Carnet de voyage

Tiagess en voyage !

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Dernière étape postée il y a 23 jours
A nos familles, proches, amis, collègues, fans et... à notre cher chat, nous dédions ce petit aperçu de nos péripéties. Merci de nous suivre durant notre voyage ! <3
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Publié le 25 juin 2019

C’est avec émotion que ma plume se lève pour mon dernier article. Tiago aura les honneurs de vous faire part de nos derniers jours sud-américains. Ces 10 jours ont été très forts. Entre découverte d’un pays qui restera spécial à notre cœur, rencontres et bilan.

Vue depuis les hauteurs de Medellín 

Notre première étape nous emmène dans un énièmes bus ultra climatisé et très en retard à Medellín. Provoquant toute sortes de fantasmes liés à la triste histoire de la poudre blanche colombienne, aux gangs et à la misère, nous posons nos valises dans le quartier bobo de “El Poblado”. Cocktails à prix suisse, cuisine du monde, chirurgie esthétique à outrance et petits costards qui époussettent les restes de neige sur leurs épaules. Une telle concentration de richesse matérielle cohabite avec les très typiques vendeurs à la sauvette (mais tout à fait légaux) de cigarettes et de bonbons et les quelques jeunes désœuvrés qu’on dirait sortis de la série “Narcos”. Nous nous réservons le centre-ville pour le lendemain. Les œuvres obèses de Botero, offertes par l’artiste à sa ville natale semblent observer de haut la population misérable qui foule leurs pieds. Une cohue bigarrée, entre touristes, vendeurs, corps décharnés et œil hagard. Un sentiment de malaise nous prend très rapidement. Les rues se succèdent et se ressemblent. Les traces laissées par la drogue, la corruption et la violence sont omniprésentes. Le contraste avec le quartier chic est saisissant.

Œuvres de Botero et street art à Medellín

Sans regrets, nous repartons directement pour nous rendre à Carthagène-la-belle. Un bus de nuit nous mène à travers montagnes et vallée pour nous déposer au pied de la ville réputée pour sa beauté dans tout le sous-continent. Nous traversons d’abord les bidonvilles ou « barrios miserables », construits de bric et de broc au bord de la rivière (ou plutôt de la fosse à plastique). Des ribambelles d’enfants en culottes courtes, de mères chargée de nourrissons et de paquets de lessives le tout dans un fond de musique latine percusionnée. À nouveau, le contraste avec le centre-ville, cerclé de murailles, est impressionnant. L’architecture coloniale haute en couleurs est juste magnifique. Une sensation douce de vacances souffle sur les Ribeiro.

Street art, porte ouvragée et apéro avec vue à Carthagène des Indes

Depuis plusieurs semaines nous avions décidé de faire une petite pause en fin de voyage, sans trajets de bus, hors de la ville, à ne rien faire sinon nous reposer, bronzer et nous baigner. Nous avons donc mis le cap sur le parc national de Tayrona. Cahute en bambou, hamac, belle plage, repas simples, pas de connexion internet, quelques livres, des bières Club Colombia et des Colombiens enivrés par la victoire de leur équipe nationale sur l’Argentine en Copa America. Voici la recette de notre bout de paradis des Caraïbes.

Playa Los Angeles, Tayrona 

Retour à Carthagène des Indes où nous flânons encore dans les rues, dans la chaleur étouffante du début de la saison sèche. Puis c’est le chemin inverse pour rejoindre Medellín. Nous retrouvons pas hasard des Jurassiens avec qui nous avions fait un bout de route quelques semaines auparavant. Puis nous visitons la fameuse “Comuna 13”, avec les copains du Havre avec qui nous avions rendez-vous. Ce quartier populaire, réputé dangereux, centre névralgique du trafic de drogue et des guérilleros. Le quartier s’est pacifié ces dernières années et est devenu une attraction touristique phare de la ville. Maisons colorées, street art, danses de rue et chariots de streetfood présentent ces ruelles sous un nouveau jour.

Rues de Carthagène, muraille, Gin-T(iag)o  
Comuna 13 à Medellín : amigos, street art et jolie vue 

Le lendemain, nous partons pour Guatapé, petit village typique au bord d’un grand lac artificiel. Les maisons sont toutes peintes de motifs originaux et de petites échoppes fleurissent devant les habitations. On retiendra cette grand-mère assise devant le pas de sa porte, vendant des galettes sur une petite table pliable. Voyager signifie souvent faire des rencontre, parfois bonnes, parfois durables mais le plus souvent ce sont des petits moments de complicité éphémères qui pourtant nous marquent.

Jolie Guatapé 

Bringuebalés d’un bus à l’autre, nous faisons nos adieux à nos chers Français, pour mieux nous retrouver en Europe. On grimpe dans notre dernier bus. La climatisation est au maximum et nous grelottons dans notre sac de couchage, devant des films niais qui passent la moitié de la nuit. Nous finissons par nous endormir, bercés par les virages. Nous découvrons la grisaille de Bogotá. Un climat montagneux, froid et nuageux n’empêche pas la chaleur humaine des Colombiens de percer. Ces derniers jours en Colombie sonnent déjà comme une fin. C’est une étape qui se termine. Entre œuvres de Botero, petits cafés, hordes de skateurs amateurs et jolies petites ruelles, nous sommes partagés entre l’envie de profiter jusqu’au bout et l’envie de nous poser et de ne rien faire sinon commencer à digérer notre aventure.

Place principale de Bogotá, église et œuvre de Botero 

L’avion décolle pour nous emmener de nuit vers notre dernière destination, Rio. C’est fini les « Holà... A la orden ! Suiza ? ». Je suis tombée amoureuse de cette langue, de ces petites expressions typiques d’un pays ou l’autre, de la manière de penser induite par ces accents latins. Je n’ai pas encore réalisé que l’Amérique latine c’est fini.

La Colombie c’est un coup du cœur. Une sorte d’avalanche de chaleur humaine, de rhum, de métissage, de musique, de solidarité, de vivre ensemble, de générations en paix. Tout n’est pas parfait et nous n’avons visité qu’une infime partie du pays, mais à coup sûr cette destination mérite qu’on y revienne. Je n’ai pas encore tout compris, ni intégré tout ce que nous avons vécu, mais je sais que la Colombie a laissé une trace indélébile chez nous. ¡ Viva Colombia !

Gracias América del Sur! Nunca vamos a olvidarte. En nuestro corazón por siempre.  
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Colombie... dire que nous avons failli ne pas t’inclure dans nos plans de voyage initiaux. Il faut dire que ta réputation, même si elle s’améliore petit à petit, reste intimement liée dans notre imaginaire au trafic de drogue, aux cartels, au conflit sanglant - pourtant officiellement achevé - entre armée régulière et FARC, à la corruption et à la criminalité. Pourtant, quelle erreur cela aurait été de ne pas t’explorer, même brièvement, vu les vingt jours de voyage qu’il nous restait avant le vol Bogotá-Rio, début de l’épilogue de notre périple. Même le passage de ta frontière s’est avéré inquiétant... nos échanges avec diverses personnes, voyageurs et Équatoriens, la lecture de guides et de blogs, nous avaient pour le moins alarmés : files interminables de réfugiés vénézuéliens, organisation chaotique, temps d’attente de six heures à la frontière, bagages volés... autant dire que l’idée de passer la frontière Équateur-Colombie entre Tulcán et Ipiales - seul point de passage d’ailleurs qui semble tenir la route - ne nous faisait pas rêver, au point même d’inclure l’avion - moyen de transport dont Jess et moi sommes friands - dans le champ des possibilités alternatives. Las, nous nous sommes retrouvés dans la bourgade frontalière et fade de Tulcán (et dans un hôtel tout aussi fade), bien déterminés à nous lever de très bonne heure pour passer le plus tôt possible la douane. 5:45... bip bip, bip bip... réveil difficile après une nuit forcément entachée de cauchemars stupides liés à l’appréhension de l’événement à venir ; ou devrais-je plutôt dire du non événement. Voyez plutôt, ça donnait à peu près ceci :

5:45 - réveil et préparation.

6:10 - on prend un taxi.

6:20 - arrivée à la frontière

6:35 - tampon de sortie équatorien

6:50 - tampon d’entrée en Colombie (youpie)

On aura mis trente minutes à passer la « frontière de l’enfer ». Il y avait bien quelques dizaines de réfugiés vénézuéliens, mais rien qui corresponde aux tableaux dignes des apocalypses de Jérôme Bosch qu’on avait pu nous dépeindre. Alors, bien sûr, une fois dans un bus confortable pour Popayán, il y avait du soulagement, mais aussi un ténu mais intarissable sentiment de malaise face à la détresse palpable de gens dont nous avons à peine frôlé les existences misérables et tumultueuses. Ce qui s’est avéré une simple formalité pour nous constitue une des multiples et douloureuses étapes de ce long chemin de croix qui doit mener ces errants de l’histoire vers une hypothétique vie meilleure.

Popayán... des demeures coloniales et de la fondue 

Afin d’éviter un voyage trop long en car depuis la ville frontalière d’Ipiales jusqu’à Cali, nous décidons de faire escale à Popayán, petite ville tranquille à l’architecture coloniale encore bien présente. Au programme, petites balades entre de charmantes bâtisses blanches, repos et découverte impromptue d’un restaurant tenu par une Suissesse (on se disait que c’était bizarre ces affiches du Montreux Jazz Festival dans un coin perdu de la Colombie). J’ai évidemment craqué pour une fondue (pas mauvaise par ailleurs) et Jess pour un bon steak sauce au poivre, repas qui ont éveillé notre mal du pays (« du fromage! Mon royaume pour du fromage »). Popayán nous permet également d’expérimenter ce qui deviendra un véritable fil conducteur de notre périple colombien : la générosité et la gentillesse des locaux. Sourires spontanés, conseils avisés et désintéressés, chaleur humaine contagieuse, authenticité des rapports... nous n’étions pourtant qu’au début de nos surprises avec les Colombiens.

Cali 
Street art et verdure dans le quartier de San Antonio, à Cali 

Auparavant, quand on me parlait de Cali, je pensais cartel. Dorénavant, je penserai salsa. Cali est en effet un des centres névralgiques de cette danse. C’est aussi une ville qui a su nous séduire par l’énergie débordante qui s’en dégage et par la mixité incroyable de sa population. Il faut dire qu’après de nombreux et longs trajets en bus, nous poser un peu nous a fait le plus grand bien. Alors, on ne va pas le cacher, sur les trois jours sur place, nous avons passé la moitié du temps dans notre hôtel. Entre propriétaires et employés aux petits soins, rencontres et apéros avec un couple de compatriotes jurassiens, diffusion des matchs de la Nati et de Federer et cours d’introduction à la salsa (moment qui m’a permis de constater une fois de plus que la coordination n’est pas mon fort), il était difficile de quitter les lieux. Cela ne nous a toutefois pas empêchés d’explorer San Antonio, le quartier dans lequel nous logions. Nous avons été conquis par ses petits cafés et bistrots, ses anciennes maisons tantôt recouvertes de lierre, tantôt de street art et son atmosphère bohème. Comme déjà dit, Cali dégage une belle énergie et au rythme de nos déambulations on s’émerveille devant les places aux palmiers démesurés dans lesquelles des vendeurs de jus de fruits (aussi variés qu’inconnus) côtoient des groupes d’anciens discutant vivement entre eux, des danseurs de salsa, des hommes d’affaires pressés et des enfants courant les uns après les autres. Bref, une ville à l’âme forte, qui ne nous aura vraiment pas laissés indifférents et que nous avons quittée avec un petit pincement au cœur.

Filandia, dans la zone caféière 

Nous mettons alors le cap sur Salento, petite bourgade rurale en plein « eje cafetero ». Notre arrivée est plutôt chaotique : mon téléphone meurt durant le trajet de façon inexpliquée, notre hébergement a « égaré » notre réservation (mais bon, on est en Colombie, alors on est finalement logés dans un appartement de la sœur de la proprio) et la pluie s’est invitée dans notre voyage. Or, nous tenons à effectuer une marche de cinq heures dans le Valle de Cocora tout proche, lieu qu’on nous a présenté comme un des points forts de tout voyage en Colombie. Le premier jour, toujours sous la pluie, difficile de faire la marche. Nous partons donc à la découverte du pittoresque village de Filandia, son délicieux café et ses habitations coloniales colorées. Nous découvrons surtout les épiques trajets en jeep pour rallier les différents points de la région... Il ne nous reste qu’une journée à Salento et nous décidons, quel que soit le temps, de faire la marche le lendemain. Les prévisions sont mauvaises, mais les météorologues semblent s’être trompés en notre faveur. C’est donc sous un soleil radieux et accompagnés de nos récentes rencontres jurassiennes que nous partons explorer le Valle de Cocora. Comment décrire les lieux? Imaginez une belle vallée suisse, avec ses vaches grasses, ses prairies, ses rivières d’eau fraîche, ses sapins. Le Valle de Cocora, c’est tout ça... avec des animaux exotiques comme le colibri, de la jungle luxuriante et de surprenants palmiers isolés pouvant atteindre quarante mètres. Un spectacle de toute beauté, les nuages et la pluie venant refermer le rideau sur cette belle excursion au moment où nous embarquons dans la jeep en partance pour Salento.

Le Valle de Cocora 
Des colibris dans le Valle de Cocora 
Improbables palmiers en Engadi... au Valle de Cocora 

C’est la tête un peu lourde (je crois qu’on a un peu trop fêté la marche avec les Jurassiens) que nous nous rendons à Pereira, ville dans laquelle nous avons rendez-vous avec Melina, une jeune colombienne avec qui Jess est entrée en contact grâce à une de ses amies, et dont les grands-parents sont propriétaires d’une « finca », c’est-à-dire une production de café. Nous avons vécu tout au long de cette journée un des moments les plus forts de tout notre voyage. Nous avons été accueillis par la famille de Melina comme si nous étions des amis de longue date. Ces gens ont pris leur temps pour nous montrer leur vie de cafetiers en toute spontanéité, générosité et simplicité. Ce ne sont pas que les quelques sachets de café concoctés artisanalement durant cette splendide journée que nous ramenons en Suisse, mais ce sont surtout des images, ces visages, ces sourires, ces paroles et ces regards partagés qui resteront à jamais vivaces dans nos mémoires et nos cœurs. On veut revenir, on va revenir.

Cueillette de café avec les conseils avisés de Melina 
Faire du café artisanal... tout un art 
 Notre beau café, une fois torréfié 

Cette dernière phrase illustre parfaitement notre ressenti face à la Colombie après une dizaine de jours. On ne peut être insensible face à une telle générosité culturelle, naturelle et surtout, humaine. Alors, évidement, cela rajoute un peu d’huile sur le feu des sentiments ambivalents que nous éprouvons de plus en plus fortement : cette envie d’être demain dans les bras de ses parents, de ses frères et sœurs, de tous les êtres aimés, de se poser chez soi, vautré nonchalamment sur le canapé, le chat sur les genoux, de boire un verre avec ses amis, de se promener sur les quais à Vevey, de regarder depuis le balcon le soleil baigner de sa lumière les montagnes surplombant notre belle Riviera, retrouver son lit et sa douche, se faire les petits plats qu’on aime... et puis, simultanément, ralentir le temps pour prolonger encore un peu ce voyage, pour découvrir et se découvrir un instant de plus... juste un grain d’éternité.

La famille de Melina, des fleurs dans nos cœurs (comme ça je fais le lien entre les deux photos) 
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Publié le 3 juin 2019

Afin d’apposer les tampons numéro 20 et 21 sur nos passeports, notre bus s’arrête à la frontière entre le Pérou et l’Equateur. Nous sommes rodés à présent, bagage, file d’attente, toujours les mêmes questions. En attendant notre car, nous attendons au milieu des tentes de la Croix rouge et du Haut Commissariat aux Réfugiés. Des familles, avec des sacs plastiques de fortune, des nourrissons emballés dans des grosses couvertures bariolées, des couples qui courent en se disant « il faut pas qu’on se perde l’un l’autre! ». Au nord du Pérou, nous avions déjà vu de plus en plus de Vénézuéliens dans la rue, vendeurs à la sauvette ou mendiants. C’est néanmoins impressionnant de voir ces jeunes familles entre deux frontières, pris en charge par le HCR.

Prince et princesse indigènes (Guaya et Quil), Las Peñas, street art 
Tortues des Galápagos, bande d’iguanes 

Nous mettons ensuite cap sur la côte. Manque de chance, nous choisissons un jour férié pour voyager en direction de Montañita, idée brillante qu’a eue la moitié de la population de Guayaquil. Nous passons une partie de la journée dans le terminal de bus, mais la finissons sur la plage, à siroter un cocktail, les pieds enfouis dans le sable chaud. La mer, chaude également, provoqué toujours en nous un effet particulier. Sensation de sérénité, de calme et de bien-être, même dans ce village de pêcheurs devenu haut lieu de fête. Au petit matin, nous croisons des fêtards sur le retour lorsque nous prenons le bus pour Puerto Lopez, village de pêcheurs également, plus calme et propice à la découverte de la nature environnante. Un arrêt petit-déjeuner nous permet de découvrir les “bolóns”, beignets de banane plantain mêlée à du fromage et saupoudré de cacahuète pilée, salée et piquante. Préparez-vous, dans cet article nous allons parler nourriture.

Plage de Montañita  

Puerto Lopez tient ses promesses : plages immaculées caressées par un ressac chaud (25º!), forêt sèche et surtout l’Isla de la Plata. On la surnomme “Galápagos du pauvre”. En effet, les prix sont imbattables ! Mais “la petite Galápago” serait plus juste. Une courte randonnée nous fait découvrir des oiseaux uniques : les fous à pieds bleus et les frégates en pleine saison des amours. Nous voyons les premiers former des petits couples autour d’un nid à même le sol alors que les seconds volent autour des femelles pour exhiber leur cou rouge et gonflé. Sur la plage, nous observons amusés des dizaines de petits crabes nous fuir dans tous les sens. Nous reprenons le bateau pour observer les tortues marines, puis un peu de snorkeling nous permet de voir les coraux qui tapissent le fond de l’eau cristalline, les poissons multicolores et de nager à côté d’une tortue. Des étincelles dans les yeux, nous terminons notre séjour à Puerto Lopez et partons pour Quito.

Fous à pieds bleus et frégates  
Plages de Los Frailes et forêt sèche  

Un arrêt nous permet de rencontrer une famille de paysans bio. On déguste maints fruits mûrs et parfois inconnus, puis mangeons un “tanga mañanita”, plat typique de la région : poulet, sauce cacahuète, riz, plantain, le tout emballé dans une feuille de bananier qui permet de tenir le repas au chaud. Une sorte de Tupperware écolo !

Tanga mañanita  

À Quito, nous sommes accueillis par un vieil Allemand qui tient une auberge dans la ville nouvelle. Après l’anglais, l’espagnol et le français, il me faut réactiver des parties de mon cerveau pour communiquer en allemand. Nous aurons finalement utilisé nos cinq langues pendant ce voyage ! Quito est construite dans une vallée et à flanc de montagne. Les belles églises se succèdent sur une série de places. Soupe d’avocat, crevettes sautées à l’ail et jus frais nous contentent.

Nuit sur Quito 
Église de Saint-François et palais épiscopal 

Réveil très tôt pour s’enfoncer dans les Andes. Nous voulions voir le Cotopaxi, volcan iconique, mais celui-ci s’est montré plutôt timide. Nous avons quand même profité de marcher dans la nature, au milieu de fleurs, étangs et petits animaux. Nous partons ensuite voir la lagune du Quilotoa. Formée au centre du cratère d’un volcan, les eaux sont vertes, émeraude, turquoise, selon les rayons du soleil. Le cratère est complètement dégagé et nous pouvons apprécier les jeux de couleurs auxquels s’amusent les nuages. Puis, nous mettons cap sur Baños.

Cotopaxi  
Lagune de Quilotoa 

La ville des bains d’eau sacrée (le nom complet) est une petite capitale du sport extrême. N’étant pas forcément friands de sensations fortes du type saut à l’élastique, nous embarquons plutôt dans un “chiva”, sorte de party-bus traditionnel, pour faire le tour des cascades environnantes. Nous faisons également une descente inquiétante dans une sorte de télécabine rouillé pour observer la vallée. Tiago se laisse même tenter par une tyrolienne au dessus d’une vallée. Après ces sensations fortes, nous montons vers la Casa del Árbol, ancien petit entrepôt permettant l’étude des volcans devenu une destination touristique. Le volcan local, à tout juste un kilomètre, se dévoile pour nous, dans ce petit jardin charmant dans lequel nous flânons la fin de l’après-midi.

Pont suspendu et Chiva 
Pailon del Diablo 
Casa de árbol 
Volcán Tungurahua 

Le soir, nous décidons de faire un tour à ces fameux bains chauds de la vierge. Toute la ville semble s’être donné rendez-vous pour profiter de la chaleur (extrême!) de l’eau. C’est le rendez-vous des familles, des amis jeunes et moins jeunes, des couples. Nous allons ensuite au Bistro Swiss, tenu par deux compatriotes, pour y manger une vraie planchette, une fondue bourguignonne et terminer par une bonne fondue au chocolat. Un petit bonheur, qui nous a fait nous réjouir de rentrer. Un passage le lendemain matin au “ponche suizo”, nous fait découvrir une spécialité locale, inventée par un diplomate équatorien travaillant en Suisse. Nous reprenons ensuite la route de Quito où le hasard nous fait rencontrer des amis compatriotes. Décidément, la Suisse est présente pendant ces quelques jours !

Planchette suisse et amis suisses 

L’Equateur, c’était trop court. Ce pays, souvent boudé des baroudeurs à sac à dos, mérite pourtant le détour. Plages, montagnes, jungle, grandes villes, biodiversité, spécialités culinaires et chaleur humaine. Le pays du mal-nommé panama est un petit trésor au milieu de vastes États. C’est un coup de cœur. Comme un regard croisé qui en dit long et où l’on espère, il y aura un deuxième rendez-vous.

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Publié le 23 mai 2019

Vous l'aurez peut-être lu, notre séjour dans le sud du Pérou s'est avéré exaltant et... chronophage. Eh oui, plus la fin du voyage approche, plus la donnée temps devient précieuse et on commence à faire de savants calculs pour déterminer combien de jours nous pouvons passer dans tel ou tel lieu péruvien pour pouvoir profiter quand même un peu de notre séjour en Équateur et en Colombie. Gentiment, quelques indices de notre retour s'immiscent dans notre périple : courriels de nos employeurs respectifs, élaboration de projets pour le reste de cette belle année, perspectives de fêtes et de retrouvailles, nostalgie du pays mêlée d'appréhension... comment vivra-t-on ce retour?Le plus long trajet en bus du voyage, du moins je l'espère, nous donne l'occasion de nous perdre dans ce genre de pensées, de planifier deux ou trois choses pour la suite, de lire et d'expérimenter le visionnage d'une nouvelle série afin de combler parfois ces interminables heures passées sur le bitume. Au passage, on change totalement d'environnement... les hautes montagnes colorées, les pics volcaniques et les terrasses agricoles cèdent leur place à des étendues arides peu vallonnées et surtout, au spectacle toujours bienvenu de la mer. Il faut dire qu'on est passés, en vingt-quatre heures, d'une altitude d'un peu plus de 5000 mètres à 0. Même les buses en mathématiques, catégorie dans laquelle je m'inscris sans hésiter par ailleurs, parviendront à estimer le vertigineux dénivelé que nous nous sommes infligés. Je ne cache pas mon plaisir à retrouver des paysages côtiers que nous n'avions plus vus depuis des semaines (en Patagonie si je ne m'abuse)... le temps à beau être maussade, je me sens bien face au spectacle offert par ces rouleaux grisâtres surmontés d'écume s'abattant sur les dunes et les falaises. La panamericana, tantôt longeant la côte pacifique, tantôt plongeant dans les terres arides, nous offre de beaux tableaux tout au long du voyage.

Ruines de Tambo Colorado et lignes de Nazca 
Oasis de Huacachina, où même les cholitas font du sandboard

Ce dernier est entrecoupé de quelques arrêts : patelin austère de pêcheurs pour dîner, quelques lignes de Nazca en plein désert pour avoir un aperçu de ces étonnants géoglyphes. Nous parvenons enfin à Huacachina, seule oasis d'Amérique du Sud (c'est du moins comme ça qu'ils vendent le truc), le soir de cette longue péripétie en car. Le cadre naturel ne manque pas de charme et s'avère reposant. Des dunes gigantesques surplombent une petite étendue d'eau cercleé de palmiers et de roseaux. Dommage qu'on en ait fait un parc d'attraction pour touristes dont la journée type se résumerait de la manière suivante : faire un tour en buggy dans les dunes en mode "rollercoaster" (fun), tester le sandboard (tout ce qui a "board" dedans, c'est cooooool --> more fun), aller à Ica, la ville voisine, pour découvrir une cave à Pisco (dans laquelle le guide ne vous explique pas comment on élabore cette boisson, mais vous dit à longueur de temps que c'est vachement fort comme alcool ce qui fait, ô comble du bonheur, que l'on est vite ivre --> so fun), chiller à la piscine de l'hôtel un cocktail à la main pour exhiber ses tatouages tribaux et son collier avec vraie dent de requin en résine (mega fun), aller dans un bar pour draguer la meuf que j'ai vu regarder ma vraie dent de requin en résine sur bronzage orange, boire des cocktails et des shots toute la nuit et danser sur le bar avec pour seul habit, formant un joli pagne sur mon corps entièrement épilé, un t-shirt "I <3 Peru" (made in China) (super fun)... Bref, comment faire d'un cadre naturel assez unique une espèce de banalité touristique, un parc d'attraction, une machine à fric... Grognon le Tiago? Non... On a quand même pu profiter de la piscine de l'hôtel et ses transats une bière à la main, faire une belle promenade autour de l'oasis et assister à un très beau coucher de soleil sur le désert. Et puis loin de moi l'idée de jouer les inquisiteurs, les donneurs de morale et de blâmer la jeunesse de notre temps... Mais bon, venir au Pérou pour "se péter la tête" à la bière anglaise, dans un pub anglais au nom anglais, tout ça pour rencontrer des Anglais qui ne parlent que l'anglais (exemple rhétorique, je n'ai rien contre les sujets de sa majesté), j'ai la vague impression qu'on doit pouvoir le faire assez bien à deux ou trois endroits dans une zone du monde nommée, sauf erreur de ma part, l'Angleterre.

La réserve nationale de Paracas 
Tiagess, dans la réserve naturelle de Paracas

Pleins de ces considérations hautement philosophiques et morales sur la loi du "have fun everywhere", nous reprenons le bus le lendemain pour Paracas, destination qui ne se trouve heureusement qu'à une heure et quart de Huacachina. Nous nous attardons avec plaisir dans cette petite ville au bord de l'océan. Il faut dire que le lieu a tout pour plaire, à l'exception des taxis qui klaxonnent sans cesse pour rappeler leur existence aux touristes (au cas où on se dirait : "Ah ben tiens, un taxi qui klaxonne, ça me donne vachement envie d'en prendre un tout à coup"). Petite promenade le long de la grève bordée de restaurants de fruits de mer, afflux touristique très modéré, coucher de soleil sur le port un verre à la main sur une belle terrasse, îles abritant une faune variée (otaries, pingouins et myriades d'autres oiseaux), réserve naturelle époustouflante dans laquelle le désert, fardé de rouge, de jaune, de gris et de blanc, vient à la rencontre de l'océan, leur enlacement baigné de soleil offrant un joli spectacle de criques, d'isthmes, de plages et de falaises. Et puis il y a les températures! Short, t-shirt et lunettes de soleil sont - enfin - de sortie! Finies les amplitudes andines qui vous font passer en une journée d'une nuit frigorifique au coup de soleil de votre vie... A peine le temps de nous faire durant deux jours à ce farniente marin que nous voilà partis un peu plus au nord, pour l'immense capitale du Pérou, Lima. Comme je l'ai dit en introduction de cet article, le temps commence à presser et sans vouloir, bien évidemment, tomber dans le piège aberrant que serait la prétention de l'exhaustivité (on a tout vu, tout su, tout lu, tout bu... spéciale dédicace à nos chers Ålìnë et Jeandré), il y a quand même des lieux et des pays que l'on tient à explorer.

La paisible petite ville portuaire de Paracas 
Les Îles Ballestas dans la réserve nationale de Paracas 

Une voyageuse française rencontrée à Paracas nous a dit de Lima qu'elle portait bien son surnom de "ville grise". On se dit que la périphrase n'est pas très flatteuse. Au final, elle incarne bien, du moins pour moi, la capitale péruvienne. On a fait deux jours complets sur place, autant dire que notre point de vue est à la fois partiel et partial... deux jours durant lesquels un manteau gris (parfois jaunâtre... est-ce la pollution?), à faire passer le stratus hivernal du Gros-de-Vaud pour une cure de luminothérapie, recouvrait la ville. Hétéroclite et disparate, voilà deux mots qui caractérisent assez bien la tentaculaire cité des rois. Du point de vue architectural, c'est assez saisissant. Les hautes tours vitrées jouxtent les vieux immeubles à briques apparentes, les anciennes demeures coloniales désaffectées côtoient le bâtiment art deco dans lequel on a installé une grande enseigne de fast-food, des bâtiments belle-époque et des structures bétonnées d'une laideur affligeante encerclent pêle-mêle une place démesurée, des appartements flambants neufs vides et hors de prix avec vue sur la mer, cèdent le pas, deux rues plus loin, à des habitations populaires sales et croulantes. Dans la cité surchargée de véhicules et d'encarts publicitaires cohabitent le luxueux 4x4 et le fossile rouillé aux pneus usés, le caniche promené par une domestique blasée et le molosse errant, le regard vitreux et la patte boiteuse, en quête de nourriture, l'enseigne de luxe européenne avec agents de sécurité et dallage miroitant et le vendeur de maïs et de snacks, serpentant entre les voitures engluées dans le trafic, l'employé municipal à gilet fluo effectuant le change officiel et le jeune type bizarre proposant officiellement des tatouages. On a le sentiment d'être dans une de ces villes qui a enflé trop vite, concentrant espoirs et désillusions d'une population péruvienne en quête d'une vie meilleure. Il en résulte ce "développement" anarchique, ces contrastes étonnants... le tout, s'il est sincèrement d'une grande laideur, surtout après avoir visité Cusco et Arequipa, n'en est pas moins assez fascinant. Dans ce chaos général, nous avons la chance d'avoir élu notre bref domicile dans le quartier périphérique et bohème de Barranco, peuplé d'une population ouverte et hétéroclite, à des années-lumières de l'agitation du centre-ville. On profite de sa promenade surplombant l'océan, on profite de ses petits cafés, de ses parcs et de ses placettes, on profite de ses bons restaurants et de son atmosphère. Surtout, on profite d'un des meilleurs accueils de tout le voyage, par la famille Beraja, dans sa maison d'hôtes. Petits bonheurs au rendez-vous et grand rayon de soleil sur la ville grise avant notre poursuite du voyage vers Huaraz, le nord et le retour vers les montagnes.

Lima, grise... on vous l’avait dit... et son parc à chats errants 
Ruines de Chavin, la Suisse... péruvienne 

Si Huaraz ne présente pas un grand intérêt - la ville a été quasiment entièrement détruite par un tremblement de terre en 1970 - c'est surtout sa situation qui attire le visiteur. Encastrée dans une belle vallée à plus de 3000 m., Huaraz est surtout entourée de magnifiques sommets enneigés culminant souvent à plus de 5000, voire 6000 m. Ce sont quelques unes de ces merveilles que nous sommes venus entrapercevoir durant deux jours et nous ne sommes pas déçus. La "Suiza peruana" porte bien son surnom et il est impossible de ne pas penser à nos Alpes en contemplant ces glaciers, vallées, prairies et sommets....avec une petite dose d'exotisme en plus. Comme ces fleurs gigantesques - 11 à 15 mètres de haut tout de même - qui surgissent soudain à l'horizon ou les ruines de cultures millénaires tels les Chavin. On se retrouve à faire des tours avec une majorité de Péruviens, venus principalement des grandes villes côtières, et dont le leitmotiv principal semble être le "selfie" (y compris devant des toilettes publiques... véridique). Ces tours destinés aux locaux sont une expérience en soi... On dira que les touristes indigènes ne nous on pas laissé une immense impression de ponctualité (mais on les comprend, il faut bien prendre une vingtaine de selfies devant les toilettes). Au final, cet intermède montagneux s'est avéré plutôt court - à peine deux jours - mais on doit avouer que c'est sans gros regrets, malgré la beauté de la Suisse péruvienne, que nous rallions Trujillo, la côte, la mer et la chaleur. Nous décidons aussi qu'il est temps, après presque un mois au Pérou, de gagner l'Equateur, choix difficile, tant il y aurait encore à faire et à voir ici, mais choix raisonnable, si on ne veut pas connaître nos deux dernières destinations d'Amérique latine en mode voyageur "fast food".

La Cordillère blanche, ses lacs, ses glaciers et ses fleurs surprenantes 

Nous profitons de notre bref séjour à Trujillo pour aller observer le bel océan, visiter quelques impressionnants complexes de civilisations disparues, les Moche - on présente d'ailleurs nos plus plates excuses à cet ancien peuple millénaire pour les jeux de mots pourris - et les Chimu, et retrouver notre couple de Français préférés pour un moment de partage toujours agréable. Comme souvent, des sentiments ambilvalents se mêlent au moment de quitter un pays pour en découvrir un autre : un brin de tristesse, un rien d'appréhension, un peu d'excitation et un zeste de joie. Une étape de plus se termine et ce fut une belle étape. Le Pérou mérite bel et bien bien sa réputation... Pays contrasté dans ses paysages maritimes, montagneux et forestiers, dans sa floraison de cultures anciennes encore si présentes dans certaines pratiques et traditions, dans ses terribles inégalités et disparités, dans les rencontres faites ici et là de locaux sympathiques, intéressés, méprisants, accueillants... pays de la croix andine et chrétienne, pays du gamin au visage sale chantant une chanson pour quelques soles et du touriste sirotant son champagne dans son train hors de prix pour le Machu Picchu, pays où le McDo côtoie le vendeur de fruits locaux improbables, pays des volcans sacrés se perdant dans les cieux et des déserts mourant dans les flots de l'océan, pays du car avec siège en cuir inclinable et écran personnel et du collectivo rouillé et encombré, pays du chien errant bavant au regard terne et du roquet fraîchement toiletté aboyant... Bref, incontestablement une contrée à visiter dans ce vaste continent latino-américain. On y reviendra peut-être, qui sait, mais pour l'heure, cap au nord, vers l'Equateur et Guayaquil.

Trujillo, les vastes ruines de Chan Chan, Huanchaco et son ponton, fresques “moche” du temple de la lune
3
mai
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Publié le 16 mai 2019

Avec un petit pincement au cœur, on embarque dans le bus à 5h du matin qui doit nous emmener à Cusco. La journée fait défiler des paysages, que nous avons en partie déjà vus en allant au canyon de Colca. Nous découvrons Cusco, après 12h à cahoter sur les routes péruviennes. Dans la pénombre, elle nous semble peu accueillante. Le lendemain, nous descendons du flanc de colline où notre auberge est située pour flâner dans les belles ruelles. Les rayons de soleil opéré leur magie et la beauté de Cusco se dévoile. Les traces incas, comme les murs de pierres parfaitement imbriquées, côtoient les hauts symboles de notre société capitaliste ainsi que des vestiges coloniaux. Ce méli-mélo ne manque pas de charme, malgré les flots de touristes et les incessantes invitations à faire un massage ou à acheter un tour au Machu Picchu.

Plaza de armas à Cusco
Quartier de San Blas à Cusco

Un départ pour la fameuse vallée sacrée nous permet de nous lever à nouveau très tôt (quel plaisir!). Nous avons décidé de prendre le bus et de marcher les derniers 10 km du trajet afin d’alléger quelque peu notre budget. En effet, les derniers kilomètres ne sont accessibles qu’en train et comme toute entreprise qui détient un monopole, les prix sont exorbitants. On s’évite une centaine de dollars de dépense chacun et préfère la solution à une dizaine de francs. Grave erreur... le trajet de bus est chaotique, avec une heure de route à flanc de montagne, au bord de précipices vertigineux, dans un bus qui n’est plus de la première fraîcheur (l’arrêt en pleine côte pour réparer quelque chose à l’arrière, le confirme). Bienheureux, Tiago dort la majorité de ce trajet et me laisse donc tout le loisir de me ronger les sangs. La sympathique marche qui devait suivre se transforme elle aussi en début de cauchemar, avec une pluie fine et pénétrante, un chemin mal entretenu et qui parfois nous fait traverser des rails à côté de panneaux nous demandant explicitement de rester loin de la voie de chemin de fer. Ce chemin de croix se fait néanmoins dans un cadre sublime même si la vue du village d’Aguas Calientes, au détour d’un virage, nous apporte un grand soulagement. Soulagement sublimé par une vraie douche chaude (vous n’imaginez pas à quel point c’est une rareté ici) et un repas cher mais goûteux. Ces quelques maisons sont la dernière étape avant le Machu Picchu, que nous allons découvrir le lendemain. Le réveil sonne tôt pour nous mettre en route en direction de la citadelle.

Voyageurs humides sur la route d’Aguas Calientes

Malgré les tentatives incessantes pour nous faire dépenser de l’argent, la difficulté du trajet, le manque de sommeil et le froid, nous restons béats devant ces pierres. Situés sur une crête, les vestiges de l’époque inca montrent un quotidien rythmé par l’agriculture, les croyances et la rudesse de la vie. Le soleil brille, comme pour rendre la vue d’autant plus parfaite.

Machu Picchu 
Machu Picchu : terrasses cultivables, montagne du Wayna Picchu 

Notre voyage de retour, en train cette fois-ci, est bien plus calme. Une halte à Ollantaytambo (à vos souhaits!), petit village construit à l’époque inca et peu transformé par les Espagnols, nous fait l’effet d’une petite douceur réconfortante. Nous dormons chez l’habitant, dans un B&B que nous partageons avec un chat et quelques chiens.

Ruines incas au-dessus d’Ollantaytambo
Ruelles villageoises à Ollantaytambo 

Nous rentrons à Cusco en taxi privé, par un concours de chance et non de malchance cette fois! Nous sympathisons avec le chauffeur qui nous parle de corruption politique, de football péruvien, de sa famille et de son ancien travail à la mine. Nous croisons des enfants, non scolarisés, qui chantent pour se faire trois sous. Comme en Bolivie, la pauvreté est bien présente et la misère est visible de tous. La différence réside dans l’immense disparité. Nous nous demandons où va l’argent donné pour le Machu Picchu et comment font les gens pour vivre dans le manque tout en voyant quotidiennement des hordes de touristes, poches rebondies venir dans leur vallée. Lorsque l’on pense que le trajet en train aller-retour coûte l’équivalent du salaire mensuel moyen au Pérou, il est normal de se questionner.

Vous vous dites peut-être que c’est notre fibre politique à la rose qui donne ce filtre à notre regard. C’est probablement le cas, mais il me semble impossible de passer à côté de cet aspect de la société. Nous ne voulons pas trouver nos repères européens en voyage, nous voulons découvrir de la manière la plus authentique possible une culture, un pays, un mode de vie. C’est pourquoi, parfois, nous nous sentons décalés par rapport à “la horde”. Véritable flot humain mi coca-cola, mi guimauve, le tourisme est impressionnant au Pérou. Les clichés de gros Américains qui carburent au soda, d’Allemands qui négocient le moindre sous, de Français qui se plaignent en français, d’Anglais complètement saoule à chaque occasion, ne sont pas souvent démentis. Certains se transforment même en porte-souvenir: poncho, chapeau, parures de pacotille qui sont comme un immense signal lumineux : attention touriste prêt à dépenser de l’argent pour n’importe quoi! Nous faisons également partie de ces visiteurs temporaires et ne pouvons nous targuer de connaître toute la culture péruvienne. C’est bien la raison pour laquelle nous nous permettons de nous moquer d’eux avec douceur (et avec un brin d’autodérision).

Puis est venu le moment tant attendu. Un mois que nous en parlons, que le rendez-vous est pris. LA raclette de Cusco. Nos Havrais voyageurs, devenus chers à nos cœurs, nous retrouvent pour déguster le fromage fondu, la charcuterie et les petits cornichons, le tout arrosé d’un blanc péruvien. Petit bonheur, petite douceur et grand plaisir partagé.

Raclette party en bonne compagnie à Cusco 

Nous continuons notre séjour en visitant ruines incas (dont un calendrier solaire d’une précision époustouflante), en buvant des petits cafés (ou des piscos) avec les copains et nous finissions en beauté en partant à 3h du matin pour les montagnes multicolores. Une ascension dans la douleur, les poumons en feu et les mollets meurtris nous mènent, tous les quatre au sommet d’une “petite” montagne à 5040 m. La vue à 360 degrés est d’une beauté époustouflante. La peine ressentie au réveil et lors de la montée est largement compensée par les paysages découverts.

Vue sur Cusco, mur de pierres monumentales parfaitement imbriquées (non, Tiago n’est pas devenu un nain...) 
Rainbow Mountain ou montaña Winikunka  

Un dernier café avant de partir prendre le bus qui en 24 heures va nous mener sur la côte. Nous nous réjouissons des températures plus douces, de retrouver l’océan et de respirer plus librement qu’en altitude. Ce n’est pas encore un au revoir aux Andes, car sans vouloir vous spoiler la suite, nous allons les revoir!

26
avr
26
avr

Après un séjour particulièrement marquant et fort en émotions contrastées en Bolivie, nous entrons au Pérou le long du lac Titicaca pour parvenir à la ville de Puno. Le Pérou fait partie de ces destinations qui nourrissent individuellement et collectivement fantasmes et rêveries. Berceau d’une des civilisations les plus mémorables et les plus dramatiquement liées à l’histoire de l’Amérique du Sud, le Pérou est synonyme de ruines mystérieuses perchées sur les sommets andins, de carrefour de cultures amérindiennes et latine, de syncrétisme religieux empreint de mysticisme et de ferveur, de richesse culinaire... bref, une espèce de condensé du continent sud-américain qui justifie, du moins dans nos têtes, ce statut de destination touristique parmi les favorites de nos pays occidentaux. C’est donc à la rencontre de tout cet imaginaire, dans lequel nous avons baigné également, que nous partons le jour de mon anniversaire.

Passage de frontière crépusculaire, cumpleaños et Puno 

Le contraste avec la Bolivie est saisissant et abrupt, à peine la frontière passée. On se sent d’abord soulagés. A Puno, on retrouve un peu des indices qui nous rassurent par rapport à la si dépaysante et troublante Bolivie. Les taxis ne sont plus des véhicules antédiluviens aux pneus usés et à la carrosserie rouillée, des restaurants et des cafés aux menus et à l’esthétique plus proches de nos habitudes égrainent les rues et la place principale, les ruelles sablonneuses aux trottoirs inexistants laissent leur place à des artères goudronnées à la signalisation automatisée... pourtant, on va vite deviner que le contraste est aussi ailleurs. Ici, dans la rue, on nous adresse sans cesse la parole en anglais (ce qui nous agace toujours un peu), essayant de nous alpaguer pour nous attirer dans tel restaurant douteux, pour faire tel tour organisé sur le Titicaca, pour nous vendre telle ou telle breloque d’artisanat local (made in China parfois). On sent clairement qu’un des pôles économiques du pays, en tout cas dans certaines régions, est bel et bien le tourisme.

Scènes de vie sur l’île Taquile 

Si les Péruviens nous paraissent globalement plus sympathiques et moins rudes que les Boliviens, il est souvent difficile de savoir où est la frontière entre ce qui relève de la sincérité et du pur pragmatisme commercial ciblant nous autres “gringos”. Évidemment, on ne s’y trompe pas quand un vendeur de rue nous interpelle d’un tonitruant “amigo” en essayant de nous taper dans les mains (que je déteste cette proximité surfaite). Mais, malgré ce mercantilisme touristique qui nous donne l’impression de nous trouver soudainement sur Las Ramblas à Barcelone, à Montmartre à Paris ou sur la Place du Commerce à Lisbonne (qui dit globalisation, dit triste uniformisation des pratiques économiques et sociales), impossible, à d’autres moments, de ne pas être sensible à quelques gestes et sourires qui nous paraissent spontanés et désintéressés, empreints d’une générosité sincère.

Uros 

Nos premiers jours au Pérou nous permettent d’expérimenter assez rapidement les conséquences du tourisme de masse sur certains lieux. Lorsque j’évoquais les fantasmes et les rêveries liées à cette destination, nous sommes nombreux à avoir vu (par écran interposé) ou du moins entendu parler des Uros et de leurs îles flottantes en joncs, de leur traditions surgies d’un autre temps... il faut dire que les documentaires télévisés entretiennent le mythe d’une communauté isolée, maintenant des valeurs à des lieues de nos sociétés capitalistes. La réalité est malheureusement différente. Des cohortes de bateaux remplis de touristes partent pour ces îles chaque jour. Une fois sur place, une visite millimétrée suit, durant laquelle on présente traditions et savoir-faire des Uros, on nous chante des chansons en aymara - leur langue - (mais aussi en espagnol et... en anglais!), on nous vend des produits d’artisanat “local” (comment savoir?) et on nous pousse à coup de “vengan comigo amigos” à faire un dernier tour en bateau traditionnel (facturé 10 soles par personne après coup). Des dizaines de barques se promènent entre les îles, remplies de gringos. Au loin, sur une des ces embarcations, des touristes francophones enlacent une femme uros en chantant “il était un petit navire”. On se regarde avec Jess et nos yeux incrédules crient un terrible sentiment de malaise... que fait-on dans ce véritable zoo humain, dans lequel des occidentaux portant un t-shirt “I love Peru” sur lequel repose un appareil photo multiobjectif flambant neuf, sourient, ébahis, et mitraillent des “souvenirs”, convaincus de la profonde authenticité d’une telle expérience? Nous sommes pourtant là, un peu tristes face à ce Disneyland humain, dans lequel on entretient à foison le mythe du bon sauvage. D’un autre côté, on sent bien que sans le tourisme ces communautés n’y arriveraient plus, devraient se réinventer ou disparaître. Que faire face à ce dilemme?

Un fois les touristes partis, la vie authentique reprend... ici, un match de foot sur une île flottante. 

Ces questions semblent à des années-lumière de certains touristes, venus ici pour consommer sur quelques jours de l’exotisme, trouver de jolis décors photographiques pour leur personne et se vanter d’une incroyable expérience empreinte d’authenticité une fois rentrés, le tout parfois teinté d’un nombrilisme gorgé de suffisance (ah, ces gens qui s’adressent uniquement en anglais à de petites vendeuses de bibelots ne parlant que quechua et un peu espagnol dans un patelin andin reculé) voire de malveillance perverse (je pense aux gens qui prennent discrètement en photo une dame en costume traditionnel et son bébé lama pour ne pas avoir à lui donner 1 sol, soit environ 30 centimes, pour la photo). La Bolivie, par sa pauvreté, son manque d’infrastructures, son contraste social et culturel, par le fait qu’elle ne fait pas du touriste son précieux et rentable nombril, est une destination plus exigeante et confrontante et s’inscrit souvent dans un voyage plus global. Il en résulte que la philosophie du voyageur y est différente, moins empreinte de ce qu’on pourrait qualifier de consumérisme touristique. Il en va, malheureusement, tout autrement au Pérou, mais il faut s’y faire ou sortir des sentiers battus, ce qui est parfois difficile, tant les infrastructures divergent entre un lieu touristique et un endroit qui l’est moins.

Volcans actifs sur la route de Colca, à 5000 m. 
Le canyon de Colca 
 Vol de condor sur le canyon de Colca 

Vous me direz que je dresse un portrait bien sombre du Pérou... mais loin de moi l’idée de ne pas relever les atouts et le charme de ce pays. Après tout, cet Etat andin n’a pas gagné sa réputation touristique pour rien et nos premiers jours nous permettent de le constater. Entre le Titicaca, lac immense et majestueux parsemé d’îles sur lesquelles se maintiennent - et de façon plus authentique qu’aux Uros - des traditions séculaires, le canyon de Colca, l’un des plus profonds au monde, survolé par les condors qui surplombent des cultures en terrasses millénaires et les paysages de volcans actifs laissant échapper d’inquiétantes fumées, le sud du Pérou a de quoi nous impressionner et nous émerveiller.

Crépuscule sur Arequipa 
Couvent de Santa Catalina à Arequipa

Et puis il y a Arequipa, la ville blanche, qui a su, peut-être plus que toute autre ville en Amérique du Sud, nous séduire. Allez savoir pourquoi... elle est pourtant plutôt touristique, mais c’est comme si le phénomène se diluait dans l’ensemble de la ville. Souvent ensoleillée (microclimat local oblige), entourée de volcans majestueux (dont le cône parfait et enneigé du Misti à une... quinzaine de km), Arequipa a constitué une belle bouffée d’air frais dans notre voyage. C’est ce lieu à la fois rassurant et exotique dans lequel on trouve quelques repaires qui nous plaisent : petits cafés aux terrasses charmantes, gastronomie riche satisfaisant à la fois les palais audacieux (cochon d’Inde et bière de maïs violet, ça vous dit?) et nostalgiques (on s’est enfin gavés de bonnes pâtes!), magasins d’artisanat dans des cours intérieures aux colonnades magnifiques... Arequipa, c’est un patrimoine culturel impressionnant : couvent démesuré et multicolore, églises empreintes d’un subtil syncrétisme, architecture coloniale omniprésente, musées d’art et cultures précolombiennes, universités. Bref, si on y rajoute des éléments aussi divers et charmeurs que les belles rues pavées, la place centrale bordée d’arcades et de palmiers, les bières artisanales, le bon café, le vaste marché, vous avez le cocktail qui pourrait bien nous faire dire : “on pourrait y vivre”.

Arequipa, expériences architecturales et culinaires...

C’est donc à contrecœur, après une bonne semaine au Pérou, que nous quittons la belle ville blanche pour gagner un peu plus les Andes et la prometteuse Cusco, ses mystères et sa richesse, porte d’entrée vers le Machu Picchu et la Vallée Sacrée... comme vous voyez, on n’en a pas fini avec les belles découvertes et... le tourisme de masse, mais tout ceci est une autre histoire.

Le Misti, dominant Arequipa et qui nous fait l’honneur de sa présence pour nos trois ans de mariage... 
16
avr
16
avr
Publié le 28 avril 2019

Juchée à 4070m d’altitude, Potosí forme une cuvette face au Cerro Rico. Cette montagne, crevassée de toutes parts est la fierté de la ville. Les mines y existent encore, bien que l’extraction d’argent ait cessé. L’atmosphère renvoie une impression de vie à la dure: peu d’oxygène, surexploitation minière, coupée du reste du monde, fraîcheur des montagnes. Notre taxi prend au passage un ami à lui, en uniforme de chauffeur de bus, qui semble avoir bu l’alcool fort local (98%...) et qui cherche à entrer en contact avec nous. Heureusement, les vapeurs avinées n’ont pas atteint notre chauffeur qui nous dépose devant notre auberge. Nous pensons à notre guide à Uyuni qui nous a parlé des problèmes de dépendance à l’alcool qui ravagent son pays. Cela participe à ce que l’on soit moyennement à l‘aise dans les transports.

La tour de la Compagnie de Jésus et le Cerro Rico

Passée cette première impression, nous découvrons une ville qui a quelque chose de chaleureux avec ses dizaines de jeunes qui se bousculent à la sortie des écoles et sur les rues pavées.

C’est la douce Sucre qui nous attend ensuite. Les mots d’ordre sont repos, petits cafés (ou “excellent” vin bolivien) avec les copains du Havre rencontrés à Tupiza. On passe nos journées à défaire et refaire le monde et le voyage. A un rythme tout doux, on découvre des coutumes locales étonnantes tout en goûtant toutes les spécialités des restaurants touristiques afin de reposer nos systèmes digestifs malmenés en Bolivie.

Vue sur Sucre 
Câblage bolivien et vue depuis les hauteurs de Sucre 

Les fêtes de Pâques débutent dans ce pays profondément catholique et nous assistons à une procession le Vendredi Saint, qui laisse une drôle d’impression, entre la sensation d’avoir surpris un convoi funéraire et celle (légèrement dissonante) de voir les fanfares de la ville. Un mélange de coutumes ancestrales, de religion, de modernité et d’un peu de folie.

Procession et cathédrale  

On se laisse surprendre par ce pays, qui ne laisse que peu de repos à l’esprit. Malgré la belle ambiance de Sucre, nous peinons à baisser la vigilance. La misère matérielle est très présente et c’est difficile de passer à côté d’enfants ou de grand-mères qui mendient ou vendent de petits objets. On a beau laisser une pièce, la sensation de décalage et d’injustice reste. On ne peut s’acheter une conscience et les visages défilent devant nos yeux.

C’est sous un orage que nous partons pour la gare routière. Nous commençons à avoir nos habitudes avec les bus, mais Madame Bolivie parvient encore à nous surprendre. Il règne dans cette gare une telle désorganisation, cacophonie (ici les billets se vendent à la criée), d’absurdités et mélanges de couleurs chamarrées que nous restons sans rien dire à observer ces mouvements, avant de filer dans le bus „El Dorado“ pour y passer la nuit. On se croit parfois perdus dans un film de Tim Burton, où l’absurde côtoie la réalité.

 Gare routière de Sucre
Obsession des dinosaures à Sucre, réunion francophone  

Au moment où je rédige cet article, Tiago m’annonce que la même nuit où nous avons pris le bus, un grave accident est arrivé au nord de la Paz. Nous ne pouvons que faire le lien avec le trajet que nous avons vécu (heureusement sans encombres) et cette peur qui persiste ici en Bolivie. Rien ne semble vraiment sûr. Les règles sont moins établies ici, pour le meilleur et pour le pire.

La Paz nous faisait peu envie sur le papier, mais une fois entrés dans ce tourbillon, nous avons appris à apprécier les hauteurs accessibles en télécabine, le mélange de tradition et de modernité avec ses cholitas omniprésentes et ses ruelles colorées. Marché aux sorcières, cathédrale, spectacles de rue, manifestations bruyantes de mineurs, milliers de lumières à flan de montagnes font le charme de cette capitale (l’autre étant Sucré). On y recroise nos Havrais préférés et nous reprenons la route pour le Lac Titicaca.

Rues de la Paz 
La Paz qui déborde, les bus vintage 
La Paz de nuit, palais présidentiel et quartier des hauteurs

Copacabana nous berce avec une petite pointe de nostalgie (ah notre lac Léman!). Soleil étincelant, île pentue, tarte meringuée, orages nocturnes et puis la Bolivie c’est fini... Ciao les douches tièdes, les comedors douteux, le vin couleur café, les soupes systématiques, les chauffards, les murs en briques nues, les trottoirs pour nains... Ciao aussi les belles cholitas aux longues tresses, les plateaux d’altitude, les couchers de soleil intenses, les générations réunies, le dépaysement constant, les contrastes récurrents, la nature puissante. Je ne te dis pas à bientôt, mais merci.

Port de Copacabana, Cholita et sa mule
Église, vues depuis l’Isla del Sol 

P.S: On a fêté les 32 ans de Tiago pendant 25 heures durant, de Copacabana à Puno au Pérou!

26.04.2019 
9
avr
9
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Publié le 16 avril 2019

Bolivie, premières impressions... un pont sépare La Quiaca, en Argentine, de Villazón, en Bolivie. Les formalités argentines passées, nous franchissons le pont sous lequel coule un ruisseau pollué dont le nom, Rio Grande, prend des teintes ironiques. Il y a toujours un brin d’excitation mêlée d’appréhension à passer ces frontières sud-américaines... le pont est derrière nous et aucun signe de contrôle à la douane bolivienne. On s’avance timidement, on n’ose croire qu’on est en Bolivie. C’est trop facile. En bons petits Suisses on revient sur nos pas jusqu’au poste frontière bolivien... un douanier affalé sur un vétuste comptoir nous fait signe de circuler sans nous jeter un regard. Incrédules, on met quelques minutes à réaliser que le visa pour notre nouvelle destination nous a été attribué par les Argentins... Bolivie, premières impressions... tout un symbole.

Eau minérale et papier WC, les alliés indispensables en Bolivie / un taxi local... tout un symbole

Je crois sans trahir Jessica qu’on peut parler de choc en arrivant dans un des pays les plus pauvres d’Amerique latine. Ne le cachons pas, il y avait un peu d’appréhension avant d’y entrer. La faute aux guides (je parle ici des livres) qui incitent à la prudence dans ces contrées. La faute aussi à notre accoutumance à ce petit confort occidental dont on peine tant à se départir. On est sur nos gardes... nos premiers jours nous permettent tant bien que mal d’encaisser le choc. Rues chaotiques, routes ressemblant à des pistes dignes d’un safari, immeubles inachevés omniprésents, meutes de chiens errants (plus nombreux encore qu’en Argentine et au Chili), enfants au visage sale et aux habits usés travaillant à de pénibles tâches, minibus antédiluvien au pare-brise constellé de fissures inquiétantes, vieillards édentés chiquant la coca... tout ici contraste avec notre Suisse propre et, osons le dire, aseptisée, et c’est déstabilisant.

Tupiza et ses environs 

Les premiers jours à Tupiza, après un trajet en minibus traumatisant (mais pourquoi le fou du volant qui nous servait de chauffeur se signait-il à chaque virage?), ne nous rassurent pas vraiment et nous sommes pleins d’interrogations. Pourquoi n’y a-t-il pas de cafés ou de terrasses où boire un verre ? Va-t-on pouvoir retirer facilement des devises ? Où manger sans risquer la “tourista” du siècle ? À quelle agence faire confiance pour gagner Uyuni ? Comment va-t-on encaisser ce séjour bolivien à 3000 m ou plus ? Heureusement, on a su dépasser nos angoisses. En atterrissant en douceur, on a pu atténuer nos doutes et concevoir le plus sereinement possible la suite de notre séjour bolivien. On a aussi pu faire, sur ces quelques jours, les quelques rencontres et expériences qui nous on donné l’élan nécessaire pour avancer. Les Boliviens, s’ils restent assez difficiles à cerner, alternant une indifférence blasée et une extrême gentillesse un peu béate, n’en restent pas moins globalement plutôt amicaux et serviables, ce qui nous a permis aussi de gagner en confiance pour la suite. Bref, on a eu quelques jours salutaires pour nous immerger dans le bain à la fois riche et chaotique qu’est la Bolivie.

Paysages de l’altiplano bolivien 
Paysages volcaniques de l’altiplano  
La Laguna Colorada et ses flamants roses
Roches improbables et lamas fleuris 

Que dire des jours suivants ? Que dire des quatre jours et trois nuits de voyage qui nous ont menés de Tupiza à Uyuni ? C’est certes l’un des trajets les plus touristiques du pays, mais n’est-ce pas à juste titre ? L’expérience nous rappelle celle que l’on a pu vivre au sud de l’Australie. Road trip à travers des étendues immenses, logement sommaire dans des hameaux isolés, plats locaux insolites servis dans des cambouis improbables, rencontres inoubliables, moments de rires et de doutes, instants d’extase face à des paysages irréels, silence indescriptible figeant les couleurs de cet autre monde dans la mémoire, mers de sel aux reflets éthérés, fatigue du corps heureux de se sentir sollicité dans un cadre pareil, repos pour l’esprit qui vagabonde au grès des cahotements du 4x4 et des sinueuses avancées d’une route paraissant infinie entre les pics rougeoyants, regards complices, souvenirs qui émergent de nos précédentes aventures, légendes séculaires surgies du passé d’un peuple meurtri et empreint de sagesse... et quelques photos pour partager un peu avec vous quelques instants figés de ce bouillonnement d’émotions et de vie. D’ores et déjà, merci Bolivie ! Tu gagnes à être découverte. Vivement la suite !

Aurore au Salar d’Uyuni 
Le désert blanc d’Uyuni et ses hébergements en... sel
Jeux de perspective et de reflets sur le salar 
2
avr

Il m’a fallu un peu de temps pour prendre le courage d’écrire. Quelques aventures fortes en émotions ont ponctué cette dernière semaine. Le voyage a le don de donner envie de rentrer à la maison, tout comme celui d’avoir envie d’un voyage perpétuel. Parfois, c’est même les objets de la maison qui me manquent. J’ai envie d’avoir mes repères, mes petite habitudes à Corsier qui reprennent. Le marché le samedi, ma tasse de thé le soir, mon lit avec mon chat, mes chaussures (pas trouées pour le coup)... quand j’imagine parfois le retour en Suisse, je m’en réjouis. J’imagine apprécier ce confort d’autant plus qu’il m’aura manqué.

Pourquoi cette phase? Et bien probablement un mélange d’émotions provoquées par le moment venu de dire au revoir au Chili et surtout à l’Argentine, doux pays de mes rêves latino-américains.

Le départ de la morne Salta pour rejoindre San Pedro de Atacama est agité par des problèmes de cartes de crédit et d’interlocutrice peu compréhensive, le tout très tôt le matin. Une centaine de minutes passées au téléphone, entrecoupées de longues heures sans réseau téléphonique entre l’Argentine et le Chili. Le col de Jama, nous fait sortir de la brume pour culminer à près de 4800 m. La vue est irréelle. Flamants roses, lacs salés, plaines jaunes, volcans et une seule route droite, comme vers l’infini. Le souffle court, on remonte dans le bus après le passage de la frontière. Heureusement, une centrale de gestion administrative performante nous soutient depuis la Suisse (merci à mes parents et Robin) et nous parvenons en partie à régler nos histoires pour nous concentrer à nouveau sur le voyage.

Sur la route  

Plusieurs jours à San Pedro de Atacama nous mènent sur la lune, sur mars, près de lagunes vertes ou bleutées, de volcans qui crapotent, de geysers vaporeux, de montagnes arc-en-ciel et un peu plus près du soleil. Petits challenges physiques contre grandes étendues de beauté brute.

Lagune Putana  
Lagunas altiplanicas, vigognes, la route  
Réserve nationale des flamants roses  
Valle Arcoíris  
Valle de Martes
Valle de la Luna 
Geysers del Tatio  
Lagunas altiplanicas  
Bébé lama, église d’altitude  

Un restaurant, où nous allons, retournons, revenons... quel bonheur!

Et puis, après nous être attardés un peu plus que prévu, car la douceur de vivre était si agréable, nous repartons pour rejoindre ma bien-aimée Argentine. Un trajet époustouflant encore une fois, mais l’esprit plus tranquille nous permet d’en profiter pleinement.

Puis nous prenons un petit bus local, sale et désorganisé pour aller à Tilcara dans la Quebrada de Humahuaca. Les villages semblent plus pauvres, plus sales, plus désorganisés. On ne reconnaît presque pas le pays. Les gens sont plus typés andins, les rues recouvertes d’une petite couche de poussière de sable. On est comme un peu désorientés. On se balade entre les cactus, les montagnes rouges et on prend le temps de digérer la fin de cette première étape latino-américaine.

Tilcara 

Un peu de nostalgie déjà... La Buena Onda : vin subtil, cuisine riche, ouverture et culture des gens... Un véritable coup de cœur. C’est-à-dire que mon cœur s’est emballé pour ce pays et qu’au moment de dire au revoir, il rate un battement.

C’est parti pour la Bolivie, contrée mystérieuse juchée sur les Andes. Un peu d’appréhension à entrer dans ce pays qui semble très différent, plus éloigné que tous les autres de la « vie européenne ». Il faut une fois de plus faire un pas de côté, hors de ma zone de confort. Je vous laisse là, sur le pont entre la douane argentine et bolivienne, entre La Quiaca et Villazón

25
mars
25
mars
Publié le 6 avril 2019

On a parfois un peu moins envie d’écrire. Peut-être parce qu’une étape du voyage nous inspire moins, peut-être parce qu’on est accaparés par le quotidien de nos péripéties en Amérique du Sud. Ou simplement un manque d’envie... J’aurai en tout cas bien repoussé la rédaction liée à cette étape du voyage, achevée il y a presque une semaine et débutée bien avant. L’exercice ne sera pas forcément évident car il demande un effort à ma mémoire très sélective, mais je vais m’y prêter tout de même.

Je commencerai par vous dire que j’ai officiellement de la chance aux jeux de hasard. Moi qui n’ai quasiment jamais gagné au tribolo ou au loto (à part quand il regroupait quatre participants à la fête de la gym de Chernex), j’ai gagné au bingo! Et plutôt deux fois qu’une! Durant deux trajets en bus de nuit (Rosario-Mendoza et quelques jours après Mendoza-San Miguel de Tucuman), soit deux victoires tonitruantes. Rien que pour ça, ce voyage en vaut la peine (et je ne vous parle pas des fooooormidables prix gagnés). Vous vous dites que je fabule... après tout, on n’organise pas de concours dans les bus TL. Mais c’est oublier qu’ici le bus est LE moyen de transport par excellence, dans des pays qui ont totalement délaissé le rail et dont la plupart des habitants trouvent les billets d’avion encore trop chers.

Les gares routières ont parfois des dizaines et des dizaines de quais d’embarquement qui voient défiler les bus à deux étages. Une centaine de compagnies se livrent une guerre sans merci pour transporter les gens à travers l’Argentine, et, vu la taille du pays, les trajets sont parfois plutôt longs. Il faut dire qu’à notre grande surprise les bus de nuit sont plutôt confortables et nous font tout de suite penser à l’avion (l’angoisse en moins pour ceux qui me connaissent): hôtesses, repas chauds, films, sièges inclinables à 160 degrés, couverture et coussin... tout est fait pour rendre ces longs voyages le moins pénible possible (notamment avec des concours... yes, j’ai gagné). Ne nous voilons toutefois pas la face. Une nuit dans n’importe quel moyen de transport ne vaut pas un vrai lit. Et puis l’inconvénient des bus de nuit, c’est qu’ils arrivent très tôt à destination... et on dira qu’il y a plus passionnant que le fait de déambuler dans les rues de Rosario où Mendoza à 7h00 du matin. Ces deux grandes villes nous ont pourtant laissé, après quelques jours en leur sein, une impression plutôt agréable.

Rosario, ses monuments et ses... manifs 

Rosario, ville animée et agitée côtoyant le serein et immense fleuve Paraná, est bouillonnante de vie. Les deux jours dans cette grande cité peu touristique nous ont permis de nous immerger réellement dans le quotidien des Argentins. Ici, pas de restaurants touristiques aux plats sophistiqués et/ou européens, mais de grandes tavernes et brasseries proposant quelques plats du jour. Ici, les manifestants remplacent les flots de touristes. On écoute le match de foot avec le chauffeur de taxi, on observe un groupe de jeunes qui boivent du maté le long du fleuve après les cours à la fac, on mange un choripan acheté à la roulotte du coin, on parle politique avec un retraité... c’est authentique et ça fait du bien. On commence vraiment à bien apprécier les Argentins et leur manière de vivre. Il faut dire que derrière des airs parfois un peu froids et fiers, les habitants de ce vaste pays se soucient beaucoup de ce qu’on pense d’eux et de laisser une bonne image auprès des visiteurs, plusieurs Argentins nous ayant demandé, à divers endroits, si leurs compatriotes étaient agréables avec nous. Le fait de parler (ou de tenter de parler espagnol, mais on s’en sort vraiment de mieux en mieux) est d’ailleurs très apprécié par nos interlocuteurs.

Expériences avant tout gustatives à Mendoza 
Découverte des Andes argentines et de l’Aconcagua 

Que dire de l’autre grande ville visitée? On retiendra de Mendoza ses larges avenues boisées, ses grandes places, ses sympathiques bars et restaurants et bien sûr, ses caves, la région produisant 85% du vin national. D’ailleurs, au risque de froisser mes amis suisses - qui se rassureront en se disant avec raison que je n’y connais pas grand chose -, nous avons eu l’occasion de boire d’excellents vins en Argentine et à des prix qui n’ont évidemment rien à voir avec ceux que l’on pratique dans nos contrées. Et il faut dire qu’il y a un certain plaisir à déguster un bon malbec avec vue sur les contreforts des Andes. Andes dans lesquelles nous nous sommes engouffrés pour découvrir le roi des lieux, le majestueux Aconcagua, plus haut sommet d’Amérique avec ses 6962 mètres. Et voir ce géant se mérite, puisque l’on doit prendre une longue route sinueuse depuis Mendoza, à travers des paysages andins spectaculaires, mais éprouvants pour notre organisme d’habitants des plaines (nous sommes allés à presque 4000 mètres pour observer l’Aconcagua).

Cafayate : beaux paysages, beaux bâtiments, belle nourriture 

Toutefois, dans cette longue étape, ponctuée de bus et de grandes villes, qui nous a menés de Rosario à Salta, rien ne m’a plus marqué que la petite ville de Cafayate, destination choisie au dernier moment (une fois de plus, vive la liberté). Atmosphère tranquille et reposante d’une petite ville de province dans un cadre andin époustouflant, terrasses tantôt ombragées par les arbres de la place principale, tantôt baignées de lumière par un soleil généreux... tout est fait pour qu’on s’y plaise. Le trajet pour s’y rendre depuis Tucumán est un spectacle en soi, qui voit notre bus monter lentement à travers la jungle jusqu’à plus de 3000 mètres pour redescendre ensuite dans une vallée semi-aride remplie de hauts cactus et laissant deviner ici et là de minuscules villages aux maisons en adobe. Et que dire alors de la Quebrada de las Conchas, long défilé aux montagnes et dômes géologiques aux formes surnaturelles et aux teintes multicolores qui relie Cafayate et Salta. Aucun texte et aucune photographie ne sauraient rendre l’émerveillement des sens que provoque ce spectacle. Je me souviens alors avoir dit à Jess : « c’est exactement ce genre de paysages que j’espérais pouvoir découvrir en Amérique du Sud ». A l’heure où j’écris ce texte (une semaine plus tard, depuis San Pedro de Atacama au Chili), je sais que ce n’était que le début de mon émerveillement face à la beauté et à la foisonnante richesse naturelle des Andes. Mais ceci est bien évidemment une autre histoire que Jess vous contera très prochainement... si elle est moins paresseuse que moi.

La Quebrada de las Conchas
Panorama de la Quebrada de las Conchas 
Le début d’une histoire d’amour? Restera-t-il avec Jess? 😉

PS : n’oubliez pas notre petit quizz, histoire qu’on ait pas à déterminer le vainqueur entre deux participants ;-)

28
mars
28
mars
Publié le 2 avril 2019

Nous y voilà, sur les 184 jours de voyage, du 26 décembre au 27 juin, nous avons atteint et dépassé le 92e jour de périple. Symboliquement, ce n’est évidemment pas rien... on se plonge un peu sur ces trois derniers mois. On regarde nos photos, ressasse nos souvenirs. Mais loin de vouloir sombrer dans le pathos, on se dit que c’est peut-être l’occasion de partager avec vous le vécu de ces trois derniers mois de façon plutôt amusante que mélancolique.

Comme on est dans un énième long trajet de bus en Argentine et que la monotonie momentanée des paysages incite plutôt à trouver quelques stratagèmes pour combler l’ennui, on a décidé de vous soumettre un petit quizz sur cette première tranche de voyage. Celle où celui qui aura donné le plus de bonnes réponses gagnera un cadeau surprise (ça fait comme si on savait déjà quoi offrir alors qu’on n’en sait rien, mais ça sera bien, ne vous en faites pas) à notre retour en Suisse (on ne va pas vous envoyer un colis alors qu’on est pas fichus de réussir à le faire pour nos propres affaires).

Mettez vos réponses en commentaire sous la forme suivante, en séparant chaque question par une barre oblique ou un retour à la ligne (merci à Tiago pour ces lubies de prof...):

  • Si c’est un choix multiple —> numéro de question + lettre (ex: 4, c)
  • Si c’est un vrai ou faux —> numéro de question + v ou f (ex: 8, f)

Toute documentation est autorisée et vous avez jusqu’au 10 avril à minuit pour répondre (mais c’est pas possible ces réflexes de prof...).

¿Listos? ¡Vamos! (Les réponses en espagnol n’ont pas de points bonus...)


1 - Quel repas suisse nous manque le plus?

A) la fondue B) le papet C) la raclette


2 - Quelle espèce de baleine avons-nous vue en NZ?

A) le rorqual commun B) le cachalot C) la baleine à bosses


3 - Jessica a envoyé une postulation depuis Melbourne.

Vrai ou Faux


4 - Quand la planète a-t-elle fêté en liesse les trois mois de la barbe de Tiago?

A) Le 21 mars B) le 26 mars C) Jamais, une barbe de trois mois, c’est impossible


5 - Sur combien de pays avons-nous posé les pieds jusqu’à présent durant ce voyage (la Suisse ne compte pas)?

A) Six B) Quatre C) Un, car je suis citoyen du monde (lolilol)


6 - Quelqu’un a cru que nous étions frère et sœur.

Vrai ou Faux


7 - Quelle température maximale avons-nous dû subir jusqu’à présent?

A) 46ºc B) 39ºc C) 32ºc


8 - On nous a demandé si en Suisse la langue principale était l’anglais.

Vrai ou Faux


9 - Lequel de ces objets n’avons-nous pas perdu?

A) Un coussin B) Un cadenas C) Une paire de lunettes de soleil


10 - Les lunettes médicales de Tiago ont fondu à cause du soleil.

Vrai ou Faux


11 - Quel est le nom de notre bien aimé van néo-zélandais?

A) Kenjee B) Kirikoo C) Kiwi


12 - Où avons-nous vu Franz-Josef?

A) Dans un bar de Queenstown (un sacré bon type) B) Dans un parc naturel en NZ (il fait froid dans le dos) C) Dans un enclos (c’est le surnom donné à un kiwi)


13 - Sommes-nous allés à Santiago avec ou sans Tiago?

A) Sans B) Avec C) Obiwan Kenobi


14 - En allant voir l’Aconcagua, nous avons ressenti...

A) Le malbec (trop bu de vin à Mendoza) B) Le mal des montagnes (4000 m quand même) C) Rien (“à part l’émotion de l’instant vécu”)


15 - Quelle petite pâtisserie avons-nous découverte en Amérique du Sud pour notre plus grand bonheur?

A) Les choripans B) Les alfajores C) Les empanadas


16 - Que signifie El Perito Moreno?

A) La petite murène B) L’expert Moreno C) Le petit chien châtain


17 - D’après notre guide, quel âge a ce caïman d’environ deux mètres?

A) Environ 10 ans B) Environ 40 ans C) Environ 70 ans


18 - Quel fardeau inutile (car finalement abandonné) a accompagné Tiago durant deux semaines en Argentine?

A) Jess B) Une conserve de fraises C) Un poster du pape François


19 - Qui a le sac le plus lourd sur ces premiers mois?

A) Jess B) Tiago C) Aucun, dans une société parfaitement égalitaire, nous pesons nos sacs avant chaque étape et répartissons les charges au gramme près


20 - Combien de fois avons-nous croisé la route de JD et Céline?

A) Aucune B) Deux C) Trois


21 - À quoi reconnait-on un lieu touristique en Amérique du Sud?

A) Les locaux nous parlent directement en anglais B) Les toilettes sont bouchées par du papier C) Il y a un McDo


22 - Qui est Jerry?

A) Un de nos guides en Australie B) Le surnom du genou gauche de Jess C) Une araignée colocataire dans notre van


23 - Comment Tiago a-t-il obtenu cette bouteille de vin blanc?

A) Il l’a volée dans un restaurant B) Il a gagné au bingo dans un bus de nuit C) Il l’a reçue par envoi postal d’un ami suisse


24 - Qu’est-ce que ce mannequin représente (ou plutôt est censé représenter)?

A) Un chamelier afghan B) E.T. avec un bandage sur la tête C) Un empereur inca


25 - Que se passe-t-il sur cette photo?

A) Jess se fait attaquer par des dingos B) Jess se vautre lamentablement en sandboard C) Jess fait une petite sieste bronzette au calme


26 - Qu’est-ce qu’une “tiagolinade”?

A) C’est l’action de trébucher sur rien B) C’est une blague pas drôle du tout C) C’est un mélange de portugais et d’espagnol qui ne veut rien dire


27 - Où se trouvaient les pires toilettes - heureusement non testées - du voyage?

A) Dans le ferry pour la Tasmanie (sacré mal de mer) B) Sur le Tongariro Crossing (fresque murale) C) A Posadas, en Argentine (problèmes cumulés de visée)


28 - Mais que font-ils?

A) Tiago lave les pieds de Jess pendant qu’elle dort (à cause de l’odeur) B) A bas le patriarcat, Tiago est l’esclave de Jess à présent C) Tiago enlève le sable des pieds de Jess car il est maniaque


29 - Le carpincho est un cochon sauvage que l’on trouve en Argentine.

Vrai ou Faux


30 - Jess et Tiago on demandé un délai afin de remplir leur déclaration d’impôts à leur retour en Suisse. Combien de temps leur a été accordé pour le faire?

A) Trois jours B) Trois semaines C) Trois mois


Have fun!

21
mars

Une longue et lente traversée du nord de l’argentine nous balade de nuit jusqu’à Posadas. Petite ville de province, bordée du fleuve Paraná et du Paraguay. Une auberge un peu miteuse, des repas sautés ou médiocres, tout cela nous laisse un souvenir peu marquant de cette ville-étape.

El bus de noche, vue sur le Paraguay depuis Posadas 

Nous reprenons d’ailleurs très vite le bus pour rejoindre Puerto Iguazú, avec un arrêt à San Ignacio Mini, lieu d’une ancienne mission jésuite. Nous cherchons un endroit pour entreposer nos sacs, le temps d’une visite et débarquons dans un petite office du tourisme, où Michael nous accueille. Il nous parle du parc Esteros del Iberá, immense réserve naturelle de marécages, à 200 km au sud. Nous avions prévu de d’aller à Córdoba et de ne pas trop nous attarder dans le nord. Mais, tout en visitant San Ignacio, on commence à se dire qu’on va délaisser la ville au profit des étangs. Les ruines rouges de la mission jésuite se découpent dans le ciel bleu et l’herbe verte. Elles nous permettent aussi de découvrir quelques bribes de la culture guaraní, peuple autochtone de la province de Misiones.

Ruines de la mission jésuite à San Ignacio  

Et puis c’est l’attente de notre bus au bord de la route. Il n’y a pas d’arrêt de bus, il faut faire signe au chauffeur. Alors on attend et on fait des photos pour s’occuper. On attend, attend, attend et on se demande si le bus va passer... et puis un car arrive et on lui fait signe, avant de découvrir un peu confus que ce n’est pas la bonne compagnie. Le contrôleur descend et après discussion nous annonce que le bus que l’on attend n’existe pas. Alors on monte dans son car pour les 4h de trajet en se demandant comment on a pu nous vendre un billet pour un bus inexistant... A notre arrivée a Puerto Iguazú, tractations diverses, multiples appels et autres joyeusetés en espagnol nous permettent finalement de récupérer la somme dépensée pour le bus fantôme...

Los mochileros

C’est ensuite à nouveau la quête du cash. Comme peu de choses se paient par carte en Argentine, il nous faut nous mêler à la population qui fait la queue pendant 30 min afin de retirer quelques sous. Les montants sont plafonnés, les retraits taxés (10% ça fait mal quand on peut retirer que 50 ou 100 chf à la fois) et parfois les bancomats sont vides. Le genre de petits frais de voyage qui n’étaient pas prévus de base! On sent que l’inflation est très présente et affecte la population.

Deux jours de trajets nous ont finalement menés aux chutes d’Iguazú. Premier jour du côté brésilien, où on agrémente nos passeports de quatre nouveaux tampons. Le ciel est nuageux, les touristes asiatiques nombreux, mais cela n’enlève rien à la beauté et à la puissance de ces chutes immenses. On fait un peu les fiers écolos en refusant d’acheter une pèlerine en plastique, ce qui se solde en une humidité importante de nos vêtements.

Les chutes 
Jess trempée, les chutes  

Le lendemain, c’est au tour du côté argentin de nous livrer ses secrets. Il fait un temps magnifique, une température brûlante. Le parc est immense et permet de découvrir différents points de vue en faisant quelques marches, au sec. La première passerelle nous laisse sans voix. Le bruit d’orage produit par des quantités d’eau infinies est saisissant. Le courant rapide qui se jette sur des dizaines de mètres nous fascine. Les arc-en-ciels éternels au pied des chutes embellissent encore la vue. Une vision presque magique et sûrement majestueuse, sortie de la forêt subtropicale.

Vue d’ensemble des chutes 
Les chutes 
La Garganta del Diablo 

Départ ensuite pour Esteros del Iberá. On change nos plans initiaux et on décide de profiter de cette liberté qu’on a décidé d’avoir pendant notre voyage. Liberté encore plus chérie par moi, car je dois déjà organiser des demandes de congé au travail qui sont parfois compliqués à satisfaire. J’ai de la peine à concevoir que mon emploi du temps de septembre est moins souple que celui que j’ai aujourd’hui. La moitié du voyage approchant, j’ai un moment de stress en pensant à ma vie en Suisse. Je ne sais plus si je suis capable de donner la moitié de mes week-end, de mes soirées et de mes jours fériés à mon travail, qui pourtant me passionne. Je ne sais pas si le sacrifice de ma spontanéité en vaut vraiment la peine. Cette liberté me grise, me donne envie, me fait réfléchir. Parfois, les espaces blancs du voyage comme les trajets ou les soirées permettent de réfléchir à toutes sortes de choses qui nous trottent en tête. Parfois on refait le monde, on fait des projets, on fait le point sur sa vie et à d’autres moment on réfléchit intensément à des choses beaucoup plus futiles comme “pourquoi les pays ont un genre masculin ou féminin?”. C’est stupide mais ça nous a occupé l’esprit! Pour votre culture générale : c’est féminin lorsqu’il y a un “e” à la fin du nom du pays sauf pour le Mexique, le Cambodge, le Mozambique et le Zimbabwe. Minute grammaire terminée.

La lagune 
Arrivée à la Colonia Carlos Pellegrini 

A a Esteros del Iberá, nous avons débarqué dans un petit coin de paradis. Vraiment. Trois heures de route sur la terre battue, dans un 4x4, à boire du maté avec un petit vieux, descendant de migrants suisses, nous mènent à la Colonia Carlos Pellegrini. César et Alfredo, après nous avoir fait boire trois litres de la nouvelle boisson préférée de Tiago, nous déposent dans une petite auberge familiale. Aux petits soins, la cuisinière, le guide Raúl et sa femme nous font vivre trois jours hors du temps. Tout est si simple. La batterie du bateau est déchargée? On prend celle de la voiture. Tu veux acheter de l’eau? Passe chez le beau-frère pour lui acheter deux bouteilles. On se passe des règles superflues, pour laisser plus de place à la vie.

Tiago chill, la lagune 

Faune pullulante de toutes parts, coucher de soleil magique sur la lagune, végétation foisonnante, font de ces marécages un endroit tout particulier. Le temps s’écoule à une autre vitesse. Entre 13h et 17h, on se repose. Les portes des maisons et des voitures sont ouvertes, tout le monde se connaît dans ce petit patelin de 1000 habitants. Les gens se déplacent à cheval avec une peau de mouton en guise de selle, les familles ouvrent leur salle à manger à midi pour nourrir les gens de passage, les enfants jouent dans la rue librement.

Caïman 
Singes, carpinchos
Caïmans et cerf nageur
Balade à cheval 

C’est l’occasion de faire des tours en bateau, de se balader à cheval, de discuter avec des Argentins, de se reposer et de lire en se balançant sur un hamac. En prenant le temps. On nous dit qu’un minibus viendra nous chercher, s’il ne pleut pas pour nous emmener ensuite à Mercedes. Mais il n’a pas d’horaire précis, il viendra dans l’après-midi, promis!

S’en suit une longue nuit de trajet de bus, entrecoupée par un contrôle de police inopiné à 1h30 du matin, qui nous mène à Rosario, capitale culturelle de l’Argentine. Nous n’avons ni hôtel, ni transport, ni plan après notre arrivée à 6h30 au terminal gigantesque de Rosario. Douce liberté et tranquillité qui débutent autour d’un café.



P.S: un joyeux Barbiversaire des 3 mois à Tiago!

Barbu 
13
mars
13
mars
Publié le 18 mars 2019

Mélange... c’est peut-être le mot qui caractérise le mieux Buenos Aires, ses habitants, ses édifices, ses cultures. Ici, comme me disait un Porteño, on ne trouvera pas de quartier irlandais, italien ou encore allemand. BA, comme l’appellent ses habitants, c’est un immense cocktail bien mélangé : mettez une dose des restes de l’ancestrale culture amérindienne, ajoutez un bon verre d’influence hispanique, complétez par les migrations italiennes, allemandes et d’autres nombreux pays d’Europe, enrobez le tout d’un port ouvert sur le monde entier, une pincée de fierté, un zeste de sensualité et d’exubérance... vous obtiendrez BA.

Le centre de Buenos Aires 

On est d’abord frappés par l’architecture de la ville. En son centre se mélangent grandes tours bétonnées des années cinquante et soixante, bâtiments d’influence parisienne du début du XXe siècle et anciennes résidences délabrées de grandes familles du XIXe. Quelques tours de verre, un peu plus éloignées, tentent de donner une certaine modernité à la ville. BA, ce sont à la fois de vastes places boisées aux statues imposantes de héros de l’indépendance, entourées de musées, théâtres et palais, et, quelques mètres à côté, des ruelles malfamées aux trottoirs éventrés, jouxtées de murs couverts de graffitis.

Mille couleurs au quartier de la Boca 

La politique et les revendications sociales semblent d’ailleurs au cœur de la vie des Porteños (avec le football et le tango). De nombreuses plaques, posées ici et là sur le sol, rappellent la mémoire de personnes “disparues” pendant la dictature militaire. Des tracts féministes altérés par le temps ornent les poubelles et les lampadaires. D’autres inscriptions dénoncent les velléités autoritaires de la police, le capitalisme sauvage, le musèlement de la vie alternative, la prostitution, ou d’autres formes d’esclavage moderne.

Les rues et les murs d’une ville, dépositaires d’aspirations, de tristesses et de luttes 

Pourtant, loin de se laisser atterrer par les vicisitudes d’une vie marquée depuis des années par les tentatives de soubresauts d’une économie moribonde et les illusions d’avenir meilleur promises par les politiques, les habitants de la mégapole préfèrent siroter pensivement leur “mate” - véritable institution en Argentine - en feuilletant leur journal ou en écoutant un match de foot à la radio. Ils se rendent aux fêtes multiculturelles locales le jour et la nuit venue, se déplacent dans les “milongas” pour danser le tango toute la nuit.

Le tango pour les nuls... didacticiel à même le sol... facile...

Les Porteños sont aussi mélange. Pas seulement au niveau physique, ce melting-pot des différentes migrations européennes successives (on ne trouvera d’ailleurs pas énormément d’Amérindiens ici), mais surtout au niveau du caractère. A la fois tranquilles et impulsifs, fiers et modestes, mélancoliques et rieurs... tout cela à la fois, de façon déconcertante.

Contrastes à Buenos Aires 

Buenos Aires, même si nous ne l’avons explorée que superficiellement, en marchant dans quelques rues fréquentées, en explorant quelques marchés, en découvrant quelques artistes de tango, en visitant l’une ou l’autre exposition, ne nous aura pas laissés indifférents, c’est le moins que l’on puisse dire. A la fois intimidante et séduisante, elle aura aussi été synonyme de belles rencontres et soirées dans notre sympathique et cosmopolite auberge de jeunesse.

Mets de maints horizons, gourmandise et stand “suisse” 

C’est donc avec un gros pincement au cœur et un petit ensemble artisanal à “mate” en plus que nous quittons Buenos Aires et ses files devant les banques, ses vendeurs d’avocats à la sauvette, ses serveurs au complet gilet et noeud papillon, ses “changeurs” de pesos criant “cambio, cambio, dólares, dólares”, ses gouttelettes perlant de dizaines de balcons surchargés de plantes fraîchement arrosées, ses couleurs criardes sur la tôle des maisons de la Boca, ses statues en plastique du pape, de Maradona, d’Evita Perón et de Carlos Gardel, ses coups de klaxon omniprésents... bref, toutes ces petites choses qui font l’âme d’une grande ville et auxquelles nous repensons dans le confortable car qui doit nous mener bien plus au nord avec en point de mire les prometteuses chutes d’Iguazú.

9
mars

Cette étape commence par notre premier grand voyage en car. Départ à 8h sous le soleil naissant et frais d’Ushuaïa. Passage de frontière pour apposer un énième tampon argentin, puis chilien, sur notre passeport à croix blanche. Scanner nos affaires à la recherche d’un fruit ou d’un légume frais qu’il est interdit d’emmener au Chili. Les heures s’allongent et se rallongent entre lectures, siestes secouées, ferry humide et série “Viking” sur la tablette. On grignote empanadas, noix et petits beurres, jusqu’à arriver à Punta Arenas où nous changeons de car pour monter plus au nord, à Puerto Natales. La dernière heure de route, entre 21 et 22h, semble ne jamais vouloir se terminer. Comme si l’on s’était perdus dans le temps et que l’on allait rester bloqués sur ces sièges verts de la compagnie BusSur. C’est rouillés que nous cherchons notre chemin entre chiens gras et voyageurs errants (ou était-ce le contraire?).

On the road  
Heure nº11 de bus. 

Réveil à l’aube, avec ce petit-déjeuner typique: une mama de substitution vient nous installer, nous prépare des œufs et nous met de la musique latine pour nous (r)éveiller. Ça a un côté si confortable, ces femmes qui posent leur main sur nos épaules comme si on était de la même famille et qui disent bonjour, demandent comment s’est passée notre nuit, nous surnomment « chicos» avec douceur. Sur ce petit nuage tout doux, on se dirige vers Torres del Paine.

Cueva del Milodón 

Guanacos, flamants roses, aigles, condors, nandous peuplent cette terre faite de lacs colorés, de glaciers, de pics bicolores et de plaines semi-arides. Le soleil réchauffe l’air frais patagonien.

Torres del Paine 
Guanacos dans la pampa 
Torres del Paine 

Nous avons perdu le compte des jours, nous sommes quelque part au mois de mars, un jour de la semaine indéfini. Nous repartons pour l’Argentine, les tampons dans le passeport inclus, pour rejoindre El Calafate, petite ville qui porte le nom de la baie locale avec laquelle il est possible de faire de la glace, des boissons et des desserts acidulés. Encore des chiens, en forme de grosses saucisses sur pattes qui nous accompagnent parfois sur un bout de chemin. Les toits des maisons descendent jusqu’à terre, les murs sont parfois recouverts de tôles colorées dans cette ville qui semble en pleine de construction. Le tourisme y est de plus en plus présent et le village de marchands de laine semble avoir parfois de la peine à suivre.

On se doit de vous parler de « Buenas Cruces », petit restaurant d’El Calafate. Jamais nous n’avons reçu pareil accueil. Tout d’abord, si vous passez un jour dans cette ville, allez-y. On nous a tutoyé, appelé par notre prénom et fait déguster des spécialités locales délicieuses. Comme les mamas desayuno, un petit coin douillet, où l’on se sent accueilli, apprécié et choyé. Après certains coins de la NZ où l’on s’est sentis peu accueillis voire indésirables, cet élan de bienveillance est d’autant plus agréable. Quand nous sommes revenus le lendemain, la serveuse nous a accueillis d’un « ¡Tiago y Jessica! Que placer. ». Presque comme un début de sensation de chez-soi.

Buenas Cruces 

Et puis, oui, le clou du spectacle en Patagonie. El Perito Moreno! Immense langue de glace acérée, qui craque, tombe dans le lac dans un bruit éclatant, nous observe presque, sévère, de ses 40 à 70 m. de haut. Quelle force, quelle puissance tranquille. Prince incontestable de la région, il donne le rythme de la vie locale. Les photos ne sont pas suffisantes, mais parlent déjà de sa grandeur.

Mur sud et une partie nord 
Mur sud 
Face nord et face sud 

Nous voilà déjà à te dire au revoir, Patagonie. Nous sommes désolés, nous n’avons pas passé suffisamment de temps en ton sein. Tu nous a fait rêver avec tes plaines brunes, tes fjords salés, tes montagnes enneigées, tes glaciers majestueux, tes gens adoucis par tant de froid, tes animaux sauvages, tes lacs verts-gris-turquoise-bleu-brun et ton amour de la nature sous toutes ses formes. Merci!

Ça y est, on a quatre nuits réservées à Buenos Aires et puis plus rien. Juste libre de faire ce une l’on veut, au rythme que l’on veut.




Quelques mots pour dire notre profonde tristesse face à ce qui s’est passé dernièrement à Christchurch. La ville qui nous a accueillis en Nouvelle-Zélande, qui se relevait difficilement d’un tremblement de terre destructeur, et qui à présent se retrouve à pleurer - à nouveau - ses morts. Une des mosquées visées se trouvait à deux pâtés de maisons de là où on a dormi, dans une rue qui longue un joli parc dans lequel on s’était promenés. C’est indéniablement du terrorisme, perpétré par un petit groupe de gens blancs prétendument supérieurs aux autres et qui se sentent de plus en plus à l’aise pour exprimer de façon claire et violente leur doctrine à l’heure où de plus en plus de mouvements politiques instrumentalisent la haine dans le seul but d’assouvir leurs prétentions électorales. Aujourd’hui, l’extrême-droite me fait peur. C’est aussi pour combattre ce genre d’idées dangereuses que l’on s’engage en politique. La politique, ce n’est pas juste voter ou laisser des vieux croulants décider de choses abstraites. La politique c’est notre vision de la société, de notre ouverture à l’autre et de la façon dont on veut vivre ensemble. Nous faisons tous de la politique, nous avons tous un avis. Il faut se battre et ne jamais lâcher la garde et lutter contre la xénophobie.

Street art, Christchurch  
4
mars

Peut-être s’agit-il d’un des lieux qui fait le plus rêver les voyageurs. Il nous fait rêver, Jessica et moi, en tout cas. A l’évocation de la Patagonie, on ne peut s’empêcher d’être à mi-chemin entre la réalité et le fantasme. La pointe sud du continent américain semble être synonyme de contrées extrêmes et sauvages, de la toute puissance de la nature déchaînée. Elle est une terre de légendes au sein de laquelle naissent et meurent des histoires humaines grandioses, terribles... histoires qui traduisent la tentative désespérée de l’homme de prendre le pas sur une nature indomptable et cruelle.

En arrivant en Patagonie 

Ce sont ces terres, ce pays de grandeur, de misère et de fragilité humaine, que nous sommes sur le point de découvrir. Durant notre vol jusqu’à Punta Arenas, des paysages désolés et parfois figés par la glace se dévoilent timidement à travers des nuages de plus en plus épars à mesure que nous gagnons le sud. La mer apparaît ici et là, disputant à la terre la possession des lieux. Nous ne savons pas, alors que nous nous rapprochons du sol, que nous observons en fait les eaux tumultueuses et sombres de Détroit de Magellan.

Les vestes, pantalons et autres doudounes sont de rigueur après plus de deux mois en short et t-shirt. Le froid est mordant et le vent est ici son éternel et infatigable allié, même à la fin de l’été austral. Punta Arenas nous surprend avec ses rues perpendiculaires, sa propreté et son calme relatifs qui contrastent évidemment avec la tentaculaire, exubérante et labyrinthique ville de Valparaiso. Les maisons basses et rudimentaires en bois (ressemblant à s’y méprendre à celles que l’on peut voir en Norvège) se mêlent aux anciennes et jadis cossues demeures de riches propriétaires de bétail, magnats de la laine et autres investisseurs étrangers, rappellant l’opulence passée d’une ville qui, nichée au cœur même du Détroit de Magellan, constituait par le passé le point de passage obligatoire pour tout le trafic naval entre l’Atlantique et le Pacifique.

Punta Arenas

Est-ce le fait de pouvoir se mettre sous une couche d’une quinzaine de centimètres d’édredon chaud et soyeux? Est-ce la tranquillité des lieux après plusieurs nuits dans le centre animé de Santiago? Toujours est-il que nous dormons bien pour la première fois depuis notre arrivée en Amérique du Sud (entendez par-là douze heures entre 20h30 et 8h30 le lendemain...). Particulièrement bien reposés, nous déambulons un peu dans les rues de Punta Arenas et découvrons ses quais tranquilles donnant sur le légendaire détroit dans lequel mouillent quelques bateaux rouillés. Nous profitons de l’après-midi pour nous rendre sur l’Isla Magdalena et découvrir sa colonie de pingouins de Magellan (60’000 couples paraît-il, mais on n’a pas tout compté). Sans vouloir établir des comparaisons, il faut dire ça contraste avec notre traque de pingouins en Nouvelle-Zélande (nos lecteurs attentifs se souviendront qu’on en a vu deux). Bref, des pingouins en veux-tu en voilà pour notre plus grand bonheur (on va suggérer qu’ils envoient 10’000 couples en NZ...). Plus sérieusement, nous nous apercevons que les autorités chiliennes ne rigolent pas avec le respect de leurs sanctuaires culturels et naturels (demandez aux trois Belges qui ont fait l’actualité récemment pour avoir roulé en 4x4 sur un pétroglyphe millénaire au nord du pays). Les règles de conduite nous sont rappelées plusieurs fois et des rangers suivent notre groupe tout le long de la marche entre les pingouins. Nos découvertes locales sont aussi - toujours et encore - gustatives... après le pisco sour, voici que nous découvrons les délicieux ceviches (on vous laisse voir par vous-même à quoi ça ressemble) et l’agneau façon patagonienne. Notre immersion se fait petit à petit et nous prenons également notre premier « colectivo » (taxi collectif ayant un prix et une route fixes)..

Des pingouins de Magellan sur l’Isla Magdalena 

C’est donc le ventre plein et reposés que nous entamons le premier de nos longs et nombreux voyages en car (très confortable par ailleurs) dans ce continent. Douze heures pour rallier la mythique Ushuaïa dans au fin fonds de l’Argentine. Douze heures à travers de vastes plaines vides sur lesquelles poussent herbes sauvages et paissent ici et là quelques bovidés. Au fur et à mesure que nous avançons vers la ville la plus méridionale du monde, des montagnes enneigées aux pics dissimulés par des nuées menaçantes se dressent, réminiscences des Andes aux confins de la la terre.

Au poste de frontière chilien, au milieu de nulle part

C’est lorsque Jess dit en avoir assez du trajet en car qu’Ushuaïa se dévoile à nous (avec deux heures d’avance, excusez du peu). La ville est une sorte de long conglomérat de bâtisses hétéroclites coincées entre les contreforts des Andes et le canal Beagle, mais il s’en dégage une force indéniablement liée à la haute symbolique du lieu. On est au bout du monde, incontestablement! Ici se mêlent voyageurs en équipement de trekking et locaux à l’air un peu blasé, rangées de cahutes de tours opérateurs et bus municipaux antédiluviens arborant des messages politiques (“les Malouines sont argentines”), immenses paquebots transportant des cohortes de touristes et antiques bateaux rongés par les éléments et figés tristement dans la vase pour un repos définitif.

Ushuaïa 

Nos deux journées complètes sur place nous permettent de découvrir quelques curiosités de la ville, de nous gaver d’empanadas, mais surtout d’explorer quelques merveilles naturelles de la Terre de Feu. On est surpris par l’incroyable faculté d’adaptation de la nature. Des forêts de hêtres australs dégageant un vert spectral côtoient des oiseaux aux formes et aux teintes inédites. On a moins l’impression d’être au bout du monde que sur une autre planète, à l’environnement hostile et fabuleux, à peine colonisée par des hommes ayant traversé l’espace en quête d’un monde meilleur.

Parc national de la Terre de Feu 
Décoiffés, gelés, mais heureux sur le canal Beagle 

Notre exploration en voilier d’un canal Beagle étrangement placide et de quelques unes de ses îles, avec pour toile de fonds les pics enneigés, restera un moment fort de notre voyage. Nous profitons aussi de ces deux jours pour nous poser dans notre confortable et chaleureuse auberge de jeunesse, discutant, riant, lisant, laissant vagabonder nos esprits, nous remémorant des épisodes récents ou plus lointains - l’Australie et la Nouvelle-Zélande paraissent appartenir à une autre existence - de notre voyage, dressant de nouveaux projets... tout cela nous fait un bien fou et à l’heure où nous nous apprêtons à reprendre le car pour gagner Puerto Natales et le prometteur parc naturel des Torres del Paine, je ne peux m’empêcher de savourer cette petite boule d’apaisement qui s’est nichée au creux de mon être. Pourvu que ça dure! Buenas!

Faune et paysages de la Terre de Feu 
28
fév

Il est venu le temps de réactiver mon espagnol et de découvrir le dernier continent que nous n’ayons encore jamais foulé (exception faite de l’Antarctique). Dès le départ, on entre dans ce qui est si typique des pays chauds : le bordel ambiant. Et je dis ceci avec toute la tendresse que je peux avoir. Ce manque apparent d’organisation est synonyme de rues parfois sales, de lignes de bus sans arrêts ni horaires, de vendeurs ambulants qui poussent leurs caddies transformés en petites cuisines (bouteille de gaz, four, plancha...), de sandwichs vendus de la criée... Mais surtout, cela permet de donner libre cours à une créativité qui n’est pas entravée par des règles de bonne éducation. Un art de rue débordant, sur les murs, le sol, le mobilier urbain mais aussi dans la musique, omniprésente, qui résonne d’une rue à l’autre. Ah! Ce petit bal improvisé sur un coin de rue, devant un petit groupe de musiciens de salsa. C’est comme si rien n’était prédéfini et que les difficultés ou problèmes mènent à développer une créativité à l’épreuve de tout.

Première vue sur Santiago, depuis l’auberge 

Il y a évidement de l’appréhension à se trouver dans un lieu inconnu, à parler une langue peu familière. On se réadapte: comment fonctionnent les transports? Comment commander une quantité adéquate de nourriture (extrêmement difficile à maîtriser au début...)? Comment se comporter, quelles sont les règles de communication? Et puis comme souvent, il faut se confronter à la misère. Je me sens parfois si riche, arrogante et inutile face à ces gens dans la rue qui tendent la main. Je peine à les regarder dans les yeux, j’ai honte de passer à côté sans m’arrêter pour ensuite aller dépenser de l’argent pour mon petit plaisir personnel. Je sais bien que je ne peux sauver personne. Néanmoins, cette succession de visages à la fois anonymes et uniques forment une petite boule dans un coin de mon ventre. Le Chili est l’un des pays au monde les plus inégalitaires au niveau social et cela se voit.

Les rues de Santiago 

Complètement dépaysés, on se laisse doucement attirer dans ce tourbillon d’odeurs, de goûts et de bruits nouveaux... l’être humain est au centre de toutes activité. Je me rends compte à quel point la Suisse est robotisée: portes automatiques, distributeurs de billets de bus automatiques, parcmètres automatiques, ascenseurs, selectas... Ici, tout est prétexte à un contact humain. Un simple “buenas” permet d’échanger quelques secondes avec quelqu’un.

Vue sur Santiago depuis Cerro Cristóbal 

C’est une première nuit compliquée, à lutter contre les quelques 16h de jetlag du vol Auckland-Santiago (ce fameux vol où nous sommes partis à 18h30 le 28 pour arriver à 13h le même jour...). Alors pour lutter contre les coups de barre, on flâne dans les rues, on boit des cafés et on profite des rayons de soleil. Je m’essaie à l’espagnol avec plus ou moins de succès, les langues se mélangent et ma langue s’étrangle parfois... il y a un certain nombre de sourciles interrogateur de part et d’autre mais on finit toujours par se comprendre sur l’essentiel.

Buenas Noches Santiago 

Nous profitons de cette première incursion au Chili pour passer une journée à Valaraíso. Si vous comptez la visiter un jour, prévoyez plus de temps! Une arrivée en car nous emmène dans un premier quartier populaire, bruyant et sale. Nous traversons la foule dense, les sourcils froncés inquiets et intrigués. “C’est comme ça l’Amérique Latine? Ça ressemble au bled en fait!”.

Valparaíso 

Puis nous débarquons dans le centre ville coloré. Celui qui nous a fait rêver à travers des documentaires et des photos. De l’art à profusion, exposé sur tous les murs, militant et parfois dérangeant. Des maisons arc-en-ciel avec vue sur le port et l’océan. Va-t-on réussir à se passer de sa compagnie en rentrant en Suisse? Nous nous sommes habitués si vite à le voir et le revoir au détour de nos tours.

Cerro Allegre  

Les chiens nous suivent et visitent la ville avec nous. Ce sont des chiens qui n’appartiennent à personne ou plutôt à tout le monde. Il font partie d’un quartier qui en prend soin et ils passent la majorité de leur temps à faire des siestes au milieu du passage. Ils sont généralement bien nourris, voire plutôt obèses. Une vie de chien, mais plutôt agréable à vivre!

Poils soyeux 

Une dernière journée à Santiago nous mène au sommet du Cerro San Cristobal. Une chapelle surplombe la colline, avec son lot de plaques offertes à la vierge pour la remercier d’avoir accordé toutes sortes de faveurs comme par exemple l’obtention d’un diplôme. Et puis nous avons gouté au cocktail local, dont la création est disputée entre le Pérou et le Chili : le Pisco Sour. Et bien sachez seulement qu’il vaut mieux n’en boire qu’un et ne pas prévoir de prendre l’avion tôt le lendemain matin, particulièrement si vous souffrez encore du jetlag... Ceci étant dit, nous avons quand même réussi à préparer nos affaires (l’avantage de voyager longtemps avec peu d’habits!), et à prendre l’avion dans les temps. C’est parti pour 11 jours en Patagonie chilienne et argentine!

Le Pisco de trop? 
26
fév
26
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Publié le 6 mars 2019

Mardi 26 janvier, 13h47... Jess et moi nous regardons, assis à l’arrière de Kenjee. Nous sommes fatigués. Traverser Auckland en van nous a demandé une attention toute particulière. M. Ribeiro n’étant pas un as de la conduite et Mme Ribeiro n’étant pas une experte en orientation, vous comprendrez aisément l’amplitude de l’effort qui nous a été demandé (oui, c’est moi qui ai conduit et c’est Jess qui nous a guidés).

Un peu de fatigue aussi car nous arrivons au terme de notre voyage en Nouvelle-Zélande. Dans quelques minutes, un gars va venir chercher notre Kenjee. Il arrive d’ailleurs plus vite que prévu. Non pas que nous ne soyons pas prêts d’un point de vue pratique : le van est relativement propre, du moins à l’intérieur et nos sacs flirtent à nouveau avec les 15 kilos... mais est-on prêts émotionnellement à dire au revoir à notre petite et fidèle Kenjee qui nous aura menés partout en NZ?

8349,9 km... merci Kenjee ! 

Le sympathique type de l’agence fait un tour rapide du véhicule. Deux minutes plus tard à peine, tout étant en ordre, nous nous éloignons lentement du van et retrouvons la charge de nos backpacks sur le dos. On jette quelques regards furtifs en arrière, le type reviendra chercher le van plus tard. Je ne peux m’empêcher de prendre une dernière photo de Kenjee. En lui disant au revoir, on dit aussi au revoir à notre mode de vie itinérant du dernier mois. Pour être honnêtes, on se réjouissait de retrouver de vraies chambres, de vraies toilettes, d’échapper à l’inconfort de la conduite journalière sur les routes sinueuses, des campings rustiques et de l’espace étriqué du van. Mais en laissant notre campervan, c’est également un mode de vie inédit que nous quittons... ce sentiment de liberté incroyable, la proximité entre Jess et moi dans cet espace de vie restreint. Que d’émotions fortes vécues durant ce mois, allant de la colère à la jubilation, de la tristesse à la joie, de la plénitude à l’exaltation, de la résignation à l’envie...

Auckland 

En voyageant de cette manière, j’ai également l’impression d’avoir découvert la Nouvelle-Zélande de façon plus authentique, avec ses incroyables richesses naturelles et culturelles, mais aussi ses travers, sa misère cachée, son racisme latent, son indéniable tourisme de masse et ses conséquences. J’ai l’impression que tu es devenue, chère Nouvelle-Zélande, comme ces amis proches dont on découvre, parce qu’ils osent nous dévoiler aussi la part sombre de leur être, le fond de l’âme et leur essence même, sans supercheries. Alors peut-être que tu t’es avérée moins surprenante, moins exaltante, moins attrayante... mais tu fais maintenant partie de ces pays dans lesquels j’ai pu m’immerger totalement et, il faut le dire, tu as inondé mon cœur de mille sentiments et états d’âme. Reviendrai-je te voir une troisième fois? Je ne sais pas... te dire oui, ça serait mentir, mais il existe un lien indéfectible entre nous, à n’en pas douter.

Nord d’Auckland depuis la Sky Tower 

C’est donc à Auckland que nous nous quittons... pour cette fois du moins. La ville ressemble beaucoup aux grandes cités australiennes visitées auparavant : cosmopolite, animée, manquant parfois un peu de ce brin d’histoire qui donne une véritable âme à une mégapole. Nous explorons timidement les lieux, arpentant quelques parcs, déambulant dans les rues, visitant quelques lieux proches du centre, fréquentant certains bars atypiques et sympathiques. Jess en profite pour réparer sa liseuse défectueuse, entreprise couronnée de plus de succès que la réparation définitive de mes lunettes (je me trimballe toujours des verres non taillés d’environ douze centimètres de diamètre depuis Christchurch). Avec ces modestes occupations de nos derniers jours au pays des Kiwis, on doit reconnaître que notre tête est déjà un peu ailleurs... nos regards et nos cœurs portent au-delà du Pacifique, sur la lointaine Amérique latine. Un brin angoissés, un brin excités, nous nous apprêtons à entamer cette nouvelle étape de notre aventure. Alors ne m’en veux pas trop, Nouvelle-Zélande, ma vieille amie, si je n’ai pas trop jeté de regard en arrière en montant à bord de l’avion qui doit nous mener dans une dizaine d’heures au Chili, car même si je flirte fougueusement avec la Bolivie, l’Argentine, l’Equateur et tous les autres pays nous restant à explorer durant ce voyage, tu resteras à jamais mon premier coup de cœur et, j’ose timidement le dire, je t’aime encore.

Love from Auckland 

Hasta luego!

26
fév
26
fév
Publié le 28 février 2019

Je me permets de prendre la parole. Oui c’est vrai, Jess et Tiago ont déjà parlé de moi, mais je crois qu’ils ne se rendent pas bien compte de mon point de vue.

Je les transporte à droite et à gauche, à travers des petites routes goudronnées ou des “gravel roads” pentues. Je me mets dans la boue jusqu’aux essieux mais rarement j’ai un merci. Au mieux, j’ai des encouragements lorsque essoufflée je peine à atteindre un col. De plus, ils ont vraiment tendance à négliger ma carrosserie. J’attends pas un grand nettoyage, mais un petit coup d’eau et une brosse c’est trop demander? Mon pare-chocs me gratte à cause de tous ces petits insectes qui viennent mourir contre mon pare-brise.

Parfois ces petits ingrats, alors que je les ai portés pendant des heures sous un soleil de plomb, se précipitent dehors, installent les chaises de camping et se plaignent de ma chaleur interne. Alors oui, c’est vrai, mon air conditionné est défectueux depuis quelques jours, mais est-ce une raison pour se montrer si peu reconnaissant?

J’aime quand ils sont blottis dans mes entrailles, par exemple lorsqu’ils se préparent des petits plats élaborés ou lorsqu’ils lisent quelques heures avant de dormir. J’aime les bercer comme des enfants, lorsqu’ils sont allongés et que le vent tempête à l’extérieur. Bien au chaud et protégés des éléments, ils s’endorment très rapidement.

Ceci malgré la présence de Jerry. Oui, il a vécu avec eux 3 semaines de collocation pour le moins houleuses. Finalement, la dispute a éclaté un soir et Tiago a décidé qu’il était temps d’en finir. Il a donc écrasé l’énorme Jerry velue et ses huit pattes avec tout le soutien psychologique disponible que Jess a pu lui fournir.

Je suis bien plus facile à entretenir qu’un animal de compagnie standard. En effet, je n’ai besoin de vider ma vessie que tous les 3 à 4 jours. Malheureusement, parfois dans des endroits malodorants et très mal indiqués, ce qui vaut parfois des discussions animées entre Jess et Tiago.

Par contre, je suis vraiment un trou sans fond en ce qui concerne l’alimentation. Tous les 1 à 2 jours, il me faut me nourrir. Lorsque mes conducteurs ont parfois mal estimés les distances, je suis en stress total, au bord de la perte de connaissance, lorsque finalement ils trouvent une solution pour remplir mon estomac-réservoir. Je ne dis jamais non à une petite goutte de diesel supplémentaire. Eux par contre ont des besoins plus variés en termes de nourriture. Entre pâtes au pesto et pâtes bolo, leur cœur balance.

Mais les trois, on s’amuse. La bande originale du Seigneur des Anneaux en fond sonore, on serpente la Nouvelle-Zélande de haut en bas et d’est en ouest en passant par la terre du milieu. Parfois éclatent des battles musicaux : Thérapie Taxi contre Johnny où Angèle versus Magic System. Finalement, ils s’accordent et écoutent en boucle Childish Gambino.

J’ai porté en mon sein milles émotions. Des rires interminables, des larmes discrètes, des haussements de sourcils interrogateurs, des mondes défaits et refaits, des blagues plus ou moins amusantes, des projets enflammés et des souvenirs partagés. Tout le monde y passe, la famille proche ou lointaine, les amis, les collègues. Impossible avec moi d’échapper aux émotions fortes en détournant son attention avec des écrans. Ils sont obligés de les vivre, intensément et jusqu’au bout.

Ça met fait un petit pincement au cœur de devoir leur dire au revoir, ou plutôt adieu. Leur bout de chemin avec moi est terminé, après plus de 8300 kilomètres parcourus. Du regard inquiet partagé lors de la traversée de la première Gravel Road au drift improvisé lors de la dernière, il s’en est passé des choses, mais je ne peux pas tout vous révéler.

Ciao!

19
fév
19
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Publié le 28 février 2019

Nous sommes entrés en Terre du Milieu, dans la Comté après avoir fait un passage au Mordor (Tongariro). Alors bon, si on ne rentre pas, ne nous cherchez pas, on est devenus des Hobbits.

Hobbitton : bienvenu à Cul-de-Sac 
La taverne du Dragon vert 
Notre nouveau sweet home 

Rotorua, concentré de culture maorie nous accueille sous un ciel changeant. Nous visitons un village traditionnel, construit autour de sources chaude. “Moi j’ai plus envie de me baigner que de faire cuire de la nourriture dans ces bassins quand je les vois... Oui mais Jess, ils sont à 104º en moyenne...”.

Sources chaudes et sulfurisées  

Après cet intermède léger, Nous avons passé quelques jours gris, teintés d’un ciel nuageux et orageux. Sous la pluie, nous nous sommes réfugiés dans les quelques mètres carré de notre van, sortant le bout de notre nez pour boire un café ou profiter de la fin d’une averse pour prendre l’air. Il y a eu de ces journée où on a envie de rester avachi sur son canapé, à regarder un mauvais programme à la TV en buvant un petit thé.

Péninsule de Coromandel 

Probablement la fin de notre séjour en Nouvelle-Zélande a participé à notre morosité. La difficulté parfois d’avoir des nouvelles de la Suisse, les anniversaires importants ratés, 2-3 tentatives culinaires catastrophiques, un accueil froid et distant de la part de certains locaux semblaient de mise avec le mauvais temps.

Mais finalement, tout est bien qui finit bien, comme dans les contes. Après avoir traversé Rotorua, la péninsule de Coromandel et la Bay of Island sous la pluie et la grisaille, nous arrivons à l’extrême nord: le cap Reinga. Et là, c’est du pure “waouw”. Le ciel se découvre, le soleil tape, la mer s’agite et les immenses dunes de sable en imposent. Proches de l’euphorie, un poids semble avoir été chassé avec les nuages. Pas besoin de beaucoup de mots, je vous laisse avec les photos.

Cape Reinga 
Dunes géantes, plages cachées et Bay of Islands 
13
fév
13
fév
Publié le 23 février 2019

Nous voici donc sur l’Ile du Nord... dans mes souvenirs, les lieux sont moins sauvages que l’Ile du Sud. Cette impression se confirme vite. En remontant le long de la côte ouest depuis Wellington, les petits patelins s’enchaînent et entre eux s’étendent de vastes champs céréaliers. Cet ensemble n’est pas sans rappeler la Suisse. Notre objectif est le Mont Taranaki, parfait cône volcanique des contrées occidentales de l’île. Nous n’y parviendrons jamais... je vois d’ici l’inquiétude du lecteur poindre. Mais point d’angoisse. Si nous n’avons finalement vu que de très loin le sommet initialement visé, c’est simplement parce que nous avons décidé de retrouver un couple d’amis suisses - déjà croisés à Sydney et Melbourne - au Tongariro National Park. Nous nous enfonçons donc à l’intérieur des terres et retrouvons assez vite des paysages sans empreinte humaine, faits de collines, de denses forêts et de prairies tantôt sèches et dorées, tantôt grasses et vertes.

Sur la route vers le nord 

Tongariro... un mot barbare qui évoque pour moi les plus incroyables paysages. Imaginez! On monte lentement dans une vallées de sombres cendres volcaniques et à notre droite se dessine progressivement le cône parfait d’un autre sommet menaçant (rendu célèbre pour avoir incarné la Montagne du Destin dans le Seigneur des Anneaux). L’effort est soutenu, la marche dans le sable noir parfois éreintante, mais après un premier intermède impressionnant dans une cratère éteint, voilà qu’on aboutit au sommet du Red Crater du Tongariro et qu’on longe la crête impressionnante du cracheur de feu apparemment endormi, mais dont les quelques cheminées en contrebas témoignent d’une activité dissimulée. En contrebas aussi, des lacs dont la couleur, digne des mers des tropiques, invite traîtreusement à la baignade. Heureusement, l’odeur de souffre - et les nombreux avertissements présents - rappellent que la baignade y est pour le moins déconseillée. Depuis les hauteurs, nous sommes entourés d’un paysage lunaire et on comprend aisément qu’il ait pu incarner le maléfique Modor au grand écran. Après cet émerveillement, et après un dernier regard vers les gardiens de feu de ce sanctuaire, commence une longue (très longue après l’effort) descente vers les plaines. Au loin, des lacs apparaissent. Plus bas, nous entrons dans la forêt endémique qui nous rappelle une fois de plus la jungle. Au final, on est essoufflé... essoufflé par l’effort, mais aussi d’avoir eu le souffle coupé à de multiples reprises par les tableaux improbables et variés offerts par la nature. Malgré le nombre important de touristes (dont certains qui semblent avoir oublié, vu leur accoutrement, qu’il s’agit d’une marche exigeante de presque 20 km), c’est réellement un incontournable pour moi!

La montée vers le Red Crater du Tongariro (avec en special guest le Ngauruhoe, alias la Montagne du Destin) 
Paysages lunaires et lacs aux teintes surnaturelles sur le Tongariro 
Tongariro et Ngauruhoe avant la longue et belle descente 

Le lendemain, c’est avec un brin de tristesse que nous disons au revoir aux volcans et surtout à JD et Céline, qu’on s’était habitués à croiser toutes les trois semaines à peu près et avec qui on a toujours passé de chouettes moments. Mais ainsi va la vie des voyageurs et leur route les menant exactement à l’opposé de la nôtre, il nous fallait nous séparer (non sans avoir procédé auparavant au troc d’une conserve de lait de coco contre une conserve de haricots). La vie de voyageurs, ce sont aussi des choix difficiles... dans notre cas, nous devons délaisser l’exploration du Mont Taranaki par manque de temps. Il faut alors apprendre à gérer la frustration (et j’ai de la peine avec ça, pas vrai Jess?).

Après avoir découvert les environs du lac Taupo (et payé nos factures mensuelles, quel bonheur), nous nous dirigeons vers l’est, région moins touristique. On vous dira franchement qu’on y a connu le pire comme le meilleur. Le pire, c’est Gisborne, ville qui nous est apparue comme fade, morne et présentant peu d’intérêt (on était dimanche, certes...). Le pire, c’est le sentiment d’insécurité que nous avons ressenti à cet endroit, sentiment justifié non seulement par quelques regards torves d’individus misérables et louches, mais surtout par le fait d’avoir retrouvé notre chère Kenjee éborgnée de son rétroviseur gauche (et c’est promis, ce n’est pas un accident de parking). Autant dire que ce triste spectacle - l’idée de quelqu’un endommageant gratuitement le véhicule d’une autre personne pour je ne sais quelle raison (haine du touriste, désœuvrement, acte gratuit, etc) - a parachevé notre désamour pour Gisborne. Nous avons donc mis les voiles le plus vite possible (comme aurait dû le faire le capitaine Cook en arrivant dans les parages... il aurait ainsi évité bien des souffrances ultérieures aux Maoris).

Napier et son Art Deco 

Le meilleur, c’est Napier, cité de l’art déco et dans laquelle nous arrivons le jour du... Art Deco Festival! Autant dire que le spectacle est au rendez-vous: voitures rutilantes d’un autre temps, klaxons improbables, survols de fragiles biplans, big bands, robes virevoltantes, costumes chics et rayés, chapeaux et serre-tête à plume élégants, paillettes... toute la population est là pour ce qui semble être l’événement de l’année, du gamin habillé en sorte de gavroche à béret, au grand-père (qui voit défiler des automobiles de l’époque où il était lui-même haut comme trois pommes). Le meilleur, c’est aussi de retrouver un autre copain de Suisse venu s’installer en Nouvelle-Zélande. Le meilleur, c’est son accueil hors du commun (la nuit dans une vraie chambre nous a fait un bien fou) dans son tout petit bled de Morere (quelques maisons, des bains chauds incroyables, une rivière bordée d’un camping, des étoiles innombrables... et des vers luisants) où il exerce sa passion pour la cuisine et où il nous fait découvrir sa nouvelle vie d’expatrié au pays des Kiwis. Et on se prend à rêver... vivre à l’autre bout du monde... pourquoi pas nous ?

Amitiés suisses, même à l’autre bout du monde 

C’est donc songeurs que nous repartons une fois de plus vers le nord-ouest, la Bay of Plenty et ses plages. Songeurs aussi parce que l’on comprend malgré tout que cette partie de la Nouvelle-Zélande soit moins attractive pour le voyageur et souffre de la comparaison avec les merveilles méridionales, sans parler du Tongariro. Songeurs enfin car nous avons dû affronter à plusieurs reprises le mépris, voire l’hostilité de certains locaux (heureusement, épisodiquement). Est-ce le tourisme de masse qui provoque cela? Est-ce une forme de misère en-dehors des lieux fréquentés et prospères? Est-ce l’isolement géographique de ce pays? Est-ce un sentiment de revanche à l’égard d’étrangers pour lesquels ont met en place des campings, des points d’information, etc? Est-ce du coup le sentiment d’être des laissés pour compte dans une société prétendument prospère?

Paysages côtiers sur la route de la côte est 

Les nombreux kilomètres avalés chassent ces interrogation et ces rêveries de nos esprits et nous replongent dans notre quotidien de voyageurs en van : faire le plein, se rendre compte que l’essence est toujours moins chère à la station suivante, chercher un camping, se rendre compte qu’on l’a dépassé, faire quelques courses, se rendre compte qu’on a oublié du jus de fruit, faire la vaisselle, se rendre compte que le réservoir d’eau est vide, chercher un point de vidange, se rendre compte qu’il n’a pas d’eau potable. Mais malgré l’agacement momentané, on a choisi de vivre ça et, il faut le dire, au final, en étant côte à côte, restent le seul plaisir de la découverte et ce sentiment extraordinaire et grisant de liberté.

Sur ce, je vous laisse, il paraît qu’il y a pas mal de choses à voir du côté de Rotorua et ses sources chaudes. J’ai hâte d’y être!

9
fév
9
fév
Publié le 20 février 2019

Kaikoura, la belle et l’unique. Nid de milles vies différentes, foisonnantes et vibrantes. Une balade tout au long de la péninsule nous a permis de découvrir la faune et la flore côtière. Après avoir serpenté entre les phoques, les oiseaux de mer et de terre, nous embarquons sur le bateau rapide de WhaleWatch.

Péninsule de Kaikoura 

Notre petit bateau s’éloigne rapidement des côtes pour entrer dans les eaux tumultueuses de l’immense canyon sous-marin, véritable auto-route à cachalots.

La quête du seigneur des océans ne se fait pas sans tourments, il faut guetter, écouter les sons sous l’eau, scanner constamment la mer. Quelques détours en compagnie des dauphins joueurs parsèment l’aventure. Finalement, c’est bien un immense cachalot prénommé Holly Molly en raison d’un trou dans sa queue qui vient prendre l’air en notre compagnie. Magie d’un instant où il semble nous saluer de sa longue queue avant de redescendre chasser le calmar géant.

Holly Molly 

“Oui, moi j’ai le pied marin. N’importe quoi, quand ils nous disaient que la mer était agitée et qu’il y a un grand risque d’avoir le mal de mer. De toute façon, nous on a bien géré les 40e rugissants en allant en Tasmanie, alors ça me fait pas peur.” Et bien avant de parler dorénavant, j’attendrais la fin du voyage en bateau...

Direction le nord ensuite, avec un bel arrêt au parc Abel Tasman. On voulu faire bien dans le cliché du coup monsieur conduit, madame guide, et tout le monde se perd. Après avoir refait pour la troisième fois la petite route ultra sinueuses de montagne, avec notre van qui faisait de bruits de fin de vie, on a fini par arriver dans un charmant camping tenu par une mamie en quad, la canne posée en travers du guidon. Tous ces efforts ont été récompensés par une magnifique randonnée à travers le parc, uniquement accessible à pied ou en bateau. Après une rapide traversée à bord du water-taxi (cette fois j’ai rien dit et du coup tout s’est bien passé), nous découvrons des plages paradisiaques, bordée de forêts vierges. Nous sommes parfois seuls au monde, partageant le sable avec les “poules sauvages” néo-zélandaises Mais ici, les photos valent mieux que les mots.

Parc Abel Tasman 

Il est temps de dire au revoir à l’Ile du Sud. Glaciers, forêts, geysers d’eau salée, plages, falaises, chutes d’eau, pingouins, baleines, dauphins... Il est temps de prendre le ferry pour rejoindre Wellington, la capitale kiwi.

Tiago et son amour des fougères 

Comme à chaque fois que nous entrons dans une ville, on a le sentiment d’être un peu décalés. Les immeubles ne sont plus si impressionnants lorsque l’on a vu des falaises immenses. Les gens pressés, tirés à quatre épingles semblent vivre une autre vie que la nôtre. Alors c’est l’occasion de faire un musée, de bien manger sans cuisiner, de faire les courses pour pouvoir le plus vite possible retourner dans la nature. L’ambiance n’en est pas moins chaleureuse dans cette ville, mais nos esprits semblent plus connectés aux grands espaces.

Welly City 

Nous retrouvons nos amis suisses déjà croisés en Australie pour affronter l’alpine crossing du Tongariro. 19 km nous attendent, mais la journée s’annonce belle, ensoleillée et bien accompagnée.

~J.

Spot pour la nuit, environs de Kaikoura 
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Publié le 10 février 2019

Nous laissons la touristique Queenstown qui nous évoque un peu Montreux à la sauce néo-zélandaise. Il a fallu atteindre cette bourgade d’un peu plus de 10’000 habitants pour être la première fois dans les bouchons. Il faut dire que Queenstown draine du monde toute l’année. Des gens y viennent pour les sports extrêmes l’été et le ski ou snowboard l’hiver (il y a des vols spéciaux l’hiver - oui, Queenstown a son aéroport - en provenance d’Australie rien que pour la glisse sur neige).

Je ne suis pas mécontent de ne passer que quelques heures là-bas. C’est comme si on s’était habitués aux paysages, à la nature, et à l’absence d’agglomérations (y compris agglomérations humaines emplissant les rues)... Les villes semblent présenter moins d’intérêt soudainement. La route tortueuse jusqu’à Wanaka (Queenstown en plus petit et moins touristique) est à la fois sinueuse et somptueuse. Nous retrouvons ces montagnes pelées qui caractérisent les contreforts des Alpes du Sud, ces multiples lacs vierges de toute présence humaine, ces nuages portés par un vent rapide qui altèrent les colorations du paysage qui s’offre à nous. Nous ponctuons la lente et longue traversée vers la côte est de quelques arrêts et marches. Au cours d’une brève randonnée, sur le versant opposé d’une vallée, on entend au loin le rotor d’un hélicoptère accompagné d’une sirène sinistre. Il tourne et tourne, son chant funeste se répercutant en écho sur les parois escarpées des montagnes. Il cherche quelqu’un... Cela ne présage rien de bon mais nous rappelle qu’ici la nature règne, belle, mais sauvage et impitoyable aussi.

La pluie nous surprend alors que nous passons sur la côte ouest de l’île méridionale. Nous sommes également surpris par le changement radical qui s’opère dans la nature environnante. Les prairies laissent leur place à des forêts endémiques, denses, moussues et humides, sur lesquelles flotte une brume épaisse... on se croirait en pleine jungle. La mer de Tasman, tumultueuse, apparaît de temps en temps, nous rappelant que la côte est toute proche.

Après une dizaine de jours en compagnie de Kenjee, nous commençons à trouver nos marques, partant de bonne heure (oui, un réveil à 8h30 pour nous, c’est tôt...) et trouvant un lieu de villégiature, généralement gratuit (sauf si une douche chaude devient impérative) entre 17h et 18h. La plupart du temps, nous campons dans des cadres naturels de toute beauté. Jusqu’à présent, nous avons plutôt eu de la chance avec nos voisins d’un soir et on a plutôt bien assimilé l’idée d’avoir notre maison sur roues à quelques dizaines de centimètres des autres. Au-delà du voisinage, l’autre inconnue de nos campings reste bien évidemment les toilettes. Là, nous avons eu droit à toute la panoplie de commodités possibles : en béton, en plastique, en bois, avec ou sans urinoirs, chimiques, sèches, avec chasse d’eau, avec ou sans lavabo, avec ou sans savon, avec ou sans désinfectant, avec ou sans courant d’air sur le postérieur (why?), unisexe ou séparées, malodorantes ou parfumées, délaissées depuis 358 ans ou nettoyées régulièrement. Bref, couplez ces données au rapport du nombre de toilettes et de personnes présentes dans le camping et vous saurez qu’on a pu utiliser des appréciations allant de « franchement dégueulasse à n’utiliser qu’en cas d’extrême urgence » (de nuit où les yeux et les narines clos de préférence) à « on se croirait presque à la maison tellement on s’y sent bien ».

Jess aide Kenjee à faire sa toilette / repos bien mérité dans un camping 

Nous devenons également familiers des routes néo-zélandaises... Einstein aurait dû venir ici pour exemplifier la théorie de la relativité du temps. Une ville à 150 km ici où en Suisse, ça ne signifie pas tout à fait la même chose. La faute à des tracés de bitume très (très, très) souvent sinueux et à un nombre inimaginable de ce que nous avons qualifié du terme « chantiers imaginaires » (apparemment, en Nouvelle-Zélande, un cône au bord de la route = un chantier et une limitation à 30 km/h 2 km avant et après le cône). Nous nous habituons aussi aux nombreux ponts à une seule voie (je pense qu’il a dû y avoir une coupe de moitié dans le budget de construction de ces ouvrages lors de leur construction). Mais au moins, cela nous laisse le temps d’admirer les paysages.

Paysages de la côte ouest et randonnée 

En remontant la côte, nous découvrons les plus hauts sommets de Nouvelle-Zélande sous un autre angle. Les monts Cook et Tasman semblent nous tourner le dos. Nous nous approchons tout près du glacier Franz Josef qui descend le long des flancs du second nommé, longue langue bleue et blanche hérissée de créneaux et de tours de glace éternelle. Vous me direz que ça vaut bien la peine de faire tous ces milliers de kilomètres pour voir un glacier ! Comme si nous n’en avions pas par chez nous. Mais ce qui rend ce panorama singulier, c’est que l’imposant seigneur des neiges éternelles (10 km de long tout de même) descend à seulement 300 mètres au-dessus du niveau de la mer et qu’il est par conséquent bordé de part et d’autre par la jungle de d’arbres et de fougères endémiques (et qu’il est facilement accessible pour des flemmards comme nous deux, c’est vrai). Pourtant, le roi se meurt, comme ses congénères partout autour du globe... spectacle à la fois saisissant et triste, donc... celui d’une merveille naturelle, et de son écosystème, que nous précipitons dans l’oubli par des décennies d’actions et de décisions inconsidérées.

Reflet des monts Tasman et Cook sur le lac Matheson /  glacier Franz Josef

Au fur et à mesure de notre remontée vers le nord, la côte devient plus sauvage et impressionnante. La roche, l’eau et la végétation se livrent une guerre sans merci. Les impressionnantes falaises, murailles imposantes prises en tenailles entre la jungle et l’océan, semblent prêtes à capituler face à la puissance de ces éléments, abandonnant ici et là une haute mais fébrile tour rocailleuse à l’impitoyable assaut des vagues. Ici, la mer donne des formes improbables à la pierre et souffle sa puissance et sa rage à travers d’étroits tuyaux de roche qu’elle a elle-même façonnés, provoquant de spectaculaires geysers d’eau salée. Ici, la forêt n’est qu’un inextricable noeud de lianes, de feuilles, de troncs, de tiges, de racines et de branches... l’odeur fraîche de la mousse gorgée d’eau se mêle à celle des innombrables troncs pourrissant et servant désormais de terreau fertile à une multitude de jeunes plantes. Fascinant spectacle sensoriel auquel se mêle se mêle la faune locale, toujours aussi intéressante à contempler.

La sauvage côte ouest, les « geysers » d’eau de mer, les Pancake Rocks

La tête pleine des images de l’ouest sauvage, nous replongeons dans les terres avec pour objectif de rejoindre la côte orientale et la petite ville portuaire de Kaikoura, réputée pour la faune marine qu’on peut facilement y observer. C’est l’occasion de faire escale, entre quelques ponts à une voie, une bonne vingtaine de chantiers imaginaires et, heureusement, une bonne série de panoramas mémorables, à Hanmer Springs, paisible station thermale... c’est l’occasion aussi de nous rendre compte que l’eau peut certes se montrer impitoyable, mais elle peut également s’avérer relaxante pour nos corps comme pour nos esprits après ces journées d’intenses explorations. C’est donc sur cette sensation d’eau chaude tantôt sulfurisée, tantôt chlorée, les muscles malaxés et l’esprit reposé, que je vous laisse avant de prochaines aventures et vous envoie un peu de chaleur.

Déjà 3´500 km parcourus...

La « jungle » façon néo-zélandaise 
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Publié le 7 février 2019

Direction le sud, le sud du sud. Après les falaises et routes vertigineuses de la péninsule d’Otago, la quête des pingouins est lancée et chaque occasion d’en voir est prise en considération. Plusieurs plages se succèdent, laissant apercevoir l’océan parfois tumultueux, parfois des rochers recouverts d’otaries grasses qui se prélassent.

La côte sud, entre Dunedin et les Catlins

Nous commençons à avoir le coup de main avec le van et à nous habituer à ce petit quotidien. Le check avant de partir (gaz, frigo, armoires fermées...) devient une habitude. Néanmoins il y a quand même plusieurs ratés, les phares allumés pendant quelques heures inutilement, des armoires qui déversent leur contenu...

La route nous mène à Brighton (pas la ville anglaise, oui merci Google maps), où nous rencontrons un nouveau type de faune locale : des trentenaires en pleine puberté qui manifestent leur désamour pour les touristes en roulant des mécaniques, driftant sur un vieux boguet, musique dubstep à fond sur le camping. Quel bonheur d’entendre des chiens aboyer autour d’une voiture sans plaque, des « f#ck you » fusant de la part de leur maîtres. Ils avaient probablement un couvre-feu parental, car à 22h30, ils sont partis sur des chapeaux de roues.

Malgré ces petites mésaventures, nos journées filent avec une nouvelle cadence. Celle de l’accès à l’eau, celle des paysages surprenants, celle de nos estomacs et de notre énergie.

Au détour d’une route, mille merveilles 

Les Catlins, immense réserve nationale, s’ouvrent à nous et nous révèlent quelques-uns de leurs secrets. Des chutes d’eau cachées après une petite « gravel road », des oiseaux multicolores, des forêts denses et paysages accidentés.

Forêt fossilisée à Curio Bay 

Notre journée de route se termine à Curio Bay où nous avons entendu parlé (merci l’app CamperMate) de colonies de dauphins et de pingouins. Les dauphins sont aux abonnés absents, mais nous finissons par apercevoir un couple de Yellow-Eyed pingouin qui se font des papouilles derrière un gros rocher. Transis de froid, balayés par un vent fort venu de l’Antarctique, nous ne nous attardons pas sur la surprenante plage d’arbres fossilisés, bien que nous soyons emmitouflés dans nos vestes d’hiver.

Les Catlins 

Nous nous dirigeons le lendemain à Slope Point, le point le plus au sud de l’Ile du Sud. Une longue journée de route nous mène à traverser plusieurs villes et villages isolés vers le magnifique parc national du Fiordland, et nous établissons notre campement dans la vallée d’Eglinton. Nous visitons le Milford Sound, en bateau et avons la surprise de voir des dauphins à long nez venus jouer au bord de l’eau ainsi que des phoques au repos. Une journée qui se termine bien, ayant réussi à trouver du diesel à l’autre bout du monde (vous nous demanderez l’histoire complète quand on sera de retour au pays...). Nous finissons la soirée dans un camping gratuit à Lumsden. Toute la communauté de ce petit village isolé se plie en quatre pour accueillir des campeurs du monde entier. Nous sommes touchés par leur hospitalité et leur ouverture d’esprit qui contraste avec celle des gens croisés à Brighton.

Milford Sound et le Fjordland National Park

Nous découvrons ensuite Queenstown, ville vibrante de jeunes en quête de sensations fortes et de sports extrêmes. Nous nous contentons d’une balade dans le parc et dans le centre ville avant de nous diriger vers une ancienne colonie de chercheurs d’or chinois. L’installation de l’être humain dans ces contrées est fascinante. La terre étant restée vierge si longtemps, il est facile de deviner où l’homme a pu laisser sa trace et où la nature a tous ses droits. Les vagues d’immigrations successives ont créé la richesse culturelle de ce pays. Pourtant, comme constaté en Australie, les Chinois sont venus très tôt s’installer dans ces deux grand pays et ont souffert terriblement d’un racisme primaire. Je n’imaginais pas qu’ils avaient marqué autant l’histoire « down under », probablement parce que leur héritage reste encore beaucoup trop dans l’ombre.

Sur la route entre Dunedin et Queenstown, les surprises de la nature

2380 km parcourus déjà...

26
janv

Nous y voilà. Sans renier l’immense et merveilleuse Australie, j’avoue avoir attendu avec impatience d’arriver en Nouvelle-Zélande. Lorsque j’y suis venu il y a presque sept ans maintenant, j’ai été séduit par ces paysages grandioses quasiment dénués de toute empreinte humaine, par les biotopes extraordinairement variés pour un pays de cette taille, qui voyaient se côtoyer paysages volcaniques, plages dignes des plus belles côtes australiennes, jungles denses et humides, chaînes montagneuses, plaines fertiles, criques abritant dauphins, pingouins, otaries et autres animaux qui exercent sur la plupart des gens une sincère fascination. Il y a de l’excitation à l’idée de redécouvrir ce véritable coup de cœur, qui plus est aux côtés de Jess! Toutefois, aux émotions foncièrement positives ressenties au moment du départ pour Chistchurch se mêle aussi la tristesse de voir l’étape australienne de notre voyage se terminer, tristesse au moins égale à l’intensité des moments déjà vécus là-bas.

Après un vol parfois turbulent, nous atterrissons à Christchurch, ville ravagée en 2011 par un terrible tremblement de terre qui a profondément endommagé le centre de la ville. Tout excités à l’idée d’être enfin arrivés chez les Kiwis, nous posons nos affaires dans notre atypique auberge de jeunesse (c’est une ancienne prison...) et partons découvrir la principale cité de l’Ile du Sud. Quelle stupeur de voir que le centre est encore en reconstruction! La cathédrale est encore en ruines. Ici et là des palissades de chantier habilement peintes ou dévoilant des projets urbanistiques séduisants et futuristes masquent des reconstructions en cours ou des terrains vagues... et on ne peut s’empêcher de se dire en voyant cette grande ville d’un pays prospère ainsi marquée : combien de temps pour des cités meurtries par la guerre et les catastrophes naturelles et écologiques pour se remettre ? Combien de temps pour Alep et sa population meurtrie, lentement passée dans les limbes de l’oubli médiatique ? Christchurch, malgré sa blessure, se reconstruit et présente un visage dynamique et élégant, comme nous le percevons en déambulant dans les parcs et les rues. C’est une ville résolument tournée vers l’avenir où il fait bon vivre... même notre « prison » est accueillante après tout.

L’auberge-prison et la cathédrale de Christchurch 

Nos tranquilles tribulations à Christchurch se terminent après deux jours... c’est l’heure de prendre notre van pour aller où bon nous semble en Nouvelle-Zélande pendant un mois. L’idée est excitante, mais aussi effrayante! Allez demander au Tiago sans permis de conduire d’il y a un an et demi s’il s’imaginait conduire un van (en roulant à gauche) à l’autre bout du monde... en fait, demandez simplement s’il s’imaginait conduire il y a deux ans ! Bref, grosse, très grosse angoisse ! C’est donc avec un courage légendaire que j’ai laissé Jess prendre la première tranche de conduite (honte sur moi et gloire à elle). Après une quinzaine de kilomètres, j’ai toutefois insisté pour prendre le relais, histoire d’apprivoiser Kenjee (on l’a nommée ainsi, devinez pourquoi...) et surtout, ma peur.

Kenjee & Jess 

Passées les premières appréhensions, au fur et à mesure des kilomètres avalés et des lieux découverts, c’est un sentiment de liberté grisant qui nous habite. S’arrêter où on veut, quand on veut, découvrir des lieux hors des sentiers battus, épargnés par les hordes de touristes (dont nous faisons nous aussi partie à maintes reprises), dormir dans des campements côtoyant des paysages de toute beauté. Autant d’éléments qui font que les journées sont denses et pleines de découvertes.

Nous mettons cap vers le sud et découvrons ces belles hauteurs pelées, ces nuages rapides flottant si bas dans le ciel, ces baies encastrées dans les falaises et bordées de plages, tous ces endroits que j’avais déjà entrevus et que j’ai l’impression de totalement découvrir à nouveau. Après la belle et calme péninsule d’Akaroa et ses petites criques et collines, nous traversons les pâturages du Canterbury pour nous engouffrer au sein des terres sauvages dans lesquelles s’enracinent les Alpes néo-zélandaises. Le spectacle offert par les vastes lacs aux mille nuances de bleu, les montagnes imposantes couvertes de neiges éternelles et les larges vallées herbeuses est magnifié par l’absence quasiment totale de trace humaine, à l’exception de quelques hameaux distants et peu peuplés, de quelques campings et des routes sinueuses qui serpentent dans les landes. Nous sommes stupéfaits par tant de couleurs... la nature semble prendre un malin plaisir à dévoiler des tableaux insoupçonnés au détour d’une colline ou d’une rivière où d’un virage. Cette escapade dans les terres intérieures se ponctue par un hommage rendu au pied même du roi de ces contrées, l’Aoraki/Mont Cook, plus haut sommet de Nouvelle-Zélande, masse imposante visible loin à la ronde. Nous campons dans des lieux d’une beauté époustouflante ces premiers jours et on hésite à entreprendre la moindre activité quotidienne (cuisine, vaisselle, douche, etc) de peur de manquer un coucher de soleil bouleversant momentanément la coloration de tous les éléments présents ou un nuage se dissipant et dévoilant soudain une crête blanche et acérée.

Le mont Cook, les lacs Pukaki et Tekapo 

C’est avec ces images gravées indéfectiblement dans notre esprit que nous regagnons la côte en direction de Dunedin et la péninsule d’Otago, campant à deux pas de l’océan dont le doux son berce notre nuit. Le lendemain, après quelques heures à Dunedin, ville qui respire une culture passée et présente foisonnante (première uni de Nouvelle-Zélande, street art omniprésent, nombreuses églises, librairies, bâtiments historiques), nous nous mettons en quête des pingouins et otaries qui peuplent la péninsule toute proche. Heureusement, Jess a fini par trouver une otarie dans le sable (que j’aurais prise pour un tronc ou un sac poubelle autrement) sur une des belles plages que nous avons explorées. On repassera pour la faune, mais ces n’est que partie remise.

Dunedin: la route résidentielle la plus pentue du monde, Street Art 

Et voici donc déjà quatre jours passés sur la route et six jours au total en Nouvelle-Zélande. J’ai peur que cela passe vite, trop vite. J’ai ce grand défaut de ne pas savoir parfois profiter pleinement de l’instant, d’anticiper déjà une rupture douloureuse avec des moments de bonheur intense, avec ce beau pays du long nuage blanc. Que ce début de voyage est dense! Que j’aime contempler les paysages qui défilent lorsque je conduis ou que Jess pilote Kenjee! Que j’aime perdre mon regard, mon ouïe, tous mes sens, dans le moindre des détails qui animent et font battre ce pays, cœur du monde, cœur de mon monde! Il faut que je m’imprègne et que je n’oublie pas.

Peninsule d’Otago, falaises d’argile, van sauvage et coucher de soleil.  
24
janv
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janv
Publié le 26 janvier 2019

Une première petite escapade à Melbourne avant d’aller en Tasmanie, nous permet de découvrir son street art, son excellent café, son grand marché couvert et ses arcades. L’ambiance douce et agréable d’une grande ville, à l’âme cosmopolite, multiculturelle.

Street art  

Nous rejoignons son port pour nos derniers jours en Australie. C’est le temps du repos, de vider nos sacs (au sens littéral), de faire des lessives, réservations et autres petits bonheurs de backpackers.

La première journée est sous le signe du positif: arrivée à l’heure du ferry sans grandes vagues tumultueuses comme annoncé par le capitaine, upgrade de nos lit en dortoir à une chambre seule, disponible dès 7h30, lentilles arrivées pour Tiago et moins chères que prévu (oui oui... la vie est réellement 2x plus chère en Suisse), soleil et surtout match de tennis!

Tiago m’a fait la surprise de m’offrir l’entrée à la Rod Laver Arena pour voir la demi-finale hommes de l’Open d’Australie. Une première pour nous, agréable découverte qui nous a permis de voir la machine Nadal en action. Petite déception concernant l’absence de Roger qui aurait rendu ce moment d’autant plus magique.

Chaleur et bonheur à l’Open d’Australie 

La deuxième journée nous permet de faire notre première grasse matinée du voyage. Ceux qui me connaissent bien savent que c’est rare pour moi de passer un mois entier sans m’adonner à une de mes passions, le sommeil. Mais le rythme de voyage, loin du travail, des changements d’horaires d’infirmière, des sollicitations, demandes et attentes de tous m’ont permis de calquer mon rythme sur celui du soleil et de profiter de planifier ma journée selon mes besoins et non ceux du quotidien de jeune adulte.

Chaleur intense et ville culturelle oblige, nous visitions deux musées. L’un dédié à l’art contemporain, dont nous n’avons malheureusement compris qu’une très petite partie (5 minutes de vidéo d’une femme qui pleurniche dans une voiture?), mais heureusement l’entrée est gratuite. La deuxième visite nous permet de découvrir l’histoire de l’immigration en Australie, ainsi qu’une exposition sur la nature de l’amour.

La première grande étape se termine. Je suis tombée en amour avec toi, ma belle Australie! Tes plages d’un sable si fin que marcher sur leur surface évoque le crissement de la neige en hiver. Ton soleil intransigeant qui donne le tempo de mes nuits. Tes paysages changeants, riches et mystérieux. Tes gens si ouverts, simples et engageants. Ta jeunesse multiculturelle et si belle! Ton immensité de terre rouge, ocre et noire qui s’étend à perte de vue pour ne plus voir trace d’humanité. Ta « wildlife » si présente, accueillante et fascinante.

Merci pour tous tes musées gratuits, tes transports publiques gratuits aux centre ville, tes multiples stations d’eau filtrée pour remplir ma bouteille, ton tri des déchets, tes sacs plastiques taxés, la serviabilité de tes habitants, ton option lactose-free présente partout, tes légumes et fruits locaux et non importés, ton papier toilette solidaire, tes parents room, unisex toilets et places de jeux pour enfants en chaise roulante qui actent d’une politique publique inclusive. Tu m’inspires!

A travers tes propres mots, j’aurais envie de te dire, : no worries mate, we’ll call again soon. Say good’day to your follow Aussie mates. We’ll have to cruze back one day. Love yah!

~J.

Les Swagpackers  
19
janv
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Publié le 24 janvier 2019

Après une brève journée à Melbourne (ville qui nous verra revenir pour les derniers jours de notre voyage en Australie), nous mettons le cap sur la Tasmanie. La formule semble d’autant plus appropriée que c’est bel et bien en bateau que nous entreprenons la « croisière » (c’est ce que dit la compagnie) pour Devonport, au nord de l’île. Est-ce une improbable génétique lusitanienne qui opère? Je me sens plutôt à l’aise sur un bateau, même au large des côtes et la réputation tempétueuse des quarantièmes rugissants, qui balaient notamment l’océan entre l’Australie et la Tasmanie, loin de m’effrayer, éveille ma curiosité. Jess ne cache pas se sentir surtout à l’aise sur la terre ferme... pourtant, la plus dure épreuve de la traversée sera liée au retard du ferry qui doit nous embarquer à Melbourne, retard qui nous fera manquer notre bus pour Hobart le lendemain (les multiples entreprises téléphoniques de Jess nous ayant heureusement permis de trouver une solution). Nous dormons étonnement bien sur nos sièges inclinables, mais je peux sentir, durant mes brefs réveils, la forte houle dans la nuit qui nous entoure.

Arrivés avec quatre heures de retard à Devonport, nous déambulons dans les rues de cette morne ville en attendant le prochain bus pour Hobart... seules les allées et venues quotidiennes des ferrys en provenance du « Mainland » semblent perturber la morosité ambiante. Les quelques heures de bus qui suivent nous permettent de découvrir un paysage à la fois étrange et familier. Certaines montagnes et collines lointaines nous rappellent la Suisse et seule la végétation locale donne un brin d’exotisme à ces contrées. Cela n’enlève pourtant rien à la beauté des vastes prairies qui s’étendent jusqu’au racines des montagnes.

Un petit côté rappelant la Suisse... 

En arrivant à Hobart, nous avons une légère sensation de bout du monde. La ville ne manque de rien, il y fait bon vivre et la température est on ne peut plus agréable, mais c’est comme si on sentait en filigrane toute l’histoire à la fois épique et tragique de la ville : point de départ d’expéditions polaires, port d’attache de baleiniers partis affronter la mer inhospitalière, et, bien évidemment, passé pénitentiaire du lieu, qui a vu des milliers de « convicts », ces parias, criminels et marginaux de la société britannique, être exilés dans cette terre inhospitalière, pour leur plus grand malheur et pour celui de ceux qui peuplaient ces terres depuis 60’000 ans. Nous avons d’ailleurs l’occasion de découvrir cette Australie pénitentiaire en visitant deux prisons en ruines devenues des musées, lieux de mémoire de ce passé encore tabou. Nous profitons aussi de notre trop bref séjour en Tasmanie (5 jours) pour découvrir un peu la côte est de l’île, ses plages immaculées en croissant de lune et ses falaises vertigineuses.

Port Arthur et la péninsule tasmane 

Qu’en est-il de la faune? A part quelques éphémères et distantes rencontres avec quelques spécimens locaux (échidné, biche tachetée et son faon, lézard obèse), eh bien disons franchement que les seuls diables de Tasmanie, opossums et wallabys que nous avons aperçus gisaient malheureusement sur le bord de la route (ou sur la route) et étaient par conséquent peu identifiables.

Mais nous n’avons pas le temps de nous apitoyer sur les représentants trépassés de la faune locale, car à peine deux jours après avoir effleuré le sud-est de la Tasmanie, nous voilà repartis pour Launceston, deuxième ville de l’île, tout en poursuivant nos incursions dans les parcs nationaux de l’est tasmanien. Les voyages en bus à travers les Midlands de la Tasmanie nous donnent l’occasion de deviner les ravages des incendies dans les hauteurs de l’ouest de l’île. De tristes nuages cendrés poussés par le vent nous surplombent par moments, filtrant la lumière du soleil et donnant ainsi des teintes crépusculaires aux vallées desséchées. Le soleil lui-même apparaît comme une sphère rouge sang loin dans le ciel, alimentant d’autant plus ce spectacle surnaturel.

Soleil à travers les cendres, Gorges de Launceston

Au final, un sentiment un peu mitigé... celui ne n’avoir qu’entraperçu les richesses de cette île qui fait presque deux fois la taille de la Suisse. On aimerait s’y attarder un peu plus, passer moins de temps dans des villes qui, quoi qu’on en dise, n’ont pas à mes yeux la profondeur d’âme de certaines villes européennes, marocaines ou japonaises que nous avons visitées, nourries elles par une histoire dense, riche et séculaire. On aimerait découvrir la partie ouest de l’île, ses forêts primaires aux eucalyptus géants, ses sommets balayés par les vents de l’Antarctique, ses villages portuaires peuplés de quelques dizaines d’habitants. Pourtant, à peine le temps d’y penser et nous voilà déjà à nouveau à bord du ferry pour Melbourne, dernière étape de notre séjour australien avant notre prochaine aventure néo-zélandaise.

Freycinet National Park 
Freycinet National Park : Wineglass bay
17
janv
17
janv

Une première demi-journée placée sous le signe de l’administratif. Après avoir bouclé nos téléphones et notre tablette, nous partons découvrir la jolie ville d’Adélaïde. Sans gratte-ciel, la ville a un air familier, à taille humaine. Malgré la chaleur étouffante, nous lézardons dans les rues, passant d’une ombre à une autre. Un petit détour par Glenelg nous permet de voir la mer, tout en dégustant un Spritz. L’alcool est si cher en Australie que le goût de ce premier apéritif pris sur sol Aussie est amplifié. Le coucher de soleil sur la plage, le verre et la bonne compagnie rendent ce moment particulièrement agréable.

Glenelg 

C’est également le jour des 20 ans d’Axel, mon petit frère. Il nous faut des calculs savants pour savoir quand cela va être possible de s’appeler, prenant en compte les 9:30 de décalage horaire, l’accès au wifi et l’emploi du temps de tout un chacun. Finalement une vidéoconférence Lausanne-Adelaide a pu être mise en place.

Le lendemain, c’est le départ pour un dernier tour en groupe de 2 jours en Australie. Le minibus se remplit d’une majorité de personnes à la chevelure argentée et le guide semble fatigué par ses 22 ans de métier. Heureusement, nous retrouvons une Italienne avec qui nous avons fait connaissance dans le Nullarbor. Il y a comme un vent de nostalgie par rapport au groupe que nous venons de quitter. Les liens se sont tissés, et comme à la fin d’un camp de ski lorsque nous étions à l’école, nous sommes un peu tristes tout en étant très heureux de notre expérience et des rencontres faites.

The Grampians 

La première journée du tour nous amène à traverser les Grampians, grandes étendues vertes et montagneuses (c’est pas les Alpes, mais tout de même quelques centaines de mètres de haut). Je ressens un sentiment familier de la part de ses rivières, cascades et pentes vertes tandis que Tiago, s’attachant aux détails, trouve l’endroit bien plus exotique.

Le soir, la quête du wifi nous permet de terminer nos plaisirs administratifs. Les lunettes de Tiago sont probablement en cours d’envoi, quelque part entre la Suisse et la Nouvelle-Zélande, du moins nous l’espérons. Ceci malgré le fait que l’opticien a écrit que Tiago a utilisé de manière inappropriée ses lunettes. Effectivement, un homme qui cuisine, qui plus est avec ses lunettes, c’est est tout à fait inapproprié, voire choquant, ce que nous n’avons pas manqué de répondre, avec une certaine ironie, à l’opticien.

Nous poursuivons notre route à travers la Great Ocean Road. Les paysages se succèdent mais ne se ressemblent pas. La forêt est tantôt tropicale ou sèche comme le bush du centre de l’Australie. La côte magnifique est surplombée par des falaises à pic, bordée de plages parfois vides, parfois constellées de petits points noirs, glissant sur les rides à la surface de l’océan.

The 12 Apostles, the Great Ocean Road, Rainforest

Il m’est physiquement impossible de tenir plus de 30 minutes dans le bus sans m’endormir. Probablement que mon corps doit rattraper toutes ces heures de sommeil en moins, cumulées depuis des années. Je profite de ces petits moments de répit, où je ne pense à rien si ce n’est à la position la plus confortable pour tomber dans les bras de Morphée (ou de Tiago).

Nous arrivons à Melbourne, où nous espérons sentir la fièvre de l’Open d’Australie. Nous sommes prêts à montrer nos couleurs suisses et ravis de pouvoir dire : we are from Switzerland, like « Rodgeur ».


~J.

15
janv

Un bref vol nous amène du Centre Rouge à Perth. C’est un sentiment étrange pour moi, car après avoir passé par des lieux que j’ai eu du plaisir à redécouvrir, nous atterrissons dans un endroit que je ne connais pas du tout. L’atmosphère de Perth semble détendue et on se dit qu’il doit faire bon vivre dans cette ville de presque 2 millions d’habitants, dont le fleuve aux eaux placides reflète la tranquillité apparente. Nous profitons au mieux de la demi-journée que nous passons dans la capitale de l’Australie de l’Ouest en déambulant dans les rues et les parcs, soulagés par la température bien plus acceptable pour nos petits corps qui y règne (30 degrés Celsius). Nous profitons de la soirée pour nous restaurer dans un petit patelin à une vingtaine de kilomètres de Perth, avec vue sur l’Océan indien.

Jardin botanique avec vue sur Perth 

Le lendemain matin, c’est parti pour un nouveau tour de 9 jours qui doit nous amener de Perth à Adélaïde. On doit confesser, un brin honteux vis-à-vis des véritables baroudeurs qui nous suivent, que nous ne nous sentions pas à l’aise à l’idée de conduire dans les vastes et inhabitées contrées australiennes (ceux qui me connaissent savent en plus que j’ai le permis depuis un peu moins d’une année). Nous avons essayé de privilégier des tours un peu « roots » (voyage dans un minibus, nuits à la belle étoile dans nos swags, douches tous les deux jours, etc). C’est l’occasion, comme la dernière fois au Centre Rouge, de partager aussi un moment avec des gens venus de divers horizons. Nous sommes cette fois 11 à embarquer (trois Australiens, une Danoise, une Italienne, un Américain, un Indien et un Suisse). Évidemment, impossible d’avoir des atomes crochus avec tout le monde, mais la plupart des gens ont un parcours personnel aussi riche que varié et notre attrait commun pour les voyages et la découverte donne autant de sujets d’interactions aux membres de notre petite et éphémère communauté.

Nous savons qu’il y aura beaucoup de route, tant la distance à parcourir est longue et nous alternons les jours où nous voyons défiler invariablement le vaste bush et les immenses champs céréaliers du sud de l’Australie avec des journées moins mobiles passées dans des parcs naturels époustouflants et sauvages ou sur des plages d’un sable d’une blancheur éblouissante (avec quelques passages de kangourous suffisamment taquins pour s’approprier momentanément et fort heureusement brièvement nos linges de bain). Mais nous ne nous contentons pas de passer nos journées sur le sable blanc où dans les eaux cristallines et fraîches de l’océan qui baigne la côte sud de l’Australie. Nos premières journées sont ponctuées de nombreuses marches qui nous donnent l’occasion de découvrir la flore étonnement variée de l’Australie méridionale. Derrière l’impression d’uniformité, voire de monotonie, que semble donner de prime abord le bush australien se cache en effet une richesse indéniable et on se surprend à constater, au cours d’une longue marche, que nos pieds on foulé alternativement le sable ocre, noir de jais, immaculé ou encore d’une teinte jaunâtre semblant témoigner de l’empreinte du soleil à son zénith. Et le cumul de ces petits détails, multiples, suscite sans cesse notre émerveillement.

Kangourous sur la plage de Cape le Grand 
Marches dans les parcs nationaux Fitzgerald et Cape le Grand

Le milieu de notre tour est essentiellement passé sur la route (dont 146 km de route parfaitement rectiligne), le long de laquelle défilent les touffes d’herbes assoiffées, les eucalyptus et les bas buis profondément enfoncés dans la terre orange et sèche. La trajectoire de notre minibus n’est déviée que par le souffle provoqué par le passage ponctuel d’un impressionnant camion aux multiples remorques, par la rare apparition d’un roadhouse qui permet d’étancher notre soif (et surtout celle de notre véhicule) et par l’apparition soudaine et inattendue en bordure de route d’un spécimen nous rappelant la déconcertante et fascinante richesse du règne animal dans ces contrées (alors que j’écris ces quelques mots, nous venons d’esquisser un rapide mouvement sur la droite afin d’éviter un immense aigle posé le long de chaussée - le plus gros rapace d’Australie d’après notre sympathique guide et chauffeur, capable de capturer et soulever un petit mouton dans les airs de ses griffes acérées). Nous sommes dans les plaines hostiles de Nullarbor (étymologiquement, conçu à partir du latin Nullus arbor, soit « aucun arbre ») et on ne peut s’empêcher de songer, quand on voit la déconcertante facilité avec laquelle nous les traversons, que le chemin devait être autrement plus difficile il y a de cela une centaine d’années. Les caprices de la météo (le soleil tenace et mortifère pouvant soudainement laisser sa place à un terrible orage inondant en quelques instants cette immensité plate), la faune (serpents, araignées, dingos, etc), le manque de ressources et les immenses distances à parcourir sont autant d’éléments qui laissent à penser que la nature a souhaité montrer à l’homme, dans une ultime tentative de leçon d’humilité, qu’il ne peut être maître en tous lieux.

Nullarbor  

Les nuits dans nos swags nous permettent certes de nous endormir les yeux plongés dans un ciel étoilé comme jamais (la pollution lumineuse étant inexistante lorsque nous dormons dans le bush), mais elles ne sont pas de tout repos et nous devons affronter la quatrième nuit de notre périple une grosse averse nocturne qui met à mal la réputation d’imperméabilité des swags... nos sacs de couchage et les quelques affaires dissimulées sous nos couchettes de fortune « aussie made » sont trempés et les quelques heures restantes avant le lever du soleil n’offrent que peu de réconfort. On commence à s’impatienter à l’idée de passer la cinquième nuit dans un campement présentant des infrastructures sommaires (entendez par-là toilettes et douches), après deux nuits dans le Nullarbor. Mais cela nous amène aussi sans conteste à apprécier ces petits conforts à leur juste valeur. Autant dire également que ce tour nous permet une bouffée d’air technologique salutaire, nos « téléphones intelligents » ne pouvant servir que d’horloge vu l’inexistence du réseau mobile.

Jess en plein Swag 

Les quatre derniers jours de notre tour nous permettent de prendre à nouveau plus de temps et d’effectuer quelques marches dans les paysages exubérants des parcs nationaux qui environnent le Golfe Spencer. On est particulièrement marqués par la faune. Je n’oublierai jamais cet instant où barbotant tranquillement dans les eaux de l’océan, je suis entouré quelques minutes par deux otaries remuantes et joueuses qui ne se trouvent qu’a une brassée de moi. Notre dernier campement couronne le tout et nous sommes entourés au coucher comme au réveil de kangourous, de koalas et nous apercevons même quelques émeus. L’expérience est d’autant plus forte que tous ces animaux sont en totale liberté et que rien ne conditionne nos rencontres avec ces merveilles des antipodes. En parallèle, les neuf jours passés dans le bush soudent le groupe - nos séances de sandboard et de boomerang ont notamment donné lieu à quelques rires - et c’est avec un petit pincement au cœur que nous nous quittons après un dernier repas dans un bistrot d’Adélaïde.

Sandboard, boomerang, koalas 

Neuf jours riches, neuf jours trépidants, neuf jours qui nous auront vus parcourir environ 4´000 km, neuf jours qui n’auront permis de n’avoir qu’un bref aperçu de l’infinie richesse du sud de ce pays-continent... on a envie de se retourner et déjà, pourtant, la Great Ocean Road, Melbourne et la Tasmanie nous appellent.

South Ocean 
5
janv

Départ à 5:35 précise de notre auberge à Alice Spring. Nous avons échangé nos grands sacs à dos contre des petits, plus pratiques. Armés de 6 litres d’eau, de sacs de couchage, deux crèmes solaires à indice 50 et de mini-moustiquaires pour tête, nous partons à la découverte de l’outback australien, plus précisément du centre rouge. Notre groupe est constitué de deux autres Suissesses, des Coréennes, des Américains, des Espagnols, des Italiens, une Canadienne, des Anglais, des Australiens (dont notre guide, qui est aussi notre chauffeur, cuisinier, etc) et un grand-papa néo-zélandais.

Nous passons au centre exact de l’Australie, à exacte distance de la mer aux quatre coins de la boussole.

Malheureusement, notre premier arrêt a King’s Canyon est un peu frustrant, les sentiers étant fermés pour cause de chute de roches et de la chaleur (environ 45 degrés). Nous écoutons attentivement les explications du guide sous un couvert. C’est là, à cet instant précis que je me suis dit que trois jours dans le bush ça allait être très long... oui, c’est ma première vraie rencontre avec un monstre australien. Ceux qui me connaissent bien savent mon amour pour ces petites bêtes à huit pattes. Je n’ai donc rien suivi des explications et me suis éloignée de manière à rester à l’ombre tout en restant le plus loin possible du démon.

King’s canyon 

Ça a rendu cette première marche particulièrement éprouvante, car il m’a fallu être vigilante à toutes les menaces et attentats à ma vie perpétrés par mes amies les bêtes.

Néanmoins, la chaleur ambiante était si intense que ce fut un soulagement de revenir dans le bus, enfin lorsque la climatisation est enclenchée depuis plusieurs minutes.

Plusieurs petites marches et quelques arrêts dans des roadhouse (il faut bien que les Américains survivent, dose de coca fraîche assurée) ont ponctué la première journée qui se passe principalement dans le minibus. Nous traversons le bush sur une longue route rectiligne qui semble ne jamais avoir de fin. En effet, les stations d’essences sont parfois éloignées de plusieurs centaines de kilomètres, la bitume ne croise la route que de quelques habitations.

La première nuit se fait en plaine nature. On nous installe des genres de matelas qui s’appellent des « swag ». Ça s’écrit probablement pas comme ça, mais ça nous a fait rire d’avoir du swag en plein désert.

Du swag  

Nous cuisinons avec le guide et le reste du groupe. Tiago vient vers le feu de camp pour donner un coup de main. Il revient en me disant qu’il ne voit plus rien. Après de multiples nettoyages et autres tentatives, nous sommes forcés de constater que les verres de ses lunettes ont fondu au contact de la chaleur. C’est le tout début du voyage et les lunettes neuves sont déjà gravement abîmées. De plus, Tiago n’a pas ses lentilles ou des lunettes de rechange sur lui. C’est le premier coup dur de notre voyage. Tiago a une vue extrêmement limitée sans correction. Je vais donc préparer son lit, lui servir à manger et l’aider à ranger ses affaires. On est tous les deux dépités et dans l’incompréhension. Notre « concessionnaire lunettes » suisse a bien de la chance qu’il n’y eût aucun réseau téléphonique disponible à ce moment là.

S’ajoute à ça que pour moi, dormir à la belle étoile, en étant persuadée qu’il y a des centaines de monstres énormes qui attendent dans la pénombre pour venir grignoter mes orteils, n’a pas rendu la chose facile. Le ciel étoile, purifié de toute pollution lumineuse nous surplombait. Finalement, la Voie lactée m’a bercée ainsi que les ronflements de Tiago et j’ai fini par dormir quelques petites heures.

4h30 réveil. Là je me demande si c’était quand même pas mieux quand je bossais à l’hôpital et que je devais me lever à 6h, quelle grasse mat! Mais une fois installée avec un thé et un bol de céréales devant le lever de soleil, j’ai vite oublié mes patients. Le soleil d’un rouge intense se soulève au dessus de l’horizon, teintant le sol d’une couleur or. Devant tant d’émotions, quelqu’un s’est évidemment senti obligé de chanter le début de l’intro du dessin animé le Roi Lion (ahhhh svenjaaaa...).

Tiago voit quand même un peu avec ses lunettes fondues. De jour, il n’a pas besoin de mon assistance constante comme on le croyait la veille. Néanmoins, il verra la fin de notre tour dans l’outback en flou.

Une douche. De l’eau dans le désert pour se laver, c’est un miracle. Tellement empressée de profiter de l’eau pour m’enlever les 8 tonnes de sables collées à mon corps par une sudation constante (46 degrés...), je prends toutes mes affaires et me rends compte que j’ai pas de savon, perd le dentifrice et me perd moi-même dans mes affaire un instant. Tant d’empressement me rend fébrile.

Les coups de soleil s’intensifient malgré les applications régulières de crèmes. Tiago en vient même à avoir des cloques. C’est si dur de se protéger du soleil : peu d’ombre, chaleur intense.

Nous découvrons le deuxième jour Kata Tjuta, formation rocheuse non loin d’Uluru. Nous marchons pour atteindre un point de vue dans la vallée des vents. L’air est chaud mais la brise est rafraîchissante. La vue est spectaculaire, j’ai l’impression de marcher dans un paysage lunaire. Lors de la descente, la chaleur est si intense que malgré les 3,5 litres d’eau bus en moins de 2h, nous nous sentons tous mal. J’ai l’impression d’avoir poussé mon corps à ses limites. Je sens mes gestes ralentis, comme si l’air était devenu visqueux. Mais une fois arrivé au bout, quelle satisfaction! Je suis contente d’avoir pu repousser les limites de mon corps et d’avoir tenu pour profiter de la vue.

Kata Tjuta  

Je n’en peux plus de cette eau chlorée et chaude que nous avons à boire. Chaque marche a des points d’eau potable à disposition, mais l’eau a un goût de produit chimique. Couplé avec la chaleur, ça donne un résultat peu engageant. Pourtant après quelques litres ingérés, nous ne sentons même plus la différence.

Nous avons le droit à quelques minutes méritées dans la piscine du camping où nous allons rester le soir. C’est un luxe lorsque l’on voit l’aridité des alentours.

Nous allons ensuite visiter le centre de culture aborigène. L’histoire y est présentée très édulcorée, parlant peu de la relation aux hommes blancs. Notre guide nous explique qu’il y a eu une lutte depuis des dizaines d’années de la part du peuple aborigène pour faire valoir leurs droits en général et sur le parc national qui contient Uluru, rocher sacré et simple source de revenus pour les blancs. Petit à petit, les propriétaires traditionnels (formulation politiquement correcte) reprennent possession des lieux et en partagent la gestion avec les Rangers. Nous avons eut peu de contact avec eux. C’est presque comme si on vivait dans des mondes parallèles.

Nous prenons le repas du soir en face d’Uluru, dont nous venons de visiter certaines cavités. Le soleil se couche sur la roche rouge, couleur qui change minute après minute, au gré des projections de la lumières du soleil. C’est un paysage indescriptible.

Uluru 

Une femme du groupe nous lance : vous vous êtes mariés récemment?

Nous répondons que cela fait presque trois ans que nous sommes mariés. Elle répond qu’elle nous trouve tout amoureux et qu’elle pensait que nous étions mariés depuis peu.

Retour au camp pour une nuit à la belle étoile. Une vraie douche (on trouve du savon, même dans le désert), puis nous enfilons notre swag pour la nuit.

4h18 réveil. J’espère que ça va pas continuer à avancer ainsi le reste du voyage. J’en suis presque « jetlagée » à nouveau.

Lever de soleil sur Uluru, toujours avec mon thé et mon bol de céréales. Tant de calme et de sérénité. Personne ne parle, nous sommes tous dans nos pensées, le regard magnétisé par le géant rouge. C’est presque impossible de détourner les yeux. Il est simplement fascinant.

Uluru 

Puis nous faisons le tour de la roche, 10 km. Heureusement la température est encore acceptable à 7h. Nous marchons d’un bon pas et croisons quelques touristes. Nous avons failli être l’origine d’un accident de Segway. En effet, des files de pilotes plus ou moins endurcis de Segway se précipitent autour de la roche rouge. L’une d’entre elles, dernière de sa file a complètement paniqué en nous voyant sur le chemin de promenade et a tenté de nous éviter (sentier de plus de 3m de large) en se dirigeant directement contre le mur de roche en accélérant malgré elle. Un instant de panique lui a traversé le corps mais dans un dernier sursaut elle a réussi à changer sa trajectoire avec grand bruit.

Nous voyons les dégâts faits par les hordes de touristes qui nous ont précédés. Une cicatrice blanche dans la roche rouge trace le chemin qu’utilisent certains pour monter sur la roche. Pourtant ceci est profondément irrespectueux envers les Aborigènes et leur culture. Nous voyons que malgré les panneaux d’interdiction, les gens escaladent les barrières et vont profaner et abîmer le lieu.

Puis c’est le retour en car, avec un arrêt vers un lac de sel gigantesque, caché par quelques dunes.

On vous envoie un peu de chaleur, on en a beaucoup trop en réserve.

Dirty, smelly, sticky but happy.

~J.

30
déc
30
déc
Publié le 1er janvier 2019

Premiers jours de voyage et premiers jours riches en émotions. Émotions que nous avons envie de partager avec vous (d’où le rythme un peu effréné d’articles dans un premier temps).

Après avoir fuit le tumulte de Sydney une première fois en allant à Manly, nous avons découvert les Blue Mountains. Non, nous ne sommes pas dans une chaîne montagneuse du Seigneur des Anneaux, mais bel et bien dans le réservoir d’eau et poumon (au parfum rafraîchissant d’eucalyptus, malgré la température élevée) de Sydney. Destination touristique, il est difficile pour nous d’échapper à la masse de voyageurs d’un jour, qui plus est en n’utilisant que les transports publics. Nous y parvenons malgré tout, en évitant les sempiternels bus à deux étages hors de prix et autres télécabines surcotées. Malgré le monde, nous découvrons au travers de petits sentiers longeant des falaises et entourés d’une végétation dense, des paysages superbes dans les vallées en contrebas et le contraste avec nos contrées suisses est saisissant, tant il est vrai qu’il est rare, voire impossible, de contempler à perte de vue et sur des dizaines de kilomètres, un paysage sans la moindre trace humaine par chez nous (naïvement, je me dis que ça ressemble à la forêt de Malcombe dans le film Les Visiteurs - on a les références qu’on mérite).

On contemple, on emplit notre petite tête non seulement d’images, mais aussi d’odeurs, de sons (ah, les chants des oiseaux si dépaysants), de vagues impressions en tâchant d’éviter de tout emmagasiner dans une carte mémoire par écran interposé, de ne pas réduire nos souvenirs et nos émotions à des paysages fossilisés en pixels (mais on aime prendre des photos aussi, ne vous inquiétez pas).

31 décembre... mon premier Nouvel An ailleurs qu’en Suisse ou au Portugal et surtout, le premier sans être avec la famille. Pourtant, l’excitation est là, parce que c’est un Nouvel An à deux, avec celle que l’on aime, et parce qu’on ne refait pas la réputation de Sydney (Sydnye pour l’occasion) pour cet événement. On a tous des images de la télévision, de présentateurs de JT avenants qui annoncent de leur voix monocorde et chaude que les antipodes ont déjà passé de façon spectaculaire le cap de la nouvelle année. On y est et on a pas envie de manquer l’événement! On se renseigne, on nous promet des files d’attente immenses, des gens campant depuis plusieurs jours aux meilleurs points pour assister au tant attendu feu d’artifice. En bons Suisses, nous nous pointons à 10h du matin à l’ouverture d’un des meilleurs lieux d’observations gratuits pour trouver... quelques dizaines de péquins. On se sent un peu bêtes, mais l’orgueil étant maître de tous les pêchés, impossible pour nous de rebrousser chemin. On s’installe, penauds, pour une longue attente de quatorze heures, munis d’un pique-nique et de quoi tenir ces nombreuses minutes (jeux, liseuses, sujets de conversations mondaines, etc).

Nous avons le plaisir de retrouver, mais c’était prévu, un très bon ami (heeeeu cher JD) et sa copine durant quelques heures (ils sont eux-mêmes en voyage). Nous passons un très bon moment, les minutes s’égrenant petit à petit, lentement, mais sûrement, tandis que de sombres nuages s’amoncellent sur et tout autour de nous, sans entamer pour autant notre moral. Malheureusement, la nature semblait déterminée à prouver qu’en termes de feu d’artifice, et malgré les 30 millions de dollars australiens dépensés à Sydney, elle restait, quand elle le voulait, experte en la matière (et sans dépenser le moindre centime, excusez du peu). Anticipant de quelques heures le Nouvel An du Harbour, elle décide donc de nous gratifier d’un superbe spectacle pyrotechnique sur la thématique de l’Atlantide (entendez par-là orage d’été et pluies diluviennes) d’une bonne quarantaine de (très longues) minutes. Les gens courent dans tous les sens, s’abritant comme ils le peuvent. Face à la tournure des événements, nous sommes certes au départ déterminés bien que détrempés, mais nous finissons par détaler, dépités... il est 20h, nous avons attendu dix heures, nos affaires et nous ne sommes plus que des éponges. J’ai envie de pleurer comme un enfant capricieux face à une injustice qu’il aurait subie.

On rentre tristement à l’hôtel, même notre séparation avec notre couple d’amis est pathétique (on se dit au revoir de la main en se disant qu’on se tient au courant pour la suite et on ne se reverra pas)... bref, Tiago est au plus bas lorsque, tel un capitaine faisant le décompte des pertes, il compte les affaires altérées par l’humidité, posé mélancoliquement sur son lit. Jess, pourtant, et comme à son habitude, n’abdique pas, elle veut y retourner. La tension monte, car dans ces moments elle sait que j’applique tout mon spleen et ma mauvaise volonté a ne voir que des embûches à une éventuelle nouvelle sortie. Elle gagne comme bien souvent la manche, uppercut dans la tronche de mes idées noires, à raison, car nous voici, à 22h, plus ou moins au même endroit vers le Harbour Bridge. Il ne pleut quasiment plus.

Minuit approche, la foule est de plus en plus survoltée, mais nous sommes un peu à l’écart, contemplant le pont comme la baie de Sydney et... minuit, le ciel s’enflamme de tous côtés (et les photos ne peuvent que rendre partiellement le spectacle aperçu alors). « Il fait jour », me dit spontanément Jess. Le bouquet final est spectaculaire, ne reste alors que la fumée, son odeur âcre et ce sentiment enfantin et assez égoïste qu’on en aurait bien voulu plus. Dans la foule compacte en mouvement et en parcourant le long chemin qui nous mène à l’hôtel, je me dis que ça en aura valu la peine... main dans la main avec Jess, je ne peux m’empêcher de penser que 2019 s’annonce comme une année extraordinaire, comme le fut ce passage de l’an.

Bonne année a tous!

Tiago

Blue Mountains  
SydNYE  
29
déc
29
déc
Publié le 1er janvier 2019

Oh ma belle Australie! A peine on se connaît et déjà tu me plais! Les oiseaux des rues de Sydney sont bien plus élégants que nos pauvres pigeons. Tes jeunes sont dans le game, si si. Il y a de la chevelure blondie par le soleil, des mèches qui tiennent ensemble, cimentées par du sable fin. Il y a ces sauveteurs sur la plage en surf jaune flashy. Mais aussi cet océan d’un bleu intense qui parfois s’excite et rugit des énormes vagues blanches.

Malheureusement tu as aussi tes mauvais côtés... Parlons de ces monstres d’araignées qui peuplent les sentiers de promeneurs. Et de ce soleil qui ne laisse aucune chance à nous autres, petits Européens enneigés. Et est-ce réellement nécessaire de jurer autant lorsque tu parles?

Au final, tous ces petits défauts font aussi ton charme.

Kiss kiss.

~J

Bondi beach  
Sydney : l’opéra, le jardin botanique  
Manly: beach, the north head  
27
déc

11h15 sonne le départ de la première étape d’un voyage préparé depuis plusieurs années. Jongny-Sydney c’est un trajet peu commun, qui passe par quelques escales. Genève et Dubai.

Mais ce n’est en fait pas du tout la première étape du voyage. Celui-ci commence en 2013, lorsque nous nous sommes rencontrés. Immédiatement, nous avons parlé de notre amour du voyage, de ce besoin pressant de bouger, de rencontrer de nouvelles personnes, de découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux paysages.

Il a fallu un grand nombre de soirées passées à discuter de ce projet tout en refaisant le monde. Ceux qui nous connaissent bien, savent que nous ne faisons pas les choses à moitié. Quelques exemples :

  • On se met ensemble ?
  • Oui, marions-nous. Un mariage où l’on fait tout nous-mêmes, avec une part de nos quatre cultures.
  • C’est bien joli de refaire le monde le soir autour d’un verre. Si on se lançait en politique ?
  • Oui, créons ensemble une nouvelle section du Parti socialiste dans une commune à majorité de droite !
  • On part en vacances ?
  • Allez.... on part six mois voyager. Viens avec moi !

Alors oui, ce projet a grandi dans nos têtes pendant plusieurs années. C’est lors de notre voyage de noces au Japon que nous avons finalement décidé de partir au début de l’année 2019. D’une part pour que Tiago puisse accueillir sa nouvelle volée d’élèves sans trop perturber leur parcours scolaire pour ensuite pouvoir les accompagner aux examens et d’autre part pour que Jess puisse travailler suffisamment longtemps en pédopsychiatrie pour s’y sentir à l’aise.

S’en suivirent des préparations, des questionnements, des rires et des disputes pour accoucher de ce bébé.

Nous ne nous doutions pas que le voyage allait véritablement commencer plusieurs semaines avant notre départ. Notre appartement qui se vide tristement, le regard plein d’espoir, d’amour et, disons-le, de doute et d’inquiétude parfois de nos proches, les encouragements, les mille petites attentions reçues d’amis, de collègues, de connaissances à l’approche du départ, les mille petits tracas administratifs aussi... autant de choses qui ont focalisé toutes nos émotions, notre raison et nos sens sur cette aventure.

Tant d’émotions aussi lors de ce départ ! Nous avons été touchés par tous ces gens qui nous ont envoyé des messages ou des mots pour notre voyage. Alors merci à vous, qui, si vous nous lisez, êtes si importants pour nous.

Évidemment, quand L’hôtesse (de terre) à Genève nous a dit que nous étions en stand-by (nos places n’étaient pas garanties, Emirates a fait du surbooking), il n’était plus possible de faire machine arrière. Mieux valait être séparés pour les six premières heures de vol que de partir le lendemain. Tiago a passé le trajet dans son élément, c’est-à-dire entouré d’enfants (très jeunes, mais peu remuants), tandis que Jess a subi l’habituel cinquantenaire qui à de la peine a respecter l’intimité du voisin (entendez par là que ce parfait inconnu a dormi sur son épaule la majeure partie du voyage).

Une fois arrivés à Dubai, avec le retard de notre vol initial, nous avions une quarantaine de minutes pour attraper le vol suivant, mais il n’était pas question de manquer ce trajet si important. Nous avons donc couru sans cesse, quitte à bousculer quelques grincheux en chemin, afin d’attraper notre correspondance. Suants (désolés chers voisins de siège), mais contents (nous étions cette fois côte à côte), nous avons pu entrer dans l’Airbus A380 (quel monstre énorme) en direction de Sydney pour entamer les 13h30 de vol qui nous séparaient de l’Australie. Ouf.

A présent nous terminons la première grande étape, celle de la préparation pour débuter celle de l’expérience en soi.

En direct du vol Dubai-Sydney. 26 décembre 2018, 23h14, heure suisse. A tout bientôt.

J&T

P.S.: (pour Jelena) lorsque j’ai vu que l’hôtesse de l’air qui s’occupait de mon secteur s’appelait Jelena, je me suis directement sentie bien ;)

14
sept
14
sept
Publié le 19 septembre 2018

Nous sommes en pleins préparatifs de notre grand voyage. Enfin ! Dans quelques semaines, nous nous envolerons pour réaliser un de nos rêves. Une grande aventure nous attend, qui nous l'espérons sera pleine de belles surprises. Baroudant entre l'Océanie et l'Amérique du Sud, nous allons vous montrer quelques facettes de notre quotidien de l'autre côté du monde. Nous nous réjouissons de partager avec vous notre émerveillement, nos questionnements, toutes ces petites différences culturelles qui nous fascineront et ces paysages qui couperont notre souffle.


Merci de nous suivre et rendez-vous le 26 décembre 2018 pour notre grand départ !