À propos

Nous c'est Mel & Arnaud, alias Tous Azimuts. À bord de notre fourgon Totoro, nous sillonnons les routes de la France à l'Asie, à la rencontre des beautés du monde & de nous même.

Traversée du Pakistan en van

* Km 24 708 - Km 27 032 * Depuis notre départ, il y a bientôt 1 an, il a fallu attendre l'Iran pour se sentir dépaysés. Mais au Pakistan, c'est vraiment un autre voyage qui commence...
Du 1 au 25 octobre 2023
25 jours
Dernière étape postée il y a 257 jours
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1er - 5 Octobre 2023

Notre itinéraire. 

Passage de frontière ---> Taftan

Nous nous réveillons dans l'enceinte du Sanctuaire de l'Iman Reza, car hier soir, la police n'a pas voulu que l'on dorme sur les abords de Mirjaveh, dernière ville avant la frontière. C'est un véritable caravansérail moderne : dortoirs avec frigos, 120 douches, autant de WC, de l'eau potable, distribution de thé et de pain le matin, le tout derrière de hautes grilles gardées de toutes parts... Au moins 200 personnes ont dû dormir là cette nuit, mais à 9h il n'y a plus un chat. On décide de profiter de ce temps calme, l'occasion de prendre une vraie douche, laver un peu de linge à la main et de travailler sur l'ordi.

Le sanctuaire de l'Iman Reza, entre Mirjaveh et la frontière.

On prend tellement notre temps qu'on arrive à la frontière côte Iran à 15h30, ce qui est un peu tard ! On se faufile au milieu des camions, on fait contrôler le C.D.P. (carnet de passage) et enregistrer nos passeports. On passe ensuite au poste de douane où nous sommes pris en charge par Hamid, alias "The king of Taftan border", qui s'occupe des overlanders. Arriver à la fermeture était un risque à prendre, mais on ne le regrette pas car il n'y a plus personne à la douane et toutes les formalités sont vite expédiées (enregistrement des papiers, prises d'empreintes digitales et rétiniennes) car tout le monde a envie de fermer boutique ! À 16h15 on est sortis, et on se faufile de nouveau entre les camions pour aller côté Pakistan.

On fait la connaissance de 4 voyageurs à moto avec qui on partagera l'escorte : Tania, Marco et leur chien Spike du Luxembourg sur la route depuis 15 mois, Serge de Suisse et Hanne du Danemark partis depuis 2 mois de leurs pays respectifs.

 Taftan border / 1er repas (bien fatigués !) avec nos co-voyageurs.

On sort du dernier check point pakistanais à la nuit tombée (il faut dire qu'on a perdu 1h30 de décalage horaire entre les 2 pays). On arrive vers 21h au premier poste de police de Taftan pour faire enregistrer nos papiers et quelques tasses de tchaï plus tard, on repart vers un autre poste sécurisé où nous passerons la nuit (il est 22h30). On retrouve ici un couple d'allemands sur le chemin retour, ainsi que Simon qui fait la route en sac à dos depuis la Pologne et qui fera partie de la même escorte que nous.


Jour 1 : Taftan ---> Dalbandin

 C'est parti pour 4 jours de route sous escorte !

Les Levies (prononcer "léviz") arrivent à 9h, ils nous escorteront pour notre traversée du Balouchistan. Ce joli petit nom (m'évoquant les lignes d'un jean bien coupé !) est celui de la gendarmerie paramilitaire pakistanaise chargée de notre sécurité pour les jours à venir.

Levies.

Nous suivons une interminable ligne droite au milieu d'étendues désertiques, où l'on croise quelques dromadaires et bâtiments abandonnés. On sent qu'un nouveau chapitre de notre voyage est en train de s'écrire... l'aventure commence réellement !

Deux heures plus tard, nous n'avons parcouru que 135 km ! Les haltes aux check-points nous prennent aussi pas mal de temps : tout se fait à l'ancienne, toujours les mêmes questions, les formulaires interminables à remplir à la main à même le sol, les photos avec les Levies devant nos véhicules, etc.

Check point de Nok Kundi, au milieu du désert.

Le plein d'essence au Balouchistan se fait au bidon, ça dure une plombe et on devient vite l'attraction principale !

Les rares villages que nous traversons sont très pauvres et semblent ne vendre que du carburant et des pneus de rechange. Les quelques magasins de fortune s'organisent sous des tentes faites de bric et de broc en bord de route.

 Station service, magasins-épiceries.

17h30 - Arrivée au poste de police de Dalbandin qui est aussi la prison de la ville. L'attente dans la cour est pesante, sous les regards curieux des détenus derrière leurs barreaux, à quelques mètres de nous... Une bonne heure plus tard, nous partons à la guest house où nous sommes reçus comme des rois par Abdul, le chef de la police, absolument adorable. Ici il y a tout pour se sentir bien : une cuisine à disposition et un grand jardin au calme où nous avons partagé notre dîner autour de belles discussions sur le monde, l'humain, la politique, la religion, dans une grande ouverture d'esprit.

Notre guest house à Dalbandin.

Jour 2 : Dalbandin ---> Quetta

Départ à 9h30. Chaque matin, les sourires et les salutations des commerçants nous transmettent de bonnes énergies !

Aujourd'hui, la route est moins monotone que l'interminable ligne droite d'hier. Nous sommes heureux de partager cette expérience en compagnie de nos nouveaux amis motards avec qui nous nous entendons si bien !

Les paysages sont plus variés, ponctués de quelques petits villages. Dans ce désert montagneux, sans eau courante ni électricité, la précarité dans laquelle vit ce peuple nous bouleverse, d'autant plus que nous savons que leurs hivers sont aussi froids et enneigés que leurs étés sont caniculaires... Si nous n'étions pas motorisés, on pourrait se croire des centaines d'années en arrière.

Toute la journée, on s'arrête à peu près chaque demi-heure au milieu de nulle part pour changer de Levies, et on ne fait aucune vraie pause...

 Photo 2 : le désert est balayé de toutes parts de mini tornades.

Mais chaque personne croisée nous salue et nous offre son sourire ! Cela compense la fatigue que nous commençons à ressentir.

18h45, on arrive aux abords de Quetta, la nuit est tombée. On espère arriver bientôt, tout le monde est très fatigué par cette journée aux arrêts incessants. Et c'est là que ça commence à se corser ! Nous voilà arrivés dans une fourmilière anarchique de camions, voitures, tuc-tucs, 2 roues, piétons charrettes à ânes, troupeau de vaches..... il en arrive de toutes parts dans un capharnaüm de klaxons.

Arrivée de nuit à Quetta. 

On va encore changer 4 fois de Levies dans Quetta avant de rejoindre le poste de police, que l'on atteint enfin à 20h30... Le temps de faire enregistrer nos passeports et visas, il est 21h quand on se pose au camion. Nous sommes partis il y a 11h30 !


Jour 3 : Quetta ---> Zhob

Nous avons dormi sur un terrain vague dans la zone policière sécurisée de Quetta, après avoir été séparés de nos amis co-voyageurs qui ont été contraints d'aller dormir à l'hôtel. Au réveil nous ne sommes pas seuls : notre présence a éveillé la curiosité les enfants du quartier !

C'est l'occasion d'une petite séance photo qui intrigue et amuse beaucoup !

Aujourd'hui nous avons plusieurs missions : obtenir notre N.O.C., changer nos derniers euros en roupies pakistanaises, nous acheter une carte SIM et faire le plein de diesel. Départ 9h30 avec une escorte de Levies, dont les sourires et la gentillesse nous font vite oublier qu'ils ont tous une mitraillette en bandoulière.

Mais au fait, le N.O.C., qu'est-ce que c'est ? C'est le "certificat de non objection" qui t'autorise à continuer ton voyage au Pakistan après Quetta. Mais attention, il y a un itinéraire bien particulier à suivre (on a pas compris pourquoi mais il change d'un voyageur à l'autre) et si tes escortes n'empruntent pas le bon itinéraire, on te demandera de faire demi tour pour prendre la route imposée sur ton N.O.C.

Bureau du N.O.C. 

Roupies et SIM en poche, nous rentrons vers midi au poste de police présenter notre N.O.C., et ils nous annoncent qu'on peut y aller. Une heure plus tard, on part sous escorte. Notre dernière priorité avant de quitter Quetta, faire le plein de diesel en payant par carte. Après une heure de recherche, 4 changements d'escorte et 5 stations services, nous en trouvons enfin une qui accepte ce mode de paiement.

 Dans les rues de Quetta.

Vers 14h, c'est bon on peut enfin reprendre route ! On se demande si on va retrouver nos amis de voyage... mais non, ils sont toujours bloqués à l'hôtel. Tout l'après-midi nous changeons d'escorte à peu près toutes les 1/2 heures et on les perd au moins 3 fois ! Parfois ils sont en 4x4, parfois en moto 125 et on roule alors à 60 km/h...

Gardes aux check points. 

18h, arrivée à Qila Saifula. Nous sommes très fatigués et demandons pour passer la nuit au poste de police. Mais le chef des Levies ne l'entend pas de la sorte et préfère qu'on roule jusqu'à Zhob, à 150 km... Mais 15 km plus loin, on nous arrête car l'autre chef préfère qu'on revienne à Qila car il fait nuit. Résultat, on passe 1h assis par terre devant le check-point au bord de la route à boire du thé avec les Levies en attendant que les chefs décident de notre sort. Finalement, à 19h30, on apprend qu'on doit rouler jusqu'a Zhob... Cette fois, notre escorte se résume à 1 Levies assis avec nous dans le camion. À 20h, il nous fait s'arrêter chez lui où les 60 membres de sa famille nous accueillent. Tchaï puis dîner. On a l'impression d'être à Versailles au dîner du roi, sauf que là c'est nous le roi, observés par 60 paires d'yeux ! Séance photos, remerciements, au-revoir, et c'est reparti jusqu'au prochain check point. Il reste encore 90 km jusqu'à Zhob...

On change encore 1, 2, 3, 4, 5 fois d'escorte avant d'arriver à 23h à destination. Le temps du contrôle des passeports, visas, et photos devant notre véhicule (preuve officielle qu'on est toujours vivants à cette étape du voyage, envoyée à chaque changement d'escorte aux chefs, qui transmettent au gouvernement), il est presque minuit.

Rouler de nuit t'éblouis autant par les pleins phares permanents, que par les camions clignotant de mille feux colorés tels des attractions de fêtes foraines ! Au milieu de tout ça, des voitures et 2 roues sans phares et des charrettes tirées par des ânes qu'on aperçoit qu'au dernier moment... dur dur...


Jour 4 : Zhob ---> Islamabad

Après quelques heures réparatrices d'un sommeil de plomb, nous voilà prêts pour notre 4e jour d'escorte. On repart en traversant les rues de Zhob (prononcer Job) où chacun commence sa journée, en tuk-tuk, 2 roues ou en charrette !

Parking de la guest house sécurisée sur lequel nous avons enfin pu dormir ! / Les rues Zhob au matin.

La route est de plus en plus belle, sinueuse, escarpée, montagneuse et voilà enfin le dernier check point du Balouchistan ! Il est 11h45 et nous sommes libres !!! Nous aurons mis 3 jours et demi pour traverser cette région sous tension.

On pénètre dans la gorge de Dhana Sar... wouhaaaa... c'est magnifique !

Gorge de Dhana Sar.

En sortant du canyon, éblouis par cette nature grandiose, nous avons repris le goût de la liberté et déjà oublié les Levies... et paf ! Nouveau check point, nouvelle escorte, en compagnie de 2 motards d'Oman... C'était trop beau pour être vrai...

Quelques kilomètres plus loin, embouteillage de camions... que se passe-t-il ? L'un d'eux est bloqué sur un passage très étroit dont une partie s'est écroulée. Seules les motos et voitures ont la place de passer, pour nous ce serait la chute assurée dans le lit de la rivière 10 mètres en contrebas...! Alors on attend patiemment, sous 43°C. Finalement le camion se fait tirer d'affaire par un autre poids lourd et nous pouvons enfin passer !

Un petit glissement de terrain, un camion bloqué, impossible d'avancer !

À 16h, après ces 3 longues journées de conduite, Arnaud commence à être très fatigué. Nous voyons que nous arrivons bientôt dans une grande ville où il y a plusieurs postes de police. Nous demandons donc à l'escorte de nous y conduire pour y passer la nuit. 1 heure, 2 heures, 3 heures passent, chaque escorte se refile la patate chaude et nous mène en bateau... jusqu'à ce qu'on se retrouve sur l'autoroute, direction Islamabad !

Trop, c'est trop. Arnaud est épuisé, la nuit est tombée et il reste encore 3 heures de route... ça va pas le faire ! 30 km après l'entrée d'autoroute, on les stoppe à une station service pour leur expliquer que ça fait 3h qu'on demande de s'arrêter. À force d'insister, ils nous indiquent une station de police à 45 km, dans la province du Penjab. On verra si c'est encore une entourloupe...

À 20h, après quelques péripéties dans des ruelles trop étroites et barrées de fils électriques pendants, on trouve enfin les lieux. Personne ne leur a annoncé notre arrivée, ils se demandent pourquoi nous ne sommes pas sous escorte... tout est compliqué, nous sommes crevés et nous ne souhaitons que s'arrêter pour dormir. Impossible nous dit-on, trop dangereux, on doit repartir coûte que coûte. On nous fait de nouveau miroiter un lieu sûr à 1/2 heure d'ici où nous pourrons dormir.

 Là, on est vraiment au bout de notre vie... (c'est le chef de la police qui prend la photo !)

21h, on repart de nouveau escortés. Une heure plus tard, on s'impatiente : où est cet endroit bon sang ?! Vous l'aurez deviné, c'était encore de la poudre aux yeux, et nous sommes finalement bien condamnés à rouler jusqu'à Islamabad... on s'est vraiment sentis pris en otages...

À 1h du matin, après 16 heures de route, nous atteignons enfin le Rose & Jasmin Park, et nous nous effondrons au lit !

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Publié le 31 octobre 2023

Laissez moi aujourd'hui vous parler des « Jingle Trucks », véritables œuvres d’art mobiles aussi visuelles que sonores, qui égayent et colorent les routes du Pakistan. Un surnom donné par l'armée américaine en Afghanistan, en référence aux innombrables clochettes et pendentifs d’acier martelé suspendus autour du châssis.

Le truck art s’apparente à un rituel qui rappelle la tradition soufi consistant à peindre les sanctuaires pour attirer les faveurs des dieux. Empreints de superstitions populaires, les décors visent aussi à éloigner le mauvais œil, tels les pompons flottant de part et d'autre de la cabine.

Les chauffeurs de camion peuvent consacrer jusqu'à 2 ans de salaire à la décoration de leurs véhicules, car ils y voient un bon retour sur investissement : plus le design est flamboyant, meilleures sont les affaires ! Il n’y a donc aucune limite à la créativité et chaque millimètre carré est recouvert d’un choix éblouissant et éclectique d’images mêlant l’Orient et l’Occident, le profane et le sacré.

Poésies et versets du coran calligraphiés, ornés de fleurs, cœurs, paons, poissons, anges et chevaux ailés. Portraits de chanteurs folkloriques, stars du cinéma pakistanais, champions de cricket, héros militaires, dieux grecs ou icônes européennes. Scènes oniriques de lacs boisés et montagnes enneigées, pavillons de chasse alpins et tigres chassant le cerf.

Chaque camion est unique et ses peintures identifient l’appartenance ethnique du conducteur : en regardant un camion, on peut savoir exactement de quelle région il vient et à quelle communauté il appartient.

Le truck art est aussi un moyen fascinant de sensibilisation culturelle aux problèmes sociaux au Pakistan. En ornant leurs façades de messages visuels et écrits, les camions sensibilisent la population et attirent l'attention sur des causes telles que l'éducation, l’abolition du mariage et du travail des enfants (alors qu'ils travaillent à la création des ces mêmes camions...), les droits des femmes, l’émancipation des jeunes filles, etc. Certains ont même participé à retrouver plusieurs enfants disparus en peignant leurs portraits !

Une exploration des terrains vagues et des dédales de ruelles d’un quartier boueux et poussiéreux de Rawalpindi consacré au truck art nous plonge dans le bain cacophonique et grouillant de ces ateliers à ciel ouvert :

Un adolescent brosse à l'acide une calandre de fer rouillée, tandis qu’un autre soude une partie de remorque. Un menuisier et son fils fixent un panneau de bois pour orner un hayon. Un carrossier suspend une chaîne de feuilles en acier martelé autour du châssis. Un peintre apporte les dernières touches de couleur à son oeuvre. Ici et là, les propriétaires des camions observent et commentent les travaux en cours.

Selon Durriya Kazi, directrice du département d'études visuelles à l'Université de Karachi, le truck art révèle le désir omniprésent de la société pakistanaise de sublimer la réalité. « Nous avons une tendance irrésistible à tout décorer – depuis les simples lecteurs de cassettes jusqu'aux mariées, en passant par les camions – parce que nous sommes des rêveurs et des évadés (...) Tout cela fait partie de notre besoin d'intensifier l'expérience, peut-être pour nous faire oublier nos vies ternes. »

 L'atelier d'Ishak Khan.

Depuis nos premiers kilomètres au Pakistan, je suis littéralement tombée amoureuse de ces trucks et j'avais très envie d'en garder un petit souvenir. Si ça ne tenait qu'à moi, j'aurais bien fait customiser Totoro à la pakistanaise, mais Arnaud n'était pas de cet avis !!! En errant sur les terrains vagues où les camions sont décorés, je suis tombée sur l'atelier d'Ishaq Khan, qui a bien voulu me réaliser un mini truck sur plaque de métal. Le 1er souvenir (matériel !) qu'on s'offre, le jour de notre 1er anniversaire de voyage !

On adore notre mini truck pakistanais !

D'ailleurs, si tu ne l'as pas encore vu, voici notre clip anniversaire : 1 an de vie nomade autour du monde !

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Publié le 2 novembre 2023

6 - 18 septembre

Il nous faut bien 4 jours de repos pour nous remettre de notre périple sous escorte, et c'est au Jasmine & Rose Garden d'Islamabad que nous posons nous roues fatiguées. Nous y rencontrons d'autres voyageurs en transit : Sofia & Marco d'Italie qui se dirigent aussi vers l'Inde ; ainsi qu'Hélène, Aubin et leur fille Éléa que nous suivions sur les réseaux bien avant notre départ, et qui reviennent d'un long périple à-travers les pays en Stan. Enfin, quelques jours plus tard, qui voyons nous débarquer ? Nos amis motards avec qui nous avons co-escorté : Tania, Marco et leur petit Spike !

 De belles (re)trouvailles !

Le parking de ce grand jardin peuplé d'écureuils et de faucons - véritable havre de paix au milieu de la jungle urbaine d'Islamabad - est fréquenté par de nombreux voyageurs en transit, car il se situe juste en face de l'agence Visatronix qui délivre les visas pour l'Inde. C'est justement notre mission prioritaire et tout se passe merveilleusement bien pour nous : en 8 jours ouvrés, nous obtenons le sésame qui nous permet de continuer nos aventures au pays de Gandhi !

Entre temps, nous avons le temps de partir à la découverte de la ville et de ses proches alentours afin de plonger dans la culture pakistanaise ...

Islamabad 

Sortie de terre dans les années 60, cette ville récente quadrillée de voies rapides est sans grand intérêt architectural. Mais non loin de notre jardin, de nombreux petits commerces de rue et restaurants sur le pouce nous ont initié à la cuisine pakistanaise qui propose néanmoins peu de choix végétariens... Mention spéciale pour le palak paneer (épinards très épicés au fromage de brebis), le daal maash (lentilles au gingembre et aux épices) ainsi que pour la petite pépite de la street food : les pani puri (choux croustillants farcis d'un chutney de pommes de terre, oignons, pois chiches et coriandre, le tout trempé dans une infusion de menthe, citron et piments). N'oublions pas notre coup de coeur pour le cheese nan dont vous pouvez retrouver notre petite vidéo de fabrication 👉ici !

Les nombreux marchés d'Islamabad offrent l'occasion parfaite pour s'immerger dans l'ambiance de la vie locale quotidienne tout en remplissant notre panier de graines, fruits et légumes pour quelques roupies. Les commerçants sont fiers de prendre la pose devant leurs étals et de partager leur savoir-faire. Nous goûtons le jus de canne ou « ganne ka ras », une boisson très populaire au Pakistan, et nous émerveillons devant les tentes débordant de rochers de sel rose de l'Himalaya, véritable mine d'or du Penjab.

Au Pakistan, le jus de canne ou « ganne ka ras » est une boisson très populaire.
sel rose de l'Himalaya, véritable mine d'or du Penjab
Itwar Bazar. 

Par chance, c'est à Islamabad que nous arrivons au bout de notre bouteille de gaz que nous avions remplie juste avant de passer en Turquie ; 6 mois d'autonomie en gaz, c'est plutôt pas mal ! Ici, nous n'avons pas de mal à trouver un endroit où la recharger, à l'ancienne, sans aucune norme de sécurité... le patron bricole un embout qui puisse s'adapter à notre bouteille et le tour est joué pour moins de 10€ !

Rawalpindi

Islamabad forme un duo indissociable avec sa jumelle, la bien plus ancienne Rawalpindi. Avec ses 3 millions d'habitants, cette ville grouille d'activité humaine sans cesse en déplacement. Gare à nos orteils en traversant les rues, car ici ni feu, ni panneau, ni priorité, alors mieux vaut avoir les yeux partout et courir vite !

C'est l'une des principales raisons qui nous motive à commencer nos explorations tôt le matin, avant l'ouverture des commerces, pour s'imprégner de l'atmosphère des rues encore calmes qui s'éveillent.

Petit à petit, les commerces ouvrent leurs portes et nous reconnaissons bien là l'accueil chaleureux et tout sourire, si naturel au Pakistan.

Malgré le fait que je sois une femme, européenne de surcroit, je ressens tellement de bienveillance dans nos échanges de regards...

Alors que je déambule, appareil photo en main, sur les terrains vagues où sont bricolés les camions pakistanais (voir article précédent), un homme me presse de le suivre derrière de hauts murs de briques noires... heureusement qu'Arnaud n'est jamais bien loin, en train de réaliser des clichés de voitures vintage pour son projet Steel Alive !

Quelle surprise alors de découvrir tout un quartier consacré à la préparation du maïs ; mon hôte ne désire qu'une seule chose : que je témoigne de leur travail en les photographiant !

En me rapprochant de la zone de torréfaction, près des fours de briques et de terre d'où s'échappent d'acres fumées noires, ici au milieu des charrettes à main en bois, je perd tout repère quant à l'époque où se situe la scène dont je suis alors témoin ...

Bien qu'en forte baisse depuis une vingtaine d'années, la pauvreté au Pakistan est un problème endémique qui touche plus d'un tiers de la population. Les grandes agglomérations sont moins impactées que les campagnes, néanmoins, où que nos yeux se posent, nous ne pouvons que constater la fragilité économique du pays face à une démographie grandissante.

Saidpur

Accolé à Islamabad, il suffit de traverser une voie rapide pour se retrouver plongés au coeur du Pakistan rural. Fondé en 1530 sous l'Empire Moghol, Saidpur est l'un des villages les plus anciens de la région encore habité. D'après ce qu'on en lit sur internet, les autorités semblent vouloir en faire un village culturel touristique, "un site patrimonial conçu pour préserver et mettre en valeur la vie rurale traditionnelle pakistanaise (...) et les différentes cultures qui coexistaient ici en harmonie : temple hindou, gurdwara sikh et tombeau soufi". Et bien il y a encore du travail avant que les rues de Saidpur s'apparentent à cette description ...

Au coeur du village trône le temple Ram Kund (XVIe s.), dédié au dieu hindou Rama, qui selon les croyances, aurait vécu dans la région durant 14 ans d'exil. Une commémoration festive avait lieu chaque année autour de l'étang où Ram et sa famille auraient bu de l'eau. Pendant des siècles, les pèlerins hindous venus de loin se rassemblaient au temple et séjournaient dans l'un des dharamshala adjacent (maisons de repos pour pèlerins). Mais depuis 1947, les autorités pakistanaises n'autorisent plus les hindous à y pratiquer leur culte. Dans les ruisseaux et étangs de Saidpur autrefois vénérés, se déversent désormais déchets et eaux usées ...

Au Pakistan, les minorités religieuses ne représentent qu’une infime fraction des 220 millions d’habitants du pays à majorité musulmane, et sont bien souvent dénigrées. Omar Waraich, responsable de l'Asie du Sud à Amnesty International, appelle à la liberté religieuse pour tous et à la garantie que les hindous du Pakistan et les autres minorités religieuses puissent pratiquer leur foi librement et sans crainte.

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19 - 25 Octobre

On ne peut pas dire que ces quelques jours à Lahore ont été de tout repos, loin de là !

Nous n'avions jusqu'alors jamais vu une ville remplie d'autant d'êtres humains et véhicules au mètre carré ; sans parler de l'espace sonore saturé de klaxons mêlés aux cris des vendeurs de rue et autres marchands ambulants ... et ça ne s'arrête jamais, c'est 24/7 !

Malgré le folklore des grandes villes, je pense que nous arrivons à un point du voyage où la fatigue prend rapidement le dessus par rapport à l'émerveillement ...

Pour couronner de tout, un dense nuage de pollution sature l'air, irritant nos yeux et voies respiratoires. En lisant quelques articles à ce sujet, j'apprends que Lahore est la ville la plus polluée au monde. Je comprend mieux à-présent notre lourde fatigue physique ressentie durant ces quelques jours.

Heureusement, toujours grâce à la précieuse application iOverlanders, nous trouvons un grand terrain au calme, mis gracieusement à disposition des voyageurs. Murakam, le propriétaire des lieux, nous invite même le premier soir à dîner au restaurant avec sa famille. Cerises sur le gâteau, nous avons accès à des toilettes, une douche (froide, mais avec cette chaleur on apprécie !) et un accès à l'eau permettant de remplir notre cuve. Quelle chance de trouver si souvent sur notre route des personnes qui accueillent généreusement les overlanders !

Nous devenons rapidement la coqueluche de nos petites voisines qui chaque jour viennent nous voir en rentrant de l'école, en ayant pris soin de revêtir leurs plus belles robes ! (Observez ces regards devant Arnaud leur jouant un petit air de guitare !)

 Notre "free camp" à Lahore et nos petites voisines.

Dans cette jungle urbaine, nous évitons évidemment un maximum de prendre le volant et préférons nous déplacer en tuk-tuk pour aller explorer la ville.

Au bazar... c'est vraiment le bazar !

Nombreuses sont les rues de Lahore qui sont juste impossibles à arpenter, notamment au sein des innombrables bazars tentaculaires et surpeuplés où nous ne cessons d'être pris au piège dans des embouteillages de piétons, charrettes et 2 roues. Ces escapades nous ont coûté quelques orteils écrabouillés, des bleus sur les tibias et un jean déchiré !

D'autres quartiers sont "relativement" calmes et laissent l'occasion de nous imprégner d'une ambiance chargée d'histoire, comme ici, dans la vieille ville autour de la mosquée.

Chaque coin de rue est l'occasion de (re)découvrir des petits métiers, comme l'antre de l'herboriste ou le torréfacteur de pois-chiche...

La mosquée Wazir Khan

Au coeur de la ville fortifiée, à deux pas de la Porte de Delhi, la mosquée royale de Wazir Khan est un havre de paix où le temps semble s'être arrêté. En entrant dans la vaste cour, nous sommes immédiatement enveloppés par un sentiment de tranquillité.

Témoignage vivant de l'éclat artistique et de la dévotion spirituelle qui ont défini l'ère moghole, la sérénité qui se dégage de ces lieux nous connecte comme par magie à l'essence historique et spirituelle de Lahore.

Datant du XVIIe siècle, Wazir Khan est réputée pour son travail complexe de carreaux de faïence connus sous le nom de "kashi-kari", ainsi que pour ses surfaces intérieures entièrement ornées de fresques délicates.

Au revoir Pakistan !

Il est temps de mettre un terme à notre petit séjour Pakistanais, afin de pas écourter davantage les 3 mois qui nous ont été impartis en Inde. Car la curieuse particularité du visa indien est de commencer le jour où l'ambassade le délivre et non le jour où tu passes la frontière ; les nôtres ont commencé le 17 Octobre !

Cette première expérience au Pakistan fut intense et contrastée, mais nous a définitivement donné envie de revenir découvrir davantage ce beau pays : ses paysages grandioses, la richesse de son histoire et sa population si accueillante.