Carnet de voyage

Contes d'Atacama

10 étapes
21 commentaires
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 avec 
Diego
"Raconte comme un poète pas comme un professeur". A 3000 km des Terres Australes, le grand désert d Atacama étend sa lumineuse aridité. Un désert comme une gourmandise, un rêve à vivre à deux.
Mars 2020
15 jours
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Avant de vous conter la lumière d'Atacama, j'aimerais respirer un instant, respecter le silence du désert. Il m'est très difficile d'écrire ce blog sans penser à la situation actuelle et aux circonstances de ce voyage. Les Anges des Andes soufflent de buenas ondas. Diego atterrit à Santiago deux jours avant la quatorzaine obligatoire pour tout passager étranger. Dans l’insouciance, nous filons vers San Pedro, la tant espérée cité oasis d'Atacama. Dix jours dans le désert, à visiter, ne rien faire, déguster des fruits juteux, danser sous l'orage, se prélasser dans les hamacs dans une légèreté insouciante. Nous rentrons comme prévu à Santiago. Le jour même, le Chili ferme ses frontières, les parcs nationaux. Notre vol Air France est décalé, annulé, reporté. Incertitude, mais peu importe les détails des trois derniers jours, Santiago se vide peu à peu, les marchands ambulants moins nombreux. Les rayons des supermercados sont pris d'assaut. Les musées fermés - adios Pablo Neruda -. Nous atterrissons dans un Paris surréaliste. Je suis soulagée mais infiniment triste que ce voyage de 11 semaines s'achève comme un fuite et non retour. Voilà dix jours que je confine, dans une maison avec jardin, les chats et mon chéri. Mes rêves planent encore et planerons longtemps à 2 400 mètres d'altitude.

La période est aux doutes, à la maladie, à la mort qui rode. La planète respire enfin mais les humains étouffent. Cela peut sembler dérisoire d'écrire un blog de vacances alors que la pandémie ravage le monde. Je crois aux belles choses. Que la lumière d'Atacama, nous fasse voyager encore et encore au delà des incertitudes. Prenez soin de vous, prenez soin de la Terre.

« Raconte comme un poète, pas comme un professeur »

Mon histoire pousse comme une fleur. Une graine minuscule germe par un miracle d’eau, de soleil et de pluie. La graine pousse, une tige sort de terre, frêle et tendre. Si un oiseau, un insecte ne la grignote pas, la petite tige grandit, un bouton éclot et fleurit. Une jeune pousse deviendra peut être un arbrisseau, un buisson, un arbre sculptural, un baobab, un chêne centenaire, un magnolia immense.Mon histoire est une fleur, et j’ignore encore si elle sera un bouquet de roses sauvages, un buisson de calafate ou un arbre séculaire.

Voilà bientôt deux mois que je promène mes rêves de liberté dans cet étrange pays, où la géographie est un voyage à elle seule. Le Chili, longue langue de terre étranglée entre le Pacifique et l'épineuse colonne vertébrale de la Cordière des Andes. Je viens du Grand Sud, de la Terre de Feu. Je me dirige vers le nord, le soleil, j’atteins enfin mon Graal, ma cerise sur le gâteau. Le grand désert Atacama.

https://www.myatlas.com/TerreDeSienne/encore-plus-au-sud-ushuaia

https://www.myatlas.com/TerreDeSienne/patagonia-entre-ciel-et-eau

Dans l' immensité des dunes, des vallées écorchées, de salars éblouissants, des volcans, des geysers, des oasis, des canyons, de sables et de néant, je projette ma soif romanesque. Un désert beau comme un premier jour sous la voie lactée, un désert cercueil d'os blanchis de disparus anonymes, de victimes du lithium.

L' irréel désert d’altitude. Je l’imagine comme un défi, une quête. Être dans cet espace minéral où le soleil me brûle les yeux avant de bruler ma peau. Poser des questions innocentes, enfantines. Marcher face au soleil, sur le sel, sous la voie lactée. Danser sous la pluie. Danser sous le Tropique du Capricorne.

C'est écrit, c'est ici.

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Il était une oasis

Fresque des symboles 

Il était un village dans un désert, un village aux murs d'adobe de couleur terre. Des ruelles ocres, des échoppes, des restaurants chics aux boui-bouis à trois sous, des bandes de chiens gentils, des tours opérators, des marchands ambulants, un unique bar. Joliment déposé comme un bébé dans son couffin, la petite église de San Pedro de Atacama, éblouissante de blancheur.

Des fruits frais poussaient dans les oasis, les grandes villes de Calama et Antofogasta alimentaient San Pedro et les villages des alentours. Des femmes tricotaient des "pulls qui grattent" en laine de lama et d'alpaga, et le soir venu, d'autres femmes vendaient des empanadas -petits chaussons salés fourrés- à la criée. La Feria Artesanal vibrait au rythme du soleil et la placette au rythme des marchés.

Devant les gargotes de la place du marché, les chiens paressaient, l'espoir collé à la truffe d'un os, de restes de plats du jour, d'une tortilla, d'un pollo ou d'une cazuela.

Chiens au menu 

Les maisons de San Pedro, les "casas" étaient faites d'adobe, de boue et de paille séchée. Mais la cité s'étendait, il ne manquait pas de place dans ce désert immense. Les nouvelles "casas" étaient faites de de planches, de tôle ondulées et enfin de pierre.

Atacameños, prends garde au vent qui soufflera sur ta maisonnée !

Maisons des Trois petits cochons 

Au pied du Licancabur, le volcan magistral, reposaient des générations d'Atacameños. Entre les tombes ombragées comme un jardin d'été et colorées comme un dessin d'enfant, des croix anonymes murmuraient très bas un chant secret. Lorsque le vent cessa, lorsque la ville s'endormit, j'entendis alors ces mots :

"Les morts ne meurent que si on les oublies".

En fin d’après midi, les longues ombres nous invitaient à la farniente, siroter une bière noire.

Sans jamais déranger le sommeil de plomb des chiens chiliens, les voyageurs s'agglutinaient sur les hauteurs au rendez-vous du couchant.

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La première est Lune, la seconde est Mars, la troisième est Arc en Ciel.

Hijos de la Luna

Quelques nuages flirtent au sommet du Licancabur. Le désert étire sa lumière d'opale, banche et bleue. Le jour se lève brusquement, comme dans tous les déserts. De rares petits animaux songent qu’il est déjà bien tard, qu'il est grandement l’heure de se terrer. L’ombre d’angoisse des ailes d’un rapace plane. Dans quelques minutes, un soleil de lave ardente embrasera l’Atacama.

Aux portes de la Lune, flottent les drapeaux Chilien et Wiphala, symbole des peuples des Andes et des révoltes sud-américaines. J'aime beaucoup ce drapeau aux 49 carrés, aux couleurs de l'arc-en-ciel. Rouge est la planète - Orange , la société, la culture -Jaune, l'énergie et la force - Blanc est le temps - Vert l'économie et la production - Bleu est l'espace cosmique - Violet, la politique, l'idéologie andine.

J'alunis comme ces quelques humains, ces cyclistes. Un brave cabot atacamèn, me guide vers un voile salé. Le temps d'une caresse et de partager un peu d'eau, le chien du désert, hijo de la Luna, s'enfuit sans une ombre.

Les êtres de ce désert sont-ils vivants ?

Un sentier grimpe jusqu'à une mine abandonnée. Des pastilles de sel pétrifié en quartz scintillent sur les parois éboulés. Les murs et les pierres murmurent encore aujourd’hui, l’histoire de ces hommes aux mains crevassées, aux regards d'aveugles. Mais la Luna ne révèle pas tous ses secrets. Les grottes de sel me sont interdites et je reste sur ma faim. La planète blanche est belle ce matin. L'après-midi les tours-opérators fracasseront le calme de leurs moteurs, les touristes piétineront d'un pas cadencé les chemins lunaires.

 Contempler une dernière fois la Lune terrestre

Chronique de Mars, la planète rouge.

La nuit s'évapore. Il reste çà et là les illusions salées de plaques de gel, de glace. La Vallée de Marte, proche voisine de la Luna, s'éveille, rouge comme sa planète totem. J'amarsis en douceur.

Les roches semblent encore molles comme une glaise pas tout à fait sèche. Elles sont fraiches à l'ombre des canyons. Aucun animal ne vit ici hormis un petit scarabée noir. Minuscule et acharné. Chaque nuit, un géant joue avec les mottes d'argile. L'aurore le surprend dans ses jeux infantiles. Le géant se fige alors, laissant en vrac son champ de termitières. Mon hypothèse n'est pas fondée, mais elle me plait.

 En arrivant sur Mars

Il n'y a plus rien à craindre. Le sol est durcit, le joueur de boue statufié rôtit sa carapace au soleil. Le crépuscule encore loin. L'heure est aux jeux, de dévaler les pentes sableuses en state boarding, de rire au nez et à la barbe salée du monstre endormi.

Comme une file de fourmis 

ARCOIRIS, il était un Arc en Ciel

Un chat grignote un petit animal en souriant, le géant bougonne sans bruit. La tête me tourne dans les tourbillons de blancheur salée lunaire et le rouge sangria martien. J’atterris quelque part sur la route de Rio Grande, sur notre bonne vieille Terre, à 3 200 mètres d'altitude. Le drapeau chilien et l’indigène Wiphala ouvrent l’entrée du canyon. J'ai le sentiment de pénétrer dans un ancien royaume.

La vallée, discrète et rieuse se moque bien des touristes pressés. "Trouvez-moi" siffle-t-elle ! Un tout petit panneau la localise, après le canyon sur la route de Rio Grande.

"Étrangers, passez donc ces passages à gué et venez voir comme je suis belle ! Moi del Arcoiris, Moi la Vallée de l' arc-en-ciel". Un artiste solaire et non déprimé m'a peinte et joliment façonnée. Regarde mes rochers meringués, mes jardins oasis, ma terre rouge."

Hola amigo ! Hola Amiga ! Come se llama ? Es-tu un lama ou une lamate ? Cela fait déjà très longtemps que tu vis dans ces vallées d'altitudes. Je le sais. J'ai vu ton image dessinée, la-bas, au mur pictural de Yerbas Buenas.

Dans l'étroite vallée creusée par le Rio Grande, des hommes et des femmes vivaient, chassaient, dessinaient déjà cet animal. Cher lama, tu n'a pas changé d'un poil durant ces 10 000 années.

Site rupestre Yerbas Buenas 
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Il est dans le grand désert d'Atacama des lieux où jamais une goutte de pluie n'effleure la terre craquelée.

Au matin, je salue les montagnes et les volcans. Avec respect et admiration. Au soir, j'attends la lune, les étoiles, la voie lactée. Ce matin, la tête blanche des sommets a mauvaise mine, une mine barbouillée. La fraicheur du matin est un plus longue à se dissiper. Le soleil hésite, les heures passent, semblent attendre un lever de rideau.

Coup de vent, nuages inquiétants, prélude d'orage 

Un coup de vent violent, de mini tornades, les nuages lourds se ferment sur le ciel moins pur. Des éclairs, électrisent la moiteur du jour. Roulement de tambour, de tonnerre et quelques gouttes tombent ici et là, fines et timides. Je me frotte les yeux. Je touche ma peau humide non plus de sueur mais d'eau. De l'eau de l'Atacama, du désert le plus aride du monde. Dans cet fin d'été austral, les pluies de l'altiplano venues de Bolivie ravagent les routes et noient les jardins. La terre est une boue incontrôlable, un piège de mélasse. Les ruelles de San Pedro ne sont que flaques, de plus en plus grandes, de plus en plus boueuses. Je jubile. L'orage résonne, la ville sans électricité plonge dans le passé. Les éclairs griffent le ciel, l'averse lave les murs fraichement blanchis de chaux. La nature reprend ses droits, la placette WIFI est bien seule et la belle église, fraichement badigeonnée de chaux blanche, pleure des larmes de boue.

Même si L'orage est éphémère, les coupures électriques durent parfois quelques heures. Les atacameños s'organisent avec des lampes de poches, des palettes, des promos d'opportunités imperméables. Les échoppes ferment, le village grouillant de vie au soleil, s'apaise. Le temps à la terre de boire tout son saoul, au soleil d’assécher les rues.

Le lendemain, il ne restera que peu de trace de l'orage. Après la pluie vient le sel et l'arc en ciel.

De sel et d'arc en ciel 
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Dans le sel d'Atacama, je graverai ton nom, je graverai le mot déraison

Dans l'eau lagon d'Atacama, moi la femme au corps de pierre, je flotterai comme un bulle

Dans le ciel d'Atacama, j’inventerai des formes de brume et chantilly que le vent effacera d'un souffle

Dans les reflets d'ors et pourpres, dans l'infini blancheur, dans l'illusion de l'horizon, je marcherai

vers les grands flamands roses, vers les volcans, et l’océan.

La rêveuse d'Atacama

Salar Tebenquiche 

Au bout d'une piste de tôle ondulée, à quelques 40 kilomètres de San Pedro, une cabane posée entre ciel et terre est gardienne d'un fragment d’immensité. Le Sel comme le Sable sont artistes créateurs. De gourmandes concrétions comme du chocolat parsemé de sucre glace, des dalles de pierres lustrées, des micros boules de polystyrène, un lac d'hiver gelé sans patineuse, les eaux tièdes infiniment bleues des ojos de salar - les yeux du salar- . Les apparences sont nombreuses, sont trompeuses.

Entrer dans le monde des salars est comme pénétrer dans un univers féérique. Un lac immense de 160km de long sur 130km de large. La remontée et l’évaporation d’une immense nappe phréatique salée créa cet étrange monde minéral. La croute saline craque sous nos pas, le ciel est d'un bleu si intense qu'il parait irréel, les lacs sont tièdes comme des lagons enchantés. Le paysage flotte dans une beauté immatérielle.

"A dix heures du matin le désert d'Atacama se montrait dans toute sa resplendissante inclémence, et je compris pourquoi la peau des gens d'Atacama semblait prématurément vieillie, creusée de sillons laissés par le soleil et les vents chargés de salpêtre". Les roses d’Atacama Luis Sepulveda

Le Soleil n'est pas un vain mot. Il se prononce avec respect et crainte. La brulure du sel sur la peau, de l'aridité de l'air, et le vent, ce satané vent du désert qui dessèche toute vie. Les voyageurs se perdent dans les rêves de pureté d'une blancheur inouïe, de bleus turquoise et de cobalt. Pas très loin d'ici, des mineurs et des hommes s'échinent à extraire les ors. Le rouge, le cuivre. Le blanc, le métal mou aux reflets argenté, le lithium. Les grands flamants andins, l'éco-système en payent le prix fort.

Des salars, nous n'avons pu en visiter que quelques uns, Tebenquiche, Baltinache, Escondida, Cejar. Chaxa, le Salar aux flamants roses était fermé, hélas. Mais le Sel est partout, sur les pierres, sur les sommets, à l'horizon d'une piste. Je suis de l'autre coté du salar, du coté voyage, contemplation et poésie. Je rends un hommage à ceux qui sont du coté rendement et travail dans ce milieu aussi beau que terrifiant.

Miroir , oh miroir dis-moi.... que Diego est le plus beau


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J'imaginais le grand désert d’Atacama aride, craquelé et salé. Mais le grand désert est bien plus et recèle des trésors "escondidos" - cachés -. Sur la route qui mène aux Geysers de Tatio et aux sources d'eau chaude de Purimata, le canyon de Guatin est léger comme une bulle de savon.

en route pour les sommets.. 

Près de dix semaines à arpenter la pampa, les étendues sauvages, et épier la faune. A l'affut du Zorro emblématique, de mon héros. Qu'il soit de Magellan ou des Andes, le renard culpeo demeure une légende. Parfois, un froissement de vent me dit qu'il est passé par là, et ne reviendra pas. Je n’entreverrai même pas le bout de sa queue.

Au Canyon de Guatin, les plantes s'appellent Pingo-pingo et rica-rica. C'est au kilomètre zéro, que les zorros poussent en bande serrée. J'ignore si sous le couvert de la nuit, une horde de plumeaux champagne rend justice aux opprimés pingo-pingo et rica-rica ou autres petits vieux mais j'aime à imaginer un cortège de colas de zorro, baigner leurs superbes panaches dans les sources chaudes de Puritama.

Doux comme une bise la "Cola de Zorro" avance masquée sous différentes identités. Herbes de la pampa et Roseau à plumes . Beau, léger, frais c'est aussi un précieux élixir floral d'estime de soi et de charisme. Quel panache !


Au fil de l'eau, les intrigues et complots des Colas de Zorro s'atténuent, deviennent murmures et silences. Dans la fraicheur du canyon, des fleurs au parfum d'émeraude s'éveillent, des passereaux et lézards tiennent d'étranges conciliabules. Un carancho envisage un cadavre encore tiède, à se mettre sous le bec. De formidables cactus imposent leur épineuse loi, aux caresses interdites. Ici était El Abuelo - le grand père- le cactus centenaire presque millénaire. Ce géant de 9 mètres est tombé en 2016. Les légendes s'effondrent aussi.

Cola de Zorro 

L'orage de la veille résonne encore dans les profondeurs de Guatin.

A l'abord du village où plusieurs maisons sont en construction, de vieux murs de pierres s'éboulent. Ces murs, comme souvent nous en croiserons, sont simplement des pierres empilées les unes sur les autres. Intemporelles, elles semblent résister au temps, aux crues et aux vents.

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La tête perdue dans les étoiles, l'Atacama c'est la Lune et Mars, les Salars, des montagnes, des geysers et des volcans. C'était il y a plus de 1 000 ans. Les Incas escaladaient les sommets du Licancabur pour les cérémonies au Dieu Soleil. Les Incas d’aujourd’hui, les passagers et voyageurs l'escaladent sans cérémonie. Son grand frère de Lascar culmine à plus 5 600 mètres d'altitude. Plus actif, plus teigneux. Son ultime réveil date de 2007. Depuis il dort, ou donne l'illusion.

Les sommets voilés de blanc, le ciel bleu, l'air vif, les lacs Miñiques et Miscanti. L'altitude de la Cordillère des Andes envoie de buenas ondas.

Nous partons tôt ce matin à la rencontre des geysers d'El Tatio, mais pas aussi tôt que conseillé. Mauvais élèves que nous sommes, nous louperons la danse frémissante des fumerolles. Nous louperons aussi la quarantaine de cars et minis van des agences de tourisme de San Pedro. Nous grimpons, l'air est glacial, des flaques de soleil jouent à cache cache, un zorro s'enfuit, des vigognes et des ânes posent pour la photo.

A 90 km au nord de San Pedro, les 80 geysers d'El Tatio crachent une eau bouillante de 8O degrés. El Tatio est "el abuelo que llora", "le grand-père qui pleure". Pourquoi et pour qui pleure-t-il à l'aube de chaque jour ? C'est un rendez-vous entre chien et loup, l'alchimie du froid glacial de la nuit et du soleil. Un instant aussi éphémère que magique. Nous croisons la file indienne des bus. Les geysers s'endorment à notre arrivée, les thermes d'eaux chaudes retrouvent leur serennité. Le spectacle s'achève, les cheminées soupirent. Quelques fumerolles offrent un dernier rappel.

Il a cette odeur très particulière, une odeur rassurante et lointaine, une odeur d'enfance. L'odeur du linge qui boue, de lessiveuse.

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Changes de ciel, tu changeras d'étoiles. Proverbe chilien

Alrededor, ce si joli mot espagnol, se traduit par autour de, aux alentours. Une semaine à San Pedro est à peine un battement de cils dans le grand désert d'Atacama. Il y a tant à découvrir, à vivre, à faire, à comprendre et apprendre. Les paysages d'une absolue beauté que nous visitons, les volcans que nous escaladerons pas, les sites fermés que nous ne verrons pas plus. Coronavirus en avant première, l'observatoire Alma sera clos. Celui de Space refusera notre groupe d'une dizaine de français pour une raison aussi obscure que rageante et confirmera celui des américains. Mais les nuits d'après orage, lorsque l'électricité fait encore défaut, nous trinquons aux étoiles, sous la voie lactée.

Il y a encore tant à voir. Partir, déjà.

Mais avant de quitter ce village tout droit sorti d'un conte, il y aura eu des rencontres, drôles et pimpantes, les villages de Chui Chui et Rio Grande aux églises de torchis, badigeonnées de chaux d'une blancheur aveuglante que la pluie éclaboussera au premier sanglot.

Chui Chui est une des plus ancienne église du Chili 

Des rues aux murs de terre ou de pierre, des maisons au toit de chaume. Des villages subtilisés aux regards trop pressés et les indispensables réservoirs d'eau douce.

Un jour, peu avant l'orage, nous faisons un détour non calculé, derrière une vieille carlingue à l'effigie de Jésus, "no me creo dueno del mundo, pero si soy hijo del dueno" - Je ne crois pas posséder le monde mais je suis le fils du propriétaire- Peu avant Calama de petites croix de bois poussent çà et là, comme des fleurs aux noms de Perlita, Jack, Micha, Randy... Un cimetière d'animaux avec sa petite église, touchant et poétique.

Je ne crois posseder le monde mais je suis le fils du propriétaire

A 7 km de San Pedro, le site archéologique d'Aldea de Tulor. Il y a plus de 3 000 ans, des hommes et des femmes ont construit 106 maisons d'adobe, toutes rondes, toutes reliées entre elles par des patios. Des maisons Kirikou. En 2020, il ne reste que des ronds dans le désert. Le hameau est inscrit depuis 1998 sur la liste des 100 monuments historiques les plus en danger dans le monde. Une partie est et restera ensevelie sous le sable, histoire de la protéger.

Bien qu'il fasse très chaud, la visite est rafraichissante. Le sourire de cet atacamène, la joie communicative de nous accueillir efface la mauvaise foi de Space. Mais peu de monde s’intéresse à un petit site oublié face aux excursions 5 étoiles d'Atacama. Le site est géré par la communauté locale. 22 ruines circulaires sont visibles comme de grosses traces géométriques dessinées sur le sol.

Poubelles circulaires

La montée est raide jusqu'au mirador du Pukara de Quitor, l'ancienne forteresse du XIIeme siècle. L'histoire pré-colombienne et la conquête espagnole, la bataille entre les guerriers atacamènes et les soldats espagnols jalonnent le sentier. Hélas, c'est partout la même histoire, triste à pleurer, les mêmes vainqueurs, les mêmes massacres. Un chien, un brave cabot venu de nulle part repère notre flemme. Il vient à nous, ouvre la voie, nous attends, nous guide, comme dans la Vallée de la Lune. Qui sont ces chiens mystérieux sur notre route ? Arrivée au sommet, je lui donne de l'eau, il s'endort. Tel un seigneur de Quitor. Du mirador, la vue est somptueuse. Le canyon de la rivière San Pedro, l'autre versant de la Vallée de Marze. L'oasis de San Pedro s'étend bien au-delà de la taille d'un petit village.

«Toute la nature aspire au service; le nuage sert, l'air sert, la rainure sert. Là où il y a un arbre à planter, plantez-le vous-même; en cas d'erreur de modification, modifiez-la vous-même; Là où il y a un effort que tout le monde évite, acceptez-le vous-même.Soyez celui qui met de côté la pierre encombrante de la route, soyez celui qui met de côté la haine entre les cœurs et les difficultés du trouble. Il y a la joie d'être en bonne santé et d'être juste; mais il y a surtout la belle, l'immense joie de servir.Que le monde serait triste si tout était fait, s'il n'y avait pas de rosier à planter, une entreprise à entreprendre !

Extrait du poème Servir de Gabriela Mistral

Servir, magnifique poème de Gabriela Mistral
Vue sur Marze
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"Les sommets de Valparaiso décidèrent de laisser glisser leurs hommes et de précipiter les maisons d'en haut pour qu'elles aillent tituber dans les ravins peints en rouge par la glaise, en jaune vif par les dés d'or, en vert ombrageux par la nature sauvage. Mais les maisons et les hommes s’agrippèrent à la hauteur, ils se roulèrent en boule, ils se fichèrent en terre, ils se contorsionnèrent, ils se mirent à la verticale, ils s'accrochèrent avec les dents et avec les ongles à chaque abîme." Pablo Neruda

Gabriela Mistral  

J'ai rêvé de Valparaiso comme une navigatrice solitaire rêve un port d'ancrage et d'aventures. J'ai écrit Valparaiso sur mes carnets, sur ma tablette, sur mes mots de passe. Sur ma table de chevet, les poèmes de Pablo Neruda et Gabriela Mistral. J'ai peint mon imaginaire de ses fresques, de ses hauteurs. J'ai gardé ces trois jours précieusement, comme un ultime au revoir au Chili, avant de rentrer en France. Mais le 16 mars, le Chili ferme ses frontières. A l’aéroport de Calama, le discours du président Sebastian Piñera tourne en boucle sur les écrans. Covid-19 clignote en lettres noires, en lettres d'alerte et majuscules. L'ambassade de France nous envoie des mails contradictoires avec Air France. Il faut annuler Valparaiso et rentrer sur Santiago. Il est inconcevable de rêver autant d'une ville, de celle qui se nomme "Valle Paraiso", Vallée du Paradis, de la toucher presque du doigt, à peine 115 km de Santiago. Des trois jours réservés à Valparaiso, il nous restera une virée de quelques heures d’insouciance.

A la gare routière de Santiago
 déambulations en couleurs

Prisonnière des grilles cadenassées La Sébastiana, la maison musée de Pablo Neruda restera close pour un temps indéterminé. Mais le musée, celui pour lequel Valparaiso attire tant, est à ciel ouvert. Dans les rues, sur les façades, les portes, le moindre pan de mur est une toile offerte aux artistes.

"Que deviendront les poètes et les choses endormies dont personne ne se souvient?"  Frederico Garcia Lorca 

Vénérable et centenaire funiculaire. Parmi la trentaine "d'escalatores", seuls quatre fonctionnent encore aujourd'hui. Pour une piècette de 100 pesos -soit 12 cts d'euro par personne-, nous descendons le vertigineux cerro. Puis nous marcherons pieds ancrés sur les trottoirs cabossés et escaliers hors d'âge, parfois hors d'usage.

"Si nous parcourons tous les escaliers de Valparaiso nous aurons fait le tour du monde » Pablo Neruda

Des dessins plus forts que des banderoles, des écrits plus percutant que des discours.

"Une vieille chanson chilienne dit : Le chemin a deux bouts et aux deux quelqu'un m'attend". Luis Sepulveda

"Valparaiso est secret, plein de recoins. Sur les collines se déverse comme une cascade la foule des pauvres. On sait ce que cette population innombrable mange -et ne mange pas, comment elle s'habille -et ne s'habille pas. Le linge étendu sur les cordes pavoise devant chaque maison et la prolifération incessante des pieds nus dénonce par son fourmillement l'amour sans cesse renaissant. Mais près de la mer, en terrain plat, il y a des maisons avec des balcons et des fenêtres, où n'entrent pas beaucoup de pieds." Pablo Neruda


 Des sacs de nœuds et un drôle de petit bonhomme triste aux grandes oreilles - ça ne vous rappelle pas quelqu'un?
les murs sont des toiles 

Je garderai comme une fleur, les couleurs de Valparaiso, ce dernier après-midi de totale liberté, juste avant le confinement qui durera des semaines, ne plus savoir quand revenir au Chili, en Argentine. Comme une exilée dans son pays.

J'avais mis dans ma valise un petit livre de rien du tout. Tout écorné d'avoir été déjà tant lu et feuilleté. Un petit rien plein de poésie et d'humour, d'amour et d'aventure. Comment tant d’émotions peuvent elles tenir en si peu de pages ? Ces mots voyagèrent dans ma valise d'Arizona au Mississippi. Comme un livre magique, je le posais à coté de mon lit, heureuse qu'il soit là, mon grigri, mon grimoire. J'ai laissé mon livre chéri quelque part au Sud du Chili. C'était "Le Vieux qui lisait des romans d'amour". A l'heure ou j'écris ce blog, son auteur, icône de la littérature chilienne exilé en Espagne, Luis Sepulveda meurt du Covid-19.

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Santiago et moi ne parlons pas d'amour. La cité chilienne blottie au pied de la Cordillères des Andes n'a rien de romantique et rien ne m'invitait à y séjourner sinon l'aéroport Arturo Benito Benitez - dans lequel je passerai pas moins de 6 fois-. Mais Santiago est la capitale. Elle porte en étendard ce nom fabuleux digne des aventurières, des grandes histoires romanesques et révolutionnaires. Je suis ici pour une semaine, une parenthèse entre le retour de Patagonie, l'arrivée de Diego et notre départ pour San Pedro de Atacama. Le temps de me poser un peu, passer une tenue plus "santiagonne" que "patagonne" pour mon chéri. Quelques jours à déambuler seule, Panasonic en bandoulière, et cueillir des images aux coins de rues. Quelques jours au bras de Diego.

J'arrive dans une période en pleine confusion, trêve estivale des émeutes, instabilité politique, murs tagués, églises fermées, commerces barricadés sous le regard des carabineros. Avec regrets, beaucoup de touristes annulent leur voyage au Chili. Je suis là et je ne le regrette pas, même si la ville n'est qu'immeubles sans âme, et que trop de brume éloigne la si belle Cordillère des Andes.

La ville sans charme, une méga cité d' immeubles banals et gris, dotée d'un fleuve, le Rio Mapucho terreux.  

Aujourd'hui, avec le recul des événements, mes souvenirs de Santiago sont en couleurs. Couleurs des maisons, des sourires, des murs. Derrière les façades, derrière le faste des riches demeures d'antan, il ne reste souvent que des terrains vagues. Le street-art peint sur le passé, dépeint les traditions, les inégalités, les revendications. Des fresques magnifiques fleurissent à chaque détour. Bombes de couleurs contre lacrymos, artiste contre balles de caoutchouc.

J'ai craqué sur une pension pleine de charme, et ce n'est sans doute pas un hasard si je séjourne dans le Barrio Yungay, le quartier historique de la ville. Le quartier de l'élite culturelle chilienne du XIXe siècle se popularise lorsque les familles aisées délaissent les demeures d’allures médiévales pour le centre plus neuf, plus chic. Une bohème sans touriste, des ruelles aux maisons colorées, des petits restos savoureux sans prétention, sans chichi, sans racolage.

Fresque aux symboles
Le baiser du coin de la rue

Mon appartement est situé dans le passage Lucrecia Valdes, au premier étage d'une demeure ancienne. Des escaliers de bois cirés grimpent au premier étage, le patio est frais, les volets de bois se ferment sur la moiteur des après-midi. Des accents nostalgiques flottent dans l'air. Le temps d'un battement de cœur, j'ai ce sentiment très étrange d'avoir déjà vécu ici.

Dans ma rue Lucrecia Valdes
Dimanche matin au coin de la rue
L'invitation
La Peluqueria francesa
Entree très secrète des banos de la Peluqueria

Je peux marcher des heures dans les calles aux accents dupassé. J'ai l'impression d’être l'héroïne d'un beau film d'auteur et que mon destin est d’être juste ici. Seules les peintures fraiches et vives se conjuguent au présent. Je me suis perdue avec délice dans ces quartiers, le street-art pour seul repère.

Les passerelles à chats de la Calle Adriana Cousino. Une façade rouge écarlate

A l'angle de ma rue, la calle Compañon de Jesus, sera ma ligne de conduite dans la cité quadrillée. A dix minutes à pieds, la Plaza del Brazil, et la Plaza del Arma et son STGO, les joueurs d'échecs, ses cafés, sa musique

Toujours sur le chemin des Compañon de Jesus me voilà dans le cœur ardent de Santiago, la Plaza de Italia. C'est ici que les émeutes d'octobre ont commencé, près de la Moneda, le colossal palais présidentiel. Plus passionnant que des pierres immaculées gardées jusqu'aux dents par les carabineros, je photographie les murs témoins des violences, des mots bâillonnés.

Le Musée de la mémoire et des Droits de l'Homme... - de la Femme et de l'Enfant aussi -? Il me semblait inconcevable de passer à Santiago sans visiter ce musée, ce haut lieu de la mémoire chilienne. Coup d'état de Pinochet de 11 septembre 1973 contre le président Salvador Allende. Seize années de dictature, de témoignages d'enfants, de tortures, des extraits vidéo, de crimes impunis. Les familles détruites, les corps perdus, jetés dans les volcans, dans le désert d'Atacama, cloués sur des rails et jetés dans le Détroit de Magellan. 3 200 personnes mortes ou disparues, 38 000 torturées, selon des chiffres officiels. Quels sont les non officiels ?

Je reste un moment face à l'immense mur consacré aux disparus, et devant cette mappemonde citant les génocides, atrocités, dictatures, guerres dans le monde. Aucun pays n'est épargné. Je sors dans la lumière de midi, libre et très mal à l'aise.

Augusto Pinochet est mort à 91 ans en exil, le 10 décembre 2006 sans avoir jamais été jugé.

Le musée est une école
Murs des diparus
El museo es una escuela 

Le nom m'intrigue et donc m'attire. Barrio París-Londres. Juste est situé l’intersection de la Calle Londres et Calle París reflète la quartier latin. Deux rues, un ancien centre de torture, quelques restos et la belle église San Francisco aux pierres apparentes, une rare à être ouverte. Le tour du quartier fait, l'heure est à la cazuela - pot au feu local - dans un établissement ancien aux murs bleu vif. Les habitués du coin sont ici, la TV tourne en boucle sur les dernières nouvelles du monde. Au mur, une figure emblématique du Chili, le portrait du chanteur contestataire Victor Jara, abattu en 1973.

Balade hors des sentiers battus 

La cuisine chilienne est un plaisir, un délice sans cesse renouvelé. Les blogueurs qui dépeignent une cuisine grasse et la malbouffe ne sont ni futés, ni curieux. Bio, non carnée et budget serré, j'ai trouvé chaque jour à me nourrir à mon gout. Les fruterias et marchés regorgent de fruits, j ai fait des cures d 'avocats, de mangues, de raisins, de fromages de vache ou brebis frais, des myrtilles savoureuses, les fruits secs sont très faciles à trouver, des empanadas - petits chaussons fourrés - tous frais, les savoureuses cazuelas. Simplissime, une bonne cuisine à peu de frais. Que dire des vins et des bières. Le choix est large et les prix hypers abordables.

Bellavista fleure bon le touriste, la musique, la fiesta. L’incontournable barrio est une moisson de fresques à récolter dans mon Panasonic. Mais aujourd’hui la fatigue pointe le bout de sa paresse. Nous nous affalons dans les fauteuils de cuir défoncés d'un bar à bières. Dans la pénombre et la fraicheur bienvenue nous sommes incapables de bouger. J'en oublie même de photographier ce bar bien sympathique. Pour 5 000 pesos chilien -5,35€- nous traversons la capitale en taxi. Installée sur la banquette d'une très vieille R18 je regarde la cité défiler derrière les vitres poussiéreuses. Une ville particulière, où le beau se confond avec le laid, le moderne avec le passé, la technologie avec le système D. Une ville en éternelle construction, des maisons bourgeoises délaissées, des murs tagués, des camelots tirant de lourdes charrettes surchargées, des femmes assises à même le sol aux carrefours devant leur étal de trois papayes et de Confort - le PQ chilien-, des chiens d'une gentillesse absolue, des bulles de poésies.

Barrio Bellavista 

Au Chili, j'ai vraiment aimé la beauté et la diversité incroyable de ces paysages, un pays long comme un continent, les marchés, les climats, la facilité à se déplacer, en bus, en voiture, à pied, à se loger, à se nourrir.

Je n'ai pas aimé le manque d'infos et d’accueil dans les sites touristiques. Être prise pour une véritable idiote et plus encore, de payer plus cher, se tromper trop souvent dans les prix, les adresses fantômes, les formalités administratives délirantes. J'ai souvent eu ce sentiment de bricolage, que chaque employé à son rôle à jouer comme dans une pièce de théâtre. J'ai rencontré moins de sourire qu'en Argentine.


Les charrettes vides marchands ambulants dans matin calme
Le monumental Cheval de Botero
Sur le vif, un minet et son copain peint
Désordre des déambulations et des photos.   

"Soy turista francés, no hablo español muy bien" - je suis touriste française, je parle mal espagnol-. Ressemble à une formule magique lors des contrôles routiers. Un magnifique sourire éclairait le visage des carabineros, et je continuais ma route avec "buen viaje" en prime. J'ignore encore pourquoi.


Santiago fut une semaine de charme tranquille pour moi, quatre jours d'incertitude et, hélas, une agression physique et brutale à la gare routière pour Diego. Nous ne partons pas du Chili un matin de mars. Nous le fuyons. Le nez sur nos smartphones, les annulations d’Airbnb, des vols annoncés, reportés, annulés. Des billets d'avions achetés pour Madrid, Buenos Aires. Dans la cacophonie générale les infos se contredisent. Un grand MERCI à Sophie de l'agence de voyages qui nous a trouvé des places sur Air France rapidement.

Ce récit imagé, cette brèche ouverte sur un autre espace-temps. Ce rêve fou vole encore comme un ballon rouge dans le ciel. De ces jours passés au Sud du Tropique du Capricorne et du 42eme parallèle, résonne en moi le cristal d'une cascade au printemps, réveille en moi des milliers éclaboussures de lumière. Glisser sur les routes, danser avec la liberté, me jeter dans les nuages. Et l'étourdissant vertige d’être allée seule au bout du bout du monde. El fin del Mundo.

Hasta lluego...