de la Mer.

Le souvenir violacé des vagues qui embrassent le rivage.

Le plus beau coucher de soleil que la Mer nous ait offert jusque jusque-là.

Conclusion...

Les pays Scandinaves, c'est plein... de Scandinaves. Les Norvégiens et les Suédois ont bien ce morphotype présent dans notre imaginaire collectif. Grands, blonds, athlétiques, yeux bleus, les garçons comme les filles. Pas d'obésité en Norvège et en Suède, ou très peu (cela dit, tu vois qu'ils aiment bien manger quand même, ils sont sportifs, mais pas maigres, loin de là !). Ils aiment la nature et les sports outdoor (en même temps, quand tu vois leurs paysages...), les glaces et les soirées du samedi soir. Ils ne conçoivent pas 《l'apéro》. Chez eux, c'est tout ou rien. Et généralement, ils mettent le paquet le samedi soir. Certains ont, également, ce masque de cire que l'on appelle la 《froideur Scandinave》: pas question d'être les uns sur les autres, pas de gros bisous baveux entre voisins, on garde les distances, même hors période de pandémie. Cela ne les empêche pas de nous offrir des sourires timides et d'être courtois. Luc et son tempérament d'homme des cavernes apprécie cette distanciation sociale naturelle. Moi aussi d'ailleurs. L'autre point remarquable, c'est qu'ils sont uuuuuuuuuuultra maniaques. Tout est hyper propre là-bas, à commencer par leur maison (je comprends le pourquoi du comment des magazines IKEA maintenant). Ils apprécient la balade, et leurs routes (nickelles) sont parsemées de nombreuses aires de repos (extrêmement propres, encore une fois) très bien équipées (poubelles, toilettes, et même douches chaudes parfois !). Tout coûte cher, mais ça tu le sais déjà. Cela dit, ils ont un niveau de vie Supérieur au notre, et ça se voit (voitures Tesla partout, belles maisons, presque tout le monde semble avoir un bateau...). Ils ont aussi une notion du civisme et du respect que nous n'avons pas chez nous: ils sont extrêmement bien élevés, et vivent très bien en société. Une confiance absolue règne entre eux: les vélos sont dehors sans antivols, idem pour les bateaux à moteurs etc. C'est tellement sain d'évoluer dans une société comme celle-là...

Au niveau Coronavirus, la question sanitaire semble bien moins houleuse que chez nous: distance sociale, oui, mais masque nullepart et pour personne. Même en Suède, où le virus est encore actif, tout est très serein. À noter que les Suédois n'ont pas vécu de confinement généralisé, et les Norvégiens très peu, ce qui explique sans doute leur sérénité et la pression sociale absente. Enfin bref, ils vivent avec quoi. Ils s'adaptent en paix.

Non vraiment, on apprécie ce peuple fier et calme. Les paysages variés, majestueux, sauvages ...

Comme dirait Luc:

Y'a comme un goût de reviens-y.

En attendant, on change d'ambiance... les pays de l'Est !

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Publié le 9 septembre 2020

Introduction

- 🌏 Pérégrin-information 🌏 -

Oyé oyé !

Comment ça, la Grande Pérégrination avance sans donner de nouvelles ?! On frise l'incident diplomatique là !

Du coup... on récapitule tout !

Alors: Nous avons commencé le voyage dans un rayon de 100km au Sud d'Albertville, puis, par la suite, foncé vers le Sud-Ouest, remonté la côte Atlantique et fait le tour de la Bretagne par la côte.

Ensuite, Bim Bam Boum, les frontières ont ouvert, alors on a foncé, traversé la France d'Ouest en Est, puis passé quelques jours à Strasbourg avant de quitter la France pour de bon. Les frontières avancent et reculent, on se rancarde très régulièrement, les règles du jeu changent si vite... Alors nous avons passé une semaine dans le Sud de l'Allemagne, puis traversé l'Autriche d'Ouest en Est par les montagnes et les jolies villes, puis remonté au Nord, en République Tchèque, où nous passons quelques jours à Prague notamment.

Sauf que Boum, les règles changent en notre faveur... la Norvège a finalement, contre toute attente, ouvert ses frontières aux Français!

Alors qu'est-ce qu'on fait ?

Vite, vite, on fonce !

On retraverse l'Allemagne du Sud-Est au nord, attendons quelques jours, transitions par le Danemark (frontière semi-fermée), sautons dans le ferry et...

TADAAAA!

On est en Norvège, on a réussi !

Nous faisons alors le plus beau road-trip de notre vie (pour le moment...) durant un mois. Un mois magique, à s'en mettre plein les yeux.

Mais maintenant, on a envie de Sud, de Grèce, de Turquie !

On redescend sur "le continent" en visitant au passage la côte Suèdoise, via un ferry Suède-Pologne.

Et LÀ, je suis à jour !

On est en Pologne depuis quelques jours. Nous visitons un pays étonnant, riche culturellement, et très beau !

Objectif : descendre tranquillement le long des pays de l'Est (Pologne, Slovaquie, Hongrie), pour faire connaissance avec cette culture étonnamment plaisante, et observer ces pays plutôt méconnus du tourisme. Ensuite, nous comptons passer par la Roumanie et la Bulgarie, qui sont, là encore, deux pays préservés du tourisme mais non moins surprenants et chargés en histoire (les témoignages de nos prédécesseurs sont fous !).

En plus, ça à l'air trop beau !

En Bulgarie, il nous faudra faire un test PCR juste avant d'entrer en Grèce, ce qui, au premier abord, ne semble pas être évident... mais on compte sur notre bonne étoile (et un peu sur l'ambassade aussi...) pour arriver à nos fins. Tout ce beau petit programme sera évidemment soumis aux aléas de l'ouverture/fermeture des différentes frontières...

Allez, on y croit 🗺🍀🌍

[Bon comme d'hab, une carte vaut mieux que 1000 mots... ainsi, voici le tracé réalisé jusqu'à maintenant, c'est à dire en 3 mois et demi, 11 000 km. Au vu du contexte actuel, je trouve quand même que ça a de la gueule... non ?]

"J'ai connu une Polonaise qui en buvait au petit-déjeuner."

Durant la traversée en ferry pour la Pologne, cette phrase culte des Tontons Flingueurs tournait en boucle dans ma tête...

Mythe ou réalité ?

Les Polonais sont-ils à la hauteur de leur réputation en matière de libation généralisée ?

Méritent-ils l'image peu élogieuse que nous colportons en France ?

Un peu crado, pictons, violents, balourds sur la route, pays moyen etc...

Les deux semaines vécues en Pologne nous en apprirent long sur la bêtise des préjugés... bien que quand tu viens de Norvège et de Suède, je peux t'assurer que tu es carrément dépaysé quand tu poses le pied en Pologne.

On est loin de la rigueur nordique en matière de propreté !

Cependant... La Pologne dégage un charme bien plus puissant, bien plus authentique. C'est moins propre, moins spectaculaire, mais ça mérite le détour pour tout autres raisons. Allez, prends tes affaires, on y va.

Nous traverserons la Pologne du Nord au Sud, quasiment en ligne droite. Débarquant du ferry tout au Nord-Ouest, nous longeons d'abord la côte vers l'Est, avec quelques villages côtiers touristiques, où je vais pouvoir caler ma petite photo, unique:

C'est un peu la consécration quand même, non ?

Nous arrivons enfin à Gdánsk, ville assez méconnue de la Pologne...

Et c'est bien dommage:

Autrefois grande capitale de la ligue hanséatique (alliance commerciale bien badass du Moyen-âge), Gdánsk représente le baroque et la romantique Polonaise. Façades colorées, chichement sculptées, encadrant des rues pavées truffées de restaurants et de marchands d'ambre.

Car oui, cette région est LA région de l'ambre.

C'est-y pas mignon cette petite ambiance ?

Le truc moins mignon, c'est que le cœur de ville de Gdánsk n'est pas une construction, mais une re-construction. Le cœur de ville a été quasiment rasé pendant la seconde guerre mondiale.

Cela me permet donc d'introduire la thématique qui nous a beaucoup préoccupé durant l'exploration du pays: la Pologne a été littéralement ravagée par la guerre. La résilience et le courage dont ce peuple a fait preuve après la guerre...

C'est tout simplement époustouflant, et la preuve en est là.

Et aussi ailleurs... je reviendrais sur le sujet. Gdánsk nous permis également de goûter aux plaisirs culinaires polonais. Mais avant le repas...

Apéro !

Dégustation de bière locale

Alors LÀ, on a vécu un dépaysement total par rapport aux pays Scandinaves.

On passe de 13 euros la pinte à... 1,50 euros à peine. La bière la moins chère d'Europe se trouve en Pologne.

Autant te dire qu'après une abstinence totale de bars et restaurants dans les pays scandinaves, on s'est un peu défoulés. En plus, et c'est une réalité des plus surprenantes (vraiment, on s'y attendait pas), la Pologne a l'art de la bonne bière. De la VRAIE bonne bière...

《Ça fait combien de temps ça, hein Luc... punaise, depuis qu'on est partis de France !》

Ils ont en particulier pas mal de bières au miel bien goûteuses, ainsi que des IPA de caractère.

Bref, on était contents quoi.

[J'en profite pour répondre au stéréotype du polonais qui boit beaucoup: oui c'est vrai, ça boit pas mal, l'alcool étant à un prix frisant le déraisonnable. Cela dit, je n'ai pas l'impression qu'ils boivent plus que les Allemands, les Tchèques... ou les Français ! Dans certains de ces pays, la première pinte à 10h du matin le week-end, c'est normal.]

Ensuite, la nourriture.

En Pologne, on mange...

(Roulements de tambours)

SUPER BIEN.

Les plats correspondent bien à notre imagination des plats de l'Est: gros raviolis, boules de pommes de terre fourrées, soupes, gulash... c'est plutôt simple mais haut en saveurs, bien relevé...exquis.

Nous quittons Gdánsk à la fois repus et surpris... on se demande ce que nous réserve la suite de la découverte de la Pologne et des polonais.

Étonnamment, les Polonais sont très cool sur la route.

Il nous attendra du bon...

Et du moins bon. On commence par le bon, car c'est dans l'ordre chronologique.

Le château de Malbork.

Le plus grand château fort médiéval encore conservé en Europe. Mais permets-moi d'introduire en rebondissant sur le mot "conservé". Le château date bel et bien du moyen-âge (13ème siècle), mais voici à quoi il ressemblait en 1945.

J'ai mentionné plus tôt la résilience et le courage d'un peuple qui avait vu son pays ruiné par la guerre. Ce monument est pour moi l'apothéose, le symbole ultime de la Force des Polonais, et surtout, de leur détermination inébranlable pour conserver leur Histoire.

La Fierté de l'Homme, dans ce qu'elle a de meilleur... ainsi, voici à quoi ressemble le château aujourd'hui:

Chapeau bas, non ?

Et attends, t'as pas tout vu.

La visite de l'édifice se fait avec un audio-guide gratuit (en Français !). C'est de loin la visite guidée la plus immersive que nous n'avons jamais faite. Trois heures à être plongés dans l'Univers et les intrigues des chevaliers Teutoniques, puissant ordre du Moyen-Âge, au travers des salles et des courres intérieures. Tout est automatique, l'audioguide détecte quand tu rentres dans une salle et te raconte son histoire.

C'est magique.

En bref, le château de Malbork, associé avec la ville de Gdánsk, valent rien qu'à eux le détour en Pologne.

Allez, en route vers le moins bon.

Nous sillonnons les routes entourées de verdure et de forêts...

Groscamion file à toute allure...

Et nous refait le coup du "j'peux plus freiner" (cf. article "Pérégrinations d'une vie en van").

《- Ça freine plus mais ça freine un peu mieux qu'en Norvège.

- Comment ça un peu mieux? Genre on peu rouler encore un peu le temps de trouver une aire ou on fait le coup de la panne au milieu de l'autoroute en travaux?

- Mmmmh... ça va le faire.》

Nous trouvons donc une aire de cammionneurs à 12km.

12km de stress intense.

Faut pas que ça freine fort, faut pas que ça freine fort...

Puis Bim, négociation du rond point au ralenti, et on arrive enfin sur l'aire tant attendue.

Deux jours de romantisme absolu sur cette grande aire de cammioneurs.

J'te fais rêver là hein.

Je vais te passer les détails : on a décortiqué la panne, compris qu'on avait le même problème, sans comprendre car le garagiste Norvégien avait réparé le truc. En plus, ça nous est arrivé un samedi soir (comme par hasard...) ce qui fait que nous avons du attendre lundi matin avant d'appeler un garage qui pourrait éventuellement nous prendre ce jour là...

Attends, appeler un garage ?

Pas si simple ! Car voyez-vous, le problème au téléphone, c'est qu'il faut se comprendre. Et se comprendre nécessite d'avoir quelques mots en commun. Et les polonais...

Parlent pour la plupart d'entre eux TRÈS mal Anglais.

Du moins, ceux à qui nous avons eu à faire n'en parlaient pas un mot. Ils s'evertuaient à nous parler Polonais en nous regardant avec insistance... comme si nous pouvions mieux les comprendre ainsi.

Enfin bref, j'ai décidé de jouer la carte du "je débarque dans ton garage lundi à huit heures du matin sans freins et sans te prévenir aide moi s'il te plaît je suis dans la merde".

Le voyage, quelle école de la vie...

Deux nuits sans sommeil, en particulier celle juste avant de se pointer au garage, où, à 3h du matin, toute garagiste que je suis, j'ai eu une révélation...

"We will try..." m'avait dit le garagiste Norvégien au moment où il me parlait de remplacer le ressort de rappel du tambour. "On va essayer", ça veut peut-être dire qu'il était pas sûr. Le ressort qu'il a mis en place n'est pas le même que le ressort d'origine. Les Norvégiens galèrent à se fournir en pièces, les délais sont très long. À tout les coups, il a pris un kit différent, remplacé le ressort et testé. Ça a marché sur le moment... ça n'a pas tenu. Il a fait ça pour nous dépanner au plus vite. A tout les coups c'est ça.

Le lendemain matin... nous arrivons à l'arrache comme promis, et le garage a été au top. Ils ont pris le camion le jour même... une journée très longue pour nous... et nous ont expliqué que le ressort de rappel n'était pas adapté au kit de tambour.

BOUM BÉBÉ ! Dans le mille !

Nous repartons le soir, GrosCamion tout neuf près à sillonner la Route jusqu'au bout du monde !

... Ouais mon Gros, mais nous là, on est fatigués. Tout ce stress, cumulé au reste du voyage, nous a éreinté: on a besoin d'une pause.

《Allez viens, on craque notre slip, on se prend un hôtel de la mort pour une nuit, piscine rooftop, jacuzzi, sauna, cocktail et p'tit déjeuner continental. La totale quoi.》

Mon corps a rien compris. Mes jambes ont cessé de fonctionner dans le jacuzzi. La détente absolue.

Blob, blop, blop, blop, blop...

Nous repartons fissa le lendemain, ressourcés.

Allez, fini les folies, on va explorer Cracovie !

Cracovie est considérée comme étant LA beauté de la Pologne. Chargée d'histoire, cette ville possède des monuments vraiment uniques en leur genre.

Ce que j'ai adoré à Cracovie, c'est la forte présence de l'Art de Rue. Musiciens, danseurs, acrobates... tout cela participe, selon moi, à élever Cracovie au rang de "supervilletropchouette".

Sans compter le fait que le château de la ville abrite une belle armurerie. Les forgerons de l'Est ont une réputation particulière apparemment...

Cependant, pour des raisons que j'expliquerai dans la conclusion, nous devons écourter notre voyage en Pologne. Mais pas sans une dernière petite merveille...

La Grotte de Sel de Wieliczka.

Escaliers pour descendre au cœur de la mine... 

Cette grotte de Sel a été exploitée durant trois siècles. Avec plus de 300km de galeries (oui oui), nous en visitons à peine 1%.

Ça te met dans l'ambiance direct.

Nous sillonons les couloirs, perdus, étouffés par l'immensité et la complexité de ce monde souterrain, à l'abri de la lumière naturelle et de la civilisation.

Les mineurs passaient leur journée ici, et rythmaient généralement celles-ci... en allant prier.

Étrange, prier dans une mine, non?

Pas tant que ça... Si tu construis des chapelles à l'intérieur.

La plus majestueuse, spectaculaire, émouvante, à tel point que je pourrais en rédiger dix lignes d'adjectifs... c'est celle-ci. Cette chapelle est entièrement creusée dans le Sel.

TOUT.

Le plafond, le sol, les escaliers, les enluminures et sculptures... même les lustres sont en cristaux de Sel.

Et le plus beau, dans cette histoire, c'est que ce bijou n'a pas été édifié par un quelconque architecte aristo ou un artiste: devine...

Cette chapelle a été créée par les mineurs eux-mêmes. Au sommet de leur art.

J'en ai encore des frissons rien que de l'écrire. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO... tu m'étonnes.

La Pologne est un pays plutôt délaissé par le tourisme, alors que les merveilles nous attendent tout au long de la route: l'Histoire, la beauté de l'Architecture, les forêts (quelles forêts ...!), la saveur de la nourriture... c'est une immersion totale au cœur de la culture de l'Est.

Sobre, humble, généreux, festif, fier de son Histoire... non vraiment, merveille secrète, cette Pologne.

Il ne faut pas le dire trop fort... le tourisme de masse risque d'en entendre parler...

Conclusion

- 🌏 Pérégrin-infirmation 🌍 -

Il a suffit que j'en parle hein...

La frontière Hongroise a fermé aux voyageurs il y a quelque jours. Ainsi, notre super itinéraire allant vers la Grèce par la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie nous passe sous le nez.

On dit merci qui ?...

Mais tu connais les deux baroudeurs, ils commencent à être des roublards du "COVID-Stuff", comme ils disent à l'étranger. On est en train de devenir des anguilles professionnelles, ça va être easy lors de nos futures pérégrinations ! Enfin bref, on avait déjà monté un Plan B quoi.

Donc, bifurcation !

On passe, comme prévu initialement, par la Slovaquie, mais on se dirige vers Bratislava, pour ensuite traverser la frontière Autrichienne (Encore ???! Oui, oui, encore. Pas le choix). On transite par le Sud de l'Autriche, que nous n'avons pas encore visité et qui semble très bucolique.

Ensuite, direction.... Veniiiiiiise !

Nous passons deux journées à Venise, voir les souffleurs de verre et tout et tout.

Puis enfin... direction Ancône, pour prendre un ferry vers Igoumenista... en Grèce !

Nous comptons nous poser un peu dans cette contrée mythique. Prendre le temps de voler, d'observer les poissons en plongée, de randonner ... de pérégriner quoi !

Parce qu'on t'avoue que d'ici là... on va speeder un peu. La fermeture drastique de la frontière Hongroise nous a ouvert les yeux...

... Ça sent le roussi.

Je HAIS le pessimisme, mais au vu de l'ambiance "zouc" en France et ailleurs en Europe en ce moment...

Voilà quoi.

On a envie d'un pays beau et chaud où passer l'automne, puis d'aller en Turquie avant que toute cette histoire passe sous le vent. Soyons visionnaires.

Le premier de la classe en géographie nous demandera peut-être pourquoi nous ne passons pas par l'Ukraine pour contourner la Hongrie. On y a pensé, j'aurais même bien aimé aller là-bas... mais ça passe pas à la frontière (tout du moins c'est très compliqué).

Par ailleurs, ça nous semble de plus en plus compliqué partout.

Nous allons avoir des contraintes théoriques sur quasiment toutes les frontières que nous allons passer: Slovaquie, Autriche, Grèce... de la paperasse ou des justificatifs sont exigés, différents selon les frontières. On compte sur le karma pour le passage de la frontière Grecque, avec une quarantaine éventuelle, et une paperasse pas possible.

Nous sommes conscients que nous jouons à un jeu où l'on peut perdre. Un jeu où l'on peut nous demander de se confiner, nous ordonner de rentrer en urgence, en avion peut-être, à tout moment. Ils vont pas nous faire le cadeau de l'anticipation, les grands manitous.

Mais nous irons le plus loin possible, car le jeu, aussi dangereux soit-il... en vaudra toujours la chandelle.

《La vraie inconscience n'est pas de partir, vulnérable, sur les pistes lointaines, mais de croire qu'on peut les fouler sans compter sur sa bonne étoile.》

Sylvain Tesson.

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Publié le 22 septembre 2020

1400 kilomètres. 14 jours.

Soit la distance et la durée qui nous séparent du port d'Ancône, en Italie, départ du ferry vers la Grèce. Là où la destinée de la Grande Pérégrination forme un grand point d'interrogation, grande bulle gazeuse et mystérieuse.

En effet, la réussite de cette traversée ne concerne pas que la Grèce, mais aussi la Turquie, la Bulgarie et la Roumanie. Car si tout se passe bien, si les frontières arrêtent de faire le yoyo en restant dans la situation actuelle, ça devrait le faire, y compris pour la Turquie, pays phare de la Grande P.

Nous comptons prendre le ferry pour la Grèce avant la mi-septembre.

Décision on ne peut plus stratégique, mon cher Watson, car l'Union Européenne fait état de la situation à ses frontières extérieures toutes les quinzaines. Il en va généralement de même pour les pays. Donc... faut passer avant que ça passe sous le vent.

Si tu vois ce que je veux dire. Du coup, tu comprends pourquoi on a un peu la pression là...

Allez, on s'accroche à notre bonne étoile et on serre les fesses.

Drôle de Road-Trip.

Nous sommes à l'extrême Sud de la Pologne. Nous traversons la frontière Slovaque et marquons un temps de pose dans le Parc National des Tatras. Les fameuses forêts Polonaises débordent sur la frontière Slovaque...

Et nous, on respire.

Inutile de me perdre en palabres et versets poétiques, tu sais de quoi je parle... la Nature, rien que la Nature.

La sérénité, l'immobilité uniquement perturbée par le bruit du vent dans les feuillages, tout là-haut, dans la canopée. Tu déambules, toi, petit arbre hyperactif, au milieu de ces géants bienveillants.

...Même en plein coeur de la nuit.

Bref, il est grand temps de construire une cabane.

Oui, nous avons, dans le camion de Mary Poppins, des clous, un marteau et une hache... c'est fou tout ce qu'on peut mettre dans si peu d'espace, quand t'as un certain niveau en Tetris.

Nous conviendrons que ce n'est pas la cabane du siècle, ça ressemble plus à une pergola low-coast, mais c'est tout ce qu'on a eu le temps de faire en une journée. Le reste du temps, nous le passons à lire, à marcher...

 ... Et à continuer notre régime de l'Est.

Sous tes yeux, LE plat National Slovaque: des gnocchis maison, de la cochonaille, du fromage de chèvre local fondu, et un peu de persil pour les légumes (quand même). Tout ce qu'il faut pour être heureux... la tartiflette Slovaque !

Et tu sais quoi, même si visuellement c'est pas dingue, c'est très bon, c'est pas cher, et tu manges pas pendant trois jours après. Décidément, je les aime de plus en plus, ces Pays de l'Est.

Nous partons de la forêt enchantée pour découvrir la capitale de la Slovaquie: la grande Bratislava ! Mais une surprise nous attend sur la route... Le château d'Orava. 《Encore un château ?!》me diras-tu. J'aimerais bien m'en lasser moi aussi, mais ils sont tous différents, et celui-là...

Il a de la gueule quand même !

Le château d'Orava a énormément évolué au fil des siècles, et de nombreuses légendes persistent dans son sillage.

Des châteaux comme celui-ci, la Slovaquie en est truffée.

Nous nous dirigeons vers Bratislava avec une pointe de regret tout de même... la Slovaquie mériterait que l'on s'y attarde un peu plus longtemps... mais le temps nous manque.

Où plutôt, il devient trop joueur de s'attarder.

On file.

Bratislava est une chouette ville, à l'image des autres cités des Pays de l'Est. Un beau château entouré d'une charmante vieille ville.

Ils ont également très bon goût pour la sculpture.

Après un grand tour dans la ville, un grand quiproquo à l'ambassade Grecque de Slovaquie (c'est moi et mes grandes idées ça, j'me ramène à l'ambassade comme si j'allais chez H&M, sans rien, si bien qu'ils m'ont pris pour une sans-papier alors qu'à la base, je voulais juste un renseignement sur la nécessité d'un test PCR à la frontière... pauvre moi), il fait faim. D'autant plus que nous savons que c'est notre dernier festin à la mode de l'Est. Gulash (genre de ragoût au bœuf, ou à l'ail) et les fameux gnocchis raviolis ! Tu vas penser que j'insiste mais c'est vraiment trop bon.

Lorsque le serveur m'a demandé si je voulais une bière, ainsi que sa taille, je lui ai répondu:

《Yes please, a little》

Et il m'a servi...

A 《liter》.

Le quiproquo de taille, doublé du jeu de mots inscrit sur le verre, c'était... au top.

Cela conclut notre périple en Slovaquie, et, par extension, des pays de l'Est... car vient le moment de traverser l'Autriche !

Oui oui, encore l'Autriche.

Jamais on n'aurait pensé y passer une deuxième fois... nous passons à peine à 50 kilomètres de Vienne, j'y crois pas !

Nous avons tout de même trouvé le moyen de ne pas passer par un endroit où nous sommes déjà allés à l'aller.

Autrement dit, le Sud. En termes de paysages, ça ressemble pas mal au Nord, avec un peu moins de relief: des lacs bleu azur, des collines verdoyantes, des lacs bleu azur... etc.

Et aussi de sacrées villes de temps en temps. Notamment la ville de Graz, plutôt renommée.

Une vieille ville à l'Autrichienne, surmontée d'un magnifique bâtiment portant fièrement une grande horloge.

Mais ce n'est pas tout: Graz est l'honorable gardienne d'une merveille unique. Le genre d'endroit dont Luc et moi sommes particulièrement friands, pour ne pas dire complètement dingues.

... La plus grande armurerie médiévale du monde. 32000 pièces exposées sur quatre étages, rien que ça.

Ce qui rend ce lieu unique, c'est que ce musée ne semble pas en être un.

Oui, cette armurerie n'est plus en fonction, oui, c'est un musée... mais tout est fait pour que l'on rentre dans une armurerie authentique.

Pas d'exposition.

Pas d'embellissement.

Du pragmatisme... Pour une immersion totale. Je suis devenue, pendant 1h30, Maitre Armurier de la cité de Graz.

Luc, qui prend habituellement quatre photos par mois à peu près, en a fait cette fois-ci une cinquantaine.

L'anecdote mérite d'être citée, surtout quand tu connais Luc!

Nous quittons l'Autriche le lendemain... car l'échéance approche !

Nous voici au Nord-Est de l'Italie, où les montagnes Alpines environnantes nous rappelle tant...

La maison.

La maison...

Allez, on arrête d'y penser. Il faut persévérer, encore et toujours, un peu bêtement, toujours plus loin. Pas le luxe d'avoir le cafard, même si ils te manquent.

C'est déjà la quatrième fois que nous allons pérégriner en Italie depuis nos 18 ans. Mais cette fois...

Nous continuons notre route jusqu'à LA ville romantique par excellence.

Surnommée la Sérénissime, rien que ça... Veniiiiiiiiise !

Bon déjà, parlons cristal: tu te ramènes pas comme ça en Van à Venise sans prévoir un minimum. Au risque d'y passer la paye du mois, si tu vois ce que je veux dire. Le bon plan de la mort qui tue, qui consilie sécurité du véhicule, proximité avec le centre-ville et survie du porte-monnaie, ça reste le camping. Surtout quand tu bénéficies des réductions COVID...

Enfin bref, le camion fait sa sieste à l'ombre, et nous, on est prêts à partir!

Tu nous connais, on est plutôt du genre ronchon avec les "villes ultra-touristiques business gnagnagna"... mais là, quand même. C'est vraiment extraordinaire.

Unique.

Ce qui m'a le plus marqué, c'est qu'on est pas sur de la mini vieille-ville, avec deux jolies ruelles qui se courent après.

C'est immense.

On se perd dans le labyrinthe formé par les vieilles bâtisses, guidés par les petits ponts surplombant les canaux...

《- Aaaaaah, Veniiiiiise ! 》 M'exclamais-je, les mains liées et les yeux levés vers le ciel, telle une jeune fille guidée par son petit cœur romantique.

Et Luc, qui me répond, le plus naturellement du monde: 《La ville où ils connaissent pas la recette du crépiiiiiiit !》

Le sarcasme de Luc, celui qui te met un mawashigéri, coup du lapin entre les genoux. J'adore.

D'autant plus qu'il a raison: les façades des bâtiments de Venise ne sont absolument pas entretenues.

C'est pourri jusqu'à la moelle.

Cependant, après un long débat sur le sujet autour d'un Spritz, pris dans un petit troquet au détour d'une ruelle, nous avons convenu que cela accentue l'authenticité de la ville. Ça fait parti intégrante du charme de la cité flottante.

Les restos trop cher qui te servent des pasta pas cuites font aussi parti de son charme il faut croire... mais on pardonne tout à Venise, parce que c'est sans doute une des plus belles villes du monde.

J'ai pris dix fois trop de photos à Venise. En effet, chaque canal me semblait à chaque fois plus beau, plus authentique.

D'autant plus que, tu l'auras deviné...

Il n'y avait pas un chat.

On dit merci qui ?

Nous arrivons sur l'un des nombreux ponts de Venise, débordant de cadenas, scellés par de petits couples romantiques... mignon non ?

《[Luc]: Non mais ils sont vraiment débiles les gens. Tous ces cadenas ça surcharge et ça contraint les pilliers, et à la fin le pont va s'effondrer, c'est vraiment trop con.》

Je vous rassure, il est loin d'être tout le temps comme ça, mais ce mélange alchimique de pragmatisme et de sarcasme a le don de me faire rire pendant des jours.

D'autant plus qu'encore une fois, il n'a pas vraiment tort: Venise demande de ne surtout pas mettre des cadenas partout, pour des raisons architecturales et esthétiques.

Au large de Venise, l'île de Murano nous permet de trouver un peu de tranquillité au cœur de l'après-midi.

Histoire de sortir de l'effervescence de Venise...

Murano diffère Venise (photo ci-dessus) par l'absence de bateaux partout.

Le soir, Venise se métamorphose sous tes yeux. La nuit tombe vite, et une fois l'obscurité immiscée dans les ruelles, la cité dégage une aura mystérieuse...

De celles qui donnent envie d'aventure.

Nous quittons Venise la tête dans les canaux et les ruelles.

Nous avons vu Venise comme peu d'entre nous l'ont vu... avec, pour seul compagnon ou presque, le soleil.

Magique.

L'échéance approche de plus en plus. La tension monte, il est temps de remplir les trois tonnes de papiers à fournir pour pouvoir entrer sur le territoire Grec. C'est pire que le VISA Russe, je te jure. Les détails sont terribles, si bien que nous y passons deux heures.

On croise les doigts pour être en règle.

C'est parti pour la destination finale: Ancône.

Ancône est une ville portuaire non sans charme.

Si tu cherches bien, tu trouveras même une petite plage cachée, là, sous la falaise...

Il est l'heure.

Une dernière petite Piadina (qu'est-ce qu'on mange bien en Italie !), et on se dirige vers le port.

C'est parti pour le check-in:

《- Luc, t'as le téléphone ? Boite mail ouverte avec le PLF?

- Ouais.

- Les passeports ?

- Ouais.

- Les deux papiers du...

- Olen.

- Ok, Ok. 》

Nous entrons dans la salle de check-up pour y découvrir...

Un capharnaeum sans nom.

Des gens en galère, affolés, sur leur téléphone, en train de crier après la pauvre dame qui fournit les billets...

Ça promet.

Je te l'avais dit, c'est une grosse galère d'entrer en Grèce.

Mais heureusement, j'ai hérité de ma mère en termes de rigueur pour remplir les papiers.

C'est notre tour... et la réaction de la dame qui nous fournit les billets a été pour le moins caucasse: 《Perfecto. Thank you. Thank you so much.》

La pauvre dame était trop contente d'avoir des gens en règle...

Wouh ! Ça y est, on embarque pour le ferry vers le paradis ! Mais nous n'avons joué que le premier round: à notre arrivée, nous serons soumis aléatoirement à des tests COVID.

Et là, on serre les fesses: on a entendu parler des polémiques en France, ailleurs en Europe et dans le monde, sur ces tests qui seraient selon certains "trop sensibles", déclarant ainsi des gens positifs alors qu'ils n'ont aucun symptômes ni aucune charge virale. Et si on tombe sur un mauvais numéro, on a le droit à deux semaines de confinement. D'autant plus qu'avec tous les endroits où nous avons baroudé, même si on a fait très attention, il y'a quand même de fortes chances pour qu'on ait mis les mains sur un morceau de cochonnerie, si tu vois ce que je veux dire.

Le confinement sera aux frais de l'état Grec, mais c'est quand même très embêtant de laisser le camion tout seul pendant la moitié d'un mois...

Nous passons une formidable nuit sur les banquettes du ferry, pour arriver le lendemain à midi.

Faites qu'on passe pas au trifouillage de narines, faites qu'on passe pas au trifouillage de narines...

Un policier nous arrête à la sortie.

《Hi guys, papers please, and the PLF number (c'est un papier spécial qu'on a du remplir pour la Grèce). Ok... So ! Please leave your car and go just there to the PCR-test.》

Et merde.

C'est à ce moment là qu'on a compris la définition Grecque du mot "aléatoire": ça veut dire tout le monde.

Tout le bateau.

Je te laisse même pas imaginer le temps infini qu'on a attendu pour se faire tester. À midi, à attendre dehors en plein cagnard, mon homme des montagnes à l'agonie (Luc craint énormément la chaleur).

Bienvenue en Grèce !

Enfin bref, on passe au cotontige, et on se met en quarantaine le temps d'obtenir le résultat du test.

Enfin, "quarantaine" quoi.

Seuls certes, mais avec les poissons et la mer.

Nous patientons les 24h obligatoires, attendant à tout moment un appel du service de santé Grec.

... Pas de nouvelles.

Pas de nouvelles ?

Bonne nouvelle ! Allez c'est reparti pour l'aventure, on a réussi !

Du coup, on a eu le temps de refaire la déco aussi, tout fait maison avec un BIC et un couteau Suisse s'il vous plaît !
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Publié le 8 novembre 2020

- Le grand problème de notre aventure en Grèce, c'est qu'elle dura plus d'un mois. En quoi c'est un problème ? Parce que quand tu vois que je suis du genre à écrire 50 lignes pour un pays où j'ai passé trois jours... tu vois où je veux en venir ? J'en au trop vu pour faire un article classique buvable: on va tenter de s'y prendre avec parcimonie... -

La Grèce nous apporta beaucoup dans la dimension spirituelle du voyage. Je crois qu'elle a fait de nous des baroudeurs initiés, quelque part...

Par quoi commencer?... Allez, par le plus simple. Je ne m'attendais franchement pas à ce que ce soit aussi beau.

Et puis, tu sais, ça fait partie de ces pays, à l'instar de la Norvège, où c'est beau partout, et par tous les temps.

Du coup, découvrir la Grèce en Road-Trip, en plein cœur de l'été Indien...

C'est absolument parfait. Les plages sont plus paradisiaques les unes que les autres...

Il y a ce que tu vois sur les photos, et ce qui se cache sous la surface de l'eau. Et là, attention les yeux.

C'est majestueux.

Et "majestueux", c'est vraiment un euphémisme. C'est un véritable monde parallèle, un royaume empreint de poésie et de volupté. Tout est adouci ici, ralenti.

Silencieux...

Le flegme des poissons flanant dans un courant lancinant, d'un bleu indéfinissable. Non, il n'y a pas un bleu: il y en a des dizaines. Passer des heures à errer dans ce Royaume à la fois vertigineux et relaxant, à s'émerveiller devant la diversité de faune et de la flore...

Jusqu'à en avoir la peau des mains toute fripée. Et s'il y a un endroit particulier, dans les dizaines de plages dont les fonds marins ont étés explorés par nos soins... Ce serait les grottes bleues de l'ile de Zakinthos [Iles Ioniennes].

Descends l'escalier, qui te mène en bas de la falaise. Déjà, la couleur de l'eau: bleue.

Bleue... j'aurais aimé pouvoir amener mon matériel de peinture là-dessous. Du bleu turquoise, nuancé, par endroits, d'un bleu sombre, presque violacé. Les adjectifs sont terriblement durs à trouver...

Bref, là-dessous, au large de la falaise et dans les grottes qui bordent l'eau, il y a une ambiance absolument unique. Une ambiance que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs, et ce n'est pas faute d'avoir cherché. Je peux t'assurer que vu l'ambiance dans ces eaux, je n'aurais pas été étonnée de découvrir un trésor étincelant posé sur un rocher, ou une épave trônant au font d'une grotte, ou même l'Atlantide !

Quelle beauté, cette roche blanche qui plonge dans l'eau, lui procurant un relief et une couleur formidable...!

Franchement, Lamartine ou Verne en auraient écrit un bouquin, chacun dans leur style. En résumé, non pas une merveille du monde, mais une merveille dissimulée aux yeux du monde.

Et... j'ai pas de photos.

T'es frustré hein. Malheureusement, je n'ai que mon smartphone, et j'ai pas envie de tenter le coup du Waterproof...

Ensuite, on a LA fameuse petite crique cachée rien que pour toi et les quelques locaux: on en rêve tous de celle-là.

Bon, faut savoir qu'en l'an de grâce 2020, ce genre de crique, il y en a à foison, grâce à Tu-sais-quoi. Nous avons eu la chance, encore une fois, d'être accueillis par la Nature et autres merveilles en VIP cette année. Mais il y en a une, quand même, absolument étonnante - et qui ne doit pas crouler sous les touristes en temps normal.

Pour y aller, c'est très simple: quand tu penses que t'es perdu sur l'île de Zakinthos, prends la route la plus pourrie que tu croises.

Ensuite, descends pendant trente minutes en t'excusant platement auprès de ta voiture - tu pouvais pas savoir que ce serait aussi long et pourri !

Et là... Abracadabra.

Oui, LA minuscule petite crique avec une arche et une presqu'île magnifique. Un coucher de soleil à couper le souffle... ah oui, et pour l'admirer, ce coucher de soleil, t'as le petit troquet style 《bambou-feuille-de-bananier-avec-vue-sur-le-sunset-sans-violer-ton-porte-monnaie》...

Je crois que le paradis ne se situe pas au-dessus de nos têtes, mes amis.

Pour finir avec les plages, la crique qui paye pas de mine mais qui cache des merveilles. Elle se situe une peu à l'extérieur de la ville de Argostoli, sur l'île de Céphalonie. Au dessus de la surface de l'eau, rien de spécial, des roches anguleuses. Mais en dessous, j'ai pu observer pour la première fois de ma vie, une pieuvre. J'étais tellement flippée et excitée que j'ai bien failli m'étouffer dans mon tuba. Et c'est pas fini, on a aussi pu observer un phoque Moine de Méditerranée, en voie de disparition, à quelque mètres de nous. Je me souviens silence tendu amené par la stupéfaction et la curiosité, de ceux qui donnent l'impression de faire corps avec l'animal. Quel moment privilégié...

Allez, encore quelques photos des plages de rêve que l'on a trouvé tout le long de la côte Grecque.

La natation, ça m'a toujours donné une faim de loup. Et en Grèce, on ne badine pas avec son estomac.

C'est coloré. C'est frais. C'est juteux. C'est gourmand.

La cuisine méditerranéenne...

Ah oui, et ça coûte une bouchée de pain aussi.

Je dois avouer que la Grèce fût le pays de la Grande P.《farniente》... il y a des jours où on n'en a pas glandé une, Luc, Moi et le Gros. On a dévoré des bouquins et des salades grecques sous le soleil, au rythme du léger ressac de la Mer Égée. C'est carrément pas dans nos habitudes, et ça fait carrément du bien.

L'envers du décor du mode 《farniente》, c'est que la température était carrément digne d'un été indien. C'était caniculaire, il faisait presque aussi chaud la nuit que le jour. Et moi, j'en connais deux qui supportent pas la chaleur : Luc, et le Gros.

Autant Luc a souffert plus ou moins en silence, mais le Gros, lui, ne peut pas se permettre de surchauffe. D'autant plus que la Grèce est un pays très vallonné: alors on essayait de lui faire passer les montées tôt le matin ou en début de soirée. Notre agenda était organisé autour des caprices de mon vieux pépère, tranquille, vraiment tranquille, à gravir la colline. Arrivé en haut, on lui disait toujours : 《Allez respire, mon Gros. Promis c'est fini pour aujourd'hui.》 Et le Gros respirait, puis nous aussi: yes, pas de joint de culasse aujourd'hui ! Tous ceux qui ne possèdent pas, ou qui n'ont jamais possédé un vieux diesel doivent nous prendre pour des fous: vas-y que j'laisse chauffer 15 minutes au démarrage, que je fais mes niveaux deux fois par jour, que j'rajoute un peu d'liquide de refroidissement en disant 《Pas grave ! Ça boit toujours un peu !》, puis qu'après il a trop chaud, alors faut s'arrêter, qu'on se questionne au moindre bruit, si bien qu'on le reconnait au bruit d'ailleurs etc etc. Je vous rassure, ils sont tous comme ça, les baroudeurs en Van ou en 4×4. Enfin ceux qui partant avec un véhicule datant du millénaire précédent !

Il est important de retenir une chose: ces tracas vaudront toujours le coup. Toujours. Je n'oserais pas l'adage 《voler c'est tricher》, mais le voyage par la Terre, c'est une autre dimension.

Une autre aventure.

La Grèce, c'est toute une Histoire. Donc quand t'en a marre de la plage, tu vas rencontrer spirituellement tes ancêtres dans des lieux qui te dépassent complètement.

Le théâtre d'Épidaure en est selon moi le plus bel exemple.

Baptiser cet endroit 《théâtre 》 est un euphémisme, c'est une véritable cité. Datant de plus de 2000 ans.

C'est parfois difficile de se représenter mentalement la taille et la beauté d'un tel endroit à son époque. On cherche des indices partout, mais c'est l'imagination qui doit faire le plus gros du travail. Sauf dans certain cas:

Ça, c'est la tombe d'Agamemnon, qui a, elle, plus de 3 000 ans. Ce petit trésor donne des frissons à qui croise sa Grande porte. On se croirait dans Indiana Jones.

À côté de la tombe, il y a la cité et le palais des Mycéniens, qui date de la même époque, mais qui ne ressemble plus à grand chose...

Néanmoins, c'est encore là aujourd'hui, et si c'est le cas, c'est parce que les mecs avaient le sens du "durable" dans le domaine de la construction.

Et quand je dis "durable", c'est du vrai: que restera t-il de la Tour Eiffel, de la Tour InCity à Lyon ou de Dubaï dans 3000 ans ? Qu'est-ce qu'on lèguera à nos futurs Nous, pour leur montrer le meilleur de nous-mêmes et de notre civilisation ?

... Nous avons passé longtemps à méditer sur la question avec Luc. Nous avons passé en revue tout ce que nous avons créé au 21ième siècle...

Je crois qu'on ne se souviendra pas de nous: mais que notre société est devenue tellement cynique et nombriliste qu'elle s'en fiche complètement.

Enfin bref, sus à la mélancolie, je veux de la couleur, de la vie quoi ! On se dirige vers Athènes, en passant par le plus grand délire de l'Homme en Grèce, celui de faire du Péloponnèse une Ile.

Je te fais le topo: le gros bout de terre au Sud de la Grèce, ça s'appelle le Péloponnèse. Normalement, c'est rattaché au continent au niveau de la ville de Corynthe.

Sauf qu'il en fut décidé autrement par les Hommes: cela faisait faire un trop gros détour aux bateaux et c'était pas pratique. Alors ils ont tous simplement décidé de creuser un canal.

Voilà ce que ça donne:

À droite... 
...Et à gauche ! 

Quand tu te penches au bord, c'est le vertige assuré. J'ai du me mettre à genoux, les mains au sol, tant ça m'a déstabilisé. Entre la folie et le génie...

Aaaaaah, nous arrivons enfin dans la fameuse Athènes. 90% de touristes en moins cette année, Athènes respire et étouffe en même temps.

Ce que je retiens d'Athènes, dans un premier temps, c'est le chemin que nous parcourons pour aller de la voiture, qui était au camping de la ville, et le centre-ville.

C'est carrément pas du joli.

Des déchets partout, la puanteur, les jeunes en train de sniffer je sais pas trop quoi à même le trottoir, les magasins plus que douteux... pas une femme dans la rue.

Glauque quoi.

Non pas que les Athéniens de ces quartiers soient méchants, mais j'avais vraiment l'impression qu'ils étaient mis au rebus. La ville dépense des millions pour garder le Parthénon debout, et eux, ils vivent dans des conditions à peine humaines. Je ne dis pas que c'est bien, ou mal. Je me dis juste qu'ils doivent ressentir un grand sentiment d'injustice, eux, si proche du centre, et si peu considérés. C'est l'autre visage d'Athènes, celui qu'on ne préférerait pas voir, mais qu'un vrai voyageur doit assumer.

Je n'ai pas vu le Monde, mais je sais d'ores et déjà qu'il est en permanance coincé dans une dualité dérangeante: entre le merveilleux et l'abject.

On ne sait pas si un coin de paradis dissimule un enfer, où l'inverse.

Enfin bref, on arrive au centre-ville: et les Grecs d'il y a 2000 ans nous on laissé quelques souvenirs.

Ces monuments sont éparpillés un peu partout dans le centre-ville.

Ce qui est adorable, c'est que ces ruines font aussi office de refuge pour certains animaux...

Cela donne une dimension particulière aux monuments, comme un havre de paix au milieu de l'effervescence citadine.

En parlant de havre de paix, de contraste, de silence... l'Acropole !

En entrant dans l'enceinte de la fameuse et majestueuse Acropole dominant Athènes, on a l'impression de pénétrer dans une bulle. Tout est immobile ici, serein, calme. Pas de cris, pas de bousculade. Et évidemment, nous avions le lieu quasiment rien que pour nous: immersion totale.

C'est un lieu si inspirant pour un esprit romantique...

Nous passerons un peu plus de deux jours à Athènes, à marcher 20km par jour, pour découvrir la ville.

Camping vide, restos vides, monuments vides... c'est reposant, mais attristant. Je hais le tourisme de masse, et pourtant je ne veux pas vivre dans un monde où les gens ...

Drôle d'époque.

Nous prendrons un ferry pour la Crète où nous déambulons pendant dix jours, mais cela fera l'objet d'un article à part entière. Suspens !

Au retour, nous remontons au Nord, en passant par les montagnes et la vallée de Delphes...

... pour aller découvrir ce qui sera l'un des lieux les plus incroyables de notre voyage.

La région des Météores.

Déjà rien que le nom a éveillé ma curiosité. Il amène tout de suite une dimension mystique au lieu: et ce dernier porte merveilleusement bien son nom.

Parce que les Météores, c'est ça.

Ce genre d'endroit nous met dans la béatitude la plus totale. Comme tout le monde, on a passé la première heure à se demander: 《Mais qu'est-ce que ces falaises surréalistes font ici ? C'est unique, c'est ici et nulle part ailleurs. Hého Mère Nature, t'as pété ton câble ? 》

Non mais, regarde moi ça. C'est merveilleux, quels petits veinards nous sommes, quasiment seuls en ce lieu sacré. Parce que sacré, il l'est: les monolithes sont truffés de monastères suspendus.

On aurait pu me décrire un lieu comme celui-ci dans mes livres de Fantasy préférés. Il faut le voir pour le croire...

Les Météores seraient le résultat d'un dépôt de sédiments liés à la présence du delta d'un fleuve il y a très longtemps. Dans les années 1500, un ermite serait venu s'installer dans le coin, parce que effectivement, ça a de la gueule. Par la suite, les religieux Orthodoxes ont construit des monastères suspendus, faisant de ce lieu un haut lieu de la spiritualité Orthodoxe.

Et comme tout lieu incroyable, il y a beaucoup de tourisme (sauf cette année bien entendu), et notament beaucoup de gens qui entrent dans les monastères visitables sans aucun respect pour les mœurs et la spiritualité des moines: hein, les minettes en mini-jupes épaules découvertes et autres énergues humaines qui crient à tue-tête, j'vous ai vus! Y'a pas grand chose qui m'énerve, mais ça, avec les déchets par terre, ça a le dont de me mettre hors de moi et de me faire passer des heures à pester sur l'humanité.

Enfin bref.

Par respect pour la vie monastique, nous ne sommes pas entrés à l'intérieur des édifices: pouvoir les admirer de l'extérieur nous a amplement suffi. C'est fou jusqu'où la ferveur peut mener les Hommes.

Pour s'imprégner des Météores, il faut y errer. Entre les monolithes se trouve une forêt... particulière. Particulièrement belle et particulièrement mystérieuse...

Le chemin serpente entre les arbres, dont les feuillages éclipsent presque la lumière du jour et rendent les bruits extérieurs feutrés. Un silence vert sombre entre toi et le Monde, avec ces tapis de fleurs improbables. Si tu ouvres l'oreille, les yeux, et surtout ton esprit, tu sentiras les énergies de la forêt qui circulent, imperturbables.

Ici, tu n'es pas chez toi, mais tu ne déranges pas non plus.

Tu peux continuer à avancer...

À ta gauche, au pied d'un des monolithes géants, tu trouveras une faille peu avenante dans la roche. Si tu sors de ta zone de confort, que tu omets les bruits suspects des chauves-souris et les toiles d'araignée démesurées, tu te retrouveras, quelques dizaines de mètres plus loin, dans un endroit particulier.

Une caverne au cœur de la Roche.

Et là-bas... une lucarne.

Approche de la lumière, escalade les blocs qui te barrent le chemin, saute par dessus le vide et... Abracadabra.

Un panorama privilégié où tout y est: la forêt, les monolithes, les monastères... Je crois que ce fut un des plus beaux moments du voyage, ce paysage magique rien que pour nous.

La Pérégrination comprit à ce moment là que ce n'est pas le lieu qui fait le souvenir, mais l'expérience. Comme par exemple ces randonnées aventureuses (oui, on a failli se retrouver coincés!) au cœur des Météores.

Il y a même le petit spot adorable pour le dodo... attention tout de même, il y a deux pièges ici: il fait plus froid que tu ne l'imagines (note de l'auteur: j'ai du mettre mes moumoutes dans mes crocs pour la première fois en 5 mois !), et Dimitri. Si toi aussi, mademoielle, tu veux découvrir les Météores en Van, appelle-nous avant.

Allez, on part pour la dernière destination. Celle-ci se trouve au plus haut de la Grèce, au sens propre.

C'est le Mont Olympe, point culminant du pays.

Il paraît que c'est la demeure des dieux. Pas facile d'accès, c'est le moins qu'on puisse dire: 20 kilomètres pour 1800 mètres de dénivelé positif. Normalement, ça se fait en deux jours, mais tu nous connais, on est des lève-tôt. Donc on s'est dit que ça passait en un jour.

La magie du lever de soleil. 

10h30, sommet !

La montagne à la mer, littéralement... presque Réunionnais comme paysage...

C'est vraiment une superbe randonnée, mais bon, quand même, la prochaine fois, on ira avec des casques et une corde. C'est plutôt engagé et les plaques commémoratives sont trop nombreuses sur le chemin...

Enfin, un dernier paragraphe, et des plus importants, sur les Grecs. Nous n'avons jamais été accueillis aussi chaleureusement... le sourire, la tchatche, la générosité parfois presque gênante ! Vivre une partie de son voyage au côté de ces perles, c'est juste idyllique. Nous avons passé en tout un mois et demi en Grèce. Le fait que ce pays soit (habituellement) touristique s'explique allègrement: la diversité et la beauté des paysages sont trop saisissantes pour laisser indifférent. Le sport, la Nature, la Culture, la Nourriture, les Grecs, le Soleil... nous avons quasiment fait le tour de la Grèce, hormis les Iles des Cyclades. En Grèce, tout comme en Albanie, en Turquie, en Bulgarie etc., il y a une quantité effarante de chiens et de chats errants: ils sont très bien traités par les hommes, hormis quand les chiens attaquent les troupeaux. Je pense que nous avons beaucoup à apprendre dans ce domaine, nous les Français. Vraiment, on doit passer pour des barbares à côté.

On a fait un joli tour, mais il nous en reste encore pour une prochaine fois. La Grèce nous laissera un souvenir tiède, doux, comme la légère brise au bord de la plage... pour quand il fera si froid, dans pas si longtemps...

Tu le sais, j'aime les mots. Je passe beaucoup de temps avec eux, par la lecture et l'écriture, parce qu'ils sont essentiels sur bien des plans... gardiens de mes souvenirs de voyage aussi. Les alphabets font parti de l'apprentissage des mots, et j'ai passé un mois à faire remonter mes souvenirs de lecture de l'alphabet Grec, qui remontent à plus de 10 ans. Les mots transportent notre âme, nos maux, nos humeurs... ils sont le Pouvoir, mais un pouvoir particulier, puisque nous le possédons tous de manière équitable.

Il y a des mots qui sont particulièrement beaux, et qui pourtant expriment des choses toutes simples. Des mots sans prétention, que l'on prononce avec une délectation toute particulière, parce qu'ils sont agréables en bouche, comme une lampée d'Hydromel.

Je suis persuadée qu'il y en a dans toutes les langues...

En Grec, le mot " καληνυχτα [Kali-nicta]" m'a tapé dans l'oeil. Comment pourrait-on dire "bonne nuit" de manière plus sensuelle et poétique...?

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Publié le 15 novembre 2020

《Mami'Ka ! Mami'Ka !》 s'écria une petite voix depuis la chambre.

《Mami'Ka ! Viens voir !》

La vieille Mami'Ka en question s'apprêtait justement à savourer un moment de tranquillité, avec un petit spiritueux au miel de son cru. Elle avait découvert la recette au cours d'un voyage, il y a si longtemps de cela...

《Attends-moi, mon tout-doux, le devoir m'appelle. Je reviens vite.》 Intime-t'elle à la petite fiole à l'odeur à la fois douteuse et délicieuse. Elle se lève difficilement.

Ça craque, ça craque...

[T'as plus vingt-quatre ans, ma vieille.]

Elle se dirige vers la chambre plongée dans l'obscurité. Sa silhouette se découpe alors dans l'entrebâillement de la porte, à contre-jour dans la lumière du couloir.

《- Quoi?

- J'arrive pas à dormir, j'ai fait un cauchemard.

- Et moi, j'ai fait un rêve. Celui d'un moment de tranquillité.

- Raconte-moi une histoire...》

Elle sourit. Ce satané gamin sait la prendre par les sentiments pour grappiller dix minutes tous les soirs: raconter des histoires, c'est son truc, à Mami'Ka.

《- Ok mon p'tit loup. Mais une seule, après rideau. Allonge-toi.》

Elle assoit ses vieilles fesses sur le bord du lit, et ferme les yeux, se retrouvant ainsi seule avec son livre d'histoires le plus précieux... le récit de ses souvenirs.

[Ça y est, j'ai trouvé.]

《- Ce n'est pas vraiment une histoire. Ça s'inscrit dans la Mythologie... alors c'est un mythe, tu comprendras pourquoi. Mais peu importe. Tu es prêt, petit dragon ?》

Le gosse hoche la tête, ses grands yeux gris tout ronds rivés sur les lèvres ridées de son ainée. Elle se racle la gorge, autant pour gagner du temps que pour s'éclaircir la voix.

[Par où commencer ...]

《- Alors donc, c'est l'histoire de Mami'Ka à Athènes, en Grèce. Tu vois où c'est, la Grèce ?

- Oui oui. [Tu ments mal, gamin.] C'était pendant LE Grand Voyage ?

- Tout à fait, pendant le grand voyage... ainsi donc, nous visitions la ville d'Athènes, grande capitale de la Grèce. Les petites ruelles bondées, les étals aux multiples odeurs débordants sur les pavés, le bruit, les couleurs, la chaleur étouffante de l'après-midi... une vraie ambiance de Sud. Une ambiance à la fois étouffante et charmante... une dualité troublante, on l'adore et on la déteste, cette cité. Nous traversons le centre-ville grouillant pour rejoindre l'Acropole, une colline abritant les ruines de l'ancienne cité d'Athènes... vieilles de 2 000 ans.

- 2 000 ans ?!

- Oui, presque aussi vieilles que moi.》

Elle sourit.

《Ainsi, nous gravissons vaillamment les centaines de marches qui nous permettent de rejoindre ce mystérieux promontoire. Nous passons une barrière, puis suivons un chemin qui nous amène au pied des marches millénaires... l'entrée de l'Acropole.

- Wouah.

- Ouais, tu l'as dit. Je m'arrête, et j'observe les colonnes de marbre, leurs fissures et leurs aspérités, me demandant ainsi comment...

[Elle s'arrête soudainement.]

Tu entends ?

- Quoi ?

[Une pointe d'inquiétude dans sa voix.]

- Justement, rien. Le silence. Le contraste avec le cœur de ville est saisissant. Tout est calme ici, si calme... Je me retourne et observe, depuis le haut de la colline, le panorama de la ville. Quel spectacle effrayant. La ville blanche s'étend sur des kilomètres à la ronde, pieuvre dont les tentacules engloutissent peu à peu les collines environnantes. C'est immense. Dire que chaque minuscule fenêtre abrite une vie, une famille, une Histoire... c'est tout simplement vertigineux. Cette faculté que nous avons développé au fil des siècles, à nous empiler les uns sur les autres alors qu'on sait très bien - d'expérience - qu'on est incapables de se supporter. D'ailleurs, la ville d'Athènes n'est pas conçue pour être supportable. C'est marche ou crève, en quelque sorte. La barbarie humaine fardée, dissimulée sous les buildings délabrés et les rues trop serrées. Tu vas dire que j'radote, mais le contraste avec la beauté, le silence, l'espace entre les ruines de l'Acropole est saisissant. Ici, on est dans un non-lieu. Au centre du plateau, dominant la colline, le Parthénon se dresse, infiniment vieux, infiniment... fatigué ? En effet, des échafaudages soutiennent les fondations branlantes depuis une petite éternité. À ce moment là gamin, va savoir pourquoi, j'en sais rien, j'ai eu une intuition. En regardant ce gros pavé millénaire, j'ai eu... l'impression qu'il retenait quelque chose. Quelque chose de palpable spirituellement. Quelque chose de... Puissant.

Une Histoire.

L'édifice, quadrillé de ferraille contemporaine, était comparable au tonnerre qui gronde. Il lui suffit d'une demi-seconde, d'un éclair, pour libérer toute sa puissance et la faire retentir sur des kilomètres à la ronde. Il avait quelque chose à dire depuis des millénaires. Et aujourd'hui, il a trouvé quelqu'un pour l'écouter. Je l'observe sur toute sa hauteur, m'approche d'un énorme pavé déchu sur son côté, et tends la main. Puis je m'arrête une seconde. J'ai peur. Pas peur de la révélation qui s'offre à moi, non, peur qu'il ne se passe rien. C'est paradoxal, hein. Ma main effleure la pierre, si bien que mes terminaisons sensorielles perçoivent son rayonnement... puis s'y pose tout à fait.

Et là...

- Et là ? [Les yeux du petit, ronds comme des soucoupes semblent prêts à tout. Il bat des cils rapidement, comme pour être sûr de ne rien rater.]

- Et là, c'était comme ce que tu ressens lorsque Mami'Ka tente de te faire peur pour faire partir ton hoquet. Une boule dans le ventre, qui brûle, qui explose, qui semble créer un volume impalpable, ou au contraire, un vide palpable. Je compris tout d'abord - comme si cela avait été inscrit dans mes neurones à coup de tampon, que la Mythologie Grecque n'est pas ... comment dire, c'est réel. Tout est réel, mais pas dans notre conception de la réalité. Notre méthode de pensée cartésienne nous empêche d'accéder à cet Univers. C'est hors de notre portée, tout comme nous ne sentons pas les énergies évidentes qui circulent dans la forêt. Nous pensons tout percevoir par nos cinq sens, mais il n'en est rien. Il y a d'autres sens. D'autres énergies... mais celles-ci ne sont pas quantifiables, pas mesurables. Ensuite, la Mythologie n'est pas "finie": elle n'a pas disparu avec la civilisation Grecque. Elle a un pied à côté de l'espace temps, c'est pour ça que ses récits nous procurent toujours une sensation étrange, indescriptible. Comme si cette Mythologie, inventée de toute pièce par l'Homme, s'était mise à mouvoir indépendamment de sa volonté, créant ainsi un véritable Univers parallèle.

Tu comprends où je veux en venir ? La mythologie s'écrit encore aujourd'hui, elle... vit. Et devine qu'est-ce qui incarne la porte qui permet d'avoir accès à cet Univers, à cette bibliothèque de Babel...

- Le Parthénon ?

- Exactement. Ce qui nous amène au plus important, mon p'tit loup. Qu'a t'il exactement à m'apprendre, ce Parthénon ? Le Mythe en cours d'écriture. Celui qui se tresse avec notre présent, ici, dans la ville d'Athènes en l'an 2020. Et c'est pas du joli. Est-ce que j'ai toute ton attention ?

- Oui, oui ! [Il est maintenant debout sur le lit, en équilibre instable, les mains sur les épaules de Mami'Ka. Mmmmh... c'est pas malin ma vieille, je ne suis pas sûre que cette histoire l'aide vraiment à s'endormir...]

- Il y a un peu plus de 2 000 ans de cela, les habitants de la cité d'Athènes fondèrent ce qui sera la première démocratie. Matériellement, cela s'est traduit par la construction d'un véritable quartier, conçu pour permettre l'exercice de cette nouvelle manière de gouverner: la fameuse Agora. Places publiques, bâtiments, auditorium, allées couvertes... tout était en oeuvre pour délibérer, débattre, proposer, argumenter. Des constructions qui servaient à construire; oui, à construire leur monde d'aujourd'hui et de demain. Bien que cette toute première démocratie ne soit pas idéale, elle apprit une chose fondamentale aux Hommes: ils étaient capable d'oeuvrer pour leur monde et de penser par eux-mêmes, de philosopher !

Et surtout, ils étaient capables de se fédérer.

De se fédérer... sans l'aide d'aucun Dieu. Ce qui mit évidemment notre capricieux et colérique Zeus dans une rage noire. Zeus, lui, n'est pas philosophe.

- Pourquoi il n'est pas philosophe ?

- Mmmh... parce qu'il est trop puissant. C'est toujours comme ça avec les personnes de pouvoir: c'est inversement proportionnel avec la philosophie. Tu comprendras quand tu seras plus grand. Enfin bref.

Ainsi, il se mit en tête - pour la énième fois, de punir les humains en les détruisant, sans autre forme de procès. Il travailla sans relâche pour former un éclair digne de ce nom, un éclair dans lequel il mit toute sa colère, pour créer une apocalypse clinquante. Un spectacle à la hauteur de sa Puissante bêtise. Cependant - et heureusement pour nous, la sérénissime Athéna, fille de Zeus, déesse de la Guerre, de la Pensée, des Armes, de la Sagesse, et mère fondatrice d'Athènes, ne l'entendait pas de cette oreille. Athéna est une Altruiste. Sachant pertinemment qu'elle ne pourrait user de la Raison pour convaincre son Père au renoncement d'une telle entreprise, elle usa de la ruse. C'est d'ailleurs pour cela que plus tard, celui de déesse de la Stratégie fût ajouté à tous ses titres.

Il lui fallait un compromis: Zeus était sous l'emprise de son étroitesse d'esprit... il lui fallait une punition digne de sa colère, qui permettrait cependant la survie de l'Humanité. Elle observa la ville d'Athènes, l'Agora, les Hommes, et la colline vierge et sauvage qui surplombait le tout. L'idée lui vint comme une évidence. Elle alla voir son oncle et sa tante, Hadès et Perséphone. Le chemin vers les Enfers lui prit un certain temps, et son impatience était à son comble lorsque leur espèce de Bouledogue baveux à trois têtes tenta d'échanger son passage contre une petite caresse sur les museaux. Elle caressa le colosse, pensive... Cerbère, quel drôle de nom pour un chien. Elle longea la rivière d'âmes pour retrouver Hadès, en pleine méditation.

《- Mon oncle, j'ai besoin de tes lumières.

- Dans les sous-sols de l'Enfer ?! Ça va être compliqué ma grande.》 Il s'esclaffe.

Hadès est un vrai boute-en-train... mais jamais personne ne s'en doutera, bien sûr.

《- Est-il possible de conserver l'âme de certains humains après leur trépas, empêchant ainsi leur réincarnation ?

- Comment ça ?

- Eh bien, je ne sais pas trop. Disons que j'aimerais que tu retires certaines âmes de la Rivière pour les conserver. Je ne sais pas trop comment.

- Mmmh... ma foi, oui, je peux faire ça pour un ou deux malheureux... mais dis-moi, qui veux-tu donc punir de la sorte ? Elle se mordit la lèvre.

- Tous les citoyens de la cité d'Athènes, après leur mort naturelle. 》

Les cheveux d'Hadès firent un bruit étrange, celui d'une étincelle... puis ce fut le silence. Puis... une énorme flamme bleue lui sortit du crâne.

《- Quoi ????!

- Mais mon oncle, si je ne fais pas ça, Père va tous les tuer et il ne restera plus ri....

- Non mais t'es folle ?! Non pas que ça me dérange, de priver des milliers de petits humains de réincarnation, mais où est-ce que tu veux que je les mette ? C'est pas un Loft, les Enfers, ma p'tite, j'ai pas la place ! Trouve un endroit où les mettre. N'importe quoi ! Un lac, une forêt, un temple... et je pourrais éventuellement te faire cette faveur.》

Athéna réfléchit intensément. Il lui fallait trouver un réceptacle digne de ce nom pour accueillir toutes les âmes d'Athéniennes... Un genre de Mausolée. Ainsi, elle demanda aux habitants de la cité antique de construire un temple à son effigie, tout là-haut, au sommet de la colline surplombant l'Agora, passant sous silence la vraie motivation de sa requête divine.

Ce temple, les Athéniens le baptisèrent... le Parthénon.

Enfin ! la déesse avait toutes les cartes en mains. Il ne lui restait plus qu'à séduire Zeus avec son plan. Elle comprendra, trop tard malheureusement, que sa stratégie salvatrice pour la civilisation Athénienne s'avère bien plus cruelle que l'extinction pure et simple de celle-ci...

《Père, Zeus, écoute-moi je t'en prie. Cesse donc de forger cet éclair étincelant qui aveugle ton illustre sagesse. Laisse-moi t'exposer une idée, mon idée: elle te permettra de punir sans détruire. Nous n'avons qu'à attendre que s'écoulent leurs vies de mortels: nous retirerons leurs âmes de la Rivière avec l'aide de mon Oncle, ton frère Hadès, et nous les enfermerons dans la structure du Parthénon. Zeus maintint son éclair dévastateur en lévitation. Curiosité ?

- Et en quoi, ma fille, cela peut-il bien être une punition pour les humains ?

- Tu le sais: ils seront condamnés à voir. À tout voir. À observer, impuissants, les conséquences de leur éloignement des Dieux. Ils voulaient la Liberté... ils auront non seulement une mort incroyablement longue, mais également effroyablement douloureuse. Ils seront confrontés à l'Évolution de leur propre civilisation, celle des humains, dans tout ce qu'elle a de terrible, jusqu'à sa destruction. Ils verront à quoi ressemblera la belle cité d'Athènes dans 2 000 ans ! Conséquence de leur volonté d'émancipation inconsidérée, face à la cruauté de l'Homme en groupe - ce qu'ils appellent Société ! Ils verront, de leurs yeux vides et fatigués, l'aliénation des Libertés de l'Homme... par l'Homme, et non par les Dieux !》

Elle s'était quelque peu emportée, mais la fin justifie les moyens... Car Zeus accepta la proposition. Ainsi, au fil du temps, les âmes des Athéniens trépassés furent aspirées par le Parthénon. Leurs idéaux survivront quelques siècles, puis s'éteindront devant un Homme toujours plus avide. Les Athéniens, forcés d'observer le déclin de la civilisation dans toute sa superbe - la machine à vapeur, les avions, les machines à construire des machines, la nanotechnologie, nom de Zeus ! - n'y tiendront plus. C'était trop dur, le fardeau était trop lourd à porter. Il avaient besoin du repos éternel. Ainsi, le Parthénon s'effondra progressivement, pierre par pierre, tentant désespérément de dévoiler aux yeux des Hommes modernes le désarroi de leurs ancêtres. Alors que firent nos contemporains ? Ils installèrent des échafaudages, et toutes sortes de machines diaboliques pour soutenir l'édifice, mettant sur le compte du temps qui passe la dissolution du Parthénon.

La Technique, mise en œuvre sans discernement, est le pire ennemi de la Philosophie. Le Parthénon en est l'Allégorie.

Voilà, gamin, ce que j'appris en posant ma main sur cette pierre déchue : l'Histoire Mythique du Parthénon.》

Le garçon resta silencieux de longues secondes, puis lui adressa un regard mutin.

《- Elle est nulle ton histoire, Mami'Ka.》

Elle lève un sourcil.

《- Ah bon ?

- Bah oui, les pauvres vieux Athéniens regardent la ville toute moche et toute polluée sans pouvoir rien faire. Ils observent la mocheté des hommes et puis voilà. Bref, ça finit mal quoi.》

[Ça y est, on y est.]

Elle ne peut retenir un sourire triomphant.

《- Et pourquoi ça finirait mal ? Le Parthénon est encore là, à ce que je sache. Mon récit n'est que le prélude de l'Histoire: le passé est immuable, mais le présent, lui, est capable de tout. C'est à nous, les Hommes d'aujourd'hui, d'écrire l'Histoire et de faire en sorte qu'elle se finisse bien. Où plutôt à toi: moi, j'suis trop vieille.

- Genre...changer le Monde ? Faire la révolution ?

- Évidemment, changer le monde ! Donner une bonne leçon à ces vieux binoclards philosophes enfermés dans le Parthénon, leur montrer qu'on peut faire mieux ! Maintenant, écoute bien ce que je vais te dire: parole cristal de Mami'Ka. Quand tu seras plus grand, tu t'apercevras que c'est très facile, d'avoir envie de faire la Révolution. L'indignation et l'insurrection vont de pair avec la prise de conscience. La Révolution, c'est à la portée de tous: le plus dur, c'est d'Imaginer. Imaginer le monde de demain. Tu veux que je te dise un secret ? On pense à tort que la plus grande menace du monde provient de la catastrophe écologique, de l'extrêmisme ou du lobby de la Banque. Alors que le plus grand danger de notre Société c'est la censure et la destruction de notre pouvoir d'imagination par la technologie, les médias vidéo, la publicité et le politiquement correct.

Sans Imagination, on devient fades, manipulables, amorphes intellectuellement.

Ta Liberté de concevoir et de t'exprimer, c'est ce qui fait de toi un être pensant. Conserve-la: même si ça dérange, même si c'est blasphématoire, même si ça met des gens en colère... même si tu as tort à la fin. On parle de ta dignité là, gamin... de ce qui fait de toi un Humain. Impossible de construire le monde d'après si on perd toute notion d'Humanité. Souviens-toi de ça. Capiche ?

- Capiche, Mami'Ka.

- Alors maintenant, allonge-toi. Voilà.

Ferme les yeux... et imagine quel monde on pourrait fabriquer pour rendre les Athéniens fiers de nous.》

Le silence s'installe dans la petite chambre sombre. La vieille Mami'Ka se lève et rejoint la porte entrebâillée.

《- Hé, Mami'Ka, quand on aura créé le monde de demain, celui qu'on aime, celui qui sera idéal, sans guerres, sans inégalités, sans épidemies, sans pollution etc... les Humains et la Société, ils vont pas s'ennuyer ?》

La vieille s'arrête au pas de la porte, entrouvre la bouche, sans pour autant prendre la parole. Après quelques secondes, elle reprit sa route et quitta la pièce.

Son petit remontant l'attendait toujours, ô combien sagement, sur la table en chêne. Elle se servit un verre, le porta à ses lèvres. Ses yeux se perdirent dans le vide. Elle ricana. S'ennuyer ? Quelle drôle d'idée.

Elle s'aperçut soudain que toute vieille Mami'Ka qu'elle était, elle n'avait jamais imaginé cette question.

L'imagination...

Sacré gamin.

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Publié le 17 novembre 2020

À la base, La Pérégrination comptait se faire une petite croisière dans les Îles des Cyclades avec le Gros. À Athènes, nous avons étés confrontés à la dure réalité: les Cyclades, c'est très TRÈS touristique, et le prix des ferrys est juste indécent. On s'est aperçu que ça nous coûtait moins cher d'aller de prendre un ferry pour la Crète, qui est pourtant l'île la plus lointaine d'Athènes, que d'aller dans l'île des Cyclades la plus proche.

Donc on s'est dit... Pourquoi pas ? J'avoue avoir pensé de la Crète que c'était un peu comme la Grèce, mais en plus petit. Grave erreur.

Comme dirait ma copine Julia: "C'est un sac de perles sur la Mer"...

Allez, on embarque.

Les nuits blanches sur le ferry, ça commence à nous connaître: entre la roublardise et la libation... entre la détresse par manque de sommeil et allégresse de l'apprenti matelot...

On ne parlera pas de ces nuits sur les bateaux: ça restera dans nos petits secrets. Ça, la définition du mot "bli-bli", le thé à la sauce tomate ou au parmesan, les blagues cyniques carrément pas drôles mais trop drôles, la putain de tête en bas dans la tente, les ventouses bouillies qui ventousent pas mieux, au point de fragiliser ta santé mentale tellement elles se décollent tout le temps, et tous ces souvenirs, ces petits détails qui ont en fait profondément boulversé nos habitudes, grâce à (ou à cause de?) la grande Pérégrination.

La vie va nous sembler bien fade au retour: la douche chaude tous les jours, c'est forcément moins drôle que tout ça.

Enfin bref, n'y pensons pas, pensons à La Crète ! D'ailleurs, on arrive au port.

Nous avons commencé par les ruines de Knossos, une des plus vieilles ruines du monde antique, reconstruites en partie selon l'interprétation d'un archéologue. Franchement, ça a de la gueule, et si ce n'est pas peut-être pas la vérité historique, ça mérite le détour.

Ensuite, nous sillonons les premières routes de Crète. Et on commence à s'apercevoir que cette île a un sacré caractère. Et surtout...

Que ça n'a rien à voir avec la Grèce.

Plus aride. Moins de végétaux. Tellement plus sauvage à proximité des côtes... Ça promet.

Nous nous dirigeons vers le plateau des moulins, y passons une nuit (au frais !), et nous alons nous balader, histoire de prendre de la hauteur sur la Crète.

C'est sublime. Tout ce dont nous avions besoin à ce moment du voyage: du calme et du sauvage.

Ensuite, nous visitons un endroit particulier. La grotte de Psychro.

Il paraît que Zeus, rien que ça, serait né ici. Tu m'étonnes. Une grotte magique, une réussite inconditionnelle de la Nature... surtout au milieu de ce désert montagneux !

Allez, on reprend la route pour traverser l'île.

Une route avec un sacré air de Nulle Part, au milieu de ces steppes montagneuses orange. C'est si sauvage...

On adore.

Nous arrivons au fameux village de Matàla, grande attraction touristique de l'île.

Il était une fois un petit village Crétois sans prétention, essentiellement composé de pêcheurs. Ce dernier est enclavé entre des falaises avec une petite particularité géologique: des grottes s'y sont formées.

D'ailleurs, nos amis villageois avaient bien remarqué les traces de nos ancêtres du Néolythique, qui, des milliers d'années auparavant, avaient squatté les grottes, y taillant des fontaines, des lits, des placards...

Il faut dire que le climat est plutôt sympathique, ici.

Un jour, dans les années soixante, la petite perle cachée entre les falaises fût découverte par un Hippie étranger. Très rapidement, les grottes dans les falaises devinrent leur fief, ils s'y installèrent tout bonnement. Il peignaient même les parois des grottes, les illuminant de fresques pleines de couleurs... Les Crétois, étant d'une hospitalité légendaire, les laissèrent s'installer tranquillement, avec le sourire. Les Hippies avaient même une plage privée, un petit paradis planqué à proximité du village.

[Bon, vous connaissez les Hippies, Peace&Love, pas de discrimination, tout le monde peut se baigner ici. À une seule condition: à poil !!]

La jolie petite histoire prit fin lorsque les villageois constatèrent des dégradations et même des vols, tous commis par la communauté Hippie. S'en était trop: les squatters furent chassés. Aujourd'hui, Matàla a fait de cette histoire un gagne pain touristique: le village manque cruellement de charme et d'authenticité, malgré de très belles œuvres d'art un peu partout.

Mais le principal reste, lui: la Nature est toujours aussi sublime. C'est un endroit unique et magique.

Un peu plus loin et mieux préservé du tourisme, se trouve la plage de Kalamaki. On y trouve un panorama genialissime du Sud de l'île, surplombant la Mer de Libye...

C'est vraiment une île superbe. Ce qu'on aime à Kalamaki, c'est la tranquillité et les couchers de soleil (comme un peu partout en Crète, d'ailleurs)...

Ah oui, et à la nuit tombée, nos copains les scarabées Bousiers, grands fans de caca en boule, sont de sortie pour nous donner le sourire.

On remonte au Nord pour visiter la petite bourgade de Chania. Son port, ses ruelles, ses couleurs, toujours cette ambiance Hippie...

 ... Et les spécialités Crétoises.

Tout à l'Ouest de l'île se trouve la plage de Falasarna. Je n'ai pas d'images parce que arrivés sur place, nous fûmes accueillis par des énormes vagues, dans lesquelles nous avons pris un plaisir diabolique à se faire dégommer pendant trois jours. Luc en a perdu son masque de plongée, a failli me faire un caprice avec ses grands yeux bleus globuleux, puis l'a miraculeusement retrouvé au fond de la mer, sous les vagues.

On est sauvés.

Amateurs de poésie, nous disions que nous allions "faire l'amour avec les vagues".

Tu parles ! C'était carrément du masochisme. On allait se baigner, tentant de surfer avec notre corps des vagues toujours plus grosses, le sourire jusqu'aux oreilles, jusqu'à que l'un de nous (voir les deux) se fasse mal. Oui maman, c'était complètement débile...

Mais ça fait du bien de se sentir vivant et minuscule une fois de temps en temps ! Ça, combiné à des séances d'entraînement avec nos parapentes au coucher de soleil...

Bah je peux t'assurer que le soir, à 21h, on dormait de pied ferme. Nous avons passé trois jours dans ce petit paradis tout simple. Ce parc d'attraction Naturel sans prétention dans lequel nous avons fusionné avec notre âme d'enfant...

Avant d'aller dans un endroit complètement dingue.

Le lagon de Balos.

Tout est sur les photos, non ? Alors, forcément, nous...

On était obligés, dans un endroit pareil. Et on n'a pas été déçus, parce qu'on a vu ça:

Rascasse volante 

C'est beau hein. Ça s'appelle un poisson Lion.

Et figure-toi que c'est une vraie saloperie. Non seulement c'est hyper toxique au toucher, mais en plus, ça défonce tous les écosystèmes marins tellement ça se reproduit vite. Un peu l'équivalent des chenilles processionnaires aquatiques.

Enfin bref, nous quittons ensuite la Mer pour découvrir un endroit extraordinaire. Un endroit qui demande 13 kilomètres de randonnée et 1200m de dénivelé pour être pleinement exploré.

Ce sont les Gorges de Samaria.

J'en ai encore des émotions fortes. Les Gorges de Samaria partent du cœur des montagnes Crétoises, pour aller se jeter dans la Mer de Lybie.

7h du matin. Fais tes lacets comme il faut, on entame la descente.

La première descente te plonge au cœur des gorges, dans une ambiance sauvage unique. Un Monde vierge, pur, préservé.

Dans un second temps, le soleil cesse de raser la Crète des montagnes, illusion d'une Aube infinie. Il perce timidement les feuillages, et te laisse apercevoir les Cyprès.

 ... Des Cyprès géants.

Grands habitants de la Forêt, tout au fond des Gorges de Samaria.

Y'a comme un air de bout du monde... où plutôt, de début du monde.

De temps à autres, l'Homme laisse une petite trace timide...

Avant que la forêt disparaisse au profit d'un canyon démesuré.

Et toi, tout petit toi, tu te balades au pieds de ces immenses parois de pierre, te demandant comment, mais alors vraiment, comment font ces arbustes pour réussir à pousser là ?!

La ténacité de mère Nature. Têtue comme une mule, elle finira toujours par reprendre ses droits. Toujours gagnante...

Comme je l'ai mentionné plus haut, les gorges semblent se jeter dans la mer, au bout. Sauf qu'une petite surprise nous attend: le fameux village aux maisons blanches et volets bleus, à la Grecque.

Le village n'est pas accessible par la route. Seulement en bateau... Encore un air de bout du monde fardé de poudre de Paradis...

Au cœur de l'après-midi, sous le soleil et la chaleur étouffante, le temps semble s'arrêter. Tout est immobile. Les maisons sont éblouissantes, et seul le bruit du ressac semble donner la mesure du Temps.

Le village semble plongé dans une torpeur - comment dire... une vraie torpeur méridionale.

Le Sud...

Lorsque le soleil daigne enfin t'autoriser à te mouvoir sans t'imposer cette lourdeur désagréable, le bateau arrive: il est temps de rentrer. Mais pas sans quelques dernières images magiques de la côte Crétoise pour bien finir la journée...

Nous sommes rentrés au camion à la nuit tombée, puis avons fermé les yeux sur une journée tout simplement parfaite...

La Crète est assurément une petite merveille, habitée par des gens merveilleux, les Crétois. C'est un petit paradis, coincé entre la Mer Égée et la mer de Lybie. Mais qui dit petit paradis dit également tourisme de masse: nous y étions mi-octobre, et sans dire qu'il y avait foule, c'est l'endroit où nous avons vu le plus de touristes (français !). Donc prends garde, si toi aussi, tu veux découvrir La Crète: il vaut vraiment mieux y aller hors saison. Pour le reste, c'est purement et simplement que du bonheur.

C'est un peu simple comme conclusion, mais franchement, la Crète inspire un discours épuré, simple... quelque chose de vrai et d'authentique, envers et contre tout.

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Publié le 28 novembre 2020

《Bon, ça y est, j'crois qu'on arrive au poste frontière. Bordel, regarde-moi ça, y'a des camions arrêtés partout. T'as vu Luc ? Pas un touriste. Pas une seule voiture même, y'a que nous. J'me demande si on est pas en train de faire une énorme connerie.》

Mais c'est trop tard pour reculer, on s'est mis en tête d'aller en Turquie... alors on ira en Turquie.

Luc, le Gros et moi-même arrivons devant la douane Grecque. La dame nous demande si on est bien sûrs de vouloir passer la frontière: c'est un point de non-retour. Nous hochons la tête avec détermination. Nous savions que cette frontière est à sens unique: depuis le coronavirus, il est interdit de passer de la Turquie vers la Grèce. Le Gros avance tranquillement au milieu des dizaines de militaires en armes.

Y'a rien de plus flippant que le No Man's Land entre ces deux frontières... on n'a vu ça nulle part ailleurs. On quitte l'Union Européenne et l'espace Shengen avec un seul espoir pour le retour: le poste frontière de Edirne, vers la Bulgarie. Si celui-ci vient à fermer à cause de la deuxième vague annoncée du COVID-19... on l'a dans le cul, excusez-moi l'expression.

C'est joueur...

Mais on est des vrais baroudeurs, oui ou non ?! Alors on continue: la douane Turque prend le relais, contrôle l'intérieur du camion, pointe du doigt les parapentes, l'air suspicieuse.

《- What is this ? - Paraglider.

[Quelques secondes de silence. Puis, soudainement, il nous adresse un grand sourire]

- Haha ! Parachuuuuuuut !!》

Bon, contrôle douanier, check.

Enfin, ils nous donnent un Kit COVID: soit une pochette contenant deux masques plus fins qu'une culotte en dentelle, deux lingettes pour les mains, les mêmes que celles que tu trouves dans les restaurants de moules, et un gel "hydroalcoolique" qui sent carrément la fleur d'oranger (ou la rose, ça dépend des points de vue). Le kit en carton quoi.

On a bien rigolé.

Ensuite, ils ont "désinfecté" le camion, et là, c'est du lourd: ils te balancent deux poires à lavement de savon sur les jantes, et ensuite tu te diriges vers une cabane, où un militaire te demande gentiment 3 euros... tu sais pas trop pourquoi. Le bakchich Turque ?

On fait pas de chichi, on paye...

Et LÀ, on est enfin en Turquie !

Les premiers kilomètres nous mettent dans le bain tout de suite. L'air est saturé en brûlis. Un brouillard étrange plane au-dessus des champs à perte de vue. Il fait chaud, mais une chaleur crade, piquante, extrêmement désagréable. La nuit tombée, à la recherche de notre spot pour dormir, les moustiques commencent déjà à nous harceler. Impossible de dormir. Le matin même, j'avais reçu un message de ma mère... 《c'est pas une bonne idée d'aller en Turquie, ce pays est instable.》 Je pense qu'elle faisait référence aux tensions diplomatiques entre les présidents Truc et Français.

En tant que voyageur, on ne s'arrête guère sur ce genre de choses, les conflits diplomatiques entre gouverneurs n'influent pas vraiment sur la sécurité des touristes.

La seule chose qui me faisait peur, c'était la fermeture de cette satanée frontière avec la Bulgarie...

Le lendemain, nous continuons notre route vers Istanbul, après un réveil au bord de la Mer, nappée d'un brouillard hostile. Pollution ou brûlis ?

...La journée fût éreintante. Nous avons quitté rapidement la campagne pour se plonger sur la voie rapide à 200km d'Istanbul... immergés dans une ville perpétuelle. Fini les champs, c'est la ville partout désormais. Nous nous sommes enfoncés au cœur d'un quartier- les Turcs sont adorables, mais ce sont des sauvages au volant ! - pour chercher un endroit où se reposer, mais c'est impossible là-bas: le moindre coin de verdure en ville paraît instantanément très très glauque. On est donc partis, désespérés, on avait faim, mais la chaleur et les odeurs citadines nous dégoutaient de tout. La fin d'après-midi approche, et il est formellement déconseillé de conduire de nuit en Turquie. Trop dangereux. Il paraît qu'ils roulent parfois sans phares, et comme des tarés, sinon c'est pas drôle. Il nous faut trouver un endroit, on est saturés en tout, il nous faut du calme et du repos.

On trouve sur internet un petit camping à 50km d'Istanbul.

Parfait.

On se jette dessus avec l'énergie de l'espoir... et on arrive devant un portail, ouvert, certes, mais... c'est vraiment un camping, ça ? Une maison, un jardin, un chien qui nous aboie dessus comme un acharné, et... pas un chat. Je me lance, je rentre dans la propriété pour demander s'il est possible de dormir ici une nuit, et la dame me parle en Turc, puis me regarde, me sourit, et par un geste de la main, me demande de patienter. Son mari arrive quelques instants plus tard, un vrai Turc, le sourire et la moustache, adorable: ils ont ouvert le camping rien que pour nous, on est sauvés pour la nuit.

... Encore une fois, impossible de dormir.

On voit aux infos que certains pays commencent à s'émouvoir des caricatures du prophète par Charlie Hebdo, montrées par le professeur.

Pas top, l'ambiance.

Je commence à me dire que ma mère avait peut-être raison sans le savoir, c'est peut-être pas le moment de s'enfoncer au cœur de la Turquie.

Allez, un peu de courage, on continue jusqu'à Istanbul. Ça vaut le coup, rien que pour observer les Turcs, si proches et si différents à la fois.

On arrive aux abords d'Istanbul, à 30km du centre-ville, et la ville perpétuelle depuis 150km s'élève et se resserre. Istanbul compte 15 millions d'habitants, ce qui en fait la plus grande ville du continent.

Verrou entre l'Orient et l'Occident... quel endroit spécial, puissant, n'est-ce pas ?

... Et sa puissance n'a d'égale que sa beauté.

On arrive au camping: le tenancier du terrain de football du centre-ville convertit son parking et ses vestiaires en camping de fortune. On ne demande pas mieux: le camion est en sécurité. On n'imaginera pas à quel point...

Allez, une douche, et c'est parti pour Istanbul !

Alors alors, comment commencer par le commencement dans une ville pareille ? Je crois que le premier mot qui me vient à l'esprit est le suivant: c'est dense.

Du bruit, du monde, du sale, des couleurs, du mauvais goût à l'Occidentale, du parfum d'Orient, du brouillon. Complément à l'antipode de Vienne, en Autriche. Istanbul est une ville touristique qui a su néanmoins rester authentique. C'est pourquoi il faut un temps d'adaptation. J'ai ressenti un énorme malaise durant quelques heures, à me capitoner sous mon gilet, de peur de choquer, de trop montrer, de me faire remarquer. Les premiers quartiers dans lesquels nous avons déambulé étaient loin d'être les quartiers touristiques, d'où ce sentiment de dépaysement assez étrange... du genre qui te donne l'impression de tomber dans un gouffre.

《Mais qu'est-ce que je fous là ?》 Que le baroudeur qui ne s'est jamais posé cette question me jette la pierre. Cette émotion est à la fois terrifiante et exaltante. Une dualité que l'on cherche en permanance, dans le voyage, n'est-ce pas ? Des moments qui nous font rêver, qui font rêver les autres. Des moments dont le souvenir est si ennivrant... Alors que pourtant le présent nous semble détestable. C'est ce genre d'instants que l'on recherche tous, celui de la révélation du Monde rien que pour nos yeux... et en fait, c'est toi qui plonge involontairement et complètement dans un monde à la fois différent... et indifférent!

Il ne t'attend pas lui, il ne se prépare pas, ne se farde pas, il se montre à toi dans toute sa réalité, sans complexes, sans tricherie aucune.

Authenticité.

Voilà le mot que l'on recherche, hein. À un kilomètre de chez soi comme à l'autre bout du monde.

Nous ? Nous voulions voir l'Orient par la fenêtre d'Istanbul, sans apparats.

Et nous avons étés servis, messieurs dames.

Nous continuons notre route à la recherche du Grand Bazaar. En fait... ce n'est pas toi qui cherche le Grand Bazaar. C'est lui qui te trouve. Souvent au détour d'une ruelle étroite bondée et saturée de commerces en tout genre. Le Grand Bazaar est situé au cœur du quartier du Grand Bazaar, grand marché couvert entouré d'un marché à ciel ouvert... dix fois plus grand encore. Un vrai dédale. Le temple de la consommation à l'Orientale. On y trouve... on y trouve tout en fait. Sérieux, je n'aurais pas été étonnée de voir un Turc me racoler avec un portrait de ma propre mère à la main, avec un grand sourire et un petit "Hello, how are you ?" !

Oui, parce qu'en Turquie, quand tu abordes quelqu'un avant de parler affaires, ou de demander quoi que ce soit, tu demandes toujours comment ça va. Après, les affaires commencent. Quelle belle coutume. Je pense que de ne pas la respecter, c'est très impoli pour eux... comme le fait de refuser le thé quand on te le propose. C'est juste pas concevable, d'où le fait qu'ils aient TOUJOURS un thé à la main. Mais attention hein, c'est pas le thé à la Française tout doux infusé deux minutes, c'est un truc carrément conçu pour te bousiller les reins ! Dans le genre tannique, même le Bordeaux ne fait pas le poids !

Enfin, tu vois, je me perds dans mes pensées comme je me perds dans le quartier du Grand Bazaar: l'esprit et les jambes vagabondent de conserve, sans but, dans le vacarme assourdissant.

Donc je disais: Tout est à vendre en ce bas-monde, n'est-ce pas. Le Grand Bazaar n'en est que l'Allégorie. D'ailleurs on vient de tomber sur une impasse. Au bout, une porte. L'entrée du Grand Bazaar, le cœur du quartier.

On entre ? Allez, on entre.

L'ambiance stambouliote à son apothéose. Un dédale de couloirs bordés d'innombrables de petits commerces qui semblent n'en former qu'un. Le bruit, le monde, les articles achalandés à la va-comme-je-te-pousse, les couleurs...

Exactement la définition du mot bazar quoi. Tu ne peux pas faire deux mètres sans te faire alpaguer par un vendeur de tout-ce-que-tu-veux qui parle dix langues. Ou alors, tu entends de-ci de-là, à l'entrée du magasin des adages endémiques du Grand Baazar. Des adages uniques, qui allient avec une habileté déconcertante, dans une phrase en deux parties, la philosophie épicurienne (1ère partie) et un capitalisme outrancier (2ème partie). Ça donne des trucs du genre:

《Feel free, spend your money.》

《Life is short, spend your boyfriend money.》

Des fois, ils te prennent par les sentiments aussi:

《Taste my Delights, don't break my heart.》

Nous, ça nous a bien fait rire: il faut être à Istanbul pour voir ça et trouver ça tout à fait normal ! Les seuls couloirs où on ne t'alpague pas, ce sont ceux où l'on "fabrique" les ceintures Gucci, les T-shirts Lacoste à même le sol - si tu vois ce que je veux dire.

Bah oui, tu t'attendais à quoi ? À des étals de vêtements cousus à la main par les mamies autochtones des campagnes Turques avec de la laine Label Bio ? On est pas chez les Bobos là !

Non, ici, on veut du Chanel, du qui brille, du qui clinque, et pour pas cher attention, faut négocier ! La magie du Grand Bazaar... Quand tu arrives à avoir un moment de tranquillité, tu peux lever la tête et observer la beauté du lieu, cachée derrière les étals...

Tu ressors de cet endroit complètement enivré, en te disant que plus JAMAIS tu ne voudras y retourner. C'est complètement saturé en tout... c'est trop. Trop de sollicitations, que ce soit par le racolage permanent, les couleurs, tous ces trucs qui servent à rien (d'ailleurs tu remarqueras que tu es sans doute le seul blaireau à ressortir du Grand Bazaar sans rien avoir acheté)...

Puis tu t'apercevras, quelques heures plus tard, que tu retournerais quand-même bien y faire un petit tour, des fois que tu aies loupé un petit rien au détour d'un couloir...

Dans le même genre, le Bazaar Égyptien est aussi sympathique, bien que moins authentique selon nous.

En attendant, je crois qu'on a besoin d'une petite pause. Histoire de digérer tout ça ! Alors on se pose dans un oasis de tranquillité pour goûter ce fameux thé (qui se prononce "Tchaï"), au rythme de la voix à la fois étrange et apaisante du muesin...

Cette mélodie est toujours différente (du moins nous semble t'il) selon le Muesin (religieux qui la chante: la musique est relayée du haut des minarais des mosquées). Sa voix traînante, lancinante, chante les louanges d'Allah cinq fois par jour pour appeler les musulmans à la prière. C'est d'une poésie...

Seuls ceux qui sont allés dans ces pays, à forte majorité musulmane, comprendront de quoi je parle, je pense. Cette voix te parle à toi aussi, qui n'est pas musulman.

Elle t'invite à un moment de silence, de méditation... elle t'invite un instant à te plonger dans la spiritualité qui guide le cœur des centaines de millions de musulmans dans le monde. Cela ne dure que quelques minutes. Mais à la fin, si tu respectes cet instant, et que tu lui voues toute ta curiosité, tu auras compris quelque chose. Un quelque chose sur lequel on ne pose pas de mots... comme des murmures dans une langue encore inconnue.

Le souffle de l'Orient...

Tradition oblige, à la nuit tombée, nous avons fait l'expérience d'une spécialité, le narguileh. Pour ma part, ça m'a rappelé de nombreux souvenirs...

Ils ont la science du Narguileh, en Turquie. Déjà, leurs équipements, c'est des machines de guerre. Ensuite, les Turcs te font parfois des animations, comme souffler dans une bulle de savon pour épater la galerie... ils ont le sens du service et du spectacle ! La présence des mosquées à Istanbul m'a rappelé la présence des églises à Rome. Il y en a partout, dissimulées dans toute la ville...

Je trouve ces bâtiments absolument magnifiques, porteurs d'une grande poésie, à l'Orientale. D'autant plus que les mosquées ont une particularité par rapport à nos églises: elles sont entourées d'une cour extérieure. Ce qui veut dire que lorsqu'on entre dans l'édifice religieux, on commence par cette cour, qui fait office de tampon entre le monde extérieur et le monde religieux. Ainsi, ils accomplissent les ablutions et ils peuvent se plonger pleinement dans leurs prières...

Il y a aussi autre chose qui marque dès que l'on entre à l'intérieur de la mosquée: la sobriété absolument totale. Aucun ornement, juste parfois quelques tentures. Et toujours cette grande moquette - on entre d'ailleurs pied nus et tête couverte pour les femmes. C'est tout de même drôle: nous représentons Jésus et la vierge Marie à qui mieux mieux dans nos églises, au travers des vitraux, avec des statues outrageusement luxueuses... et eux, ils n'ont rien du tout. Pourtant, Jésus est également un prophète très important pour les musulmans...

La nuit, les mosquées perchées en haut des collines rayonnent d'autant plus...

Depuis le parvis de la mosquée de Soliman le Magnifique (Ouh Yeah), on peut s'offrir un panorama imprenable sur la Grande Istanbul.

Au loin, on observe le célèbre pont qui traverse le Bosphore, liant ainsi l'Europe et l'Asie... De quoi donner des frissons à ton âme de baroudeur... Le soleil se couche enfin. Après 20 kilomètres de marche dans la ville effervescente, nous sommes épuisés... Et on a la dalle !

Les plaisirs stambouillotes.... et encore, il manque la moitié des brochettes sur ma photo !

Que du bonheur, et pour pas cher en plus. En effet, le coût de la vie en Turquie est très agréable pour nous autres Français, en particulier depuis cette année. Par exemple, nous avons dégusté ce plat à midi dans un boui-boui perdu d'Istanbul:

Ça s'appelle un Menemen, c'est un plat typique de là-bas, une genre d'omelette garnie aux oignons, poivrons, fromage etc., avec des épinards crus et du pain. C'est excellent... ça coûte 2,20€.

Et avec le thé, s'il vous plaît !

Autre chose très agréable à Istanbul: la présence de chiens, et surtout de chats, sauvages, partout. Ici, ces animaux sont considérés comme le patrimoine de tous: ils appartiennent à tous les citoyens Stambouliotes.

La question que l'on peut légitimement se poser, c'est : mais qui donc leur donne généreusement de quoi manger tous les jours ?

Bah justement, tout le monde.

Ils n'ont pas de SPA comme en France ?

Bah non, ils n'en ont pas besoin du coup.

Ainsi, on observe un peu partout, à proximité des devantures des épiceries et restaurants, des restes posés dans un petit récipient par terre. Ils ont des caresses, et de la nourriture toute la journée: les Turcs s'occupent d'eux avec une dévotion surprenante. J'ai vu de mes yeux vus un golgoth aux yeux noirs s'attendrir comme une fillette devant un petit chat. Ici, c'est normal... Je sais pas ce que tu en penses, mais moi je me dis qu'on a une sacrée leçon d'humanité à apprendre, là. Je crois que l'exemple le plus choquant que j'ai vu était par une après-midi de forte pluie: sur la terrasse couverte d'un Starbuck Coffee en plein centre-ville, un chien sauvage était avachi sur les banquettes bien moelleuses. Il dormait, tranquille, à l'abri. Normal ! On en apprend beaucoup sur les Hommes d'une Culture à la manière dont ils traitent leurs animaux: ça donne un indice sur la manière dont ils ont tendance à traiter leurs semblables. Les Turcs manifestent donc visiblement beaucoup de bonté, de sens de l'hospitalité et de savoir-vivre.

Donc justement, parlons-en: alors que nous venions de nous trouver un charmant appartement pour visiter la ville tranquillement, le camion en sécurité dans notre cour intérieure avec nos amis les chats...

Nous allumons la télé et tombons sur une chaîne d'information Française: et là, on tombe des nues. On visionne des images de Erdogan indigné par une caricature du magasine Charlie Hebdo (déjà que c'était loin d'être la fête entre la France et la Turquie), ainsi que des dizaines de vidéos des manifestations énormes à l'encontre de la France dans une bonne partie des pays du monde musulman - dont la Turquie.

《Heu... Luc, je sais pas si on va rester. Tu crois qu'on devrait rester ? Continuer après Istanbul ?》

Luc bouillonne de colère, ce qui n'est pas son style. Je le comprends. Charlie, mais qu'est-ce que t'as encore fait, depuis tes quartiers hautement sécurisés, pour les foutre en rogne comme ça et nous mettre en porte-à-faux, nous ?!

Nous apprenons que les manifestations sont liées au fait que Macron ait soutenu officiellement le droit au blasphème, suite à l'assassinat du professeur d'Histoire Géo.

Alors là, on se confronte à une situation très instructive, un truc que tu ne peux développer qu'en voyage, lorsque tu es immergé dans un monde qui n'est pas le tien: Luc et moi sommes éperdument pour la Liberté d'expression, pleine et entière. On a été élevés à ça depuis tout petits: bah ouais, on est Français quoi ! C'est la base, pour nous autres, la Liberté d'Expression... c'est un combat que l'on mène en permanance, et qu'il faut continuer à mener ! [Aujourd'hui en France, en 2020, nous rappelons (tout de même) que des écrivains sont condamnés, voir même en prison pour avoir publié des livres et rien d'autre. Ça, c'est le genre de trucs qui met aussi mon Luc dans une rage noire, tout Libertaire qu'il est...]

Donc bref, oui, nous, ça nous choque pas de voir des caricatures du prophète Mahomet dans des mises en scène obscènes, parce que...

Parce que peut-être qu'on comprend pas trop la place qu'il a, dans le cœur des musulmans, ce fameux prophète au nom de qui on commet le meilleur et le pire !...

Mais tu sais quoi ?

Nous sommes à Istanbul, siège de l'Empire Ottoman, pays constitué de 95% de Musulmans, alors on est justement dans un endroit merveilleux pour tenter de comprendre !

Qui dit siège d'un empire dit... Palais, évidemment !

Le palais du Topkapi.

Mais avant, prenons un petit-déjeuner consistant. Il va de soi que c'est un euphémisme.

Nous nous faisons discrets: nous évitons de parler trop fort, en Français, histoire d'éviter d'attirer trop l'attention. Non pas qu'on se sente en danger, pas du tout: on a juste pas envie de trop se faire remarquer dans les quartiers populaires. À la fin du repas, je remarque que mon cher Papa m'a lancé une tonne d'appels et de messages, nous stipulant qu'il y a eu un attentat en France, et qu'il faut dégager d'Istanbul au plus vite. Si tu connais mon père, tu sauras que ce genre de réaction n'est pas dans ses habitudes: alors y'a peut-être vraiment de quoi se poser des questions...

Tout cela nous met dans une ambiance étrange, un sentiment mi-figue, mi-raisin... c'est difficile de prendre la température des Turcs. Enfin bref, nous laissons tout ça de côté pour entrer dans le palais du Topkapi. C'est l'endroit où résidaient les sultans de l'empire Ottoman, ainsi que leur Harem, constitué notament de plus de 200 concubines... autrement dit, nous sommes dans un endroit très spécial.

Et ça se voit.

Le palais est constitué de multiples "kioskes", soit de petites pièces construites spécialement pour la méditation, la détente... elles sont richement ornées, et garnies de grandes banquettes.

On se sent bien, ici. La lumière du soleil, filtrée par les fenêtres colorées, procure une ambiance Zen, très propice à la méditation...

Ci-dessous, la bibliothèque du palais. Bon, c'est pas la bibliothèque de Vienne, mais c'est raccord avec le reste. Autant d'espace pour les banquettes que pour les livres...

Ce qui m'a marqué dans ce palais, c'est qu'ils ont l'Art des portes. Sérieux ! Regarde-moi ça. On se croirait en Ouzbékistan.

J'adoooooooore !

Les plafonds des salles sont très souvent formés en coupole, qui représente l'Univers. Une boule y est pendue par une longue chaîne en son centre. La boule représente la terre, qui reste accrochée à l'infini par la chaîne, l'Islam.

Le harem est la partie la plus spectaculaire de l'édifice.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le harem n'était pas un baisodrome géant destiné au sultan: les femmes y étaient hautement éduquées. Il choisissait pour femme la plus belle et la plus intelligente... elles étaient jalousement protégées du monde extérieur par des gardes ... eunuques.

On n'est jamais trop prudents !

Dans le genre démesuré et spectaculaire, il y a aussi les cuisines, mais pour ça, pas de photos, je te laisse la surprise...

Enfin, on termine par la partie la plus instructive.

Nous ne le savions pas, mais le palais abrite des reliques sacrées de l'Islam. Nous entrons donc dans une partie où le voile et la discrétion sont de mise.

Chhhhhhht... écoute la voix puissante du muesin. Il chantera Jour et nuit pour honorer les reliques...

Parmi elles, le bâton de Moïse, des gouttières de la Kabaa (le carré noir au centre de la Mecque), des épées appartenant à différents prophètes, des bijoux, et...

Des poils.

Des poils ?!

Je suis un peu béate devant la vitrine. C'est bizarre quand même... Je sens soudain, derrière mon dos, une agitation toute particulière.

Il y a des étincelles dans l'air, l'excitation est palpable.

La foule dans mon dos est venue au palais rien que pour voir ces poils, murmure des prières et se bouscule pour mieux voir. Ces poils, ce sont ceux de la barbe du prophète Muhammad en personne.

Alors oui, toi et moi, on s'en fiche un peu.

Mais si tu avais vu leur réaction à eux...

Je n'ai jamais été témoin d'une telle ferveur et d'un tel amour pour un personnage religieux. Ce ne sont pas des tarés, ils sont juste incroyablement dévoués... croyez-le ou non.

C'est là que j'ai compris que tu ferais mieux d'insulter leur propre mère plutôt que leur prophète.

Pas touche à Muhammad.

Il est lié à leur esprit et accroché à leur cœur... c'est leur père spirituel. Ainsi donc, on fait vite le lien: pourquoi ne pas représenter le prophète ? Parce qu'il est l'incarnation de leur spiritualité, la religion ayant une place prépondérante dans leur vie, et qu'il a une essence dans leur coeur que nous ne comprenons pas. Conclusion: en France, la Liberté d'Expression nous autorise à blasphémer l'Islam, et heureusement. Mais quand on a un minimum de respect pour les musulmans en tant qu'Humains, même pas en tant que religieux... il va de soi qu'on a pas envie de le faire. Ou alors j'ai rien compris.

Nous sortons du palais du Topkapi la tête pleine de poésie Orientale, et grandis je crois, dans notre connaissance du monde.

Quelle expérience...

Nous terminons par un tour des deux beautés d'Istanbul: la mosquée Bleue et Ahia Sophia.

Allez, une bonne nuit de sommeil dans notre nid douillet près de la tour de Galata s'impose, il nous reste encore des choses à faire avant de partir.

La dernière journée à Istanbul commencera par un tour dans le centre-ville. Le centre-ville d'Istanbul est très grand, alors disons qu'on va faire une partie inconnue jusque-là. On déambule au hasard, jusqu'à tomber sur une très jolie mosquée.

Au vue des événements en ce moment, j'ai pas tellement envie d'aller trop trainer là-bas, mais Luc insiste, alors allons-y ! Je me couvre les cheveux, et on entre dans la cour extérieure.

Et là... Y'a un truc qui cloche.

C'est pas comme d'habitude.

C'est plus froid.

Terriblement froid.

Toutes les femmes sont voilées de la tête aux pieds: c'est vrai qu'on en voit souvent ici, c'est pas un problème. Le problème, c'est que j'ai cette salle impression qu'elles ont toutes les yeux braqués sur moi.

Pas Luc...moi.

Du côté des Hommes, qui m'ignorent royalement, les fameuses moustaches Turques ont disparu au profit d'une grande barbe brune.

Le silence.

Un gamin de cinq ans pointe son faux pistolet en plein sur nous et tire.

Le silence, toujours.

《Luc.

[J'ose à peine murmurer.]

J'me sens pas bien ici. On s'casse. S'il te plaît.

- Mais arrête ta parano Olen...》

Luc termine tranquillement de faire son touriste au milieu de cet accueil chaleureux, et moi, mal à l'aise au plus haut point, à ses côtés. Priant pour que Luc arrête de parler si fort en Français... Nous apprendrons le soir que cette mosquée est une enclave fondamentaliste.

Ceci explique cela, tout est dit !

Je te jure que je vais finir par croire que les lieux ont une âme...

On continue avec le Musée des Sciences et Techniques Islamistes. Dans ce musée, on prend pleinement la mesure de l'étendue du Génie de l'Empire Ottoman... et également de leur avance considérable sur nous autres, Occidentaux. Les mathématiques, la médecine, l'astronomie... les Turcs semblaient nous dépasser dans de nombreux domaines. Une civilisation brillante... J'ai pris une photo de leur invention historique la plus caucasse. Malin et utile...

La broche à Kebab à vapeur, mon pote.

Istanbul est un vrai gruyère. Sous ses quartiers bondés et ses merveilleuses mosquées se trouvent d'immenses citernes datant de l'empire Romain. Aujourd'hui, elles sont évidemment devenues inutiles, mais du coup, ça donne un très joli ensemble:

Ça fait carrément cathédrale souterraine, et pour cause... cela en fût une !

La nuit commence à tomber... il fait froid dehors, alors on se prélasse durant plusieurs heures autour d'un petit Tchaï. Le temps s'écoule différemment, dans ce havre de paix à Istanbul...

21h30. Les paupières d'Istanbul commencent à se faire lourdes...

Mais la plus majestueuse de toutes nos découvertes nous attend encore. La mosquée Ahia Sophia nous ouvre ses divines portes et nous invite à pénétrer en son sein. Cet endroit est très particulier: il fut érigé par l'Empereur Justinien il y a 2 000 ans, et sa coupole est une prouesse relevant du miracle... sa construction a failli ruiner l'Empire Romain d'Orient. Cette dernière s'est écroulée plusieurs fois, d'ailleurs. Mais le plus incroyable, c'est que la Mosquée Sainte-Sophie était auparavant... une basilique chrétienne.

Deux spiritualités honorées au fil du temps en un seul bâtiment. Autrement dit, un lieu unique au monde.

Et ça se sent, dès que tu pénètres à l'interieur. On peut deviner les traces du Christianisme sous l'apparente mosquée... mais c'est bien l'Islam qui règne aujourd'hui ici.

Photo: nos comparses Absolem-the-bus. Danke ! 

C'est grandiose. Je n'ai pas d'autre mot. Ce lieu a une âme tellement palpable que ça nous en met des frissons.

C'est extraordinaire. C'est la plus belle merveille religieuse qu'il m'ait été donné de voir et de ressentir.

Luc me dit:

《C'est un Musée.》

C'est vrai quelque part, cette immense salle, si sobre, avec son immense moquette, et nous tous, pieds nus, assis à même le sol, a murmurer dans toutes les langues...

Ça fait Musée Ethnographique.

Istanbul mérite le détour rien que pour cette merveille.

Je crois qu'il est temps pour nous de quitter Istanbul. On a déjà fait durer le plaisir plus longtemps que prévu, notre famille est inquiète, et le confinement s'étend en Europe du Nord.

On n'a pas envie de rester coincés ici, aussi frustrant que ce soit. Si nous pouvons nous faire discrets, le camion et sa plaque d'immatriculation Française ne le peut pas, lui. Et il suffit d'un seul imbécile pour l'abîmer, ou pire...

Alors on s'en va.

On sait d'ores et déjà qu'on a appris plus en une semaine ici qu'en un mois n'importe où ailleurs. Et que la question n'est pas "si" on reviendra, mais "quand". Je le sais comme je connais mon prénom.

Bien qu'on ne soit pas sensés l'avouer tout haut, il y a un moment, si tu pars assez loin et surtout assez longtemps, où le voyage s'inscrit dans ton âme de manière indélébile, que tu le veuilles ou non. Le "après, j'me range !" est une utopie, un doux rêve de tranquillité inaccessible. C'est pour les autres, et définitivement pas pour toi. Comme un pilote de parapente ou un base-jumper, tu ne t'arrêteras pas avant d'avoir trouvé ce que tu cherches...

... tout en sachant pertinemment que tu ne cherches rien.

Drôle de lubie, ça n'a aucun sens.

C'est le fondement même de l'addiction.

Istanbul m'a inspiré beaucoup trop de lignes. Mais si je devais mettre un seul mot dessus, pour la démarquer: AUTHENTICITÉ.

Et encore, je n'ai pas parlé des pêcheurs sur le pont du Galata, de Luc s'étant fait arnaquer de sept euros par un cireur de chaussures, des soirées folles dans le quartier du Galata, des innombrables coins perdus qui font aussi l'âme d'Istanbul.

C'est la ville la plus extraordinaire qu'il m'a été donné de voir, mais ça, c'est inutile de le mentionner. Quelques semaines plus tard, nous rencontrerons une Allemande qui est également allée à Istanbul, et qui nous rappellera cette histoire: la ville est construite à sur une zone à très fort risque sismique. D'un jour à l'autre, tout peut-être détruit par un énorme tremblement de terre.

Ainsi, à Istanbul, il plane en permanance une humeur d'urgence. L'urgence de vivre vite, et maintenant, pas demain. Demain, tout peut disparaître. Demain, le rêve peut prendre fin. Parfaitement équilibrée entre l'instinct de (sur)vivre le moment présent et celui de flotter dans l'infini et l'immortalité de l'Histoire, la Grande Constantinople se joue de tout.

Magie intrinsèque de l'Éphémère...