Carnet de voyage

TARENTULAIRE : THE REVIVAL

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Écrire ce que je vis me fait du bien et paraît que ça vous plaît. 1 pierre 2 coups comme dirait l'autre !!! Enjoy cette douce lecture
Octobre 2019
365 jours
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Publié le 3 octobre 2019

Me voilà aux portes d'une nouvelle aventure. Mais où vas-tu cette fois Léa ? Argentine, Indonésie... Et maintenant Laos ? Tu n'en as pas marre d'infliger ça à ta maman (désolée maman) ?

Comme dirait maman, on ne fait pas des enfants pour les regarder pousser dans le jardin.

Le guide du Laos et mes lunettes qui cachent les moines bouddhistes car oui ils sont bouddhistes au Laos 

Me voilà donc aux portes d'une nouvelle aventure et je suis désolée de ne pas vous avoir conté mes 6 mois en Indonésie. Pourtant il s'est passé plein de choses, vous vous en doutez... Mais un report d'écriture en entraîne un autre et je me suis vite retrouvée avec trop à écrire et plus d'inspiration pour le mettre en forme. Je me dis qu'avec mon nouveau récit il y aura sans doute des bouts de cette vie passée qui referont surface.

Rapide retour sur le pourquoi du comment : 2018, 6 mois en Argentine. Je déteste Buenos Aires mais prends goût aux longs voyages. En septembre je commence une licence professionnelle tourisme et économie solidaire que j'obtiendrai un an plus tard au terme de 6 mois de stage, cette fois-ci sur Bali en Indonésie, au sein de l'entreprise qui m'a désormais embauché en CDI temps partiel (t'as vu je tempère un peu le succès quand même) au Laos, avec possibilité d'évolution sur Singapour et la Chine. Pfiou

6 millions d'habitants pour un territoire à peine + petit que l'Allemagne. 8h de route entre Vientiane et Luang Prabang.

Voici donc la carte du Laos, qu'il faut imaginer dans son contexte géographique régional, cerné de toute part : au nord par la Chine, au sud par le Cambodge, à l'ouest par la Thaïlande avec un bout de Myanmar et à l'est par le Vietnam. Le Laos est un régime communiste à parti unique, et fait partie des pays les moins avancés du monde (les fameux PMA, à ne pas confondre avec la PMA n'est-ce pas). Je vais donc habiter la capitale, Vientiane, qui compte 700 000 habitants. A l'image du pays, elle est très tranquille, bercée par le puissant fleuve Mékong qui coule du nord au sud. La deuxième ville du pays est Luang Prabang, inscrite au Patrimoine Mondial de l'UNESCO pour son architecture coloniale française (merci l'Indochine). En dehors de Vientiane, mon entreprise est à Luang Prabang et aussi à Pakse, dans le sud du pays. Cela promet de chouettes voyages pour aller prêcher la bonne parole à tout le staff.

Là pour l'instant je suis dans un lit d'hôtel à La Défense à Paris -mon premier séjour professionnel dis ! On est jeudi et mon avion est samedi. Je passe du temps avec Alexandra, la cheffe de la Sustainability à EXO. Houla ma grande un peu trop d'infos d'un coup là on est perdu. C'est quoi Sustainability, c'est quoi EXO, et qu'est-ce que tu vas faire dans ton CDI temps partiel au Laos ?

EXO Travel est une grosse agence réceptive présente dans 10 pays d'Asie, avec quelques 1000 employés. D'aucun savent que le tourisme est une entreprise fort polluante et impactante sur les populations locales. C'est là que le tourisme durable (écotourisme) entre en jeu. Sauf qu'au sein d'EXO, il serait 100% hypocrite de prétendre que nos activités pourraient être durables... Ainsi on s’attellera à les rendre plus responsables (c'est la sustainability au sens EXO). C'est Alexandra, une française qui chapeaute la Sustainability dans l'entreprise, depuis Biarritz en France (exotique, n'est-ce pas). Puis dans chaque destination -en réalité 6 sur 10 pays- il y a un Sustainability Coordinator (mon poste!!!!!) qui appliquera les décisions prises en commun au niveau du groupe, gérera sa destination en terme de responsabilité environnementale et sociale, inspectera les fournisseurs, trouvera des projets à encourager, engagera le staff local dans le travail de durabilité, etc, etc. C'est passionnant et j'ai eu l'occasion de découvrir tout ça en Indonésie, auprès de ma bien-aimée Chloé chou (encore une française) qui occupe le poste là-bas et en Malaisie et qui m'a prise sous son aile.

Mon club des 400 coups à Bali. Audrey, Deb, Chloé-chou et yours truly 

Beaucoup d'info mais c'est nécessaire de brosser le tableau. Demain, il y a un salon du tourisme Porte de Versailles où Alex et moi rencontrerons des professionnels et assisterons à des conférences comme les professionnelles que nous sommes (oui surtout moi). Samedi, ou plutôt dimanche après 16 heures de voyage j'arriverai à Vientiane, la capitale laotienne. J'ai normalement un appartement qui m'attend, trouvé sur un groupe Facebook. Et lundi j'attaque le job. Pfiou

Je suis rentrée d'Indonésie le 2 septembre et suis repartie le 2 octobre. 1 mois pour passer mon diplôme, voir ma famille, accompagner mamie jusqu'à la fin, jongler entre les rendez-vous médicaux et administratifs pour préparer l'expatriation. Ce n'était pas évident mais je pense avoir géré. Je vais rater la naissance des chiots de Mai Tai et sans doute beaucoup d'autres événements parce que je ne rentre plus avant au moins un an. Je sais pas trop dans quoi je me suis embarquée. 6 mois c'est rigolo, on a le temps de découvrir, de s'immerger, juste assez pour se dire que la famille nous manque et zou les 6 mois sont passés, retour à la maison. Là, ce ne sera plus la même chanson. Je pars sans savoir ce que je vais trouver, apprécier ou détester. Je vais peut être tomber en profonde dépression après 6 mois ou devenir moine bouddhiste ayant trouvé la paix intérieure, ou osciller entre 3-4 pays dans une course effrénée à trouver un sens à ma vie.

Hm, je sens qu'il est temps d'aller dormir. C'est normal d'avoir des doutes, le tout c'est de ne pas vraiment en tenir compte. Merci de m'avoir lue, on se retrouve plus tard au détour d'une photo ou d'un autre chapitre de ma nouvelle aventure.

Mon Petit Bout qui va avoir d'autres petits bouts 
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Publié le 7 octobre 2019

J'ai vu mon premier moine à l'aéroport, dans la file d'attente du check-in. Il a une valise à motif fleurs hawaïenne, un smartphone, le crâne chauve, de très belles sandales Columbia (oui, vous voyez desquelles je parle) et il est drapé de son... Habit traditionnel. Bientôt j'aurais le mot technique sorry Mr. Moine.

Ce matin je suis partie motivée à prendre le RER A puis le RER B jusqu'à CDG (Paris aime les acronymes), déjà dans la rue mon dos me crie pitié car ma valise pèse 30 kilos et ne roule pas debout, il faut la pencher et la tirer. Qu'importe je me traîne jusqu'au premier escalator qui me permettra d'atteindre le deuxième puis troisième escalator qui me feront arriver au Parvis de la Défense, là je descendrai jusqu'au RER, achèterai mon ticket et..... Le premier escalator ne fonctionne pas. Il est figé. 30 marches s'élèvent devant moi et ma valise et je sens tout mon courage me quitter. Je succombe donc à l'uberisation de la société et je commande un gentil chauffeur qui m'emmène au terminal 1 en 40 minutes pour 50€. Outch mais c'est mon dernier luxe français ok !!!

C'est quel genre de langue ça ???? (réponse : du thaï ! le profane n'y voit aucun différence avec le laotien et autre sanskrit) 

Mon moment préféré du vol, outre l'adrénaline du décollage, c'est le moment juste avant l'atterrissage où on survole la destination. De jour la campagne ou les côtes sont magnifiques, et de nuit les villes ressortent mieux, comme Bangkok quand je l'ai survolée à 5h du matin. De haut, c'est une ville bien rangée, très étendue. J'étais assise à côté d'un couple de thaïlandais très polis et serviables (ça change des chinois pour ne pas les citer). Les repas ont vraiment été bofs ils ont voulu me faire avaler du riz noyé dans de l'eau avec une endive qui flottait au centre. Merci le menu végétarien... Je suis à l'aéroport de Bangkok en attendant la correspondance pour Vientiane et la file d'attente pour les vols internationaux est dingue. Mais ça ne semble pas déranger les indiens qui s'en battent la race !!! J'ai jamais vu ça c'est incroyable. Ils vont et viennent au gré de leurs envies, font venir leur famille et amis, et ils sont pas 3 à voyager ! Y a vraiment des claques qui se perdent (vous sentez que j'écris ça depuis ma file d'attente ?). Attendez, je suis dead y en a un qui a essayé de passer devant le couple qui était déjà passé devant tout le monde, le mec s'est fait recaler comme si il était le pire des déchets.

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Local style 

Ce que vous voyez là, c'est ma valise dans le coffre ouvert d'un pick-up appartenant à ma coloc française et à son copain laotien. Et une route de Vientiane un dimanche. Je suis arrivée comme un charme avec mon pull sous 35 degrés, et Agathe et Kai m'ont gentiment récupéré et m'ont amené acheter une armoire pour mes vêtements. Après 24 heures sans dormir j'étais prête à faire un concours de Dominos ou un combat en octogone, peu me chauffait, alors je suis allée acheter mon armoire. Elle se tient désormais pleine et fière devant moi, qui écris ces lignes sur le sol près de la prise.

J'habite dans une grande maison dans le centre de Vientiane, mais on entend pas un bruit (à part les chèvres qui broutent dans le champ d'à côté). J'ai une chambre et une salle de bain privée qui donne sur le fameux champ d'à côté, avec une porte et un balcon et ça n'a pas de prix. Kai et Agathe, ensemble depuis 4 ans m'ont emmené acheter une carte SIM, changer de l'argent et je suis même allée voir le match de rugby France - Tonga le soir après mon arrivée. Quand je me suis enfin étalée dans mon lit (duquel malheureusement je peux compter chaque ressort) il n'était pas question de vous conter mon arrivée, mais plutôt de me préparer pour ma première journée de travail - qui était aujourd'hui, lundi 7 octobre.

La vue depuis ma salle de bain au centre de Vientiane. La ville est comme qui dirait tranquille. 

Ce matin, je me suis levée à 7h30 pour aller à pieds au bureau. Google Maps prédisait 25 minutes. J'ai mis des sandales et je me suis élancée. Après quelques virages, Maps m'indique de prendre une route qui, curieusement, est en réalité un monastère avec des moines qui font... Leurs trucs de moines. Que nenni Google Maps ! Je fais donc le tour et tombe sur cette fois une route qui n'existe pas. QUEL PLAISIR je me tape donc la route la plus longue, en sandales, sous 35 degrés et me voilà arrivée, 35 minutes plus tard, au bureau. La RH, Naly, m'accueille chaleureusement et me fait faire le tour de l'équipe : 25 personnes qui se présentent tour à tour et à qui je sers la main et je n'ai pas retenu UN SEUL prénom ça m'avait fait pareil en Indonésie, sauf qu'ils étaient 80. Bon, ce qui me sauve c'est que mon manager qui est en fait le manager général d'EXO Laos est français et on s'est rencontré à Bali lors d'un événement qui regroupait le management d'EXO. Donc toute la journée j'ai tenté de lier telle personne à tel projet, de penser à tout et même à ce à quoi je n'avais pas encore pensé. La RH m'a emmené manger dans un restaurant où une banderole affichait "Congratulation on yours retirement Mr Hokuda", joyeuse retraite monsieur Hokuda (avec des fautes mais c'était chou). Sauf que Naly m'a dit que Mr Hokuda était mort 1 mois après sa retraite et qu'ils gardaient cette banderole en souvenir de lui. Hmmmmmmm

17:30, je quitte ma chaise peu confortable et je commande un chauffeur pour rentrer (on me la fait pas deux fois!!!). Le gentil monsieur me dépose à 500 mètres de l'hôtel que j'avais indiqué comme point de repère, oui car on a pas d'adresse répertoriée, je marche les 500 mètres et oh surprise je ne suis pas du bon côté de l'hôtel et il n'y a pas de rouuuute alors je fais demi tour et marche tout le trajet à l'envers jusqu'à l'embranchement qui me permet de faire le tour du bloc de maison-champs et à 18h30 j'arrive enfin, pleine d'ampoules aux pieds, à la maison. Je supplie Kai de m'emmener au loueur de scooter, il le fait avec beaucoup trop de gentillesse et me voilà au volant du pire scooter jamais conduit, pour deux jours seulement le temps de trouver mieux.

Voilà, pour l'instant c'est tout. Comme je ne suis qu'à temps partiel, je vais bosser jusqu'à mercredi midi et avoir le reste de la semaine libre jusqu'au mardi suivant car le lundi est consacré à une fête de course de bateaux sur le Mékong (les laotiens bossent pas beaucoup ce n'est pas qu'une impression). Je prévois de prendre une moto digne de ce nom et d'aller me perdre en dehors de Vientiane. Littéralement me perdre car le réseau Google Maps n'a pas été actualisé depuis 2014, j'ai vu. Alors bon, c'est l'aventure.

Arrivée à Vientiane. C'est light comme capitale 
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Publié le 13 octobre 2019

Ici, rien n'est simple. Mais alors rien. En à peine une semaine j'ai franchi plus d'obstacles qu'en 6 mois à Bali ! Traitons cela par sujet, afin que vous puissiez avoir une idée de comment ça fonctionne ici au Laos.

Les bords du Mékong (très bas cette année) et ma première soupe de nouille. yummy 
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Si le bahasa indonésien est relativement simple à apprendre, sans conjugaison ni temps ni grammaire, le laotien c'est autre chose. C'est une langue tonale, comme le mandarin. Un même mot prononcé différemment peut avoir jusqu'à 4 sens différents (et totalement opposés sinon c'est pas drôle, comme le mot "khao" qui va pouvoir signifier "je" ou bien "testicule". Un plaisir). J'avais bravement commandé un Assimil de poche du laotien avant de partir, évidemment il n'est pas arrivé à temps mais ma colloc française m'a prêté le sien. J'aurais aimé ne jamais l'ouvrir mais j'ai du me rendre à l'évidence : ma motivation pour apprendre cette langue est partie explorer d'autres galaxies.

yummy 

Je vais donc me contenter de maîtriser le bonjour et aurevoir "Sabaidee", le merci "Khopjai" et ça ira très bien. D'autant plus que ces versions transcrites que je vous ai proposées pour sabaidee et khopjai peuvent s'écrire de plein de façons différentes parce qu'il n'y en a pas d'officielle en alphabet latin. Pfiou... Mais dans la vie de tous les jours, ce n'est vraiment pas évident, car même à Vientiane plus de la moitié des habitants ne pipe pas un mot d'anglais.

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Les déplacements. Ah ! Si l'on part du constat que Google Maps n'est pas votre ami à Vientiane, il faut pourtant se débrouiller pour aller d'un point A à un point B. Voici la topographie de la ville, qui est finalement assez simple à retenir.

Vientiane vient donc s'échouer au bord du Mékong, et de l'autre côté de la rive, c'est la Thaïlande ! Cette année le Mékong est très bas, c'est dû au manque de pluie et aux nombreux barrages en construction en amont par les chinois. Bref, comme on peut le voir, la ville est coupée en deux par cette grosse route jaune (qui n'est pas jaune en vrai hein) et axée autour de Patuxai, l'arc de triomphe laotien. Je prendrai une photo bientôt, ou bien allez voir sur Google, c'est pas ouf mais sympa à voir. Mon travail est quelques 500 mètres au nord de Patuxai, et moi j'habite vers les deux plans d'eau (qui n'en sont d'ailleurs pas) que vous pouvez voir vers Ban ("village") Sybounheung. Je mets 5-7 minutes à aller au travail en moto. Le centre ville est plutôt au sud, au bord du Mékong. En ce moment c'est un festival alors le trafic est un enfer. Comme je n'utilise pas de GPS sur la moto, je m'arrête sporadiquement au bord de la route pour regarder ma position et l'endroit visé, et quel est le meilleur itinéraire pour y arriver. C'est laborieux mais ça paie, après à peine une semaine je me déplace déjà librement sur les grands axes.

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A gauche, ma location, à droite mon futur achat 

Comble du bonheur je suis enfin en capacité de conduire une 125 manuelle. Par contre ce qui est moins drôle c'est que la location de ma merveilleuse Honda me coûte 80€ la semaine (après négociations!) là où elle m'aurait coûté 80€ le mois à Bali. Compte tenu de mon salaire de 500 USD, de mon loyer de 250 USD, de mon assurance de 75 EUR par mois j'ai donc du vite faire un choix : rétrograder et louer un scooter pourri et dangereux pour 50€ la semaine ou me mettre en quête d'un achat. Le choix était vite fait, après 6 mois passés sur des scoots pourris et dangereux à Bali et deux accidents, j'ai maintenant envie de profiter de mon transport. J'ai donc trouvé poupinette à droite, même modèle que la Honda mais en version indienne, qui est mieux que la version chinoise mais moins bien que la japonaise évidemment. Cependant, là où la japonaise me coûte 2000 USD à l'achat, poupinette à droite me coûte 600 USD avec ses papiers (fait rare au Laos, et on verra les conséquences juste après), deux mois de garantie et son vendeur a très bonne réputation. J'ai essayé la moto, elle a un chouette moteur, de bons freins, seulement 6000km. Le vendeur, Steve, va même me changer le guidon qui pour l'instant est un gouvernail de cargo tellement il est large. Avec un peu de chance, Steve aura même un casque en M. Parce que jusqu'ici j'ai écumé les magasins de casques et apparemment les laotiens ne portent que du L.

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Transition avec une vue de haut sur la ruelle animée par le festival qui se tient en ce moment au bord du Mékong. Des centaines de petits stands vendent de TOUT et très, très bruyamment. Le soir après le rush c'est une zone de guerre au niveau des déchets. Evidemment ici pas de tri sélectif et très peu de service public. Par cooooontre quand il s'agit du service public policier c'est une autre histoire.

Vous avez entendu parler de corruption n'est-ce pas ? C'est moche la corruption. En Indonésie, le gouvernement en a fait son cheval de bataille. Au Laos par contre, le Parti Unique Communiste qui affiche encore des drapeaux ornés du marteau et de la faucille n'a pas la même vision. Vendredi je suis sortie en quête d'un casque intégral, et je fais demi-tour à un feu rouge. 10 mètres plus loin, un agent de police me fait signe de m'arrêter. Ah, je connais la chanson, je l'ai lu sur internet et dans mon guide, mon colloc m'en a parlé : le mec va te demander tes papiers que tu n'as pas parce qu'ici personne n'a de papiers pour son véhicule. Tu vas donc lui tendre une somme oscillant entre 20 et 50 000 kip (2-5 euros) et t'en aller en paix. Donc ça ne rate pas, pépère me demande mes papiers, je lui sors mon permis international et 50 000 kip. Il les refuse !! Et me dit qu'il va aller déposer mon permis au commissariat à "chdhlsmxpcod" (ce que j'ai compris du mot qu'il a prononcé) et que j'irai là-bas payer pour le récupérer. Que nenni, je lui dis que je comprends rien, il regarde ailleurs dans son meilleur jeu d'acteur et me dit "...Pay now ?" BEN OUI MON COCHON fais pas genre t'es quelqu'un d'honnête. Il me demande 100 000 kip (donc 10 balles sa race), je les lui donne et lui arrache mes papiers des mains et m'en vais sans un regard. Après coup j'ai pensé que j'aurais pu l'insulter de la pire des façons en français, mais ça n'aurait sûrement pas arrangé mon cas. A l'approche du festival, ils arrêtent étrangers comme locaux sans raisons (ou alors pour des raisons de merde, du genre j'avais pas le droit de faire mon demi-tour là où je l'ai fait) pour récolter des thunes et aller se la coller le soir. La seule différence entre locaux et étrangers c'est que les locaux parviennent à négocier ce qu'ils paient. Bon, je l'ai pris avec philosophie, je savais que ça pouvait m'arriver.

Le lendemain, c'était le jour où j'allais voir la moto de Steve. Je gare ma location un peu plus loin sur une place adéquate, je fais mes petites affaires et je reviens et je ne vois plus ma moto. Et j'entends un gros bruit. En fait, une voiture venait de l'emboutir et la renverser, avait coincé le guidon sous la carrosserie et était en train d'avancer pour la dégager, traînant la moto au sol. H O R R E U R je me précipite et une nana sort de la voiture, mi-contrite mi-amusée, elle m'aide à redresser la moto et y a du liquide qui fuit de mon moteur, putain la seule chose que je voulais faire c'était manger il était 14 heures il faisait 40 degrés sur les bords du Mékong et l'autre vient de défoncer ma moto de location à 80€ la semaine. Ici, quand il s'agit d'un local et d'un étranger ("falang") le local aura toujours raison. L'étranger est livré à lui-même. Par chance, je suis tombée sur une nana honnête qui a appelé mon loueur, m'a donné de l'argent pour lui et est repartie non sans me laisser son numéro et l'endroit où elle travaille. A ce point là de l'histoire je n'avais plus aucune force et je me traîne dans le bar d'en face où deux islandaises avaient vu la scène. Elles sont très sympas, on échange sur nos malheurs au Laos et elles me disent qu'elles viennent de se faire arrêter par les flics mais qu'ils leur ont levé 300 000 kip (donc 30 euros !!!). Elles me disent aussi qu'elles ont acheté leur scooter à Steve et qu'il est vraiment top. Après avoir mangé, je traîne ma moto chez Steve et le prie de regarder si il y a quelque chose de cassé ou si je peux repartir. Il me rassure en me disant que le liquide qui s'est échappé était du gaz, une sécurité pour pas que le moteur explose (lol). Il la laisse tourner un peu voir si tout va bien, et me souhaite bon vent. Je rentre à la maison en faisant le constat qu'à chaque fois que je sors, il m'arrive une merde. Je vais bien épuiser l'éventail des merdes à un moment non ?

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Vous ne rêvez pas.  

Non, vous ne rêvez pas. Il s'agit bien d'escargots !! Alors la prochaine fois qu'un étranger vous rira au nez "blabla les français mangent des escargots c dégeu vous êtes les seuls à le faire niania" Hé bien non les laotiens aussi bouffent des escargots !!!! Dé-gueu, entre ça et toutes les parties assez rebutantes de de vache, poulet, chèvre ou cochon que tu peux trouver à grailler, je suis contente d'être végétarienne. En fait j'ai mis cette image pour vous parler du dernier souci que j'ai rencontré cette semaine, obtenir une carte SIM avec de l'Internet et des données mobiles. Aucun rapport avec les escargots, quoi que.

Le réseau au Laos est dégueulasse et lent. A Vientiane ça va encore mais pour arriver à activer les données c'est déjà le parcours du combattant. Tu vas acheter une carte SIM pour internet (parce qu'il y a soit internet soit appels, visiblement le 2 en 1 c'est compliqué), tu achètes des trucs à gratter, tu te connectes sur un site en laotien, tu grattes, tu rentres le code que tu viens de trouver dans la bonne case et tu valides. De là, tu reçois sur ton téléphone ton solde. Ensuite, tu choisis un package d'internet -merdique, du genre 5 giga pour 3 jours ou bien 1,5 giga pour une semaine, et à la fin du temps échu ou si tu as tout utilisé (1,5 giga svp c'est que dalle) tu n'as plus d'internet. Et tu recommences l'opératiooooooooon

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Vraiment pas aisé au premier abord, le Laos. Je suis très chanceuse d'avoir eu mes collocs qui m'ont lancé dans les bonnes directions. Encore aujourd'hui je dois me faire violence pour sortir parce que je m'expose à potentiellement tout un tas de merdes. Rien que d'aller chercher du pain requiert une préparation mentale. Socialement parlant, mes collocs m'invitent souvent à leurs soirées. Les laotiens ont une descente olympique, ils ne boivent presque que leur bière locale BirLao, qui est très bonne. Ils trinquent toutes les 10 minutes, c'est rigolo. Malheureusement moi quand arrive la fin de journée je suis souvent exténuée de mes péripéties du jour alors je viens quand même, mais je bois une bière et du pepsi et après je rentre. Donc j'ai encore de la marge d'amélioration...

Voilà, c'était le récit beaucoup trop mouvementé de ma première semaine au Laos. Youpi ! Merci de me lire, à plus tard !

29
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J'attendais d'avoir assez de matière pour écrire, et oh boy, on en récolte de la matière au Laos. C'est bientôt mon premier mois ici, et que d'aventures, de mésaventures, que je me fais un régal de vous raconter.

Insérer ici un hymne russe 

Etat communiste oblige, on croise beaucoup le marteau et la faucille. Drapeaux, T-shirts, affiches... Je trouve ça très drôle. Et vous voyez aussi les voitures en arrière plan, que des pick-ups et des grosses bagnoles, dans un des pays les moins avancés du monde. A ce jour la police m'a déjà soulagé de 50$ (oui, j'ai encore été arrêtée, pour rien comme d'hab). C'est un peu le dixième de mon salaire donc comment dire que je suis amère.

Bref, deux semaines après mon arrivée, mon visa gratuit de Suisse privilégiée (la France paie 30$) est arrivé à expiration, et j'ai du me rendre à la frontière thaïlandaise pour faire la première étape d'un visa business. Vous vous doutez bien que tout n'a pas fonctionné comme sur des roulettes !

J'étais sur les roulettes de ma moto pour y aller, moto qui atteint désormais les 70km/h et c'est tout, pour une 125 c'est de la merde, pour un moteur malais c'est une belle performance. Donc je me rends au Pont de l'Amitié, à 40 minutes de Vientiane. C'est littéralement un pont qui relie le Laos à la Thaïlande, au dessus du Mékong. Je me gare, je paie mon parking, je prends un café et je répète mon plan : je vais sortir, passer 3 minutes en Thaïlande et re-rentrer au Laos, faire tamponner mon papier et emballé c'est pesé. Je me présente donc à l'immigration et je remplis un premier papier pour sortir du Laos. Je fais trois pas et me voilà en Thaïlande ! Comme c'est excitant. Je fais le tour du bâtiment pour accéder à l'immigration pour re-rentrer au Laos. Et là patatras, la nana du guichet m'indique vaguement une direction en me parlant laotien (ou thaïlandais, c'est le même charabia) et elle ne pipe pas un mot de ce que je lui demande en anglais. Comme je n'aime pas les conflits je suis son doigt et j'arrive devant un autre guichet fermé. Ah. Alors j'attends quelques minutes, et la fenêtre du guichet s'ouvre pour découvrir un homme en uniforme, l'air extrêmement taciturne et ennuyé par son travail. Je lui donne mon papier, il me donne un autre papier et m'éjecte de son guichet pour que j'aille remplir le papier sur la table. Je m'exécute. Le temps que je finisse ce papier (un peu au pif n'est-ce pas, et il faut y joindre une photo, genre je me trimbale avec une photo sur moi : fort heureusement c'était le cas), pépère a refermé son guichet. Je me met devant pour faire signe que je suis là. J'attends. Il ouvre, me prend le papier des mains, et mon passeport, et me dit "Pay". "What?" "Pay money". "What for?" "Pay money for visa". "I'm not supposed to pay any money for this visa, I just need the stamp on my paper". "You sure?" "Yes". Et c'est la fin de notre échange amoureux, je reprends mes papiers, furax qu'on m'ait encore demandé de la thune pour rien. Je retourne voire la dame du guichet. ELLE ME REPOINTE LE GUICHET DE PÉPÈRE. Autant vous dire que mon envie de revoir cet homme est nulle, alors je me campe sur mes positions et elle voit bien que si quelqu'un ne m'explique pas en anglais je vais rester là des heures. Une thaïlandaise arrive pour la secourir et m'explique dans un anglais hésitant qu'il faut que j'aille en Thaïlande. Mais j'y suis là non ??? Qu'il faut que je prenne le bus, et que je revienne. Qu'eeeeeest-ce que c'est que cette histoire on m'a jamais parlé de bus, mais je vois bien qu'en restant là il ne se passera rien. Alors je paie un ticket de bus et je monte. Et en fait j'avais été stupide tout du long. Pour aller en Thaïlande, il faut prendre le bus et traverser le pont.

C'est pas si évident les gars ! Rien n'est indiqué, du moins en langue latine. Personne au boulot ne m'a prévenu. Personne ne t'aide. Il faut y aller à tâtons. Après une course folle de 7 minutes et la traversée d'un Mékong qui ressemble au Rhône (ben c un fleuve koa), me voilà -encore- en Thaïlande. Comme c'est excitant. Je remplis un autre papier pour rentrer, avec que du pipeau dessus, genre ils voulaient savoir mon hôtel, mon contact en Thaïlande, etc etc. J'obtiens un tampon de Thaïlande sur mon passeport. Je refais le tour du bâtiment pour sortir du pays. Papier. Questions. Tampon. Il y a ce panneau que vous voyez et qui stipulent que les alien ne peuvent pas rester bien longtemps dans le royaume de Thaïlande et qu'ils risquent de se faire arrêter. En fait c'est une drôle de traduction d'"étrangers", que personne n'utilise en anglais. C'est genre la Thaïlande c'est une planète et donc si tu la visites tu es un alien... Ça fait sens. Bref, je refais 7 minutes de bus, et, décidée comme jamais, je retourne voir pépète au guichet et je lui montre fièrement mon tampon thaïlandais. Que fait-elle ? Je vous le donne en mille. Me voilà forcée de retourner devant cet être antipathique qui reprend mes papiers (j'en ai beaucoup maintenant), et me redemande de payer. Je lui dis que je ne comprends pas et que personne ne m'avait dit qu'il faudrait payer. Il souffle, l'air giga blasé. Aucun effort. Une nana apparaît à côté de lui, un peu plus loquace et courtoise, et m'explique que c'est 35 dollars, et que comme on est samedi y a 1 dollar en plus. LA GOUTTE D'EAU LES AMIS je me fous alors ouvertement de leur gueule, avant de me rendre compte qu'il allait falloir que je trouve 35 dollars là, à ce poste frontière, si je ne voulais pas passer la nuit sur le bitume (sale). J'entame une randonnée autour du bâtiment, il y a plusieurs postes de change mais personne n'a de dollars (what????), les distributeurs d'argent ne me donnent que des kips ou des baths. Dernier guichet, dernière chance, ils ont des dollars, ouf, je donne tous mes kips et je reviens au guichet. 5 minutes plus tard j'obtiens un nouveau papier. C'était le bon. La nana du poste frontière me laisse enfin passer avec un sourire genre "c'est bien, bravo, tu l'as fait, brave fille" et je me CASSE chez moi sur ma moto et mes roulettes.

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Interlude chiot mignon : je l'ai nommé Porcinet 
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Changeons du tout au tout pour un sujet culturel : les laotiens et la beuverie. Touuute excuse est bonne à trinquer. Ils mettent des glaçons dans la bière. Ils trinquent toutes les 10 minutes et font des culs secs régulièrement. Le verre ne reste jamais vide. Jamais. Donc, quand une fête comme l'Oktoberfest se présente, ne pensez pas un seul instant que la différence culturelle est trop grande, et que des laotiennes portant des costumes bavarois rooooh, c'est grotesque. Non. Ils ne fêtent d'ailleurs pas une soirée mais 4 !!!!!! 4 soirées exactement similaires avec des stands de nourriture et d'alcool décorés en vert qui encerclent un espace avec des tables et chaises et des barils pour poser les girafes de bière. Devant, une scène, animée par des concerts (franchement pas mal!), un mec de 60 piges qui prétend jouer du saxo sur Baker Street et des... laotiennes en tenue bavaroise qui font la danse des canards. Il faut le vivre pour le croire. J'ai fait une soirée de l'Oktoberfest, c'était sauvage, ça n'avait aucun sens, mais j'ai kiffé. Pour restreindre ma consommation d'alcool parce que je conduisais (concept étranger d'ailleurs au Laos, boire ne les empêche pas du tout de conduire, quelle idée!), j'ai bu un cidre et de la bière dans ma canette de cidre vide. Il fallait prétendre de boire au moins un peu, autrement c'est très mal vu ! Quelle vie.

Boire devant la coupe du monde de rugby et boire à l'Oktoberfest. Même combat. 
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Vous suivez, jusqu'ici ? Je sais jamais si j'écris trop ou pas. On a un dernier événement à raconter. J'ai été invitée par ma collègue Tingta à une cérémonie de mariage dans la pure tradition Lao. J'aurais du flairer le piège.

J'essaie de choisir une robe décente : le noir à un mariage, ça la fout mal, ma robe décolletée à mort, ça la fout mal aussi, finalement je choisis une robe à motifs feuilles que je mettais tout le temps à Bali, c'était le choix le moins pire. Un coup de rouge à lèvre, des talons et hop je suis déjà une autre femme. Tingta vient me récupérer dans son pick-up blanc immaculé (hmmm) et nous allons, avec deux de ses cousines, à la cérémonie. Nous arrivons devant un bâtiment immense avec QUE des belles bagnoles garées. Pick-ups, Porsche, Mustang, et j'aperçois les gens. Ils sont apprêtés comme à une cérémonie présidentielle. Je regarde ma robe. Je demande à Tingta si c'est bien là. C'est bien là. On s'avance vers l'entrée, il y a un tapis rouge, une rangée de femmes et d'hommes qui nous saluent (Sabaidee), non sans un regard appuyé sur moi (c'était pas la robe apparemment -j'espère, c'était le fait que je sois la seule étrangère parmi 300 laotiens). En haut des marches comme à Cannes, le marié et la marié prennent des photos avec tous les invités. Oh nooooon. Lorsqu'elle me voit, la mariée s'interrompt et me fait un salut avec un énorme sourire, et moi je suis si gênée, Sabaidee par ci Sabaidee par là, me voilà sur l'estrade à côté des mariés et nous faisons une photo.

Tingta, des gens très apprêtés qui ne me connaissent pas et moi qui m'incruste à leur mariage, à l'aise blaise 

Nous pénétrons ensuite dans la salle principale : c'est gigantesque, avec une soixantaine de table pour 10 personnes chacune, couvertes de nourriture et de bière -bien sûr-, des lustres de la taille d'un éléphant et un écran géant qui diffuse des photos mises en scène des mariés. Et quelques 300 laotiens qui se retournent au fur et à mesure que je marche dignement vers la table que Tingta a réservé. Une fois assise la pression retombe, et on commence à manger et boire, il y a de la musique live, les laotiennes sont très très maquillées et prennent des selfies à gogo, les laotiens sont sur leur 31 et enchaînent les bières comme si c'était jour de match. Parfois les gens vont danser : en couple, ils tournent en cercle en agitant leurs mains sur de la flûte de pan, et pour certaines ça a l'air d'être l'éclate de leur vie. Je repense à l'Oktoberfest qui se situe à des millions d'années lumières de cet événement.

Un bout de la salle et les mariés en carton pour qui les aurait loupé en début de soirée 

On est arrivé à 20h, et à 22h nous voilà reparties, c'était bref mais intense. Tingta était toute excitée que je sois avec elle, elle a voulu me faire danser mais c'était mooooooort, samedi on va à une autre cérémonie de mariage d'un collègue à nous. D'ici là je vais acheter une tenue laotienne parce qu'il faut, mais je n'aime pas trop, j'ai l'impression de me déguiser, c'était pareil pour Bali. C'est peut-être bête, mais si en France on avait une tenue traditionnelle et que je voyais un étranger la porter, cela ne me plairait pas. Apparemment ici c'est différent.

Donc voilà, en 3 semaines j'ai expérimenté beaucoup, beaucoup de choses. C'est surtout grâce à Agathe et Kai, mes collocs, qui m'ont donné l'élan suffisant pour que je m'autonomise vite. Au travail, je m'efforce d'être ouverte, à l'écoute, drôle et détendue, et mes collègues semblent m'accepter. Dans la vie sociale, j'ai toujours des moments où je dois me faire violence pour sortir, mais aussi d'autres moments où je choisis de recharger mes batteries et de rester devant Netflix. Je vis ma vie, en bref. La semaine prochaine je vais peut-être aller explorer les deux autres villes touristiques du Laos, Vang Vieng et Luang Prabang. Je ne sais toujours pas si j'irai seule, en moto, ou en bus, mais quoi qu'il en soit, je vous le raconterai.

Peace !

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Publié le 11 novembre 2019
bus très fancy, scooter contrefaçon chinoise d'un Honda. On aime le Laos 

Tout part de là. Un bus Vientiane - Vang Vieng et un scooter semi-automatique tout pourri. Ce sont les ingrédients de base de toute aventure qui se respecte !

Je vous avais dit qu'éventuellement je partirai dans le nord, mais j'avais rien préparé rien organisé j'étais même pas hyper motivée à l'idée de quitter ma zone de confort dans la capitale. Mais j'avais travaillé toute la semaine précédente, ce qui signifie avec mon mi-temps que j'avais la semaine du 4 au 11 novembre de libre. Je ne pouvais décemment pas la passer à m'inventer des choses à faire au fond de mon lit.

Donc j'ai pris mon courage, ainsi que mon pote Yaël à deux mains, et on est parti. Juste pour le contexte, Yaël vient de Nouvelle-Calédonie, il a été militaire pendant 7 ans et maintenant il parcourt le monde, il s'est arrêté à Vientiane pour jouer au rugby.

Mardi je suis montée toute seule en bus jusqu'à Vang Vieng, une toute petite ville à réputation sulfureuse traversée par une rivière. Jusqu'à il y a peu, VV (on abrège hein) était un lieu de rave, drogues et beuveries, ceci combiné aux activités nautiques a malheureusement entraîné plusieurs noyades. Le gouvernement a fermé tous les bars un peu louches qui jalonnaient la rivière et auxquels les jeunes touristes s'arrêtaient le long de la descente de la rivière sur une chambre à air (le "tubing", comme une bouée et tu te laisses porter par le courant). Maintenant, VV est plus tranquille, avec des activités de pleine nature (kayak, escalade, randonnées, spéléologie...) le jour et toujours un peu la fête, mais en plus raisonnée, la nuit.

Je suis donc montée seule mardi matin parce que Yaël attendait des sous qu'on lui devait (il a un problème de carte et ne peut plus retirer. Il n'a plus de téléphone non plus, il s'est fait voler argent et téléphone quelques jours après son arrivée). Je suis arrivée à l'hostel, bien sympathique, de l'autre côté de la rivière et donc éloigné du raffut de la nuit. Et je me suis rendue compte que je n'avais aucun moyen de savoir où Yaël en était, si il avait récupéré son argent, si il avait pris un bus... Bon. J'ai choisi de ne pas trop m'en préoccuper et de louer un vélo. J'ai pédalé sur la grande route qui partait vers l'Ouest.

Et c'est joli ! Il fait chaud mais c'est joli. VV est entourée par des reliefs karstiques de toute beauté. Ils recèlent de nombreuses grottes et des lacs souterrains : mon Lonely Planet conseillait un tour d'une journée à faire en moto, avec 10 arrêts pour voir des choses différentes. C'était le plan pour mercredi, là j'étais juste en repérage. Un panneau sur le côté attire mon attention : il est rédigé en anglais mignon, c'est-à-dire qui ne fait pas tout à fait sens mais on sent l'effort. Apparemment, après les vaches de la photo il y a une grotte et un lac souterrain. Je gare mon vélo dans le champ et j'y vais, je traverse quelques gués, je dérange quelques vaches et je vois un jeune homme local s'avancer vers moi. C'est l'heure de passer à la caisse ! C'était 10 000 kip, c'est à dire 1 euro. Mais je n'avais que soit 3 000 soit un billet de 100 000, et il n'avait pas la monnaie, alors par geste il m'a dit de le suivre quand même. Il me guide jusqu'aux pieds du relief karstique, il fait plus frais c'est chouette. Et là y a l'entrée de la grotte, il sort des lampes frontales de son sac et me dit de laisser mon sac à l'extérieur de la grotte. Hm. Entre temps j'ai vu derrière lui que la grotte était très étroite et que ben, c'était une grotte donc très sombre et ça descendait et j'ai vite compris qu'à aucun moment j'allais pouvoir entrer là-dedans. Du coup je lui dis que finalement je ne veux pas y aller, il ne comprend pas trop, je fais des gestes et il a l'air un peu blasé. On fait chemin inverse, et je vois dans un virage un second local qui arrivait dans notre sens, et dès qu'il nous voit il fait demi tour et s'en va d'un pas pressé sans se retourner. Et je pense que j'ai compris : il attendait qu'on soit dans la grotte et il allait tranquille pépère se servir dans mon sac. Le contexte et l'environnement font qu'on aurait presque confiance de laisser nos affaires sans surveillance tellement il n'y a rien autour, mais cette piqûre de rappel me laisse un goût amer. De retour, mon guide me demande l'entrée de la grotte. Bon, c'était mon choix de pas y aller, alors je lui donne 100, il appelle sa mère (littéralement à 700 mètres de là dans une cabane) et elle arrive me donner la monnaie. Et là il me dit "pipokaïde". Du moins j'ai compris ça. Alors je tends l'oreille. La mère me traduit "tip for guide", pourboire pour le guide. La bonne blague ! Alors je lui tends mes 3 000 avec un grand sourire et il me dit que non, le tip for guide c'est 10 000. Là du coup j'explique avec des mots simples en anglais que c'est moi qui choisis le tip que je donne, et qu'il ne m'a rien guidé du tout. Je passe sous silence que j'ai failli me faire voler et qu'il était forcément au courant. Sur ces entrefaites il accepte finalement les 3 000 et je me casse. Le tour proposé par mon guide mentionne cet endroit, mais je n'ai pas franchement envie d'y retourner demain. Je rentre à l'hostel, je mange, j'attends Yaël -est-ce qu'il va me faire un signe?, j'entends une belge qui chouine au téléphone avec sa mère parce qu'elle subit le décalage horaire (????), je vais me coucher, j'attends Yaël, ça se trouve il viendra pas ce soir mais plutôt demain... A minuit je sors faire un tour et j'aperçois une masse d'1m80 pour 100 kilos qui attend devant l'hostel. C'est mon Yaya !!!! Il l'a fait !!! Le timing est parfait, on va se coucher et en avant l'aventure le lendemain.

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On loue des scooters en face de l'hostel. C'est pas la grosse moto dont je rêvais mais pour l'instant on a que ça, alors on s'élance sur la route unique et on fait effectivement plusieurs arrêts en fonction des panneaux écrits en anglais mignon. Les photos du haut, c'était un sentier à travers les rizières avec un pont très peu solide au dessus d'une rivière, ça débouchait sur le bassin et sur...... une grotte. Un couple de français en sort justement, je leur demande comment c'est : la dame me dit qu'elle n'a pas pu aller bien loin, c'est très sombre et profond et clairement pas pour les claustro. Je reprends mon courage à deux mains mais plus que ça parce que pour combattre la claustrophobie, il en faut. On grimpe les premières marches hautes qui mènent à l'entrée, je sors mon téléphone pour la lumière, je fais quelques pas, nous voilà encerclés de noir. Yaël m'indique le chemin, c'est là-bas derrière un rocher, ça tourne et... Impossible. Im-po-ssible je ressors fissa de la grotte mais je suis déçue de moi. On prend un bain dans le bassin, il n'y a que nous et le couple de français et puis 4 allemandes qui arrivent de l'intérieur de la grotte. Elles disent qu'à l'intérieur il y a des "diamants". Finalement tout ce petit monde repart et il ne reste que nous, et je sais que j'ai envie de me dépasser. Alors on y retourne ! Je décide de mettre mon cerveau en pause. C'est moi qui ouvre la marche avec la lumière de mon téléphone, on s'enfonce à l'intérieur de la grotte. C'est argileux et humide, on respire mal, mais je n'y pense pas et je ne fais qu'avancer. Nos affaires deviennent vite dégueu à force de frotter les rochers, et certains semblent contenir des petites pierres brillantes effectivement. J'aperçois quelque chose qui bouge sur le sol et je sais que c'est une araignée mais je n'y pense pas. Jusqu'à ce que, malheureusement, je me retrouve bloquée devant une échelle qu'il fallait monter. Et elle grouillait de grosses araignées marrons immondes et là c'était trop. Yaël a dit qu'il allait les enlever mais ma tête recommence à penser : pourquoi elles vivent là dans le noir ? Et si y en avait une sur moi là maintenant ? Et attends je suis quand même au milieu d'une grotte sous terre et je respire très mal et- stop. Je décide de tourner les talons, on se perd sur le chemin du retour mais je garde mon calme et on sort de la grotte. Je suis contente à 70%. Mais bon, trop c'est trop, faut pas abuser.

On remonte sur nos scooters quand même ravis de l'expérience et en avant Guingamp.

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Au loin dans la brume, vous voyez Vang Vieng. Une route unique s'avance vers l'Ouest.  

Cette vue là se mérite après 45 minutes d'ascension rude. Une montagne de karst ça ne se gravit pas en douceur ! D'ailleurs les trente derniers mètres étaient sur un sol de roches érodées pointues. Yaël était en claquettes... N'importe quoi le garçon. Le panneau en anglais mignon au pied de la montagne annonçait 20 minutes d'ascension, mais mon bouquin nous avait bien prévenu qu'il n'en serait pas ainsi.

Dans ce climat on oublie toute notion de sec. Le corps n'est que pore suintante. Mais ça vaut le jus 😀

Quand on redescend de la montagne il est déjà 14h, on s'arrête manger dans un restau local et c'est reparti. On fait beaucoup de route, puis la route se transforme en piste de terre parsemée de cailloux. Un vrai plaisir avec nos scooters péraves... Mais on a beau dire, ils passent partout. Dans la boue, dans les bosses, au milieu des vaches, au milieu des villages où on se demande ce que les habitants font pour vivre... On arrive finalement au Blue Lagoon, un grand espace pour se baigner avec des cordes, des tyroliennes au dessus de l'eau etc. Le public là-bas est coréen, ils sont venus en buggy et se baignent tout habillés. Moi je n'ai pas envie de me rebaigner, je suis fatiguée, alors je laisse Yaël faire des sauts périlleux avec ses cordes et amuser la galerie. Vers 16h30, on repart, la nuit tombe dans 30-40 minutes. Et c'est la fin de notre journée d'aventures... Je me douche et je me couche, Yaël sort en ville pour chercher un ordinateur et essayer de résoudre son problème de carte bancaire. Spoiler alert, il n'y arrivera pas, mais il me racontera le jeudi matin que la fête le soir à Vang Vieng est toujours un peu sauvage (il n'a fait que constater, entendons-nous bien).

Au milieu du champ, un enfant porte son petit frère et un sac de riz.  

Jeudi à 10h, on check-out et on se rend à pieds à l'agence de transport qui nous emmènera jusqu'à Luang Prabang, plus loin au nord. Le bus est à 11h mais arrive finalement à midi, quel plaisir d'attendre sans rien faire. En fait, on a pas rien fait, on a été pris d'assaut par une classe d'étudiants locaux qui venaient pratiquer leur anglais en parlant avec des étrangers. Ils étaient une nuée, à poser les mêmes questions, à nous solliciter constamment... Ils étaient trop chou mais pfiou, laissez moi tranquille.

C'est fou comme Yaël et moi avons des personnalités opposées. Lui est très extraverti, il ne parle anglais que depuis 2 mois mais est capable de mieux arriver à ses fins que moi, question d'attitude je suppose. Mais on s'entend bien, il est là pour assurer mes arrières, il m'a dit que c'était mon aventure et qu'il me suivrait dans toutes mes entreprises. Moi je lui apprends l'anglais et les concepts de développement durable pour son projet touristique en Nouvelle Cal. C'est chouette !

La suite au prochain numéro les enfants, et ça va envoyer du lourd. Luang Prabang de jeudi à lundi matin.

Peace

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Publié le 27 novembre 2019

Encore un peu de temps sans écrire et ça terminait comme mon blog de Bali... Inachevé.

Je prends quand même le temps d'écrire, parce qu'il y a deux jours (on est le 27 novembre là) mon fidèle compagnon de voyage, unique et irremplaçable, Yaël, est reparti vers la France. Et je me suis dit qu'il serait trop dommage de laisser le souvenir de la deuxième partie de notre excursion s'effacer lentement. Au moins, là, elle sera consignée forever. C'est parti !

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Interlude chiots mignons qui grandissent en France sans que je sois capable de poser mon nez contre leur truffe 
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Vous connaissez la chanson "The Rocky Road To Dublin" ? Elle dure 3 minutes, elle est très entraînante et relate les aventures d'un jeune garçon qui quitte la campagne pour la ville. Hé bien notre Rocky Road to Luang Prabang a duré 4 heures. On a pris un minivan de Vang Vieng vers midi, on s'est installé au fond du véhicule, et en avant la musique. Le conducteur s'est dit que la vitesse de croisière de ce trajet montagneux et sinueux de 4 heures serait 70 kilomètres/heure. Honnêtement, c'était comme prendre le bateau en pleine tempête : les nids de poules, les virages serrés, les dépassements en virage, les dépassements avec un camion en face... Je ne sais pas comment on est arrivés en vie à Luang Prabang. Le chauffeur nous a déposé au milieu de la ville, et nous nous sommes remis de nos émotions avec une glace avant d'aller à pieds jusqu'à notre auberge. Faites-vous l'image dans votre tête : deux énergumènes à la peau foncée (Yaël plus que moi quand même), chargés comme des mules, qui marchent sur les trottoirs en pleine cagne avec un téléphone à la main pour se guider. Typical backpacker.

Notre tank peu regretté au milieu des montagnes où on ne voyait pas à 10 mètres devant soi. Cette pause a été salutaire 

Nous sommes arrivés à The World Hotel, un croisement entre hôtel/hostel, tenu par un chinois (beaucoup de chinois à Luang Prabang) et décoré avec grand goût ! Et je suis pas ironique là, l'intérieur est magnifique, en bois foncé, avec des sculptures, un grand aquarium, de la (fausse) végétation, des (faux) nuages aux plafonds... On s'est tout de suite senti bien. Même notre chambre qui ne possédait pas de fenêtres était agencée de telle façon à ce qu'on s'y sente bien : une climatisation, un ventilateur pour chaque lit, deux aérations. Les toilettes étaient communs à notre étage mais toujours bien pensés : sous les escaliers, de la fausse pelouse, une ambiance tamisée jungle et la possibilité d'activer une aération.

Le jeudi en arrivant on s'est juste reposé, on a pris nos marques et sommes sorti dîner à Utopia, un bar/restaurant qu'une amie m'a chaudement conseillé. Replaçons un peu le contexte de Luang Prabang : c'est la première destination touristique du Laos. Son architecture coloniale, sa douceur de vivre au bord du Mékong, et sa beauté entre autres l'ont inscrit au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Il y a beaucoup d'expatriés occidentaux et asiatiques. Tous les matins à l'aube (4h), les moines bouddhistes sortent des monastères pour aller collecter les dons (nourriture) des habitants. C'est une procession silencieuse, dans l'air encore frais du matin, presque hors du temps. Cependant je ne l'ai pas vue lors de ce séjour parce que nos journées étaient très remplies.

Le vendredi, la première chose qu'on a été faire, c'est aller louer des motos au petit ami de ma collègue de boulot (si vous passez par LPB, allez voir Vy Moto Laos sur Facebook). Et là, on s'est fait plaisir ! Ce n'était pas les petites motos chinoises moisies -robustes, certes- mais de vraies motos pour le hors piste.

A gauche : Yaël et sa seconde moto / A droite : la selle de sa première moto et la mienne.  

Ce vendredi on avait décidé d'aller à une des 2 attractions touristiques en dehors de LPB, les grottes de Pak Ou, à environ 30 minutes de route. Yaël avait une Suzuki TF125 et moi une Honda scrambler 225. Je conduisais devant et Yaël suivait, jusqu'à ce qu'à mi-trajet, il ne suive plus... Je fais alors demi tour et je le vois sur le bord de la route, l'air dépité, son moteur hurle, incontrôlable, jusqu'à ce qu'il coupe le contact. Et meeeeerde, mais c'était obligé, rien ne peut se passer comme sur des roulettes ici, y a toujours quelque chose : le tout c'est de savoir comment y faire face. Là, c'était l'accélérateur de la Suzuki qui s'était déboîté de son endroit habituel à l'intérieur du manche et qui tirait sur le moteur sans qu'on puisse le relâcher ! Problème plutôt nullos quand tu es au milieu des montagnes. Sauf que comme rien n'arrive au hasard, on a eu ce problème entre un petit garage de bord de route et une station essence. Au petit garage, Yaël a pu démonter l'accélérateur puis recaler le fil (moi j'étais inutile en train de me dire que si ça m'arrivait je n'aurais que mes yeux pour pleurer) et on a continué jusqu'à la station essence car il y avait également une fuite d'huile. Qui s'est avéré être une fuite du carburateur. On a communiqué par gestes avec les locaux de la station et du garage, j'ai aussi appelé notre loueur Vy qui s'est entendu avec les locaux. Au final 30 minutes plus tard on était de retour sur la route, dans la bonne direction ! Les locaux avaient pu bricoler un truc qui tiendrait jusqu'au soir.

On roule jusqu'à arriver au village duquel on prendrait le bateau pour aller voir ces grottes. En fait, il s'agit de grottes sacrées emplies de centaines d'effigies de Bouddha de toutes tailles. On paie le parking, puis on paie l'entrée dans le village, puis on paie le bateau (ce n'est qu'1 ou 2 euros à chaque fois mais c'est reeeeelou), bateau qui prenait l'eau : quand on est arrivé sur la berge, le petit pépère qui le pilotait était en train d'écoper :')

100% safe. On est bien arrivé de l'autre côté pour voir les Bouddha

Et nous voilà parmi des chinois et des britanniques fous de photographie à contempler les centaines de Bouddha qui parsèment la grotte. Bon. C'était pas incroyable non plus. Tradition bouddhiste : Yaël prend un pot rempli de petits bâtons avec des numéros et le secoue jusqu'à ce qu'un bâton tombe : on prend le papier correspondant, qui est supposé prédire l'avenir de la personne, mais c'est écrit en laotien et personne ne peut/veut traduire. Juste un guide chinois qui le regarde vite fait et qui dit "bodi, bodi. not good". J'étais explosée devant la tête de Yaël qui voulait absolument comprendre ce que le papier disait et pas juste rester sur ce "pas bon". On a pris le papier pour le faire traduire à Vy plus tard, et on a contourné la grotte à pieds, monté plein d'escaliers parsemés de locaux qui vendaient des bracelets, ou de la nourriture. La deuxième grotte était plus intéressante, plus grande et sombre mais très haute. Y avait encore vla les Bouddhas mais on les voyait à la torche, ça rajoutait quelque chose de plus particulier. Yaël a refait le coup du pot et des bâtons "au cas où". Puis on est reparti, avons repris le bateau troué, et nous avons déjeuné une salade de papaye BEAUCOUP TROP ÉPICÉE dans un petit restaurant local qui surplombe le Mékong (si vous trouvez que je parle beaucoup de Mékong c'est normal, il coule depuis la Chine jusqu'au Cambodge en traversant tout le Laos). Puis, nous sommes doucement repartis vers la ville, il était à peu près 16h.

Honnêtement, c'est beau. C'est sobre, sans chichi, mais c'est beau. 

En rentrant on a rendu la Suzuki à Vy, on a oublié l'histoire des papiers bouddhistes évidemment, on a pris la Baja 250 que vous voyez sur une des photos précédentes, et on est retourné à l'Utopia parce que cet endroit déchire de ouf (et aussi parce qu'on ne change pas une équipe qui gagne). Demain samedi, direction la deuxième attraction touristique en dehors de la ville, les cascades de Kuang Si, encore 30 minutes de route.

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Ça c'est juste une partie des cascades, pas l'attraction en elle-même 

Kuang Si est ultra touristique. C'est un parc national, composé de plusieurs chutes d'eau turquoise à cause d'un truc dans la roche, y a plusieurs bassins sur plusieurs niveaux et une belle randonnée pour monter au dessus des cascades. Donc là encore on paie le parking, l'entrée, et en avant Guingamp. On passe d'abord par un sanctuaire pour les ours asiatiques (https://freethebears.org/), chassés pour leur bile (oui oui, très recherchée par la médecine chinoise). En achetant un T shirt on participe à sauver les ours !

Et on commence notre randonnée autour de la cascade. La pente était plus raide qu'un ballet russe, on en a chié au milieu de la jungle pendant 30 minutes, et le pire c'est que c'était un peu moisi en arrivant en haut, genre y avait pas grand chose mais au moins c'était PLAT, alléluia. On a marché, marché, exploré, regardé une meuf se faire prendre en photo sur une balançoire au dessus de l'eau en faisant trop la belle (ça m'énèèèèrve), remarché, puis finalement on est redescendu de l'autre côté de la cascade en encourageant ceux qu'on croisait dans la montée. Après ça on s'est rendu au Butterfly Park à 500 mètres des cascades, c'est un circuit éco-touristique monté autour de la vie des papillons du Laos. C'est très bien expliqué, et la maison aux papillons est sublime, savamment parsemée de plantes diverses pour attirer les papillons, il y a même un bassin avec des poissons et on peut s'asseoir sur une chaise au milieu et les poissons viennent faire une pédicure gratos. Le Butterfly Park est largement sous-côté par rapport à Kuang Si, qui vers 12h était bondé et franchement pas agréable. Mais bon, le coin est très joli et vaut le détour dans son ensemble.

Petite sélection. Toutes les photos sont de Yaël d'ailleurs !

Après Kuang Si, on est allé voir Tad Sae, ce sont d'autres cascades avec moins de gens et on peut se baigner plus tranquillement. On a repris la route, repayé le parking, repris un bateau (pppppppayant) et quand on est arrivé de l'autre côté, quelque chose de majestueux nous attendait.

pas moi hein, l'éléphant. 

Deux éléphants se sont succédé à venir se baigner dans les eaux du Mékong. Evidemment montés par leur mahout, on sent qu'ils ont l'habitude : rentre dans l'eau jusqu'au dos, reste un peu, plonge la tête, roule le dos (et le mahout dessus qui fait l'acrobate pour pas se mouiller!) et ressors. C'était la première fois que je voyais des éléphants d'aussi près. Ils imposent le respect.

Malheureusement ils sont utilisés ici pour faire monter des touristes sur leur dos, une pratique encore très commune mais contre laquelle beaucoup luttent. Si vous ne le saviez pas, toute attraction touristique incluant un éléphant est cruelle. Car pour que l'éléphant -animal sauvage- accepte la présence de l'homme et sa domination, il est torturé dès son plus jeune âge pour "casser son esprit". Des vidéos et explications de cette pratique internationale sont trouvables sur internet. De plus, ses conditions de détention sont souvent sommaires et inadaptées. Sa colonne vertébrale n'est pas faite pour supporter du poids : deux touristes assis sur l'espèce de siège qu'ils mettent + le mahout pour une balade est inacceptable. L'éléphant peut être monté, mais pour une courte période de temps, et sur son cou. Au Laos, l'éléphant est une problématique majeure : utilisé traditionnellement pour déforester (tirer les troncs à longueur de journée, c'est pas mieux), de plus en plus de locaux se retrouvent sans emploi à cause de l'essor des bulldozers (la déforestation est liée à l'huile de palme surtout) et donc sans possibilité de subsister et encore moins de nourrir leur éléphant. Ils ont alors deux choix : le vendre -à qui?-, ou le mettre en tourisme -de quelle façon?-. Le sujet mériterait un roman et d'autres en ont mieux parlé que moi, mais je voulais juste vous faire un petit topo et vous demander, si vous allez en Asie, de ne pas accepter une balade à dos d'éléphant. Il existe des activités responsables autour des éléphants, à l'Elephant Conservation Center au Laos par exemple.

B R E F

Les cascades étaient chouettes, on s'est baigné, Yaya a fait le show devant les chinois (je juuure ils sont partout) et la fin de la journée est arrivée. On est rentré vers la ville et on s'est retrouvé coincés derrière/entre un convoi de voitures pour un mariage. Une merde pas possible même à moto. On s'est perdu de vue avec Yaël à un moment, mais je savais qu'il était derrière alors je m'arrête sur le côté et j'attends. Je le vois passer mais il ne me voit pas, le temps que je me réinsère il était déjà plusieurs voitures en avant. Je double -dangereusement- pour le retrouver, et là... Le casque de Yaël au milieu de la route. Yaël au milieu de la route, qui venait de tomber. Je comprends vite qu'un mec -chinois- venait de lui couper la route, il a freiné en urgence, est tombé. La moto a le guidon tordu et le pot éraflé, mais Yaël a le bras et la jambe très écorchés : il avait enlevé son blouson parce qu'on était presque arrivés. On a planté quasi 1 heure avec les locaux à s'expliquer, on a appelé Vy en renfort, heureusement les dégâts sur la moto et sur Yaël étaient superficiels. On s'est donné rdv avec Vy le lendemain matin pour checker ça. Je suis allée chercher de la bétadine et des bandages, on a fait ce qu'on a pu avec et on s'est couché. On était tellement crevé qu'on a pas dîné ce soir là.

Dimanche, rdv avec Vy autour d'un thé. Yaël était surtout désolé pour la moto (un malade ce mec) mais Vy lui a dit de ne pas s'inquiéter. Ça ne nous a pas empêché de profiter de la journée : on a fait une exploration en piste autour de Luang Prabang. Quand je dis piste, en fait c'est l'unique route qui mène à différents villages. Elle est rocailleuse, sablonneuse, ça monte ça descend ça tourne, et des gens vivent là au quotidien!!!! On a même traversé des rivières avec les motos. Les gros bœufs qui paissaient là nous regardaient d'un air placide, et les locaux n'étaient pas habitués à voir des étrangers. C'était un grand bol d'air.

c joli autour de moa

On est rentré à l'hôtel pour 18h, et une navette venait nous chercher à 19h pour prendre un bus de nuit retour pour Vientiane. On a chaudement remercié Johnny, le proprio de l'hôtel qui nous a mis une chambre à disposition même après le checkout pour changer les bandages de Yaël, on a rendu les motos à Vy, partagé une bière avec lui et nous voilà partis pour la gare routière. Notre carrosse est donc un bus de nuit, avec des couchettes pour 1,5 personne. Dans lesquelles ils te font rentrer à 2. Sauf que Yaël compte déjà pour 1,5 personne !!! Je vous laisse imaginer la nuit de q u a l i t é que j'ai passé, avec les 3 premières heures à me demander si on allait faire une pause pipi ou si les plastiques qu'ils nous avaient distribués étaient prévus à cet effet. Finalement la pause est arrivée, et j'ai pu -essayer de- dormir pour me réveiller à 6h du matin, à Vientiane.

Ah, mes aïeux. Quelle vie. La semaine qui a suivi, Yaël s'est retrouvé dans une explosion (oui) dans un bar, quelqu'un a mis une flamme là où il y avait de l'hélium. Mon néo calédonien s'est retrouvé brûlé au premier degré derrière la tête, derrière le bras, et gentiment rôti sur l'arrière du corps en général. Rien de bien grave mais entre ça et son accident de moto on s'est rappelé des petits papiers qu'il avait tiré dans les grottes... Aujourd'hui 27 novembre Yaya est reparti en France, on a eu le temps de passer de très bons moments ici à Vientiane, faire volontaires pour un festival de bière locale, jouer au rugby, boire du café en jouant de la guitare...

Morale de l'histoire les enfants : Allez à l'aventure. Même quand vous n'en avez pas envie. Mais surtout, surtout. Ne tirez pas de petits papiers sacrés dans les grottes bouddhistes.

L'accidenté et la sauveuse d'ours à Luang Prabang - une saga en deux épisodes
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Publié le 5 janvier 2020

515 + 2953 + 80 + 75 + 60 + 3267 + 700 + 9233x2 = 26 116

Bouuuuh, des chiffres !! Mais qu'est-ce que donc que cela ? Le sage qui aura lu le titre saura que ce chiffre astronomique de 26 116 correspond à des kilomètres, un peu plus de la moitié du tour de la terre. Et c'est ce que j'ai parcouru en 1 mois, entre avion, bus, voiture et moto. C'est parti pour le récit -en accéléré parce qu'il s'est passé plein de choses- de mon mois de décembre.

On voit de belles choses depuis un zavion 
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Destination 1 : Bangkok

Le 30 novembre, je me suis envolée de Vientiane pour un séminaire de travail (mon tout premier, c'est très excitant) à Bangkok, au siège de mon entreprise. Nous, les "Sustainability Coordinators" - du Japon, Indonésie, Malaisie, Vietnam, Myanmar, Cambodge, Thaïlande, Laos-, allions nous rassembler pour refondre les bases de notre politique de responsabilité. Alexandra, notre cheffe résidant à Hendaye en France (exotique), était aussi venue. J'avais hâte de découvrir Bangkok, qui était pour moi connotée assez négativement car tellement grande.

Forte de ses 8,281 millions d'habitants, la tentaculaire Bangkok est effectivement une des plus grosses villes d'Asie du Sud-Est. Qu'allais-je découvrir en 4 pauvres jours ? Pêle-mêle : mes collègues, la clim dans les auberges de jeunesse, le siège de mon entreprise dans un grand building très haut, un club de salsa, et Martin Weill, reporter à Quotidien.

lui, avec cette même chemise bleue. Histoire à suivre en exclu plus bas

La première nuit du 30 novembre au 1er décembre n'était pas couverte par la boîte, ainsi nous nous sommes entendues avec les filles de l'Indonésie & Malaisie (Chloé), Japon (Pamela) et Vietnam (Maria) pour prendre une auberge de jeunesse. J'ai connu Chloé à Bali, et c'est ma super copine, elle vient de Sisteron en France. Pamela est espagnole, très volubile et toujours très bien habillée. Maria vient d'Argentine, un petit bout de jeune femme au caractère bien trempé. Il manquait encore Coralie, du Cambodge, Zayar (homme) du Myanmar et Big (homme, vrai nom Phonlakrit) qui vient juste de prendre le poste en Thaïlande. Avec les filles présentes, nous avons jeté notre dévolu sur The Posh, dans le centre de Bangkok, qui offrait des lits dans les murs, comme des boîtes, et moi j'aime bien. Sauf qu'il faisait 14 degrés dans la chambre à cause de la clim, glaciale, qui soufflait sans pitié sans télécommande pour la calmer. Le soir, nous sommes sorties dans un bar de jazz - "Le Saxophone", animé par des musiciens vraiment excellents et des cocktails extrêmement chers. Après avoir passé une nuit polaire dans nos boîtes respectives, nous avons déménagé dans l'hôtel payé par la boite. Et.... C'était autre chose ! Sans être non plus le grand palace, nous avions droit à une suite chacun (Zayar nous avait rejoint) dans un hôtel confortable, avec une clim domptable, à 5 minutes à pied du bureau. Si à Vientiane EXO Travel compte fièrement 25 employés, Bangkok en compte 150. Sur un seul étage d'immeuble. Seule la hiérarchie a droit à son bureau séparé, et encore, on est loin de l'espace vaste et faste.

Le séminaire s'est très bien passé. Nous avons appris à nous connaître entre collègues, et mine de rien c'est primordial, car nous sommes normalement tout seuls dans nos destinations à gérer la durabilité/responsabilité de l'entreprise. Là on a pu échanger sur nos difficultés, nos tuyaux, etc. En bref, nous avons beaucoup travaillé et un peu fait la fête, et pas du tout vu la ville ! Par contre ce qu'on a vu, c'est le reporter star de l'émission "Quotidien", Martin Weill (voir photo plus haut), dans un club latino, entouré de son harem de femmes et de gens fortement alcoolisés. Personnellement à cette soirée j'ai fait SAM, et Chloé et moi avons détourné les intentions d'un trentenaire américain qui résidait au St Regis, un des meilleurs hôtels de Bangkok. Rah, les actes manqués...

De gauche à droite : Big, Zayar, moi, moi, Chloé, Pamela.  
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Destination 2 : Bali

Bali, c'est le ter-ter maintenant. Le ter-ter, c'est l'expression des jeunes pour dire la maison, le territoire. C'est vrai que je me suis sentie un peu à la maison quand j'ai atterri à Denpasar, où j'avais passé 6 mois il n'y a pas si longtemps. J'ai même pas oublié comment parler bahasa ! J'avais 9 jours de vacances après le séminaire et je voulais louer une moto et aller de Bali à Java.

vroum 

Bon, j'ai eu la moto mais le loueur n'a pas voulu que je l'emmène à Java. Comme je suis une bonne fille consciencieuse, j'ai donc plutôt décidé d'empoigner mon ami local Lalu et de partir avec lui d'abord dans le Nord de l'île, puis dans l'Est où je n'étais jamais allée.

A gauche, Tirta Gangga, à droite Lovina. 

Et c'était fort beau, comme vous pouvez vous en douter ! Le séjour mériterait un article à lui tout seul mais je choisis de plutôt survoler, car ce n'est pas le sujet central. Vous avez vu, j'en suis à me dire qu'un voyage à Bali n'est pas un sujet central... Alala. Freins qui lâchent et ascensions compliquées n'ont pas suffi à gâcher mon séjour, qui fût tantôt tranquille chez mon ami Laurent dans le nord, tantôt pluvieux à Amed sur la côte Est, tantôt bucolique à Sidemen dans une vallée emplie de rizières en terrasses, tantôt nostalgique à Sanur où j'ai fait mon stage et où j'ai vécu des choses merveilleuses. Je suis repartie la larme à l'oeil le 14 décembre, et j'avais encore un gros morceau qui m'attendait...


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Destination 3 : Luang Prabang

... Ma semaine d'inspections d'hôtels et d'excursions à Luang Prabang. Il faut bien travailler un peu... Prévue depuis début novembre, je partais pour un marathon de 10 hôtels et 5 excursions à faire en 5 jours. Ça ne paraît pas tant mais ce n'est pas comme si tout était regroupé au même endroit : j'avais parfois 30km à faire pour atteindre un lieu. Je suis arrivée de Bali à Vientiane, j'ai pris une douche, j'ai repris mon souffle et un bus de nuit pour monter à Luang Prabang. Là encore, la clim incontrôlable me fait grelotter pendant 9h d'affilée et j'arrive lundi matin à LPB, et j'attaque ma journée dans la foulée. Le lendemain matin, plus de voix. Du tout, aucun moyen de sortir un son. Je me sens aussi toute patraque, mais je n'ai pas le choix et continue ma journée, du coup, en chuchotant. Un plaisir. Mais le vrai plaisir c'était surtout le soir, quand la fièvre a commencé à monter et que j'ai compris que j'avais attrapé un énorme rhume/grippe dans ce satané bus, et que j'allais en chier pendant 5 jours. Et ce fut le cas, sans grosse surprise, le matin j'avais un peu d'énergie, mais le soir je rentrais dans un état second, à faire peur à mon logeur qui m'a demandé si il devait appeler l'ambassade. Je n'en étais pas à ce stade alors j'ai plutôt appelé maman, juste pour trouver du soutien dans sa voix.

J'ai quand même vu de très beaux endroits et de belles choses. Le Laos est franchement sous-côté. 

Le samedi, ça allait un peu mieux, mais je n'allais certainement pas reprendre un bus de nuit : on ne m'y verra plus jamais. J'ai donc pris un minivan, et de 16h à 3h du matin, nous étions sur la route pour rentrer à Vientiane. Le dimanche, j'ai D O R M I, et préparé ma journée de travail du lundi 23, où je m'étais fixé pour objectif d'avancer au maximum dans mes rapports d'inspection. Le lendemain, je n'ai pas quitté ma chaise de la journée et j'ai terminé mes rapports. Mais pas le temps de souffler : mardi 24 décembre était le début d'une toute autre aventure.

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Destination 4 : Avignon

Mi-novembre m'est venu une idée assez folle : rentrer faire une surprise pour Noël à maman, papa, et mon grand-père qui vient de perdre sa femme, ma mamie. Je me suis coordonnée avec mon beau-père pour savoir si il pourrait venir me chercher à Marseille, un 24 décembre à 22h30. Et j'ai pris mon billet. Il s'est avéré entre temps que mon grand-père passerait Noël dans un monastère et que mon père monterait voir sa famille à Rouen, bon. Départ quand même mardi 24 décembre à 5h de Vientiane, arrivée le soir même en France comme le petit Jésus. Je n'ai pas dormi de tout le trajet : Vientiane - Bangkok - Amsterdam - Marseille (durée 20h), mais j'étais fière d'avoir conservé la surprise tout ce temps, au moins pour maman. C'est un ami de la famille qui est venu me chercher à l'aéroport, et on est arrivé à la maison à 23h30. Quand j'ai passé la porte, j'ai été accueillie par nos deux chiennes (que j'aime d'amour), mais tout ce qui importait c'était le regard de maman, qui paraissait avoir vu un fantôme. Le fantôme en question lui a fait un câlin, lui a dit Joyeux Noël, a pleuré un petit peu. Et voilou, me voilà en hiver jusqu'au 3 janvier.

Léa et maman il y a quelques années 

En France, j'ai : eu froid, mangé du fromage, câliné mes chiens, fait connaissance avec Pancake le nouveau chiot de la famille, vu quelques amis, profité de ma famille, fait le plein de vêtements que j'avais laissé, raconté beaucoup de fois comment était ma vie à Vientiane. Revenir m'a rendu très nostalgique, en fait. Pas nostalgique de ma vie à Avignon, mais des gens que j'y ai laissé. C'est plus facile à oublier quand on est à 10 000 kilomètres que quand on y est confronté !

Le 3 janvier, mon avion décollait à 7h du matin de Marseille. C'est maman qui m'a emmené, elle avait gros coeur et moi aussi. Mais c'est la vie que j'ai choisi...

J'avais en même temps pas envie de partir, et en même temps hâte de retrouver Vientiane. Entre les deux, j'avais 24 heures de voyage avec un vol retour extrêmement sale : Marseille - Orly - Charles de Gaulle - Suvarnabhumi - Don Mueuang - Vientiane. Je suis arrivée hier, le 4 janvier, à 14h, épuisée. J'ai dormi de 16h à 10h ce matin, 5 janvier. Je reprends le travail demain. Quelle vie...

Merci de me suivre. Récemment, j'ai relu mes blogs de l'Argentine et le premier sur Bali. Ça m'a rappelé à quel point consigner mon vécu est important, car il me fait plaisir d'y revenir après. Bises depuis un pays où il fait 30 degrés le 5 janvier.

De gauche à droite : Gladys le chien sans tête, les jambes de mon frère, Pancake, mon frère, Mai Tai. Respect à ce canapé
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Publié le 10 février 2020

Avant tout grain de sable ou sel marin, flashback au 25 et 26 janvier. Je suis encore à Vientiane et ce weekend là se tiennent les Vientiane 10s, un tournoi de rugby régional (de la région d'Asie du Sud-Est). Il y avait des équipes masculines et féminines de Thaïlande, Chine, Laos, et même USA, qui s'affrontaient tout au long du weekend. Mon équipe de Vientiane, les Buffalettes, participaient au tournoi. Et moi, je faisais supportrice nationale au bord du terrain, pancarte et bière à la main. Vous savez, ce sont toujours les moments que l'on attend le moins qui créent les meilleurs souvenirs. Ce tournoi en fait partie, et lorsque, lundi matin, je me suis réveillée à 7h avec la perspective de travailler toute la semaine derrière mon ordinateur au bureau, c'était... dur.

Buffaloes & Buffalettes + cérémonie de baci (blessings) à la fin du tournoi. Un moment puissant 

D'habitude je ne travaille que 2,5 jours par semaine, mi-temps oblige. Mais j'avais prévu de rejoindre mon pote Albéric qui fait moniteur de kite-surf en Thaïlande, à Hua Hin -ça sonne plutôt vietnamien d'ailleurs comme nom. Je me suis ménagée une semaine de libre, mais pour cela il fallait travailler une semaine complète. C'était dur honnêtement, avec le weekend que je venais de passer, et j'ai fini par abandonner et ne pas aller travailler vendredi. Il faut dire également que je n'avais pas assez de charge de travail pour une semaine complète.

Samedi 01 février à 7h du matin, je m'envole pour Bangkok. Je commence à connaître cet aéroport par coeur. Ce qui est relou en Thaïlande et au Laos c'est qu'à chaque entrée et sortie du pays il faut remplir un papier que l'on donne à l'immigration. J'ai déjà fait l'aller retour au moins 5 fois, j'en ai soupé de ce vieux papier... A 8h j'atterris, je cours, je remplis le papier, je passe l'immigration, je cours, j'arrive au guichet pour prendre mon ticket de bus qui part à 8h30, il est 8h27 et.... "Prochain bus à 9h30". Ooooook, je passe donc une heure de plus dans le merveilleux aéroport Suvarnabhumi.

cette photo n'a pas été prise à l'aéroport, y a pas de home-made ice cream à BKK 

Mais l'attente en vaut la chandelle ! Le bus pour Hua Hin est VIP, j'ai un siège rien que pour moi, il s'allonge, y a un repose pied, des petits rideaux pour le soleil... Je suis refaite, et je m'installe pour les 4h de trajet dans le sud (le tout pour 294 baths, soit 8,50€). Je m'attendais à voir des paysages merveilleux mais au final, c'est un peu moisi, du moins sans intérêt. Je sieste par intermittence, et nous voilà vite arrivés à Hua Hin. Je prends une navette qui m'emmène dans le centre, la ville est tout de même grande et étendue, 80 000 habitants. Je m'installe au Starbucks et je chope la Wi-fi pour prévenir Albéric de mon arrivée. Lui est à la plage, mais il n'y a pas de vent aujourd'hui donc il ne donne pas de cours, il me dit qu'il devrait finir bientôt. Il est alors 13h40. Au final, j'ai attendu presque 5h, parce qu'Albé ne savait pas vraiment quand il terminerait. J'étais folle. Lorsqu'à 18h il me dit que son boss lui a collé un meeting de fin de journée, j'étais à deux doigts de prendre un bus retour pour Bangkok. Il me donne les coordonnées de son appart, 40 minutes de marche. A ce point rien n'importe plus que de bouger de ce Starbucks maudit, alors je fais les 40 minutes au pas de course, longeant les routes avec mon sac à dos comme une backpackeuse. En plus j'ai horreur que les gens me prennent pour une backpackeuse, ils ont plutôt mauvaise réputation en Asie du Sud-Est.

Arrivée à l'appartement, Albé n'est toujours pas là alors je m'allonge sur un banc et je reprends mon attente, essayant d'évacuer mes sentiments négatifs : après tout, il va m'héberger gratos pendant une semaine et je suis en vacances, pas de raison de faire ma princesse. A 19h, un scooter se gare, une forme élancée aux cheveux ébouriffés s'en extirpe et arrive devant moi, l'air contrit. C'est lui... Après une bonne douche, l'attente de cet après-midi est oubliée et c'est parti pour l'histoire de Léa à la plage.

Je sens encore le sable sous mes petits pieds...  

Cette tente et cette plage seront mon décor pour toutes les journées du dimanche 02 au dimanche 09, de 10h à 17h. Le matin, on déjeune de pain de mie et confiture au dessus du mini frigo de l'appartement, puis on file vers la plage. On attend le vent, j'erre entre le petit restau avec la wifi et le bord de mer pour occuper mes journées. Je ne me suis pourtant pas ennuyée un seul instant. J'ai rencontré les habitués de notre petit spot de kite, épilé patiemment chaque poil de mes jambes, observé les grands sportifs faire des bonds sur les vagues, et admiré l'équipe nationale de Chine s'entraîner en foil (le foil, c'est comme le kite mais genre au dessus de l'eau). J'ai même pris une leçon d'initiation en kite, Albé m'a courageusement guidé pendant 3h pendant que je galérais à maintenir cette satanée voile dans la direction voulue.

Après 17h, nous allions généralement avec Thomas, un Jurassien également moniteur de kite, prendre l'apéro sur la colline aux singes qui surplombe la ville. On achetait des bières et des cacahuètes, et le jeu consistait à réussir son apéro sans se faire détrousser par les hordes de singes. Ils sont nourris tous les soirs vers 18h par les locaux, et jusqu'à ce qu'ils soient rassasiés, ils sont à l'affût de n'importe quel bruissement de paquet de chips.

Thomas était à ce moment plutôt peu confiant dans sa capacité de maîtrise des singes 

Les soirs, les spots bouffe bonne et pas chère ne manquent pas à Hua Hin. On y ressent vraiment la vie locale, mais ce n'est parfois pas aussi sympathique qu'on le voudrait. Por Market par exemple est composé d'une quarantaine de petites échoppes agencées autour d'une grande scène, où des groupes de rock thaïlandais se produisent bruyamment chaque soir, et non, ce n'est musicalement pas agréable. On y voit aussi rôder le tourisme sexuel de Hua Hin, même pas dissimulé. De vieux occidentaux viennent pour trouver de jeunes thaïlandaises, qui elles espèrent profiter des moyens de leur partenaire. C'est malsain de les voir faire, autant les uns que les autres. Les rues les plus animées regorgent de "bars à filles" qui attendent en petite tenue leur prise du soir, et les salons de massage sont à choisir précautionneusement.

Por Market. Sachez également que la bière thaïlandaise (Chang, Leo ou Singha) n'est pas fameuse 

Nous n'avons pas visité grand-chose autour de Hua Hin, premièrement parce qu'il fallait quand même qu'Albé et Thomas pointent jusqu'au moins 14h à la plage, même en absence de vent, et deuxièmement parce qu'il n'y a pas grand-chose à faire autour de Hua Hin. Mais nous avons quand même visité un parc forestier d'épineux et de mangroves ainsi qu'un monument à la gloire de sept rois de Thaïlande (monarchie depuis le premier siècle !), sous forme de gigantesques statues de bronze avec des explications uniquement en thaï. Pourquoi ces sept là, pourquoi pas d'autres, pourquoi faire un espace giiiiigantesque autour, est-ce qu'il y en aura d'autres, qui sait, en tout cas pas moi. Yes

Les rois, les mangroves et les épineux.  

Et là nous sommes lundi 10 février, mes vacances sont finies et je retourne travailler demain pour 3,5 jours vu que je dois rattraper mon vendredi. Fiou. Albéric quitte l'Asie fin février pour retourner en France, je ne sais pas si je le reverrais, mais j'aimerais bien. Thomas reste encore à Hua Hin jusqu'à la fin de la saison du vent, il voyagera peut-être jusqu'au Laos, j'aimerais bien aussi. De mon côté, je reprends mon quotidien : boulot, rugby, frisbee, moto, soirées, et bientôt concerts ! Ce bon vieux Manu Chao vient jouer à Vientiane le 22 mars (jour de la sainte Léa hihi) et j'attaque tout bientôt les répétitions avec mon groupe, les Guilty Pleasures. Premier concert après celui de Manu... Stay tuned !

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Publié le 12 mars 2020

Cet article sera comme un journal de bord pour que je puisse y revenir dans quelques mois, voire quelques années, histoire de rire. Il n'y aura pas trop d'action -voire zéro action- mais vous verrez plutôt mon état d'esprit du moment et comment ça se passe depuis la Rép. Dem. Pop. du Laos.

Aujourd'hui 12 mars 2020, les US viennent de fermer leurs vols en provenance de l'Europe pour 30 jours (UK excluded), l'Inde n'acceptera plus les ressortissants français jusqu'à nouvel ordre (une amie qui vit là-bas avec son compagnon, doit rentrer en France pour des examens qu'elle n'est pas sûre de voir maintenus, et ne pourra pas retourner sur son lieu de vie), Harvey Weinstein a été condamné à 23 ans de prison, l'Italie a ordonné la fermeture de tous les commerces sauf nourriture et santé, l'épidémie est devenue pandémie, la France se prépare au stade 3 (j'ai peu d'idée de ce à quoi cela correspond), et seuls 3 pays d'Asie ne recensent pour l'instant aucun cas : le Myanmar, ex-Birmanie, le Brunei Darussalam (si si, il existe, dans un coin de l'île Bornéo en Malaisie), et, sonnez les clairons, le... Laos.

Ce qui est quand même incroyable au vu de la frontière directe avec la Chine, et des échanges commerciaux, culturels et d'industrie intenses avec l'Empire du Milieu. Bon, il y a quelques éléments à prendre en compte : le gouvernement communiste du Laos est un gouvernement des bonnes nouvelles, seuls 2 hôpitaux dans tout le pays, basés à Vientiane, peuvent diagnostiquer le virus et ils n'acceptent pas toutes les demandes de test, et... si l'on venait à diagnostiquer un cas de corona dans le pays, c'en serait fini. La panique travaillerait bien plus vite que le virus et au vu de la précarité -ou l’inexistence- des infrastructures de la nation, une crise sans précédent attend la République Démocratique Populaire du Laos, membre des 47 pays les moins avancés selon l'ONU : on peut alors comprendre le gouvernement des bonnes nouvelles.

Tout ça pour une grippe, les gars... Selon le worldometer du 12 mars, https://www.worldometers.info/coronavirus/ , on a 126 200 cas, 4 600 morts et bon, seulement 68 200 guérisons, c'est vrai que les média ont raison de ne jamais parler de ce dernier chiffre dérisoire...

Mais bon, je dois avouer ressentir une certaine satisfaction en regardant le système ployer le genou de cette façon. J'ai choisi de ne pas être proprement "activiste" dans mon parcours de vie mais cela ne m'empêche pas d'avoir des convictions politiques et environnementales- et un soupçon de désir d'anarchie. Depuis ma fenêtre du Laos, j'observe confortablement les ruées dans les supermarchés, les annulations d'événements, les fermetures des écoles, les chutes des bourses... La panique tient désormais les rênes du monde.

C'est le meilleur moment pour voyager, surtout en Asie. Le continent offre toujours les mêmes beautés, mais dénuées de touristes. Je me suis rendue à Vang Vieng, à mi-chemin entre Vientiane et Luang Prabang, et j'ai pu profiter de la nature sans chinois ni sud-coréens à l'horizon.

Début avril, j'irai peut-être, sûrement, j'espère, soit au Sri Lanka soit en Indonésie pour une petite semaine au paradis. Les billets A/R depuis Bangkok sont à 200€.

Seule ombre au tableau : entre autres businesses dans le même bateau, le tourisme est en naufrage. Et manque de bol, je travaille dans le tourisme ! Mon entreprise, qui source tous ses clients des pays occidentaux, est en grande difficulté. Des mesures ont dû être prises qui baissent nos temps de travail et salaires. Pour moi qui suis initialement à mi-temps avec un salaire déjà minimum, ce n'est vraiment pas la panacée. J'avais signé ce contrat assez faible en espérant une évolution rapide vers Singapour, il s'avère que je suis coincée à travailler 2 jours par semaine jusqu'en juillet. Niveau finances, je m'en sors grâce à mon deuxième travail qui me permet de travailler en ligne. Mais j'espère fortement que les choses changeront d'ici juillet. 4 mois!! 120 jours, à en travailler 32. Que faire du reste ? Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas très patiente, je vais donc avoir matière à progrès là-dessus. Mais l'oisiveté ne me convient pas non plus, alors je vais au jour le jour trouver des solutions en fonction de la situation.

Le 22 mars, Manu Chao est supposé jouer à Vientiane, mais il est aussi très probable que les autorités l'annulent. Ce serait une catastrophe pour les 800 français qui affluent de toute l'Asie -presque no joke, c'est un événement monstre pour ici.

Le 27 mars sera la date du concert de mon groupe, les Guilty Pleasures. Ça devrait être maintenu, on est pas trop trop sur les mêmes chiffres que ce bon vieux Manu.

Début avril, l'Indonésie ou le Sri Lanka, mais... et après ? C'est le flou. Attendre, c'est tout ce que l'on peut faire.

Pêle-mêle, quelques douceurs dans ce monde de brutes - overview de Vientiane, Angel & la vue depuis ma chambre
25
mars
25
mars
Publié le 25 mars 2020

Comme les choses changent vite, il est intéressant de les consigner.

Aujourd'hui 25 mars, les deux premiers cas de coronavirus sont annoncés au Laos - quelle surprise. Le gouvernement recommande une auto-isolation. Evidemment, tout plan de voyage à l'international est proscrit, et même les voyages internes doivent être reportés. A ce jour, plus possible de sortir du pays : les frontières terrestres sont fermées, et Bangkok la seule porte de sortie aérienne, sera complètement inaccessible d'ici début avril. Sans mentionner l'absence de vols internationaux au départ de Bangkok.

Je n'ai plus de travail, du moins jusqu'au 31 juillet, selon le papier que je viens de signer.

Je reste donc coincée ici, à attendre, attendre que l'ambassade de France organise un rapatriement, attendre que les choses changent en ma faveur, au diable les discours de "provoque le changement, n'attends pas bouche bée", dans ces circonstances attendre est la meilleure chose à faire. Je vois de malheureux touristes qui ont ignoré les sonnettes d'alarme s'échiner maintenant à réserver des vols qui seront annulés dans l'heure.

Le centre-ville est vide. Les restaurants ferment peu à peu au public, en gardant les cuisines ouvertes pour la livraison de nourriture. Pour ne pas sombrer dans la folie, je pourrais toujours livrer des pizzas.

Que faire pour m'occuper ? C'est sans doute la question que la moitié du monde se pose aujourd'hui. 1,2 milliards d'indiens nous rejoignent dans ce questionnement, enfin ceux qui ont assez de moyens pour se poser la question. S'occuper, ce n'est clairement pas la priorité lorsqu'on crève de faim.

Ce qui m'inquiète le plus dans ma situation au Laos, ce n'est pas tant le virus et ses effets sur ma santé, c'est que les choses dégénèrent. Ici, quasiment tout est importé : que faire si il y a pénurie, si les voisins n'envoient plus rien ? Cela peut commencer avec l'eau potable, que l'on nous livre chaque semaine par bidon. Nous avons commencé à faire des stocks de nourriture et d'eau, au cas où.

C'est la première fois de ma vie où je n'ai plus de plan, plus de perspectives pour me motiver à avancer. Je ne sais pas comment je vais gérer cela. Depuis le début de l'épidémie, j'ai mis toutes les mauvaises nouvelles dans une casserole, au fond de moi. J'ai l'impression qu'elle bout un peu. Je ne peux pas me permettre de la laisser déborder : je suis seule, je m'occupe de moi-même, personne n'est là pour moi. C'est comme cela, c'est la vie que j'ai choisi - je ne regrette rien.

Pêle-mêle : Vientiane avant une tempête, moi qui fait le monstre, moi qui ne me doute de rien.