Carnet de voyage

Un pas au pays de Bouddha !

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Quelques nouvelles d'une petite plume au pays du toit du monde.
Octobre 2023
8 semaines
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Publié le 23 octobre 2023

Adossée à une rambarde qui surplombe le hall des arrivées, les fesses posées sur un sac moelleux de vêtements, je ne médite pas encore.

Arrivée tôt à Roissy ce matin après un trajet de nuit battant tous les records des Flixbus, sans pause pipi... 2h d'avance !

Me voilà cependant bien occupée et dans la gratitude de cette journée d'attente car il me restait nombre de dossiers et démarches à terminer pour partir l'esprit léger, la jeune association entre de bonnes mains.

Quelques aventures cependant avec une évacuation du Terminal 2 pour bagage suspect qui m'a délogé de mon premier spot, les mains chauffées par une tasse de café.


Ca y est.... Je ne réalise pas encore.

Une partie de mon coeur est resté avec Hermès, Aloha, Liamm, Namaste et nombre d'autres habitants de La Bosse jusqu'à ce que mon corps s'envole.

L'autre partie est déjà au pays du toit du monde depuis un certain temps...

Des rencontres, des lectures, des rêves, une attirance depuis toujours vers cette culture et ses croyances, et me voilà sur le palier de cette grande porte qui s'est ouverte... Oulala ! Un mélange d'excitation et de.... et de ..... d'étrange sérénité !

Je ne pensais pas que ces deux mois d'absences pouvaient fédérer une aussi formidable équipe. Mille merci à chacun de veiller d'une façon ou d'une autre sur ma petite tribu de protégés. Ils sont entre de belles mains ! Et mille mercis à celles et ceux qui ont donné vêtements d'enfants, matériel médical et fournitures scolaires pour remplir généreusement ces deux valises vides !


On dit que lorsqu'on prend l'avion, l'âme est toujours en retard sur le corps. Je crois que cette fois-ci, c'est l'esprit qui a pris de l'avance...


A très bientôt !

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Serrés dans cette boîte à sardine volante, nous voilà enfin en chemin au dessus des nuages. Je n'ai rien mangé depuis un moment mais mon ventre qui criait "Famine !" s'est calmé après deux bouchées de plat végétarien servi aussitôt le vol stabilisé. Sans méfiance aucune, me voilà une grosse fourchette de bois dans la bouche et les papilles en feu alors qu'autour de moi les gens mangent goulûment... Il fait soudainement chaud et pain + eau me semble être une association des plus alléchante ..!

Une fois l'incendie de bouche éteint, les lumières se tamisent et à chacun sa position pour tenter de trouver le sommeil.

Nous dormirons au même rythme que nos voisins assis derrière nous qui tenteront d'occuper leurs deux petites puces de un et deux ans pendant 8h... Donc... peu...!

Mais cela me permet de faire connaissance avec mes voisins, Genevieve et Gilles. Un couple de sextagénaires, trekkeurs, voyageurs de longue date, elle historienne et lui dirige une boîte d'analyse énergétique dans le bâtiment (!!). Nous parlons chantiers (pour le peu d'expérience que j'en ai), voyage, parcours de vie et je m'aperçois que le mien est loin d'être simple a expliquer ...!

Ils ont aussi deux valises en soute remplies de béquilles, matériel médical et scolaire mais ne savent pas où déposer cela. Entre le Dharma center de Sherab et l'association Karuna Shechen de Matthieu, cela sera idéalement distribué !


Nous partageons ensemble un café à New Dehli pendant nos 3h de transit. Nous ne voyons de l'Inde que la mer de parking à motos à travers les baies de l'aeroport et cette brume qui plane au dessus de tout. Je ne prends conscience de l'immensité de la ville qu'en la quittant.


New Dehli 


Me voilà assise de nouveau dans l'avion et à côté d'un hublot que mon front ne quittera pas.

L'avion vole assez bas pour que l'on puisse apercevoir les paysages en dessous. Malgré le fait que de là haut, ils se ressemblent tous, je peux distinguer des pistes non goudronnées et un grand fleuve que j'imagine être le Gange.

Je ne suis pas du bon côté pour admirer (de loin) les sommmets enneigés dépassants des nuages et je me tords le cou en tentant de les voir entre deux têtes, un siège et le hublot d'en face.

Je ne resterais pas longtemps sur ma faim...! Le paysage prend des couleurs, nous survolons une immense forêt traversée par un fleuve. C'est le Parc de Chitwan, safari prisé par les occidentaux qui espèrent y croiser tigres et éléphants locaux. Enfin, le sol prend de la hauteur et les montagnes verdoyantes se dessinent. Je n'en perds pas une miette !!

Leurs sommets se font concurrence, les terrasses cultivées les sculptent à certains endroits et les habitations se dispersent sur leurs flancs.

C'est beau.... Mon coeur bas fort, un sourire benet scotché aux lèvres (que je peine encore ce soir à dissimuler !!) et la joie qui s'ouvre, grande.

Premières montagnes avant la vallée de Kathmandu. 

D'en haut tout est coloré, la vallée est luxuriante, j'en suis déjà dingue..!



Je retrouve mes nouveaux amis, nous nous soutenons dans la demande de visa qui est finalement assez simple; dans la traduction anglais qui souffre d'un fort accent que nos oreilles peinent à reconnaître; et enfin dans la récupération de nos énormes valises.

Nous nous séparons là, en nous promettant de se revoir entre la fin de leur périple et leur départ pour la France. Namaste les amis, que votre marche soit lumineuse et joyeuse !! Quelle magnifique rencontre !


Je capte le wi-fi de l'aeroport et les messages de Sherab me viennent.

---------------------------------------------------------------Flash Back :

Sherab et moi nous sommes rencontrés dans le lieu improbable du festival de Rêve de l'aborigène. Je m'y suis rendue pour la deuxième fois cet été accompagnée de deux chères amies de longue date, Lou et Marion. Parmis nombre d'exposants, de tipis et dômes en tout genre, était montée une tente berbère sous laquelle je reconnu ces couleurs que j'apprécie tant, le rouge et le safran ! En effet, trois moines bouddhistes, assis en pleine création de mandala (la révélation et découverte d'un art que j'ignorais). Autant dire que mes deux amies ne m'ont pas beaucoup vu du weekend... Je suis restée assise à contempler ce savoir faire et me nourrir de tous les sourires qu'il m'était donné de recevoir.


Souvenir de cette première rencontre. 

Emma, membre de l'association qui accompagnait ces moines, a été le lien. Elle m'apprit qu'ils représentent le Monastère Sera Mey en Inde et sont en tournée en Europe afin de récolter des fonds pour leur hopital et dispensaire qui aide et soigne grand nombre de gens dans le besoin.

("Quel rapport ??" me direz-vous !! Et bien il y en a un Lucien !)

Bref, je lui fais part de mon voyage au Népal tant attendu et elle me présente alors Gueshe Sherab, ancien étudiant du Monastère Sera Mey, d'origine népalaise et enseignant maintenant dans son pays natal. Après plusieurs échanges et rencontres durant leur passage dans l'ouest (+ un concert improvisé) et lui-même ne rentrant que mi-novembre au Népal, j'eu l'honneur de me voir proposer un accueil à l'aeroport par des amis et une visite dans la maison de sa soeur lorsque j'arriverais dans ce pays lointain.

Dhanyabaad my friend

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Premier pas sur le sol népalais donc !!!

Je suis dans la file pour acheter une carte SIM, comme vivement conseillé, pour avoir internet dans la ville. (C'est 900npr, j'en donne 1000, il m'en redonne 50... J'élargie mon sourire et m'en vais..).

Incroyablement intentionné, Sherab me confirme avoir organisé mon arrivée depuis un moment.

Je ne sais pas qui m'attend à la sortie mais toutes ces files ne m'ont pas mis en avance. Sherab tente de me joindre et passées les portes de l'aeroport je ne capte plus. Ma nouvelle carte SIM népalaise ne semble pas vouloir fonctionner (ce qui est toujours le cas d'ailleurs !!).

En face de moi, un alignement de guides cherchant de nouvelles personnes à accompagner, des moniales, des moines.

Je jette un coup d'oeil désespéré sur mon téléphone pour relire les indications de Sherab et un jeune moine m'interpelle.

-"You are mlelwodeu ?"

-"No sorry it's not me.."

Il me tend alors son téléphone affichant une photo très net de ma petite tête trouvée sur facebook.

-"Ah yes, it's me !!"

Nous rions de bon coeur.

Ils sont deux (Il me faut noter leurs prénoms car ma mémoire très limitée des chiffres et des noms n'a pas épargné les leurs). Ils récupèrent mes lourdes valises et je garde mon sac.

( De quoi ai-je l'air au Népal avec deux valises de 15kg ne sachant pas ce qu'il y a dedans...?)


Nous nous dirigeons vers .... Une toute petite mini camionnette anguleuse qui logerait confortablement dans la mienne... J'adore !!!

L'un s'entasse avec les bagages derrière et l'autre prend le volant à mon côté. Sa Sainteté le Dalaï Lama nous observe de son regard malicieux sur un porte clef qui pendouille et je devine le nom du monastère au travers du par-brise. Là aussi, je suis fan !!


En avant Simone !!!


L'aventure commence à ce moment précis de l'allumage moteur. La première vision de Kathmandu par la route... A jamais gravée dans ma mémoire !


Il faut savoir que les népalais roulent, comme les anglais, avec le volant à droite. Ils évoluent donc à gauche de la route. Jusqu'ici tout va bien ! Mais voilà.... Ici, le code de la route n'existe pas (ou est ignoré de tous). Les coups de klaxons remplacent notre clignotant et nos freins, les lignes blanches comme vestige oublié d'un essai d'adaptaion au monde occidental sont franchies sans vergogne et les passages piétons..... : Tel la grand mère de Mulan qui traverse les yeux fermés, le criket à la main..!Il est d'ailleurs tout à fait normal de doubler un doubleur et de rouler à contre sens.


Je ne peux m'empêcher de rire. Me voilà profondément fascinée.

Nous discutons au croisement du seul feu rouge rencontré en traversant le ville, dont la durée est affichée de l'autre côté du carrefour... Je l'ai repéré lorsque le décompte atteignait les 200 secondes..! 199...198...

L'un me pose des questions dans un français meilleur que mon anglais, en s'aidant de la merveilleuse application (et amie pour deux mois) : Google translate.

La nuit tombe, l'état des routes me fait sauter de mon sièges de nombreuses fois et, pourtant détendue, j'écrase à plusieurs reprises une pédale de frein imaginaire.

Je découvre les centaines de fils électriques noués comme faire ce peut aux frêles poteaux qui longent les habitations.

Soudain, notre driver s'engage (enfin nous engage) dans une "rue" dans laquelle j'aurais peur de casser mon vélo. Elle est étroite, sinueuse, la descente est raide et nous trouvons (enfin il trouve) le moyen de croiser sans collision les scooters et motos en double sens. Il joue des différentes positions des phares pour distinguer les gouffres de route à éviter et nous voilà arrivés devant un portail grand de fer forgé.


"It's here !! Sherab 's siter's house" "Chouette !!!

La soeur de Sherab est aussi moniale et vit à Kathmandu sur la frontière de Nagarjun. Elle enseigne, avec Sherab dit "Gueshe la", au sein du Dharma center qu'ils ont imaginé, monté, construit puis développé. Ce centre acceuille le peuple himalayen et enseigne, entre autres, aux femmes et enfants qui n'ont été ou ne peuvent être scolarisés.


Derrière ce portail je découvre une femme rayonnante, au sourire aussi généreux que celui de son frère. Nous montons deux étages d'un escalier coloré pour arriver en haut de cette petite batisse aux nombreuses terrasses. Tout est ouvert et il est difficile au premier abord de distinguer les pièces intérieures des "pièces" extérieures. Un escalier colimasson en ferraille monte à "ma" terrasse et le jeune moine y hisse héroiquement ma première valise ! (Je prend conscience de sa bravoure en montant moi-même la deuxième..)

Une petite pièce a été préparé à mon attention et je suis touchée par l'accueil.

-"Do you want a sweaty ?"

-"What ? Sorry i don't understand.. sweaty ?"

-"Yes, do you want a sweat... tea ?"

-"AAAAAAh yes, with pleasure !"


Nous descendons donc à la cuisine, pièce minimaliste qui sert aussi de chambre à Anila (du moins lorsque je suis là).

Elle nous sert un thé lacté et sucré somptueux que je boirais en litres les 24h suivantes ..!

Dhandevi ne parle pas anglais, heureusement l'un des moines le parle très bien et nous permet de créer le lien en se faisant traducteur. A mon étonnement il n'a pas appris l'anglais au monastère mais sur youtube..! (J'ai suivi 6 années de cours à l'école et mon niveau est moindre...) Il m'avoue apprendre également le français par le même biais (d'où les quelques mots sur la route). Avec grande joie, il me fait découvrir la chaine youtube d'une femme donnant des cours de l'anglais au français.

-"Oh ! There are the same for nepali ??"


Après verification : Oui !! ça existe !!

Dhandevi me tend une assiette dans laquelle est déposé un naan (pain indien) et une bol de pois-chiches. Je suis la seule à manger, je ne sais pourquoi. C'est incroyablement bon, Sherab m'avait prévenu des talents culinaires de sa soeur et je ne peux qu'attester. Délicieux mais mon palais, mis à vif par les repas volants, détecte encore quelques épices et je ne mange guère plus que quelques bouchées.

Il est temps pour moi de remercier grandement tout le monde pour cet accueil empli de bienveillance et de générosité et de rejoindre mon lit, l'oreille attentive aux bruits de cette ville magique.


Nous sommes le 24 octobre... C'est l'anniversaire de mon frère qui, 5ans jour pour jour auparavant, posait, le premier, le pied sur le sol Népalais. Il est de 10 ans mon aîné et il m'a donné l'élan pour réaliser ce rêve à mon tour....

Namaste Julien. Big up à toi et mille pensées depuis ces paysages que tu connais tant.

3

(Je ne peux m'empêcher d'enchainer les nouvelles (une fois n'est pas coutume) pour partager ces premieres photos et ces premiers instants...!)


Doux réveil après une nuit au sommeil de plomb. Il est 6h, le soleil se lève, la ville est calme et le coq chante.... Le coq... Mais oui, le coq d'en face ! Perché dans son poulaillé sur la terrasse à hauteur de la mienne. Il m'offre un réveil comme à la maison, dans mon chalet de campagne ..!

Je profite de la vue quelques instants avant de descendre. Cette ville me fait vaguement penser à Nouméa et je ne saurais dire pourquoi... La tiédeur du matin ? La vie à semi-dehors ? La végétation peut-être... Je n'en sais rien mais je l'aime déjà.


Dhandevi est dans sa cuisine, un sweat tea fumant m'attend ainsi qu'un paan et de la confirure. Nous communiquons par signes et par sourires. J'arrive tout de même à apprendre quelques mots. "Tcha" = thé ; "Tchini" = sucre ; "Tsao" = champignon et "Roti" = Encore (pensée pour ma petite nièce qui, très intelligement, a apprit à signer ce mot bien avant d'en prononcer d'autres !)

Je tente de nous soulager et traduire à l'aide de mon application mais que ce soit du français au népalais ou du népalais au français, cela ne semble pas fonctionner... Nous rions chacune des phrases farfelues qui s'affichent alors.


Je comprends que nous sortons. Elle me montre la peitnure du stupa sur son calendirer et me voilà prête en deux deux ! Nous sommes à 10 min à pied du Swayambhunath, "le temple des singes", l'un des sites bouddhistes les plus anciens et connus de Kathmandu.

- Il est dit qu'autrefois que Kathmandu était un lac sur lequel était posé un unique lotus Après en avoir fait le rêve, le Bodhisattva Manjursi s'y rendit, fendit la montagne d'un coup d'épée ce qui fit émerger la vallée. La colline étant la premiere terre à faire surface, le lotus s'y déposa et fut transformer en stupa. -


Nous retrouvons une femme et sa fille que je découvrirais être sa soeur et sa nièce de 15 ans. Cette dernière parle anglais et nous fera le plaisir de traduire à son tour nos échanges durant toute la journée. Là encore je suis dans la grattitude de cette agréable rencontre.

J'en prends plein les yeux, je ne peux décrire cette ville.. Bruyante, sauvage, polluée, libre, colorée, chaleureuse, bordélique, magique... et tellement plus.

Nous arrivons au stupa après le franchissement de ses 300 marches sans une pointe de fatigue, la découverte donne des ailes ! Comme son nom l'indique, beaucoup de singes. Je les observe avec autant d'intéret que ces monuments fabuleux, la vue est dingue et le tout est ennivrant.

Le stupa en compagnie de Dhandevi 
Swayambhunath et ses habitants...


Dhandevi me montre la colline derrière laquelle se trouve leur Dharma Center. J'essaie de repérer les quelques zones et monuments reconnaissables que je connais de KTM et lui demande l'emplacement de l'autre grand stupa, situé près du monastère shechen (la première raison de ma venue ici). Elle me dit que nous irons le voir. Le futur est vague mais rien ne presse, au contraire !


Elles m'accompagnent toutes trois pour me guider dans ces premiers instants et j'en suis profondément touchée.


Nous rentrons et je découvre le vrai Dhal népalais cuisiné devant mes yeux dans cette petite cuisine. Elles me demandent si j'aime les épices et me voilà prudente sur ma réponse. Le Dhal est délicieux et mon palais est heureux !


Un Tcha pour la route et nous voilà reparties. Où ? ... Très bonne question ! et j'aime rester dans cette ignorance !

Je les suis de bon coeur et tente de ne pas trop les faire attendre de par mes observations statiques... Une chance : Ma marche d'occidentale est plus effreinée que la leur !

Elles arrêtent un taxi... Chouette ! Encore des sensations !!

Nous traversons la ville. Elle s'amusent de me voir rire à chaque carrefour.

Beaucoup de chiens dans les rues, errants ou non, que les gens laissent tranquille. Ici une vie animale est aussi respectable qu'une vie humaine et qu'est ce que c'est bon !!!!!

En france nous chassons les pigeons, ici ils sont nourris. Des poignées de riz sont laissées sur les rebords de fenêtres ou paliers de portes pour les oiseaux. Les commerçants nourrissent le chien errant du moment... J'ai croisé le sourire et le regard d'un monsieur assis sur une chaise devant chez lui sur le trottoirs, sa vache paisible couchée à ses côtés comme peut le faire Aloha avec moi. Ils étaient là, dans une discussion silencieuse, à vivre, simplement...

On ferme les fenêtres lorsque l'on s'absente pour éviter la visite potentiellement chaotique des singes mais on ne tente pas d'éradiquer quoique ce soit par souci de confort, tous s'adaptent les uns aux autres et vivent les uns avec les autres... (Pensée pour Lou, gardienne de mon "chez moi" le temps d'une semaine qui m'a raconté ce soir que les chèvres venaient lui rendre visite jusqu'aux toilettes.)


 Dans les rues de KTM


Le taxi s'arrête... Nous sommes a l'entrée du deuxième stupa évoqué ce matin. La joie et l'émotion de découvrir tous ces lieux lus et vus dans les livres ou sur les écrans, de les "sentir" et les vivre, ne cesse de grandir. Tout me fascine. Je découvre à chaque instant et pourtant rien ne m'est vraiment inconnu. Une confiance entière en toute chose rend tout cela presque familier.

Comme ce matin, l'entrée pour les touristes est payante et nous sommes aisés à reconnaître.... Je me suis posée la question cepndant : Comment faudrait-il que je m'habille pour faire "locale"... A l'aéroprt CDG un steward m'a parlé chinois (ou coréen), persuadé par mes yeux "bridés" (??) que je comprennais ce qu'il disait. Aujourd'hui la benjamine de notre petit groupe m'a dit que j'avais un corps de Hunger Games... Ceci a fini de briser un infime espoir..!



Encore une fois, le stupa est sublime. L'harmonie des couleurs, des formes et, grâce à ce temps merveilleux, la lumière fait ressortir le tout sur un ciel bleu...

J'en fais le tour en balayant les moulins à prières qui continuent leurs courses circulaires. Les boutiques alentours proposent de l'encens qui embaume le quartier, les pigeons font l'objet de nombreuses photos et l'énergie de ces monuments met tout le monde en joie.


Les gens ne s'ignorent pas. Les regards ne sont pas fuyants mais, au contraire, suivis d'un sourire lorsqu'ils sont surpris. (Une moniale accompagnée par une hunger gameuse n'est peut-être pas chose commune.. ) Pas de jugement, les gens se parlent sans timidité ni insistance.


Dhandevi se retourne vers moi avec son large sourire : " Shechen Monastery ?"

Elle a dû sentir l'émotion monter en moi car je n'ai pas eu besoin de répondre...

Nous traversons quelques rues, entrons dans une étroite ruelle pavée et en voilà l'entrée.. Un agent à l'entrée nous demande ce qui nous amène. Un ami y réside ici mais il n'est pas là actuellement. L'homme en uniforme n'a pas eu de mal à savoir de qui je parlais et nous fit signe d'entrer.

Dhandevi me demande si je connais l'histoire de ce monastère. Je lui répond "Dilgo Kyentsé Rinpoche" et c'est à mon tour de ressentir sa joie. Dilgo Kyentsé Rinpoche est un des plus grands maîtres bouddhistes de son temps. Poète, philosophe, d'une bienveillance infinie et d'une sagesse toute aussi grande. Le monastère Shechen dans lequel il vécut au Tibet fut l'un des nombreux monastères détruits lors de l'invasion chinoise. Plusieurs dizaines d'années après, il mit tout en place pour le reconstruire sur une terre d'accueil, ici au Népal.

Matthieu Ricard était un de ses disciples et a été, après la lecture de mon premier livre du Dalaï lama, ma porte d'entrée vers le bouddhisme et sa philosophie. Une vie inspirante et inspirée qui m'a guidé jusqu'ici..

J'eu l'immense chance de le rencontrer en Belgique lors de conférences et nous avons par la suite échanger par mail. Il est entre la France et la Belgique acuellement, il revient sur sa terre d'adoption mi-novembre et je suis plus qu'heureuse de ces dates qui coincident ...!!


Je n'avais lu que des éloges de ce monastère mais il n'y en a pas qui puissent être à la hauteur... Etabli en pleine ville, il y reigne un calme étonnant. Il est connu pour l'enseignement de l'art traditionnel pictural ainsi que l'art traditionnel musical et cela se contemple aisément. Au milieu d'une grande coure carrée entourée de bâtiments lumineux et harmonieux, se trouve le temple aux couleurs éclatantes. Le monastère a été pensé comme un mandala. Mes trois compagnes semblent s'étonner et déguster cette quiétude autant que moi.

Sur un coin de pelouse, un cercle de moine pratique la trompe. Les enseignents prodigant conseils au élèves. De l'autre côté un vieux moine semble enseigner avec ferveur je ne sais quoi à des petits moineaux fascinés par ce qu'il raconte.

Extérieurement sublime, le temple l'est plus encore à l'intérieur. Les couleurs sont dingues. Des moines sont en train de dessiner et peindre les fresques sur les murs et c'est une immense chance de les voir manier leur art. Comme Sherab sur les mandalas, le geste est sûr et précis, il tend vers la perfection.

Shechen Monastery 

Emplies d'images, d'odeurs, de sérénité, de joie et de confiance, nous rentrons à la maison. Ce soir pendant que j'écris ces lignes, ce n'est pas le cop mais les chiens qui donnent concert.

Demain Dhandevi part enseigner et ce sera le moment pour moi de continuer, seule, la découverte de ce monde .


En vous souhaitant des sources de bonheur infinies.

Namaste

4

26.10

Nuit difficile, beaucoup de belles images en tête, de joie et d'excitation et les chiens du quartier qui se relaient pour tenir la symphonie toute la nuit.. 2h... Dodo..

Je me réveille à 7h après des rêves au Népal. Même les songes ont switchés ..!

Le coq chante, les chiens se reposent et je m'empresse de descendre pour ne pas louper Dhandevi. Je ne sais pas à quelle heure la vie commence ici.

Elle est dans la cuisine en partance. Ouf !

Elle me montre la casserole, le thé, le lait... Génial !! Je vais pouvoir faire mon repas favori du moment "sweat thea !!"

La vue pour le sweat tea !

Hier, sur le retour, elle s'est arrêtée au comptoir d'une petite épicerie pour acheter du pain de mie et du beurre de cacahuète, prévenante de mon dépaysement. Je ne sais pas comment lui dire que je suis venue là pour le plus grand des dépaysement mais avec des signes... je renonce... Et la remercie grandement.

C'est vrai que je n'ai pas beaucoup mangé depuis mon arrivée. L'adrénaline du voyage est toujours dans le corps et je ne ressens aucun besoin. Impossible de suivre leur rythme... J'ignorais que l'on mangeait autant au Népal et j'ai peur de passer pour une occidentale poliment difficile ... Je me rattraperais..!

Elle m'a amené dans une pièce dans laquelle je n'étais pas encore entrée et j'y retrouve le visage souriant de Sa Sainteté le Dalaï Lama. Je ne l'avais pas fait devant le Bouddha du Monastère Shechen mais je perd ma timidité devant elle et je me prosterne comme elle devant le portrait. Dhandevi sort deux photos encadrées de sa rencontre avec Sa Sainteté ainsi que celle de Sherab. Leurs visages transpirent la gratitude, un bonheur immense et intense devant ce grand homme qu'ils chérissent, incarnation vivante du Buddha de la compassion. Je me rends compte alors que nombre d'albums photos jonchent le sol. Des vieux petits albums en plastiques blancs cassants avec de vraies photos tirées à l'intérieur !! vous vous souvenez ??!

j'y découvre leur famille, une photo de son dernier jour avant son ordination. Sherab aussi, tout jeune. Son parcours de vie et d'études pour devenir "Guéshé La" (Gueshe Lharampa).

Guéshé Lharampa est le plus au degré d'érudition de Guéshé conféré au sein du système monastique tibétain et nécessite plus de 15 ans d'études. Au delà des notions purement bouddhistes (philosophie bouddhiste et méditation) ils apprennent la dialectique, l'histoire et la philosophie modernes et se spécialisent également dans l'art dans lequel ils performent (musique traditionnelle, danse traditionnelle, peinture, dessin, mandalas de sable...).

Je découvre qu'une grande partie de leur famille et religieuse et j'admire cette culture.


Je reste quelques temps à feuilleter ces albums, j'y découvre les vêtements traditionnels népalais pour les jours de fête, la joie de poser devant un paysage majestueux et atypique, le goût du sport...


Dhandevi est partie. Je referme tout ça monte dans ma chambre et m'effondre sur mon lit. Reveil en fin de matinée, je culpabilise... Je voulais revoir le stupa et ses singes et me promener dans Thamel (le quartier de rencontre des expatriés provisoires). Petite angoisse qui monte à l'idée d'arpenter ces rues, confrontée à ma timidité et à mon ignorance.... Il est temps de commencer le travail pour lequel je suis venue... Se confronter à ses schémas mentaux, les reconnaître et les dissoudre !!

Les premiers instants de méditation me sont toujours pénibles. Le mental se débat, tellement de pensées et de ressentis que je peine à persévérer.

Ca y est... Le corps est détendu, la position devient agréable et les pensées défilent sans accros comme les nuages dans un ciel balayé par le vent.

La vacuité.... C'est mon mot préféré !! Un des rares mots que je ressens en le pensant.


Me voilà prête à sortir. Je ferme chaque fenêtre pour éviter l'intrusion des singes et m'en vais grimper jusqu'au Stupa.


Sur le chemin pour y aller, je reçois timidement les regards. Je prend mon mala en main et l'égraine sur le mantra de la compassion comme me l'a montré Dhandevi.

Sortie des rues sinueuses, me voici devant cette grande route au nombre de files indéterminé et au tracé très subjectif...


Un homme sur une moto m'interpelle, je me retourne à peine, lui souris vaguement avec un signe de main lui faisant comprendre que je ne suis pas intéressée et je continue ma route...

Le fleuve aux crocodiles à roulettes et à klaxons est passé, youpi je suis de l'autre côté !


...Soudain je fais le rapprochement... Nous étions devant le monastère des deux jeunes et sympathiques moines qui m'ont accueilli à l'aéroport... Sherab m'avait envoyé la page FB de l'un d'eux si j'avais besoin de quoique ce soit et j'y découvrais, étonnée, un passionné de motos...

C'était lui ???!!! Que je n'ai pas reconnu avec le casque ???!!!

Comment ai-je pu le rembarrer aussi froidement ? Lui qui a été si dévoué pour l'arrivée d'une inconnue.... Je marche, pestant sur ma personne et mon attitude de française froide et coincée aux habitudes abjectes. Il faut que je lui présente des excuses.....

Je lui envoie donc un message un peu petteuse lui demandant si c'était bien lui que je venais de croiser.... Réponse immédiate... : Non, il n'est pas dans le coin...... OUF !!!

Cela nous permet tout de même de prendre des nouvelles l'un de l'autre.

Soulagée !!

Soulagée...

Soulagée de ne pas l'avoir blessé, lui qui a eu tant d'attention envers moi. Mais cet autre jeune garçon, méritait il un tel accueil de ma part parce qu'il ne m'a rien apporté et parce qu'il m'est inconnu ...?...

Je continue mon chemin le coeur un peu plus léger mais avec autant d'autojugement.


Chemin quotidien autour du Stupa 


La grande valeur du bouddhisme est l'amour altruiste et universel. Pratiquer la compassion et la bienveillance aussi bien à ceux qui nous sont chers qu'au étrangers et aux ennemis.

Matthieu Ricard a écrit :

" L'autre c'est l'impartialité, l'équanimité.

Si nous mettons en balance notre propre bien avec celui de l'infinité des êtres, il est clair que ce premier est d'une importance négligeable par rapport au second."


Je crois profondément en ces valeurs et mon parcours vers celles-ci me prendra sans doute plus d'une vie car me voilà toute débutante et pleine de failles...

Certains diront que nous vivons dans un "monde de Bisounours" (j'ai des noms !!!!). Ce monde est simplement celui d'une philosophie !




Au pied des marches menant au stupa, un homme m'accoste. Il est guide et propose ses services pour me conter l'histoire du stupa. La leçon qui vient de m'être donnée m'a été choquante et bénéfique. Je me sens plus ouverte et prend le temps de décliner sa proposition avec reconnaissance.


Je monte les marches, mon mala toujours en main.

Chaque marche est un mantra, chaque mantra est un souffle...

Je me prends volontier au jeu qui me ramène à un chant silencieux.


En montant je croise des commerçants qui, habitués au geste, me laisse à ma pratique. En revanche un enfant d'environ 5 ans me suit sur quelques marches la main tendue. Je lui souri avec tendresse (que peut-on ressentir si ce n'est la tendresse ?) lui pose la main sur les cheveux et reprend mon ascension. Plus loin, une femme fait la manche avec son bébé, je la regarde lui souri également et lui fait signe de prière et de salut. Ce n'est pas ce qu'elle attendais, je le vois et le sais bien.

Je repense à tous ces SDF croisés dans les rues de Paris... Une année d'études dans la capitale et je m'arrangeais toujours pour avoir des pièces dans les poches pour aller leur chercher un café ou un sandwich. Suite à de grosses désillusions et l'utilisation de ma naïveté, j'ai arrêté de donner... Ne sachant quoi donner d'autre et ne voulant pas faire face à ces regards tantôt implorants, tantôt accusateurs, je ne regardais même plus.


Le récitations se font plus lentes à mesure que mes muscles réclament de l'oxygène et le boumboum dans ma poitrine, tente de pousser les murs pour battre ! Mais nous voilà toujours en un seul morceaux à la 300eme marche et tout le monde peut de nouveau fonctionner en vitesse de croisière !


Il y a foule et ça piétine. Une légère brume retenant toujours mes pensées, je contemple la vue, espérant une breche vers le Monde qui les dispersera et ouvrira mon coeur aux autres.

Un indien vient se placer à côté de moi, son compagnon prend une photo l'espérant discrète. Je ne sais pas si c'est de l'agacement ou de la gêne mais cela ne diffuse pas la brume...



Plus loin, je distingue des moines dans l'entrebâillement d'une porte et un tapis de chaussures laissées à l'entrée. Je n'avais pas repéré ce petit monastère hier... Je me déchausse et entre. Deux moines me saluent d'un signe de tête alors que je longe les murs pour trouver une chaise et m'y asseoir le plus silencieusement possible.

Ils me font face.

Le visage de l'un d'eux dégage cet humour et cette sagesse que l'on peut observer des grands pratiquants. Non seulement son visage mais aussi ses gestes et sa présence sont emplis de douceur et d'attention.

A cet instant, cette attention est tournée vers un enfant que je découvre trisomique.

La scène est incroyablement tendre et joyeuse... Ils ne sont pas infantilisant, au contraire. Je ne comprends pas ce qu'ils disent mais leur communication avec le garçon est fluide et le rire de ce dernier les enchante. Derrière eux d'autres enfants et ados, certains, trisomiques aussi, s'affairent à la fabrication d'offrandes en cire. Ce sont de magnifiques fleurs aux couleurs dégradées dont chaque pétale est modelé et placé à la main.

Quelle leçon... Encore...



Les offrandes  


Les quelques marches du monastère descendues, je m'assieds sur un banc sur lequel un trousseau de clef attend son propriétaire. J'ai la ferme attention de ne pas en bouger temps que mon coeur ne sera pas ouvert à tous, également et sans exception...



Un vieux monsieur vient s'asseoir à côté de moi. Nos regards se croisent et nous nous sourions. Il pousse le clefs vers moi pensant sans doute qu'elles m'appartiennent.


En face, j'aperçois ce moine rayonnant accoudé à la rambarde en compagnie du jeune garçon.Celui ci fait des grands signes aux passants d'en bas et je ne peux voir si des mains lui répondent.


Un anglais et un népalais me bouchent soudainement la vue. Ils discutent de leur travail. Ils sont en train de scanner le monument entier pour le modéliser informatiquement en 3D et pouvoir le rendre accessible aux étudiants canadiens. Ils ont clairement cadrié un périmètre à l'aide d'une corde rouge pour empêcher les passants d'y marcher. Un monsieur tente de l'enjamber et le népalais intervient avec sourire et douceur. Il lui prend amicalement le poignet pour s'excuser de ce léger dérangement et l'homme lui pose une main sur l'épaule souriant et désolé. A plusieurs reprises il interviendra avec autant de prévenance et de générosité sans jamais aucun signe d'agacement.


Un indien vient s'asseoir entre le vieux monsieur et moi. Sa femme est en face pour prendre la photo et cette fois-ci cela me fait rire. Je joue le jeu et la femme s'en amuse et se moque du manque de discrétion de son mari lorsque celui ci se relève.


Un homme de je ne sais quelle nationalité prend alors place à son tour.

"The keys are yours ?" "No, there're not mine".

Il porte dans ces bras une adorable petit frimousse qui me regarde de ses grands yeux noirs. Les singes passent en s'arrêtant quelques secondes à côté de nous et nous les observons.


Ca y est, légèreté et lumière... Espace et vacuité... Amour !!


Je me lève, m'amuse de cette symbolique des clefs. Elles aideront peut être d'autres à ouvrir des portes... Je fini de faire le tour du stupa et lui confie voeux et remerciements avant d'amorcer la descente.


En cours de route un népalais vétu sportivement me devine française. Il me demande depuis combien de temps je suis là et pour combien de temps encore. Il prononce quelque mots en Français et me souhaite une belle continuation.


Plus loin un homme assis sur un petit tabouret devant son étale me fait signe d'approcher afin de me présenter son travail. Il fait de la broderie à l'aide d'une aiguille qui se charge de l'aller et du retour du fil. Il parle vite et je m'étonne de le comprendre sans peine. Il tappote une pierre à côté de lui et je m'y assied.

Quelques minutes passent alors qu'il répète incessamment de procédé par les gestes et par la parole. Il me tend sa toile, j'essaie quelques points et je lui promet de revenir avec ma marraine, brodeuse elle aussi, lorsqu'elle me rejoindra dans deux semaines.

Il m'a demandé de le prendre en photo devant son travail. J'ai trouvé ça touchant. Rester dans les mémoires....

Nous ne nous oublierons pas.

Je me souviens d'une réflexion que Julien avait écrit sur ce même site lors de son voyage. A l'aller, les regards peuvent nous agresser mais il suffit de changer notre perception du monde pour qu'ils deviennent beaux et chaleureux. Pour ma part, je suis monté sur ce stupa en totale étrangère et à mon retour, je fais un peu plus partie de ce pays.

(J'avais écrit cela le jour même pour ne pas oublier... Aujourd'hui j'en souris !)

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Publié le 28 octobre 2023


Hier, nuit de 14h....

Il y en avait visiblement besoin, mais pas question de se laisser aller à la farniente !

J'établis donc un programme :

6h30 - debout

7h -"to practice !"

10h - go to the stupa (je ne veux pas y aller plus tôt car il est bon de se confronter au monde ?)

12h - Miam !

Aprem - visite

19h - "to practice !"


(C'était une belle utopie n'est ce pas..?!)



La matinée déjà bien entamée..

Je décide d'aller découvrir Thamel. Thamel est le quartier où sont situés la plus part des Guesthouse, restaurant, boutique pour trekkeurs... Le quartier des touristes.

Il me faut un peu plus d'1h de marche pour m'y rendre. Je traverse donc les rues, découvre les cérémonies de crémation malgré moi, me fais suivre par une trempée de petits gamins faisant la manche et croise de plus en plus de "blancs". J'approche !


Je marche alors dans des rues blindées de boutiques... On m'avait dit que Thamel était un vrai centre commercial, c'est le cas ! J'entre dans une boutique pour regarder des objets traditionnels et je me fait happer par le vendeur qui ne me laisse pas regarder sans vouloir tout m'expliquer. Je ne suis pas à l'aise avec cette insistance.. Je voulais juste jeter un coup d'œil à ce qui se fait, difficile de lui faire comprendre que je ne suis pas là pour acheter.... Évidemment, une touriste qui arrive avec sa sacoche à la ceinture....

J'arrive tout de même à m'enfuir avec le sourire. Idem dans une autre boutique.... Je n'entre plus dans aucune ou alors il faut que d'autres touristes y soient pour échapper au sens commercial inné de ces gens.

L'un d'eux a réussi à me vendre une couverture de méditation alors que je n'étais même pas rentrée dans sa boutique ni même l'avais regarder....

Après longue discussion et beaucoup de compliments sur sa ruse et sa méthode de vendre, il m'en a presque fait cadeau.

Mais on ne m'y reprendra pas !!


Sherab me dit qu'un de ses amis va venir me chercher pour me faire visiter son monastère. Ça tombe bien, je ne suis pas à l'aise de retrouver cette consommation ni la compagnie de mes semblables (ne me demandez pas pourquoi, sans doute trop tôt pour revenir à la réalité).


Je perds le nord, marche quelques minutes dans le mauvais sens, m'en rend compte et corrigé la trajectoire.


L'ami devant venir n'est pas venu, il avait un empêchement. No problem j'en profite pour lire, regarder le paysage et "to practice".


Je culpabilise un peu de rester sur Kathmandu alors qu'il y a tellement de choses à voir mais je ne veux louper l'occasion de découvrir le bouddhisme à la source et enfin visiter l'école qui deviendra l'objet d'une mission humanitaire.


Demain, je commence mon super programme ...!!...

Tu parles Charles !!!


Réveil repoussé, debout 7h30.... Je suis très très loin de leur discipline !!!

Mais soyons indulgent, je ne peux que faire mieux les prochains jours !


Cependant, mis à part les horaires, le programme est suivi.

Marche vers le stupa.. Un petit gamin et ses deux soeurs se chamaillent pour savoir qui va me suivre pour me mendier de l'argent, ils me suivent longtemps et j'essaie de leur apprendre quelques mots anglais ce qui ne les intéresse absolument pas. Leur grande soeur nous suis de près derrière pour les encourager, ils finissent par trouver à suivre quelqu'un d'autre...


C'est le dernier jour du festival Indou. Moi qui voulais voir du monde, je suis servie !!

Au début des 300 marchés (c'est ce qu'on dit mais je ne les ai toujours pas compté !), le népalais habillé sportivement me reconnaît. Quelques mots échangés, ma compréhension de son anglais nous rend la chose difficile mais amusante. "Okay, you will come back !" " yes, maybe bye !"


Le boumboum fait trembler ma cage thoracique, les cuisses brûlent... On y est !

Comme en bas, il y a beaucoup de bougie, beaucoup de fleurs oranges, l'élégant point rouge au début du festival s'est transformé en grosse coulée rouge sur le front de beaucoup.


Je monte au monastère, les gens se font "benir" (?) par ce moine toujours aussi magnétique de sagesse. Je me cache un peu derrière une colonne pour observer comment ils font et je n'ose pas y aller.

Okay... Ça sera pour plus tard...

Dans cest moment là, je me suis toujours trouvée honteuse de timidité.

Vous savez, ce "mini moi" sur votre épaule qui ne se prive pas de juger ..!

" T'es grave Mélodie, t'as peur de quoi ? Du ridicule ? De ta maladresse ? Mais les gens s'en fichent, surtout lui !!! "

Mais avec l'expérience, j'ai appris soit le "coup de pied au cul" soit l'indulgence.

Bon.... Cette fois-ci c'était bel et bien l'indulgence...

Je reviendrai quand il y aura moins de monde ! Si si !!


Plus loin un beau monsieur en méditation près d'un stupa. En position du lotus, imperturbable au milieu de la foule, un doux sourire aux lèvres...

Et plus loin encore, des gens qui donnent de l'argent pour vider des bouteilles d'eau dans des seaux sales....


Mmmmmh.... Malgré les apparences fort étonnantes, cela doit sans doute avoir une explication plausible.....


Et oui ! En tendant l'oreille discrètement à côté de la scène, je découvre que dans les seaux, il y a la chaux que l'on va de nouveau verser sur le stupa. Chacun fait donc la queue pour contribuer à sa nouvelle robe et laisser un peu d'eux sur ce magnifique monument !

L'idée me tente carrément ! Je trouve ça beau et jamais je n'aurais pensé être présente à ce moment là mais vider une bouteille d'eau minérale dans cette poudre pour ensuite jeter ma bouteille sur la montagne de plastique à côté.... Ma conscience a eu raison de moi...

Et les messieurs occupés à récolter l'argent (qu'ils recompte toutes les trois bouteilles) n'ont rien de sympathiques ne d'avenants, raison de plus !

 La chaux

J'observe un monastère au sommet d'une colline qui nous fait face. Il m'émerveille chaque fois que je monte ici. Dans tout ce panorama, il ne cesse d'attirer mon oeil.. Sa silhouette majestueuse et ses couleurs lumineuses se découpent sur le ciel bleu.

 Au loin, le monastère.

Redescente, retour à la maison, déjeuner de fruits, "Practice !"...

Prévisions pour la suite : rejoindre un français rencontré à Thamel qui m'a proposé la visite de Bakthapur.

Message de Sherab, quelqu'un va venir me chercher... Ok

(Tant pis pour la visite, c'est que ce n'était pas le moment.)


Me chercher pour aller où...?

Entre mon anglais loin d'être courant et sa non utilisation des temps, notre communication peut parfois être floue. Mais cela oblige au lâcher prise total et au laisser porter.

Cela mettrait grandement en fragilité quelqu'un qui trouve son confort dans le contrôle... C'était de moins en moins mon cas et pour le coup, j'ai lâché complètement les rênes avec une confiance immuable.

Mettre des affaires de rechanges dans un sac au cas où et zouh !!!


Par nombre d'appels depuis la France, Sherab a donc géré l'arrivée d'un taxi devant le portail pour m'amener (je l'ai compris ensuite) dans son Dharma Center !

Descente du taxi, accueillie par de nombreux enfants et autant de sourires sur le flanc d'une colline donnant une vue incroyable sur Kathmandu et ses montagnes.

Dans ce village aussi ils fêtent la fin de festival et je traverse, aux mains des enfants, la salle de rassemblement emplie de rires et de discussions.

Évidemment, je suis repérable et tous viendrons timidement ou non me saluer pendant la soirée.


J'entre enfin dans ce bâtiment construit de leurs mains pour enseigner aux habitants du coin... Je suis émue de m'y trouver. Je n'en avais vu que les photos de la construction et du début des cours.

La salle n'est pas grande et je veux bien croire qu'ils s'y trouvent maintenant à l'étroit. Le projet étant un autre bâtiment pour permettre à un plus grand nombre l'accès à l'éducation.

Sur un mur, le Dalaï-lama, les buddhas et Sherab, qu'ici ils appellent "Buddha La".



La fête bas son plein.

Dhandevi m'accompagne, avec les petites filles, visiter le vieux monastère qui n'a rien a voir avec ce que j'ai déjà vu. Pas de couleur, beaucoup de bois brut et des centaines d'assiettes de métal au mur (je n'en connais pas encore la signification). Les choupettes parlent un anglais très correct (même a 8 ans !!!) Et leur spontanéité résonne avec la mienne ce qui me fait grand bien.

C'est fou comme les enfants rendent la communication simple et sans aucune pression. Si l'on ne trouve pas les.mots, ce n'est pas grave, rions !! Et des grimaces suffisent ! Ils n'attendent pas non plus de nous un comportement tenu et en tous points cohérent.

Ils sont des petits buddhas sur notre chemin qui nous ré-enseignent la simplicité.

Le grand père de deux d'entre elles vient me proposer, de nouveau, de manger avec eux.. Ça fait plusieurs fois que je refuse.. Je n'ai pas faim mais je ne peux continuer à refuser leur générosité.

Nous nous asseyons sur un tapis d'osier posé à terre et des assiettes nous sont amenées. Légumes, curry, je ne sais quelle céréale sèche et craquante au centre, épices... On me propose un verre de ce qui semble être du lait caillé, mais très sucré au goût, en plus d'un verre de liquide blanchâtre : leur alcool local. Cela s'assimile a de la bière par son goût fermenté.

Les filles autour de moi sont heureuses de m'expliquer le plat et les adultes viennent me voir manger me proposant sans cesse de remplir ce dans quoi je n'ai bu qu'une gorgée. Je vois défiler nombre de sandales devant mon assiette, qui commence à me brûler les papilles, et chacun se présente l'un étant le 7em oncle, l'autre le frère du grand père, la soeur de la cousine de la mère.... Je me rends compte alors de l'impression que peut donner ma propre famille à des inconnus.


Le choupettes me demandent d'où je viens, pour combien de temps, mon nom, mon âge, si je suis mariée.... "What ? You are alone ???"

Je comprends alors que ne pas être mariée à trente ans ici est chose peu commune... " yes, but in France is not a problem you know.."


Le volume de la musique est poussée vers le haut, les danses sont belles même timides, il est temps de regagner le Dharma Center. Le lit que m'a adorablement préparer Dhandevi me tend les bras, un sweat tea m'attend sur la table de chevet....

Demain je serais enfin tenue à la rigueur et la discipline de mise.


Douce et belle nuit à tous. Avec tout mon amour, je pense bien fort à vous...

"To practice !"dans le Karuna Dharma Center 
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Publié le 2 novembre 2023

Bon.... C'est loupé pour la pratique , il n'y aura eu finalement qu'une nuit au Dharma center..

Réveil tôt dimanche puisque Dhandevi commence ses journées à 5h. Je suis sous ma couette devant le grand buddha d'or vétu et j'observe. Les lampes sont allumées une à une, les différents rituels s'enchainent et du moment où elle ouvre les portes, les visites matinales commencent. Je suis toujours sous ma couette et ma gêne ne semble absolument pas réciproque. Les gens me sourient, me saluent et je tente de defroisser mon visage du matin pour le leur rendre au mieux.

Lever de soleil sur Chobhar 

Lorsque tout cela est fini je profite de cette pièce chaleureuse et emplie de bonnes ondes pour méditer... C'était sans compter toutes ces petites puces qui, me sachant dans les parages, ont accouru une fois leur petit déjeuner avalé.

Nous partons faire le tour du village, deux fillettes penduent à chacune de mes mains. Chobhar est un charmant village construit en haut d'une colline. Les habitants se connaissent tous et l'ambiance y est chaleureuse et paisible. D'où que nous soyons, nous avons une vue magnifique sur les montagnes qui surplombent cette ville grouillante.

Découverte du village en bonne compagnie

Nous passons devant une grande balançoire ("Pik" en Newali) tenue par 4 grands et solides bambous. Il y en a plusieurs en ville et elles sont installées pour seulement un mois dans l'année, celui du festival qui vient de se terminer. Celle de Chobhar est assez impressionnante car face à la pente ce qui donne l'impression soit d'un survole de la ville, soit la peur d'une mauvaise chute.

Tout le monde se prend au jeu et les filles sont heureuses d'occuper leur vacances ailleurs que devant une télé.. Le Dharma center est leur échappatoire. Il est leur "centre de loisir" en plus d'être un vecteur de savoir et de rigueur. Il leur est ouvert et elles prennent plaisir à y suivre leur apprentissage sur leur temps de vacances. Avec étonnement j'ai pu découvrir leur goût au calme (je vous assure que de premier abord, ce n'a rien d'évident à croire !). En essayant d'échapper à leurs assauts, je me suis installée pour pratiquer. C'est alors que chacune d'elle est allé chercher un coussin, elles se sont placées autour de moi et le silence se fût. je ne sais ce qu'elle ont fait pendant ce temps... Ont-elles médité ? Se sont-elles perdues dans leur pensées ? Se sont-elles endormies ???...

Dans tous les cas, elles n'ont pas bougé avant que je me lève et j'en étais assez épatée.

 Dharma Center et route du village

L'après midi Dhandevi m'a fait signe de prendre mon sac et nous sommes parties sur les petits chemins sinueux à flanc de colline. Je ne sais où nous allons, ni pour combien de temps...

Nous rencontrons sur le chemin ses deux nièces dont Yujina avec qui je passerais la majorité de mon temps les jours suivants.

Elle a 25 ans, mariée depuis 3 mois à un népalais travaillant au Portugal, elle parle anglais et est d'une gentillesse incroyable.

Nons descendons plus encore et découvrons les falaises formées par le coup d'épée qui a fait émerger le stuppa, vous vous souvenez ?

Toutes trois m'ont emmené dans la première maison familiale et je rencontre alors une bonne partie de leurs proches. Il y a des fauteuils mais tous préfèrent s'asseoir à même le tapis. Il m'est difficile de faire de même car l'invité doit s'assoir à une hauteur supérieure mais j'y parviendrais finalement assez rapidement..!

Il y a alors nombre de cousins et, le temps est au jeu.... de cartes ! Ils me proposent de participer mais je leur dis qu'à par la bataille corse, je ne connais pas grand chose..

"What is it balaï cosse ?"

Et me voilà partie à tenter l'explication en anglais....

Je regrette de ne pas avoir été confrontée, jeune, à ce genre de situation car malgré des cours qui ne me passionnaient pas, j'aurais mis les bouchées double sur l'anglais..

Ce jeu les fait beaucoup rire et j'en suis autant ravie que soulagée. Imaginez si après une explication laborieuse et assez floue, cela avait fait un flop... !


Les jeunes (j'ai découvert après être la plus vieille du petit groupe) me proposent une balade et je saute de joie lorsque je me rend compte que nous y allons à moto !!

Au Népal, il n'y a que le conducteur qui porte un casque. Bah oui, pourquoi s'encombrer ?!

Monter sur une moto sans casque c'est comme monter à cheval sans bombe, ça procure inexplicablement une sensation de liberté. Cheveux au vent, sourire aux lèvres et... poussière dans les yeux..

La route n'est pas longue et nous voilà garés le long d'un bassin dont la baignade est interdite (vu la couleur des bassins à Kathmandu (vert fluo), je n'y aurais pas mis un orteil..). en revanche je découvre avec stupéfaction un nombre incalculable de poissons attendant la bouffe le long de la berge. Des poissons qui deviennent chacals (on dit des chacaux ?..) dès qu'une miette de biscuit vient flotter à la surface.

Une des cousines m'explique que ce bassin et celui d'un dieu serpent, qu'il en est peuplé et qu'en voir un est rare et gage de grande chance. Nous en faisons donc le tour et sous les exclamations de mes camarades, nous distinguons un serpent de petites tailles se faufilant un chemin entre les grosse bouches de poissons brisant la surface. Chance à nous !!

Le soir je découvrirais la deuxième maison familiale, celle de Yajuna. Sa maman, sa soeur, sa petite nièce m'ont préparé la chambre et me voilà de nouveau extrêmement génée lorsque je comprends qu'elles vont dormir toutes 4 dans le salon, sur des matelas et sur le tapis...

Chaque jour mon coeur s'ouvre un peu plus et je prends de grandes leçons au contact de telles personnes.. elles sont, elles aussi, des buddha sur le chemin de l'apprentissage. Mille merci pour ce choc des cultures qui remet en place..!

Le lendemain, après un délicieux dal bhat, Yujina et sa maman me font visiter Kirtipur, leur quartier. Elles n'ont pas oublié mon goût pour les monastères et c'est la première chose que nous feront. Un joli petit monastère aux peintures et couleurs sublimes tenu par des nonnes.

La maman de Yujina ne parle pas anglais mais sa fille se fait traductrice. C'est une femme discrète et touchante. Je sens une extrême bienveillance et je suis profondément touchée lorsqu'elle me présente comme étant de la famille.

Sur le chemin nous nous asseyons sous un arbre au tronc remarquable et elle me pose des question sur mes habitudes, mon mode de vie. Elle me demande pourquoi je ne vis pas avec ma famille et pourquoi celle-ci est-elle éparpillée plutôt que de vivre sous le même toit ou au moins dans la même ville...

Etant témoin de l'harmonie qui découle de leur famille, il est vrai que je peine à croire en mes justifications. Dans notre société on nous apprend le "vivre chacun chez soi", la réussite se montre par l'indépendance donc la distance. Pas plus tard qu'il y a quelques semaines je me suis laissée entendre "il ne faut pas dépendre des autres, tu dois te débrouiller seule"... Et oui, parce que dans notre société l'entraide est vu comme de la faiblesse par beaucoup..

En découvrant leur mode de vie, leur communication, leur respect et leur bonheur, cela me conforte dans mon "utopie" et mon "monde de bisounours" : L'Entraide.

Il est très difficile de trouver du travail à Kathmandu, et seule un petite partie de la famille travaille. L'argent qu'elle gagne profite à tous et tant que c'est suffisant pour manger et payer l'électricité, les autres ne cherchent même pas à travailler... Et, alors que chez nous cela ferait l'objet de jugement, ici il n'en est rien.


Dans l'après midi nous arrivons dans une autre maison de la famille dans laquelle je retrouve exactement les mêmes têtes (ce qui ne m'aide pas à identifier qui est le maître des lieux). Le soleil brille et nous montons sur la terrasse du toît. D'ici nous pouvons aussi voir la mer de batiments en tous genres dévaler la plaine et la surplombant : ce superbe monastère orange que aimante mon oeil lorsqu'il apparait dans mon champ de vision...

En bas, dans une petite coure, je vois un chien attaché très court. Un monsieur passe le portail et je reconnais l'un des "nôtres". Les animaux me manquent et le regard de cette chienne me traverse. Malgré l'étonnement provoqué par ma demande d'aller la voir, Yujina et son cousin descendent avec moi et m'en montre le chemin. Une fois détachée, explosante d'énergie, Denny traverse la coure pleine balle dans toutes les directions ce qui n'est pas au goût de son propriétaire. Mais quelle est belle..!! Je m'accroupis et la voilà contre moi, heureuse et presque surprise de toutes ces caresses. Son contact me fait du bien. Debouts, ils ont formé un cercle autour de moi et je comprends que cela n'est pas commun.

A Kathmandu, les chiens des rues sont à éviter et ils sont nombreux. Julien me dis qu'ils sont moins sympas, eux disent qu'ils se transforment en jaguar.. Toute leur vie donc, ils ont appris à se méfier des chiens et chacun porte la cicatrice d'une morsure. Alors leur faire calins et bisous.....

Mais ça les amuse et Denny et moi profitons de cet instant volé.

Denny 


Le lendemain, je me réveille chez Dhandevi. Je suis loin d'être sauvage mais être un peu seule me fait du bien après tant de nouveau visage et anglais non stop.

Yujina me donne RDV à Basantapur. C'est un endroit connu de Kathmandu pour ces temples, palais et musée. je traverse la ville à pied et je suis heureuse de pouvoir maintenant en repérer les grands axes.

 Cheminement 

A l'entrée d'une rue je me fais repérer et happer par un monsieur dans un petit kiosque. Pour les touristes l'entrée dans le quartier est payant. Cela leur permet d'entretenir les lieux.

Chacun leur tour les guides viennent me voir, me proposent une visite guidée au "good price" et enclenchent la conversation. Malheureusement pour eux, "j'attends mon amie qui est népalaise, elle fera cela très bien j'en suis sûre mais promis, s'il nous manque des infos, nous reviendrons vous trouver !"

Je peux alors observer ce que je n'avais vu qu'en photo. D'innombrables temples de différentes croyances sur une seule et même place.

 Basantapur : palais, temples, architecture

En passant devant l'un d'entre eux, Yujina me tire le bras. Un monsieur est en train d'ouvrir une porte jusqu'à lors close.

C'est le jour de la Kumari. La kumari est une enfant choisie, parmi nombre de petites filles, pour sa beauté. On dit qu'elle est l'incarnation de la déesse Teluji. A sa première menstruation, elle sera considérée comme impure et une autre Kumari sera choisie. En attendant, elle n'aura pas la droit de quitter le palais si ce n'est pour les cérémonie, elle ne porte que du rouge, n'a pas le droit de sourire, ne vois que rarement ses parents et ses compagnons de jeu sont triés sur le volet.

Bref....A cet instant je ne connaissais rien des détails et je n'avais que vaguement la connaissance d'une enfant déesse. Nous entrons donc dans la coure avec une petite dizaine de personne. Au balcon la petite apparait et j'imite Yujina en plaçant mes mains en prière. La petite ne sourit pas, elle ne nous regarde pas. Elle balais du regard le premier rang du groupe dont nous ne faisons pas partie et s'en retourne à ces occupations.

Je ne comprends alors pas la joie de Yujina mais elle m'expliquera plus tard qu'être l'objet d'un regard et pire encore, d'un sourire de Kumari, est un très mauvais présage...

Ce matin, à mon grand plaisir, nous sommes resté chez Dhandevi. Nous avions pour mission de ranger la bibliothèque de Sherab et ce fût pour moi la découverte de trésors : Des manuscrits tibétains.

Ces livres et manuscrits sont victimes d'insectes que je ne connaissais pas mais qui font visiblement de gros dégâts sur le papier. Rangement donc et lavage minutieux de chacun de ses ouvrages. j'y découvrirais des textes dont j'ai souvent entendu parlé, d'autres dont j'ignore la signification puisqu'ils n'étaient pas traduits en anglais et que mon amie "Google tranlsate" ne connait ni le tibétain, ni le sanskri... ( Ne serait-elle pas une application chinoise par hasard.....?)

En revanche, l'après midi fut plus laborieuse. Un long trajet pour Bakthapur, quartier que j'étais impatiente de visiter. Mais arrivées sur place petite déception... Entrée très chère, museum en supplément et les temples fermés pour les non hindous...

Je vois bien là un attrape couillon ++ et mine de rien, ce sectarisme me fait un choc. La justification : Ils ne laissent pas rentrer des gens qui ont potentiellement manger de la vache... Tant pis, pour nous ! Ne pouvant justifier mon végétarisme nous faisons demi tour.

Nous nous vengerons sur les yaourts maisons et une belle assiette de momos !

 Bakthapur

En marchant vers le bus qui nous ramènera à Kathmadu, nous croisons, assis en brochette, une poignée monsieurs barbus vétus de grandes tuniques blanche... Blanche.. Non, pas partout les pauvres. je ne sais pas où ils ont trainé mais le tissus à l'origine claire de leur vêtements a été généreusement aspergé et sur chacun d'eux sans exception... ?! ........ ! ............ C'est du sang. Je comprends alors q'un sacrifice vient d'avoir lieu et ils en portent fièrement les bavures.....

C'est un sourire amère et morne qui s'afficha alors sur nos visages... Pas le droit d'entrer au cas où on aurait mangé de la vache.....

Heureusement le trajet bus du retour fut illuminé par une petite fille nattée qui d'abord me dévisageait puis qui, après l'accord de son papa, entreprit de timides questions dans un très bon anglais du haut de ses 6ans...

En manque de nature, d'arbres et de calme, demain c'est pour rejoindre un autre monastère en forêt que nous prendrons la route ! Ouf !!

Samedi aura lieu la crémation de Trangu Rinpoche mort le 3 juin dernier.

En occident, laisser autant de temps entre le décès et la crémation paraît impensable mais il en est tout autrement ici.

Dans les croyances bouddhistes, le mourant se dirige vers ce que l'on appelle le Bardo.

Le bardo est un état intermédiaire qui offre l’opportunité d’entrevoir la nature même des phénomènes.

Beaucoup de témoignages affirment qu'après la mort physique de certains maîtres (arrêt du cœur et de la respiration) le corps est resté intact, comme seulement endormi, pendant plus de 10 jours. Après cela la décomposition du corps fut rapide. Cela s'expliquerait par l'état de méditation dans laquelle le maître est entré au moment de sa mort.

Je ne sais pas si c'était le cas de Trangu Rinpoche mais, ayant enseigné dans plusieurs parties du monde, le moine chargé de l'organisation m'a annoncé plus de 1000 personnes venant des quatre coins de la planète (dont Véronique Jannot dont j'ignorais l'existence avant qu'il ne m'en parle).

Cela aura lieu au stupa des singes. La place est toute petite et beaucoup resteront au pied des 300 marches.

J'aimerais pouvoir y assister mais ne l'ayant pas connu, je marche sur des œufs quant à la légitimité de la présence. La suite nous le dira.


Et dimanche, ma chère marraine me rejoindra pour un mois d'aventures et de partages. Ici, ils l'attendent avec impatience.


🪷Mille bisous et prenez grand soin de vous ! 🙏🏽✨ Merci d'être dans ma vie.

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Publié le 8 novembre 2023

Un téléphérique au dessus de la jungle, qui l'aurait cru ?!

C'est pourtant ben vrai m'sieurs dames !

Dhandevi et Yujina ont entendu mon cri de détresse quant au besoin urgent de nature. "Amenons-la au grand air !" Se sont-elles dit. Et C'est ce qu'elles ont fait.

Après une bonne nuit et un délicieux "sweat-tea !", nous voilà dans le bus, Dhandevi et moi, direction : Chandragiri !

Chandragiri est une sorte de station de ski sans neige et sans ski. "Quel est donc le point commun ?" Me direz-vous ?

C'est une place en haut d'un des sommets surplombant Kathmandu desservie par... Un téléphérique.

Pour s'y rendre il y a un changement de bus et la route est pénible mais me voilà plus joyeuse à l'idée de quitter un peu la ville.

Le bus nous dépose au pied de la montagne et il nous faut marcher quelques kms en dénivelé pour rejoindre la première station. Dhandevi marche lentement mais sûrement et chaque pause est ponctuée d'un large sourire et d'un signe d'essoufflement.

En haut nous retrouvons Yujina, venue en taxi-scooter.

Le prix du ticket est 2 fois plus cher qu'annoncé sur internet et donc 3 fois plus cher que pour les locaux. Mais maintenant que nous sommes là... Ils ont la bonne méthode de marketing. C'est gonflé mais la preuve que ça fonctionne..!

La dernière fois que je suis montée dans un oeuf ça devait être à l'âge de 12 ans, dans la drôme, avec mon frangin et mon père pour les sports d'hivers. Pour dire, ça datait un peu...

Nous montons avec une famille japonnaise new-yorkaise accompagnée de leur guide. Les photos comme les discussions vont bon train et comme dans l'avion, je scotche mon frond sur la vitre arrondie. En bas c'est la jungle et Yujina m'affirme que parfois, des jaguars passent dans le sillon dégagé juste en dessus de nous. Raison de plus pour encastrer mon visage dans la paroie transparente, ce qui fait beaucoup rire nos camarades japonais.

En haut la vue est dingue. Au dessus du nuage de pollution de Kathmandu, la chaine de l'Himalaya... On la distingue exceptionnellement clairement derrière des sommets verdoyant.

Et, grâce à une pancarte, nous identifions l'Everest ! Qui n'a d'ailleurs pas l'air beaucoup plus haute que les autres mais jamais je n'aurais cru apercevoir un jour le toit du monde... C'est bête, ça pourrait être n'importe quelle montagne, on la voit mille fois mieux en tapant son nom sur internet et on ne fait que la distinguer mais c'est comme apercevoir l'aileron d'un requin au loin... Les sens vibrent en direct, sans écran, sans photo, juste les sens.

Il n'y a pas foule mais il y a du monde quand même. Le temple qui est au sommet (et oui, au Népal il y a TOUJOURS un temple) est l'un de ceux qui accueille le plus de sacrifices en son sein... Temple hindou donc... Vous l'aurez deviné...

Les quelques stands de bouffe autour sentent la viande grillée à pleins nez et cela finit par me faire fuir.

Ujina est excitée, elle sait qu'il y a des chevaux par ici et elle voulait m'en faire la surprise. Nous descendons un route goudronnée entourée de jeux d'enfants et, là bas, derrière un arbre.... Un... poney...

Je comprends alors que les chevaux annoncés sont de pauvres poneys passant leurs journées sellés et attachés en attendant des cavaliers ponctuels plus ou moins adaptés à leur musculature... Lorsque je m'approche, le premier poney ouvre sa bouche dents en avant, oreilles plaquées sur la nuque et je suis reconnaissante que la longueur de sa longe l'ai coupé dans son élan... Je reste à cette distance et j'observe..

C'est un mustang, me dit gonflé de fierté le propriétaire de ces trois pauvres bêtes.

Le poney me regarde avec un oeil blanc (expression que l'on utilise pour un cheval auquel on voit le blanc de l'oeil, signe de peur et/ou d'agressivité). J'approche doucement la main à hauteur de naseaux et, comme les babines d'un chien, ses lèvres se contractent, prêt à chiquer.

Je m'approche alors de son confrère gris qui, à moins de deux mètres, se jette en avant toutes dents dehors. Celui là n'est pas attaché à un arbre mais à un pieux et c'est une corde qui lui ficelle salement le canon et les tendons...

Pas la peine d'aller voir l'autre... Ils n'aiment pas l'Homme..

La gars me donne leurs âges et leurs noms. Il y tient et ça se voit. Il en est même fier. Il s'en approche à l'aide de tapes sur la tête lorsque les dents sont trop près mais ses poneys le connaissent et se laissent manipuler. Les sabots sont longs, trop longs et les petits fers qui les chaussent n'en couvrent que la moitié. Là aussi, il est fier de me dire que tous les mois il les changent. Il demande alors mon métier à Yujina et me demande de voir des photos des miens... Évidement... Ce fut un petit choc. Hermès doit faire 3 fois leur taille et 5 fois leur poids.

Cet homme est sympa, il aime ses chevaux et ceux ci le tolèrent. Mais je ne vois que des ombres associant l'homme au travail et à la souffrance. Ils sont agressifs car ne pouvant fuir, l'attaque reste leur seul défense...

Ma première pensée fut : C'est de l'ignorance qui engendre de la maltraitance. Il y aurait un travail de sensibilisation à la relation animale/humain à faire ici.

Mais est-elle légitime ou est-ce la conviction occidentale de détenir la vérité ? La question me reste sans réponse..


Partout les enfants se trémoussent devant leurs téléphones. Je pense d'abord aux selfies mais non, c'est pire... tiktok. Les népalais en sont dingues et lorsque j'y fais attention, il n'y a finalement pas que les enfants. Partout les gens se mettent en scène. Dhandevi en rigole et elle m'apprend à en rire aussi.

Nous trouvons un coin d'ombre pour manger, marchons encore une fois autour de la place et faisons le plein de cette vue fantastique avant de rentrer afin de la garder aussi longtemps que possible en nous.

Sur la route du retour nous descendons du bus pour nous arrêter aux halles (enfin, ce qu'en france appellerions des halles). Un immense hangar sous lequel sont exposés des milliers de légumes. Je comprends qu'il se passe quelque chose samedi au Dharma center et qu'il faut du stock de légumes. Et en effet, après marchandages et sourires nous repartons avec plus de sacs qu'on ne pouvait en porter. Ne pouvant ni marchander, ni aider dans les achats, je récupère le plus de sacs possible pour alléger mes deux camarades négociantes. Cela fait beaucoup rire les népalais de voir une touriste servir de sherpa à des compatriotes !

Ne trouvant pas de taxi, un driver scooter s'arrête à notre hauteur. Dhandevi, Yujina et lui entrent dans une discution animée. J'en comprends alors la teneur lorsque tous trois chargent le pauvre scooter de tous les sacs en les attanchant dangereusement où que possible et que Dhandevi enffourche le destrier derrière son conducteur. Devant cette scène, je suis restée estomaquée et je n'ai pas eu le reflexe de prendre une photo mais je vous promets que le chargement constitué de vulguères sacs plastiques pleins à craquer de légumes fixés je ne sais comment sur un vieux scoot déglingué valait le coup d'oeil !! Pour nous, ce sera le bus !

En rentrant Sherab m'appelle et m'explique la journée de samedi. C'est une grande fête pour les bouddhistes, il y aura beaucoup de monde au Dharma center. Je mets donc de côté mon projet d'assister à la crémation... Tant pis, c'est que ça ne devait pas être ma place. Et vu le nombre de légumes que ce pauvre scooter a porté, il y aura sans doute besoin de mains en plus pour les éplucher et les couper !

Le samedi donc levée 5h au Dharma center, première visite à 6h et à 7h plusieurs femmes viennent chanter avec Dhandevi. Dans mon coin j'observe, j'écoute et je médite.


Ca y est, 8h la cuisine est lancée et nous nous occupons du sort des légumes dans une ambiance chouette, joyeuse et conviviale.

Boustifaille pour tous : Dal Bath !

Les parents discutent et rient, les enfants jouent et la journée passe.

Le lendemain, nous irons nous balader dans le village voisin à la découverte de petit artisants locaux.

Dimanche soir : Grand jour !

Je rentre sur Kathmandu préparer la chambre car ce soir Françoise fera ses premiers pas sur la terre Népalaise !!

Je me fais un pur kif en appelant un taxi moto avec ma super application locale qui rend la vie beaucoup plus simple.

(Il suffit de faire le choix entre voiture et moto, notre position est géolocalisée, le prix est conseillé et en 5 min le chauffeur qui a été le plus rapide à accepté la course débarque au portail ! Du luxe !)

C'est donc à moto que je pars chercher Françoise. La ville se prépare pour la fête des lumières qui aura lieu le weekend prochain et elle se vêt déja de ses guirlandes lumineuses.

Mon bikeur tente de communiquer avec moi à travers le casque... C'est audacieux !!

Je ne comprends absolument rien à sa première question et répons au hasard : "From France !..." .... Ouf, coup de chance, ma réponse correspondait bien à sa question !

Voilà Françoise, un sac grand comme elle sur le dos et un sourire tout pareil. Notre premier voyage ensemble, on en parlait depuis toutes ces années sans connaître la destination. Voilà qu'elle me rejoint pour un petit mois de partage !!


Sa première nuit fut à Kathmandu mais surprise par la suite !! Après avoir échangé avec Dhandevi, un ami de Sherab, Penba, nous a proposé une chambre dans son monastère à Pharping, petit village en dessous de la jungle.

En route donc pour Pharping accompagnées de Dhandevi et Parisha (soeur ainée de yujina). Nous arrivons dans un tout petit village entouré de culture, de montagne et de jungle. Tout en haut de la rue principale, le monastère.

Nous avons tout juste le temps de déposer nos affaires dans une très confortable chambre, de luncher avec notre hôte et Dhandevi nous emmène faire le tour des temples et monastères du coin.

Et que c'est bon de s'éloigner de la ville. Tout est magnifique. Les maisons colorées au milieu des terrasses cultivées, des fleurs partout, tout autant de sourire et de saluts.... Différents temples construits sur le flanc des falaises et au sommet de très nombreuses marches et plus loin au dessus de l'autre vallée, on ne pouvait pas le manquer : Un immense padmasambhava.

Dans l'histoire bouddhiste, Padmasambhava (appelé également Guru Rinpoche) a introduit le bouddhisme au Tibet. Il est le guru de la compassion.

Je comprends alors que les temples dans lesqels nous venions de passer étaient des lieux qui lui étaient familier puisqu'il y a atteint l'Eveil. Waw, quel pélerinage sans même en avoir conscience..!!

Nous voilà donc à visiter le sanctuaire de cette immense statue au regard tourné vers la vallée. Grâce à Dhandevi nous entrons également dans deux monastère remarquables dont l'un me laisse encore admirative par ces couleurs, ces peintures et la paix qui y règne. Comme le Shechen monastery mais... En pleine nature !

Le soir arrive et il est temps pour Françoise et moi de laisser rentrer nos amies à Kathmandu et nous de grimper vers notre monastère, lieu d'accueil pour quelques jours.


Nous découvrons plus d'enfants que d'adulte, plus de moineaux que de moines et ils sont tous aussi curieux et joyeux les uns que les autres. C'est "la récré" et certains jouent au foot, d'autres au cricket et encore d'autres au badminton.

La cloche sonne pour le diner à 18H30 et même si nous n'avons absolument pas faim, nous descendons avec eux. Un bol dans les mains, nous voilà propulsées avec cette joyeuse jeunesse dans la salle à manger. Une soupe de pattes bouillonnante dans un chaudron nous est servie et nous attendons avec amusement la fin de leur chanson rituelle pour commencer à manger. Ils sont loin d'être timides, ils sont plutôt très à l'aise et même les plus petits de 6/7 ans engagent la conversation en anglais.


J'ai toujours voulu connaître la forme d'éducation que l'on donne à ces enfants. Je connais peu de moines (enfin maintenant un peu plus) mais je voulais savoir comment sont-ils devenus ces adultes admirables, sages, d'une extrême bienveillance avec un sens de l'humour sans faille et joyeuse.

Je ne sais pas comment fonctionne la hiérarchie mais la relation entre tous est tendre et très fraternelle. Ils ont énormément de liberté dans quelque chose qui est pourtant bien cadré.

Encore maintenant, les monastères sont pour certaines familles le seul moyen pour les enfants d'accéder à une éducation.

J'apprends par l'un des aînés qu'ils ont des cours de maths, sciences, anglais, philosophie, népalais, tibétain, sociologie et histoire au sens large. Et lorsque l'on parle avec des petits bouts de 9 ans qui ne sont pas loin de mon nieau d'anglais (en sachant qu'ils parlent encore mieux le tibétain), il y a de quoi être en admiration devant un tel système éducatif. Tout cela en développant en eux l'altruisme, la bienveillance, la générosité, l'amour universel et jamais dans une coure d'école je n'ai vu autant de respect et de joie.

La moquerie n'existe pas, ni violence, ni jalousie.... Tu m'étonnes qu'ils deviennent de tels adultes ensuite...!! Pourquoi n'arrive-t-on pas à cela chez nous ?! Pourquoi ne jure-t-on que par la compétition, le gain, le profit, la reconnaissance, la gloire...?


Après une nuit pleine d'étoiles dans les rêves et un petit dej copieux, nous décidons, Françoise et moi, de partir à l'aventure !! J'ai repéré une clairière sur google map. Il nous faut monter au temple d'hier puis continuer à suivre la crête...

Mais cela s'avère plus facile à dire qu'à faire ! Nous avons suivi les drapeaux en montant un escalier sans fin qui nous a amené dans un magnifique jardin où un kiosque attendait sa rénovation. Une piste en terre montait plus encore et nous l'avons suivi.

Françoise m'avait dit qu'elle n'aimait pas le dénivelé. Je savais dans quelle direction il nous fallait aller mais je ne savais ni quel dénivelé il y avait, ni quel type de chemin nous allions rencontrer. La montée ne finissait pas, le chemin devenait de plus en plus étroit et nous enfonçait dans la jungle mais Françoise n'a rien lâché !

La nature est luxuriante et malgré l'effort, elle est source d'émerveillement à chaque instant.

Nous arrivons enfin à ce qui me semblait être une piste sur la carte mais s'est avéré être un escalier. Mais cette foi-ci, il nous fallait le descendre ! youpi !!

Des centaines et des centaines de marches pour descendre la montagne. Je ne sais comment il est possible d'amener tant de pierres pour un escalier planqué au milieu de la jungle et qui plus est, incroyablement bien entretenu.

Nous croisons nombre de femmes avec machette et autres outils pour couper le bois. Pourquoi montent-elles si haut pour du bois ..? Moi qui pensais me servir de mon tracteur pour ramener ce que j'ai coupé dans le champs d'Hermès à mes boxes (100m au plus long), alors que ces femmes montent des centaines de marches le bois sur le dos...


Nous arrivons dans le village en contrebas et regagnons la route qui nous amènera à Pharping où nous mangerons des momos dans un restaurant et découvrirons une boisson lactée à la banane des plus fameuse après une belle marche ! (Dju, j'espère que tu l'as goûté celle-ci !)

Ce soir, après le diner de pattes avec les petits moines, Penba nous invite à assister au "débat". Le débat est une pratique dont j'avais beaucoup entendu parlé et à laquelle je rêvais d'assister.

Je n'en connaissais que des images de moines tapant dans leurs mains dans un débat vif et les descriptifs que m'en avait fait Matthieu Ricard.

Le principe du débat c'est de dépasser la souffrance, l'origine de la souffrance, par la logique que les moines trouvent dans les textes hindous, les sutras, les mantras et les commentaires. Elle dure en moyenne quatre heures par jour au sein des monastères : deux heures le matin et deux heures le soir.

Deux interlocuteurs se font face : Le défendeur d’une thèse, est assis. Le challengeur se tient debout face à lui. Pour débuter le débat, le Challengeur se rapproche et s’arrête à quelques pas du défendeur, il fait un léger claquement de main et prononce une formule consacrée: « Dhih ! ». Après moulte arguments que nous ne saurions comprendre, il est rejoint par d'autres, sans doute sensibles à son discours et les voilà tous dans une chorégraphie des plus étonnantes.

Ils s'amusent, ils se donnent à fond et même si nous ne comprenons pas un seul mot, ils arrivent à nous captiver.

A côté de nous les petits sont sages et réagissent par un seul et même cri quand le moment est approprié. Françoise s'amuse d'un tout petit qui lutte contre le sommeil. 2h de débat, dehors, sous les étoiles...

Leur professeur est là, charismatique, calme, et bienveillant. Lorsqu'il parle, tous l'écoutent avec la plus grande attention, même les plus petits. Ca ne les empêchant pas de faire des blagues et de rire, au contraire. Il fait le tour des petits avec sa lampe de poche et les envoie chercher bonnets et gants dans leur chambre si ils ne les ont pas amené.

Il semble être une figure paternelle autant que le grand frère. Il ne prononce que quelques mots, ne nous a jeté un coup d'oeil que pour nous inviter à nous asseoir mais, alors que nous tremblions de froid, deux bols nous ont été apportés et nous avons été servis (deuxième diner..!) en même temps que le reste de l'assemblée. Un coussin fut amené à Françoise et à la toute fin, un jeune moine a été chargé de nous accompagner à notre batiment (à 30m) pour nous éviter de croiser les chiens...


Je suis chaque jour plus émerveillée de découvrir à quel point ces valeurs et cette éducation sont complètes, profondes et sincères. Mais également heureuse et soulagée au fond de moi de découvrir que ceci n'est ni une façade, ni du folklore. Il n'y a pas eu, pour l'instant, un seul mot ou un seul geste qui sortait de cet idéal de pensée, de conduite, d'Etre.


Le tout est de s'en imprégner au maximum mais 2 mois c'est bien court pour laisser réflexes et mentalité occidentale de côté.

La question n'est pas de renier qui l'on est ni d'où l'on vient mais de tenter de devenir un meilleur être humain en suivant la corde vibrante de ses aspirations.


Merci pour vos messages, merci pour vos commentaires. Ils m'accompagnent avec joie. Vous êtes dans mes pensées et c'est un bonheur de pouvoir partager.


Merci encore mille fois aux différents gardiens de ma maison, et de ma tribu. Merci à tous les contributeurs de ce cadeau des 30ans. Il n'y a pas de plus beaux cadeaux qu'un voyage, des rencontres, des sourires et du partage...


Je ne vous remercierai jamais assez de m'avoir permis ceci.


Namaste

☀️🌈🙏🏽Prenez grand soin de vous 🌷

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Publié le 21 novembre 2023

(Article en cours de relecture, vous excuserez donc les fautes sans doute nombreuses. Nous sommes au milieu de la nuit et il me faut rattraper mon retard. Déjà que je ne suis pas une foudre d'orthographe à la base alors quand les yeux ne sont plus en face des trous...)


Nous voilà dans le bus direction Pokhara ! 11h de trajet de nuit (plus confortable et sécurisé que le bus de jour) pour 200kms..!

Me voilà donc avec du temps pour mettre par écrit réflexions et pensées.


Ces derniers jours ne nous ont pas épargné en intensité. Pour ma part elle est tout aussi physique qu'émotionnelle.



Nous avons eu l'immense plaisir de retrouver Genevieve et Gilles, tout juste rentrés de leur trek, pour leur dernière journée au Népal. Encore une fois, quel bonheur !

Nous nous sommes donné RDV avec Geneviève à Basanthapur qu'elle avait visité 20 ans auparavant. Chacune racontant ses dernières aventures à l'autre en parcourant les rues et les temples comme si nous nous connaissions depuis des années. Françoise prend le temps de photographier les superbes fenêtres sculptées de tradition néwali. La place est agitée et les rues grouillent de monde.

Nous nous faisons plaisir avec un peu de shopping entre filles en remontant vers Thamel pour le plaisir de flâner devant les boutiques, de prendre plus de temps à négocier qu'à regarder et en rigoler. A la sortie d'un magasin nous sommes tombées nez à nez avec Gilles qui sortait, shooté et ébaillie, d'un massage d'une heure et demie (Mise en jeu d'un pari fait avec Geneviève : Qui a écrit la chanson "Ne la laisse pas tomber" ? Question à laquelle Françoise a de suite répondu juste !)

Nous avons prolongé nos retrouvailles avec un bon resto et sommes aller chercher le gros sac rempli de béquilles et d'attelles en tous genres qu'ils avaient embarqué avec eux dans l'avion. Au moment de nous dire Aurevoir, nous nous sommes promis de nous revoir là-bas, en France, loin de ces montagnes et de cette jungle citadine, ne sachant pas que, le lendemain, nous nous recroiserons "par hasard" au détour d'une rue avant leur départ pour l'aéroport...

 Retrouvailles et magnifique soirée

Samedi soir, arrivée de Sherab après 6 mois d'absence. Nous nous sommes entassées Yujina, Françoise et moi dans la toute petite camionnette qui m'avait accueillie à mon arrivée. Le plaisir de se retrouver fût grand et c'était à présent dans son pays que nous nous rencontrions.

Le lendemain petit dej français ! Sherab a ramené des denrées que l'on ne trouve pas ici ! Du chaussé aux moines et... de la vache qui rit ! Nous nous amusons de voir ce qui peut passer comme "produits français " ici. Le breakfast terminé, il nous emmène visiter son premier monastère dans lequel, jeune adolescent, il est resté 4 ans avant de partir en Inde au monastère Sera Mey pour 22 ans d'études !

Au travers de fenêtres sans vitre nous observons les "moineaux" attentifs et concentrés. Les uns penchés sur des cahiers de math, d'autres récitant l'alphabet tibétain.

Un tour du stupa avec de plus amples explications puis nous voilà dans le taxi direction : le Dharma Center !

Il est heureux de retrouver le village qui l'a vu naître et dans lequel il enseigne maintenant.

Le Dharma center 

Nous apercevons en contre-haut Dhandevi avec les enfants sur la terrasse. Ils récitent je ne sais quoi et ne se rendent compte de notre présence qu'arriver à quelques mètres d'eux. A ma grande surprise ce n'est pas dans les bras de Sherab qu'ils sautent, mais dans les miens. Ils ne mettent pas longtemps cependant pour se rassembler autour de lui une fois assis.

Françoise est aussi la vedette. Les enfants lui demandent son âge, son nom, son nom, encore son nom... Ils s'essayent à le prononcer sans succès. Ici, il n'y a que Sherab qui réussi à l'appeler françoise. Ils l'appellent tous comme je l'ai appelé étant petite : Owa

 Retour de Sherab au Dharma Center

Le lendemain est encore un grand jour au Dharma center et c'est à 4h que les lumières s'allument. Les cloches et les chants de Dhandevi ne réveillent cependant pas Françoise.

Petit à petit le monde arrive et une chorale se forme pour 1h30 de mantras non stop. Je suis restée à les observer, à chantonner, stupéfaite, pendant que Françoise prenait photos et épluchait les légumes avec les non chanteurs.


Après un bon repas partagé, nous voilà parties jouer à la balançoire avec les enfants et Sherab nous a rejoint pour un tour du village et une visite du temple. Ce que nous ne savions pas c'est qu'en entrant ce jour là dans le temple , nous faisions voeux de jeûne jusqu'au lendemain mais cela ne nous a pas dérangé après le festin que nous venions d'engloutir!!

Une journée au Dharma Center 


Le soir, direction la maison de Yujina. La tradition Néwali veut que devant chaque maison les familles dessinent un mandala et un chemin pour y faire entrer la prospérité. La tâche me fut incombée. Je m'y mets donc rapidement en essayant de faire quelque chose d'un tout petit peu présentable pendant que Françoise visite le village avec le père de Yujina comme guide privé ! Le soir tombe et nous finissons le mandala à la bougie.

Famille de Yujina 

Les festoiements ne s'arrêtent guère le lendemain ! La fête et les traditions, les Néwali ça les connait ! Défilé, enfilage de robes traditionnelles pour la soirée et nous voilà embarquées au coeur de leur tradition pendant ce festival Diwali (fêtes de lumières).

 Françoise Yujina et moi

Ces gens sont adorables, ils nous accueillent comme leur propre famille avec simplicité et une extrême générosité. Ils ont adopté Françoise en un rien de temps et les moments partagés sont des éclats de bonne humeur !

La petite soeur de Yujina prépare le repas avec sa maman, sa grande mère confectionne des figurines en farine de riz et son père donne la main où il y a besoin. Quelle équipe !!

C'est une immense chance de pouvoir vivre cela de l'intérieur.


C'est une immense chance et une confrontation des plus rudes aux conditions de vie ici. Je prends conscience de la réalité du déséquilibre immense entre notre société et la leur. La condition de la femme est très loin de l'évolution qui a eu lieu chez nous ces 60 dernières années.

J'ai 30ans et le fait que je n'ai ni enfant, ni mari provoque une extrême compassion (ou pitié peut-être ...?) chez les népalais. Les femmes se marient généralement à 25 ans et à partir de ce moment là, c'est quitte ou double. Ici on ne se mari pas seulement avec l'homme que l'on a, ou non, choisi (les mariages arrangés sont évidemment toujours d'actualité) mais on se dévoue corps et âme à la belle-famille.

Pour faire dans le dramatique tout de suite, le taux de mortalité le plus haut chez les femmes au Népal est celui.... du suicide.

Leurs trois jours de mariage se terminent par quelques heures de pleurs et d'adieux. Le beau-père attache un lien à sa belle-fille pour symboliser le changement de famille et la voilà en dévouement total.

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Pour Yujina c'est différent, elle est mariée depuis quelques mois seulement. Elle a connu son mari au collège et, pour fuir le système économique népalais désastreux, il a réussi à décrocher un contrat de 5 ans en tant que patissier au Portugal. Cela fait 3 ans que son contrat a commencé et il n'est revenu qu'une fois par an depuis. Ils ont économisé tout ce qui leur était possible de mettre de côté pour permettre à Yujina de le rejoindre et de trouver, elle aussi, du travail là bas.

Trouver du travail à Kathmandu est un enfer. Il n'y a aucun développement de carrière possible. Un guide francophone m'expliquait qu'un enfant de commerçant était condamné à suivre la voie de ses parents car les études se faisant automatiquement à l'étranger (pas de grandes écoles au Népal),à moins d'un mécénat, les charges entre le visa et les études sont bien trop élevées pour même y penser. Les strates sociales sont donc gelées.


Un travail à pleins temps ne leur permet généralement pas de vivre (70e/mois de salaire pour un enseignant ce qui équivaut à un salaire d'environ 0,50e de l'heure chez nous).

Pour compliquer encore les choses, un visa pour l'Europe coûte en moyenne 13000e pour les népalais sachant que pour y accéder, ils doivent automatiquement passer par la Nouvelle-Zélande, l'Inde, l'Australie ou la Pologne. La raison ? Je ne l'ai pas encore tout à fait compris...

Toujours est-il que le voyage de Yujina était prévu pour un visa avant les élections du Portugal (qui figent les démarches administratives) et qu'ils avaient fait appel à un avocat pour cela. Un "avocat spécialisé" qui est parti avec une partie de leur argent ainsi que celui de beaucoup d'autres personnes...


Nous avons donc monté une cagnotte pour l'aider mais il nous faut d'abord trouver un avocat là bas qui puisse nous expliquer clairement les conditions et les démarches à suivre ! Si jamais vous connaissez du monde au Portugal.... Je suis preneuse !

Merci à celle et ceux qui ont de suite réagi et participé à la cagnotte ! Une générosité qui fait chaud au coeur et qui en plus d'aider incroyablement Yujina, me donne une grande leçon. Il est facile d'aider quelqu'un que l'on connait mais comme le disait Sherab à notre première rencontre : Le vrai Amour est celui que l'on donne à quelqu'un qui n'est ni de notre famille, ni de notre cercle d'amis, ni même de notre nationalité. Il est universel et n'attend rien en retour.

Merci.....


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Les jours suivant, Sherab nous emmène visiter Patan et le Namobuddha en compagnie de Sangmo, une amie nonne. Elle a 37 ans, enseigne, chante et est musicienne dans son monastère. Je suis admirative de sa présence discrète et de son attention à toutes choses. Son visage est constamment illuminé par la bienveillance et l'amour, jamais ses traits ne se durcissent.

Nous marchons dans les rues et zigzagons entre les temples de Patan. Sur la place, nous prenons le temps de déguster un "sweat tea" dans des gobelets en cartons après avoir réussi à contourner les entrées payantes pour les touristes.

C'est un sport ici ! Sur chaque place sont dispatchés de petites cabanes autour desquelles se rassemblent les guides. Ils arrêtent ceux qu'ils pensent être des touristes pour leur faire payer un droit de passage. Tout ça est à la tête du client, évidemment. Vous imaginez bien que lorsque Françoise s'arrête à quelques mètres de leur cabanon pour photographier les fenêtres sculpter, ils ne manquent pas de la stopper !

 Dans les rues de Kathmandu...

Puis : Namobuddha !

Un monastère magnifique perché à 2 heures de route de Kathmandu. Encore une fois, nous nous laissons guider sans trop comprendre où nous allons mais l'arrivée est toujours une belle surprise.

Après ces 2h de route à 4 (+ chauffeur) dans un mini taxi ("Ah qu'est ce qu'on est serré au fond de cette boîte, chantent les sardines...."), il nous faut monter des marches, beaucoup de marches ! Mais Françoise devient la championne du grimpage d'escaliers : doucement mais bien plus sûrement que d'autres !

Nous visitons la place où a eu lieu la grande incinération il y a deux semaines, visitons le temple magnifique du monastère et parcourons rapidement les couloirs car l'heure du lunch est proche et il nous faut rejoindre un ami de Sangmo.

Ce dernier nous accueille dans sa toute petite chambre. Il est tibétain et je parviens maintenant à en deviner les traits, je ne pourrais pas donner un âge précis car il font toujours beaucoup plus jeune mais je ne pense pas me tromper en disant qu'il a dépassé les 60 ans. Comme beaucoup, son visage est lumineux, paisible, bienveillant... Sa voix est douce et calme et il est d'une extrême tendresse dans ses gestes. C'est un pratiquant de la médecine tibétaine, ça me fascine !!

Il me propose de rester quelques jours ici au Namobuddha. Cela me touche énormément et ce coin de jungle est tout ce qu'il y a de plus calme et ressourçant mais il me faudra revenir car la méditation n'est pas au programme du voyage de Françoise et j'aurais tout le temps de refaire la route après avoir pleinement profité de ma marraine !

Demain, nous avons un programme spécial pour elle ! Yujina et Sherab vont nous apprendre à faire des momos !!!

Cours de cuisine donc après une bonne nuit de sommeil. Yujina nous rejoint alors que nous faisons tous les trois le tour du stupa. Une marche généralement silencieuse avec ce petit bonheur de croiser un sculpteur sur pierre, tibétain, au sourire lumineux qui est à la même place chaque jour. Je comprends maintenant les moulins à prières, l'égrainement du mala et même la prosternation. Ce qui m'était tout à fait étranger et étonnant il y a un mois me parait maintenant famillier et pleins de sens.

Nous faisons les courses dans un petite boutique pittoresque dans laquelle nous nous amusons de ce que nous trouvons. Un choix incroyable de lentilles et j'observe avec amusement un cafard galopant sur le fromage posé sur le comptoir. Cela ne nous empêchera pas d'en prendre un bout, je crois qu'il n'y a que moi qui est aperçu le petit ami gourmand..!


Le cours de cuisine se passe à merveille mais quel travail pour un plat qui se mange aussi vite !! Les népalais font rarement les momos, c'est bien plus simple et non plus coûteux de les acheter prêts à manger ! Sherab montre un savoir faire assez incroyable dans la préparation de la pâte et la fermeture du momo. La vitesse et le coup de main nous laisse admiratives.

Françoise et moi peinons à cette dernière tâche et nos momos ne ressemble absolument pas à l'exemple que nous avons devant les yeux. Françoise décide de prendre des photos alors que je persiste, mais pas en vain !


Les petits raviolis prennent forme et je m'amuse à passer de la technique tibétaine (en croissant) à la technique népalaise (en rond). Et oui, me voilà devenue une faiseuse de momos ce qui n'est pas rien, je vous l'assure !



Le plat mettra le dixième du temps de préparation à être mangé mais le goût n'en est que meilleur !


A suivi la dégustation, un moment important du voyage. En effet, je suis venue dans un but spirituel mais aussi humanitaire !

Après avoir distribué le materiel scolaire et une partie du matériel médical entre le monastère de "moineaux" et le Dharma center avec l'aide de Sherab, il me restait les vêtements d'enfants ainsi qui le sac "d'objets de torture" de Geneviève (béquilles, attelles en tous genres...). Avec grand joie je suis tombée sur un post de Mathilde sur le groupe de facebook. Mathilde est en dernière année d'ergo sur Toulouse et, avec 2 de ses amies, elles ont préparées pendant un an leur volontariat autour de Kathmandu pour sensibilisé le corps médical à la rééducation ludique. Malheureusement les enfants arrivent parfois non chaussés et avec des vêtements en lambeaux..

L'occasion était rêvée et à l'occasion d'un thé partagé, le matériel est parti entre de très bonnes mains en faisant des heureux !


Mission accomplie ! Merci mille fois pour vos dons !

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Publié le 24 novembre 2023


Pokhara.... Julien m'avais dit : "Si tu en as assez de la ville, va à Pokhara. "Ca faisait un moment que la ville me sortait littéralement par les narrines (avec la pollution, on se mouche noir ici !), il était temps d'aller voir les montagnes !

Sherab a bloqué ses journées pour nous accompagner, il a choisi la date, réservé un bus tout confort et son ami moine chauffeur du mini van, Sonam, nous accompagne également. Arrivés dans le bus, ce ne sont pas des sièges qui nous tendent les bras mais de vrais fauteuils. En m'installant dans ces matelassures douces et moelleuses, je me dis que blablacar bus ou Flixbus chez nous devraient en prendre de la graine. Les népalais, eux, savent voyager ! Dès la sortie de Kathmandu, j'ai regretté cette pensée... Ce ne sont pas des routes mais des pistes, le fait de voyager de nuit augmente la vitesse de circulation car moins de trafic et les bosses nous projettent hors de nos fauteuils. Ces derniers ont beaux être des plus confortables, lorsque nos fesses ne touchent pas l'assise, cela ne fait pas de différence...Nous avions amené de la lecture mais les livres sont vite restés dans les sacs. Dormir ? Essayez de dormir sur un cheval lancé en rodéo ou sur un zodiaque à pleine vitesse sur une mer agitée, ça vous tasse les vertèbres ! Il n'y a que pendant les pauses "toylet" que nous arrivions à plonger dans le sommeil.

Je ne me plaindrais plus de nos bus, c'est promis !!

Je ne sais quels paysages nous avons passé et la seule chose que je connais de Pokhara c'est son lac. Au petit matin, sur les coup de 5h, le bus s'arrête sur un grand parking pour le terminus. Comme en descendant d'un bateau, je mets un certain temps avant de retrouver un pied terrien. Françoise n'a dormi que 2h, nous peut-être un peu plus. Notre marche, telle celle de quatre zombies endoloris dans les rues de Pokhara, nous amène à l'hôtel pour déposer les bagages avant de trouver quelque chose d'ouvert pour un petit déjeuner bienvenu. Ce matin c'est croissant et café ! Le café est bon mais le premier croc planté dans le croissant fut une grande déception.. Comment ce fait-il qu'il n'y ai qu'en France que l'on trouve de bonnes viennoiseries ?! La recette reste bloquée aux frontières ?...Pokhara se réveille doucement et le soleil se lève au dessus des montagnes. J'aime déjà cette ville.La végétation y est luxuriante, les rues semblent entretenues et nettoyées et la proximité avec une nature adoucie les rumeurs. Nous longeons la grande rue en faisant le tour des agences. Sherab veut nous emmener dans un village au nom guttural et nous devons trouver une jeep. Une jeep ? C'est pour les touristes ça ! Nous on prend le taxi ou le bus ! Bon... Encore un fois, il avait raison... Vu l'état de la piste, un taxi en aurait perdu ses roues et après la nuit que nous venions de passer, le bus aurait eu raison de nous...!3h de jeep pour rejoindre Ghandruk. Sur la route, les paysages sont dingues. Les rizières colorent les flancs de montagnes, la rivières est turquoise, les cascades sont nombreuses et du haut de ses 6900m, règne le Machapuchare ("queue de poisson" en népalais). Cette montagne est magnifique, sa forme tranchante donne le sentiment de fendre le ciel en deux et nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour l'admirer.

Lunch time ! "Mandgé mandgé" dit Sonam. Notre nouveau compagnon sort doucement de son silence et de sa timidité pour apprendre quelques mots de français. Jusque là très effacé bien que le sourire facile, il prend de plus en plus plaisir à répéter les phrases que Sherab a retenu de son voyage et plus encore à choper les expressions de Françoise. Nous nous arrêtons au bord de la rivière traversé pas un pont semblable au pont Eiffel de Ponérihouen. Un clin d'œil qui me fait du bien ! Sur une terrasse ensoleillée c'est Dal bhat et Hot Water !

Aaaaaah ! On ne vous a pas encore parlé du Hot Water ! Bon bah comme son nom l'indique ce n'est que de l'eau chaude mais qui a grand succès ici. Il y a un mois, si on m'avait proposé de l'eau chaude, j'aurais pensé à une blague ou à de l'avarice. Mais bien que mes premiers verres furent bût dans le seul but de ne pas froisser mes hôtes, maintenant je peux difficilement m'en passer.

Lunch time 

Reprise de la route et on rit beaucoup. Au delà des sensations fortes sur ce qui nous semble être sorti de "la route de l'impossible" nous continuons notre bafouillage. Le premier mot que Sherab a ramené de son voyage est "Olala". Il le dit d'une petite voix légère et chantée qui nous amuse beaucoup et que nous reproduisons à notre tour. Alors que Sonam apprend les bases du français et que Sherab les révise, pour ma part, j'apprends le tibétain. Je connais maintenant l'alphabet et peut en lire les textes basiques. Quant à la prononciation, elle s'approche de nos voyelles bien que les consonnes soient bien plus subtiles. "Dimonche" Sonam reste longtemps bloqué sur ce mot et le prononcer lui donne un sourire radieux. Sherab lui, tente la semaine entière. Il oublie systématiquement le mardi et "mercrrredi" et "samdi" lui donne du fil a retordre mais ils sont bien meilleurs en langues que nous ! Alors qu'il me faut écrire "Sa nyima", "Sa Dawa" (Dimanche, lundi) et les relire une dizaine de fois pour les retenir, Sonam et Sherab retiennent chaque mot à leur première diction.

Nous voilà arrivés à Ghandruk !! Fascination, étonnement, Immensité, beauté....

Le village se trouve à flanc de montagne avec vu sur la chaine de l'Himalaya. Il n'y a pas trop de mots, j'en suis déjà completement nostalgique. Ce village situé à 2000m fait parti du trek du balcon des Annapurnas et le traverser nécessité forcément de bonnes jambes pour monter les escaliers. Le chauffeur nous a trouvé un hôtel douillet avec vu sur les montagnes, joie !

Arrivée à Ghandruk 

Mais alors que nos deux compères prennent le temps de se poser un peu, avec Françoise, des fourmies dans les jambes, partons à la rencontre de cet environnement et de ses habitants. Sur le chemins nous rencontrons des enfants loin d'être timides, des mûles au regard éteint, chargées et blessées, un chat, des hommes et des femmes aux visages marqués et rayonnants...

A notre retour, nos moines nous attendaient en terrasse, assis face à la montagne, un verre d'eau chaude à la main.

Les nuages avaient recouverts les sommets et il nous était maintenant impossible de voir la neige mais la vue sur la vallée silencieuse restait un délice de beauté. Le verre d'eau chaude avalé, voilà Sherab qui se lève "Let's go ? Marrrcher ?"ah bah oui tien, ça faisait longtemps !

Notre tour cette fois-ci fût prolongé et les marches bien plus nombreuses. Sherab et moi marchons devant, Françoise et Sonam à quelques maîtres derrière. En marchant, il me donne conseils et enseignements. Son attitude et son contact avec les gens sont déjà grandement inspirants. Il aborde tout le monde avec une bienveillance et une familiarité égales comme si tous étaient de ses amis ou de sa famille.


Le ciel maintenant dégagé, nous nous hâtons de rentrer pour regarder le couché de soleil, les mains chauffées par une tasse de thé.Douche chaude (youpiiii), toilettes avec PQ (youpiiiii) et Dal bhat après une bonne journée au milieu des montagnes... Que demander de plus..? Le matin ce sont des coups sur la porte qui nous réveillent. Il est bientôt 6h et nous comprendrons ce réveil bien matinal qu'une fois dehors, sur la terrasse, devant le spectacle. Les rayons du soleil colorent d'un rouge flamboyant la chaîne de l'Himalaya et nous sommes plusieurs, silencieux devant de telles images. La lumière installée et le dos douloureux, Françoise a le droit à un cours d'étirements par Sherab en attendant le Breakfast. Nous mangeons peu, mais bien, en prévision des secousses qui nous attendent sur le chemin de retour vers Pokhara.

Il nous faut suivre le rythme de nos accompagnateurs même si je dois avouer que, partout, je serais bien restée quelques jours de plus. Mais je ne m'en plains pas, nous avons l'immense chance d'être accompagnées et guidées et seules nous n'aurions pas vu, trouvé ou osé la moitié de ce que nous avons fait jusqu'à maintenant. La route est plus rapide en descendant et nous dégustons de délicieux plats tibétains à l'arrivée. Dépose des bagages à l'hôtel et nous voilà en marche vers le lac.

Je suis comme une gamine, comme sur les photos, il y a des bateaux colorés partout, des gens sont heureux et enthousiastes et les barques me font rêvées. Sherab ne manque pas de le remarquer et le voilà parti à nous chercher un capitaine de navire ! En route Fanfoiz ! C'est comme Bellatrix en plus petit !

Nous sommes sur l'eau, il y a du monde mais sans excès. Notre capitaine de bord est un jeune homme d'environ 18 ans, silencieux et blasé de promener des touristes toute la journée. Sherab demande à prendre la rame, visiblement pour la première fois, et nous faisons quelques tours sur nous même avant de suivre un vrai cap dans des rires et des chants. Sur l'eau nous croisons des paddles. Ma joie de découvrir cette nouvelle perspective n'est partagé que par Sherab. Je pense que ce petit tour en barque suffit amplement à Françoise et Sonam. Ce dernier prend le relais sur la barre puis vient mon tour pour le retour. C'est comme à la maison mais avec légèrement plus d'espace ...! Notre jeune capitaine trouve enfin le sourire arrivé à quai, je suis embauchée par la compagnie si je cherche du travail... Chouette !

Direction le paddle !!!! Je m'empresse d'enlever mes chaussures, d'enfiler le gilet et de sauter sur la planche. Debout, rame en main, prête à naviguer ! Sherab, qui a changé d'avis pour un kayak, se retrouve les fesses dans l'eau au moment de monter dedans. Son habit en toile épaisse ne rend pas la chose facile et c'est finalement bien sur un paddle qu'il me rejoindra. Nous rejoignons la rive opposée, la jungle. Les arbres sont magnifiques, les lianes trempent dans l'eau et un calme envoutant s'en dégage. Sherab tente de se mettre debout quelques secondes avec succès. Au milieu du lac je tombe le gilet de sauvetage et m'allonge sur la planche, bras et jambes dans l'eau, observant les aigles qui tournoient dans le ciel... Un instant de plénitude volé.

Il nous faut rejoindre nos deux compagnons laissés sur la berge. Je serais bien restée encore quelques heures sur l'eau...

Sur les derniers mètres, devant l'appareil photo de Françoise, Sherab tente de se remettre debout mais cette fois-ci... Plouf !! Cela ne me fait pas rire tout de suite, la lourdeur de ses vêtements m'inquiète mais avec un immense sourire, il parvient à remonter sur sa planche.

(Je ris maintenant en me rappellant les leçons que m'a donné la vie quand j'ai voulu être dans la démonstration... Je crois que la plus humiliante fut avec le meilleur de mes professeurs : Salsa. Je me souviens avoir beaucoup travaillé pour pouvoir la monter sans enrênement ni selle, juste à la voix et au poids du corps. C'était à Rennes, la séance se passait incroyablement bien, la jument était à l'écoute de mes pensées. Un groupe de cavaliers est passé. Mon attention s'est détournée de Salsa et j'ai voulu "craner" en montrant cette soi-disant harmonie Cheval/cavalier. C'est le genre de bêtise qui ne loupe pas avec une jument aussi sensible que Salsa... Elle a pris les choses en main, est partie au galop me laissant sans aucun contrôle et a sauté la barrière de la carrière... Elle s'est arrêtée devant son pré, les message était clair ! Je soupçonne ce même message dans cette chute.)

L'ego.. Sherab en a très peu mais le peu qui reste lui a couté une belle baignade ! Nous rions de bon coeur, lui le premier, mais il nous faut rentrer rapidement, le tissu est trempé et difficile à sécher.Une bonne douche chaude pour tout le monde !


La nuit n'est pas encore tombée et Françoise et moi sortons parcourir la rue principale en faisant du lèche vitrine. Cela ne nous amène finalement pas très loin car une libraire attire notre attention et nous y passons un bon moment. Elle dans les bouquins de cuisine népalaise et moi dans le rayon bouddhiste. Nous sommes rejoint à la nuit tombée par nos deux moines, séchés et affamés et passons la soirée à déguster Dal bhat et paneer.

Les soirées sont douces et nous prenons plaisir à flâner sur le chemin de retour. Arrivés à l'hôtel, Sherab remarque une petite coure cachée derrière une haie. L'occasion de prolonger un peu la soirée. Nous ne nous attendions pas à trouver cette espèce de plate-forme vibrante étrange vendue comme appareil fitness mais elle a été l'objet de beaux fou-rires. Elle, et un ballon de foot dégonflé avec lequel Françoise et Sherab se sont défiés.

Depuis quelques années, l'une de mes plus grandes peurs est de perdre en spontanéité. Cotoyer ces gens me fait un bien fou. C'est un espace de joie, de fraicheur, de simplicité. Une pièce lumineuse traversée par un courant d'air frais.Le lendemain nous prenons de nouveau le bateau mais cette fois-ci nous mettons pieds à terre sur l'autre rive. Pour monté au stupa, une belle ascension nous attend et de très nombreuses marches. Nous sommes rodés maintenant et l'équipe prend son rythme.

Françoise qui n'aimait, à la base, pas le dénivelé, ne lâche rien et nous pousse à l'administration. Une volonté de fer ma Owa !

Sur le chemin je trouve des bouteilles, des sachets plastiques que je ramasse en attendant de trouver une poubelle. Sherab suit le mouvement et à la demande de Sonam, lui explique ce geste. Cela fait tilte dans ma petite tête. Ils ne sont pas éduqués à la notion d'écologie. Ce n'est pas de la mauvaise foie mais de l'ignorance. Le pourquoi, quelle est la conséquence d'un plastique jeté à terre ? Une petite graine qui germe déjà dans ma tête !

Le stupa méritait ces efforts et entre méditation et contemplation du paysage, nous y restons une partie de la matinée avant de rentrer par la route. Nous nous arrêtons sur le parking des bus. Il nous faut partir le lendemain vers Kathmandu mais nous sommes en retard sur la réservation des bus. Les seules places qu'il reste sont celles d'un vieux car datant de quelques dizaines d'années.. Pas le choix, nous serons secoués pendant 11h sans espace ni amorti. Cette perspective ne réjouit aucun d'entre nous et mon moral en prend un coup. Un peu de fatigue, la tristesse de quitter cet endroit et une journée difficile à venir assombrit mes pensées. J'apprends à reconnaître cet état sans le juger, à l'accepter et il me faut trouver un peu de solitude pour le laisser passer sans m'y accrocher. Je prends une douche et pars marcher seule le long du lac. La nuit est tombée et je retrouve comme une ambiance de Baie des Citrons (Nouméa) en un peu plus roots. Il y a beaucoup de gens mais étrangement cela me convient. Il n'y a qu'un chemin piétonnier, le lac d'un côté, quelques bars et restos de l'autre. Des gens vendent des grillades cuitent sur place sur leur mini barbecue, d'autres des bijoux. J'aime cet endroit, il me fait du bien ! J'observe les gens en ayant l'impression qu'ils font partie de moi, ou moi d'eux. Il y a comme une unité harmonieuse, une paix, une joie. Seraient-ce les enseignements qui infusent petit à petit ? L'interdépendance, l'amour altruiste et universel...

Je prends alors conscience que c'est mon état négatif qui m'a poussé à prendre le contre-pied et j'en suis reconnaissante. Cet état de paix vaut grandement ce brouillard passager !Je suis allée jusqu'au bout de la digue et suis revenue. Sur le retour, je repère deux ou trois restos dans lesquels jouent des musiciens. C'est décidé, ce soir je veux de la musique live !

La musique me manque, autant que mes animaux. Ca me fait du bien de m'en rendre compte. Plusieurs fois avant de partir, P'pa m'a affirmé que mon départ au Népal serait un aller sans retour. Ce ne sera pas la cas et je suis heureuse de pouvoir l'affirmer. Le lieu que j'ai investi en Bretagne reste mon "chez moi", même en découvrant les merveilles du bout du monde. Je ne sais combien de temps il le restera mais pour le moment, c'est ce lieu que je veux voir évoluer au fil des saisons. Que c'est bon de se sentir enfin sa place...!!

Sur le chemin de retour, je marche avec confiance. Mon téléphone n'a plus d'internet, je ne peux contacter ni Françoise, ni Sherab pour nous retrouver mais je suis sereine. En effet, au loin dans l'obscurité j'aperçois la démarche de Sherab.. Il est ouvert à toutes propositions pour le resto et me laisse les guider à ma convenance. C'est un guitariste et chanteur qui fera basculer mon choix et notre dernière soirée sera des plus gourmandes et des plus joyeuses avant un retour dans un tambour de machine à laver !


Encore une fois mes pensées vont vers vous. Ce voyage est une confrontation permanente et n'est pas de tout repos mais il me bouscule et c'est bien cela que j'attendais.

Merci d'être là, chacun de vous. Pour vos commentaires et vos messages que je lis sans parfois y répondre mais ils me font du bien et participe à ce voyage quelque peu initiatique.

Je vous aime et vous envoie du soleil dans le coeur ! ☀️🪷🌏🙏🏽

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L'impermanence...

J'ai déposé Françoise à l'aéroport hier soir et me voilà de nouveau seule dans mon voyage.

Drôle de sentiment, drôle de retour à la "maison"...

Pour la dernière semaine de Françoise nous avons fait dans les festivités locales (et oui, chaque semaine un festival au Népal ! ) en plus de quelques jours rien que toutes les deux au milieu des montagnes.


Nous étions invitées au Dharma Center pour le festival de musique de Chobhar. Redoutant un peu le réveil à la cloche à 4h du mat', nous avons opté pour une chambre d'hôtel à quelques centaines de mètres de notre nouveau QG.

Je dois dire que les deux jours ont été vite remplis.

Nous avons été réquisitionnées pour un atelier peinture afin de remettre "à neuf" la pièce attenante à la cuisine qui sera la nouvelle chambre de Sherab et de Dhandevi lorsque ce dernier sera absent. Ma surprise fut grande et amusée lorsque j'ai ouvert le pot de peinture..... Rose bonbon !

J'ai bien mélangé en attendant que la couleur change mais non.. c'était parti pour passer quelques heures dans le monde de Barbie !

Nous avions prévu un repas "français" pour remercier tout le monde de cet accueil chaleureux, de leur prévenance, présence et de leur gentillesse. Le temps était compté et nous avons passé la matinée entre le Dharma center et la maison de Sherab pour récupérer le caramel au beurre salé et la farine de sarrasin que Françoise avait ramener. Avec taxi privé, s'il vous plaît !

Sur la route nous nous sommes arrêtés dans un super marché. Très étrange d'entrer là dedans... Comme chez nous. Que dis-je !? Pire que chez nous !

Je pensais nos rayons bien remplis mais ici ce sont des murs et des murs de produits dont les 3 dernières étagères me sont inaccessibles (problème de taille que je n'ai jamais eu en France !)

"Menu français", mais quelle idée ?! Vous feriez quoi vous si on vous demandait un "menu français" ? Et bien heureusement que Françoise était là car si n'y avait eu que moi, ça se serait arrêté aux galettes bretonnes au fromage car nous en avons ici qui ne mangent ni viande, ni oeufs !

Nous partions donc pour une ratatouille accompagnée de riz (comme ils mangent du riz à tous les repas, on ne prend pas de risque ), un gratin de choux-fleurs, des galettes bretonnes (à la poêle..!), une poêle de pdt/carottes, avec en dessert Salade de fruit et gateau au pomme ! Pour ce dernier nous avions besoin d'un four. Sherab raffolant des gâteaux et des pizzas suite à sa tournée européennes, cela a été notre don pour la communauté du Dharma Center ! Il va pleuvoir des pizzas à Chobhar !

En sortant Sherab rempli les innombrables petits papiers de tombola reçus à la caisse et il débat avec Françoise au sujet de leur future voiture gagnée.

Après la grande surface, le taxi nous emmène dans un marché sous de vieilles halles. C'est par une piste que nous y accédons et les vaches, chiens et taureaux s'y promènent comme en prairies ! Françoise est heureuse, elle voulait voir les marchés d'ici, elle est servie.

La mission fut de trouver la traduction de "persil" mais personne ne connaissait le mot anglais. Nous avons fait le tour des halles en visitant un grand nombre de commerçants mais seulement de la coriandre en vue. Au moment où nous allions baisser les bras... (c'est toujours au moment où l'on pense à abandonner qu'il se passe quelque chose !) Un petit monsieur a sorti d'un sac le précieux aliment reçu avec acclamation. Hourra !

En voiture Simone ! On a du pain sur la planche !


L'après-midi fut longue en cuisine mais la mission touchait à sa fin jusqu'à l'annonce d'un petit détail... Nous devions être 10, nous serons 22 et les convives commencent déjà à arriver..! OK....

Françoise ne se démonte pas : Ben oui, comme les restaurants gastro français, de petites portions dans de grandes assiettes !

Le dîner fut remarquablement reçu, beaucoup de compliments ! Sauf pour mon gâteau qui fut un echec (ça n'est pas la première fois, ni la dernière !)

Au dessert, Yujina vient me voir avec une "grande nouvelle". Elle m'a trouvé un créneau pour aller chanter sur la scène du festival dans quelques minutes..!

Bien enrhumée et 2 mois sans sortir une note.... J'espère qu'ils sont indulgents ou occupés à autre chose dans le village !

Évidement pas de classique (il faudrait une semaine de travail pour remettre le corps en route et sortir quelque chose de potable), ce sera donc le très vieux tube que Julien m'a appris à la guitare quand j'étais ado, 4 accords : "Zombie" des Cranberries !

Et bien mine de rien, ça m'a fait plaisir de monter sur scène... Un grand plaisir en fait. Pas de stress d'avoir ou non la condition physique car c'est de la pop et tous les enfants ainsi que les visages rayonnants du Dharma Center accueillent mon entrée comme une rock star ! Wow !

En lyrique, nous n'avons pas l'habitude que le public chante avec nous (sauf quelques fredonnements lors des grands airs de Carmen peut-être...), mais quel kiff !! Tout le monde connaissait la chanson et le refrain fut hurler par beaucoup. Vive la musique...!! 2 mois sans, purée que ça me manque !


Il est temps pour Françoise de dire aurevoir au Dharma center et nous voilà partie au travers des montagnes. Encore une fois bien secouées pendant 2h30 dans une petite voiture pour arriver dans un coin que le père de Yujina nous a conseillé : Markhu, près de Khulekani. Nous y passerons 2 jours.

Un bon repos !! 16h30 au lit ! 

Une après-midi repos et film (waw ça faisait longtemps !) qui fait du bien car le lendemain : une journée de trek en longeant le lac, traversant des ponts suspendus, montant plusieurs centaines de marches pour arriver à un petit coin de paradis, une trouée au milieu des montagnes : Une cascade !!

Sur le chemin, je fais la rencontre d'un chat maigre et calin et d'une chienne timide qui a pris le parti de nous accompagner.

Le lieu est superbe, nous sommes seules et la cascade est à nous le temps d'une baignade. (L'eau est très fraiche mais je m'en serais voulu de louper ça !)

Apéro sur la terrasse de l'hôtel qui surplombe le lac en contemplant le coucher de soleil... Nous perdons un peu le nord ici, le paysage pourrait être canadien.

Retour secouées en jeep sur Kathmandu le mercredi matin. Il nous reste l'après midi pour flâner et manger une dernière fois sur Thamel toutes les deux et retournons dans le restaurant dans lequel nous avaient emmené Genevive et Gilles. (Pensée pour vous les amis !)


Le lendemain, l'avion de Françoise décolle à 21H30 et elle n'a toujours pas vu la ville que je n'ai pas aimé mais qu'elle ne voulait pas manquer : Bakthapur !

Taxi réservé donc pour la journée et mon sentiment sur la ville fut plus doux qu'à ma première visite. Nous restons scotchées devant les peintres de thangka (mandalas ou divinités peints sur une toile de coton avec pigments naturels), une belle rencontre avec un jeune potier qui nous a offert un petit bouddha après nos achats et beaucoup de pauses photos car, il faut l'avouer, la vieille ville vaut le coup d'oeil.

Bakthapur 

Le soir arrivant, il faut revenir à la réalité d'un timing...

Sonam s'est gentiment rendu disponible pour nous accompagner à l' aéroport dans son mini-van. Françoise serait bien restée quelques jours de plus et moi je me rends compte à quel point je serais heureuse de retrouver mes animaux dans quelques semaines.. Nous prenons conscience de la chance que nous avons eu de partager cette aventure au pied de la chaîne de l'Himalaya.

Je l'accompagne jusqu'à ce que je ne puisse plus la suivre et nous nous disons aurevoir dans la file d'enregistrement. Ces moments vécus ensemble seront à jamais gravés dans mon petit coeur. Un mois qui est passé en une semaine... Quelle aventure !

Merci mille fois ma Françoise. Tu es encore en vol au moment où j'écris ces lignes et nos rires me manquent déjà. Nous nous retrouverons bientôt en évoquant ces souvenirs précieux dans ce pays loin de tout.


Je ne savais pas de quoi allait être fait la suite de mon voyage et je ne le sais d'ailleurs toujours pas mais le temps d'une soirée, cette question m'a travaillé...

Que suis-je venue chercher ici ? L'ai-je trouvé ? Est-ce suffisamment ancré ?

De quoi ai-je envie pour ces 23 derniers jours ? Cela me paraissait long jusqu'à ce milieu de journée...


Sherab étant parti pour 24h à Chitwan, j'avais prévu de profiter de cette journée seule pour aller à Thamel marcher, flâner et acheter deux trois petites choses traditionnelles que l'on m'a demandé de ramener en France.

Réveil tôt, seule dans ma chambre, je descends espérant un bon breakfast mais Tashi dort dans la cuisine et je ne peux m'y rendre sans le réveiller.

Tashi est un ami de Sherab arrivé il y a quelques jours pour 3 mois au Népal et nous partageons maintenant la maison. Il est tout ce qu'il y a de plus avenant et sympathique et je prends encore une leçon de générosité avec lui. Le proverbe "les amis de mes amis sont mes amis" lui va à merveille ! Petit à petit je découvre qu'il est réfugié tibétain vivant maintenant en Suède. Son sourire semble cacher un passé dramatique.. A la commissure des lèvres, deux longues cicatrices qui donnent à imaginer les supplices subies par le peuple tibétain toujours en proie à la cruauté de la Chine...

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C'est impensable et pourtant... Le peuple le plus pacifiste encore victime des pires horreurs humaines et ce depuis 73 ans. Des tibétains meurent encore aujourd'hui sous la tortures de l'armée chinoise et pourtant, ce peuple garde encore humour et sourire.

La "résilience" est un mot à la mode en France et souvent utilisé à tord mais les tibétains l'incarnent avec une incroyable dignité.

Sans colère, sans méchanceté dans le discours, ils arrivent à pardonner. Pardonner à ces ignorants de l'Amour, ces victimes de leur propre haine...

Il n'y a pas de mot..

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Tashi finit par se lever et je nous prépare quelques oeufs pour le petit déjeuner. Lorsqu'il me demande si j'ai des plans pour la journée je lui réponds que non, peut-être aller marcher... Pourquoi ai-je répondu cela ? Aucune idée !

Il me repond que lui non plus n'a rien de prévu. "Nous pouvons donc aller marcher ensemble ?!"


Ok... Je remets à plus tard mon petit tour solitaire et pars chercher mon sac.


Sherab m'a fait part d'un magnifique monastère au haut de la colline au pied de laquelle est bâtie sa maison. Je n'en connais pas la route mais l'idée tente aussi Tashi.

Une petite heure de marche et de papotage pour arriver aux pieds de marches (encore !). Alors que Tashi fait une pause au milieu, je découvre un grand batiment en travaux en haut qui semblent être destiné à accueillir les chambres des moines.

Deux chiens nous accueillent et l'un d'eux me tourne autour. "Ok, tu nous guides ?"

Le voilà qui se mets à trottiner devant en se retournant régulièrement pour s'assurer que nous sommes bien sur ses traces.

Nous passons le bâtiments et, d'abord occupée à remercier le chien par une caresse, je lève les yeux....... WAW......

Vous vous souvenez de ce grand monastère flamboyant que j'admirais avec envie du haut du stupa des singes ?.... Et bien voilà, nous y sommes ...

Il s'étend là, de toute sa hauteur, son immensité, ses couleurs...

Il est encore en travaux mais quel beauté...

"You know Mingyur Rinpoche ?"

Tu m'étonnes que je le connais ! Je le suis depuis un moment ! Un grand grand maître de méditation, sorti de 7 ans de retraite, il enseigne partout et ses vidéos youtube sont d'un enseignement précieux car claires, simples, accessibles et dans un très bon anglais. Il a été reconnu comme la réincarnation de Kangyur Rinpoche, le maître racine de Matthieu Ricard.


"It's his monastery !"

........

La vie est dingue...!

Comment les choses pourraient-elles mieux se passer ..? Le chemin mieux se dessiner ? Ce monastère devant lequel je bave depuis le premier jour et au pied duquel je vis depuis 1 mois est celui d'un grand maître de la méditation que je suis depuis un certain temps dans ma pratique et je suis là, chez lui.

Mingyur Rinpoche enseigne en Australie en ce moment mais tout est devenu tellement évident pour moi à cet instant...

"To practice" Le message est clair.

Je suis venue ici pour apprendre la méditation, la maitrise des émotions et schémas mentaux, le développement de la compassion et de l'Amour universel... Let's go !

Ce soir me rapproche plus encore du tibet avec la venue du cousin de Tashi. Tibétain lui aussi, je ne connais pas grand chose de lui si ce n'est qu'il est un grand pâtissier et que les gâteaux qu'il m'a montré sont superbes. Sherab est de retour, nous sommes tous les quatre dans la cuisine et de quoi parlent ces gens là dans une banale discussion ? De libérer l'esprit des pensées négatives, de l'impermanence des choses, de l'interdépendance et de cultiver la compassion et la bienveillance...


Voilà, nous sommes de retour dans mon pays de bisounours ! Ou de philosophes, à vous de voir.


Lundi la soeur de Sonam part à Rasuwa et je suis invitée ! Une région autrefois tibétaine, elle se trouve juste à la frontière de ce pays qui me fait tant rêver. Comment refuser ?! Rien que d'en voir des images, je piétine d'impatience. Quelle chance !!

Mes trois dernières semaines qui me parurent longues le temps d'une soirée me semble maintenant si courtes....


Merci la vie qui m'a laissé qu'un tout petit moment de doute avant d'ouvrir des portes, merci pour ces rencontres, pour cette chance immense de mettre tout cela sur ma route...

Évidemment, même au bout du monde, même dans un pays magnifique il y a des moments de doutes, d'angoisse, le retour de vieux fantômes, les soucis à régler à distance pour les animaux, les schémas familiaux qui nous font nous poser des questions sur la pertinence de ce voyage... Il y a ces moments là, oui. Mais tout ces gens m'apprennent à dépasser cela, à voir plus loin, plus beau, pour revenir autrement. 🙏🏽

Namaste à tous, je vous aime !

🪷🌈🌏🙏🏽✨

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Le réveil sonne à 5h, j'ai 30min pour me préparer. L'excitation me sort de la brume du sommeil rapidement et je descends avec mon sac pour attendre la voiture. Nima, la soeur de Sonam, est là, assise à côté d'un grand nombre de sacs, valises et meubles en tous genres. La jeep arrive et nous parvenons à tout attacher sur le toit. Je ne sais pas combien de temps va durer le voyage, je ne sais pas ou je vais dormir, en avant l'aventure !

La route est comme toutes les routes au Népal, mouvementée. Mais je commence à prendre l'habitude des "free massage" comme dit Sherab et la beauté des paysages fait publier les secousses !

Nous nous arrêtons à plusieurs reprises pour contrôle ou autorisation de passage. Je ne comprends pas très bien mais le conducteur déchire chaque fois un papier d'un petit calepin, le signe et le donne au contrôleur. Un coup d'oeil est jeté dans ma direction, ils se saluent et nous redémarrons.

Nima me dit qu'elle a trouvé un hotel pour moi. Super, je vais pouvoir me poser un peu, mediter et prendre le temps pour contempler le paysage.

Nous sommes maintenant au fond d'une vallée étroite qui ne laisse de la place qu'a la piste et la riviere que nous longeons. Les villages que nous traversons prennent la poussière que les véhicules de passage laissent planer derrière eux. La jeep s'arrête et je comprend que nous sommes arrivés. Une femme au visage rayonnant m'ouvre la porte. Je reconnais ces traits. Elle est sans aucun doute la maman de Nima et Sonam.

Nous descendons tout le materiel enfin arrivé de la capitale et je remonte dans la jeep pour les quelques minutes qui me séparent de mon hotel.

Je ne comprends pas tout de suite ce que je ressens. Je pousse les portes de l' établissement, la propriétaire ne parle pas anglais et nous communiquons avec le stricte minimum gestuel. Elle me montre ma chambre et tout me saute au visage lorsqu'elle ferme la porte. C'est très très loin de ce que je m'imaginais...

Le village n'est en fait que ce qui, pour nous, peut s'apparenter à un village d'autoroute. Il n'y a que la piste sur laquelle se croisent les camions chargés, la poussière, les klaxons et....... Le doux bruit de la foreuse et de la meuleuse à l'étage du dessus, dans cet hotel visiblement en travaux...

Et pourtant... Et pourtant à deux kilometres se trouve le Tibet. Au pied de la montagne que je j'aperçois derriere ce nuage de poussière, s'y trouvent les portes. Pourquoi cela me fait-il autant d'effet, je n'en ai aucune idee. Il y a comme une nostalgie de ce pays que je ne connais pourtant qu'a travers des images et des récits.

 Au sommet, le Tibet.

Il est tôt dans l'après midi cependant, le jour sombre. La profondeur de la vallée ne laisse que très peu de temps aux rayons du soleil pour y pénétrer. Il n'y a aucun chemin pour aller marcher et la danse des moteurs et klaxons m'entraîne dans une tourmente peu confortable.

Village de Timure, vue de l'hôtel 

A la nuit tombée, le froid s'installe, un courant d'air traverse ma chambre par les fenêtres mal isolées et à part une légère couverture, il n'y a rien qui puisse me réchauffer. Je n'ai pas faim mais je descends tout de même au salon dans l'espoir qu'un plat chaud me fasse du bien. L'atmosphère de la piece est aussi glaciale que le vent dehors.. C'est décider, je repars demain...


Deux bus passent devant l'hôtel en direction de Kathmandu, l'un vers 7h, l'autre vers 10h. Hors de question d'attendre ici plus longtemps et le froid m'aidant à sortir du lit, je prendrais celui de 7h. Un mauvais café avalé, je paie la chambre une fortune pour ce qu'elle offre et me pointe devant l'hôtel avec mon sac 15min en avance pour ne pas prendre le risque de louper ce premier bus. Quelques camions passent et je suis dévisagée. Pour la premiere fois de mon voyage, les visages que je croise son fermés et fuyants. Deux hommes sortent d'un truck. Le premier me demande d'ou je viens et je m'aperçois que c'est le seul ici qui ai osé m'adresser la parole. A ma réponse il poursuit "Welcome to Nepal" mais son compagnon le corrige "welcome to chine's border"... Waw... Ces mots provoquent en moi un mélange de tristesse et de colère. Est-ce de la provocation ou une simple plaisanterie ? Ils ne rient pas et je reste également de marbre.

Le bus arrive, alors que je me dirige vers le fond, un homme me fait signe de m'asseoir au premier rang, juste derrière la baie vitrée qui sépare l'habitacle de la cabine du chauffeur. Je ne moufte pas et m'exécute.

Le voyage qui avait duré 6h la veille en prit le double. Premier contrôle de police après deux kms. Le bus s'arrête et les portes s'ouvrent sur un homme en uniforme à l'air sévère (ces visages fermés ne me sont absolument plus familiers...). Il monte et fouille entièrement le bus. Contrôle de chaque rangée de sièges, des soutes, des coffres et lorsque nos regards se croisent, il échange quelques mots houleux avec le conducteur. Il me regarde de nouveau, descend et le bus se remet en mouvement.

Deuxième contrôle, même procédure mais cette fois-ci le co-conducteur me demande mon passeport. Je le lui donne, il part avec et un certain temps se passe avant qu'il ne revienne, heureusement avec mon document en main. Je ne comprends pas un mot de ce qu'il se dit. Les autres passagers ne sont pas contrôlés et aucun ne parle ni ne bouge. En 4h, nous aurons fait 20kms.... Cette fois-ci la route n'y est pour rien, les contrôles se multiplient et je comprends que ranger mon passeport dans mon sac est inutile. Au bord de la piste, un ouvrier fait signe au conducteur et ce dernier arrête le vehicule. Enfin un visage souriant ! Ils échangent quelques mots et alors qu'il se retourne mon sourire s'efface. "power China" est écrit en lettre majuscule dans son dos. Cela me confirme alors le but de tous ces contrôles. Veiller à a ce qu'aucun réfugié tibetain ne passe la frontière, s'assurer qu'aucun d'entre eux n'échappe aux pressions et à la propagande chinoise.

Et le Népal, qui pourtant abrite déjà tant de réfugiés tibétains, participe à cela...


J'ai mal. J'ai mal d'une douleur qui n'est pas la mienne, d'une profonde injustice et cruauté que je ne subis pas.

Mal de cette vérité qui me saute à la gueule et contre laquelle je ne peux rien. Mal de ce qui se réveille en moi de colère, de tristesse, de détresse. On a envahi leur pays, on a bani tout ce en quoi ils croyaient, on les a forcé renier tout ce qu'ils étaient sous peine de torture, d'enlèvements d'enfants, de meurtres. On les a forcé aux pires horreurs pour leur faire oublier leur nature et éducation pacifiste et bienveillante. Un génocide culturel une maltraitance profonde.


Vous allez me dire : "Bah ce n'est pas une nouveauté Mélodie, ce ne sont pas les premiers et nombre de cruautés ont lieu aux quatre coins du monde, on dirait que tu découvres cela !"

Mais justement, ce n'est pas une nouveauté et justement, ils ne sont pas les seuls. Et par peur de la "puissance" des gouvernements coupables, on regarde cela de loin, essayant de faire le moins de vague possible.


Bref, 10 contrôles sur 120 kms. On en vient même à fouiller mon sac et je me rends compte que le conseil de Sherab de retirer mon livre du Dalaï lama de mon sac était bon. Et pourtant.... La rebelle et grande gueule en moi aurait aimé assumer ses valeurs et convictions devant le questionnement de lois sans sens, de ses gens qui obéissent à des ordres sans humanité. Leur dire que la liberté de penser (merci Florent) ne leur appartient pas et qu'ils ne pourront jamais dissoudre une idée (référence cinématographique ?).


Je pense à tout ceux qui sont derrière cette frontière privés de liberté d'Etre et je pense à Tashi, à Phakyab Rinpoche et bien d'autres qui n'ont plus de pays depuis tant d'années.



Heureusement les montagnes sont superbes et un jeune népalais, sympathique mais quelque peu insistant et indiscret, m'oblige à sortir de la torpeur dans laquelle ces uniformes me plongent.


Entre les contrôles de police, les montagnes donnent à s'émerveiller.


Enfin sur Kathmandu, le fessier et les jambes endoloris, je rejoins Sherab et Tashi à Bodnath. Leur accueil chaleureux, généreux et infiniment bienvenu disperse le brouillard.

Il fait nuit, nous nous sommes assis en terrasse sous le regard du grand stupa bouddha et je déguste chaque sourire, chaque regard et chaque seconde de cette joie partagée de se retrouver.

A partir de ce moment là, Sherab a mit un point d'honneur à rendre mon voyage aussi joyeux et agréable que possible (ce qui était déjà le cas en outre cette petite baffe de vérité).


Tous les jours nous avions des projets et tous les jours les projets tombaient à l'eau. Nous devions retourner à Markhu, la cascade que nous avions trouvé avec Françoise, à moto !! Mais Sonam n'étant pas disponible, nous avons annulé après avoir repoussé trois fois l'échéance. Nous avions prévu de visiter un monastère et avons finalement suivi un autre chemin pour en rejoindre une nonnerie après 2h de marche dans la jungle. Mais bien accompagné, l'improvisation est délicieuse.

Notre nouveau mot d'ordre "no plan!".

Toujours en très bonne compagnie...

Ce monastère au milieu de la jungle est d'une sérénité assez dingue. Et le fait que seules des femmes y vivent donne à ce lieu une énergie particulière. Ou que se posent leurs regards, elles portent toutes dans le sourire un amour profond et maternel.


Au moment de notre visite, elles étaient en cérémonie dans le temple. Le son des énormes trompes parcourait la jungle et les tambours faisaient trembler l'air. Sherab m'a proposé d'y entrer. -"No thanks" -"Why ?" -"euh... Because..."

C'est vrai ça, pourquoi ?

Comment lui expliquer ma timidité ? Et d'ailleurs, qu'est ce qu'elle revient faire ici elle !

Sherab esquisse un sourire mais n'insiste pas. Tashi, lui, est plié en deux à côté..

"-Shy ? You are shy ? This is the first time I've met a shy foreigner. Foreigners are never shy!"

Je m'étonne de cette constatation. Je connais pleins de gens timides par chez nous, je suis loin d'être la seule !

Mais cela donne peut être un indice sur comment sont perçus les Européens ici..

Un monastère au milieu de la jungle. 


Le lendemain de cette longue marche, un maître donnait un enseignement dans le White monastère, non loin du grand stupa.

Je ne le savais pas encore mais le grand maître que j'allais rencontrer n'allait pas être celui auquel je pensais....

Sangmo, une amie nonne, m'y accompagna et m'expliqua le déroulement de l'enseignement.

Des centaines de personnes étaient attendues pour 13h. 12h45 j'étais assise sur l'un des coussins alignés contre le mur et je compris très vite qu'encore une fois, l'horaire népalais ne ferait pas exception.

Les heures passèrent, la grande pièce et la tente de retransmission à l'extérieur se remplirent et je ne pouvais lire aucun soupir ni aucun agacement sur les visages malgré l'attente. Tous se parlaient comme s'ils avaient " gardé les vaches ensemble" avec des sourires scotchés sur les visages. C'est un moment idéal pour pratiquer et accueillir toutes ces vibrations.

Un petit garçon me sorti de ma méditation. Un petit bonhomme au grand yeux noirs qui marchait depuis peu, un an et demi peut être. Il était debout devant son grand père à l'affût de tout. Lorsqu'il me regarda, il joignit ses mains en signe de Namaste et s'inclina...

Soudainement très émue, je fis de même.

Son calme, son regard et son petit sourire en coin me faisait penser à un grand sage coincé dans un corps d'enfant. J'étais scotchée.

Il jeta un coup d'oeil à son grand père et traversa la dizaine de personnes qui nous séparaient, droit sur moi.

Était-ce la première fois qu'il voyait une étrangère, une drôle de personne aux cheveux clairs et à la peau blanche ? Était-ce de la curiosité ?

Son petit corps devant moi, il joignit de nouveau les mains et posa doucement son front contre le mien... (Lier le troisième oeil). Il me tendit ensuite les bras et vint se blottir dans les miens...

Son grand-père et sa maman regardaient la scène avec amusement. Moi j'étais au bord des larmes. L'étreinte dura quelques secondes et il repartit droit vers sa famille.

Mais qui est ce petit Être ? Nous connaissons nous déjà ?


Ici ils parlent de "connexion karmique". Vous savez, lorsque vous rencontrez quelqu'un pour la première fois et que vous avez l'impression de le connaître depuis des années ? Et bien voilà, ça peut en être un signe.

Le signe de l'avoir connu plus ou moins bien dans une vie antérieure (si l'on a cette croyance).

C'est sans doute en partie cette sensation qui m'a amené à m'intéresser au bouddhisme. L'idée de réincarnation expliquerait, à mon sens, beaucoup de choses. Au delà des rencontres : Les talents innés, l'intérêt et la passion pour certaines choses pourtant totalement étrangères à notre éducation, notre entourage ou notre environnement...


Rinpoche arriva enfin, après 4h d'attente, mes genoux douloureux de toutes ces heures assise en tailleur j'écoutais les premiers mots et dû étouffer un rire. L'enseignement n'était donné qu'en tibétain avec traduction népalaise... La raison de ma venue ici n'était donc pas l'enseignement en lui même mais bien cette rencontre adorable.

Encore une heure à me nourrir de cette atmosphère et à masser mes genoux avant de sortir discrètement laissant ce petit bonhomme endormi dans les bras de sa maman.



Depuis quelques jours nous avons pris l'habitude avec Sherab de faire "kora".

Cela consiste simplement à faire le tour du stupa dans le sens des aiguilles d'une montre en développement le sentiment de compassion par la marche, la prière, la récitation de mantras ou simplement la contemplation. C'est aussi pour moi le début d'une rigueur et un plaisir de voir le jour se lever sur ce lieu plein de magie, d'histoire, de spiritualité et de singes ..!


Mais ce jour du 10 décembre me fut moins agréable que les autres...

Nous nous retrouvons comme tout les matin à 6h dans la cuisine puis descendons dans la rue en direction du stupa. Un passant accoste Sherab, ils échangent quelques mots et je vois le visage de Sherab habituellement lumineux s'assombrir un peu. Je ne comprends pas tout de suite ce qu'il se passe jusqu'à distinguer ce qui semble être un barrage de police plus loin. Nous sommes le 10 décembre, anniversaire de la remise de la médaille de la paix du Dalaï Lama mais à ce moment là pour moi, il n'y a pas de lien.

Alors que nous faisons face aux petits bonhommes en uniformes, l'un d'entre eux stop Sherab dans sa marche et un autre me fait signe de passer. Mais je reste derrière Sherab et commence à m'inquiéter lorsque le ton de la police se durcit. Ils montrent du doigt la tenue vestimentaire de Sherab et je crains de comprendre la raison de leur présence. Sherab garde son calme, l'échange dure quelques minutes et ils finissent par nous laisser passer.


Des nonnes et moines habituellement nombreux sur ce trajet, Sherab en est aujourd'hui le seul et les passants le saluent avec plus de respect encore que les autres jours. Nous traversons 3 barrages de la même façon...

Aujourd'hui est un jour particulier pour les bouddhistes, je rappelle que nous sommes au Népal, pays qui n'est "normalement" pas sous contrôle chinois, et pourtant... Pourtant les forces de l'ordre sont dans la rue en très grand nombre et les personnes sur qui ils font pression sont celles qui affirment clairement, entre autre par leurs vêtements, suivre les enseignements du Dalaï lama. Dans un autre temps, c'étaient des étoiles jaunes...

Ils n'ont aucun droit mais ont reçu l'ordre, par le gouvernement, de descendre dans la rue, d'arrêter chaque religieux, de leur faire croire qu'ils ne sont pas dans leur droit et d'attendre toute la journée qu'il en vienne d'autres.


Encore une fois, la colère mêlée de tristesse me brûle la gorge et le sourire et la sérénité de Sherab ne réussissent pas encore à calmer mon indignation face à cette corruption.


En rentrant, Tashi rit de ma réaction (mon admiration pour leur détachement et leur sagesse restera sans limite ..!). J'apprends alors enfin pourquoi la Chine s'est donnée , et se donne encore, tant de mal pour assouvir son pouvoir par la force. Encore une fois me voilà bien naïve. Évidemment, l'avidité et l'appât du gain. Ces montagnes sont truffées de lithium et de métaux précieux et il fallait bien trouver une raison dite "politique" pour justifier leur invasion et leur appropriation du pays...


Je suis face à un homme qui a perdu son pays, son passé, qui a subi tant de cruauté et qui m'explique avec une tendresse dans le regard que tout cela est pour le profit de quelques "puissants" de ce monde.

A ma question "qu'est ce que l'on peut faire ?" Il me répond : En parler.

Simplement le faire savoir et dissiper le voile de silence sous lequel nos politiques cachent nombre de sujets.


Ces lignes assombrissent le récit et cela est peut-être moins agréable à lire, j'en suis désolée. Mais tout cela fait parti du voyage et la vie pensait visiblement la confrontation nécessaire.


Mais hauts les cœurs chers amis !!!!!

Si il y a une choses que ces gens enseignent c'est la résilience, la joie et l'émerveillement à chaque instant !!

Les plaisirs sont présents et intenses chaque jour. Comme celui de commander un taxibike pour traverser la ville pour 2e et qui plus est, à moto et sans casque ! C'est bête mais quel sentiment de liberté cela procure-t-il !

Je crois que, mine de rien, c'est une des choses futiles qui va me manquer...

La température a bien baissé et il n'est plus question d'enlever les pulls et les vestes. 2 mois sans pluie (oui, j'ai conscience de ma chance !!), nous descendons autour des 5° la nuit et 15° la journée. Mais ici, pas de chauffage à l'intérieur pour tenter de se réchauffer une fois que le corps s'est refroidi ! Trois couettes pour dormir, et de grosses chaussettes aux pieds !

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas.

Nous avons également visiter le jardin botanique de Kathmandu, lieu de recherche et d'enseignement. Situé à Godawari, au sud-est de la ville, au milieu des montagnes et des oiseaux tropicaux se dressent nombre de serres luxuriantes.

Jardin botanique .

Dans une semaine je serais en train de fermer mes valises avant de partir au Dharma Center dire au-revoir au lieu, aux gens, aux enfants, à ce chien filou qui s'est assagi au fil de nos interactions...


Entre temps, "no plan". Je sais seulement que je pars ce soir dans le monastère/école qui nous avait accueilli Françoise et moi début novembre mais cette fois ci, avec une cargaison de fruits pour amener à ces enfants un petit plaisir sucré le temps de quelques repas.

Et cet après-midi, la première séance de ramassage de déchets et de sensibilisation à l'environnement pour le village de Chobhar. Séances qui seront maintenues chaque semaine après mon départ et que je suivrais de loin, à l'autre bout du monde.


Visages et paysages du Dharma Center 


Des nouvelles de Yujina :


Les choses ont été un peu bousculées. Son mari est tombé malade au Portugal et épuisé de l'attente, voulait renoncer et rentrer au Népal auprès de sa femme.

De mon côté, après nombre d'échanges auprès de népalais ayant de la famille en France, je me suis rendu compte qu'il serait plus facile de lui obtenir un visa francais après quoi une démarche sera mise en place pour lui trouver un travail dans la restauration (domaine en manque de personnel en France et ayant des facilités administratives pour embaucher d'autres nationalités).

En ayant un visa francais, elle pourra alors rejoindre son mari au Portugal ou lui, la rejoindre en France.

Pour m'assurer de toutes les démarches, j'ai enfin réussi a obtenir le contact de l'ambassadrice népalaise en France que je rencontrerai début janvier.


La cagnotte est donc en attente et je vous remercie encore mille fois pour votre générosité ainsi que vos pensées.



Que mes pensées vous trouvent en pleine forme en cette période fraîche et humide de préparation des fêtes.

Je vous aime ✨🌷🙏🏽🌈🪷🌏

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Mille pardons...

Mille pardons de ce silence et un grand merci pour vos messages. Cette étape me fut douloureuse à achever car je pensais qu'elle mettrait un point final à ce voyage mais il n'y aura pas de point, il n'y aura que des virgules.




Porte d'embarquement 6. On y est. Enfin... j'y suis...


Je me suis shootée à tout ces derniers moments, à tout ces lieux, toutes ces odeurs, toutes ces ambiances et même ces bruits.


Les derniers jours furent à l'image du voyage, intense en vie, en joies et en amour.


Je ne pensais pas ce départ difficile.


Ces derniers jours, je ne ressentais plus le voyage, je vivais. Acclimatée à ce pays, à ces gens. Toujours émerveillée par ces sourires, cette facilité de communiquer, cette confiance naturelle et évidente en l'autre, ces paysages devenus si familiers, la façon de se déplacer, de planifier (ou plutôt de ne rien planifier). Tout ce qui fait s'épanouir pleinement en moi ce qui reste timide et silencieux chez nous. Ma foie en l'humain ici n'est pas un signe de naïveté, elle est partagée.



Je suis retournée à Pharping, au monastère école dans lequel nous avions été logé Françoise et moi. Ce lieu m'est cher, je ne saurais trop dire pourquoi. La paix qui y règne, les valeurs, la simplicité et la joie que ces enfants dégagent... Eux qui, souvent sortis d'une famille dans le besoin, s'imprègnent de compassion, d'altruisme et travaillent à développer chaque jour la pépite d'amour que l'on a tous en nous.


L'accueil fut des plus chaleureux. Pempa est venu me chercher à Chobhar à moto, pour mon plus grand plaisir. La route pour Pharping est à flanc de montagne, la totalité du tronçon est goudronnée et sa hauteur nous donne à savourer la vue sur les cultures, les villages et les rivières. Waw.... Je profite de chaque mètre de cette route et de ce qui la borde, le vent en pleine face, les cheveux occupés à faire des nœuds, les yeux grands ouverts, le sourire aux lèvres (tout cela espérant ne pas croiser un essaim de moucherons !).


Après une longue montée de secousses, nous voilà arrivés devant le portail qui s'ouvre sur les nombreux petits moineaux en pause. La chambre avec la plus belle vue m'est réservée... Elle est grande, un vrai lit, de l'eau chaude, du PQ... Quel luxe !!!

Je retrouve enfants et enseignants avec grande joie, le chant avant de manger, le thé tibétain au petit déjeuner et bien que le goût me parût étrange il y a 2 mois, il m'est aussi plaisant qu'un bon chocolat chaud maintenant.

Je suis là pour quelques jours...( Enfin... Je le pensais.... )

J'y voyais enfin ma courte retraite s'y dérouler avant le grand départ et j'en était ravie.

La cloche du petit-dej me sors d'un profond et paisible sommeil. Il est 7h et les enfants sont déjà debout depuis plus d'1h. Je saute dans mes vêtements pour me plonger dans leurs cris, leurs rires, leurs discussions, leur joie avant qu'ils aient fini de manger. Lorsque je descends, certains font déjà leur vaisselle, d'autres attendent que les derniers finissent leur bols pour balayer la salle. Je me sers thé et chapati dans la salle des profs et emmène mon festin dehors sur la terrasse. La vallée se réveille baignée d'une lumière orangée qui chasse la brume pour dévoiler ce paysage sublime dans lequel l'activité humaine épouse à merveille la nature sauvage. Les petits moineaux apparaissent au compte goûte dans la coure en contre bas. C'est l'heure de la mémorisation. Tous viennent dehors, certains s'assoient en petits groupes pour se faire réciter, d'autres s'isolent et lisent face à la vallée, d'autres encore s'assoient face à un mur pour tourner le dos aux distractions. Là encore, les plus grands aident les petits et certains enlèvent bonnets et manteaux pour les donner à ceux qui ont le plus froid. Je remarque alors que certains sont en t-shirt sous leurs grands châles bordeaux et à en juger par leurs démarches, ils ont froid. Lorsque Pempa me rejoins il m'explique que le monastère donne à chacun une tenue entière lorsque les enfants arrivent, en grandissant ils laissent leurs vêtements aux plus petits et récupèrent ceux des plus grands mais lorsque les vêtements ont fait leur temps, il faut attendre que le monastère ai assez d'argent pour investir de nouveau dans des vêtements chauds. Mais ce dernier dépendant exclusivement des dons et des quelques revenus que les professeurs peuvent ramener, il n'est pas facile pour eux d'habiller une soixantaine d'enfants...

Pempa m'explique beaucoup de choses sur le fonctionnement de cette école, il a connaît par cœur.

La famille de Pempa est agricultrice et vit à la frontière tibétaine dans la région de Rasuwa. Vers l'âge de 10ans, ne pouvant lui assurer une éducation, ses parents l'ont envoyé à Pharping dans ce même monastère. Il a grandit entre ces murs, dans cette coure, dans les rues de ce village. Ces années ici lui ont permis de pouvoir prétendre à la continuité de ses études en Inde pendant 9 ans avant de revenir enseigner et participer à l'éducation d'enfants a qui l'on donne cette chance, comme on le lui a donné. J'ai appris également que pour un jeune, n'ayant aucun moyen, les études supérieures étaient généralement sponsorisée par une ou plusieurs familles occidentales, un système de parrainage. Qu'y a t-il de plus bénéfique que de donner la chance à un enfant d'accéder à la culture, à la connaissance...? Là encore, ce lieu, et plus encore ces habitants, m'ouvrent les yeux sur le gouffre qui nous séparent de ces pays dans le besoin et de la chance que nous avons d'accéder à tout cela naturellement.


Après de longues heures à discuter, Pempa me demande quels sont mes projets pour la journée :

Monter les centaines de marches,"l'escalier des drapeaux", pour trouver le calme et la jungle en haut. Devant son air inquiet, je l'interroge... Il s'inquiète de me voir partir seule car la jungle est dangereuse dit-il. Je souris mais je le vois tout à fait sérieux devant mon inconscience.

En France, lors d'une balade solitaire dans la forêt, la seule chose dont nous pourrions éventuellement nous méfier, c'est un humain un peu alcoolisé. Ici, ce sont les ours et les jaguars...


Il est tôt mais le soleil tape déjà bien fort. Mon ascension n'est pas bien rapide car toute chose est source d'émerveillement. La vue sur la vallée encore brumeuse, l'entrelac des milliers de drapeaux que fait danser le vent, un insecte qui se fraye un chemin dans l'herbe, le chant d'une cigale, le vol des aigles qui planent et tournoient au-dessus de la montagne...

Au sommet, je trouve un petit coin reculé du chemin, à l'ombre d'un sapin, m'assoie et entre en pratique. Le lieu est idéal et j'en sortirai trois heures après. Beaucoup de chosess remontent au fur et à mesure de la concentration. Le "crazy monkey" dans ma petite tête se calme assez rapidement. Certaines pensées arrivent au ralenti, je les accueille, les regarde passer, je pleure parfois et les laisse s'en aller...

L'après-midi, nous la passerons Pempa, Yujina et moi à visiter les nombreux temples et grottes sacrées du coin avant de commander cafés et "lassi banana" à la nouvelle Guest House du village.

Le soir même, Sherab m'annonce qu'il part dans deux jours enseigner au Vietnam, il va être très occupé pour préparer son voyage et me propose de passer un peu de temps ensemble avant le départ. Ce sera donc ma dernière nuit à Pharping...

Je profite de cette dernière soirée là bas, sur la terrasse du monastère. Il fait nuit. Nuit noire. Il n'y a pas d'étoile. Je n'ai pas vu d'étoile ici. Les lumières de la ville ? La pollutions ? Se rassemble-t-elles toutes au sommet de l'Everest, au plus proche de ce qu'il y a dans ce petit monde ? La nuit est douce, la jungle est paisible, je me sens toute petite et faisant partie du tout.

Ma retraite fut bien courte et mon cœur se vrille en quittant ces lieux. Bien que ceci ne soit pas très constructif, je ne peux m'empêcher de penser que je serais loin de ces lieux dans quelques jours, qu'il n'y aura plus trace de moi ici, peut-être n'en n'aurais-je plus trace non plus en moi. Comme un rêve évanoui. Alors j'essaie d'avaler toutes les images, les odeurs, les sons, les sensations. Je tente de les engloutir et de garder ce goût sucré en moi, rien qu'à moi, pour toujours les retrouver.

Arrêt visite sur le retour de Pharping 

Et voilà que les jours s'enchaînent bien plus vite que je ne l'aurais souhaité. Les repas d'aurevoir dans les différentes maisons de personnes rencontrées, appréciées, aimées et quittées... J'emmagasine les sourires, les regards....

Sherab s'en va en premier et moi je serais bien restée.. Notre Au revoir est rapide et se fait à la fenêtre de la voiture. Nous ne sommes pas tristes, nous restons en contact et nous nous retrouverons bientôt.

Cérémonie d'Aurevoir avec Sherab derniers moments à Chobhar. 

En repensant à ces quelques jours à Pharping, les mots de Pempa continuent de tourner dans ma tête.... Je prends alors contact avec le directeur d'un magasin de trek qui avait vendu une veste à Françoise il y a quelques semaines de cela. Devant mon "aisance" à négocier (ce pour lequel j'étais une vraie bille avant de découvrir les commerçants népalais) il s'était montré curieux, nous avions discuté, sympathisé et il m'avait laissé son contact dans l'espoir de me faire découvrir son agence de trekking ainsi que les actions humanitaires qu'il organise. Nous convenons d'un RDV lors duquel je lui propose de devenir mon partenaire pour 30 vestes d'hiver taille enfant à prix coûtant pour un don au monastère/école de Pharping. Il accepte la proposition....! Les vestes seront prêtes le lendemain de mon départ... Parfait !

Mission accomplie pour les petits moineaux de Pharping ! Un travail d'équipe. 

Pour mon dernier jour, je me suis fixé un programme et cette fois-ci, rien ne pourra m'y faire renoncer. Je traverse le ring enfumé, bruyant et grouillant. Je m'amuse des klaxons, des nombreux taxis qui me font signe sans grande conviction, des petites dames assises sur un muret poussiéreux qui regardent silencieusement passer le temps. Les valises sont faites mais il me manque deux ou trois petites choses que je voudrais ramener d'ici. J'entre dans l'épicerie du cafard (vous vous souvenez ?), elle est toujours si encombrée qu'on ne peut s'y croiser. J'y trouve du thé tibétain en poudre et des épices. Au moment de passer en caisse, le propriétaire des lieux qui m'est familier maintenant m'annonce le prix en népalais. Je ne percute pas tout de suite et je répète bêtement ces mots plusieurs fois dans ma tête comme si la traduction m'était accessible. Nos regards se croisent et il se met à rire de bon cœur. "You don't know nepali language ?! But you are local people now !". Je photographie son visage dans ma mémoire et lui dit aurevoir.


Les RDV cafés avec Tashi

Le midi je mange avec Tashi à la maison. Nous nous faisons notre petit rituel des moments ensemble : café au lait, œufs fris et smoothie maison ! Il est de ces gens avec qui la complicité est facile et naturelle. Tant de merveilleux moments et tant de rire ensemble.... L'après-midi il doit partir chez son cousin et pour ma part.... J'ai deux stupas à aller saluer... Comme tant de fois ces deux derniers mois, je monte au stupa des singes en passant devant la fontaine de Shakyamuni, derrière le bureau de caisse à touristes et monte les innombrables marches, maintenant sans mal. Le soleil caresse des ses derniers rayons la crête des montagnes à l'ouest. Quelle meilleur endroit pour voir une dernière fois le soleil se coucher à Kathmandu ..? S'assoir au milieu des singes et observer le merveilleux spectacle d'un coucher de soleil colorant de mille feux les sommets enneigés de l'Himalaya... Le soleil décline et se cache derrière cette ombre de jungle pour laisser place à la lune, déjà haute, déjà belle, éclairant à son tour de sa pâle blancheur le dôme fantomatique du stupa.

Je respire profondément cet air pour en imprégner mes cellules, pour que tout ce qu'il représente continue à me transformer, pour en garder secrètement en moi lorsque je serais là bas...

En descendant les marches, je croise des occidentaux et je les envie... Nous échangeons un sourire timide que j'aurais voulu plus franc et leur souhaite de belles rencontres et les mêmes larmes qui ont coulé sur mes joues devant les immensités de ce pays.


J'appelle un taxi-bike et nous traversons la ville dans une circulation des plus denses pour rejoindre le grand stupa de Bodnath. En entrant sur la place, je me laisse entraîner par ce flux de marche infinie autour du dôme.

Lorsqu'on était petits, ma grand-mère nous emmenait, mon frère et moi, à la piscine Jules Verne à Nantes. Ce que l'on y préférait c'était "le torrent". Un couloir circulaire d'eau dans lequel le courant artificiel nous portait sans effort et qui était source de jeux, de joie et de rires pour nous. C'est un peu cette sensation que je retrouve ici.

Depuis le XIVe siècle, il voit sans cesse foule de gens lui tourner autour en récitation de mantras, en prière, en méditation marchée, en réflexion et tout cela dans l'intention de rendre le monde meilleur, dans le souhait de supprimer pour autrui les causes des souffrances et d'adoucir la vie de tous. Cette énergie, on la ressent, on la vibre on s'y plonge, comme dans le "torrent" de la piscine Jules Verne.

Après quelques tours, je monte sur l'une des terrasses du restaurant, ma préférée, celle où Sherab, Tashi et moi étions venus à plusieurs reprises. Une petite table m'attend au plus près du stupa et le serveur y dépose avec un sourire complice un Lassi banane. Le Dal Bhat commandé ne tarde pas à l'accompagner et le serveur s'étonne de me voir seule. Mais seule je n'ai pas l'impression de l'être. Je suis en paix, mon passé n'est plus, mon futur n'est pas et je suis là, simplement là. Je savoure alors chaque bouchée de ce délicieux repas sous ce regard, que je comprends à cet instant intensément, celui de Buddha...

Au retour, comme s'il le savait, le tout jeune taxi-bike driver nous fait passer dans les rues qui me sont les plus familières. Thamel, le carrefour où nous avions croisé Geneviève, la place Tahiti, la rivière de plastique, la rue pavée face aux marches du stupa, notre "black restaurant" préféré avec Tashi, le ring puis la maison....


Le lendemain, mes yeux s'ouvrent sur les valises bouclées. J'ai peu de temps avant que les autres arrivent. "Les autres" je ne sais pas encore qui, mais Yujina m'a dit qu"ils" allaient venir. Tashi m'attend en bas avec un verre d'eau chaude et nous décidons de le boire sur la terrasse pour profiter de la chaleur et de la lumière du soleil (je ne pensais pas à ce moment là à quelle vitesse ces moments allaient me manquer..!). Et pour cette matinée un peu exceptionnelle, je décide de marquer le coup en m'intégrant complétement à la vie locale : J'ose enfin ! Je sors brosse à dents et dentifrice sur la terrasse et, la bouche pleine de mousse, je salut chaleureusement les voisins qui, la brosse à dent dans la bouche eux aussi, me renvois le bonjour le plus naturellement du monde ! A que c'est bon les petits rituels de voisinage !!!

Plus tard Yujina, Dhandevi et Pempa sont arrivés, les bras chargés de sacs de courses. Pempa me demande de m'asseoir et je les observe tous les quatre dans la cuisines, s’afférer à me faire à manger. Ce sera Dal bhat (je n'arrive pas à m'en lasser !!), momos sucrés et nouilles aux légumes. Bonheur !! Pour le dessert, Pempa me demande de le suivre une dernière fois sur sa moto pour faire "kora" et l'attention me touche énormément. Il m'emmène donc faire le tour du stupa trois fois d'affiler, pour la bénédiction, pour me souhaiter un voyage sans danger, pour amener avec moi protection et me souhaiter longue vie. Une attention que l'on ne prête normalement pas aux touristes, mais à sa famille...

Lunch avant le départ en merveilleuse compagnie 

L'heure fatidique approche et avec elle, la petite camionnette de Sonam. J'aime l'idée de repartir comme je suis arrivée, dans cette toute petite camionnette avec mon chauffeur préféré, un portrait du Dalaï Lama pendant au rétroviseur et un moulin à prières solaire en plastique doré posé face chauffeur. Les sacs prennent la moitié de la place à l'arrière et nous nous entassons Dhandevi, Yujina et moi à leurs suites. Tashi prend la place de copilote et Pempa nous suit à moto. Nous voilà à l'aéroport, les bagages sur un chariot et malheureusement, il n'y a pas foule devant moi. Chacun avait emmené une Katha, écharpe en soie blanche que l'on offre traditionnellement à un lama, qui symbolise la pureté, la bienveillance, le bon présage et la compassion et chacun leur tour me les ont passé autour du cou. Nous nous sommes pris dans les bras, nous nous sommes dit "à bientôt" puis les portes automatiques du passage de la douane se sont refermées.... A l'intérieur les regards se tournent vers moi et tous le monde me laisse passer. Le grand nombre de katha sur mes épaules n'y est pas pour rien et il est étrange de se dire que dans quelques heures, ces symboles si importants ici ne seront plus que des bouts de tissus là bas.

Le premier vol pour Delhi ne dure qu'une heure trente, cette fois-ci je suis du bon côté et je reste le regard vissé sur les sommets majestueux de cette chaîne de montagnes unique. C'est dur... Pourtant sans passion pour la neige ni la montagne, celles-ci, je ne veux pas les quitter. Elles sont chez moi, au fond, je le sens maintenant.

L'hôtesse sert un plateau repas toujours aussi épicé, sans intérêt et de toute façons, je n'ai pas faim. Je les imagine vaquer déjà à leurs occupations, retrouvant leur vie "d'avant".


Arrivée à Delhi, nous devons (encore) passer les contrôles de douane, et je prends ma première baffe. A 1h30 de vol, l'humanité a déjà changé. Plus de sourire sur les visages et la première chose que je semble inspirer à ces gens est de la méfiance. Me voilà redevenue une inconnue sans intérêt alors que je tente de continuer à les voir tous comme des camarades. 19h à attendre avant mon prochain vol... Le temps risque d'etre long..

Dans la file avant de passer la fouille au corps, je m'accroche au seul sourire qui m'est offert et c'est celui d'un français qui arrive passeport en main derrière moi. Pensant que nous venions tous deux du même monde fantastique je lui chuchote "aimables comme des portes de prisons, ça fait plaisir...". Et il me répond sans surprise "qu'il ne s'agirait pas de manquer à leur réputation". Nous nous retrouvons dans le couloir et constatant que nous allons au même endroit, nous entamons la discussion. Il s'appelle Omar, il est franco-américain, il travaille et vit à Dubaï (qu'il a quitté quelques heures plus tôt) dans les énergies renouvelables et rejoint sa nièce en Corée pour quelques jours de vacances.

Dans le hall de transit, il cherche le Lounge Air India et insiste pour que je le suive. J'ai beau lui expliquer que je ne vole pas sur cette compagnie et que ma classe économique ne me donne pas le droit à ce type de lieu, il m'y conduit. Évidemment, une fois à l'accueil, nous nous voyons refuser l'accès. Enfin... Je me vois refuser l'accès. Aucun souci, je le rassure en lui disant qu'il y a une salle de "sommeil" dans l'aeroport et que j'y serais très bien, mais rien n'y fait. Il tente de faire croire à l'hôtesse que je suis sa femme et que malheureusement, je ne vole pas avec lui. Au bout de plusieurs dizaines de minutes, un grand homme japonais que l'on avait croisé en arrivant revient à l'accueil. Surpris de nous revoir au même endroit, il demande à Omar ce qu'il se passe. Ce dernier entame l'explication en.... japonais. Avouant sûrement à ce grand monsieur que je ne suis pas sa femme mais qu'il tente de me faire entrer. A ce moment là, ma gêne laisse place à l'amusement. Ce que je vis est totalement incongru et ce n'est pas fini !! Le japonais fouille dans sa poche et sort sa carte de crédit qu'il pose sur le comptoir puis me prend par la main pour m'emmener dans l'immense salon aux canapés moelleux "she's friend, she is my guest, all it's ok". Je jette un regard sur l'hôtesse bien embarrassée. Le grand homme se retourne, nous souhaite un bon voyage et s'en va s'assoir devant son ordinateur, son téléphone et sa théière. J'essaie d'analyser ce qu'il vient de se passer mais mon compagnon de lounge a déjà demandé à l'hôtesse de me préparer une chambre et de m'ouvrir une salle de bain afin de m'y rafraichir. Son avion décolle dans quelques heures et il me laisse profiter de tous le confort dont il peut disposer en buisness class. Nous papotons encore et nous disons aurevoir lorsque l'hôtesse de l'accueil, encore courroucée par l'audace de mes camarades, vient me chercher pour m'accompagner à la chambre.

Dans la chambre, je prends conscience du gouffre de contraste que j'ai enjambé en quelques heures. La salle de bain est immense et l'eau chaude sans restriction. Il y a à boire et à manger à volonté mais je ne me sens pas nourri pour autant. La chaleur humaine et la sincérité manquent. Ici nous ne sommes pas égaux. Et pourtant ces deux hommes qui ne me connaissaient pas, m'ont permis de prendre une bonne douche chaude au milieu de mon voyage par pure gentillesse.

A peine endormie, l'hôtesse plus courroucée que jamais frappe à la porte. Omar est parti prendre son avion, je ne suis plus une invitée ici, il me faut prendre mon sac et déguerpir... Ce que je fais. Les 16 heures qui vont suivre seront un supplice car je les passerais malades, littéralement vidée, à guetter un fauteuil libre à moins de 10m des toilettes pour ne pas m'en éloigner.

Pour le second vol, je parviens péniblement à rejoindre la porte d'embarcation, de baragouiner un "thank you" au contrôleur, marcher je ne sais comment jusqu'à mon siège et m'y effondrer. Nous sommes le 24 décembre au soir et nous ne sommes pas nombreux à voler. L'avion décolle, je refuse toute alimentation mais je demande de l'eau. Chaque passager s'occupe comme il peut. Lorsque j'allume l'écran en espérant trouver un film qui puisse anesthésier mon cerveau et mon attention, c'est l'image de l'avion survolant le globe qui se présente. Et à ce moment là, prise de sanglots, je prends conscience que mes vomissements n'ont rien de viraux, mais que le corps réagi à ce que la tête ne veut admettre. Je ne laisse pas que des souvenirs derrière moi et mon cœur grand ouvert subit la violence de la distance.


Mon retour s'est bien passé. J'ai retrouvé avec joie ceux que j'ai laissé et rien n'avait changé. Il ne s'était passé que deux mois mais j'ai eu l'impression de vivre une vie.

Je dois accepter de ne pas seulement être dans la gratitude et la joie mais aussi dans la tristesse. Et malgré ma volonté il y a ces choses à accepter. L'impermanence.... N'est-pas l'une des grande notion du bouddhisme ?


Qu'ai-je trouvé là bas ? La confiance... Et je suis décidée à prendre grand soin de cette porte qui s'est ouverte dans mon cœur. Mais aussi une famille... Les bouddhistes parlent de famille karmique, les "âmes" qui se suivent au travers des vies. C'est sans doute le cas. Des personnes qui illuminent plus encore ma vie, maintenant que je sais qu'elles existent. Comme la découverte de petites bougies au loin qui éclairent plus fort le monde.


Le retour va encore être long mais des choses se mettent déjà en place : La décision de création d'une association humanitaire pour participer à l'éducation des enfants de Pharping est prise et lancée. Dans l'idée de parrainage, d'une correspondance avec une école d'ici pour apprendre à nos enfants qu'une autre vie se déroule au bout du monde et que la différence n'est que dans le lieu de vie, l'idée de concerts caritatifs avec vente de produits artisanaux pour leur envoyer des fonds.....


Aujourd'hui, j'ai trouvé l'enseignement que j'étais partie chercher et c'est ce voyage entier qui me l'a inculqué :La vie n'a pas de sens si elle n'est pas tournée vers l'Autre. Et je compte bien en orienter la mienne dans tous ses domaines.


Merci à vous tous pour vous petits messages et vos pensées. Merci d'avoir été là et vivement tous vous serrer dans mes bras pour celles et ceux que je n'ai pas encore retrouvé. Que la vie vous soit douce et joyeuse.

Vous serez les grands bienvenus pour participer à l'aventure des petits moineaux de Pharping si le coeur vous en dit.

🌏🌈🪷Namaste à tous, je vous aime ! 🙏🏽✨

MERCI !!!