Carnet de voyage

Tierra del Fuego

8 étapes
25 commentaires
Encore plus au Sud, Ushuaia
Janvier 2020
25 jours
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L'archipel de la Terre de Feu. Ushuaïa, Détroit de Magellan, Cap Horn. Des noms qui claquent et rugissent aux vents. Des noms de navigateurs, explorateurs. La Terre de Feu.

El fin del mundo est un point sur la carte, une direction non une destination.

Terre de Feu est un brasier de vent, et d'histoires dramatiques. Des indiens pêcheurs y vivaient encore il y a à peine plus d'un siècle. Les Onas, Alakalus, Yamanas. Ils chassaient les baleines sur leurs pirogues. Ils connaissaient parfaitement les vents marins. Ils allumaient des brasiers pour se réchauffer et cuire la chair des poissons. Ce sont ces braseros que les marins aperçurent dans la nuit. L'île devint Terre des fumées, et Terre de Feu.

Les peuplades indigènes vivaient seuls au monde, à l'âge de pierre. Pêcheurs, cueilleurs, nomades de la mer. Survint la "civilisation", Magellan, la colonisation, la christianisation du bon sauvage patagon. Les maladies, la chasse à l'Indien, l'extermination calculée.

Il m'est impossible de visiter cette Terre de Feu sans penser à eux, sans leur rendre hommage .

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Après quatre passages frontaliers, et voguée sur les flots du Delta de Magellan, je pose enfin mes santiags à Rio Grande. Une journée complète pour à peine 400 km de routes filantes droites vers l'horizon. J'avoue l'inquiétude de ce matin. Mais j'y suis sur cette Terre de Feu, cette terre de légendes, de marins, de fantasmes!

Chili
Chili
Sur le Détroit de Magellan
Sur le Détroit de Magellan
El Bahia Azul
El Bahia Azul

Quatre frontières. Sortir d'Argentine, rentrer au Chili, re-sortir du Chili et re-rentrer en Argentine. Mon passport tout neuf est déjà collector. Des frontières tracées au couteau, la Terre de Feu est Chilienne et Argentine 🇦🇷🇨🇱

Fresques des masques de cérémonies indigenes
Fresques des masques de cérémonies indigenes
Collector
Collector
Argentina - Tierra del Fuego
Argentina - Tierra del Fuego
en route vers le sud du sud... 

Baila con el Viento, danse avec le vent. Qu'il soit ton amigo. Je peine à refermer la portière de ma Nissan. La lumière est brute, étincelante, sans filtre. Magnifique. Le ciel plus dense. Les guanacos plus craintifs.

Alors si je rêve, laissez moi dormir...

Arret de bus

Plus de 100km au Chili sans croiser Gauchito, il me manque. Mais dès la frontière passée, peu avant Rio Grande, un véritable mausolée lui est dédié.

Viva Gauchito 

El Viento rugit au dehors. Le feu ronronne comme un chat repus. Confortablement lovée dans une méridienne rouge, je tombe par hasard sur ce film "Le phare aux orques". Un film argentin, lumineux. Une histoire d'un gardien de phare en Patagonie, une femme, son fils autiste, un orque.

J'entends déjà vos médisances, "aller au bout du monde pour se pelotonner devant la télé"🤨. Pfftttt ! Alors regardez un jour ce film, imaginez-vous au bout monde, et... pensez à moi. C'est un plaisir hors du temps de se sentir mieux que chez soi, si loin de chez soi.

Domingo long comme un dimanche patagon. Musées fermés. Pâtisseries aussi. Que faire ? Marcher au bord de océan, jouer avec les vagues, visiter l'Estancia Maria Behety. Immense. A la démesure de ces espaces. Une ville du far-west avec bibliothèque, laverie, église, atelier, garage, maisons particulières aux couleurs vives. Manquent juste le saloon et le bordel 🤭.

Église
Ninos
Moutons patagons
Domingo patagon

Et pour le plaisir😘😘😘

street art..gentin 
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Rio Grande. Ne pas se fier à son nom, c'est juste un leurre pour attirer les papillons romantiques. Une ville administrative, quadrillée à la grande joie du vent et sans grand intérêt. Mais voilà, j'y suis. Les musées, fermés le dimanche, sont ouverts et gratuits les autres jours. J'en visite deux, le municipal et celui d'Art Fuegien. Le municipal est très petit et très riche. Les deux musées se complètent parfaitement.

Qu'il pleuve, vente, que les démons des 40emes rugissants s'abattent sur Rio Grande. Je bouge. J'explore l'intérieur de cette Terre de Feu, d'estancias en estancias.


Des espaces semi arides où des troupeaux de guanacos, moutons et vaches me regardent passer. Au milieu de rien mais en rien isolé. D'estancias en estancias, je croise de rares voitures. La solidarité est de mise, l'hospitalité une traduction.


Depuis deux jours, je passe devant lui. Il m'intrigue, ce cimetière. Aucun guide ne le signale.. dommage. C'est un lieu incroyable. J'entre dans la cité de la muerte. Des tombes, des stèles, des mausolées, maisons des morts. Les cercueils y sont posés, face à des autels, des offrandes, des photos et objets fétiches des disparus. Je fais connaissance avec eux. Ils existent. Ici des nounours pour un nino, des princesses roses pour une chica.

Il y a des tombes très riches ou de simples croix, des ruelles anciennes et de plus modernes. Fascinant.

Cuitad de la muerte
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J'ai suivi el camino, simplement. J'ai vogué sur la route. Je suis arrivée à Ushuaia un après-midi de janvier, sous le soleil. Ce n'était pourtant ma destination fétiche. Pourtant, je suis là. Peut être que toutes les routes nous mènent à un bout du monde.

J'ai traversé des bois vêtus de mousse espagnole. J'ai attendu longtemps que les esprits, elfes ou nains des forêts partagent mon maté. Personne n'est venu. Je suis partie vers des lacs, vers la brume. La route de Rio Grande à Ushuaia est une promesse de paysages grandioses.


Au Lac Escondido, le lac caché, je ne peux m'empêcher de penser à ces fous, ces locos, qui cherchaient une Terre Promise. L'été austral est humide. C'est la moins mauvaise saison🌧️💨🌬️🌦️⛅. Le temps change très vite. Le temps de plisser les paupières, que le soleil perce la brume, la grêle succède à la pluie, emportée par le vent vers le Cap Horn, l'Antartique.

Lago Escondido

Ushuaïa. C'est peut être ça le bout du monde. Des maisons de bric de broc, une ville bâtie des mains de bagnards. Ville de touristes aujourd'hui, de magasins chics et salons de thé. Un joyeux fouillis indescriptible. Des vieilles maisons de bois, en couleurs, des escaliers qui semblent monter vers le ciel mais qui grimpent vers une entrée que je n'oserai emprunter.😱

Mais ce n'est pas n'importe quel bout du monde. C'est la ville la plus australe, le cul de l'Amérique, le soulier de la Patagonie. Le bout du monde d'une sphère... Dit Diego, celui qui refuse de mouiller ses bouclettes chéries🤭. Même si Puerto William et Puerto Toro sont plus au sud. Ushuaïa reste la ville comparée aux petits ports chiliens. Toujours cette guerre des voisins ennemis, Chili-Argentina. Beaucoup de fresques murales à la mémoire des peuples disparus. Je ferai mon safari photos. Déjà, je fais tamponner mon passeport à l'office du tourisme. Ça en jette!🤗🤗.

J'arrive sous le Soleil austral, magnifique et glacial. Où sont passés mes pouvoirs de Grande Déesse de la Pluie ? Peut être que dans l'hémisphère sud tout s'inverse? L'eau d'une chasse d'eau tourne à l'envers des aiguilles d'une montre🤔.

Drapeau Tierra del Fuego Argentin et drapeau Argentin
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La ville est laide. Sans attrait. Une ville de pionniers. L' impression qui s'en dégage est que chacun construit ce qu'il peut là où il peut. Les trottoirs sont meurtriers, des pierres, des trous, des obstacles. Les rues vertigineuses. Ushuaïa, c'est aussi l'histoire sur les murs. Les premiers fuegiens, les premiers navigateurs, la fièvre de l'or, le génocide, le bagne.

street art patagonien 

Je suis au bout du monde. Et ce bout du monde grouille d'humains de la race touriste. Je fais partie de la race voyageuse qui n'aime pas le touriste. Ushuaïa, je le savais, je m'en doutais, je l'avais lu. Déjà je m'ennuie du désert, des 200km sans station essence.

Bon, personne ne va me plaindre mais certains me comprendront 🌎

Ushuaïa, ce n'est plus le bagne. La nature est d'une beauté sans pareille. Le ciel clément, nuageux sans pluie. Je m'offre une excursion en voiture amphibie sur le Lac Escondido. Nous formons un groupe de 6, Martin, le guide, futur champion du Dakar. Aline et Abraham, un couple d'Israël polyglotte. Au menu barrage de castors, forêts primaire et steak saignant. Je ne sais pourquoi, l'Argentine me donne de drôles d'envies carnées. Je me délecte encore les babines de cet asado.


Dans quel sens souffle le vent??
Travail de castor
Sympa el vino del fin del mundo
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L'ancien bagne revisité en musée vaut vraiment le détour. Les minuscules cellules ne se referment plus sur les prisonniers mais s'ouvrent sur l'histoire. L'histoire des bagnes du monde entier, des bateaux échoués, des premiers navigateurs. Des fresques, des meubles, des cartes, des objets. Une aile prête ses murs blanchis aux artistes. Les tee shirts et autres souvenirs à acheter, sont aussi en cellules.

Une aile est restée en l'état. Ce qui donne une vague idée de ce terrible bagne du bout du monde, fermé définitivement en 1947.

Arte pinguinos
Glaçant

Pour asseoir la souveraineté Argentine, le bagne fut créé. Pour occuper les bagnards, la construction Ushuaïa, et de la voie ferrée. J'avoue, "El tren del fin del mundo" est touristique à mort et n'offre pas grand intérêt. Mais se promener dans le Parque National de Tierra del Fuego est un must. Cerise sur le gâteau, le panneau Fine de Ruta 3.

El tren del fin del mundo 
Chevaux sauvages
Non non Zorro, pas manger
Cerveza negra Beagle, un must

Je déprimais, je l'avoue, dans mon Airbnb ultra moderne. Je change d'hébergement. A 3 km du centre, la ville est différente. De jolis quartiers, des immeubles en construction. J'ai l'impression qu’Ushuaïa étire sa renommée aussi loin que l’île le lui permet. J’atterris dans une délicieuse maison de poupées. A côté, le cimetière face au Canal de Beagle, baigne dans la lumière australe.

La luminosité est si pure, je profite. Encore quelques photos

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L'excursion n'a en rien le charme du premier rendez-vous à Cabo de Virgenes. Mais ils sont tellement craquants ces pinguinos. Nous sommes un groupe de 20, plus la guide, une superbe Mapuche. Nous parlons tout bas pour ne pas les déranger. Eux par contre, font un boucan d'enfer, piaillent et crient à s'en exploser le gosier. Les poussins perdent petit à petit leur douce fourrure. La colonie est touchante. Si peu farouche, si fragile dans leurs cachettes dérisoires. Je me sens géante, comme Gulliver. Un énorme bateau chargé de touristes approche l'île pour les photographier. Eux, nous regardent comme une attraction touristique


De retour à Ushuaïa, je cherche désespérément ma voiture. Ce foutu non sens de l'orientation🧭 La ville embaume des asados, ces agneaux grillés. Je me transforme en loup de Tex Avery dans la "Ville Barbecue".🐑🐑🐑🐑

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Hasta lluego, no adios. Qu'il est dur de quitter Ushuaïa, quitter cette maison cocon sur les hauteurs. Le ciel translucide émet une lumière australe. Dimanche matin, peu de monde, je me promène sur la jetée. Un marin, un Rapa Nui -originaire de l'Ile de Pâques - dit-il non sans fierté - m'invite sur la marina en ces termes "je suis amoureux de vous" .💃🕺🥰Je le suivrais bien sur son beau bateau rouge,⛵dans ce pays où les hommes savent encore parler aux inconnues.

J' ai quitté mon sweat noir pour un blanc, comme un dimanche d'antan. La petite église resplendit d'amarillo solaire. Un dernier adieu à la place hommage aux défunts des Malouines et je file avant que le blues dévore mon cœur et mon âme.

🍒 d Ushuaia
Les Malouines sont Argentine
L eglise Don Bosco
Solaire


Je quitte "Argentina" une dernière fois. Ce n'est qu'un au-revoir, je reviendrai. 👣

Vers 19h, je traverse les frontières désertes. Cette nuit, je veux dormir ici, sur l'étrangement belle Tierra del Fuego. Dans la "pampa guanacos", je m'arrête, le nom me plaît. Quelques nuages opaques dans le ciel et peu de vent. Je me réveille plusieurs fois dans ce silence de minuit. Dans le ciel, les étoiles scintillent comme des diamants.

Bien emmitouflée dans le sac de couchage que Diego m'a prêté, je m endors... En pensant à lui🥰 Je sais déjà que cette nuit sera un de mes plus beau souvenirs.

YPF, essence du voyage
Chili
Tout neuf et deja collector
Mon voisin
Mon hôtel sous les etoiles
La plus belle chambre du monde

Un nouveau jour se lève sur Grande Isla. Un jour beau comme ce cadeau, ce "regalo" en espagnol. Un troupeau, un gaucho, un cheval, quatre chiens bergers, une rivière.

Un mouton, deux moutons, trois moutons,
Et voila le travail

Les élégants et gracieux guanacos me calculent avec précaution.

Le ferry Patagonia est prêt. Peu de monde pour embarquer, et je peux enfin fotografier les fresques murales. Le Patagonia n'a rien du Bahia Azul. La traversée est rapide, juste le temps de boire un café.

Ce carnet de route s achève. Mais la route contitue au Chili entre Ciel et Eau.

Merci de suivre mes délires patagons😘😘😘🐧😘🐧🐧😘🐧 sur

https://www.myatlas.com/TerreDeSienne/patagonia-entre-ciel-et-eau/t/789809