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Nous sommes repartis fin 2021 pour une Transatlantique en voilier des Canaries au Guatemala. La 1ère partie (AmériqueduSud) de ce projet de voyage Panaméricain est à retrouver dans nos autres carnets.
Du 19 octobre 2021 au 2 août 2023
653 jours
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Mai 2020-Octobre 2021. 1 an et demi.

Après des péripéties françaises, des questionnements et des projections, nous voilà de retour sur les routes pour continuer ce projet de voyage Panaméricain. L'objectif est d'aller à la découverte de nouvelles initiatives sociales et environnementales innovantes sur les chemins du Guatemala au Canada.

Voici une ambiance sonore pour accompagner la lecture de cet article (avant, pendant ou après, à votre guise): Ambiance sonore Canaries [Soundcloud]

[19 octobre - 26 octobre 2021]

Ça y est, c'est le grand départ. Chargés de nos sacs a dos, on se dirige vers Paris Orly pour y passer notre première nuit (eh oui, faut bien se remettre dans la dynamique du voyage !). A notre arrivée, le grand soleil, les palmiers et les bribes de conversation en espagnol ne laissent pas place au doute... le voyage a bien commencé !

Après une heure de bus pour traverser l'île de Santa Cruz du sud au nord, on retrouve celui qu'on est venus rejoindre : Thierry, notre futur capitaine de bateau.

Notre nouvelle maison pour les prochains mois sera donc un voilier monocoque de 41 pieds de long (soit 12,40m), baptisé Charly Brown.

Après 2 jours de visite et d'avitaillement pour les semaines de navigation qui nous attendent (on profite de trouver des enseignes qu'on connait pour faire le plein de produits qui vont nous manquer... Un assortiment de fromages par exemple !), on met les voiles direction l'île voisine, Gran Canaria.

Première navigation un peu chaotique : beaucoup de vent (pour les connaisseurs : navigation au près) et beaucoup de houle qui ont raison de nous. Mode mal de mer activé pour les marins néophytes que nous sommes (enfin surtout pour Clément pour ne pas citer de nom...). Heureusement, la traversée ne dure que quelques heures et c'est avec soulagement pour tous les 3 que nous faisons notre première arrivée au port de Mogán. On est emplis de questions et de doutes quant à notre projet des semaines à venir (on part quand même pour au moins une semaine puis deux semaines de pleine mer...) mais on se laisse bercer par l'ambiance vacances des nombreux touristes qui arpentent les ruelles fleuries de la petite station balnéaire. On fait connaissance avec notre voisin qui participe à nous rassurer et nous partage plein de conseils et anecdotes sur la navigation. On découvre le monde de la voile et les échanges entre capitaines sur les bateaux, les vents et les réglages nous échappent un peu mais on ne se décourage pas. On loue une voiture pour aller se balader à la journée dans les montagnes environnantes et dans les rues de Maspalomas, pour profiter de pouvoir marcher sur des kilomètres avant de n'être entourés que de mer, tous les 3 sur notre voilier. Ce qu'on a pu voir de l'intérieur des terres de Gran Canaria est magnifique, quoiqu'un peu sec par endroits, les villes bouillonnent de l'ambiance à l'espagnole, mais pour ce qui est des côtes c'est un peu la cata... Les aménagements touristiques ont complètement recouvert et massivement bétonné le littoral. On n'est donc pas conquis par le peu qu'on a pu voir des Canaries... mais il faudra sûrement y revenir pour découvrir les autres îles !

Après 5 jours de balade et de préparation au départ, c'est le jour J. On avale un mer calme, on allume le moteur, on récupère les amarres, on remonte les pare-battages et on sort les voiles. Direction le Cap Vert. 832 miles nautiques soit 1540 kms nous attendent.

Publié le 7 mai 2022

Voici une ambiance sonore pour accompagner la lecture de cet article (avant, pendant ou après, à votre guise): Ambiance sonore Cap Vert [SoundCloud]

[ 26 octobre - 10 novembre ]

Ça bouge, ça remue, ça penche. Le corps ne comprend pas. La tête a aussi du mal à suivre. Ça gargouille, ça berce. Quelles sensations ! Et tellement de questions : va-t-on s'habituer ? Comment va-t-on cuisiner, dormir ?

Puis peu à peu, le calme de l'océan nous enveloppe et s'ouvre à nous un tout nouveau monde, celui de l'océan et ses merveilles.

Extrait de journal :

"À 2h des côtes canariennes, les dauphins viennent nous faire la fête, comme pour nous souhaiter la bienvenue dans cette nouvelle aventure. C'est calme et si immensément grand. J'ai du mal à réaliser. La côte s'éloigne et nous ne la reverrons que dans 6 jours. Le bruit des vagues, le silence du vent, l'appel au voyage."

On découvre les différents nœuds marin, comment lire le vent et la vitesse, comment régler les voiles, tenir un cap, régler le pilote automatique, remplir le carnet de bord... Les journées sont rythmées par nos quarts (on divise la journée en 3 et chacun à la suite des autres est responsable du bateau pendant 4h, et ce 24h/24). Le temps est distendu, on observe les éléments qui naissent et meurent au cours de la journée. Le spectacle des levers et couchers de soleil, celui de la lune, la brillance des étoiles, le ballet magique du plancton luminescent dans le remous des vagues... C'est un quotidien très contemplatif et en même temps on est sur le qui vive du moindre changement.

On se retrouve principalement pour les repas qu'on cuisine plus ou moins à tour de rôle. Chacun y va de ses petites recettes et on se fait plaisir ! On apprend au dépend de notre peau à utiliser le four (coucou la tarte renversée !). On cuisine tantôt dehors, tantôt dedans et on mange à l'abri du soleil ou à la lueur de ses derniers rayons.

On a de plus en plus chaud. Et c'est un comble d'être entouré par une si grande masse d'eau et de ne pas pouvoir s'y plonger (eh oui, le bateau avance trop vite et puis on voudrait vous y voir vous, se baigner avec plusieurs milliers de mètres de fond sous les pieds !). On écoute de la musique, des podcasts, on lit, on fait des mots-fléchés, on écrit dans nos carnets... On croise quelques dauphins qui jouent avec la proue du bateau, on aperçoit un gros bateau qui passe au loin...mais sinon c'est juste nous sur Charly

Et au matin du 7ème jour.... TERRE EN VUE !

Les premières lueurs du jour laissent entrevoir des reliefs encore endormis. Nous arrivons au Cap Vert et accostons la fameuse île de São Vicente, dont la capitale est Mindelo, ville de la chanteuse Cesária Évora.

"Marina de Mindelo para Charly Brown"

Il fait beau, il fait chaud... on est au bon endroit ! On profite avec plaisir de l'ambiance animée des rues de Mindelo. De la musique par ci, des odeurs de poisson grillé par là... Le centre ville est haut en couleurs. C'est fou comme c'est intense de retrouver tout cela, et de réaliser que ça nous a tant manqué en si peu de temps. Après une semaine de privation, on ne manque pas d'aller se baigner longuement à la plage de Laginha ou de nombreux capverdiens viennent faire une séance de sport ou faire trempette ; on goûte aux spécialités locales ; on papote avec les gens qui parlent, pour une bonne partie, tous très bien français (ce qui nous a beaucoup surpris, la langue officielle étant le Portugais) ; on achète au marché central des nouveaux fruits et légumes (qui nous étonne : le coût de la vie est élevé au Cap Vert !). On a la tête qui tourne et pas seulement parce qu'on est heureux de retrouver tout ça, mais parce qu'à certains moments, on est saisis par le fameux "mal de terre" (la tête qui tourne, une impression de léger vertige et ce, notamment sous la douche...).

 La Batucada interculturelle sur la dernière photo est à écouter dans l'ambiance sonore de l'article.

Après quelques jours à profiter de Mindelo, on décide de laisser Charly se reposer et de prendre un ferry pour aller découvrir l'île voisine de Santo Antão (la plaisance au Cap Vert n'est pas très développée). On a trouvé un jeune guide qui propose de nous emmener tous les 3 à la découverte de l'île. On est super contents de pouvoir rencontrer un jeune du coin avec qui on peut aborder plein de sujets et en apprendre davantage sur le pays. Lizu nous embarque pour une randonnée d'environ 11kms à travers la vallée de la Ribeira de Paul qui passe par le cratère du volcan Cavo, puis par de nombreux petits villages et toutes sortes de plantations. On traverse toutes les teintes de vert avant de terminer la randonnée face au bleu de la mer. On en a plein les pattes mais aussi plein les mirettes et on passe la nuit dans un petit village, Ponta do Sol. On s'est tellement bien entendu avec Lizu qu'il propose de nous accompagner amicalement la journée du lendemain pour découvrir une autre partie de l'île, notamment les montagnes et vallées avoisinant son village natal. On en prend encore plein la vue !

Après 2 jours à bien se dégourdir les jambes et à découvrir un petit bout d'une région du monde qui nous était inconnue, on reprend la ferry direction Mindelo. On prend encore quelques jours pour refaire l'avitaillement de fruits et légumes (et de chocolat !), le plein de podcast, profiter de l'ambiance et des restaurants puis c'est reparti... Et cette fois pour au moins 15 jours direction la Martinique !

On baisse le pavillon capverdien, puis chacun à son poste, on joue la routine du port : mer calme, moteur, amarres pare-battages, voiles.

On se retrouve de l'autre côté de l'océan Atlantique, dans 2103 miles marins, soit 3895 kms !

Publié le 15 mai 2022
Voici une petite vidéo de présentation de la transatlantique, l'épisode 1 : 

Voici une ambiance sonore pour accompagner la lecture de cet article (avant, pendant ou après, à votre guise) : Ambiance sonore transatlantique [Soundcloud]

[10 novembre - 29 novembre]

Ça y est, nous y voilà. Ce projet tant imaginé depuis quasiment 3ans. "Je suis venu en voilier depuis l'Espagne" nous avait dit Cédric au Chili...et depuis, l'idée ne nous avait plus quitté. Un premier projet de transatlantique en avril 2020 qui bien sûr a été annulé, et nous y revoilà en 2022.

Pour une expérience, c'était une expérience. Et pour vous écrire cet article, on se replonge dans nos carnets de bord et on relit avec passion et étonnement nos mots. On y lit la découverte, la splendeur, l'émerveillement, l'effort, la fatigue, la morosité, la contemplation, la gourmandise, l'intérêt, l'impatience, l'incompréhension, la rêverie... Un mélange d'émotions, de récits, où chaque jour paraît s'étendre à l'infini et laisse place à une nuit sans fin.

On ne sait pas trop comment raconter ces 19 jours. Il y a beaucoup à dire et en même temps peu à raconter. Imaginez une journée découpée en 3, sur des intervalles de 4 heures. Clément se lève à minuit, Océane vient le relayer à 4h, Thierry vient à 8h ; puis Clément reprend la barre à 12h, Océane à 16h, puis Thierry à 20h. Entre temps, chacun.e est libre de son temps. On prépare à manger (même qu'on a pêché 2 poissons, dont une belle dorade coryphène qui nous a fait pas moins de 5 repas...à toutes les sauces possibles !). On dort (malgré la chaleur de plus en plus étouffante !). On lit. On écoute de la musique. On se douche. On relève notre position. On vire de bord. On dort. On mange. On change de voile. On écoute des podcasts. On règle les voiles. On mange. On fait la vaisselle sur la jupe du bateau (la partie arrière, plus basse que le pont). On regarde la météo. On fait un gâteau. On se douche (à l'aide d'un pulvérisateur de 5L pour contrôler notre consommation d'eau douce). On regarde le soleil se coucher et les étoiles apparaître. On dort. On vire de bord. On reporte notre position sur la carte.

Il y a des moments intenses qui chamboulent notre petit quotidien : un ballet de dauphins ; le spi (la grande voile de 110 m2 violette et jaune) qui tombe à l'eau et qu'on doit repêcher tous les 3 en un temps record pour éviter le danger ; Thierry qui doit monter par 2 fois en haut du mat au milieu de l'océan pour réparer des problèmes de poulies ; un petit oiseau qui passe la nuit sur le bateau pour se reposer au milieu de cette immensité... Et d'autres comme la brosse à dents qui termine dans les toilettes avec le remous des vagues, une belle tarte cuisinée pendant 2h qui finit en crêpe sur le plancher du bateau puis se transforme en crumble dans le plat (rien ne se perd !)...

Au bout de 15 jours de navigation, on n'est pas vraiment au bout... Et pour cause, on a eu 4 jours sans vent (pétole pour les connaisseurs). Ça commence à être long.

Extrait de journal de bord :

"C'est fou de se dire qu'il y a plein de gens sur la mer autour de nous mais que ça fait 7 jours que l'on n'a vu personne. Des oiseaux et un vieux tonneau à la dérive. [...] Ça y est, ça fait 15 jours que nous sommes partis de Mindelo. 2 semaines en mer. On rêve à penser qu'on arrive et puis finalement les éléments en décident autrement... C'est un jeu de patience et de lâcher prise. Ça paraît faire une éternité."

On se retrouve régulièrement dans des moments de contemplation, de méditation. Passer des heures à regarder la mer, le soleil se lever et se coucher, les étoiles briller intensément, la lune apparaître puis disparaître. Des scènes qu'on a déjà vues mais qui, ici, ont une autre saveur. Et pour une fois, on a le luxe du temps, pouvoir observer pendant 19 jours le ballet des éléments.

Et au matin du 19ème jour :

Extrait du carnet de bord :

"La nuit a été très agitée. Ça remue, ça cogne dans tous les sens. Je n'ai presque pas dormi. Mais quand j'arrive sur le pont, mes yeux distinguent au loin des petites loupiotes vacillantes. J'attrape les jumelles...Terre en vue ! La Martinique. Et le ciel nous fait la fête : le croissant de lune nous escorte tandis que les étoiles scintillent toujours plus fort au dessus de nos têtes. 55kms. Quelle excitation et quel mélange d'émotions !

22 noeuds de vent pour l'arrivée. Une houle bien dessinée. Les éléments nous font la fête ! Et après 19 jours de solitude, on arrive en même temps que plusieurs voiliers de la Transat' Jacques Vabre."

Cette vidéo montre l'étendue des nappes de sargasses (algue invasive), de plus en plus présentes à l'approche des Caraïbes. 

On pose le pied à terre dans le port du Marin, au sud de l'île de la Martinique. On arrive à un moment de tensions pour les territoires ultra-marins qui sont en pleines revendications pour leurs droits et conditions de vie, additionnées aux réalités et conséquences du COVID. Les routes sont bloquées par des barrages et le port isolé ce qui fait que les magasins ne sont presque plus alimentés et les restaurants n'ont plus grand chose à leur carte. On est un peu déçus après 19 jours au milieu de l'océan mais très rapidement on décentre le problème et on essaie de saisir les enjeux pour les Martiniquais.

On se repose quelques jours avant de partir à la découverte de la Martinique pour une dizaine de jours.

Voici une ambiance sonore pour accompagner la lecture de cet article (avant, pendant ou après, à votre guise) : Ambiance sonore Martinique [Soundcloud]

[29/11 - 14/12]

Après cette expérience si riche et exigeante à la fois, poser le pied à terre a une saveur indescriptible. On ressent pleinement les 19 jours qu'on vient de vivre sur l'océan (la peau salée, la tête fatiguée...) et on oublie aussitôt les émotions extrêmes qui ont pu nous traverser. Comme dans un rêve.

Aussitôt retrouvée, on réalise combien elle nous avait manqué, la terre ferme. Nous voilà en Martinique pour une dizaine de jours. C'est incroyable comme chaque geste, chaque petit détail change littéralement qu'on soit sur l'eau ou sur la terre. On retrouve la sensation de marcher, de dormir à poings fermés, de cuisiner sans se brûler, de manger dans des assiettes plates, de papoter avec les bateaux voisins... On réalise la force de la capacité d'adaptation du corps et de la tête.

Le Marin est le plus grand port de plaisance des Caraïbes. Beaucoup y laissent leur bateau pour l'hivernage (c'est une baie très profonde et donc bien abritée en cas de cyclone). C'est cependant une période de faible affluence puisque la Martinique vit des moments de revendications sociales. On prend la mesure de l'ampleur du mouvement et on se rend bien compte que notre expérience martiniquaise risque d'être superficielle : on ne sait pas si on va pouvoir se déplacer hors des différents ports (puisque les routes sont bloquées), goûter la gastronomie locale (puisque le port est lui aussi bloqué, et les approvisionnements restreints), rencontrer des Martiniquais.e.s...

Mais c'était sans compter sur notre bonne étoile puisqu'Océane découvre qu'elle a un grand tonton vivant en Martinique depuis de nombreuses années et qui plus est, pas très loin du Marin. C'est ainsi que débarque Gérard, avec ses centaines d'anecdotes sur l'île, son histoire, sa géographie et ses habitant.e.s. On l'adopte aussi vite qu'ils nous adoptent lui et sa femme, Nadine. Et c'est avec beaucoup de reconnaissance qu'on les suit à travers les différentes épopées qu'ils nous proposent (tout en croisant les doigts à chaque trajet pour que les routes soient ouvertes) : on se baigne sur de belles plages de sable fin, on visite la rhumerie Trois Rivières (sans oublier la case dégustation où Gérard a ses entrées puisqu'il a travaillé sur le site pendant plusieurs années...), on déguste les fruits tropicaux de leur jardin, on accède à des vues panoramiques secrètes... C'est si vert, si vallonné !

Après quelques jours à profiter des environs, on décide de partir à la découverte de la côte ouest de la Martinique par la mer. On met les voiles direction la Grande Anse d'Arlet, et on passe donc à côté du fameux rocher du Diamant (célèbre car il a été fortifié par les anglais en janvier 1804, pour protéger les convois britanniques des corsaires français provenant des deux principales bases navales françaises des Caraïbes, la Guadeloupe et la Martinique). On est contents d'aller dans ce sens car les quelques voiliers que l'on croise se font bien secouer et c'est impressionnant de voir comment résistent les bateaux, mais aussi comme ils penchent. On jette l'encre en début d'après-midi et on profite du temps de soleil qu'il nous reste pour s'initier au paddle, se baigner au milieu des tortues et étoiles de mer... un véritable aquarium ! On est bouche bée. Et le ciel se pare plusieurs fois par jour d'arc-en-ciel... magique !

Le lendemain on le passe en compagnie de Nadine et Gérard qui embarquent à bord pour une petite journée de navigation. Ils ont envie de faire le tour du rocher du Diamant alors on se met en route... Mais vous vous rappelez ce qu'on a dit sur les voiliers croisés la veille ? Et bien ça ne manque pas... le voilier se retrouve très très (trop) penché, on se prend les vagues en pleine face... On n'a encore jamais eu des conditions pareilles alors après une grosse demie-heure, on décide de faire demi-tour. On retourne à l'Anse d'Arlet et on jette l'ancre pour manger tranquillement puis se baigner. Mais c'était sans compter l'apparition d'un petit bateau, nous demandant s'il peut s'amarrer au nôtre. Tout se passe en quelques secondes, mais Océane leur fait signe de s'amarrer, baisse les yeux et réalise qu'en plus du capitaine, il y a 2 autres hommes, dont l'un qui est en train de faire un massage cardiaque à l'autre... Ils nous demandent un relai et ni une ni deux, Nadine (qui est infirmière) saute dans le bateau pour effectuer à son tour le massage cardiaque. [A partir de là, le temps semble comme mis en pause. La scène dure longtemps, trop longtemps. ] Puis on entend les pompiers au loin qui arrivent alors ils prennent la direction du ponton. Un hélicoptère finit par arriver, mais ne peut se poser car il y a trop de bateaux amarrés au ponton + il soulève la mer avec sa puissance. Des soignants sont hélitreuillés, Nadine est relevée de ses fonctions, l'hélicoptère repart... On observe à distance et c'est impressionnant d'imaginer que les minutes sont des secondes mais paraissent dans ce cas, des heures. Ça s'agite et quelques bateaux sont déplacés. L'hélicoptère réapparaît et réalise un atterrissage incroyable sur le tout petit ponton. Après plus d'une heure, l'homme est finalement emporté dans l'hélicoptère vers l'hôpital de Fort-de-France. On apprendra quelques jours plus tard que c'était un accident de pêche au harpon en apnée et que malheureusement, il n'a pas survécu. On est un peu sonnés par l'histoire. C'est une bonne piqûre de rappel sur le fait de vivre la vie à 100 % et pour nous, de continuer à profiter de ce voyage !

Les jours qui suivent se ressemblent et sont particulièrement agréables : on change de mouillage, direction la magnifique Anse noire (où le sable est donc sans surprise, noir), très sauvage, puis les Trois îlets. On se baigne avec nos masques et tubas pour observer des poissons de toutes les couleurs et formes, ainsi que des tortues de toutes tailles ; on se cuisine de bons plats ; on va manger du poisson dans des petits restaurants de plage... La belle vie au soleil !

On poursuit notre cabotage direction Fort de France. C'est une toute autre ambiance. On débarque dans cette ville de plus de 80 000 habitants, dont les quartiers s'étendent sur plusieurs collines alentours. Son centre ville semble tout petit, dynamique, coloré...

Enfin, on met le cap sur notre dernière escale martiniquaise : Saint-Pierre. Cette ville est fortement marquée par son Histoire : en effet, c'est l'ancienne capitale administrative de l'île, mais aussi capitale économique et culturelle de la Martinique jusqu'en 1902. C'était donc une étape obligatoire pour tous les navires de commerce du monde entier (commerce du sucre, des esclaves, du rhum, de la morue salée...). La ville était donc le rendez-vous de la bourgeoisie commerçante martiniquaise qui y avait fait construire de véritables maisons de maître ; de plus la ville était dotée d'équipements publics et de loisirs la modernisant (réseau d'éclairage urbain, tramway, théâtre, asile, chambre de commerce, jardin des plantes...). Le 8 mai 1902, la montagne Pelée entre en éruption et rase en quelques secondes la ville entière, tuant plus de 26 000 personnes et coulant dans la rade plus de 40 bateaux (dont les épaves sont "visitables" en plongée) avant d'être progressivement reconstruite à partir de 1923.

Aujourd'hui c'est une petite ville haute en couleurs, dont les ruelles sont animées et regorgent de vestiges archéologiques que Gérard, fin connaisseur, vient nous commenter. On sent le poids de l'histoire dans tous les différents lieux qu'on a la chance de visiter avec notre guide : ancienne église, prison, le théâtre de ville totalement soufflé (déflagration estimée à 83x Hiroshima), l'ancienne maison coloniale de santé... On visite ces vieilles pierres avec beaucoup de curiosité et d'ébahissement face à cette histoire qui jusqu'à présent, nous était inconnue.

On a un véritable coup de cœur pour Saint-Pierre, qui nous le rend bien avec un coucher de soleil dont on gardera le souvenir pendant longtemps.

Il est temps de dire au revoir à la Martinique car nous mettons les voiles sur la Guadeloupe. C'était une très belle découverte. On repart pour une grosse journée de navigation direction les Saintes, avec pour cap final Point-à-Pitre et un comité d'accueil de qualité.

Photo de droite : la montagne Pelée toujours habillée par les nuages 

Voici une ambiance sonore pour accompagner la lecture de cet article (avant, pendant ou après, à votre guise) :

Ambiance sonore Guadeloupe [Soundcloud]

[14 décembre 2021 – 25 février 2022]

Nouveau départ : une journée et un début de nuit de navigation sous une météo pas très clémente (grosses rafales de vent, averses diluviennes, mer très agitée). Et puis finalement, on finit par distinguer des reliefs autour de nous : l’archipel des Saintes. La navigation côtière de nuit donne une ambiance très particulière : on distingue des formes, des lueurs, mais on a du mal à évaluer les distances, à comprendre le paysage… L’arrivée est difficile et la nuit que peu prometteuse car nous trouvons un mouillage pas très à l’abri du vent et du clapotis des vagues. Mais la fatigue nous gagne alors on décide de s’arrêter là et de s’accommoder de nos couchettes roulantes.

On se réveille le lendemain sous le grand soleil de Terre de haut et on décide de poser le pied à terre pour aller se promener dans les ruelles colorées de la petite ville. L’ambiance qui s’en dégage est paisible, on a envie de s’asseoir à chaque terrasse, de jeter un œil à travers chaque barrière marquetée de jardin… Après quelques heures de balade, on décide cependant de poursuivre notre route direction Pointe-à-Pitre.

Ça remue, ça secoue, les conditions de navigation sont nettement plus difficiles dans la mer des Caraïbes que dans l’océan. Après des heures à virer de bord toutes les 20min et la pluie nous rattrapant, on se décide à terminer cette épopée au moteur, cap direct sur la marina du Gosier. Et finalement, c’est en fin d’après-midi qu’on pose le pied à terre en Guadeloupe, notre destination finale. On a du mal à réaliser que ça y est, notre premier objectif de voyage est atteint. Mais quand on voit Marion (la sœur d’Océane) débarquer à bord de Charly avec tout l’attirail à Ti punch’, on réalise petit à petit qu’on est arrivés à bon port. On quitte donc Thierry qui va rester dans les parages avant de poursuivre ses aventures et on repart donc de notre côté, pour une nouvelle aventure à terre.

C’est le commencement de notre séjour de presque deux mois et demi en Guadeloupe. On a la chance d’être hébergés au Gosier, chez Marion et Tomas, qui habitent sur un morne (petite colline) ayant une vue spectaculaire sur les Saintes et la Dominique (île anciennement colonie anglaise). C’est ensoleillé, ça gazouille, ça croasse très fort (ici les grenouilles sont minuscules mais à partir de la tombée de la nuit font des bruits étourdissants ressemblant à ceux des grillons)… On sent qu’on va être heureux ici et on a hâte d’en découvrir un peu plus sur ce territoire, pourtant français, dont la culture, l’histoire, la géographie, nous sont inconnues.

L’île est constituée de deux îles : Grande Terre et Basse Terre. Elles sont complètement différentes, tant dans leur climat que leurs paysages. Alors que Grande Terre est plutôt sèche et plate (elle a même une côte qui ressemble aux falaises bretonnes), Basse Terre est verdoyante, humide et montagneuse. La « capitale » de l’île est Pointe-à-Pitre, ville de plus de 20 000 habitants, quelque peu délaissée par les pouvoirs publics et donc par une partie de sa population qui ne s’y sent pas en sécurité ; mais on a eu la chance de rencontrer différentes initiatives inspirantes menées par des habitants cherchant à revaloriser leur ville.

Tout au long de notre séjour, on a eu la chance de parcourir une bonne partie de la Guadeloupe, qui se visite malheureusement difficilement sans voiture (car comme beaucoup d’autres services, les transports en commun ne sont que peu développés, donc faiblement utilisés, ce qui entraîne un trafic quotidien très encombré !). Des belles plages sauvages aux cascades foisonnantes, en passant par des ruelles aux vieilles kaz’ colorées et fleuries de bougainvilliers, la Guadeloupe a beaucoup à offrir ! Pourtant, derrière ses allures de carte postale, la Guadeloupe souffre également d’un abandon des pouvoirs publics qu’il nous semble important d’aborder : de nombreux villages (dont des écoles…) ont un accès très limité à l’eau courante ; l’eau et les sols sont surchargés de chlordécone (insecticide utilisé dans les plantations bananières entre 1972 et 1993, alors qu’il était interdit d’usage en France métropolitaine et ailleurs, contaminant une grande partie des sols et donc des rivières, engendrant de multiples problèmes de santé colossaux : cancers de la prostate, endométriose…) ; le taux de chômage chez les jeunes est deux fois plus élevé qu’en France métropolitaine (il est compliqué de faire ses études secondaires dans leur totalité en Guadeloupe et souvent les étudiant.e.s sont obligé.e.s de partir pour la France métropolitaine pour les terminer ; pour certains emplois, une préférence est faite pour des candidat.e.s venant de métropole) ; il n’y a que très peu de services culturels ; le prix d’un panier de nourriture moyen est environ 40 % plus élevé qu’en France métropolitaine (merci les familles békés… Pour en savoir plus, vous pouvez regarder Les derniers maîtres de la Martinique) ; nombre de produits qu’on peut trouver chez nous sont vendus avec une recette différente pour les îles (plus de sucres)… La liste n’est pas exhaustive et nous ne rentrons pas dans les détails dans cet article mais au fur et à mesure qu’on en apprenait davantage sur la Guadeloupe et les conditions de vie de ses habitants, on ressentait un mélange de sentiments : la honte de ne pas connaître ce territoire français, ses richesses et difficultés, son histoire si spéciale ; l’ahurissement de réaliser la différence de traitement avec la métropole ; la rage d’apprendre l’histoire du chlordécone et sa non résolution… (Si vous voulez en apprendre plus sur la Guadeloupe et les Guadeloupéens vous pouvez lire les BD : Péyi an nou et Tropiques toxiques de Jessica Oublié). Et face à ça, on a été épatés de constater la joie de vivre des Guadeloupéens, l’amour de leur terre. En gardant tout ça en tête, et en questionnant bon nombre des situations vécues, nous avons profité des opportunités de la vie quotidienne qui nous étaient offertes :

Se baigner par tous les temps à la plage de St Félix ; boire un ti punch’ au rythme du Groka* à la Baie des Pélicans ; manger des accras de morue avec de la créoline ; aller au meeting de Mélenchon ; profiter de couchers de soleil sur la plage de Port-Louis ; manger un bokit sur le bord de la route ; marcher sur le GR1 et traverser la forêt primaire, pour finir, après des heures de marche par dormir dans le refuge de Belle-Hôtesse ; préparer un repas de Noël digne de ce nom outre-Atlantique ; nager avec les tortues au large de la plage du petit Malendure ; dé-escalader jusqu'à la cascade de la Lézarde ; faire du kayak jusqu’à l’îlet du Gosier ; prendre le bateau à plusieurs reprises pour vivre l'espace de quelques jours le paradis qu'est Marie-Galante ; se promener dans les rues de Pointe-à-Pitre guidés par Aloha et ses histoires et anecdotes sur les lieux et leurs habitants ; boire du planteur ; dormir pliés en quatre dans le berlingot pour partir à la découverte des petits chemins de Basse-Terre ; faire des jeux de société ; visiter un cimetière entièrement carrelé à Morne à l'eau ; grimper aux cocotiers et aller de plus en plus haut ; visiter les anciennes sucreries et indigoteries de Marie-Galante ; randonner jusqu’au sommet de la Soufrière et avoir complètement la tête dans les nuages (et la pluie !!) ; déguster du punch coco ; patauger dans la boue jusqu’à la cascade Bras-du-Fort ; se détendre dans les bains chauds de Bouillante ; profiter encore et encore d'une piscine avec vue ; manger du poulet boukané ; teindre des habits de bleu indigo ; lézarder sur la plage de sable noir de Grande Anse avec des copaines ; faire de la slackline sur la plage de Bois jolan ; observer les iguanes sur la plage de Petit havre ; visiter la rhumerie du Père Labat ; ramer jusqu’aux îlets Pigeon et nager dans le véritable aquarium qu'est la réserve Cousteau ; passer la nuit dans un hamac ; faire du toboggan dans la rivière de la Coulisse ; partir à la recherche du Trou du souffleur sur la trace des falaises ; boire une bière artisanale à LéKouz ; tenter d'imiter Tarzan dans le bassin bleu ; découvrir les scolopendres ; randonner en tongs jusqu’aux chutes du Carbet ; prendre l’apéro sur un vieux gréement ; recevoir la famille et faire visiter à notre tour, nos petits coins préférés et en profiter encore et encore ; participer au milieu d’une foule en joie, au défilé du Carnaval…

Et après 2 mois et demi d’aventures partagées, reprendre la mer… toujours sur Charly, mais avec 2 nouveaux équipiers.

[25 février - 12 mars 2022]

Et comme de vrais moussaillons, chacun.e à son poste : une personne est à la barre, d'autres surveillent les pare-battages, une dernière est aux aguets prête à sortir le génois... et c'est parti, Charly reprend la mer. On quitte donc la Guadeloupe le cœur serré de laisser dernière nous ce petit quotidien et toutes ces découvertes qui nous ont beaucoup apporté, mais à la fois on sent que le voyage nous appelle et on retrouve rapidement nos marques sur le voilier (qui nous avait tout de même un peu manqué).

C'est un concours de circonstances qui fait que nous repartons avec Thierry et le Charly Brown direction le Guatemala : pas d'opportunités en vue pour nous, des réparations et des galères pour Thierry, des calendriers qui finalement s'alignent, une connaissance et une confiance mutuelle... nous voilà donc repartis pour 1880 milles marins (soit environ 3480 kms, quasi un tiers du trajet depuis les Canaries). Et la grande nouveauté, au moins pour les 2 premières escales, c'est qu'on accueille à notre bord, 2 équipier.es : Romane et Nico, des copaines d'une amie de Clément. Romane est venue en voilier jusqu'en Guadeloupe sur le bateau de ses parents et Nico a déjà l'expérience de la voile puisque fin 2020, il a fait le trajet entre la Réunion et l'Italie (soit 79 jours de navigation) sur un catamaran en tant qu'équipier. Petit détail mais pas des moindres, Romane et Nico sont de supers bons cuisiniers ! La navigation qui nous attend est donc très tranquille puisqu'on divise les quarts en 5 et qu'on doit arriver dans la matinée du lendemain à... Saint-Barthélémy (ou plus communément appelé St Barth). C'était pas franchement dans nos plans pour ce voyage, ni même dans nos plans de vie mais puisque c'était sur la route, il a été décidé qu'on s'y arrête... On n'est pas super enthousiastes mais on décide de prendre ça comme une expérience sociologique que d'aller fouler ce paradis fiscal, enclave luxueuse pour une partie de la population mondiale qui ne nous ressemble absolument pas.

On laisse Charly au mouillage dans la baie de Gustavia et on décide d'aller se balader sur cette île aux eaux turquoises, aux plages de sable blanc et aux collines verdoyantes : on est les seuls piétons, les bateaux dans le port sont démesurés, les plus grandes marques de luxe sont représentées dans les boutiques, les prix (exorbitants) ne sont affichés nulle part (même pas dans les magasins alimentaires), des jets privés ou mini avions de moins de 20 passagers arrivent toutes les 5min à l'aéroport (et rasent les voitures en atterrissant), ce ne sont que des villas avec une ou plusieurs piscines à débordement... C'est la première fois qu'on met les pieds dans un endroit pareil, et on ne se sent pas tout à fait à notre place. Mais on grimpe dans les hauteurs et on réussit à avoir plusieurs points de vue sur la ville de Gustavia et ses plages. On marche pour aller découvrir les autres petits villages et plages, et on finit même par tomber sur..... la tombe de Johnny Halliday, les pieds dans le sable !

Avant de repartir, on profite quand même des magnifiques fonds marins et on la chance d'apercevoir de très nombreux poissons colorés, des barracudas, une raie léopard ; et comme on a la bonne idée d'aller plonger en fin d'après-midi, on croise par deux fois la route d'un requin... qui après nos recherches s'avère être inoffensif mais ça fait tout drôle !

Et après deux jours à St Barth (qui ne nous aura pas conquis...), on relève l'ancre direction Saint-Martin. Petite navigation tranquille de 4h. On débarque donc à St Martin, île mi française mi hollandaise, voisine de St Barth et réputée pour la fête. Malgré les désastreux dégâts causés par l'ouragan Irma en 2017 dont on voit encore les nombreux vestiges côté français, l'île est toujours très touristique. Ce sont notamment les Américains qui débarquent en gigantesques bateaux de croisière pour profiter du port franc (produits détaxés) et des belles plages côté hollandais, et de la gastronomie franco-antillaise et indienne côté français. C'est donc un mélange assez particulier, entre tourisme de masse et vie quotidienne chère, ambiance festive H24 et vie locale... Mais c'est vraiment l'ambiance des Caraïbes alors la vie pour nous y est douce. Et on a aussi la chance d'y retrouver par hasard une super copine d'Océane qui y est en vacances avec son copain sur la même période que nous. On se retrouve donc en comité élargi pour découvrir la vie de l'île pendant une dizaine de jours, profiter de la plage, des restaurants et des copaines (et même de fêter les 28 ans d'Océane à l'autre bout du monde en bonne compagnie).

Toutes les bonnes choses ont une fin, on repart le cœur un petit peu lourd de quitter tout le monde (Romane et Nico restent à St Martin pour la saison et Maëliss et Mathieu rentrent en France), mais on sait surtout que c'est pour faire place à de nouvelles aventures... Cap sur la République Dominicaine !


Voici une ambiance sonore pour accompagner la lecture de cet article (avant, pendant ou après, à votre guise) :

Ambiance sonore République dominicaine / Jamaïque [Soundcloud]

[ 12 mars - 7 avril]

Notre petite routine est installée sur le bateau. Chacun à sa place, ses quarts, ses habitudes que les autres connaissent. Réinventer le quotidien sur un petit voilier c'est pas toujours évident. On continue de s'émerveiller des cadeaux que la nature nous offre et on chérit chaque nouvelle émotion puisqu'on réalise l'expérience unique qu'on est en train de vivre. L'expérience d'une vie.

Mais la mer des Caraïbes nous joue des tours et est beaucoup moins clémente que l'océan. 30 nœuds, pluie, grosses vagues. On passe 3 jours et demi de navigation un peu turbulents. On a de la peine à dormir et les quarts de nuit sont mouillés et froids. Heureusement, les matins sont magnifiés par un ballet de dauphins, puis à l'arrivée en République dominicaine, un ballet de plusieurs baleines à bosse (la baie de Samaná est un lieu de mise bas et de reproduction privilégié pour ces gigantesques spécimens de janvier à mars). On est émerveillés et on accepte avec euphorie le pot d'accueil !

Il faut savoir que depuis notre départ de Saint-Martin, on navigue un peu à vue, c'est à dire qu'il est plus difficile de prévoir nos différentes étapes : très peu de port de plaisance, quasiment pas de mouillages conseillés, procédures covid différentes dans chaque pays... On est un peu confus, mais on décide d'aller sur la presqu'île de Samaná, ce qui nous fera passer par la côte nord de la République dominicaine. On arrive donc à la marina de Puerto Bahia de bon matin et c'est surprenant : on est dans le port de plaisance privé d'un énorme complexe hôtelier de luxe, le Bannister hotel & yacht club. Autant dire qu'on ne se sent pas particulièrement à notre place et qu'on n'a encore jamais payé une nuit aussi cher (60 dollars US)... mais l'hôtel est presque vide et nous avons accès aux piscines, salle de billard, salle de bain... donc on décide de lâcher prise et d'en profiter un peu ! Ce qu'il faut savoir c'est que l'entrée d'un bateau dans un pays est soumis à tout un tas de frais et contrôles : douane, immigration, service sanitaire, et puis avec le covid, médecins... ça nous prend souvent plusieurs heures pour justifier de tout. Après la paperasse et les frais d'entrée, on profite de la belle vie dans notre ghetto de riches pendant le reste de la journée.

Le jour suivant, on décide d'en sortir pour aller se balader un peu dans les alentours. Notre marina est perdue au fin fond d'un gigantesque ensemble pavillonnaire de luxe, donc on doit marcher plusieurs kilomètres en montée raide sous une grande chaleur (autant vous dire qu'on fait rires les différentes voitures et quads qui nous dépassent). On est trop contents de parler espagnol de nouveau ! Après un petit bus qui nous amène dans le centre ville le plus proche, on attrape un "guagua" (transport local typique, pick-up dont l'arrière est aménagé avec des bancs et un toit, dans lequel on peut se serrer à très nombreux - où chacun y va de son commentaire sur la conduite du chauffeur qui nous a quand même tous laissés à l'arrière en oubliant de serrer le frein à main..., et où l'on s'arrête toutes les 3min pour acheter à boire, à manger, déposer un colis...) direction Las Galeras, l’extrémité orientale de la République dominicaine. C'est un petit village côtier, doté de plages paradisiaques (dont les abords sont remplis d’hôtels en formule "all inclusive", peuplés d'américain.e.s). C'est joli, on profite bien de la baignade et puis surtout on est contents d'être sortis du bateau pour voir un peu à quoi ressemblait l'intérieur des terres.

Le lendemain, Thierry et Clément partent visiter les alentours de la marina en passant à travers champs pour éviter la grande montée au soleil. Ils atterrissent dans des petits quartiers voisins de notre gigantesque complexe, une toute autre ambiance. Ils finissent par visiter certains abords intéressants de la ville.

Au matin du 4ème jour, on décide de reprendre la mer pour un mouillage un peu plus loin sur la côte nord. Mais le temps qu'on fasse les formalités de sortie, le vent se lève alors on décide de repousser notre départ au lendemain. On remet les voiles et après une journée de navigation (c'est là qu'on se rend compte que la République dominicaine c'est gigantesque !), on fait un mouillage sur la playa el Valle, une magnifique plage bordée de cocotiers.

On reprend la navigation direction l'ouest et alors qu'on vaque chacun à nos occupations.... j'aperçois une baleine sauter juste devant, puis une 2ème fois, puis une 3ème... et on arrête de compter, on l'observe bouche bée, les yeux écarquillés par tant de magie. On est si chanceux ! Et puis quelques miles plus loin, Océane aux aguets, aperçoit un bateau qui a l'air d'avoir démâté.... ni une ni deux on change de cap, radio à la main et on se met en mode sauvetage. Mais heureusement, ses occupants ont déjà été sauvés. On mouille encore un peu plus loin, de nuit (à éviter car il est difficile d'évaluer les alentours, et notamment les fonds, et la présence d'autres bateaux, d'épaves, de rochers...), dans une baie où la nuit va être bien roulante.

Dernière étape dominicaine dans la magnifique lagune de Luperón. C'est calme et si beau qu'on y reste 2 nuits. La petite ville est authentique et on a l'impression d'avoir un petit peu plus découvert la République dominicaine : vieilles kaz' traditionnelles qui côtoient des bâtiments plus récents et tout un tas de bouibouis, beaucoup d'animation dans les rues, les gens sont assis dehors, en groupe ou seuls, beaucoup de jeunesse, le contact est curieux et facile... Puis on quitte ce petit coin de paradis direction la Jamaïque.

On part pour 3 jours de mer. On doit s'éloigner des côtes car l'île où se trouve la République dominicaine est partagée en deux, et l'autre partie est Haïti (qui vit depuis de nombreuses années une situation sociale et politique très compliquée, mais qui depuis plusieurs mois vit une véritable guerre civile, et quasiment plus aucune aide internationale ne peut agir sur place). 1ère nuit très très agitée, on parcourt une sacrée distance, mais au réveil : pétole ! Et puis c'est un enchainement de zones sans vent... on fait pas trop les malins car c'est pas le meilleur endroit pour que ça arrive. Au matin du 3ème jour, au lever du soleil, Océane voit à travers les jumelles, un petit bateau de pêcheurs qui fonce droit sur Charly... panique à bord ! Des pirates ? 2 hommes à bord parlent avec Clément et Thierry, ne sachant pas combien on est, ils finissent par seulement nous demander à manger... ouf, on souffle et on sort toutes les voiles + le moteur pour essayer de s'éloigner et de dépasser Haïti le plus rapidement possible. Après la peur et l'insécurité, c'est le malaise qui nous gagne peu à peu... nous sur notre voilier, eux sur leur île sans solution... dur dur quand 2 réalités que tout oppose se rencontrent ! On arrive le lendemain matin en Jamaïque. On prend le temps de longer la côte qui est magnifique, très verdoyante, vallonnée. On aperçoit depuis le large une succession de maisons gigantesques, bien loin de ce qu'on s'était imaginé (et sûrement tout aussi éloigné de la réalité de la vie de la grande majorité des Jamaïcain.es). Arrivée à Port Antonio, où une trèèèèèèèès longue journée administrative nous attend (on arrive dans la matinée et on ne peut pas descendre du bateau avant 18h). C'est une petite ville authentique, avec aucun touriste en vue. On y passe 3 jours, sans pouvoir aller vraiment découvrir les alentours (pas de transports en commun, météo pas toujours clémente...).

On fera encore 3 autres étapes jamaïcaines, avec l'ouest du pays pour cap. C'est une partie très prisée des Américain.es qui y viennent notamment en bateaux de croisière monstrueux pour y faire du shopping. Les endroits visités n'ont rien d'authentique et on est un peu déçus de ne voir que ça de la Jamaïque... mais c'est comme ça pour cette fois. Et puis on n'a pas de mal à imaginer à quel point sa nature est luxuriante, ses habitant.es si gentil.les, et on découvre de nouveaux fruits délicieux qui nous mettent l'eau à la bouche... On se concentre sur l'arrivée au Guatemala qui est toute proche ! Et on expérimente encore une fois le fait que la plaisance est un luxe dans ces pays...

Le samedi 2 avril au matin, on lève l'ancre et on part pour notre dernière grande navigation : 6 jours, direction Livingston, Guatemala.

Voici une ambiance sonore pour accompagner la lecture de cet article (avant, pendant ou après, à votre guise): Ambiance sonore Livingston-Rio Dulce [SoundCloud]

[ 2 avril - 26 avril ]

Dernière navigation qui joue avec notre patience. Les conditions sont instables (beaucoup de vent, pas de vent du tout...). On ne voit pas la côte se rapprocher. Et en même temps on réalise doucement que c'est la fin de notre épopée marine. On regarde la carte et on est impressionnés du chemin parcouru : on a traversé un océan et une mer à la force du vent. Nous, néophytes de la voile, nous voilà de l'autre côté du monde. Si on nous avait dit qu'on réussirait notre projet, rejoindre le continent en voilier... et en même temps on n'a rien lâché pour que ce rêve prenne vie. Alors on tenait aussi à vous dire merci, vous qui nous suivez et nous soutenez !

Jamaïque - Guatemala: 650 milles marins, soit 1204 km. Au moment du départ, un gigantesque banc de dauphins nous souhaite bon vent. On reste jouer avec eux un petit peu avant de s'éloigner de la terre petit à petit. C'est toujours un mélange de sentiments, entre exaltation et allégresse de repartir en mer, et angoisse et solitude d'être au milieu de cette gigantesque étendue d'eau. On vit à mille à l'heure et on n'a jamais été autant au ralenti. Dans un tout nouveau monde. Mais malgré tout, on est vite rattrapés par la réalité car c'est la première fois depuis notre départ des Canaries qu'on croise des déchets (et vraiment beaucoup de déchets !) dans la mer. Triste réalité ! Après 6 jours en mer, on aperçoit la côte guatémaltèque au matin du 7 avril. Nous arrivons à Livingston, petite ville installée sur la côte caraïbe du Guatemala (qui est minuscule, regardez sur la carte), à l'embouchure du fameux Rio dulce et qui n'est accessible qu'en bateau.

C'est une arrivée joyeuse, mais qui très rapidement vire à la galère : en effet, c’est un lieu bien connu des marins qui naviguent dans la région des Caraïbes et de l’Amérique centrale. Le Rio dulce est un fleuve débouchant sur la mer des Caraïbes, sur la côte est du Guatemala, qui remonte dans les terres sur environ une quarantaine de km. Les voiliers et autres bateaux peuvent remonter le long du Rio pour atteindre l'une des nombreuses marinas. Celles-ci sont situées dans la jungle, espace protégé des cyclones (car les orages, tempêtes, ouragans et autres soucis météo sont très atténués par les reliefs alentours) et donc privilégié par les propriétaires de bateau pour y séjourner le temps de la saison cyclonique. C'est ce que compte faire Thierry : Charly va être sorti de l'eau et mis à terre le temps de la saison, et Thierry reviendra le mettre à l'eau en octobre après en avoir profiter pour lui faire un bon entretien. Cependant, pour entrer dans la baie de Livingston, il faut passer dans une "passe", indiquée à 1,80 m de profondeur, tandis que tous les alentours ont moins de 1,20 m de fond. Il faut donc être très vigilant car les bateaux ont ce qu'on appelle un tirant d'eau (distance verticale entre le niveau de flottaison et le dessous du bateau), et celui de Charly fait par exemple, 1,45m. Autant dire qu'on n'a pas beaucoup de marge et qu'il n'y a qu'un seul passage, pas très large, pour pouvoir entrer dans la baie et que nos appareils ne sont pas précis... Bref c'est un peu la cata : on essaie d'entrer par plusieurs endroits et à chaque fois c'est la même chose, la quille touche le fond (et autant vous dire que ça fait tout drôle comme sensation, on n'ose imaginer ce qu'a été le choc du Titanic !). On s'échoue à plusieurs reprises, on est en plein cagnard, les esprits s'échauffent... mais au bout de 2h, on aperçoit un voilier sortir. Clément saute dans l'annexe muni d'un talkie-walkie pour pouvoir leur demander par où passer et nous communiquer la position, Océane suit leur trace sur l'ordinateur de la table à carte et guide Thierry sur leurs pas. Fiouf, c'est sportif mais on finit par trouver la passe et on jette finalement l'ancre dans la baie de Livingston, Guatemala.

On commence par les formalités d'entrée, puis on se laisse bercer par la vie à terre et la découverte du Guatemala. On est dans un endroit spécial puisque Livingston est avant tout la terre d'accueil des Garifunas (en 1802, des Noirs libres issus de Saint-Vincent et de Saint-Domingue, îles de la Caraïbe échappant alors à l'influence française, et fondent la ville de Livingston sur la côte caraïbe du Guatemala, en plein territoire espagnol. Les Garifunas sont leurs descendant.es). Dans les ruelles on voit donc un mélange de culture (couleur de peau, langue, gastronomie) qu'on ne retrouvera nulle part ailleurs au Guatemala. Livingston est vivante et semble à la fois vivre dans une bulle de tranquillité. On y passera 3 jours avec Magali, jeune Française propriétaire d'un gros catamaran (voir photo au-dessus) qui effectue des petites croisières entre le Mexique, le Guatemala et le Belize.

Après ces 3 jours de repos à Livingston sous une météo un peu capricieuse, on décide de profiter d'une accalmie pour relever l'ancre et remonter le fleuve, direction Rio Dulce. Il est très peu large et très peu profond, ce qui implique une navigation au moteur (2 nœuds de contre-courant) et de la vigilance. C'est magnifique, on s'enfonce peu à peu dans la jungle et la brume qui nous entoure donne une dimension mystique à notre entrée dans ces nouveaux paysages. Tout est calme, les lanchas (barques à moteur qui sont le seul moyen de transport) nous dépassent, les pélicans barbotent tranquillement de part et d'autre, on salue les pêcheurs et.... nous voilà échoués au milieu d'un bras du fleuve ! La quille est complètement enfoncée dans le sol et malgré le moteur à sa puissance maximale, on ne réussit pas à se sortir de là... Au bout d'un certain temps, deux lanchas s'arrêtent, on amarre les drisses de mât à leurs bateaux et les voilà qui nous gîtent, c'est à dire qu'elles tirent le bateau afin qu'il se penche complètement et que la quille sorte du sol. Sacrée expérience qui s'avère être une réussite ! C'est après toutes ces émotions qu'on décide de bifurquer dans un petit bras du fleuve, véritable paradis caché. On découvre toute une vie dans un ensemble de canaux de mangrove... Le temps est toujours brumeux mais c'est magnifique ! Une fois l'ancre jetée, on saute dans l'annexe pour partir à la découverte des alentours, habités par des communautés dont la vie est rythmée par le fleuve...

On reprend notre chemin le lendemain direction la petite ville de Rio Dulce, point d'arrivée officiel de notre épopée. On mouille pour la nuit dans la baie, avant de se déplacer à quelques mètres le lendemain, dans la marina Manglar ("la marina des Français"). C'est une immense propriété : piscine, wifi, et on en passe... un vrai paradis de calme et de nature, pourtant placé juste à côté de l'artère principale de la ville, où passent sans discontinuer de gigantesques camions qui vont livrer leur marchandise au gigantesque port de Puerto Barrios. Le contraste entre la marina et la ville est assez frappant car il faut dire qu'on ne peut pas vraiment se balader à Rio Dulce, tant cette route est passante, sans aucun trottoir, soulève poussière et pollution ; tandis qu'à la marina, on aperçoit de nombreuses espèces d'oiseaux, un crocodile...

Photo 6 : Zika, chienne du manager de la marina a longtemps navigué sur un voilier. Résultat : elle dort toujours calée au mur ! 

Pour nous c'est aussi l'heure de commencer à organiser la suite de notre voyage. Entre deux baignades à la piscine (car il fait très très très chaud), on rédige nos premiers articles de blog, on rencontre des couples de français retraités venus à la voile jusqu'au Guatemala (après les débats sur les résultats des élections présidentielles, on a décidé de ne pas prendre les numéros de tout le monde......), on va déjeuner dans la cantine locale (où le barbecue est sur le bord de la route, assaisonné par les camions qui y passent), on se balade dans la mangrove de la marina à la recherche de Pedro le crocodile, on ressort les voiles pour aller explorer pendant 2 jours le lac Izabal (nos derniers moments à la voile, notre toute dernière navigation...), on lit et on joue aux cartes, on range et lave petit à petit Charly... La belle vie quoi ! La semaine sainte, événement très important au Guatemala nous fait rester une semaine de plus (car les logements sont tous réservés et les prix de ceux qui restent sont hors budget pour nous), puis Clément attrape une vilaine otite douloureuse ce qui nous fait profiter jusqu'à la dernière minute de notre couchette à bord de Charly...

Puis vient le jour du départ, on est un peu émus tous les 3 de se séparer après autant de temps et une si belle expérience partagée mais Thierry a encore du travail sur Charly avant de pouvoir le sortir de l'eau et rentrer en France et nous, nous avons des fourmis dans nos chaussures de rando et avons hâte de découvrir le Guatemala. Après toutes les recommandations sur la sécurité, on se lance sur les routes, à bord des fameux "chicken bus", d'anciens bus scolaires du Canada, repimpés pour servir comme bus publics. Toute une expérience ! On prend donc la route montagneuse direction le petit village de Lanquín, en direction de l'ouest.

Voici une ambiance sonore pour accompagner la lecture de cet article (avant, pendant ou après, à votre guise): Ambiance sonore Lanquín [SoundCloud]

[ 26 avril - 30 avril ]

On se lance dans un voyage de 10h, avec pas moins de 5 bus différents, plus ou moins bondés. Mais ce qui est sûr c'est qu'on est les seuls touristes et que les gens sont surpris de nous voir ici ; on a le droit à de grands sourires surpris (au Guatemala, les touristes se déplacent pour la plupart, uniquement en "shuttle" : ce sont des mini-bus touristiques privés, qui t'emmènent d'un point A à un point B, et sont beaucoup plus chers). On passe par de toutes petites routes au creux des montagnes. C'est très vert, très poussiéreux (car les routes ne sont pas asphaltées pour la grande majorité) et il fait très chaud mais on profite pour observer ce qui nous entoure : les tenues traditionnelles des gens, la vie dans les petits villages reculés, les différentes cultures sur le bord de la route, les déchets omniprésents, les familles nombreuses qui s'entassent les uns sur les autres sur une banquette... A un moment, on nous dépose en plein milieu de nulle part en nous disant qu'un autre bus va passer plus tard. On se demande bien comment on va réussir à trouver un moyen d'atteindre notre destination si jamais ledit bus ne passe pas, mais on attend. Des gens passent, tous surpris de nous voir là. On essaie d'échanger mais ils ne parlent pas espagnol (il faut savoir qu'au Guatemala, il y a 26 langages maya), jusqu'à ce qu'un motard s'arrête : c'est le professeur de l'école de la communauté. Il nous informe qu'un bus va bel et bien passer et nous offre un sac complet de tamalitos (c'est une pâte de maïs bouilli cuite à la vapeur et généralement fourrée à la viande, aux légumes...). Bienvenue au Guatemala !

On arrive en fin d'après-midi dans le petit village de Lanquín. C'est un village guatémaltèque comme on en croise beaucoup sur la route. Quelques maisonnettes colorées aux murs qui s’effritent, une église immaculée, une tripotée d'hôtels et un marché. Mais le village est entouré par une profonde forêt tropicale, ce qui offre un cadre adapté à la déconnexion. On pose nos sacs dans le seul hostel du village tenu par une Guatémaltèque et faisant travailler la communauté (beaucoup d'autres sont des hostels tout compris, musique très forte...). C'est super beau, très vert et on profite du lieu en rencontrant d'autres voyageurs.

Après un jour de repos, on se lève très tôt pour aller à la découverte du lieu pour lequel nous sommes venus ici : le site de Semuc champey. C'est un site naturel classé, traversé par le fleuve Cahabon, lequel offre une suite de bassins naturels formés par les pierres calcaires présentes, dont l'eau est d'une éclatante couleur bleue turquoise. On saute à l'arrière d'un pick-up et nous voilà partis ! On marche une petite heure pour monter jusqu'au mirador et avoir une vue plongeante sur les magnifiques piscines naturelles dans leur écrin verdoyant. Puis on descend profiter de ces merveilles avant que les groupes de touristes n'arrivent.

On reste encore une nuit, on va visiter la grotte de Lanquín où on assiste à un sacré spectacle, des centaines de milliers de chauve-souris sortant pour manger ; on visite le village et on rencontre Vic, Clément et Pauline avec qui on passera une belle dernière soirée à refaire le monde.

Et on reprend la route pour une nouvelle longue journée de transport direction Antigua, pour notre 3ème étape guatémaltèque.