Entre le ciel et l'eau, la terre et le vent, le voyage continue..
Février 2020
20 jours
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J'ai surfé dans les déserts de la Ruta 40, cheveux aux vents, oh liberté chérie. J'ai dansé sur des airs de tango, goûté au vin de Mendoza, au maté. Los palabras d'el Viento m'ont porté seule au bout du monde. Seule dans la colonie des pinguinos de Cabo de Virgenes.

Amiga, oh amigo, hasta lluego. J'aime l' Argentine au delà des mots.

J'ai quitté Ushuaïa sous la lumière australe d'un dimanche calme.

J'ai dormi sous les étoiles de la Terre de Feu, au petit matin, j'ai salué les guanacos et le gaucho.

Le voyage continue au Chili, terre des poètes. Chili, l'invitation au voyage.

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La capitale patagone chilienne a des allures de grande ville, aérée, de larges avenues, des maisons colorées. La ville me sourit.

Première péripétie d'un logement fantôme, et d'une nuit dans un hostal tout droit sorti de l'ère Pinochet. La dame était charmante, mais l'endroit trop déprimant.

Puis je perd ma CB. Heureusement j'avais prévu deux CB.

L'avenue principale est taguée, les vitrines des magasins, banques sont protégées par des plaques de métal ou de bois. Au supermarché local, les vigiles portent des gilets par balle.

Je ressens un pays plus pauvre, plus résigné, des visages plus sombres. L'ambiance change.



Sur la route de Punta Arenas

Le cimetière de Punta Arenas est un must, disent les guides touristiques. A part des monuments monstrueux à la gloire de quelques nettoyeurs d'indigènes, il n'a ni le charme, ni l'attrait de celui de Rio Grande.

Mais dans l'aile nord du cimetière, à côté des HLM mortuaires, Indiecito Escondido, le petit indien caché. Le saint païen, celui à qui on demande des miracles.

Monumentale
Monumentale
Les HLM des morts
Les HLM des morts
Comme un club prive
Comme un club prive
Indiecito
Indiecito

Promenade du soir, la ville est calme, comme endormie. Elle s'éveillera demain, lorsque le paquebot MSC livrera sa cargaison de touristes.

Comme un chat
Comme un chat
Restaurant francais
Restaurant francais
Hotel des reves
Hotel des reves
3

Dans la forêt Magellane , il n'y a rien que le silence, parfois un oiseau, un léger souffle de vent et mes pas. Ces pas à peine perceptibles sur cette mousse, cette tourbe. Je m'arrête souvent pour écouter, enlacer un arbre. Être présente. Ahora.

Panneau de location, ca en jette

Le Parc de Parrilla, -et non parrillada comme j'en ai une vache d'envie- n'est pas très grand. Vers 13h, je ne suis plus seule dans la forêt, je n'entends plus les voix des héros de mes lectures hivernales.

La Patagonie demeure une terre sauvage à qui le veut, à qui ose la chercher. Le phare San Isidoro est le dernier du continent. Je ne suis pas dans le monde actuel, GPS n'a pas compris ma demande. Alors je suis une route, je suis mon instinct. J'arrive à Port Famine. Fantastique. Son nom n'est pas vain. Des premiers colons débarqués pour fonder une colonie, il ne reste que des cadavres, morts de faim, de froid, d'épuisement. Puerto Hambre.

Puis j'arrive exactement là où je veux. Faro San Isidoro. Fin del camino indique le panneau. Le reste se fera à travers les rochers, la plage, face au vent.

Je croise des promeneurs. Peu de monde en cette fin d'après midi. Au large des baleines, je suppose, troublent la surface de l'eau, s'amusent, où respirent. Impossible de les prendre en photo. C'est un cadeau, un regalo en espagnol, juste pour moi. J'arrive enfin au phare de bout du monde. Je hurle de bonheur. Personne. C'est un truc de fou. Et je l'ai fait!

Gauchito, quel plaisir de te revoir
Ultime cabane avant San Isidoro
Les arbres drapeau
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Si ici c'est le bout du monde, alors le Diable a résidence. A la frontière de l'Argentine et du Chili, j'ai suivi son chemin, el camino del Diablo. Il serpente dans un champ de lave, sombre comme l'enfer. Des baies d’un rouge interdit colorent le basalte.


Je marche solitaire au milieu des guanacos. Ils me fixent un instant, puis replongent dans leurs ruminations. J'aimerais écrire que le vent hurle des mots impies, que le ciel chargé de haine va déverser son amertume sur moi. Que nenni. Pas un poil de vent, le ciel est désespérément bleu, quelques beaux nuages blancs flottent en suspension. La température moyenne annuelle de Pali Aike est de 4 degrés. Aujourd'hui, El Diablo a allumé le chauffage.

Un chien course un nandou. Peut-être un fantôme dans ce champ de lave. Quand soudain, un cavalier surgit...


peut être un Diego? 

Je mens avec aplomb. No sola, mi marido camino rapido, ese alli - mon mari est ici, il marche vite -. Le gaucho jette un coup d’œil circulaire. Adios amigo !

Il va vers le Nord, je vais au Sud. Vers la Laguna Ana. Toujours pas un souffle de vent, un calme absolu. Je respire, je marche doucement. A quelques mètres de moi, des dizaines de guanacos. Observer ce troupeau sauvage sans barrière me procure un sentiment incroyable de sérénité et de liberté.

Le Diable serait-il un gentleman? Son invitation était fort belle. Je remonte vers ma fidèle Nissan - chacun sa monture -. Un van se gare, une famille descend. Je pars. Sur la route, un immense troupeau de moutons tout frais tondus se prélasse au soleil, des guanacos traversent la piste gracieusement. Des barrières enferment l'espace. Un zorro colorado file au loin

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Ne pas, ne jamais se fier aux apparences, aux récits d'autrui. Je suis venue en Patagonie pour les grands espaces, retrouver mes héros, cet homme qui se proclamait Roi, cet autre devenu fou qui créa un harmonium de vent. Je suis venue pour lui, El Viento. Les quatre saisons en un jour. Je suis venue lire des romans au coin du feu après une éprouvante journée face aux éléments déchaînés.

Mais tout cela ne sont que des histoires, du bluff. La Patagonie est bleue, calme, au soleil de ses 20 degrés. Des baigneurs dans le Detroit de Magellan, tandis qu' El Viento fracasse la France.

Punta Arenas est une ville patchwork. Chaque émigrant apporta son bagage, sa culture. A un homme qui me demandait d'où je venais en France, j'expliquais - dans mon poétique espagnol - fronterizo Francia-Espagna. "Pays Basco" s' exclama-t-il. Wouiiii👍🤩. J'eu envie de l’étreindre. Je me suis retenue🤗. A chacun son bout du monde 🍀.

Je continue ma balade, pull autour de la taille et appareil photo en bandoulière. De lourdes maisons, des maisons de tôles, de bois, de rien. Et toujours des couleurs vives pour faire sourire - un poco - le long hiver austral.

Punta Arenas, une nouvelle villégiature du Père Noël.. Si si

chut, il se repose... noël n'est pas si loin  après tout

C'est bien lui, un vieux bonhomme en rouge avec une barbe blanche🤗🙄

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Sur les rivages déchirés des côtes Patagones, l'histoire s'inscrit au fil de l'eau, au fil des naufrages.

Un véritable musée à ciel ouvert. J'aime les bateaux échoués, leurs carcasses rouillées, les grincements.J'imagine un tas de romans, des mutineries, des capitaines et commandants, des corsaires. Les aventuriers, ceux qui osent tout quitter pour bâtir une ville à l'autre bout du monde.

Je visite le musée maritime Nao Victoria, qui reproduit à l' échelle réelle les navires des explorateurs. Je photographie tous les bateaux, tous les oiseaux, tous les soleils

Lorsque la nuit étend ses ailes, des chevaux passent tranquillement dans la rue. Chaque nuit ils viennent, toujours en file indienne, toujours le même rituel, le même camino. Étrange et magnifique cortège.

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La route. La Ruta. Etre ici, aller plus loin. Être sur la Route, entre deux destinées, être juste là, à un instant précis. Un instant déjà écrit sur une carte, déjà écrit dans mon histoire.

Je quitte Punta Arenas. Le soleil éveille le Détroit le Magellan. Ma Ruta est simple, rejoindre Puerto Natales, faire le plein d'essence pour Torres del Paine et rejoindre mon hôtel, le seul de mon voyage.

Des arrets de bus poétiques
Estancia d antan
Como se llame 🤗


Puerto Natales baigne sa fausse douceur estivale dans les eaux de la baie de l'Ultima Esperanza. Ces noms résonnent comme un titre de roman.

J'aime cette petite ville au premier regard, avec ses allures de pionnière, de début du monde. Une ville qui semble sortir d'un conte, avec la beauté brute des rêves encore entiers. Si cette ville me capture, je n'opposerai aucune résistance.

Les dimanches, comme partout dans le monde tournent au ralenti. Un premier tour d'horizon dans les rues désertes.

C est une maison bleue

Il pleut, je pense aller à mon l'hôtel, tranquillement, et ne rien faire. Mais voila...

GPS... idiot de GPS ... crétin d'abruti.. je te remercie.. 🤗

J'ai suivi aveuglement tes directives. Pourtant, je me suis arrêtée pour consulter la carte, pour suivre mon instinct - qui était juste - mais GPS m'a guidé au bout d'une piste. Au bout de cette piste, un petit pont de bois, impossible à franchir, Nissan se cabrait sauvagement.

Je bois un thé. Respiro. Le paysage est exceptionnel, j'ai presque envie de dormir ici. J'ai payé deux nuits d'hôtel, c'est dommage. Je fais demi-tour et 40km plus tard, j'arrive à l'hôtel. Je n'ai toujours pas compris pourquoi GPS m'a amené ici. Ses lois sont impénétrables. Mais je reviendrai bivouaquer.


Cerro Castillo. Passage frontalier avec l'Argentine. Tout semble neuf. Je rejoins mon hôtel. Un colley joueur me suit dans ma balade du soir. Un colley comme mon Vasco. Je fonds de bonheur.

J'ouvre la fenêtre de ma chambre, une minette, tout ronron dehors, s'installe sur le lit. Nous partageons fromage, eau, no vino.

Pas sûr que la direction de l'hôtel accepte. Mais même en Patagonie, au pays des gauchos, guanacos et zorros, je fonds comme banquise au désert devant un ronron félin.


Église de poupée
Comme Vasco
Minette patagonne

Shopping patagon.. A la mode de chez nous 👗

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Il était une fois un pays aux confins du monde d'une beauté sans pareille.

Les montagnes belles comme le jour et lacs d'azur et d’émeraude, des forêts aux sentiers cachés et des rivières pures.

Les guanacos ne se souciaient ni des touristes, ni des voitures. Ils souriaient en mâchonnant leur chewing-gum herbeux.

Torres del Paine, du nom tehuelche payne, bleutés. 50 nuances de bleus. Clair, glacier, sombre, anthracite, au fil des saisons, des nuages, de la pluie ou d'un arc en ciel.

Je me suis arrêtée 3 jours. Un rien de temps dans l'immensité du parc. J'ai failli abandonné au vu des bus qui se suivaient en file indienne devant chaque panorama. Mais pour une raison que j'ignore, le lendemain, j'étais quasiment seule.


Le bleu intense d'un rio
Trois guanacos s en allait vers le couchant
Arc en ciel de la cascade
Hotel sur le Lago Pehoe

Le pont danse au rythme du vent, pas plus de six personnes par passage. Sur le Lago Grey, de petits icebergs glissent doucement vers le sud, pour rejoindre le Rio Grey. Étrangement, je me sens plus émue devant ces bouts de glaces que face au géant Perito Moreno.

Avec ou sans glace?

Zorro traverse une rue déserte de Cerro Castillo, la cité aux aux maisons de poupées. Il s'immobile un court instant, me fixe et s'enfuit. Zorro n'est ni guanaco, ni gato, ni perro où gaucho. Zorro ne se laisse pas prendre en photo.

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Pour mon second jour au parc, je marche et Nissan se repose. Je ne m'aventure pas dans les supers trecks de 6 a 9 jours du W ou du O. Oh que non, je suis petite joueuse. Je jette mon dévolu sur le Mirador Torres. Et de bon matin, sac à dos rempli de provisions et k-way, je me mets en route. Sur le parking, des randonneurs hypers équipés sont prêts. Un bus hôtel aussi🤗. Le pas alerte, la tête légère je marche. Des groupes se suivent. Je marche. La foule est de plus en plus dense. Ce n'est plus une marche mais une procession. J'avance plus lentement, ça grimpe sec, il pleut un peu. Des ponts de bois où seulement deux personnes par passage s'engagent. Je ralenti ma marche au Paso del Viento.

Je cherche où poser mes pas entre les rochers et la boue. La procession continue, chacun, chacune avance à son rythme. Au refuge Chileno, je pense faire demi-tour. Je sais, c'est lamentable 🥺. Reste 3 km. Avoir endurée cette montée pour redescendre. Jamais! Je machouille quelques provisions et je continue ma marche. Assez facile, dans les bois, dans la mousse. Le carotte qui fait avancer l'ânesse que je suis. Et vint la pluie. Et vint la cascade, l'escalade, la caillasse, la galère,le bagne. J'ai failli renoncer. Une femme adorable me demande sola? Si sola. Elle veille sur moi et me tends la mano sur les passages difficiles. Gracias mi amiga.

Le passage est difficile, périlleux et la pluie rends le terrain glissant. La foule est rassurante, jamais je n'y serais arrivée seule. Un sourire, un encouragement. "Encore diez minutes, c'est juste là, derrière".

J'y suis.

Nuit de bivouac, le coin repéré est bien loin et il est déjà tard lorsque je quitte le Parc de Torres del Paine. Je sors de la route principale. Ici sera bien. Je fais ma tambouille et me prépare pour la nuit lorsqu'une voiture s'arrête 😡. No zone camping blablabla in english dans le texte. Ok ! j'ai compris😣. Je n'irai pas jusqu'au coin tant désiré, la nuit tombe. Mais je suis sur son camino.

Le coucher de soleil est d'une beauté sans pareille. Je me réveille souvent la nuit. Le ciel, les étoiles, la croix du Sud.

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Si Torres del Paine est le paradis, le chemin qui y mène en est le prélude. De grands espaces balayés par El Viento sous un ciel en perpétuel mouvement. Chaque instant est éphémère, précieux. Irréel.

Le drapeau patagon chilien et sa croix du sud flotte fièrement au vent près de Gauchito. Des offrandes parfois déroutantes de bouteilles plastiques pour une victime. L'image du corps sans vie d'une femme en robe rouge avec ce mot: desfunte Correa. Defunte Correa. Triste histoire de cette femme qui suit son mari enrôlé dans l'armée, deux gourdes et un bébé en bandoulière. Elle se perd, s'allonge et offre son sein à son enfant. Elle meurt de soif, l'enfant survit.

Comme Gauchito, la sainte païenne à ses offrandes, des bouteilles d'eau, pour ne plus mourir de soif.

A Gauchito le vin, à la femme l'eau🤔


Les routes du paradis sont parfois étranges. Je fais ma Marta Becket - la ballerine qui suite à une crevaison vivra, en dansant et peignant 40 ans dans la Valley de la Mort -. Coïncidence, je pense à elle, en me disant que je ne suis artiste, ni accompagnée de mon mari chéri🥰.

Et c'est arrivé, à moi aussi....un pneu éclate😣. Parfaitement déchiqueté. Comme je suis aux portes du paradis, un ange - américain - s'arrête. Il sort son cric et change ma roue en sifflotant. Il se relève sans un grain de poussière sur ses vêtements. Bin woui, c'est un ange.. Gracias Senor, thank you ..je ne sais que dire. L' ange me serre dans ses bras et me souhaite un very good trip.

Histoire à peine réelle, seul l'état du pneu témoigne de sa véracité.


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Trop fatiguée pour bivouaquer deux nuits d'affilées, je m'endors dans les draps blancs d'un immense lit d'une chambre de reine. Je vais passer ma journée à observer le souffle du vent dans les herbes 🤗. Mais ma logeuse me donne de nouvelles randos. Euh.. no senora. Nada. Ne vois donc tu pas ma démarche mode pinguinos 😣? Mes gambettes d'une matière inconsistantes se désintégrent.

Comme je ne peux parraisser au lit, je vais visiter la Grotte du paresseux🤗. "La Cueva del milodon". L ancêtre du paresseux. Pas celui que nous connaissons tous, non l'autre animal. Il y à fort longtemps vivait dans la région ce fameux milodon, ce gros mammifère lent, entre chien et ours.

Le milodon est la mascotte de Puerto Natales. Cette ville à tout pour me plaire 🥰

Vu de mon lit
Vu de mon lit...

Casas.

Je me demande parfois si les Trois petits cochons ne sont pas passés par ici construire leurs maisons.

La première de bric et broc ne résistera pas bien longtemps à El Viento. La seconde de plaques de tôles peintes et de bois se défendra mieux.

La troisième de pierre se moquera des rafales de 90km/h

De bric et de broc
De tole mode cachée
De tole mode affirmee
Face a l Ultime Esperanza
Couleurs de Natales
Dans l église

En passant... Gatos et perro, la pharmacie plus machi sorcière qu' homéopathe.

Los bomberos de Ultima Ezperanza. Les pompiers du dernier espoir.

Homéopathie et sortilège
Minet malin

Le long de la Costanera. Le monument El Viento, de la Mano.

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Si le Chili est la terre des poètes, il est aussi un pays d'une fantastique richesse picturale. Des livres d'histoires colorent les murs de ces hivers infinis.

Partout les représentations des ethnies rayées de la carte d'un revers de la main méprisant. Colons et chercheurs d'or portent en bandoulières leurs maladies et leurs suprématies de conquérants. Projet : annexer les terres et exterminer les indiens. Le guanaco est la nourriture, l'habit des peuples de Patagonie. Etape 1 : massacrer ces jolis camélidés pour laisser les indiens sans ressource.

Le mouton colonise la Patagonie.

Les tribus s'allient, se révoltent et tuent cet étrange nouvel animal laineux nommé mouton. Crime inexcusable. Ils seront décimés dans les pires conditions de barbarie.

Les fuegiens étaient 7000 au XIX ème siècle, 600 dans les années 1924, 0 en 1940.

Les portraits de ces femmes, de ces enfants sont les drapeaux de la ville. Les traditions, les peintures des rites initiatiques font la joie du tourisme. Les rues, les hôtels, portent les noms Yagans, Alakaluf, Onas. Je suis gênée de cet hommage marchandage post mortem. Une façon hypocrite de ne pas les oublier. Mais au moins ils sont là. Présents. Partout.

J'aurais aimé plus de musées, d'expos, de films. Que cet argent soit réinvesti dans la protection de sites naturels. Je pense souvent à cette femme Alakalufe, exposée dans les zoos humains de Paris et Berlin des années 1920. Du fond de sa cage, elle était déjà morte. Il nous reste la terrible image de son beau visage, sur les cartes postales et les murs.


Faut-il qu'un peuple soit décimé pour être vivant?

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Nul n'échappe à son destin. La rencontre avec Jocelyne et Adélaïde était inévitable. Nos cabanas Airbnb sont voisines. La rencontre est spontanée et joyeuse. Elles prennent aussi le ferry Navimag. Nous partagerons la même cabine👍🦋🍀. Après mes 6 semaines en solo. Soy muy feliz. I am very happy🥰.

Le ferry Evangelista de Navimag voguera 3 jours au fil de l'eau, entre les îlots et les rivages déchiquetés des côtes de Puerto Natales à Puerto Montt.

El Viento fait son entrée de rock star. La ville se ferme face aux bourrasques de plus de 90km/h 🌬️. Je jubile. Pas grand chose à faire que tuer le temps, du shopping dans une ville bien trop chère, boire un cappuccino face à l' Ultima Esperanza, mon dernier espoir. Un mail de Navimag informe que notre embarquement est décalé du soir au lendemain à 6h. Un autre mail de confirmation doit venir. Les filles prolongent leur location, je squatte leur banquette. Nous avons bien noté que Navimag ne vend pas d'alcool mais rien n'interdit des provisions liquides. Fin d'après midi nous allons enregistrer Nissan. Affronter le drame des formalités chiliennes dans un espagnol "J'me fou de toi, t'es touriste, tu payes, tu t'démerdes. Si tu rames, J'me marre." Des infos contradictoires et aucune cohésion entre le port et le service reza. On nous balade dans maison des fous des 12 travaux d'Astérix.😡 Navimag est du genre Navigag et Navivague🤔

L'idée m’effleure d'en tuer un et reprendre ma voiture, partir par la route. Mauvaise idée. Je n'ai plus de roue de secours, et cette traversée tout en lenteur, je l'attends depuis trop longtemps.

Nos trois cerveaux sont à bout de patience. Que de temps perdu. Enfin tout est ok. Une bière s'impose. Mucho gracias Adé, Jo et à cette jeune femme belle comme le jour, qui enregistrera ma voiture. Un ange au cœur de la fange.

Nous embarquons dès potron-minet, épuisées. Nous aurons bien le temps de nous reposer à bord. La vie d'une voyageuse est éreintante 😴😂






Chien de pub👍
Provisions de traversee
Enfin...
Adios los minetos
Un nouveau jour sur l Ultima Esperanza
Et vogue Evangelista
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La quatrième dimension existe dans un temps compressé de trois jours d'une lenteur accélérée.

L'Evangelista se coule au rythme des canaux, au milieu d'îlots éparpillés comme des miettes d'un cookie géant. Le vent est vif sur le pont mais le soleil radieux. Sage élève, je n'ai pris que des vêtements chauds, waterproof comme indiqué sur la brochure. Mauvaise pioche.

Cours de yoga et Tai chi sur le pont supérieur arrière. Le tumultueux Golfe des Peines qui se jette dans le Pacifique est doux comme un agneau de lait, avec des vagues de 1m, à peine. Ce qui donne une sensation de marcher un chouilla bourrée🥴.

Une mer d'huile. Nous guettons les baleines. Elles resteront un mythe, malgré la promesse de leurs évents. Un banc d'otaries nage vers le Sud.

Christian, notre prof de tai chi yoga et musicien nous informe que l'alcool est interdit à bord. Mais si nous en buvons, 🙈🙉🙊. Sans blague🤪🤗👍. Ce qui est dit est dit et nous avons du stock. Marie et Olivier complètent notre trio.


Carnet de route
Mini concert
Puerto Eden, village presque lacustre

Si l'enregistrement de la voiture et les infos de Navimag étaient une mélasse avariée, la traversée est un véritable sucre d'orge. Aller au fil de l'eau dans une magnifique lenteur, observer les couchers de soleil, et la voie lactée. Boire du vin discrètement, grimper dans ma couchette et encore me laisser bercer pour m'endormir. Subir les accords de guitare des "Jeux interdits" par blondin avec sa tête de premier de la classe.

L' équipage est charmant et les repas plutôt corrects. C'est la dernière saison de l'Evangelista. Un nouveau ferry avec salle de yoga, ciné et wifi ôtera toute l’authenticité de ce voyage. Que peina😔. Ce temps passé coupé du monde est un entracte merveilleux.


Provisions liquides
Jeux de mains
Tai Chi de Patagonie
Capitaine à l autre bout du monde
Un air de Stone
Un Rolling Stone à la flute

Du temps pour ne rien faire. Et rien faire passe si vite.

Viva la vida🌎
Ti punch au soleil
Tableau du jour
Viva la vida🌎

Au l'aube du quatrième jour l' Evangelista accoste dans le port de Puerto Montt. Adios amigas, adios amigo. Chacun reprend sa route, Lima où l'Ile de Pâques. Les voitures sont les dernières à sortir, après les camions, les chevaux de rodéo, les motos La mienne était juste oubliée au fond de la cale.😤 Logistique lamentable.

Enfin à midi, Nissan cabriole. Le voyage continue.

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Rapide escale à Puerto Montt, bien trop grande pour moi. Le temps d'une photo, l'invitation de la Carretera australe. Le temps de changer ma roue chez Leon🚘.

Chiloé, île de légendes, d'hommes de la mer, de femmes de la terre. Une île vit en autarcie, solitaire avec ses propres lois. Que rien n' entrave cet équilibre entre terre et mer.

Deux jours à peine sur Chiloé. J'aurais aimé tellement plus. Que les chilotes me content les églises de bois, les palafitos, ces maisons sur pilotis. Les histoires du Traucon, un gnome laid comme un président américain qui séduit des jeunes filles où les rend idiotes.. ce qui est un peu la même chose

Les soubresauts de terre, les marées, la vie ici.

Clin d oeil de la Carretera Australe

Ancud, premier arrêt dans ce marché coloré. Je fais provisions de papas - pommes de terres- d'ail chilote doux et parfumé et un fromage tout rond, tout frais.

En arrivant sur l'île, j'étais surprise du nombre d'églises en bois aux couleurs du soleil, de la mer. L' amarillo solaire de Castro au bleu d'horizon de Dalcahue. A Tenaùn, un sentiment de bout du monde.

Elles sont aujourd'hui classées au Patrimoine Mondial de l'UNESCO.

San Francisco à Castro
Sobriété du bois
Dalcahue
Bleu comme la mer
Tenaun
Micro église

Comment séduire Diego à la mode chilote? 😘🤔

Balade dans le quartier bohème des palafitos, ces anciennes maisons de pêcheurs.

Zorro
Sous le regard du chat chilote

Chante chilote, chante.

Que ta voix forte

Apaise les peines de la mer

Mi Amigo
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Mon voyage dans le Grand Sud austral s'achève. Je remonte à reculons sur Santiago, le pied sur la pédale de frein🤔.

Patagonia Sur, Tierra del Fuego résonnent encore comme inaccessibles. L' espace, le vent, le ciel, les murs de visages peints. J ai ressenti la brûlure de mes héros. Je vibre encore de plaisir, aux souvenirs des pinguinos et des troupeaux de moutons. J ai vu la Croix du Sud dans la Pampa Guanaco, dans les canaux de Patagonie Chilienne.

Mon voyage est romancé, libre, rien n'était programmé, que le ferry Navimag, et un rendez-vous avec Diego le 2 mars à Santiago.

Mes guides étaient des romans

- Moi Aurélie Antoire de Tounens Roi de Patagonie de Jean Raspail

- La nuit commence au Cap Horn de Saint Loup

- L'irrésistible guide des Peuples du Monde de Jac Forton

Sur carte Michelin placardée dans mon salon, des noms étranges et terribles me fascinaient. Ultima Esperanza, Puerto Famine, Baya Inutil, Cap Horn, 40emes rugissants, Détroit de Magellan. Terre de Feu.

Cinq ferrys et plus 10 000 km au compteur, je surfais sur les ailes du vent. Mes photos sont la seule preuve réelle. Ma mémoire oscille entre fantasme et réalité, un rêve au réveil qui peu à peu s'estompe. Un rêve dont je veux garder les images à tout jamais. J'ai l'étrange sensation que la Patagonie se referme sur son mystère.

Mon voyage était instinctif, les sens en éveil, et une réelle confiance en mon destin. Chaque matin, j'envoyais des prières païennes à Gauchito, en frôlant ma petite petite d'or, mon grigri.

Je ne suis ni courageuse, ni aventurière, ce voyage devait se faire. C est ainsi. A ceux qui me disait "mais si '" je répondais "et si..."

Il y eu aussi des jours d'ennui, de fatigue à paresser, cela fait partie du jeu. Des rencontres de visages burinés, de gauchos, des sourires argentins. Et tous ces animaux qui me câlinaient le soir, à l'aube me souhaitaient bon vent.

Les Anges des Andes parlent francais, changent une roue, sont voisines à Puerto Natales.

Ma balade australe s'achève, encore quelques photos de ma remontée sur Santiago. Un nouveau voyage commence, un voyage a deux, avec Diego.

Etre sur la route, encore...

Hasta lluego 😘😘😘🍀🌎🌹



Marché de Valvidia

Quirihue entre vignes, désert et océan

Sa. Nicolas
Amigo de la noche

Correa ne mourra jamais plus de soif.

Entre désert et vignes

"Certains font du soleil une simple tache jaune, et d'autres font d'une simple tache jaune leur propre soleil."