Carnet de voyage

La Pérégrination.

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La culosité: c’est la fusion de la Curiosité et du Culot. Ceci est l’apothéose d’un rêve culosieux... Exaltant. L’envol de deux troubadours à travers une pérégrination unique. Osons.
Du 1er avril au 28 décembre 2020
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Publié le 9 janvier 2020

Il était une fois, une histoire toute simple. De celles qui commencent par une phrase, elle aussi toute simple, prononcée avec toute la désinvolture de la jeunesse, autour d’un feu de camp avec les copains, ou en regardant les étoiles:

« Moi quand j’serai adulte je ferai le tour du monde dans un Van Hippie. »

15 ans.

A 15 ans, on flotte dans les abîmes. On se projette en permanence, avec cette immaturité liée à l’enfance, qui nous empêche de nuancer nos pensées. Tout est brut. Noir ou blanc.

On prononce nos rêves sans en prendre pleinement la mesure.

On s’aperçoit que l’on commence à devenir adulte quand justement, on se met à nuancer. À mesurer.

Et c’est LÀ que le piège se referme.

Ces instants, où l’on repense à ces rêves qui nous ont tant transporté, et qu’on se met à y « réfléchir ». Avec notre esprit cartésien d’adulte.

Ce moment intervient généralement au moment où tu mets aussi un pied dans la vie en société. Le moment où tu prends ton premier Appart’, où tu te démènes dans tes études et où tu remplis tout seul tes premiers papiers administratifs.

Pile au moment où tu mets le pied sur la mine. C’est à la fois le meilleur moment pour y penser, et le pire. Car c’est le meilleur moment pour le réduire en poussière en trois minutes. Juste le temps de te dire que pour tout un tas de raisons bien-pensantes... c’est IMPOSSIBLE.

C’est LÀ, qu’il y a un biais. Une porte de sortie.

Un mot: l’Innocence.


Tu décides de ne pas faire de l’adulte que tu deviens ton entière identité. Tu gardes un Joker. Là, tout au fond de toi.

Pour que l’impossible devienne (...)

C’était une nuit d’hiver. Je ne sais plus laquelle. En refaisant le monde autour d’une petite bière, dans notre première niche, tout là-haut à La Croix-Rousse, « notre » moment a décidé d’intervenir.

« On se fera une année sabbatique en camion et on voyagera. »

La différence entre cette phrase et celle que l’on prononçait lorsque l’on avait 15 ans réside dans ce qui s’est passé après.

On s’est serré la main.

On a donné notre parole... d’adulte.

Notre pote « impossible » s’est alors fait la malle pour toujours.


J’te l’avais dit, c’est une histoire toute simple.

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Publié le 10 janvier 2020

Que font selon toi deux âmes errantes dans les abîmes de l’adolescence?

... Elles fusionnent !

Elles réalisent sans s’en rendre compte, tout doucement, par étapes... leur rêve.

Tu sais comment elles ont fait ça ?

Elles ont transformé inconsciemment ce rêve... en Projet.

BOUM. Métamorphose.

. Un soir, dans la cuisine de l’appartement de la maman d’Olenka à Lyon :

« Maman, faut que je te parle d’un truc. »

. Une fin de matinée, pendant une rencontre inopinée avec les parents de Luc, sur la terrasse d’un café à Bourg-Saint-Maurice:

« Voilà, on a quelque chose à vous dire. »

. Une après-midi, quand Olenka a enfin décidé de prendre son courage à deux mains, mains d’ailleurs toutes entortillées et bien transpirantes, dans le bureau de son supérieur:

« T’as une petite heure chef? Faut qu’on parle. »

(...)

-« On va partir faire un grand voyage. »-


Les réactions de nos proches ont été unanimes: « Faites-le. Maintenant, tant que vous êtes jeunes ». Limpide.

La réaction du supérieur a été plus cocasse: « Fais-le. De toute façon même si je te dis non... tu le feras quand même hein? ». D’une grande clairvoyance, mon chef.

Conclusion:

Un rêve se métamorphose en projet lorsqu’il se met à exister... aux yeux des Autres.


Sinon, on s’appelle Luc et Olenka, on a 24 ans et un projet sur les bras.

C’est parti.

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Publié le 12 janvier 2020

Quand tu veux faire un petit tour du monde en camion et que tu es d’une perspicacité redoutable, tu t’aperçois assez rapidement qu’il te faut... Un camion.


Mais pas n’importe quel camion. Un qui démarre au diesel, à l’huile de friture et au Karma. Qui fait un bruit pas possible, couleur « perle »*, avec de la rouille perforante sur les passages de roue (et sur le châssis, mais cette aventure fera l'objet d'un article à part entière: ça vaut le coup.)

Et surtout, SURTOUT, une bécane plus vieille que nous et qui n’a pas moins de 310 000 km au compteur.

Un camion qui a de la gueule quoi.

Là tu te questionnes sur notre santé mentale, et vu qu’on est bourré de répartie quand il s’agit d’aborder le thème du camion, on te rétorquera que:

. C’est un VW T4 aménagé Multivan par Westfalia,avec un moteur de 2.4L 5 cylindres ( tu sais quand on te parle des vieux tromblons incassables ultra fiables de chez VW, bah en fait... c’est de mon bébé qu’on te parle.)

. Il a été éprouvé par nos soins, un peu partout en France, en Italie, en Grèce, en Albanie, au Monténégro, en Croatie, en Slovénie et en Allemagne. Il a roulé avec brio entre -5 et 50 degrés. Baptême du feu: Check.

. Enfin, il nous a fait de l’EFFET. Dès la première fois qu’on l’a vu. A se demander si ce n’est pas plutôt lui qui nous a choisi... à nous de lui prouver qu’il a eu de l’instinct.


On l’a appelé... GROCAMION.

Sobre et sexy. Tu vois ce que je veux dire ? 

* Définition couleur perle: c’est la couleur donnée à un camion jaune pisse quand son propriétaire en est amoureux.

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Publié le 15 janvier 2020

Je t’ai pas dit qu’on partait en famille?

Le rouge, c’est Luc. Le bleu, c’est Olenka. 

Le parapente. Luc l’appelle « le grand délire de sa vie d’adulte ».

[.] C’était une fin de printemps. Au décollage de La Petite Chal, en Tarantaise. 8h du matin, tout est calme. Soudain, deux gamins se pointent avec une coquille de tortue sur le dos, le cœur palpitant et les mains transpirantes. Ils déplient et mettent en ordre leurs chiffons multicolores dans un silence...

Un silence qu’on a aucune envie de rompre.

Ils répètent les gestes qu’ils ont appris et révisé des dizaines de fois, mais là c’est différent. Ils sont seuls... et c’est pour de vrai. Ils s’installent chacun dans leur sellette, puis regardent leurs pieds, suivis de la pente intimidante qui semble se jeter dans le vide quelques mètres plus loin. Ce petit moment d'éternité... interrompu par une soudaine interrogation émanant du fond de leur organisme:

« Mais qu’est ce qu'on fout là ? » Cas de conscience. Belle question métaphysique.

« Bon... bah allez hein. Courage ou dégage. » dit-il avec un sourire à la fois pour lui-même et pour l’autre gamine. Il se retrouve en l’air quelques secondes après, engageant un décollage parfait.

Elle sourit avec toute la plénitude liée à une idéaliste qui s’accomplit dans ce qui paraissait impossible un peu plus tôt. Ce mot, « impossible », prend alors tout son sens: impossible de reculer. Juste: pas concevable. C’est le moment où la fierté d’oser se réaliser dans ses rêves ainsi que le travail personnel qui en découle dépassent... la peur. Dire que c’est un sentiment exaltant est un euphémisme.

"Allez Olenka: Impulsion. Temporisation. Accélération. Décollage."

Impulsion. Le vide cérébral. Fusible rompu. L’aile monte en un arc de cercle, fluide.

Temporisation. Un coup d’œil pour vérifier que tout se passe bien là-haut. Check. C’est parti.

Accélération. Le regard braqué droit devant... ce regard qui défie le monde entier de l’empêcher d’aller embrasser le ciel là, maintenant, tout de suite.

Cours, cours, cours !

...Décollage. [.]

Tu comprends donc qu'un jour - culosité oblige- on a osé imaginer donner des ailes à notre projet en l’agrémentant de deux petits parapentes si adorables et si encombrants.

"Et si on volait dans tous les pays parcourus lors de La Pérégrination ?"

Ça ferait pas un p***** de combo de rêve ça ?

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Publié le 15 janvier 2020

26 000.

Il parait qu’une image vaut mieux que mille mots.

Inutile de commenter. Tout est là.

J’aime à penser que notre imaginaire individuel bouillonne dans notre boite crânienne en admirant cet espèce de patatoïde difforme, qui ne représente pas moins qu’un périple de 26 000km.

Rien de romanesque dans le choix de l’itinéraire… juste 4 pays attirés par notre Culosité : la Norvège, la Russie, le Kirghizistan, l’Iran. Quatre points cardinaux. Les autres pays, non moins merveilleux, découlent d’un raisonnement cartésien évaluant la solution la plus simple pour les relier entre eux. Enfin « simple ». Disons sans induire d’incident diplomatique, ni tenter désespérément de traverser la mer Caspienne avec un ferry qui ne viendra jamais. J’aurai tout le temps de t’en parler quand justement, le temps se sera arrêté… dans moins de deux mois et demi.

La photographie là-haut, c’est celle du planisphère géant ornant sobrement le salon. Il se dresse de toute sa superficie juste en face de la table. Pour nous rappeler, continuellement, l’envergure de ce que nous tentons de réaliser.

Les jours s’envolent et notre envol approche. Le soir, les conversations s’animent autour de cette table de salon. Mais de plus en plus souvent, elles s’éteignent, soufflées par le silence des protagonistes, le regard rivé sur la carte et le petit coup de stylo noir.

Petit moment d’éternité.

Ce silence est d’autant plus long et récurrent que le délai avant le départ… est court. A la fois léger et chargé de sens. Petit moment d’éternité… souvent brisé par un « On a pas pensé à … » ou un « Faut qu’on s’occupe de… ».

Ce que j’essaie de te dire, c’est qu’elle a un Rôle, cette carte gribouillée. Un rôle beaucoup plus important que celui de simple ornement. On pourrait l’appeler… l’échéance ?

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Publié le 22 janvier 2020

Le grand tour de manège s’effectue dans le sens d’écoulement du temps, qui nous file entre les doigts à la manière du sable blanc… Et c’est pas une métaphore romantique bidon.

On commence par partir… vers le Nord. Par la Suisse (qui n’est absolument pas au nord, on est d’accord), avec le rendez-vous IN-RA-TABLE de l’année : le concert de Parkway Drive à Zurich le 4 avril. Si vous êtes néophytes de la musique Métal, on va simplement dire que c’est le moment où la crinière blonde d’Olenka se déchaine dans tous les sens à une vitesse invisible à l’œil nu, et où elle baragouine dans un français à peine audible « J’suistropfanj’suistropfanj’suistrooopfan ». Tu vois le topo ?

Ensuite nous traverserons assez rapidement l’Allemagne pour rejoindre le Danemark. Pourquoi le Danemark ? Parce qu’il y a des dunes raides, surplombant des plages, elles-mêmes surplombées par la mer. L’intérêt ? Si je te dis voler pendant des heures durant, le visage face à l’étendue incommensurablement bleue de la mer, les cheveux vol au vent sous ton casque…

Pas mal hein ? Ça s’appelle le « soaring ».

…Là, tu me demandes « OK, elle est où l’arnaque ? ».

Bah, y’en a pas tant que ça en fait. Faut juste arriver à gonfler ton parapente sur la plage, remonter la bute avec ton aile gonflée au-dessus de ta tête alors que elle, elle a qu’une envie, c’est de descendre, puis enfin, si t’arrives assez haut, te retourner et décoller. Et après c’est gagné. Hey, me regarde pas comme ça, on a rien sans rien !

Etape suivante. La Norvège. Les fjords, les jours sans fin et le paquet de pâtes à 10 euros. Paysages grandioses, petits vols pour le plaisir, cabane dans les bois tout ça tout ça.

Mi-juin (et cette date est importante, tu comprendras plus tard –suspense), on passe le poste frontière Russe, visa en main. En passant par St Pétersbourg et Moscou, on a 30 jours top chrono pour traverser le pays. Pas le choix, visa oblige.

Mi-juillet, on commence le folklore en s’incrustant au Kazakhstan. 30 jours pour traverser le pays, par les routes les plus POURRIES de la route de la soie (et c’est peu dire). Petit BIG UP à Monsieur&Madame Aventure pour leurs conseils plus que précieux. On parcourra ces grandes étendues désertiques avec « Borat » en arrière-pensées.

Ensuite, Kirghizistan. Je crois que ce sera l’un des pays avec les plus beaux panoramas… et le plus grand risque de douleurs intestinales atroces. Les paysages y sont aussi sauvages que la bouffe.

On commence à rentrer dans la partie marrante avec l’Ouzbékistan. On y restera aussi longtemps… qu’il faudra attendre pour obtenir le visa de transit Turkmène. Je crois que je te rédigerai, à ce moment-là, un article passionné et fougueux sur les institutions Ouzbèkes… tellement hâte.

Là, c’est le summum de la partie drôle. Le P***** de Turkménistan. J’te fais un topo à la 007. 5 jours pour traverser le pays par la route la plus directe : mouchard à l’appui dans le camion. Camion qui doit d’ailleurs être blanc immaculé sous peine d’amende (pas du tout maniaques les gars). Ah oui, et il n’y aurait pas de piquant si on ne devait pas, en plus, cacher les parapentes à la frontière. Oui t’as compris, cacher deux énormes machins de 70L dans un T4. Olenka est sur le coup. EASY.

Une fois ce pays traversé en moins de 5 jours sans aucune panne sèche de GROCAMION bien évidemment, on arrive en Iran. Luc devra fêter son anniversaire sans une bonne petite bière belge, et Olenka devra apprendre à couvrir l’intégralité de ses bouclettes sans en laisser échapper une seule – pas facile. Un mois dans ce merveilleux pays.

C’est donc début novembre que nous passerons la frontière Turque, et on aura fait le plus dur. Sites de vol exceptionnels, sites exceptionnels tout court d’ailleurs. Un mois.

Début décembre. On termine par la Grèce. Histoire de se faire roser une dernière fois un peu les fesses avant de retourner, tout d’une traite…

A la maison.

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Il y a de ces moments, où mettre des mots sur la situation semble une épreuve insurmontable. Des moments tellement banals, mais cependant… tellement chargés de sens, que la dimension du présent dans ce qu’il possède d’indélébile sur le futur nous dépasse. Totalement.

Du coup tu imagines bien que c’est hyper stimulant pour moi, que d’essayer d’écrire (de décrire ?) ce moment.

Commençons par le mettre en image. Histoire que tu ne te fasses pas d’illusions.

Limpide hein.

Poursuivons par un factuel. Aujourd’hui, j’ai fait mes premiers cartons, pour la quatrième fois depuis que j’ai quitté le nid à 19 ans. Bien.

On est tous pareils : on remplit les premiers cartons avec les plus inutiles des inutilités de la maison. On a tendance à les faire soit trop à l’avance, soit trop en retard, en tout cas JAMAIS au bon moment. C’est le moment où l’instinct de baroudeur se réveille comme un printemps nouveau. Où l’on a envie… d’une nouvelle saison dans notre vie. Alors quoi de plus logique que d’emballer ses premières affaires comme réponse métaphorique à cette pulsion ?

C’est le début de la fin. On commence à partir.

On est tous pareils. On trouve toujours le moyen de se surprendre soi-même… avec des objets insoupçonnés. Qui généralement, va savoir pourquoi, sont les mêmes objets insoupçonnés qu’à ton précédent déménagement. Un étonnement éternel. Le genre de truc qui ne t’arrivera jamais avec ton essoreuse à salade si tu vois ce que je veux dire. Ces objets sont vecteurs d’une certaine magie… celle de nous étonner. Perpétuellement. Ils sont uniques : si inutiles mais si puissants….

…Ce sont des Souvenirs.

Le poster géant devant lequel j’ouvre mes yeux tous les matins sans le voir. Cet album qui m’a été donné gamine. Ces innombrables cahiers d’écritures, pour la plupart inachevés.

Le genre de trucs dans lesquels tu plonges… et qui te fait perdre une efficacité monstrueuse lors de ton grand projet de « premier carton » tu vois ? Surtout quand une vieille musique sortie des fagots est balancée par Youtube… le mode 100% mélancolie quoi. Tout y est.

Aujourd’hui, j’ai fait mon premier carton. Dans l’objectif… de ne plus avoir de maison.

« BOUM. Dans deux mois, plus de chez-moi. »

Ça m’est tombé dessus comme ça. Un vertige immense m’a envahi comme un rideau de brume matinal. Une perte de repères digne de ce nom. Je sais ce que tu vas me dire : « Nan mais Olenka arrête ton caprice, t’es JAMAIS chez toi. Tu détestes ça, t’es toujours soit en train de vadrouiller on ne sait où, soit en montagne en train de faire on ne sait quoi. » Je sais, mais quand-même. Putain ça fait drôle.

Je crois avoir désormais pris pleinement la mesure de l’épreuve du « premier carton » : c’est un rendez-vous philosophique : un rite de passage vers… une autre aventure. Une pérégrination. Ça serait malhonnête de nier avoir peur. Ou du moins un petit frisson de suspense.

Bref, revenons-en à nos cartons. On a tous tendance à emballer les objets qui nous semblent le plus inutiles, c’est vrai.

Et une dernière fois, on est tous pareil.

Il a des objets qu’on a du mal à enfermer dans le noir. Des synonymes de ce que l'on laisse derrière soi ? Ils sont porteurs d’un sens unique, tout à l’intérieur de nous. Il n’y a pas de mots. C’est immuable, c’est tout.

Regarde autour de toi.

Quelque part, ce sont eux qui font de chaque chez-nous… notre chez-nous.

Ceux-là, je les emporte. Ils verront la lumière autour du monde avec moi.

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Publié le 30 janvier 2020

La carte ornementale n’est pas l’unique personnification de l’échéance. Les nuits sans sommeil le sont aussi. De plus en plus. De plus en plus souvent.

Il est clair que d’un premier abord, on peut faire un lien direct avec les tracasseries liées à la préparation des papiers, du camion et de tout ce qui constituera notre petit monde autour du grand Monde. Mais je crois qu’il y a autre chose.

Le temps s’écoule… et notre concentration sur tout autre sujet du quotidien autre que le départ se réduit en cendres. Un adage populaire dit que, peu de temps avant le voyage, on est déjà parti. C’est vrai. On le ressent. Et la raison d’être de ce « départ » prématuré découle selon moi de cette grande question métaphysique, que l’on commence à prononcer sans cesse dès notre plus jeune âge :

« Pourquoi ? »

Je n’ai pas envie de résoudre cette question. Et pourtant, la nuit, lorsque le corps se régénère et que l’on est le plus fébrile, elle s’impose dans notre cortex cérébral comme un énorme bloc de granit. Tu sais pourquoi éluder cette question rebute tous les baroudeurs ? Parce que les pistes de résolution font peur. Parce qu’elle induit d’autres questions.

Pourquoi tu pars ?

Qu’est-ce que tu espères trouver ?

Tu as besoin de ça… pour te sentir vivante ? Pour « exister » ?

… Qu’est-ce que tu fuies ?

Je te l’avais dit, ça fait peur. C’est l’envers du rêve de gosse… avec le petit démon de l’esprit adulte.

La conscience.

La conscience du fait que l’objectif ultime de La Pérégrination n’est pas réellement le tourisme classique ou la culosité. On cherche…autre chose.

On cherche à se perdre.

Ne te méprends pas. L’origine de tout ça ne découle pas d’un mal-être quelconque lié à la société où à nous-même. Mais je crois fermement que l’ouverture d’esprit amenée par une aventure comme celle-ci nous oblige à nous oublier, à effacer complètement le « Moi » d’avant pour devenir… meilleur ? Pour trouver la paix intérieure ?

C’est généralement à ce moment-là que s’opère la magie de la prise de conscience… quand tu t’aperçois pour la millième fois, comme une leçon que tu n’arrives pas à retenir, que la première personne à qui tu dois des comptes… c’est à toi-même. Le questionnaire de l’ambassade Russe pour le visa vient APRES.

Ce à quoi je me réponds : « Pas le temps. Tu auras tout le loisir de torturer ton esprit de baroudeuse avec toutes ces questions… quand tes petites fesses seront enfin posées dans le camion. Mais lui et toi, vous n’irez pas loin si tu ne remplis pas le questionnaire de l’ambassade Russe pour le visa. »


Pour sortir de ce cercle vicieux infernal, j’ai une pirouette imparable : je m’imagine des scénarios de complications pendant le voyage.

« Alors Olenka : imagine que tu es… sur une de ces routes pourries et désertes en plein milieu du Kazakhstan, en train de rouler en pleine nuit car il faut avancer… que tes paupières sont lourdes, que le sommeil commence à te couvrir lentement… et que là : BOUM VROUM VROUM.

GROCAMION pas content. Coincé dans un sable mouvant. Et que… disons que Luc a en plus vidé toute la batterie du téléphone portable car il a geeké toute la soirée sur un Doodle Jump Kazakh’ qu’il a dégoté on ne sait comment. Alors ma belle, tu fais quoi là ? Elle fait moins la maligne ta conscience et ses questionnements alambiqués hein ! »

Je tourne et retourne le problème comme un Rubick’s Cub pour trouver la moins mauvaise idée possible. Pour enfin finir par me dire que, quand on y pense, ça fait quand même un peu flipper ce voyage. Et quand la parano commence à monter… une image mentale s’impose à moi.

Cette image est un souvenir de gamine…celui de mon père, assis au volant de la voiture, au sortir du supermarché. Au tournant d’une conversation portant sur l’angoisse qui nous empêche … d’oser. Cet adage qu’il m’a transmis est incrusté en moi depuis ce temps-là : une simple phrase qui réduit à néant toute controverse.

« La peur n’évite pas le danger ma fille. »

Alors…je m’endors. Tout simplement.

Merci Papa.

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Publié le 11 février 2020

D’aucuns pensent qu’il faut, quelque part, être un peu Hippie dans la peau pour réaliser le coup du « voyage en vieux VW sur la Route de la Soie en mode parapente paix intérieure Flowerpower etc. ».

Et bien pas du tout. FAUX. Arnaque totale.

Tu trouveras ci-dessous le témoignage, non exhaustif et probablement incomplet, qui démontrera le tout. Accroche-toi.

[ Pour venir à bout de la Pérégrination,

Tu devras faire preuve d’absolution, d’abnégation...

... Et d’une p***** d’organisation.

Commence par te trouver un camion, de préférence un vieux tromblon,

Vieux certes, mais fiable. Souviens-toi que le chemin sera long.

Ce camion pour le dégoter, il te fera la négocier, avec le culot d’un enfant mal élevé.

Puis définis ton itinéraire. Avec audace.

Vois grand. Tu auras tout le temps, plus tard, d’observer la vérité bien en face.

Dessine sur la carte... trace.

Visualise. Rêve. Profite de ces instants, de cette sensation de légèreté et de transcendance...

... Parce qu’après les emmerdes commencent.]

Ton camion, il te faut l’aménager. Maître mot: pragmatisme. Sobre et sexy. Fonctionnel. Si tu passes plus de temps à le concevoir qu’à le fabriquer, tu es sur la bonne voie.

Quand le courage te délestera de son ardeur... pense à ta tête, à tes mains. A leur potentiel de créer un truc imparfait, mais super génial quand même.

On est encore loin du départ, mais les mois s’écoulent alors ne te laisse pas piéger par l’échéance.

Renseigne-toi sur les VISA. Ne baisse pas les bras quand tu t’apercevras que chaque source consultée te donne une information différente. Prends toutes ces infos, croise les et classe les par ordre de pertinence selon leur occurrence. Il y a la vie « France Diplomatie », et la vie racontée par les baroudeurs: les deux méritent le détour. Garde une chose en tête: quand tu sors de l’Europe, tu es, toi, petit blanc-bec Occidental, considéré comme un touriste étranger dont la culture est plus ou moins appréciée, et on aime savoir où tu es, où tu dors, ce que tu fais. Ne t’inquiètes pas si tu dors dans ton camion, des sociétés avides de sousous ont des solutions.

Fais des fiches. Prends des notes. Imprime des cartes avec les postes frontières. Précise ton itinéraire en te renseignant sur les postes les plus communs.

Pense à ton camion. Tu traverseras certains pays qui nécessiteront d’un Carnet de droit de Passage en Douane (CPD). [Note: veille à braquer une petite banque pour avancer la caution demandée par l’Automobile Club de France.]

Change l’assurance de ton camion pour une qui couvre la Russie, sans quoi impossible de faire de visa.

Demande un permis de conduire international sur l’ANTS. Envoie les pièces demandées dans un courrier AVEC accusé de réception, ou bien recommence ta demande 3 fois. À toi de voir. Méfie-toi, ça peut prendre des mois.

Ne panique pas quand tu t’apercevras qu’il te reste une petite tonne de choses à régler à quelques mois du voyage. Reste pragmatique: souviens toi... petit à petit, l’oiseau quitte son nid.

[Immersion.]

...Dans une journée banale de la Pérégrination.

[Projection.]

...De quoi aurais-tu besoin pour vivre cette journée sans frustration?

[Optimisation.]

...N’oublie pas qu’être essentialiste n’est pas une option.

[Organisation.]

... Chaque chose à sa place dans une carte mentale en trois dimensions.

[Prisedetêtation.]

... Débrouille-toi pour faire rentrer tout ça dans ton camion.

Allez on continue vers le détail, souviens-toi : время летит. Notre cher alphabet latin n’a pas la côte dans ces lointaines contrées. Apprends le Russe, ou du moins à lire le cyrillique comme un enfant de six ans, et déjà tu pourras te sortir de nombreux pétrins. Achète un guide de conversation, puis tant qu’à faire des guides de voyages des contrées les plus vastes et inconnues. Prends-en rapidement connaissance, autant que faire se peut car ... t’as pas l’temps (tu connais la musique maintenant).

Intéresse-toi au nerf de la guerre: la caillasse bébé. Le flouze. Le grisby. La pèse. Les devises, les retraits, la banque, le coffre-fort dans le VW (non c’est pas une blague)... tu vas avoir le loisir de te poser un milliard de questions sans réponse claire sur Internet à part celle-ci:

YOU NEED U.S. DOLLARS SWEETHEART. Passage de frontières, change, backchish... le dollar US est une centrifugeuse à solutions pour te sortir de la M... (Pour le reste, il y a N26. J’aurais jamais pensé pouvoir déclarer mon amour à une banque: MERCI N26.)

T’en veux encore?...

Prends-toi un Smartphone: un qui prend de belles photos ET QUI TIENT LA BATTERIE. Et un téléphone à touches pourri avec un emplacement pour grosses cartes SIM (pour les cartes prépayées). Installe toutes les applications nécessaires (encore une fois, renseigne-toi... pense aux cartes à télécharger!) puis saisis les numéros de toutes les ambassades de France, assurances, numéros utiles. Pour le forfait téléphone, il ne te sera utile qu’en Europe, car OUI, c’est une légende, il n’existe pas de forfait international, aussi cher qu’il soit. Si toi aussi tu ne peux clairement pas commencer une journée sans une dose de musique, prends un abonnement Spotify Premium (et ouais, écouter de la musique hors connexion, c’est plutôt utile au fin fond de l’Ouzbékistan.) Avant de partir, envoie le Gros en révision complète (j’te jure, fais le, conseil d’amie). Sur ton itinéraire, anticipe aussi des garages pour le faire réviser régulièrement. Te fais pas de bile, t’auras FORCÉMENT le coup de la panne sèche au mauvais endroit, au mauvais moment. Mais c’est bien quand ça arrive une fois. Pas deux.

Bref, j’en étais où déjà ?

Ah oui, le ravitaillement. En eau. En pétrole. En gaz. En shampoing. Il y a des pays où c’est ... disons moins simple que d’autres. Certains où ça coûte les yeux de la tête, d’autres ou justement tes yeux sortent de ta tête tous seuls tellement c’est pas cher. Big Up à Mr et Mme aventure pour les précieux conseils.

Assure-toi de t’assurer, et prie le Karma pour que ça ne te serve à rien. Il te faut une assurance à la personne internationale, si possible remboursement au premier euro. Tu vas faire une descente d’organe quand tu vas voir le prix, mais à ce moment-là, tu auras déjà compris qu’être un petit baroudeur, c’est plus ressembler à une vache à lait qu’à un Hippie. Si t’as pris l’option parapente génial et encombrant, prends une assurance spécifique internationale à la FFVL, puis fais réviser ton aile et replier ton secours avant de partir.

Prépares-toi physiquement, avec un entraînement quotidien. Vas courir. Fais des séances de renforcement musculaire. Et lâche pas la grappe au bout de 2 jours (j’te connais): un long voyage dans un camion, c’est tellement éprouvant pour le corps.

Enfin... pense à ce que tu laisses derrière toi. Ta maison, tes changements d’adresse et résiliations diverses, tes cartons qui t’attendront sagement dans un garde meuble pendant que tu iras faire tes petites folies. Les gens que tu aimes... veille bien à programmer une belle libation avec eux. Un joyeux bazar à la hauteur du soutien qu’ils t’ont apporté. Histoire de bien leur faire comprendre que sans eux...

Bref, voilà mes amours.

...Notre quotidien en ce moment, le tout agrémenté d’un travail qui demande plus que jamais de l’investissement, du ski, et accessoirement du PACS de nos meilleurs copains (...et des innombrables verres de Tequila qui ont suivi.)

[La Pérégrination, c’est le point d’interrogation...

Qui fait office de ponctuation à toutes ces merveilleuses petites galères diséminées.

Et encore, toutes ne sont pas explicitées...

Alors toi... Oui toi là.

Petit baroudeur en devenir.

Au delà de tous ces tracas à n’en plus finir...

Retiens bien ce dont il faut se souvenir:

Souviens-toi d’oublier... que oui, tu vas OU-BLI-ER.

Oublier un détail dérisoire qui va prendre toute son importance quand tu vas te le rappeler.

La Pérégrination bébé... c’est pas un putain de voyage organisé.

Tu en es l’acteur, le facteur, la secrétaire, le capitaine et... c’est pas ton métier !

L’Aventure commence justement là ... où tu oublies. Où tu t’oublies.

Amnésie enivrante qui te mènera vers l’infini...

Et peut-être même l’au delà.

Ne paniques pas... la magie commence là.

Se souvenir d’oublier... Quel bel oxymore.]


PS: pense aussi à créer un blog de voyage.

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Publié le 19 février 2020

Ceci est un petit recueil de nouvelles.

Photographies littéraires de scènes réelles... et littéralement, réellement caucasses.

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#Caprice de Princesse Badass

{.}Rappel du précédent épisode: lors des préquelles de la Pérégrination, nos deux curieux personnages ont décidé de débuter le voyage sur une note métallique avec un concert de Parkway Drive à Zurich, en Suisse. Pour monter vers le nord après.{.}

18h34. Nous sommes au cours d’une séance de préparation du voyage. Chacun travaille méthodiquement. Soudain, Olenka semble avoir une idée terriblement tentante... qui nécessite cependant de l’aval de Luc. Elle active donc le mode YeuxdeBiche et s’approche de lui à pas de loup.

« - Luc...

- Olenka ?

Elle lui décrit avec vigueur l’objet de cette pulsion si séduisante qui a embrumé son esprit.

« - Allez s’il te plaît ... fais moi plaisir.

- Encore?!

- Dis oui.

- Nan mais Olen, sois raisonnable, ça fait combien de fois déjà ces derniers temps...

- Je sais. Et je sais que tu sais dans quel état ça me met... dis oui.

- Tu sais, quand c’est trop souvent, au bout d’un moment on aura de moins en moins de frissons et...

- Disouidisouidisoui.

- ... Ok, ok, je m’incline devant une telle répartie. C’est d’accord.

- OUH FU***** HELL YEAH. »

[Luc lève les yeux au ciel, regardant Olenka danser la Tektonik en faisant du Headbang*.]

C’est ainsi qu’ils décidèrent (presque) unanimement d’aller voir le concert de Jinjer, le 15 Avril à Strasbourg, 

... Pauvre Luc.


*Headbang: chorégraphie typique des amateurs de musique Métal, qui consiste à faire des cercles avec sa tête très très vite jusqu’à que mort de la nuque s’en suive.

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*Quelques temps plus tard...

19h10. Alors qu’Olenka était en pleine séance de renforcement musculaire, Luc déboule soudainement dans la maison a toute vitesse et se précipite vers elle:

« - Olenka, faut que j’te montre un truc !

- Mmmmmh... ça peut pas attendre ?

- Nan.

- ... J’suis occupée là.

- Nan!

Résignée, elle se laisse tomber au sol avec une dignité qui laisse franchement à désirer.

« - I’m ready baby.

- Bon voilà... j’ai acheté un truc qu’on va mettre dans le camion. Un truc IN-DIS-PEN-SABLE, que j’ai pu voir dans tous les sites de baroudeurs. Devine ce que c’est.

- ... De la corde?

- Nan.

- Une machette?

- Nan plus.

- Une pelle à caca? Une grille à Barbecue?

- Niet.

- ... Ok, j’me couche. Envoie. »

Luc sort le mystérieux « truc » de son sac:

Je sais ce que tu ressens: t’es littéralement coincé entre l’ahurissement et le pouffage de rire.

Mais toi, tu n’as pas vu cette fierté qui scintillait dans les grands yeux bleus de Luc à ce moment là. Le genre de regard que tu vois rarement... ces yeux qui t’incitent à faire taire ce sarcasme diabolique qui flamboie en chacun nous... sous peine de blesser l’autre de manière irréversible. Donc Olenka, réponds de manière sobre s’il te plaît. Un truc du genre:

« - Du scotch?

- Du scotch.

[Long silence qui duuuuuure...]

- Du scotch...

- Ouais, du scotch. »

Si on veut être vraiment puriste, on nommerait cela plutôt: un ÉNORME rouleau de scotch.

« Et a quoi va nous servir cet énooooooorme rouleau de scotch dans notre TOUT PETIT camion?

- Bah à régler une tonne de problèmes: comme les fuites sur le Gros par exemple. Tout plein de trucs, cherche pas c’est ultra-trop utile. Et si j’ai acheté un énorme rouleau, c’est parce que comme ça on pourra avoir encore plus de problèmes tout au long du voyage ! »

Ah ouais, pas con. C’est vrai qu’ils connaissent sûrement pas le scotch dans les autres pays.

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#Le labo.

[Contexte]

- On va la faire court. Préparer un voyage de cette envergure, c’est sans doute un peu comme manager une équipe. Il faut s’organiser (ça j’imagine tu l’as compris), et répartir les missions. Nos situations professionnelles respectives nous ont imposé de gérer la préparation du voyage comme suit: Olenka est obligée d’économiser ses congés et repos dans l’objectif de tout poser d’un coup. Pour atteindre les 1323 heures nécessaires, elle travaille sans interruption. Ce qui revient en gros à dire qu’elle travaille depuis 3 ans à 40h minimum par semaine et que sa dernière unique semaine de vacances remonte à un an et demi (ouais ouais, ça commence à tirer). Luc quand à lui, est intérimaire. Il est donc beaucoup plus « libre », et décide lui-même quand il travaille. Ce qui lui permet d’avoir du temps libre.

Je sais que tu sais où je veux en venir.

Olenka travaille en mode petite fourmi pour être en congés (payés!) pendant neuf mois et surtout parce qu’elle n’a pas le choix (pour diverses raisons liées au code du travail), tandis que Luc, lui, travaille moins, mais dispose du temps nécessaire pour... préparer la grande Pérégrination. Et autant te dire que c’est un boulot à plein temps.

Donc voilà, tout commence là. -

Ce que je vais te conter est un constat: Luc s’arrache les cheveux sur ce voyage, et je l’aide autant que faire se peut avec mon travail à côté, la fatigue et tout et tout. Mais Luc a une organisation des plus caucasses. Sérieux.

Ceci n’est absolument pas une critique: il prépare tout à merveille, avec du cœur à l’ouvrage... et moi je fais plutôt office de manager de projet et d’inspecteur des travaux finis. Tu vois la p’tite relou qui vient te voir une fois que tout est fini, que t’es trop fier de ton truc et qui te dit: « Euh... T’as pensé à ...? Pourquoi t’as fait ça comme ça et pas plutôt comme ça ? ». Mais rassure-toi, c’est quand-même productif.

Car j’ai la clairvoyance de penser en permanence que: si les rôles avaient été inversés...et bien certaines choses auraient été beaucoup mieux faites, d’autres beaucoup moins bien.

Tout simplement. Non?

Bref. Où en étais-je?

Ah oui. La fameuse organisation. Nous avons tous, à mon sens, le syndrome de « la Checklist ». Dans ton agenda, sur ton portable, sur ton frigo... peu importe le support, elle est toujours là près de toi.

...Celle qui te regarde d’un œil inquisiteur lorsque tu commences à flâner avec ton bouquin ou sur Instagram. Interlocutrice d’une communication non verbale, qui te rappelle que c’est pas le moment de lambiner.

Je sais que tu vois de quoi je parle. Non ?

Et bien la « Check-list » de Luc...

C’est la maison toute entière.

Sans déconer.

La petite maison de Plancherine s’est métamorphosée... en Labo de baroudeur sur la rampe de lancement vers la Grande Pérégrination.

Je t’invite à te projeter dans ma peau: je rentre à la maison ce soir là, plutôt éreintée après ma semaine de grand déplacement, et balaye du regard l’intérieur de la pièce principale, chichement éclairée par les lampes murales:

Une liste diverse des actions à réaliser prochainement... punaisée entre les escaliers et la gazinière. Une feuille A4 uniquement gribouillée du numéro tête de ligne de ma box, pour la résiliation future... posée sur un rebord du salon. Un post-it retraçant les postes frontières entre le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan... dressée fièrement au dessus de la cheminée.

...Et ceci n’est qu’un échantillon. Il y en a absolument PARTOUT. Tous les sujets et problématiques de la grande Pérégrination, abordés sur différentes feuilles, de différents formats, dans différentes pièces de la maison.

A croire que ça l’effraie de concentrer tous ces sujets sur un seul et même carnet.

Tiens regarde, je crois que celui là est mon préféré :

Il s’est évertué à écrire une jolie citation de Sylvain Tesson il y a quelques semaines... « pour quand le courage nous manquera », comme il a dit. Il l’a posée soigneusement, de manière évidente dans le salon... petit rayon de soleil placardé au mur... puis trois jours après, il a rajouté les rendez-vous pour le camion par-dessus (si, si, j’te jure, regarde en bas à gauche.)

Cet homme est définitivement imprévisible.

Le labo de la Grande Pérégrination est en pleine effervescence... moins il nous reste de jours, plus y a des papiers partout. Farfelu, non?

Puis tu penses bien que, s’il me vient l’idée toute aussi farfelue de rassembler tous ces petits papiers sur le meuble réservé au voyage... une tête blonde me saute dessus en vociférant « TOUCHE PAS! ».

Bon OK. Pas toucher. Capiche bébé.

L’observation de l’évolution de ma maison liée à l’organisation du voyage made by Luc m’a amené à de belles réflexions. Cette incompréhension, ce décalage philosophique entre Luc et moi, et nos manières de penser l’administration du voyage... il y a quelque chose d’universel là-dedans. Quelque chose d’immuable.

Oui, les généralités aboutissent généralement sur des arguments biaisés. Sur du sophisme. Mais... quand même:

les femmes viennent de Vénus et les hommes viennent de Mars. Deux planètes strictement à l’opposé de notre planète Terre. Et pourtant...

Et pourtant ça fonctionne.

C’est merveilleux... non?

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Publié le 26 février 2020


Avant le largage des amarres officiel du 1er avril, il convient évidemment de faire réviser le Gros et de l’amener au contrôle technique, qui expire en mai.

A savoir qu’il y a deux ans, on avait fait le mode anguille : on avait fait passer le camion au CT juste avant la mise en vigueur de la nouvelle loi Européenne en France. Oui, on parle bien du nouveau contrôle technique en 3 milliards de points, celui qui permet d’envoyer une voiture en parfait état de marche à la casse pour de la rouille sur un passage de roues (d’ailleurs, ça s’apparente pas à de l’obsolescence programmée ça, par hasard?). Mais bon il ne sert à rien de s’apitoyer : de toute façon, c’est obligatoire pour être assuré.

Nous prenons donc rendez-vous en cette belle journée du 14 janvier. Luc amène le camion au centre.

Ce que j’aimerais te dire avant tout, c’est qu’on SAVAIT. On savait que notre bolide plus vieux que nous ne passerait certainement pas du premier coup à ce nouveau contrôle, qu’il y aurait certainement des réparations mineures et un peu de cache misère à faire sur la carrosserie.

... Mais on s’attendait pas à ça.

[.] 14 janvier, 17h00. Olenka reçoit un appel de Luc:

« - Allo?

- Allo.

- Je suis en chantier j’ai pas le temps, dis vite... Ça va ?

- Non. »

Le « Non » qui est sorti de la bouche de Luc... je l’ai pas entendu souvent celui-là. Genre VRAIMENT pas souvent. J’attends la suite le cœur palpitant.

« Je sors du CT. Le camion passe pas. On a un grave problème sur le châssis. Y’a une pièce défoncée par la rouille. Il dit que c’est le longeron ou un truc comme ça. On est en contre-visite critique. Dans 24h, le camion peut plus rouler. »

Bon. On est dans la merde. Et?...

« Il a dit qu’en prenant un choc frontal à 5km/h avec une pièce dans un tel état, le moteur nous passe sous les pieds. »

Ok bébé, on est VRAIMENT dans la merde. Autre chose ?

« Il dit... il dit que pour faire toutes les réparations de cette pièce, sans compter les autres trucs qui passent pas au CT, ça va nous coûter le prix du camion. »

BORDEL.

« Bon Luc, j’te rappelle. »

En trente minutes, j’ai réussi à m’arrêter de trembler, m’empêcher de pleurer, sortir du chantier, rejoindre mon appartement de location (oui parce qu’en plus, ce genre de petites sauteries t’arrivent toujours quand t’es loin de chez toi. Sinon c’est pas drôle tu comprends.), boire une eau chaude et bien prendre toute la mesure de la merde noire dans laquelle on est actuellement. Un p’tit résumé ?

(-) On est à deux mois et demi du départ. Tous les papiers ont été engagés. Le camion ne passe pas au CT pour une dizaine de raisons, dont une très grave. Le contrôleur nous dit que ça va nous coûter le prix de camion. La première conclusion logique qui te vient à l’esprit à ce moment là, c’est : et si on revendait le camion pour en racheter un autre ? (-)

... Idée MOISIE. Pour trois raisons. La première, c’est que revendre un camion sans CT revient à revendre un camion pour pièces, donc à prix encore plus cassés que notre putain de longeron rouillé. La deuxième, c’est tout simplement qu’on a PAS LE TEMPS de revendre notre camion et d’en retrouver un autre avant le voyage. C’est juste impossible. Et la troisième... je l’aime ce camion. On l’aime. On en veut pas un autre... il est beau, il est fiable, on a investi énormément de nous-mêmes dans son aménagement, et le Karma qui règne a l’intérieur... c’est le genre de Karma qui fait que nous nous sentons capable d’aller se perdre au bout du monde... même avec un vieux tromblon de 310 000 bornes. C’est parfois difficile de trouver les mots... en fait, c’est notre chez-nous. Et ça, c’est irremplaçable... ça n’a pas de prix quelque part. Non?

J’ai senti à la voix de Luc qu’il était au bout, et que le désespoir l’avait gagné. C’est donc le moment idéal, ma petite Olenka, pour prendre le poste de commandant du navire. C’est cela, le plus grand trésor, quand tu voyages à deux. Sentir cette force occulte naître en toi... cette force enivrante qui te donne le courage... d’avoir du courage pour deux.

Je lève donc les yeux de ma tasse d’eau chaude... (là, c’est le moment où tu imagines une musique de film à la Hans Zimmer OK?) et prononce silencieusement les quatre mots qui scelleront à jamais nos destinées...

« Il faut sauver GROCAMION. »

Ça fait pas rire hein. 

Bon. Une fois que t’as dit ça... faut passer au cassage de gueule des problèmes. Patiemment. Méthodiquement. La priorité, c’est de faire réparer cette pièce, la dizaine d’autres problèmes... on verra après. Pour ce faire, deux solutions:

Soit tu braques une banque... soit t’appelles à l’aide.

La famille. Les copains.

Je donc passe en mode boîte postale: Maman...Papa...Papi Franck...Papi Franco...Ari...Pierre-Cosme...

« Gros problème avec le camion. Besoin d’un copain carrossier... tu connais quelqu’un ? »

... Je sais pas pourquoi j’ai été étonnée. C’était pourtant évident... on le sait, que l’on est entourés de perles. Mais de voir tout le monde, tout notre monde, répondre à l’appel et se démener pour nous aider, au lieu de nous dire « Bah fallait pas faire les malins avec votre idée délirante de voyage en vieux VW »... c’était juste une scène comme dans les films où on trouve la musique de Hans Zimmer.

Transcendant quoi.

Bref, il nous fallait trouver un copain carrossier prêt à nous faire tout ça... histoire de chialer un peu moins devant la facture tu vois. Grâce à mon SOS, nous avons pu rassembler 4 carrossiers potentiels qui nous ont tous demandé la même chose (comme quoi, ça s’invente pas!): une photo des dégâts, et l’avis d’un carrossier qui a vu le camion pour déceler EXACTEMENT le problème. Il faut comprendre que mettre en place une stratégie de la sorte prend quelque jours, des dizaines de messages et un temps de folie.

En attendant, Luc, qui était sur Albertville cette semaine, est allé visiter les gros carrossiers du coin pour avoir ce fameux devis qui allait nous aider (ou plutôt à aider les carrossiers) à définir l’ampleur des travaux. Quand il s’est présenté devant les premières carrosseries avec le T4, les premières réponses ont été (tiens-toi bien):

« Nan mais moi j’y touche même pas à votre truc, mettez-le à la casse c’est bon. Ça vaut rien ça. »

Ces messieurs ne mesurent pas... la chance CON-SI-DÉ-RABLE qu’ils ont eu d’être tombés face au stoïcisme légendaire de Luc en tenant ce genre de propos. T’entends mon gars? Remercie ta bonne étoile parce que t’aurais pu tomber sur l’autre blondinette de 48kg qui t’aurait simplement sorti un « Pardon Monsieur ? J’crois que tu t’es mal exprimé mon pote. Recommence. », suivi d’un scandale de Princesse dont tu te serais souvenu toute ta vie de petite pine d’huître prétentieuse (qui n’est aucunement habilité à juger de la valeur de mon camion soit dit en passant).

Ok bébé ?

[Arrête de t’énerver toute seule Olenka.]

Bref, passons. On en était où ? Ah oui.

Trouver un carrossier qui veuille bien nous faire un devis nous a pris une semaine et demi. En attendant, nous avons pris les photos de la pièce, et nous sommes posés cette question, que peut-être toi aussi tu te poses... cette question à la fois logique et complexe... si existentielle...

C’est quoi un P***** de longeron?

Alors un longeron mes chéris, c’est une grosse pièce automobile , porteuse du châssis de ta voiture, située de chaque côté de celle-ci entre l’avant et l’arrière. Un peu comme le cadre d’un vélo. Je fais la maligne là, mais ce que tu ne sais pas, c’est que j’ai passé des HEURES ENTIÈRES sur mon Smartphone à essayer de comprendre comment c’était foutu tout ça (sans vraiment y arriver...).

Mais j’ai cependant réussi à en tirer une conclusion. Ou plutôt... disons à une conclusion interrogative (c’est quand t’es pas sûr de toi, mais presque.):

« Luc... regarde la photo de notre pièce pourrie. Regarde où c’est. C’est pas un longeron ça. Si? »

Luc partageait mon scepticisme, mais n’osait s’engager, de peur d’avoir un faux espoir: « Le carrossier nous le dira. »

Je bouillonnais. Luc bouillonnait aussi, mais si tu connais Luc, tu comprendras que chez lui, ça ne se voit pas. Bref.

Après plusieurs jours d’angoisse et plusieurs nuits sans sommeil, nous déposons ENFIN le camion chez le carrossier pour un devis.

[.] 27 janvier, 16h30.

« - Allo?

- Ouais c’est moi. Je sors de chez le carrossier...

- Toute mon attention est concentrée sur toi. Balance.

- Alors il est brun, la cinquantaine ...

- BALANCE !

- Bonne nouvelle Olen. Ça va coûter moins cher que prévu.

- Genre combien?

- Genre dix fois moins cher. C’était pas le longeron. »

Imagine un énorme ballon de baudruche plein d’air à craquer, que tu maintiens en pression avec un pincement de ton pouce et ton index. Tu libères d’un coup l’air dans le ballon. Bah là, maintenant, tout de suite, MOI ÊTRE BALLON. [.]

Je me précipite sur mon téléphone pour prévenir nos proches, qui eux aussi étaient en mode ballon depuis deux semaines. Nous remercions nos prétendants carrossiers et leur expliquons que nous allons laisser le camion chez le carrossier « officiel » ... au vu du prix c’était plus simple et plus raisonnable.

Nous déposons donc le camion pour une semaine de chirurgie esthétique et repartons le cœur demi-allégé.

Demi-allégé?

Bah ouais, j’te rappelle qu’il reste 8 autres points qui passent pas.

Reprenons le compte-rendu:

La partie freinage, c’est le frein à main et peut-être les tambours arrières.

Pas trop cher, Garage.

La fuite sur la boîte. C’est certainement une petite fuite, à voir. Faire niveau de boîte.

Pas trop cher, garage.

Orientation des feux de croisement. Besoin d’un laser.

Pas cher, garage.

Rétroviseur. J’te jure, ce nouveau CT c’est vraiment une TUERIE. Sérieux. A quoi ça sert un rétro central dans une fourgonnette avec un fond opaque ? Devine. Je l’adore ce « défaut majeur nécessitant une contre-visite ». Mais bon, la loi c’est la loi hein?

Fait maison, pas garage.

Opacité. Ça, c’est l’antipollution. C’est qui qui va passer une heure à 3000 tours sur la voie rapide d’Albertville ?! (Je t’aime mon Gros. Ne m’en veux pas, j’ai pas le choix.)

Dernier point... la rouille sur la carrosserie. LE point suspense. Si on fait faire ces corrections « à la bien » par un carrossier... faudra finir par la braquer, cette banque dont je parlais tout à l’heure. Ça vaut une fortune... pour RIEN. Nada. Dans le sens où ces petits trous tout rikiki liés à la rouille ne sont absolument pas fragilisants par rapport à la rigidité de l’ensemble. Tout ça, ce n’est PAS DANGEREUX: ça passait crème a l’ancien contrôle technique. Luc-Manolo a une méthode pour ça ... à base de trois ingrédients: de la fibre de verre, du mastic et un enduit au nom imprononçable. Nous on appelle ça « faire un Jaja ». Tu l’auras compris, il s’agit de reboucher les trous causés par la rouille en faisant un mastique ou en collant de la fibre.

On est d’accord, c’est pas dingue en soi.

Mais tu sais quoi ? Ça va nous faire économiser 5000 euros. Rien que ça.

Ou plutôt, ça va nous faire économiser 5000 euros SI ÇA PASSE AU CONTRÔLE. Et rien n’est moins sûr. Impossible de trouver de réponse sur Internet. Le jeu en vaut la chandelle: on tente.

Luc Mc Gyver à l’œuvre. 

...Fini Luc?

Bon allez, on prend rendez-vous ce soir pour la contrevisite, histoire de lever les deux seuls points que nous avons potentiellement réglés... tout simplement pour avoir le droit de rouler (pour rappel, ça fait bientôt 20 jours que le Gros n’a plus le droit de faire ne serait-ce qu’un seul petit kilomètre). Les autres points seront réglés par le garage demain.

On croise les doigts et on serre les fesses.

Faut que ça passe.

Si ça passe pas...

Putain faut que ça passe.

[C’est à ce moment là qu’ils décidèrent d’invoquer le pouvoir de la complémentarité. Voyez-vous, c’est que la plus grande qualité de l’un est aussi le principal défaut de l’autre... l’équilibre de la Force. La principale force d’Olenka, c’est sa persévérance. Sa capacité à tout mettre en œuvre pour arriver à son but, en particulier quand il s’agit de... communiquer. De négocier. De trouver la faille dans la matrice et d’en profiter. De monter une arnaque sans tromper l’autre. Tout cela, c’est aussi le principal point faible de Luc. Luc est taciturne... il ressent rarement le besoin de communiquer, et donc il arrive régulièrement qu’il soit incompris par toute personne qui ne le connaît pas. Inversement, Luc n’est pas du genre à s’assurer qu’il a bien compris. Ce qui rend les négociations difficiles, vous le comprendrez.

Cependant...

Luc possède ce calme inébranlable, cette maturité brute et silencieuse qui fait de lui quelqu’un de charismatique malgré son manque de communication. Sa tempérance lui permet de gérer les crises avec intelligence, d’accepter une défaite éventuelle avec hauteur et dignité... et d’en prendre de la graine.

Tour cela... c’est le principal point faible d’Olenka. Son manque cruel d’intelligence émotionnelle induit un rejet catégorique de la défaite. Elle ne PEUT pas perdre. Elle ne SAIT pas renoncer. Pour elle rien n’est impossible, a par de considérer quelque chose comme impossible.

Le pouvoir de la complémentarité, c’est justement d’utiliser les points forts de chacun pour combler les points faibles de l’autre. Easy non ?]

Luc a une super technique: quand il sent que je suis à bout de nerfs, il fait semblant d’être super sûr de lui. Il ne me dit pas grand chose, il prend juste une attitude lente et modérée. Il fait ce qu’il doit faire: « T’inquiète pas. Si ça passe pas chez lui, ça passera chez quelqu’un d’autre. Tiens, est-ce que tu peux...? » Là, il met en œuvre la deuxième technique, celle qui consiste à faire en sorte que je m’occupe pour me changer les idées, histoire de faire redescendre la pression en moi.

...Il pense que j’ai toujours pas compris son stratagème.

Moi, ma technique ? Regarde.

« - Bon Luc, on arrive devant le garage. Maintenant écoute. Hé ho, regarde-moi.

Le mec du CT aura naturellement plus de contact avec toi qu’avec moi. Tu vois pourquoi, vous allez parler mécanique auto entre C... et moi je vais être direct sur la touche. Donc écoute bien ce que tu vas devoir dire: tu commences par lui dire (...) ensuite tu lui expliques que (...). Si a un moment il te montre (...) tu lui rétorques que (...), et si il te dit rien, alors SURTOUT... voilà t’as compris. Tu lui dit tout ça hein, tu fais pas ton Luc, tu lui dit tout, et dans l’ordre ! Moi, je suis la p’tite qui sort du travail avec une tête d’enterrement et qui sourit timidement. J’te dis que ça va le faire... regarde-moi? Ouais, t’es le meilleur. »

On descend de la voiture. On ose un dernier regard sur le camion : « Fais toi beau mon gros. Tu repasses le casting. T’es tout propre, tu brilles... tortille pas des fesses pour démarrer et ça va le faire.

De toute façon, on est là que lever la contre-visite critique et, on croise les doigts, la rouille perforante avec le cache-misère de Luc. Le reste on verra plus tard. Allez, une petite prière au Karma ... et c’est parti. »

[.] 18 février, 16h30.

On entre dans le garage...

[CENSURED]

... Et Voilà avec quoi nous sommes ressortis.

Oui, t’en crois pas tes yeux. Oui, c’est bel et bien un contrôle technique VA-LIDE.

GROCAMION a passé son BAC. Nous montons dans la bête et repartons sans demander notre reste.

Luc saute de joie dans son siège conducteur, Olenka fond en larmes dans son siège passager. Luc s’arrête soudainement dans son petit excès d’allégresse :

« - Apéro?

- Putain ouais. »

C’est ainsi que nos deux copains baroudeurs trinquèrent aux Autres. Au pouvoir des mots. À la conscience morale individuelle. À cette bonne étoile dont parlait Sylvain Tesson dans sa citation affichée au milieu du salon. Et par dessus tout au Karma, au retour de Karma... à tout ce qui a rendu possible le passage de ce baptême du feu ...

... de sauver GROCAMION.

12

M-1. Le compte à rebours a commencé.

Et ça commence franchement à faire flipper.

La procrastination est un luxe qu’on ne peut plus se payer désormais...

Mais faut savoir ce qu’on veut... non?

Depuis le premier janvier, une tension impalpable forme un noeud inextricable à l’intérieur de nous...

... Le temps passe.

Et le noeud devient une boule.

Et la boule devient.. palpable.

Gênante même.

Je crois que l’on est à l’apothéose du stress lié à la préparation du voyage... car la donne change avec l’échéance.

On est passé aux Détails. Aux moindres petits détails. Tout est noté, noir sur blanc, pixel par pixel... tout est pensé, repensé dans l’autre sens...

Et tu sais quoi ? Tu veux la vérité indicible?

On en a un peu marre en fait.

Ne va pas croire que le moral est en berne. Bien au contraire. Nous sommes calmes. Cartésiens.

Mais émotionnellement... on est à bout de patience si tu vois ce que j’veux dire.

Comme j’ai pu t’en parler auparavant, la fréquence des nuits sans sommeil est exponentielle... une nuit toutes les trois nuits pour ma part. Ironie du sort, mon insomnie est réglée comme une horloge.

J’ouvre un œil et la machine se met en route...

Maintenant je sais qu’il ne sert à rien de lutter contre un sommeil qui ne vient pas. Et le meilleur moyen de l’attirer à nous est de se vider de ses démons.

Alors je vais lire mon livre préféré.

A la chiche lueur du luminaire de mon salon, je vais chercher mon livre dans la bibliothèque.

La bibliothèque... À côté de la Carte.

Je m’arrête un instant.

Sur le coin supérieur gauche de la carte se situe un morceau de parchemin retenu enroulé par deux anneaux en bois.

C’est un objet non essentiel, mais important, qui se fond parmi une masse d’objets superflus. De ceux qui font parti de nous, à tel point que nous rivons parfois le regard vers eux sans les voir. Ils sont omniprésents à l’intérieur de nous... de fait, leur forme matérielle devient, elle aussi, superflue.

Ce mystérieux parchemin n’est pas situé à proximité de la Carte sans raison. Il est intimement lié à celle-ci. Nous l’avons confectionné il y a de cela trois ans, et nous l’avons alimenté au fur et à mesure.

C’est la Liste de Vœux.

... On regarde? Soyons curieux.

{.}

  • Construire une petite cabane en Norvège
  • Manger des falafels au Liban
  • Se balader dans la chaîne de l’Atlas
  • Trinquer à la Polonaise
  • Faire du cheval au Kazakhstan
  • Jouer au soldat envahi sur la muraille de Chine
  • Jeter un caillou du haut d’une falaise dans le Lofoten
  • Manger des Samoussas et plats Végan en Inde
  • Boire une Guiness en Irlande (la base)
  • Se raconter des histoires de fantômes devant les châteaux au pays de Galles
  • Manger des momos Tibétains au... Tibet!
  • Aller à (orthographe incertaine) Kaliningrad
  • Faire don de crayons aux enfants Palestiniens pour qu’ils puissent s’exprimer
  • Rêver de paix en Afghanistan
  • Remonter le Nil en Kayak (bon courage!)
  • Être mélancolique devant le Magic Bus en Alaska (aaah, Jeunesse, quand tu nous tiens...)
  • Manger du Beaufort devant le Fitzroy
  • Aller faire du parapente à la réunion
  • Acheter un panier coloré en osier à Madagascar (RIP Tonton P.)
  • Fumer un cigare à Cuba
  • Manger un pancake au sirop d’érable au Canada + voir un ours (un vrai!)
  • Se baigner dans le lac Baikal
  • Gravir le Kilimandjaro et décoller en Parapente du sommet (trop facile)
  • Gravir l’Aconcagua
  • Chanter TOUTES les musiques du Seigneur des Anneaux dans la chaîne de montagnes de Nouvelles-Zélande
  • Faire du chien de traîneau au Groenland
  • Voir des Pélicans en Australie (cf. Nemo)
  • Faire un saut pendulaire depuis le Golden Gate
  • Découvrir ces sortes de petites îles qui forment le Nord du continent Américain (y’a qui là-haut ?!)
  • Voir le mausolée de Lénine
  • Voir un Baobab (un vrai, je sais pas où)
  • Lancer des étoiles Ninja au Japon
  • Faire des théories complotistes devant les pyramides de Gizeh
  • Faire du parapente à la dune du Pilat
  • Retourner avec Charles et Audrey à la Lagune et leur raconter nos aventures
  • Faire de la peuf au Japon
  • Jouer du Ukulélé à Hawaï
  • Apprendre le Russe
  • Faire du dromadaire
  • Manger du dromadaire

[À suivre.]

{.}

Une vie ne suffira probablement pas... mais il faut être ambitieux dans ses rêves.

...C’est d’ailleurs, je crois, l’essence même d’un rêve.

Je repars tenter ma chance avec Morphée et son monde onirique tant désiré.

M-1. Dans un mois, jour pour jour, nous serons à même de prétendre rayer quelques vœux de cette liste qui nous défie du regard depuis tout ce temps.

... On est prêts.

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Publié le 12 mars 2020

Il est venu le temps d’atténuer cette inquiétude universelle que suscite l’une des contrées traversées durant la Pérégrination.

LE point noir du voyage.

LE pays qui fout la trouille à tout le monde.

Il est venu le temps pour nous de démontrer que La Grande Pérégrination n’est pas le fruit d’un délire de jeunes inconscients qui s’immergent dans une aventure dont ils ne mesurent pas le risque effectif.

Il est venu le temps...

Et du temps, je n’en ai pas vraiment en ce moment, mais c’est important pour vous et pour nous de résoudre ensemble cette épineuse question.

Let’s go party?

Cet article est une apologie qui portera donc sur...

L’Iran bébé.

Je me délecte parfois de la frimousse que tire généralement mon interlocuteur quand je prononce ce mot magique, dans la citation de mon itinéraire.

Les yeux s’arrondissent. Les lèvres se pincent. Les cernes se creusent. Et surtout, le regard se fait méfiant.

« Mais qu’est ce que vous allez faire en Iran? » questionne t’il en appliquant avec soin une intonation dégoûtée sur ce dernier mot.

... À ton avis ?

On va découvrir les merveilles antiques des vestiges de la route de la soie, traverser un désert d’une beauté pure et sauvage, s’immerger dans la culture et la tradition d’un peuple millénaire, goûter à des mets succulents aux saveurs jusqu’alors inconnues, faire la connaissance d’un peuple dont l’hospitalité et la générosité dépasse notre entendement d’occidentaux...

Bref, on va pas aux U.S.A quoi.

(Han, qu’elle est méchante.)

Selon moi, cette véhémence injustifiée envers l’Iran est directement liée aux idées préconçues, elle-mêmes véhiculées par ...

Nos potes les médias mainstream.

Ces derniers s’évertuent, toujours avec cette suffisance occidentale, à nous présenter l’Iran comme un pays obscur, désorganisé, extrémiste et violent.

Et bien nous, nous pensons que c’est faux. Et nous comptons bien vous en donner la preuve.

On nous dit:

« Ça craint là-bas. C’est dangereux. »

Oui, ça craint. Et oui, c’est dangereux. Ça l’est d’autant plus que c’est loin de chez nous. Nous ne sommes pas chez nous, et nous ne sommes pas particulièrement appréciés. Mais tu sais quoi?

Heureusement, les Iraniens sont célèbres pour faire preuve d’une telle hospitalité qu’on s’y sent partout chez nous. L’Iran ne nous apprécie pas particulièrement... mais ne nous déteste pas non plus. En tout cas, eux, ils n’ont pas le culot de venir critiquer notre religion dominante ni notre façon de gérer notre business. Ils sont meilleurs diplomates que nous quelque part.

Puis tu sais... ici aussi, ça craint des fois. Non?

On nous dit:

« Ce sont des extrémistes religieux. »

Alors là, non. L’Iran est un état islamique. Un état islamique est un état qui revendique l’Islam comme étant la religion d’état et et qui régit également en grande partie sa législation. En gros, ils se revendiquent musulmans jusque dans leur tripes quoi. Mais cela ne fait pas pour autant d’eux des extrémistes: ils croient au progrès, en la médecine, et ils foutent royalement la paix aux états qui pratiquent une autre religion que la leur. Il y a différentes branches dans l’Islam, dont deux dominantes: les sunnites et les chiites. Les Iraniens sont majoritairement chiites. L’ensemble des terroristes de Daesh et compagnie font partie de la branche sunnite (pas d’amalgames : cette phrase dans l’autre sens n’est absolument pas vraie). Les Iraniens s’acharnent à faire la peau aux terroristes: d’où le conseil avisé de France diplomatie, t’expliquant clairement qu’il ne faut pas foutre les pieds à proximité de la frontière Afghane. De plus, le gouvernement Iranien est fusionnel avec la religion... ce qui ne veut aucunement dire que le peuple adhère à cette pratique. Et devine quoi ?

Il n’y adhère pas forcément, justement. L’Iran est une population jeune: il en découle une mentalité et des valeurs beaucoup moins centrées sur la religion. Le port du voile est contesté par certaines femmes, d’autres aspirent à un mode de vie moins rythmé par la religion etc.

Les images violentes que la télé nous expose sur les manifestations Iraniennes sont réelles, mais -à l’image de celles des Gilets Jaunes- sorties de leur contexte. Cela dit, gouvernement Iranien est plus répressif, c’est certain.

Pour conclure, oui, l’Iran est un état religieux. Israel et le Vatican aussi, et pourtant on en fait pas tout un plat.

« Tu n’as rien à faire là-bas, les femmes y sont maltraitées. »

Je pense que c’est notamment le port du voile obligatoire qui émeut et qui motive ce genre de réflexion.

Face à cet argument, je ne peux m’empêcher de penser : qu’aurait-on dit si j’avais décidé d’aller... à Doubaï par exemple, tout en allant visiter le reste des Émirats Arabes Unis? Certainement rien, sachant que Doubaï est la représentation grandeur Nature de la ruine des cultures natives du Moyen-Orient face à une culture globale Occidentale toujours plus intrusive. Une question légitime se pose alors: à quoi ressemble une femme Émirati, ailleurs que les filles en bikini de Doubaï ?

Cette photo représente mon contre-argument à elle seule. En haut, des femmes Émir. En bas... des femmes Iraniennes.

Je clôture le sujet sur ceci: en 2018, 224 000 Françaises ont été victimes de viol ou tentative de viol, et une femme se fait ôter la vie tous les trois jours sous les coups de son mari en France.

Donc, pas de malhonnêteté intellectuelle: observons les choses de manière relative.

Oui, l’Iran est très loin d’être un modèle sur le sujet de la condition féminine.

...Et nous non plus.

« Ils sont tarés là-bas. »

Taré, c’est le mot pas sympa pour dire DIFFÉRENT c’est ça ? Il est certain qu’ils ont des pratiques choquantes pour nous. Des mœurs qui peuvent nous paraître inappropriées ... et qui peuvent même nous faire peur.

L’instinct naturel qui nous fait craindre l’inconnu.

Le peuple Iranien est extrêmement éduqué, leur niveau d’étude est très élevé. Beaucoup d’hommes et de femmes sont d’éminents ingénieurs ou médecins... preuves vivantes que la qualité de l’apprentissage y est exceptionnelle. Le problème réside plus dans le fait qu’ils émigrent d’Iran vers les pays d’Occident car il n’arrivent pas à trouver de travail épanouissant.

Les Iraniens souhaitent utiliser le nucléaire dans le domaine du civil. Ce qui signifie: construire une ou plusieurs centrales nucléaires. C’est juste un stade normal, voir même indispensable pour la pérennité du développement d’un pays.

C’est pourquoi un accord sur le nucléaire Iranien a été signé avec l’ONU en 2015.

Ils sont quand même coubertins les Iraniens: ils se soumettent aux contrôles de la communauté internationale pour développer du nucléaire civil.

[Personnellement, je me demande en quoi est-ce que nous sommes légitimes pour être décideurs du développement économique d’un pays du Moyen-Orient. L’Iran est un pays souverain, non?]

Les Iraniens possèdent largement la matière grise et la maturité nécessaire pour assumer ce genre de projet (souviens-toi, ils ont fondé des écoles supérieures d’où sortent de brillants ingénieurs, les p’tits malins! ), et l’ONU le sait. C’est également pourquoi il a été décidé dans la foulée de lever les sanctions économiques instaurées une dizaine d’années plus tôt.

Sauf que...

Sauf que Trumpette s’est fait élire en 2016. Et il a décidé, en 2018, de revenir sur l’ensemble des accords passés auparavant. Pas de nucléaire Iranien, rétablissement des sanctions américaines (donc l’embargo).

Et ça... c’est pas très coubertin, si?

Donc ouais, les Iraniens sont pas contents. C’est pourquoi ils s’amusent à déchirer des drapeaux américains et à leur chier virtuellement dans la bouche (ah poésie, quand tu nous tiens).

Et que quand les médias te parlent de ça de but en blanc ... bah ça fait flipper.

Pas de panique.

C’est juste que l’embargo et le veto Américain sur les accords est une catastrophe pour le bien-être et la pérennité économique du pays. Et que c’est pas la première crasse que les Américains font aux Iraniens.

Cela serrait malhonnête que de dire qu’il n’y a pas une once de légitimité dans la véhémence Iranienne à l’égard des U.S.A, non?

Bref. J’ai essayé, dans cet article, de me faire l’avocat du diable, dans l’objectif de te proposer un regard disons ... différent sur l’Iran. Pour t’inciter à te renseigner avec d’autres sources, d’autres médias. Car vraiment, quand on creuse sur cette contrée lointaine et sur le peuple qui y habite... on s’aperçoit que l’image colportée par les médias dominants est complément colorée, paranoïaque et injustifiée.

Et on compte bien te le démontrer en septembre prochain.

On sait qu’il peut arriver n’importe quoi: on a entendu les témoignages d’agression, de vol... c’est de l’impondérable.

Tu sais, l’objectif principal de ce voyage... c’est d’en revenir. Pour nous aider, nous avons créé un code. Un code universel.

Ne jamais baisser sa garde.

Observer son environnement.

Utiliser sa tête, ses mains. S’adapter.

Ne pas s’offusquer. Négocier.

Respecter les règles et les mœurs sans discuter.

Suivre son instinct.

Et surtout... SURTOUT.

Ne jamais se séparer.

PS: le truc le plus chouette dans cette apologie... c’est que son bien-fondé a été démontré par d’autres avant moi. Jette un œil.

https://m.youtube.com/watch?v=51tOeIJgbPs&list=PLoC0dNJpbvROnOUQxbPv5jo6_1hsHhZDD&index=13&t=0s

https://m.youtube.com/watch?v=21w6WiLgVCw

https://m.youtube.com/watch?v=7FLxCboHfoY

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Publié le 12 mars 2020

... Après le coup du camion soit disant irréparable, maintenant c’est vas-y que j’te ferme les frontières et que j’annule ton concert de Parkway Drive ?!

Alors écoute moi bien, mon p’tit Murphy de mes deux. C’est pas toi qui impose ta loi ici. Tu n’as aucune idée... tu tentes de t’opposer à la putain de Princesse la plus capricieuse de l’Univers.

Hors de question de renoncer.

Va te falloir beaucoup plus que ça pour me passer sur le corps de ma volonté. Genre une éruption solaire, une pluie de météorite ou un truc comme ça.

Un truc badass quoi !

Tu t’en es pris à mon moyen de transport Murph’, et t’as perdu. Alors tu t’en prends à mon itinéraire?

Mais t’as rien compris mon pote.

La Pérégrination n’a aucune frontière.

La Pérégrination n’a aucun véhicule.

La pérégrination est apatride.

Peu importe si l’on doit partir à pied, en tracteur ou en voilier-stop.

Peu importe si l’on doit se dérouter à Madagascar ou en Bretagne.

Le voyage commence lorsque l’on met le premier orteil hors de chez nous.

-La grande Pérégrination débutera le 1er Avril.-

Je te défie, Ô grande loi de Murphy, de m’en empêcher.

[Impossible de reculer... regarde: Samedi on fête le grand départ... on a même fait les courses.]

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Il faut toujours être optimiste lorsque l’on poursuit un rêve ambitieux.

Il faut faire preuve d’un acharnement légèrement déraisonnable quand celui-ci se délite peu à peu devant vos yeux.

Il faut être présomptueux, et pousser le Karma dans son sens. Refuser obstinément de voir se réduire son rêve en poussière sans se battre.

Mais parfois... être brave ne suffit pas.

La Pérégrination est en péril mes amis.

Luc et moi pensions n’avoir peur de rien.

Nous pensions que rien ne pouvait nous arrêter.

Pas si proche du but...

Mais les événements nous dépassent de très, très loin. A tel point que même le plus terrible des caprices de Princesse n’y peut rien.

Le point positif des récents événements, c’est que tout cela nous fait grandir. Ils nous permettent d’ajouter une ligne à notre code du Baroudeur:

‘Le rêve de la Grande Pérégrination s’arrête là où il met en péril l’intégrité de tous. La santé de chacun et le bien-être de notre belle civilisation.´

Nous avons pris la décision de repousser la date du départ de trois semaines pour le moment, ce qui nous amène au 18 avril.

... Tout juste le temps de monter un plan.

On l’a appelé : « ilfautsauverlagrandepérégrination », ou... Plan P.

(Et accessoirement, le temps de récupérer nos passeports, qui sont en quarantaine au consulat de Russie.)


Mais tu ne paies rien pour attendre.

Ça va vraiment être un joyeux bordel quand enfin, on se réveillera ce matin-là, en s’apercevant que, ça y est...

On peut sauter les fesses les premières dans le GROCAMION et ressentir ce frisson qui sommeille en nous depuis des mois.

En attendant... on se cache, et tous ensemble on va casser la gueule à cette cochonnerie de virus. Montrer qui c’est le patron.

Pour vous, pour nous tous...

[... Et aussi un peu pour la grande Pérégrination.]

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Publié le 24 mars 2020

Ça y est. IL est au point. Au poil. IL brille.

Bichonné. IL est prêt.

Après des dizaines d’heures de réflexion et de confection, tu vas enfin pouvoir observer, en avant première, le VW T4 Multivan aménagé par Westflia... puis modifié (amélioré?) par Luc et Olenka.

Une vidéo vaut mieux que mille mots dans ce genre de situation.

C’est donc avec une immense fierté que nous te présentons les boyaux de GROCAMION.

Une dernière chose: j’aimerais faire un ÉNORME Big Up pour Maman Schtroumpf (alias Valérie C. pour les intimes), couturière officielle de la Pérégrination.

Dans cette vidéo, tu pourras admirer l’ensemble des textiles habillant le mobilier que nous avons créé. Ils sont cousus à la main. Et c’est ELLE qui les a fait.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça a de la gueule.

MERCI à toi pour toute cette belle implication (et pour le cassage de front) que tout cela a nécessité.

... Avant de commencer, voici à quoi ressemblait notre camion avant la métamorphose:

... Maintenant, attention les yeux.

...Je crois qu’on a fait le tour. J’ai omis quelques détails comme le fait que la cuve à eau soit équipée d’une pompe immergée et d’un flexible permettant d’utiliser l’eau en dehors du camion, le siège passager qui se retourne pour être dos à la route etc.

Soyez indulgents mes chéris. Je suis électrotechnicienne. Pas cadreuse, ni Youtubeuse.


C’est tout?

Ah non.

... Il manque enfin, comme de coutume...

La touche finale.

Ma touche finale est en souvenir d’une Grande Dame. Le genre de Dame dont le courage, le style et la dignité laissent sans voix. Sobre et lumineuse. Une vraie Madame quoi.

Madame est forte et fière.

Madame est fière, mais aimante et douce.

Et par dessus tout, Madame est brave.

Madame ne regarde pas la mort en face, ça non.

Elle se contente de détourner la tête fièrement, le menton bien haut, la main levée précieusement, en prononçant « très peu pour moi ».

Madame est une guerrière.

Armée de sa volonté, elle a défié... le monde entier de l’emporter.

Madame avait une expression bien à elle pour nous transmettre cette hardiesse sans faille. De celles qui mettent à mal les lois naturelles.

Elle nous disait, avec douceur et bienveillance : « Maous costaud ».

Oui, Madame a la classe.

Madame me parlait parfois de voyages autour du monde en Combi VW. Un van Hippie avec des fleurs, s’il vous plaît.

Un jour j’ai compris que le foyer de la bravoure de Madame... c’était nous.

Et c’est encore nous aujourd’hui.

... Madame se dénommait Rachel.

[Ça y est mamie, tu te souviens ? Notre voyage dans notre Van à fleurs.

... On y est.]

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Publié le 31 mars 2020

Le Samedi 14 mars, on a fait un truc pas très prudent au vu du contexte actuel.

Un truc un peu débile même.

Un truc... absolument inédit et génial.

Le samedi 14 Mars, nous avons réuni tous nos proches, familles, amis, animaux de compagnie... BOUM, tous dans la petite maison de Plancherine, et vas-y qu’on fête le grand départ:

La Pérégrination’s Day, ou P-DAY.

Ils sont tous venus les bougres, de France et de Navarre... de Paris, de Toulouse, de Lyon, de Renaison, de Lamure-sur-Azergues et j’en passe !

Redoutables sur l’empreinte carbone quoi.

Tout ça pour nous.

Et tout ce mélange de cultures, d’âges et de tempéraments a engendré une espèce de...

Je ne sais pas comment on pourrait appeler ça.

Un joyeuse sauterie cosmopolite débordant de sourires et de chaleur ?

C’est pas mal ça.

Un truc pas comme les autres quoi.

En même temps rien d’étonnant, ils ne sont pas comme les autres, ces autres. Ils sont autrement plus bon vivants (ah ça...), plus bienveillants et plus altruistes.

C’est donc ensemble que nous avons fait couler le temps, la bière, le tord-boyaux du Kentucky, la bave de Sallie et tout et tout, autour d’un bon repas pour bon vivants.

Et attention, on a fait ça bien.

Clean, comptabilité plus que respectable.

Nous avons su honorer notre réputation.

Félicitations à vous pour votre implication.

La photo de classe. 

Le lendemain fut magique... je me suis levée (je crois) avec une bonne gueule de bois des familles associée à plusieurs nuits très très courtes: c’était pas évident de tenir à la verticale. Ni de garder les yeux ouverts. J’ai des frissons, je tousse et je me sens fiévreuse... la pandémie du Tequila-pafus. Un jour, un copain m’a dit qu’à partir de 25 ans, on avait tendance à arrêter de boire n’importe quoi. J’ai vraiment hâte.


Tous les copains dorment dans la maison, et un soleil aveuglant brille dans le jardin.

Quelle belle journée pour mourrir.

[Ou décuver.]

J’essaie de ranger un semblant de quelque chose, en me disant bien que l’acte en lui-même soit vertueux... le résultat est juste ridicule.

Puis ma famille débarqua dans le jardin:

« Coucouuuuuuuu ! »


Wouah. Plus lumineux que le soleil ces gens là. Ma famille possède un remède bien plus efficace que n’importe quel médoc contre la gueule de bois: la bonne humeur.

La gaieté sobre et vraie. Le plaisir d’être ensemble.

Je suis donc sortie de mon état semi-conscient, et avec leur aide, nous avons préparé un deuxième buffet de bon vivant avec les restes du premier. Jusqu’à ce que ma tante, avec sa voie toute guillerette angélique, relance innocemment les hostilités : « Bon ! Moi je boirais bien une petite bière ! Sous ce soleil... c’est trop agréable ! »

Bon bah...

Apéro!

Tous au soleil. On aurait pu en faire un film de série B du genre:

« Garden Party au cœur de l’apocalypse ».

Je m’arrête au milieu des rires, des copains qui papotent, des autres copains qui jouent du violon et du saxophone dans le jardin, de mon grand-père qui ouvre une bouteille, de Sallie qui louche sur le saucisson... je mets tout sur pause et je regarde.

Je fais un 360 degrés sur moi même (pas trop vite: la tequila d’hier me rappelle à l’ordre.), histoire de prendre une belle photo mentale de ce moment si particulier: ce moment où tu t’aperçois que...

Nous partons. Ça y est. Nous partons découvrir un petit bout du monde. Ils sont tous venus pour nous dire au revoir, pour fêter allègrement notre départ vers l’aventure, en dissimulant soigneusement leur inquiétude à notre égard.

C’est quand même un peu paradoxal: nous partons à la conquête des merveilles du monde... et cet instant d’éternité me dévoile que... Oui, c’est bien ça.

Les plus belles merveilles de notre monde... elles sont juste là: je viens d’en faire un panorama à 360 degrés.

MERCI.

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Publié le 1er avril 2020

Aujourd’hui, c’est le premier Avril.

Le jour où surtout, SURTOUT, faut pas nous emmerder.

On a tout fait, TOUT fait pour réussir.

Nous avons inhibé la peur de vivre neuf mois dans un camion, l’angoisse de ces contrées lointaines et hostiles parfois, le stress des aléas, des accidents de parapente et j’en passe... nous nous sommes efforcés de tout oublier, pour ne nous concentrer que sur notre unique objectif.

...Pour ne surtout pas reculer devant l’ampleur de l’inconnu.

Pour réaliser notre rêve de gosse.


Nous avons tout millimétré. Tout prévu. Tout calculé, travaillé comme des acharnés pour économiser assez d’argent, aménagé le Gros etc... enfin tu connais la chanson.

La frustration est à chialer.

On a la haine.

Ouais, on y avait pas pensé, au coup de la putain de pandémie du siècle qui t’empêche de sortir de chez toi.

Aujourd’hui, ça aurait dû être NOTRE journée, celle qu’on attend depuis 10 ans.

C’est immuable, c’est indépendant de notre volonté. De tous les problèmes qu’on a pu avoir... on a toujours trouvé une solution. Un deal. Un plan B.

Mais là, y’en a pas, et ça me fout juste dans une colère noire.


Et pourtant...

Pourtant, c’est pas de notre faute.


On a fait ce qu’il fallait, on a travaillé dur... mais tout ce que l’on a construit jusqu’à maintenant est compromis.

Il se peut qu’on ne puisse pas aller en Iran. Il se peut même que l’on ne puisse pas traverser la frontière Russe. Il se peut que ce voyage se métamorphose en tour d’Europe. En tour de France.

... Et alors?

Ce qui compte, ce n’est pas le but, c’est le chemin qu’on fait pour y arriver. Ce qui compte... ce n’est pas le nombre de destinations ou bien leurs distances, c’est de sortir de chez soi. C’est le premier pas. Ce tout premier pas qui lie immuablement ton âme avec la Route.

Être un baroudeur, un vrai, ce n’est pas collectionner les Pin’s de chaque pays pour en comptabiliser le plus possible. Être un baroudeur, c’est être un explorateur de merveilles, à la découverte de petits coins de paradis éphémères... c’est celui qui a la lucidité de comprendre que les merveilles sont partout: leurs essences se trouvent sur le chemin, et non à la destination.

On y revient... ce qui compte, ce n’est pas le but, mais le chemin qu’on fait pour y arriver.

Et on en a fait, du chemin... entreprendre ce voyage pour tes 22 ans et terminer à 24... on était des bébés ! Et maintenant...

On est encore des bébés. Certes. Mais plus mûrs. On a passé les étapes, parfois un peu de travers, mais on s’est contorsionnés autour des embûches... et on s’en est pas si mal sorti au final.

On a grandi.

Et plus on est grand, plus on peut observer le chemin qu’il nous reste à faire... soyons visionnaires.

Peu importe la direction.

C’est l’esprit de la Route.

La rose des vents...

Patience.

Confinée avec toi, Liberté. 

PS: ne te méprends pas. Ce blog est destiné au partage de notre voyage. Nous y saisissons uniquement les états d’âmes qui le concernent directement. Et ces états d’âmes sont vraiment tout rikiki... face à notre conscience des choses horribles qui se passent là-dehors. Des gens meurent et nous, nous allons tous bien. C’est tout ce qui compte à la fin.

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Publié le 15 avril 2020

[Note de l'auteur: Je m'excuse par avance pour cet article brut de forme, difficilement lisible car très dense. Mais c'est pour moi l'essence même d'un carnet de voyage… il faut que tu partes avec moi. Pour le meilleur… et pour le pire. Pour tout te dire, cet article a fait office de brouillon au Plan P: il m'a réellement servi à organiser et à structurer ma pensée (que j'espère intelligente), dans ce chaos ambiant. Fais preuve de courage et de mansuétude, cher lecteur que j'aime...]

Souviens-toi...

Durant les premières semaines de confinement, j’avais évoqué le plan « ilfautsauverlagrandepérégrination », plus communément appelé plan P, pour des raisons évidentes d’ergonomie linguistique.

Nombreuses ont été vos questions, du style : « Nan mais attendez les p’tits loups, comment vous comptez faire pour vous démerder dans ce putain de bordel intersidéral ? » [En restant polis.]

La chose qui m’a le plus touché chez nombre d’entre vous, c’est cette confiance aveugle (ou justement, clairvoyante?) que vous avez en nous. Je la sentais dans votre voix, je la voyais dans vos yeux à travers l’écran ... ce : « Ouais, ça craint. Pas de chance, mais les deux là, ils vont y arriver, c’est sûr. J’me fais pas de soucis pour eux. »

MERCI à vous, de croire en nous, et non, vous ne mesurez certainement pas l’importance cruciale que ça a pu avoir pour nous, et la remontée en flèche de notre moral.

Parce que la situation est à chialer, et pour tout te dire... on en a chialé. En particulier sous le glas de personnes puantes, qui nous disaient, avec une voix pleine de suffisance : « Ah bah c’est mal barré votre délire, franchement vous avez mal choisi votre moment. Laissez tomber, y’a plus grave dans la vie. »

Voilà les mots d’une personne qui n’a jamais réalisé aucun de ses rêves, allez-vous me dire. Ou pire, qui n’en n’a jamais eu. Mais ça pollue le moral à un point incommensurable.

Il faut toujours être idéaliste. Pour ne serait-ce qu’avoir la prétention de réaliser un tel voyage, il est nécessaire d’être idéaliste. Ça a toujours été le cas, et on pourra dire que notre motivation et nos convictions à poursuivre ce rêve auront été mises à rude épreuve. Non?

Le 13 Avril, ton Président a annoncé une prolongation du confinement jusqu’au 11 Mai (sans nous éclairer sur l'ouverture des frontières). Ça nous a tellement défoncé le moral qu’on en a évidemment, chacun, pas dormi de la nuit.

Mais attends… une nuit sans sommeil, ce ne serait pas justement le moment PAR-FAIT pour établir un plan stratégique ?

(En réalité, il a été grossièrement initialisé et mis en œuvre depuis un mois.)

Ca y'est, j'ai toute ton attention là ?

Il vaut mieux, parce que ça va être quasi-imbitable. Courage amour.

Non sérieux, en vrai c'est pas si compliqué que ça, mais je te conseille quand même de relire l'article n°6, qui détaille le descriptif de l'itinéraire de base.

Ready ?

La première contrainte de la Grande Pérégrination, c’est le temps. Je ne peux avoir « que » 9 mois maximum avec mes congés accumulés, car je ne prends pas de sans solde. Et les vacances étaient programmées au 1er Avril, mais ça tu le sais déjà, je te l'ai assez rabâché.

La première mission était donc de convaincre ma hiérarchie de repousser ces congés un maximum, en sachant que eux… techniquement, ça les arrangeait bien que je sois en congés pendant la période de confinement. J’ai réussi à obtenir un mois, parce que ma boite est vraiment cool… et que je suis adorable.

Ce qui nous apprend quelque chose d’important : jusqu’au premier Mai, la Pérégrination n’est pas rognée (en termes de temps) par le confinement de ses morts. Je suis en congés à partir du premier Mai, jusqu’à fin Janvier.

Voilà, ça, c'est la première partie du plan: c’est déjà pas mal.

Ensuite...

Mon parapente était coincé dans les entrepôts de l'entreprise de révision (je lui ai fait passer une sorte de contrôle technique du parapente avant de partir, si on peut dire), et j'ai réussi à le récupérer à l'adresse où je loge actuellement. Donc, check.

"A l'adresse où tu loges actuellement ?!" vas-tu me dire.

J'y viens bébé. C'est la troisième partie du Plan.

Hé oui, ce p***** de déménagement! Pour des raisons que je ne détaillerai pas, le déménagement a du avoir lieu comme prévu… donc, pendant la période de confinement ! Heureusement, on s'y est pris avant que ce soit formellement interdit (c'est-à-dire il y a quelques jours), et nos meubles ont pu arriver dans leur garde-meuble au prix d'efforts énormes, de stress… Et d'une aide formidable de la part de la famille de Luc, qui, notamment, nous a gracieusement prêté un camion (hé oui, on ne peut pas louer de camion pendant un confinement, et HORS DE QUESTION de tout mettre dans le Gros, t'imagines…).

Donc là, tu te demandes sérieusement si nous sommes confinés dans le camion: ce à quoi je répondrai, encore (et encore, et encore…) MERCI à la famille de Luc. Non, et heureusement parce qu'il y a un gros vide juridique sur ce sujet. On nous a prêté un superbe appartement à Montalbert (appartement qui aurait dû, en circonstances normales, être rempli de touristes Hollandais, mais qui s'avère désert, comme le reste de la station de ski).

Pour conclure cette partie: meubles dans garde meuble comme prévu, parapente révisé, maison de Plancherine abandonnée, appartement le temps du confinement, GROCAMION sur le parking (qui comprend plus rien à ce qui lui arrive, d'ailleurs).

Mais on n'est pas au bout de nos peines (sinon c'est pas drôle).

Nos passeports sont actuellement coincés à l’ambassade Russe car nos VISA étaient en cours, et ce pour un moment "indéterminé": frontières fermées = ambassades fermées. A l’aide d’un tour de passe-passe à la Olenka (c’est-à-dire un truc pas franchement classe, mais qui fonctionne), j’ai réussi à communiquer avec le consulat Russe, alors que techniquement c’était impossible: on annule la demande de VISA actuelle (qui était pour mi-juin, donc CLAIREMENT c’est mort), et quand on pourra aller à Paris, on récupèrera nos passeports directement pour recommencer une demande ultérieurement. Les passeports sont en sécurité, la demande de VISA sera annulée et certainement non remboursée: tant pis, on a joué, on a perdu, la roue tourne. On ira les récupérer à Paris dés qu'on pourra mettre un pied dehors.

Place à la suite: ça devient plus ludique.

Vous l’avez compris mes amours, la réouverture des frontières hors espace Schengen... c’est pas pour tout de suite.

Ni pour l’intérieur de l’espace Schengen d’ailleurs. Nous avons poussé l'espoir dans ses retranchements…

Mais nous en sommes arrivés au constat fatal que NON: notre tracé initial ne sera pas notre tracé final.

O rage, O désespoir...

Ooooh, mais souviens-toi: on est des p’tits fûtés nous.

En fait, on est pas si malins que ça, mais on est des boute-en-train optimistes indesctructibles.

Et mmmmmmh… on ADORE monter des plans. Comme dans un jeu de société.

Il y avait deux faiblesses majeures à notre ancien tracé: je te le remets en photo, comme ça t'es pas obligé de te dénuquer les yeux avec la photo de l'article 5 (je te l'ai dit: je suis adorable).

Donc je disais, deux faiblesses majeures: je ne les ai pas explicitées plus tôt parce que… Tu comprends que j'essaie de vendre mon business, moi.

  • La première, c'est la distance: il y a beaucoup de kilomètres, et surtout beaucoup de routes absolument pourritissimes à parcourir. Notamment au Kazakhstan, au Kirghizstan et en Ouzbékistan. Autrement dit: le mois que l'on aurait passé au Kazakhstan (regarde la distance sur la carte), on l'aurait passé sur la route, car pour parcourir 100 bornes, bah tu peux mettre plusieurs heures. Puis avec le Gros, il faut être un Hippie qui aime prendre son temps. Et on ne pouvait pas passer plus d'un mois dans ces pays... car sinon, il aurait fallu faire une demande de VISA qui nécessite un justificatif de nuitées, descriptif de l'itinéraire et cette phrase serait définitivement trop longue si je devais te citer tout l'emmerdement administratif que cela représenterait dans CHAQUE pays. Donc, beaucoup de route, pas le droit de perdre du temps. Il en va de même pour la Russie: bien que les routes soient meilleures, le VISA que nous avions choisi ne nous autorisait que 30 jours, et on n'aurait même pas pu profiter pleinement de ce pays et de ses villes, alors que c'est un pays phare du voyage. Bon, voilà, c'est un Road-Trip qu'on fait, et dans Road-Trip, y'a Road, donc c'est normal de faire de la route… et on savait à peu près que l'on allait passer beaucoup (trop?) de temps dans le coque-pit du Gros: pour des contraintes de distances vis-à-vis des autorisations, et du temps imparti de 9 mois.
  • Deuxième point, et non des moindres: nous avions des contraintes, inhérentes à un voyage par la terre, certes, mais néanmoins très très chiantes. Celles d'être obligés de "passer par là si on veut aller là". L'exemple phare, c'est la traversée du Turkménistan pour atteindre l'Iran. Il y a aussi la traversée du Kazakhstan, très fastidieuse (rappel: routes aussi imbitables que cet article). Nous avions des contraintes de VISA dont les probabilités d'obtention sur place ne sont pas une science exacte, et qui auraient pu tout compromettre: là encore, pour obtenir le VISA de transit du Turkménistan, il faut prouver que tu as besoin de traverser le pays, donc il nous fallait le VISA Iranien avant, qui est très compliqué à obtenir depuis le Kirghizstan, sachant qu'on a un temps imparti de 30 jours au Kirghsiztan car sinon, là aussi, on devrait demander un VISA, mais comment faire si nos passeports sont à l'ambassade d'Iran, et encore là le VISA Turkmène en Ousbékistan est une science du style quantique enfin tu vois à quel point pour un problème tout rikiki les dominos tombent et je pourrais là encore rajouter allègrement dix lignes à cette phrase sans virgules. Grosso-modo: une poussière et toute la mécanique déraille. Et CA, mes chéris, c'est quand tout va bien. Maintenant, j'ai un exercice mental pour toi: tu te refais exactement la même la scène, mais dans le contexte "crise économique sortie de Coronavirus": frontières qui ouvrent en retard, qui ouvrent vite fait, mais pas pour les Français (parce que oui, maintenant, on est un peu considérés comme les pouilleux du nouvel ordre mondial si tu vois ce que je veux dire) etc. Je HAIS le mot "impossible", tu l'as bien compris, mais là... c'est genre niveau 10 quoi. Game Over.

Et donc [la conjonction de coordination me semble tout à fait justifiée], dans ce contexte, nous avons décidé de... modifier notre itinéraire. Mais comment ? Sachant que l'avenir des frontières est incertain? Qu'on ne sait pas encore combien de temps on restera cloitré chez nous? Comment? COMMENT?!

La réponse m'est venue cette nuit là, à quatre heure et demi du matin. La réponse, je l'ai trouvée en faisant fonctionner mon esprit cartésien, et mes souvenirs de l'école.

Imagine que t'es devant un problème de Maths dont tu viens de relire la consigne rien que trois fois, et que tu viens tout juste à peine de comprendre. Qu'est ce que tu fais?

Voilà, on y est: tu te demandes…

1. Ce que tu cherches

2. Ce que tu sais

3. Ce que tu ne sais pas.

  1. Ce que je cherche. Je veux faire un voyage en camion en traversant un maximum de frontières sans risquer de me retrouver coincée, et surtout… ne pas devoir faire un demi-tour de plusieurs milliers de kilomètres. Nos pays phares de la rose des vents ? Europe du Nord, Russie, Turquie, Iran. Ca, c'était la partie facile.
  2. Ce que je sais. Je sais que je ne peux pas sortir de chez moi actuellement (ah c'est con ça.), mais que, disons début/ mi-Juin, je pourrais certainement recommencer progressivement à circuler (bon, faut pousser un peu le Karma, puis si il veut pas se pousser je vais finir par lui marcher dessus, et je suis sérieuse, bordel.) Je peux donc écourter tout de suite le voyage à 8 mois (souviens-toi, la fin de mes congés: 9-1=8, je te l'ai dit, c'est un problème de maths). Ce que je sais aussi, et ça, j'en suis sûre, c'est que l'espace Schengen réouvrira avant les frontières internationales (en ce qui nous concerne, par rapport à la rose des vents, la Turquie, la Russie et l'Iran). Ce que je sais, c'est qu'au fur et à mesure de l'année, l'ensemble des frontières finiront par rouvrir pour les touristes, et on pourra à nouveau circuler avec VISA. Enfin, ce que je sais, c'est qu'il me faut par conséquent limiter le passage de frontières hors espace Schengen, au risque de perdre un temps que je n'ai pas.
  3. Ce que je ne sais pas. Les putains de délais pardi ! Quand est-ce que les frontières ouvriront ? Aurais-je le temps de faire tous les pays de ma liste phare, en sachant que je veux aussi m'arrêter et visiter tous ceux par lesquels je vais transiter ? Le délai sera-t-il trop court? Aurai-je... le temps?

Bon, on a les données, les entrants de l'exercice de maths. Maintenant…

Résolution.

La première piste repose sur le fait que nous devons, en permanence, pouvoir agir selon les imprévus. On prend donc le gros paquet "ce que je ne sais pas", et on le transforme en "ce que je ne sais pas, mais je peux m'adapter en conséquence car"...

C'est là que repose la base du second itinéraire: ne jamais se retrouver coincés ou faire un demi-tour de plusieurs milliers de kilomètres en étant obligés de faire des VISA au retour. Pouvoir évoluer, dans un autre pays, ou bien toujours pouvoir retourner dans un "petit" pays déjà traversé car telle ou telle frontière s'est ouverte et pas celle-là. Le tout, sans avoir besoin de paperasse. Sur la fondation, on pose les murs… le temps.

Nous allons prendre plus de temps dans chaque pays, pour s'imprégner de la culture, de l'ambiance, pour s'approprier les différents sites de parapente que nous allons trouver sur la route (on dirait pas mais ce n'est pas si simple que ça) . Nous allons notamment mettre le maximum de nous même (et, maintenant que tu commences à nous connaitre, tu sais que ça peut représenter beaucoup), pour visiter nos pays phares. Car oui, avec l'ancien itinéraire, un pays comme la Russie aurait été bâclé.

En parlant de pays phares: les pays du nord que nous souhaitons découvrir se situent dans l'espace Schengen, et ce sont donc, non seulement les pays les plus près, mais également ceux qui nous seront ouverts le plus tôt (logiquement). Ca serait un bon début. En notant que les pays de l'Est de l'Europe attirent également notre Culosité, si les frontières extérieures à l’Europe peinent à s’ouvrir (entrer dans un pays où le patronyme "Olenka" est la normalité ? D'la bombe…). Bref, en Europe, il y'a de quoi faire.

Et quand tout ce bordel commencera à être derrière nous… les frontières réouvriront (oui, elles réouvriront, tire pas cette tronche, patience). Nous essaierons de passer en Russie, avec cette fois, dans nos mains, non pas un VISA de 30 jours, mais un VISA de 60 jours. Nous prendrons le temps de nous immerger dans ce pays qui nous fascine, voir St Petersbourg, Moscou, les châteaux provinciaux et… (c'était pas prévu), les montagnes majestueuses du Caucase. Parsemées de petits sites de vol libre… ah, j'en frissonne rien que d'y penser.

Profiter quoi.

Par la suite, nous tenterons de rejoindre... la Turquie bébé, déjà parce que ça va commencer à cailler grave dans le nord. De nombreuses possibilités s’offrent à nous: Géorgie, Azerbaidjan, Mer noire... Les sites de vol en Turquie sont juste extraordinaires. Sous nos yeux une culture différente, millénaire et généreuse… humaine. Ou alors je me trompe complètement ? J'ai hâte de découvrir la réponse. Nul besoin de VISA pour la Turquie en dessous d'un mois et demi de séjour, aucun problème tant qu'on y abandonne pas le camion.

Et… apothéose, pays tant convoité par notre âme de baroudeur… Si nous pouvons… Si nous avons le temps… l'Iran.

L'Iran, cette magie… ce monde où Olenka ne pourra pas éprouver sa passion incontrôlable de la négociation, et où Luc jouira du plaisir incommensurable d'aboutissement. Sites de vols extra-ordinaires… culture perse si différente, si accueillante, et si terrifiante parfois. Je me délecte de cet inconnu par anticipation. Mais l'Iran est trop dépendante des décisions gouvernementales et de nos contraintes de temps pour que je puisse affirmer quoi que ce soit. Alors ce sera notre dessert, notre cerise sur le gâteau.

Et dans tout ça...

Je connais un endroit extraordinaire, avec une diversité de cultures tout aussi extraordinaire… et des sites de vols si somptueux, des villes et villages si atypiques et surprenants…

Toi aussi tu le connais, ce petit paradis. C'est la dune du Pila, le puits de Dôme, c'est Strasbourg et Carcassonne... La France. Je ne vais pas te mentir en te disant que La France ne me serait pas venu à l'esprit sans cette pandémie. C'est purement ridicule, et aujourd'hui je m'en aperçois. La France sera non seulement le premier endroit où nous pourrons déambuler, mais ce sera également notre point de départ, notre destination, nos premières… pérégrinations! C'est si exaltant, de s'apercevoir une nouvelle fois, sous des contraintes toujours plus liberticides, que l'émerveillement se situe si près de nous ! C'est enivrant même, regarde, regarde comme l'extérieur est beau quand ta frontière se résume à ta fenêtre ! Je suis si curieuse, j'ai faim de tout, je suis tellement aux aguets… c'est magique. C'est la merde, mais c'est magique quand même.

Itinéraire prévu au jour du 14 Avril 2020. Tous les itinéraires BIS possibles ne sont pas représentés. 

En une nuit, nous avons reconstruit notre voyage de bout en bout, alors qu'à la base on avait tout prévu, comme des ménagères de voyage parfaites… mais l'aventure est là, et elle nous regarde de toute sa hauteur, un sourire narquois aux lèvres...

Elle me murmure dans un idiome encore inconnu:

"Quand tu sortiras de chez toi, poupée… je te promets bien plus beau que la lune."

Aaah, mes amours, trêve de poésie. L'idée est là: c'est notre projet, comme dirait l'autre.

Passons au dénouement: le bon et le moins bien de La Grande Pérégrination V2.0.

Le moins bien: voilà, notre regret (hé, du calme copine, vous avez 24 ans, je ne sais pas si tu peux parler de regrets.) c'est le Kirghizstan et l'Ouzbékistan. Pour la majestuosité de ces contrées, et l'idée du parcours de la Route de la Soie. A charge de revanche, nous irons, une autre fois, en sac à dos, faire le tour de ces deux pays à cheval… découvrir la beauté sauvage et altière des montagnes Kirghizes… les prémices de la culture perse en Ouzbékistan… attendez-nous, on arrive.

Le mieux: nous aurons plus de temps, car moins de kilomètres. Le temps de connaitre la Russie, de toucher du doigt la culture Turque… et peut-être la chance de voir l'Iran?

Voilà le Plan P, mes amis.

Il me semble réaliste, pondéré et surtout… évolutif, aisément malléable en fonction du contexte. Certains diront qu'il est idéaliste, et ils auront raison. J'ai inventé un adage il y a quelques temps, dont la première partie est tirée d'une (mauvaise) traduction française du film American Beauty:

"Il ne faut jamais briser les rêves d'un idéaliste… on en ferait un révolutionnaire."

Je conclurai donc sur une conviction personnelle, liée à notre situation, à tous. Maintenant que l'on nous a retiré la Liberté, cette Liberté brute et puissante…

Je pense que parfois tu ressens ce vide, ce manque, cette hargne… Et oui, osons le dire, cette pulsion criante et blessante qui te hurle dans un murmure amer: "Mais qu'est-ce qui t'empêche… QUI t'empêche, de déambuler en te conduisant prudemment ? Quelle légitimité possède cette autorité? Est-elle plus intelligente que toi? Te protège t'elle, s'est-elle montrée à la hauteur au moment où elle aurait dû agir? Les arguments sanitaires suffisent-ils à restreindre l'ensemble des formes que peut prendre ta liberté de circulation, de manière homogène et autoritaire sur tout le territoire, peu importe la densité de population? Ne suis-je pas doué d'une conscience ? L'autorité n'est-elle pas seulement garantie par la soumission de la masse ? Et que se passe-t-il si la masse en question refuse? Si elle décide d'agir selon sa conscience, en respectant prioritairement la santé de nos anciens et nos personnes sensibles, puis en réinventant ses propres lois? Pourquoi refusent t'ils de reconstruire, eux aussi, un Plan P comme ProtégernotresantéETnoslibertés, un truc nuancé et évolutif, basé sur des critères réalistes ?"

Pas de bobards. Je sais que tu t'énerves parfois, tout seul, frustré, chez toi. Ne culpabilisons pas. C’est la Liberté qui nous incite... à penser par nous-même. Cette même force qui t'appelle, telle une sirène en pleine mer. Elle te manque et elle t'obsède. Elle est inhérente à notre condition humaine car elle constitue en partie… notre dignité.

Patience...

Cessons de nous torturer à propos des décisions de nos autorités, ni sur les lobbies pharmaceutiques si puissants, ni sur la Peur instrumentalisée par les médias, ni sur les chiffres qui ne veulent absolument rien dire. Il n'y a qu'une seule question qui ait de sens selon moi. La seule sur laquelle on devrait profondément méditer. UNE-SEULE.

Et pas des moindres.

Quand, enfin, ce beau jour, tu retrouveras cette Liberté qui t'a tant manqué…

Qu'est-ce que tu en feras pour l'honorer?

20
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Publié le 2 mai 2020


Aaaaaah...

Bon. On commence à y voir quelque chose.

Coro-bscurité néanmoins ornée d’une lucarne, d’un halo de lumière pâle et timide. Comme si l’on regardait à travers un vitrail poussiéreux et sale... avec un petit tout petit cercle, juste là, regarde... oublié par le temps. Il nous apparaît et nous rend aveugle, aveugle à tout le reste, à tout ce tas de trouble alentours.

Cette toute petite paillette lumineuse au bout du tunnel, de celles qui s’entourent d’un halo rayonnant et immatériel.

Ça s’appelle l’espoir. Ça met des papillons dans ton ventre et de la pommade sur tes ventricules. C’est qu’on arrive à en tomber amoureux, de l’espoir. On s’y accroche sans aucune modération, sans aucun sens commun.

On nous dit que plus rien ne sera jamais comme avant.

Mais on s’en fout en fait.

On s’adaptera, c’est tout.

Pas besoin d’essayer de nous faire peur.

En attendant... c’est plutôt chaotique.

On commence à voir le bout du tunnel, les choses commencent à aller mieux, elles vont mieux maintenant que chaque jour depuis deux mois même.

Et pourtant...

On est statiques. Cette frustration que nous avons ressenti nous a d’abord noyé dans la colère. Puis nous avons décidé d’être maîtres de nous-mêmes, faute d’être maîtres des événements. Nous avons fait preuve d’une résilience si immense que, encore aujourd’hui, je m’en surprends moi-même. C’est en totale opposition avec mon tempérament.

Mais bon. Pas le choix.

C’était la seule solution pour rendre notre quotidien vivable. Pour faire de la Patience une force et non un fardeau.

Prendre les choses avec philosophie.

Mûrir quoi.

Devenir un peu ces « adultes » qui nous rebutaient tant.

Cela n’est pas sans conséquences.

Car maintenant, tu vois, on commence à nous dire que dans dix jours, on va pouvoir le faire, ce putain de voyage.

Pas comme on veut au début, mais on va pouvoir aller se balader dans nos montagnes, découvrir des petites merveilles... faire à nouveau du parapente.

Voler... j’te jure rien que de l’écrire, j’ai des frissons.

Bref, 10 jours, je disais...

Mais on ose pas. On n’arrive pas à se réjouir, tant on a peur d’une nouvelle claque dans la gueule.

La résilience dont nous avons fait preuve nous a plongé dans une sorte de torpeur assommante ... et à force d’être déçus, on ressent désormais de grosses difficultés à s’immerger dans notre départ.

Cette bonne nouvelle nous semble irréaliste après cette période pourrie.

On y croit plus trop...

C’est nul hein ?

Je sais aujourd’hui que le départ tant attendu ne sera pas tel que je me l’étais imagé. Nous nous sommes immergé corps et âmes dans la préparation du voyage, avec cette même ardeur que celle avec laquelle on s’investit dans son premier amour.

Avec une détermination aveugle, trop vite et sans aucun sens de l’équilibre... mais c’était vibrant, vivant quoi!

Avec une échéance: le 1er Avril. 1er Avril. 1er Avril.

Maintenant...je sais que nous ne pourrons pas empêcher cette circonspection de nous couvrir d’un léger plaid, étouffant tout le frisson lié à l’innocence de la première fois.

Nous ne partirons probablement pas le sourire aux oreilles, imitant des bruits de singe-loup et réveillant tout le village, les larmes pleins les yeux...

Nous partirons avec un léger sourire, en nous regardant d’un air étonné et hésitant, avec, quelque part, cette peur au ventre... celle d’être obligés de rentrer à la maison. Puis un beau jour, quelques jours ou quelques semaines plus tard, on se regardera soudainement droit dans les yeux... car là, boum, comme un coup de tonerre, on s’apercevra que oui, ça y est, on y est. On LE fait. J’ai du mal à exprimer cette perte de sens, de notre orientation liée à toutes ces déceptions. Peut-être qu’on ne croit plus en nous, quelque part. On ne sait pas combien de faux départs nous sommes capables de supporter...

« Autant qu’il en faudra » me répond Luc derrière mon épaule, alors que je suis en train de rédiger cet article. Il ponctue sa déclaration en imitant le bruit du camion qui démarre en courant autour de la table.

Quelle douce mélodie.

Je lève la tête en me mordillant la bouche pour ne pas laisser l’émotion sortir en le regardant faire le pitre.

Une vague de chaleur m’envahit, en m’apercevant que la Force qui me quitte, lui, il l’a retrouve.

Nous sommes des vases communicants.

C’est sûrement ça, de partir à deux. C’est se soutenir comme les soldats se soutiennent dans nos bouquins de Fantasy. Ce qui fait la force de l’armée vainqueur. Parfois la Force réside dans un seul homme, au moment où tous sont désespérés.

Luc est cet homme aujourd’hui...

A moi de le devenir demain.

« Hey, Luc. Profite bien de ta dernière journée de glandouille. Parce que dimanche... on commence la préparation finale. La rampe de lancement. Putain on a une tonne de trucs à faire. Faut que je fasse une liste, on est à la bourre... »

- 2 Mai: J-11 -

21
21
Publié le 6 mai 2020

La préparation suit son cours et la tension monte dans nos petites cervelles baroudeuses.

Des questions restent sans réponse, mais à l’instar d’un jeu de plateau démoniaque (tu sais le genre de jeu que tu mets autant de temps à installer qu’à jouer), nous adapterons nos ressources et nos déplacements.

La grande épreuve pour laquelle j’ai un peu la flemme, c’est dans le nettoyage du camion en mode scène de crime... genre au coton tige et au nettoyant plastique de la mort. Autant te dire que ça va prendre 5 minutes. Mais... c’est le prérequis à l’installation de tout notre bazar à l’intérieur.

Ce qui nous amène au grand point suspense de la préparation finale: comme je te l’ai dit, nous avons optimisé notre aménagement et listé rigoureusement ce que nous embarquions dans le Gros.

Mais...

On sait pas si ça rentre.

On a jamais essayé en fait.

Ce n’est pas qu’on y a pas pensé, c’est qu’on sait toujours dit: « bof, à vue de nez, ça passe. Ce truc là, ça passe pas, laisse tomber. »

On est plutôt du genre essentialiste, et on sait s’adapter. Du coup on s’est dit: on verra.

Ne me regarde pas comme ça.

Non, on a aucun sens des priorités: regarde, on embarque un violon et deux énormes parapentes, puis pour compenser, Luc a dû prendre trois paires de chaussettes.

Bref... on prend les paris ?

C’est parti.

On commence par nettoyer à la machine tous les vêtements, hors vestes de pluie et chaussures, où l’on préférera une éponge et un imperméabilisant.

La machine tourne.

En attendant, Conchita-Olenka embarque son éponge et ses 1500 cotontiges pour récurer le Gros dans les moindres détails.

Le camion fête ses 27 ans. Je peux t’assurer que, au vu des recoins où j’ai fourré mes cotontiges, j’ai récupéré de la poussière Vintage.

Le tout, dehors, au milieu du pollen qui s’amuse allègrement à squatter les endroits que je viens de nettoyer.

C’est à devenir complètement dingue, j’te jure.

Mais quelque part, toute cette situation est complètement dingue, ce voyage est complètement dingue, et nous sommes aussi complètement dingues.

Cet article est comme d’habitude, à l’image du contexte: pas le temps de faire de la poésie mes amours.

Plus le temps.

C’est tellement agréable d’écrire ça ...


Allez, je retourne avec mes potes cotontiges, brosses à dent et éponges diverses.

Prépare ta boîte à rêves.

J-5.

22
22
Publié le 8 mai 2020

[Visualise le camion, tel que présenté en vidéo dans l’article numéro 16. Tu te souviens? Trois meubles construits de nos mains sur mesure: un cube faisant office de siège, un coffre à vêtements pendu au plafond, et un grand tiroir dans le coffre.

Je t’avais dit: aucun objet ne doit dépasser, rien ne doit être en dehors des meubles, hors parapente.

Je t’avais dit: on a sélectionné ce que l’on voulait prendre sans avoir jamais expérimenté la place que ça prenait.

Je ne t’avais PAS dit: la liste exhaustive des précieux objets sélectionnés.]

Contexte: GROCAMION tout propre, lavé, recurré au cotontige et brosse à dent (je te jure qu’il a rajeuni de dix ans), textiles déhoussables et rideaux passés à la machine, idem pour les vêtements et literie. Ventouses des isolants de fenêtre démontées, bouillies, puis remontées. Aspirantion ++ des textiles non déhoussables, imperméabilisant sur les vêtements de pluie et la tente sur le toit... on y est.

Y’a plus qu’à installer tout notre bazar.

C’est ainsi que nous arrivons devant notre camion de 27 ans, aménagé et flambant neuf...

Luc, moi, la « boîte à trucs » et 3 ou 4 sacs cabas.

La boîte à trucs?! C’est la solution qu’a trouvé Luc pour rassembler touts ces petits accessoires indispensables et pas faciles à ranger. Dès qu’on voyait tel ou tel objet qui trainait et qui nous semblait utile pour le voyage: HOP, boîte à truc. Ça donne donc une boîte de 60x30x30 cm, blindée de machins. C’était une idée brillante. Sauf qu’il y a encore tout le reste des sacs cabas.

Donc je disais: on arrive devant le camion. On se regarde, on regarde notre chargement on regarde le camion... puis on se regarde encore.

C’est là que je prends les devants: on peut attribuer à Luc les honneurs sur la réalisation des différents meubles et la partie mécanique ... et la conception intérieure, c’est moi, en négociation permanente avec mon chargé de réalisation, Luc.

Ça donnait un truc du genre:

« - Luc, tu penses que c’est possible de faire ça comme ça en...

- Non.

-Nan mais...

-Non Olen, impossible.

-Bon d’accord. OK. Bon alors si on reprend l’idée, avec le même volume mais comme ça [...]

[ Luc reste silencieux, serre les lèvres et penche la tête de droite à gauche, les yeux dans le vide... et franchement pas convaincu. Mais la brèche est ouverte. Continue Olenka, aies l’air convaincue.]

- [...] Allez franchement, regarde ce qu’on pourrait mettre (j’active mes yeux de biche), en termes de volume on est bon et on a une double utilité...

[Imagine une apologie à la Olenka, un truc pas du tout concis avec des mots choisis avec soin jusqu’à que...]

- Ouais, OK. »

Ça y est, il a conclu un pacte avec le diable. Deal.

Et Luc s’est débrouillé comme un chef. S’il avait dû partir seul... jamais il aurait fait tout ça. Pas par flemme, ça non, Luc est un bosseur. Mais par soucis de simplicité, en concordance avec ses besoins. Je crois qu’il a fait tout ça plus pour me faire plaisir qu’autre chose. Mais on l’a fait ensemble, et quand enfin tout a été fini, il était sacrément fier de lui. Moi, au delà d’être fière de lui, je lui voue une admiration et une confiance sans limites. Je me souviens qu’il s’évertuait, pour la vingtième fois, à m’expliquer l’implication qu’il avait mis ici, le soin là, les emmerdes pour faire ça... pas pour les éloges, mais pour lui même. Un artisan néophyte devant sa première œuvre.

Je mesure pleinement ses efforts.

De fait, je lui dois quelque chose.

Je lui dois le fait que : « Ça rentre. »

Et bien on y est Princesse: toi, tous les machins, un mini-camion, et le soleil tiède de l’après-midi.

« Bon Luc, je sais que ça va pas être simple, mais laisse-moi faire. Si quelque chose ne te convient pas, on en parle tranquillement, puis on voit. »

Il faut comprendre, cher lecteur adoré, que cette étape n’est pas des moindres. Qui plus est à trois jours du départ.

Avec l’appréhension du voyage qui s’ajoute.

Plus le temps de modifier l’aménagement, il faudra partir comme ça.

J’ai la bouche sèche. Luc est dubitatif.

« Tu crois que tout ça, ça va rentrer ? »

Tout ça ?

  • Un hamac
  • Une douche solaire
  • Une trousse de secours et une trousse de médicaments
  • Une trousse de couture + réparation des parapentes
  • Une tente
  • Le nécessaire de douche
  • La trousse à toilette
  • La trousse de soins et maquillage (oui oui, je sais... c’est pas très utile ça.)
  • Les vêtements
  • 5 paires de chaussures
  • Les chargeurs + électronique divers
  • Tous les papiers
  • De quoi dessiner
  • L’atlas de l’Europe
  • Les isolants pour pare-brise et fenêtres
  • La trousse à outils+piles+lot de maintenance ventouse, lampe, fusibles, silenblock et j’en passe
  • Un démarreur de batterie
  • Huile, liquide de refroidissement
  • Gilet jaune, triangle, clefs, extincteur
  • Une caisse d’une grosse vingtaine de livres: oui, j’ai bien dit une vingtaine.
  • Les plaques de cuisson+nécessaire de cuisine + bouteille de Gaz
  • Une caisse accueillant la nourriture sèche
  • Une cuve d’eau de 50 L+ une glacière
  • Un violon + un piano sur piles
  • Des cartes à jouer, un jeu d’échec, et un autre jeu de société
  • Deux parapentes.
  • Deux lampes torches + deux frontales.

J’ai agi méthodiquement. J’ai classé tous ces objets par ordre de nécessité et avec le souci de l’accessibilité, en fonction de la vie de tous les jours.

... Et...

Ça passe.

Ça rentre, de manière pratique et logique.

On a même 5 vide-poches disponibles pour le bazar quotidien.

Tel que je l’avais dit: il n’y a que les parapentes qui ne sont pas rangés dans les meubles.

Nous avons un intérieur clean et agréable.

... Un chez-nous, sur roues.

Cela fait... il nous faut encore emballer les affaires qu’il nous reste, celles qui ne nous serviront pas pour le voyage, mais qui nous ont servi jusque là. Même dans la « boîte à trucs », il y a des choses que l’on n’a pas prises, finalement. Genre: un ouvre-boîte de conserves, qui se trouve déjà intégré dans un couteau suisse.

Je termine donc le la journée en remplissant mon dernier carton de choses diverses et variées, des vêtements, des livres... puis je regarde cet ouvre-boîte en parlant tout haut:

« Mais qu’est ce que je vais en faire?

Je le laisse ici? Il a rien à faire avec les autres objets du carton! Et comment ça va se passer, au retour du voyage, au moment du réaménagement ? Quel bazar. Je ferai mieux de le jeter. Mais imagine que j’en ai besoin? C’est super utile, un ouvre-boîte dans une cuisine, dans un vrai appartement ! Je fais quoi sérieux ?! »

Je regarde ce pauvre bout d’acier, pantoise, avec mes yeux de merlan frit.

Une voix résonne. La voix de la sagesse, sans doute.

« Allez Olen, viens, on boit une petite bière. »

Vivement le départ.

J-3.

23
23
Publié le 11 mai 2020


Ça fait des mois que je rêve de publier cet article. J'ai du l'écrire des dizaines de fois différentes dans ma tête.

Parfois il ne comprenait que quelques mots.

Parfois d'innombrables lignes.


... Nous y sommes enfin...

Et aujourd'hui, les mots ne viennent pas.

La seule chose qui me vient à l'esprit, c'est le trac. L'appréhension naturelle face à l'inconnu.

Une excitation puissante et sauvage.


N'ayant pas les mots ce soir, je vais user de ceux qui nous ont transporté jusqu'ici. Des mots que nous avons pu lire, écouté, et qui nous ont bouleversé...

Des mots grâce auxquels nous sommes-là aujourd'hui, ceux qui nous ont donné la Foi.

Cette inspiration transcendante...

Celle d'oser vivre notre vie.

Commençons par...


- Sauf un-

[Druss La Légende et le mercenaire Varsava sont assis autour d'une table, dans une taverne.]

《- Puis-je vous offrir un verre de vin? Proposa Varsava.

- Pourquoi pas? Répondit Druss le géant, en se servant. Comment se nomme cet endroit?

- Il s'appelle Sauf Un, répondit Varsava.

- Drôle de nom pour une taverne.

Varsava scruta le regard pâle du jeune homme.

- Pas vraiment, c'est tiré d'un dicton Ventrian. Que tous tes rêves - sauf un - se réalisent.

- Qu'est-ce que ça veut dire?

- Simplement qu'un homme doit toujours conserver un rêve irrealisé. Que pourrait-il y avoir de pire que de réaliser tout ce qu'on désire dans la vie ? Qu'est-ce qu'il nous resterait à faire ?

- Trouver un autre rêve, rétorqua le géant.

- Voilà qui est parlé comme une personne qui ne comprend rien aux rêves...》

Varsava a raison en un sens. Druss ne comprend rien aux rêves, dans leur dimension 《irréalisable》. Druss voit les rêves comme des projets, des objectifs. Tandis que Varsava conçoit le rêve comme une raison de vivre.

Ces quelques lignes, écrites par David Gemmel dans son ouvrage 《Druss La Légende》, m'ont révélé l'enjeu de cette réflexion philosophique.

Un rêve réalisé nous fait-il encore rêver ?

Cet ouvrage se termine sur cette phrase, énoncée par Druss, à l'intention d'un jeune soldat. Elle fait suite face à une bataille dont la victoire était apparemment... un doux rêve irréalisable.

《Rien n'est impossible, dit Druss, n'oublie jamais ça, mon garçon.》

Impossible : le mot que je rejette de ce blog des le premier article... en voilà l'origine.


- Tôt le matin-

《Respire les effluves, les parfums d'Orient,

Sous l'étuve, les fumées d'encens,

Brûlent tes poumons dans les torpeurs enivrantes...

Hume les fleurs, leurs senteurs navrantes !

Laisse, loin la rumeur des villes,

Si ta vie est tracée, dévie...

Prends des routes incertaines, trouve des soleils nouveaux

Enfile des semelles de vent, deviens voleur de feu!

Défie Dieu comme un fou, refais surface loin des foules

Affine forces et faiblesses, fais de ta vie un poème...

Sois ouragan entre rebelles, houngan!

[...]

Un jour, un jour, un jour j'me barre, hasta la vista !

Je reste pas sur place, j'attends pas le visa.

J'vais parcourir l'espace, pas rester planté là,

Attendant que j'trépasse et parte vers l'au-delà...

Mourir sous les étoiles, pas dans de petits draps,

J'vais soulever des montagnes, avec mes petits bras.

Traverser des campagnes, des patelins, des trous à rats,

M'échapper de ce bagne, trouver un sens à tout ça...

J'vais rallumer la flamme!

Recommencer l'combat.

Affûter ma lame, pour replonger en moi,

Un fantôme se pavane dans son anonymat,

Rêve d'un pays d'Cocagne où l'on m'attendrait là-bas...

[...]

Ouvrir de grands yeux clairs au bord d'immenses lacs émeraudes,

Se laisser émouvoir tôt le matin quand pousse l'aube,

Aux premières heures du jour tout est possible si l'on veut,

Reprendre dès le début, redéfinir la règle du jeu

Briser les chaines, fissurer la dalle

Inventer la lune, que tous la voient

Devenir vent de nuit, pousser la voile

Et s'enfuir vers des rives là-bas.》

Voici d'où est tiré cet extrait:

Lis-le a voix haute si possible. Tu pourras alors ressentir le vent sur ton visage, et surtout cette impulsivité... un jour, j'me barré. Je le fais. J'ose. Cette impulsivité... elle nait dans nos rêves d'adolescents. C'est elle qu'il ne faut jamais oublier, je suppose.


- Confronté à la Roche, le ruisseau l'emporte toujours, non pas par force, mais par la persévérance -

Cette citation de Confucius, c'est Luc qui voulait la partager avec vous ce soir.

Tout y est... c'est limpide.

Tu sais tout comme moi que nous avons vécu un certain nombres de péripéties, déjà avant le grand départ.

Toujours être idéaliste. Avoir l'insouciance nécessaire pour prétendre réaliser ses rêves.


J'écris ces mots qui ne m'appartiennent pas, et les mots me viennent. Ou plutôt une phrase.

Demain, tôt le matin, nous partons. Nous faisons le premier pas, le tout premier pas de la Grande Pérégrination. Nous réalisons notre rêve d'adolescent, prouvant ainsi que Druss a raison : rien n'est impossible. Ca n'existe pas. Tout simplement.

C'est merveilleux.

Cette phrase qui me vient...

《 Ca va être long d'attendre demain.》


A bientôt les amis.

24
24
Publié le 20 mai 2020

La Grande Pérégrination a débuté le 12 Mai, dans le brouillard matinal.

Je disais une bêtise, dans l'article 20, quand j'ai prédis que l'on partirait timides et hésitants.

Nous étions tout sourires et larmes, les yeux qui brillent, une boule de vertige dans le ventre pour Luc, un vide émotionnel pour moi, tant ça paraissait à la fois évident et impossible.

On récolte le fruit de nos efforts, ça y est.

On réalise notre rêve.

T'as beau te le dire et redire depuis des mois, bah ça fait tout drôle quand ça arrive.

Enfin bref, je vais te résumer notre première semaine sous la forme d'un agenda, par jour, avec les événements marquants.


- Jour 1, La première Pérégrination -


Nous avions l'idée de rester deux ou trois jours en fond de vallée de Tarentaise pour se remettre sous nos ailes, reprendre nos aises avant de tenter le diable dans des sites inconnus. En descendant du village de Montalbert, Luc me sort une déclaration pour le moins surprenante: une déclaration qui venait du plus profond de lui-même, énoncée avec une autorité plutôt inhabituelle chez lui.

《J'ai trop envie d'un jambon-beurre. Il me FAUT un jambon-beurre. En boulangerie, avec une baguette de pain bien fraiche.》

Il en faut peu pour être heureux, il paraît.

Bon bah c'est parti pour l'aventure, à la recherche d'une boulangerie !

Le truc Caucasse dans tout ça, c'est que Luc passait ses semaines de chantier à manger des sandwichs il n'y a pas si longtemps, à tel point qu'il ne pouvait plus les voir en peinture. Enfin bref, effet secondaire du confinement, je suppose.

Vingt minutes plus tard, nous arrivons sur la rue principale de Bourg-Saint-Maurice.

[Tu te demandes pourquoi je te raconte ça... bouge pas, ça arrive.]

Nous nous garons devant une superbe boulangerie, Luc ricane comme un gosse. Il ferme sa portière conducteur, fait juste un petit tour dans la cabine arrière par la porte latérale pour brancher la glacière, puis sort par cette même porte. Je pousse le loquet, ferme la porte latérale et...

La première des Pérégrinations de la grande Pérégrination surgit.

[Je t'ai dit un jour, que bien que nous avions essayé de tout prévoir avec Luc... nous allions for-cé-ment oublier quelque chose.

Bah pas manqué.

On a oublié... nos cerveaux.]

Une fois la portière claquée... Luc me demande où sont les clés du camion. A savoir qu'on en a fait faire trois jeux, au cas où.

《Bah je sais pas moi, t'es pas sorti avec ?

- Putain non Olen.》

Tu vois le topo ou pas?

Camion fermé de partout.

Clés dedans.

Nous dehors.

Han les blaireaux. On a trouvé le moyen de s'enfermer à l'extérieur du camion. Le premier jour du voyage.

Putain de Karma.

Non parce que là tu vois, on peut pas trouver l'excuse liée à l'habitude du Gros: on est allés faire une petite dizaine de pays avec, et puis il s'est aussi bien baladé en France. On l'a rodé quoi.

Mais non, il a fallu que ça arrive.

Bref, on arrête de faire nos têtes de Merlan frit, et on trouve une solution, comme d'hab.

Je vais te passer les détails, mais ça nous a pris deux heures, 4km de course à pied, et la mise en marche de la matière grise de Luc. On a bien cru qu'on allait devoir casser une vitre et repousser encore la date du voyage le temps de la réparation...

Mais Luc-Manolo, c'est le meilleur.

Figure-toi qu'après cette épreuve, Luc n'avait plus faim du tout, alors on est parti trouver une petite place pour la nuit à l'atterrissage de parapente des Ilettes.

On a pu se faire une petite séance de gonflage, et observer d'autres parapentistes (enfin!).

En parlant de ça, je sais que tu te poses la question: oui, il y a d'autres camions et camping-cars dehors. On en déjà vu six: la police est passée à l'endroit où l'on avait disposé le Gros. Gracieux comme des portes de prison, mais à part ça, ils ne nous ont rien dit.

Au top quoi. Parce qu'on avait un petit doute quand même.


- Jour 2, Le retour de Karma -


Nous avions la prétention de tenter un vol le matin, mais la météo n'en avait pas envie, elle. On part donc, un peu plus tard, pour un deuxième round avec la fameuse boulangerie.

Et là, par hasard, au détour d'une rue... le Karma. En notre faveur cette fois.

La Karma en question avait la forme d'un petit restaurant libanais qui faisait de la vente à emporter. Chez Salwa.

Après deux mois de confinement, notre addiction accrue aux falafels, houmous et autres trésors libanais avait été mise à très rude épreuve.

Imagine deux gamins qui débarquent au parc Walt Disney... c'était exactement ça.

Le Karma de la boulangerie est officiellement à match nul.

[Note: quand Salwa te demande si tu veux des petits piments dans ton sandwich Falafel... surtout tu dis NON.]

Enfin bref, c'est le ventre bien plein que nous décidons de bouger de la vallée pour augmenter nos chances de voler.

Parce que la météo cette semaine... merci quoi. Quand on pense qu'on a eu 40 jours de grand beau pendant le confinement...

C'est la loi de Murphy.

Nous avons jeté notre dévolu sur une valeur sûre : Montlambert, un décollage de parapente entre Albertville et Chambéry.

Nous passons une soirée sous une pluie éphémère... qui m'a inspiré ces quelques mots:

Il y a un trésor peu mis en valeur par les baroudeurs dans la vie en camion, la "Vanlife" comme on dit.

Ce sont les moments sous la pluie.

Tes gestes sont limités, au risque de tout tremper, tu es moite, et plongé dans une torpeur humide et immobilisante. Tu regardes la pluie tomber.

La magie opère lorsque tu sors, emmitouflé dans ton vêtement de pluie, craignant la goutte qui te fera frissonner de tout ton soûl...

Puis que tu t'aperçois, souvent étonament tardivement, que la pluie a ... cessé.

Alors tu enlèves ta capuche, tu regardes le paysage endormi, tu danses, tu chantes. Ressentant une liberté renouvelée. Encore et encore.

Et pile à ce moment là, tu te dis:

" Ça vaut bien une petite averse."

On croise les doigts pour que demain, ça vole.


- Jour 3, Premier vol ? -


Le lendemain tant attendu nous dévoila une pluie matinale très male accueillie par notre moral. Je regarde Luc, il me regarde, on regarde la pluie, elle a cessé, mais c'est tout bâché*, qu'est ce qu'on fait? Allez on tente, on monte comment ? A pied, ça nous motivera d'autant plus à décoller.

A peine le temps d'un café, et nous voilà en mode tortue Ninja rampantes dans la forêt.

*Ah oui, bâché: en parapente, cela veut dire que les nuages se trouvent à une altitude trop basse pour avoir l'aterrissage en visuel. Ou autrement dit: le déco est dans le nuage, donc on y voit rien! Sans compter qu'il est interdit de voler dans les nuages en parapente.

Nous montons donc pendant un peu plus d'une heure. En parlant de ça, je voudrais faire une confidence: un jour j'aimerais beaucoup, vraiment beaucoup, expliquer à Luc que 80kg de muscles + un sac de 11kg, ça va logiquement pas à la même vitesse de croisière que la petite de 50kg + un sac de 11kg. Non parce qu'il a toujours l'air étonné quand il se retourne au bout de trente minutes, en constatant qu'une tête blonde s'évertue à le suivre en faisant des bruits de Bouledogue Français... 《Ça va pas?》

Mon cerveau murmure intérieurement: NON CA VA PAS DU TOUT BORDEL.

Ma fierté - inversement proportionnelle à ma carrure - énonce tout haut: 《Oui oui, vas-y je te suis.》

Bref. On finit par arriver en haut et là, Ô surprise...

Le brouillard.

Le brouillard, et 3 autres parapentistes morts de faim* comme nous.

* Mort de faim: dans le vocabulaire des "sports (dits) extrêmes", c'est le nom qu'on donne aux pratiquants qui, malgré des conditions de meeeeeerde, s'acharnent à tenter leur coup, tellement ils sont en manque. Cela dit, si tu t'es posé la question, après seulement un café avalé ce matin... j'avais aussi la dalle.

Bon, ça peut te sembler casse-pied tout ce vocabulaire, mais c'est le premier article. Après je te fous la paix.

Je disais donc, nous patientons au décollage. Et en trois-quarts d'heure d'attente, nous sommes passés de 5 à 35 morts de faim.

Détends-toi, il y a largement la place sur le déco pour respecter les distances.

35 à chercher la petite trouée de visibilité dans le brouillard... oui là, regarde! Ça commence à s'ouvrir ! Ah non en fait.

Ah si, peut-être...

Enfin, le Karma Météo a fini par jouer en notre faveur.

35 ailes vinrent colorer le ciel et l'atterrissage de Monlambert.

Bilan?

1h10 de montée.

2h d'attente au décollage.

10 minutes de vol.

Tu me croirais si je te disais que ça vaut le coup?

Ça vaut tellement le coup qu'on a refait la même le lendemain, après une nuit sous la pluie dans deux endroits différents (oui, on s'est fait virer par la garde de pêche alors qu'on pêche pas).

On a mal aux jambes à force de monter à pied... mais on est heureux.


- Jours 4 et 5, chez Franky -


Nous avons reçu un appel de notre ami Frank, au tout début du voyage. Il nous invite à son chalet d'alpage pour le week-end. Et bien, allons-y ! On fait monter le gros au Col de la Madeleine, dans un endroit perdu en pleine montagne, dans le brouillard...

Pour arriver chez Franky.

Il nous avait prévenu qu'il y aurait peut-être quelques personnes, et effectivement. On était une dizaine.

Une dizaine de joyeux fanfarons passionnés de montagne, de bonne bouffe, avec un esprit collectif et enfantin.

Le matin, Franky nous propose d'aller faire une balade en montagne au-dessus de son châlet. J'ai cru entendre le mot "baignade" mais je n'y ai pas prêté l'attention qu'il aurait mérité.

Bref, on se prépare, on sort... mais on avait oublié un truc.

Hého, on est chez Frank là.

Et Frank, il rigole pas avec la glisse:

La saison d'hiver s'est terminée brutalement en Mars pour Luc et moi. Même pas eu le temps de dire au revoir à nos ski avec une petite dernière... mais si tu m'avais dit, en début de saison, que j'allais terminer celle-ci à descendre en hors-piste et sur des pistes fermées à peine enneigées, avec un monoski...

" Olen, jai des chaussures pour toi, prends un mono !"

Pour tout te dire, je n'en ai fait qu'une seule fois. Cet hiver, pour une descente, quand Franky m'a prêté son mono.

On va rigoler, j'le sens.

C'est parti?

C'est tellement insolite, une joyeuse bande de semi-barges qui grimpent dans la terre avec des monoski et une bouée sur le dos.

Une bouée ?!

Oui oui. Ça c'est la deuxième partie marrante. Après une bonne montée, nous voilà arrivés à un chouette Lac de Montagne, dans lequel viennent s'échouer les dernières neiges de l'hiver...

Que c'est pur et romantique. Et froid. Genre TRÈS froid. Genre tu mets ton pied dedans et t'as mal direct.

Mais, mais qu'est-ce qu'ils foutent?!

Crois-moi ou pas, mais de l'autre côté du Lac, Frank et son frère se dévoilent devant nous... en tenue d'Adam des montagnes. Avec la bouée.

Ah oui, la "baignade" dont j'ai entendu parler ce matin.

Frank se met en haut de la pente de neige, s'assoit sur la bouée... et entame la descente vers le Lac gelé.

L'objectif est simple: rester sur la bouée tout le long.

Luc me regarde, je le regarde, je regarde mes orteils gelés rien que de les avoir plongés dans l'eau dix secondes...

" Ensemble? En même temps?"

Il paraît qu'on a qu'une seule vie, non?

On se déshabille et fonçons vers notre destin...

Ah bah on s'est senti vivants, ça sest clair.

Une fois transis de froid, on enfile les chaussures, le mono... et c'est parti.

Direction Apéro.

Mais que font Luc et Franky? Du Monoski tandem. 

Après une bonne plâtrée de Crozets à la Franky, fromage, bière bref diététique quoi, la torpeur me prend. La matinée a été éprouvante... il fait brouillard...

Ah mais non Olenka, Luc et Franky ont trouvé des jouets!

Deux pelles, deux tournevis, des ski, la bouée (oui oui, encore), et un espèce de tapis à la forme indéterminée.

Pour quoi faire?

Pour ça.

C'est ainsi que nous passons l'après-midi à sauter ce pauvre Kick*, avec tous les accessoires possibles et imaginables.

* Kick: anglicisme d'usage pour les quéqués, désignant ainsi un petit saut à ski.

Moi, je me suis entraînée au monoski, parce qu'en fait, c'est vraiment trop bien. C'est fatiguant de remonter la pente, mais j'étais tellement euphorique, que, à l'instar des enfants, je ne sentais pas l'acide lactique le long de mes jambes.

On a aussi essayé le monoski tandem avec Luc... c'était pas glorieux, mais on a bien rigolé.

C'est au moment de l'apéro que nous avons tous senti la retombée de nos folies.

Prenons un deuxième verre pour anesthésier!

Franky nous a concocté une tuerie à base d'agneau et d'ail, et nous avons cuisiné des pizza maison. Des vrais petits chefs.

C'est éreintant tout ça.

Encore un petit verre pour se réconforter?

Nous avons, de concert, décidé que nous étions assez réconfortés à 2h du matin.

Le lendemain, rebelote, mais cette fois, on monte un peut plus haut, dans la montagne... pour une meilleure descente en Mono!

Après un bon repas, nous partons de chez Franky, avec, il faut le dire... une petite boule dans le coeur.

Mais l'aventure continue... nous roulons pendant une heure jusqu'à Allevard.

Objectif...


- Jour 6, Vol en terre inconnue -


Le parapente, pardis!

Les trompettes sonnent à 6h30, une pizza et un café à la Boulangerie... puis c'est partie pour la montée à pied.

10h30 au décollage... mais l'atterrissage ne nous semble pas simple à négocier. Allez, on y va, on verra bien.

Résultat: un vol superbe, et deux posés de princesse à l'atterrissage.

Nous partons d'Allevard crevés mais contents. Direction barbecue au Col de l'Épine, au-dessus du Lac d'Aiguebelette, dans l'objectif d'y passer la nuit et d'y voler le lendemain.

- Jour 7, fin de la Grande Pérégrination ? -


Le lendemain en question nous donne 50 km/h de vent du Nord en altitude, autant te dire que ça vole pas.

Nous en profitons donc pour faire notre journée "entretien". C'est-à-dire: lessive, et camion au garage. En effet, nous avions constaté un grincement étrange lors du démarrage du moteur, synonyme d'un problème de couroie (accessoire + direction assistée). J'avais pris un rendez-vous chez un garagiste la veille.

Nous arrivons donc vers 17h chez celui-ci: une maison perdue en pleine cambrousse, dont le propriétaire a fait de son garage... un garage justement.

On arrive avec le Gros pour remplacer ces courroies défectueuses.

Après avoir garé le camion sur le pont, le garagiste nous attrape au vol et nous dit :

" Il claque vachement ton camion là !"

Effectivement, notre camion a toujours émis un "clac-clac" irrégulier, un peu plus fort ces derniers temps.

On ne s'en ai jamais inquiété car on nous a toujours dit que tous les vieux diesels claquent.

Non?

" Aïe les jeunes, ça craint ça. Je vais voir d'où ça peut venir, au bruit. Ça peut être la pompe à vide, ou un piston dans le moteur. Dans le deuxième cas, ça sert à rien que je vous fasse les courroies. Vous pouvez faire une panne moteur demain, dans une semaine, un mois... faut poser le moteur."

Oh putain ça recommence. La putain de panne qui nous coûte le prix du camion.

Personne ne nous a jamais rien dit, et pourtant le camion est allé au garage maints fois...

On laisse le camion au garage avec la boule au ventre. Et une sacrée boule.

Au revoir la Grande Pérégrination, c'était sympa.

On a passé les deux plus longues heures de ces derniers mois à attendre le verdict, à se renseigner sur internet même si on sait que ça sert à rien, à prier on ne sait quoi pour que le garagiste ne nous rappelle pas tout de suite en nous disant que c'est pas la peine, à maudire, là aussi, on ne sait quoi parce que putain, on a vraiment pas de chance...

La panne moteur, sur un T4, c'est aussi rare que... j'en sais rien, je n'ai pas de comparaison. Mais tu as compris quoi.

Normalement, tout fout le camp, mais la mécanique interne du moteur est fiable.

Pas de chance.

Putain comme c'est rageant.

On retourne dans la maison-garage, le cœur battant la chamade à mesure que nous approchions.

On y est. N'ayant pas reçu d'appel, on espère que c'est bon signe.

"J'ai changé les deux courroies."

Bon. Déjà ça veut dire qu'on met pas le Gros à la poubelle demain.

"Et pour le claquement, vous avez pu voir ?"

Le suspense est à son comble...

Et devine quoi ?

Pile à ce moment là, le téléphone du garage retentit.

"Excusez-moi, je dois répondre."

Non mais sérieux, rassurez-moi, il n'y a pas qu'à nous que ça arrive ce genre de truc ?

On "patiente" une petite dizaine de minutes. C'était terrible.

"Bon alors, votre courroie alternateur était bien fatiguée, regardez [...]"

Il nous fait une explication très longue...

"Et le claquement?

- Ah oui. Alors selon moi, ça vient d'une tête de culbuteur."

Il nous en aura tellement fait, ce camion, qu'on va devenir des bêtes en diagnostic automobile à force.

Le gars nous fait une explication, très pédagogique, qui s'est conclue par:

" En gros. Lui là, c'est un pépé. Un vieux. Alors tu fais comme avec madame: tu fais chauffer avant de passer à l'action. Tu lui laisse le temps de chauffer au démarrage (Ça a le mérite d'être clair...). JAMAIS de sur-régime, du liquide, de l'huile, nettoie régulièrement ton radiateur. Et il t'emmènera au bout du monde. A voir quand tu feras ta courroie de distribution, tu pourrais en profiter pour faire réparer ce machin. Mais tu peux rouler avec pépé en attendant sans problèmes, si tu y vas tout doux."

Et c'est ainsi que nos deux baroudeurs purent continuer, avec prudence et Coolitude, La Grande Pérégrination.

Profitant des derniers rayons du soleil au décollage du Col du Banchet, ils trinquent à la santé du culbuteur boiteux, accompagnant leur breuvage d'un pique-nique panoramique.

... A suivre, mes chéris.

25

Cette deuxième semaine fût encore bien parsemée d'aventures, enchantées par le beau temps. Paillettes, cœur et coquillettes.


- Jours 8 et 9, Le paradis d'Ari -


Le truc chiant avec cette histoire de confinement, c'est qu'on s'était promis, avec ma meilleure copine, de se dire au revoir une dernière fois avant le départ.

Et avec Julia, on n'a qu'une parole.

C'est ainsi que nous imaginâmes un plan machiavélique, consistant à faire croiser nos cercles de 100 km pour se rejoindre (c'est qu'elle habite pas à coté, la super copine).

Bon alors, 100km de chaque côté, dans le "No man's land", qu'est ce qu'on a?

On a... Le paradis d'Ari.

Ari, c'est le chéri d'amour de Julia: souriant, bon vivant, et connaisseur de spots de rêve bien cachés.

Un grand champ, au cœur du Col du Grand Colombier, près de Culoz.

Bien joué Arichou.

Nous avons passé deux jours de bonheur, rejoins par Alice, Rémi et leur Molki de la mort.

Bière, soleil, salades maison, barbecue, Molki, jeux de société, hamac, balades, feu de camp...

Oui: durant ces deux jours, il nous est souvent arrivé de philosopher sur cette question existentielle...

" Qu'est ce qui nous manque là, sérieux ? C'est pas ça la plénitude, le bonheur... le paradis?"

Nous avons tout de même trouvé une brèche: il manque un épicier ambulant qui vend de la bière locale en pression et je sais plus trop quoi d'autre.

Bref, je garde un souvenir frissonnant de ces parties endiablées de Molki. Nous avons d'ailleurs promis à Alice et Rémi de tenter participer aux championnats du monde quand nous serons en Suède.

Easy !

C'est avec le cœur serré que je dis au revoir à ma Ju. Nous jouissons toutes les deux de cette même constipation verbale lorsqu'il s'agit d'exprimer nos émotions.

Mais on se connait assez, ma chérie, on se ressent, on est de la même trempe toutes les deux.

J'ai d'ailleurs hâte de tremper mes fesses avec toi dans ce petit cours d'eau, là-bas en Dordogne, à mon retour...


- Jour 10, le village Gaulois -

Nous reprenons (encore, toujours...) la route, et traversons, par hasard, au milieu de l'après-midi, un petit village bucolique au bord d'un canal.

Vieilles pierres comme les autres ?

Pas tout à fait.

Nous savons tous à quoi ressemblent les bourgades et petites villes Françaises ce moment: semi confinés, peu de commerces ouverts... à moitié mort.

Toutes ?

Non ! Le petit village irréductible de Chanaz résiste, encore et toujours à...

Là-bas, la quasi totalité des commerces sont ouverts, bars et restaurants compris. Là-bas, on peut faire du canoë, du bateau à moteur sur le canal. Là-bas... on peut déambuler en entendant les enfants jouer, les gens palabrer...

Ôôô, me diront les objecteurs de conscience, ces gens là n'ont rien compris.

Non.

Ces gens là... se sont adaptés.

Tous les commerces ont trouvé une solution consciente et intelligente pour ouvrir malgré tout: masques, vente à emporter, gel...

Pour chier sur les mesures sanitaires (excusez-moi l'expression)?

Non. Pour vivre. Pour survivre.

Les mêmes objecteurs de conscience me diront que leur inconscience trouve Racine dans le fait qu'ils attirent une masse.

C'est vrai.

Mais moi, j'ai vu une masse dont les individus portent des masques dans les commerces, qui se lavent les mains, et qui surtout se tiennent à distance.

Une masse dont les individus se respectent.

La conscience individuelle gagnera toujours.

Je partage cela, car la Grande Pérégrination connaît ses débuts dans un certain contexte, et en cela, elle est unique...

Trêve de plaisanterie.

Luc a remarqué quelque chose au cours de la balade.

Un truc qui nous a vachement manqué:

" Olen, j'y crois pas. Y'a de la bière locale en pression."

QUOI???!

Je vais te passer les détails, mais on était presque dans le même état euphorique que pour le Libanais de l'article précédent.

En cela, je ne peux m'empêcher de penser à ce paragraphe, au beau milieu du livre 1984 de Orwell, lorsque le personnage principal demande à sa compagne:

" Oh mon Dieu, c'est du vrai beurre?"

Ça fait flipper. La Peur me fait peur.

Si tu vois ce que je veux dire.

En tout cas, nous dégustons notre première lampée de bière pression depuis deux mois en lâchant un juron de jouissance, que je ne citerai pas ici pour des raisons de bienséance.

Nous clôturons cette après-midi ensoleillée par une baignade, et par un petit vol du soir sur le site du Col du Banchet.

La journée idéale quoi.


- Jours 11 et 12, direction Bourg d'Oisans -


Aujourd'hui, la météo nous promet une belle pluie d'orage à midi.

Ce qui ne vous empêche pas de faire une randonnée le matin, vers les ruines de jesaisplusquoi, très difficiles à trouver.

Nous terminons en sprint sous la pluie, heureux d'avoir pris une dernière fois... le bon air de Savoie !

Arvi'Pa !

Direction Bourg d'Oisans, une petite ville en montagne au Sud de Grenoble.

Au-dessus, il y a la station de l'Alpe d'Huez.

Et à l'Alpe d'Huez, devine...

Ça vole!

Nous trouvons donc un petit spot où poser notre camion.

Le lendemain, reconnaissance de l'atterrissage, plan de vol, et séance de gonflage pour s'exercer (tu ne t'en rend peut-être pas compte, mais t'imagines même pas comme on est sérieux avec Luc. La plupart des parapentistes de notre niveau y seraient allé Waga. Ils auraient presque raison... mais on est des élèves modèles, on y peut rien héhé).

Résultat des opérations:

Plan de vol, check.

Atérro, check.

Gonflage, check.

Y'a qu'un seul truc qui manque. Un tout petit détail si important...

La montée les gars.

Parce qu'un vol entre l'Alpe d'Huez et Bourg d'Oisans, c'est 1000 mètres de dénivelé. A monter à pied, avec 11 kg sur le dos... merci quoi.

Nous trouvons si peu d'infos sur il internet quand à cette montée, que je me décide à appeler une école (de parapente bien sûr) locale.

Le moniteur me fait alors une réponse simple, mais tout à fait compréhensible:

" Monter à pied!? Tu vas crever."

Je regarde Luc en biais, en lui faisant non de la tête.

" Écoute, ici le stop ça marche très bien. Mets-toi au rond-point du croisement.

- Le stop? En ce moment ? Ça craint non, les gens prennent?

- T'inquiètes va. Mets un masque."

Après un grand débat, nous décidons de tenter le coup avec Luc.

Sauf que deux personnes, avec deux parapentes sur le dos, en stop, en ce moment... il va nous falloir un sacré coup de pouce du Karma.

On croise les doigts pour demain matin.


- Jour 13, Stop-COVID -


Le fameux lendemain, tôt le matin, nous préparons les armes: masques, gants, lingettes désinfectantes...

Et nous nous pointons au rond-point du croisement.

Devine sur qui nous tombons, au même endroit...

La police !

Je regarde Luc, on se met d'accord, on va plus loin pour faire du stop. On va pas jouer avec le feu.

Mais on a peu d'espoir. Les gens flippent de manière générale, ils vont encore plus flipper en ayant vu les flics au rond-point juste avant...

Bref, ça sent le pâté notre histoire.

Nous marchons vers un autre endroit, en tendant le pouce au hasard au cas où.

Et je déconne pas, mais nous avons été pris... au bout de trente secondes.

Ah Karma, quand tu nous tiens...

Par une dame très gentille, qui semble en avoir marre de s'arrêter de vivre à cause de tout cela.

Elle nous amène à bon port, avec une visite touristique en prime.

De fait, on arrive au décollage vachement plus tôt que prévu.

Ce qui ne nous a pas empêché de faire un super vol.

11h à la voiture, toujours sur le c..., mais heureux.

Nous décidons de partir pour le Col du Lottaret, avec une montée parsemée de merveilles...

Arrivés au Col du Lautaret, en cette belle fin d'après-midi, notre meilleur ennemi, le Temps, nous alpagua:

" Hey, les amis. J'en ai marre de cette poursuite infernale. Vous passez votre temps à me courir après... et je suis au bout.

Zut quoi, PAUSE.

Moi, le Temps, je m'arrête là. Lâchez prise.

J'suis quand même cool, matez moi ce paysage. En plus, y'a du vent pour gonfler vos satanées ailes. Et, cerise sur le gâteau... regardez le camping-car là-bas, y'a une petite famille bien sympathique. Faites pas vos timides, y'a p'têt même un super bon parapentiste là-dedans.

Soyez culosieux, comme vous dites.

Moi, j'ai le droit à un temps de repos. Vous allez trop vite pour moi, les jeunes."

... Et le temps s'arrêta.

Merci à vous, Loulou et Marie, pour cette photo, qui a immortalisé un moment... pourtant immobile.

[Et merci pour tout le reste.]

Les montagnes. La nature sauvage. Le coucher du soleil.

... La plus belle séance de gonflage de notre vie de parapentiste.

Quelle belle journée.


- Jour 14, Loulou et Marie -

La veille au soir, un camping-car est venu se poser près de nous. Nous avions quelque peu papoté avec ses occupants. Lui, est parapentiste.

On le regarde manipuler son aile sur le relief, puis on se regarde avec Luc, d'un air entendu.

Balèze le mec.

Nous découvrons effectivement, ce matin là, que c'est un professionnel.

25 années de parapente, rien que ça.

Nous papotons au soleil une grande partie de la journée, gonflant nos ailes de temps en temps.

Loulou nous demande notre prochaine grande étape du voyage, nous lui expliquons alors que nous comptons partir dans le Sud Ouest, faire du parapente sur la lune du Pila.

"Mmmmh, vous êtes dans le bon mood, les jeunes. Le soaring*, l'air, c'est ce qu'il faut pour progresser. On voit que vous prenez du plaisir à gonfler au sol, à piloter. Ça fait plaisir. Mais la Dune du Pila... ça va être blindé, et en plus c'est pas forcément la meilleure période. Partez en Bretagne. C'est le paradis perdu du soaring. Vous n'aurez personne. Je peux vous donner plein de spots..."

*Soaring : retiens-la, cette définition, parce que si tout va bien, tu n'as pas fini d'en entendre parler. Le soaring est une forme de pratique de parapente, qui s'effectue le plus souvent en bord de mer. En effet, s'il y'a du relief en bord de mer (falaise, dune, même petite), la brise de mer permet de voler longtemps près du relief, en naviguant de droite à gauche le long de celui-ci. Bref, c'est d'la bombe.

Nous disons au revoir à Loulou et Marie, puis partons avec une demi-tonne de spots et de numéros de téléphone de parapentistes.

Et surtout... avec une nouvelle destination phare: La Bretagne !


- Jours 15, 16, 17, le Paradis de Briançon -

Nous redescendons du Col pour se diriger vers la petite ville de Briançon... ville au cœur de la montagne, fief invétéré des grimpeurs, parapentistes et autres pratiquants de la montagne.

Ça y est, on est dans le Sud ! (enfin, ce que nous, on considère comme le Sud hein)

Habitude oblige, nous observons d'abord la vallée depuis le ciel avec un petit vol du matin un peu au-dessus de Briançon.

Montée de 700m de dénivelé à pied, arrivée au décollage 10h du matin.

Propre quoi.

Sauf qu'on a un peu oublié un truc.

On est dans le Sud. Et dans le Sud, à 10h, les conditions aérologiques sont équivalentes à des conditions de 13h chez nous. Autrement dit, les brises de vallée sont fortes, et ça secoue en l'air.

Ce vol fût donc pas particulièrement agréable: j'ai dû, pour la première fois, utiliser l'accélérateur de mon parapente pour atteindre l'atterrissage, qui n'était pourtant pas loin. La brise était vraiment forte.

On retiendra de ce vol que les conditions ne rigolent pas ici, et qu'il faudra être plus matinal la prochaine fois, en particulier quand on découvre un site.

Nous déambulons tranquillement dans la vieille ville fortifiée de Briançon, avant d'aller rejoindre le village de Vallouise, encaissé dans une vallée voisine.

Le lendemain matin, nous effectuons (encore), un nouveau petit vol rando, mais plus tôt cette fois.

Une fois mais pas deux, on a bien compris que l'aérologie du pays Briançonnais est aussi teigneuse qu'un hooligan du PSG lors d'un match contre l'OM!

Un vol montagne, magnifique, au milieu d'un cirque verdoyant au levé du matin...

Tout ce qu'il faut pour bien commencer la journée... avant d'aller rejoindre les copains.

Charles et Pierre nous ont rejoint pour une journée et une soirée sur le site d'Ailefroide.

Ailefroide, c'est un site d'impunité perdu tout au bout d'une vallée.

Un nouveau petit coin de paradis, site de bloc bien connu de nos amis grimpeurs.

Nous y passons du bon temps tout le long de l'après-midi, avec cependant une certaine boule dans notre ventre.

Aujourd'hui, on est le jeudi 28 Mai.

Tu sais de quoi je parle.

Du fameux discours d'Édouard Phillipe sur la suite du déconfinement.

Triste photo prise au village de La Grave il y a quelques jours. 

C'est-à-dire que l'on arrive à notre limite de 100km, nous. Et qu'on a bien envie de continuer le périple...

Donc si tu pouvais faire un petit geste Doudou, histoire d'être raccord avec le planning de la Grande Pérégrination...

A 17h, Luc allume la radio.

" Déplacements sans attestation autorisés dans toute la France..."

A 17h02, Luc éteint la radio.

APÉÉÉROOOOO !!!

Nous buvons allègrement quelques bières avec les copains.

Et à la nuit tombée...

Quelque chose de caucasse surgit non loin de nous.

Un renard!

Trop miiiiiignon ?

Pas tant que ça figure-toi.

Ce renard ne semblait pas être farouche. Il nous regardait, mais ne fuyait pas. Bien au contraire.

Quelques instants plus tard, un autre se faufila juste derrière moi dans le noir, à moins de deux mètres.

Puis un autre sur le chemin.

Puis un autre, un peu plus tard, essayant de grimper dans la voiture de Pierre.

Puis un autre, qui rôdait hyper près du camion, alors que j'étais devant.

On voyait juste leurs yeux briller dans le noir. Et malgré mes cris, et la lumière que je pointais sur lui, il continuait d'avancer vers moi !

Je te laisse imaginer le truc.

En mode dans le noir, à la frontale, en train de tenter de débusquer les renards qui rodent.

Ne te moque pas, c'était un peu flippant quelque part. Même si on est presque sûrs qu'ils sont innofensifs.

On faisait pas les malins...

Nous pensons qu'ils sont habitués aux détritus laissés par les nombreux campeurs habituels du site, qui, cette année, ne sont pas là.

Et ils ont la dalle...

La lumière apportée par le lendemain fût la bienvenue !

- À suivre... -

Voilà, je m'arrête ici.

Ça peut te sembler un peu rébarbatif, cette mise en forme de calendrier.

Mais c'est un carnet de voyage après tout...

Je ne sais pas si, au fil du temps, je ne mettrai pas plus d'inspirations philosophiques.

Cependant, ces petites aventures que nous vivons tous les jours, celles qui cassent le quotidien, sont l'essence même d'un long voyage.

Je passe certains détails de la routine pas faciles, du genre la douche dans les rivières gelées, la "roublardise" liée aux nouvelles habitudes que nous devons prendre dans le camion...

Pour le moment, tout se passe à merveille. Nous aimons la vie de campeurs, et on se marre bien pendant les sessions douche froide. Tout l'aménagement du camion fonctionne bien, nous avons vécu des soirées pluvieuses sous la bonne humeur et nous n'avons aucun mal a trouver de l'eau (à peu près) potable.


Dans quelques jours, la France s'ouvrira à nous et Groscamion...

Je ne t'en dis pas plus, mais nous avons décidé de remonter la côte Atlantique par le Sud-Ouest. Direction la Bretagne.

Nous ressentons une telle avidité de découverte...

Cette envie de sortir du bocal, quitter les montagnes...

Laisser de côté nos petits vols pour vivre l'autre dimension, celle du voyage vers l'inconnu.

C'est puissant. On ne s'est jamais sentis aussi vivants.

Aussi maîtres de nous-mêmes, de notre temps... aussi libres.

Même dans un rayon de 100km.

Je n'ose imaginer ce que ça sera, tout là-bas... au bord de l'immensité puissante et profonde de l'Océan.