Carnet de voyage

Argentine - Terre de Feu

10 étapes
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Rien ne me préparait à venir à Ushuaia. Seul le Vent est responsable.
Janvier 2020
10 jours
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Aux voyageurs immobiles.

Novembre 2021. Voilà presque deux ans que j’essaie de réécrire ce blog. Je n'y arrive pas. Sans cesse de nouveaux romans, de nouvelles images et émotions surgissent. Mon songe austral, Tierra del Fuego, refuse l'enfermement des mots.

La Terre de Feu est un brasier de vent, et d'histoires dramatiques. Des indiens pêcheurs y vivaient encore il y a à peine plus d'un siècle. Les Onas, Alakalus, Haush, Yamanas. Ils chassaient les baleines sur leurs pirogues. Les femmes plongeaient nue, seulement enduite de graisse de phoque pour cueillir des moules géantes. Ils connaissaient parfaitement les vents marins. Ils allumaient des brasiers pour se réchauffer et cuire la chair des poissons. Ce sont ces braseros que les marins aperçurent dans la nuit. L'île devint Terre des fumées, et Terre de Feu.

Quelle force m'amène dans les entrailles d'un crumble de terre giflée et peuplée de fantômes. Cette Ultima tierra jetée par un Dieu de colère dans 40ème rugissants, 50èmes hurlants, 60ème déferlantes. L'écrire me fais frémir.

Je replonge avec délice dans les cartes routières. Sur les photos je m’aperçois que cette île prend la forme d'un dragon, d'un animal rustique, la gueule tournée vers l'océan Pacifique. Un Dragon pour une Terre de Feu.

Je crois que toute mon existence est d être ici. Simplement vivre ce présent. Être sous ce ciel immense, tantôt bleu, tantôt mauve ou gris. Danser encore avec le vent...

https:/www.myatlas.com/TerreDeSienne/Argentine

Fresque hommage aux Indiens
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Franchir de Détroit de Magellan, traverser l'histoire, voguer dans l'écume de la Nao Victoria, le premier navire à effectuer le tour du monde, sous le souffle épique de Fernando de Magellan. Sans carte existante, sans même imaginer, sans rien connaitre de ce qu'il pouvait découvrir ce Grand Sud, le navigateur de génie inventera chaque jour une route, un passage.

Un livre : "Magellan" de Stepha Zweig

J'échange quelques mots avec un couple de motards français, qui s'offre une belle tranche d'aventure depuis la Bolivie. Enfin je pose pour une vraie photo et non un selfie. Chacun, chacune repartira avec son histoire, son voyage.

en route vers le sud du sud... 

Baila con el Viento, danse avec le vent. Qu'il soit ton amigo. Je peine à refermer la portière de ma Nissan. La lumière est brute, étincelante, sans filtre. Magnifique. Le ciel plus dense. Les guanacos plus craintifs.

Alors si je rêve, laissez moi dormir...

La Grande Isla me recueille comme un pétale de fleur. Le ciel de poix menace de s'effondrer, les nuages prêts à exploser. Le vent tourne, et tourne autour de moi, je ne comprends pas ses mots. Un songe de mes songes.

Puis les choses semblent changer. Brutalement, les nuages s'écartent sur un rayon de lumière. Je respire, je réalise à peine que Je suis ICI. "Tierra del Fuego". Mais il me faudra beaucoup temps pour le croire et même aujourd'hui, tout semble tellement irréel.

Alors je roule. A droite la pampa, à gauche la pampa. Face à moi, la ligne d'horizon me happe sans raison. C est ainsi. La lumière a quelques chose d'indicible, une chose qui n'existe que sur les îles fracassées.

Plus de 100 km sans croiser Gauchito. Il me manque l'ami. La route semble bien vide sans lui. Pampa... Pampa...Le bout du monde d'une sphère.


Une ligne droite sans poésie tranche la Terre de Feu. Une stupide frontière entre l'Argentine et le Chili. Pour aller à Rio, pas moins de quatre postes frontières. Sortir d'Argentine, entrer au Chili, une quinzaine de kilomètres. Sortir du Chili et enfin l'Argentine. Désolante guerre patagone entre les deux pays.

Ola Amigo ! Un véritable sanctuaire dédié à Gauchito peu avant Rio. Rio, l'écrire me fais rire. C'est un Rio bien sage sans samba, ni pina colada.

Rio... Rio Grande

Au delà des fanions, prières et grâces rendus au plus charismatique des voleurs, gronde l'Atlantique.


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Rio Grande. Ne pas se fier à son nom, c'est un leurre pour attirer les papillons romantiques. Capitale industrielle, Rio est une ville sans charme et sans âme. Seul le Vent s'en délecte. Il s'engouffre avec fureur dans les larges avenues, et fait claquer les rêves sur les murs.

La cité des morts. Je la rencontre par hasard derrière un linceul de mur blanc. Ce lieu m'intrigue, il m'invite. Aucun guide ne le mentionne, je m'en étonne encore. Dans les allées pavées poussent de petites fleurs blanches comme des âmes amies.

De blanc et d orange un grand Christ veille

Des tombes, des stèles, des mausolées, maisons des morts. Offrandes, photos et objets fétiches des disparus. Je fais connaissance avec eux. Ils existent. Un doudou pour un nino, une poupée pour une chica.

Que les tombes sont riches de dons et d'amour des vivants. Peu importe, simples croix où caveaux de marbre, ce lieu respire quelque chose de bon. Rien de mortuaire. Comme des HLM de banlieue, la ceinture de coffres vitrées, des abris de cendres.


Cuitad de la muerte

Que faire un jour de pluie à Rio ? Le museo Virginia Choquintel est tout près. Histoire de la culture locale, de la ville, de la faune marine et terrestre, des indiens. Les musée est ludique, bien fait. Un groupe scolaire le visite. La pluie cesse. Pour un temps seulement.

Je marche le long de l'Océan, sans m'apercevoir que je suis réellement seule. Le temps furtif d'une pensée et une vague m'emporte. Je préfère rentrer. Dans le village rouge de Gauchito, quelques visiteurs se prennent en photos.

C'est un ciel de poisse, un jour gris, de pluie et d'ennui. Je n'ai pas le cœur à me perdre dans la pampa. J'écoute mon instinct et je rentre avec une chouette envie d'être au sec, au chaud, ne plus bouger, et entendre le Vent gronder.

Mission salesienne

Dans une sublime paresse patagonne, je m'alanguis sur la méridienne de velours, le poêle ronronne comme un chat repus. La TV diffuse films cultes. Thelma et Louise, Coco, El faro del orca.

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La ruta 3, de Rio Grande à Ushuaia. Le temps de saluer une dernière fois le Saint païen que déjà le ciel me happe.

Du Nord au Sud, la Grande Isla dévoile sa beauté. Des caminos m'invitent à l'exploration. J'accepte l'invitation. Le sentier de terre longe une forêt d'arbres atrophiés. Ils inventent des chansons bien à eux. Des chants marmonnés dans barbes de vieillards. Longtemps, très longtemps, j'ai attendu que les esprits des forêts partagent mon maté. Personne n'est venu. Un peu déçue, je suis partie vers les lacs, vers la brume.

Entre Ciel et Terre, une clôture emprisonne l'espace.


La mousse espagnole, la barbe de vieillard est un lichen qui donne un étrange aspect aux forets.

"Corazon de la Isla". Le cœur de l'île en langue Selkman. Le peuple chasseur cueilleur vivait ici depuis plus 11000 ans sans aucune influence du monde extérieur.

"El corazon de la isla" est aussi belle comme un cœur. Ici le Lago Fagnano, plus loin des bois. Encore plus au sud les relief des montagnes.

Terre du néant du Nord. Sommets enneigés, lacs et forêts du Sud. Une île et deux pays. A l'Ouest, le Chili. A l'Est, l'Argentine.

Je pourrais me croire arrivée dans une village de pionniers du siècle dernier. Belles illusions patagoniennes. La cité fondée en 1972 est toute jeune, plus jeune que moi. Ici la "casa de jubilation" - maison de retraite - et la biblioteca. Maisons de bois de couleurs comme dans un conte.

Un film : "Joël, une enfance en Patagonie". De Carlos Sorin tourné à Tohlun

J'ai encore de la route vers mon rendez-vous du bout du monde. Je veux arriver libre d'imprimer dans mon esprit des images, mon ressenti. J'ai tellement lu de livres que parfois je crois reconnaître un arbre, une maison, un sensation familière. Des maisons de tôles et de bois, une cabane de pêcheur.

La pluie. Le vent. Le temps d'un regard et l'espace change. Le bleu du ciel sanglote sans bruit. Des forêts erratiques, des hêtres antarctiques, des lacs sombres, des tourbières pourpres et noires. Fleurs de janvier, douceur de l'instant. Patagonie de mes romans.

Dans l'ombre du Vent, derrière une armée d'arbres je découvre le Lago Escondido -. Le Lac Caché, courre dans un écrin de colline rondes et sombres.

Une pluie fine et glaçante tombe, régulière, parfaite. Le temps d une photo et la brume avale le paysage.

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Les fermes du bout du monde.

Estancia Maria Behety.

Ici, la Terre est sans limite. Dans le Ciel d'indifférence, les nuages ne font que passer. La Terre est à celui qui la prend. En paiement de leurs durs efforts, les conquistadors, les explorateurs étaient récompensés par la grâce de concessions royales, des "suertes" - la chance des fermiers. Dans l'étrange pays de Terre de Feu et de Patagonie nait une aristocratie bourgeoise de grands propriétaires terriens, au détriment des populations indigènes. Les immenses troupeaux de moutons broutent l'herbe rare, chassent les farouches guanacos. Les indiens rescapés travaillent dans les fermes. La Patagonie argentine apprivoise l'espace d'estancia en estancia. Les gauchos, les péons - employés de ferme - les tondeurs de moutons sillonnent le pays.


C'est un long dimanche patagon sans doute, sans idée précise. Je me dirige au hasard des rares panneaux. Le vent soulève la poussière, courbe les arbols banderas, les arbres drapeaux, une bande de ravissants guanacos m'observent. Je ne présente aucun intérêt. Ni gustatif, ni dangereux. Ils s'enfuient vers d'autres clôtures, qu'ils franchiront d'un saut parfait.

Je crois n'avoir croisé personne de race humaine. Tout semble oublié, comme dans un livre sur une étagère de poussière.

Des estancias célèbres et anciennes. Elles se visitent parfois. Celle d'Haberton, face au Canal de Beagle est réputée. Située à 90km d’Ushuaïa. Une seule famille qui depuis 1886 vit, s'adapte, et innove.

"La ferme du bout du monde" clôt le bal des gauchos.

Dans ce paysage rugueux et pastoral, des stères de bois captent un pâle soleil en vue de l'hiver infini. Des délices de muffins et cookies, thé, café, maté pour le plaisir. Image de ce jardin potager, terrain de jeu privilégié d'une ravissante chatte de Terre, de Feu, de Neige.

Gateaux, Pampa et minette calicot à sa toilette

La réserve de Pingouinos de Magellan sur l'île de Martillo. La magie solitaire de Cabo de Virgines n'est plus. Je suis venue sur un zodiac, avec une vingtaine de personnes, et une guide.

Cachés comme de grosses peluches dans un trou de souris, les poussins sont attendrissants, si fragiles. La visite est bien encadrée. Les pas mesurés, les voix chuchotées.

"Encore ces humains en boîte de conserve" ricanent les anciens, blasés.

Sans imaginer la suite de l'histoire, le vent me dépose dans les pages d'un livre d'enfant. Au mitan des pages, du côté de Rio Grande, l'Estancia Maria Behety. Des maisons belles comme des jouets, la capilla, biblioteca casas trabajos, lavandoria. L'air est si doux, les choses si simples, tout est à sa place.

Qu'importe le ciel anthracite. Qu'importe la neige, le brouillard, la bruine. Nos toits sont rouges, bleus et verts. Nos couleurs sont dans nos yeux, nos cœurs et nos musiques. Sur les murs blancs de nos maisons poussent des roses trémières, le temps d'un bref été, le temps de la lumière. Qu'importe l'isolement, l'hospitalité est notre tradition. Le Vent nous conte les palabres du Sud, de l'Ouest et parfois des voyageurs égarés.

La pluie tombe, chante, inonde, frappe la terre. La colère rugit, les larmes apaisent. Puis le ciel lavé de toute noirceur, sourit, comme un enfant capricieux.

Nous sommes fuéguiens, nous sommes fiers. Sur cette Terre maudite, seul l'horizon est une frontière. L'horizon est infini.

Un squelette de baleine, une colonie de Manchots de Magellan dans leurs terriers.

A l'autre bout du monde, il n'y a rien, que des os, des épaves et des manchots. Des rêves qui s'envolent, des souhaits, des légendes, de la glace, des oiseaux.

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Histoire de la femme Alakaluf

Zoo de Hambourg -1880

Je suis la femme Alakaluf. Je n'ai pas de nom, je n'ai plus de nom. Je n'existe plus. Je suis morte. La pluie tombe fine, froide, régulière. Je ne connais pas cette pluie. Je ne connais pas ce monde, ces maisons, ces bêtes tristes et sauvages prisonnières de cages d'acier. Comme moi.

Qui sont ces gens qui m'observent, me j ettent des déchets et grimacent en se pinçant le nez ? Qui est cette femme à la mine dégoutée et si étrangement vêtue ? Je ne les vois pas, je ne les vois plus. Ils sont transparents. Je vois à travers eux, à travers les lions et les ours miteux, à travers la pluie sage et les murs gris de Hambourg. Je vois ma tribu, ma famille, ma Terre de Feu.

Je suis née à l'extrême Sud du monde. Là où la Terre n'est que douleur et fureur. Ma raison, ma maison est un enchevêtrement de chenaux, glissement de fjords et de glaciers. Mon peuple existe depuis si longtemps, plus de 12 000 ans dans doute. Ni le passé, ni le futur existe. Je suis une femme fuégienne, une nomade de la mer. C'est comme cela qu' "Ils" ont décrit mon peuple.

Je plonge dans l'eau gelée à la recherche de cholgas, des énormes moules que nous dévorons crues sur les criques caillouteuses et inaccessibles. Je connais le Ciel et la cosmographie des étoiles. Je devine les nuages et la fureur des orages. Toujours en quête de nourriture. Une baleine échouée est une aubaine. De la graisse, des os, de la peau, du combustible. Alors les hommes découpent la chair encore tendre, les femmes allument des braseros, les enfants se réchauffent et s'endorment le ventre rond. Demain nous dépècerons la baleine. Nous protégerons les foyers fumants, le temps que le cétacé nous offre tout ce qu'il peut nous offrir. Demain sera encore clément. Puis nous partirons vers d'autres criques, d'autres naufrages.

Malheur à nous indiens fuégiens. Malheur à ce feu qui nous fit tant de bien. Ces mêmes braseros guidèrent les navires de Cook, Bougainville et Darwin. Notre perte, notre holocauste. Notre terre écorchée vive étaient presque douce face à la cruauté infinie de ces êtres de mort et de sang.

Les galions, ces étranges géants de bois, de fer et de voiles glissèrent sans bruit, guidés par nos fumerolles. Au plus sombre de la nuit australe, ils accostèrent sur nos rivages. Les hommes venus de mer, comme des marins venus du Ciel. Si différents. Nous ne savions pas, car au delà de nos rochers noirs, des glaciers, des ressacs, du froid et de l'oubli, il n'existe rien.

La faim les tenaillait, les maladies couvraient leurs peaux de plaques et abcès. Ils toussaient et crachaient du sang mauvais. Nous offrîmes nos braseros. Ils offrirent leurs maladies, leur alcool.

Nous étions fiers et farouches comme les autres peuples indigènes. Les Haush et Onas étaient libres, grands et robustes. Ils chassaient à mains nues, vêtu d'une simple une cape de peau sur les épaules. Ils marchaient des kilomètres sur des rochers de verre pilé. Ils n'étaient pas nés pour vivre en cage. Ils se sont défendus, la rage au cœur. Dérisoires flèches contre fusils.

Les Salésiens, ces missionnaires venus d'Italie, des hommes pétris d'une sainte et divine bonne volonté fondèrent une mission à Dawson, Rio Grande et autres rivages perdus. Mes frères vivaient nus. Les Salésiens les vêtirent, leurs apprirent les bonnes manières, à prier et à coudre. A prier et bâtir des maisons. A prier et prier encore. Alors mes frères Onas n'ont plus rien dit, ni parole, ni prière, ni chant. Ils se turent à tout jamais dans une révolte silencieuse. Ces conteurs nés oublièrent la parole, l'histoire de leurs ancêtres, de ce pays de vents et de violence. Ils moururent sans bruit, chrétiennement. Mission accomplie.

Mes frères et sœurs Haush, disparurent sans laisser de trace. Évaporés. Bulle de savon éclatée.

Je suis une femelle Alakaluf, femme sans nom, traînée par les cheveux, déracinée, humiliée, palpée, mesurée, violée. Je ne ressens plus rien. Je ne mange pas cette nourriture morte, je ne bois pas cette eau souillée. Je glisse vers l'infini.

Fresques murales  

Ils étaient 7 000 fuégiens au 18eme siècle. 600 en 1924. 100 en 1940. Ils n'existent plus aujourd'hui. Les Alakaluf étaient doute le plus vieux peuple de la terre, venu d'Asie. Chasseurs, cueilleurs, pêcheurs, ni arrogants, ni belliqueux. Ils marchaient, fuyaient les autre tribus jusqu'au bout du Monde. Là où personne, semble- t-il ne pouvait les atteindre. Darwin, le grand Darwin méprisa ce peuple puant la graisse et au langage guttural. Ils ne les traitaient même pas d'humain. Bien plus tard, il revint sur ces déclarations. Des ethnologues se sont consacrés à décrypter leur langages, leurs codes. Des auteurs magnifiques rendent hommages à ces peuples oubliés.

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C’était un yagan chasseur de phoque. Un jour qu'il suivait la piste d'un animal, qui avait une belle fourrure, il s'était aventuré sur la banquise, et c'est alors, que, soit d'une chute dans l'eau, soit à cause du crachin ou de sa propre sueur, la basse température avait congelé son corps en l’arrêtant en pleine course. Plus tard, le printemps avait disloqué la glace et l'avait condamné à être un navigateur fantôme. J'avais 14 ans quand j'ai entendu Francisco Coloane raconter cette histoire à des pêcheurs de Chiloé. Bien des années ont passées, mais je souviens de chaque mot de sa conclusion :

Ainsi, tout s'explique facilement ; mais dans mon souvenir demeure comme un symbole la figure hiératique et sinistre du cadavre de yagan de Kanasaka, poursuivant sur la mer les profanateurs de ses solitudes, les Blancs "civilisés", venus troublés la paix de sa race et causer sa dégénérescence avec l'alcool et leurs calamités, et semblant leur dire sa main tendue : "Hors d'ici !"

Luis Sepulveda - Le Monde du bout du Monde

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Je suis une voleuse d'âmes, voleuse d'images. Je photographie ces fresques, j'écris et réécris ces histoires. Si les morts ne meurent que si nous les oublions alors ces fresques ont un sens et mes mots un peu, aussi. Je l'espère.

Des livres pour aller plus loin : "Adios Tierra del Fuego" Jean Raspail - "La nuit commence au Cap Horn" Saint Loup - "Les nomades de la mer" José Emperaire - "L'amant de Patagonie" Isabelle Autissier - aussi Francisco Coloane et Luis Sepulveda

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"Baie tournée vers l'ouest" en langue yamana.

Deux imposantes tourelles de pierres grises gardent l'entrée du purgatoire. La police m'ignore, me salue simplement. Dans l'été austral, la ville se dévoile noire et sinistre. Mille pensées trottent dans ma tête. Alors c'est donc ici "Ouchouaya" ? Cette destinée aux accents exotiques ? Un port de marchandises, un ancien bagne, une destination touristique. La pointe du monde au bout du tarmac, du quai, de la route. Et moi voyageuse lambda, ni aventurière, ni baroudeuse, je débarque ici, comme une fleur.

Je me gare sur le parking central face aux bateaux de croisières en partance pour l'Antarctique, le Cap Horn et de petits bateaux pour Puerto Williams au Chili

Les nuages s'espacent le temps d'une photo. A l'Office du Tourisme, je fais tamponner mon passeport d'un joli pinguino... J' avoue n'en être pas peu fière.

Je voulais descendre encore plus au Sud, à Puerto Williams et même Puerto Toro, ce minuscule port de pêche le plus austral du monde. Je voulais vraiment être au bout du bout. Tierra del nada. Terre de rien. Ce n'était pas compliqué de traverser le canal de Beagle, prendre un bus, rester une nuit sur place. Juste 50 km plus au Sud, au Chili. Pourtant, je suis restée ici. J'avais tellement à voir pour si peu de temps. Je suis restée à ne rien faire, aussi. Simplement ressentir. Etre.

La pluie. Le vent. Les touristes. Je trouve refuge dans un salon de thé et j'observe cette drôle de foule bigarrée devant cappuccino, une part de tarte de calafates. Bien au chaud, à seulement 150 km du Cap Horn. Si Magellan et Pigafetta pouvaient voir à travers mes yeux et moi à travers leurs regards, sans doute seraient-ils plus horrifiés que moi. Je sors de mes rêveries. Le soleil réapparaît un court instant. Le temps de rejoindre ma Nissan.

La capsule du temps scellée en 1992 sera ouverte en 2492. Afin de montrer aux générations futures la vie et les pensées de notre temps. "Quand le XXème siècle ne sera plus qu'une rumeur, la capsule sera comme un voyageur du temps". Je reste pensive devant tant d'espoir. Où sera Ushuaia en 2492 ?

Le micro museo del fin mundo est bien le bout du bout. Minuscule, antique et vénérable. Bourré d'objets d'épaves échouées, proues de navires, un peu de faune marine.



Mon hébergement est fonctionnel, sans âme. Des chiffres et des codes vides de sourires. Arythmie glaciale en guise de bienvenue. Malgré le confort, je me sens mal ici. De la baie vitrée, je me défenestre chaque soir, chaque matin, dans le Canal de Beagle. Peut-être ai-je la tête à l'envers ? Les alentours semblent détruits par un séisme. Des escaliers gravitent sans but, des éclatements de murs, des trottoirs bombardés. Les maisons bâties dans l'urgence, rafistolées au petit bonheur la chance. Je ne loue jamais plus de trois nuits, au cas où ça ne tournerait pas rond. Dès demain, je me mets en quête d'une nueva casa.

J'ai souvent lu la laideur d'Ushuaia. Je vois la beauté de la baie, les cimes de la Cordillère de Darwin s'emparer du ciel, l'indigo des arc-en-ciel.

La laideur vient du tourisme, des magasins racoleurs. Que demander à une ville portuaire, de sang et de bagne ? Nulle douceur dans la rigueur du climat, nulle douceur dans l'histoire des Amérindiens, des colons, des bagnards. La ville est construite sur des collines, les rues droites. Mes solides mollets de grimpeuse souffrent. Le centre est microscopique. Est ce pour contrer les 2 degrés de moyenne annuelle que l'église est amarillo ? Que les maisons se teintent de rouge, bleu ou vert vif ?

Longtemps, je marche sans but dans les rues. Des gens pressés, les parkas et les tee shirts des touristes colorés, des kilomètres de fils électriques, une foule éclectique.

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Je voyage seule par envie, par besoin. J'apprends à écouter mon instinct, à tester mes limites. Je voyage seule pour sentir, vibrer sans partage. Sans le comprendre, sans le savoir, doucement mon voyage change. Je change. Je me pose dans le présent.

J'aime cette solitude. Etre seule sous le ciel, surprendre un petit zorro, deviner l' image d'un nuage, écouter le bruissement des feuillages. Écouter encore, et le doux bruissement devient murmure, le murmure un chuchotement. Etre poussière d'étoiles dans l'univers.

Je n'ose m'aventurer dans chaque sentier. Pourtant je veux franchir les interdits. Je prends un guide.

Tôt le matin, je rejoins Martin à l'agence. J'ai réservé une journée en 4X4. Les rues humides de rosée sont désertes. Le ciel hésite entre souffrance et arrogance. Seul le néon absurde du Hard Rock Cafe clignote. Martin est là, charmant, tout sourire. Il parle lentement. Je comprends. Un poco. Nous passons chercher deux autres couples avant la virée au pays des castors.

Rue deserte et tourbières

Les Anges des Andes, ma chance argentine. Deux des quatre personnes parlent français. Abraham multi polyglotte et son épouse Aline, française. Grace, mille grâces soient rendues au Ciel de partager ce jour avec eux. Je peux parler sans réfléchir aux mots, comprendre et pouvoir enfin poser des questions. Une journée cadeau. Un regalo.

Forêt antarctique

Nous partons. Le ciel bipolaire se chagrine un peu, change d'humeur. Martin emprunte la route de mon arrivée. Une étape au point de vue du lac Escondido.

Je fais connaissance avec mes compagnons de virée. Voyager seule intrigue. Des questions. Pourquoi ? Est-ce la première fois ? Quel est le but de cette démarche ? Comment sont les rencontres ? Je réponds, intriguée et flattée que mon aventure, mon évidence, suscite autant d'intérêt. Martin bifurque dans un chemin de terre. Un de ceux qui m'invitait, que j'avais décliné par instinct.

Sur les rives du Lago Fagnano, Martin progresse entre les troncs morts et l'écume. "Un jour je ferai le Paris Dakar" lance-t-il, un sourire de vainqueur. La Terre de Feu est son fantastique terrain de jeu. Le sol change sans cesse. Une pluie, un tronc pourri, la neige, et les repères se fondent, s'effondrent. Je filme. Je propose ma place à l'avant. Personne ne la veut. Tant pis. Je jubile. Rouler dans la boue, traverser la forêt primaire, toréer avec les vagues. Quel pied !

Ils viennent de très très loin, du Grand Nord. Du pays des immenses forets d'érables et des hivers blancs. Du Canada à la Terre de Feu. Sacré voyage. Sacrés castors bâtisseurs. Destructeurs

Ils ne sont pas d'ici mais fort bien acclimatés. Trop. Ils rongent les arbres et la forêt s'épuise. Ils dessinent des barrages, capturent l'eau, inventent un monde à hauteur de leurs quenottes meurtrières.

Les castors sont un réel fléau sur cette île aux antipodes de démesure des forêts nord américaines.

Le repas. La viande. El cordero. Je suis végétarienne par éthique. Aucun être vivant ne doit souffrir pour le plaisir du plus fort. Manger pour se nourrir, sans barbarie. Le choix est fait. Le carné rare. J'ai mangé du porc-épic dans un village de brousse à la frontière malienne, les chasseurs venaient l'offrir, une proie de choix pour invités. Ainsi que le cœur grillé d'un mouton lors d'une Tabaski à Ouagadougou. Sans remords. Repas de partage.

Difficile en Argentine de ne pas en manger. J'en ai furieusement envie. Si tu viens en Argentine, danse le tango, mange l'asado.

A El Calafate j'ai dansé deux nuits le tango abraso, au fond de la forêt antarctique, je goûte à la viande grillée. Avec un plaisir tout neuf, intense. Aline parle de ses désirs, de l'intime, de pardon, de familles. Le vin est velours, la forêt soupire, fait craquer ses articulations millénaires.


Je rentre un peu groggy de cette virée. Des confidences à une inconnue et d'avoir tant parlé aussi. Je n'ai plus l'habitude. Ushuaïa hume la viande grillée. Les restaurants sont bondés, les rues vides, la lumière cristalline. C'est bon d'avoir faim et de manger, d'être en vie et de danser.


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"La prison du bout du monde où fuir était pire qu'y demeurer pour toujours,"

1884. Le gouvernement argentin assure sa présence sur l'île. Que vivent donc les rebus, les agitateurs de la société dans cet endroit maudit. Peupler la Terre de Feu de taulards, de matons et de leurs familles. Le bagne du bout monde ouvrira en 1904 et fermera définitivement ses lourdes portes en 1947.

L'enfer dans l'enfer. Le bagne des récidivistes, des monstres, des tueurs en séries, des psychopathes, des agitateurs aussi. Ils construiront ce pénitencier dans la pluie, la boue, et la haine. L'extrême douleur de la Terre sera leur unique compagne.

Les cellules sont glaciales. Les prisonniers ne disposent d'aucun droit, ni lire, ni fumer, ni contact avec le continent. Tuberculose, anémie, pendaisons. 800 hommes pour 360 cellules. Des ateliers sont réservés à ceux qui sortiraient un jour. Apprendre un métier, à lire.

Les prisonniers, mais également leurs surveillants s'acclimatent comme ils le peuvent. Quoi de pire que d'être muté comme gardien au pénitencier d’Ushuaïa. Les familles, femmes et enfants innocents subissent la même peine.


Dans la peine et la sueur des bagnards, s'est bâtie Ushuaïa. C'est pourquoi la ville est sans doute si laide au premier regard.

Bagne des sanguinaires. Bagne des maladies, de l'humidité, du froid mortuaire. Mateo Banks, riche héritier de propriétaires fonciers, assassinat huit personnes de sa famille. Cayeto Santo Godino. Tortura plusieurs enfants avant de les tuer. Une vie derrière les murs, dés 16 ans. Battu à mort par les prisonniers, il meurt à 44 ans. Une légende courre sur les murs, que le grand Carlos Gardel passa par ici.

Je visite ce bagne par un après midi couleur de soleil. Les musées du Presidio, Atlantico, art marin et galerie d'art. Un pavillon vitré, inaccessible au public donne une vague idée de l'horreur passée.

Dans les autres pavillons, les cellules repeintes de très jolies fresques évoquent l'histoire du bagne mais aussi de la mer, des bateaux, de la vie.

1920 - Ushuaïa aligne une quarantaine de baraques de bois, gueules béantes ouvertes aux quarantièmes rugissants. Les bras des prisonniers construiront la ville. C'est par ce train, ce train des prisonniers - que ceux qui ont le privilège de sortir vont couper le bois, chercher le combustible dans la foret primaire, aujourd'hui devenu "Le parc national de Terre de Feu".

"El tren del fin del mundo". Le train du bout du monde est peuplé ce matin. La fin du monde est multiculturelle. Trop de foule et je me sens bien seule. Mais le parc est sublime. Dans la forêt rousse, noire et verte scintillent des flaques et des lacs. Des chevaux sauvages broutent l'herbe humide. Le train cahote entre les collines douces sur des airs de tango. Je flotte dans une poésie indigo.

En observant la carte, qui peut encore douter qu'ici est le pied des Amériques ? Le coup de pied du géant Patagon.

Plénitude de ce cimetière face au canal de Beagle. J'ai changé de location. Perla ma logeuse est una amiga une dame de roman, avec son maquillage de poupée, sa joie de vivre et ses attentions. Sa casa est un poème. Des ustensiles de cuisine se chamaillent dans les tiroirs, attendent mon bon vouloir. Riz, boites de tomates, pâtes, sel, épices sont à ma merci. Des sous verres crochetés aux couleurs de soleil et d'océan, un lit à baldaquin. Un appartement sans porte, comme chez moi. Et je me sens chez moi. Sur la petite terrasse poussent des fraisiers et de petites cerises. Un quartier de maisonnées riantes à peine 10 minutes en voiture du centre ville.

Ciudad insouciante. Le temps d'un été, d'un arc en ciel, d'un sourire.

Je me promène à ma guise. Derrière le carré de maisons, l'espace, le ciel, l'imaginaire.

Derrière l'imaginaire, le cimetière. Les tombes, les lits de fer, les fleurs, les croix. Un lieu de paix et de poésie. De cimes et de terre, de calme et d'abandon. Je me promène au crépuscule, après mes balades du jour.

"La mort brise la cage mais ne blesse pas l'oiseau". Les paroles du soufi Rumi résonnent dans la baie.

Soudain un souffle antarctique transperce mes os. Laissons les morts dormir. Laissons les morts à la nuit.

Je retrouve ma maison refuge. Elle m'ouvre sa porte, sa méridienne, sa cuisine. J'aime ce pays où le vin est fort, la comida épicée, la musique de soie et de velours.

Cuitad authentique, blottie entre la Cordillère de Darwin et le Canal de Beagle. Un instant de calme, de beauté pure.

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Sur les ailes du temps

Je referme la porte de mon appartement, Perla m'embrasse chaleureusement. Ma Nissan est chargée, thermos emplie d'eau brûlante, quelques provisions. Que du sec, rien de frais que le douane chilienne ne jettera. J'avais idée de rejoindre Porvenir au Chili, et prendre le ferry pour Punta Arenas. Je n'ai trouvé aucun horaire fiable de traversée pour ce dimanche. A bout de recherche et pas plus envie de passer une nuit à Porvenir, je remonte par la Ruta 3.

Le ciel jette sur l'ile des sourires radieux. Sur la jetée, un homme aux pieds nus et regard d'hématite, m'aborde. "Je suis Rapa-Nui" me dit-il avec fierté. Il passe l'été austral dans la baie australe et repartira aux premiers frimas. "je suis amoureux de toi" me lance t-il. Ce n'est pas une légende. Il existe un pays où les marins aux pieds nus parlent d'amour en français aux inconnues de naufrage. Je le suivrais bien sur son voilier rouge et blanc.

Bon vent l'ami !


Un dimanche solaire. Dans la sublime lumière du matin, je me dirige vers l'aérodrome. Quelques promeneurs, une épave rouillée de bateau. Une chantilly de nuages s’arrime et s'abîme aux sommets des montagnes. Dans la ville de passage, les visiteurs sont partis. Un court répit entre deux bateaux de croisière, entre deux flots.

Dans l'église citron belle comme un rire d'enfant, quelques personnes patientent pur l'office. Une église comme un bout de soleil offert aux hommes et aux femmes.

Le Ciel est amoureux 

Enfin je me décide à partir. Le voyage, ne pas s'attacher, partir avant que tout se gâte, garder le souvenir intact de la rencontre. Les nuages, jouent, s'effilochent. Le Ciel a aussi ses colères, ses blues, ses amours. J'aime imaginer que les nuages sont ses pensées. Peut-être alors le ciel est amoureux.

Une pause dans une station essence YPF. Bien plus qu'une station lambda. Des toilettes propres, de la wifi, de bons gâteaux, du vrai café. Je profite pour appeler Diego devant un fabuleux cappuccino - digne des plus grands salons de thé-. Je lui annonce mon projet de bivouac pour la nuit. "Ok" dit il, comme une évidence, comme si je disais "je ramène le pain". Que faut il faire pour le bluffer ce gringo ? Les frontières argentino-chiliennes sont désertes en cette fin de journée. C'est la bonne heure, je passe sans attendre. Encore quatre coups de tampons sur mon passeport plus tout neuf.

Cappuccino et Pampa guanaco 

Je ne peux rentrer, je ne veux rentrer. Encore une nuit insulaire. Je ne sais ou m'arrêter dans la pampa. Je ne peux m'arrêter sur le bord de la route. Sur ma gauche la "Pampa guanaco". Ce nom me tente pour un caprice. Un chemin de poussière entre deux néants clôturés. Je suis assez loin de la route principale, assez proche pour partir en cas de problème. Un peu de vin tinto, un bol de riz et olives, du thé vert. L'obscurité efface les ombres. Je m'installe dans ma chrysalide. Je sais que je dormirai peu et mal. Je m'éveille, la nuit est sombre, aucune lueur d'estancia, le ciel est un long nuage de cendres. Je devine quelques bruits furtifs de petits animaux et plus rien. Je m'éveille plus tard, toujours en alerte. C'est une nuit de silence, une nuit d'étoiles, de milliers d'étoiles. Je me verse un thé, je m'éveille, m'émerveille. La Croix du Sud scintille dans un ciel lazuli.

L'aube pointe déjà. Très tôt, trop tôt. Une jeep passe. Le type me salue. Je m'habille et déjeune. Voila, c'est l'heure. Aucune trace des étoiles, mon merveilleux souvenir fond en un rêve. Dans l'horizon terne dansent des ondes blanches. Je m'approche assez prêt pour voir des chiens, un cheval et un gaucho.

Le berger lance un agneau de l'autre côté d'un petit cours d'eau. II agite les bras pour faire avancer le troupeau. Les moutons ne semblent pas ravis de mouiller leurs pattes de si bon matin. Les chiens font leur travail, ils aboient, les poussent vers l'autre rive. Enfin le troupeau est passé. L'homme vient me saluer. Un vrai gaucho du cru. Difficile de le comprendre. Il parle avec l'accent de ceux qui vivent avec leurs chiens, leur cheval et leur troupeau. Dans le règne de la solitude et de la liberté.

1 gaucho, 5 000 moutons, 1 cheval, 3 chiens 

C'est beau comme un cadeau. J'ai réalisé mes trois vœux. Tango. Asado. Gaucho. Et même au delà de mes désirs, avec cette nuit sous la Croix du Sud.

Je pars vers mon ferry, el gaucho dans sa pampa. Je m'arrête encore devant les ravissantes vigognes et leurs petits. L'herbe rase et blonde, le ciel clair et dégagé. Frontière chilienne. Frontière argentine. Par cette fin d’après midi, je suis seule. Je passe très vite.

Guanacos sauvage et vigogne d'élevage 

La gueule béante du ferry Patagonia avale les quelques voitures et motos. Peu de monde. Des locaux qui font des allers retours sur le continent, et moi sans doute la seule étrangère à bord. Cela me va bien.

Ici s'achève mon ultime rêve. Le voyage avance, remonte entre Eau, Ciel et Terre dans les canaux de Patagonie chilienne. Il me semble avec le temps, avec le recul, que c'est ici en Terre de Feu que mon voyage prend du sens. Quoiqu'il arrive, quoique je fasse, je devais être ici en janvier 2020. C'était écrit comme une prédiction. Une prédiction aussi, le destin de Pampa, la chatte tricolore qui partage ma vie aujourd'hui, qui un jour d'été arriva chez moi comme un éclat de Terre de Feu.

J'avoue avoir beaucoup de mal de finir, de quitter ce carnet. Je le trouve imparfait, limité, très difficile à écrire. Les mots résonnent creux. La Terre de Feu est le début et non la fin monde.

Aux lecteurs et voyageurs immobiles, aux baroudeuses de passage, je vous remercie de vous être attarder un instant sur mes écrits. Arrivée au Sud du Sud, je ne peux que remonter. C'est l’histoire de mon prochain carnet dans la Patagonie chilienne. Partagez vos ressentis, écrivez moi. Hasta luego !

https://www.myatlas.com/TerreDeSienne/patagonia-entre-ciel-et-eau