Carnet de voyage

Ça Roule cOol

Dernière étape postée il y a 2 jours
Le voyage à dos d'roues de Titi & Coco
Février 2019
500 jours
Partager ce carnet de voyage
KM
0
KM
0
Publié le 7 octobre 2018

Qui ?

Timothée, clermontois, 32 ans, athlète de haut niveau en reconversion cyclotouristique

Jongleur passionné, beat boxeur amateur et incollable au Trivial Poursuit dans la catégorie "capitales du monde", Timothée est altruiste par nature. Il a quelques kilomètres de course à pied dans les jambes, et suivra Coralie jusqu'au bout du monde. Il sait faire rire, car s'il ne maitrise pas les langues étrangères, il traduit ses blagues à l'international. Apprenti photographe, il aura la lourde responsabilité de la qualité des clichés, à condition que son étourderie ne le conduise à faire tomber l'appareil...

Qualités : ne ronfle pas, puissance de pédalage

Défauts : coûte cher en nourriture, accro aux siestes

Missions : ambiance musicale, photos / vidéos, réparation vélos (c'est pas gagné...)

Coralie, ponote, 30 ans, poisson ascendant cycliste, coureuse du 3ème décan

Nantaise d'origine et de cœur breton, Coralie est utopiste par nature. Elle a roulé sa bosse dans de nombreuses contrées et suivra Timothée jusqu'au bout du monde. La tête dans les nuages, elle garde malgré tout les pieds sur Terre. Son pragmatisme et sa force de caractère seront précieux, tout comme son sens de l'orientation. De quoi rattraper les gaffes du Titi...

Qualités : polyglotte, endurance de pédalage

Défauts : hyperactive, accro au chocolat

Missions : boussole, séduction des garde-frontières, guide touristique

• • •

Pourquoi ?

Pour quelles raisons avons-nous décidé de voyager autour du Monde à 2 roues ?

Titi : « En courant ça nous aurait pris le double de temps ! Plus sérieusement, après plus de 15 ans de compétition, je souhaite délaisser la rigueur de l'entraînement pour prendre le temps de voyager ; avec le luxe de partager cette aventure avec ma Coco. Cette parenthèse nous permettra également de rejoindre mon frère et sa petite famille qui habitent au Laos »

Coco : « Depuis 10 ans, après un aperçu de la vallée des Incas et de l’Altiplano, je rêvais de descendre le Mékong en bateau… S’y rendre à vélo est pour moi extrêmement excitant tellement cette aventure humaine me dépasse ! Le vélo est le meilleur moyen d'avancer tout en prenant le temps. 30 ans, c’est comme un appel au voyage ! »

• • •

Mais pourquoi vraiment ?...

C’est une grande question !

Nous souhaitons tous deux goûter à une certaine liberté du quotidien, prendre le temps de découvrir les cultures et coutumes des pays traversés, rencontrer leurs habitants, ressentir l'hospitalité et la générosité sous différents visages, et partager notre amour autour de nous (rien que ça !). L’objet du voyage n’est ni un défi purement physique (même s'il y participe), ni un test de survie à la Koh-Lanta (espérons-le !). Il découle simplement d'un rêve d'évasion que nous nourrissons depuis plusieurs mois.

• • •

Comment ?

A vélo pardi ! Nous vous épargnons ici la liste détaillée de notre matériel, marques de vêtements, ustensiles,... D'autres blogs de voyageurs le font très bien, merci à eux en passant ! En bref donc :

  • Nos vélos sont taillés pour l'itinérance de longue durée (cadre en acier, porte-bagages avant et arrière).
  • Nous apportons une tente pour bivouaquer avec le matériel nécessaire (bons duvets, réchaud multi-combustible, filtre à eau,...).
  • Nous comptons également sur l'hospitalité des gens que nous rencontrerons (nuits plus confortables, découverte de la nourriture locale, échange et partage avec les habitants, économies non négligeables,...).
  • Nous misons sur la légèreté numérique (pas de tablette ni d'ordinateur) et l'autonomie énergétique. Le téléphone portable, l'appareil photo et la mini-caméra seront alimentés via une batterie externe que nous rechargerons à l'aide de panneaux solaires (dépliables). Un E-werk chargeur dynamo-moyeu nous amènera également un complément d'électricité, à la force des mollets ! Mais nous ne cracherons pas non plus sur les prises électriques sur notre trajet...
  • Pour communiquer, nous utiliserons bien sûr nos compétences linguistiques (quelques peu limitées dans certains pays...), les gestes, notre compagnon de route "G'palémo" et les belles fiches pays préparées par Coralie (vocabulaire de base, formules de politesse, culture / traditions / comportements à adopter, chiffres, monnaie,...).
  • Pour nous orienter, nous mettons une bonne partie de nos espoirs dans l'application GPS "MAPS.ME" (consultable sans connexion internet). Nous prévoyons également d'emporter quelques cartes routières (y'a que ça de vrai !). Certaines d'entre elles pourront d'ailleurs nous être transmises par nos proches qui nous rejoindront sur quelques tronçons du trajet.
  • Nous prévoyons un budget de 20€ par jour (pour 2), avec un peu de marge pour les tuiles mécaniques, les visas, les billets pour traversée la mer Caspienne,...
• • •

Par où ?

Cap à l'Est au départ de Royat (à côté de Clermont-Ferrand) ! Ci-dessous notre itinéraire prévu. Vous apprécierez les talents artistiques de Timothée, avec un tracé moche sur une carte...moche...

Sachant que "l'imprévu arrivera" (dixit nos amis Robert et Pierre, 2 aventuriers cyclistes auvergnats, merci à eux pour leurs conseils !), nous l'adapterons en fonction de nos péripéties, de notre santé/fatigue, de nos envies,... Il sera peut-être raccourci, voire rallongé si l'appel du voyage nous pousse à des coups de pédales supplémentaires. De plus, nous nous autoriserons quelques trajets en train, bus, camions (...) pour abréger nos souffrances ou éviter certains environnements hostiles ! Enfin, nous privilégierons la traversée de la mer Caspienne en bateau (malgré l'insistance de Coralie pour l'effectuer à la nage).

• • •

Quand ?

Le choix se porte aux alentours du 1er février 2019. Pourquoi sous la neige auvergnate nous demanderez-vous ? Simplement pour bénéficier d’un climat plus clément à partir de la Turquie rejointe en Avril et suivre le rythme des saisons tout au long du voyage.

Date d'arrivée : ??? 😀

• • •

Notre projet relayé à l'international 👍

KM
922
KM
922
Publié le 10 février 2019

Nous voilà partis ! Le 31 janvier 2019, nous donnons nos premiers coups de pédale.

Départ de Royat

Il est temps de prendre la route. Car à force de vous bassiner avec notre projet de voyage, la concrétisation devenait pressante. Nous sommes heureux d'avoir pris le temps de dire au-revoir à nos proches. Cela nous a valu un programme bien chargé ces dernières semaines, mais c'était pour nous essentiel. Nous quittons les personnes que nous aimons, et nous ne pouvions prendre la route sans leur rendre visite. Plus largement, nous tenons a vous remercier pour tous vos messages de soutien, vos questions, vos conseils, et même vos inquiétudes... Nous partons le coeur léger, plein d'énergie et d'amour que vous nous avez communiqué.

Pendant ces premiers jours, nous sommes tout simplement hyper excités ! Et en même temps un peu apeurés par notre programme qui nous paraît gigantesque et un brin inaccessible... Sans parler de tous les problèmes qui pourraient nous arriver (santé, sécurité, pépins mécaniques,...). Mais le goût de l'aventure est évidemment plus fort et nous pousse à parcourir ces premières bornes sans trop d'arrières pensées, avec un sourire non dissimulé. A vrai dire, nous ne réalisons pas vraiment ce que nous sommes en train d'entamer...

Nous traversons les départements du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire, nos terrains de jeux habituels.

Vue sur l'agglomération Clermontoise depuis Opme (Romagnat)

Nous longeons ainsi l'Allier et prenons de l'altitude sur les pentes altiligériennes...

Saint-Ilpize
Lavoûte-Chilhac
Montée vers Siaugues-Sainte-Marie
Col de Saint-Jean-de-Nay
Traversée de la Haute-Loire

Les conditions climatiques nous font pourtant re-découvrir ces paysages que nous croyions familiers, sous quelques bons centimètres d'une neige qui n'a cessé de tomber à partir du Puy-en-Velay et jusqu'à Saint-Etienne (une étape mémorable le 2 février !!)

Étape Le Puy-en-Velay / Saint-Etienne le long de la Loire : il pleut des galettes pour la chandeleur

Le froid, l'humidité, les routes glissantes,... que du bonheur ! De quoi tester notre motivation. Nous survivons à cet épisode hivernal, en frayant Gonzales (vélo de Titi, "speedy Gonzales") et Ciraptor (vélo de Coco, "vélo ciraptor", pardon pour ce jeu de mots pitoyable...) dans les traces des voitures comme seul moyen d'adhérence.

Arrivée à Saint-Etienne

En même temps, avec un départ fin janvier, il fallait bien s'y attendre... Titi nous honore d'une belle glissade. Il peut alors constater que les sacoches, outre leur poids, ont au moins l'avantage d'amortir les chutes latérales. Pour Coco, beaucoup plus à l'aise en descente, c'est plutôt l'inconfort des orteils frigorifiés qu'il faut surmonter. Autre découverte agréable, la gélure de nos pignons, avec deux vitesses disponibles sur dix ! De quoi nous faire pédaler dans la semoule, comme si les flocons ne suffisaient pas...

Les choses s'améliorent lors de notre 4ème étape en direction de Vienne, où nous commencons à longer le Rhône par la "Via Rhôna".

Le long de la Via Rhôna pendant 3 jours.

Nous traversons ainsi Valence puis Avignon avec un beau ciel bleu et le vent dans le dos. Dans la vallée du Rhône, le vent a en effet toute son importance, et le mistral est avec nous !

Arrivée à Avignon

Avant d'aller plus loin, permettez-nous d'honorer une petite pause pique-nique, un moment de la journée toujours attendu et apprécié... Le vélo, ça creuse !

Sandwich beurre salé / jambon cru

Nous quittons le Rhône à Avignon pour rallier Cavaillon, porte d'entrée du Luberon. Nous traversons de beaux villages tels que Lauris, Lourmarin et Ansouis.

Lourmarin

La végétation ne fait plus de doute : nous sommes dans le sud !

Champs de lavande. Dès février, début de la floraison !

Pour notre 8ème étape, nous découvrons la basse vallée de la Durance et le village de Jouques où nous passons la nuit.

Jouques

Nous mettons ensuite le cap sur Nice pour nos deux dernières journées de route en France. Nous pouvons constater que si les Varois n'excellent pas en rugby (du moins pas autant que les montferrandais...), ils jouissent d'un fort beau département. Et qu'on se le dise, le Var n'est pas plat ! Nous nous régalons dans les descentes, pour en baver dans les montées...

Vue sur Cotignac
Ballade bucolique entre les oliviers
Début de descente vers Le Muy
Traversée du Var

Notre 10ème étape nous fait rejoindre la mer Méditerranée. Nous la longeons depuis Saint-Raphaël jusqu'à Nice. La côte d'Azur ne nous apporte pas de grande surprise avec son bord de mer urbanisé, parfois très joli, parfois surfait. En revanche, la portion jusqu'à Théoule-sur-mer, surnommée "la corniche d'or", nous laisse admiratifs. Avec un grand soleil, nous découvrons ce paysage de falaises ocres plongeant dans la mer. Un régal...

La corniche d'or

Nous apercevons même au loin la chaîne des Alpes, avec ses sommets enneigés. Entre mer et montagnes, les Alpes-Maritimes portent bien leur nom...

Traversée des Alpes-Maritimes

Coralie joue les stars au pied des marches de Cannes, et nous arrivons à Nice après 120km d'une journée autant éprouvante que magnifique !

Coralie Leclerq, actrice française en devenir

Nous profitons d'une journée de repos à Nice pour recharger les batteries (au sens propre comme au figuré), en déambulant dans la ville et en dégustant des Pissaladières et des Pans bagnats.

Nice

A l'heure où nous finissons de rédiger cette étape, nous souffrons devant la télévision en assistant à l'humiliation du XV de France contre nos chers amis anglais. Nouvelle défaite dans le tournoi des VI nations et 44 pions dans la besace à Twickenham, il est vraiment temps de quitter la France... Nous rejoignons demain l'Italie ! Avec la banane et les mollets tout neufs, ça roule cool !!!

Au revoir Nice, au revoir la France ! 
• • •

Ils ont égayé notre route ! Encore merci à...

· Christian et Pierre pour leur présence à notre départ.

· Camille et ses bières artisanales ultra fraîches.

· Nos amis ponots Cécile, Marion, Thibaut, Jean et Zoé pour la "crique party".

· Nos supporters triathlètes du Puy, Lise et Jacques, ainsi que Pierre-Emmanuel, qui ont défié la neige et la grippe pour nous encourager sur la route.

· Paupau (et ses drôles de dames) pour ses radiateurs chauds, son apéro dînatoire gargantuesque, et les cadeaux de la team Raou qui nous ont beaucoup touchés.

· Pierre-Marie, Marie et Nounet (la famille !!) pour le gratin de pâtes et l'agréable soirée Viennoise.

· Josiane, Colette et Valentine pour leur accueil chaleureux : Gonzales et Ciraptor ont apprécié les pommes Ardechoises.

· François pour son rhum arrangé, sa poésie et son sens de l'accueil en laissant gagner Titi au super Cluedo.

· Aux deux cyclotouristes que nous avons croisés à Avignon.

· Nos warmshowers et amis Cécile, Xavier, Bastien et Joaquim.

· Au café villageois de Lauris, qui nous a accueilli chaleureusement hors de ses horaires d'ouverture. Longue vie à ce café associatif dont nous sommes désormais les membres !

· Manon, Sylvain et Pavel pour leur nid douillet au coeur de la forêt.

· Aux cousins de Titi pour la maison aux Canebières, avec les draps propres et le frigo rempli qui vont avec.

· Raphaëlle, Thibaut et Coline pour le week-end Niçois aux petits oignons...

KM
2046
KM
2046
Publié le 27 février 2019

Buongiorno ! Nous voilà expatriés en terre italienne ! Le 11 février 2019 marque un nouveau départ dans notre aventure. Pas d'amis pour nous héberger, une langue à apprivoiser, des villes et itinéraires inconnus,... bref, le début du vrai dépaysement, nous n'allons pas nous plaindre !

Surtout que d'emblée, les italiens mettent les petits plats dans les grands pour nous accueillir. À peine la frontière passée à Ventimiglia (dont on nous dit que le port à été racheté par Monaco pour y installer ses yachts), nous profitons en effet d'une piste cyclable de rêve : large, bien asphaltée, longeant le bord de mer et d'une longueur de 23km.

La fameuse piste cyclable au départ d'Ospedaletti

Même les tunnels sont privatisés "vélo", avec en prime des panneaux relatant les exploits sportifs du cyclisme italien. De quoi parfaire notre culture sportive transalpine. Nous honorons d'ailleurs comme il se doit cette belle piste en y fêtant nos 1000km !

Tunnel cyclo-culturel, un concept très appréciable

Ce tronçon traverse la ville de San Remo, éminemment connue pour sa classique "Milan - San Remo". Rien d'étonnant donc à voir de tels aménagements ici.

L'engouement de cette région pour la "petite reine" se ressent fortement. On y trouve des vélos à louer ou pour décorer les bars, et une grande affiche à San Lorenzo nous apprend que l'édition 2015 du Giro (Tour d'Italie) y a pris son départ.

Point de location de vélos
Bar à l'effigie de la bicyclette
La part belle à la "petite reine" !

Les coups de pédales suivants ne sont que pur plaisir, avec un soleil qui nous regonfle en vitamine D et des décors de cartes postales à n'en plus finir.

Comme dans un rêve...

Nous ne nous lassons pas de pédaler au bord d'une eau bleu azur, et les kilomètres s'enchaînent sans effort. Les pauses pique-nique a proximité des plages ne font pas exception : un vrai bonheur !

Titi et Coco au bord de l'eau...

Plusieurs villages typiques retiennent notre attention sur la route, avec à chaque fois la même admiration pour ces façades colorées qui transpirent le soleil et la Méditerranée. Nous ne sommes pas encore aux Cinque Terre mais certains d'entre eux valent déjà le coup d'oeil.

Cervo
Noli
Villages de la région "Liguria"

Les montagnes en toile de fond nous rappellent que les Alpes ne sont pas très loin, et il suffit de lever la tête pour imaginer les quelques belles randonnées qui s'offriraient à nous.

Les Alpes ne sont pas loin...

Nous rencontrons un petit problème mécanique au soir de notre deuxième étape italienne. Le retard pris pour réparer Ciraptor nous oblige à rallier Genova (Gênes) à la tombée de la nuit, avec pour récompense une belle vue sur l'activité portuaire...

Coucher de soleil sur le port de Genova

Le lendemain, nous prenons de la hauteur en quittant le bord de mer à partir de Sestri Levante. Les 615 mètres de dénivelé nous donnent un avant goût de l'intérieur des terres, plus sauvage et d'une verdure étonnante.

L'arrière pays de la Liguria

Pendant l'ascension du "passo (col) del bracco", nous nous amusons des panneaux qui jonchent la route. Ces derniers nous informent d'un risque de neige, et de l'obligation de disposer de pneus neige (ou de chaînes dans le coffre de sa voiture) en période hivernale. Les conditions estivales dans lesquelles nous arpentons ce col au mois de février tranchent nettement avec ces consignes de sécurité. Les panneaux indiquant les risques d'incendies et d'éboullements nous étonnent déjà moins... Pour continuer sur notre chapitre "panneaux", sachez que contrairement à la France, l'Italie utilise les panneaux vert pour les autoroutes et les bleu pour les routes principales. A vélo, il faut donc être vigilant, au risque de s'embarquer sur une bretelle d'autoroute...

Route fortement risquée par les chutes de neige en cette saison
Indications d'itinéraires routiers
La signalisation italienne

Ce tronçon menant à La Spezia est en tout cas une belle surprise, avec des paysages magnifiques et une route très peu empruntée par nos amis automobilistes jusqu'au col.

Ascension du Passo del Bracco

Arrivés à la Spezia avec un jour d'avance sur notre programme, nous décidons de passer les 48 prochaines heures dans cette région des Cinque Terre, afin d'y visiter ses célèbres villages le premier jour et de randonner entre Levanto et Monterosso le second.

Manarola
Manarola
Vernazza
Photo depuis Manarola
Randonnée entre Levanto et Monterosso
Randonnée entre Levanto et Monterosso
Cinque Terre

Pour le jour de la Saint-Valentin, il y a pire comme décor...

Ça roucoule...

Sur les hauteurs, nous découvrons une activité viticole. Une sorte de rail aérien traversant les vignes attire notre curiosité. Est-il fait pour permettre aux grappes de raisins fraîchement cueillies de descendre au village ? Est-ce un système d'irrigation ? Nous ne tardons pas à découvrir qu'il s'agit tout simplement d'un moyen de transport pour les agriculteurs, positionnés dans des chariots fixés au rail et accédant ainsi plus facilement aux parcelles.

Activité viticole sur les hauteurs de Manarola

Nous achevons ces jours de repos (ou plutôt "sans vélo"...) par une ballade sur le port de La Spezia et un bon restaurant offert par les parents de Titi (avec qui nous avons partagé ces deux belles journées).

Ciao La Spezia !

Nous quittons la région "Liguria" le lendemain pour rejoindre la "Toscana". Hormis le beau village de Lerici, le bord de mer s'apparente à une station balnéaire sans fin. Les hôtels, restaurants et boutiques bordent une route ultra droite. Droite ? Pas comme la Tour de Pise figurez vous !

Qu'est ce qu'on rigole bien à la Torre di Pisa !

Après cet intermède photographique quelque peu ridicule (et finalement très peu original compte tenu des centaines de touristes rivalisant d'imagination pour créer les meilleurs effets d'optique), nous retenons que Pisa est une ville certes touristique mais pas pour le moins jolie et agréable. Elle abrite de belles ruelles et des bars où l'on peut boire du café à la hauteur de la réputation italienne. Nous découvrons également qu'elle est traversée par le fleuve Arno qui offre de belles perspectives sur les ponts que nous traversons.

Pisa

Nous entamons ensuite notre traversée de l'Italie du nord, en commençant par suivre notre pote Arno jusqu'à Firenze (Florence), capitale de la Toscana.

Coco et son pote Arno

Nous nous réservons une journée de repos afin de visiter la ville, à travers notre regard naïf et notre manque incontestable de toute culture digne d'un touriste à Firenze. Ceci étant dit, on a trouvé Firenze très jolie ! (c'est déjà une belle analyse artistique non ?!)

Cathédrale Santa Maria del Fiore
Piazza Santissima Annunziata
Convento Santa Croce
Beaux gosses sur le Ponte Vecchio
Ponte Vecchio
Firenze depuis la Piazzale Michelangelo
Firenze

Nous poursuivons notre avancée en direction de Bologna, en passant par le Passo del Giogo (882m).

Ascension du Passo del Giogo

Nous quittons bientôt la Toscana pour rejoindre la Région "Emilia-Romagna". Les paysages sauvages sont magnifiques dans la Valle del Santerno.

Valle del Santerno

Le hasard de notre itinéraire nous fait découvrir la ville de Castel del Rio. Marco et sa famille, nos hôtes du soir, nous font visiter la ville et nous racontent son histoire, fortement liée à la seconde guerre mondiale du fait de sa situation géographique, à proximité de la ligne Gothique (ligne de fortifications allemandes qui fût percée en 1944 par les Alliés). Nous visitons le musée de la guerre et admirons le pont qui surplombe la rivière Santerno (si nous avons bien compris, ce pont est un des seuls de la région à n'avoir pas été détruit pendant la guerre).

Castel del Rio

Notre courte étape du lendemain nous permet d'arriver à Bologna pendant la pause méridienne. Nous lézardons au soleil, sur la Piazza Maggiore, en goûtant la Mortadella locale fraîchement achetée dans une charcuterie / traiteur que nous ont conseillés les florentins Naima et Gianluca. Accompagnée de Parmigiano dans du pain baigné d'huile d'olive, ça passe tout seul ! Comme dirait un collègue de Titi qui se reconnaîtra, "le gras, c'est la vie !"... Si l'on ajoute le cioccolate calda que nous avons testé en guise de dessert, vous comprendrez que le vélo ça creuse, mais que l'étape italienne ne nous fait pas perdre de poids pour autant...

Sans transition, nous apprenons que Bologna abrite la plus ancienne université d'Europe, d'où son surnom "la Dotta" (la savante). Elle grouille d'étudiants et semble très dynamique. Nombre de ses façades sont en pierres cuites, de couleur rouge, d'où son surnom "la Rossa" (la rouge). Cette couleur n'est d'ailleurs pas sans rappeler son histoire communiste. Enfin, on y mange visiblement bien (voir paragraphe précédent...), d'où son surnom "la Grassa" (la grasse). Ça fait beaucoup de surnoms !

Nous déambulons ainsi dans Bologna, animée par quelques groupes de musique bien sympathiques. Les rues sont bordées d'arcades interminables sous lesquelles les piétons jouissent d'un grand espace pour se déplacer. Les "portiques" de Bologna représenteraient en effet entre 40 et 50km de distance cumulée (selon les sources) dans le centre historique de la ville. De quoi organiser un marathon à l'abris de la pluie, se dit Titi !

Difficile également d'échapper aux deux tours jumelles Asinelli et Garisenda. Plus discrète mais néanmoins remarquable, la basilique Santo Stefano, aussi appelée "le sette chiese" (les sept églises), vaut le détour.

Dégustation de Mortadella
Fontana di Netunno
En fond, les tours Asinelli et Garisenda
Piazza Santo Stefano et ses portiques
Basilica Santo Stefano
Université de Physique
Bologna

Enfin, notre hôte Stefano nous explique qu'il réside à Bologne un bel esprit collectif. En ce qui concerne le vélo par exemple, nous découvrons un gonfleur pour les pneus en libre accès dans le centre ville, ainsi que la station de vélo la "dynamo" où l'on peut aisément réparer sa bicyclette.

"Dynamo", la velostazione di Bologna

Dans la série des villes investies pour la cause du vélo, nous ne pouvions manquer Ferrara, située entre Bologna et Padova. Capitale italienne de la bicyclette, elle est le centre d'un important réseau de pistes cyclables. Son relief de plaine s'y prête bien, ça aide...

Nous ne sommes en tout cas pas déçus par cette ville de taille moyenne, faite de constructions en briques rouge visiblement répandues dans la région. Si la façade de la cathédrale est malheureusement en rénovation lors de notre passage, nous nous consolons largement en contemplant l'imposant "Castel Estense" et en empruntons à vélo la pittoresque ruelle voûtée "Via delle Volte".

Castel Estense
Via delle Volte
Ferrara

Nous circulons enfin sur l'incontournable piste longeant les remparts (ou ce qu'il en reste). Ces derniers encerclent le vieux centre-ville et sont prétexte à une belle ballade de 9km pour en faire le tour.

Large piste longeant les remparts de Ferrara. Coco, mets ton casque !

La petite sieste au pied des arbres jonchant cette piste est très appréciable, tout comme le coucher de soleil qui nous accompagne sur les derniers kilomètres de notre étape.

Derniers kilomètres au coucher du soleil

Et le titre de la pause pique-nique de l'étape "Italie" est attribué à ???... Monselice ! En effet, la découverte de ce petit kiosque au coeur d'un parc arboré nous fait sans hésiter sortir les victuailles du sac !

Buon appetito !

A la suite de ce repas, nous profitons une nouvelle fois d'une belle piste cyclable, longeant cette fois-ci le canal "Battaglia". De quoi parcourir les 20 derniers kilomètres jusqu'à Padova en toute tranquillité.

Approche de Padova le long du canal Battaglia

Nous n'avions pas prévu initialement de nous arrêter à Padova. La possibilité d'être hébergés chez Marco et ses colocataires nous a décidé à faire halte dans cette ville qui, disons le clairement, reste un petit coup de coeur pour nous. Encore une fois, ce ne sont que des sensations de cyclistes de passage, non initiés à l'histoire des villes qu'ils traversent et forcément obligés de visiter rapidement les lieux. Mais nous sommes tout de suite séduits par le caractère aéré de cette cité comportant de nombreux aménagements pour les vélos (vous allez dire qu'on ne pense qu'à ça...). Les places et monuments sont tout simplement magnifiques, et il y règne une ambiance à la fois animée et apaisante.

Difficile donc de sélectionner les photos prises lors de notre passage à Padova. En voici quelques unes.

Basilica di Santa Giustina
Prato della Valle
Basilica di Sant'Antonio
Photo prise du Ponte Molino
Piazza delle Erbe
Piazza dei Signori
Padova

Nous avions à coeur de prendre un café dans le célèbre "Caffè Pedrocchi", connu pour avoir été le théâtre, en 1848, des émeutes étudiantes qui furent le point de départ de la révolte contre les autrichiens. Il a accueilli aussi de nombreux intellectuels et écrivains, et était ouvert de jour comme de nuit (d'où son surnom "le café sans porte"). Merci Wikipedia pour ces précisions !...

Coco devant le Caffè Peddrocchi

Le prestige a malheureusement un coût, et nous nous rabbatons sur un bistrot plus abordable pour notre portefeuille... mais pas pour le moins riche d'un choix de cafés gourmands plutôt alléchants ! (Comme c'est souvent le cas en Italie)

La cerise sur le café pour Titi

Nous assistons à un petit regroupement de défenseurs de la lutte contre le réchauffement climatique à Padova. Des manifestations sont ainsi organisées chaque vendredi, dans le cadre du mouvement "Friday for futur" lancé par la jeune suédoise Greta Thunberg (nous avons pris connaissance de ce mouvement à Pisa, ignorants que nous sommes...). Une manifestation plus importante est visiblement prévue le 15 mars.

"Friday for future" pour la justice climatique !

Nous prenons le lendemain nos quartiers à proximité de Venezia, dans une magnifique caravane qui nous sert de nid douillet pendant 2 nuits. Grazié millé Adriano !

Bienvenu chez Titi, Coco et leurs enfants Gonzales et Ciraptor, 30170 Venezia

En visitant Venezia en pleine période de carnaval, et qui plus est un dimanche, nous mettons toutes les chances de notre côté pour être tranquilles... Nous ne sommes pas déçus, les touristes sont au rendez-vous ! Nous profitons malgré la cohue d'une belle journée à nous faufiler dans les ruelles, sans véritable circuit pré-établi. Et nous succombons largement au charme de cette ville atypique. Venezia tient toutes ses promesses !

Photo prise du Ponte di Rialto
Basilica di San Marco
Venezia

Nous décidons d'accrocher la caravane sur le dos de Gonzales. Cela nous permettra de bénéficier d'un abris spacieux et fonctionnel pour la suite de notre voyage. Mais au bout de quelques centaines de mètres et malgré la puissance de pédalage de Titi, Gonzales "tire un peu la gueule" et nous abandonnons cette idée pourtant excellente.

Nous achevons donc notre étape italienne sans caravane, par deux journées dans les plaines des régions "Veneto" et "Friuli - Venezia Giulia". Nous profitons une nouvelle fois d'aménagements cyclables qui auront été une des agréables surprises de notre passage en Italie du nord (on insiste, la France a certainement à apprendre de ce point de vue là...).

Au nord, nous apercevons au loin les Alpes, que nous avons lâchement évités (hiver oblige...) et que nous quittons définitivement. Mais nous ne regrettons en rien ce détour tant nous avons apprécié le trajet depuis notre départ.

Ciao les Alpes

Au coeur de la plaine, nous faisons connaissance avec quelques cours d'eau et traversons notamment le fleuve Isonzo qui nous surprend par sa belle couleur bleu turquoise.

Fleuve "Isonzo"
Titi et Coco toujours au bord de l'eau

Enfin, nous rejoignons au sud la mer Adriatique que nous longerons les prochaines semaines. Celle-ci nous accueille à merveille au moment de rejoindre Trieste, en nous faisant l'honneur d'un début de coucher de soleil de toute beauté.

Vue sur le château Maramale
Approche de Trieste

Au moment de rédiger les dernières lignes de cette étape italienne, nous résidons à Trieste. Enclavée entre la mer et la Slovénie, cette ville moyenne (200 milliers d'habitants tout de même) n'est devenue entièrement italienne qu'en 1977 (après avoir été un territoire "libre" sous contrôle de l'ONU à partir de 1947).

Notre formidable hôte du soir, Romain (un français installé ici depuis 5 ans), nous explique que la ville à longtemps été le principal débouché méditerranéen du Saint-Empire romain germanique puis de l'Empire austro-hongrois avant son rattachement à l'Italie. Sa position au carrefour des influences latine/italienne, germanique/autrichienne et slave/slovène, ont forgé ici une culture et des traditions très particulières par rapport au reste de l'Italie. L'architecture de style tantôt vénitien, tantôt austro-hongrois, témoigne de cette diversité culturelle.

Nous visitons donc "la plus grande ville italienne inconnue des étrangers" (comme aime l'analyser Romain) dans une ambiance nocturne et printanière. La Piazza dell'Unita d'Italia serait la plus grande place européenne donnant sur une mer. Nous goûtons au Spritz local, à une dernière pizza (pour la route...) et à une double boule de glace à un prix défiant toute concurrence. De quoi nous donner des forces pour s'attaquer au relief bien corsé de cette ville et y admirer son théâtre romain et sa cathédrale perchée sur les hauteurs. Nous croisons au passage James Joyce, célèbre écrivain Irlandais, qui a vécu à Trieste.

Piazza dell'Unita d'Italia
En terrasse avec Romain, autour d'un spritz
Théâtre romain
Coco demande un autographe à James Joyce
Cattedrale di San Giusto Martire de Trieste
Trieste

Jusqu'au bout, l'Italie nous aura séduits par l'accueil chaleureux de ses habitants et la beauté des villes et paysages que nous avons traversés. La "botte" a placé la barre très haute en ce début de voyage. Forts de ces belles rencontres et découvertes, nous nous projetons vers la suite avec un appétit décuplé. Ça roule cool !!!

Ciao Italia !
• • •

Ils ont égayé notre route. Merci encore à...

· Aux parents de Titi pour le très agréable séjour en leur compagnie dans la magnifique région des Cinque Terre.

· Clelia, Luca, Bianca et Hirmet pour leur accueil et la lutte contre le réchauffement climatique au son d'un opéra italien.

· Naima, Gianluca et leurs amis pour un séjour florentin tout en découvertes culinaires, photographiques et touristiques. Nous nous sommes sentis chez nous, une très belle rencontre.

· Stefania, Marco et Carlo pour nous avoir fait découvrir la ville de Castel del Rio en parfaits VIP. Le repas typique (crostini con pesto al genovese, ravioli,...) et le logement carrément luxueux nous ont comblés. Et longue route au "Bici Castel del Rio" !

· Anna et Stefano pour la visite de Bologne à vélo, l'excellent vin de Verona "création édition limitée 2009" et le récit de leur voyage à vélo au Kirghizstan. Nous avons déjà envie d'y être...

· La serveuse du bar d'Occhiobello pour nous avoir offert quatre pâtisseries. Par simple générosité ou par pitié pour notre dégaine de fin de journée ? Qu'importe, cela nous a touché.

· Lorenzo pour ses conseils avisés, sa connaissance de la région et de l'Italie en général, et pour des échanges passionnants sur les voyages à vélo autour d'une bonne pizza napolitaine !

· Marco et ses deux acolytes Frederico et Chamara pour la dégustation de Pizzoccheri, de chocolat artisanal sicilien et de limoncello maison. Le tout dans un esprit de colocation à discuter rugby, politique et constellations. Une bien belle soirée.

· Adriano pour son hospitalité, sa gentillesse, sa curiosité sur notre voyage et la mise à disposition de sa caravane pour deux jours inoubliables à Venezia. Bon courage Adriano pour tes différents périples cyclotouristiques à venir, et peut-être à bientôt pour visiter l'île Burano en ta compagnie ! Et "bravissimo" à Giosue pour l'excellent café !

· A Romain pour son accueil chaleureux, son enthousiasme contagieux quand il s'agit d'évoquer Trieste et ses précieux conseils pour la suite de notre voyage en Croatie. Une très bonne soirée en sa compagnie. Romain, avec ta maîtrise de quatre langues et vu le nombre de cyclistes qui te sollicitent via warmshower, tu peux te reconvertir aisément en guide touristique !

KM
2814

Dobar dan ! Nous voilà en Croatie depuis ce 27 février 2019. Et c'est désormais officiel, nous ne comprenons plus rien ! Nous commencions à nous habituer aux sonorités italiennes, à l'accentuation de l'avant-dernière syllabe, et nos "grazié" devenaient quasi-automatiques. Et voilà qu'il faut prononcer les C "tss" et les J "y". Et encore, on vous la fait courte, c'est-à-dire sans les accents qui mettent un sacré bazar dans tout ça...

Mais par contre, quelle entrée en matière ! Quelle journée ! Certes le beau temps y est pour beaucoup, donnant toujours plus d'éclat aux choses. Nous vivons en effet la journée la plus ensoleillée et surtout la plus chaude depuis notre départ (au-dessus des 20 degrés). Du coup, Coco enlève les couches et arbore fièrement son cuissard "Le Puy-en-Velay Triathlon" (un peu de pub ne fait pas de mal...).

Coco sort le grand jeu

Mais surtout, la piste cyclable que nous a conseillée notre hôte Romain est un régal. Elle n'est d'ailleurs pas sans rappeler notre entrée en Italie. C'est sur une ancienne voie ferrée que nous frayons Gonzales et Ciraptor sur la douce pente qui nous éloigne de Trieste. Nous enchainons les tunnels cyclables et profitons d'une belle vue sur la vallée formant un canyon sur notre droite. À coup sûr, la journée ne pourrait pas mieux commencer...

La piste cyclable au départ de Trieste

Nous passons en l'espace de 20 km les frontières slovène puis croate. Trois pays traversés à vélo en une demi-journée, c'est suffisamment rare pour le souligner.

Passage des frontières slovène puis croate

La suite n'est autre qu'une succession de routes secondaires offrant des paysages sublimes et une tranquillité à faire envier tous les cyclotouristes du monde. Et on pèse nos mots, preuves en images !

Là, ça roule vraiment trop cool !!!

Le problème avec ce type de journée, c'est qu'elle vous oblige à vous arrêter toutes les 30 secondes pour contempler le paysage ou prendre une photo. Et une fois de plus, nous entrons dans Rijeka à la tombée de la nuit. La mer Adriatique nous réserve toutefois un bel accueil...

Arrivée dans Rijeka

Le seul souvenir photographique que gardera Titi de Rijeka concerne son stade au coucher du soleil. Il faut savoir que Titi voue une sorte d'admiration pour les stades, qu'ils soient champêtres, urbains,... et ce surtout lorsqu'ils sont dotés d'une piste d'athlétisme. Titi justifie son cliché par l'originalité de voir un stade collé à la mer, et vous fait partager sa passion par cette photo dont vous jugerez vous-même l'intérêt...

Stade de Rijeka

Nous quittons sûrement trop tôt Rijeka, 3ème ville du pays en terme de nombre d'habitants, et dont on apprend qu'elle sera la capitale européenne de la culture en 2020. Mais c'est pour mieux découvrir l'île de Krk ! Le hasard nous conduit à nous faufiler derrière le bus du club de football local pour sortir de la ville. Et nous découvrons plus loin le village enclavé de Bakar.

Allez le HNK Rijeka !
Bakar
En quittant Rijeka

Nous rejoignons l'île de Krk au moyen d'un pont (gratuit pour les vélos !). Il s'agit là de notre première excursion hors du continent, et nous prenons le temps d'admirer le paysage dès notre arrivée sur l'île.

Instant de contemplation sur l'île de Krk

Une piste cyclable nous fait longer la route principale en direction de la ville de Krk. Les zigzags formés par endroits sont surprenants...

Sujet au mal des transports, s'abstenir !

Bien évidemment, nous suivons les recommandations routières (panneaux ci-dessous) et prenons garde aux autres vélos, aux chevreuils, au vent et surtout aux avions qui manquent part deux fois de nous déséquilibrer. C'est sans compter la dextérité de Gonzales et Ciraptor.

Dans ce chapitre panneaux, précisons que les croates utilisent la couleur jaune pour leurs indications. Si bien qu'en bons français, nous prenons d'abord ces panneaux pour des déviations... Toujours en travaux ces croates !

Ne pas confondre avec les itinéraires de déviation français
Les indications routières croates

Nous gagnons la ville de Krk en début d'après-midi. Cette ville de bord de mer s'avère bien agréable, et plutôt tranquille à cette époque. Mais on nous dit qu'elle grouille de touristes l'été venu.

Ville de Krk

Nous traversons ensuite l'île d'ouest en est, et la beauté des paysages nous saute aux yeux. La végétation, faite de champs d'oliviers, de conifères et de forêts de chênes au sortir de l'hiver, donne des couleurs mêlant les teintes de vert et de brun. La présence de nombreuses pierres par endroit vient magnifier le tout. Rajoutez à cela un faible trafic routier et un ciel dégagé, et vous obtenez une après-midi cyclotouristique parfaite !

La traversée de l'île de Krk d'ouest en est

Nous arrivons comblés chez nos hôtes du soir, Tamara et Borna. Ils habitent Vrbnik, une jolie petite ville que nous découvrons plus amplement la nuit tombée, au hasard de festivités "carnavalesques" organisées ce soir-là. Nous suivons ainsi le cortège d'habitants plus ou moins déguisés, au son d'une fanfare bien sympathique ! Il paraît que la fête a duré, mais nous étions bien trop fatigués pour en témoigner.

Une belle soirée à Vrbnik

Nous franchissons de nouveau le pont le lendemain, tout heureux d'avoir pu découvrir l'île de Krk et quelques-uns de ses habitants très accueillants.

Pont reliant l'île de Krk au continent

Sous un ciel plus nuageux qu'à l'habitude, nous longeons la côte en direction du sud, avec pour objectif de rejoindre Zadar pour la fin de semaine. Ce trajet nous offre de beaux paysages, avec la présence remarquable de cerisiers en fleurs. La basse saison nous permet d'autre part de bénéficier d'un flux de voitures largement supportable. Car sur ce tronçon, pas de piste cyclable.

Cap au sud le long de la côte !

Nous passons par Senj et décidons de nous y arrêter, sur les conseils de Borna et pour ne pas subir l'averse annoncée en fin d'après-midi. On s'y amuse comme des p'tits fous en redescendant le chemin qui mène au château surplombant la ville.

Château de Senj (prise le lendemain)
Senj

Au moment d'arrêter notre itinéraire croate, nous avions hésité entre longer la côte ou tenter l'aventure dans les terres. En décidant finalement d'emprunter la route du bord de mer, nous pensons avoir fait le bon choix... car la journée suivante est un vrai régal. Bien asphaltée et toujours aussi calme côté circulation (à confirmer juillet-août...), cette route taillée dans la roche des montagnes du "Velebit" offre de magnifiques points de vue sur la mer Adriatique. Entre mer et montagnes, les kilomètres passent facilement. Avec toujours nos cerisiers qui nous accompagnent sur le bord de la route !

La côte croate (suite, à partir de Senj)

La vue sur les îles nous donnent envie d'en découvrir une nouvelle. Nous bifurquons donc sur notre droite pour rejoindre Prizna, d'où part un ferry qui permet de rejoindre l'île de Pag en une quinzaine de minutes.

Otok veut dire "Île" en croate
A bord du ferry pour rejoindre l'île de Pag

C'est le désert cette île ! Nous pédalons dans un paysage lunaire, fait de pierres blanches et de... rien d'autre !

Titi et Coco sur la lune

Nous pourrions croire à une blague ou à un mirage en découvrant ce panneau (nous indiquant un supermarché), tant l'île semble désertée de toute présence humaine.

Promesse d'un supermarché improbable

Le centre de l'île est déjà plus vert, et permet d'admirer les montagnes du Velebit au loin. Grandiose...

Vue sur les montagnes du Velebit au loin

L'île ne manque pas de pierres et les parcelles de terre sont toutes délimitées par des murets formant au loin des lignes qui nous avaient interpellés depuis le continent. La présence de nombreux moutons nous laisse deviner une activité d'élevage importante, notamment pour confectionner du fromage de brebis vendu sur l'île. En entrant dans une fromagerie, nous découvrons que le produit phare est le fromage "Paški sir".

Production et vente de "Paški sir"

Nous poursuivons notre traversée de l'île. Nous réalisons notre chance d'être là, à pédaler sur une route magnifique, en découvrant cette île dont le nom nous était complètement inconnu il y a encore quelques heures.

On en profite un max !

La route nous mène à Pag où nous nous arrêtons boire un verre. Nous en profitons également pour faire le plein d'eau en vue du bivouac à venir (faut bien se laver et faire bouillir la marmite !).

Pag

La recherche d'un coin tranquille pour bivouaquer nous fait longer des marais salants. On produirait donc également du sel sur Pag.

Marais salants

Nous trouvons à nous faufiler entre les bambous qui bordent la route pour y installer notre nid à l'abri des regards. Une bien belle journée s'achève... à condition de ne pas être réveillés en pleine nuit par des moutons !

Le jardin
Le garage et la chambre
La salle de bain
Présentation de notre appartement du soir

La matinée suivante, nous achevons notre court passage sur l'île de Pag, qui n'aura duré que 24 heures mais dont nous ne regrettons pas le détour. Nous nous délectons des derniers kilomètres sur ce petit bout de terre qui nous aura surpris par son aspect sauvage et bien préservé. L'ambiance ne doit sûrement pas être la même l'été venu, surtout sur cette île où il paraît que la vie nocturne bat son plein. Mais dans l'ensemble, nous imaginions les îles croates beaucoup plus urbanisées du fait de leur attrait touristique. Une belle page de notre voyage, sans aucun doute !

Derniers kilomètres sur l'île de Pag

Nous laissons définitivement les montagnes du Velebit dernière nous et gagnons Zadar dans la journée, en empruntant une partie de "l'eurovélo 8", itinéraire cyclotouristique européen longeant la méditerranée. Nous devrions d'ailleurs revoir ce type de panneau dans les prochains jours.

L'eurovélo 8 passe par là !

L'arrivée à Zadar en début d'après-midi nous paraît propice à une bonne sieste. Coco a visiblement voulu immortaliser cet instant, à l'insu de Titi. Nous nous balladons ensuite dans la ville, le long des ruines romaines aux abords de l'église Saint-Donat.

Sieste et visite de Zadar

Nous assistons surtout au dernier jour du carnaval de Zadar ! Voici en images quelques belles parades costumées.

Les moutons
Les pêcheurs
Les épouvantails
Les sirènes
Les poissonniers
Les teufeurs dans leur comptoir mobile à pédales
Le défilé du carnaval de Zadar

Nous avons un petit coup de coeur pour le bus de supporters croates, remémorant la fièvre qui a envahi le pays lors de la coupe du monde de football 2018 (victoire française oblige...). Même Emmanuel Macron a fait le déplacement. Seul détail qui nous chiffonne un peu, la coupe du monde est dans les mains de la Présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic. Ils n'ont pas dû bien comprendre l'issue du mondial.

On est les champions !

Nous n'assistons pas à l'élection de la meilleure troupe et ne pouvons donc vous en donner le résultat. Coco est trop occupée à bosser la suite de l'itinéraire et à dessiner sur son carnet de voyage. Titi se contente de ne rien faire. C'est ça la répartition des tâches dans une équipe de choc.

Ça bosse dur... pour certains !

La journée se termine en beauté, entre coucher de soleil et fête de clôture du carnaval.

Fin de journée à Zadar

Nous attribuons sans hésiter le titre de la pause pique-nique de l'étape croate à la journée suivante. Entre Zadar et Vodice, il fait bon faire une pause. Inutile d'en rajouter, la photo parle d'elle même...

Miam miam au bord de l'eau

Pour la petite anecdote, nous passons ce même jour juste à côté d'une île en forme de coeur, dont la photo sur le panneau nous rappelle celle de la couverture du livre "la Terre vue du ciel" de Yann Arthus-Bertrand. Titi prend donc ce beau cliché, tout content de lui, pour se rendre finalement compte le soir venu que ce n'est pas du tout le même site naturel. Le célèbre cliché du photographe représente le coeur de Voh en Nouvelle-Calédonie... rien à voir avec l'île "Ljubavi". Vexé, Titi jure que nous irons voir le vrai "coeur de Voh". Pour cela, il reste encore quelques tours de pédales à effectuer et une petite pichenette par la voie des airs pour se rendre à l'autre bout du monde... Mais qui sait, la meilleure amie de Coco réside en Nouvelle-Calédonie. Cela fait donc deux excellentes raisons de s'y rendre !

L'île "Ljubavi", le faux coeur de Voh

Nous finissons notre journée dans le très cosy appartement de Damir. Pas de doute, nous sommes bien en Croatie !

Une bonne douche chaude avec des serviettes croates, c'est le pied !

La Croatie comptent huit parcs nationaux, dont peut-être le plus célèbre "Plitvice" et ses lacs sublimes. Si ce dernier était un peu trop éloigné de notre plan de route, nous décidons de faire un crochet au parc "Krka" qui, nous dit on, vaut le détour. Nous quittons donc la côte aux abords de Sibenik pour rejoindre Lozovac, et admirons les belles cascades du Parc.

Visite du Parc Krka

Nous découvrons aussi les vestiges des activités d'autrefois à Krka, comme le lieu où était lavé le linge ou le moulage du blé. Une centrale hydraulique à même été construite, avec un début de fonctionnement daté en 1895. La ville de Sibenik a donc pu jouir de l'énergie électrique bien avant beaucoup d'autres villes en Europe.

Lavage du linge
Moulage du blé
Turbine de l'ancienne centrale hydraulique
Activités d'autrefois à Krka

Bon... c'est pas tout de faire les touristes mais le ciel est menaçant et nous prévoyons de bivouaquer ce soir, on ne doit donc pas traîner pour planter la tente... et oui, il ne fait pas toujours beau en Croatie !

Cherchons dodo au calme près de Krka, si possible sans pluie

Une fois n'est pas coutume, nous privilégions le lendemain un itinéraire à l'intérieur des terres. Une route secondaire nous semble en effet appropriée pour relier le parc national de Krka à Split. C'est donc au calme, et au travers de paysages arides et vallonnés que nous passons notre journée. Nous nous approchons progressivement du massif montagneux du Mosor, signe que notre destination n'est pas loin.

L'aridité de l'intérieur des terres

Nous gagnons ainsi la deuxieme ville croate la plus peuplée en début d'après-midi. Ce qui nous laisse le temps de nous ballader dans le palais de Dioclétien et d'admirer la cathédrale Saint-Domnius, entre autres découvertes touristiques et plaisirs gustatifs !

Palais de Dioclétien
Cathédrale Saint-Domnius
Statue en bronze de Grgur Ninski
Trg Republike (place de la République)
Split

Les massifs du Mosor puis du Biokovo sont nos compagnons de route de la journée du lendemain. Leurs falaises imposantes dominent ce tronçon reliant Split à la ville de Ploče, située 120 kilomètres plus loin sur la côte. Les villages traversés et la végétation plus luxuriante que la veille rendent les paysages magnifiques. Les plages inoccupées en cette saison nous donneraient presque envie de nous baigner dans cet mer d'un bleu très attirant... Nous avons d'ailleurs parfois l'impression que la route nous y plonge directement !

Direction Ploče !

Comme c'est le cas souvent depuis notre arrivée en Croatie, nous apercevons des peintures sur le bord de la route. Une partie d'entre elles évoque la guerre d'indépendance croate, et met notamment en avant son armée et quelques uns de ses héros. Le conflit reste encore récent (début des années 90) et revient régulièrement dans les propos des locaux avec qui nous conversons. Nous quittons ce pays dans quelques jours et peut-être avons nous le regret de ne pas avoir osé creuser un peu plus le sujet avec eux.

Peintures sur la guerre d'indépendance croate

Bien que conséquente, cette étape de 120 kilomètres ne nous aurait pas posé trop de problème sans un petit détail... Le vent ! En effet, nous devons lutter contre un vent à décorner Gonzales et Ciraptor, en provenance du sud-est (c'est-à-dire notre direction). La propension de ce drapeau à vouloir s'extirper de son mât vous permet de vous faire une idée de la problématique...

Le prochain virage à droite va faire très mal...

Nous arrivons tard et crevés à Ploče... Mais en profitant de quelques très beaux points de vue ! Et rassurez-vous, Gonzales et Ciraptor ont droit à double ration le soir venu pour récompenser leurs efforts. D'autant plus qu'une nouvelle grosse journée, toujours venteuse, les attend.

A l'approche de Ploče

Nous quittons en effet Ploče le lendemain pour rallier Dubrovnik dans la journée, soit 95 kilomètres à parcourir.

Départ de Ploče

Pourquoi ces deux journées marathon nous diriez vous ? Et bien pour arriver à Dubrovnik avant la journée pluvieuse qui s'annonce demain, et pour profiter de 24 heures de repos dans cette ville dont on nous a dit le plus grand bien.

Nous commencons par traverser le canal de Neretva. Des parcelles de terre s'étendent à perte de vue et témoignent d'une activité agricole importante. Il faut prendre de la hauteur sur le flanc des collines dominant cette vallée pour mieux s'en rendre compte.

Activité agricole dans la vallée de Neretva

Quelques kilomètres plus loin, nous montrons deux fois nos passeports. Une fois pour entrer en Bosnie-Herzégovine, une fois pour entrer à nouveau en Croatie ! Et oui, la Croatie est coupée en deux du fait de l'interruption de sa côte au profit du pays voisin, et ce sur une vingtaine de kilomètres. Cette région bosniaque enclavée est appelée "corridor de Neum". Après recherches, cette particularité remonterait à l’année 1699. La République de Raguse (l’ancienne Dubrovnik) décide alors de se séparer de Neum, au profit de la Bosnie, sous occupation ottomane, pour se protéger de l’expansion de sa rivale, Venise.

Drapeau Bosniaque à la frontière
Ville de Neum
Petite excursion en Bosnie-Herzégovine

Pour la petite histoire, nous nous étions étonnés d'avoir dû montrer nos passeports en passant une barrière douanière entre la Slovénie et la Croatie. Nous avons depuis appris que la Croatie est certes un pays membre de l'Union Européenne, mais qu'elle ne fait pas partie de l'espace Schengen (du moins pas encore). Précisons également que les croates n'utilisent pas l'euro comme monnaie mais le Kuna croate. Le Monténégro, que nous découvrirons demain, n'est pas membre de l'UE mais l'utilise. Si si c'est possible ! C'est également le cas du Kosovo, état indépendant reconnu par beaucoup de pays (dont la France) mais pas tous et notamment pas par l'ONU. Bref, tout ça pour vous dire que c'est compliqué...

Parenthèse géopolitique fermée, nous longeons toujours notre côte croate. Nous nous demandons combien d'îles avons nous aperçu ces derniers jours, tant elles semblent encore nombreuses aujourd'hui à l'horizon. La Croatie en compterait près de 700...

Et nous apercevons le pont Franjo-Tuđman qui marque l'entrée dans Dubrovnik. Enfin !

Destination Dubrovnik

Nous visitons donc le lendemain Dubrovnik, ville au combien séduisante par ses remparts renfermant de nombreuses églises, palais, et ruelles dans lesquelles il fait bon se perdre. Malgré le temps effectivement maussade voir pluvieux par moments, nous profitons pleinement de cette cité qui nous surprend par son histoire et sa beauté à chaque coin de rue. Nous avons même un peu honte de n'avoir pas entendu plus parler de ce lieu que nous conseillons à tous les voyageurs. Bien que touchée par les bombardements en 1991 (par les forces serbes et monténégrines), Dubrovnik à fait l'objet de tous les efforts de la Croatie mais aussi d'autres pays de la communauté internationale pour se reconstruire.

Dubrovnik

Un vrai coup de coeur pour nous. Surtout du haut des remparts !

Dubrovnik vue d'en haut

Les amateurs de "Game of Thrones" savent sûrement que les remparts, les rues pavés et la vue sur la mer ont servi de décor à cette série médiévale-fantastique, pour représenter notamment "Port-Real", la capitale fictive des sept Royaumes.

Titi aux côtés de Tyrion Lannister

Enfin, Dubrovnik nous aura permis de déguster les spécialités locales à base de produits de la mer, de se reposer et de faire une bonne lessive !

Une vraie journée de repos...

Nous avons particulièrement apprécié notre traversée de la Croatie qui nous était jusqu'alors parfaitement inconnue. Nombreux sont les croates qui nous ont interpellés pour savoir d'où nous venions, et nous poser des tas de questions sur notre voyage. Sans compter les automobilistes qui nous ont encouragés par leurs klaxons. Nous garderons en souvenirs l'accueil chaleureux de leurs habitants et les magnifiques paysages de montagne et de mer (et d'îles !) qui ont fait notre bonheur. Ça roule cool !!!

Bok Hrvatska !
• • •

Ils ont égayé notre route. Encore merci à...

· Tamara et Borna pour leur accueil simple et chaleureux, la soirée carnaval, le miel de cerisier et les échanges passionnants autour du voyage et de nos pays respectifs.

· Adriana pour son accueil très enthousiaste, sa soupe au chou maison, l'épisode plutôt trippant de la série Black mirror et les petites attentions gustatives au moment de partir.

· Damir pour la mise à disposition de son appartement, la bière du soir, le café matinal sur les pas des courses d'ânes, la découverte des "Burek" au fromage, l'essence de son bateau pour notre réchaud et les souvenirs peints de ses propres mains d'artiste.

· Nellie Tan et George Lee, nos deux sympathiques et curieux singapouriens rencontrés par hasard à Split.

· Alejandra et Julian pour nous avoir offert une douche et une nuit au chaud. Dommage que nous n'ayons pas eu le temps de faire plus ample connaissance.

KM
2987
KM
2987
Publié le 12 mars 2019

Dobro jutro ! Nous voilà au Monténégro en ce 10 mars 2019 ! Nous avons hâte de découvrir ce pays. D'une part parce que nous n'en connaissons pas grand chose... et d'autre part parce que nous n'y resterons que 48 heures. Nous ouvrons donc grand nos yeux et nos oreilles dès notre entrée sur le territoire, pour ne pas en perdre une miette.

Entrée au Monténégro

Notre curiosité principale de ce court séjour porte sur les bouches de Kotor ("Boka Kotorska" en Serbe / Monténégrin). Nous les approchons depuis Dubrovnik via une vallée qui nous laisse déjà entrevoir de belles montagnes.

Vallée conduisant aux bouches de Kotor

Nous recollons à la mer et découvrons la ville de Herceg Novi.

Herceg Novi et ses alentours

Nous arrivons ensuite dans les "Boka Kotorska" tant attendues, qui forment 4 golfes surplombés de hautes montagnes à pic. Le soleil de fin d'après-midi arrive à s'immiscer entre les sommets. Ses rayons nous apportent donc suffisamment de lumière pour admirer le spectacle.

Pisciculture et ville de Perast
Mont Lovsen (sommet derrière le nuage...)
Le long de la baie en direction de Kotor

Notre journée se termine à Kotor, ville fortifiée située à l'extrémité est de la baie.

Kotor et ses fortifications, de nuit

L'appel des remparts est trop fort et nous décidons le lendemain à l'aube de nous y attaquer. Précisons que pour nous l'aube c'est 7h... et que le soleil est levé depuis longtemps à cette heure-là (nous sommes désormais bien à l'est de notre chère France, et sans décalage horaire). Pierre-Paul et Victor, deux cyclotouristes français rencontrés la veille, nous ont conseillés ce plan "remparts". "La porte est ouverte, c'est visiblement gratuit", nous ont ils dit.

Une porte entrouverte nous accueille effectivement aux pieds des escaliers de pierres. Elle cache un tourniquet hors d'usage et une table sur laquelle une pancarte indique grossièrement "8€". Personne en vue... Nous passons. Un homme déboule de nul part et nous montre du doigt le panneau, énervé. Nous lui demandons pardon et nous apprêtons à faire demi-tour, gênés d'avoir ignoré "volontairement" l'écriteau. Dommage pour la visite, mais nous ne souhaitons pas payer 16€. L'homme perçoit notre déception et nous fait signe de passer, d'un geste sec, l'air désabusé. Nous attendons d'être sûrs de bien comprendre. Il réitère son geste, nous sommant de nous engager rapidement. Nous obéissons, sidérés et un brin amusés par ce changement brutal de comportement. Naturellement, nous le remercions vivement au passage, d'un "Hvala" que nous maîtrisons désormais à la perfection (même mot utilisé qu'en Croatie).

Pourquoi vous conter cette histoire somme toute assez banale ? Et bien parce que la suite est savoureuse. En redescendant une petite heure plus tard, nous recroisons l'homme qui, avec un grand sourire, nous demande si nous avons apprécié la visite. D'un geste élégant, il offre un bouquet de fleurs fraîchement cueillies à Coralie et nous laisse pour vaquer à ses occupations de "garde-remparts".

Coco, la séductrice de Kotor, et son bouquet de fleurs

La conclusion de cette histoire est triple. La première, c'est que le monténégrin est généreux et galant. La deuxième, c'est que Coco surpasse sa mission de séduction des garde-frontières (voir notre étape 1) pour l'étendre avec succès aux "garde-remparts". La troisième, c'est que le bouquet de fleurs est resté à Kotor, mais qu'il égaie désormais la table sur laquelle nous avons petit-déjeuné.

À part ça, sur les remparts, c'était très joli !

Vue des remparts de Kotor

Les rues de Kotor valent également le coup d'être empruntées, et nous le faisons avec plaisir.

Kotor

Compte tenu des prévisions météo et de la couleur du ciel, nous nous attendons à une suite mouillée. C'est en effet sous un épais couvercle nuageux que nous pédalons toute la journée. Cette chape nous épargne toutefois les averses promises, déversant simplement quelques gouttes à notre départ de Kotor et juste après notre arrivée à Ulcinj. Nous nous estimons donc chanceux, mais ce temps ne nous permet toutefois pas d'apprécier les paysages à leur juste valeur. En effet, nous ne pouvons qu'imaginer les montagnes environnantes, probablement sublimes, et nous nous consolons donc en portant nos regards sur le bord de mer.

Le long de la côte, de Kotor à Ulcinj

Avant d'atteindre Ulcinj, nous passons par la ville de Bar, qui honnêtement ne nous éblouit pas plus que ça (disons le clairement, les villes traversées sont moins attrayantes que les massifs montagneux les entourant). Sa cathédrale "Saint-Jovan-Vladimir", bien repérable de loin, attire tout de même notre attention.

Cathedrale "Saint-Jovan-Vladimir" à Bar

Nous apprenons quelques kilomètres plus tard, au détour d'un rond-point, que le Monténégro organisera la 18ème édition des Jeux des petits États européens (JPEE). Cette compétition, dont nous ignorions l'existence, réunira neuf pays comptant moins d'un million d'habitants : Albanie, Chypre, Islande, Liechtenstein, Luxembourg, Malte, Monaco, Monténégro et Saint Marin.

JPEE 2019, le compte à rebours est lancé : J-78 !

A la veille de quitter le Monténégro, nous regrettons que les deux personnes qui avaient accepté de nous héberger à Kotor puis Ulcinj ne nous aient finalement plus donné de nouvelle le soir venu. Il aurait été intéressant d'échanger avec eux. À défaut, nous avons donc traversé ce pays en vase clos "Titi Coco", sans véritable discussion avec les habitants.

Depuis notre départ, nous avons passé la moitié de nos nuits chez l'habitant, en activant "warmshower" (spécifique aux cyclistes) et couchsurfing (plus large). Outre les économies non négligeables que cela permet, recourir à ses réseaux sociaux nous fait surtout découvrir les pays un peu plus de l'intérieur. C'est donc un petit rendez-vous manqué avec les monténégrins.

Nous passons l'autre moitié de nos nuits sous tente (bivouac ou camping) ou en airbnb / hotels abordables (entre 20€ et 30€ la nuit pour le moment).

Avant de quitter Ulcinj le lendemain, nous prenons le temps de visiter sa vieille ville et admirons la vue qui nous est offerte au petit matin, depuis notre chambre (il y a pire...) ! Adieu la mer Adriatique !

Vieille ville d'Ulcinj et vue sur la mer Adriatique

Notre passage au Monténégro fût court, mais associé à une très belle découverte de Kotor et de ses bouches. Nous avons également retrouvé chez nos amis monténégrins les klaxons et autres exclamations d'encouragement, les regards bienveillants et curieux, les clins d'oeil complices et amicaux, et leur reconnaissance amusée de nous entendre essayer de parler leur langue. Nous reviendrons sans doute, peut-être avec des chaussures de randonnée, car c'est à notre sens un bon moyen de découvrir les joyaux de la "Montagne Noire" des balkans.

Nous fêtons nos 3000 kilomètres juste avant la frontière albane, et des montagnes enneigées nous attendent au loin... belles, mais un peu inquiétantes... la suite au prochain épisode. Pour l'instant, ça roule cool !!!

Doviđenja Crna Gora !
• • •

Ils ont égayé notre route. Encore merci à...

· Diana et Leonardo, les cyclotouristes colombiers croisés à la frontière, pour leurs sourires, leurs conseils et leur amour du voyage communicatif (2 ans déjà qu'ils sont sur les routes d'Amérique du sud et d'Europe !)

· Pierre-Paul et Victor, les cyclotouristes français croisés à Kotor, pour leur fraîcheur et les échanges en français qui font du bien. On va sans doute se recroiser dans les prochains jours, bonne route à eux !

· Le "garde-remparts" de Kotor, pour sa gentillesse et son romantisme.

KM
3274
KM
3274
Publié le 16 mars 2019

Mirëdita ! Le 12 mars 2019, nous entrons en Albanie ! Littéralement, "pays des aigles", d'où le drapeau ci-dessous. Nous nous étonnons d'ailleurs de voir le drapeau européen flotter à côté de ce dernier, et ce plusieurs fois sur notre trajet. La candidature albanaise pour intégrer l'UE y est sûrement pour quelque chose.

Drapeau albanais à la frontière

Une fois n'est pas coutume, notre première journée s'avère assez peu enthousiasmante. Notre impression née au Monténégro se confirme ici dans les villages ruraux traversés. Détritus, chiens errants, habitations sommaires, inachevées voire insalubres,... cette partie de l'Albanie est la plus pauvre, et cela se ressent. Attention aux préjugés hâtifs, attendons de voir... mais nous vous livrons notre sentiment tel que nous l'éprouvons, à chaud.

Nous croisons des écoliers qui nous tapent dans la main et nous demandent en bon anglais d'où l'on vient. Nous ignorons s'ils ont l'habitude de voir des cyclotouristes comme nous, mais ça fait chaud au coeur. Les gens sont curieux, les regards sont bienveillants, et cela est agréable.

La route que nous empruntons pour rallier Lezhë ne l'est en revanche pas du tout. Toute droite, très passante et avec un vent de côté très vigoureux, c'est pas l'extase... Quelques beaux panoramas montagneux au loin relèvent un peu l'intérêt de cette journée.

L'appel des montagnes albanaises...

Nous arrivons à Lezhë dans l'après-midi, contents d'en avoir fini.

Arrivée à Lezhë

Nous passons la soirée au calme, autour d'une bonne pizza et d'une salade grecque (et oui on se rapproche...) dans un restaurant que l'on nous a recommandé. Au calme... jusqu'à 20h35, heure à laquelle une quarantaine d'albanais débarque pour assister à la diffusion TV de l'affiche footballistique du soir : Juventus / Athletico Madrid. L'ambiance monte d'un cran, les esprits s'échauffent, nous passons une soirée finalement animée et plutôt sympathique ! Coco est l'unique femme de l'assemblée, et probablement une des seules à comprendre les commentaires en espagnol. Côté terrain, Ronaldo renverse ce soir-là l'Athletico à lui tout seul.

Nous quittons Lezhë le lendemain sous un beau soleil, en direction de Tiranë (la capitale du pays). Coco nous trouve une petite route secondaire dont elle a le secret, et nous découvrons la campagne albanaise en toute tranquillité. Nous traversons des villages. Nous sommes interpellés sans cesse par des "Hello" amicaux. Nous répondons par des "Mirëdita", et cela amuse les locaux. Nous nous sentons adoptés par les albanais. Et la route est belle...

En direction de Tiranë

Nous gagnons Tiranë dans l'après-midi, après de nombreux efforts demandés à Gonzales et Ciraptor pour nous frayer un chemin dans la circulation quelque peu anarchique... Nous posons devant le grand parc de la ville.

Arrivée à Tiranë

Il aura fallu attendre l'Albanie pour nous arrêter dans une capitale européenne. Après avoir déposé nos sacoches chez notre hôte Serdar (qui a gentiment quitté son travail temporairement pour nous accueillir), nous honorons donc cette ville d'une visite plus approfondie à vélo, avant la tombée de la nuit.

Parlement albanais
Tiranë

Le hasard a voulu que notre passage ici coïncide avec la "Dita e Verës" (fête de l'été), célébrée dans tout le pays chaque 14 mars (demain) en vue de l'arrivée des beaux jours et du printemps. La ville est donc décorée pour l'occasion.

Tiranë aux couleurs du printemps nouveau

Nous admirons ci et là quelques belles oeuvres d'art, dans les parcs, sur les façades,... Tiranë est inspirée !

L'art au coeur de Tiranë

Au moment de la visite, nous ne nous doutons pas que notre hôte insomniaque Serdar nous fera revenir dans ce coeur de ville à la nuit tombée, pour nous faire découvrir les bars cachés aux ambiances feutrées et "jazzy". Une bien belle soirée à enchaîner les verres de vin rouge et de Rika... pour revenir à la maison pas très frais mais comblés par les discussions au combien enrichissantes avec ce turc d'Ankara, ingénieur en génie civil et expatrié depuis 2 ans à Tiranë pour y construire des autoroutes.

Le dîner et le petit déjeuner en compagnie de Serdar sont autant raffinés que copieux, et nous quittons Tiranë avec l'énergie nécessaire pour les 10 prochains jours !

Petit déjeuner copieux made in "Chef Serdar"

Nous mettons le cap sur Elbasan, où il paraît que la fête de l'été bat particulièrement son plein. En effet, c'est dans cette ville que la "Dita e Verës" a vu le jour. Cette tradition fût ensuite étendue au reste du pays. Un 14 mars, nous ne pouvions pas mieux tomber pour rejoindre Elbasan et c'est avec enthousiasme que nous empruntons une route dont Coco a de nouveau le secret : une magnifique 4 voies ! Gonzales et Ciraptor se régalent et font "péter" le compteur avec un bon 55km/h en plein tunnel, sans forcer !

Loin des itinéraires bucoliques, mais à fond les ballons !

Nous parcourons en un rien de temps les 42km du jour et arrivons à Elbasan juste avant la pluie (la chance nous sourit une fois de plus, pour combien de temps ?...). Nous sommes accueillis dans un petit bâtiment aménagé pour l'accueil de voyageurs "backpackers", et rejoignons ensuite le centre-ville.

Petite déception : nous ne trouvons qu'une sorte de marché aux puces et des attractions de fête foraine. La foule est là mais semble se disperser, et la grande estrade est en train d'être démontée... Aurions-nous loupé la fête en arrivant à 13h ? Visiblement oui... Bon... On se console comme on peut avec une assiette bien garnie et des "Ballokume" en guise de dessert (biscuits typiques de la ville d'Elbasan).

Rassurez-vous, cette assiette est pour 2...

Vous allez dire qu'on ne parle que de nourriture... mais dans un voyage comme le nôtre, "quoi manger ?" et "où dormir ?" sans se ruiner sont des préoccupations essentielles. Et la découverte de la gastronomie locale fait partie des curiosités qu'il ne faut pas éluder !

Pour compléter ce chapitre, évoquons les bars albanais ! Nous sommes séduits par leur ambiance, leur dynamisme, leur décoration toujours soignée et "tendance". Nous passons beaucoup de temps dans les bars depuis notre départ pour écrire, peindre, alimenter ce blog, profiter du Wi-Fi,... et nous trouvons en Albanie d'excellents endroits pour cela. La jeunesse y est nombreuse, les gens semblent heureux et ces lieux tranchent souvent avec les bâtiments moins reluisant qui les entourent. La musique est toujours trop forte, mais elle fait partie intégrante de cette ferveur pour les moments de fête et de détente, à toute heure du jour et de la nuit.

Bar d'Elbasan

La journée du lendemain n'était pas prévue dans notre itinéraire initial. C'est en effet lors d'un comité bilatéral "titicoco", dans un bar de Zadar (Croatie), que nous avons décidé de stopper notre descente vers le sud à Elbasan pour mettre le cap à l'est. La raison ? Aller voir ce qui se cache derriere ce rond bleu sur notre carte routière, appelé "lac d'Ohrid" (du nom de la principale ville qui le borde). Cette étendue d'eau est au carrefour de l'Albanie, de la Macédoine et de la Grèce. Il s'agit du lac le plus profond des Balkans, et l'un des plus vieux du monde avec la Titicaca et le Baïkal. Les albanais que nous avons sondé à son sujet sont unanimes sur l'intérêt d'y faire un tour. Donc cap à l'est !

Nous commençons par longer le fleuve "Shkumbin", au creux d'une magnifique vallée et sous un beau soleil.

En remontant le fleuve "Shkumbin"

Sur notre trajet, nous croisons des ruches et une voie ferrée aérienne plutôt impressionnante.

Points d'intérêt sur la route

Nous croisons également de nombreuses stations de lavage pour les voitures. Les albanais prennent soin de leur auto et l'activité doit être lucrative vu l'abondance de ce type de service au bord des routes, même dans les coins les plus reculés.

Enfin, nous nous étonnons de voir que la longueur de tous les ponts (même les plus petits) est indiquée au mètre près. Cette curiosité nous était déjà apparue au Monténégro. Preuves en image pour notre chapitre "panneaux" !

L'importance donnée à la longueur des ponts en Albanie

Nous pousuivons notre route qui s'élève sérieusement... Nous mettons tout à gauche (les cyclistes comprendrons) et serrons les dents pendant la montée. Nous prenons toutefois le temps d'admirer le paysage.

Côte à 10%, ça se sent !

Notre récompense ne tarde pas à venir, avec une vue splendide sur le lac d'Ohrid. Et dire que nous aurions pu rater ça...

Vue sur le lac d'Ohrid

Nous ne manquons pas une miette de la descente qui nous réserve à chaque virage un panorama à couper le souffle. Une fois au bord du lac, nous trouvons une belle petite chapelle à proximité de laquelle nous posons les vélos, pour honorer la pause pique-nique de cette étape albanaise !

Pause pique-nique au bord du lac

Le ciel se couvre et nous apercevons au loin Pogradec, notre destination du soir.

Approche de Pogradec

Nous passons la soirée dans cette ville au bord de mer soigné, et dotée d'une vue très agréable sur les sommets enneigés. La nuit à venir sera la dernière en Albanie.

Pogradec

Nous prenons la direction de la Grèce le lendemain, en profitant d'un joli lever de soleil et d'une route très agréable jusqu'à Bilisht, dernière ville avant la frontière. Là encore, l'endroit est grandiose. Définitivement, l'Albanie nous aura conquis !

Derniers kilomètres en Albanie

Au moment de publier cette étape, nous relisons nos premières lignes retraçant notre entrée en Albanie. Elles n'étaient pas flatteuses puisque relevant les signes de la pauvreté de ce pays dont nous ignorions tout.

Quelques jours plus tard, la pauvreté n'a pas disparu. Mais nous avons bien d'autres images en tête concernant cette destination peu touristique mais au combien belle et attachante. Nous retenons de ce séjour une agréable soirée dans la capitale Tiranë, des montagnes majestueuses et deux journées mémorables aux abords du lac d'Ohrid. Nous avons également ressenti une certaine complicité avec les albanais rencontrés sur la route, qui ne nous attendaient pas là. Les enfants, surtout, nous auront touchés par leurs francs sourires et leurs infatigables "Hello".

Comme le suggère cette peinture sur une façade d'immeuble à Tiranë, nous voyons désormais l'Albanie différemment. Elle nous aura ouvert l'esprit.

Plus que jamais, après l'Albanie, ça roule cool !!!

Mirupafshim Shqipëri !
• • •

Ils ont égayé notre route. Encore merci à...

· Serdar pour nous avoir plongé dans l'ambiance nocturne de Tiranë et nous avoir fait découvrir sa passion pour la musique et la gastronomie "albano-turque" dont nous avons bien profité ! Nous avons hâte de découvrir la Turquie après cette belle rencontre.

· Eduart pour nous avoir réservé une place au chaud dans son auberge de backpackers, et ce malgré son absence (et gratuitement). Merci également à sa maman Fatima qui nous a accueillis sur place, et aux trois voyageurs allemands et canadien rencontrés ce soir-là.

KM
4033
KM
4033
Publié le 1er avril 2019

Kaliméra ! Nous voilà en Grèce depuis ce 16 mars 2019 ! Nous avons perdu du temps à convaincre le contrôleur de nos passeports que nous venions bien de France à vélo, mais c'est bon, nous y sommes.

Τιμόθεος et Κοραλία en Grèce !

Côté météo, pas grand chose de nouveau depuis notre sortie du territoire albanais quelques minutes plus tôt. Un grand soleil et des paysages qui donneraient presque envie de pédaler...

Premiers kilomètres en Grèce

Quelques changements toutefois à intégrer tout de suite dans notre chapitre "panneaux". D'une part, l'alphabet grec donne un peu plus de charme à notre trajet, mais ça nous nous y attendions. D'autre part, il se pourrait que des ours traînent dans le coin, et ça c'était pas vraiment au programme (d'autant plus que nous prévoyons de bivouaquer).

Les messages codés et les ours nous accueillent chaleureusement

Forts d'une formation suivie pour faire face aux agressions de toutes sortes (la fuite, une valeur sûre), nous passons outre ce dernier panneau et recherchons un lieu approprié pour planter la tente à proximité du village fantôme d'Ανταρτικό (Antartiko).

C'est toujours du sport le bivouac

Par chance, l'unique bâtisse donnant signe de vie est un bar/restaurant qui nous sauve la mise pour manger un bout et remplir nos gourdes. Sans lui, nous aurions été obligés de porter l'étape du jour à plus de 100km au total, et Titi aurait à coup sûr jeté son vélo sur le premier ours venu. Pour la petite histoire, Titi a dû faire 10km "bonus" au petit matin pour aller chercher deux gourdes oubliées à Pogradec...

Au réveil, nous nous racontons nos rêves respectifs. Non pas que ce soit particulièrement notre habitude, mais parce qu'ils nous apparaissent clairs et suffisamment ridicules pour être évoqués. Coco a rêvé d'une station de ski traversée à vélo, Titi d'une sélection en équipe de France de tennis pour le point décisif en finale de coupe Davis (vous jugerez vous même quel rêve est le plus réaliste et/ou ridicule des deux).

Nous nous étonnons de voir une fine couche de gel sur la tente. Le compteur indique 1 degré à 8h, la nuit fût certainement plus froide encore.

Nous enlevons pourtant les couches de vêtements au fur et à mesure des kilomètres. La route grimpe, et la température aussi : 20 degrés à 10h, la journée s'annonce finalement chaude.

Au départ d'Αntartiko

Nous apercevons ci et là quelques amoncellements de flocons, puis des monticules un peu plus imposants de la même poudre blanche, et c'est finalement dans un paysage totalement enneigé que nous poursuivons notre montée, jusqu'à... une station de ski ! Rêve prémonitoire de Coco ! C'est sans doute ça l'instinct féminin... En même temps, en partant d'Antartiko, on pouvait s'attendre à un épisode neigeux, et le nom de ce village prend désormais tout son sens.

De plus en plus de neige... et du ski sur les hauteurs d'Antartiko !

C'est donc tout schuss et en tee-shirt que nous arpentons les derniers lacets du col, dans cet improbable ambiance de sports d'hiver (musique de la station de ski incluse).

Tout schuss !!!

A voir le rêve de Coco se réaliser, Titi contacte Sébastien Grosjean pour l'informer de son impossibilité de jouer la finale, du fait qu'il est actuellement en velo-ski en Grèce. Nous espérons que le sélectionneur ne lui en tiendra pas rigueur pour les prochaines échéances sportives de l'équipe de France.

La suite de la journée ? Une descente de 20km pour rejoindre la première "vraie" ville grecque : Φλώρινα. Vous ne nous en voudrez pas de privilégier à l'avenir l'alphabet latin, donc "Flórina" ! Cette ville grouille de monde dans les cafés à notre arrivée. On est dimanche, et les gens sont de sortie. L'impression donnée est très agréable.

Un dimanche à Flórina

Le compteur indique 30 degrés à l'ombre. Ça correspond déjà plus à notre idée de la Grèce... De quoi se prélasser en terrasse et entamer des ateliers "peinture" pour Coco et "entretien mécanique" pour Titi (si ça c'est pas cliché comme scène... pour toute réclamation féministe, voir avec notre agent).

Chacun son activité sous la chaleur de Flórina

À la différence de Coco qui fait des débuts prometteurs en aquarelle, ne croyez pas que Titi soit un mécanicien hors pair. Au contraire, ce n'est pas trop sa tasse de thé. C'est pourquoi il mise consciencieusement sur la prévention. En assurant régulièrement le serrage de chaque vis et l'entretien de la transmission, il espère retarder le prochain pépin... qui viendra inévitablement, mais le plus tard possible !

Nous laissons dernière nous Flórina et ses sommets enneigées pour continuer notre traversée du nord de la Grèce. Les paysages nous rappellent progressivement notre chère et belle Auvergne...

Comme un petit air d'Auvergne

Nous découvrons successivement les lacs Petron et Vegoritida, depuis des routes secondaires bien entretenues et très au calme. C'est un véritable bonheur d'emprunter un tel itinéraire, sous un soleil radieux.

Vue sur les lacs Petron et Vegoritida

C'est entre ces deux lacs, en amont du village de Kella, que le cours de notre journée bascule. Nous entendons sur notre droite des petits gémissements. Nous ralentissons pour nous retourner. Les cris perdurent et nous font baisser les yeux au sol. Deux chiots abandonnés sur le bord de la route sont en train d'agoniser, enfermés dans un sac plastique. Nous les libérons et constatons leur extrême faiblesse. Ils n'ont à coup sûr pas plus de quelques jours et cherchent de l'air, leur petite langue rose pendante.

Nous les transportons dans ce qui nous sert de bassine pour se laver en bivouac, en espérant trouver de l'aide auprès des habitants de Kella. Nos sollicitations sont vaines. Personne ne souhaite recueillir les deux chiots que nous vous présentons ici, photographiés pendant la pause pique-nique. Le premier s'appelle Kella, du nom de la ville où nous les avons trouvés. Le second Edessa, du nom de celle qu'il nous faut à tout prix rejoindre pour trouver une solution à ces deux orphelins.

Kella (museau noir, aventutier) et Edessa (museau clair, plus "plan plan")

Pas de temps à perdre, direction Edessa, avec nos deux protégés dans le sac / bassine. Notre mission : 42km à parcourir pour les sauver. Le marathon de la survie...

Transport en toute urgence à Edessa

Nous arrivons à Edessa ! Un pharmacien bienveillant accepte de contacter un vétérinaire, qui nous donne exceptionnellement rendez-vous dans deux heures. Deux heures pour maintenir en vie les deux chiots qui crient famine et tremblent de tout leur corps. Les minutes sont longues à la terrasse d'un café.

Courage les ptits gars !

Le vétérinaire et son assistant sont navrés. Il n'y a pas grand chose à faire pour ces petites bêtes souffrant d'hypothermie, tentent ils de nous dire, un peu gênés compte tenu de nos efforts pour les amener jusqu'à eux. Nous comprenons surtout qu'ils n'ont pas de solution de garde... (ou pas de volonté pour cela) et que les laisser entre leurs mains revient à les faire piquer. Ni une ni deux, nous sortons avec les deux chiots sous le bras et achetons de quoi les nourrir comme on peut.

Nous ne le savons pas encore, mais c'est le début d'une longue aventure avec Kella et Edessa. Nous n'avons pour l'instant d'autre choix que de tenter de les transporter avec nous, et probablement jusqu'au 11 avril (date à laquelle nos parents nous rejoignent à Istanbul). Pour les ramener en France ? Ça semble imposible... Mais après tout pourquoi pas ? Affaire à suivre...

C'est donc à quatre que nous poursuivons notre périple. Cette histoire nous aura retardés, et c'est dans le premier champs de cerisiers venu que nous plantons la tente à la tombée du jour. Vous apprécierez tout de même le décor de notre aménagement de fortune, ça pourrait être pire.

Sous les cerisiers au coucher du soleil

Les agriculteurs grecs sont susceptibles de travailler tôt. Nous abandonnons donc nos cerisiers dès 7h le lendemain pour éviter les embettements éventuels. C'est la contrainte du bivouac, et en même temps ce qui en fait son charme. Dormir dans des coins improbables dans l'illégalité (certes "relative" mais tout de même) suppose une prise de risque qu'il nous faut mesurer et assumer. Le petit déjeuner qui suit n'en est que plus appréciable après 20km parcourus à jeun.

Petit déjeuner bien mérité

Une journée de transition nous attend. Dans le langage "titicoco", "transition" signifie "trajet moche et sans intérêt particulier". Tout ça pour vous dire que nous n'avons d'autre objectif aujourd'hui que de rallier Thessaloniki, la deuxième ville du pays, et la mer Égée par la même occasion. Nous y restons deux nuits pour visiter, nous reposer et faire la connaissance de Sumeyye qui nous accueille très gentiment chez elle.

Thessaloniki

Nous profitons d'une visite guidée par Geórgios, un jeune Thessalonicien passionné par cette ville. Nous apprenons qu'une grande partie de cette dernière à été détruite par un incendie en 1917. Nous prenons également conscience de sa riche histoire : romaine, bizantine et ottomane (notamment à travers les vestiges visibles à Ana Poli, la ville haute). Geórgios nous fait l'honneur d'un petit air de Rebetiko joué au mpouzouki (dans le square portant le nom du compositeur Tsitsani), et nous achevons la visite au pied des remparts pour y admirer la vue. Une bien belle journée...

Fin de visite en musique sur les hauteurs de la ville

La journée du lendemain nous fait longer les lacs Koróneia et Vólvi. Le soleil est encore au rendez-vous et la petite route que nous ont conseillés Danis et Athanasia, nos hôtes du soir, s'avère particulièrement agréable.

Le long des lacs Koróneia et Vólvi

Quand l'estomac se fait entendre, nous traversons un champs d'oliviers pour se retrouver au bord du lac. A coup sûr, le titre de la pause pique-nique de l'étape grecque est pour aujourd'hui !

Pause pique-nique au bord du lac Vólvi

La journée suivante, nous poursuivons notre avancée vers l'est en retrouvant la mer Égée. Entre mer et montagnes, c'est parfois presque sur la plage que nous pédalons entre Stavros à Kavala.

Le long de la mer Égée

Comme nous l'avaient prédit Danis et Athanasia, la ville de Kavala est une belle découverte. Nous passons la soirée au coeur de la vieille ville.

Kavala

Depuis quelques jours, l'île de Thásos nous fait de l'oeil sur notre carte routière. Surlignée en jaune et vert, la route suivant les 90km de côtes promet visiblement d'être belle. Sa facilité d'accès depuis un ferry au départ de Kavala finit par nous convaincre. Visiter la Grèce sans découvrir l'une de ses inombrables îles aurait d'autre part eu un goût d'inachevé. Cap sur l'île de Thásos, à 8km de Kavala !

Cap sur l'île de Thásos

Le moins que l'on puisse dire est que nous ne regrettons pas notre choix. Nous passons une excellente journée à pédaler dans un décor paradisiaque. Avis aux cyclotouristes ! L'île de Thásos fin mars, nous recommandons !

Île de Thásos

Le point d'orgue de cette escapade hors du continent est sans aucun doute notre découverte du lagon de Giola. Un bijou naturel dont nous profitons comme il se doit, en nous y baignant ! Bon... soyons honnêtes, la trempette aura duré 30 secondes tout au plus...

Trempette (très) rafraîchissante à Giola

Un tel moment se mérite, et la remontée de Gonzales et Ciraptor jusqu'à la route est plutôt sportive.

Le kilomètre vertical de Giola

L'est de l'île est plus montagneux, et nous oblige à appuyer davantage sur les pédales. Mais là encore, les paysages sont magnifiques.

L'est de l'île de Thásos

Passée la nuit sous tente, Coco la "GPS women" nous emmène découvrir le reste de la côte à travers les chemins. Un choix judicieux qui nous permet d'accéder aux plages, probablement les plus belles que nous ayons vues jusqu'à présent.

Chemin côtier et ses plages

Notre ami Titouan nous fait savoir en direct de Nantes que Citroën proposait des modèles de voiture couleur "bleu thasos". À voir la couleur de l'eau, on peut comprendre... Merci Titouan !

Les "Porto Vathy" et "Marble" Beach attirent notre attention. Elles se situent à proximité d'une carrière d'exploitation du marbre que nous traversons. Des blocs de marbre sont utilisés pour y planter les parasols durant la saison estivale. De quoi s'amuser un peu...

L'exploitation du marbre sur l'île de Thásos

Outre le tourisme et l'exportation du marbre, l'île vit aussi de la culture des olives. Et si les oliviers sont monnaie courante depuis quelques semaines, ceux d'ici nous frappent par leur taille et leur tronc imposant. Après le champs de cerisiers, vous pouvez donc imaginer où nous avons dormi...

Les oliviers majestueux de l'île de Thásos

Retour sur le continent en direction de Xanthi, ville à proximité de laquelle nous traversons la rivière Nestos. Au-delà des montagnes en arrière plan, la Bulgarie n'est pas loin. Les bulgares sont d'ailleurs nombreux à rejoindre la côte grecque à la belle saison pour y passer leurs vacances.

Traversée de la rivière Nestos

Et nous terminons cette journée en beauté, à Porto Lagos. Cette ville est située entre le Lac Vistonida et la mer Égée.

Fin de journée à Porto Lagos

Nous prenons le lendemain la direction de Komotiní. Cette route nous fait passer devant le joli monastère de Saint-Nikolaos (accessible par un pont).

Route en direction de Komotiní

Nous l'ignorions, mais ce 25 mars est le jour de la fête de l'Annonciation en Grèce. On y célèbre la révolution grecque de 1821. C'est donc un jour férié dans tout le pays, et la ville de Komotiní est en émulation.

25 mars, jour de fête nationale en Grèce

Pour nous ce sera plutôt une après-midi studieuse pour peaufiner l'itinéraire à venir, décider d'une stratégie d'obtention de certains visas et se poser la question de l'achat d'une carte SIM ou d'un forfait d'accès à internet en Turquie. Un peu moins solennel et plus pragmatique comme programme...

Nous faisons d'ailleurs un peu "tâches" dans ce paysage de fête nationale. Notre accoutrement de cyclistes voyageurs et le chargement de Gonzales et Ciraptor captent les regards des locaux. Leur curiosité s'accompagne toutefois de gestes amicaux et serviables, pour nous aider par exemple à acheminer les vélos vers l'arrière terrasse de notre bar de "travail".

"Nous n'faisons pourtant de tort à personne, en écoutant pas le clairon qui sonne..."

Notre dernière journée en Grèce nous fait rejoindre la ville d'Alexandroúpoli. Outre les quelques beaux paysages traversés, nous vous proposons de méditer sur ce dernier panneau. Une dernière leçon d'alphabet grec au moment de quitter le pays !

À votre alphabet ! Interrogation écrite...

La traversée du nord de la Grèce ne nous aura bien sûr pas permis d'en explorer tous les joyaux, et il faudra sans doute revenir pour découvrir le sud. Mais la Grèce nous aura tant donné... : la douceur de son climat, la beauté de ses moyennes montagnes du côté de Flórina, l'histoire au combien riche de Thessaloniki, la splendeur de l'île de Thásos,... Plus encore, nous partons d'ici comblés par de belles rencontres humaines. Les grecs nous ont accueillis les bras ouverts, et c'est le coeur serré que nous passons demain la frontière turque.

Nous sommes cependant sensibles au discours quelque peu désabusé des grecs que nous avons rencontrés. La crise économique grecque n'en n'a pas que le nom et se fait concrètement ressentir chez eux. Ils ont l'impression d'être trop taxés (remboursement de la dette oblige), n'ont pas confiance en leurs politiques et déplorent les manques de moyens dans tous les secteurs (notamment les services publics). Nombreux sont les jeunes qui envisagent leur avenir professionnel à l'étranger.

Pour ne pas conclure sur cette note pessimiste, passons à la petite blagounette de ce carnet de voyage ! Il ne vous a pas échappé que la publication de l'étape date du 1er avril. Un poisson s'est glissé dans les lignes de notre récit, et nous vous devons de rétablir une vérité au sujet de nos deux compagnons de route Kella et Edessa. Sensible à notre désarroi et sur les conseils de son assistant, le vétérinaire a finalement passé quelques coups de fil dont nous n'avons pipé mots. À notre grand bonheur, il nous a ensuite tendu son téléphone avec un sourire complice, pour que nous échangions en anglais avec Marie-Elena, la nouvelle mère adoptive des deux petits. Kella et Edessa sont donc en vie. Ils sont restés à Edessa et vivront heureux avec beaucoup d'enfants. Fin de l'histoire... et il n'y aura pas d'adoption de chiots pour nous !

Τα λεμε Ελλάδα

Nous passons demain la frontière turque, porte du Moyen-Orient et du continent asiatique. Cela nous fait rêver, cela nous inquiète, cela nous donne le tournis... Mais l'heure est avant tout au bilan de notre page européenne.

Ces 4000km de route furent un pur bonheur. Hormis notre troisième jour mémorable entre Le Puy-en-Velay et Saint-Etienne, le temps à été particulièrement clément. Pas une goutte de pluie à supporter sur nos vélos en deux mois... Pas de gros pépin mécanique non plus, avec une seule crevaison à déclarer pour Ciraptor qui a eu du mal à quitter Cécile et Xavier du côté de Cavaillon. Dans l'ensemble, nous ne regrettons pas notre choix d'itinéraire, avec cette impression de découvrir des points d'intérêt quasi quotidiennement. Enfin, nous avons plaisir à avancer tous les deux. Le voyage n'est pas un long fleuve tranquille et la fatigue nous gagnent parfois, exacerbant notre potentiel "irritabilité". Mais partager ce voyage en couple nous apparaît comme une chance inouïe, et un moyen de s'entraider dans les moments difficiles.

Forts de ce bilan positif, nous continuons notre trajet en pensant à vous : amis, familles, collègues,... qui nous encouragez de multiples manières. Grâce à vous, ça roule cool !!!

• • •

Ils ont égayé notre route. Encore merci à...

· Artemis pour sa spontanéité et pour nous avoir initiés à la musique grecque, en nous jouant notamment du Tsouras.

· Le pharmacien de Flórina, passionné de vélo, pour nous avoir posé des tas de questions sur notre voyage, et pour nous avoir offert un gel hypercalorique en cas de "coup de pompe".

· Marie-Elena pour avoir adopté les deux chiots. Elle fût contactée par le vétérinaire et son assistant (alors même que le cabinet était normalement fermé), eux-mêmes contactés par le pharmacien d'Edessa (sensible à notre détresse). Merci à tout ce petit monde. Une belle histoire de notre voyage.

· Sumeyye pour sa confiance, et pour nous avoir partagé ses connaissances dans de nombreux domaines et sur plusieurs pays (notamment son amour pour la Chine). Les discussions furent profondes, passionnées et passionnantes... Et merci pour la découverte des "bougatsa" à la crème !

· Geórgios pour la visite riche en anecdotes de Thessaloniki, dans un anglais audible et suffisamment articulé. Très appréciable...

· Danis et Athanasia pour ce que l'on peut espérer de mieux après une longue journée de vélo : une douche chaude, une bière, un bon repas, un lit confortable, bref du confort... Merci aussi pour nos échanges sur les voyages, sur nos pays respectifs, et tous les autres sujets que nous avons abordés comme si nous nous connaissions depuis un moment. Enfin, merci d'avoir regonflé nos pneus... et bon anniversaire !

· Nana, la cyclotouriste danoise partie seule de Chine pour rallier son pays à la force de ses mollets. Nous l'avons croisée avec son papa, venu l'accompagner deux semaines. Une sacrée rencontre sur la route... et plein de bons tuyaux pour nous !

· Anthi pour son hospitalité aussi simple que généreuse, qui l'a conduite à nous laisser son lit pour dormir sur un couchage d'appoint à nos pieds... Merci aussi de nous avoir aidés à récupérer l'antivol oublié le matin même à Porto Lagos.

· Simeon pour l'agréable soirée passée en sa compagnie autour d'une bonne omelette. Cet étudiant en médecine nous a accueilli chaleureusement, comme il le fait avec beaucoup d'autres voyageurs de passage entre la Grèce et la Turquie. Nous avons parlé médecine, politique, philosophie et spiritualité. Simeon, si ta demande de stage est acceptée à Clermont-Ferrand, fais nous signe !

· La touchante vieille dame rencontrée à Phères pour nous avoir offert à manger en nous voyant pique-niquer en face de chez elle. Juste avant de franchir la frontière turque, c'est un beau cadeau d'au revoir...

KM
4973
KM
4973
Publié le 19 avril 2019

Merhaba ! Nous voilà en Turquie depuis ce 27 mars 2019 ! Les voyageurs à vélo que nous avons sondés au moment de préparer notre itinéraire nous l'ont affirmé : la Turquie doit être traversée, et nous devons prendre notre temps. C'est donc notre projet : profiter de ce grand pays ("grand" à tous points de vue) en lui consacrant deux mois de notre voyage.

À la frontière turque

Après quatre "points de contrôle" qui n'en n'ont que le nom pour nous (aucune fouille contrairement aux camions), nous quittons définitivement l'Union Européenne.

Mais pas encore "l'Europe géographique". En effet, une dernière halte sur le vieux continent nous fait découvrir la ville de Keşan. Notre hôte Gökcan nous y réserve un "accueil turc" digne de ce nom. En une soirée, Gökcan nous donne de nombreux conseils sur notre itinéraire, une leçon de turc pour en maîtriser les mots incontournables et active même ses réseaux pour nous dégoter une solution d'hébergement pour le lendemain soir. En passant, il nous offre notre premier kebab, du çay ("thé" turc) et nous fait découvrir le "peynir helvası" (dessert local).

De quoi nous mettre dans le bain turc (Titi est assez fier de celle-là...) et faire sauter le verrou de notre appréhension qui nous habite toujours au moment de changer de pays.

"Teşekkür ederim" (merci) Gökcan

Notre itinéraire initial nous aurait fait prendre le lendemain la direction d'Istanbul. Mais nos parents nous y rejoignent seulement le 11 avril. Compte tenu de notre avance d'une dizaine de jours sur notre programme, nous préférons entamer la découverte de la côte ouest. Le réseau "d'otokar", ultra-developpé en Turquie, nous permettra de remonter à Istanbul d'où que nous soyons.

Notre objectif du jour est donc de rejoindre Çanakkale, et par la même occasion l'Asie ! Après 120km parcourus entre les mers Égée et Marmara, nous empruntons le ferry qui nous fait changer de continent.

Au revoir l'Europe

Avec un vent dans le dos très appréciable (vive le wind-bike !), c'est vers le sud que nous mettons le cap au départ de Çanakkale, après avoir fait la rencontre de trois de ses étudiants aussi gentils qu'attentionnés.

Au départ de Çanakkale

La route nous fait passer par la ville de Troia (Troie), célèbre pour ses batailles et ses légendes. Nous y rencontrons Achille, Homère, Hector, Hélène, Pâris, etc...

Achille, Coco, Homère, Titi, Hector

Nous oublions de vous dire que le cheval de Troie est resté à Çanakkale... Pour la petite histoire, ce cheval à été confectionné pour le film "Troie" (2004), puis offert à la ville. Désolés, les photos nocturnes ne sont pas encore la spécialité de Titi...

Cheval de Troie à Çanakkale

En direction de Behram, c'est dans un paysage d'une verdure étonnante que nous pédalons. Serdar, notre ami turc rencontré à Tirana, nous avait recommandé cet endroit. Nous y sommes !

Petite pensée pour Serdar sur la route de Behram

La journée suivante est une veille d'élections municipales. Dans toutes les villes traversées, les candidats (et candidates) se montrent sous leurs plus beaux visages sur des affiches immenses (comme ici à Avcılar). Les drapeaux turcs sont de sortie, et les défilés de voitures se succèdent (aux couleurs de leur candidat de coeur).

Demain, ça vote !

D'après les personnes rencontrées depuis notre arrivée, les élections locales en Turquie seraient souvent utilisées pour conforter ou contester le gouvernement en place (comme c'est parfois le cas en France...). Le Président Erdogan suivrait donc de près les résultats des candidats appartenant à sa famille politique (le parti "AKP"). À la tête d'un pays en pleine tempête économique (décrochage violent de la livre turque), il fait du scrutin un plébiscite sur sa personne. L'enjeu politique est donc perceptible ici, dans une Turquie marquée par les manifestations citoyennes fortement réprimées (2013) et par la tentative de coup d'Etat (2016, lui aussi fortement réprimé...).

Passée cette parenthèse politico-économique, nous continuons notre descente vers le sud en longeant la côte. Nous découvrons les villes d'Ayvalik (et son port de pêche) et de Dikili.

Ayvalik et Dikili

Nous empruntons les routes secondaires aux paysages verdoyants et fleuris. Un vrai bonheur.

C'est le printemps !

Seul le vent vient perturber nos journées et oblige Gonzales et Ciraptor à quelques tours d'équilibristes sur la route. Depuis maintenant quatre jours, il nous accompagne en provenance du nord, de l'est, du nord-est,... Il et parfois même tourbillonnant et commence à nous rendre fou. Sans parler des nuits où nous nous voyons décoller avec la tente.

Pas étonnant de voir des éoliennes garnir le paysage et tourner à plein régime. Nous passons d'ailleurs à côté d'un dépôt d'éoliennes. Petite pensée pour Ben, notre ami ponot qui répare les éoliennes et les photographie si bien. Ben, si la Turquie te tente, il y a probablement du boulot pour toi ici !

La Turquie investit dans l'éolien

Nous traversons le lendemain la ville d'Aliağa qui nous séduit par sa piste cyclable de bord de mer (estampillée Eurovélo 8), la première depuis notre arrivée en Turquie. L'aménagement cyclable se poursuit au coeur de cette cité qui nous paraît dynamique, sportive, très propre et en pleine expension (à en voir les nombreux immeubles neufs ou en construction). We love Aliağa !

Aliağa

Malgré les conseils de Berk rencontré à Çanakkale, nous envisageons de rallier Izmir en vélo... pour finalement revenir à la raison 15km plus loin et suivre ses recommandations de prendre le train. Moralité : toujours écouter les locaux au lieu de jouer les téméraires... Le trafic (en particulier les camions aux klaxons assourdissants qui vous frôlent à pleine vitesse) rend la route trop dangereuse. Nous tenons à nos vies et profitons d'un train entre Menemen et Izmir pour parcourir les 35 derniers kilomètres sur les rails. Coco en profite pour faire quelques étirements...

En attendant le train

Nous prenons nos quartiers à Izmir pour deux nuits. Titi se fait rafraîchir la tête par un barbier. Il était temps, car après deux mois de "laisser aller", la barbe mettait à mal son aérodynamisme sur le vélo. Voyez plutôt, ça lui redonne même le sourire ! Mais ça ne lui enlève pas pour autant son beau coup de soleil sur le nez.

Titi new look

Le barbier nous offre le thé et le journal, dans lequel nous apprenons que le parti d'Erdogan est en passe de perdre les municipales dans les 3 grandes villes d'Izmir, Ankara et Istanbul. Pourquoi "en passe" ? Car si pour les 2 premières les résultats sont relativement nets, ceux d'Istanbul le sont beaucoup moins (les 2 candidats ont revendiqué leur victoire, et l'heure est au recompte des voix). Mais le candidat de l'opposition tient visiblement la corde et devrait l'emporter.

C'est en tout cas au coeur de cette riche actualité politique que nous visitons Izmir.

Nous regrettons que la tour de l'horloge soit en rénovation, mais nous nous consolons en explorant le dédale du grand bazar, le bord de mer et les hauteurs de la ville.

Izmir

Sans oublier nos découvertes gustatives du jour : le boza (boisson fermentée à base de céréales) et les Gözleme (grandes galettes fines à la garniture diverse et variée).

Miam miam à Izmir

Nous profitons d'un beau coucher de soleil, et notre promenade nocturne nous fait passer devant la statue de Mustafa Kemal (plus connu sous le nom de "Atatürk" = "père des turcs").

Ballade nocturne à Izmir

Nous croisons le portrait d'Atatürk partout : sur les immeubles, drapeaux, tee-shirts, collés à l'arrière des voitures,... Bien que le nom d'Atatürk ne nous soit pas inconnu, nous sentons qu'il est urgent de nous mettre à niveau... et décidons de visiter le lendemain le musée qui lui est consacré à Izmir (d'autres villes ont également leur musée "Atatürk").

Nous retenons en bref qu'Atatürk est à la fois le héros de la guerre d'indépendance et l'ancien chef d'Etat réformateur (1er Président de la République), à la vision moderne et laïque. Mort en 1938, "le chef éternel" reste de loin la personnalité la plus respectée et adulée du pays. Chaque 10 novembre à 9h05, les turcs observent d'ailleurs une minute de silence pour honorer sa mémoire, à la date et l'heure exactes de son décès. Qu'ils marchent, conduisent, courent après leur métro ou fassent affaire, ils s'immobilisent pour se souvenir. Seuls les sons des sirènes et des klaxons retentissent, le tout sur fond de drapeaux en berne. Ça doit être quelque chose...

En quittant Izmir le lendemain matin, nous découvrons sur notre gauche une immense sculpture du visage d'Atatürk. De quoi en rajouter une couche...

Sculpture du visage d'Atatürk à Izmir

La côte de la mer Égée est toujours aussi belle en direction d'Efes (Éphèse). Elle nous surprend même par ses couleurs printanières, avec une végétation luxuriante se développant dans les sols marécageux du parc "Gebekirse Gölü".

Belles couleurs dans le parc Gebekirse Gölü

Nous ne voyons pas passer les 75km de route et arrivons suffisamment tôt pour visiter la cité antique.

Efes

Quand nous ne nous amusons pas dans les ruines, nous apprenons qu'Efes date de 1000 ans av-JC, et qu'elle fût l'une des villes les plus puissantes de l'époque romaine. Placée sous la protection d’Artémis, elle connut son apogée en tant que capitale de la province romaine d’Asie mineure. Elle devait notamment sa puissance à son port, l’un des plus importants de la mer Égée. Puis, selon les historiens, cette cité aurait été progressivement abandonnée et définitivement désertée au VIIème siècle. Voilà pour nos devoirs de vacances...

Le lendemain, nous nous rajoutons quelques devoirs de classe, cette fois-ci, en allant visiter l'école primaire dans laquelle enseigne notre hôte Ayhan. Ce dernier a insisté pour que nous rencontrions ses élèves, et nous sommes accueillis à bras ouverts par toute l'équipe d'encadrement. Nous sommes un peu l'attraction et les enfants sont intrigués par nos vélos chargés de bagages. Nous vivons un excellent moment d'échanges avec eux.

Élèves de l'école primaire d'Ortaklar (près de Söke)

Coco s'est d'ailleurs faite une copine, et nous quittons l'école avec un sac de noix offertes par sa maman.

Coco et sa copine de classe (à gauche en rose)

Ayhan partage sa passion pour le vélo avec quelques amis de la région. L'un d'eux, Hasan, souhaite également nous rencontrer. Il vient spécialement de Kuşadasi pour prendre le thé avec nous et nous accompagner sur les derniers kilomètres de notre journée. Ayhan, de son côté, nous donne une bonne leçon de nettoyage de vélo et nous offre le gîte et le couvert. Une très belle rencontre que celle de ces deux "fondus" de vélo, aussi attachants que dévoués et généreux.

De très bons moments en compagnie d'Ayhan et Hasan

Ayhan et Hasan nous font de nouveau prendre conscience de notre chance de pouvoir concrétiser notre rêve de long voyage à deux roues. À travers leur curiosité, nous ressentons leur désir de mettre les voiles, mais ils avancent des problématiques financières et d'obtention de visas en tant que turcs. En effet, tout quitter pour voyager demande certes un peu de courage lorsqu'on est français, mais c'est sûrement plus facile que pour de nombreux autres citoyens dans le monde.

C'est donc avec cette responsabilité de "privilégiés" que nous nous promettons d'une part de leur donner de nos nouvelles pour les remercier, et d'autre part de ne pas perdre une miette des beaux moments qui nous sont offerts.

Revigorés par leur toilettage, nous n'arrêtons plus Gonzales et Ciraptor au départ de Söke. Ils nous transportent jusqu'à Milas en passant par le lac "Bafa".

De Söke à Milas

Puis ils mettent le cap sur Bodrum, en longeant la somptueuse côte. Vu la beauté du site, il n'est d'ailleurs pas étonnant d'y voir fleurir quelques hôtels de luxe. Nous atteignons ainsi la pointe sud-ouest de la Turquie (ou quasiment) après 155km parcourus aujourd'hui. Une magnifique étape sur le dos de Gonzales et Ciraptor !... que nous avons un peu poussés dans leurs retranchements pour profiter des lieux avant deux jours de mauvais temps annoncé.

De Milas à Bodrum

Le terme "mauvais temps" est un moindre mal pour décrire les conditions dans lesquelles nous rallions Ören, le lendemain. Nous empruntons une route désertée par les voitures, et prenons de la hauteur en suivant un chemin fôrestier. La pluie ne cesse de sévir. Pour l'instant, nous avons le sourire (désolés pour la goutte de pluie sur l'objectif...).

Ça pleut !!!

Les choses se gâtent quand nous quittons la forêt pour rejoindre notre destination par la grande route. À découverts, nous prenons de face de grandes rafales de vent et devons supporter la pluie battante, et même "fouettante" par moment (telle de la petite grêle). Nous nous vantions d'avoir évité la pluie jusqu'à présent, et bien nous sommes servis aujourd'hui ! Côté moral, inutile de vous dire qu'on en a plein les bottes (et plein les chaussures, d'eau !!!). En arrivant à Ören, notre dégaine détrempée attire l'oeil d'un gérant de pension. Très attentionné, il a l'habitude d'accueillir des cyclistes de passage. Nous passons la nuit dans son établissement, à faire sécher nos affaires...

Pendant notre petit déjeuner du lendemain, la chaîne CNN turque passe en boucle des images de bureaux de vote à Istanbul, où l'on recompte toujours les voix... un sacré bazar cette élection ! Nous verrons ça de plus près, dans 48 heures. Et effet, notre séjour stambouliote approche à grands pas !

Mais il reste à rallier Muğla. Nous le faisons sous un ciel menacant mais sans pluie, et par une route de montagne qui nous donne un avant-goût de l'intérieur des terres turques : tout sauf plat ! Avec pas moins de 1150m de dénivelé positif sur un tronçon d'une vingtaine de kilomètres, les spécialistes approuveront sûrement notre choix de classer ce col en première catégorie (on se laisse un peu de marge pour le "hors catégorie"...).

Ça monte en direction de Muğla

Coco a le sourire au moment d'atteindre le point culminant de cette journée. Une belle performance pour le maillot vert !

Le maillot vert en haut du col 1ère catagorie

Nous arrivons à Muğla dans l'après-midi.

Arrivée à Muğla !

Gülden, Haşim et leurs deux enfants nous accueillent chaleureusement, autour d'un repas délicieux... et copieux ! Nos estomacs se rappelleront à coup sûr du "künefe" (fait maison) servi au dessert : excellent !

Comme à la maison chez Gülden et Haşim

Nous avons convenu avec cette famille qu'elle garde nos vélos pendant notre escapade touristique à Istanbul. Gonzales et Ciraptor sont entre de bonnes mains, et c'est sans nos deux compagnons de route que nous prenons "l'otokar" le lendemain matin. La parenthèse qui s'ouvre a comme un air de vacances... dans nos vacances !

En tant que vacanciers, une halte à Pamukkale s'impose. À 3 heures de route au nord de Muğla, ce site à la roche calcaire est pour le moins singulier et dépaysant. Nous arpentons le "château de coton" (signification de "Pamukkale" en turc) pieds nus et nous nous baignons dans les piscines naturelles d'eau chaude.

"Ça baigne" à Pamukkale !

Outre ce paysage extaordinaire, Pamukkale abrite les vestiges de la cité antique d'Heriapolis. Fondée au IIème siecle av-JC, cette cité se développa grâce à l’exploitation des sources thermales. La beauté du site nous saisit et nous en admirons tous les recoins. Les "vacances" commencent bien...

Heriapolis

La suite se passe dans un autre otokar, et de nuit. Le petit écran du siège de devant ne propose que des films en turc ; le voyage sera long...

Notre arrivée à Istanbul le 9 avril au matin (48h avant nos proches) nous permet de gérer les demandes de visa pour la suite de notre périple. Et oui... fini le voyage "free visa" ! C'est désormais le casse tête pour Titi et Coco, au rythme des démarches administratives et des déplacements dans les différents consulats (aux horaires d'ouverture variables et capricieux...). Il faut montrer "patte blanche" pour obtenir les précieux sésames nous ouvrant les portes des destinations à venir.

Nous profitons ensuite pleinement de la ville pendant une semaine, en commençant par les retrouvailles avec nos parents dans un café.

La famille !

Nous visitons les sites touristiques "incontournables".

Place Taksim
Palais de Topkapi
Sainte-Sophie
La Mosquée bleue
La Mosquée Süleymaniye
Galata : son pont, ses pêcheurs, sa tour (au fond)
Sites touristiques d'Istanbul

Nous nous cultivons "un peu" dans les musées d'archéologie, d'art islamique et de la mosaïque. Nous visitons également la "citerne basilique" (et ses mythes... photo ci-dessous de la Médusa) qui alimentait autrefois en eau tout Constantinople.

Un peu de culture ne fait pas de mal

Nous goûtons à l'ambiance d'Istanbul au hasard de nos déambulations dans le grand bazar, le marché aux épices, le parc Gühlane et les rues pavées.

Le grand Bazar
Le marché aux épices
Parc Gühlane
Vendeur de "sumit"
Découverte du labyrinthe stambouliote et de ses curiosités

Nous assistons à la retransmission du derby endiablé opposant Fenerbahçe et Galatasaray (match nul 1-1), en goûtant au narguilé. Ce jour de match est marqué par les regroupements de supporters qui entonnent des chants à la gloire de leur équipe. Le rattachement de coeur à l'un des trois clubs historiques d'Istanbul (il faut rajouter le Besiktas) est perçu comme une véritable identité, qui dépasse largement les limites du simple rectangle vert. Créées entre 1903 et 1907, ces trois institutions sportives se partagent chaque année le titre au rythme des confrontations passionnées. Le football ici, c'est du sérieux... On ne plaisante pas avec ça.

Jour de derby !

Nous faisons le plein de calories en dégustant des baklavas, loukoums turcs et autres pâtisseries aguicheuses. Notre coup de coeur culinaire reste toutefois le künefe (photo ci-dessous), un dessert découvert à Muğla, fait de fromage fondu entre deux couches de cheveux d'ange revenus au beurre. L'ensemble est grillé au four des deux côtés et servi chaud dans un sirop, souvent saupoudré de pistaches (merci internet pour la description de ce plat, nous n'aurions pas fait mieux...). Côté boisson, nous apprécions particulièrement le salep (boisson chaude à l'extrait d'orchidée).

Künefe
Une alimentation légère et équilibrée pendant notre séjour

Nous embarquons sur les ferrys pour accéder à la corne d'or et naviguer sur le Bosphore. Nous bénéficions ainsi d'une vue imprenable sur les côtes.

La corne d'or (vue du café "Pierre Loti")
Istanbul en bateau

Nous poussons même notre navigation sur la mer Marmara pour y découvrir les Îles des princes. En bon touristes, nous parcourons une bonne partie de l'île Büyükada en calèche. Dépourvu de voitures, ce bout de terre fait en effet la part belle à ce moyen de transport.

Titi et Coco en calèche

Enfin, nous admirons les lumières d'Istanbul une fois la nuit tombée.

Istanbul by night

Le jour de notre départ d'Istanbul, l'opposant Ekrem Imamoglu est proclamé maire de la ville ; et ce malgré les tentatives menées par Erdogan pour invalider l'élection (il demandait un nouveau vote). Cela marque la fin de cet embroglio politique qui aura duré près de 3 semaines.

Nous finalisons la rédaction de cette étape "Turquie, mers Égée et Marmara" dans le car qui nous ramène à Muğla. Suite à notre séjour stambouliote, plusieurs sentiments nous habitent. Nous sommes évidemment tristes de ne plus voir nos proches pendant un bon bout de temps, et la reprise de notre rythme de nomades va être dure (on se réhabitue vite au confort...). Pour autant, notre soif de voyage reste intacte et il nous tarde d'avancer de nouveau. Nous avons hâte de découvrir la suite du programme turc, en compagnie de Gonzales et Ciraptor qui nous attendent avec impatience pour de nouveau "rouler cool" !!!

• • •

Ils ont égayé notre route. Encore merci à...

· Gökcan pour ses nombreux conseils, son rapide cours de turc et pour nous avoir trouvé une solution d'hébergement à Çanakkale. Merci aussi aussi pour le kebab, le çay et le peynir helvası !

· Hilal, Burak et Berk pour l'agréable soirée à Çanakkale, à découvrir la ville et à discuter sport, histoire et gastronomie. Une bien belle rencontre que celle de ces trois étudiants aux petits soins avec nous. Ils auraient souhaité nous accompagner le lendemain sur 25km, mais l'importance du vent ce jour-là en a décidé autrement. Bonne chance à tous les trois pour vos examens de fin d'année, en espérant vous voir devenir professeurs d'anglais !

· Ayhan pour nous avoir ouvert les portes de sa salle de classe, pour avoir remis nos vélos à neuf et pour l'excellent repas partagé avec lui. Merci Ayhan pour ton accueil et ton enthousiasme qui nous ont touchés.

· Haşan pour nous avoir ouvert la route jusqu'à Söke, pour avoir ausculter nos vélos et pour ses conseils avisés sur notre itinéraire à venir. Nous avons suivi ses conseils, et nous ne le regrettons pas !

· Gülden, Haşim, Çağan et Rüzgar pour avoir gardé Gonzales et Ciraptor pendant près de deux semaines, et pour nous avoir accueillis dans leur maison avec une simplicité et une générosité désarmante.

· Nos parents pour nous avoir accompagnés pendant notre semaine touristique à Istanbul. Merci pour leur aide logistique qui leur a valu d'allourdir leurs bagages de cartes routières, d'un filtre à eau, de chaînes de vélo, de sardines pour la tente, de gâteaux bretons, de Saint-Nectaire, de chocolats et de documents administratifs nécessaires à l'obtention de visas. Merci enfin pour leur soutien et leur compréhension relative à nos envies d'évasion (pas forcément faciles à accepter pour eux...).

KM
5960
KM
5960
Publié le 2 mai 2019

Merhaba ! Nous revoilà à Muğla en ce 19 avril 2019. Nous sommes à la veille d'un nouveau départ après 12 jours sans kilomètres au compteur. Il est donc temps de reprendre la route... Pour repartir dans de bonnes conditions, nous commençons par changer la chaîne de Gonzales dans le magasin de vélo de Muğla. Nous sommes accueillis comme des rois par son gérant, Şerkan, qui nous change ça "vite fait bien fait" (gratuitement), nous offre le thé et le café, et nous conseille sur notre itinéraire à venir en Turquie. C'est simple, Şerkan en a parcouru toutes les routes principales : il sait donc de quoi il parle. Cette belle rencontre se doit d'être immortalisée en photo. Titi échange son tour de cou pour se mettre aux couleurs turques.

Belle rencontre au magasin "Pedalla" de Muğla

Nous passons ensuite chercher Rüzgar à l'école. Et oui, nous avons été vite adoptés à Muğla. On joue les nounous !

Coco à la sortie des classes

Le lendemain, c'est la reprise ! Nous sommes enthousiastes à l'idée de pédaler à nouveau. Nous le sommes autant que Coco quand elle attend depuis 1h au consulat d'Ouzbékistan à Istanbul.

Coco a la patate !

Les premiers kilomètres sont donc à l'image des panneaux "stop". Il faut remettre en route la machine.

Les panneaux "stop" très encourageants

Nous reprenons tranquillement notre rythme sur une des fameuses 2 x 2 voies, très répendues en Turquie et bien entretenues. Ces routes peuvent paraître dangereuses mais leur large bande d'arrêt d'urgence constitue une belle piste cyclable pour nous. La vitesse est limitée à 90km/h et nous nous sentons relativement en sécurité.

Le réseau 2 x 2 voies très développé en Turquie

Nous ne pouvons évoquer les routes turques sans vous parler des nombreuses voitures de police qui guettent les infractions.

22 !

Bon... En réalité, la police turque fait de nombreuses économies en ressources humaines. Nous nous sommes faits avoir la première fois...

La police veille 24h/24

La curiosité de ce réseau routier, c'est aussi ses fermetures qui bloquent le trafic. Manque de pot pour nous, ça tombe aujourd'hui, à cause d'un convoi exceptionnel de barrières de sécurité.

Patience, blocage en cours...

Ce petit contre-temps nous permet d'admirer la vue plongeante sur la mer Méditerranée. Il y a pire comme lieu pour patienter...

Retrouvailles avec la Méditerranée

Une fois la route débloquée, nous entamons une longue descente qui nous fait passer la barre des 5000km ! Les beaux paysages en direction d'Ortaca sont dignes de ce seuil symbolique enfin atteint. Ils nous font même oublier que cette journée est une reprise... Les 93km passent finalement rapidement : le voyage reprend son cours !

Paysages en direction d'Ortaca

Le lendemain, nous renouons un court instant avec la Méditerranée. À l'approche de Fethiye, nous bénéficions d'une magnifique vue sur les îles.

Vue sur les îles turques

Mais c'est surtout les hauts sommets enneigés qui nous accompagnent au loin.

Ça grimpe au loin !

Cette journée est également rythmée par de belles rencontres avec nos amies les bêtes.

Tortue sur le bord de la route
2 cigognes perchées sur le dôme d'une mosquée
Les oies et leurs petits
Un paon
Aujourd'hui c'est 30 millions d'amis !

Nous quittons la route principale en direction de Saklikent. Nous longeons les falaises qui forment plus loin un canyon de 18km de long, d'où coule la rivière "Dargaz Çayi". Nous arrivons suffisamment tôt pour visiter ce site plutôt impressionnant.

Saklikent et son grand canyon !

Déception tout de même... La ballade ne dure finalement que deux minutes, car seuls les 200 premiers mètres du canyon sont accessibles sans équipement.

Nous nous consolons en profitant du camping à proximité. Par rapport au bivouac, le camping veut surtout dire "douche chaude" ! Et ça ça n'a pas de prix... Nous repérons d'autre part un petit restaurant au bord de l'eau, dont le concept "tables sur pilotis" (avec hamacs et canapés à même le sol) nous séduit. Nous y passons la soirée à manger des gözlemes...

The place to be à Saklikent, de jour comme de nuit !

Nous longeons le lendemain matin la rivière "Dargaz Çayi", dans une ambiance champêtre très agréable et sur une route peu empruntée.

La route pour nous tous seuls au départ de Saklikent !

Nous croisons le premier véritable marché de fruits et légumes depuis notre arrivée en Turquie. Nous en profitons pour faire le plein de vivres. À voir les inombrables serres recouvrir la ville de Kinik quelques kilomètres plus loin, nous comprenons d'où viennent ces produits... Et c'est en prenant de la hauteur que nous constatons que toute la vallée s'est spécialisée dans la culture des fruits et légumes.

Des serres à perte de vue dans la vallée

Notre vue se dégage de nouveau sur la Méditerranée, au prix d'un effort important pour venir à bout d'une montée plutôt coriace. La beauté du panorama se prête parfaitement à une pause pique-nique. Nous goûtons nos premiers melons de l'année !

Ça sent l'été !

Alors que nous nous apprêtons à repartir, trois jeunes turcs entament leur pique-nique et nous invitent à le partager. Nous leur expliquons comme nous pouvons que nous venons de terminer. Mais comme d'habitude depuis notre arrivée en Turquie, il est impossible de décliner devant autant d'insistance. Nous trinquons donc ensemble !

Cette scène, nous la vivons très souvent. Les gens nous offrent le thé ou nous apportent de quoi manger. Il n'est pas rare que l'on nous amène un repas complet, et ce de manière très simple, sans détour. L'hospitalité en Turquie n'est pas un moindre mot, elle se traduit en actes concrets de générosité.

Dans ces situations, nous remercions et honorons leurs offrandes. Nous avons ainsi appris à recevoir, ce qui n'est pas si facile que ça dans notre culture...

Énième preuve de générosité des turcs à notre égard

Nous longeons la mer jusqu'au soir, à commencer par la descente sur Kalkan, une magnifique ville qui jouit d'une vue imprenable sur la Méditerranée.

Kalkan, ville de rêve !

Les kilomètres qui suivent justifient à eux seuls notre choix de descendre sur la côte sud turque (longer la mer Noire au nord eut été plus court). En effet, il aurait été dommage de manquer cette route paradisiaque. La côte "Turquoise" porte bien son nom !

La côte sud nous séduit déjà

Nous arrivons à Kaş en fin d'après-midi, et posons la tente dans un camping plutôt insolite : une sorte de grande terrasse ombragée avec vue sur mer. Nous avons même notre plage privative.

Campement original à Kaş

Nous profitons de notre soirée en visitant la ville et son port. De nombreux drapeaux turcs flottent au-dessus de la place principale. Nous n'y prêtons pas d'attention particulière tant l'affichage des couleurs nationales est monnaie courante ici. Nous apprendrons plus tard que ce décor marque la préparation de la fête nationale, qui a lieu tous les 23 avril (c'est-à-dire demain). Pourquoi le 23 avril ? Car c'est la date à laquelle fût inaugurée la première assemblée nationale turque en 1920, après la constitution du gouvernement préparant la guerre d'indépendance. C'est donc la souveraineté nationale que commémorent les turcs chaque année à cette période.

Kaş

Encore tout ignorants de cette histoire nationale, nous contemplons la tombée de la nuit depuis notre tente...

Bien belle soirée à Kaş

Le lendemain, la route s'élève dans la matinée, et ce n'est qu'après 2 heures d'efforts que nous retrouvons la mer en dominant les grandes plages de sable fin.

Plages de sable fin en direction de Demre

Nous traversons des villes où retentit l'hymne national (c'est ce qui nous mettra la puce à l'oreille avant de nous renseigner sur ce jour particulier). L'une de ces manifestations se déroule dans une école et réunit beaucoup d'enfants. Il faut savoir qu'en plus de fêter la Nation, la Turquie célèbre ses enfants aujourd'hui. C'est d'ailleurs peut-être le cas ailleurs puisque l'Unesco a reconnu la "fête des enfants" en 1979 comme étant le jour de tous les enfants du monde.

C'est donc en ces moments de double célébration que nous nous arrêtons à Beymelek pour une pause pique-nique au bord de l'eau (un peu moins solennel comme programme...).

Loin des trompettes et clairons, le meilleur moment de la journée !

À la sortie de la ville, nous découvrons un lagon enfermant les eaux turquoises de la Méditerranée.

À la sortie de Beymelek

La suite est une succession de criques aussi belles les unes que les autres...

Il n'y a qu'à choisir pour piquer une tête...

Nous terminons cette belle journée à Finike, avec vue sur les montagnes enneigées.

Arrivée à Finike

48km suffiront à nous faire rejoindre Olympos le lendemain, toujours avec le beau temps et par une route boisée laissant entrevoir la mer par instants.

La côte et sa verdure en direction d'Olympos

Nous visitons le site antique d'Olympos qui, s'il ne séduit pas autant qu'Efes ou Heriapolis, fait valoir quelques beaux arguments du fait de sa proximité de la plage. Falaises, verdure, plage à perte de vue : nous profitons des grands espaces pendant cet après-midi sans vélo !

Olympos

Olympos, c'est aussi le lieu de passage des baroudeurs, roots, hippies,... Les pensions pour voyageurs jonchent la route principale menant à la plage. Nous passons la nuit dans l'une d'entre elles, perchés dans un bungalow. Outre la simple pension, l'établissement propose des activités de pleine nature telles que l'escalade, le parapente, le canoë-kayak et la plongée sous-marine. Petite pensée pour notre chef Raou qui se reconnaîtra... Ce lieu lui plairait à coup sûr et serait propice à rassembler la tribu !

La "Kadir pansyon" d'Olympos

Comme chaque jour depuis notre départ de Muğla, la matinée du lendemain commence par une jolie grimpette. Et comme toujours, les tentations sont fortes pour prétexter une pause... Voici en images les 3 petits plaisirs proposés sur le bord des routes en Turquie (ou dû moins dans cette région).

La première, ce sont bien sûr les Gözlemes, ces galettes cuites sur une sorte de grand bilig incurvé. Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est un "bilig" : se reporter à un dictionnaire breton.

La cuisson des Gözlemes

La deuxième, c'est naturellement le traditionnel thé turc ("çay"). Deux carafes, parfois positionnées l'une sur l'autre, sont chauffées. L'une contient le thé, hyper-infusé, et l'autre l'eau pour diluer le tout. Tout est histoire de dosage... et de nombre de demi-sucres à plonger dedans. Une seule constante : la couleur rouge du breuvage.

Le thé servi très chaud

La troisième, ce sont les fruits pressés. Ici des oranges et des citrons, mais ce peut être aussi des grenades.

Le pressage des fruits

Nous ne craquons pas cette fois-ci devant ces trois tentations, tant le petit déjeuner de la "Kadir pansyon" fût copieux. Une fois la côte gravie, nous mettons le cap sur Antalya en récupérant la route principale. Sur notre droite, de brèves apparitions maritimes nous dévoilent quelques beaux paysages côtiers.

Le bord de mer sur notre droite

Sur notre gauche et devant nous, ce sont les montagnes rocheuses qui se dressent.

Les paysages montagneux en direction d'Antalya

Lors de nos 36h à Antalya, Murat (notre hôte warmshower) nous prend sous son aile à la manière d'un guide touristique attentionné. Outre l'hébergement et toutes les commodités d'usage (lessive, repas, lit confortable, douche chaude,...), il nous fait visiter la ville de nuit, de jour, à pied, en vélo. Il s'offusque de nos tentatives de payer le moindre "çay" et prend toutes nos dépenses en charge : les taxis, restaurants,... Surtout, Murat prend le temps de discuter avec nous pendant de longues heures, sur la Turquie et sur d'autres sujets, et il nous fait découvrir ses bonnes adresses pour y déguster des "pide" (sortes de pizzas en forme de barque), des pâtisseries au tahin (les turcs en sont très friands) et une énorme planche fromage / charcuterie accompagnée de son vin rouge... Nous repartons même avec un pique-nique dans le sac et des plantes à infuser pour nos prochaines soirée de bivouac. Enfin, Murat nous remplace derrière l'appareil photo pour immortaliser lui-même nos bons moments passés ici. Voici donc quelques-uns de ses clichés (copyright Murat !).

Antalya avec "baba Murat" (papa Murat)

Gonzales et Ciraptor ne sont pas en reste et bénéficient également de toute l'attention de "Baba Murat".

Lavage et rinçage de Gonzales et Ciraptor

Nous avons l'impression de nous répéter en évoquant ces moments de rencontres avec nos hôtes. Mais ils constituent pour nous de vrais sas de décompression. Dans les coulisses de ce carnet de voyage, nous passons volontairement sur tous les services que nous rendent les personnes qui nous accueillent. Murat nous a par exemple dégoter une bombe de peinture anti-rouille pour nos porte-bagages, il nous a réparé notre poche à eau et nous a imprimé de chez lui des documents administratifs que la France nous réclament quand elle se rappelle à nous. Sans ces rencontres, le voyage ne serait pas le même. Il perdrait naturellement de son intérêt, mais serait également beaucoup plus difficile tant l'aide de nos hôtes est précieuse.

Nous sommes parfois déstabilisés de recevoir autant sans pouvoir donner en retour. Lorsque l'on met sur le tapis cette gêne, ceux qui nous accueillent balayent la discussion d'un revers de main, en répondant souvent : "pas de problème, ce n'est rien, nous savons de quoi vous avez besoin". Cette empathie nous surprend à chaque fois, et l'élan de générosité qui en découle nous touche profondément.

Nous avons lu de nombreux témoignages de voyageurs avant de partir. Ils faisaient part de ce sens de l'accueil. Mais le vivre est évidemment plus fort.

Sans transiton, les deux journées de vélo après Antalya ne sont pas particulièrement enthousiasmantes. La D400, sur laquelle nous roulons depuis Muğla, est très empruntée sur ce tronçon et présente des paysages urbanisés sans véritable intérêt. Les hôtels 5 étoiles bordent la route à partir d'Alanya, et leur style "tape à l'oeil" peine à se confondre dans une certaine harmonie. Si nous ajoutons à cela les deux mauvaises nuits passées à cause des nuisances sonores (boîte de nuit "pop turque" en plein air et chiens ne cessant d'aboyer...), cela donne de la fatigue...

Un autre élément vient perturber notre idylle : la chaleur ! Et oui... le sud de la Turquie fin avril, ça commence à "cogner". La proximité de la mer nous permet néanmoins de profiter de bains réguliers dans la Méditerranée, et nous n'allons pas nous plaindre de ces sensations estivales.

Trempettes à Gazipaşa et Anamur

Nous découvrons la culture intensive des bananes permise par ce climat. Les grappes sont suspendues le long de la route qui nous fait passer de la région d'Antalya à celle de Mersin.

La culture de la banane entre Antalya et Mersin

A l'approche d'Anamur, la route s'élève et nous éloigne du tumulte des villes. Les efforts sont plus rudes mais ils sont largement récompensés par les beaux paysages qui s'offrent à nous.

Des paysages plus sauvages à l'approche d'Anamur

Mais c'est entre Anamur et Yeşilovacik que nous vivons la journée la plus éprouvante de cette étape "Turquie Mer Méditerranée". Sous la chaleur d'un soleil toujours au beau fixe, nous enchainons les côtes avec des pentes à 15% sur certaines portions. Nos quelques moments de lucidité nous font admirer la prouesse d'avoir construit cette route sinueuse à flanc de falaises. Le spectacle est grandiose...

La route plus que vallonnée entre Anamur et Yeşilovacik

Après une journée comme celle-ci, nous apprécions pleinement notre bivouac au cadre reposant. L'indéfectible hospitalité turque nous vaudra même une nouvelle invitation à dîner.

Soirée de récupération à Yeşilovacik

Nous mettons le lendemain le cap en direction de Mersin. Nous traversons des paysages de plaine offrant de beaux tableaux, riches en couleurs jaune et verte. Comparé à l'étape de montagnes d'hier, ce 1er mai tout plat nous paraît presque chômé ! Nous ne trouvons pas de muguet vendu sur le bord de la route, mais une multitude de barquettes de fraises au rouge aguicheur et au parfum envoûtant.

1er mai tranquille en direction de Mersin

Nous profitons surtout de nos dernières incursions côtières près de la Méditerranée. Nous longeons en effet cette mer depuis la France, et lui tournerons bientôt le dos.

Derniers kilomètres le long de la Méditerranée

Après une dernière nuit à Erdemli, nous atteignons Mersin. Pour la petite histoire, Titi a participé aux Jeux Méditerranéens en 2013 dans cette ville. Il se souvient de chaleurs caniculaires au début de l'été. Nous nous contentons donc de la grisaille qui nous accompagne ce matin.

Vous apprécierez la pose tranquille du chien au premier plan. En Turquie, on nous promettait l'enfer avec des chiens particulièrement agressifs envers les cyclistes. Pour l'instant, nos amis turcs à quatre pattes sont des plus cordiaux (beaucoup plus qu'en Grèce ou en Albanie notamment). Mais nous nous tenons sur nos gardes...

Mersin

Nous ne faisons que traverser Mersin pour retrouver finalement le soleil à Tarsus ("Tarse" en français) quelques minutes plus tard. Des musiciens animent les rues aux sons d'instruments qui nous sont parfaitement inconnus. Les hommes turcs tapent le carton ou jouent une partie de rami turc ou de backgammon. Le muezzin appelle à la prière du haut du minaret de la mosquée "Ulu" (sur laquelle a été érigée une tour horloge).

Mosquée Ulu et sa tour horloge
Musique, jeux et prière à Tarsus

Nous achevons ainsi la rédaction de cette étape "Turquie Mer Méditerranée", au rythme de la vie turque dont nous apprenons les codes et apprivoisons les traditions. Nos dernières lignes s'écrivent d'ailleurs autour du traditionnel Adana kebab. "Adana", du nom de la ville voisine, réputée pour la qualité de ce plat typique et incontournable. Et oui, le kebab n'est pas qu'un vulgaire sandwich !

Dégustation d'un vrai bon kebab !

Au revoir la D400, au revoir la côte sud turque, et surtout au revoir la Méditerranée !

Au revoir la Méditerranée

Mais comme vous pouvez le voir sur la photo, nous avons déjà la tête ailleurs... tournée vers la suite du programme qui s'annonce riche en découvertes ! Demain, ça "roulera cool" vers le nord !!!

• • •

Ils ont égayé notre route. Encore merci à...

· Şerkan pour son enthousiasme et son accueil chaleureux au sein de son magasin de vélo. Longue vie à "Pedalla" !

· Aux trois jeunes turc rencontrés sur les hauteurs de Kalkan, pour leur invitation à partager leur pique-nique. Dans le même esprit, nous tenons a remercier toutes ces personnes qui nous ont spontanément offert à boire et à manger :

- le jeune homme et sa famille, ainsi que le chauffeur routier, près d'Avsallar

- la famille, ainsi que les mystérieux dépositaires d'oranges sur nos sacoches pendant la sieste, à Gazipaşa

- le vendeur de bananes, la petite famille, le jeune serveur et le vieil homme de la station service, près d'Anamur

- le couple à Yeşilovacik


· Nicole et Jeremy John, deux cyclotouristes rencontrés à Finike, pour leur passion communicative du voyage et leurs nombreux conseils (ils venaient respectivement de Thaïlande et d'Inde à vélo).

· Murat pour nous avoir consacré tout son temps et toute son énergie pendant 36h. Son accueil et sa générosité nous ont grandement touchés.

KM
6770
KM
6770
Publié le 14 mai 2019

Merhaba ! Nous voilà partis à l'assaut de l'intérieur des terres turques en ce 3 mai 2019 ! Nous mettons le cap au nord et laissons la ville de Tarsus derrière nous, par une belle route de campagne.

La campagne sur les hauteurs de Tarsus

Le programme de notre journée doit nous faire passer un col à 1370m d'altitude, situé entre Gülek et Pozantı. Mais la météo ne nous laisse pas cette chance et nous arrête net après 45km parcourus. L'orage gronde au loin et de lourdes gouttes de pluie s'abattent soudainement sur nous. Nous nous jetons sous le premier abris venu : une sorte de kiosque pourvu d'un banc circulaire. Cet endroit nous permet d'attendre l'acalmie en position assise et parfaitement au sec. Ça pourrait être largement pire...

Consultation de la météo sous le kiosque

Notre lieu de replis se situe dans une propriété occupée par la direction générale des forêts (comme l'ONF en France, pensons nous). En turc, cette institution se nomme "Orman Genel Müdürlüğü", soit le sigle "OGM" : quel meilleur nom pour préserver l'environnement ! À defaut de pouvoir pédaler, nous nous délectons au moins de cette petite blague facile.

Deux agents d'OGM nous invitent à boire le thé. Leur directeur nous rejoint plus tard (au centre sur la photo). Dehors, la grêle sévit désormais...

Pendant la tempête, belle rencontre avec une partie de l'équipe d'OGM

Nous sortons les jeux ! Petite pensée pour les collègues de Coco et pour nos amis ponots qui nous les ont offerts. Facilement transportables, ils nous font souvent passer le temps... mais pas forcément nos tempéraments de compétiteurs qui nourrissent immanquablement de belles empoignades.

Malheureusement, la barrière de la langue ne nous permet pas de convier nos hôtes à nos parties de crapette, yams et concept (ce dernier jeu étant coopératif, ça calme un peu les choses entre nous...).

En pleine partie de "concept"

Abdullah, le gardien des lieux, habite une maison à quelques encablures d'ici. Il devance notre préoccupation relative à notre lieu de bivouac. Compte tenu de la ténacité des averses et de l'heure qui avance, il nous invite à dormir ici. Son chef n'en saura rien, nous fait-il comprendre en posant le doigt sur sa bouche en guise de "chut"... Plus tard, nous croyons saisir qu'il a tout de même appelé sa hiérarchie.

Nous nous retrouvons donc à faire cuire nos pâtes dans la cuisine de cette administration. Nous refaisons le monde avec Abdullah autour du thé. Nous lui présentons notre itinéraire et lui montrons des photos des volcans d'Auvergne. Lui nous parle de sa vie ici, de sa préférence pour ce lieu paisible éloigné de la ville, du bon air et de sa joie d'être bientôt grand-père.

Présentation de notre itinéraire à Abdullah

Une fois l'heure tardive, nous nous endormons sur le tapis de la salle de prière...

Nous n'aurons parcouru que 45km aujourd'hui, mais nous nous en fichons éperdument. La bonté dont ont fait preuve tous les agents que nous avons croisés, jusqu'à la confiance qui nous est faite de dormir ici, valent assurément tous les kilomètres du monde.

Et puis, rien ne sert de courir, il faut partir à point ! Notre attente ici nous permet de bénéficier de conditions favorables le lendemain. Nous atteignons Gülek et le col de Kandilsırtı dans la matinée, avec une vue dégagée sur les sommets enneigés du massif des Taurus ("Toros Dağlari").

Ascension du col de Kandilsırtı

Nous traversons des villages colorés, dont la plupart des bâtissent sont recouvertes d'un toit en tôle rouge. Cette couleur tranche avec les teintes fôrestieres et donne davantage de perspectives aux paysages. Seules les mosquées sont coiffées d'un vert pomme tout aussi remarquable de loin.

Les beaux villages en direction de Pozantı

La descente sur Pozantı est des plus belles, dans cet environnement à la verdure foisonnante et dominé par les montagnes rocheuses.

Descente sur Posantı

Une fois Pozantı passée, nous remontons la rivière Kırkgeçit en longeant sur notre gauche la voie de chemin de fer, et en délaissant sur notre droite la route principale et ses tunnels plutôt anxiogènes à vélo. Nous admirons les reliefs abruptes qui surplombent la vallée.

Remontée de la rivière Kırkgeçit

En prenant un peu de hauteur, l'atmosphère est encore plus sauvage. La route serpente entre les blocs rocheux.

Ascension entre les blocs rocheux

Nous retrouvons ensuite sur notre gauche les montagnes enneigées du massif des Taurus, que nous avons contournées. Avec un tel panorama, les kilomètres s'enfilent comme des perles.

Retrouvailles avec les sommets des Taurus sur notre gauche

Plus loin, les paysages se rappellent à notre belle Auvergne (désolés mais quand on aime une région, on a tendance à la voir un peu partout...). Les lignes d'horizon sont plus douces, interrompues ci et là par des crêtes aux dents rocheuses

L'Auvergne turque

Nous atteignons le col de Çaykavak (1600m) sans difficulté, par une route à faible pente et délaissée par les nombreux camions (ils nous ont abandonnés pour suivre la direction d'Ankara).

Ascension du col de Çaykavak

Notre journée prend fin dans la plaine qui mène à Niğde. Nous trouvons un petit coin pour poser la tente à Bahçeli, et nous nous endormons le sourire aux lèvres, riches d'une multitude d'images en tête.

Fin de journée en direction de Niğde

La journée suivante devait être une formalité : une centaine de bornes sans grand dénivelé, avec vent dans le dos. Elle l'aurait sans doute été sans un pneu rapidement à plat. Nous attribuons ce problème à une épine coriace récoltée dans les hautes herbes de notre lieu de bivouac. Égalisation de Gonzales à une crevaison partout !

Surtout, elle l'aurait certainement été sans le premier gros plantage d'itinéraire de notre voyage. Nous avons tout bonnement loupé la bifurcation qui nous aurait mis sur la route de Nevşehir. Coco limite la casse en trouvant des raccourcis en forme de trous de souris.

Passage sous une voie ferrée. Ça passe large !

Nous nous en tirons avec seulement 25km supplémentaires. Nous coupons à travers les champs de pommes de terre et d'oignons, et nous découvrons de belles routes secondaires au milieu de nul part (entrecoupées de quelques villages authentiques sans afflux touristiques). L'imprévu a parfois du bon : la tranquillité !

Le désert turc

Nous retrouvons notre bonne D765 en direction de Nevşevic, pour finalement l'abandonner au profit de la ville de Uçhisar, par laquelle nous entrons dans le "Parc national de Göreme et sites rupestres de Cappadoce". Autrement dit, nous arrivons en Cappadoce (Kapadokya) !

Uçhisar et sa citadelle sur son éperon rocheux

Nous plongeons ensuite sur Göreme, située au coeur de cette région historique et emblématique de la Turquie. Étape incontournable de notre itinéraire, la Cappadoce mérite que l'on y consacre du temps. Nous nous arrêtons donc deux jours et trois nuits dans cette ville aux reliefs troglodytiques caractéristiques.

Göreme (et Uçhisar en arrière-plan)

Le lundi 6 mai marque le début du ramadan. Nous ignorons encore si nos relations avec les turcs observant le jeûne en seront modifiées (les invitations à prendre le thé sur le bord de la route seront sans doute plus rares). En effet, la présence importante de touristes étrangers rend le site de Göreme et ses alentours peu révélateur de ce changement éventuel. Un commerçant maniant magnifiquement le français (pour l'avoir appris à l'école étant jeune... respect !) nous confie qu'il est fatigué de cette première journée de jeûne.

Les heures de lever et de coucher du soleil ne sont pas uniquement guettés par les musulmans pratiquants. Les voyageurs de passage se hâtent aux extrémités du jour et de la nuit pour contempler les lueurs qu'on nous promet exquises du haut de la colline du "sunset view". Nous nous prenons au jeu et arpentons donc les sommets de Göreme dès 5h30.

Le résultat photographique nous semble assez médiocre, et il n'est sans doute pas à la hauteur du courage qu'il nous a fallut pour couper notre sommeil. Le voici tout de même en image, histoire de ne pas s'être levés pour rien !

Levé de soleil du haut de la "sunset view"

Nous déplorons également l'absence des fameuses montgolfières qui s'élèvent traditionnellement au petit jour (la faute à un vent capricieux, nous dit-on).

Outre ces déconvenues de touristes exigeants, l'atmosphère ressentie du haut de cette colline centrale est tout simplement magique au moment où le soleil sort de terre. Et passées quelques minutes, la vallée de l'amour (Görkündere vadısı) se dévoile à la lumière de ses rayons.

La vallée de l'amour au petit matin

Nous passons nos deux jours à nous perdre dans les différentes vallées (vallée rose, vallée rouge, vallée de Zemi,...) de la Cappadoce. Nous frayons notre chemin entre les cheminées de fée qui font tout le charme de ces paysages ô combien singuliers.

La Cappadoce et ses cheminées de fée

Les occasions ne manquent pas de visiter l'intérieur de ces curiosités géologiques, autrefois (et parfois même encore) habitées.

Petit jeu de cache cache dans un pigeonnier, au frais !

La présence de nombreuses fresques nous rappelle (ou plutôt nous apprend, dans notre cas...) que les communautés monastiques byzantines ont aménagé des couvents et des églises dans ces cônes rocheux. Certaines de ces décorations intérieures sont étonnement bien préservées malgré leur ancienneté. Le musée de plein air de Göreme compte de nombreux vestiges de cette vie souterraine (églises, mais aussi réfectoires, cuisines, réserves,...). L'interdiction de photographier les intérieurs ne nous permet pas d'illustrer nos propos. Voici toutefois l'église El Nazar et une habitation près de Paşabaği, vues de l'extérieur.

Eglise El Nazar
Église et habitation troglodytiques

Le rythme effréné de nos découvertes touristiques ouvre inexorablement notre appétit. C'est ainsi que nous mettons à l'honneur :

- les "mantıs", véritable spécialité régionale (ravioles fourrées à la viande, recouvertes de yaourt, de sauce tomate, d'ail et de menthe / persil)

- les "Içli köfte", plat typique du Moyen-Orient (boulettes de boulgour farcies à la viande hachée et aux oignons)

Comme vous pouvez le constater depuis notre arrivée, les mets turcs font la part belle à la viande et laissent peu de place à d'éventuelles velléités végétariennes...

Mantis et Içli köfte à notre programme culinaire

C'est donc en tous points rassasiés que nous quittons cet univers hors du temps qu'est la Cappadoce.

Le temps "politique" nous rattrape pourtant. Le haut conseil électoral annule l'élection d'Istanbul. Les réclamations du parti AKP, qui dénoncent des irrégularités dans certains bureaux de vote, sont entendues. Le Président Erdogan se félicite de cette décision. Un nouveau scrutin est prévu le 23 juin. Le feuilleton stambouliote continue !

Fin du flash politique. Nous prenons la direction de Kayseri et traversons la ville d'Avanos, reconnue pour son savoir-faire en matière de poterie.

Poteries en céramique made in Avanos

Nous avons la bonne surprise de retrouver Dara quelques heures plus tard à l'entrée de Kayseri. Ce cyclotouriste anglais de 26 ans, rencontré à Göreme, projette lui aussi de rallier Singapour. Il est parti de Londres en même temps que nous et il se pourrait que nos chemins se croisent de nouveau à l'avenir.

C'est en tout cas une très belle rencontre que celle de ce jeune voyageur à l'humour anglais aiguisé. Dara évoque par exemple ses problèmes d'addiction dans chacun des pays qu'il a traversé ("pâtisseries problem" en France, "coffee and ice cream problem" en Italie, "helvas problem" en Grèce,...). Il n'en demeure pas moins humble et nous confie sa hantise des chiens qui lui ont mené la vie dure en Grèce, son appréhension de bivouaquer seul et son indécision quant à la suite de son itinéraire. Paradoxalement, il est attiré par l'est turc et hésite à s'aventurer dans la région frontalière de la Syrie, avec tous les dangers sécuritaires que comporte cette dernière (nous n'y mettrons en aucun cas les pieds...). Ce sont donc des visions, des préoccupations et des peurs différentes qui se croisent à la lueurs de nos discussions. Naturellement, nous partageons malgré tout les mêmes ressentis sur de nombreux points : la sensation de liberté que procure le voyage, la magie des rencontres, la beauté des paysages qui s'offrent à nous,...

Le pragmatisme "so british" de Dara le conduit à utiliser les applications météo "hyper sophistiquées" et le réseau méconnu des "teachers hôtel" turcs au rapport qualité / prix intéressant. Il nous partage ces bons tuyaux avec une grande simplicité.

Enfin, Dara nous fait mesurer toute la complexité de l'itinérance en solo. La solitude ne permet pas de partager ses joies et de bénéficier de soutien immédiat dans les moments difficiles. Nous percevons toutefois dans son discours que le voyageur seul est potentiellement plus ouvert à la rencontre, et que sa vulnérabilité rend l'intensité de l'aventure probablement plus forte encore. C'est une expérience différente, davantage forgée dans l'introspection et l'analyse de ses propres sentiments. Il est très intéressant d'échanger avec des globe-trotters solitaires comme Dara pour s'en rendre compte.

Pour tout cela, merci Dara. Et bonne route !

Thank you Dara !

À l'image de notre rencontre avec Dara, de nombreuses informations sont échangées via les réseaux sociaux entre les cyclistes provenant des tous les horizons mais dont les trajectoires convergent vers l'Asie du sud-est. Les problématiques de visas, les postes frontières, les astuces et points de réparation de vélo, les routes à privilégier et les lieux de bivouac conseillés sont autant de sujets qui fusent sur la toile et qui nous apportent des informations fraîches et précieuses.

Certains diront que ce type de communication nuit au charme de l'imprévu, d'autres que le voyage est assez dur en lui-même pour se passer de ces bons plans. Nous faisons partie de la deuxième catégorie ! Merci donc à tous les rêveurs à vélo que nous rencontrons "cybernétiquement" et qui mettent actuellement le cap à l'est. Courage les amis, on va y arriver !

Cette parenthèse "solidarité cycliste" fermée, nous déambulons dans Kayseri. La montagne n'est pas bien loin et donne un caractère majestueux à ce lieu qui nous ouvre les portes du coeur de la Turquie. Nous dégustons une çorba (soupe turque) dans un restaurant dépeuplé en ce début d'après-midi (du fait du ramadan) et passons la soirée en compagnie de Dara et d'Ali, un sympathique turc de 18 ans à la maturité suprenante.

Kayseri

Les 3 jours suivants, nous traversons le centre de la Turquie par ses plateaux de moyennes montagnes. Nous relions ainsi Kayzeri à Tokat dans d'excellentes conditions : au calme et sous des températures idéales à vélo. Les paysages sauvages se succèdent et rendent la route très agréable.

Les quelques voitures et camions qui nous doublent usent généreusement de leur klaxons d'encouragements, probablement surpris de voir deux voyageurs emprunter cet itinéraire assez méconnu des cyclistes. Bien que très sympathiques, ces coups de poing sonores nous sortent parfois de notre méditation vagabonde et nous causent des sursauts dont nous nous passerions bien... Mais l'intention de ces conducteurs est bonne et nous leur répondons volontiers d'un signe de la main. Nous n'avons pour l'instant pas à nous plaindre de notre cohabitation avec les véhicules motorisés ; espérons que ça dure...

La moyenne montagne au centre de la Turquie

Notre passage dans cet endroit reculé de la Turquie nous fait surtout vivre l'expérience de regards plus étonnés qu'à l'habitude à notre encontre. Les touristes se font assurément rares à Şarkişla et Yıldızeli. Mais passés ces premiers instants, nous sommes accueillis avec une attention toute particulière qui nous va droit au coeur.

Nos repas pris le soir dans des petits restaurants feutrés de ces deux villes resteront de bons souvenirs. Une fois le soleil couché, les turcs se regroupent autour des tables garnies de plats copieux. L'ambiance reste pieuse et familiale en ce mois de ramadan. Les voix sont discrètes et ténues. Nous nous plaisons à partager ces moments authentiques dans cette Turquie très croyante. Au sortir de notre séjour touristique en Cappadoce, le contraste est saisissant.

Une fois n'est pas coutume, nous goûtons à Yıldızeli une spécialité végétarienne : le Menemen (du nom de la ville située au nord d'Izmir, que nous avons traversée). Ce plat à base d'oeufs, de poivrons, de tomates et d'oignons mérite amplement nos chaudes recommandations !

Le Menemen

En outre, notre soirée à Yıldızeli sera marquée par l'excellente nouvelle de la victoire de Clermont en Challenge Européen. Le hasard du calendrier veut que ce succès sportif retentissant (en toute objectivité...) intervienne le 100ème jour de notre voyage. Les jaunards sont donc à la hauteur de ce cap symbolique. En route vers le bouclier désormais !

Notre objectif à nous, un peu plus terre à mer (elle est facile celle-là...), reste de rejoindre la mer Noire. Nous quittons nos plateaux par une descente qui nous fait perdre 1000m d'altitude. Du col de Çamlıbel (1650m), nous fonçons ainsi sur Tokat (620m) en perçant la vallée sous un ciel menaçant.

Descente sur Tokat

En arrivant à Tokat et avant que la pluie ne s'y installe durablement, nous avons tout juste le temps de lever la tête et d'admirer les cimes rocheuses dominant la ville.

Arrivée à Tokat

Nous visitons plus amplement cette cité de taille moyenne, le soir venu ainsi que pendant la journée du lendemain. Nous longeons la rivière Yeşilırmak qui la traverse et admirons sa tour horloge. La vue imprenable depuis son château accroché aux falaises vaut également le détour.

Tokat

Nous garderons un très bon souvenir de notre passage Tokat, et ce d'autant plus que nous avons une nouvelle fois profité de la solidarité cycliste. Mahmut, que nous avons contacté via le réseau warmshower, n'était pas disponible pour nous accueillir chez lui. Il a donc fait le nécessaire pour que nous soyons hébergés gratuitement dans une pension tenue par son ami Oktay. Un peu gênant comme situation, mais une telle offre ne se refuse pas... Nous avons été très touchés par l'accueil de l'ensemble des employés de la "Doğa pansiyon". Nous avons d'autre part fait la connaissance dans cet établissement de trois professeurs d'université camerounais (francophones), venus dans le cadre d'un échange Erasmus avec l'Université d'Ankara.

Ambiance conviviale à la "Doğa pansiyon"

À en croire notre carte routière, le départ de Tokat doit normalement nous emmener vers de belles contrées fôrestieres au nord, avant de nous faire basculer vers la mer Noire. Les premiers kilomètres vérifient rapidement cette prédiction, et nous atteignons Niksar en ne voyant que du vert. La côte finale de la journée pour atteindre le camping municipal n'échappe pas à la règle. C'est dur mais que c'est beau !

La vie en vert en direction de Niksar !

Les 900m de dénivelé de cette ascension nous laissent largement le temps d'admirer le paysage. Les troupeaux de vaches et de moutons s'immobilisent à notre approche, comme pour profiter du spectacle que revêt le passage de deux cyclistes chargés comme des mules. Puis ils reprennent leurs occupations de ruminants, probablement ennuyés par la lenteur de notre déplacement... C'en est presque un peu vexant... Nous gagnons cependant les encouragements de leur bergers (et bergères) !

Une bergère compatissante !

L'arrivée au camping récompense nos efforts. Et si nous n'avons pas été heureux pour l'instant dans nos choix de campings turcs, celui-ci nous donne entière satisfaction. Douche chaude, électricité, Wi-Fi, table de pique-nique et belle pelouse pour planter la tente : que demander de mieux ! Surtout pour 20 livres turques (environ 3€)...

Enfin un bon camping turc !

Nous poursuivons le lendemain notre ballade bucolique à travers les arbres, et bénéficions de beaux points de vue sur les parties hautes de notre parcours vallonné.

Belle ballade en forêt

Nous entamons enfin notre descente vers la mer dans l'après-midi. Avec plus de 20kg de bagages sur le vélo, les quelques pentes raides demandent de la vigilance, surtout que l'asphalte n'est pas des plus uniformes sur ce tronçon. Gonzales et Ciraptor s'en tirent comme des chefs, et nous arrivons sans encombre au point final de notre étape "Turquie, centre" : la ville d'Ünye, et surtout le bord de la mer Noire !

Titi et Coco au bord de la mer Noire

La traversée de la Turquie du sud au nord nous aura réservés bien des surprises, et tellement de belles rencontres. Nous peinons d'autre part à réaliser que nous avons atteint la mer Noire. Bien que notre voyage soit long et que nous lorgnons des destinations plus lointaines encore, nous ne savons pas de quoi demain sera fait et savourons pleinement ces instants révélant les kilomètres déjà accomplis. L'heure est donc à la satisfaction d'être ici, tout simplement. Demain sera un autre jour, certainement à rouler cool !!!

• • •

Ils ont égayé notre route. Encore merci à...

· Toute l'équipe de la direction générale des forêts, près de Gülek, pour nous avoir accueillis dans leurs locaux lorsque l'orage et la grêle sévissaient. Et Abdullah pour nous avoir permis d'y dormir...

· L'homme qui nous a invité à dormir chez lui à Pozantı. Nous avons exceptionnellement décliné son offre car un arrêt ici n'était pas pertinent. Peut-être un rendez-vous manqué... Mais la brève rencontre et cet élan de générosité furent très appréciables.

· Dara, le cyclotouriste anglais rencontré à Göreme puis retrouvé à Kayseri, pour nos nombreux échanges relatifs à nos voyages respectifs et les excellents moments passés ensemble. Rendez-vous à Singapour dans quelques mois !

· Mehmet, le gardien de l'Église El Nazar (en Cappadoce) pour ses massages express délivrés autour d'un thé à la pomme.

· Les nombreux conducteurs qui nous ont transportés en "stop" en Cappadoce.

· Ali, l'étudiant turc rencontré à Kayseri, pour la bonne soirée passée en sa compagnie. Nous lui souhaitons le meilleur pour ses examens et la concrétisation de son projet d'étude à l'étranger.

· Mahmut pour nous avoir fait héberger gratuitement à la "Doğa pansiyon".

· Oktay et toute l'équipe de la "Doğa pansiyon", pour nous avoir accueillis comme des rois.


Ils nous ont spontanément offert à manger et à boire. Merci à :

- l'homme sur le bord de la route près de Gülek

- les deux gérants de station service, le gérant du restaurant et son fils, et la famille nombreuse entre Gülek et Bahçeli

- le vendeur de fruits pressés à Göreme

- le restaurateur près d'Ünye

KM
7210
KM
7210
Publié le 20 mai 2019

Merhaba ! Après avoir slalomé dans la partie ouest turque, il est temps de mettre le cap à l'est toute ! Nous commençons ainsi à longer la mer Noire en ce 15 mai 2019. Le soleil est au rendez-vous au départ d'Ünye. La piste cyclable aussi !

Départ d'Ünye

Nous atteignons rapidement la ville de Fatsa, à partir de laquelle la majorité des véhicules s'engouffre dans un tunnel afin d'éviter les serpentins du bord de mer. Nous jouissons donc d'un faible trafic en direction d'Ordu. Cette petite route côtière dépeuplée de pots d'échappement est une aubaine. Et dans un si joli décor, nous n'aurions pris ce tunnel pour rien au monde.

La côte entre Fatsa et Ordu

Depuis les plages de sable fin, nous apercevons une épaisse couche de nuages délicatement posée sur la mer. La masse blanche semble incapable de décoller de l'horizon. Elle empiéte même sur la terre et nous plonge par moments dans une étrange opacité de coton.

Curiosités nuageuses

La mer de nuages gagne progressivement du terrain et couvre entièrement la ville d'Ordu en fin d'après-midi. Un téléphérique nous extirpe de la nappe blanche et permet de le constater vu d'en haut. Nous bénéficions également d'un beau panorama sur l'intérieur des terres, avec ses montagnes vertes elles-aussi engluées dans la brume.

Ordu sous les nuages

À Ordu, nous croisons une maison qui marche sur la tête.

Ne pas retourner votre écran

Nos études supérieures en "sciences et techniques des activités physiques et sportives" (STAPS) nous permettent d'expliquer ce phénomène de renversement. En approchant de l'hémisphère sud, les lois de la pesanteur sont évidemment modifiées et nul doute que nous trouverons d'autres maisons retournées à l'avenir.

Nous établissons cette brillante théorie tard dans la nuit, à la sortie d'un café familial pour lequel nous avons eu un coup de coeur. La bonne musique, l'ambiance relaxante et les pâtisseries au tahin faites maison sont excellentes pour les esprits créatifs et scientifiques.

Café convivial au coeur d'Ordu

Le lendemain, le phénomène climatique décrit précédemment demeure et ne laisse entrevoir que les dessous du couvercle nuageux.

Les villes côtières plongées dans le blanc

La visibilité se dégage progressivement. Les maisons nous dévoilent alors leur rose pastel (couleur très utilisée sur les façades de ce bord de mer).

Les maisons rose en direction de Tirebolu

Les tunnels se multiplient sur notre trajet. Ils percent les montagnes recouvertes d'une forêt toujours aussi luxuriante.

4ème tunnel du jour, sous la forêt vierge

Malheureusement pour nous pauvres cyclistes, ils nous plongent dans un bocal dans lequel les simples voitures sonnent comme des camions, et les camions comme des avions. Nos feux avant et arrière ne suffisent pas à apaiser notre anxiété dans ces moments d'ombre, et nous gaietons impatiemment le retour à la lumière.

Entre ces tunnels éparses, nous profitons tout de même des quelques belles plages à la vue paradisiaque.

Moments de répit entre les tunnels

Nous gagnons dans l'après-midi la ville de Tirebolu. Nous installons nos quartiers dans le "teachers hôtel" de la ville (du réseau "öğretmenevi", de son nom turc). Depuis notre rencontre avec Dara, c'est le 6ème établissement de ce type que nous fréquentons en Turquie. Ceci pour le plus grand plaisir de notre portefeuille et pour un confort plus que correct. À ce propos, petite pensée pour les collègues de Titi qui nous ont offert (entre autre) une enveloppe destinée à financer ces précieux lieux de repos.

L'unique problème de ces hôtels est le mensonge que nous devons délibérément délivrer à notre arrivée, pour préciser notre situation familiale. En effet, il faut être mariés pour demander une chambre double. Nous sommes donc mariés ! Désolés de ne pas vous avoir envoyé de faire-part.

Passé ce désagréable moment, surtout vis-à-vis de gérants très accueillants, nous profitons du bord de mer de Tirebolu. Nous mangeons le soir des "pide" de la taille d'une baguette de pain, et goûtons une pâte à tartiner aux noisettes lors de notre petit déjeuner. La région que nous traversons est en effet spécialisée dans la récolte des noisettes ("fındık" en turc). La Turquie concentre 70% de la production mondiale de ce fruit à coque, la plaçant ainsi dans une situation de quasi monopole.

Tirebolu et sa gastronomie légère

Nos recherches permettent de glaner quelques informations moins reluisantes sur la production de noisettes en Turquie. Ses 600 000 exploitations bénéficient certes d'un climat favorable, mais également d'une règlementation plutôt laxiste : le Code du travail turc ne s'applique pas aux entreprises agricoles de moins de 50 employés. L'été, des dizaines de milliers de travailleurs saisonniers proposent leurs services. En première ligne, quelques 200 000 réfugiés syriens (sur environ 3 millions en Turquie) travaillent sur ces exploitations. Nous prenons notamment connaissance d'un article du "Point", daté d'il y a 15 jours, accusant Ferrero (Nutella) d'exploiter les réfugiés, parfois mineurs, pour récolter les noisettes contre des salaires de misère (sans parler des conditions et horaires de travail). Notre pot n'était certes pas du Nutella, mais son contenant a désormais un goût un peu amer...

La ville de Trabzon est la dernière grande ville turque sur notre itinéraire. Comme c'est le cas ici pour toutes les zones urbaines, l'altitude ("rakim") et le nombre d'habitants ("nüfus") sont précisés à l'entrée (pour Trabzon : 10m d'altitude et 318 000 habitants). Nous retiendrons que c'est en franchissant ce panneau, après presque 2 mois passés en Turquie, que Titi réalise que "nüfus" ne veut pas dire "code postal"... Une véritable révélation pour lui, un bon fou rire moqueur pour Coco.

Trabzon : la révélation

Passée cette petite anecdote, la ville de Trabzon mérite d'être visitée. Nous stoppons donc notre avancée pendant 24h pour arpenter les dédales de cette cité construite sur les pentes des montagnes côtières. Nous trouvons de nombreux drapeaux turcs pour fêter le centenaire du début de la guerre d'indépendance, en mai 1919. Atatürk est ainsi honoré, lui qui mena les troupes à la victoire quelques années plus tard. Des concerts sont notamment organisés pendant ce mois de mai.

Trabzon

L'ancienne église byzantine Sainte-Sophie de Trébizonde, un moment transformée en mosquée puis convertie en musée, vaut le coup d'oeil.

Église Sainte-Sophie de Trébizonde

Nous regrettons cependant que l'axe routier principal ne donne que trop peu d'accès à la mer pour les piétons. C'est une constante le long de la mer Noire : les plages sont finalement assez rares et les villes se voient séparées du rivage à cause d'infrastructures routières. La côte perd ainsi de son intérêt, et Trabzon en est un parfait exemple.

Une partie du bord de mer à Trabzon

Après la noisette, c'est dans la région du thé que nous poursuivons notre route en direction de la frontière géorgienne. Nous en découvrons les nombreuses cultures sur notre droite.

Culture du thé en direction de Rize

Avec pas moins de 2,5kg de thé consommés par habitant et par an, la Turquie est une inconditionnelle de ce produit qui remplaça progressivement le café à partir du début du 20ème siècle. Atatürk, soucieux de préserver l'autonomie de son pays, poussa pour son expension du fait du climat favorable à sa culture en terres turques (contrairement au café qui devait être importé).

La ville de Rize est au centre de cette gigantesque production régionale qui fournit tout le pays. C'est dans cette capitale du thé que nous passons notre soirée, dans le "salon" (préféré au mot "café", contexte oblige...) tenu par Mustafa. Ce commerçant, passionné de vélo, accueille de nombreux voyageurs en leur proposant de loger à l'étage de son établissement. Nous rompons le jeûne en sa compagnie, autour d'un repas copieux.

Repas de ramadan au "Salon Serender"

À la nuit tombée, le Salon Serender est littéralement pris d'assaut par les joueurs. Si certains se divertissent aux cartes, c'est de loin le rami qui est le plus plébiscité par ces hommes. Eh oui, le jeu est une affaire masculine ici...

Le rami, jeu numéro 1 de la soirée

Cette soirée se déroule donc dans un climat convivial, au son des jetons qui s'entrechoquent et des cuillères heurtant les verres de thé. Mustafa sert le breuvage à un rythme effréné, multipliant les allers-retours derrière son comptoir. Seule l'affiche footballistique du soir sort par intermittences les protagonistes de leur concentration. En ce 19 mai, journée officielle de la Jeunesse et des Sports, Galatasaray s'empare en effet du titre de champion de Turquie en s'imposant 2-1 face à Başakşehir.

Galatasaray champion

Passé minuit, nous nous endormons pendant que le thé continue d'accompagner les parties endiablées. Nous avons nous même consommé une dizaine de "çay", sans pour autant que cela nuise à notre sommeil.

Le lendemain, Mustafa est bien présent, comme il nous l'a promis. Les yeux cernés, il tient à immortaliser notre départ matinal. Il sollicite à la hâte le commerçant d'en face qui s'improvise photographe.

Départ du Salon Serender

Notre dernière journée de vélo en Turquie nous fait rencontrer quelques cyclotouristes nourrissant eux aussi des rêves d'évasion vers l'est. Parmi eux, il y a Dietrich, un allemand. Il projette d'aller en Iran puis de revenir chez lui en Allemagne. Sa boucle lui fera repasser en Turquie mais par la côte sud. Son paquetage arrière pèse 50 kg, nous assure-t-il. Dietrich nous pose 1000 questions sur notre itinéraire. Il se rend curieux de notre âge et nous souhaite bon vent, en précisant qu'il ira probablement beaucoup moins vite que nous. Certes... Mais si nous pouvions avoir la même forme à 61ans...

Rencontre avec Dietrich

Pendant nos échanges avec Dietrich, deux bolides nous doublent à une vitesse plus que respectable. Quelques kilomètres plus loin, nous retrouvons les deux ovnis en train de réparer une crevaison. Yanez et Giacomo ont déjà parcouru 4000km en seulement un mois. Ils tirent chacun une remorque construite de leurs propres mains, recouverte de panneaux solaires leur servant à recharger leur batterie. Tout s'explique : l'assistance électrique est le secret de leur rythme soutenu. Nous nous étonnons de voir des skis dépasser de leur chargement. Ces deux italiens nous expliquent alors leur souhait de chausser les spatules pour gravir et descendre les pentes des montagnes qu'ils trouveront sur leur route. Évidemment, ce genre d'énergumènes intrigue et nous nous plaisons à partager un çay avec eux à Hopa, notre destination du jour. Yanez est professeur de ski et souhaite fêter ses 40 ans à Samarcande (Ouzbékistan). Giacomo est photographe et se demande si ces remorques sont une bonne idée, tant elles ne sont pas pratiques pour se garer, éviter les obstacles,... L'ironie qu'ils manient et la malice que l'on peut lire dans leurs yeux font plaisir à voir. Ils nous font surtout prendre conscience que nous ne sommes pas fous. Ou alors, d'autres le sont plus que nous...

Rencontre avec Yanez et Giacomo

C'est sur cette note de fraîcheur italienne que s'achève notre étape "Turquie, mer Noire". Nous en rédigeons les dernières lignes à la tombée de la nuit, dans cette paisible ville d'Hopa dominée par les minarets de ses mosquées. Le muezzin vient d'annoncer la fin du jeûne journalier. Autour, les montagnes trônent majestueusement, et la mer se fait calme. Cet environnement turc de bord de mer commençait à nous être familier, et nous en profitons d'autant plus que nous quittons ce pays demain.

Hopa

S'il n'y a pas lieu de comparer nos destinations, tant chacune d'entre elles regorgent de beautés et de rencontres, nous ne pouvons ignorer le poids du temps. Passer deux mois dans un pays, c'est évidemment plus marquant que de le traverser en 48h...

La Turquie nous marquera donc à jamais. L'hospitalité turque, que nous avons plusieurs fois mise en avant dans nos récits, n'est pas un mythe. Nous garderons en mémoire l'accueil et la générosité hors du commun de ce peuple fier de son identité, de son histoire récente qui l'a conduit vers l'indépendance, et de l'héritage que leur a confié leur père : Atatürk.

Atatürk et le drapeau turc

Nous avons été désarmés par la simplicité avec laquelle les turcs nous ont hébergés, conseillés ou partagé leur repas. Ce sens de l'accueil, de l'ouverture à l'autre, se symbolise aisément par les nombreuses invitations à boire le thé, à n'importe quelle heure et jusque dans les coins les plus reculés. Qu'est ce qu'on en aura bu de ce çay...

Le çay comme lien social

Enfin, nous repartons de Turquie avec des trésors plein les yeux. L'incontournable Istanbul, la somptueuse côte turquoise, l'inimitable Cappadoce et les verdoyantes montagnes du nord nous ont comblées par leur beauté singulière et authentique.

Bref, en Turquie, ça a vraiment "roulé cool" !!!

Hoşça kal Türkye
• • •

Ils ont égayé notre route. Encore merci à...

· Mustafa pour nous avoir ouvert les portes du Salon Serender, et pour nous avoir fait vivre une authentique soirée au rythme des parties de rami. Nous nous souviendrons surtout du thé coulant à flots, et de son accueil chaleureux dans la capitale du çay. Longue vie au Salon Serender !

· Les cyclotouristes Dietrich, Yanez et Giacomo pour nous avoir apporté un vent de fraîcheur lors de notre dernière journée en Turquie. Cela fait du bien de partager nos conditions de voyageurs au long cours. Merci donc pour ces échanges, et bonne continuation dans la suite de vos périples.