Carnet de voyage

BADLANDS - OUEST USA

12 étapes
2 commentaires
 avec 
Diego
Encore un peu de désert ? Une balade poétique, aride et informelle dans les badlands, ces mauvaises filles de la Terre.
Mai 2017
5 semaines
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1

Une route déserte face à l’horizon est le plus bel endroit du monde. 

Ce carnet de voyage n'est pas exactement le carnet d'un voyage, mais un aperçu, une fenêtre ouverte sur les grands les déserts de l'ouest - Arizona, Californie, Nouveau Mexique et Utah - Il m'aura fallu beaucoup de ratures pour écrire ces simples textes, d’hésitations dans le choix des photos piochées au cours des cinq voyages, étalés sur 5 ans. Partager cette passion avec vous est un immense bonheur mais une immense frustration aussi de limiter ce qui est infini, le Désert.

Infertiles, indociles, arides et sans douceur. D’une envoûtante beauté, les ‘Badlands’, sont les mauvaises filles de la Terre. Au détour d’une roche d’or, d’une dune blanche comme une lune de janvier, je suspends mes pas. Le silence me frôle, des oiseaux me dévisagent, un lézard à cornes se fige. L’azur du ciel s’enfuit. La découverte d’une formation étrange, la silhouette délicate de l’ocotillo et la senteur d’un mesquite, l’ombre des ailes déployées d’un oiseau de proie, les couleurs changeantes, la danse des nuages, des traces d’animaux sauvages, tout est vivant, me parle, me salue, me bouscule. J’aime le désert au-delà de tout autre paysage. Tout y est essentiel, l’eau, les animaux, l’urgence de vivre. Le silence est au bruit ce que le désert est à la fureur de nos vies, la conscience, l’instant présent. Tout existe et se transforme. Le sable se fait roche. La roche s’abrase et s’affine au contact de l’eau, du gel et du vent, éclate jusqu'à redevenir sable au cours des siècles. Des arches, des ponts, des canyons, se forment et se déformeront. Des arbres engloutis, resurgissent un jour en minéraux joyaux. Le désert coule en moi, une nature essentielle et innée, d’une évidence qui ignore les mots. Dans ces mauvaises Terres, je suis entière, poussière d’étoile, un rien dérisoire dans l’Univers.

Je dédie ces images, ce carnet aux rencontres, aux nomades, à Cat, Pierre, et Diego... évidemment...

Nous sommes comme des ombres qui voyagent au grès du vent et des nuages  

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A perte d’horizon, les badlands  murmurent dans un silence d’oubli. 

Il y a quelques milliers d’années, une mer recouvrait l’Utah, la Californie. Peu à peu elle se rétrécit, se retire, s’évapore. Il en reste du sel, beaucoup de sel, des lacs et des rivières, des micros mers. Déposés comme des mots d’amour dans un écrin de sang, deux lacs d’un bleu minéral apaisent la rudesse d’Island in the Sky.

La Griffe du Diable, colossal puzzle de granit de Canyonland dans le sud-ouest de l’Utah.Les jours d’été sont étuves, les nuits polaires, les hivers de glace.

Rien n’altère l’énigmatique beauté du magma pourpre. Ni un ciel de cendre, ni la menace de la pluie.

L’œuvre majeure d’un peinture abstraite - Painted Desert en Arizona

De l’Utah à l’Arizona le Grand Canyon est un maelström de démesure.

Monument Valley

Une image comme un film d’enfance. Les Indiens ne sont pas loin. Ils ont troqués leurs plumes d’aigles contre des 4x4 farcis de touristes. Cette terre stérile et sans interêt pour l’état américain a été donné au peuple Navajo. Des mots COMME « Réserve – Prison – Déracinement –Tromperie » résonnent encore durement. Etrange fatalité, cette terre de rien est aujourd’hui hui un paysage des plus emblématique de l’Amérique. Et loin, très loin des photos souvenirs, l’extraction de charbon de l’ immense mine à ciel ouvert de Black Mesa, épuise la nappe phréatique, pollue l’air mais alimente le faste kitcht de Las Vegas.

3

Les morts ne meurent que si on les oublie

Dans les cultures amérindiennes, les pierres, les cailloux et les montagnes sont des entités vivantes, des animaux ou humains pétrifiés par d’ombrageuses divinités. Ces âmes emprisonnées s’éveillent dès que mon regard s’y pose. Elle sortent parfois de l’ oubli et, un mouton, un pélerin, un visage me considèrent un instant avant de retomber dans un silence millénaire. Car ici, nul ne s’étonne des faits étranges, des créatures somptueuses, des histoires que ramène le vent et emporte au-delà des sierras. Nul ne s’étonne de confondre les silhouettes dressées comme des châteaux forts dans un Ciel de brume.

Respectez ces âmes endormies. Ne les profanez pas. Elles sont la mémoire de notre planète.

Impassibles, les géants de pierre ne me regardent pas.

Je ne suis que l’éphémère, la simple passagère dans leur éternité.

J’ai croisé ce pélerin de roc.

A ses pieds, des cactus solaires se pressaient comme de petits enfants trop curieux.

Diego hésite un court instant entre deux chaos, deux olympes minéraux. 

Les Arches dans l’Utah, un pays irrationnel où tout est bazardé dans un désordre détonnant. Un fouillis de canyons, d’impasses et d’enfilades étroites. Une Terre primitive à l’eau corrompue d’uranium dans les années 1950. Un rêve de photographes, d’explorateurs, de fous, de randonneurs. Une Terre indomptable, irrévérencieuse. Magistrale.

Quel est donc cet Arc triomphant sur la plaine jurassique ? Quels artistes inspirés ont sculpté cette alliance divine, ces jambes arquées de cow-boy? Le quatuor du temps "Gel – Eau – Vent - Soleil"

20 mètres de hauteur en équilibre sur une mesa. Elle est Centenaire. Elle est éternelle.Naïves illusions, rien ne dure. Un beau matin, cette humeur géologique ne sera plus qu’un amas de pierres éboulées, dégringolées au bas de la mesa, formant un drôle de méli-mélo baroque.En novembre 1940, un colossal bloc se détacha de Skyline Arch, creusant celle-ci de moitié de sa taille. Aucun humain ne l’a vu, les serpents et écureuils spectateurs privilégiés resteront muets.

Une horde de nuages plonge soudain le Devil Garden dans les abimes de l’enfer.

Les Arches aspirent à la solitude.

J’adapte mes foulées sur le sol poreux et abrasif de la fameuse Slickrock, Le plaisir est réel, mon pied s’adapte, épouse parfaitement le relief comme happé. Je pourrais grimper à la verticale comme le lézard d’émeraude. J’avance face au vent froid du nord-est, à travers des spectres de rochers aux formes les plus bizarres, des bouses de dinosaures solidifiées, des hoodoos somptueux. Je me promène dans un jardin jurassique. En contrebas, les dunes pétrifiées sommeillent sous le ciel blanc. La Slickrock ou « grès d’Entrada » est un millefeuille de couches de sables de 150 millions d’années. Il me semble marcher sur un sol minéral, alors que je foule une écorce composée de micros organismes. Des lichens, des champignons, des algues capturent l’humidité et fournissent les sels minéraux de la flore. Fouler la Slickrok est un pur délice et un sacrifice.

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Tours crenelées de forteresses médiévales.

Vertigineuses parois Des parfaites apparences d’architecture dès que tombe la nuit sanguines des Fishers Towers.

  Bryce Canyon

 « Sale pays pour y perdre son cheval, sale pays pour y perdre son âme"

Pour les indiens Paiutes, ces hoodoos symbolisent des femmes et des hommes pétrifiés. Ils le nomment « Faryland », Pays des Merveilles. Je préfère la légende imagée du canyon saisi d’effroi à la vue des soldats envahisseurs espagnols. Face à leur laideur, les roches épouvantées se dressèrent en une armada de flèches vengeresses comme des cheveux sur une tête

Donjons et clochetons d’un fantastique château renaissance de Bryce Canyon.

Dans la forêt de menhirs de Chiricahua

Il est des ciels d’été, dans le bleu de minuit,

Des soirs d’octobre plus noirs que des tourments,

Des chuchotements se glissent et rodent

Comme des ombres apaches.

Etranger, passe donc ton chemin sans te retourner.

Charmante est la ronde de la famille Barbapapa,

en balade dominicale dans le beau désert de Josuha Three - Californie

Les majestueuses sentinelles des Needles. Les aiguilles de l’Utah

Légende de la Femme Araignée

Emergence de toute existence, elle est une des divinités des indiens du sud-ouest des Etats Unis. A l’aube de la civilisation, elle façonna des formes avec de l’argile. Le soleil les sécha. La Femme Araignée lança un voile de soie sur ces formes et leur donna le souffle, le mouvement, la vie, la faim et les désirs. Elle divisa les entités, les humains, les animaux, les arbres, les fleurs les montagnes, les ruisseaux. Elle chanta une longue litanie de protection et prospérité. Aux hommes, elle offrit la dextérité du tissage et le devoir d’offrandes. Aux femmes, elle offrit la sagesse, le don de transmission, le soin de veiller à la lignée.

Elle soumettait les indociles garnements à une terrible agonie. Pauvres enfants prisonniers des hauteurs de son repaire. 244 mètres de vertige. Malheureux petits rebelles, désséchés au soleil… vos os d’ivoire scintillent encore au sommet de Spider Rock

A des miles et des années de distance, au détour d’un chemin crayeux. Du Grant Staircase Escalante de l’Utah à Death Valley en Californie un vieil ami m’attend. Le crane poli me salue aimablement.Prince de la Vallée de la Mort, il m’offre ces bosquets en fleurs.

Des formes fantaisistes ne sont que le reflet de mes désirs, attisent ma faim et ma soif,nourrissent mon imagination. Le fabuleux Big Burger des Needles de l’Utah. Des outres gorgées de diabolo menthe au Nouveau Mexique

Rocher de meringue italienne , cornetto géant, l’omelette norvégienne moka-vanille de Zabriskie Point dans la Vallée de la Mort en Californie, légitiment mes envies de desserts glacés dès 40 °.

Comme une douce sucrerie, une heureuse gourmandise, la nature un instant apaisée,sculpte un baiser, dessine un sourire. Adapte-toi petit animal si tu veux survivre. Telle est la loi de Valley of Fire-Nevada

Marcher dans le chaos des taupinières géantes, comme une fourmi à la dérive. Les « Cows poops »- littéralement « bouses de vaches pétrifiées ». Le Sud Ouest de l’Utah est une ultime création.

Raconter le désert et les mots jaillissent de l’océan. Qui s’étonnera de lire des vagues des dunes,des esquifs brinquebalés,des vents furieux ? La solitude extrême du marin est la sœur de la quête du marcheur, l’amante de l’alpiniste des pics d’altitude. Irraisonnée. Les amoureux de cette drogue sont des fous à lier, des aventuriers peu ordinaires.Des artistes qui dessinent les contours imprécis entre réalité, beauté et survie. Ils sont mon héroïne.

Petrified Forest –Arizona

C’est un fragment de lune, où le temps tranforme le végétal en minéral. C’est un poème sombre et exalté, une partition symphonique. Fils du vent et du temps, les hoodoos poussent comme des champignons de sable.

https://www.myatlas.com/TerreDeSienne/arizona-dreams

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J’aime à croire que la nuit délivre ces animaux prisonniers. J’aime à voir les éléphants, la chamelle et le mouton assis, enfin délier leurs membres enkylosés, et gambader. Gambader encore jusqu'à l’aube captive.

Les Elephants Rocks de Monument Valley – Utah-Arizona et de Valley of Fire - Nevada

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Le jour s’évapore. Des rochers géants grondent et rugissent comme des lions des montagnes. Je marche vers une frontière imaginaire, les yeux rivés sur la ligne mauve du lendemain. Je frissone. La chaleur accoblante de l’après-midi dégringole. Le froid me sidère un instant, le temps de me réchauffer, me couvrir et boire un thé brulant. Manger. Ecrire. Ressentir la peur ancestrale des fins de crépuscules.Mais le soleil ne se couche pas dans l’horizon. Seul mon regard s’obscurcit. Je le sais, et cela me rassure. Les étoiles s’illuminent de pétillantes étincelles. Les animaux sortent de leurs tanières, s’en vont chasser, se rafraichir, respirer. Le désert reprend alors un peu de vie et de mort, car chacun sera proie ou prédateur. La nuit referme ses ailes.

Comme un chat divin, le soleil étire ses rayons d’or sur le Grand Canyon.Dans quelques minutes, la nuit colorera le gouffre immense d’un noir de velours.

Crépuscule de White Sands

A l’heure où les ombres et les songes remplacent les arbres et les directions, que le soleil glisse vers l’occident. Les collines soupirent, la lune ronde s’anoblit.

Née alors d’un entre chien et loup, la balance d’un équilibre précaire.

« El Diablo » s’en va brûler une autre planète. Je traverse la nuit d’un rêve indigo

Qu’importe qu’elle pousse dans un désert de lave ou de sable, chaque espèce se nourrira de fraicheur et de rosée.

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Antelope Canyon, le canyon aux couleurs miels et sucres brulés. Il nait de la folie du vent, de l’eau et du gel, du génie et du temps. Des rayons du soleil ricochent sur la roche, effleurent et jaillissent. Fascinantes étreintes minérales ocre et violine. La pleine lune éclaire-t-elle ces voilures d’un bleu lacté ? Utah

« Hasdeztawi » est « la spirale de rock et d’arcades » des indiens Navajos.

"Flash-flood "

C’était l’an denier. Un torrent d’eau dévala en amont et s’engouffra dans un tourbillon de boue marron, violeur barbare des douces cassures d’Antelope. Le sol se gorgea d’eau, bu avidement.

Le vent sécha les dernières larmes du canyon et la franche chaleur de mai réchauffa le sol. Il reste du passage éclair de l’eau en furie de nouvelles stries, des griffures à vif et des rochers coincés.

Au bal des couleurs d’Antelope Canyon, de la soie froissée et du sucre candi  

Le printemps est la saison idéale pour la randonnée. L’eau rare, précieuse, indispensable coule encore. Dans quelques jours un soleil de plomb embrasera les symboliques saguaros d’Arizona.

Lumière du désert d’Anza Borrego du sud de la Californie. Le temps est éternel. Il ne parait pas exister. Comme tout être vivant, les graines espèrent une pluie, une brume, le peu d’humidité nécessaire à faire éclore des milliers de fleurs. C 'est dans la moiteur des 40° d’un petit matin de mai, qu'ondule le majestueux dragon métallique du sculpteur mexicain Riccardo Breceda


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Les coulures de glaise sont les larmes des géants qui pleurent encore le destin des arbres pétrifiés.

Dans la banquise artique de Petrified Forest, résonne la plus ancienne musique du monde.

Celle des percussions des battement de mon cœur.

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Enfin, dans l’aube argentée d’avril, je touche mon rêve. Le Grand Désert Blanc au Sud du Nouveau Mexique. Le Désert est alors devenu mon refuge, mon île, mon futur.

Entre les anges et l’azur flotte un mirage enneigé, une colère blanche, une tempête immatérielle.

Cat et ce captivant Blue Lizard se délectent encore de la fraicheur matinale. Dans quelques instants un soleil de lave ardente incendiera l’enfer blanc.

Les cristaux de gypse scintilleront alors comme des prières de diamant. Un blanc pur, cristallin, aveuglant qui me fera humblement baisser les yeux.

La vague 

De la fluidité du sable nait l’inconstance du désert. Il coule, s’envole, se fâche, se fige et patine les roches, les ciselle d’un travail d’orfèvre. Les dunes se renouvellent à l’infini, elles avancent sans se lasser. Si elles rencontrent le moindre obstacle, elles l’ensevelissent. Si l’objet est un massif, elles se coulent autour, aussi limpides que l’eau.

Le sable humanise le désert. Il capture la lumière d’un soleil éclatant, de l’aurore argentée au couchant. Et lorsque enfin, la nuit apaisera la Terre de sa chaleur, chaque grain reflétera son étoile, comme un kaléidoscope de l’Univers

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Mirage d’un lac gelé. Du sel, rien que du sel, l’héritage d’une mer évaporée.

Des blocs de grés immobiles dérivent sur les ailes du temps. Je ne serais nullement surprise de croiser Dark Vador et Monsieur Spock siroter des Piñas Coladas,Tout en échangeant des banalités mondaines. Les verres vides et causeries closes chacun reprendrait son film, son vaisseau, sa force.

Zabriskie Point 

Dans cette sublime parenthèse de lumière , je m’attarde sur la croûte salée de Badwater, la mauvaise eau à -86 mètres au dessous du niveau de la mer

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Dans les badlands de Death Valley

Les chaleurs d’été vous flinguent. Le soleil et le vent épuisent les touristes inconscients, les égarés, les lézards et trop rares pumas. Elles vous arrachent toutes substances vitales. Les animaux se terrent sous peine de rôtir vifs sur pattes. Ne cherchez ni ombre ni salut. Les jours sont étuves, les nuits hostiles. Ne vous laissez pas surprendre par ce naufrage. Laissez vous emporter dans ce somptueux mirage.

Je connais le sortilège secret des déserts. Je sais que certains nous retiennent très longtemps dans un sommeil enchanté. Death Valley, désert chéri, mon âme dérive encore dans tes mines désaffectées, tes collines d’ambre et mordorées. Ta ballerine d’Opéra, des fantômes affamés. Éternels romantiques, éternels aventuriers. Une beauté épurée essentielle à ma vie.

J’aime la Vallée de la Mort plus que tout autre désert. Elle fourmille de vie, d’oiseaux migrateurs, de graines en attente. Elle est des couleurs indescriptibles, des histoires de vies incroyables. J’ai rencontré la Vallée de la Mort comme une évidence. L’ ambiguïté de Death Valley, n’est pas la mort terrible décrite dans les romans. Non, son sortilège est tout autre. Celui de ne plus vouloir repartir, le désir viscéral de revenir. La femme légère et citadine que j’étais n’existe plus.

Vallée de la Mort. Vallée de l’Amour. El Valle del Amor

 L’impériale voilure de Zabriskie Point figé sans un envol immobile

L’été, rien ne bouge. Tout être vivant se terre, respire à peine dans une survie en sursis. Les ondes de feu foudroient comme de mauvais présages. Une fournaise de 50° à 55° à l’ombre, mais l’ombre n’existe pas ou si peu. Personne ne marche, rampe, ou sautille sur les flammes de l’enfer sans psalmodier une prière païenne désespérée. En fin d’après-midi, lorsque la chaleur est au-delà du supportable, une colère sourde et sombre s’abat sur la Terre. Le ciel d’encre claque, gronde et s’effondre. Les eaux du lac Powell gonflent, se brisent sur les récifs rouge sang. Un vent formidable balaie marina et badauds. Comme un ballon crevé, les nuages déversent leur hargne sur Glen Canyon. Des ors désordonnés ruissellent

La Terre fait allégeance

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Les routes de poussières, les « dusts roads», nous mènent au bout de la civilisation, à la frontière de notre confort urbain. Elles sont tantôt une piste rouge, un chemin crayeux ou un ruban d’asphalte maintes fois recousu. Vaillantes, chaotiques, désertiques, elles traversent la « wilderness », la nature Sauvage par excellence.

La piste berlingot de Candyland est le théâtre baroque d’un cataclysme écologique – Utah

Dans l’immensité du désert d’Arizona, serpente l’ Apache Trail. De Phoenix à Tonto National Forest elle se joue des caillasses lacs, nobles saguaros et ghost town

Traverser le miroir. Osez dériver dans l’amère écume des badlands. Fab à Zabrikie Point

Qu’elles soient de glaise ou de bitume, les dust roads promettent des paysages d’une surprenante beauté. De Bryce Canyon à Page dans l’Utah, la Cottonwood est un patchwork aux couleurs heurtées.

Le feu de Valley of Fire -Nevada

 Pistes sablées d’ors et d’illusions.

Au Nouveau-Mexique la mythique Route 66. S’attarde dans des paysages désolés, des mines abandonnées, et cimetières.Son nom est « El Camino del Muerte »,le chemin de la mort. Ultime repos des mineurs, mercenaires et autres cabots.

Ici, Le Vent est une musique. Le Ciel une partition. La Terre un instrument. Démesure du sud ouest l’Utah,

Je traverse des villes aux souvenirs d’un passé glorieux. Carrizozo, Lordburg, Truth or Consequences. De minis tourbillons de poussière se forment, s’évanouissent dans la plaine. Deux locomotives tractent lentement une longue chenille nonchalante, dessinant une ligne pointillée. Je compte les wagons. 180 . Je n’en suis pas très sûre. Une trainée de nuages s’estompe vers l’ouest.

Elles nous mènent bien quelque part ces routes de macadam rafistolées. Atteindre les montagnes, la ligne incertaine entre ciel et terre. Et après ? Quel est donc ce besoin d’aller toujours plus loin ?

Ces routes ne sont plus des dust- roads, chemins oubliés, parfois anciennes pistes indiennes. Elles l’étaient sûrement avant de devenir de vraies routes praticables. Elles traversent les déserts, comme ici à Death Valley et Anza Borrego. Elles semblent infinies, et parfois elles le sont réellement. Elles sont l’ivresse de la liberté. Le souffle de l’Ouest américain.

Partir

Peu importe où le vent me mène. Peu importe la destination. L’important est le voyage. Etre en mouvement et abandonner comme une vieille peau de serpent mes certitudes erronées. Apprendre encore et toujours. Revenir à chaque fois un peu différente. Renaître à nouveau légère comme une bulle d’air.

Mon voyage touche à sa fin. Dans mouvantes des ondes de chaleur surgit un camion. Bruyant et rutilant. Coup de klaxon, signe de la main. Tandis que je regardais s’éloigner vers l’ouest je songeais à mon rêve de môme. Traverser les grands espaces perchée dans un fabuleux Kenworth.

Liberté de rester ou non, exercer ce pouvoir d’hésiter sans se justifier, ne rien faire. Liberté de ne pas penser, de ne pas agir, de ne pas devoir être mais être.Je veux marcher encore et encore dans l’empreinte des géants.

Découvrir de nouvelles terres et rochers amis, des nuages fauves, des déserts cinémascopes .

El movimiento es la vida